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Recueil de nouvelles réalistes

Etranger dans son Pays

EDITION LUCIEN DE HIRSCH - Classe 4emeB&C- Mme KIMOLIATIS © 2008

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La volonté d’un homme C’était le soir du plus grand match de basket. Jason Smith, célèbre basketteur de l’équipe, s’apprêtait à marquer le point de la victoire. La foule était en liesse devant ce glorieux joueur à l’allure courageuse et fière. C’était en effet un homme beau, élégant avec une physionomie très agréable. Malgré cela, il restait humble et discret. Il était toujours soutenu par son entourage et notamment par son équipe. Sa notoriété était répandue dans le monde entier. Pour fêter ses performances suite à cette victoire, il abusa d’alcool et fit l’erreur de conduire sa voiture. C’est ainsi qu’il eut un grave accident qui lui fit perdre l’usage de ses membres inférieurs. On l’amena d’urgence à l’hôpital. Après trois jours de coma profond, Jason reprit connaissance, au grand soulagement de sa famille, mais le diagnostic était moins réjouissant que prévu : Jason ne pourrait plus marcher, il avait complètement perdu l’usage de ses jambes ! Deux semaines plus tard, Jason n’arrivait toujours pas à se concilier avec l’idée d’être handicapé et sa famille commença réellement à s’en inquiéter. Puis un journaliste l’interviewa : « - Comment vivez-vous cette terrible épreuve ? - J’essaie de remonter la pente, même si cela me paraît très difficile, déclara Jason. - Pensez-vous vous en remettre psychologiquement un jour ?, continua-t-il. - Je fais tout mon possible pour masquer à ma famille mon désespoir. Je sais que je n’en sortirai pas indemne, mais ce n’est pas une raison pour baisser les bras !, développa-t-il.

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- On vous a connu combattant, mais comment envisagez-vous votre avenir au sein de votre famille et équipe ?, interrogea le journaliste. - Pour l’instant je ne pense pas trop au basket, à vrai dire ce n’est pas ma priorité, expliqua Jason. Je ne sais même pas si j’ai la capacité et le courage d’y rejouer un jour, mais je resterai toujours proche du basket, ce sport est ma vocation depuis tout petit… mais je préfère rester discret sur le sujet », annonça-t-il. Sur ce, le journaliste le remercia et partit. Quelques mois plus tard, Jason s’était totalement fermé sur lui-même. Sa femme, Lindsay, se lassa de ses plaintes perpétuelles et le quitta. Pour se changer les idées, il alla rendre visite à son équipe, qui à sa grande surprise ne l’accueillit pas comme il l’aurait souhaité : il sentait les regards méprisants de ses partenaires qui le firent sentir exclu et différent. Chris, le capitaine de l’équipe, lui proposa : « - Cela te dirait de faire un match ? - Mais non, il ne peut pas, lança un autre joueur. » « Pourquoi les handicapés ne pourraient-ils pas jouer au basket ? », pensa Jason. Il partit vexé suite à cette remarque déplaisante. Sur le chemin du retour, Jason se rappela qu’il avait pris rendez-vous chez le docteur. En arrivant devant le cabinet de celui-ci, il s’aperçut qu’il était dans l’impossibilité de monter les marches. Les passants l’ignoraient. Même si certains compatissaient, personne n’agissait, ils étaient indifférents. Après cet incident, Jason eut un déclic : « Pourquoi un handicapé devrait-il souffrir en silence devant tant d’indifférence ? Pourquoi devrait-il être mis à l’écart ? » , se demanda-t-il.

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Il avait enfin trouvé son but : aider les handicapés. Après quelques jours de réflexion, il se rendit à la mairie pour exécuter ses projets. Il s’adressa à la secrétaire en lui expliquant son intention : « - Bonjour, que puis-je pour vous ?, demanda-t-elle. - J’aimerais créer une association pour les personnes de ma condition, expliqua-t-il. Tout d’un coup la physionomie de la secrétaire s’aggrava, elle devint écarlate, blême et dit avec dédain : - Prenez le formulaire 21 ! » Jason surpris par sa réaction si froide, prit le formulaire et s’en alla. Il commença à faire part de ses projets à ses proches, qui firent du bouche-à-oreille. C’est ainsi que l’association O.B.H.A (Organisation pour les Basketteurs Handicapés d’Amérique) commença à se développer. Après un an de publicité et de mise en place, l’association réussit à récolter beaucoup d’argent et à aider beaucoup d’handicapés, et se répandit dans plusieurs pays. Elle consistait à les aider à pratiquer leur sport dans des conditions qui leur étaient favorables. Jason atteignit son but et continua à pratiquer son sport favori, malgré son handicap. Myriam Donachie, Anael Bouhnik, Arielle Goeta : 4C

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Jessica Jami

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Demain, tout peut arriver C’était en hiver 1995. Fabien Salmon, employé dans une grande entreprise internationale, vivait paisiblement et modestement dans un appartement en banlieue parisienne. Il sacrifiait tout pour son travail. Faute de moyens, il aurait tout fait pour le garder ; en effet, son salaire était à peine suffisant pour subvenir à ses besoins. Il ne faisait aucune dépense superflue, ni sortie, ni restaurant, aucun achat non réfléchi. Sans famille et avec peu d’amis, il était, de plus, plutôt solitaire. Il n’avait pas d’autre occupation à part son travail. Fabien n’avait jamais connu les gens qui l’avaient élevé et ne souhaitait pas les rechercher, s’étant habitué à vivre seul. Ces derniers temps, l’entreprise allait mal. Son salaire diminuait de plus en plus et Fabien n’avait plus assez d’argent pour vivre. Il se doutait qu’il allait avoir des problèmes pour payer son loyer et pour manger tous les jours à sa faim. En effet, quelques semaines plus tard, un matin lorsqu’il arriva au travail, son patron le convoqua et lui annonça qu’il était licencié et que l’entreprise avait fait faillite. Le monde s’écroula. Qu’allait-il devenir ? Comment allait-il payer son logement et se nourrir ? Personne ne pouvait l’aider financièrement et ce fut la déchéance progressive. Un matin, en allant chercher son courrier, Fabien rencontra le propriétaire de son appartement : « - Bonjour, Monsieur Dubois. Vous allez bien ?, demanda Fabien, poliment. - Oui très bien, mais j’ai quelque chose de délicat à vous annoncer, expliqua le voisin. Cela fait deux mois que vous n’avez pas réglé votre loyer. Soit vous me le payez maintenant, soit vous pliez bagages et vous partez. J’ai besoin de cet argent sur le champ !, déclara le propriétaire.

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- Mais monsieur… vous… vous ne pouvez pas me faire ça! Laissez-moi du temps… s’il vous plait… je vous en prie, bégaya-t-il. - Désolé, je ne peux pas », répondit le propriétaire. Ce fut un choc brutal pour Fabien. Depuis ce moment-là, Fabien se retrouva à la rue. Il ne savait plus quoi faire. Deux semaines plus tard, assis en tailleur par terre, Fabien n’avait plus de chez lui. Les gens le toisaient, le dénigraient. Il commençait à se sentir exclu par rapport au monde qui l’entourait. Lui qui avait toujours considéré ce pays comme le sien, il ne s’était jamais senti aussi seul. Une idée sombre lui vint à l’esprit. Il alla jusqu’au pont, enjamba la balustrade, et toute sa vie défila devant ses yeux. Il se rendit compte qu’il allait faire la chose la plus stupide de sa vie. Il recula et alla se réinstaller à sa place entre la rue Boujart et la rue St Pierre. Le lendemain, Fabien aperçut une femme qui venait vers lui ; la femme le regardait fixement puis lui fit un sourire. Fabien, étonné, se demandait ce qui lui arrivait et qui était cette femme si jolie. Elle allait probablement au travail. Plus tard vers l’heure du déjeuner, Fabien se mit en quête de nourriture. Il se dirigea vers la boulangerie. Il vit alors la femme qu’il avait croisée le matin, qui sortait du magasin avec deux baguettes à la main. En passant à côté de lui, elle lui posa une baguette dans les mains. Elle repartit immédiatement, mais Fabien s’écria : « - Madame attendez ! La femme se retourna et revint hésitante vers lui. Madame, écoutez, je voulais vous remercier pour la baguette, je ne vous remercierai jamais assez.

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- C’est normal, je vous ai vu ce matin et j’ai voulu vous aider. - Mais pourquoi faites-vous cela pour moi ? Vous ne me devez rien. - Je le sais, mais j’ai déjà connu votre situation, je sais ce que c’est de se retrouver à la rue. - Ah, bon ? Comment êtes-vous sortie de cette misère ? - Quelqu’un m’a aidé, c’est pour cela que j’essaie de faire la même chose avec vous. Où dormez-vous ce soir ? - Bah…ici entre ces deux rues. - J’ai quelque chose à vous proposer, j’ai une chambre d’amis chez moi qui est inoccupée, si vous voulez, le temps que vous trouviez un travail, vous pouvez venir loger chez moi. - C’est très gentil, mais je n’ai pas de quoi payer et en plus je vais vous parler des ennuis. - Mais ce n’est pas grave, je sais bien que vous n’avez pas d’argent, je vous loge et vous nourris gratuitement. Ce n’est pas par pitié mais par compassion que je fais cela. - Je ne saurai pas comment vous remercier, je vous admire ! - Vous êtes d’accord ? Alors venez avec moi, je vais vous donner des vêtements et vous pourrez manger à votre faim, je vous cuisinerai quelque chose. Je m’appelle Julie et vous ? - Moi c’est Fabien. Deux semaines plus tard, Fabien obtint un travail. Pour cette occasion, il invita Julie au restaurant. Avant de prendre le dessert, Fabien lui offrit un bouquet de roses et celle-ci, très émue, elle lut le petit mot qui était agrafé sur l’emballage : « Julie, merci de m’avoir aidé ». Quand elle

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leva les yeux, Fabien ouvrit un coffret avec une bague en diamants, puis lui dit : - Julie, depuis le premier jour, j’ai éprouvé des sentiments plus forts que l’amitié envers toi, je t’aime Julie de tout mon cœur. - Fabien, je…je, moi aussi ! - Ecoute-moi, j’ai quelque chose d’important à te demander, veux-tu m’épouser ? - Je suis très émue, je ne m’y attendais pas, mais je crois que je le veux. » Le mariage se déroula avec perfection et un an après Laurent était né. Alexandre Mouysset, Léa Bernheim, Jessica Jami, 4e B

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Étrangère dans son pays Ça y était. C’étaient les grandes vacances ! Comme tous les ans, Zora et sa famille partaient en voyage. Mais cette fois-là Zora invita son amie très proche, Sherifa Luna. Comme ses parents avaient une situation modeste, ils ne pouvaient pas l’emmener en voyage. Lors du trajet, un grave accident se produisit, une voiture percuta la leur. Seule Zora s’en sortit vivante, mais dans le coma. Les parents Luna se rendirent à l’hôpital pour voir s’il y avait encore de l’espoir pour leur fille, Sherifa. Le médecin les installa pour leur annoncer cette nouvelle tragique : la mort de leur fille. La famille Luna était très attristée par la nouvelle. Zora, après deux mois, se réveilla en bonne santé. Les parents de Sherifa voulurent avoir une conversation avec elle : « - Zora, nous voulons te parler d’un sujet délicat à propos de ton avenir, commença la mère de Sherifa. - Que voulez-vous dire par là ?, questionna Zora. - Nous voulons d’abord t’annoncer une nouvelle, déclara Monsieur Luna, d’un air sérieux. - Quoi ?, s’inquiéta-t-elle. - … La mort de tes parents, annonça Madame Luna, tristement. Nous sommes vraiment désolés. - Qu‘est devenue Sherifa dans toute cette histoire?, interrogea Zora en pleurant. - Elle a eu le même sort que tes parents, répondit le père de Sherifa, bouleversé. Zora, pensive, demanda : - Que vais-je devenir ?

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- Mon mari et moi avons perdu notre fille unique, commença Madame Luna. Nous voulons te demander si tu souhaites venir vivre avec nous. - Cela me touche beaucoup, répondit Zora, émue, car je n’ai pas où aller. - Cela nous fait plaisir et ça aurait sûrement fait plaisir à Sherifa, poursuivit Madame Luna. Merci d’avoir accepté notre proposition. » Le jour de son arrivée chez ses nouveaux parents, Zora était très à l’aise. En effet, les parents de Sherifa la traitaient comme leur propre fille. Néanmoins, les frères de Sherifa étaient très jaloux de Zora, car ils pensaient que leurs parents la privilégiaient. Les parents de Sherifa s’occupaient effectivement moins de leurs propres enfants. Cela provoqua des disputes entre Zora et les frères de Sherifa, ce qui mit Zora mal à l’aise. Le premier jour, elle essaya d’aller voir un des frères, Faudel, pour pouvoir comprendre pourquoi il lui en voulait tant : « - Faudel, pourquoi as-tu changé depuis mon arrivée ici ?, commença Zora. Pourquoi es-tu si désagréable alors qu’à l’époque où Sherifa et moi étions très proches tu m’adorais ? - Depuis la mort de ma soeur, tout tourne autour de toi, répondit Faudel, en colère. Dis-toi que tu ne la remplaceras jamais. - Je m’excuse, mais tu sais, c’est dur pour moi aussi, reprit Zora, au bord des larmes. Je viens de perdre ma famille et la tienne est la seule qui me reste. Elle partit, en claquant la porte de sa chambre et dit en pleurant : « Si seulement tout cela n’était pas arrivé, je serai toujours ami avec Faudel, j’aurai une famille et ma meilleure amie. »

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Faudel, qui l’entendit, vint la consoler en disant : « - Tu sais Zora, je suis vraiment désolé. Mes frères et moi n’avons rien contre toi, mais c’est juste que cela nous rend un peu jaloux. - Je comprends tout à fait ; j’aurais réagi de la même façon, répliqua Zora. - Alors.... amis ? - Pour toujours », répondit Zora heureuse. L’amitié de Zora envers Faudel grandit de plus en plus, au fil du temps. Elle qui pensait ne jamais retrouver sa place dans cette famille… ! Une histoire d’amour commença entre elle et Faudel et cette petite Étrangère finit par se marier avec Faudel. Ils eurent une fille qu’ils appelèrent Sherifa en l’honneur de la sœur de Faudel et de la meilleure amie de Zora. Shany Sion, Déborah Slama, Audélia Dhéry: 4e C

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École étrangère C’était une fille qui s’appelait Anna Dupont. Elle avait treize ans et habitait à Marseille depuis deux ans. Elle était blonde aux yeux bleus et était très intelligente. Elle avait toutes les qualités pour plaire. Ses parents travaillaient dans les banques les plus réputées du monde, donc elle avait beaucoup voyagé partout dans le monde. Ses parents devaient être mutés à Paris. La famille devait donc déménager à nouveau. Anna était très contente de cette nouvelle, car Paris était son ancienne ville et elle y avait laissé beaucoup de souvenirs. Dès qu’ils arrivèrent làbas, elle fut réinscrite dans son ancienne école, mais avec étonnement elle s’aperçut que tout avait changé. Ses anciennes amies ne la comptaient plus et les règles de l’école n’étaient plus les mêmes. Le lendemain de la rentrée, elle décida, la tête haute, de reconquérir ses amis. À ce moment-là, elle vit Gustave prés de son casier. Elle partit à sa rencontre en disant : « - Bonjour, Gustave, te rappelles-tu de moi ? - Ne serais-tu pas … euh… Gravita ? - Non, moi c’est… soupira-t-elle, alors qu’il partit rejoindre ses amis, …Anna », finit-elle dans un murmure. À ce moment-là, elle se sentit exclue, tout avait changé, elle se retrouva seule. Elle continua, déçue, sa route, quand elle aperçut dans un coin une fille nouvelle dans sa classe. Elle se dirigea vers elle et engagea la conversation : - Salut, comment t’appelles-tu ? - Moi c’est euh…c’est Mélanie, bégaya-t-elle intimidée, et toi ?

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Nathanael Mouyal

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- Moi c’est Anna, as-tu appris la leçon pour le contrôle de math ? - Oui, et toi ? La discussion continua bon train et Anna invita Mélanie chez elle le soir même. Dès le lendemain, elles devinrent inséparables. Au déjeuner, Anna et Mélanie, plateau en main, cherchaient une place à la cantine. Une certaine Marie les interpella et les invita à se joindre à sa table. Elles discutèrent, plaisantèrent, mangèrent et découvrirent qu’elles avaient beaucoup de choses en commun. Elles étaient devenues toutes trois les meilleures amies qu’il puisse exister. Quelques jours plus tard, Marie fêtaient son anniversaire. Très fortunée et généreuse, elle convia la moitié de l’école à une soirée extraordinaire sur une péniche. Bien entendu, Anna et Mélanie furent de la partie. Le soir venu, ce fut sûrement l’une des plus impressionnantes des fêtes. Au cours de la soirée, il y eut un concours de danse. Anna, folle de danse, décida d’y participer. Seulement son ancienne amie, qui l’avait complètement oubliée et rejetée, était son adversaire. C’était donc le groupe des nouveaux arrivés contre ses anciennes amies, populaires et appréciées par l’ensemble de l’école. Dès le début du concours, le groupe d’Anna était bien meilleur que celui de ses concurrentes. Tout d’un coup, la foule les applaudit et les encouragea. À la fin du concours, on déclara le groupe d’Anna vainqueur sur les applaudissements du public et cette dernière fut félicitée par son ancienne amie. Dès le lendemain, toute l’école était au courant de son triomphe et ce fut la fin de la solitude. e

Gabriel Ghrenassia, David Teboul, Nathanael Mouyal, 4 B

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Nouvelle identité Yasmina descendit du bateau et posa son pied sur le sol du pays où elle allait commencer une nouvelle vie. Yasmina Farouedje était une jolie femme d’origine tunisienne, elle avait un teint mat et de grands yeux verts, où l’on pouvait voir beaucoup de tristesse et comprendre qu’elle avait enduré de dures épreuves. Elle avait un menton fuyant et un nez droit, elle était vêtue d’une Gélaba et chaussée de Babouches et cachait ses cheveux à l’aide d’un foulard blanc. Elle avait eu beaucoup de mal pour arriver jusqu’à Marseille, mais elle espérait trouver son bonheur en France. Après bien des difficultés, elle arriva à la Préfecture de police. Après plusieurs heures d’attente, le responsable de la Préfecture lui demanda de le suivre : « - Bien monsieur », répondit-elle. Ils arrivèrent dans son bureau et le responsable lui proposa de s’asseoir : - Alors, je vais commencer par vous poser quelques questions sur votre vie, commença-t-il. Quel est votre nom et votre prénom ? - Je m’appelle Farouedje Yasmina. - D’où venez-vous ? - Je viens de Djerba en Tunisie. - Quelle est la raison de votre venue en France ?, questionna le responsable. - Je viens ici, afin de fuir mon mari. Je souhaite m’installer en France et obtenir des papiers, en espérant redémarrer une vie meilleure que celle que j’ai vécue en Tunisie, répondit Yasmina laissant apparaître son accent arabe lorsqu’elle parlait.

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- Pourquoi voulez-vous fuir votre mari ? », demanda la personne qui se tenait devant elle. Qui aurait cru que ce beau jeune homme, si généreux et si sympathique changerait du jour au lendemain de comportement… Toute émue, Yasmina commença le récit de sa vie : « - Après la mort de sa mère, il tomba dans la dépression et commença à toucher à l’alcool. Aujourd’hui mon mari est un homme qui me maltraite. Il me frappe, m’interdit de sortir, n’a aucun respect pour moi. Il me considère comme son esclave. Il m’oblige à nettoyer le sol avec une brosse à dents pour venir ensuite le piétiner avec ses chaussures pleines de boue. Je n’ai le droit de sortir que pour faire les courses, je n’ai même pas d’amis. Je suis obligée de sortir couverte jusqu’aux doigts de pieds pour ne pas montrer mes bleus. D’ailleurs, lorsqu’il fait chaud, je sors aussi couverte et les autres femmes me regardent du coin de l’œil et ne comprennent pas pourquoi je suis habillée de cette façon. - Nous allons étudier votre cas et allons vous contacter plus tard dans la semaine, dit l’homme, les larmes aux yeux. - Merci beaucoup et j’espère avoir des nouvelles positives », ajouta Yasmina en se levant de sa chaise. Trois jours plus tard, Yasmina revint pour connaître la décision qui avait été prise par le responsable de la Préfecture. Elle arriva dans la salle d’attente où elle patienta quelques instants. Quand son tour arriva, elle entra dans le bureau. Le responsable lui adressa une lettre en souriant, et lui demanda de l’ouvrir une fois sortie de la Préfecture. Toute seule dans la rue, elle se trouvait face au port où elle était descendue du bateau. En ouvrant cette lettre

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elle saurait si elle devrait repartir dans son pays natal ou si elle allait recommencer une nouvelle vie en France. Après avoir lu la lettre, elle la remit dans l’enveloppe et, souriante, elle tourna le dos au port. MÊryl Cohen, Lola Naccache et Jordan Atlan. 4e C

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L’aventure de Pascal En 2002, Pascal, un jeune homme de couleur, était âgé de vingt-six ans. Il avait une allure longiligne et son costume noir lui donnait un air triste. Ses lèvres pulpeuses et son regard doux inspiraient de la sympathie ainsi que de la pitié. Il avait perdu toute sa famille en Afrique et se retrouvait donc seul dans une grande ville, où il ne connaissait personne et où il logeait à l’étroit dans un petit appartement. Sans travail et à la recherche d’un emploi, son plus grand souci était de savoir comment il pourrait payer ses charges. Il était même prêt à accepter n’importe quel travail, malgré son niveau d’étude élevé. Il priait tous les jours avec beaucoup de ferveur, afin que Dieu lui vienne en aide et qu’un miracle se réalise. Il avait beaucoup sympathisé avec le curé de l’Eglise qui lui redonnait chaque jour de l’espoir et du courage malgré son sentiment de désespoir. Un matin, comme chaque jour, il se rendit à l’Eglise. Le curé vint à sa rencontre : « - J’ai une nouvelle à t’annoncer, lui dit-il. Ce matin, j’ai lu dans un journal, que le maire de B*** est à la recherche d’un prêtre ! - Ah, bon ? C’est extraordinaire, répondit Pascal stupéfait. Mais quelques secondes plus tard, il réalisa que peutêtre ne serait-il pas accepté, du fait de sa couleur de peau. Son visage devint blême. - Que se passe-t-il ?, s’inquiéta le curé. - Euh …, en fait, je me demande si les habitants de la contrée vont m’accepter malgré mes origines.

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Ornella Meimoun

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- Oh, mais non Pascal, n’aie pas d’inquiétude à ce sujet, répondit le curé, j’ai la certitude qu’ils ne s’arrêteront pas à cela ! En plus tu as besoin d’un travail. - Vous avez raison, répondit Pascal rassuré ! Je pars demain matin. » Le lendemain, Pascal fut embauché et mit sa Soutane. Le soir de Noël, il prit l’initiative d’organiser une fête dans l’Eglise. Il mit des affiches dans toute la province pour prévenir les villageois. Le soir venu, il attendit, mais personne ne vint, il se retrouva donc seul et comprit que les habitants ne viendraient pas, à cause de sa couleur de peau. Il était malheureux et se demanda comment il allait convaincre les paroissiens de venir. Pascal, déçu, alla trouver le maire pour lui conter son problème. Le maire très frustré, rassembla tous les habitants et dit : « - Je vous ai rassemblé aujourd’hui pour vous dire à quel point le nouveau prêtre est peiné, parce qu’il n’y avait personne à ses cérémonies. Je trouve cela vraiment inadmissible. C’est honteux, continua le maire. Ce n’est pas parce qu’il est de couleur qu’il ne faut pas prier Dieu. Je compte sur votre présence dès dimanche prochain. » Dimanche d’après, Pascal pouvait compter six paroissiens à la messe. Une fois la messe terminée, il rentra chez lui. Sur le chemin du retour, une vieille femme s’évanouit devant lui. Très inquiet, il courut vers elle et appela très vite l’hôpital. Tous les jours il se rendait à l’hôpital pour prendre des nouvelles de la vieille femme en lui apportant des fleurs. Une fois la vieille dame guérie, elle se rendit à l’Eglise :

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« - Bonjour, mon père, je viens pour vous remercier de tout ce que vous avez fait pour moi et pour toutes vos visites. Cela m’a fait très plaisir d’avoir quelqu’un à mon chevet. - Mais de rien Madame, c’était avec plaisir, répondit Pascal heureux. - Pour vous remercier, je souhaite à mon tour vous offrir mon soutien et me rendre d’ici peu dans la province pour faire part aux paroissiens de mon histoire. Je voudrais aussi les inciter à venir à l’Eglise et leur dire qu’ils se sont trompés à votre sujet. Vous êtes vraiment un homme fidèle et très aimable ! - Je suis très flatté, je vous remercie de tout mon cœur. Vous êtes vraiment une femme extraordinaire. » La vieille femme encouragea les paroissiens de venir et, au fur et à mesure, l’Eglise se remplit. Pascal était alors heureux de se faire accepter par les villageois et pour les remercier, il organisa plusieurs cérémonies. Ainsi les habitants ont-ils appris à ne pas juger les autres par leur couleur de peau. Ornella Meimoun, Eléna Lévy, Jérémie Mazouz, 4e B

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Racisme meurtrier Mimissiqu Djaku était un homme mûr. Il avait la quarantaine. Ses cheveux étaient frisottés et de couleur noire. Il portait des lunettes et avait le front bombé. Son nez était aquilin. Mimissiqu était de petite taille. Il portait souvent des vêtements n’étant pas à sa taille, qui lui donnaient un aspect négligé. Sa peau était métisse. M.D., comme on l’appelait, d’origine française, était grossiste de bananes. Mais son travail ne rapportait pas beaucoup et Mimissiqu n’arrivait pas à subvenir aux besoins de sa famille. Hélas ! Il dut donc partir en France ;, mais làbas ses affaires ne marchaient pas. Il décida d’acheter une usine en demandant un prêt à la banque. Il retourna en Réunion pour donner ses économies à sa famille. À son arrivée en France il vit marqué sur son usine : « Rentre chez toi sale étranger ». Un jour, lorsqu’il arriva devant son usine, un grand nombre de policiers y était présent. Il s’écria : « - Que se passe-t-il ici ? » Un agent de police s’avança vers Mimissiqu et lui dit : « - Calmez-vous, vous n’avez rien à faire ici, rentrez chez vous ! - Mais Monsieur, cette usine est la mienne ; que s’est-il passé ? - Ce qui se passe, c’est que votre usine a brûlé et mon équipe et moi avons mené l’enquête et nous pensons que c’est un acte de discrimination, puisque nous avons trouvé cette pancarte, affirma l’agent ». L’agent lui montra la pancarte où étaient inscrites des paroles racistes. « - Que vais-je faire maintenant?, s’écria Mimissiqu. Je n’ai plus de travail !

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- Avez-vous une assurance ? - Non ! - Désolé, Monsieur Djaku, on ne peut rien faire pour vous !, dit l’officier. » Tous les policiers partirent sauf un qui était de même couleur que Mimissiqu. Il se prénommait Sougoungoula Soubia. C’était un guadeloupéen de 34 ans. Il s’avança vers Mimissiqu qui était en sanglots. « - Bonjour, je m’appelle Sougoungoula et je pense que je peux vous aider. » - Ah oui, et comment?, s’écria Mimissiqu. - Il m’est arrivé la même chose qu’à vous. Il y a dix ans, lors de mon arrivée en France, j’ai dû faire face aux mêmes problèmes que vous. Mais j’ai su m’y habituer. J’ai suivi une formation qui m’a aidé à m’intégrer dans la société : maintenant je suis policier. - Mais en quoi tout cela me concerne-t-il ? - Tout à l’heure en scrutant votre usine brûlée, j’ai trouvé un badge de police qui fera une bonne preuve. Allons au poste de police porter plainte. Les deux hommes prirent la voiture de police pour aller au poste. Soudain une Renault 5 fonça sur l’automobile qui se retourna. Mimissiqu réussit à s’enfuir de la voiture. Lorsqu’il fut sorti, il se rappela que Sougoungoula était dans la voiture. Il courut vers l’auto laquelle, d’un seul coup, explosa. Heureusement, le badge était intact, mais son nouvel ami était mort. Il continua le chemin à pied et réussit à déposer sa plainte. Quelques mois plus tard, il reçut une convocation pour le tribunal. La salle était calme. Tout le monde se leva à l’arrivée du juge. L’avocat des policiers s’avança et commença : « - Monsieur le juge, en quoi mes clients sont-ils appelés à venir dans ce tribunal ?

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Monsieur Djacku a porté plainte contre vos clients, il y a quelques mois, déclara le juge. » L’avocat des policiers se tourna vers l’avocat de Mimissiqu et reprit : « - Avez-vous une preuve contre mes clients ? - Bien sûr, il y a quelques mois, un des amis policiers de Mimissiqu Djacku avait trouvé le badge du chef de cette brigade, avoua l’avocat. Quelques minutes plus tard Sougoungoula Soubia se faisait tuer par vos clients. En plus, Sougoungoula devait témoigner en faveur de Mimissiqu. Voilà le badge que Mimissiqu a trouvé. » L’avocat de la défense montra le badge à l’assemblée toute consternée. Après mûre réflexion, le juge intervint : « - Les policiers sont punis à la prison à perpétuité et 30 000 euros de dédommagement pour discrimination raciale, tentative de meurtre et meurtre avec préméditation, la séance est levée. » Le juge tapa avec son marteau et Mimissiqu et son avocat sautèrent de joie et s’enlacèrent. Mimissiqu fit fortune et créa une association contre la discrimination raciale. Alexandre Saada, Raphaël Madar et Shimshon Koskas : 4e C

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Un séisme bouleversant Un matin, dans le village Shikoku d’Asie du Nord, les secousses habituelles se déclenchèrent. Parmi les habitants de Shikoku, vivait un grand jeune homme appelé Ichiro Hatano. Seul épicier du village, il gagnait bien sa vie. C’était un garçon qui avait appris à vivre seul, retiré des autres. Malgré sa timidité, il aimait rendre service aux villageois. D’ailleurs, il leur livrait souvent les achats gratuitement. Grâce à sa modestie et à son honnêteté, il était apprécié de ses clients, sauf d’un petit groupe d’habitants malfrats qui ne respectaient pas le village. Les jours passaient les uns plus monotones que les autres, Ichiro espérait un changement qui bouleverserait sa vie quotidienne. Un soir de mars de 1994, les secousses se reproduirent, mais cette fois-ci plus violemment, elles furent destructives. Ichiro essaya de protéger les habitants du village en les cachant derrière les étagères dégarnies, mais ils refusèrent son aide. Ils ne réalisaient pas le danger provenant de ces secousses. Le séisme qui survint fut dévastateur, mais Ichiro réfugié sous le comptoir ne se rendit pas immédiatement compte de son ampleur. Le lendemain, une fois sorti des décombres, Ichiro comprit qu’il était l’un des rares survivants avec le groupe de malfaiteurs. Une semaine s’écoula, il se nourrissait des restes de son épicerie, jusqu’au moment où des malfaiteurs vinrent dévaster son épicerie. Ils lui dérobèrent ses derniers vivres. Il se lamentait, maintenant il n’aurait plus de quoi se nourrir. Ichiro faiblissait, plus d’espoir, plus de joie, plus de rires. Il vivait maintenant dans la tristesse, sans

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nourriture, sans boisson, rien que son pauvre corps dont on voyait le relief des os, tant il faiblit. Qu’allait-il faire ? Désespéré, il se promenait dans le village quand il vit un groupe de personnes, dont il ignorait l’identité, qui festoyait. Il voulut participer au repas, mais il n’osa pas s’approcher ; cependant, après quelques instants de réflexion, il le fit : - Bonjour…, puis-je me joindre à vous ? Je n’ai rien mangé depuis longtemps. - Mais qui es-tu ? D’où viens-tu ? On ne t’a jamais aperçu dans ce village, interrogea le groupe. - Je m’appelle Ichiro Hatano, originaire du village Shikoku, fils de Monsieur Hatano, épicier de ce village lors de son expansion. - Nous, nous n’aimons pas partager, nous avons eu du mal à nous procurer cette nourriture, dirent-ils en ricanant, alors il est hors de question que nous la partagions. Ichiro se rappela des malfaiteurs qui l’avaient dévalisé et demanda : - N’est-ce pas vous qui m’avez pillé les dernières marchandises de mon épicerie, il y a deux jours ? - Ah ! Ah ! Tu viens juste de le comprendre, que tu es naïf ! - Ce n’est pas important, je vous le pardonne. Mais s’il vous plaît, laissez-moi participer à ce déjeuner, suppliat-il. - Non, tu ne nous intéresses pas, lui lancèrent-ils, sauve-toi d’ici immédiatement ! », lui ordonnèrent-ils. Ichiro sut qu’il était rejeté et se sentit exclu, il était un étranger dans son pays. Affamé et surpris par cette réaction, Ichiro marcha longtemps sans savoir où il allait. Il arriva ainsi dans une forêt. Il se croyait perdu, mais tout à coup, il aperçut un

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marronnier bien garni. Il sauta de joie, heureux il cria : « Youpi ! Je vais enfin pouvoir manger ! ». Ichiro, généreux, courut au village pour y annoncer la nouvelle. Lorsqu’Ichiro arriva au village, il fit part de sa découverte. En le voyant, les villageois se moquèrent de lui : « - Quel bon vent t’amène Ichiro ? Ichiro s’avança avec hésitation et bégaya : - Euh…et bien…euh…je…je viens vous annoncer…euh… - Mais enfin parle !, interrompit quelqu’un du groupe. Ichiro reprit courage et déclara : - J’ai découvert un marronnier ! - Où est-il ? Comment y accéder ?, questionnèrentils impressionnés et ravis à la fois. - Je ne connais pas l’endroit exact… je l’ai trouvé par hasard, continua-t-il. - Tu nous as fait une fausse joie, lui crièrent-ils, vat-en ! - Mais non… je peux tout de même vous y conduire ! - Allons-y ! Nous te suivons ! », s’exclamèrent-ils en chœur. Après cette courte discussion, ils se mirent en route. En chemin, ils sympathisèrent et devinrent de bons amis. Au bout d’une heure de marche, Ichiro s’arrêta et gémit : « - Je ne comprends pas, suis-je devenu fou ? Tout à l’heure, cet énorme marronnier se trouvait ici ! - Tu n’es qu’un menteur !, hurla le chef du groupe et s’approcha d’Ichiro prêt à le frapper. Un des hommes de la bande leva les yeux : - Regardez en haut…là, fit-il en montrant du doigt, ce fameux marronnier ! » Shikamaru sauta de joie et cueillit un marron qu’il dévora sur l’instant. Tous ensemble s’activèrent pour

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rassembler du bois et allumer un feu. Ils mirent une dizaine de marrons à griller. Au cours de la dégustation, l’un d’entre eux prénommé Isokô se leva et s’écria « - J’ai une excellente idée! - Laquelle ?, lancèrent les autres, impatients. - Eh bien … nous pourrions récolter quelques marrons et aller les vendre au village d’à côté. Shikamaru le coupa dans ses idées : - Mais comment comptes-tu t’y prendre ? Enfin tu ne peux pas, c’est une grande charge. - Ne vous inquiétez pas, je connais le chemin, le rassura Isokô. De plus, nous avons parmi nous un spécialiste en la matière : Ichiro. - Nous comptons sur toi Ichiro, un pour tous, tous pour un. Allons-y rapidement, dirent-ils, ne perdons pas de temps ! - Vous savez … je ne m’y connais pas si bien, ce n’est pas vraiment mon point fort !, avertit Ichiro, indécis. - Ne t’en fais pas, nous sommes ensemble, l’encouragèrent-ils tous en chœur. En route maintenant ! ». Ils récoltèrent une centaine de marrons mûrs, qu’ils assemblèrent dans des caisses. Chacun portait une caisse et ils s’éloignèrent sur le chemin. Désespérés, épuisés par la chaleur et assoiffés, ils s’arrêtèrent et décidèrent d’y renoncer. Soudain, ils entendirent des cris de commerçants qui vantaient leurs articles. Rassurés, ils se remirent rapidement en route et arrivèrent à l’entrée de ce fameux village. Ils furent accueillis très chaleureusement : « - Bonjour, messieurs, d’où venez-vous ?, s’enquit avec curiosité le chef du village.

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Myriam Fay

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- Nous venons du village Shikoku, qui se situe assez loin d’ici, répondit Ichiro. - Vous n’avez pas mangé depuis longtemps. Entrez, entrez donc, venez vous rassasier chez moi, les invita-t-il. - Oh ! C’est gentil à vous, le remercia Shikamaru. Mais nous devons vous demander un permis de vente car nous désirons nous installer ici, afin de gagner notre vie en liquidant nos stocks de marrons. - Vous nous proposez des marrons ! C’est merveilleux, il n’y en a pas dans les alentours, leur précisa le chef d’un air surpris. - Alors ! Vous acceptez ! Merci ! ». Le chef du village les accompagna chez lui et leur prépara le déjeuner. Après s’être reposés et renseignés, ils s’installèrent sur le marché pour vendre leur nourriture. Les clients étaient émerveillés ; tout le monde achetait des marrons. Ainsi ils s’en sortirent de cette terrible catastrophe, réconciliés et solidaires. Eliore Merran, Jérémy Cohen et Myriam Fay, 4e B

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À la recherche d’une nouvelle identité C’était pendant la Seconde Guerre mondiale. Une petite fille nommée Myriam vivait à Paris avec sa famille. Elle était de religion juive et très pratiquante. Âgée de quinze ans, elle avait un très beau visage avec un beau teint pale, de très longs chevaux bruns ondulés, et les yeux verts pistache en forme d’amandes. Elle avait une très belle silhouette mince et grande. Malgré ce qu’elle devait endurer tous les jours, elle restait quand même très gaie. Elle était également à l’écoute et très généreuse. Sa famille était très soudée sans cette grande épreuve. En effet, ils manquaient de nourriture, de vêtements et surtout d’argent. Ils devaient également porter une étoile jaune avec l’inscription «juif », ce qui les gênaient beaucoup. Ils n’avaient aucun loisir car tout leur était interdit. Ils trouvaient le réconfort de ce manque dans leur religion. Un jour, quand elle rentra chez elle, ses parents l’attendaient dans la cuisine. Sa mère lui prit la main et commença : « - Tu connais notre situation et tu sais qu’on court un grand danger, chaque jour passé dans cette ville. Sa mère ne pouvait plus continuer, les larmes lui nouaient la gorge ; son père prit la parole : - La seule solution pour toi est que tu nous quittes. Je ne te cache pas ma peine de devoir faire cela, mais si tu ne le fais pas, tu risques de mourir. - Papa, je préfère mourir avec vous que de vivre loin de vous, répliqua Myriam.

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- Je ne te demande pas de choisir. Tu partiras, que tu le veuilles ou non et cela dès ce soir. Bien sûr, tu ne dois en parler à personne. » Sa mère la prit dans ses bras et la serra pendant un long moment. Trois jours plus tard, Myriam se trouvait déjà dans sa nouvelle famille. Elle s’appelait désormais Marion ; Marion se préparait pour son premier jour dans sa nouvelle école. Elle était frustrée tout en étant impatiente. Ses parents lui manquaient beaucoup, elle se demandait comment elle allait s’intégrer dans cette nouvelle situation. Elle arriva dans sa classe et remarqua que toutes les bandes d’amis étaient déjà formées ; elle se sentit isolée. Pendant la recréation, elle alla avec ses camarades. Un moment, une de ses camarades raconta une histoire drôle : « - À quoi ressemble le nez d’un Juif ?, interrogea Nicole. - On ne le sait pas, dis le nous, lança Jean. - Il ressemble à une pomme de terre…, répliqua Nicole. - Ha ! ha ! ha ! tu es hilarante !, s’esclaffa Lucie. - Une autre, je t’en prie ! », pria Jacques. Tout le monde riait, sauf Marion qui se sentait humiliée et qui était très en colère au fond d’elle-même mais, malheureusement, elle ne pouvait pas exprimer ses sentiments. Nicole continuait ainsi jusqu’à la fin de la recréation. Après l’école, les amis de Marion lui dirent de les rejoindre à cinq heures devant la place de l’école. À cinq heures, Marion arriva et elle vit que ses amis lui faisaient signe de se rapprocher. Benoît commença : « - Marion, il faut que tu prouves que tu fais vraiment partie de notre groupe.

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- Pour cela, reprit Louise, tu dois relever un défi. - Un défi, répondit Marion, mais pourquoi ? Je suis comme vous, je n’ai pas besoin de vous le prouver. - Non, tu dois nous le prouver, c’est comme cela que chacun est rentré dans notre groupe, répliqua Jacques. - Moi, j’ai dû voler du pain chez le boulanger, lança Alexia. - Ce n’est rien par rapport à ce que j’ai dû faire, interrompit Sophie. J’ai dû mettre un rat dans le sac du professeur de maths. - Bon ça suffit les exemples. Tu as compris, on te lance un défi et tu le relèves, sinon tu sais ce qu’il t’attend, conclut Benoît. - J’ai remarqué que tu n’as pas trouvé mon histoire drôle, donc tu auras un défi en rapport avec les Juifs », lui expliqua Nicole. Marion se sentit terrifiée, gênée, humiliée, elle aurait voulu se sauver à des millions de kilomètres de làbas. Nicole reprit calmement : « - Très bien, tu dois écrire “Morts Aux Juifs” sur le mur de l’école. » La colère de Marion amplifia, elle réfléchit puis elle lança : « - Parfait, je vais le faire.» Et à contrecœur, elle dut gribouiller cette phrase si horrible pour elle sur le mur. Quand elle rentra chez elle, elle s’enferma dans sa chambre pour pleurer. Elle pria en espérant que Dieu lui pardonnerait et qu’Il lui rendrait sa vie d’avant. Une semaine après la douloureuse épreuve concernant le défi, Marion s’était remise de ses émotions. Elle alla faire les courses comme le lui avait demandé sa nouvelle mère. Elle se rendit donc au supermarché et à la

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pharmacie. Lors de ces courses, elle égara son ancienne carte d’identité de laquelle elle ne se séparait jamais, de peur qu’on la trouve et également en souvenir de sa vie d’avant. Une personne passa derrière elle et la ramassa. Quelques jours plus tard, alors qu’elle allait à l’école, un homme l’arrêta dans la rue et lui remit une enveloppe, en lui expliquant que c’était de la part de l’homme qui l’avait amenée jusque-là.

Paris le 20 mai 1944

Mon petit lapin, J’ai le regret de t’annoncer la mort de tes parents. Les autorités ont retrouvé ton ancienne carte d’identité et les ont arrêtés, puis trois semaines plus tard, ils étaient tués. Ta petite carotte

Après tous ces malheureux évènements, ayant bien grandi, Marion prit une décision dangereuse mais réfléchie : devenir résistante. Marion intégra le groupe de son village. Durant cette période, elle vivait dans la plus grande discrétion et avait perdu beaucoup d’amis. La guerre s’acheva et Marion, ayant fini sa mission à Paris, retourna à la campagne chez ses parents adoptifs, à qui elle avoua tout : ses origines juives, sa vraie identité, la mort de ses parents et les vraies raisons de sa venue parmi

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eux. Ils furent très étonnés. Mais malgré tous ses aveux, elle fut accueillie dans la joie. Elle pleura dans les bras de sa mère qui pleurait également. Marion décida de rester vivre avec eux et commença une nouvelle vie, après toutes ses souffrances ; mais même si elle recommençait une nouvelle vie, elle n’oublierait jamais qui elle était ni d’où elle venait. Tara Hayot, Livnath Atlan, Sarah Haïm, 4e C

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La vie dans le mensonge Il y a treize ans, Monsieur et Madame Lee eurent un accident de voiture. Leur bébé survécut par miracle. Il s’appelait Chang Leconte, il vivait insouciant dans une famille d’accueil. Ses yeux légèrement bridés, cernés, lui donnaient un air triste. Son nez droit surplombait une bouche fine. Son teint clair soulignait ses cheveux bruns. Ses caractéristiques physiques contrastaient avec celles de ses parents : leurs yeux verts et leurs cheveux blonds leur donnaient un air germanique. Un beau matin, Chang se leva de bonne heure; il avait fait un cauchemar qu’il voulut raconter à sa mère : « - Maman, j’ai fait un cauchemar cette nuit, commença Chang. - Ah ! Oui ? De quoi était-il question ?, demanda sa mère. - Je me trouvai dans une voiture avec deux adultes qui me parlaient, répondit Chang. Tout d’un coup l’un d’eux cria « Attention !!». Puis je me réveillai en sursaut. Sa mère resta pensive et silencieuse pendant quelques minutes, puis elle lança : - Ce soir, ton père et moi te parlerons de quelque chose que tu dois savoir. » Le soir même, lors du repas, le père prit la parole et dévoila à Chang le secret de son adoption : « - Nous croyions que tu le savais…, ajouta le père. - ...à cause des différences physiques que nous avons ton père et moi par rapport à toi, répliqua la mère… ». Chang monta dans sa chambre et éclata en sanglots. Le lendemain matin, Chang alla à l’école comme d’habitude, mais cette fois-ci, il se disputa avec un élève qui lui dit qu’il connaissait son secret. Chang crut alors qu’il

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était au courant de son adoption. C’est à ce moment-là qu’il devint fortement agressif. Il frappa de toutes ses forces sur la tête de son camarade et heureusement qu’un surveillant l’arrêta et l’amena chez le directeur : « - Monsieur Foulcaut, cet élève a frappé son camarade qui saigne fortement et a sûrement un bras cassé, affirma le surveillant. - Merci François, vous pouvez vous retirer, lui dit le directeur. Et il reprit en s’adressant à Chang : - Que s’est-il passé, Chang, pourquoi l’as-tu frappé ? - Il m’a traité, dit Chang. - Ah oui, et de quoi t’a-t-il traité ?, demanda le directeur. - Il m’a traité d’a… d’ado… d’adopté, répondit Chang en éclatant en sanglots. - Ah je vois, dit le directeur bouche bée. Le lendemain, le professeur demanda aux élèves de faire un arbre généalogique et à ce moment-là toute la classe se retourna en regardant Chang, qui se leva et partit de l’école. Deux semaines plus tard, les parents de Chang furent convoqués chez le directeur : « - Bonjour, Monsieur et Madame Leconte, asseyezvous, je vous prie, commença Monsieur Foulcaut. Votre fils, Chang, est devenu très agressif depuis quelque temps. Cela m’étonne de lui qui est un très bon élève, que s’est-il passé ?, questionna Monsieur Foulcaut. - Il s’est mal adapté à ce que nous lui avons dit. - Est-ce à propos de son adoption ?, demanda le directeur. - Oui, nous lui avons révélé la vérité, il y a deux semaines.

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NoĂŠmie Marciano

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- Et c’est à ce moment-là qu’il est devenu agressif, coupa le directeur. - Oui, tout à fait, répondit Monsieur Leconte. - Mais pourquoi ne lui en avez-vous pas parlé plus tôt ?, s’exclama Monsieur Foulcaut. - Nous croyions qu’il le savait, répliqua Madame Leconte. - Écoutez, il faut être ferme et réagir vite ! Je vous conseille la psychologue scolaire, Madame Malaure, qui est spécialisée dans son cas. Le lendemain, Chang avait rendez-vous chez Madame Malaure, mais il ne s’y présenta point. Sa mère n’osait pas lui demander pourquoi. Le directeur, voyant que Chang ne vint pas au rendez-vous, convoqua de nouveau ses parents pour trouver une nouvelle solution. « - Je remarque que l’attitude de votre fils se dégrade, je vous conseille l’internat qui se situe dans le Nord-pas-de-Calais, c’est celui de Saint-Mathieu qui est spécialisé dans les cas d’adoption, conseilla le directeur. - Cette décision va s’avérer difficile à réaliser, mais je vais y réfléchir, répondit la mère. La mère n’accepta pas au début, mais lorsqu’elle vit que, lundi, son fils agressa son professeur de français, elle accepta malgré son envie de ne pas le quitter. Comme prévu, il fut envoyé à l’internat SaintMathieu à Bergues à côté de Lille. Les débuts furent très difficiles mais avec le temps, il accepta sa situation et se fit des amis. Il n’en voulait plus à ses parents adoptifs qui l’avaient élevé comme leur propre enfant. Deux ans plus tard ses parents le retirèrent de l’internat et il fut intégré dans une 1ère SECPA en psychologie. Il réussit à merveille ses études et reprit de bons contacts avec ses parents et leurs familles.

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Arrivé au baccalauréat, il obtint la note de 14/20 et la mention bien. Tout se passait pour le mieux, jusqu’au jour où son père décéda. Il était malheureux, mais se dit que tout dans la vie avait une fin. Peu de temps après, il devint psychologue spécialisé dans les cas d’agressivité chez les adolescents. Nathan Guigui, Jeremy Chichportich, Benjamin Boublil, 4e B

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Une vie pas comme les autres C’était dans des beaux quartiers de Naples, dans une des superbes villas de style baroque. Le jeune propriétaire qui habitait cette demeure se prénommait Roberto Chicos. Il était très élégant avec de magnifiques yeux perçants. Malheureusement, il souffrait énormément de l’absence de sa mère qui était morte victime d’un cancer. Ainsi ces derniers temps, il restait très discret et se confinait dans son domicile. C’est son domestique qui assurait la maintenance de la maison et les courses. Son père était Yves Chicos, le célèbre tueur en série. Son dernier meurtre très médiatisé était celui du préfet Erignas ; il fut arrêté et, jusqu’à ce jour-là, on le détenait en Italie. Un soir, Roberto voulait sortir pour prendre un peu d’air dans son jardin privé. Par hasard, un journaliste qui passait dans la rue croisa son regard à travers la grille du jardin et le reconnut car il ressemblait à son très célèbre père. L’inconnu s’empressa de dégainer son appareil photo. Au même moment Roberto cria d’une voix puissante: « - Qui êtes-vous, et que voulez-vous ? Partez d’ici sur le champ ! C’est une propriété privée », s’exclama-t-il sur un ton plus calme mais ferme. Le photographe s’empressa de prendre plusieurs clichés. D’un geste brusque, Roberto tenta de lui arracher son appareil photo tout en le menaçant d’appeler la police, mais celui-ci, habitué à ce genre de situation, réussit à prendre facilement la fuite. Roberto rentra d’un pas rapide chez lui, mais son visage en disait long sur son état d’esprit. Il semblait

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Steeve & Yoav

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préoccupé, et ne comprenait pas pourquoi il semblait intéresser les médias. Ce ne fut que le lendemain matin que les choses s’éclaircirent. Tout d’abord c’est sans surprise qu’il découvrit sa photo à la une de la plupart des journaux, mais ce furent les titres qui le mirent sur la voie. En effet, en première page, les titres suivants accompagnaient la photo, « Le fils du tueur en série est-il complice ? Ou « Le fils cache-t-il son père ? » Ou encore « Père et Fils : Même combat ! » C’en était trop ! Qu’allait-il apprendre sur son père ? Il approcha brusquement l’article près de ses yeux, et se mit à dévorer chaque mot, alors quelle ne fut pas sa surprise quand il apprit que son père venait de s’évader de manière ingénieuse de la prison la plus sûre d’Italie ! À cet instant-là, il comprit que son quotidien allait se transformer en enfer, et que chacun de ses pas ou de ses gestes serait surveillé. Ses convictions se confirmèrent. Dès le lendemain matin, il aperçut des rondes de policiers qui surveillaient sa maison et plusieurs dizaines de paparazzis campés dans son jardin. À vous lecteur d’imaginer le quotidien de ce jeune homme qui ne peut plus vivre libre, la seule vue de son visage pouvant susciter l’admiration ou la haine pour des actes délictueux ou crimes dont il n’est pas responsable, car son seul crime à lui est d’être le fils du plus célèbre tueur en série du XXe siècle. Le lendemain matin, Roberto accorda une interview à une célèbre Radio d’information, pendant laquelle il comptait parler de sa vie. Il voulait exprimer sa souffrance, de laquelle la société Italienne était responsable. Notamment le fait d’être surveillé du matin

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jusqu’au soir par la police, se faire injurier, voire agresser dans la rue et harcelé par les médias : « Pour ceux qui ne le savent pas encore, je me nomme Roberto. Je voudrais m’exprimer sur le mal que je subis depuis mon enfance. À l’âge de trois ans, ma mère décéda, dit-il alors qu’il commençait à pleurer. Malheureusement, aujourd’hui je n’ai plus aucun souvenir de son visage ni des rares moments passés avec elle. Depuis la fin du procès de mon père, j’ai appris qu’il avait été condamné à une lourde peine puis qu'il s’est enfui. Et depuis, je ne comprends pas pourquoi, la population de Naples me rejette à cause de mes liens familiaux. Sachez que malgré les souffrances que j’essaie d’oublier, je reste optimiste, car Naples est ma ville natale et je n’ai pas l’intention de la quitter. Merci d’avoir écouté ce bref discours. » Cette interview eut un énorme succès. De plus, certaines personnes qui écoutaient le discours eurent les larmes aux yeux. Quelque temps après ces événements, Yves Chicos fut retrouvé. Parti aux Caraïbes afin de laisser les esprits se calmer, Roberto tomba amoureux d’une fille qu’il épousa deux mois plus tard. Après leur mariage, ils vécurent en harmonie avec la population de Naples. Steeve Sabbah, Yoav Belhassen, Gabriel Amar, 4e B

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Le Torchon. Le public se lève, applaudit et se rassoit dans le vaste espace vert de l’Académie. Le directeur prend la parole et annonce : « …et je vais vous demander d’applaudir maintenant, Gustave Mortier qui a réussi son examen avec brio et se voit attribuer son diplôme de médecin avec la mention Assez Bien ! » C’est la remise des diplômes. Omar est là assis sur une chaise à attendre avec impatience son tour. Il regarde ses camarades qui défilent un par un sur l’estrade, avec un magnifique sourire. Il regarde aussi ses professeurs assis au premier rang, qui l’ont suivi toute l’année, remarque le public et un visage familier, une personne qu’il n’avait pas particulièrement appréciée : son professeur de mathématiques au lycée et au collège. Omar repensa à son enfance : C’était un de ces jeunes hommes pour qui la roue du destin avait mal tourné. Il s’appelait Omar, Omar Djara. Il était issu d’une famille d’ouvriers. Il avait connu beaucoup de malheurs : sa mère était morte lorsqu’il avait dix ans. Depuis ce jour, son enthousiasme et sa vivacité ardents avaient totalement disparu. Il était triste et renfermé. Il avait deux grands frères et trois sœurs. Il ne parvenait malheureusement pas à s’intégrer à l’école : c’était le seul noir. « Aussi noir qu’un diable ! » ; telle était une des plusieurs insultes lancées par ses camarades. Il était pourtant un pur Français, sa famille avait immigré vers 1950, un peu après la Seconde Guerre mondiale, mais la discrimination subsistait toujours… Il fallait admettre tout de même que son physique laissait à désirer : maigre, faible mais assez grand. Ses cheveux étaient en bataille et il avait le nez de Bergerac ; il

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donnait la vague impression de ne pas s’être lavé depuis des mois. Il portait des vêtements qui ne lui allaient pas : chemise trop petite avec pantalon trop grand. Il était sale et repoussant d’où son surnom à l’école « le torchon ». Les professeurs ne semblaient pas l’apprécier et plus précisément, celui de mathématiques, Monsieur Deloie, qui rejetait ses raisonnements, sa façon de réfléchir et d’interpréter les choses. Il avait surtout la fâcheuse manie d’appeler les petits-bourgeois français par leurs prénoms, comme : « Batiste » ou « François » ; et les pauvres immigrées par leur nom de famille. Omar n’a pu éviter cela et ne le supportait pas ; il avait l’impression d’être un étranger que tout le monde ignore et méprise. Le professeur de mathématiques était tellement ridicule que l’on ne pouvait s’empêcher de s’esclaffer, lorsqu’il se mettait à bout de nerfs ; plaisanteries et bavardages incessants ne faisaient qu’empirer la situation. Il était fin, de haute taille et frôlait la cinquantaine, il portait une paire de lunettes, était bien coiffé et se vêtait de costumes aux couleurs sombres. Il parlait d’une voix élevée ; ce qui faisait sa réputation ! Nous étions un mercredi 22, un mercredi pas comme les autres, un jour crucial où le destin des élèves était entre les mains du professeur. Ce dernier allait rendre le fameux teste, ce fameux teste qui avait pour but de classer les élèves du plus compétent au plus ignorant, selon le savoir et les connaissances qui avaient été requises tout au long de l’année. La classe était agitée. Omar était très calme, le professeur entra, s’installa et lança : « un peu de calme dans la classe s’il vous plait ! ». Il n’y eut plus un bruit. « Bien ! Pour aujourd’hui nous consacrons la première heure de mathématiques aux examens que j’ai corrigés… » — il y eut un mouvement d’excitation — « et la seconde au

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nouveau cours sur lequel nous allons travailler. » Il commença alors à rendre les copies : chaque visage se décomposait à la vue de sa note. Après les avoir distribuées presque toutes, il se tourna vers Omar et lança : « Quant à vous Djara, je n’ai point votre copie, elle est restée dans la salle des professeurs ; vous l’aurez demain. » Omar, impatient, prit la ferme décision de s’introduire dans la salle des professeurs pendant la cour de récréation. La cloche sonna, Omar se précipita vers la salle des professeurs. Il monta les marches deux à deux, à pas de loups ; arrivé à destination, à la salle vingt et un du deuxième étage, il prêta son oreille à la porte, afin de s’assurer que nul professeur n’y travaillait. Il reprit son souffle, et d’un pas décidé entra : personne ! Il se jeta sur un des tiroirs de la salle et commença à fouiller, mille et une feuilles défilaient : Bulletins, rapport de dossiers. Omar put reconnaître le sien grâce à l’étiquette, où il était inscrit : « Djara, noir ». Sans faire attention à cet acte raciste, il l’ouvrit et chercha : aucun teste ! Il lui avait donc menti : Omar ne savait pour quelle raison il ne l’avait pas corrigé, mais de toute façon il aurait la réponse demain, peut-être. Le lendemain, avant que Monsieur Deloie ne commence son cours, Omar leva sa main pour demander sa copie : le professeur l’ignora. À la sonnerie, il alla donc auprès de lui et lui demanda : « - Pourrais-je avoir ma copie s’il vous plait, Monsieur Deloie ? - Quelle copie ?, rétorqua le professeur. - Le teste !, répondit-il d’un air naïf, oui, c’est bien cela, le teste que vous ne m’avez pas rendu hier.

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Le professeur s’arrêta un instant pour réfléchir et lança : - Quelle impolitesse d’aborder les personnes de cette façon, vous la voulez votre copie…et bien voilà ! Et d’un geste, sans chercher, il sortit de sa sacoche noire et sévère, la copie d’Omar. - Cette note est catastrophique, reprit-il, de toute façon, vous ne pouviez pas faire mieux! » Et d’un pas précipité, il s’en alla en murmurant derrière lui : « Pauvre noir ». Omar n’y fit point attention, c’était plutôt sa note qui le préoccupait, mais à la vue de ce chiffre sur sa copie, il changea de teint. N’importe quelle personne aurait compris que sa note n’était pas spectaculaire, mais désastreuse. En comparant sa copie avec celle des autres, Omar put remarquer que Monsieur Deloie avait négligé la sienne : pour la même réponse, l’un obtenait plus d’un point et Omar n’en recevait que le quart. Il aurait pu se plaindre, certes, mais il savait que cela n’aurait pas changé grand-chose : ses justifications seraient, une fois de plus, rejetées. Accablé, il finit sa journée sans dire un mot, en réfléchissant à ce qu’il pourrait clamer comme excuses pour éviter le fouet. C’était l’été, il faisait chaud. Il retourna à l’école les jambes couvertes de bleus et les larmes aux yeux. Il se remémorait l’enfer qu’il avait vécu la veille. La cloche retentit sa sonnerie stridente et si familière, les élèves entrèrent. Monsieur Deloie, qui était chargé d’assurer la première heure le mercredi, entra : « levez-vous ! », ordonna-t-il. Tous les élèves se levèrent, mis à part Omar, au fond de la classe. Le professeur répéta, une fois de plus, en visant Omar : « Levez-vous, tous ! ». Omar resta figé. « Djara, debout ! » rien n’y fit. « Je ferai un rapport à votre père et … » : Omar se leva. Monsieur Deloie eut

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soudainement un rictus au coin de la lèvre, et repris calmement : « Votre père est donc une arme contre vous, bien, vous resterez donc debout à tous mes cours, jusqu’à ce que l’année soit terminée ». Omar s’exécuta, le professeur reprit son cours comme si rien ne s’était produit.. Il finit donc l’année debout, au fond de la classe, comme un étranger, un simple étranger que tout le monde ignore et méprise. Il ne reste plus que lui à attendre, dans quelques secondes, ce sera son tour. Ces jambes flageolent, le public le dévisage et se demande : « Qui est-ce, celui-là ? » Lui, il n’en a rien à faire, il sait qu’aujourd’hui il a gagné. « Pour finir je vais appeler l’élève le plus studieux de l’Académie, lança le directeur, qui, en ce jour, reçoit les félicitations du jury pour avoir rendu un excellent sujet : Omar Djara ». Omar monte sur l’estrade avec un sourire, le public demande s’il n’y a pas d’erreur, mais non, c’est bien lui, un noir qui brandit son diplôme de médecin. Tout est calme : personne n’applaudit. Pourquoi ? Parce que. Ruben Gahnassia, Felix Fellous, 4e C

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Annael Luzon

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Un voyage initiatique. Luc était encore jeune lorsqu’il fit une découverte qui allait bouleverser sa vie. Il habitait alors Paris, dans un quartier ordinaire, proche de la périphérie et des banlieues. Il menait une existence mouvementée, en grande partie à cause des moqueries incessantes de son frère. Il étudiait dans une petite école publique où étaient inscrits tous les enfants du quartier. Mais malgré cela il ne s’était jamais fait aucun ami. C’était un enfant de taille moyenne dont les yeux verts s’accordaient parfaitement avec des cheveux courts couleur noisette. Son teint était clair sans être pâle et ses joues, bien que creusées, ne lui donnaient pas un air squelettique. Au physique, il représentait l’exact opposé de sa famille dont le père et le cadet étaient bedonnants, joufflus et larges. Seule sa posture, qu’il partageait avec sa mère, lui donnait un air de famille avec les siens. Tout commença un mercredi après-midi. C’était un mercredi nuageux, peu propice pour les sorties et, de ce fait, Luc était resté à la maison. Sa mère l’appela, presque à contrecoeur, pour qu’il l’accompagne au supermarché : - Luc, tu vas venir avec moi, lui dit-elle, pour m’aider à porter les courses. Va chercher mes clés. Elles sont dans ma chambre, dans le tiroir de droite. Celui de la petite commode. - Oui maman, répondit Luc. Luc s’exécuta, mais au moment où il allait refermer le tiroir, il aperçut un papier jauni par le temps, qu’il n’avait jamais vu, étant donné que ce tiroir était toujours fermé à clé. Il s’arrêta, réfléchit, puis s’empara de ce mystérieux document. C’était un certificat d’adoption qui lui apprit ses véritables origines. Il était le fils de deux allemands, morts

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tous deux dans un accident d’avion. Il ne lui restait qu’un oncle qui habitait Berlin. Une semaine plus tard, ses parents adoptifs étaient au commissariat : Luc était parti. Cette nouvelle avait chamboulé Luc ou plutôt Hans, puisque tel était son nom. Il ne s’était jamais vraiment senti aimé par ses parents qui chérissaient davantage son frère cadet. Malgré tout, Hans s’était attaché à eux et en prenant place dans le car, il doutait encore. Il était huit heures du soir lorsqu’il arriva à destination. Il prit une chambre dans une petite auberge dont le patron était un homme bourru qui sentait l’alcool et le tabac froid. Hans s’endormit presque immédiatement, exténué de son voyage. Vers le milieu de la nuit, le patron de l’auberge entra dans sa chambre et le réveilla : « - Petit, lève-toi…., murmura-t-il. - Qu’est ce qui se passe ?, répondit Hans à moitié endormi. - Écoute …. J’ai été gentil en te donnant une chambre, reprit l’aubergiste malveillant, mais tu vas devoir partir. La police sera là dix minutes après mon appel…» L’homme trapu tenait dans une main le combiné d’un téléphone sans fil. Luc se réveilla tout à fait. Si la police l’attrapait, il serait rendu à sa famille, ou encore pire…. Non cela ne pouvait tout simplement pas arriver. - Que voulez-vous, de l’argent ?, demanda Hans inquiet. - L’homme reposa le combiné téléphonique sur son socle et lança d’un ton brusque : - Combien ? - Tout, prenez tout, mais laissez-moi partir, supplia l’enfant.

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L’aubergiste compta, l’œil cupide, puis râla et grogna, mais il finit par laisser Hans s’en aller. L’enfant rassembla quelques affaires et s’enfuit en courant. Il courut sans s’arrêter jusqu’à ce que le ciel pâlisse. Il était fatigué, mais il avait surtout très faim. Il avait presque tout laissé dans cet endroit affreux : vêtements, nourriture… Il se trouvait sur une route très peu fréquentée bordée d’herbe défraîchie. Il s’assit sur le bord de la route dans l’herbe guettant l’arrivée d’un véhicule ou celle de la police. Un camion aux énormes roues arriva en faisant un bruit incroyable. Sous une bâche de toile marron à l’arrière du véhicule s’amoncelaient des oranges. Un petit groupe de Sud Américains encore plus débraillés que Hans était installé tant bien que mal à l’arrière. Il leur fit signe. Ils s’arrêtèrent. Le plus sale d’entre eux lui demanda : « - He, muchacho ? Che pasa ? - Je … Je ne parle pas espagnol, bégaya Hans, mais…. Si vous allez en Allemagne.. peut-être … que… » Les hispanisants se regardèrent l’air étonné. Hans sortit une carte de sa sacoche et désigna l’Allemagne : - Allemagne…. Berlin. - Si, si ! Alemania ! Sube, encouragea le Sudaméricain en faisant de grands gestes. - Merci, merci beaucoup, répondit l’enfant ». Ils arrivèrent à Berlin en début de soirée. Les Sudaméricains déposèrent Hans au milieu d’une grande place. Tous les commerces étaient illuminés, les gens semblaient heureux, certains riaient, d’autres dansaient sur la place. Plus Hans observait les détails de cette magnifique ville, plus son désir d’y vivre grandissait. Il fondait désormais tous ces espoirs sur son seul parent : le frère de son père. Il demanda à quelques passants l’adresse de son oncle qui

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figurait sur le document administratif. Il habitait dans un véritable palace, près du centre ville. Intimidé, Hans sonna et un domestique ouvrit la porte : « - Ya ? - Est-ce que vous parlez français ? demanda timidement l’enfant. - Oui, je parle français, répondit l’homme avec un fort accent allemand. Que puis-je pour vous ? - Voilà, commença Hans, je m’appelle Hans Meyer ». L’homme laissa échapper un cri de stupéfaction. La porte se ferma sur l’enfant. Hans attendit quelques instants, puis un homme aux cheveux blancs rouvrit la porte et invita Hans à entrer. Cet homme était sans aucun doute le propriétaire de la maison. Vêtu d’un peignoir de soie rouge il fumait un gros cigare, et tenait un verre de vin dans l’autre main. Il donna un ordre à son domestique qui salua et se retira. L’homme engagea la conversation. « - Mon dieu, qu’est-ce que tu as grandi ! - Vous êtes mon oncle ?, questionna Hans. - Oui. Quand mon frère est mort, je n’étais qu’un miséreux et je ne pouvais assumer la charge d’un enfant. - Mais maintenant … ?, osa demander Hans avec espoir. - Maintenant c’est ma réputation qui m’en empêche, expliqua le vieil homme, tu te rends bien compte que je ne peux assumer un orphelin tel que toi. » La sonnerie de la porte d’entrée retentit, mais cette fois le son était différent… Le voyage de Hans touchait à sa fin. Elie Bohbot, 4e B

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Etranger dans son Pays

Š 2008

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ETRANGER DANS SON PAYS