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LE MAGAZINE DU TEMPS 21 SEPTEMBRE 2019

Mode, le masculin urbain ÉPOQUE Le luxe, c’est du sport ARCHITECTURE Vincent Van Duysen, créateur zen HORLOGERIE Précis comme un chrono


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PASSE-TEMPS 08_La question

Pourquoi est-ce toujours un privilège d’être un homme?

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10_Les news

DOSSIER 14_L’époque

Du golf au football, le luxe s’allie à tous les sports et décuple sa visibilité.

20_L’interview

Jean-Claude Biver, patron horloger surdoué du marketing.

STYLE

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22_L’objet

Une lampe d’étudiant des années 1930 rééditée par Vitra.

23_L’architecte

Vincent Van Duysen ou l’art de la création contemplative.

28_Le shooting

Dans les rues de Londres, les collections masculines automne-hiver 2019-2020.

38_Slash/flash

Tout oppose Sonia Rykiel et Barbara, sauf le tricot!

39_Shopping

Le must des accessoires alpins.

EN COVER

HAL@Rockmen en veste et pull DRIES VAN NOTEN, pantalon et bottes ROCHAS. STYLISME Marie-Thérèse Haustein. PHOTO: Tex Bishop

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L'ÉDITO

Sport et luxe, mariage à la mode Qui aurait prédit il y a seulement dix ans que le sport inspirerait la mode? A part quelques observateurs pointus, sans doute pas grand monde. Alors oui, les footballeurs faisaient rêver les foules. Mais de là à les habiller, il y avait loin de la coupe aux lèvres. Et puis le streetwear a débarqué dans les vestiaires. Ce qui a sans doute sauvé une certaine forme de créativité dans un domaine où l’innovation surgit une fois toutes les générations. Surtout chez l’homme qui, contrairement à la femme, a longtemps limité les étagères de son armoire à quatre paires de jeans, deux paires de baskets et un costume trois pièces (et encore, lorsqu’il bosse dans le tertiaire). Il fallait encore que les grandes enseignes de luxe puissent envisager un pantalon de jogging comme un vêtement intéressant. Le changement d’époque va beaucoup y aider. La rue est désormais le nouveau terrain de chasse des marques qui courent toutes après les millennials. Avec, en première ligne, le luxe. D’un côté, il a pour lui l’avantage d’avoir depuis longtemps compris l’importance de la championne et du champion dans sa communication. De l’autre, d’avoir vu l’image du sport évoluer. Les clubs de football, les tenniswomen stars et les sprinters les plus rapides du monde sont devenus des marques. Et voilà que ces deux univers que parfois tout opposait se trouvent un terrain d’entente. Cette ouverture a profité à tous. Off-White, Balenciaga, Louis Vuitton, Gucci et tous les autres s’y sont engouffrés avec leurs codes et leur savoir-faire. Et ont fait de l’homme ce nouvel animal urbain furieusement à la mode. Emmanuel Grandjean

P HO T O S: J UA N RODR IGU E Z , JAG ODA W I S N I E W S K A , F R A S S E T T O

LE SOMMAIRE


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P HO T O S: X X X X X X X X


40 LE SOMMAIRE

40_L’horlogerie

Séquenceur du temps, le chronographe ose une esthétique décomplexée.

44_Ma montre et moi

Jérôme Burgert raconte ses montres de l’instant présent.

61_L’adresse

A Lyon, le gastro Culina Hortus joue la carte 100% végétarienne.

COR PS 62_Le sport

La boxe féminine fait le poing et se démocratise.

65_Le beauty case

CULTUR E

Les crèmes, shampoings et mousses qui détoxifient.

46_L’œuvre

La sculpture, l’autre passion d’Henri Matisse.

66_La galaxie

47_L’écrivain

Cillian Murphy, du rock à «Peaky Blinders».

L’auteur de polars Peter May révèle les secrets de sa résidence dans le Lot.

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51_L’Instagram

La condition humaine en Géorgie vue par Martin Graham.

TECH 52_Le pari

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Le tour du monde d’un Spitfire argenté.

55_La geekologie

Coque batterie pour accrocs du petit écran.

56_L’épicerie

Les poivres aromatisés à l’alcool fort de la cheffe Anne-Sophie Pic.

57_Le vin

Le gamay séduit enfin les palais fins.

T, LE MAGAZINE DU TEMPS

Supplément du Temps paraissant 20 fois par an. (Ne peut être vendu séparément)

Editeur Le Temps SA Président du conseil d’administration Marc Walder Direction Ringier Axel Springer Suisse SA Directeur Suisse romande Daniel Pillard Rédacteur en chef Stéphane Benoit-Godet Rédacteurs en chef de T Emmanuel Grandjean, Séverine Saas (éditions spéciales) Adjointe Emilie Veillon Responsable T Horlogerie Valère Gogniat Secrétariat de rédaction Elisabeth Stoudmann Chef d’édition Olivier Perrin. Ont contribué à ce numéro Daniel Aires, Tex Bishop, Stéphane Bonvin, Pierre-Emmanuel Buss, Damien Cuypers, Louise Desnos, Laurent Favre, Marie-Thérèse Haustein, Olivier Joly, Moos-Tang, Marie de Pimodan-Bugnon,, Francesca Serra, Anouch Seydtaghia, Jagoda Wisniewska, Nicolas Zentner Responsable production Cyril Bays Direction artistique Simon Ladoux Réalisation, graphisme Nausicaa Planche Responsable iconographie Véronique Botteron, Lucie Voisard (stagiaire) Direction créative des shootings Héloïse Schwab Responsable correction Géraldine Schönenberg Conception maquette ENZED Publicité Chief Executive Officer Bertrand Jungo Chief Commercial Officer Frank Zelger Business Unit Director RASCH Benjamino Esposito Sales Director Romandie Anne-Sandrine Backes-Klein. lt_publicite@admeira.ch T +41 58 909 98 23 www.letemps.ch/pub Courrier Le Temps SA, CP 6714, CH-1002 Lausanne. T +41 58 269 29 00 Impression ProcSwissprinters AG Zofingen PROCHAIN NUMÉRO LE 5 OCTOBRE 2019.

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P HO T O S: M A RT I N GR A H A M , CA RT I E R , C U L I NA HORT U S

ESCAPADE


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LA QUESTION

Pourquoi est-ce toujours un privilège d’être un homme ? L A RÉPONSE DE FR ANCIS DUPUIS -DÉR I, P R O F E S S E U R À L' I N S T I T U T D E R E C H E R C H E S E T D ' É T U D E S F É M I N I S T E S D E L’ U N I V E R S I T É DU QUÉBEC À MONTRÉAL

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par Francesca Serra illustration: Nicolas Zentner pour T Magazine

l y a très peu de phénomènes ou de dynamiques politiques, sociales et culturelles qui restent identiques en toutes situations et pour tous les membres d’une catégorie. On peut évidemment identifier quelques femmes en position privilégiée. Mais ces exceptions ne suffisent pas pour infirmer un fait social, par exemple qu’être un homme est en général un avantage dans nos sociétés. Dans la sphère familiale, c’est la mère, la conjointe ou la fille qui se dévouent et effectuent le «travail domestique». Même si elles sont féministes! Cela englobe des tâches physiques et psychologiques très exigeantes et généralement accomplies par des femmes. Dans la sphère de l’emploi, nous avons plus facilement accès à des places mieux payées et plus prestigieuses et ce sont des hommes qui possèdent les plus importantes fortunes et qui sont seuls ou largement majoritaires dans les conseils d’administration des grandes compagnies privées. Dans la sphère politique, ils sont majoritaires à la tête des partis et dans les parlements, mais aussi à la direction des syndicats et des mouvements sociaux. Les sports masculins sont aussi plus prestigieux et mieux financés. Enfin, les hommes ont en général plus d’argent que les femmes et n’ont pas peur d’être agressés physiquement ou sexuellement chez eux, sur leur lieu de travail, dans leur organisation politique ou dans la rue. Sans oublier les féminicides dus à un conjoint ou un ex-conjoint, qui surviennent avec une régularité révoltante. Lorsqu’on leur pose la question, les hommes déclarent d’ailleurs sans hésiter qu’ils ne voudraient pas être à la place des femmes. Malgré les rengaines antiféministes, ils savent très bien qu’ils sont privilégiés.  François Dupuis-Déri «La crise de la masculinité. Autopsie d’un mythe tenace» aux Editions Remue-ménage

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Passe-temps PAR EMMANUEL GRANDJEAN ET SÉVERINE SAAS

ARCHITECTURE

Voilà longtemps que la mode tend la main à l’architecture. Combien de collections inspirées des travaux du Bauhaus et autres icônes du modernisme, combien de défilés organisés dans des bâtisses dernier cri, combien de boutiques et de fondations d’art signées par des «starchitectes»? L’inverse est beaucoup plus rare. Plus spectaculaire aussi. A Leyde, aux Pays-Bas, le bureau d’architecture Neutelings Riedijk a collaboré avec Iris van Herpen pour concevoir l’extension du centre de biodiversité Naturalis, où sont désormais réunis un musée, un centre de recherche ainsi que d’importantes archives. Duale, limite schizophrène,

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la construction se distingue d’un côté par un atrium de 36 mètres de haut à fenêtres ovoïdales. De l’autre, un monolithe en briques rouges est enveloppé d’une délicate frise en béton et en marbre blanc imaginée par la créatrice de haute couture néerlandaise. De sinueux sillons rappellent les formations rocheuses et les fossiles que l’on retrouve à l’intérieur du musée. «J’ai pensé au magnifique travail de sculpteurs comme Gian Lorenzo Bernini et à la façon dont ils capturaient les plis de la soie à même la pierre», a publiquement expliqué Iris van Herpen. L’architecture comme archéologie du vêtement, en somme.

P HO T O: N E U T E L I NG S R I E DI J K A RC H I T E C T S

IR IS VAN HER PEN H A BILLE L A BIODI V ERSITÉ


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P HO T O S: X X X X X X X X


LES NEWS

LE PR I X LVMH RÉCOMPENSE UN CRÉATEUR AFR ICAIN Depuis 2014, le groupe LVMH organise un prix afin de mettre en lumière et de soutenir le travail des jeunes acteurs de la mode. Et pour la première fois, le LVMH Prize revient à un créateur africain. Thebe Magugu, originaire d’Afrique du Sud, qui a séduit le jury par la qualité de ses vêtements et de ses tissus, tous produits dans son pays avec des méthodes respectueuses de l’environnement. Dotée d’une donation de 300 000 euros et d’une année de mentorat dispensé par une équipe du groupe de luxe, la récompense permettra au créateur de 26 ans – le plus jeune de cette cuvée – de développer sa marque éponyme. Le jury était composé de Clare Waight Keller, directrice artistique de Givenchy, de J.W. Anderson (Loewe), de Kris Van Assche (Berluti), de Maria Grazia Chiuri (Dior) et de Nicolas Ghesquière (Louis Vuitton). L’actrice suédoise Alicia Vikander était l’invitée d’honneur de l’édition.

HORLOGERIE

UNE MONTR E POUR L’OCÉAN La marque neuchâteloise a fait appel à Kelly Slater pour cette édition spéciale de son chrono Superocean Heritage Ocean Conservancy. Concerné par l’état de santé de la mer, le surfeur le plus récompensé de l’histoire a développé un bracelet en Econyl, matière en nylon fabriquée à partir de restes de filets de pêche abandonnés dans l’eau. Il permet d’attacher à son poignet un boîtier maous de 44 millimètres dans lequel se loge le Calibre Breitling 13, mouvement maison. Produite à 1000 exemplaires, la montre de plongée est vendue 5950 francs. Une partie des ventes sera reversée à l’ONG Ocean Conservancy qui lutte pour la préservation des océans contre la pollution plastique. breitling.com

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MISCELLANÉES

REPOUSSOIR Décrété «couleur la plus laide du monde», le brun vert olive Panton448 C est celui utilisé par les marques de cigarettes sur leur paquet neutre pour, censément, faire fuir les fumeurs. Deux ans après cette initiative, les résultats se sont finalement révélés assez modestes, les ventes de tabac n’ayant pratiquement pas baissé.

RÉVOLUTION

«Voilà quelle devrait être la responsabilité des photographes aujourd’hui: libérer les femmes, et finalement tout le monde, de la dictature de la jeunesse et de la perfection» PETER LINDBERGH, PHOTOGRAPHE

ANTI-PAPE Les sédévacantistes sont une minorité religieuse catholique qui ne reconnaît pas l’autorité du pape depuis la mort de Pie XII (en 1958) ou celle de Jean XXIII (en 1963) . Ses membres considèrent tous ses successeurs comme des usurpateurs. Leur nom provient de l’expression latine sede vacante: le siège (pontifical) est vacant.

P HO T O S: T H E BE M AGUGU, BR E I T L I NG

MODE


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DOSSIER

L’ÉPOQUE

L’ I N D U S T R I E D U L U X E A T O U J O U R S É T É P R É S E N T E D A N S L E S P O R T, M A I S J A M A I S D A N S AU T A N T D E D I S C I P L I N E S N I AV E C AU T A N T D E VA R I É T É D ’A P P R O C H E S . U N E M A N I È R E D E S E R E N O U V E L E R AU S E I N D ’ U N M O N D E PA R T I C U L I È R E M E N T É V O L U T I F E T D E P L U S E N P L U S C R É AT I F   par Laurent Favre  collages: Simon Ladoux

Sport et luxe, l’esprit d’équipe 14 T_MAGAZINE


P HO T O S: GE T T Y I M AGE S , A L A M Y

Sous contrat avec Rolex, Mercedes et Moët & Chandon, Roger Federer incarne les liens toujours plus étroits du luxe et du sport.

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DOSSIER

A

u commencement, le sport était un luxe. Dans son acception moderne et victorienne, la pratique réglementée, ludique et non productive de l’activité physique a d’abord été l’apanage des classes supérieures aisées. On y célèbre le goût de l’effort gratuit tout en se préparant à la chose militaire (escrime, tir, équitation). La boxe est «le noble art» et le lawn-tennis joué dès 1877 à Wimbledon une social occasion, un moyen de mettre les jeunes gens en relation. Le développement de la civilisation des loisirs a favorisé la démocratisation du sport, à laquelle certaines disciplines coûteuses ont longtemps résisté, comme le golf, la voile, le polo, la course automobile. C’est dans ces milieux que le luxe comme sponsor fait, très tôt, ses premières apparitions. Il répond alors et prioritairement à un besoin technique: montres étanches, appareils de mesure fiables dans des conditions extrêmes (chronographe, altimètre), lunettes de soleil efficaces, voitures de course performantes (Bugatti, Aston Martin, Porsche). Ce qui est aujourd’hui nouveau, c’est que le luxe est incontournable dans le monde du sport. Dans ses domaines traditionnels, l’investissement du luxe est massif et le sponsor s’est mué en acteur majeur. Le cas le plus emblématique est celui de Rolex, longtemps réputé pour sa discrétion, devenu incontournable dans la formule 1 (partenariat global renouvelé et étendu en 2012), le golf (les Rolex Series subventionnent largement le Tour européen) et le tennis (sponsoring des quatre tournois du Grand Chelem, de trois tournois Masters 1000, de Roger Federer et de la Laver Cup). CASSER LES CODES Il ne se limite pas non plus à quelques bastions traditionnels (où son rôle a évolué) mais s’insère dans presque toutes les disciplines. Il a été reproché à l’industrie de se pervertir en s’aventurant loin de ses quartiers de noblesse. Elle s’efforce surtout

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L’ÉPOQUE

Voile, tennis, golf et formule 1 ont toujours été les sports proches de l’industrie du luxe, qui investit désormais d’autres terrains de jeu.

de dépasser ses barrières, de casser les codes, de conquérir de nouveaux marchés, de renouveler ses influences. Et quoi de mieux que les grands sports populaires pour s’adresser à toutes les catégories? Aujourd’hui, Lancôme s’associe à une salle de boxe à Paris, Pininfarina dessine des vélos sur mesure en titane («Cycling is the new golf», avait prophétisé le New York Times au début de la décennie) et Zinédine Zidane peut faire campagne à la fois pour Leader Price et pour Dior. «Auparavant, les marques de luxe investissaient dans un sport où elles avaient un lien direct. Désormais, elles ne recherchent plus le transfert de valeurs, mais la force de l’exposition, résume Vincent Chaudel, fondateur de l’Observatoire du sport business. Les grands sportifs sont devenus des médias à part entière. Ils permettent au luxe d’entretenir son image. C’est du co-branding, une marque s’associe à une autre marque, qui s’adresse directement à des millions de followers.» Croisé à Nyon lors d’un tirage au sort de Ligue des champions, Jean-Claude Blanc, directeur délégué du PSG, expliquait une stratégie «premium» du club parisien en quelques mots dont l’association allait de soi: «Paris», «tour Eiffel», «mode», «PSG». Le luxe s’abaisse d’autant moins que le sport, dans un mouvement contraire, est sérieusement monté en grade depuis une vingtaine d’années. Le champion a appris à s’exprimer, à s’entourer, à se diversifier, à investir différents milieux,

Cet été, une paire de Nike Moon Shoes produite en 1972 a été adjugée pour plus de 400 000 dollars chez Sotheby’s


P HO T O S: GE T T Y I M AGE S

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P HO T O S: GE T T Y I M AGE S

DOSSIER


L’ÉPOQUE à durer. Lorsque David Beckham fut recruté en 2013 par le PSG, il était clair que c’était pour des raisons essentiellement extra-sportives (notoriété, image, potentiel commercial) propices au développement du club en tant que marque. Dans l’autre sens, le partenariat entre Hublot et le jeune attaquant français Kylian Mbappé «sert le storytelling du joueur», selon Vincent Chaudel, parce qu’il «s’inscrit tout de suite dans une logique de rareté et d’exclusivité» et parce qu’il y est associé à Pelé, «ce qui le situe dans une histoire du football». TWEET À 1,5 MILLION Il n’est pas anodin que les remises de prix sportifs singent désormais la cérémonie des Oscars (souvenons-nous des smokings Dolce&Gabbana de Lionel Messi au Ballon d’or). Alors que les acteurs de cinéma se sont ingéniés à casser leur image pour gagner une hypothétique caution artistique, et que les influenceurs doivent désormais faire la preuve de leur impact réel, les sportifs apparaissent comme les seules vraies stars planétaires. «Combien d’acteurs ou de chanteurs touchent autant de monde aussi directement qu’un Lionel Messi ou un Lewis Hamilton?, demande Vincent Chaudel. Il a été calculé qu’un post de Cristiano Ronaldo représentait l’équivalent de 1,5 million d’euros investis en espaces publicitaires. Il y a quelques années, Roger Federer a demandé à ses fans quelle couleur ils préféraient pour sa nouvelle Mercedes. C’était bien sûr prémédité avec le sponsor, et cela a généré énormément d’impressions (vues) et d’engagements (interactions).» Le champion moderne possède la particularité d’être tout à la fois un mannequin, un influenceur et un client. L’explosion des gains dans les grands sports professionnels fait que le luxe s’adresse également directement à des clients. Le sport démocratisé a aussi érigé en modèles une petite caste de millionnaires (environ 300 footballeurs professionnels en Europe, selon une étude de 2016 de l’Université de Manchester). C’est peu mais ils composent un milieu excessivement normé, parce que fonctionnant en vase clos sur le principe de la solidarité de groupe, et aussi, paradoxalement, parce que le bijou, la montre, les chaussures, la coiffure, les tatouages sont leurs seules possibilités d’expression. Dans ce petit monde, si tu n’as pas une Rolex à 25 ans, tu as raté ta carrière. DU STADE AU VESTIAIRE Ce rapprochement a donné lieu à de nombreuses collaborations. Il n’est plus de club ou d’équipe digne de ce nom qui n’ait pas son contrat d’habillement avec de grandes marques. On peut citer Hugo Boss et Berlutti au PSG, Versace au Real Madrid, Dunhill pour la sélection du Japon, Lanvin à Arsenal, Trussardi à la Juventus de Turin, etc. Plus original, le styliste belge Dirk Bikkemberg s’est acheté en 2005 le petit club italien de Fossombrone, près du site de son usine de production, pour en faire le «laboratoire» de ses créations. Etonnant également, le contrat de «fashion partner» signé en 2018 entre l’AS Monaco et le créateur allemand Philipp Plein, reconnaissable à son goût pour le clou et le strass. Le luxe ne s’intéresse pas qu’aux grands champions ou qu’aux sports les plus populaires. Il a investi parallèlement (mais plus récemment) la sous-culture du sport et récupéré plusieurs accessoires du vestiaire: claquettes de douche, vestes de survêtement, lunettes de soleil de triathlètes. Des créateurs apposent des logos de marques de luxe sur des

«Combien d’acteurs ou de chanteurs touchent autant de monde aussi directement qu’un Lionel Messi ou un Lewis Hamilton?» Vincent Chaudel, fondateur de l’Observatoire du sport business

Kylian Mbappé, la nouvelle star du football, s’est lié à Hublot, qui l’a associé à Pelé, l’inscrivant ainsi dans une histoire des génies de son sport.

maillots de football vintage des années 1990. Des marques comme Prada ou Versace ont créé des modèles inspirés des lunettes cyclistes. Très actif dans la voile et le football (sa malle transporte la coupe du monde), Louis Vuitton est aussi présent dans le plus urbain et branché skateboard, via un partenariat lancé en 2017 avec la référence américaine Supreme. Dans le même registre, la culture des sneakers (chaussures de sport que nous appelions vulgairement baskets) fait l’objet d’un intense intérêt des marques de luxe, notamment des maisons de haute couture, qui recrutent artistes et personnalités pour des collaborations éphémères qui nourriront le marché du haut de gamme avant d’exciter la convoitise des collectionneurs. Cet été, une paire de Nike Moon Shoes produite en 1972 a été adjugée pour plus de 400 000 dollars chez Sotheby’s. Un record mais pas une première, concernant une vente aux enchères de chaussures de sport, puisqu’une série limitée de Nike Air dessinée par le graphiste vaudois Philippe Cuendet avait déjà connu le même destin grâce à la maison Christie’s. C’est la culture urbaine qui attire ici les grands noms de la mode, mais rap et hip-hop puisent depuis longtemps leurs codes vestimentaires dans les références sportives. «Alors que depuis des décennies cette sous-culture détournait avec liberté le vestiaire des classes aisées, au grand dam des marques de luxe, aujourd’hui, ces dernières ne cessent de provoquer les rencontres – avec plus ou moins de succès – entre leur monde, celui des cultures urbaines et du sport», estime le Musée de design et d’arts appliqués contemporains (Mudac) de Lausanne, dans la présentation d’une exposition, Sneaker Collab, consacrée à «la basket, véritable culture et art de vivre» (jusqu’au 26 janvier 2020). 

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DOSSIER

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L’INTERVIEW L E PAT R O N D U P Ô L E H O R L O G E R D E LV M H F U T U N D E S P R E M I E R S À S ’AV E N T U R E R L O I N D E S B A S T I O N S S P O R T I F S T R A D I T I O N N E L S D E L’ I N D U S T R I E D U L U X E . P O U R L U I , L E R A P P R O C H E M E N T N ’ E S T PA S S A N S R I S Q U E M A I S P E U T R A P P O R T E R G R O S par Laurent Favre  photo: Jagoda Wisniewska pour T Magazine

«Il existe un sport pour chaque marque»

C

e n’est peut-être pas l’acte de naissance de l’entrée du luxe dans le football, mais à tout le moins sa confirmation. Le 30 octobre 2008, Cristiano Ronaldo, Wayne Rooney et les autres joueurs de Manchester United découvraient le charisme persuasif de Jean-Claude Biver, alors chez Hublot, lors du lancement de la Red Devil Bang, une série limitée de montres inspirées par le grand club du nord de l’Angleterre. Avant même la fin de la présentation, les commandes affluaient de Hongkong, de Singapour, de Chine. Une opération longuement réfléchie qui a fait date dans les relations du sport et du haut de gamme. Explications avec Jean-Claude Biver. Avec différentes marques, vous avez investi dans le football, le cyclisme, la boxe. Avec succès à chaque fois? Oui, mais cela ne veut pas dire que ça marche à tous les coups. Il faut bien choisir le sport qui correspond au message et à la philosophie de la marque. Mais une fois ce ciblage effectué, je pense qu’il y a un sport pour chaque griffe, parce que le sport a la capacité très rare de toucher tous les publics. En 2008, avec le partenariat de Hublot avec Manchester United, vous avez été l’un

PAGE DE GAUCHE Jean- Claude Biver, un dirigeant charismatique et persuasif.

des premiers à faire ce constat pour le football. Nous avions constaté que Manchester United n’était pas juste un club mais aussi une marque, extrêmement connue, identifiée et aimée, surtout en Asie. Cet accord visait d’ailleurs presque exclusivement le marché asiatique et chinois. Pour Omega, votre cheval de Troie en Asie s’appelait Cindy Crawford et 007. Mais pour Hublot, vous avez préféré Manchester United à Cristiano Ronaldo, qui y jouait alors. Pourquoi? Parce qu’un club ne perd jamais sur la durée, alors qu’un joueur peut être blessé, transféré, empêtré dans un scandale. Les grands joueurs ont remplacé les stars de cinéma, c’est vrai, mais il y a toujours un risque. Le club, lui, est immuable, comme Wimbledon ou le Tour de France. L’entrée de Hublot dans le football a été pas mal critiquée à l’époque par le secteur. Fut-il facile de convaincre? Le secteur a rapidement été convaincu par les résultats. A l’interne, j’ai décidé seul. Dans les années 1980, j’ai été invité par M. Lavazza à assister à un derby Juve-Torino à Turin. Là, j’ai vu l’étage VIP, les salons, l’alignement des voitures de luxe sur le parking, et j’ai compris que le football avait deux visages, l’un avec un drapeau et une bière, l’autre avec une coupe de champagne.

Entre-temps, le sport a beaucoup évolué, et notamment les stades. Ils sont devenus des outils multi-événementiels, parfaits pour les relations d’affaires. Vous pouvez y passer la journée, organiser des réunions, inviter des clients au restaurant. Un stade, aujourd’hui, est une plateforme magnifique pour travailler avec les clients. En plus, c’est devenu un lieu exclusif, difficile d’accès. Lors de l’Euro 2008, notre partenariat incluait des places de parking réservées pour les avions privés, parce qu’elles étaient surbookées. Ce qui ramène à la rareté, caractéristique du luxe… Exactement! Récemment, nous avions quatre places dans l’avion de l’équipe de Chelsea qui allait jouer la Super Coupe d’Europe à Istanbul. Vous offrez ça à des clients, ils s’en souviennent à vie. Et des gens très aisés qui n’acceptent jamais aucune invitation accourent lorsque vous leur proposez un billet pour une grande finale. Dans quel sport n’iriez-vous pas? Actuellement, dans le tennis. Trop de marques y sont déjà présentes. Il est important d’être le premier. 

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S T YL E

L’OBJET

Vintage éclairé JEAN PROU VÉ CRÉAIT EN 1930 UNE PETITE L AMPE P O U R L E S É T U D I A N T S D E L’ U N I V E R S I T É D E N A N C Y. V I T R A V I E N T

n 1930, à Nancy, la crise économique vide l’université. Dans l’urgence, la ville fait donc construire une cité destinée aux étudiants dont le concours d’aménagement est remporté par Jean Prouvé. Ça tombe bien, il habite juste à côté. Ça tombe encore mieux, c’est la première fois que l’ingénieur et designer décroche un marché public. Le mobilier reste simple, bon marché, solide et facile d’entretien: un lit, un fauteuil, un bureau et sa chaise, une étagère. Et cette lampe en tôle d’acier, que Vitra vient de rééditer, et dont la forme du réflecteur en coquille

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d’escargot inspirera sans doute Le Corbusier au moment de dessiner les appliques des rues intérieures de son unité d’habitation à Marseille. L’éditeur suisse de mobilier l’ajoute ainsi aux objets Jean Prouvé qu’il ressort régulièrement depuis 2011, comme le fauteuil Cité, la chaise Standard ou encore la table Solvay.  Disponible en trois coloris, menthe, noir profond et rouge japonais, au prix de 285 francs. vitra.com

P HO T O: V I T R A

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D E L A R É É D I T E R   par Emmanuel Grandjean


L’ARCHITECTE

Créateur dans l’âme

P O U R M O LT E N I & C , D O N T I L E S T L E D I R E C T E U R A R T I S T I Q U E , V I N C E N T VA N D U Y S E N A C R É É U N M O B I L I E R Q U I I N V I T E À L A C O N T E M P L AT I O N . À A N V E R S , I L A AU S S I A C H E V É S O N P R E M I E R HÔT EL DA N S U N A NC I E N C O U V E N T par Emmanuel Grandjean

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L’architecte et designer Vincent Van Duysen avec ses trois teckels: Gaston, Loulou et Pablo.

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STYLE

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L’ARCHITECTE

i l’on devait résumer Vincent Van Duysen, on pourrait dire que c’est de la douceur extrême dans un physique de boxeur. Et que son style réussit l’union de la chaleur et de la zénitude avec la tradition nordique des espaces minimalistes et parfois sévères. En janvier à Anvers, l’architecte et designer flamand inaugurait August, son tout premier hôtel, dans une bâtisse en briques rouges typiques de la région. «J’ai souvent été approché pour ce type de projets, aussi bien en France qu’aux Etats-Unis. Mais j’avais peur de me perdre dans cet univers de grands groupes hôteliers où les codes sont la règle. Et puis j’ai horreur des boutiques-hôtels que l’on voit partout, explique l’architecte. Ici, c’était différent. D’abord, parce que Anvers est le lieu où je vis et où je travaille. Ensuite, parce que je connais bien Mouche Van Hool, propriétaire de cet hôtel et d’un autre, le Julien. August se trouve un peu à l’extérieur du centre, dans un ancien couvent de sœurs augustines qui est aujourd’hui classé. J’ai travaillé pendant cinq ans avec les services du patrimoine pour réhabiliter ce lieu dans lequel j’ai tenu à conserver une atmosphère spirituelle, mais pas religieuse.»

P HO T O S: V I NC E N T VA N DU Y S E N, ROBE RT R IGE R

MEUBLES D’ARCHITECTE A l’intérieur aussi, Vincent Van Duysen s’est occupé de tout, des luminaires édités par l’italien Flos jusqu’aux uniformes du personnel dessinés par l’Anversois Christian Wijnants. Le mobilier, lui, a été créé en collaboration avec Molteni&C, belle maison de design italienne dont le Flamand est devenu le directeur artistique en 2016. «On avait déjà collaboré dans le passé. Mais pour moi qui ne suis pas

PAGE DE GAUCHE Chez Vincent Van Duysen avec notamment le canapé Luca dessinés pour Molteni&C. CI- CONTRE ET CI-DESSOUS L’hôtel August à Anvers. Dans cet ancien couvent, l’architecte et designer a tenu à conserver une ambiance de sérénité.

«Une photo dans un livre ou sur Instagram, une rencontre ou une conversation: tout m’inspire» Italien, c’était un très grand honneur qu’il me veuille à ce poste, explique l’architecte. Lorsque je travaillais à Milan dans les années 1980, Molteni&C représentait pour moi une grande marque dont le degré de sophistication au niveau des couleurs, des matières et des finitions entretenait davantage un rapport avec le langage de l’architecture qu’avec celui de la décoration. Gio Ponti, Carlo Scarpa, Luca Meda, Aldo Rossi, Jean Nouvel… beaucoup d’immenses architectes ont d’ailleurs collaboré avec eux. Il y a quelques années, lorsque la famille Molteni est venue me voir chez moi à Anvers, elle est tombée amoureuse de mes architectures, de ma maison et de

la sérénité que j’insuffle dans chacune de mes propositions. L’alchimie entre cette marque fondée en 1934 et ma manière de voir les choses a tout de suite très bien fonctionné. La rigueur, la matérialité, la texture de mon monde se sont accordées à l’élégance à la fois atemporelle et discrète de cette enseigne italienne.» Pour Molteni&C, l’architecte ne se contente pas de donner le cap, il dessine aussi des meubles. Cette année, il lance Gregor, une nouvelle collection de canapés dont les proportions douces et basses entrent en harmonie avec une

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L’ARCHITECTE

DE GAUCHE À DROITE ET DE HAUT EN BAS Un petit ensemble Gio Ponti dans la boutique new-yorkaise de Molteni&C que Vincent Van Duysen a décorée.

structure métallique rectiligne et rigoureuse. «Je ne fais pas de différence entre mes projets d’architecture, de design et d’architecture d’intérieur. Je les vois comme une totalité, comme l’élaboration d’espaces dédiés aux objets et aux personnes qui vont vivre dedans. Et pour qui il faut garantir un confort maximum afin d’offrir une expérience contemplative dans un monde où tout va trop vite.» GASTON, LOULOU ET PABLO Ce qui l’inspire? Absolument tout. «Je suis très visuel. Une photo dans un livre, sur Instagram ou que je prends moi-même lors d’un voyage. Il peut aussi s’agir de rencontres, d’une simple conversation. Je ne suis pas une groupie, mais j’admire les talents chez des gens connus ou pas du tout», explique l’architecte qui nourrit son compte Instagram par petites touches impressionnistes d’images personnelles – ses teckels s’appellent Gaston, Loulou et Pablo – et de clichés plus pros. «Je ne montre pas trop qui je suis. En même temps, je trouve important que les gens sachent qui se trouve derrière mes architectures, pour qu’ils voient que mon mode de vie est intimement lié à mon travail. Instagram, ce n’est pas seulement une plateforme où les gens échangent des images. C’est aussi un endroit où on partage de l’inspiration. Je suis quelqu’un de plus intuitif et de plus émotionnel que ce

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La TR Residence à Knokke, 2014. Auberge de jeunesse à Anvers, 2010.

qu’on attendrait d’un architecte. D’où la sensibilité très personnelle de mes projets qui ont pour seul but de faire en sorte que ceux qui vont y vivre s’y sentent bien et protégés dans un confort très élevé sans être ostentatoire.» PROFONDE RÉFLEXION Au début de l’année, Vincent Van Duysen recevait le Henry van de Velde Lifetime Achievement Award. Le prix récompense une carrière. Il est le plus prestigieux de Belgique. «J’en ai été bien sûr très flatté, mais cela m’a plongé dans une profonde réflexion, admet l’architecte. Je me suis rendu compte qu’à mon âge, 57 ans, j’avais passé trente-cinq ans à faire un métier qui me passionne. Et que je ne m’en étais pas aperçu. J’ai souvent

cette impression que certaines de mes réalisations datent d’hier. Maintenant, je dois prendre conscience d’où je me trouve, de ce que je fais et de ce que je veux encore faire dans l’avenir. Je dois me ménager une qualité de vie sereine et heureuse pour mes proches et mes clients, mais aussi pour continuer à nourrir ma créativité», continue cet amateur absolu d’art contemporain. «Je ne pourrais pas vivre sans œuvres. Je ne suis pas un collectionneur impulsif. Je marche à l’instinct. J’achète quelques artistes. Et puis je me laisse le temps de vivre avec leurs travaux. Pour que s’écrive l’histoire entre leurs œuvres et moi.»  vincentvanduysen.com

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LE SHOOTING

Urban Nature photos: Tex Bishop pour T Magazine stylisme: Marie-Thérèse Haustein

PAGE DE GAUCHE Chemise ACNE STUDIOS. Pull CARLO MANZI ARCHIVE. CI- CONTRE Chemise et pantalon ACNE STUDIOS. Bottes CHURCH’S.

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CI-CONTRE Bomber WALES BONNER. Chemise COMME DES GARÇONS SHIRT. PAGE DE DROITE Total look PRADA. Chaussettes FALKE.

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PAGE DE GAUCHE Pull à capuche LOUIS VUITTON. Chemise (portée en dessous) COMMES DES GARÇONS SHIRT. CI- CONTRE Manteau et pantalon HILLIER BARTLEY. Bottes ROCHAS.

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CI-CONTRE Blazer et pantalon HERMÈS. Chemise SIES MARJAN. PAGE DE DROITE Manteau et pantalon GIVENCHY. Pull DRIES VAN NOTEN.

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PAGE DE GAUCHE Veste et pull DRIES VAN NOTEN. Pantalon et bottes ROCHAS. CI-CONTRE Blazer DANIEL W. FLETCHER. Echarpe ROCHAS. Pantalon SIES MARJAN. Chaussures CHURCH’S.

MODÈLE Hal@Rockymen ASSISTANT PHOTO Josh Tarn DIRECTRICE DE PRODUCTION Nathalie Barnes ASSISTANTE DE PRODUCTION Ana Castellar

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SLASH/FLASH

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Chère Sonia Rykiel, Chère Barbara, ous êtes-vous croisées? Sans doute, puisque vous fûtes, vous la créatrice de mode, et vous la chanteuse, deux figures du Quartier latin quand celui-ci n’était pas encore réduit à un mot clé tapé par des Chinois en quête d’Airbnb. Vous êtes-vous connues, reconnues? On s’en fout. Barbara, depuis votre mort, en 1997, vous ne cessez d’être ressuscitée, chantée et auréolée d’or. Sonia, depuis votre décès en 2016, vous ne cessez d’être effacée et de voir votre souvenir s’éparpiller comme lors d’un vide-grenier funèbre – le 25 juillet, votre société a été liquidée, le seul repreneur ayant offert, paraît-il, 200 000 euros. Quelle misère. Quelle mélancolie. Barbara, Sonia, d’habitude, ici, je m’évertue à prouver que tel people est la réincarnation de telle déesse homérique. Mais vous, aujourd’hui, je vous imagine plutôt comme des sœurs. C’est sans doute faux du point de vue des faits, mais je m’en fiche. Parce que vous aimiez le tricot. Barbara, vous étiez le héron sauvage. Sonia, la lionne rassembleuse. Barbara, vous viviez recluse, peureuse, frissonnante, amante. Sonia, on vous voyait entourée, sourire à grandes enjambées confiantes, rousse enflammée et scintillante. Barbara, vous chuchotiez d’une voix de fleur froissée. Sonia, vous claquiez vos formules comme des slogans écrits avec du strass. Barbara, vous étiez dans la fuite. Sonia, dans l’élan. Mais vous dissimuliez, toutes les deux, dans vos jupes noires et vos drapés sombres,

deux enfances de juif errant, condamnées à divaguer sur les routes de France. Des drames familiaux mal recousus. Et puis, vous aimiez le tricot. Vous avez trouvé votre place comme nous rêvons de la trouver un jour. Et pourtant, vous auriez pu être ailleurs. Barbara, vous n’avez jamais étudié la musique. Sonia, on a dit que, jeune maman esseulée, vous étiez si déboussolée par les yeux bleus mais aveugles de votre premier fils que vous avez commencé la mode en autodidacte, comme ça, pour renverser la peur et conjurer le vide. Et le tricot? Justement. Barbara, vous tricotiez beaucoup, dans votre maison foutraque et votre jardin luxuriant, vous tricotiez des pulls et des écharpes pour vos amis, vos musiciens, vos amoureux, vos visiteurs. Sonia, vous avez commencé en tricotant des pulls que vous portiez retournés, toutes coutures dehors, des pulls t’es-toute-nue-sous-ton-pull-joliemôme, des «poor boy sweaters» emblématiques d’une époque où les filles voulaient la liberté des garçons, des pulls qui ont fait votre fortune, votre célébrité. Les merveilleuses chanteuses comme vous, Barbara, survivent à leur mort à coups de coffrets, de rééditions et de reprises. Les designers inspirantes comme vous, Sonia, s’effacent à toute allure – l’amnésie mène le bal de la mode, les musées consacrés à des couturiers ont l’air de crématoires et la nostalgie ne dure qu’un temps. Dans la course à une place dans la mémoire des générations futures, vous partez donc bien inégales. Tentons de nous forger une image qui résistera. Un petit pull tricoté main, oublié sur une chaise de jardin, dans les feuilles mortes et le soleil blanc. Un petit pull à l’envers, toutes coutures dehors. Un petit pull du bout des doigts, obsédant et maladroit. Tricoté par vous, Barbara, ou par vous, Sonia. 

Sonia Rykiel / Barbara O N S E C R O I T U N I Q U E . O N N ’ E S T Q U E D E S D O U B L U R E S O U D E S AVA T A R S . C ’ E S T C E Q U E P R É S U P P O S E C E T T E C H R O N I Q U E Q U I T R A C E D E S PA R A L L È L E S E N T R E D E S V I E S É T R A N G È R E S . AU J O U R D ’ H U I , U N E C R É AT R I C E D E M O D E , U N E C H A N T E U S E . E T L E U R A M O U R D U T R I C O T par Stéphane Bonvin  illustration: Damien Cuypers pour T Magazine

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LE SHOPPING QUA N D L E S Y N T H É T IQU E E T L E S M AT I È R E S T E C H N IQU E S DE S SI N EN T U N E A L LU R E DE T R EK K EU R M A N I ÉR É par Séverine Saas

Alpiniste du dimanche Lunettes de soleil sans charnières en titane, BORIS BIDJAN SABERI.

COTTWEILER défilé automne -hiver 2019 -2020.

Sac à dos en nylon, BURBERRY.

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Baskets en cuir de bovin, daim et gomme, KENZO.

Anorak en polyamide, PRADA.

Ceinture en polyamide, 1017 ALYX 9SM.


L’HORLOGERIE

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Au summum de la précision INV ENTÉ IL Y A PRÈS DE DEUX CENTS ANS, LE CHRONOGR APHE PER MET DE MESUR ER D E S I N T E R VA L L E S D E T E M P S . S P O R T I V E PA R N AT U R E , C E T T E C O M P L I C AT I O N H O R L O G È R E C O N T I N U E D ’ É VO LU E R DA N S U N E E ST H É T I QU E D É C O M PL E X É E

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out a commencé par deux petites gouttes d’encre déposées sur un cadran en émail. La première pour marquer le début. La seconde pour signifier la fin. Entre les deux, la mesure d’un intervalle de temps. Nous sommes au début du XIXe siècle et le domaine des complications horlogères est loin d’avoir dit son dernier mot quand l’horloger Nicolas Mathieu Rieussec parvient à chronométrer une série de compétitions de chevaux organisées sur le Champ-de-Mars, à Paris. Consignée en octobre 1921 par un procès-verbal de l’Académie royale des sciences, l’invention signe les prémices d’une folle course à la performance. Près de deux siècles plus tard, le chronographe est l’une des complications que toutes les grandes maisons horlogères maîtrisent et proposent dans leurs collections, pour le plaisir des amateurs de mécaniques de précision. Le chronographe est une montre qui – en plus de donner l’heure – peut mesurer le temps qui s’écoule à partir d’un moment donné, grâce à des boutons-poussoirs et une ou plusieurs aiguilles supplémentaires. 1969, ANNÉE AUTOMATIQUE Toujours plus précis, du 1/10e au 1/100e de seconde, passé au remontage automatique il y a cinquante ans, équipé d’une came ou d’une roue à colonnes pour les plus sophistiqués, monopoussoir ou à rattrapante, le bien nommé chronographe compte aujourd’hui parmi

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par Marie de Pimodan-Bugnon

les complications les plus appréciées. A moins d’être un cuisinier souhaitant contrôler la cuisson des pâtes au 1/100e de seconde près, ou un athlète puriste préférant mesurer son temps de course mécaniquement plutôt qu’à l’aide d’une montre GPS connectée, soyons franc, les fonctions du chronographe ne sont pas d’une grande utilité au quotidien. Elles témoignent pourtant d’un savoir-faire technique parfaitement maîtrisé et d’un héritage horloger en perpétuelle évolution, marqué par une accélération ces cinq dernières décennies avec l’avènement du chronographe automatique. Flash-back: 1969, année érotique d’après Gainsbourg, année du chronographe automatique selon les horlogers. A l’époque, plusieurs marques et consortiums sont en lice pour monter sur la première marche du podium. Dans les starting-blocks, d’un côté, Zenith-Movado, de l’autre, le Chronomatic Group composé des marques Hamilton-Büren, Breitling, Heuer et Dubois Dépraz. A des milliers de kilomètres de là, le japonais Seiko fait la course en solo. «Tout au long de l’année 1968, nous avions réussi à tenir le projet secret et nous étions conscients que le nouveau Calibre 11 allait remplir l’une des dernières lacunes dans le monde des mouvements mécaniques horlogers», se souvient Jack Heuer, président honoraire de TAG Heuer. «Cela s’est joué à quelques mois près», souligne Marc Roethlisberger, membre de l’équipe marketing de Zenith de l’époque. Dans un mouchoir de poche, Zenith dévoile alors le fameux premier calibre automatique à haute fréquence El Primero, le chronographe le plus précis du monde, devenu depuis une véritable légende de l’horlogerie, et Heuer lance sa

DE HAUT EN BAS Octo Finissimo Chronographe GMT Automatique BVLGARI. Grande Seconde Chronograph JAQUET DROZ. Royal Oak Offshore Chronographe Automatique AUDEMARS PIGUET. Santos de Cartier Chronographe CARTIER.

montre carrée Carrera équipée du non moins mythique Calibre 11, mouvement automatique avec micro-rotor. Breitling décide immédiatement d’équiper sa Navitimer avec le Calibre 11. PRÉCISION ET FINESSE Tout juste cinquante ans plus tard, ces garde-temps sont toujours de la partie. TAG Heuer célèbre l’épopée Carrera à travers cinq séries limitées – une par décennie – équipées du calibre d’époque. Zenith fait de l’œil aux collectionneurs avec un coffret contenant trois éditions limitées El Primero A386 Revival, fidèles à la référence de 1969. Et, pour enfoncer le clou de la précision, la marque s’illustre également avec la Defy El Primero Double Tourbillon, nouvelle interprétation encore plus complexe du seul chronographe à haute fréquence capable de mesurer le centième de seconde via son aiguille effectuant un tour de cadran par seconde. Un record à battre… Si la précision reste un sujet crucial dans la course aux records, la finesse s’est aussi récemment imposée comme un enjeu de taille. Rompu à l’exercice de l’extra-plat, Bulgari dévoile cette année l’Octo Finissimo Chronographe GMT Automatique, le chronographe mécanique le plus fin à ce jour avec une épaisseur de seulement 3,3 mm. Une prouesse technique présentée dans un boîtier ultra-architecturé et léger comme une plume, taillé dans le titane. Archétype de la belle horlogerie de Bulgari, ce chrono s’inscrit comme «une véritable révolution du design et de la technologie», selon Jean-Christophe Babin, PDG de la marque. Sportif par nature, le chronographe se décline aussi avec aisance en livrées plus classiques, féminines ou joaillières. Jaquet Droz en propose une


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L’HORLOGERIE

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interprétation très épurée avec sa Grande Seconde Chronograph, une version monopoussoir centralisant la commande de la marche, de l’arrêt et de la remise à zéro du mécanisme. Cartier l’intègre à sa fameuse Santos, également dans une version monopoussoir, que l’aviateur dandy Alberto Santos-Dumont aurait sans doute trouvée très utile, en 1906, pour mesurer ses records de vitesse en vol – 220 mètres en 21 secondes cette année-là. Etonnamment, Rolex couvre la reine des circuits automobiles Cosmograph Daytona d’une nuée de diamants, Hublot tapisse son chrono Big Bang Unico de tourmalines Paraïba tandis qu’Audemars Piguet revisite la Royal Oak Offshore Chronographe Automatique dans une version sertie de pierres arcen-ciel. A croire que le chronographe contemporain ne se refuse rien.

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DE HAUT EN BAS Monaco 1989-1999 Edition Limitée TAG HEUER. Defy El Primero Double tourbillon ZENITH. DB21 Maxichrono Réédition DE BETHUNE. Cosmograph Daytona ROLEX.

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COMPTEURS ET CRÉATIVITÉ Longtemps cantonné aux trois compteurs classiques disposés symétriquement sur le cadran, le chronographe s’offre également de nouveaux affichages innovants. Chez Fabergé, le Visionnaire Chronograph, développé en collaboration avec Agenhor, voit les heures et les minutes déplacées à la périphérie du cadran tandis que la fonction chronographe en occupe le centre. Même principe chez Singer Reimagined, jeune marque lancée par Rob Dickinson, le fondateur de Singer Vehicle Design et Marco Borraccino, un designer horloger italien, tous deux rejoints par Jean-Marc Wiederrecht d’Agenhor. Avec le Track1, la marque s’inspire des belles carrosseries des années 19601970 et «ré-imagine» le chronographe. Le cadran présente un compteur central unique tandis que les heures et les minutes sont reléguées au second plan, sur le pourtour. Une lecture intuitive des mesures de temps courts ou longs dont De Bethune fait aussi une habile démonstration. Au centre du modèle DB21 Maxichrono Réédition tournoient cinq aiguilles montées sur un axe central et commandées par un monopoussoir. Là encore, les compteurs ont disparu. L’expression esthétique est contemporaine, la technique également. Histoire de rappeler qu’en matière de complications horlogères, les compteurs de la créativité tournent encore. 


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MA MONTRE ET MOI C O F O N D AT E U R D E L A T O U T E N O U V E L L E M A R Q U E DE M O N T R E S S E R I CA , J É R Ô M E B U RG E RT R AC O N T E L E R A PP O RT QU ’ I L E N T R E T I E N T AV E C S A M O N T R E E T AV E C S O N T E M P S par Emmanuel Grandjean  photos: Louise Desnos pour T Magazine

« Je réalise un rêve de gosse »

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’est une région que les Grecs et les Romains avaient baptisée Serica. Au XVe siècle, les cartes marines la dessinent, coin perdu au bout du bout de l’Extrême-Orient. La bibliothèque nationale autrichienne de Vienne possède l’un de ces portulans. Devant lui, le Français Jérôme Burgert a eu comme une révélation. «Avec mes partenaires, nous cherchions un nom de marque pour notre montre, mais nous tournions toujours autour des mêmes thèmes, explique ce mordu d’horlogerie qui a décidé l’an dernier, à Paris, de lancer son propre label avec trois amis. La sonorité et la graphie de Serica m’ont tout de suite plu. Et puis cela évoque des valeurs que nous défendons: celles de belles pièces mécaniques prêtes à nous suivre aux confins du monde.» ROBUSTE ET CHIC Rédacteur en chef d’une revue numérique consacrée aux montres, Jérôme Burgert n’est pas du métier. «J’ai longtemps travaillé dans l’hôtellerie puis dans la photographie, tout en continuant à cultiver cette passion pour l’horlogerie, qui remonte à l’enfance. Le temps prend beaucoup d’importance dans ma vie. J’ai grandi avec un père bouddhiste et j’ai beaucoup pratiqué les arts martiaux. Etre «ici et maintenant» est donc une notion sur laquelle j’ai été amené à réfléchir très tôt. Contempler la course fluide d’une grande seconde est toujours pour moi un excellent moyen de ne pas oublier que seul existe l’instant présent et qu’il faut le vivre pleinement. Avec Serica, c’est un rêve de gosse qui se réalise.» Un rêve qui s’est nourri des heures passées à détailler sous toutes les coutures les gardiens du temps. «J’ai observé des

milliers de montres, de toutes les sortes, de toutes les époques. En horlogerie, un design est extrêmement fragile. L’œil découvre un ensemble puis parcourt un cadran, une couronne, des aiguilles et des index. Il faut comprendre que c’est l’équilibre précaire entre les différentes pièces qui fait que la magie opère, ou non. Nous avons donc voulu créer un nouveau modèle en jouant avec les codes classiques de l’horlogerie que nous aimions. Nous l’avons désiré robuste, à l’aise aussi bien sur la plage qu’en smoking et vendu à un prix qui ne vous donne pas des sueurs lorsque vous le laissez quelques heures, seul, dans une chambre d’hôtel.» Animée par un mouvement automatique helvétique, la Serica W.W.W. (pour Wrist. Watch. Waterproof) est vendue 580 euros. «En Suisse, c’est plutôt le prix d’un bracelet à boucle déployante. Mais à Paris, 600 euros représentent pour beaucoup un loyer. On voulait montrer qu’il était malgré tout possible de rendre accessible une daily watch élégante et de qualité», continue Jérôme Burgert, qui arbore depuis plusieurs mois son prototype au poignet. LEÇONS DU PASSÉ Les premiers clients convaincus ont ainsi pu passer commande. Dans le courant du mois de septembre, ils recevront cet objet au look typique vintage très à la mode en ce moment. «C’est vrai, elle rappelle certaines montres militaires, notamment les anglaises des années 1940-1950. Mais ce n’était pas le but recherché. Il se trouve simplement que si vous voulez créer une montre lisible il faut un cadran contrasté avec des aiguilles fortes et une matière luminescente pour lire l’heure dans l’obscurité. Tout cela, les horlogers d’il y a 60 ou 70 ans l’avaient déjà trouvé. Leurs solutions sont encore valables aujourd’hui, alors pourquoi en changer?»

PAGE DE GAUCHE Pour Jérôme Burgert, seul compte l’instant présent.

Mais l’autre particularité de Serica, c’est que, contrairement à toutes les marques, son nom n’apparaît nulle part sur le cadran. «Parce que nous souhaitons inciter les gens à acheter un design, des finitions et des proportions et pas seulement un nom. A force de la manipuler et de l’observer dans tous les sens, si la montre plaît, ils verront bien que le mot «Serica» est gravé sur le fond de boîte. Ne pas l’afficher directement est un pari audacieux, mais nous avions très envie de le tenter.»  serica-watches.com

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L’ŒUVRE

Henri Matisse, Nu de dos I, 1908-1909

L E K U N S T H AU S D E Z U R I C H C O N S A C R E U N E E X P O S I T I O N AU X S C U L P T U R E S D U M A Î T R E F R A N Ç A I S D E L A C O U L E U R

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n vous dit Henri Matisse. Et vous pensez tout de suite à ses papiers découpés, ses peintures colorées et à la musicalité d’une œuvre dont les quelques traits résonnent sur des notes de jazz. Le Kunsthaus de Zurich expose jusqu’au 8 décembre un pan moins connu de l’artiste français: sa sculpture. Plus brute, plus massive, peut-être plus dure aussi, elle participe pourtant à cette modernité dans l’art qui se débarrasse des détails pour atteindre l’essence pure du sujet représenté. En cela, Matisse usait d’une technique particulière dans sa

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statuaire. Le maître partait d’un modèle parfaitement naturaliste qu’il simplifiait en cours de route. Abstraire pour mieux révéler. Comme ce Nu de dos I, réalisé en 1908-1909. Les plus geeks le compareront à Han Solo prisonnier de son bloc de carbonite dans Star Wars. Les autres y verront plutôt une forme humaine qui s’extrait de la matière. Comme une créature à peine ébauchée qui s’épuise à naître.  «Matisse-Métamorphoses», jusqu’au 8 décembre, Kunsthaus Zürich, Heimplatz 1, kunsthaus.ch

P HO T O: S UC C E S S ION H E N R I M AT I S S E / 2 019 P ROL I T T E R I S Z H

C U LT U R E

par Emmanuel Grandjean


L’ÉCRIVAIN

Chez Peter May, Ecossais de France

L’AU T E U R D E P O L A R S À S U C C È S V I T DE PU I S V I NGT A N S DA N S U N E G R A N DE M A I S O N D U L O T, U N E R É G I O N Q U ’ I L A F F E C T I O N N E E T Q U I L’ I N S P I R E texte et photos: Olivier Joly pour T Magazine

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CULTURE

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L’ÉCRIVAIN

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n petit banc en bois et en fonte, PAGE DE déménagé de Puymule à Bétaille il y a trois GAUCHE ans – «on cherchait plus petit, mais on a très ordinaire en apparence, a Le banc où eu un coup de foudre pour cette maison parfois le pouvoir de changer une vie. Un après-midi de l’été l’écrivain a conçu immense» –, ils ont pris sous le bras le petit 2004, assis dans le jardin de sa l’intrigue de «L’Ile banc inspirant. Assis au fond du jardin, des chasseurs adossé aux roseaux, il offre une vue sur la maison du Quercy, Peter May d’oiseaux». demeure mansardée en pierres blondes, le a laissé son esprit vagabonder, s’accrocher à une image et jardin d’un vert étincelant grâce à la pluie CI-DESSUS tombée les jours précédents, la piscine et dérouler la pelote d’une imaÀ GAUCHE la tonnelle sous laquelle Peter May aime gination fertile. L’intrigue de Brosses, miroir lire. A droite, un verger de noyers a donL’Ile des chasseurs d’oiseaux, et pommeau né le nom à sa villa. A gauche, une copie premier roman de sa trilogie écossaise (L’Homme de Lewis, de canne, l’arme conforme de sa maison à échelle réduite Le Braconnier du lac perdu) du crime de «L’île qu’il vient d’acheter pour sa fille, Carol au rébus». Burns, artiste peintre vivant à Londres. était née. D’abord publiée en France, puis À DROITE traduite en 30 langues et vendue à plus Entre les deux, un garage aux volets La chambre métalliques surplombé d’un appartement. de trois millions d’exemplaires de par d’amis. «C’est ici que sera installé mon espace le monde, l’œuvre a apporté un succès planétaire à l’écrivain jusque-là confiné créatif, studio d’enregistrement et bureau d’écriture», explique l’écrivain de 67 ans à un public restreint mais fidèle. Le plus français des romanciers en faisant visiter le chantier. L’œil rieur, écossais habite le Lot depuis vingt ans. affable, il plaisante avec les ouvriers, déIl venait déjà y camper avec ses parents. signe la baie panoramique, l’isolation acoustique de 20 centimètres d’épaisseur, Lorsque sa femme Janice Hally et lui ont

les cartons contenant une table de mixage dernier cri. Dans son bureau actuel, deux basses et une guitare affirment ce goût de la musique. Avec son plus vieil ami, ils viennent de former un groupe pop-rock, Penn and May, «aux influences Beatles, Eagles, Stevie Wonder…», pour lequel il a écrit les textes et la musique, chanté et enregistré la plupart des instruments. TROIS MILLE MOTS PAR JOUR «J’occupe environ six mois de l’année, l’hiver, à concevoir et écrire un livre; et six mois à la promotion, durant lesquels je peux aussi m’adonner à la musique.» A son bureau, il a rédigé le synopsis détaillé de ses trois derniers romans. La rédaction s’est faite en Andalousie, dans leur appartement d’hiver. Pour Peter May, l’écriture est une discipline: son rythme quotidien est de 3000 mots. A partir du synopsis, écrire un

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CULTURE

L’ÉCRIVAIN

livre lui demande sept semaines environ. Une cadence élevée qu’il attribue à son passé de reporter. Le trophée de jeune journaliste écossais de l’année, obtenu à 21 ans, atteste d’un talent précoce et protéiforme. Il a aussi été scénariste et producteur pour la télévision. Au début des années 1990, il passe deux ans sur l’île de Lewis et Harris pour les travaux préparatoires et le tournage de la première série télévisée en langue gaélique, Machair, qu’il coécrit pour la télévision écossaise avec sa femme, Janice Hally. L’île constituera le cadre de sa trilogie de romans qui le rendirent célèbre. Au mur du salon, deux photos noir et blanc de l’archipel des Hébrides extérieures. Sur une table basse, une copie du jeu d’échecs de Lewis, dont les figurines originales en ivoire de morse du XIIe siècle ont été rejetées sur une plage de l’île en 1831. Sur le fond d’écran de son ordinateur, des photos de Harris en couleur. Sur la porte du frigo, d’immenses aimants illustrés reproduisent les couvertures anglaises de ses plus grands succès. L’Ecosse imprègne sa vie et son œuvre. Il ne compte plus les récompenses littéraires, parmi lesquelles il a un faible pour le Prix Intramuros, décerné par des prisonniers. Son éditeur

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britannique lui a envoyé une coupure de journal australien sur laquelle on voit un prévenu quitter le tribunal, l’un de ses livres à la main. Il l’a affichée derrière son bureau.

CI-DESSUS À GAUCHE Son compagnon de promenade Daftie et le jeu d’échecs de Lewis, dont DE L’ASIE AU LOT Son autre passion est la Chine. Affiches les figurines ont originales, peintures minimalistes, été dessinées bouddha de céramique, statuettes de au XIIe siècle.

chats du bonheur et lions gardiens, livres en pagaille: des années durant, Peter May s’y est rendu, pour s’imprégner des lieux où il a situé six de ses polars. «Certains pratiquent le tourisme de musées. Avec Peter, j’ai beaucoup voyagé pour visiter des commissariats et des morgues», sourit Janice. «Les recherches et la préparation sont ce qu’il y a de plus intéressant dans ce métier», se justifie-t-il. Pour l’écriture de Terreur dans les vignes, il a pris des cours d’œnologie et participé aux vendanges à Gaillac. Pour Scène de crime virtuelle, il s’est plongé un an dans l’univers du jeu en ligne Second Life. Il n’a pas d’assistant, quand certains romanciers à succès ont besoin d’une page pour tous les citer. Ses recherches actuelles l’ont ramené dans le Lot. Dans un documentaire, il a découvert que, pour qu'elles échappent aux nazis, des peintures du Louvre avaient trouvé refuge dans les

À DROITE Basse Hofner, modèle Paul McCartney.

châteaux de la région pendant la Deuxième Guerre mondiale. Parmi elles, Les Noces de Cana de Véronèse, ou Le Sacre de Napoléon de Jacques-Louis David. L’Histoire est partie prenante de la plupart des romans de Peter May, à l’intrigue bien ficelée. Son dernier livre en français, La Petite Fille qui en savait trop, sorti en anglais en 1982, se déroule dans les arcanes de la Commission européenne à Bruxelles, comme une prémonition du Brexit. «Daftie, ici! Come here…» Le jeune chien est bilingue. Il ignore pourtant que son nom signifie «stupide, mais en plus gentil». Peter et Janice sont allés le chercher à la SPA de Carcassonne. «Avoir un chien après avoir eu deux chats, c’est le signe que maintenant j’ai envie de me poser. Les aéroports sont devenus mon cauchemar. Je veux toujours explorer le monde, mais autour de chez moi.» Peter et Daftie font plusieurs promenades chaque jour dans les vertes collines alentour. «On a parcouru 3500 km ensemble en un an, précise Peter, un œil sur le cadran de son podomètre. Grâce à lui, j’ai perdu beaucoup de poids.» Il ne sucre plus son café. Le lundi et le jeudi sont journées sans alcool. Mais quand les amis passent, c’est lui qui enfile le tablier dans la cuisine lumineuse pour concocter sa spécialité: le canard du Lot, laqué à la chinoise. 


L’INSTAGRAM

Martin Graham L E T R AVA I L D E C E P H O T O G R A P H E I R L A N D A I S P O R T E S U R LA CONDITION HUMAINE. LA SÉRIE PRÉSENTÉE PROV IEN T DE SON DER NIER V O Y A G E E N G É O R G I E   par Véronique Botteron 51 T_MAGAZINE


T EC H

P HO T O: JON H M DI BB S

Débarrassé de sa tenue de camouflage, l’ancien chasseur parcourra 43 000 kilomètres en cinq mois.


LE PARI

L’odyssée d’une flèche d’argent PA R T I L E 5 A O Û T D ’A N G L E T E R R E , L E « L O N G E S T F L I G H T » D E M AT T J O N E S E T S T E V E B O U LT B E E B R O O K S S ’A C H È V E R A E N D É C E M B R E . U N T O U R D U M O N D E À B O R D D ’ U N S PI T F I R E DE 1 9 4 3 DA N S L E QU E L

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E M B A R Q U E AU S S I L’ H O R L O G E R I W C par Emmanuel Grandjean

ls ne savent pas quel pays ils retrouveront à leur retour en décembre. Parti d’Angleterre le 5 août, Matt Jones et Steve Boultbee Brooks boucleront leur tour du monde cinq mois plus tard. Dans l’intervalle, le Brexit aura sans doute été prononcé, entraînant la Grande-Bretagne dans le brouillard. Le pilotage à vue, c’est aussi ce qui risque souvent d’arriver aux deux pilotes anglais dans le cockpit de leur Supermarine Spitfire MK.IX de 1943. Le jour du départ, l’avion se trouve dans le hangar de l’aérodrome de Goodwood, dans le West Sussex, à une centaine de kilomètres au sud de Londres. L’endroit est bien connu des amateurs de courses d’old-timers pour son circuit automobile au look vintage. Il l’est aussi pour son terrain d’aviation d’où décollaient les chasseurs de la RAF pendant la Seconde Guerre mondiale. Un lieu hautement historique où les pilotes Steve Boultbee Brooks, 58 ans, et Matt Jones, 45 ans, ont créé la Boultbee Flight Academy, l’une des premières écoles qui vous met aux commandes d’un Spitfire. GUEULE DE REQUIN L’appareil est mythique, et pas seulement au Royaume-Uni. Effilé, rapide et extrêmement maniable grâce à ses ailes elliptiques, il va devenir le héros de la bataille d’Angleterre. Même si ce sont surtout les Hurricane, avions moins sexy mais beaucoup plus nombreux à l’engagement militaire, qui vont empêcher les

Messerschmitt allemands de pénétrer sur le territoire britannique. Aidés par Hollywood, le Spitfire et son décor typique de gueule de requin vont ainsi s’incruster durablement dans l’imaginaire collectif. «En 1936, l’ingénieur Reginald Mitchell a dessiné sans aucun doute le meilleur avion jamais construit. Il a inspiré des générations et continue de le faire aujourd’hui, explique Steve Boultbee Brooks. Dans cette école que nous avons fondée il y a dix ans, nous avons fait voler plus de 600 personnes à bord de nos Spitfire. De retour sur le sol, les gens ont tous le sourire. Il arrive aussi que certains, submergés par l’émotion, reviennent du voyage en larmes.» 80 000 RIVETS Il y a deux ans et demi, les deux pilotes achètent un nouveau Spitfire, auquel ils réservent un destin très spécial. Leur idée? Faire le tour du monde avec ce zinc de 76 ans débarrassé de sa tenue camouflage. «Pour nous ce n’est pas un caprice de pilote. Cet avion est une légende. Il a été construit par des gens qui luttaient pour leur liberté. C’est ce message que nous voulons faire passer partout où nous nous arrêterons.» Les 43 000 kilomètres de ce Longest Flight ne se feront bien sûr pas d’un coup. Le plan de vol prévoit une centaine d’étapes à travers une trentaine de pays. «Nous les avons principalement choisies en fonction de la connexion historique avec l’avion, explique Matt Jones. Pour d’autres nous n’avions pas

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TECH

LE PARI CI- CONTRE Matt Jones à bord du Silver Spitfire, le jour du départ. CI-DESSOUS A Goodwood, d’où il est parti, le spitfire est célébré comme le héros de la bataille d’Angleterre qui s’est déroulée entre juillet 1940 et mai 1941.

le choix, car nous avons besoin d’une piste de 800 mètres au minium pour atterrir. En Russie, un seul aérodrome correspondant à ces critères se trouve sur notre route.» La flèche d’argent s’arrêtera aussi en Suisse, à Saint-Gall, presque au bout de sa course. Pas tout à fait à Schaffhouse où se trouve IWC, qui fabrique des montres aviateurs depuis 1936, pile l’année de conception du Spitfire. Ce qui explique aussi que la manufacture helvétique sponsorise l’aventure. «Cet avion est comme une montre, compare Matt Jones. Dans les deux cas, on parle de mécanique de très haute précision. Ici, il a fallu démonter une à une les 40 000

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«Avec cette aventure, nous avons aussi envie de remettre de la magie dans l’acte de voler» Steve Boultbee Brooks, pilote

L’ANGOISSE ET LA MAGIE Le temps, le principal souci de tous les pilotes. Une angoisse qui monte d’un cran lorsque vous vous trouvez enfermé dans un cockpit minuscule et très inconfortable où la température tombe à -22 degrés à 25 000 pieds. «En Europe, les tours de contrôle vous envoient toutes les données nécessaires pour vous assurer un vol en toute sécurité. Mais nous allons aussi traverser des régions totalement désertiques où sur 500 kilomètres nous n’aurons absolument aucune information, anticipe Steve Boultbee Brooks. Aujourd’hui le voyage en avion s’est complètement banalisé. Et c’est très dommage. Je me souviens, enfant, de mon état d’excitation lorsque j’allais voir le pilote dans son cockpit. Avec cette aventure nous avons aussi envie de remettre de la magie et de l’émotion dans l’acte de voler. Pour qu’elle inspire la jeune génération.»  Pour suivre le parcours du Longest Flight en temps réel: silverspitfire.com

P HO T O S: GE T T Y I M AGE S P OU R I WC

pièces et les 80 000 rivets pour préparer cette odyssée. Nous n’avons presque rien modifié de l’appareil d’origine. Nous l’avons juste équipé d’une radio, d’un GPS et d’un iPad. Derrière le pilote, nous avons également ajouté un réservoir. Ce qui permet à ce Spitfire de parcourir un millier de kilomètres, contre 500 normalement. Nous pourrons ainsi revenir en arrière si les circonstances l’exigent, notamment au niveau des conditions météo.»


LA GEEKOLOGIE

Une journée devant l’écran P E U E S T H É T I Q U E , L A C O Q U E AV E C C H A R G E U R I N T É G R É P O U R I P H O N E E S T P O U RTA N T T R È S P E R F O R M A N T E par Anouch Seydtaghia  photo: Daniel Aires pour T Magazine

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ême l'autonomie augmentée des nouveaux modèles iPhone n'est pas suffisante pour ceux qui passent le plus clair de la journée les yeux rivés sur leur smartphone. Ces accros du petit écran peuvent opter pour des coques batteries, dont, par exemple, celles proposées directement par Apple, appelées Smart Battery Cases. Le but de ces accessoires est double: protéger l’iPhone des chocs et de la poussière. Mais aussi, bien sûr, accroître leur autonomie. La coque testée, pour un modèle XS, est plutôt encombrante, avec une

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épaisseur allant jusqu’à 1,6 centimètre. Pour celles et ceux qui avaient déjà de la peine à tenir en main leur téléphone, la tâche s’annonce plus dure encore – d’autant que l’accessoire pèse environ 100 grammes. Mais les performances sont à la hauteur des attentes. Lors de la charge, on voit sur l’écran de l’iPhone tant le niveau de sa propre batterie que celui de la coque. C’est bien pensé. L’accessoire (compatible avec les chargeurs sans fil) n’est utilisable que lorsque le niveau de l’accumulateur du téléphone est au moins

à 75%. Ensuite, chargé en un peu plus de deux heures (ce qui est relativement long), il permet de réapprovisionner l’iPhone aux trois quarts de sa capacité. De quoi utiliser non-stop son téléphone, du petit matin à tard dans la nuit, moyennant un investissement de 149 francs. 


L’ÉPICERIE

E S CAPADE

Les poivres qui font « hips ! »

E N C O L L A B O R AT I O N AV E C C O R I N N E E T PAT R I C K R O S S E T, L A C H E F F E A N N E - S O P H I E P I C L A N C E U N E G A M M E D ’ É P I C E S A R O M AT I S É E S

ondateurs du Monde des épices, Corinne et Patrick Rosset courent la planète à la recherche de poivres rares. Une épice musclée choyée par la cheffe Anne-Sophie Pic toujours en quête de complexité aromatique. Bref, ces trois-là étaient faits pour se rencontrer. C’était il y a dix ans, lorsque la cheffe de Valence s’installait dans les cuisines du Beau-Rivage Palace de Lausanne. Avec le couple vaudois, la complicité professionnelle s’est transformée en amitié. Et en collaboration culinaire avec cette gamme de quatre poivres aromatisés aux alcools forts. Des mariages dont rien que les noms sont déjà des voyages. Cultivé sur la côte de Malabar, le poivre noir de Telicherry est associé à un

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marc de syrah de la vallée du Rhône. Tandis que le poivre blanc de Kampot du Cambodge copine avec une absinthe du Jura. Ces assemblages subtils accompagneront de la viande rouge, des légumes, du gibier ou du poisson. Comme avec le vin, leurs arômes se développent en bouche. Aux notes d’agrumes des poivres succèdent celles de cuir, de sous-bois et de végétaux des liquoreux. Trop fort.  29 francs la boîte. En vente à la boutique du Beau-Rivage Palace, ch. de Beau-Rivage 21, Lausanne, 021 613 33 33, sur poivre.ch et anne-sophie-pic.com

P HO T O: JAG ODA W I S N I E W S K A

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AU X A L C O O L S F O R T S   par Emmanuel Grandjean


LE VIN

Du gamay comme jamais D U VA L A I S À G E N È V E , DES V IGNERONS BICHONNENT C E C É PA G E D ’ O R I G I N E BOURGUIGNONNE ET PROPOSENT D E S V I N S D E H AU T N I V E AU Pierre-Emmanuel Buss photos: Jagoda Wisniewska pour T Magazine

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ESCAPADE

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LE VIN

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e gamay souffre encore trop souvent de l’image peu reluisante du mauvais élève qui s’isole au fond de la classe pour se faire oublier. Celui qui est systématiquement choisi en dernier lorsqu’il s’agit de faire les équipes à la leçon de gym. Pourtant, comme le prouvent chaque année de nombreux vignerons, le «petit» cépage typique du Beaujolais a beaucoup d’atouts à faire valoir. Mais comme il est productif, sensible et délicat, il faut lui accorder beaucoup d’attention pour qu’il puisse s’exprimer pleinement. Rien n’a jamais été simple pour ce raisin d’origine bourguignonne, issu du croisement du pinot noir et du gouais blanc. Le premier coup dur remonte à 1395, quand Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, le bannit des vignobles de son duché. Motif: sa «très grande et horrible âpreté» n’est pas digne de la qualité que le noble Philippe attend des vins de la région. C’est le premier décret alimentaire de l’histoire, précurseur bien avant l’heure des appellations d’origine contrôlée (AOC). Le gamay trouve alors asile plus au sud, sur les sols de granit et de schiste du Beaujolais voisin, propices à son épanouissement. Las, l’incroyable succès

international du beaujolais nouveau, vin primeur lancé en 1951, creuse sa tombe. Le beaujolais est désormais la seule appellation du monde connue pour son entrée de gamme plutôt que par ses cuvées de prestige. Une situation qui entraîne une importante crise viticole dans la région, avec des ventes en baisse constante depuis le début du millénaire. En Suisse, la surface de gamay a également fortement diminué ces vingt dernières années, passant de 2000 à 1200 hectares en production. Une décrue qui a coïncidé avec une amélioration globale de sa qualité: oubliés, les vins dilués en raison de rendements trop importants; dépassé, le mariage systématique avec le pinot noir et d’autres cépages pour créer la dôle et le goron, assemblages valaisans qui ont connu leur heure de gloire avant la libéralisation du marché viticole. TRIÉS SUR LE VOLET Aujourd’hui, le gamay affirme son identité fruitée et épicée. Un vin de pur plaisir, comme l’a démontré avec éclat une dégustation comparative organisée par T Magazine à Bernex avec l’appui logistique de l’Office de la promotion des produits agricoles de Genève (Opage). La sélection comportait 39 vins du millésime 2017 répartis équitablement entre les cantons producteurs de gamay, à savoir le

Rien n’a jamais été simple pour ce raisin d’origine bourguignonne, issu du croisement du pinot noir et du gouais blanc T_MAGAZINE 59


ESCAPADE

LE VIN

1. GAMAY VIEILLES VIGNES 2017, THIERRY CONSTANTIN (PONT DE LA MORGE, VS)

«Le gamay donne des vins super qualitatifs, même après quinze ans de bouteille. Mais il souffre encore de son image» Valais (537 ha), Vaud (352 ha) et Genève (332 ha). Parmi eux, les vins primés lors des sélections cantonales 2018 et des crus de référence goûtés dans des millésimes antérieurs. Les vins ont été dégustés à l’aveugle par un jury de professionnels composé de l’ampélographe José Vouillamoz, du marchand de vin François Gauthier, des œnologues Annabelle Anex et Richard Pfister ainsi que de l’auteur de ces lignes. Ils ont été départagés en mode «tournoi» avec des séries de quatre (ou cinq) vins déterminés par tirage au sort. Lors de chaque tour, le jury a retenu ses deux cuvées préférées et recalé les suivantes jusqu’à la finale. VALAIS CHAMPION Cette opposition entre vins triés sur le volet a mis en évidence le plus qualitatif apporté par les vieilles vignes à petit rendement et la domination des cuvées élevées en cuve inox au détriment de celles qui ont fait un séjour en fût de chêne – moins nombreuses il est vrai. C’est le cas de trois des quatre finalistes, dont le vainqueur, le gamay Vieilles Vignes de Thierry Constantin. Le vigneron valaisan défend cette façon de faire qui permet selon lui «de garder un maximum de fruit et de croquant, des caractéristiques que

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la barrique a tendance à atténuer». Le palmarès illustre l’excellence des gamays valaisans – trois vins sur quatre en finale et quatre sur huit en demi-finale avec, outre le vainqueur, Dominique Passaquay, la cave La Rodeline et la cave Ardévaz. Les vignerons genevois ont également été à l'honneur avec trois vins parmi les huit demi-finalistes: le domaine de la Vigne blanche, le domaine Les Crêtets et le Clos des Pins. Les vins vaudois ont eu moins de réussite: seul Le Clos de la cave Mirabilis, dans les Côtes de l’Orbe, a tiré son épingle du jeu. Une confirmation pour ce vin qui avait obtenu le premier prix de la catégorie «gamay» lors de la Sélection des vins vaudois. Les vins lauréats, comme l’ensemble de la sélection, offrent un excellent rapport qualité-prix avec un coût par bouteille qui dépasse rarement les 15 francs. Un «crève-cœur» pour Thierry Constantin: «Le gamay donne des vins super qualitatifs, même après quinze ans de bouteille. Mais il souffre encore de son image. En montant les prix, on risquerait de se mettre sur la touche. Mais les choses changent: j’ai une clientèle alémanique qui revient au gamay, attirée par son côté fruité et gourmand. C’est un indice encourageant pour l’avenir.» 

Un vin plein de fougue et d’énergie, comme son auteur, issu de deux parcelles situées à plus de 600 m d’altitude sur la commune d’Ayent. Très épicé, sur le poivre rose, il séduit par sa finesse aromatique, sa bouche croquante et ses tanins soyeux. Belle longueur. Un must. Prix: 15 francs. 2. GAMAY 2017, DOMAINE DE LA VIGNE BLANCHE (COLOGNY, GE) Sarah Meylan, qui tient les rênes du domaine familial avec talent, a une affection toute particulière pour le gamay. Avec des ceps de 40 ans, pour les plus anciens, elle a réalisé un magnifique millésime 2017 avec un nez marqué par le fruit (fraise, cerise fraîche), le poivre et la muscade. Parfait équilibre matièreacidité. Un vin aérien. Prix: 12 francs. 3. GAMAY VIEILLES VIGNES 2017, DOMINIQUE PASSAQUAY (CHÖEX, VS) Issu de vieilles vignes à petit rendement situées à Saxon et sur les hauts de Monthey, le gamay de Dominique Passaquay a été pénalisé par une légère réduction à l’ouverture. Mais il a beaucoup plu par son profil friand et élégant, son fruit très pur et ses tanins fins. Très beau potentiel. Prix: 15 francs. 4. GAMAY LES TERRASSES DE CLAUDINE 2017, LA RODELINE (FULLY, VS) Les Terrasses de Claudine, c’est «un gamay féminin», selon les termes d’Yvon Roduit, propriétaire du domaine fulliéran avec son épouse Claudine Roduit-Desfayes. C’est elle qui travaille les ceps d’une moyenne d’âge de 60 ans et au rendement limité. Elevé dans des barriques usagées, il offre beaucoup de gourmandise, sur la cerise, avec des notes fumées et épicées. Prix: 17,50 francs.


L’ADRESSE

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as facile d’être fin gourmet et végétarien. Dans les restaurants gastronomiques, les options sans viande ni poisson sont peu nombreuses et font souvent pâle figure face aux juteuses pièces d’origine animale. Pour combler ce manque, Thomas Bouanich et Maxime Rémond ont ouvert en 2018 Culina Hortus («jardin potager» en latin), à Lyon, une adresse gastronomique 100% végétarienne. Encore rare en France, ce concept entend exploiter toutes les richesses gustatives du règne végétal et faire mentir les a priori sur une cuisine réputée fade, ennuyeuse et peu consistante. Aux fourneaux, Adrien Zedda, 24 ans, passé par des établissements étoilés en France et en Australie, mais aussi par l’émission Objectif Top Chef aux côtés de Philippe Etchebest. Sensible à l’écocitoyenneté, le jeune chef travaille le plus possible en saisonnalité avec des produits soigneusement sourcés comme le quinoa d’Anjou, le seul cultivé en France. Sur le papier, les plats semblent simples, mais ils se complexifient au détour d’une texture ou d’une sauce, comme cette surprenante mousseline de carottes au beurre d’agrumes accompagnée d’un sorbet carotte et agrumes, ou encore ce céleri rôti douze heures avec son espuma au sésame. C’est fin, sain et consistant, servi avec des vins naturels ou en biodynamie. Cerise sur le panais, une décoration rustico-minimaliste, bar en terre crue, tables en bois clair, murs enduits à la chaux et sol en béton poli. Un véritable palais «végé». 

Règne Végétal À LY O N , L E R E S T AU R A N T G A S T R O N O M I Q U E C U L I N A H O R T U S S U R P R E N D AV E C U N E C U I S I N E 1 0 0 % V É G É TA R I E N N E C É L É B R A N T L E S T R É S O R S D U P O TA G E R . DE QU O I C O N V E RT I R L E S CA R N I VO R E S par Séverine Saas

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P HO T O S: C U L I NA HORT U S

culinahortus.com


CO R P S


LE SPORT

Mise au poing S E N S AT I O N S F O R T E S , C O R P S G A L B É , C O N F I A N C E E N S O I , L A B O X E D É V E L O P P E S E S AT O U T S AU X Q U E L S L E S F E M M E S S O N T DE PLUS EN PLUS SENSIBLE S

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e plus en plus de femmes décident d’enfiler les gants pour s’initier à la boxe. Phénomène de mode peutêtre, changement de mentalité sans aucun doute, si l’on considère que le «noble art» a été réservé exclusivement à la gent masculine pendant très longtemps. En effet, la compétition ne s’est ouverte aux femmes qu’à la fin des années 1990 et ce n’est qu’en 2012 que la boxe féminine a fait son entrée parmi les disciplines des Jeux olympiques. Sa médiatisation a donc contribué à promouvoir l’accès à ce sport grâce notamment à l’émergence d’athlètes de renom, de nouvelles championnes qui balaient d’un revers de main les a priori. La Française Estelle Mossely, médaille d’or aux JO en 2016, mentionne souvent devant la caméra sa satisfaction d’avoir contribué à «briser le plafond de verre». Animée par cette vocation, elle a d’ailleurs fondé, en avril 2017, l’Observatoire européen du sport féminin, afin de favoriser l’essor de nouvelles et futures athlètes. Dans la promotion de l’égalité hommes-femmes, le sport demeure un bastion important pour la lutte contre les discriminations, comme le prouvent les intéressantes initiatives menées par la ville de Genève dans le cadre de sa campagne «Le sport n’a pas de genre» lancée en 2014. En parlant de sa carrière, la Suissesse Ornella Domini, qui en mars dernier a décroché pour la troisième fois le titre européen des poids welters (catégorie des moins de 66 kg), évoque les réticences

par Francesca Serra photo: Jagoda Wisniewska pour T Magazine PAGE DE GAUCHE A 19 ans, Zoé Neuschwander vient de commencer les combats amateurs au Championnat suisse de kickboxing.

initiales de son coach, Samir Hotic, qui n’avait jamais entraîné une femme auparavant. «Aujourd’hui, les femmes ont leur place», déclare avec satisfaction la Vaudoise qui, malgré son titre, ne peut pas encore vivre de son art. Sans penser à la compétition, cette championne, qui a commencé la boxe avant tout pour gagner plus de confiance en elle, n’est donc pas surprise de l’engouement que suscite cette discipline. «C’est un sport qui vous révèle. Il permet d’évacuer et de canaliser des émotions en réalisant une incroyable richesse de mouvements. On se sent tellement bien et on dort tellement mieux après! C’est pour moi un antidépresseur naturel.» METTRE KO LE MENTAL La pratique de ce sport de combat permet d’exercer la maîtrise de soi, d’affronter ses peurs et d’apprivoiser, au passage, les premiers réflexes de défense. Que cela soit Sylvester Stallone dans Rocky ou Robert De Niro dans Raging Bull, pour ne citer que les films les plus célèbres, le leitmotiv est l’utilisation du combat comme d’un canal pour le dépassement de ses tourments intérieurs, voire des inégalités sociales. Loin de ces fameuses images de boxeurs au visage tuméfié et en sang, la pratique du sport au niveau amateur est plutôt de l’ordre de la puissance maîtrisée. Nombreuses sont les personnes qui associent encore l’art pugilistique à une notion dérangeante de violence. «Les gens s’imaginent que les personnes qui font de la boxe ont un penchant agressif, mais c’est plutôt le contraire. Tout le monde peut faire de la boxe, et l’on n’est pas obligé de se

confronter au combat», nous précise Pamela, coach au Boxing Club Genève. «L’autodiscipline et le respect règnent en maîtres. Il y a beaucoup de règles à intégrer et les cours sont adaptés en fonction des niveaux pour que chacun puisse en tirer bénéfice, sans s’ennuyer, ni se décourager. La pratique demande énormément de concentration, d’où vient aussi cette agréable sensation de détente à la fin d’un cours.» Encouragée à rester vigilante et réactive, l’élève chasse toute pensée parasite, en éliminant de la conscience tout ce qui ne concerne pas l’action en cours, pour être complètement dans l’instant présent. Pamela, en bonne professionnelle, met l’accent sur la technicité de ce sport: «Au premier abord, on pourrait penser qu’il s’agit de travailler les bras, alors que la souplesse des jambes, pour moi, vient avant. Les exercices impliquent plusieurs parties du corps, exigeant parfois de dissocier les mouvements. Cela n’est pas simple.» LA CORDE ET LES COUPS En observant des débutantes s’initier aux fondamentaux de la boxe, nous constatons que le plaisir dépasse largement la complexité imposée par la coordination. Dans son cours Fight Club à l’Usine Club de Genève, Aurélien fait découvrir la boxe aux filles qui n’oseraient pas pousser la porte d’un club spécialisé. Après quelques mouvements de mobilité pour les articulations, les participantes empoignent la corde à sauter en caoutchouc pour commencer véritablement à s’échauffer. Un

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LE SPORT

CORPS

«C’est un sport qui vous révèle. Il vous permet d’évacuer et de canaliser des émotions en réalisant une incroyable richesse de mouvements» Ornella Domini, championne européenne des poids welters

jeu d’enfant, pensez-vous? C’est pourtant loin d’être évident pour celles qui n’en ont plus fait depuis l’école. Quelques bonds suffisent déjà à faire monter les pulsations cardiaques, d’où l’importance d’alterner les pieds, car l’essoufflement arrive très vite si l’on saute à pieds joints. Chacun doit trouver son rythme et garder un tempo régulier. Direct, crochet, uppercut, Aurélien introduit les coups de base selon des combinaisons simples que les boxeuses réalisent face à face en livrant les coups à tour de rôle. Les sourires un peu gênés de celles qui n’ont jamais eu l’occasion de la confrontation, même simulée, laissent rapidement la place à une expression plus apaisée. La magie de la boxe opère déjà. On rentre dans les mouvements en douceur et après trois minutes d’intensité, on alterne avec une mini-pause de récupération. Puis face au sac de frappe, on travaille le bas du corps avec des enchaînements de sidekicks, les coups de pied latéraux. En fin de séance, une série d’exercices au sol permet de renforcer la sangle abdominale, une zone très sollicitée, car il est nécessaire d’engager tout le torse dans une sorte de rotation pour donner de la force au coup de poing. ENTRER DANS LA DANSE Endurance, tonification, mais aussi réflexes, les vertus de la boxe en font une activité sportive complète. Dans les mouvements d’un professionnel, musclé et agile, on retrouve à la fois la force et la fluidité. Avec leur jeu de jambes, leur mobilité, les boxeurs sont souvent comparés à des danseurs. Si, lorsqu’on parle de boxe, on fait référence à la boxe

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anglaise, d’autres variantes englobent aussi un travail plus important du bas du corps. Il s’agit des disciplines BPP, boxe poings-pieds, qui associent coups de poing et coups de pied comme la boxe française, ou savate, la boxe thaïlandaise, ou muay-thaï, ainsi que le full-contact et le kickboxing. A seulement 19 ans, Zoé pratique depuis trois ans plusieurs types de boxe au Fight-District de Prilly. Portée par le pouvoir libérateur de ces disciplines, elle vient de commencer des combats amateurs dans le Championnat suisse de kickboxing: «En plus du plaisir de partager cette passion avec d’autres filles, cela m’a aidée à devenir plus sûre, plus tenace. Et grâce à ces entraînements, mon corps s’est développé de manière harmonieuse. C’est pour cela que je préfère la boxe à d’autres sports, qui ont tendance à mettre plus en valeur certaines parties du corps, les épaules et le dos dans le cas de la natation par exemple.» Marie, âgée de 44 ans, nous parle de cet amour pour l’adrénaline qu’elle retrouve dans le kickboxing: «J’aime le côté cardio et j’aime aussi que ce sport soit complet. La silhouette s’affine rapidement, le corps se tonifie. J’aime l’affrontement, même si la puissance est maîtrisée, il s’agit plus de touches que de coups. Ça peut faire un peu mal, mais sans le risque d’une vraie blessure.» Partant du besoin du gainage prescrit par les médecins pour des problèmes de dos, la kickboxeuse suit assidûment des cours privés depuis une année, afin de peaufiner l’endurance, la posture et le moral. «La position et les gestes justes sont assez difficiles à acquérir, mais mon physique a complètement changé au niveau de la musculature. Je ressens déjà une nette différence dans

ma force physique, sans compter le fait que, le soir dans la rue, après avoir subi une agression il y a deux ans, j’ai moins d’appréhension.» PRODUITS DÉRIVÉS N’en déplaise aux puristes, la boxe est tellement à la mode que les salles de fitness en piquent des éléments pour donner naissance à un florilège de formules hybrides, qui mettent en avant l’aspect cardio et le défoulement. Particulièrement intensif, le BodyCombat, marquée déposée par la société Les Mills, gagne en popularité. Egalement appelé fitness boxe ou cardio boxing, il se pratique lors de cours collectifs d’une heure qui sollicitent alternativement toutes les parties du corps pour une silhouette tonique. Ici on ne se frappe jamais, les mouvements pieds-poings à vide sont rythmés par une musique entraînante qui confère un côté festif à ce programme hautement énergique. Les mouvements suivent des chorégraphies précises qui se renouvellent, en règle générale, au bout de trois mois. Le cœur palpitant et le maillot trempé, il n’y a pas de répit pendant l’heure d’entraînement. Avec un rythme soutenu, la pratique est réservée aux personnes ayant une bonne condition physique de base dont les articulations ne sont pas fragiles. De l’aéroboxe à l’aquaboxing, les déclinaisons de la boxe n’ont pas fini de bourgeonner. Le choix sera large entre les disciplines puristes ou d’autres assaisonnées à la sauce fitness, sans se priver de passer des unes aux autres selon les envies. Chasser les tracas à coups de poings, transpirer les émotions négatives, l’effet psychologique est immédiat, et celui sur le corps dépendra de la constance. 


LE BEAUTY CASE

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Détox

L’ E X T R A I T D E PA M P L E M O U S S E P O U R U N P E E L I N G D O U X O U L A M E N T H E A Q UAT I Q U E AV E C S O N E F F E T A N T I O X Y D A N T, L A C O S M É T I Q U E S O R T L’A R T I L L E R I E L O U R D E P O U R L U T T E R C O N T R E L E S A G R E S S I O N S D E L A P O L L U T I O N AT M O S P H É R I Q U E par Francesca Serra  photo: Moos-Tang pour T Magazine

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LA GALAXIE Passionné de musique, Cillian Murphy a 17 ans quand il fonde avec son frère et des amis le groupe Sons of Mr Green Genes, du nom d’une chanson de Frank Zappa. Il rêve de faire carrière mais ses parents l’incitent à poursuivre des études de droit, qu’il n’achèvera jamais.

Enda Walsh est un prolifique dramaturge irlandais, notamment connu pour avoir écrit une comédie musicale avec David Bowie. A la fin des années 1990, il offre à Cillian Murphy son premier grand rôle au théâtre dans Disco Pigs, une pièce au succès international qui sera ensuite adaptée au cinéma. Les deux artistes sont restés très amis et collaborent encore.

Peu après ses débuts au cinéma, Cillian Murphy devient l’un des acteurs fétiches de Christopher Nolan. En 2005, il incarne le mémorable Dr Jonathan Crane alias l’Epouvantail, un psychologue devenu psychopathe dans le blockbuster Batman Begins. Le réalisateur a d’abord voulu que Cillian Murphy incarne Batman, mais ne l’a pas trouvé assez crédible en costume.

Depuis 2013, Cillian Murphy est le héros de Peaky Blinders, une série télévisée acclamée par la critique. Il y campe Tom Shelby, un seigneur du crime dans le Birmingham de l’entre-deux guerres. Le rôle a failli échapper à l’Irlandais en raison de son apparence, que les producteurs jugeaient trop juvénile. Il les a convaincus en travaillant sa posture, sa voix et ses pectoraux.

Cillian Murphy AV E C S O N R E G A R D É N I G M A T I Q U E , L A S T A R D E L A S É R I E « P E A K Y B L I N D E R S » , O Ù L’A C T E U R I R L A N D A I S D O N N E À S O N P E R S O N N A G E U N E É PA I S S E U R I NAT T E N DU E , E S T L A NOU V E L L E C O QU E LUC H E DE L A T É L É V I S ION 66 T_MAGAZINE

par Séverine Saas

P HO T O S: GE T T Y I M AGE S , A L A M Y

Cillian Murphy partage sa vie avec Yvonne McGuinness, une artiste plasticienne irlandaise qu’il a rencontrée en 1996. Ils se sont mariés il y a quinze ans au Domaine des anges, le vignoble de la famille McGuinness, dans le sud de la France. Le couple vit aujourd’hui à Dublin avec ses deux enfants.


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T Magazine Homme du 21 septembre 2019  

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