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Les salons de thés sont très populaires en Turquie. A Üsküdar, sur la rive asiatique, ce salon de thé est aménagé grâce à quelque tapis posés sur des emmarchement en béton. Cet espace qui autrement aurait paru bien désolé, acquiert ainsi un aspect chaleureux de salon en plein air.

Le

Bosphore a Istanbul un detroit au croisement de deux mondes. Le Bosphore, ce détroit qui relie la mer Noire à la Méditerranée, est la raison d’être d’Istanbul. Il justifie son implantation, organise le développement de la ville et fonde son identité d’ouverture et de lieu de passage.

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reportage

Une mère et sa fille à Yenikapı

Le Bosphore, ce détroit qui relie la mer Noire à la Méditerranée, est la raison d’être d’Istanbul. Il justifie son implantation, organise le développement de la ville et fonde son identité d’ouverture et de lieu de passage. La ville d’Istanbul, fondée au VIIème siècle AVJC par les Grecs et connue alors sous le nom de Bizance, joue depuis sa création un rôle géopolitique essentiel. Elle est située à un emplacement stratégique, à la limite entre l’Europe et l’Asie et contrôle la liaison entre la mer Egée et la mer Noire. La ville s’est implantée, à l’origine sur la rive Européenne à l’entrée du Bosphore, le détroit qui relie ces deux mers. Elle pouvait ainsi contrôler, le trafic de navires commerciaux et militaires et bloquer éventuellement le passage. Cela s’est parfois traduit de manière très concrète, notamment par une chaîne, bloquant le détroit et tendue entre la tour de la Vierge coté asiatique et la pointe du Sé-

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rail au niveau du palais de Topkapı. La ville a été renommée Constantinople, par l’empereur Constantin en 330 APJC et est passée sous la coupe de l’empire Ottoman à partir du 13ème siècle. Elle a été renommée Istanbul avec l’arrivée de la République d’Atatürk en 1930. Mais tout au long de son histoire complexe à l’intersection de plusieurs mondes, elle a gardé sa raison d’être et son caractère, fortement lié à sa géographie.

Les bords de la mer de Marmara à Yenikapı sont remplis de pêcheur du dimanche, et de jeunes gens plongeant dans l’eau. Une atmosphère familiale et de bonne humeur règne.

Les bateaux qui font la traversée entre les rives du Bosphore disposent de deux ponts. Dans la partie basse, au raz de l’eau, les gens savourent ce moment de détente au soleil en regardant la rive s’approcher.

Le Bosphore est un détroit de mer long de 32km et dont la largeur oscille entre 500 et 3000 mètres. Il débouche sur la mer Noire, cette grande mer fermée, que la Turquie partage avec la Bulgarie, la Roumanie, l’Ukraine, la Géorgie et la Russie. Il constitue également la limite du continent Européen avec l’Asie. C’est donc un endroit privilégié de la rencontre entre l’orient et l’occident. Cette position explique le trafic maritime très intense qui parcoure ses eaux. Des porte-conteneurs,

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Le Bosphore est un lieu de passage très fréquenté par des portes-conteneurs. La confrontation quotidienne avec ces navires géants, contribue à l’odeur de lointain que procure cette ville-carrefour.

Dans le port de ferry, un homme profite de la vue sur la ville en fin de journée.

des super-pétroliers, des bateaux militaires et même des sous-marins traversent le détroit tous les jours. A ce trafic international, viennent se rajouter une flotte liée à la ville d’Istanbul. Il s’agit majoritairement de bateaux de passagers, servants au transport urbain qui relie les différentes rives de la ville, ou bien de liaisons vers les îles de la mer de Marmara ou encore des destinations plus lointaines en mer Méditerranée ou en mer Noire. Enfin des petites barques de pécheurs émaillent les eaux. Ils pêchent artisanalement des poissons poussés là par le fort courant du détroit et qui finiront sans doute grillés et servis sur un pain chaud par l’un des bateaux-restaurants, qui flottent sur le long des rives d’Eminönü. On est frappé par ces contrastes d’échelle, entre une mer intérieure domestiquée et liée à la ville et ce trafic maritime au long cours, qui nous évade vers des destinations lointaines.

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Ce grand vide au milieu de l’une des mégalopoles les plus étendue d’Europe joue un rôle essentiel. Il met à distance les trois principales rives de la ville, deux rives coté européen séparées par une rivière, la Corne d’or, et une rive coté asiatique. Cette fragmentation de la ville autour du Bosphore donne à voir ce profil si caractéristique d’IsLa distance qui sépare les tanbul, où les coupoles des mosquées et les minarets rives entre elles, les nimbent se découpent sur le ciel. La dans une sorte de mystère, distance qui sépare les rives invitant au voyage au sein de entre elles, les nimbent la même ville. dans une sorte de mystère, invitant au voyage au sein de la même ville. La ville historique, où se situe Sainte Sophie et le palais de Topkapı, la ville Européenne moderne qui se cristallise autour l’avenue Istiklal et enfin la rive asiatique, où se situe plus de la moitié de la population, sont autant de mondes séparés par une petite mer, que l’on peut franchir à loisir pour changer de point de vue.

Des bateaux de passagers relient les quartiers d’Istanbul qui s’étendent le long des rives du Bosphore. Des embarcations de toute taille croisent ses eaux, du super-pétrolier à la barque de pêcheur.

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reportage

Famille kurde, qui se retrouve autour de brochettes et de narguilé, se détendant au soleil sur les bords de la mer de Marmara.

Le Bosphore est également un lieu de vie intense, qui est partagé par l’ensemble des classes sociales. Néanmoins les lieux sont souvent séparés, telle portion de rive est plutôt réservée aux riches stambouliotes, tandis que telle autre est le lieux de picnic favoris des classes populaires. L’un des ces endroits, que fréquentent les habitants modestes du quartier de Yenikapı, sont les rives de la mer de Marmara. Ce quartier est situé juste à la sortie du Bosphore en contrebas de l’esplanade des mosquées. Les rives sont envahies le weekend de familles enthousiastes, habitants du quartier ou venant de plus loin. Les grillades cuisent toute la journée, tandis que les enfants jouent à proximité. Certains rejoignent le club assidus des pêcheurs à la ligne ou d’autres sautent à l’eau en regardant les grand navires au loin. L’ambiance générale est la fête et la fumée des barbecues inondent l’air d’une odeur de grillade. Les espaces publics dans la ville elle-même sont rares et à plus forte

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raison dans les quartiers populaires. Ainsi les rives de la mer et celle du Bosphore forme un cordon continue et privilégié, symbole de détente. Mais il existe aussi des endroits partagés entre les différentes classes sociales. Ainsi au cœur d’Istanbul, le pont de Galata et les débarcadères le long de la Corne d’or, ne L’ambiance générale est la peuvent pas laisser indiffé- fête et la fumée des barbecues rent. L’atmosphère qui y inondent l’air d’une odeur de règne, rythmée par les arri- grillade. vées des bateaux de passager, le croisement des foules et le roulis des bateaux-restaurants, reste dans la mémoire du visiteur comme l’un des souvenirs les plus forts de la ville.

Sur la rive asiastique à Üsküdar, on voit au travers du détroit du Bosphore, le profil de l’esplanade des mosquées.

Le quartier de Yenikapı, très animé le week end est le rendez-vous des populations modestes qui habitent les alentours, ou parfois beaucoup plus loin, et se retrouvent en famille autour de viande grillée.

Sur le pont de Galata, s’effectue un curieux mélange de population entre les alignements de pécheurs amateurs, occupants la totalité de la longueur du pont en partie haute et les restaurants et cafés plu-

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(Page de Gauche)

tôt touristiques et branchées en partie basse. Les pêcheurs à la ligne font descendre un sceau, de temps en temps, pour le remplir d’eau de mer afin de maintenir frais les rares petits poissons capturés. Les consommateurs des établissements du dessous voient ainsi passer d’un air étonné, des sceaux remplis d’eau ainsi que des milliers de ligne de pêche qui pendent ou se relèvent soudain. Reconstruit dans les années 90 en s’inspirant du pont d’origine en bois, le pont de Galata est ainsi un pont «habité» à deux étages, qui ferme la corne d’or et ne s’élève qu’en son centre, pour laisser passer les bateaux de passagers. Ce pont qui relie les deux rives européennes, la ville traditionnelle et la ville moderne, est aussi un lieu d’observation privilégié, d’où l’on peut contempler les plus belles mosquées de la ville. Plus loin en allant vers la mer Noire, s’étendent les quartiers huppées d’Istanbul, l’université du Bosphore, de

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grands palaces au bord de l’eau et des maisons traditionnelles en bois appelée Yalı. Plus on s’éloigne vers la mer noire, plus le rythme se ralenti. Ces faubourgs d’Istanbul ne s’animent qu’à l’arrivée des bateaux, qui ramènent leurs flots d’habitants à la fin de la journée de travail ou des touristes s’aventurants au delà du centre en direction de la mer Noire. Deux forteresses de part et d’autre du Bosphore venaient défendre son entrée orientale. A proximité de l’une d’elle sur la rive européene, le pont du Fatih traverse le Bosphore. Avec le pont du Bosphore, il s’agit d’un des deux grands ponts suspendus, qui traversent majestueusement le détroit, là où il est le plus resserré. Ces ponts d’échelle monumentale, sont le symbole de la liaison permanente unissant l’Europe à l’Asie. Ils survolent le bras de mer à une hauteur, qui permet à toute sorte de navires de circuler. Ces ou-

Dans le quartier d’Üsküdar sur la rive asiatique, pêcheurs, passants et salons de thés s’égrènent, avec en arrière plan les quartiers d’habitations installés sur les collines.

Eminönü est un quartier très animé et central. Des bateaux restaurant y préparent des poissons grillés mangés sur le pouce, ou assis à des tables le long de la corne d’Or.

Le pont de Galata, qui a été reconstruit dans les années 90, n’est pas une grande réussite architecturale, mais il a une telle importance symbolique comme trait d’union de la ville au travers de la rivière dénommée la corne d’Or et socialement comme un lieu très animé, que l’on oublie un peu son brutalisme architectural pour arriver presque à l’aimer. Il s’agit d’un pont à deux étages, qui ne laisse passer les bateaux qu’en son centre. Ainsi des restaurants et bars jouissant d’une vue magique, occupent sa sous-face. Le tablier de ce pont en plus de la route est occupé par un nouveau tramway et des files interminables de pêcheurs passionnés et assidus. Ce pont relie Eminönü à Galata, la ville traditionnelle à la ville moderne.

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reportage Les bateaux bus sont très utilisés encore à Istanbul même tard la nuit. La descente du ferry est toujours un moment particulier où des foules descendent à terre aussi naturellement que nous montons les escalators du métro.

Le pont du Bosphore est l’un des deux ponts suspendus qui traversent le Bosphore et fut en 1973 la première liaison terrestre entre l’Europe et l’Asie.

vrages ont également une très grande importance pour le trafic routier dans la ville et permettent ainsi 80% des trajets réalisés entre les deux rives. Le reste des liaisons est assuré par le réseau efficace et agréable de bateau-bus. Ces derniers contribuent beaucoup au charme d’Istanbul et permettent pour un prix modique, de prendre le large et un grand bol d’air le temps de la traversée. Il n’y a pas encore de liaison souterraine du métro sous le Bosphore. La construction d’un tunnel est en cours et devrait être terminée en 2010 . Ce projet déjà ancien a été ralenti par la complexité, induit par le passage au milieu du détroit de la faille nord-anatolienne. Celle-ci menace en effet en permanence la ville d’un tremblement de terre, prévus pour les prochaines années. De nombreuses découvertes archéologiques ont également émaillées le chantier, témoignant de l’histoire ancienne et complexe de la ville. En-

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fin un troisième pont est également évoqué, pour tenter de désengorger le trafic de cette ville bouillonnante dont la croissance ne tarit pas. Le Bosphore joue ainsi à Istanbul un rôle central et fédérateur. Il sépare autant qu’il relie les différentes parties de la ville. Il constitue un point d’union entre les classes sociales contrastées de la société Turque et fait se côtoyer la diversité des communautés, qui se retrouvent sur ses rives ou empruntent les bateaux-bus. Enfin il est le symbole de la ville d’Istanbul elle-wême, située entre l’Europe et l’Asie, à la fois ouverte sur le monde et attachée à son identité propre.

Textes et photographies de Sébastien Lucas Photographe www.sebastienlucas.com

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Istanbul along the Bosphorus  

Photographic travel along the Bosphorus in Istanbul

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