LTDPmagazine numéro 20

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D é c o u v e r t e s

&

I n t e r v i e w s

m a g a z i n e l a te te d a n s l e p u b l i c .c o m

n u m é ro

20

Janvier 2022


C

’est la chanson française qui est mise à l’honneur, les troubadours, les poètes, les révoltés, les ma-

giciens de l’écriture, ceux qui nous ont accompagné tous les jours, que l’on chante sous la douche ou en voiture, les chansons de notre enfance que l’on chantait dans la cour de l’école ou en colonie, celles restées dans la mémoire collective. Toutes ces chansons qui te font sourire, celles aux textes puissants qui te font pleurer, réfléchir, une nostalgie qui te fait sourire, ces chansons qui te ramènent à ta propre histoire, une partie de ta vie, une guillemet chantée par un autre. Alors il faut dire que j’ai eu un peu le temps d’écouter un maximum d’artistes, avec les confinements, les couvre-feux qui nous ont privé de concerts et de découvertes. Il y a une époque, j’aurais demandé comment ils travaillaient leurs textes aux grands qui m’ont fait voyager : C.Aznavour, Barbara, J.Brel, G.Brassens, L.Ferré… J’en oublie, ne m’en voulez pas, ils sont nombreux, et il y a tous les autres qui, aujourd’hui aussi, me bouleversent et me font davantage réfléchir avec leurs mots sur tous les travers de notre société. La chanson française évolue et se transforme au fil du temps pour une nouvelle version. Les choses changent, les styles aussi, le rap, le slam sont en train de donner naissance à la nouvelle chanson française, à la nouvelle pop, bien ou mal, chacun en décidera. Mais ce qui est sûr, c’est que la transmission du patrimoine français aux généra-

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tions suivantes se fera aussi en chansons et certaines deviendront l’hymne d’une génération.

Allez salut !

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Francis Cabrel Les Déferlantes sud de France - 2018

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LE SON EST IMAGE w w w. l a t e t e d a n s l e p u b l i c . c o m / l e s o n e s t i m a g e . h t m

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Janvier 2022 - numéro 20

LE CHEVALIER Monastir del camp - 2013

Photo - © P. Merlin

SOMMAIRE

OSLO TROPIQUE

BROUSSAÏ

MARIE AMALI

DESSOLAS

BATLIK

LES TIT’ NASSELS

LUPO

MASTA

KIJOTÉ

DANIEL JEA

BOB’S NOT DEAD

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« De la bonne musique il y en a partout.»

OSLO TROPIQUE © Emmanuel Delpix

w w w. f a c e b o o k . c o m / O s l o Tr o p i q u e R o c k

Vive le rock français ! Faire sonner la langue française sur du rock n’a rien d’évident et Oslo Tropique s’en sort en diffusant une puissance verbale incisive et un retour aux sources du rock. Le groupe toulousain est essentiel chez les Non Essentiels, un beau pied de nez aux têtes pensantes, c’est THE découverte de l’année. LTDPmagazine


LTDP : Ta rencontre avec les mots ?

LTDP : Les mots de la colère sont venus comment en musique ?

Oslo Tropique : Je suis entré dans la musique pour jouer et écrire des chansons, j’ai choisi d’écrire en langue française qui est ma

Oslo Tropique : D’un point de vue de l’auteur, c’est plus de l’urgence que de la colère. On fait du rock, on se met à la place

langue maternelle, la langue où l’on peut creuser des images.

« de », le « je » n’est pas moi, le « je » est une personne que l’on

LTDP : C’est plus compliqué d’imposer la langue française

incarne. Ce ne sont pas des chansons où l’on raconte nos états d’âmes, ce sont des chansons qui sont construites avec des nar-

dans le rock ? Oslo Tropique : C’est un peu un défi de faire sonner du français sur

rateurs, ils sont incarnés par un personnage, on peut changer de personnage et changer d’angle de vue dans nos textes.

de la musique rock, plus compliqué, mais cela intéresse les gens parce qu’ils n’ont pas l‘habitude ; ils sont plus attentifs aux textes

LTDP : Il y a un mode opératoire dans l’écriture d’un mor-

et l’effet pervers c’est qu’ils veulent absolument que la voix soit très forte pour tout comprendre alors que cela ne les dérangent

ceau, comment ça se passe une séance d’écriture, c’est free style ou très recherché ?

pas d’écouter des morceaux en anglais avec un son distordu où ils ne comprennent rien. J’essaye d’être entre les deux, de garder

Oslo Tropique : Le départ peut venir de toute part, d’un texte, d’un riff peu importe, et après on construit autour. La recherche est dans

l’énergie et les couleurs rock en chant en français.

la finition du titre et à faire sonner et cordonner toutes les idées.

LTDP : Il y a matière à parler avec ce qu’il se passe sur la planète, comment trouver les bons mots sans exprimer des

LTDP : Est-ce que tu écris la(es) chanson(s) que tu as envie d’entendre ?

mots trop durs à la limite de l’insulte ? Oslo Tropique : L’insulte

Oslo Tropique : Non pas forcément, il y a une partie d’improvisation, c’est l’écriture qui

quand elle vise quelqu’un en particulier, c’est la li-

va te donner l’idée et non pas l’idée qui va te donner

berté de chacun de la prendre ou pas, ce n’est

l’écriture. Si tu veux trop tout contrôler c’est très

pas l’axe de l’écriture de rentrer directement sur

dur. Il faut être attentif à ce qu’il se passe et à réagir

une personne alors qu’il y a des chansons où c’est

en fonction. Il faut juste avoir un fil rouge, savoir

beaucoup plus direct. Les critères c’est qu’il faut que cela reste musical, trouver les bonnes phonétiques, que cela s’accorde bien avec la voix et que les phrases trouvent des points d’accroches pour l’auditeur. Il peut y avoir des passages obscurs dans un texte, mais il y aura toujours une phrase à laquelle les gens peuvent se raccrocher. Ils auront du mal à s‘identifier, ils pourront trouver cela jolie, mais cela ne va pas leur rentrer dans la peau.

les choses qui sont importantes à passer et cela peut prendre différentes formes.

LTDP : Est-ce qu’il y a un thème par morceau ou par album ? Oslo Tropique : Il faut se référer au nom du groupe, Oslo Tropique est un oxymore climatique qui dit que quand le climat des tropiques sera à Oslo on sera vraiment dans la me… Cela porte sur les thématiques des problèmes du monde actuel. Ce sont des textes pas à 100 %, mais très largement, sociaux et politiques, pas directs et frontaux, mais sur des sujets d’actualités. LTDP : Vos textes parlent de l’écologie, du consumérisme, de l’urgence climatique, tu n’as pas l’impression de bécher la mer avec une pelle et que les gens et les gouvernements ne sont pas vraiment impliqués ? Oslo Tropique : Il faut le faire. Si tu ne fais rien il ne se passe rien. De la bonne musique il y en a partout. Ce qui est intéressant, c’est d’essayer de faire des chansons qui soient utiles. Elles peuvent être utiles de différentes façons, l’engagement n’est pas la bonne façon de le faire, surtout dans le monde et dans la période que l’on vit, et bientôt nous serons en 2022, la politique est primordiale sinon cela peut partir en vrille très vite, à mon sens.

LTDP : On se projette dans le temps, demain tout va bien, les gouvernements mettent l’écologie et la planète en avant, on vit dans le pays de Oui-Oui, vous allez chanter quoi du coup ? Oslo Tropique : On peut chanter d’autres choses, on pourra faire des chansons pour divertir, pour que les gens dansent et s’amusent, on pourra poursuivre ce bel effort de fraternité et les féliciter dans la voie dans laquelle ils se sont engagés, on va l’entretenir. Il y a déjà des gens qui le font dans la musique, qui ont comme seul but de divertir et d’amuser les gens. La musique est un média, un outil de communication, tu peux mettre dedans ce que tu veux, de parler aux gens, d’attirer leur attention. La musique que l’on fait c’est du rock rentre-dedans, c’est de la musique où les gens dansent, se défoulent, c’est un exutoire, dans le divertissement on y ajoute notre touche politique. LTDP : L’artiste français que tu aimerais reprendre ? Oslo Tropique : On a fait une reprise d’A.Bashung en concert, il y a des bonnes chansons partout, il y a clairement des artistes qui m’ont vraiment influencé, A.Bahung, A.Souchon sur des thématiques différentes, Noir Désir sur la musique, Gérard Mancet, les Rita Mitsouko. LTDP : Les projets ? Oslo Tropique : On va sortir des titres pendant la belle campagne présidentielle, on sera en actualité, et faire des concerts.

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BROUSSAÏ ©FUSINA_Dominik

Formation phare du reggae français, le plus de Broussaï : l’énergie communicative et contagieuse. Retour aux fondamentaux du reggae roots, des textes fédérateurs et chaleureux, particulièrement tournés vers l’écologie et l’humanisme allié à la puissance mélodique du Reggae, rencontre...

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©FUSINA_Dominik

LTDP : Votre rencontre avec les mots, l’envie d’écrire ?

LTDP : Il y a des thèmes dont vous ne voulez pas parler, ce

Alexandre : Une envie de s’exprimer, exprimer des émotions,

n’est pas votre rôle d’en parler ?

des ressentis, les premières injustices sociales, à l’adoles-

Alexandre : On parle de tout ce que l’on a envie de parler. Nous

cence on va dire, les premières révoltes (rire) et pour moi les

sommes un duo de garçons, on ne fait pas de chansons d’amour,

premiers amours. J’arrivais à conquérir avec des lettres, déjà

on peut avoir quelques allusions dans nos couplets, quelques

passionné par ces mots. Plus jeune j’écoutais du rap, au début

phrases, on est un peu gêné là-dessus. C’est plutôt sur des pro-

des années 90, je trouvais qu’il y avait une puissance dans

jets personnels, mais on exprime tout ce qui nous touche, on se

l’expression, une richesse de la langue française avec des

concerte dans notre écriture.

groupes dans les années 1993/1994 comme Iam ou Mc Solar, avec son album « Close combat ». Je le trouvais incroyable,

LTDP : Comment vous choisissez un texte, comment vous pré-

il y a la moitié des choses que je ne comprenais pas, il fai-

parez un morceau, vous regardez la tv, ce qu’il se passe sur

sait tellement de références culturelles, cinématographiques,

les réseaux sociaux ?

d’art, de philosophie. J’ai fait beaucoup de recherches sur ces

Alexandre : C’est ce qui nous touche depuis le départ du groupe,

textes, cela m’a ouvert l’esprit et j’ai vu comment l’on pouvait

quelque chose que l’on peut voir à la tv, un article dans le journal,

manier les mots de manière à plaire à la jeunesse, avec une

une discussion avec des amis, des choses que l’on peut voir dans

élévation du message.

la réalité et nous poussent à vouloir y faire quelque chose. C’est un peu la vie de tous les jours qui peut nous influencer directement

LTDP : En 20 ans d’existence, votre message a évolué, c’est

selon notre vécu, notre expérience, des choses qui peuvent nous

toujours le même fond?

atteindre et sur lesquelles on a envie de porter une réflexion, un

Alexandre : C’est toujours le même fond, même si on évolue

message ou juste une émotion. Je considère un peu les artistes

avec l’âge. Ça va faire 20 ans que l’on a commencé le groupe.

comme des éponges à émotions, tout ce qui peut les toucher émo-

Une plume d’un gars de 20ans et une plume d’un adulte de

tionnellement peut être retranscrit.

40 ans : il s’est passé beaucoup de choses, on ne les exprime plus forcément de la même manière, plus les mêmes

LTDP : Vous appliquez le proverbe, seul on avance plus vite,

croyances, ni les mêmes inspirations. Même si le fond de nos

mais à plusieurs on avance plus loin ?

messages est toujours la défense des droits de l’homme et

Alexandre : Oui, c’est avant tout une aventure humaine. On est

de la nature, c’est ce qui reste, pour nous, primordial et né-

une bande d’amis, on se connaît depuis des années, nous voulions

cessaire. On exprime aussi des choses plus personnelles sur

faire de la musique ensemble parce que l’on est passionné, nous

l’amitié, la recherche de l’amour, de nos enfants, il y a pas

voulions exprimer des choses, cela s’est fait petit à petit. Nous

mal de thèmes différents.

sommes partis sur les routes avec un camion et juste des guitares,

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«Je considère nos textes pas forcément politiques»

nous jouions sur les ports, sur les marchés, on avançait de ville

d’exprimer au possible ces pensées. Cet album est assez positif

en ville avec ce que l’on gagnait la veille. On a fait cela quelques

pour que ça mette les gens de bonne humeur quand ils ont envie

années pour nous faire connaître, puis des grandes salles, des

de le mettre. Oui, il y a des messages alarmants et positifs, on sou-

grands festivals, c’est

haite avant tout qu’ils embellissent la journée.

grâce à cette aventure humaine, cette

force de vouloir avancer, de continuer ensemble qui nous a porté LTDP : Avec tout ce qu’il se passe sur la planète, le je-m’en-

aussi loin, seul je pense que l’on n’aurait pas été aussi loin.

foutisme de certains gouvernements, c’est parfois un coup LTDP : L’album « Une seule adresse » à 2 ans, et pourtant il est

d’épée dans l’eau ?

plus que d’actualité ?

Alexandre : Je n’ai pas l’impression, je pense depuis le début que

Alexandre : Oui, on se rend compte de ça, cela va prendre de plus

c’est une petite pierre à l’édifice, mais même le moindre caillou

en plus de place avec les élections qui arrivent. Notre l’album est

peut permettre d’avancer. C’est en écoutant des artistes comme

porté sur un message de la protection de l’environnement avec

B.Marley, Iam et d’autres groupes qui ont des messages, qui

« Une seule adresse », titre de l’album, et le premier titre qui parle

m’ont fait devenir ce que je suis aujourd‘hui. On croise beaucoup

de ça. Il y a aussi quelques thématiques qui tournent autour de

de personnes qui viennent aux concerts et qui nous disent :

ça : le respect de la nature, on le répète depuis 20 ans, c’est une

« Vous m’avez fait évoluer dans ma manière de penser ». On

thématique qui revient, l’argent ne se respire pas, ne se mange

pense que les arts, les musiciens, la peinture, la littérature, les

pas, ce qui est primordiale à l’être humain, c’est la planète et la

films, le théâtre peuvent faire évoluer les consciences et faire

nature. On en a besoin pour manger, respirer, pour vivre. Tout le

bouger les mentalités. Je pense que l’on s’inscrit dans cette mou-

reste c’est du confort, il est important de réfléchir à nos priorités,

vance de faire bouger les consciences, on a envie de faire partie

c’est de protéger notre environwnement, c’est l’air et la nourriture

de cette génération citoyenne et de bon sens.

que l’on mange et que l’on respire. LTDP : Ton idole-artiste française, celle que tu aimerais chanter ? LTDP : Cet amour universel, cette positivité que vous diffusez

Alexandre : Le groupe Iam m’a beaucoup influencé dans la ma-

dans vos morceaux, c’est presque de la politique chantée, la

nière d’appréhender les choses, ça me ressemble plus.

frontière est quand même mince ? Alexandre : Je dirais que c’est du bon sens, je ne me retrouve

LTDP : Les projets ?

pas dans le discours des hommes politiques, depuis 20 ans ça

Alexandre : On compose un nouvel album, il y a déjà des titres en-

parle beaucoup et ça agit moins. Il y a beaucoup de mensonges,

registrés côté musique, mais sans les voix, il arrivera à l’automne

je considère nos textes pas forcément politiques, mais plus d’un

2023, il y aura des invités, il sera dans la même mouvance que

citoyen qui essaye d’avoir du bon sens et d’humanisme. J’essaye

l’album « Une seule adresse » on n’en dira pas plus:)

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MARIE AMALI www.facebook.com/marieamalioff

«Je ne me vois pas composer et écrire autrement qu’avec le piano»

© Ines Amadei

Juste magnifique. Un enlacement entre un piano et une voix, des chansons tirées d’un conte inachevé, «cosmographe», un univers insolite aux images mystérieuses qui pourtant vous hypnotise comme un dialogue où l’on prend le temps d’écouter l’autre.

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LTDP : Comment est arrivée l’écri-

fragments. Ce n’est pas tout le temps

tuelle un peu pop qui se fait absorber,

ture dans ta vie ?

que tu as une fluidité dans une compo-

ce qui n’est pas une critique, je trouve

Marie Amali : Très tôt, je pense as-

sition, même si c’est super agréable à

cela très bien. Tu gagnes en liberté

sez spontanément. Quand j’étais pe-

trouver une composition un peu fluide

en t’inspirant des flows de morceaux

tite, j’écrivais beaucoup, j’écrivais pas

et à trouver le texte par-dessus. Le

plus parlés. Ça existe, mais la chan-

mal d’histoires, de poésies pour mes

travail de composition et le travail de

son à texte existe quand même et il y

parents, pour les gens. J’ai toujours

texte peuvent être dissociés, le texte

a une grosse scène chanson qui est

aimé cela, ça a jalonné un peu mon

va donner du sens et de la perspective

présente : Terrenoire, Pomme, Su-

parcours. Il y a des moments où j’écri-

à toute la composition et s’il n’est pas

zane, Barbara Pravi, il y en a plein.

vais plus, d’autres moins. J’ai toujours

bien fait, il ne va pas mettre en valeur

C’est vrai, nous sommes plus à l’âge

eu des carnets sur lesquels je posais

une belle composition.

d’or de la chanson française, la chan-

mes idées, celles que tu poses sur le

son d’A.Bashung, J.Higelin, mais il

papier. J’écris beaucoup encore au-

LTDP : Le syndrome de la page

y a beaucoup de jeunes projets qui

jourd’hui, de la poésie, des chansons,

blanche ?

s’inspirent de ces influences-là et

des formats courts que j’aime bien.

Marie Amali : Oui et non, ça m’est ar-

cela perdure. Il peut y avoir de belles

rivé. Après la sortie de mon premier

combinaisons entre la chanson pop,

LTDP : Piano-voix, c’est, je trouve,

E.P, je n’étais pas assez satisfaite,

urbaine et cette lignée-là de la chan-

une mise à nue devant son public.

j’arrivais plus à composer qu’à écrire

son, il y a un équilibre à trouver qui

Il faut choisir ses mots, son am-

(rire).

peut être intéressant.

biance, comment tu décides que ce texte s’écoute en piano-voix ?

LTDP : Ton E.P, est-ce des histoires

Marie Amali : Je ne sais pas si cela

qui se suivent ou totalement sépa-

se décide, mais c’est là que j’ai appris

rées ?

la musique. C’est grâce au piano, en

Marie Amali : À la base, dans mon

liant le piano et la voix. Systématique-

processus d’écriture, j’avais envie

ment quand je me mets à composer, à

de justifier ce que je faisais. J’ai écrit

écrire, les deux vont ensemble. C’est

un conte musical qui se nomme « le

mon outil de communication, avoir ce

cosmographe », au fur et à mesure,

piano et cette voix qui se pose sur ce

je me suis détaché de cette histoire

piano, le piano sert un peu à l’atmos-

et j’ai gardé des chansons comme

phère et la voix donne une perspec-

« Madame, Au bord de la Piscine,

tive à cela. Je ne me vois pas com-

L’envol », qui sont des extraits de ce

poser et écrire autrement qu’avec le

conte qui finalement, un jour, existera

piano, j’essaye différemment, mais j’y

indépendamment de ces chansons-là

reviens souvent.

et aura sa propre histoire. Il y a une

LTDP : Les textes des rappeurs te gêne ? Marie Amali : Cela ne me dérange pas, je trouve hyper important d’avoir des paroles multiples qui soient là. Au contraire, j’aime et j’écoute beaucoup de musique rap, il y a plein de choses qui se passent dans la musique rap comme il y a plein de choses qui se passent dans d’autres styles. Tu as plein de façons de raconter les choses, la musique rap est tellement riche que tu peux trouver tout ce que tu veux.

forme de continuité dans ce que j’ai LTDP : L’artiste français, celui (elle)

LTDP : Est-ce que tu as un mode

pensé, mais j’essaye un peu moins

opératoire pour écrire ?

de le justifier. Ces chansons existe in-

Marie Amali : J’essaye d’observer les

dépendamment les unes des autres,

choses qui sont autour de moi, qui se

mais j’aime bien l’idée de la continui-

passent, des choses qui m’inspirent,

té et de mettre une unité dans tout

morceau complétement décalé, pia-

j’ai des moments, des jours, des se-

cela, que ce soit un peu organique.

no-voix, sonorité jazz avec le même

maines où je vais beaucoup écrire

C’est pour cela que j’ai choisi l’idée

texte version acoustique, «Fruit de la

et d’autres où c’est le vide complet.

du titre « Au bord de la piscine » pour

passion» de Francky Vincent. C’est

Cela dépend de plein de choses, du

représenter le tout, parce que tu peux

prendre un titre improbable et le rame-

contexte, de la météo etc…

mettre plein de choses dans et autour

ner dans quelque chose de plus sé-

d’une piscine.

rieux. Myléne Farmer aussi j’aimerais

que tu aimerais chanter ? Marie Amali : Juliette Armanet que j’aime beaucoup. J’ai aussi repris un

bien reprendre une chanson version

LTDP : Quand tu choisis un thème pour un morceau, tu le retravailles

LTDP : Est-ce que la chanson fran-

acoustique pour remettre en lumière

longtemps ?

çaise se fait moins entendre et sou-

le texte cela pourrait sympa.

Marie Amali : Ça dépend, pour cer-

vent absorber par la musique Rap ?

tains cela marche vite et pour d’autres

Marie Amali : Oui, il y a une tendance

LTDP : Les projets ?

pas du tout. En ce moment, j’essaye

à vouloir aller vers des flows un peu

Marie Amali : Faire plein de concerts

d’écrire des chansons un peu plus

plus rap de la chanson. Il y a des pro-

et de premières parties, montrer au

joyeuses que ce que je fais habituel-

jets comme Iseult, Terrenoire, qui sont

public mon premier E.P « Au bord de

lement et j’ai des idées de refrains et

de la chanson et ne prennent pas, ces

la piscine » et je compose pas mal

de textes sur les refrains, mais je n’ai

codes-là existent et sont assez forts.

aussi, continuer dans cette lancée

pas le reste, donc cela reste à l’état de

Il y a une tendance de la chanson ac-

de création.

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DESSOLAS N

w w w. f a c e b o o k . c o m / d e s s o l a s

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ous promène autour de petites histoires banales… Mais pas tant que ça, un questionnement sur la vie, une introspection, une pointe d’humour sur un rythme groove pour ce premier E.P coloré d’une palette d’humeurs.

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LTDP : Qu’est-ce qui t’a donné l’envie d’écrire des

et de l’idée, de savoir commencer avancer sur la

chansons ?

longueur du texte.

Dessolas : Je fais du théâtre. J’ai fait une formation de comédien, en parallèle j’ai toujours fait de la mu-

LTDP : Tu jongles avec les mots et une belle pointe

sique. J’ai commencé à vouloir écrire à l’adolescence

d’humour sarcastique, ce n’est pas s’enfermer dans

en écoutant les chansons de Renaud, je trouvais que

une boîte et de ne plus pouvoir en sortir, d’être ca-

cela me parlait un peu plus que la lecture littéraire.

taloguer chanteur / humoriste ?

J’avais envie de faire pareil tout simplement ; cela me

Dessolas : Justement, je vais sortir un album où il y a

plaisait, il y a de la poésie, ce sont des mots simples

clairement la majorité des chansons qui ne sont pas des

qui nous donnent des images et comme j’avais des his-

chansons humoristiques. Il y a un peu de second degré,

toires à raconter sur des choses qui m’énervaient dans

l’humour me plaît, cela fait partie de ma nature, mais je

le monde ou des relations que

n’ai pas que ça. C’est en fonc-

j’avais avec des gens, je me

tion de mon humeur, j’ai parfois

suis mis à les raconter petit à petit avec des rimes. LTDP : La culture française passe

forcément

par

de

beaux textes ? Dessolas : Pas forcément, je

«Il s’est passé une chose dans ma vie et j’ai besoin de l’exprimer...»

envie de rigoler et je fais des textes plutôt légers et des fois pas du tout. Il s’est passé une chose dans ma vie et j’ai besoin de l’exprimer, j’ai envie de faire des chansons qui correspondent à ce que je vis sur le moment.

pense qu’il y a de tout. On ne bafoue pas la culture française en faisant des chansons légères ou le texte n’est pas pri-

LTDP : La covid, toute cette folie donnera naissance à

mordial. Pour moi, il faut que cela existe, je suis content

un titre ou plusieurs, on peut en faire une chanson ?

quand j’entends que ça chante en français. J’anime des

Dessolas : J’essaie d’éviter d’en parler. Je pourrais le

ateliers d’écriture dans les écoles, il y a très peu d’ado-

faire par opportunisme, mais pas du tout. C’est aussi du

lescents qui avouent écouter des chansons en français

marketing pour certains de le faire, je ne me jetterai pas

hormis la musique rap, ils écoutent des morceaux plus

dessus # Covid, c’est je pense une façon de se noyer

en anglais, c’est plus cool pour eux. Je trouve très bien

dedans, si cela ne m’inspire pas, je n’écris pas.

que les artistes qui font de la musique moderne, peu importe le style, l’urban pop ou l’électro, chantent en

LTDP : J’ai lu sur ton site une phrase « des

français quel que soit la qualité du texte. Après je n’aime

textes envoyés avec l’énergie de l’espoir » tu peux

pas les fautes de français, ça par contre non !

développer ? Dessolas : C’est la base de mon inspiration d’écriture.

LTDP : Les mots sont tournés, mélangés, le diction-

J’aspire à ce projet qu’il se développe, je suis un projet

naire est devenu un ami ?

en développement depuis dix ans. Ce qui me donne en-

Dessolas : Je ne cherche pas trop des rimes dedans, mais

vie d’écrire c’est toujours ce petit espoir, il y a un projet,

pour la définition de certains mots pour savoir exactement

un album en préparation, une date de concert, on attend

ce que je voulais dire, on a une image d’un mot un peu

quelque chose de moi, un programmateur qui me retient,

galvaudé dans son sens actuel, alors oui je vais vérifier.

c’est ce « plus » qui me donne l’énergie de l’espoir. C’est vraiment l’espoir qui me fait écrire des chansons.

LTDP : Tes chansons, ce sont tes observations, tu t’assois dans un café et tu observes le monde,

LTDP : Ton idole-artiste français, celle que tu aime-

les gens ou non, tu te lèves un matin et tu as une

rais chanter ?

chanson ?

Dessolas : J’ai plusieurs idoles pour chaque parties, A.

Dessolas : Il me faut du vécu pour pouvoir écrire. Je peux

Souchon pour le texte, Renaud sur la profondeur de son

être dans l’observation, j’écris un petit peu dans le train,

interprétation, J. Higelin pour la scène et pour la mu-

mais je ne suis pas très à l’aise du regard des autres. Il

sique, l’énergie et la manière rythmique de poser le texte

y a des phrases que j’entends, les gens ont parfois des

sur un groove, c’est Shurik’n du groupe IAM et Mc Solar.

punchlines impressionnantes, j’enregistre ou je les note

Ce sont les piliers sur lesquels je me suis appuyé et qui

sur mon téléphone et je redéveloppe les textes chez moi,

m’ont donné envie d’écrire des chansons. Mais pour une

isolé, je reviens dessus, il me faut du temps.

reprise, je ferais une chanson du groupe IAM.

LTDP : Tu as un mode opératoire pour écrire ?

LTDP : Les projets ?

Dessolas : Je veux raconter quelque chose. Je com-

Dessolas : J’ai enregistré un album que l’on souhaite sor-

mence à écrire, je prends ma guitare, je commence à

tir au printemps 2022, plusieurs clips sont prévus et des

chercher 2/3 accords pour avoir la rythmique du texte

concerts aussi, si on n’est pas trop freiné par la Covid.

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BATLIK w w w. a b r u l e p o u r p o i n t . c o m

«Quand je finis un disque, j’en fais un autre» Une renaissance, l’écriture avec un grand E, l’artiste est patient et réfléchi sur ses mots et leurs sens, des thèmes abordés sans détour et une franchise désarmante, une véritable indépendance artistique.

LTDP : L’arrivée de l’écriture dans ta vie ?

B

Pendant très longtemps je me faisais à l’idée de cette gêne, je

atlik : À la rencontre de mon épouse, c’est vraiment elle qui

n’étais pas très à l’aise avec certains textes, mais je ne trou-

m’a fait entrer dans l’écriture, réfléchir sur les mots, quels

vais pas cela très grave. À un moment je me suis dit que cela

mots, pourquoi utiliser tel mot et son rapport avec les textes.

n’était plus possible, il fallait que je n‘éprouve aucune honte à

Pendant très longtemps je n’écrivais pas, je discourais, j’avais envie

le dire et que j’assume complétement, et pour moi c’est assez

de dire des choses, des avis à donner, je pensais que c’était impor-

compliqué.

tant que les gens comprennent mon avis, cela donnait des textes assez médiocres, je me suis donc mis à travailler l’écriture avec la

LTDP : Guitare voix, est-ce un combat difficile à mener pour

rencontre de mon épouse juste avant l’album – Le poids du superflus -

se faire entendre ? Batlik : J’écris en guitare voix. Pendant longtemps j’avais des

LTDP : Comment se passe la phase de l’écriture, tu peux écrire

textes engagés à l’époque où je discourais, je trouvais que

des bouts de phrase, des mots et tu reviens plus tard dessus ?

c’était des mauvais textes, ce n’était pas vraiment de l’écri-

Batlik : Non, quand je me mets à écrire un album je passe en phase

ture, mais du discours. Il y a vraiment un fossé entre un texte

d’écriture, je ne fais rien d’autres que ça en ce qui concerne la mu-

d’écriture pure et un texte de discours et ces textes-là en l’oc-

sique et je me concentre sur l’écriture. Cela me demande des efforts,

currence. J’avais plus l’impression de donner mon avis, de ma

c’est un travail compliqué, je m’y attèle souvent, je pars un petit peu

personne, ce n’était pas vraiment compliqué pour les autres, en-

au calme car je peux être un peu à fleur de peau pendant cette phase.

tendu ou pas je m’en fichais un peu, je n’accordais pas vraiment

Quand je m’y colle, je m’y colle pour de bon.

une grande importance à ces choses-là. Mes textes d’avant correspondaient plus à un discours politique, cela n’était pas

LTDP : À quel moment tu décides qu’un texte est définitif et

très original, aujourd’hui, j’écris des choses moins engagées, je

prêt ?

ne suis plus dans cette interprétation-là du texte, je suis davan-

Batlik : Quand il n’y a plus aucun mot qui me gêne ou me mette dans

tage confronté à l’écriture avec un grand « E » et pas dans un

l’embarras, quand j’imagine le chanter ou le dire devant quelqu’un.

discours avec un petit « d ».

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©Pierrick Guidou

LTDP : Comment travaille-t-on sur un album basé sur l’œuvre

thème, plus le texte va être pudique, moins tu vas avoir du thème.

d’un autre, est-ce que ce sont nos mots ou ceux de l’artiste que

Un texte pudique c’est un texte qui ne va pas montrer son thème.

l’on détourne (l’art de la défaite Emile Cioran) ?

Globalement je me suis aperçu que quand tu croyais écrire sur un

Batlik : Dans le dernier album, j’ai fait au plus simple. Emile Cioran

thème précis, il y a beaucoup de gens qui comprennent autrement et

est un philosophe qui a fait énormément d’aphorismes, ces textes

inversement.

sont très courts ils font trois lignes, (sans parler de ces recueils). J’ai fait 10 chansons qui avaient avoir avec dix de ces aphorismes,

LTDP : Ton idole-artiste français ? Celle que tu aimerais chanter ?

c’est-à-dire avec dix phrases qu’il a écrites. Ce que j’aime dans les

Batlik : Je crois que je n’en fais qu’une, je crois que si je devais

aphorismes c’est effectivement écrit, mais c’est aussi comme une

reprendre un chanteur, je reprendrais un artiste que je n’aime pas du

pensée, c’est très verbalisé.

tout. C’est plus facile pour moi de dire, je n’aime pas cette chanson, voilà comment je l’aurais faite, alors qu’une chanson que tu as

LTDP : Ce qu’on vient de subir avec les confinements, couvre-

vraiment aimer je ne vais pas m’y aventurer, c’est bien comme cela.

feux, toute cette folie, ça deviendra un texte avec les mots du

Souvent les chansons que l’on aime bien on a l’impression qu’elles

moment ?

nous parlent tout de suite, qu’on les connaissait avant de les rencon-

Batlik : J’essaie de ne pas faire de textes autour de l’actualité, c’est

trer, j’aurais du mal à les faire.

une règle que je me suis donné, mais on peut en faire une chanson, LTDP : Les projets ?

on peut faire une bonne chanson sur n’importe quel sujet.

Batlik : Quand je finis un disque, j’en fais un autre. Je suis à l’écriture LTDP : Tu as une limite des mots, des thèmes que tu ne veux pas

du prochain, la tournée se finit début avril et je repars sur le prochain

aborder ?

disque, le temps de l’écrire, de l’enregistrer et de le produire.

Batlik : Quand on a un thème que l‘on n’ose pas aborder en chanson, on le contourne, on détourne l’écriture, mais on écrit quand même là-dessus, il y a toujours un moyen. Si on a une pudeur sur un

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Albums Cd

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«Écrire des textes, je le fais pour moi dans un premier temps»

LES TIT’S NASSELS www.lestitnassels.com

(c )Michel Letant

Le groupe a mûri tout en gardant leur côté jeune dans leur tête. Un sens de l’émotion, des textes vindicatifs et totalement en adéquation avec l’air du temps pour faire passer un message, quitte à taper là où ça fait mal, mais toujours avec le sourire et le tempo entraînant.

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LTDP : La première rencontre avec les mots, les premiers écrits qui ont donné

chose. Je vais reprendre mes habitudes d’écriture, cela fait partie de mon bien être

une chanson c’est parti d’où ? Les tit’s Nassels : J’étais dans un groupe de

personnel.

chansons rock plutôt langue anglaise. J’ai découvert la chanson française avec des

LTDP : Toute cette folie de la Covid que l’on vit deviendra un morceau, on peut

vous disiez hier n’est pas forcément ce que vous pensez aujourd’hui ?

artistes comme Kent, J. Brel, Mano Solo, Renaud j’avais 19/20 ans et j’ai eu envie

en faire une chanson ? Les tit’s Nassels : Ça a été fait et puis ce

Les tit’s Nassels : Forcément, nous avons vieillit, on a grandi, j’espère que l’on a mûrit

d’écrire en français, et mon premier texte

sera fait encore un paquet de fois ou alors

aussi tout en gardant notre côté jeune dans

qui était plutôt maladroit dans l’écriture s’intitulait « le plus bel âge » .

l’aborder sous un angle différent, mais je n’ai pas forcément envie de reparler de ça

la tête. De temps en temps, il m’arrive de retomber sur une vieille chanson de début

LTDP : Des textes, des idées très sé-

maintenant. On a encore le temps, j’ai envie de choses qui me touchent, m’interpellent,

des années 2000, même si j’ai de la tendresse à la relire je me dis que j’aurais pu

rieuses avec une certaine légèreté. C’est la bonne recette pour faire passer des

de rencontres, de coups de gueule. Pour l’instant nous venons de sortir un double al-

l’écrire autrement, il y a des choses maladroites… Que ce soit musicalement ou dans

messages ? Les tit’s Nassels : Je ne sais pas si c’est la

bum, il faut trouver de la ressource.

l’écriture on trouve, heureusement, que l’on a progressé et que l’on arrive à l’essentiel

bonne recette, mais notre recette à nous. Il peut y avoir des textes vindicatifs pour faire

LTDP : La famille, la citoyenneté, la colère, les sentiments, l’amour, c’est épui-

plus rapidement et surtout aux niveaux des images, des métaphores. Il y a une sorte

passer un message, des textes très lourds, très durs, cela peut être sur le ton de l‘hu-

sant toutes ces observations de la vie pour écrire ?

d’habitude dans l’écriture, les choses nous paraissent beaucoup plus simples à 40 ans

mour. Je ne pense pas qu’il y est qu’une seule recette, chacun a sa façon d’écrire, on

Les tit’s Nassels : Épuisant non, j’ai besoin d’en parler, après c’est à ma façon. Qui

qu’à 20 ans.

peut surprendre à écrire différemment sur un sujet.

m’aime me suive, qui m’aime m’écoute. Écrire des textes, je le fais pour moi dans

LTDP : Ton idole-artiste français, celle que tu aimerais chanter ?

LTDP : Est-ce que vous écrivez en bi-

un premier temps, je les mets en musique et les chante sur scène, l’aboutissement c’est

Les tit’s Nassels : Oui, on l’a déjà fait sur un album en 2008. Nous avions repris «chan-

quand les gens aiment la chanson.

son cri» une chanson de G. Moustaky, et que nous avions faite sur scène aussi. C’est la seule reprise que nous avons fait. Aujourd’hui si je devais en refaire une en la réarrangeant, je dirai une chanson que j’aime beaucoup : «Sur mon épaule» du groupe Les Cowboys fringants.

nôme, chacun a ses idées, on mixe le tout et une chanson arrive ? Les tit’s Nassels : On n’a jamais écrit en binôme une seule fois, on a toujours écrit chacun de notre côté en regardant généralement les textes de l’autre. Mais en général, ça a toujours matché. C’est quelque chose d’assez personnel l’écriture, faire de la musique à plusieurs c’est assez cohérent, mais pour les textes chacun à sa propre façon d’écrire, on a toujours fonctionné comme ça. Nous ne sommes pas fermés à cela, on essayera un jour, mais pour l’instant ça nous va bien. LTDP : Tu as l’écriture facile ou tu travailles énormément avec bouquins, références etc… ? Les tit’s Nassels : J’écris, j’écris, je jette beaucoup, je suis quelqu’un qui a besoin d’écrire, c’est une forme d’exutoire, même pendant les tournées on continue à composer. Là, depuis un an et demi avec cette période difficile, cela ne m’a pas vraiment aidé dans ce sens. Il nous est arrivé bien moins de choses ces derniers temps. Nous avons l’habitude de voir du monde, de rencontrer des gens tout le long de l’année, de voir de nouvelles villes, nous n’avons pas eu tout ça pendant un an et demie, et mise à part cette pandémie, il ne nous est pas arrivé grand-

tiel est résumé dans le refrain, mais ce n’est malheureusement pas toujours comme ça. LTPD : Avec l’expérience de la vie, ce que

LTDP : Vous avez des mots, des phrases déjà prêtes que vous mettez souvent dans vos chansons ? Les tit’s Nassels : J’ai plusieurs façons, soit j’ai une phrase qui est un déclic et le reste va découler tout seul, soit j’ai un thème très précis que je veux aborder. C’est plus difficile de parler d’un thème, on se met un challenge, c’est plus long si on veut aller jusqu’au bout. J’ai quelques phrases de noté que j’aime beaucoup, en me disant que je pourrais en placer une, un jour, dans une chanson. LTDP : 20 ans de textes, de figures de styles, comment fais-tu pour raccourcir des sujets sérieux et toucher au but ? Les tit’s Nassels : Ce n’est pas évident sur les sujets sérieux. Je suis concis maintenant, mais j’avais tendance à vouloir trop m’étaler, à avoir deux couplets de trop, il n’y a rien de plus fatiguant qu’une chanson trop longue. Parfois il faut tout reprendre du début car c’est impossible de couper tout un couplet, il y a une phrase qui est importante et il faut ré agencer ce n’est pas évident. C’est mieux quand tout ça coule tout seul, avoir tout dit en 3/4 couplets et que l’essen-

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LTDP : Est-ce que tu es choqué par les textes de certains rappeurs ? Les tit’s Nassels : Cela dépend de quels rappeurs on parle. Si on parle de ceux qui passent sur les grosses ondes, non, pas du tout. Mais pour d’autres par contre, oui. Je viens de voir le documentaire sur Orelsan et d’écouter le dernier album, oui ça me parle, c’est un tout autre style d’écriture, ce n’est pas la même manière que de construire les mots. Je ne pense pas pouvoir faire quelque chose comme cela, ses punchlines qui parlent, il y a des choses magnifiques, d’autres touchantes, c’est un style que j’apprécie beaucoup. LTDP : Les projets ? Les tit’s Nassels : Une petite pause jusqu’à mars, on espère pouvoir reprendre notre tournée en février jusqu’à la fin de l’été, et il y a le second volet du double album qui sortira fin janvier 2022.


LUPO www.facebook.com/lupolegroupe

E

n seulement deux titres, Lupo nous a aspiré dans son monde de la chan-

son-rap et de la musique électronique. Un projet assez sombre fait de douce violence aux textes métaphoriques et percutants qui viennent comme des images et emmènent

(c )Claire Huteau

le groupe vers de nouveaux horizons.

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(c )Claire Huteau

«Je reste attaché à ce que la musique me fait ressentir»

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LTDP : Comment est arrivée l’écriture dans ta vie ? Lupo : J’étais au lycée. C’est arrivé de façon assez naturelle. J’ai l’impression que cela a toujours été en moi d’inventer des phrases qui me passaient par la tête. Inventer des histoires, je crois que c’est mon truc. Sans formation musicale, je me suis pris de passion à vouloir chanter et vouloir en faire de la musique, et de façon autodidacte, je me suis mis à la guitare avec 2/3 accords et posé mes premiers textes en musique. LTDP : On sent de la colère dans tes mots, quels sont les thèmes ? Lupo : Il y a plusieurs thèmes, j’ai une écriture assez personnelle. Je m’inspire de ce que j’ai pu vivre dans le passé et de ce que je vis au jour le jour. Je suis comme beaucoup de gens, traversé par des questions existentielles : pourquoi nous sommes là, qu’est-ce que l’on fait là ? C’est à travers la musique que j’essaye de transformer ces angoisses ou ces noirceurs et d’en faire quelque chose de positif à travers la musique. J’ai une écriture très spontanée, je ne me pose jamais en disant je vais écrire une chanson sur ce thème-là aujourd’hui. C’est plutôt des phrases qui me viennent comme des images, j’ai l’écriture assez « imagine », métaphorique, c’est quasiment de l‘écriture automatique, il y a des phrases que j’aime et je les place dans un contexte visuel pour moi. LTDP : La souffrance et les émotions sont une marche vers les textes forts ? Lupo : Cela dépend des personnes. Il y a beaucoup de gens qui sont attirés par les chansons quand elles sont tristes ou mélancoliques. La musique est plus forte quand elle est mineure et qu’elle traîne avec elle de la profondeur dans les émotions que chacun peut ressentir. Je reste attaché à ce que la musique me fait ressentir et c’est pour cela que l’on va dans des sujets qui sont un peu profonds, assez noirs, on ne fait pas que des chansons tristes non plus, il y a quand même dans ce projet une tonalité assez sombre. LTDP : À la première écoute on sent que tu as (une douce violence) des mots en violence mais tout doux, c’est voulu ? Lupo : La vie est violente. Je pense que l’on en transporte un peu avec nous, avec ce que chacun peut traverser individuellement. Il y a toujours eu de la violence en moi, j’aime bien la mettre

au service des autres et de faire l’effort de la traduire en musique. C’est, je pense, déjà l’adoucir puisque au final on l’emmène vers quelque chose d’artistique plutôt que d’avoir des actes violents. De la douceur j’en ai aussi, on essaye en évoluant d’aller de plus en plus vers la douceur et d’abandonner cette violence, on mûrit, notre vie évolue et change... LTDP : Est-ce que tu pourrais chanter tes mots sur une musique d’un autre style en gardant la force de tes mots ? Lupo : Oui, c’est l’exercice que je suis en train de faire. Je viens d’arrêter très récemment mon premier groupe - Label bleu – une esthétique différente, un groupe de chansons françaises, chansons rock qui a duré 17 ans. Lupo, c’est la volonté d’emmener cette thématique et mon écriture dans un autre cocon qui est plus la musique électronique que je découvre tous les jours et pas du tout l’univers d’où je viens. Je suis plutôt guitare / basse / batterie ; là, découvrir la musique électronique et l’utiliser moi-même, ça ouvre de nouvelles portes. C’est sans limite, un peu, dans les textures de sons et tout ce que l’on peut composer, que l’on ne serait pas capable de jouer avec un instrument et que l’on compose sur son ordinateur. Cela permet d’emmener ses chansons ailleurs et de composer d’une façon très différente, et ça me plaît beaucoup. LTDP : Tu oses une musique plus moderne à l’anglo-saxonne avec des mots en français. Lupo : Je ne suis pas tout seul, cela vient d’une rencontre le fait qu’on l’emmène dans des paysages plus électro. C’est la rencontre avec Nico, qui était batteur dans mon précèdent groupe. Nous voulions tous les deux quelque chose de nouveau et nous avons trouvé Fabien qui vient de la musique électronique. Il était intéressant de confronter nos univers, de jouer sur la dualité entre la chanson et les ambiances plus électro, nous sommes dans l’exploration, c’est de la chanson que l’on emmène dans ces nouveaux horizons. LTDP : Lupo - c’est ce qui te définit toi artistiquement ou un ensemble ? Lupo : Je le vois comme un groupe, même, si à la base, c’est ma volonté de créer un nouveau projet. On travaille tous les trois, que ce soit dans la composition et dans le développement du projet, c’est un projet commun, c’est un

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travail collectif, je n’aurais pas pu me le faire tout seul, je débutais trop dans la composition électro. LTDP : Un morceau démarre comment ? Lupo : Avec le confinement, chacun chez soi. C’est beaucoup de partage, on s’envoyait à longueur de journée des idées sur un couplet, des sons, des parties de batterie, on faisait pas mal d’aller-retour. Je n’avais jamais composé comme cela, un peu à distance, en construisant petit à petit les morceaux. J’écris un texte pas forcément fini que j’enregistre à la voix, je l’envoie sur une ligne de basse ou des lignes de synthé assez fin en essayant de donner une direction générale de l’ambiance du morceau et les gars reconstruisent derrière. Nico refait une batterie intégralement et Fabien fait les lignes de basse et ce qu’il y a autour, l’origine des morceaux part du texte et d’une mélodie basique. LTDP : Beaucoup d’artistes, dans leur écriture plus classique, trouve que les mots du monde hip hop sont travaillés différemment. Vous, vous cassez les codes, est-ce ton cas ? Lupo : Il n’y pas vraiment de règles en écriture. Ça a toujours existé les artistes qui cassent les codes. À chaque époque il y a eu des artistes pour casser les codes. Dans la musique rap c’est plus cette volonté de la sonorité des mots, qu’ils rebondissent bien entre eux, s’amuser à créer des rimes qui n’en sont pas à la base et une façon de prononcer des strophes. En écriture, on peut toujours réinventer des techniques et des façons de chanter aussi. La musique rap amène une liberté, on peut caler beaucoup de textes et de mots, on peut s’amuser à les mettre dans tous les sens, c’est la beauté de la langue française de réinventer à chaque fois. LTDP : L’artiste français que tu aimerais chanter ? Lupo : J’aimerais reprendre A.Bashung, c’est toujours dur de s’attaquer à quelqu’un que l’on aime. J’aimerais aussi reprendre une chanson anglophone et la traduire en français. LTDP : Les projets ? Lupo : De développer le groupe et aussi bien s’entourer, c’est important. Lupo est très récent, on travaille sur un album et nous souhaitons le sortir pour l’automne prochain avec une quinzaine de titres et des résidences pour créer le futur spectacle et de futurs concerts.


LTDP : Est-ce que ta rencontre

LTDP : La langue française est

LTDP : Tu as une inspiration

avec les mots est littéraire ? Greg : Pas forcément, c’est arri-

parfois à double sens, tu retravailles beaucoup tes textes ?

d’autres artistes engagés pour tes mots ?

vé par le biais de la musique. Le fait de monter mon premier groupe

Greg : Oui, surtout sur ces dernières années où avec le groupe on a vrai-

Greg : J’ai toujours écouté les grand frères de ces groupes français, je

vers 17/18 ans, je me suis mis au chant naturellement et finalement à

ment retravailler. On arrive avec douze nouvelles compositions et on

parle des No one is Innocent, Mass Hysteria, je trouve leurs textes très

écrire. Je n’ai pas écrit des poèmes quand j’étais jeune (rire), c’est vrai-

vient de sortir un nouvel EP de cinq titres. Sur les textes, j’y passe du

bien travaillés. Cela reste une inspiration pour pouvoir travailler des

ment par la musique que j’ai commencé à écrire des textes.

temps, j’essaye de bien les retravailler. Pour certains c’est assez fluide,

textes, comprendre certains mécanismes pour que cela soit intel-

LTDP : Tes mots partent d’une

dès que la première phrase est lancée ça s’enchaîne et je ne vais pas

ligible pour le public et en même temps en écoutant des groupes

colère ? Greg : Oui, c’est souvent une co-

y passer trop de temps ; et d’autres qui méritent de jouer avec les mots,

comme ça, cela te pousse aussi à augmenter ton niveau d’écriture.

lère de sentiments, de choses personnelles et de constats de socié-

de faire des métaphores pour que le message soit encore plus simple

En règle générale en France, on a des supers groupes de rock, j’aime

té, d’urgence et d’environnement. C’est cette colère dont je parle

à comprendre, tout en ayant le jeu de la langue et du double sens.

aussi des artistes de musique plus calme comme Miosec, ça me parle,

dans mes textes.

je trouve les textes magnifiques. LTDP : Toucher plus de gens peut

LTDP : Tu chantes toujours en français pourquoi, c’est défendre

parfois toucher à la politique en chanson ?

LTDP : Quel est le message du dernier EP ?

davantage tes positions ? Greg : Oui, le fait de le faire en

Greg : Oui, nous avons toujours eu cet engagement écologique depuis

Greg : Il est varié. Sur cinq titres il y en a un qui parle de l’environnement

français c’est une meilleure com-

toujours. Pour le côté politique, je

et de la surconsommation, c’est

préhension pour le public. Quand tu le joues en live, c’est beaucoup plus direct et j’aime bien ce côté-là, que les gens comprennent bien ce que je leur explique.

suis plus sur des faits de sociétés que vraiment de la politique à proprement dit. Cela reste personnel, il y a tellement d’actualités, on en prend tellement plein la tête tous les jours qu’il faut garder le côté rageur sans en faire un rapport d’actualités pour les gens qui viennent te voir en concert. C’est le piège dans lequel on ne veut pas tomber.

toujours d’actualité, nous sommes loin d’avoir compris qu’il fallait freiner un peu par rapport à tout cela. Il y a des choses qui ne fonctionnent pas. Un autre titre parle du respect des gens, cela peut paraître un peu naïf, mais je trouve cela très important, c’est quand même une belle valeur notamment dans les textes... Il y a aussi un titre sur le rapport au temps qui m’intéresse beaucoup, on peut en parler dans les textes et de différentes manières.

LTDP : L’environnement, la planète, le contexte social, le respect, tu es assez diversifié sur les plans des textes, tu ne te sens pas enfermé dans tes textes, tu pourrais chanter autre chose, des histoires de tous les jours, l’amour ? Greg : Complétement, c’est le cas sur d’autres textes que l’on n’a pas forcément enregistré. Il y a des textes qui concernent la paternité par exemple. Je ne vois pas de barrière de parler de beaux textes sur l’amour et ce n’est pas forcément d’en faire une balade, cela peut être un morceau très pêchu au contraire, faire un texte sur l’amour ce n’est pas paradoxal pour moi.

© Hell Yoh

LTDP : Est-ce qu’un groupe qui chante en français rame un peu plus qu’à chanter en anglais ? Greg : On ne sait jamais trop poser la question, car on ne voulait pas forcément s’exporter. Nous voulions d’abord toucher le public français, je pense que la langue n’est pas forcément une barrière, on écoute beaucoup de groupes anglophones et quand un groupe me plaît et que je ne comprends pas certaines phrases, je vais avoir tendance à traduire pour comprendre leurs textes. Pour un groupe français, je ne vois pas forcément comme un frein le fait de jouer à l’étranger, ça a quand même du sens de pouvoir chanter en français. Pour avoir voyagé hors cadre musical, le public a toujours eu un accueil sympathique vis à vis des groupes français.

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LTDP : Ton idole- artiste français ? Celle que tu aimerais chanter ? Greg : Je trouve très puissant le morceau« L’enfer des dieux » de Mass Hyteria, c’est un super morceau qui m’a touché. LTDP : Les projets ? Greg : Le troisième clip est fini de tourner. Pour 2022, Nous répétons pour mettre en place notre nouveau set pour faire en 2023 un max de concerts.


«Nous avons toujours eu cet engagement écologique»

MASTA

www.facebook.com/mastakillofficiel

«M18 - 1663TPX» le nouvel E.P du groupe Masta, engagé depuis toujours sur l’écologie, le groupe parle de l’environnement et de la surconsommation tout en ayant l’art du double sens. Jetez une oreille, c’est de la pure adrénaline ! LTDPmagazine


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«Il me faut du temps pour me plonger dans une atmosphère particulière»

KIJOTÉ © Yahnn Owen

www.facebook.com/kijotechansons

L’album « Ombre et lumière », des chansons sur la place de l’individu dans la société, des chansons porteuses d’espoirs ou des histoires d’amour, construites en aller-retour entre la musique et les textes. Kijoté nous imprègne des changements de sa vie sur des ambiances de musique teintées de swing manouche et de flamenco. LTDPmagazine


LTDP : Comment est arrivée l’écriture dans ta vie ? Kijoté : Assez tôt, à l’adolescence, quand j’ai appris à maîtriser la guitare. Je me suis mis très vite à écrire. J’étais jeune, les textes valaient ce qu’ils valaient. J’ai toujours été lecteur, est-ce cela qui m’a transmis l’envie d’écrire ? Peut-être, mais j’ai toujours été sensible au sens, à l’importance des mots et de les transmettre. Les paroles dans la musique sont très importantes pour moi, le message… LTDP : Une chanson démarre comment ? Tu écris des bouts de phrases, des mots qui arrivent et tu reviens dessus plus tard ? Kijoté : Cela vient toujours un peu de la musique, je vais avoir un début de riff et une idée à aborder. Il y a peut-être un ou deux mots ou bien une phrase que j’entends en jouant, et c’est à partir de ce moment-là que je vais creuser mon histoire. Cela peut prendre énormément de temps, même si l’idée est là. Je peux être prêt ou la laisser mûrir de côté. Il me faut du temps devant moi, je n’aime pas être pressé quand j’écris et que je suis à la genèse d’un morceau. Il me faut du temps pour me plonger dans une atmosphère particulière, l’écriture et le rapport à soi est une quête intérieure presque métaphysique, philosophique, cela nécessite un peu d’abstraction et d’isolement. LTDP : Tu mets des mots sur la musique ou l’inverse ? Kijoté : Je ne suis ni purement musicien ni purement poète. Je suis chansonnier, ma chanson se construit en aller-retour entre la musique et le texte. LTDP : Tu as un seul thème d’écriture ou plusieurs ? Kijoté : Il y a plusieurs thèmes qui arrivent. C’est souvent la place de l’individu dans la société, les histoires d’amour. Il y a tellement de questions sur ce qu’est l’amour, de ce que cela produit chez nous, il n’y a pas plus grand bouleversement qu’un amour qui commence ou qui finit. J’ai un questionnement sur les thèmes que j’aborde, j’ai envie d’aborder des choses nouvelles, porteuses d’espoir et qui touchent les gens autrement. Pour les prochains morceaux, il va y a voir des choses qui vont parler du besoin d’unité dans un moment où il y a beaucoup de ruptures, de conflits entre les gens, l’appel à se retrouver. Il y a aussi une chanson qui parlera du pouvoir de communier avec la nature et du retour à l’animalité aussi. Les gens sont un peu trop civilisés, il est important qu’ils reviennent à un état plus sauvage. LTDP : Les titres se suivent sur ton album ? Kijoté : Non, non, ce n’est pas un album concept. C’est un titre, une histoire, ce n’est pas calculé comme le ferait un roman par exemple, il y a un fil rouge, un album correspond à une époque de la vie de l’artiste. LTDP : On identifie ta musique, tes textes à d’autres, c’est difficile d’imposer son identité et ces mots en France ? Kijoté : Il faut, je pense, faire preuve d’un peu d’humilité. Quand on est musicien, ce n’est pas sûr de pouvoir inventer quelque chose, on se nourrit de l’œuvre d’artistes qui ont existé avant nous et on mélange ces influences pour faire notre propre son. J’estime faire vraiment ce qu’il me plaît. Je suis sur deux cultures, la culture française avec ces influences jazz et musette, et hispanique très latine. Chez les gens cela fait écho à quelque chose, cela ne me dérange pas, quand on me cite J.Brel , G. Brassens ou Manu Solo, c’est normal, je ne pense pas que les gens soient dans l’er-

reur. J’y ai pris des choses, ce sont des influences majeures pour moi, les gens sont conscients que c’est différent, c’est un héritage. LTDP : Est-ce qu’il y a plusieurs façons d‘écrire d‘après toi (référence au rap), c’est un tout autre style d’écriture, ce n’est pas la même manière de construire les mots ? Kijoté : Oui c’est vrai, j’écoute beaucoup de musiques différentes dont la musique rap. Il y a quelque chose qui m’intrigue dans la façon d’aborder la langue française, c’est une façon d’écrire assez libre et jouer beaucoup plus avec le rythme, et les rappeurs vont beaucoup jouer avec. Exemple: notre construction classique, c’est quatre vers en alexandrin et eux vont casser ces codes. Comme pour les rimes, on connaît de tradition française de nos rimes, les riches ou les rimes suffisantes, les rappeurs vont jouer plus sur les sonorités, pas forcément des rimes classiques, mais il y aura des sons répétés qui donneront le rythme et l’impression de rimes, alors qu’il n’y en a pas forcément. Je trouve cela très intéressant de le faire, mais je pars plus sur une écriture plus classique, je ne pense pas m’en servir trop, il y a des choses à explorer et à valoriser. LTDP : La Covid, toute cette folie donnera naissance à un titre ? Kijoté : Oui bien sûr. On peut parler de tout dans une chanson. Ma manière de faire serait de ne pas parler directement de la Covid, d’utiliser plutôt ce que cela me fait, me touche. Ces événements, cette crise, amènent les gens à se positionner, on sent beaucoup de frictions entre les gens. Ces événements ont cassé les relations de proximité autours des lieux de rencontres, de rassemblements et une bonne partie de ma vie tourne autour de cela, forcément cela me touche, j’ai ce besoin d’en parler. La thématique de la Covid a déjà été abordée : cette crise, le pass sanitaire, les fermetures, tout grand évènement social appelle les artistes à en parler quel que soit leur position. LTDP : Quel est l’artiste français dont tu aimerais faire la reprise d’une de ces chansons ? Kijoté : Je dirais G.Brassens parce qu’il a fait partie de mon éducation musicale. C’est un artiste que j’ai rencontré très tôt dans ma vie, je l’ai redécouvert à différente période de ma vie : plus petit, pour la découverte de la musique, après quand j’ai commencé la guitare j’y suis revenu à l’adolescence, et après à apprendre à le jouer pour approfondir les choses. C’est un personnage qui n’est jamais très loin, je le joue encore aujourd’hui et je l’ai joué pour le centenaire il n’y a pas longtemps. Et puis il y a Mano Solo c’est venu plus , à l’adolescence, jeune adulte. C’est quelqu’un qui m’a marqué au fer rouge, j’ai une marque indélébile. C’est un écorché vif qui hurle ses émotions et il a quelque chose qui me parle énormément, des couleurs musicales qui se rapprochent du latin. Après, quand je fais une reprise, je vais avoir du mal à me détacher de l’œuvre originale, je vais avoir tendance à le reproduire, je ne colle pas intentionnellement, cela dérive un peu, c’est une façon de transmettre les émotions de la chanson comme je l’ai ressenti. LTDP : Les projets ? Kijoté : Je fais une résidence début janvier avec le violoncelliste qui m’accompagne pour travailler de nouveaux morceaux qui sont quasi prêts. Il y a beaucoup de changements dans ma vie, donc c’est imprégné de ça, c’est un message différent, plus positif, c’est me l’envoyer à moi mais surtout aux gens ; et que les concerts reprennent pour ne pas être dans la situation de l’année dernière.

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@Marylene_Eytier


«Il y a des mots magnifiques à lire, mais pas à mettre en chanson».

DANIEL JEA

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Écoute cet album «En suspens» , tu te reconnais, c’est toi, lui, nous tous, cela ne laisse personne indifférent et ça te met une claque dans la gue…parce que c’est du vrai, c’est du rock et c’est bien fait ! LTDP : Tu as joué avec beaucoup d’artistes (en studio, sur scène), tu t’es inspiré de quelqu’un dans les textes, une approche, tu t’es servi d’un souvenir, de quelque chose, d’un instant ? Daniel J : Par forcément d’un artiste, ma source d’inspiration est mon ressenti personnel des choses, c’est sur mon environnement, ce que je vis. Mon premier album qui a dix ans, j’étais sur des textes poétiques avec un sens très premier degré. Aujourd’hui je suis plus dans l’instantanéité et un peu dans le premier degré en termes de texte. LTDP : L’arrivée de l’écriture, est-elle littéraire ? Daniel J : Pas tant que ça, j’écoute plutôt du rock chanté en anglais que dans d’autres langues, sans dévaloriser les choses. Je suis plus un musicien qu’un auteur. J’ai plus l’impression de mettre des mots sur de la musique qui sonne, plus de la poésie autour de laquelle il y a une architecture musicale. LTDP : C’est plus compliqué d’imposer la langue française dans le rock ? Daniel J : C’est assez subjectif, je ne peux pas dire oui ou non. Pour moi, c’était plutôt compliqué au début car je n’écoutais que des groupes anglais et, dès que j’essayais de mettre des mots français sur de la musique rock, cela ne sonnait pas ou ne ressemblait pas à ce que j’écoutais ou j’entendais avec mes repères. Je n’écris plus en yaourt, j’étais sûrement, à tort, trop gêné de mes critères de musique anglo-saxonne. Je faisais mes compos à la base en yaourt et essayais d’y mettre des mots en français, ça ne marchait plus. C’est un processus que font pas mal d’auteurs-compositeurs, je trouve cela assez compliqué et je ne suis pas sûr que cela soit la meilleure méthode. Donc si je dois faire du yaourt, je le fais avec une phonétique plus française. Avec le temps, j’assume plus le fait de chanter en français, d’entendre des artistes en français. Il y a eu des effets de mode quand on était un groupe français, il fallait chanter en an-

glais ; et après la mode chanter en français, ça va ça vient. LTDP : En 10 ans ton écriture a évolué ? Daniel J : Absolument, je suis plus à l’aise, je suis moins coincé avec moi-même. Je me mettais une énorme pression, surtout avec le premier album, j’avais une exigence de moi plus poétique. LTDP : Une musique peut radicalement changer un texte, l’inverse aussi ? Daniel J : Mes textes n’ont pas vocation à être lu, mais plutôt chanté ou entendu. C’est plus pour porter des idées ou un ressenti, plus qu’un message. Je n’ai pas la prétention d’être porte-parole de quoi que ce soit, c’est plus pour véhiculer un ressenti qui peut être entendu. LTDP : Notre actu c’est du pain béni pour toi côté écriture ? Daniel J : Pour le coup oui. Il y a matière (rire) ! Ça va avec ce que je suis depuis quelques années, c’est d’être dans le moment présent, de parler plus de ce que je vivais, à la fois pour que les choses existent plus rapidement et d’être en phase avec mon ressenti actuel. Avec la pandémie, on n’a pas vécu cette période de la même manière, j‘avais besoin d’en parler, d’exprimer les choses avec ce que l’on vit depuis 2020. LTDP : Comment ça se passe une séance d’écriture, c’est free style, très recherché, tu peux mettre longtemps pour écrire un texte ? Daniel J : C’est un peu des deux. Quand j’ai commencé, je mettais un temps fou à structurer. J’étais moins sûr de moi et beaucoup plus dur. Alors que maintenant, c’est plus free style, je peux écrire des phrases, des petits bouts et je peux les regrouper pour que cela soit cohérent par rapport à la chanson que j’ai en tête. Je m’impose des contraintes de temps pour ne pas m’égarer, je mets moins de temps qu’avant pour écrire, je suis dans un format assez court dans l’écriture.

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LTDP : Tu as dit dans une interview « J’essaye surtout de faire sonner les mots plutôt que d’essayer d’écrire des « poésies » ou autre, tu nous expliques… ? Daniel J : Au départ, j’étais dans la dynamique, dans ma tête, avec un format de poésie avec des strophes, un nombre de pieds etc… Et finalement, ce n’est pas ce qui me plaisait le plus, je n’étais pas vraiment à l’aise et pour les chansons ça ne sonnait pas. Il y a des mots magnifiques à lire, mais pas à mettre en chanson. Ce qui m’importe, c’est de faire sonner ; peu importe la musique, il faut que ça sonne. LTDP : Tu aurais pu chanter l’amour, les petits poneys plutôt que tes engagements dans tes morceaux ? Daniel J : (rire) Pour le premier album (exiler volontaire), il y a certains titres plutôt mélancoliques, il y a certaines chansons où j’aurais du mal à les réinterpréter, je les sentirais moins. On évolue dans la vie, j’étais dans un moule différent. LTDP : Ton idole-artiste français, celle que tu aimerais chanter ? Daniel J : Je reste partager sur cet exercice. Je n’en fais pas beaucoup, mais ce que j’aime bien reprendre c’est plutôt des artistes à contre-pied, sans pour autant être fan du groupe. J’évite le mimétisme. J’avais repris dans un de mes albums, un morceau du groupe « Niagara » ; j’aime bien, sans pour autant être super fan du groupe. J’adore A.Bashung, mais je ne suis pas sûr que j’aurai envie de faire une reprise. Il y a plein de chansons que j’aime bien sans être forcément fan de l‘artiste et ne pas connaître tout son répertoire. De mon point de vue, je trouve plus intéressant de reprendre une chanson d’un artiste d’un style complétement différent. LTDP : Les projets ? Daniel J : Je voudrais sortir un album à l’automne 2022, tourner un nouveau clip, avoir de l’image, un retour sur scène au printemps, on ne sait pas trop ce qu’il va se passer...


«Il y a des expressions que j’utilise tous les jours dans mon parlé»

BOB’S NOT DEAD

bobsnotdead.com

@Denis Charmot

Un punk poète attachant qui chante sur un ton unique tout ce qui pique, sa vie, son entourage, ces petites choses qui agacent, une façon de dire les choses à sa manière, de l’authentique, fait pour interpeller, une critique de notre société avec un humour piquant.

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LTDP : Ta première rencontre avec

LTDP : Tes mots c’est un mélange de

Il n’y a pas d’intérêt. J‘ai fait des chansons

les mots, les premiers qui t’ont bou-

beaucoup de styles, tu es un mix d’Au-

avec des phrases un peu vulgaires ou

leversé et t’ont donné l’envie d’écrire

diard, de parigot, d’argot ?

tournées d’une certaine façon, c’est fait

à ton tour ?

Bob : J’ai écouté pas mal de Renaud, il y

pour que l’on s’y arrête et creuse un peu

Bob : C’est vers 15/16 ans, en écoutant

a beaucoup de vieilles expressions d’ar-

plus, je ne suis pas sûr que cela marche

des vieilles compilations de Renaud qui

got que je trouve bien, tout le monde ne

avec tout le monde. Mais si cela inter-

traînaient. Ça m’a ému, je n‘avais jamais

parle pas comme ça, cela peut paraître

pelle les gens et les fait creuser un peu

écouté quelqu’un qui écrivait comme il

un peu désuet, mais ce sont des choses

le sens de la chanson et ce qui en résulte

parlait. Je me suis dit que si on pouvait

qui me plaisent. Il y a des expressions

je trouve ça bien, c’est gagné.

faire des chansons en écrivant comme

que j’utilise tous les jours dans mon par-

on parle en général, ça peut le faire. Je

lé. Je pourrais travailler plus les textes,

LTDP : L’exercice de la reprise, J. Brel,

me suis lancé et les premiers résultats

j’ai toujours certaines expressions, cer-

P. Perret, Léo Ferret, G. Brassens, ça

n’étaient peut-être pas les meilleurs, j’ai

tains mots qui me plaisent qui sont au

t’intéresserait version Bob ?

fait un paquet de brouillons, mais j’ai

bon endroit et sonnent pas trop mal. Il y

Bob : On me l’a déjà proposé pour un

commencé comme ça. J’ai aussi com-

a aussi la façon de dire les choses, sans

concert qui a été annulé sur le cente-

mencé à écrire en même temps que j’ai

vulgarité, cela marche sur des chansons

naire de G.Brassens, je devais retra-

commencé la guitare.

un peu plus lourdes. J’essaie, à ma fa-

vailler 2/3 titres. Après, ce n’est pas

çon, d’écrire en fonction du sujet, même

mon truc, je n’ai jamais voulu faire de

LTDP : Tes sujets d’écriture c’est quoi ?

si cela reste un peu toujours le même.

reprise, pour le faire il faut vraiment

Bob : C’est beaucoup ce qui m’en-

J‘ai une façon de dire les choses qui est

que cela soit bien fait. Si je devais faire

toure, ce que je vis, ce qu’il se passe

un peu plus raide et de les tourner plus

une reprise d’artistes comme eux, je

autour de moi, je ne suis pas forcé-

facilement pour que cela passe mieux.

ne m’y risquerais pas, c’est d’un très

ment engagé en particulier, mais dès

haut niveau d’écriture, ce sera moins

qu’il y a quelque chose qui me touche

LTDP :

Comment ça se passe une

bien. J’ai fait quelques reprises à mes

un peu trop, j’essaie d’en parler, c’est

séance d’écriture, c’est free style ou

débuts, mais je préfère me contenter

plus un genre de thérapie. Tout ce qui

très recherchée ?

de mes chansons, c’est moi qui les

me pique un peu, ce que l’on peut

Bob : En réécoutant certains mor-

aie écrites, je sais de quoi je veux par-

prendre en pleine face, j’essaie de le

ceaux je me dis que j’ai bien bossé

ler, comment les tourner, comment les

retranscrire en chanson et en général,

(rire), et d’autres avec des sujets plus

chanter, comment les jouer et la façon

quand cela sort rapidement ou que je

lourds que j’ai écrit un peu à l’arrache,

de les interpréter. Ces artistes sont des

suis ému quand je l’écris, c’est que la

une écriture plus légère et percutante

monuments, je préfère éviter.

chanson est assez réussie.

pour le public. J’écris toujours comme

LTDP : Est-ce que les petites histoires

je parle, mais je bosse pour mieux

LTDP : Ton idole-artiste français ? Celle

construire mes textes.

que tu aimerais chanter ?

que tu racontes reviennent, tu les ra-

Bob : Non, cela n’empêche pas qu’un

contes autrement avec le temps qui

LTDP : La violence des mots de cer-

jour je glisserai 2/3 chansons qui me

passe ?

tains rappeurs te choque quand ils

touchent et que j’aime, des chansons

Bob : Oui, il y a des histoires qui peuvent

parlent de sentiments ou de choses de

de Renaud et de Brassens qui me

revenir. Les textes changent forcément,

la vie ?

mettent les larmes aux yeux dès le

je viellis, je ne raconte plus forcément

Bob : Non je ne pense pas, ce n’est pas

début du morceau; mais non, je leur

les mêmes choses quand j’avais 18/20

la violence des mots, elle peut être très

laisse, cela a été fait et très bien fait.

ans. Il y a toujours des sujets récurrents

bien et utilisée pour que cela frappe la

comme l’amour ou les problèmes que l’on

personne qui l’écoute, pour qu’elle en re-

LTDP : Les projets ?

rencontre avec les personnes que l’on

tienne, et le sens de la chanson, et l’im-

Bob : Je suis en pause début mars et je

côtoie. Il y a des mots, des expressions

portance de ce qu’il y a à raconter. C’est

réattaque, si tout va bien, avec une belle

d’argot que je ne connaissais pas, que j’ai

comme tout, et la violence en général, il

saison. J’écris de nouveaux morceaux

entendu d’artistes que j’ai écouté qui me

y a de la violence dans les mots qui ne

pour un prochain album et j’aimerais bien

plaisent, qui reviennent donc au fur et à

servent franchement à rien et est inu-

enregistrer un live pour le sortir en au-

mesure de ce que j’écoute. Ce que je vis

tile, autant ne pas s’en servir si j’ai juste

tomne 2023 et assurer les concerts s’ils

fait aussi évoluer mes chansons.

pour faire une chanson un peu bourrin…

nous laissent bosser correctement (rire) !

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Orelsan

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Les Déferlantes sud de France - 2018

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Ont participé à ce numéro :

Céline M, Thierry C, le bureau de Lilith, Julien B, Anne V, Yann Landry la tête de l’artiste, Lucie Boussereau, Nina Suzette, Bajo El Mar, Ruiz Damien, Sylvie Durand, A brûle pour point, François Bloque, Simon Kessler, Marc Depierre

Photographes : Emmanuel Delpix, Fusina Dominik, Ines Amadei, Pierrick Guidou, Michel Letnant, Claire Huteu, Yahnn Owen, Maryléne Eytier, Denis Charmot, HelL Yoh

www.facebook.com/Latetedanslepublicdusud

pascal@latetedanslepublic.com

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m a g a z i n e

numéro

21

so rtie pro chai ne

w w w. l a t e t e d a n s l e p u b l i c . c o m