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decembre 2014 n°3 LA SITUATION DES COLONIES DE VAUTOURS DANS LES G RANDS C AUSSES Depuis une trentaine d’années, le suivi sur le terrain de ces oiseaux nécrophages est effectué de manière précise. Ce travail d’étude se déroule tout au long de la période de reproduction, jusqu’à l’envol des jeunes (de décembre à juillet). Il est assuré par le personnel de la LPO Grands Causses et du Parc national des Cévennes. Les données récoltées, par le biais de ces études de terrain, permettent de connaître et d’évaluer l’évolution des populations de vautours présentes sur les Grands Causses. LE VAUTOUR FAUVE Depuis plusieurs années, la colonie de vautours fauves progresse de manière régulière dans les Gorges du Tarn, de la Jonte et de la Dourbie. Ainsi, cette colonie compte actuellement 443 couples reproducteurs, qui ont mené 343 jeunes à l’envol en 2014.

LE VAUTOUR MOINE Cette espèce vit en colonies dites « lâches ». C'est-à-dire qu’ils apprécient de se regrouper par noyaux de 3 à 4 couples dans des secteurs favorables tout en restant assez loin les uns des autres. Ce n’est donc pas une espèce grégaire au même titre que le Vautour fauve. Le Vautour moine niche dans les arbres (pins sylvestres principalement), ce qui le rend plus sensible au dérangement. Cette année dans les Grands Causses, 21 couples ont mené 15 jeunes à l’envol.

jeunes gypaètes (Adonis et Jacinthe) sur les Grands Causses. Leurs déplacements sont suivis grâce à des balises GPS dont ils sont équipés. Ils sont consultables sur le site internet de la LPO Grands Causses : http//rapaces.lpo.fr/gypaete-grandscausses/ Durant l’été, Layrou, un jeune gypaète réintroduit en 2013 à Nant (12), a fait l’objet d’un tir de fusil dans le Lot. Récupéré avec beaucoup de chance et

LE VAUTOUR PERCNOPTERE Ce petit vautour migrateur, partage son temps entre l’Europe et l’Afrique subtropicale. Cette espèce éclectique est très exposée aux causes d’intoxication ce qui la rend très vulnérable. Quelques individus reviennent nicher dans les Grands Causses à chaque printemps. Pour 2014, seul 1couple reproducteur a été observé et a produit 1 jeune à l’envol.

De gauche à droite : Vautour Fauve, Moine, Gypaète barbu et Vautour Percnoptère) ©BVCF

LE GYPAETE BARBU Le programme de réintroduction de ce quatrième vautour appelé également « casseur d’os » s’est poursuivi en mai 2014, avec le lâcher de deux

amené chez le vétérinaire à temps, il fut soigné et mis en volière sur le site de Cassagne, le temps de reprendre des forces. Après sa convalescence, il fut relâché pour la seconde fois.

ADONIS, jeune gypaète barbu réintroduit en mai 2014 Raphaël Néouze


P RODUITS VETERINAIRES EUTHANASIQUES : UN DANGER INSOUPÇONNE POUR LES ESPECES NECROPHAGE NOTAMMENT LES VAUTOURS Selon l’adage « Ubi pecora, ibi vultures », là où il ya des troupeaux, il y a des vautours . La présence dans les Grands Causses de ces espèces dépend étroitement de l’activité d’élevage sur ce territoire. Les cadavres de brebis laissés à disposition par les éleveurs sur les placettes d’alimentation constituent leur principale source de nourriture. Les vautours rendent ainsi un service d’équarrisseurs naturels aux éleveurs. Cependant, les vautours et les autres espèces nécrophages (insectes, oiseaux ou mammifères) se trouvent de ce fait confrontés à une menace importante: Les produits vétérinaires euthanasiques sont une menace souvent insoupçonnée par les éleveurs et les vétérinaires. UN IMPACT REEL SUR LES ECOSYSTEMES Il peut arriver qu’un éleveur, avec son vétérinaire, soit amené à euthanasier une bête. Dans la plupart des cas, l’euthanasie est réalisée à l’aide de produits euthanasiques à usage exclusivement vétérinaires. La carcasse de l’animal est ensuite logiquement enlevée par l’équarrissage industriel. Dans le cas où le dépôt pourrait être réalisé sur une placette d’équarrissage naturel, le vétérinaire peut ne pas avoir conscience des risques engendrés sur les écosystèmes et se retrouverait directement (et involontairement) impliqué dans l’intoxication des animaux recycleurs. Même plusieurs heures, parfois quelques jours après la mort de l’animal euthanasié, le cadavre présente encore dans ses tissus, des molécules euthanasiques actives, potentiellement

responsables de l’intoxication de vautours qui viendraient s’alimenter sur la carcasse. C’est pourquoi, avant le choix final du type d’euthanasie mettant fin à la souffrance de l’animal ; le vétérinaire praticien doit prendre en compte la technique la plus pertinente, adaptée et inoffensive pour l’animal afin de ne pas nuire à la faune nécrophage. Cette réflexion préalable permet ainsi d’éviter de se retrouver sous le coup de la loi. Bien que non intentionnel, ce type d’accident peut affecter des espèces protégées.

espèces), l’ingestion des résidus euthanasiques ne provoque pas systématiquement la mort (tout dépend de la dose ingérée par l’oiseau). Par exemple, la présence avérée de T61 dans l’organisme de certains oiseaux, provoque chez ces derniers une prostration, une inactivité de la pupille ou une incoordination des mouvements volontaires, souvent due à une atteinte du système nerveux. Si l’oiseau n’est pas tué par le produit, il peut avoir des troubles qui provoqueront des collisions, des conflits entre congénères, ainsi que des incapacités de vol. DES ALTERNATIVES A L’EUTHANASIE CHIMIQUE EXISTENT Diverses techniques d’euthanasie alternative peuvent êtres employées comme l’électronarcose (exclusivement réservée aux chaînes d’abattoirs).

L’utilisation d’armes à feux est possible mais réservées Vautours fauves se nourrissant sur une carcasse ©Charles Loyes † à des cas particuliers et QUELS SONT LES SYMPTÔMES D’UNE sous contrôle vétérinaire exclusivement ; INTOXICATION AUX RESIDUS (méthode bruyante, souffrances possibles EUTHANASIQUES CHEZ LES VAUTOURS ? de l’animal et technique dangereuse si En France, les vétérinaires disposent au sein ricochet de la balle). de leur arsenal thérapeutique, de trois spécialités vétérinaires euthanasiques: L’utilisation du pistolet d’abattage (BlitzKerner), nommé aussi Matador semble la le T61 ND (Intervet SA), le Dolethal ND plus adaptée pour les petits ruminants (Vétoquinol ND - le plus utilisé) et (ovins, caprins). l’Euthasol ND (TVM SA). L’effet est instantané, la détonation est discrète, peu de sang est produit et… il n’y a A forte dose, ces anesthésiques généraux aucun danger d’intoxication pour les provoquent la mort par arrêt respiratoire. nécrophages. Sur les vautours (comme sur les autres


QUE FAIRE DU CADAVRE D’UN ANIMAL EUTHANASIE CHIMIQUEMENT ? Les vautours et autres espèces nécrophages qui s’alimentent sur les placettes, doivent pouvoir le faire sans risque d’intoxication. Ainsi, une bête euthanasiée chimiquement est interdite sur une placette d’alimentation et l’accès à la dépouille doit être

inaccessible. Il convient alors de faire venir l’équarrisseur industriel. En attendant l’enlèvement du cadavre, une bâche peut le recouvrir et l’installation d’une clôture électrique peut tenir à distance les charognards domestiques (chiens de ferme) ou sauvages (vautours, milans).

LES PLACETTES D ’ ALIMENTATION SUR LES GRANDS C AUSSES DANS LE CADRE DE LA GESTION « VAUTOURS - ELEVAGE » Pour plusieurs raisons, les éleveurs sont confrontés aujourd’hui à de nombreuses difficultés ; trésorerie réduite, endettement, crises sanitaires, mises aux normes... Dans ce contexte, la présence des rapaces nécrophages tels que les vautours peut être perçue comme agressive et exacerber ou générer des peurs, sources d’incompréhensions et de tensions. En 2010, un comité interdépartemental « Vautours-Elevage » a été créé par les représentants des éleveurs et des gestionnaires des vautours pour les départements de la Lozère, de l’Aveyron, du Gard, de l’Hérault, du Tarn et de l’Ardèche. Désormais sous la gouvernance du Préfet de la Lozère, ce comité est chargé d’évaluer les interactions entre vautours et élevages, de valider et faire respecter les procédures de constat et d’expertise, d’assurer la maîtrise de la ressource alimentaire des vautours grâce aux placettes et enfin de clarifier et d’étendre la communication sur ces sujets afin que cette cohabitation positive perdure sur le territoire des Grands Causses. LA RESSOURCE ALIMENTAIRE MAÎTRISEE PAR LES PLACETTES Pour connaître avec précision la ressource alimentaire fournie aux vautours, l’accent a été mis sur l’utilisation des placettes d’alimentation, car cet outil est un lien fort entre éleveurs et vautours et il permet une meilleure traçabilité des dépôts.

Grâce aux registres tenus par les éleveurs, l’idée est bien de connaître et donc de mieux maîtriser la ressource disponible pour les vautours. La répartition spatiale des placettes est également un axe de travail. Jusqu’à présent, les placettes ont été créées chez des éleveurs qui utilisaient déjà les vautours. Les placettes à venir, seront implantées sur une plus large zone géographique (au sud ouest vers l’Hérault et à l’est vers l’Ardèche) afin de favoriser les connexions entre les populations de vautours des massifs alpin et pyrénéen, pour mieux

répartir la survenue de la ressource alimentaire, dans le temps et l’espace et ainsi se rapprocher au mieux du mode de prospection de ces oiseaux. L’IMPLANTATION DES PROCHAINES PLACETTES DANS LE SUD DE LA FRANCE La réflexion d’extension de la zone d’implantation des placettes repose sur deux objectifs : - Le premier est de promouvoir l’utilisation des placettes afin de conforter le lien existant entre les éleveurs et les équarrisseurs naturels.


Le choix d’un éleveur pour ce dispositif peut s’appuyer sur le volontariat et s’inscrire dans une démarche Une curée sur une placette d’alimentation ©Parc national des Cévennes

environnementale (conservation des espèces) ou simplement être une pratique déjà existante mais non officielle et être alors lié à la commodité de ce système. - Le second objectif est de faire correspondre la disponibilité alimentaire avec les habitats naturels et les couloirs de déplacement historiques des vautours. Les prochaines placettes d’alimentation seraient implantées

selon la logique d’utilisation de l’espace par ces oiseaux en s’appuyant sur les reliefs du sud de la France : les Pyrénées, la crête sud du Massif central reliant les Corbières au Vercors (Montagne Noire, Caroux, Causses, Cévennes, Mézenc, Coiron…) et les Alpes. Ainsi, une stratégie à plus grande échelle coordonnée entre les différents partenaires et validée par le comité interdépartemental pour la zone « Massifcentral » pourrait être définie.

P AROLE D’ ELEVEUR Propos recueillis lors d’un entretien avec

Donc, comme j’ai intégré l’équarrissage

Cela représent-il une charge de travail

Paule Finiels, chevrière sur le plateau du

dans mon mode d’exploitation, il est

supplémentaire et contraignante pour

Larzac.

normal que la mortalité issue de mon

toi ?

exploitation reparte dans le cycle de

-Non pas du tout, dès que j’ai une chèvre

l’écosystème du Causse.

qui meurt, je prends le tracteur et en 10

Peux-tu présenter ton exploitation ? -Je suis installée depuis 10 ans à la ferme de

minutes je l’emmène sur la placette qui

Lamayou sur le Larzac sur la commune de

Tu as donc une placette d’équarrissage

est à 500 m de la ferme, les vautours font

Millau.

naturel ?

le reste, ils interviennent très vite.

Je possède 75 chèvres laitières et je

Bien sûr, j’en ai fait la demande

Moi je brûle les os et les peaux.

transforme moi-même le lait en fromage,

rapidement après mon installation à

que je vends au « Marché Paysan » à Millau.

Lamayou. Cela a pris un peu de temps avant l’autorisation car j’étais en élevage

Comment t’es venue l’idée d’utiliser les

caprin et c’était la première fois que les

vautours pour l’équarrissage ?

services vétérinaires instruisaient un

-Tout naturellement, je ne conçois pas un

dossier placette pour élevage caprin.

autre système, il y a des vautours et leur fonction est de se nourrir des cadavres

Mais, depuis 2008, elle fonctionne et j’en

d’animaux qu’ils trouvent.

suis très satisfaite. Je dépose entre 7 à 12

Je produis sur un terroir, je vends mon

cadavres par an en moyenne, cela dépend

produit sur le territoire où je vis.

des années bien sûr.

Placettes Infos n°3 - 2014 Réalisé par la LPO Grands Causses 12720 Peyreleau – tel : 05.65.62.61.40 Conception, réalisation : LPO Grands Causses

Relecture : Parc naturel régional des Grands Causses Photo de couverture : Bruno Berthémy Maquette : La Tomate bleue

Exploitation de Paule Finiels ©Thierry David

Placettes info n°3 - decembre 2014  
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