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Gypaète adulte - Photo : A. Margalida ©

Sommaire

Bulletin de liaison des partenaires du Plan national de restauration du Gypaète barbu • Alpes, Corse, Pyrénées

n° 1 & 2

Plan national de restauration

Les outils de communication 2 Bilan de reproduction en 2006

Pyrénées Alpes Corse Europe de l’ouest

5 5 5 5

Actualités Journées internationales du gypaète 5 Rencontres internationales pour les 20 ans de réintroduction dans les Alpes 5

Réintroduction dans les Grands Causses 6

International Projet de réintroduction en Espagne 6 Le gypaète barbu en Suisse 6 Publications Brochure du MEDD sur les plans de restauration Publication des actes des séminaires Life 1 et 2 3è séminaire Life

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mars 2007

Edito Née d’une volonté commune de collaborer plus efficacement à la préservation du gypaète barbu sur notre territoire, ce bulletin de liaison Gypaète info sera publié 2 fois l’an et n’existera qu’à travers l’investissement de tous les partenaires. Le site internet http://gypaete.lpo.fr fera un lien complémentaire avec des mises à jour mensuelles de sa page actualité. Alors que certaines actions d’envergure ont pris fin au cours des derniers mois ou dernières années (ou sont en passe de l’être), dans les Pyrénées, les Alpes et en Corse, des nouvelles dynamiques se créent et se font jour. Le Plan national de restauration, coordonné par la LPO, constitue le socle de ces nouveaux programmes émergents et l’ensemble des partenaires locaux travaille déjà de longue date à la poursuite de ces actions. Un nouveau projet transfrontalier et ainsi à l’étude dans les Alpes, couplé à un plan de restauration alpin, de même que dans les Pyrénées et des études de faisabilité sur la réintroduction dans le Vercors ou les Causses ont vu le jour récemment. En parallèle, nos collègues européens ne chôment pas et la réintroduction du gypaète se poursuit en Andalousie et prend forme en Sardaigne. Puisse ce Gypaète info donner une impulsion supplémentaire au formidable réseau que ce magnifique rapace a su fédérer. Réseau de compétences administratives et techniques. Réseau de connaissances et d’échanges humains exemplaires. Nous espérons tous que ce bulletin saura fédérer davantage encore toutes les énergies actuelles sur l’ensemble du territoire.

Bonne lecture ! Bertrand Eliotout . LPO Mission Rapaces Gypaète Migration infoinfo n°1n°1 et 2- -avril mars2007 2007 - -

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les principaux acteurs du Plan de restauration du Gypaète barbu

Plan national de restauration L

’année 2007 marque le début de la mise en œuvre du premier plan national de restauration du gypaète barbu. D’une durée de 10 ans, ce plan résulte de la fusion des trois plans régionaux existant initialement ; le plan Pyrénées, le plan Alpes et le plan Corse. Ce plan national est supervisé par le Ministère de l’environnement et sa coordination est assurée par la Ligue pour la Protection des Oiseaux. L’objectif général du plan national de restauration du gypaète barbu consiste à augmenter le nombre de couples reproducteurs et l’aire de répartition géographique de l’espèce. Ces objectifs pourront évoluer en fonction des connaissances acquises et des événements non prévisibles qui pourraient intervenir. L’objectif à long terme est de reconstituer la métapopulation en favorisant les échanges entre les différents noyaux. Cela passera par la création de nouvelles populations et actuellement, deux projets sont à l’étude en France : le Vercors et les Causses.

Pyrénées :

LPO Mission Rapaces, DIREN Aquitaine, DIREN Midi-Pyrénées, DIREN LanguedocRoussillon, Parc national des Pyrénées, ONCFS, ONF, Nature Midi Pyrénées, Saiak, Association des naturalistes ariégeois CPIE Ariège, LPO Aquitaine, LPO Aude, Groupe ornithologique du Roussillon, Confédération des réserves naturelles catalanes, centre de soins Hegalaldia, fédérations départementales de chasse de la Haute Garonne, de l’Ariège, des Pyrénées-Orientales, réserve Naturelle de Nohèdes, réserve de la vallée d’Eyne, réserve naturelle de Prats de Mollo, réserve naturelle de Jujols, réserve naturelle de Py, réserve naturelle de Mantet, réserves naturelles régionales du Pibeste et de Nyers, Organbidexka Col Libre, Association Nature Comminges, Association des Pâtres de Haute Montagne, Falaise aux Vautours, Education Environnement, OCCE 65, Association La ferranderie, Estives, Sours, Les enfants de la Planète, ARPE, ELDORANDO, EKOLONDOI, Observatoire de la montagne d’Orlu, CPIE Bigorre Pyrénées, CPIE Pays basque, CPIE Pays catalan, projet de PNR Pyrénées Ariégeoises, PNR Pyrénées catalanes, ADET, FIEP, FEDER Midi-Pyrénées, conseil régional Midi-Pyrénées, conseil régional Languedoc Roussillon, conseil régional Aquitaine, conseil général des Pyrénées Atlantiques, conseil général des Pyrénées Orientales.

Les objectifs communs sont au nombre de 5 : • Augmenter la productivité des couples : 1) Diminuer la perturbation des sites de reproduction 2) Restaurer les capacités trophiques sur les aires de reproduction • Faciliter l’installation de nouveaux couples : 1) Attirer de nouveaux individus 2) Améliorer la capacité trophique des territoires potentiels 3) Réduire les facteurs de perturbation • Réduire les facteurs de mortalité anthropiques : 1) Collisions (lignes électriques) 2) Poison 3) Tir • Préserver et améliorer l’habitat : 1) Réduire l’altération du milieu 2) Favoriser le pastoralisme extensif 3) Faciliter les échanges d’individus entre noyaux • Créer de nouveaux noyaux

Alpes :

Asters, Parc national de la Vanoise, Parc national du Mercantour, Parc national des Ecrins, DIREN Rhône-Alpes, Parc naturel régional du Vercors

Corse :

Parc naturel régional de Corse, DIREN Corse, ONF, ONCFS, Association des Amis du PNRC, A Muntagnera (Fédération des Estives de Corse), Office de l’Environnement de la Corse (OEC), CNRS/CEBC.

National :

MEDAD, DIREN Aquitaine, LPO Mission Rapaces 2

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Gypaète info n°1 et 2

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Ces objectifs communs seront complétés et/ou adaptés localement en fonction des caractéristiques et des problématiques propres à chaque site de présence.

Les outils de communication Un bulletin de liaison : Gypaète info

D

eux fois l’an, ce bulletin d’information permettra de diffuser les actualités concernant le gypaète, son statut en France, mais aussi à l’étranger, les actions de conservation en cours, les manifestations, les publications,… Il est ouvert à toutes les personnes et les structures qui s’investissent dans la conservation et l’étude du gypaète et sera diffusé aux réseaux d’observateurs alpins, pyrénéens et corses.

Un site internet : http://gypaete.lpo.fr

L

’originalité et le défi de ce site internet est de mettre à jour de façon mensuelle, toutes les actualités par grandes entités biogéographiques de présence du gypaète sur le territoire national. Les diverses pages offrent en parallèle, un ensemble de connaissances de fond sur la biologie et l’écologie de ce rapace, mais aussi sur les actions de conservation menées en France et à l’étranger.

S d


Suivi 2006 de la reproduction Pyrénées

F

inalement ce sont 15 jeunes qui ont pris leur envol dans les Pyrénées françaises (et non 14 comme indiqué dans un premier temps). Dans les Pyrénées espagnoles, les effectifs n’ont pas retrouvé leur valeur de 2004 et la productivité a été particulièrement faible en Aragon (0,2) où se concentre la moitié de la population du massif. Les effectifs et la productivité continuent d’augmenter dans les Pyrénées françaises. Nombre de territoires occupés dans les Pyrénées en 2006 : 131 (102 en Espagne, 1 en Andorre, 28 en France). Nombre de couples/trios reproducteurs : 119 (92 en Espagne, 1 en Andorre, 26 en France) Nombre de jeunes à l’envol : 42 (26 en Espagne, 1 en Andorre et 15 en France) Productivité 2006: 0,32 (42/131) La productivité des Pyrénées espagnoles est la plus basse enregistrée depuis que le suivi de l’espèce est réalisé (1984) et est causée par la baisse très forte enregistrée en Aragon cette année ; la productivité en Catalogne et en Navarre est stable voire en légère augmentation depuis 5 ans. Paradoxalement, la productivité des Pyrénées françaises est la plus forte enregistrée depuis 1989 bien qu’au Pays basque, aucun jeune n’ait été élevé pour la troisième année consécutive. Mortalité en 2006 : 6 gypaètes ont été retrouvés morts en Aragon et 1 autre en France, ce qui porte à 15 le nombre de cadavres retrouvés en 2005-2006 dans les Pyrénées (12 en Aragon et 3 en

France). Une mortalité sans précédent affecte l’espèce dans les Pyrénées. La majorité de ces oiseaux sont morts intoxiqués. • Martine Razin, coordination « casseur d’os » LPO Mission rapaces

Rafael Heredia (Espagne), J.Dalmau (Andorre).

Alpes Haute-Savoie

T

rois territoires sont toujours occupés régulièrement en Haute-Savoie : • Le massif du Bargy avec son couple reproducteur bien rodé. Assignat et Balthazar ont donné naissance à leur septième rejeton Roc Altitude. Assez tardive, l’éclosion a eu lieu début avril et l’envol à la fin juillet, soit entre 102 et 105 jours ! Très précoce le jeune n’a pas beaucoup volé les premiers jours mais il occupait des perchoirs de qualité et ses parents étaient toujours là pour lui apporter la nourriture. • Le nord des Aravis où deux gypaètes sont cantonnés autour du site de réintroduction de Doran. Des accouplements ont été observés dans l’hiver ainsi qu’une ponte fin janvier. Les oiseaux se sont relayés pour couver mais ont cessé à la mimars peu de temps avant la date d’éclosion théorique. Ces deux oiseaux viennent de construire un nouveau nid début septembre. Cette première tentative est encourageante ! • Vallon de Sales-Anterne, dans les Réserves Naturelles de Sixt et de Passy. Deux oiseaux ont été

vus régulièrement en été et on

fréquenté plusieurs aires dont une a été rechargée mais aucun accouplement ni couvaison n’ont été détectés.

• Marie Zimmermann . ASTERS

Savoie

L

e début d’été 2006 a permis l’appropriation des sommets de Vanoise par deux nouveaux jeunes «casseurs d’os» nés en nature: l’un à Val d’Isère, observé pour la première fois en vol le 20 juin et l’autre, en amont de Termignon, ayant quitté le nid sous le regard d’un gardemoniteur, le 25 juin à 8 h 22. Le troisième jeune de l’année, produit par le couple de PeiseyNancroix, a subsisté un peu moins d’une semaine. Sa disparition de l’aire ne semble pas avoir de rapport avec un dérangement quelconque ou la prédation d’un éventuel grand corbeau. Ce dernier événement doit être relativisé. Toute espèce peut par sélection naturelle subir des pertes à l’âge juvénile. Cela traduit à quel point la réintroduction du gypaète, à l’échelle de l’arc alpin, reste délicate avant d’aboutir à une population naturelle pleinement autonome sans apports complémentaires d’oiseaux nés en captivité. Au final, depuis 2002, année des deux premiers envols de gypaètes en Vanoise, pas moins de 9 jeunes ont gagné les cieux de nos grandes Alpes : le Parc national devenant ainsi, à l’instar des sites de lâchers autrichien, suisse, italien et français, une véritable pépinière pour la plus grande joie des Gypaète info n°1 et 2

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Bulletin de liaison des partenaires du Plan national de restauration du Gypaète barbu


résidents locaux, des visiteurs du massif et de la communauté européenne qui soutient financièrement ce projet «d’envergure»! • Henri Suret et Jean-Pierre Martinot

Tableau récapitulatif de la reproduction 2006 en Europe de l’Ouest Massif

Couples territoriaux

Alpes

 6

Parc national de la Vanoise

Alpes de Haute-Provence

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n couple s’est formé en haute Ubaye sur la commune de St Paul sur Ubaye (04). Il est composé d’une femelle au plumage d’adulte imparfait et d’un mâle adulte parfait. Les accouplements furent tardifs et ont été observés du 29 janvier au 25 février. L’aire a été découverte le 7 juillet à l’occasion d’une recharge. Elle n’a pas être trouvée plus tôt en raison des difficultés de suivi en altitude (risque avalancheux, vallons perchés, relief accidenté…). Elle est située dans une falaise exposée nord-est à l’altitude record de 2640 m. Composée de branches, laines et très fientée, l’aire semble avoir été utilisée pendant la période de reproduction, mais elle était malheureusement vide. Actuellement, le couple la recharge régulièrement. Elle a doublé de volume. Un 3è adulte imparfait a visité leur territoire. Il fut repoussé pendant la période des accouplements, comme les aigles royaux, puis ils furent d’avantage tolérés. • François Breton et Monique Perfus Parc national du Mercantour

Corse

P

our la première fois depuis 2003, 2 jeunes ont été produits et menés à l’envol dans l’île de Beauté. Espérons que cette bonne nouvelle se verra confirmer par une saison 2007 au moins identique, sinon bien meilleure. Parc naturel régional de Corse

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françaises italiennes suisses autrichiennes Pyrénées françaises espagnoles Andorre Corse Crète

28 102 1 10 13 (6 couples territoriaux)

Couples/trios Résultats de la reproduction reproducteurs Pontes Poussins 5 3 0 1 26 92 1 10

5 3 0 1 24 1 5

3 3 0 0 15 26 1 2

5 (6?)

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• Martine Razin, coordination « casseur d’os » LPO Mission rapaces ; Rafael Heredia (Espagne) ; J.Dalmau (Andorre) ; Marie Zimmermann, Asters ; Richard Zinck, IBM

Actualités Journées internationales du Gypaète

U

ne prospection a été réalisée les 26 janvier & 1er février 2006, qui a couvert le Mercantour, les Ecrins, Alpi Marittime, le Val Pellice & les parcs nationaux du Gran Paradiso et du Stelvio. Luca Giraudo (PN Alpi Marittime) a dressé le bilan de ces opérations : 4 couples et 9 oiseaux ont été recensés dont Blangiar, Vernante & Swaro (Alpi Marittime), les 3 couples du Stelvio, Palanfre (Val Pellice) et Gilbert (Gran Paradiso). Cette initiative transalpine a rassemblé de nombreux observateurs, bénévoles comme professionnels. Elle a donc été reconduite le 4 novembre dernier. Près de 350 personnes (Français, Italiens, Suisses, Autrichiens) y ont pris part et un minimum de 65 oiseaux a pu être identifié, représentant environ 55% de la population alpine estimée (entre 115 et 120 oiseaux).

20 ans de réintroduction Rencontres internationales sur les 20 ans de réintroduction du gypaète barbu dans les Alpes e gypaète barbu fêtait du 13 au 15 octobre au Grand Bornand les 20 ans de son retour dans les Alpes. L’occasion pour une centaine de spécialistes venus de toute l’Europe, de se rencontrer et d’échanger sur la stratégie de conservation du gypaète barbu. Au programme, des tables rondes sur la poursuite des réintroductions, les menaces pouvant remettre en question le succès du projet, et la communication envers les acteurs et le grand public.

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20 ans de réintroduction dans les Alpes, et après ? Richard Zink (IBM) a présenté le bilan positif du programme de réintroduction. Depuis 20 ans, 144 jeunes gypaètes a été relâchés sur 4 sites différents répartis sur toutes les Alpes. La plupart de ces oiseaux lâchés ont pu s’adapter et


recoloniser les Alpes. La première reproduction en nature date de 1997. Aujourd’hui 9 couples reproducteurs et environ une quinzaine de couples territoriaux sont présents sur les Alpes. L’effectif de la population globale est estimé entre 100 et 150 individus. L’année 2006 a vu s’envoler 6 jeunes nés en nature et 7 en 2005. Ces naissances sont quasi équivalentes au nombre de jeunes gypaètes réintroduits. Les lâchers vont donc progressivement s’arrêter ou être déplacés sur des massifs périphériques (parc naturel du Vercors, Causses), voire d’autres programme de réintroduction vont voir le jour (Andalousie depuis 2006, Sardaigne à partir de 2007) afin d’œuvrer pour une métapopulation en Europe en créant des liens avec les populations corses et pyrénéenne existantes. La protection des rapaces à long terme Michel Terrasse (LPO-Mission Rpaces et FCBV) a brossé un état des lieux des populations de vautours en Europe (cf. le N° 13.5  de la revue Ornithos). Les effectifs de vautours fauves, moines et percnoptères (sauf en Espagne) sont en augmentation en Europe occidentale mais en nette régression en Europe orientale et dans les Balkans, poison et tir sont encore très présents. Suite à l’application de réglementations européennes, de nombreux charniers espagnols ont été fermés et d’importants mouvements de la population de vautours fauves ont été observés. En quête de nourriture, ils remontent en été vers le Nord de l’Europe. De nombreuses observations de curée ont été répertoriées qui ont suscité des réactions de la part des populations locales ayant perdu l’habitude de compter ces équarisseurs naturels parmi la faune sauvage. Le problème de collision des vautours contre les éoliennes a également été abordé par Alvaro Camiña (East and Mediterranean Griffon Vulture Working Group). Ce dernier a réalisé une étude auprès de fermes éoliennes en Espagne. Il en est ressorti que 80% de la mortalité des vautours due à l’éolien

concernaient 8% de la totalité du parc éolien. La concertation et la mise en place de petits parcs d’éoliennes laissant des couloirs de vol semblent être la solution la plus satisfaisante. L’utilisation de poison et son impact pour les populations de vautours sont étudiés depuis fort longtemps en Espagne. C’est aujourd’hui une cause de mortalité que l’on retrouve ponctuellement dans les Alpes. La lutte contre l’empoisonnement n’est pas facile à mener d’autant que ce ne sont généralement pas les vautours qui sont visés mais plutôt des espèces carnivores. En Andalousie, une brigade canine spécialisée dans la détection de poison réalise des opérations ponctuelles. Comment communiquer à l’avenir sur le gypaète barbu ? Les lâchers offrent l’occasion idéale de communiquer autour du gypaète, l’événement réunissant de nombreux partenaires et publics. Dans un futur proche, les acteurs alpins vont arrêter de lâcher des oiseaux mais devront toujours communiquer sur le gypaète dans le cadre de sa protection. La sensibilisation du public et des acteurs de la montagne est donc aujourd’hui la priorité afin de réduire les menaces dues au dérangement (activités de pleine nature) ou pour lutter contre les causes de mortalité (collision, poison, tir). Cela passe donc par l’appropriation de l’espèce par les populations locales afin que le gypaète devienne, comme toute autre espèce animale, un enrichissement du cadre de vie montagnard. Autour des 20 ans : les moments forts du meeting Plus de 500 enfants, soit 22 classes de primaire du massif BornesAravis, et leurs instituteurs ont participé à des animations et ateliers autour du gypaète barbu. Faire connaître ce magnifique et inoffensif vautour, ses caractéristiques, son utilité, son comportement alimentaire et les causes de sa disparition telle était la mission d’Asters et du Centre de Formation des Métiers de la Montagne de Thônes tout au

long du week-end. Samedi soir pour clore l’après-midi grand public, plus de 200 passionnés de nature ont assisté avec beaucoup d’émotion à la projection du film de Michel Terrasse «Gypaète barbu, le Retour» et à la rétrospective des 20 ans de la réintroduction. Monsieur Gilbert Amigues, ancien ingénieur à la DDAF (direction départementale de l’agriculture et de la forêt) responsable entre autres des réintroductions de bouquetins, marmottes et gypaètes en HauteSavoie ainsi que Monsieur Paul Géroudet, ornithologue suisse qui a énormément œuvré pour l’ornithologie et le gypaète barbu en particulier, ont retracé avec beaucoup d’émotions l’histoire de cet oiseau dans les Alpes depuis les années 1970. Enfants et passionnés de nature ne sont pas les seuls à être inspirés par le plus grand vautour des Alpes, les artistes aussi : une exposition internationale et itinérante d’œuvres réalisées autour du gypaète (sculpture en bronze, aquarelle…) a vu le jour et a été inaugurée en présence de nombreux élus*. De plus, Florent Grange a réalisé, en quelques heures et sous les yeux ébaillis de nombreux participants, une sculpture à la tronçonneuse d’un gypaète qui fut offerte par Asters à la mairie du Grand-Bornand en souvenir de ce week-end riche en enseignements et en émotion. La sortie sur le terrain sur l’alpage de Chalet Neuf au Reposoir a permis à une trentaine de participants d’observer en chair et en os 4 gypaètes différents, le couple du Bargy, le jeune de l’année et un juvénile de deuxième année, Swaro (BV459), ainsi que le téléski équipé de flotteurs pour la visualisation. * M. Herrisson, Sénateur-maire de Sévrier - M. Périllat, Maire du Grand-Bornand - M. Blanchet, Maire du Reposoir - M. Beauquier, Président de la commission Environnement du Conseil Général HauteSavoie - Mme Blanchard, vice-présidente Environnement du Conseil Régional RhôneAlpes - M. de Guillebon, directeur régional de l’environnement DIREN.

• Marie Zimmermann et Etienne Marlé - Asters Gypaète info n°1 et 2

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Réintroduction dans les Grands Causses

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e gypaète nichait très probablement dans le sud du Massif central jusqu’à une époque récente, mais aucun document fiable n’atteste de sa présence de façon certaine. Toutefois, les habitats correspondent bien à ce que recherche l’espèce et l’on y retrouve des caractéristiques similaires aux lieux occupés dans certaines sierras espagnoles. L’idée de réintroduire ce rapace dans les Grands Causses germe depuis de nombreuses années et l’objectif serait de pouvoir créer un noyau de population permettant de relier les oiseaux des Pyrénées à ceux des Alpes. Une première étude de faisabilité a été réalisée au cours de l’année 2005, afin de conforter l’hypothèse que la création d’une population de gypaètes puisse se faire sur un plan purement écologique. Les premières conclusions sont encourageantes. En effet, les habitats rupestres sont nombreux et les ressources trophiques abondantes, bien que liées uniquement à l’élevage ovin. Ces conditions d’accueil très favorables sont à nuancer par une pénétration des milieux toujours plus forte, qui pourrait nuire à l’espèce, mais aussi par une forte densité d’aigles royaux. Ce dernier point est à creuser car un problème de cohabitation entre ces deux espèces très territoriales n’est pas à exclure. Les premiers lâchers ne sont pas encore programmés, mais d’ici là, il est d’ores et déjà très important de commencer à communiquer localement sur le rôle de cette espèce et sa place dans la guilde des rapaces charognards. Enfin, il est primordial de se pencher en parallèle sur des opérations de restauration de populations d’ongulés, tels que le chamois, voire le bouquetin. • Bertrand Eliotout LPO Mission Rapaces

International Projet de réintroduction en Espagne Le gypaète barbu dans les Picos de Europa (Espagne).

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a Fundacion para la conservacion del Quebrantahuesos (FCQ), une ONG de l’Aragon (Espagne), a monté un projet de réintroduction du gypaète dans le parc national des Picos de Europa situé dans le massif des Monts Cantabriques à l’ouest des Pyrénées. Ce projet qui a le soutien de l’administration aragonaise et de celui des régions des Monts Cantabriques, a fait l’objet d’une étude de faisabilité qui a été présentée le 27 février 2007 au groupe de travail «gypaète» espagnol piloté par le ministère de l’environnement à Madrid. Ce projet, contrairement à ceux initiés jusqu’à présent dans les Alpes et en Andalousie, ne s’appuie pas sur le réseau de reproduction en captivité, mais propose une extraction de pontes ou de poussins de la population sauvage des Pyrénées. Très médiatisé, ce projet est loin de plaire à tout le monde, et le ministère de l’environnement a convoqué 5 experts (D.Oro, J.A.Doñazar, A.Margalida, R.Heredia et M.Razin) afin d’évaluer la fiabilité de l’étude présentée par la FCQ. Voici l’avis émis par Martine Razin, chargée d’études gypaète pour la LPO Mission rapaces. Etude de viabilité du projet de réintroduction du gypaète barbu dans les Cantabriques. Martine Razin LPO Mission rapaces

La conclusion de l’étude indique que « le succès d’une réintroduction semble associé à la provenance des oiseaux, la qualité de l’habitat, l’élimination des facteurs de disparition, le bon état des oiseaux libérés, etc. » et nous remarquons 6

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que certains points importants n’ont pas été traités en profondeur : (1) pas d’estimation convaincante de la qualité sanitaire de l’habitat potentiel dans les Cantabriques et dans le corridor, en particulier en ce qui concerne l’incidence du poison - par des analyses toxicologiques systématiques des cadavres des espèces nécrophages, par exemple -, (2) aucune expérience d’élevage de poussins de gypaète barbu sans adultes adoptifs, n’a été réalisée à ce jour, ce qui comporte un risque important d’inadaptation des futurs oiseaux réintroduits, comme rencontré par le projet d’élevage des condors de Californie. De plus, (3) les paramètres démographiques pyrénéens présentés ici sont incertains. 1) Le projet de réintroduction dans les Picos de Europa pourrait être intéressant pour la conservation de l’espèce en Europe et s’inscrire dans le vaste projet actuel de restauration de la métapopulation européenne, initié par la FCBV : réintroduction dans les Alpes et en Andalousie, futures réintroductions en Sardaigne (proche de la population de Corse), dans le sud de la France (« pont » Alpes – Pyrénées) et dans les Balkans (« pont » Alpes – Turquie). Six couples installés dans les Picos de Europa ne peuvent constituer une population pérenne et autonome si la viabilité des territoires du corridor pyrénéo–cantabrique, où 21 couples devraient pouvoir s’installer, n’est pas assurée. Hors les anciens sites de nidification de l’espèce se situent à basse altitude (< 1300m), dans de petites falaises et proches de villages pour la moitié d’entre eux, c’est-à-dire sur des sites a priori vulnérables et leurs potentialités trophiques ainsi que le niveau de risque pour la survie des gypaètes barbus n’ont pas été évalués finement en dehors du PNPE. 2) Tous les gypaètes libérés à ce jour sont issus de la reproduction en captivité de l’espèce dans le réseau de centres EEP coordonné par la FCBV. Ecarter cette solution n’est ni prudent, ni cohérent avec les autres projets européens


et espagnols, dont celui de création d’une réserve génétique pyrénéenne en Catalogne, qui permettra aussi dans quelques années de disposer de jeunes pour les futures réintroductions en Espagne sans affaiblir les populations sauvages. La méthode d’élevage des jeunes proposée par la FCQ est très hasardeuse. 3) Concernant les paramètres démographiques pyrénéens, le taux de croissance constant (5,6%) basé sur les années passées est en train d’évoluer : la tendance est négative actuellement dans les Pyrénées espagnoles dont le nombre de territoires occupés est passé de 105 en 2004 à 102 en 2005 et 2006 (sources MMA). De plus, la fraction préadulte était en baisse en 2002 (Antor, 2003) et aucune donnée n’est disponible depuis cette date. Les taux de survie présentés semblent très optimistes, en particulier si l’on tient compte de la vague de mortalité sans précédant qui a affecté l’espèce dans les Pyrénées en 2005 et en 2006. Les données démographiques pyrénéennes basées sur le marquage sont incertaines (19 oiseaux trouvés morts pour 17 disparus = une forte proportion d’inconnues). Toutes ces données sont donc à manipuler avec beaucoup de prudence et rendent peu fiables les modèles présentés, d’autant plus que la productivité en Aragon est en baisse régulière et que la valeur obtenue en 2006 est très faible (0,2) même si une seule année n’est pas significative. L’équilibre démographique pyrénéen n’est pas garanti actuellement et un projet d’extraction de la reproduction semble dans ces conditions, peu indiqué pour la conservation de cette espèce dans les Pyrénées. La phase de préparation du projet est importante, et semble ici inachevée et précipitée, notamment en ce qui concerne la qualité des habitats du corridor et le mode d’obtention des oiseaux libérables basé sur l’extraction pendant de nombreuses années, de pontes dans la population des Pyrénées aragonaises dont les indicateurs biologiques sont préoccupants, et ce d’autant plus qu’il existe un réseau de centres de reproduction en captivité dédié aux projets de réintroduction en Europe.

Le gypaète barbu niche à nouveau en Suisse… ... plus d’un siècle après son extermination !

E

xterminé par les armes à feu et le poison, le Gypaète barbu, notre plus grand rapace, disparut des Alpes suisses à la fin du 19ème siècle. Les derniers signes de reproduction remontent aux années 1880 (Valais et Grisons). Depuis 1986, 144 oiseaux nés en captivité ont été relâchés en quatre points des Alpes (Hohe Tauern en Autriche, Parc National Suisse, Haute Savoie et région Alpes maritimes-Mercantour). Un premier couple s’est reproduit en 1997 dans les Alpes françaises, suivi par l’installation de six autres couples nicheurs qui ont mis au monde 33 jeunes au total. Quelques couples se sont aussi installés sur sol helvétique, mais il aura fallu attendre cet hiver 2007 pour que les premières nidifications aient lieu. En effet, deux tentatives de reproduction sont en cours depuis peu. La première près du col de l’Ofen, proche du Parc National Suisse, à quelques centaines de mètres de la frontière italienne. Le second en Valais, dans le District Franc Fédéral du Haut de Cry, une réserve nationale de chasse. « En Valais, dans la Vallée de Derborence, nous attendions une tentative de nidification au printemps 2005 déjà, car un couple avait investi les lieux depuis le début des années 2000, à la suite de la disparition de Republic V, abattu par un chasseur en 1997. Constitué de deux individus nés et relâchés en 1998, les partenaires arrivaient alors à maturité. Pourtant, rien à signaler au cours des deux dernières saisons... jusqu’à cet hiver. Entre décembre et mars, nous contrôlons systématiquement les aires potentielles en moyenne tous les dix jours », explique le Professeur

Raphaël Arlettaz, qui supervise les activités du Réseau Gypaète de Suisse Occidentale depuis sa création en 1987, sous mandat de la Fondation Suisse « Pro Bartgeier » basée à Zernez. Un travail assidu car le site valaisan exige une marche d’approche conséquente lorsque la neige est au rendez-vous. Un contrôle par les membres du Réseau le 9 février dernier laissait enfin présager un heureux événement pour cette année : « Pour la première fois, à notre connaissance, un accouplement était observé sur le site de Derborence ». « Le 15 février le couple s’affairait toujours sur l’aire. Vendredi 23 février, les parents ont couvé sans interruption. Vers 12h30, nous avons même observé un changement de partenaire, la femelle ayant remplacé le mâle sur les oeufs qui restent invisibles, bien dissimulés dans la coupe rembourrée de laine du nid, que nous observons depuis une distance d’environ 1 200 m », explique Bernard Michellod, vigneron valaisan qui officie également comme patrouilleur attitré au sein du réseau d’observateurs. Les partenaires du couple de Derborence sont dûment identifiés, sur la base de leurs bagues de couleur et d’analyses génétiques de plumes glânées sur leur territoire. La femelle se prénomme Gildo; elle a été relâchée en 1998 au Parc National Suisse. Le mâle, Aisone, lâché la même année, est originaire des Alpes du Sud (Parc national du Mercantour). Si tout se passe comme prévu, une éclosion pourrait avoir lieu d’ici la dernière décade d’avril. « Toutefois, il ne faut pas se réjouir trop vite: les jeunes couples ratent souvent leur première tentative », explique Raphaël Arlettaz. « Par ailleurs, il faut que les promeneurs respectent le périmètre de protection délimité par l’Etat du Valais, celui-ci limitant l’accès aux environs du site de nidification. La période de l’incubation est particulièrement sensible. Enfin, il Gypaète info n°1 et 2

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Bulletin de liaison des partenaires du Plan national de restauration du Gypaète barbu


faut espérer que les transits d’hélicoptères entre l’hôpital de Sion et le CHUV (Lausanne), qui passent par le Pas de Cheville, évitent soigneusement le périmètre de protection, en volant bien au-dessus et à une certaine distance de la paroi investie par les oiseaux ».

Une étude effectuée récemment dans les Pyrénées a en effet montré que les vols trop proches des parois étaient le premier facteur d’échec des nidifications. « Si ces mesures simples sont respectées, on peut espérer bientôt un poussin nouveau cru

Publications

dans le ciel valaisan ! », se réjouissent les ornithologues. • Prof. Dr Raphaël Arlettaz & Bertrand Posse Réseau Gypaète Suisse Occidentale, Centre Nature, Salquenen - raphael.arlettaz@nat.unibe.ch, bertrand.posse@bluewin.ch - www.gypaete.ch

actuellement sur les critères d’éligiblité pour aider à définir les espèces prioritaires pour les plans de restauration. Pour recevoir cette brochure, adressez-vous à la LPO Mission Rapaces, 62 rue Bargue, 75015 Paris, rapaces@lpo.fr - tél 01 53 58 58 38 • Yvan Tariel LPO Mission Rapaces

Une brochure du MEDD sur les plans de restauration

C

’est le premier document officiel publié par le MEDD sur les plans de restauration. Ce document était très attendu. Il sera un soutien important pour la mise en place des actions préconisées dans chacun d’eux. Il est toujours plus facile de convaincre avec un document officiel du ministère que par la seule bonne parole. On y trouve chacun des plans résumés en deux pages. Voici la liste des espèces bénéficiant d’un plan de restauration national : Pour les mammifères - les chauves souris (regroupées dans un même plan) - le hamster commun - le vison d’Europe Pour les oiseaux - l’aigle de Bonelli - l’autour des palombes Corse - le balbuzard pêcheur - le faucon crécerellette - le goéland d’Audouin - le gypaète barbu - le milan royal - l’outarde canepetière - le râle des genêts - la sitelle Corse - le vautour moine - le vautour percnoptère 8

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Gypaète info n°1 et 2

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mars 2007

Publication des actes des séminaires Life Pour les reptiles - les tortues marines - la vipère d’Orsini Un absent de marque Le grand absent de cette liste est la chevêche d’Athena. Et pourtant, il existe bien un plan de restauration qui a été soumis et accepté au CNPN. Et le MEDD soutien financièrement le bulletin de liaison du réseau chevêche et le suivi interparcs. Et après la brochure ? L’étape suivante pourrait être la réalisation d’un colloque sur les plans de restauration. Ils sont actuellement en pleine évolution. Plusieurs d’entre eux viennent d’arriver au terme de leur première phase (l’outarde canepetière, le balbuzard, l’aigle de Bonelli...). L’ensemble des expériences est maintenant suffisamment riche pour faire un point de la situation et confronter les idées. Enfin, le MEDD a mis en place un groupe de travail qui planche

Les actes du séminaire 1 : « placettes

d’alimentation mises en oeuvre à l’attention des rapaces » et du séminaire 2 : « conflits d’usages », sont disponibles sur simple

demande à l’adresse suivante : LPO Mission rapaces 62 rue Bargue, 75015 PARIS rapaces@lpo.fr - tél 01 53 58 58 38

Séminaire

0LACETTESD´ALIMENTATION MISESEN®UVREgL´ATTENTION DESRAPACESNmCROPHAGES 14 et 15 juin 2004 chateau de Peyreleau, 12720 Peyreleau “Restauration du vautour percnoptère dans le sud-est de la France” LIFE03 NAT/F/000/03

Actes


3è séminaire Life « risques d’intoxication des rapaces » les 22 et 23 juin 2006, au pont du Gard.

L

e troisième séminaire prévu dans le cadre du Life percnoptère s’est tenu les 22 et 23 juin derniers dans les gorges du Gardon. Co-organisé par la LPO Mission rapaces et le Syndicat mixte des gorges du Gardon, ce rendez-vous a été l’occasion pour une soixantaine de participants de mieux comprendre les risques d’intoxication des rapaces. Une dizaine d’interventions ont permis d’illustrer en partie les difficultés inhérentes à l’étude toxicologique. Pour présenter les principales conclusions, nous distinguerons les contraintes d’ordre scientifique et celles d’ordre méthodologique. En premier lieu, la complexité des investigations scientifiques constitue une limite forte à l’interprétation des résultats. Les dangers des différentes catégories de produits sont mal connus, car testés essentiellement sur des mammifères ou éventuellement sur des espèces d’oiseaux particulières (canard, caille….) sans comparaison possible avec les rapaces. Les conséquences sur l’organisme et le comportement de l’oiseau sont de plus liées à l’ampleur de l’exposition. Dès lors, les syndromes observés, qui supposent déjà la récupération de l’oiseau encore vivant, peuvent conduire à formuler différentes hypothèses, toxiques ou non. Ainsi, des troubles nerveux peuvent témoigner d’une exposition à des convulsivants (strychnine, organophosphorés, carbamates, organochlorés..) mais aussi être causés par un traumatisme ou une encéphalite... Les interactions entre les différents produits constituent un domaine d’investigation encore mal maîtrisé et pourtant probablement d’importance majeure. Il faut, de plus, distinguer la possibilité d’une contamination par un produit

chimique sans manifestation de symptôme (objet d’études écotoxicologiques) d’une intoxication ayant causé des symptômes voire la mort de l’oiseau (études toxicologiques). Pour tenter de déterminer la cause de mortalité d’un oiseau, il est indispensable de cibler la recherche toxicologique sur les produits suspectés. Dans cet objectif, une enquête de terrain (notamment le lieu et le contexte de la mort de l’animal) permet d’obtenir des indices précieux. Un protocole strict de modalités de récupération des cadavres et/ ou appâts, associé à un protocole d’enquête peuvent permettre d’aboutir à la récupération de données indispensables à la mise en place de recherches analytiques et à la gestion de la menace toxique. La récupération des rapaces, en Espagne, se fait selon une procédure établie et rigoureuse, avec du matériel adapté. Les circonstances (personnes, lieu..) susceptibles d’apporter des explications au décès de l’animal sont consignés sur des fiches standards ; l’animal ou les appâts retrouvés sont placés sous scellés pour éviter toute destruction accidentelle de preuves. Chaque animal retrouvé mort fait l’objet d’une enquête et d’une analyse s’il existe une suspicion d’intoxication. En France, il est particulièrement difficile de tirer les conclusions de l’analyse des cadavres. Outre les difficultés liées à l’identification des molécules et à l’interrogation sur les origines des contaminations (problèmes communs à l’Espagne et à la France), la faible quantité des rapaces traités pose la question de la représentativité de l’échantillon. La mise en réseau des initiatives entreprises localement et notamment la création d’une banque de données nationale est à l’étude pour pallier à ce problème. • Florence Buronfosse - CNTIV Renaud Nadal - LPO Mission Rapaces

Proceedings

of the International

` Conference on Conservation and Management of Vulture populations. D.C. Houston et S.E. Piper (eds) 2006. Natural History Museum of Crete and WWF/Grèce, Heraklion et Athènes. 176 pages.

Ces comptes-rendus d’une conférence internationale sur la conservation et la gestion des populations de vautours portent en fait essentiellement sur les vautours fauve et moine et le gypaète en Europe. Sur 12 communications (textes in extenso) et 27 résumés de présentation ou de posters, il n’y a qu’une communication sur les avantages et inconvénients du nourrissage des vautours basés sur l’expérience des Sud-Africains, un résumé sur les vautours indiens et un sur le percnoptère en Espagne. France, Espagne, Grèce, Italie et Balkans partagent ainsi leurs expériences en matière de réintroduction, nourrissage, méthodes de suivi (radiotracking notamment), dynamique et génétique des populations, utilisation des habitats, recensements et menaces avec quelques exemples des techniques les plus modernes. Les vautours ont fourni l’un des exemples les plus spectaculairement réussis de réintroductions et de rétablissements naturels de populations d’oiseaux menacés dont cet ouvrage montre un catalogue actuel mais un peu disparate. Les menaces qui pèsent toujours sur ces oiseaux sont relativement peu abordées (poison, manque de nourriture, dérangements, éoliennes, etc …) au profit surtout des études et suivis scientifiques. Aucune conférence ni ouvrage ne pouvant être complet, celui-ci apporte cependant une vision intéressante du foisonnement actuel des actions de conservation des vautours européens. Gypaète info n°1 et 2

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Bulletin de liaison des partenaires du Plan national de restauration du Gypaète barbu


Die Greifvögel Europas, Nordafrikas und

Vorderasiens. Biologie, Kennzeichen, Bestände. T. Mebs et D.Schmidt. 2006. Kosmos Verlag, Stuttgart. 495 pages.

Les ouvrages consacrés aux rapaces diurnes du Paléarctique Occidental ne manquent pas, depuis les 953 pages du volume 4 du monumental « Handbuch der Vögel Mitteleuropas » de Glutz von Blotzheim et al. (1971), les 380 pages du volume 2 du classique « Birds of the Western Palearctic » de S. Cramp et al. (1980) et le volume des Rapaces de P. Géroudet (récemment révisé), jusqu’au guide de B. Gensbol (2005) et les guides d’identification très poussée de D. Clark et D. Forsman. Celui de Mebs et Schmidt, imposant par son épaisseur, l’abondance des données précises, la qualité de l’édition et les photos excellentes est cependant une mise à jour moderne (jusqu’à 2004 inclus) qui ne fait pas entièrement double emploi, même pour ceux qui possèderaient tous les ouvrages précités. Il traite de manière synthétique des principaux aspects de la biologie et de l’écologie de tous les rapaces nicheurs du Paléarctique Occidental, donc plus que le « Glutz », le « Géroudet » et le « Gensbol », et autant que le « Cramp ». En revanche, il n’aborde que de façon marginale les problèmes d’identification, mais fournit pourtant dans le texte de bonnes illustrations des oiseaux, posés, en vol, adultes et jeunes. La partie générale présente les grandes caractéristiques des rapaces (européens) : 15 pages sur la morphologie et la biologie, 7 sur la systématique et la classification phylogénique des espèces paléarctiques, 13 sur la vision et le vol, plus de 30 sur les comportements individuels, sociaux et reproducteurs, 20 sur les migrations, la dispersion et les sites de nidification et 10 enfin sur les problèmes de conservation. L’essentiel est bien sûr dévolu au traitement de chacune

des 45 espèces (365 pages), suivi de planches des œufs de 40 espèces, de références bibliographiques particulières et d’adresses d’organismes pour chaque pays, puis d’une bibliographie générale (400 titres) qui s’ajoute à celle déjà fournie pour chaque espèce et chaque pays. Le choix des références n’est pas bien sûr exhaustif mais constitue une bonne sélection, souvent récente (jusqu’à 2005 parfois). Les 5-10 pages consacrées à chaque espèce offrent, outre les dessins, photos et bibliographie déjà mentionnés, une carte de distribution, souvent très à jour, une photo des principales plumes et les effectifs dans chaque pays avec les références et années correspondantes (2000 à 2004, y compris des données non publiées). Le texte est condensé, mais riche d’exemples précis et pas restreints à l’Europe centrale comme c’est souvent le cas des publications allemandes. Le texte n’est pas plus fourni que dans les grands « Handbooks » mais avec des données plus récentes. Il est par contre beaucoup plus long que dans le « Gensbol », où la bibliographie est des plus restreinte. C’est donc au total une addition très documentée à la littérature spécialisés sur les rapaces paléarctiques, qui fait suite d’ailleurs à un ouvrage similaire sur les nocturnes (« Die Eulen Europas » de Mebs et Scherzinger). Elle s’adresse surtout aux spécialistes et aux passionnés de rapaces qui, en outre, lisent l’allemand, encore que l’abondance et l’excellence des illustrations et des références justifient en soi l’achat du livre même si on ne comprend pas tout le texte.

Le vautour fauve B. Eliotout 2007. 192 pages. Delachaux et Niestlé, Paris. 25 euros.

A

près plus de 20 volumes, dont 10 sur les oiseaux, cette série de monographies n’a cessé de s’améliorer et de s’étoffer. Le Vautour fauve, espèce

spectaculaire et si représentative des (rares) succès de la conservation moderne, méritait bien ce traitement soigné par l’un des meilleurs connaisseurs et acteurs de cette réhabilitation faite de gestion intensive, longue et onéreuse, hélas aujourd’hui nécessaire. Sous une forme toujours agréable à lire, Bertrand Eliotout a rassemblé bien sûr l’essentiel de ce que l’on connaît de la biologie et de l’écologie du Vautour fauve sans oublier les données étrangères. Il a cependant été beaucoup plus loin en reprenant tout l’historique de l’espèce, de son statut passé à son déclin et surtout à son rétablissement naturel ou par réintroduction. Il a aussi largement développé les représentations qu’en ont faites les différentes civilisations, jusqu’à nos contemporains, à l’aide de nombreuses citations. A cette occasion, il expose la place des vautours dans la nature et comme commensaux de l’homme avec toutes les conséquences pour leur propre survie, tout en réfutant, avec un argumentaire sérieux, les légendes qui courent sur leur compte, notamment du Vautour fauve. Il justifie enfin tous les efforts entrepris pour le sauver, plaidoyer qui touche aussi à toute la politique de la protection des espèces sauvages à notre époque si utilitariste et anthropocentrique. Il déborde également sur la situation catastrophique des vautours en Inde et en Afrique (mais presque rien sur ceux d’Amérique, il est vrai taxonomiquement plus éloignés). L’abondance des illustrations et les extraits de poèmes (d’un autre passionné de vautours) en tête de chapitres achèvent la réussite de cet hymne au mieux connu des vautours qu’apprécieront autant les amateurs pour sa documentation dans tous les domaines que les scientifiques pour la présentation claire des résultats d’études auxquelles l’espèce a donné lieu.

Gypaète info Bulletin de liaison des partenaires du Plan national de restauration du Gypaète barbu Avec la participation du MEDD LPO © 2007 Réalisation : LPO Mission Rapaces

62 rue Bargue, 75015 Paris rapaces@lpo.fr:

Coordination : Yvan Tariel et Bertrand Eliotout Relecture : André Aknin

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Gypaète info n°1 et 2

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mars 2007

Création / composition : la tomate bleue

Gypaete info n° 1/2 - 2007  
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