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La croix et sur elle un homme presque nu. Le corps est au centre de la liturgie chrétienne et la chair en est le message premier. On connaît la distance du christianisme envers le corps érotique, pourtant seul un léger p é r i z o n i u m s’interpose entre le regard du fidèle et le sexe de Dieu et il n’en fut pas toujours ainsi. Le Christ de la Minerve de Michel-Ange s’est vu affublé d’un linge d’airain quelques dizaines d’années après sa création. Il faut l’imaginer entièrement nu, les figures profanes tel le David n’étaient alors pas les seules à afficher une nudité t o t a l e . Paradoxalement, cette nudité n’est pas aussi érotique que les drapés qui couvriront les figures saintes après la Contre-Réforme. La nudité du Christ est théologique, Léo Steinberg en a fait l ’ a n a l y s e , représenter le membre viril divin

est le signe de la pureté originelle retrouvée, après avoir été perdue au temps d’Adam et Eve, c’est le corps non-corrompu, le seul qu’a pu occuper le fils de l’Homme. On peut suggérer que voiler ce sexe par la suite lui conférait une dimension érotique et délibérément sexuelle qu’il n’avait pas originellement. La présence même du voile modifie le sens de l’œuvre et celui des textes sacrés qui l’ont inspiré. MichelAnge a représenté un Christ rédempteur, celui revenu des limbes, il a racheté les fautes de l’humanité, il a retrouvé son innocence originelle ce qui justifie la nudité. Ce Christ ne figure pas celui mort sur la croix dont le corps est tel celui des autres hommes, la présence du périzonium sur les Christ en croix se comprend à l’aune de la nudité du Christ rédempteur comme de celle du Christ du Jugement dernier de la Sixtine

qu’on a aussi recouvert d’un repeint de pudeur. la A théologie MichelAnge ajoute la de volonté représenter toute la perfection de la création divine par la voie formelle qui rejoint celle du David de la place de la Seigneurie. Cependant quelques artistes ont pris la liberté de représenter le Christ en croix sans périzonium, Cellini et MichelAnge encore en premier lieu, ce qui a d’autant plus choqué prélats les contemporains. Autant l’argument théologique le plus acceptable serait celui de l’absence du pathos qui est indissociable de la Passion, autant ce trait est passé sous silence pour se concentrer sur ce membre qu’on ne saurait voir. Ces artistes n’étaient là encore pas dans une démarche sensualiste mais si le verbe s’était fait chair, cette chair était parfaite et donc ne pouvait se concevoir cachée.

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LB n°39-40-41 : Apparaître  

Louvr'Boîte, journal des élèves de l'École du Louvre (Paris, France), numéro triple en 3D daté du premier trimestre 2017.

LB n°39-40-41 : Apparaître  

Louvr'Boîte, journal des élèves de l'École du Louvre (Paris, France), numéro triple en 3D daté du premier trimestre 2017.

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