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En oubliant le fait que Robert Pattinson s’est fait dessiner des abdos (cohérence scénaristique, on n’y revient pas), quel échec total lors de la transformation de Bella. Evidemment, le changement de nature d’humain à vampire fut réalisé par ordinateur, mais le résultat final peut se résumer en deux mots! : contouring raté. Avoir les joues creusées par un artificiel trait de marron et les cavités orbitales sombres ne rend personne inhumainement beau, loin de là. En somme, oui au fond de teint, non au plâtre. Ainsi, réussi ou pas, le maquillage est avant tout utilisé pour donner l’illusion au spectateur que le personnage qu’il regarde a sa place dans le monde dans lequel il évolue. Comme dirait Françoise, l’enjeu devient fondamental quand le spectateur connaît bien avant de l’avoir vu le protagoniste, dans le cas des adaptations ou biopics par exemple. Certains traits physiques sont indispensables pour adhérer à ce qui est

présenté. Passons sur cette petite nature de Daniel Radcliffe qui ne voulait pas porter de lentilles pour Harry Potter parce que ça lui faisait mal aux yeux pour s’attarder sur un cas autrement plus spectaculaire! : la Môme, retraçant la vie d’Edith Piaf, dont le rôle principal est tenu par Marion Cotillard. Si le travail du maquillage peut se sentir sur le rendu des yeux, devenus très globuleux et noirs, ainsi que sur la mine sévère, ridée et maladive d’Edith, le véritable tour de force se concentre dans la modification de l’implantation capillaire de Cotillard, qui dut se raser une partie des cheveux. Alors certes, elle ne sait pas mourir, mais au moins elle sait voir la vie en rose. Au contraire du spectateur qui ne doit rien voir, surtout pas les imperfections, tout du moins quand elles ne sont pas supposées entrer dans les caractéristiques physiques du personnage. Exit les boutons, les rougeurs, ou tout autre ennemi de Neutrogena qui pourrait gêner lors du

visionnage. Un acteur est avant tout un être lisse. Une caractéristique de plus en plus difficile à conserver, la qualité de l’image ayant considérablement augmenté ces dernières a n n é e s. L’ U H D n e pardonne aucune imprécision de maquillage, engageant un vrai bras de fer avec la sacro-sainte télégénie. Cependant, il ne faut pas oublier un des buts principaux du m a q u i l l a g e! : i m a g e r l’inimaginable. Certains cas scénaristiques, certains univers imposent de créer des physiques radicalement hors normes. Les illustrations font légion dans le cinéma fantastique ou de science-fiction! et peuvent toucher différents niveaux de modification corporelle! : la peau verte de Gamora dans les Gardiens de la Galaxie, les s o u r c i l s déraisonnablement circonflexes de Spock dans Star Trek, ou encore les cadavres en putréfaction de Walking Dead. Le maquillag e per met d’y croire, d’adhérer à l’histoire et d’écraser la barrière du

scepticisme pour entrer dans une toute nouvelle for me de logique propre à l’œuvre visuelle. Cela étant, p o u rq u o i n e p a s s e simplifier le travail en usant des formidables capacités du numérique! ? Pourquoi continuer à maquiller les acteurs, au lieu de les retoucher! ? Certainement car les effets spéciaux ne sont pas comme le vin, ils ne se bonifient pas avec l ’ â g e . Fo r c e e s t d e constater que plus les modifications physiques sont unies au modèle, moins le vieillissement est agressif pour l’œil. Voilà pourquoi Jennifer Lawrence est plus convaincante en tant que Mystic dans le premier volet de la nouvelle Trilogie X-Men que dans le second. En effet, elle est entièrement peinte en bleu et travaillée à même la peau dans Origins, tandis que Days of future past la voit affublée d’une combinaison à l’effet charnel bien peu v r a i s e m b l a b l e . Po u r autant, cela n’atteint pas le niveau de la diva du Cinquième élément, où les plis du costume

apparaissent à l’arrière de sa tête en tentacule. Même si la technologie améliore la qualité de l’image, le maquillage reste fixé au visage, ne donnera pas un effet de collage et ne subira que peu les affres du temps, se rendant principalement visibles aux points de jonction entre la peau et les différents matériaux synthétiques type gélatine. Vo i l à p o u r q u o i l e s anciennes versions de La Planète des singes ont très bien vieilli, et seront peutêtre plus convaincantes que celles des années 2010 dans quelques temps. Alors, la puissance du maquillage ne vous semble toujours pas flagrante! ? Pas de problème, vous pouvez toujours vous rabattre sur les films du samedi aprèsmidi.

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LB n°39-40-41 : Apparaître  

Louvr'Boîte, journal des élèves de l'École du Louvre (Paris, France), numéro triple en 3D daté du premier trimestre 2017.

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Louvr'Boîte, journal des élèves de l'École du Louvre (Paris, France), numéro triple en 3D daté du premier trimestre 2017.

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