Page 16

MUSEOLOGIE

Le mémoire. Il aura rythmé l’année des élèves de second cycle, faisant courber de nombreuses échines bien innocentes. Il nous aura fait redouter le joli mois de mai et sa date fatidique. Il nous aura fait découvrir le monde de la recherche, ses facéties archivistiques et ses notes de bas de pages à rallonge (est-ce qu’une note de bas de page peut avoir une note de page ?). Bref, il nous aura violemment défloré ! C’est une étape dans la vie d’un étudiant qui se retrouve bien souvent démuni face à un sujet qui le dépasse. De ces gouttes de sueur éparpillées, nous avons voulu faire un ruisseau. Plongez-vous dedans et découvrez un petit aperçu de nos sujets d’étude et les souvenirs qu’ils nous auront légués.

L

e souvenir d’Eugène Fromentin à La Rochelle

« Les Trembles ». C’est une maison basse tout en longueur, précédée d’un portique à colonnes. Eugène Fromentin, peintre orientaliste et écrivain du XIXe siècle devenu sujet d’étude bien malgré lui, y passa une partie de son existence. Cette demeure, il l’intégra à son œuvre en la transformant par le jeu de la fiction romanesque dans Dominique, roman semiautobiographique. Aujourd’hui, ô funeste destinée, elle abrite des vieux en cohorte en sa qualité de maison de retraite. En cette fin d’après-midi, je me suis rendue devant « Les Trembles » pour la première fois. Des pensionnaires grabataires ferment leurs volets blancs, tout en m’apostrophant de quelques regards suspicieux. Il est clair que mon vélo jaune (impression pelage girafe) jeté contre les lauriers a de quoi inquiéter. Armée de mon appareil, je recule pour immortaliser la propriété. La tâche n’est pas si aisée car je cherche à retrouver l’angle de vue similaire à celui d’une photo prise il y a un siècle. Je me retourne, pour voir dans quel fossé me conduisent mes pieds. Ils se sont égarés hors de la propriété, à l’orée d’une jungle que je ne soupçonnais plus : le parc de la sortie de l’école, invisible depuis la rue et oublié de mon monde quotidien. Quand l’émotion afflue, on en appelle aux lieux communs (à savoir les références littéraires) pour débriefer son cœur. Je pense à la madeleine de Proust et par résonance, à la Madeleine de Fromentin, femme aimée et perdue, qui vivait à deux pas de là. Je refais aujourd’hui un chemin que j’avais désappris, un carnet à la main, cherchant dans le présent les vestiges d’un passé de cent cinquante ans. Mais je pense surtout au carnet que j’utilisais en mes vertes années pour griffonner les plaques d’immatriculation des amants (potentiels) de la voisine. Il est troublant de penser que tous ces lieux qui ont bâti mon enfance, toutes ces rues que j’avais cru un jour détenir ont appartenu à l’autre, au sujet d’étude. Mais qui s’en souvient encore ? Les existences filent sans

16

TEMOIGNAGE

Mémoires de mémoire

laisser de trace. Les biens passent de main en main. La mémoire est égoïste. Et l’enfant qui vit se moque du mort dont il a pris la place. Margot Boutges

L

es représentations des sièges du Moyen-âge dans le cinéma américain (ou Hobbitbourg in Yorkshire)

Leeds, joyeuse ville industrielle du nord de l'Angleterre, fin janvier. Après quelques échanges de mails, j'avais décidé de me rendre dans cette joyeuse cité afin d'y rencontrer une personne clé pour mon mémoire, un conservateur aux Royal Armouries, spécialisé en armes anciennes et répondant au doux nom de Robert Savage. Ça c'est pour la carte de visite, parce que moi, Robert, je l'ai toujours appellé Bob. Bob le Hobbit. L'homme qui ne vivait que pour Tolkien, au point de faire de sa maison un musée et de monter des expositions sur les armes du Seigneur de Anneaux. Grâce à Bob, j'ai découvert que Hobbitbourg ne se trouvait pas en Nouvelle-Zélande, comme l'office de tourisme national et Peter Jackson essaient de nous le faire croire, mais dans une banlieue du Yorkshire, qu'un conservateur pouvait nourrir une monomanie intense pour un seul film, qu'on pouvait manger du chocolat, boire du whisky et regarder un film avec Charlton Heston en même temps. Et qu'une chambre remplie de plus de 80 figurines dont un Gandalf parlant pouvait être légèrement effrayante à la nuit tombée. A Bob, mon éternelle gratitude. Anaïs Raynaud

L

es représentations des pyxides de Marie Madeleine dans l’art du XVe siècle

Dès le début, avec un sujet combinant à la fois un mot latin pédant, une sainte héroïne un poil déviante et une époque reculée, l’année s’annonce un peu folle. On commence par traduire le tout à son entourage. L’entourage comprend bien vite que ce tout consiste en fait à col-

Profile for Louvr'Boîte

Louvr'Boîte 6, avril 2010  

Louvr'Boîte, journal des élèves de l'École du Louvre (Paris, France), numéro sizième daté de avril 2010.

Louvr'Boîte 6, avril 2010  

Louvr'Boîte, journal des élèves de l'École du Louvre (Paris, France), numéro sizième daté de avril 2010.

Advertisement