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Vous êtes commissaire de l’exposition Sainte Russie, dont on parle beaucoup en ce moment. Comment est née l’idée de cette exposition?

La première fois que j'en ai entendu parler, c'était en 2001, à la prise de fonctions d'Henri Loyrette à la direction du Louvre. Il a alors « sondé le cœur et les reins » pour paraphraser le livre de Job- de l’ensemble des conservateurs. Il m'a proposé une exposition d'art russe ancien, idée que j'ai trouvé excellente. Peu de choses avaient été

faites en France sur le sujet, et rien au Louvre. J'ai donc commencé à établir des dossiers, et lorsque les années croisées –qui donnent des conditions tout à fait favorables- se sont mises en place, nous avons réellement enclenché le processus. Les années croisées ont une résonance politique importante. Pour la Russie, on a quelquefois entendu qu’il s’agissait d’une exposition « à la gloire de l’Eglise Russe. ». Comment travailler face à ces critiques ?

ENTREVUE

Je suis président depuis 2001. Je suis rentré dans le conseil de l’association quand je suis devenu conservateur en 1982. Depuis sa création, l’association a été successivement présidée par Fourest, Hogg, et Arlette Sérullaz, à laquelle j’ai succédé. J’ai repris l’association alors qu’elle vivait des heures très difficiles. Elle avait peut-être vécu trop longtemps sur ses traditions et avait besoin d’un sérieux coup de toilettage. Arlette Sérullaz m’a proposé de m’en charger et j’ai accepté. C’était un « bébé » déjà mal en point et son état s’était aggravé au point qu’il a été question de cesser nos activités. Mais grâce à une équipe entièrement renouvelée, dévouée corps et âme, nous sommes repartis. Nous avons resserré nos activités autour des élèves, des auditeurs et du cours Rachel Boyer. Pour les élèves, il s’agit de leur permettre des voyages à l'étranger avec leurs professeurs à des tarifs avantageux, puisque nous les subventionnons à hauteur d’environ 30%. A ceci s’ajoutent le club emploi et les journées de rencontres avec les professionnels, qui ont beaucoup de succès. Nous avons encore du mal à proposer des emplois, même si nous commençons à avoir de bons retours grâce à l'annuaire. Cet annuaire est une idée qui a été mise en application lorsque j’ai repris l’association. Il a été réalisé pour la première fois, d’une manière symbolique, pour le départ à la retraite de l'ancien directeur de l'Ecole Dominique Ponnau. Il ne comportait à l’époque que quatre promotions, et nous l'enrichissions peu à peu, avec dans l'objectif un jour de passer à une version internet. Nous nous occupons assez bien je pense des élèves et des auditeurs. Mais l’on s'est aperçu que pour les anciens élèves nous ne faisions pas grand chose. Depuis cette année, en accord parfait avec l'administration de l'Ecole, nous tentons de fédérer les anciens élèves. D’abord parce qu’au vu de courriers que nous avons reçus, des anciens élèves en éprouvent le besoin, mais aussi parce qu'il s'agit de gens qui gardent une certaine affection pour l'Ecole du Louvre et qui peuvent à leur tour aider les plus jeunes par divers biais. On se lance donc dans cette nouvelle opération, mais il faudra attendre quelques années pour que cela devienne intéressant à la fois pour les anciens élèves et les élèves en cours de scolarité.

Cela n’a pas plus de sens que de critiquer une exposition qui traiterait l'art religieux du Moyen-âge en France. Personnellement ça ne m'a jamais beaucoup inquiété car je savais ce que je voulais faire. Il y avait peut-être certaines craintes, mais finalement depuis l'ouverture de l'exposition il n'y a pas eu de critiques de cet ordre. En visitant l'exposition on voit bien qu'il ne s'agit pas d'une célébration de l'Eglise russe en tant que telle, si ce n'est les hauts faits de son histoire ancienne… De la même manière qu'on peut dire que c'est grâce à l'Eglise en France que l'on a construit les cathédrales... Je ne pense pas que ça renverse beaucoup de choses. Les années croisées ont bien une résonance politique, mais il s'agit de pays très variés, Arménie et Brésil par exemple. Et ces années n’ont pas forcément à voir avec la taille du pays, il me semble ainsi que l'Arménie est un peu plus petite que la Russie ! Donc le conservateur travaille sans pression politique?

Non, en tout cas en ce qui me concerne. Il n'y a pas eu de pressions politiques, d'autant plus que l'exposition était prévue depuis plusieurs années. Quand Henri Loyrette m'avait demandé de travailler à cette exposition, j'avais préparé des dossiers avec les éléments d'une conception, qui est celle qui est ressortie : une présentation chronologique s'arrêtant à Pierre le Grand -tant les XVIIIe et le XIXe siècle russes sont autre chose-, en ne se contentant pas d’ une ou deux collections. Nous avons donc fait appel à 26 collections, pour avoir la vue la plus large possible de l’art russe. Le dernier point qui m'était cher était de souligner que l'art russe n'est pas simplement le prolongement de l'art byzantin et que l'art russe n'est pas de l'art byzantin. Byzance est fondamentale, c'est indéniable, mais dès la conversion, l'art russe a une identité forte, assez aisément reconnaissable. L’art russe trouve nombre de ses sources ailleurs qu’à Byzance, peut-être dans sa propre tradition mais c'est difficile à dire, peut-être du côté de l'Orient, mais surtout du côté de l'Occident. Cela en reprenant des éléments de la tradition romane, puis gothique, puis renaissante, puis baroque ou classique. Tout ceci vient à chaque époque colorer ce fonds byzantinisant -et non byzantin-. Voilà pour les idées fortes. Nous avions

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Louvr'Boîte 6, avril 2010  

Louvr'Boîte, journal des élèves de l'École du Louvre (Paris, France), numéro sizième daté de avril 2010.

Louvr'Boîte 6, avril 2010  

Louvr'Boîte, journal des élèves de l'École du Louvre (Paris, France), numéro sizième daté de avril 2010.

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