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Dossier

Sing Sing, Bang Bang :

la vie et l’œuvre de Spike Jones

Texte & illustration : Gabriel Courgeon

Mais comment faire rire avec l’art le plus abstrait de tous ? Beaucoup de musiciens s’y sont attelés, de Mozart à Weird Al Jankovic. En général, on fait rire avec le fond, le propos, les paroles de l’opéra ou de la chanson. Spike Jones fait rire avec ses paroles parodiques, c’est indéniable, mais il s’attaque également à la forme. En plus des instruments «  classiques  », Spikes Jones and his City Slickers jouent avec tout et surtout n’importe quoi et agrémentent leurs morceaux de tous les bruits possibles et imaginables  : bruits de cloche, coups de feu, sirènes, pleurs de bébé, bris de verre, gargarismes, rires, etc. Les chanteurs d’opéras côtoient des imitations de personnages ivres et les violons jouent aux côtés d’ustensiles de cuisines. Il faut dire que les années 1940 marquent aussi le début de l’âge d’or des cartoons, Tex Avery en tête. Les deux mondes partagent un humour débridé et ne cessent de se croiser. Mel Blanc, qui prête sa voix à Bugs Bunny, est présent dans des enregistrements de Spike Jones et offre un hoquet mémorable dans Clink, Clink another Drink. Der Fuehrer’s Face, chanson qui rendit célèbre Spike Jones, donne

L’homme que nous allons évoquer aujourd’hui transforma l’ Ouverture de Guillaume Tell de Rossini en course hippique et joua Hungarian Rhapsody de Strauss à l’aide de caquètements de poule. Il côtoya Frank Sinatra et Marilyn Monroe et fut un des artistes les plus populaires des années 1940. Pourtant, cet homme est quasiment inconnu en France. Il est temps de rétablir cette grossière injustice en évoquant la vie et l’œuvre plus qu’hilarante de Lindley Armstrong « Spike  » Jones. Né en 1911 à Long Beach, ce Californien se forme à la batterie et rentre dans diverses formations musicales. Il joue pour la radio et se retrouve dans le groupe de Bing Crosby avec lequel il enregistre l’énorme succès White Christmas. Des débuts, somme toute, classiques. C’est au début des années 1940 que l’Amérique va découvrir le génie qu’est Spike Jones. Il prend la tête d’une formation, les City Slickers, des musiciens virtuoses et touche-à-tout, avec lesquels il met un point d’honneur à jouer pour rire et surtout pour faire rire.

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LB n°28 : L'humour  

Louvr'Boîte, journal des élèves de l'École du Louvre (Paris, France), numéro 28 daté de mars 2015. Lauréat du concours Kaléïdo'scoop en caté...

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