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Gavroche Le Parisien universel N°9 Semaine du 17 au 23 février 2011

LE BUSINESS DE  LA MORT

Assurances, banques :  gare aux pièges

ISCPA - Institut des Médias M 011 - Gavroche hors-série : 3 €

4 Auto : Genève pour rebondir 4 Force Ouvrière : force obscure 4 France-Mexique : la culture en otage


Gavroche - 17 février 2011

Sommaire Edito

Dossier pages 4-7 DR

Succession, gare aux banques et assurances ! Par Benoît Magistrini

Economie pages 8-10 DR

Politique page 14 Force Ouvrière, la perte de vitesse continue. Par Audrey Loussouarn DR

Culture pages 16-17 L’affaire Cassez menace l’année du Mexique en France Par Alexandra Bresson DR

Au rythme d’une marche funèbre, la rédaction de Gavroche signe son dernier numéro. Le glas sonne et il est temps de se demander : what’s next ? L’argent des défunts se perd dans un système mal organisé (p4 - 7). L’année culturelle France-Mexique se meurt à petit feu, à l’image de Florence Cassez (p16-17), du font de sa cellule. Et des pères sont assassinés par des desperados (p22). Même le sport est en berne, puisque le Frenchy Tony Parker n’a pas été sélectionné pour le All Star Game (p18) et que les Français ne brillent pas par leurs performances en ski (p19). La justice n’est pas non plus dans sa meilleure période (p15). Heureusement, tout n’est pas noir. Même si l’économie du Japon va mal (p12–13), le pays s’accroche, et le secteur automobile essaye de conserver un équilibre précaire (p8–10). Tachons de rester positif : HEC relance le e-business avec sa nouvelle chaire (p11), les gens ne se mangent plus entre eux (hormis pour l’art) (p21), et la collection Que sais-je ? nous réchauffe avec 100 mots sur la sexualité (p20). Souriez, à défaut de manger les pissenlits par la racine, vous pourrez bientôt les cueillir.

Genève, salon de la relance ? Par Wilfried Corvo

Sport page 18 Tony Parker, grand absent du All-Star Game. Par Yann Casseville DR

Laetitia Reboulleau, rédactrice en chef

Portrait page 24 Annecy au carrefour des époques. Par Antoine Delthil

Gavroche Rédaction : 9 rue Alexandre Parodi, 75010 Paris Directeur de la publication : Michel Baldi Directeur de la rédaction : Erwan Benezet Rédacteur en chef : Laetitia Reboulleau Secrétaire de rédaction : Pascal Golfier Maquettiste : Benoît Magistrini, Antoine Delthil Journalistes : Alexandre Benhadid, Alexandra Bresson, Yann Casseville, Wilfried Corvo, Antoine Delthil, Pascal Golfier, Audrey Loussouarn, Benoît Magistrini, Valentin Marcinkowski, Laetitia Reboulleau, Laurence Riatto, Emmanuelle Ringot, Clémentine Santerre

p.3 Perspectives p.4 à 7 Dossier p.14 Politique p.15 Justice Photo de couverture : DR

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p.16 à 17 Société p.18 à 19 Sport p.20 à 23 Culture p.24 Portrait


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Perspectives

une réputation mortelle

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« C’est l’histoire d’un Croque-mort qui entre dans un bar et Commande une bière… »

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’est un vautour, un oiseau de malheur. Ou tout du moins, c’est la représentation qu’on se fait de lui. Il se fait connaître sous le nom d’embaumeur, thanatopracteur, ou plus simplement de croque-mort. Spécialiste de la mise en bière, il est celui qui accompagne nos proches sur le chemin du repos éternel. Certaines professions ont très mauvaise réputation. Croyance populaire, imaginaire collectif, différence d’univers… Les raisons sont nombreuses pour cataloguer une profession sous de mauvais auspices. La profession de croque-mort est particulièrement touchée, de nombreuses personnes ayant peur de la mort. Un cliché que certains ont tenté de changer, notamment les concepteurs de la série Six Feet Under, présentant de façon humoristique une famille de croque-morts. Mais comme le chantait Brassens, « Non les brav's gens n'aiment pas que l'on suive une autre route qu'eux ». Or les employés des pompes funèbres ont pour rôle de préparer le « dernier voyage » des défunts. Une route mortuaire qui rebute le plus grand nombre, et donne naissance aux clichés, aux blagues de mauvais goût, voire dans le pire des cas à un rejet sociétal. La dénomination de la profession en elle-même à de quoi rebuter : croque-mort. Un terme qui, selon les explications, viendrait des crocs servant à tracter les morts de la peste, ou encore au fait que l’embaumeur était supposé mordre le pied du défunt pour s’assurer de sa mort. La définition la plus simple étant que le terme « croquer » signifie « faire disparaitre les morts ». Si on en croit l’imaginaire populaire, les croque-morts dormiraient dans des cercueils, auraient le teint cadavérique, collectionneraient les symboles ésotériques… Bref, autant de symboles qui tendent à effrayer. Et à faire oublier le caractère d’accompagnement des pompes funèbres, qui encadrent aussi bien le défunt que sa famille et ses proches. Un véritable métier de relations humaines, décrié car méconnu.

Par Laetitia Reboulleau

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Si le décès d’un aïeul est souvent un moment de tristesse, il s’accompagne également de lourdes charges pour les proches du défunt. Croque-morts, assureurs, banquiers… Il faut rester vigilant malgré une période de deuil déstabilisante. Erreurs de la banque en défaveur des héritiers, retard de transmission des fonds sur le compte de succession, recherches à reculons des bénéficiaires des assurances-vie, confusion entre le client décédé et un homonyme... Si le sort du défunt reste peut-être encore à déterminer, c’est l’Enfer qui commence pour ceux qui restent. 4

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A qui profite la mort ?


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Assurances sous risques L’argent des assurances-vie a-t-il vocation à finir dans la poche des héritiers ? Frais supplémentaires et manne financière moindre, les assureurs ont tout intérêt à ne pas restituer les actifs à leurs destinataires. Les contrats en déshérence sont pointés du doigt, avec une efficacité relative. Par Benoît Magistrini

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lus de 22 millions de contrats pour 1 265 milliards d’euros en France, les assurances-vie représentent une machine de guerre où intentions crapuleuses ou simples oublis passeraient facilement inaperçues. L’argent en déshérence, qui dort sagement car « n’ayant pas trouvé preneur » serait presque un appel du pied. Les sommes non réclamées sont placées à la Caisse des Dépôts et Conciliation dix ans après le décès. Si aucun n’ayant droit ne se déclare dans les trente ans après le décès, les sommes sont reversées dans les caisses de l’Etat. Mais le manque de transparence des assureurs et les écarts de chiffres des organismes compétents ont de quoi lever des interrogations.

Sanctions insuffisantes L’intérêt de trouver les destinataires des assurances-vie est limité, voire très limité. Le coût engendré par les éventuelles recherches, sur le plan administratif ou au niveau de la charge supplémentaire de travail, a de quoi démotiver les assureurs-enquêteurs. « Ils s’approprient les actifs à l’abandon, accuse maître Alain Bousquet, président de la Fédération nationale des associations contre les abus bancaires. Les sommes sont injectées discrètement sur les comptes des actionnaires, dans des bonus ou dans divers investissements ». Les menaces engendrées par la loi du sénateur Hervé Maurey de 2010 ne sont pas suivies d’effets car la mise en application

est compliquée: aucun contrôle, aucun délai, donc aucune réelle obligation… « Les sanctions sont insuffisantes et les lois promulguées sont de la poudre aux yeux, continue Me Bousquet. Aux Etats-Unis, la sévérité de la Justice est beaucoup plus dissuasive. Au final, banques et assureurs continuent leur pratiques en toute impunité ». De plus, quelle preuve y a-t-il que l’assuré soit mort ou vivant si la tenue des registres est laborieuse ? Si la banque ne joue pas l’intermédiaire, tout bloque. Les demandes d’identification par les assureurs restent souvent lettre morte: sur 470 000 demandes, seules 50 000 réponses, pas de quoi distinguer les morts des vivants. Depuis décembre 2007, les assureurs ont néan-

moins accès, sur demande, au Répertoire national d'identification des personnes physiques (RNIPP) un fichier géré par l'Insee et qui permet de constater les décès.

Plus de transparence Le doute est important sur les sommes en jeu : 800 millions d’euros selon la Fédération française des sociétés d’assurances (FFSA), près de cinq milliards selon les cabi-

des assurances), préfère tabler sur la fourchette basse. Le dispositif, chargé de la recherche de contrat d’assurance non réclamé, a permis de détecter 100 000 bénéficiaires pour quelques 550 millions d’euros en 2010. L’Agira 2 a répondu favorablement, en un an seulement, à 26000 demandes pour plus de 320 millions d’euro. Preuve que la recherche des assureurs n’est pas sans faille.

« Les sommes sont injectées discrètement sur les comptes des actionnaires ou investies » nets privés, pour les seuls contrats d’assurance en déshérence ! L’Agira (Association pour la gestion des informations sur le risque

Cette réticence, les cabinets privés de recherche de bénéficiaires la reconnaisse, et l’absence de « boom d’activité » suite à la loi est un signe qui ne trompe pas. La société Capitaux-RechercheDéshérence propose depuis 2006 ses services aux assureurs, en s’appuyant sur les archives du cabinet de généalogie Coutot-Roehrig, mais l’activité n’est pas florissante malgré la législation mise en place. « Pour les assureurs, externaliser n’est pas plus attractif, ironise Me Alain Bousquet. Pourquoi faire des dépenses alors qu’il n’y a aucun risque à ne pas en faire? » g

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Loi Maurey, adoptée au Sénat, 29 avril 2010

La Caisse des Dépôts et Consignation, créée en 1816, réceptionne les actifs en déshérence au bout de 10 ans et joue le rôle d’intermédiaire pendant 20 ans.

• Obligation pour les compagnies d’assurance de s’informer annuellement du décès éventuel de l’assuré pour tous contrat de plus de 2 000€. • Publication annuelle du nombre de contrats en déshérence et le montant de leurs encours, par les quatre grandes familles professionnelles de l’assurance et de la mutualité (FFSA, FNMF, Gema, CTIP). • Parution par les assureurs du bilan des démarches de recherche des bénéficiaires et les sommes versées à ceux trouvés.

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Successions,

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Un décès est presque toujours compliqué par de multiples formalités administratives et comptes bancaires de la personne défunte ne fait pas exception. La ténacité est une qualité ritage. Par Benoît Magistrini

L’enterrement ne signifie pas forcément la fin : Oublis, manque de communication, frais de succession excessif,... Les galères ne font que commencer.

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es centaines de coups de fil… Pour rien. Depuis septembre 2007, la Caisse d'épargne de Carhaix, en Bretagne, ne daigne pas répondre à Nathalie, 40 ans. Sa mère était titulaire de plusieurs comptes à la Caisse d'épargne et au Crédit mutuel. Son décès, durant l'été 2007, a engendré le processus habituel : certificat d'hérédité, acte notarié envoyé aux banques, etc. Mais tout bloque chez l'Ecureuil. Le transfert des 5 719 euros des comptes de la mère à celui de sa fille unique ne se fait pas. Dès lors, la méthode dite de l'autruche est appliquée. Le directeur de l'agence esquive les demandes formulées par l'héritière. Dans le même temps, des courriers concernant les comptes de la personne décédée continuent d'être envoyés au domicile de celle-ci. Des frais de gestion de dossier de succession sont prélevés en octobre 2008, « sans justification », estime l'héritière. Le PEA de la défunte pose particulière-

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ment problème, car il s'effondre en 2008, lui qui est principalement composé d'actions Natixis, dont la Caisse d'épargne est l'un des actionnaires.

Les banques aux abonnés absents Clôturer un compte bancaire après un décès coûte cher. Ainsi, pour 3 500 euros d'avoirs, il en coûte 140 euros à LCL ou au Crédit agricole, 100 euros à La Banque postale et 87,50 euros à la Société générale. Si les avoirs sont plus importants, le plafond flirte avec les 700 euros dans la plupart des banques. Mais que cachent les sommes ponctionnées ? LCL invoque « de lourdes recherches et le poids de la paperasse administrative ». « Faux », rétorque Me Alain Bousquet, avocat et président de la Fédération nationale des associations contre les abus bancaires, ces opérations leur prennent « quelques secondes en général ». La gratuité de la clôture d'un compte, imposée par l'arrêté du 8 mars 2005, ne s'est pas

étendue aux comptes de défunts. En outre, « les banques modifient les tarifs sans prévenir les clients, ce qui est contraire au droit des contrats, s'insurge Me Bruno Courtet, l’avocat de Nathalie. La fixation des prix devrait se faire opération par opération. Mais, pour de petites sommes, personne ne prend la peine de contester ». « L'erreur est humaine, concède la fille de la défunte, mais, au bout d'un moment, la banque aurait dû réagir. Sinon, elle commet une faute ». Pour son avocat, Me Bruno Cour-

tet, contacté seulement en novembre 2009, « l'objectif des banquiers est de garder l'argent des défunts le plus longtemps possible pour qu'il continue de fructifier. Dans le cas présent, je ne crois pas à une mauvaise volonté délibérée. Je penche plutôt pour de l'incompétence pure et simple ». L'assignation au tribunal de commerce de Morlaix a néanmoins réveillé la banque. Sa proposition de règlement, le 25 juin 2010, pour solder le dossier (6 200 euros, sans justification du montant), ne satisfait cepen-

dant pas l'héritière, déterminée à poursuivre l'affaire pour le principe.

Des erreurs lourdes de conséquences La mort d'un compagnon peut déstabiliser une personne en situation de faiblesse. Brigitte, 59 ans, ancienne informaticienne a affronté deux cancers et deux pontages. Depuis quelques années, elle se trouve de surcroît handicapée par des pertes de mémoire. Co-titulaire d'un compte-joint à La Banque postale, celui-ci était

Des frais de succession prohibitifs Les frais bancaires sont excessifs ! Ce n’est pas un scoop… Et ceux concernant les clôtures de compte lors des phases de successions ne dérogent pas à la règle. Les banques se font d’ailleurs régulièrement taper sur les doigts par Bruxelles. Certains frais pourtant passent entre les faisceaux du radar européen. Pour les successions, les grilles tarifaires existent et ne sont pas illégales, même si elles dérangent les associations de luttes contre les abus bancaires (ACABE, AFUB, FNACAB). Première remarque, la gratuité des clôtures de compte (depuis 2005) n’a pas impacté le prix des clôtures de comptes des défunts. Mais surtout, que cachent les sommes ponctionnées ? Concrètement, le notaire signale à la banque le décès. Dès lors, celle-ci sera chargée de geler les comptes à la date du décès, ainsi que de rechercher les différents livrets, PEA, coffre-fort… présents. Le notaire pourra ensuite avoir une vision « fixe » afin de procéder au partage des biens. La mission du service chargé des successions sera alors de procéder aux transferts d’actifs puis de clôturer définitivement les comptes du défunt. Avec l’informatisation surdéveloppée, cela ne prend donc guère de temps pour exécuter ces missions, simples et répétitives. Pour justifier les tarifs allant parfois jusqu’à plus de 700 euros (pour les clients défunts ayant de grosses sommes d’avoirs), les banques invoquent de lourdes recherches et le poids de la paperasse administrative. « Des formalités qui ne prennent en réalité que quelques secondes », selon Maître Alain Bousquet, président du FNACAB et avocat. Au vu du temps d’action pour la clôture du compte par le banquier - 30 sec selon Maître Bousquet - une fermeture de compte chez LCL contenant 5000 € d’actifs à la date du décès serait facturé 140 €, soit 16 800€/h pour la banque !


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Dossier

gare aux banques financières qui alourdissent encore la peine éprouvée par les proches. Le traitement des essentielle pour démêler l'imbroglio de certains dossiers, et parvenir à débloquer un héDes défauts de transparence Chargé des affaires ayant attrait aux successions, le service du même nom répond au besoin des banques de gérer la transition. Recenser les avoirs dans les comptes souscris, les geler, en informer les héritiers et l’administration fiscale, les transférer puis les clôturer. Vraie responsabilité donc, pour un service dont le silence d’outre-tombe laisse songeur. Les questions sur les coûts de fonctionnement ou les effectifs restent lettre-morte. Pourtant pour fixer les tarifs des frais de successions, la transparence devrait être de mise. LCL, dont le service de succession est centralisé sur deux sites en France, estime que « les démarches lourdes, les huissiers, l’aspect réglementaire, la recherche des bénéficiaires d’assurance-vie spécifiquement chez nous (ce qui est le rôle des assureurs depuis le 17 décembre 2007),… génèrent des coûts importants. Chez LCL nous avons un suivi personnalisé puisque les héritiers peuvent directement joindre le service de succession ». De son côté, la Société Générale incorpore le service de succession dans des pôles, au nombre de huit sur le territoire. Pour une gestion au cas par cas, les centralisations ne semblent pas indiquées, mais « cela évite une méconnaissance de ce type de dossier, qui sont parfois lourd et compliqué, surtout lorsque le défunt possédait un nombre d’avoirs important », explique la Société Générale. Pour les banques mutualistes, comme la Caisse d’Epargne, la gestion se fait par région (ou groupement de régions) et les agences mettent en relation. Pour les associations de lutte contre les abus bancaires qui regrettent l’omerta, les relations avec les agences sont insuffisantes. « La méconnaissance des employés en agence empêche un fonctionnement personnalisé qui permettrait d’éviter les contentieux réguliers, analyse Alain Bousquet. Finalement rien ne bouge dès que ça bloque, les conseillers sont impuissants ». Bien sûr, dans la majorité des cas les dossiers de successions ne bloquent pas. Mais les cas particuliers posent problèmes. « Il n’y a pas l’expertise nécessaire, explique Sylvie Badin, et traiter au cas par cas coûte plus cher que de réformer l’ensemble ». alimenté par la pension de retraite de son compagnon. Lorsque il décède, le 2 janvier 2010, Brigitte réagit tardivement. Ce n'est que le 26 janvier que la retraité demande la clôture du compte, dont elle est désormais l'unique titulaire. Surprise : la banque refuse, notamment parce que le défunt a souscrit un crédit peu avant sa mort pour acheter une petite voiture et un canapé. Un cadeau empoisonné pour Brigitte, qui n'est pas cosignataire de l'emprunt. Comme si cela ne suffisait pas, sa carte bancaire, qui lui a été volée, est utilisée pour des achats importants de jeux vidéo sur Internet, malgré une opposition formulée, selon elle, « dans les délais ». De fil en aiguille, elle se retrouve interdite bancaire. Pour elle, un comportement assimilable à de l'abus de faiblesse « est indéniable de la part de La Banque postale ». Pour cette dernière, au contraire, « il ne faut pas tirer de conclusion hâtive, tout est organisé en interne pour éviter les conflits ». Après l'intervention de l'Association contre les abus des

banques européennes (Acabe), La Banque postale a finalement accepté la demande de fermeture du compte joint, celui-ci étant créditeur au moment de la première requête de Brigitte.

Abus de faiblesse 350 euros pour une paire de tennis et des tee-shirts à Go Sport, la dépense est surprenante de la part de cette dame de 95 ans qui vit à Alger. De même que l'achat répété de billets d'avion dans les mois précédant son décès, fin 2007. Pour l'agence LCL de la vieille dame, il ne fait aucun doute que Gaétan, son seul héritier testamentaire, titulaire d'une procuration sur le compte de sa belle-mère, s'est rendu coupable d'abus de faiblesse en menant grand train avec l'argent de celle-ci durant les derniers mois de sa vie. L'homme «a bien voyagé», écrit ainsi la banque dans une lettre envoyée au procureur de la République, en février 2008. Cette correspondance entraînera une enquête policière impliquant jusqu'à Tracfin, la cellule française de lutte anti-

blanchiment. Le processus de succession sera bloqué sur réquisition judiciaire. L'explication de Gaétan est toute autre. Très attachée à sa maison en Algérie, où elle a vécu jusqu'à sa mort, sa belle-mère n'était plus autonome, justifiant ainsi les allers-retours Paris-Alger (il dispose des factures) qu'il a effectués pour l'y rejoindre. «Je pense avoir assuré au mieux son confort matériel et moral», affirme-t-il, accusant la banque d'excès de zèle. «Le signalement de la banque n'est pas condamnable, rapporte le notaire JeanMichel Chataing, mais les formes sont pour le moins inappropriées». Selon LCL, «il est de la responsabilité des conseillers bancaires d'être vigilants, mais c'est à Tracfin de distinguer le vrai du faux». Pour Me Daniel Richard, l'avocat de Gaétan, «la responsabilité contractuelle de LCL est engagée. Nous attendons la deuxième audience. Les gens de LCL seront entendus le 22 septembre 2010. Ils ne s'étaient pas présentés fin juin».

Confusion sur homonyme En août 2008, lorsque leur père décède, ses trois filles reçoivent sur le compte de succession 16 000 euros provenant de la clôture d'un livret A de La Banque postale. Six mois plus tard, mauvaise surprise : la banque leur réclame cette somme. L'explication tient à une regrettable homonymie. La banque a soldé le livret A d'un autre client portant le même nom que leur père. Ayant réalisé son erreur, elle a rem-

boursé les 16000 euros au vrai possesseur avant de se retourner contre les héritières. «C'est la procédure normale, se justifie l'établissement. Ce genre de méprise est très rare et résulte avant tout d'une erreur humaine». Pour les héritières, le choc est rude. Mais c'est surtout le traitement désinvolte de la part du service des successions qui les dérange : « Le prénom et le

conflits. Certains ont les moyens de lutter, d'autres, peu autonomes ou affaiblis psychologiquement, n'ont pas les mêmes ressources financières et les mêmes réflexes. Eternelle illustration du combat entre le pot de terre et le pot de fer. « Les banques jouent sur du velours en posant des conditions surabondantes », explique Me Da-

« Ralentir le processus de succession est l'occasion pour les banques de générer de la trésorerie » nom avaient été vérifiés, raconte Caroline, l'une des trois sœurs, mais pas la date et le lieu de naissance, qui auraient pu différencier les deux clients». Elles ont aussi l'impression d'être soupçonnées: «On nous dit que nous aurions dû nous rendre compte de l'erreur. Or, notre père étant un adepte des placements, cette somme n'avait rien d'étonnant». Autre preuve, selon les sœurs, de la «mauvaise organisation de la banque»: celle-ci n'a réclamé le remboursement qu'à deux d'entre elles. De son côté, Caroline a souscrit un prêt sur quatre ans consenti à taux zéro par La Banque postale pour rembourser le tiers de la somme. Mais elle en fait une question de principe : elle refuse de payer les timbres pour l'envoi des chèques de remboursement du prêt.

David contre Goliath La vigilance est de mise pour les héritiers et batailler ferme semble être la seule alternative pour résoudre les

niel Richard, avocat spécialisé dans la défense des épargnants. « Ralentir le processus de succession est l'occasion pour les banques de générer de la trésorerie et d'engranger des commissions », estime Sylvie Badin, la présidente de l'Acabe. Serge Maître, avocat et président de l'Association française des usagers des banques, s'insurge pour sa part contre « l'opacité pratiquée et [contre] l'incapacité technique des agences bancaires. On constate davantage de problèmes de succession aujourd'hui qu'il y a dix ans. Mais il ne faut pas tout mettre sur le dos des banques, il n'y a pas d'organisation frauduleuse ». « Les trois quarts des problèmes concernant les successions résultent en fait d'erreurs de la part des plaignants », rétorque un porte-parole de LCL. Les banques seraient donc responsables dans 25 % des cas. Un pourcentage pour lequel il n'y a pas lieu de se vanter. g

Succession, mode d’emploi Le plus rapidement possible après le décès, les héritiers devront présenter à la (ou aux) banque(s) du défunt une attestation notariée de succession ou un certificat d'hérédité - gratuit dans les mairies qui en délivrent -, accompagnés dans les deux cas d'une copie du livret de famille, ainsi que les coordonnées du notaire. En cas d'absence de réclamation d'un ayant droit, les avoirs sont transférés à la Caisse des dépôts au bout de dix ans. Trente ans après le décès, les sommes sont versées dans les caisses de l'Etat. Le compte joint n'est pas soumis aux mêmes règles que les comptes individuels. Il continue de fonctionner, amputé toutefois de la part réservataire destinée aux héritiers. Ces derniers peuvent demander à la banque par lettre recommandée avec accusé de réception (ou en passant par le notaire) de le bloquer. Les personnes pensant être bénéficiaires d'un contrat d'assurance-vie, mais qui ne savent pas dans quel établissement ce compte est ouvert, peuvent gratuitement faire valoir leur droit de recherche de bénéficiaire devant l'organisme agréé : Agira, 1, rue Jules-Lefebvre, 75431 Paris Cedex 09. Les frais d'obsèques peuvent être partiellement payés par la banque sur les avoirs des comptes du défunt, à hauteur de 3 050 euros, sur présentation d'une facture.

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Politique

Genève, le salon

Caradisiac

Du 3 au 13 mars prochains se tient le 81e Salon automobile de Genève. Entre « concept de constater l’influence de l’électrique sur les modèles à venir. La crise a déteint sur le secteur

La Ferrari FF sera une des stars du salon de Genève qui se tiendra du 3 au 13 mars. La remplacante de la 612 Scaglietti est un break de chasse qui a de quoi surprendre les amoureux du Cheval Cabré.

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ans moins de deux semaines, certains constructeurs automobiles joueront leur avenir. La crise mondiale est passée par là et les immatriculations ont massivement reculé en 2009 par rapport à 2008 pour des groupes comme Porsche (-28 %), Mercedes (-14,2 %) ou BMW (-13,9 %), même s’ils ont su se reprendre. D’autres constructeurs ont plus de difficultés. Et les différents plans de relance arrivent progressivement à leur terme. Depuis le 1er janvier, les pays européens retirent chacun à leur tour la prime à

la casse. Tant décriée par certains spécialistes de l’automobile, elle n’était vouée, selon eux, qu’à retarder l’échéance d’une importante crise qui pesait déjà sur le marché automobile. Ce plan presque exclusivement européen a été utilisé par quatorze pays de l’Union Européenne (mais aussi au Japon) et est encore prolongé par huit d’entre eux. Les effets de la prime à la casse paraissent pour l’instant plutôt bénéfiques. D’autant plus qu’ils sont à lier avec l’augmentation de la valeur

écologique tant chez les constructeurs automobiles que chez les consommateurs dans leur façon de renouveler leur voiture. En France, grâce au bonus/malus écologique, les émissions moyennes de CO2 sont passées de 140 g à 134 g par véhicule et par kilomètre, soit -4,5 % en 2009. Un effet palpable chez certains constructeurs : Volkswagen présentera sa Up ! Golf VII électrique et BMW dévoilera sa Megacity, entre autres voitures électriques ou hybrides. Le secteur automobile s’est donc relancé. Cette valeur environnementale sem-

ble presque devenir l’argument principal dans la réussite de la prime à la casse. Cependant, cela reste un coût non-négligeable pour les constructeurs. La conséquence est qu’en France, les clients se sont surtout concentrés sur les petites voitures. Une façon de profiter des avantages de la prime à la casse et du bonus/malus écologique en atténuant les inconvénients du prix de l’électrique. Au niveau mondial, la relance a aussi eu lieu. Après avoir plus que flirté avec la

zone rouge, General Motors (GM) a pu se relever, fortement subventionné par un Etat américain impliqué au sens propre comme au figuré. Cela n’empêche pas le groupe américain d’afficher des ventes en baisse de 5,9 % de voitures neuves pour les particuliers pour l’année 2010. A coup de « concept cars », modèles à succès et automobiles en instance d’être commercialisées, le Salon de Genève est l’occasion rêvée et presque le dernier espoir pour GM et d’autres de se relever. En Suisse, ce ne sera plus l’heure de jouer la montre. g

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Saab :

Saab 9-3 Cabriolet

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Saab n’est pas passée loin du gouffre. Subissant de plein fouet la crise mondiale et les difficultés de son groupe détenteur, General Motors, la marque suédoise a sauvé sa peau en rentrant chez Spyker. « Un concept car est en préparation sous la direction du nouveau designer, Jason Castriota, transfuge de Pininfarina », déclare Claude Makowski, représentant de la marque nordique en France. Sur cette nouveauté, le mystère reste entier même si on entend parler d’une concurrente de Mini inspirée de la Saab 9-2. Une Saab cabriolet 9-3 en série limitée, à l’occasion du premier anniversaire du rachat par Spyker, sera aussi au rendez-vous lors du salon helvétique. Le break 9-5 Estate sera aussi présent sur le salon en Suisse avec un modèle 9-3 rénové. Cependant, Saab reste en pleine reconstruction. « C’est laborieux, il a fallu tout redémarrer. Notamment, le processus général que gérait General Motors auparavant », explique Claude Makowski. La marque vise haut avec pour objectif 80 000 ventes pour 2011 alors que l’année 2010 a été très compliquée avec moins de 32 000 voitures vendues.


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Politique

de la relance cars », nouveaux modèles et voitures actuellement en vente, les visiteurs auront l’occasion automobile, mais ce marché a su se remettre à niveau en 2010. Par Wilfried Corvo Lancia :

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Au Salon de Genève, la principale attraction pour Lancia sera la nouvelle version du modèle Ypsilon. A l’occasion de sa dernière année de commercialisation, la marque italienne s’est dirigée vers un modèle différent. Les modifications principales sont à noter avec des optiques plus allongées et une grille de calandre qui passe à l’horizontale. Les design est plus masculin et sportif que celui de la génération précédente. A l’origine la Lancia Ypsilon est un rebadgeage (réutilisation d’un modèle d’une autre marque sous un autre nom) de l’Autobianchi A112, mythique citadine italienne qui fut commercialisée jusqu’en 1986. Les principaux autres modèles de la marque diffèrent de l’esprit Lancia. Le rapprochement avec Chrysler a été « décidé par Olivier François, le directeur français de Lancia », explique Philippe Maury, représentant de la marque. Olivier François devient directeur de la marque américaine, dont Lancia possède les parts à hauteur de 20 %. « Ce chiffre devrait monter jusqu’à 35 % », ajoute Philippe Maury. Les voitures de la marque resteront sous le nom de Chrysler dans le marché anglophone. En Europe (sauf Royaume-Uni), la « 300 C » de Chrysler deviendra la Lancia Thema, accompagné par la Lancia « Grand Voyager ».

Lancia Ypsilon

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Volvo : Le constructeur suédois Volvo devrait présenter à Genève une V60 Diesel hybride « plug in », qui devrait être commercialisée dans la foulée. Comme toute bonne hybride, elle ne sera pas 100 % électrique mais ses émissions de CO2 ne devraient pas dépasser les 50 grammes par kilomètre, couplées à une consommation de seulement 1,9 litre pour 100 km. Volvo suit une tendance qui semble se confirmer depuis l’année dernière. Les constructeurs automobiles prennent de plus en plus en compte l’aspect environnemental dans leurs projets, avec en point de mire la maîtrise d’un marché en devenir. Ancienne filiale de Ford, la marque nordique a été rachetée par le constructeur chinois Geely. Pourtant, les ventes de la marque avaient augmenté de 12,2 % l’année précédente. Pas assez pour aider son ancienne maison-mère, Ford, qui enregistrait une baisse de 13,2 % selon le rapport du Comité des constructeurs français de l’automobile (CCFA). Une preuve que Volvo ne semble pas maître de son destin.

Volvo V60 hybride « plug in »

Pour Genève, Mitsubishi se prépare à présenter un prototype polyvalent. La Concept Global Small doit inspirer cette citadine que le manufacturier japonais devrait commercialiser en 2012 avec l’Asie en ouverture. La marque aux trois diamants s’est également appliquée sur l’aspect environnemental. La consommation moyenne de dioxyde de carbone ne devrait pas excéder les 90 grammes par kilomètre. La marque asiatique fait également partie de celles qui ont fortement subie la crise (-17,2 % d’immatriculation en 2009). Au point de devoir se retirer du rallye Paris-Dakar, quelques années après s’être déjà retiré du championnat du monde de rallye WRC, où les différentes générations de Mitsubishi Lancer faisaient pourtant merveille.

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Mitsubishi :

Mitsubishi Global Small Concept

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Gavroche - 17 février 2011

Economie

2010, le redémarrage du marché auto Entre prime à la casse en Europe et soutien de poids aux Etats-Unis, 2010 aura été l'année de la relance pour l’automobile qui a pris la crise de plein fouet. Dans ce contexte, certains constructeurs ont retrouvé des couleurs pendant que d'autres n'ont pu que limiter la casse. Point positif : l’environnement prend une place plus importante. Par Wilfried Corvo

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craignaient déjà l'effet boomerang. Aux Etats-Unis, dans le même temps, le gouvernement américain a décidé de fournir un soutien de poids au groupe General Motors en pleine crise. Un bien pour un mal, peut-être, car ces aides sont un coût que GM devra bien rembourser un jour. Mais pour l'instant, le marché semble répondre favorablement à ces soutiens.

Double impact Pourtant, les effets de la prime à la casse sont largement visibles. Au début de l’année 2010, l’éphémère ministre de la Relance français, Patrick Devedjian, avait loué les chiffres en 2009 en France, considérant « qu’elle avait atteint tous ses objectifs » avec 600 000 primes à 1 000 euros remboursées avant une baisse progressive du remboursement courant 2010 puis sa disparition totale. Ce chiffre passera le million à la rentrée 2010 pour un coût total de plus d’un milliard d’euros pour l’Etat à la fin de l’année. En Europe également, l’effet s’est senti sur le marché mais le plus dur reste de le pérenniser. Pour les détracteurs de la prime à la casse, c’est son coût qui pose problème. Outre son financement, un autre phénomène s’est développé : c’est la prise en compte de l’aspect environnemental par les constructeurs et les acheteurs.

Objectif CO2 En plus de la prime à la casse, la France a aussi mis en place le bonus/malus écologique. Et les consommateurs en ont profité. Sur les deux dernières années, les émissions de CO2 ont diminué de 12 %. Une fenêtre dans laquelle

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omme au casino, la roue tourne toujours en économie, mais c'est surtout de savoir dans quel sens qui compte. Après être passé sous le tunnel de la crise, le marché automobile a retrouvé de la vigueur au début de l’année 2010. Sans garantir une véritable sortie de crise, les décisions des instances politiques étaient la condition sine qua none pour que certains constructeurs ne mettent pas la clé sous la porte au même titre que certaines entreprises du secteur bancaire. BMW en a fait l’expérience avec un taux d’immatriculations positif selon le CCFA à +6,2 % en 2010 (- 15,5 % en 2009). GM reste dans le négatif mais fait mieux que l’année précédente en passant de -9,2 % en 2009 à -5,8 % en 2010, moins plombé par sa filiale Saab (- 59,1% en 2009 mais -19,6 % en 2010). Quatorze pays de l’UE ont utilisé la prime à la casse. Cette prime, allant de 500 euros à 2 500 euros, a permis à ces pays de renouveler leur parc automobile. Par exemple, en France, les voitures ont maintenant sept ans d'ancienneté en moyenne. Le succès le plus flamboyant est celui de l'Allemagne dont les immatriculations avaient augmenté de 40 % en début d'année 2009. Son parc automobile était le plus vieux d'Europe. Mais plafonné à 5 millions d'euros, les Allemands ont été les premiers à ne plus dispenser cette prime. Une réussite qu’il faut donc nuancer car les effets d’une relance ne sont pas éternels et la pérennisation du secteur automobile doit de nouveau se faire de manière structurelle. D'autres ont persévéré mais les acteurs du secteur automobile

Le siège de General Motors à Détroit a été un colosse au pied d’argile pendant l’intégralité de la crise économique.

semblent vouloir se glisser quelques constructeurs. Les concepts cars sont de plus en plus nombreux à prendre en compte l’aspect écologique. Avec les prévisions sur le pétrole dont la planète manquera obligatoirement, les constructeurs automobiles semblent avoir bien compris que l’avenir du secteur passera par l’électrique. g

La relance en chiffres Les chiffres du Comité des constructeurs français d’automobiles (CCFA) de 2010 démontrent que le marché automobile a été dopé. En dehors de l’Europe, les immatriculations des particuliers sont en large augmentation, et en particulier chez les émergents, avec l’Argentine (+40,5%), la Chine (+33,2%) et l’Inde (+31,3%) en tête. En 2009, seul le couple Asie/Océanie était dans le positif à +21,7% (+55% pour la Chine). Le marché automobile américain est également dans le positif (+5,2%). Cependant, le plus grand constructeur du pays, General Motors a été sauvé de la faillite par le gouvernement américain, qui a pris 60% des parts du groupe en 2009. Aujourd’hui, GM est de nouveau coté en bourse. En Europe, l’effet relance est relatif. L’an dernier, le taux de nouvelles immatriculations a diminué de -4,8%. Les grandes marques françaises se portent plutôt bien. Peugeot-Citroën est en baisse de seulement -1,1% alors que Renault est à +5,9%. Par contre en Italie, c’est une très mauvaise année pour Fiat (-18,7%), avec l’effet Fiat 500 qui s’amenuise.


Gavroche - 17 février 2011

Economie

L’ère de l’e-entreprenariat HEC Paris lance ce mois-ci la première chaire e-business en France. Objectif : former des étudiants de la prestigieuse école de commerce aux spécificités de l’économie sur Internet. L’entreprenariat sur le web a finalement peut-être un avenir en France. Par Emmanuelle Ringot programme a déjà recueilli plus d’une centaine d’inscriptions. « Dans notre formation en master entreprenariat, on survole un peu l’économie numérique, cette chaire est un complément d’apprentissage pour ceux qui veulent entreprendre sur Internet », explique Vincent Juhel, étudiant à HEC Paris et l’un des premiers inscrits.

Toile saturée « Dans le e-business, toutes les données de l’entreprenariat sont chamboulées. Plus de rapidité, plus de compétition, un retour sur investissement plus rapide, la formation doit être spécialisée » explique Guillaume Salomon, co-fondateur du site AJStage.com et étudiant à HEC Paris. Le risque est donc de pousser les néo entrepreneurs à faire du web pour faire du web. La toile est saturée de sites qui ouvrent tous les jours notamment en proposant un « nouveau » service de B2C (des entreprises aux consommateurs). Un grand nombre d’entre eux échouent mais l’investissement de base étant beaucoup moins important que dans l’innovation industrielle, ces

Le risque: pousser les néo entrepreneurs à faire du web pour faire du web Une école spécialisée Les trois hommes déclaraient l’ouverture d’une nouvelle école : l’EEMI (Ecole Européenne de Métiers de l’Internet), spécialisée dans les métiers de web. Cette école a prévu d’ouvrir ses portes à la rentrée prochaine, et il est déjà possible de s’inscrire au concours d’entrée via son site internet*. HEC Paris emboîte donc le pas en lançant sa nouvelle chaire. Son certificate (formation théorique accélérée) est ouvert dès le mois d’avril, aux étudiants de dernière année d’HEC Paris ou titulaire d’un MBA pour une centaine d’heures de cours en deux mois. Le

revers font au final partie intégrante du bon fonctionnement de l’e-business. « Internet permet de repenser tous les métiers, de les actualiser, de répondre à des demandes qui n’auraient pas pu exister il y a dix ans. Il faut réadapter notre monde au web », explique Vincent Juhel. L’avenir économique tend à se tourner complètement vers le virtuel, et il est donc naturel que les écoles françaises s’attèlent à former au mieux les futurs entrepreneurs aux techniques spécifiques à l’ebusiness, pour que l’innovation française puisse un jour espérer rivaliser avec ses concurrents américains.

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ix ans après l’explosion de la bulle Internet, l’e-business a finalement réussi le tour de force de s’imposer dans l’économie traditionnelle. Loin derrière les Etats-Unis dans la course à l’innovation web, la France tente de combler son retard, en mettant notamment l’accent sur l’enseignement auprès des jeunes générations et futurs entrepreneurs. Le 7 février dernier, HEC Paris a ainsi lancé une nouvelle formation accélérée spécifiquement tournée vers l’entreprenariat sur Internet. « La création d'une chaire de commerce électronique orientée vers l'innovation, démontre l'ambition d’HEC Paris de former de futurs managers et entrepreneurs dans l'économie numérique » explique Bernard Ramanantsoa, directeur général du groupe HEC Paris. Cette nouvelle formation s’inscrit dans la continuité de l’annonce faite au mois de décembre dernier, par trois grands pontes de l’e-business : Jacques-Antoine Granjon (Vente-privee), Xavier Niel (Free) et Marc Simoncini (Meetic).

L’expansion de l’économie dur internet a poussé l’école HEC Paris à en faire une filière spécialisée.

Il faut dire que HEC Paris a mis les petits plats dans les grands pour rendre la formation la plus attractive possible. Gratuite, ouverte à une poignée de privilégiés (sur dossier), elle est aussi et surtout parrainée par des pointures de l’économie numérique. En plus des trois fondateurs de l’EEMI qui ont répondu présent, s’ajoutent Pierre Kosciusko-Morizet (Priceminister) et Steve Rosenblum (Pixmania).

Modèles de réussite Tous les cinq sont donc les heureux premiers parrains de la chaire « Digital Innovation for Business ». En plus de certains cours qu’ils dispenseront, ils se sont engagés à verser près de 270 000 € par an et ce pour une durée de trois ans. Après la vague d’innovations industrielles qui a révolutionné l’économie jusqu’en

1995, les entrepreneurs ont finalement pris d’assaut le monde virtuel avec succès. Malgré l’éclatement de la bulle spéculative Internet en mars 2000, certains sites web français sont devenus aujourd’hui des modèles de réussite. Meetic, lancé en 2001, réalisait par exemple un chiffre d’affaire de 133,6 millions d’euros en 2008. De même, Priceminister, premier site d’e-commerce en France, lancé lui-aussi en 2001, a été racheté par Rakuten, le plus important site de vente en ligne japonais pour 200 millions d’euros. Une valorisation exceptionnelle pour Priceminister qui a permis à Pierre Kosciusko-Morizet, son fondateur, d’assurer sa place au panthéon des e-entrepreneurs. Un parcours séduisant qui fait sûrement déjà rêver ses premiers élèves. g * www.eemi.com

Top 10 des sites français les plus visités 1)Orange.fr (12,000,000 de visiteurs uniques) 2) Free.fr (9 100 000 de visiteurs uniques) 3) Leboncoin.fr (8 100 000 de visiteurs uniques) 4) Commentcamarche.net (7 400 000 de visiteurs uniques) 5) Pagesjaunes.fr (7 400 000 de visiteurs uniques) 6) Dailymotion.com (6 200 000 de visiteurs uniques) 7) Laredoute.fr (6 200 000 de visiteurs uniques) 8) Sfr.fr (6 200 000 de visiteurs uniques) 9) Linternaute.com (6 100 000 de visiteurs uniques) 10) Meteofrance.com (5 600 000 de visiteurs uniques) *source adplanner by google

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Gavroche - 17 février 2011

Economie

Médaille de bronze pour le Japon

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C’est désormais officiel, le Japon n’est plus la deuxième économie du monde. La faute à une Chine toujours plus riche et désormais deuxième. L’archipel nippon ne semble pas pouvoir lutter contre la puissance chinoise en Asie. Par Valentin Marcinkowski

Malgré un taux de croissance de 3,9 % en 2010, la Bourse de Tokyo et l’économie japonaise dans son ensemble ne peuvent rien face à la montée en puissance chinoise qui dépasse les 10 % de croissance du PIB.

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e Japon devait dominer l’économie du XXIe siècle, c’est en

tout cas ce que prédisaient bon nombre d’économistes dans les années 1980. Trois

décennies plus tard, il n’en est rien. Pis, l’Empire du Soleil Levant a vu le rival histo-

rique chinois lui ravir la place de deuxième économie mondiale que le pays détenait depuis 1968. En publiant les chiffres de sa croissance annuelle pour 2010, Tokyo montre un peu plus ses faiblesses et consacre la suprématie économique de Pékin sur l’Asie. Un gouffre de près de 400 milliards de dollars sépare désormais les deux pays (5 879 milliards de dollars pour la Chine contre 5 474 milliards pour le Japon). Paradoxalement, l’archipel nippon a enregistré une croissance de 3,9 % en 2010. Un score honorable après une année 2009 difficile - où le PIB avait chuté de 6,3 % - mais qui ne peut soutenir la comparaison avec la Chine et ses +10,3 %. Le PIB par habitant des Japonais

reste cependant plus de dix fois supérieure à celui de la Chine. Tel un aveu d’impuissance, le ministre de l’Economie japonais Kaoru Yosano n’a pu que saluer, le 14 février 2011, « la progression rapide de l’économie chinoise » et souhaite « améliorer les relations amicales entre le Japon et la Chine sur le plan économique ». Confronté à une demande intérieure très faible, le renouveau de l’économie nippone passe par les exportations et donc par la Chine, premier partenaire commercial de l’archipel. Inconcevable il y a encore quelques années pour les Japonais, l’idée de se vassaliser toujours plus à l’Empire du Milieu pour sortir du marasme semble désormais inéluctable. g

Evelyne Dourille-Feer : « Le Japon aspire à vivre en circuit fermé », docteur en Economie, japonologue et économiste au CEPII.

Plus de 22 000 repas ont été servis en 2009 par les Restos du Coeur.

Valentin Marcinkowski

La Chine est désormais la deuxième puissance économique mondiale au détriment du Japon sur l’année 2010. Qu’est-ce que cela vous inspire ? Evelyne DourilleFeer. C’est un nonévénement puisque cela a été acté dès le deuxième trimestre de l’année dernière. Je trouve pourtant extraordinaire que la Chine n’ait pas dépassé le Japon plus tôt. Les Nippons se préparaient depuis plusieurs années à cette éventualité. Ils ont pris une grosse claque quand ils se sont aperçus que la montée en puissance de la Chine allait les faire reculer de la 2e à la 3e place. Aujourd’hui, les mentalités ont changé et cette idée est plutôt bien acceptée. La Chine peut-elle imposer sa domination sur le continent asiatique ? Je ne pense pas que tout soit joué en Asie. Les Chinois veulent montrer leur puissance et commettent quelques maladresses qui pourraient leur coûter cher, notamment sur la question nord-coréenne. Le

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risque pour la Chine serait de voir tout le continent asiatique se souder sans elle. De son côté, le Japon aspire à vivre en circuit fermé. Le pays continuera ses exportations pour financer l’achat de matières premières. Le seul facteur qui pourrait inquiéter Tokyo, et pas seulement, c’est que la Chine produit 95 % des terres rares nécessaires à la confection des appareils électroniques. Pékin a déjà bloqué l’approvisionnement à plusieurs reprises par le passé et cela peut pénaliser l’économie japonaise. Quelles mesures comptent prendre le gouvernement de gauche, en place depuis 2009, pour relancer la consommation intérieure ? Le parti démocrate japonais a été élu sur un programme simple : faire de la politique au service des gens. En vingt ans, le pays a traversé diverses crises qui ont entraîné de nombreuses dérèglementations, notamment sur le marché du travail. La gauche souhaite remettre l’humain au centre de l’économie en aidant les plus précaires. Le but est de recentrer la demande sur l’intérieur en augmentant le pouvoir d’achat avec des transferts sociaux. L’idée semble plutôt bonne mais la pression internationale pour réduire la dette japonaise (194 % du PIB) risque de changer la donne. Pourquoi le Japon n’a pas été attaqué comme la Grèce malgré une dette abyssale ?

A la différence des Grecs, les Japonais maîtrisent leur dette puisqu’ils en détiennent près de 95 %. Or, il est impossible de spéculer sur seulement 5 %. Plus de 50 % de cette dette est détenue par les institutions financières publiques du pays. C’est un problème qui les concernent eux et seulement eux. En raison de cette dette, existe-il un risque de voir les agences de notation dévaluer la note du Japon ? Il faut bien différencier deux choses : la notation à court terme et la notation à long terme. Sur le court terme, le Japon a la meilleure note qui existe, preuve qu’on lui fait encore confiance. Pour le long terme, Standard & Poor’s est la seule agence à avoir dévaluer la note du Japon de AA+ à AA- à la fin du mois de janvier 2011. Globalement, le pays n’a rien à craindre de ce point de vue même si le FMI s’est servi de ce prétexte pour appeler les Japonais à assainir leurs finances au plus vite. Dans ce cas, le gouvernement devra faire des coupes dans les dépenses publiques pas vraiment en adéquation avec le programme social sur lequel il a été élu. Le budget 2011 va bientôt être voté et pour l’instant, il semblerait que la part consacrée au social soit maintenu comme il avait été décidé avant la dégradation de la note. g Propos recueillis par Valentin Marcinkowski


Gavroche - 17 fĂŠvrier 2011

Economie

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Gavroche - 17 février 2011

Politique

FO, une Force Oubliée

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Le 22e congrès de Force Ouvrière (FO) a débuté lundi dernier à Montpellier. Le but est de réaffirmer les objectifs du syndicat pour les trois ans à venir. Pas si facile pour FO qui perd en auditoire et en crédibilité. Par Audrey Loussouarn

Force Ouvrière, qui organise son 22e congrès, est en perte de vitesse depuis quelques années.

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es salariés ne font plus confiance aux syndicats. La preuve, 38 % des non syndiqués ont le sentiment que les centrales ne comprennent pas les salariés (sondage de la Direction de l'Animation de la Recherche des Études et des Statistiques d’octobre 2004). Alors que faire pour dépasser la barre des 10 % de syndiqués ? Force Ouvrière (FO) s'est mis en tête d’atteindre de nouveau cet objectif lors de son 22e congrès qui se tient à Mont-

1997 et 2008 et était à la limite de perdre la SNCF, EDF-GDF et la Poste -, le syndicat prévoit de mettre en avant sa diversité politique pour débattre des grands sujets futurs comme la parité hommes-femmes dans les entreprises ou les problèmes de discrimination. Le syndicat, de tradition anarcho-réformiste, compte autant de trotskistes que de partisans de l’UMP. Il envisage d’en faire un atout, un gage d’indépendance et pour cela, prend le parti de ne faire au-

« Les revendications ont changé et les moyens de les exprimer également » pellier jusqu'à samedi. La troisième force dans le monde syndical derrière la CGT et la CFDT a réuni ses 2700 délégués pendant quatre jours pour tenter de fixer les objectifs des trois prochaines années. En perte de vitesse, – FO a perdu cinq points aux élections prud’homales entre

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cune allusion à 2012. Et quand il est question de la présence de lepénistes dans le syndicat, le secrétaire général de FO-cadres Eric Peres réfute : « Nous avons une valeur commune, celle de la République. Le FN ne l’a pas et par conséquent FO ne doit compter aucun de leur sympathisant ». Pour remédier au recul évi-

dent de Force Ouvrière, le syndicat mise tout sur la proximité. Pour le secrétaire général, « il faut prendre conscience des réelles souffrances des salariés. Les revendications ont changé et les moyens de les exprimer également. Les syndicats ne sont plus les seules instances à pouvoir les défendre ». Autant de facteurs qui font obstacles à l’intronisation de FO dans les entreprises. Entre autres, la centrale compte bien remettre au goût du jour l’importance des syndicats dans les entreprises en luttant contre l’abstentionnisme dans les votes des syndicats et contre le désengagement de l’Etat quant au soutien des organisations syndicales.

Force Ouvrière du futur La question ne semble pas pour autant préoccuper JeanClaude Mailly. Dans une interview pour Les Echos, il l’affirme : « FO est sur une pente ascendante, n'en déplaise à ceux qui rêvent d'une bipola-

risation du syndicalisme».Principal point de discorde avec le gouvernement, la loi sur la représentativité d’août 2008. Signée par le duo CGT-CFDT et par le MEDEF, elle prévoit un vote dans chaque entreprise pour définir quelles organisations syndicales devront représenter les employés. Pour Eric Peres, la réforme pose un réel problème de démocratie. « Le syndicat doit désormais obtenir 10 % des voix aux élections professionnelles dans une entreprise. Les syndicats moins importants que CGT ou CFDT sont écrasés et perdent ainsi leur place dans les sociétés », s’insurge-t-il. L’enjeu sera ainsi de convaincre les non syndiqués de s’engager dans ces élections pour qu’ils puissent se retrouver dans une organisation syndicale qui leur ressemble et pourquoi pas chez Force Ouvrière. « On s’étonne ensuite qu’il y ait un sentiment général de manque de représentativité. Cette réforme ne fait que reculer le syndicalisme en France », conclut Eric Peres.

L’équipe actuelle renouvelée Les PME sont les plus touchées par cette réforme. Le risque majeur demeure dans l’apparition de nouveaux conflits et dans la transformation des syndicats en appareils politiques. Et ils étaient déjà bien partis pour. Le but par la suite sera également de percer davantage dans les boîtes privées où FO compte déjà 60 % de syndiqués. Stratégie pour peser dans la politique sociale, la centrale cherche à s’imposer principalement dans les débats sur la protection sociale, l’emploi du service public ou encore sur les retraites. Rien de nouveau depuis les résolutions du congrès de 2007. FO cependant l’affirme : le dialogue sur la réforme des retraites de novembre der-

nier n’est pas clos. Pour le renouvellement de l'équipe, aucun suspense à avoir. Sur les douze membres du bureau de FO, un seul se voit remplacé. Bernard Devy, le spécialiste des Retraites passe ainsi le flambeau à Philippe Pihet, patron de l'union du Rhône. Pour ce qui est de l'élection de la tête de la centrale, le troisième mandat de Jean-Claude Mailly est assuré par l'absence de concurrence. Cela change de 2007. Pourtant, un des objectifs depuis le dernier congrès était de renouveler l’équipe où les cadres vieillissent et semblent de moins en moins comprendre les réalités sur l’emploi des jeunes par exemple. Selon Eric Peres, « ces changements s’opèreront dans les prochaines années notamment en 2013 où auront lieu les élections de représentativité ». En attendant, FO espère bien jouer la carte de la tranquillité et de la confiance. Rien de mieux selon le syndicat pour attirer de nouveaux adhérents. g

Réforme des retraites, bête noire de FO : Réunis à Lille en juin 2007, les délégués du 20ème congrès de FO annonçaient déjà dans leur résolution générale leur revendication prioritaire pour les trois années suivantes. Force Ouvrière voulait ainsi lutter contre les économies de substitutions comme l’épargne retraites qui affaiblissent les « régimes de retraite par répartition pour développer la capitalisation ». Tout ce que met désormais en œuvre la réforme des Retraites de novembre dernier. Au moment des revendications contre cette loi, le syndicat n’avait pas réussi à imposer ses journées de rassemblements. Aujourd’hui, il reste cependant persuadé qu’il pourra la faire annuler.


Gavroche - 17 février 2011

justice

Les magistrats prônent l’excès de zèle D

es « carences manifestes » ont été constatées dans le traitement du cas Tony Meilhon. C’est ce qu’a déclaré Michel Mercier, ministre de la justice, lundi 14 février à la suite de l’étude du rapport de l’IGS sur l’accompagnement du meurtrier présumé de Laetitia Perrais. Ce rapport met en avant des disfonctionnements dans la transmission des directives entre le juge d’application des peines (JAP) et les services pénitentiaires d’insertion et de probation (SPIP). Alors que le JAP notifiait l’urgence de la saisie des services pénitentiaires dès juin 2009, après une condamnation en récidive de Tony Meilhon, ils ne le sont qu’en novembre 2009. Et lorsque Tony Meilhon sort de prison le 24 février 2010, le conseiller d’insertion et de probation (CIP) en charge de son dossier, surchargé de travail, décide de « prioriser » d’autres cas estimés plus sensibles. Résultat : le CIP ne rencontre pas Tony Meilhon, pas plus que le service médico-psychiatrique qui s’occupait de lui. Les informations circulent mal, voire pas, entre les services et le SPIP ne prend aucune mesure particulière.

Une «responsabilité collective» Ce sont donc principalement les services pénitentiaires qui sont mis en cause par le rapport de l’IGS, même si le garde des sceaux a parlé de « responsabilité collective ». Bien que blanchis, les magistrats restent mobilisés après plusieurs jours de report des audiences non-urgentes dans plus de 70 circonscriptions. Si le gel des audiences a été levé avec la diffusion des conclu-

sions sur le rapport d’inspection, les magistrats n’en oublient pas moins les interventions du président Nicolas Sarkozy ni le manque de moyens auquel ils doivent faire face. « La phrase de Nicolas Sarkozy réclamant que des coupables soient punis parmi les magistrats, alors même que le rapport n’était pas encore étudié, a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase », explique Julie Couty, substitut du procureur au tribunal de grande instance de Pontoise (95). Une déclaration vécue comme une attaque directe du président, qualifié avec humour de « multi-récidiviste » par le juge Trévidic le 7 février dernier puisqu’il avait déjà eu des mots avec la magistrature. Et le mouvement déclenché par cette déclaration perdure puisque mardi 15 février, les principaux syndicats de la magistrature ont appelé à appliquer stricto sensu toutes les procédures prévues par la loi afin de mettre en lumière la pénurie de moyens de la justice. « Par ce procédé, tout en continuant notre travail, nous voulons mettre en avant l’empilement législatif parfois contradictoire de ces dernières années et l’impossibilité de suivre certaines directives par manque d’argent et de personnel», reprend la substitut du procureur. Ce manque de moyens est bien le centre du problème puisque, selon Marie-Odile BertellaGeoffroy, membre du syndicat FO magistrats, il se trouve à l’origine des « responsabilités individuelles qui ont été identifiées» dans l’affaire Laetitia. Impossible donc, pour elle, de mettre en cause des personnes qui ne sont pas en mesure d’effectuer, au quotidien, leur travail correctement. Dans le département du Val d’Oise (95), comme en

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Le garde des sceaux Michel Mercier rendait public, le 14 février dernier, le contenu du rapport de l’Inspection Générale des Services (IGS) sur l’affaire Laetitia. Ses conclusions mettent en cause les services pénitentiaires mais innocentent les magistrats qui, solidaires, poursuivent leur protestation contre le manque de moyens de la justice. Par Pascal Golfier

Les magistrats poursuivent leurs protestations.

Loire-Atlantique (44), un CIP s’occupe de 120 à 130 dossiers. S’il doit tous les traiter équitablement, cela revient à passer sept minutes par mois sur chaque cas. Le tri devient donc indispensable pour les conseillers, au risque de ne pas détecter la dangerosité potentielle d’individus ou de négliger les procédures de suivi.

Un suivi négligé Quant au JAP, il est en charge d’environ 1200 dossiers en permanence. Une somme de travail impossible

à supporter, à tel point que certaines mesures ne sont parfois même plus requises. « Aujourd’hui, on est bien conscient par exemple que les suivis pour les procédures de mise à l’épreuve sont très longs à mettre en place », illustre Julie Couty. Alors même qu’il s’agit d’une mesure souvent utile permettant d’éviter l’incarcération et de désengorger des prisons françaises surpeuplées. « Tout doit être revu en termes de moyens dans la chaîne pénale, afin que le système puisse fonctionner correctement », in-

siste Marie-Odile BertellaGeoffroy. Or c’est le président de la République qui est censé, selon l’article 5 de la Constitution, être le garant de la justice en lui donnant les moyens d’agir. La frustration monte donc d’autant plus dans les rangs des magistrats qui se sentent à la fois délaissés et visés à tort. Dans ce contexte, les cinq millions d’euros et les 400 postes de greffiers promis par Michel Mercier afin de palier en urgence aux manques les plus criants des tribunaux font bien pâle figure. g

3 questions à Maître Sophie Millot, avocate pénaliste au barreau de Paris. Les avocats soutiennent-ils les magistrats dans leurs protestations ? Dans l’ensemble oui, et j’étais d’ailleurs à la manifestation du jeudi 10 février. Il est inadmissible que le président cherche des coupables au lieu de trouver des solutions aux manques de moyens de la justice, que ce soit en termes d’argent, de personnel ou de temps. Comment ces pénuries influent sur le fonctionnement de la justice ? Les juges sont surchargés de travail et certaines mesures deviennent quasi inapplicables. Les travaux d’intérêts généraux par exemple sont de moins en moins requis. L’incarcération en détention provisoire devient « normale » car plus simple qu’un contrôle judiciaire. Alors même qu’elle est souvent inadaptée et surtout, conçue comme une procédure exceptionnelle ne concernant que des mis en examen jugés dangereux. L’arrivée de jurés populaires pour des affaires correctionnelles, comme le souhaite Nicolas Sarkozy, sera-t-elle une aide ? Je ne pense pas car il sera difficile pour les gens de s’intéresser à des affaires parfois très complexe. En plus, les magistrats sont des professionnels du droit, c’est leur métier. Ce qui n’est pas le cas de civils. Et puis cela revient à expliquer au peuple qu’il serait peut-être plus compétent que les juges. Au contraire, pour moi une telle mesure participe à créer une mauvaise image de la justice auprès des gens.

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Gavroche - 17 février 2011

Société

L’année du Mexique

Ladepeche.fr

Emprisonnée depuis plus de cinq ans à Tepepan, Florence Cassez défraye toujours la chrofrançaise est inébranlable. Nicolas Sarkozy demeure son principal défenseur, au point

Florence Cassez est emprisonnée à Tepepan au Mexique depuis 2005.

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e verdict a fait l’effet d’un coup de massue pour la France. Le pourvoi en cassation de Florence Cassez a été refusé le jeudi 10 février, la condamnant définitivement à 60 ans de prison. Les réactions de la famille de la Française de 36 ans accusée de complicité d’enlèvements ne se sont pas faites attendre. Sa mère jette le premier pavée dans la mare en demandant l’annulation pure et simple de l’année du Mexique en France, partenariat culturel entre les deux pays. « Il est impensable de fêter le Mexique en France ! » déclarait Charlotte Cassez,

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lors d'une conférence de presse dans le cabinet de son avocat français à Lille. Mise en place le 27 mai 2010 par Bernard Kouchner, l’année du Mexique en France se devait d’être grandiose. Plus de 300 manifestations ont été mise en place dans divers domaines : cinéma, arts de la scène, expositions patrimoniales, littérature, échanges universitaires et académiques, sciences et techniques dans de nombreuses villes françaises de février à décembre 2011. La demande de Charlotte Cassez a rapidement pris de l’ampleur, notamment à la suite de dé-

clarations de plusieurs politiques sur le sujet. Michèle Alliot-Marie, ministre des Affaires étrangères, a annoncé qu'elle ne participerait à aucune manifestation de l'année du Mexique et a dénoncé un « déni de justice », François Baroin, porte parole du gouvernement, évoque quant à lui un « point de crispation » entre Paris et Mexico. A Lille, l’exposition Drôle d’estampes, calaveras et caetera labellisée année du Mexique en France, a été annulé sous la demande de son maire Martine Aubry dès le lendemain de l’annonce du jugement, avant même que

Nicolas Sarkozy n’accueille les parents de Florence Cassez à l’Elysée le 14 février. « Personnellement j’aurais préféré que l’exposition soit maintenue tout en y réservant un espace à Florence Cassez mais je suis solidaire, alors je comprends la décision de la mairie de l’annuler. Florence Cassez est originaire de Lille, ses parents habitent dans la région, Martine Aubry se devait d’agir », déclare Alain Buyse, commissaire de l’exposition.

Le pire ce serait l’oubli Le président de la République, en contact régulier

avec la Française incarcérée, se retrouve maintenant dans une situation compliquée : lui qui prévoit une réforme du système monétaire international, a demandé à son homologue mexicain Felipe Calderon de travailler sur cette question avec la chancelière allemande Angela Merkel en vue de la prochaine réunion du G20. Un G20 dont le Mexique prendra la tête en 2012. Mais parallèlement, avec l’affaire Cassez, celui-ci se trouve dans l’obligation de saisir la Cour internationale de Justice de La Haye ou la Cour interaméricaine des droits


Gavroche - 17 février 2011

Société

en France menacée nique. Si la question de sa culpabilité reste encore en suspens, le soutien de la communauté de risquer l’annulation de l’année du Mexique en France. Par Aléxandra Bresson pour lequel elle avait été conçue », indique le ministère des Affaires Etrangères mexicain. « Le gouvernement mexicain estime qu'il n'est pas sain de lier un cas pénal avec un évènement culturel. Conséquence : le financement mexicain pour les multiples manifestations en France est en suspens tant qu’on n’aura pas

« Les visites d’écrivains, de chanteurs ou d’acteurs mexicains pourraient être suspendues » favorable à cette idée. Pour elle, l’année du Mexique en France est le meilleur moyen d’aborder son cas. « Le pire, ce serait l'oubli », at-elle déclaré. C’est donc en accord avec la famille Cassez que Nicolas Sarkozy a décidé de maintenir les manifestations de l’année du Mexique en France et même de les dédier à la Lilloise.

La culture en otage Mais, le 14 février, à peine la décision de maintenir le partenariat culturel prise, le gouvernement mexicain annonce quelques heures plus tard son retrait de l'organisation. « A la lumière des déclarations du président Sarkozy, le gouvernement du Mexique considère que n'existent pas les conditions pour que l'année du Mexique en France soit menée à bien de manière appropriée et que soit mis en œuvre l'objectif

le mot de la fin au grand désarroi de certains organisateurs qui ont attendu février pour leur inauguration », explique Miguel Gleason, président de l’association culturelle Mexique en France. Lancée officiellement le 3 février au Musée d’Orsay mais commencée dès janvier 2011, l’année du Mexique en France ne pouvait prestement pas être annulée par Nicolas Sarkozy, l’idée d’un partenariat émanant de la France dès l’année 2009 alors que Florence Cassez était déjà emprisonnée. De son côté, le Mexique souffle le chaud et le froid en se disant finalement prêt à participer à la seule condition que les autorités françaises renoncent à la lier à l'affaire Florence Cassez. « Nous sommes là, nous sommes prêts, nous avons déjà commencé à organiser quelques événements, si on

respecte les conditions par lesquelles nous avons été invités », a affirmé mardi 15 février l'ambassadeur du pays en France, Carlos De Icaza. Les manifestations se déroulant depuis janvier ou dans les prochaines semaines sont presque assurées d’avoir lieu. « Le financement de cette année mexicaine dépendant en grande partie du mécénat d’entreprises comme Air France, Axa ou encore Schneider Electric rien n’est totalement perdu » annonce Pascal Sangnier, directeur du lycée Louis Gailloux de Rennes qui doit accueillir du 16 au 26 février la Semaine du goût labellisée année du Mexique en France.

Les organisateurs dans l’attente L’exposition d’ouverture à la Pinacothèque de Paris Les masques de Jade Mayas qui ouvrira ses portes le 1er mars sera accessible au public quoiqu’il advienne mais pour les manifestations commençant à partir de fin février les organisateurs attendent avec impatience les décisions des chefs d’Etats. « Cela représente des enjeux économiques pour notre festival et nos partenaires, toute une équipe l’a préparé depuis un an alors si j’annonce qu’il n’aura pas lieu je pense que ce sera dramatique, socialement et psychologiquement » déclarait

Florence Cassez, cinq ans déjà En Mars 2003, Florence Cassez originaire de Lille, décide de vivre au Mexique. Après un an sur place, elle rencontre Israel Vallarta, qui se dit vendeur de voiture, et s’installe avec lui dans un ranch. Le 8 décembre 2005, ce dernier soupçonné de diriger un gang responsable d’une dizaine d’enlèvements et d’un meurtre, est arrêté avec sa compagne sur une autoroute par la police. Le couple est une nouvelle fois arrêté le lendemain, au ranch, devant la télévision mexicaine qui diffuse en direct la reconstitution. Si Vallarta a reconnu les faits, il a toujours affirmé que sa compagne n’avait rien avoir avec ses agissements. Le 27 avril 2008, la Française, reconnue coupable d’enlèvement, d’association de malfaiteurs et de possession d’armes, est condamnée à 96 ans de prison. Un an plus tard, la peine est réduite à 60 ans grâce à un appel mais le président mexicain Calderon refuse son transfèrement en France. L’année 2010 représentait un espoir pour Florence Cassez car le parquet mexicain a reconnu que la police mentait sur la réalité de l’arrestation et qu’un témoin à charge affirme avoir avoué son nom sous la torture. Eléments qui n'étaient apparus ni au procès initial ni au procès en appel. Les avocats de Florence Cassez en profitent pour déposer un pourvoi en cassation qui sera rejetée le jeudi 10 février, rendant la condamnation définitive. La Française a reçu deux soutiens notables : celui de l'Eglise catholique du Mexique et celui d'un ancien procureur général fédéral. Tous les deux ont affirmé croire en son innocence. Mais pour la majorité des mexicains Florence Cassez est coupable. L’enlèvement et la séquestration étant des délits très graves dans ce pays, plusieurs partis politiques réclament même la peine de mort. La présidente de l’association Alto al Secuestro (Halte aux enlèvements) Isabel Miranda de Wallace a elle-même toujours condamné Florence Cassez : « Je suis sûre à 100% qu’elle est coupable. Elle a habité avec Israel Vallarta qui a reconnu plusieurs enlèvements. Puis David Orozco, l’un des membres du gang l’a désigné comme l’une des responsables ». De son côté, la Française a toujours clamé son innocence et a même écrit un livre, A l’ombre de ma vie : prisonnière de l’Etat Mexicain sorti en février 2010.

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de l’homme au Costa Rica. Face au refus constant du Mexique de transférer Florence Cassez en France, le boycott de l’année France Mexique se devait de représenter le moyen le plus rapide et direct pour montrer un désaccord politique. Pourtant la principale intéressée ne se dit pas du tout

L’année du Mexique en France doit se dérouler de février à décembre 2011.

sur France Inter Eric Bouzannet, le président du festival Travelling Mexico & Junior qui rend hommage au cinéma mexicain du 23 février au 1er mars 2011. Les visites d’écrivains, de chanteurs ou d’acteurs mexicains pourraient également être suspendues. « Il y a trente invités prévus et les billets d’avion sont réservés depuis longtemps, précise Séverine Létondu responsable en communication de l’association Clair obscur en charge du festival Travelling, « C’est comme préparer un mariage puis apprendre au dernier moment que la mariée ne viendra pas ». Toute une saison culturelle est également en jeu dans les musées car certaines œuvres proviennent des collections de l’Etat mexicain. « Tous les tableaux de l’exposition Frida Kahlo au Musée de L’Orangerie ont été entièrement envoyés depuis le Mexique mais il y a toujours un risque qu’ils soient « repris », Quant à l’exposition consacrée

à Diego Rivera au même musée, l’envoi de tableaux est pour l’instant au point mort », affirme Miguel Gleason. Du côté du musée de Saint-Romain-en-Gal qui présentera Les cultures antiques de Veracruz, l’une des expositions les plus attendues, le personnel n’a pour l’instant reçu aucune consigne d’annulation. « Cette exposition a été déjà installée en collaboration avec trois spécialistes mexicains et doit ouvrir ses portes dans trois jours donc elle reste bien programmée », assure la directrice du Musée. Ce conflit politico-culturel n’est pas sans précédent en France. La sortie en 1990 du livre de Gilles Perrault Notre ami le Roi, dans lequel l’auteur dénonçait les exactions du régime d’Hassan II, alors que la France s'apprêtait à recevoir ce dernier avait provoqué l’annulation de l’Année du Maroc en France. Reste à savoir si le Mexique ira à son tour jusqu’au bout de ses convictions… g

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Sport

Tony Parker, star mais pas All-Star Ce week-end se déroule au Staples Center de Los Angeles le All-Star Game de la NBA, un match qui oppose les meilleurs joueurs du championnat américain de basket-ball. Bien qu’au top de sa forme, le Français Tony Parker n’a pas été sélectionné pour cette grand-messe annuelle. Dommage, oui ; scandaleux, non. Par Yann Casseville de TP. Premiers de la NBA après plus de 50 matches, avec cinq victoires d’avance sur Boston, jamais les Spurs n’avaient ainsi régné sur la ligue dans leur histoire, pourtant riche de succès (champions en 1999, 2003, 2005 et 2007).

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Pourquoi Parker n’a-t-il pas été sélectionné ?

Tony Parker n’est pas All-Star, mais il garde les yeux rivés sur son principal objectif : le titre de champion NBA.

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es sélections pour le All-Star Game annoncées, Tony Parker, sans crier au scandale, ne pouvait cacher qu’il espérait être de la fête à Los Angeles : « Je suis bien évidemment déçu ». Une sélection qui n’avait rien d’utopique. Le Français donnait d’ailleurs deux arguments qui auraient pu faire pencher la balance en sa faveur. « Je réalise le meilleur début de saison de ma carrière et à côté de ça, San Antonio caracole en tête avec le meilleur bilan de son histoire ». « Il est le meneur de jeu de la

meilleure équipe et produit ses meilleures stats, sa sélection était clairement possible », acquiesce Florent de Lamberterie, journaliste pour l’hebdomadaire BasketNews. Thomas Félix, du magazine BAM, mensuel spécialisé dans le basket américain, est encore plus affirmatif. « Il méritait, c’est sûr ! »

Plus fort que jamais TP déroule actuellement le basket le plus abouti de sa carrière. 17,3 points, 6,7 passes et 3,1 rebonds, le tout en 33 minutes de jeu, ce qui

TP en 10 dates • 17 mai 1982 : naissance à Bruges (Belgique). • Saison 1998-99 : 22,1 points de moyenne avec le Centre Fédéral, meilleur marqueur français de Nationale 1 (3e niveau) à 17 ans. • Saison 1999-00 : débute sa carrière professionnelle au PSG Racing. • Eté 2000 : champion d’Europe avec l’équipe de France juniors. • 27 juin 2001 : sélectionné par les San Antonio Spurs pour jouer en NBA. • 15 juin 2003 : premier Français champion NBA (il le sera de nouveau en 2005 et 2007, étant même élu meilleur joueur de la finale 2007). • 2005 : prolonge aux Spurs pour 66 millions de dollars sur 6 ans. • 25 septembre 2005 : médaillé de bronze avec les Bleus au championnat d’Europe. • 2006 : premier Français sélectionné pour le All-Star Game. • 30 octobre 2010 : prolonge son contrat avec les Spurs pour 50 millions de dollars sur 4 ans. Il est aujourd’hui le sportif français le mieux payé.

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fait de lui le meneur le plus rentable de la ligue. Surtout, qu’il soit dans un bon jour ou non, sa production est constante. Alors qu’il débutait d’ordinaire ses saisons rincé par les étés passés à batailler dans le monde entier avec l’équipe de France, Parker a décliné l’invitation des Bleus en juillet dernier pour se reposer. Aussi la mobylette – le surnom souvent donné aux joueurs de petite taille qui vont très vite – a commencé 2010-11 la poignée dans le coin, sans jamais baisser de régime. « Tony est remarquable, commentait récemment Jacques Monclar, ancien joueur de l’équipe de France et désormais consultant vedette du groupe Canal. Il n’a jamais été aussi en phase avec son jeu qu’en ce moment. Puis physiquement, il est vraiment impeccable. Pour moi, il a le rendement d’un joueur All-Star ». D’autant plus que si les statistiques individuelles ne veulent pas tout dire, l’incroyable début de saison de son équipe de San Antonio plaidait également en faveur

Aujourd’hui, Tony Parker est donc le meneur de la meilleure équipe, celui par qui chaque action commence, celui qui dicte le tempo et dirige ses coéquipiers. Pourtant, ses avantages sont devenus des inconvénients au moment des sélections pour le AllStar. Les Spurs invincibles ? TP n’est pas le seul garant du jeu des Texans. Ainsi les fans (qui élisent les titulaires du All-Star Game, une spécificité américaine) ont préféré voter pour Tim Duncan, la légende encore en activité

Maxi-Basket, le mensuel français de référence dans le basket. Tu peux être pris parce que ton équipe tourne bien, mais en même temps, il n’y a que 12 places dans une équipe, faut-il en donner trois à la même équipe ? » « Il y a aussi le fait que les supporters aux Etats-Unis ne sont pas ultra fans de Tony, et San Antonio, ce n’est pas L.A., les Texans ne bénéficient pas de la même hype », reprend Florent de Lamberterie. Enfin, et c’est sûrement le point qui a le plus porté préjudice à TP, le poste de meneur de jeu est ultra concurrentiel. « Des meneurs en NBA, actuellement, il y en a en quantité, et beaucoup sont de qualité. Ils sont une demidouzaine à être très forts, Parker n’est ni en-dessous, ni au-dessus », estime Pascal Legendre. Ainsi Chris Paul et Deron Williams seront à L.A., pas Tony, ni Steve Nash ou Monta Ellis, tout aussi méritants.

« Il est le meneur de jeu de la meilleure équipe, sa sélection était clairement possible » des Spurs ; les entraîneurs (qui votent eux pour les remplaçants) ont choisi la troisième lame du trident texan, l’Argentin Manu Ginobili. « Duncan est en net retrait cette année mais il est incontournable de par ce qu’il représente, c’est la figure du club, et Ginobili est dans la forme de sa vie, c’est lui qui fait gagner les matches, qui met les shoots importants », analyse Laurent Sallard, journaliste pour le site de la Ligue Nationale de Basket (française). « Il y a un avantage et un inconvénient pour le All-Star à être dans la meilleure équipe de la ligue, commente Pascal Legendre, directeur de la rédaction de

Mais le principal est ailleurs. Quelques heures après l’annonce des sélections, Tony se fendait de 21 points dans la victoire à l’arrachée des Spurs… à Los Angeles. « Je laisse l’épisode du All-Star Game derrière moi. Le plus important à mes yeux est d’emmener San Antonio le plus haut possible ». Paul et Williams peuvent faire la bringue à L.A. ce week-end, eux n’ont aucun titre dans leur besace, quand Tony en a déjà raflé trois. Et en juin prochain, les équipes qui ont le plus de chances de soulever le trophée de champion ne sont pas les Hornets de Paul ou les Jazz de Williams, mais bien les Spurs de Parker. g


Gavroche - 17 février 2011

Sport

Mondiaux de ski alpin, les outsiders à l’honneur Après six jours de glisse sur les pistes de Garmisch-Partenkirchen en Allemagne, l’heure du premier bilan a sonné. Et c’est l’Autriche qui se place en tête du classement des médailles de ces championnats du monde grâce à son héroïne en or Élisabeth Georgl. La Norvège et l’Italie sortent la tête de l’eau grâce à leurs leaders Svindal et Innerhofer. Ce n’est pas le cas de la France, bon bonnet d’âne de la compétition.... Par Alexandre Benhadid

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lisabeth Georgl est une grande. Après deux titres au JO de Vancouver en 2010, elle confirme sa grande forme en s’imposant lors des deux épreuves majeures des championnats du monde et démarre fort en réussissant un brillant hold up au Super G devançant l’Américaine Julia Mancuso de seulement deux centièmes puis réitère l’exploit une semaine plus tard en Descente en prenant une demi-seconde à la star américaine Lindsay Vonn. Cette dernière, piquée au vif et déçue par sa modeste 7e place en Super G, a préféré quitter l’aventure allemande pour se concentrer sur la Coupe du monde 2011. Chez les hommes, l’Italien Christof Innerhofer s’est affiché comme la révélation de ces championnats du monde. Après une saison 2010 peu brillante, l’Italien revient en force en remportant l’or au Super G et le bronze à la Descente, et l’argent au Super Combiné. « Épuisé » mais « heureux » il voit ses trois médailles, toutes de métal différent « comme si j’avais gagné trois médailles d’or ». Le Norvégien Aksel Lund Svindal conserve son titre en Super Combiné et se rassure après une semaine délicate (abandon en Super G et 5e place dans la Descente). Intouchable lors des deux courses, Il devance finalement l’Italien Innerhofer d’une seconde et un centième. Benjamin Raich, dit « le métronome » et ancien spécialiste de la discipline, se retrouve une fois de plus au pied du podium en raison d’une très mauvaise performance lors de la descente. Il conserve pour autant toutes ces chances pour les épreuves de Géant, vendredi

Depuis Michaela Dorfmeister en 2001, aucune Autrichienne n’avait remporter la Descente des Mondiaux. Elisabeth Goergl brise le signe indien.

et de Slalom, dimanche. Il devra faire attention au retour du Croate Ivica Kostelic (médaillé de bronze en Super G) qui a promis de revenir en grande forme pour ces épreuves techniques. Ce suspens efface fort heureusement le spectacle grand guignol de l’américain Bode Miller qui passe complètement à côté de ses championnats. Après avoir passé 30 minutes à « refroidir » ses chaussures juste avant le slalom du Super Combiné lundi dernier, il chute au bout dès la deuxième porte à la manière de Marion Rolland au JO de Vancouver en 2008.

L’équipe de France se cherche encore Alors que la France est quatrième mondial de toute l’histoire du ski en nombre de médailles remportées, le constant est triste, mais bien là. À mi-parcours dans les championnats du monde, aucun Français n’a réussi à se hisser sur le podium. C’est d’autant plus frustrant que

l’équipe de France avait bien démarré la saison d’hiver 2010-2011. Jean Baptiste Grange s’est placé à trois reprises sur le podium des épreuves de Slalom et chez les femmes, Tessa Worley avait réussi le même exploit sur les épreuves de Géant. Après sept jours de compétition sur le sol allemand, le ton est tout autre. Aucun français n’a réussi pour l’instant à terminer dans les cinq premiers à l’issue d’une épreuve. Chez les hommes, Seul Johan Clarey réalise une performance honorable et se place 8e à l’issue de la Descente. Adrien Théaux, blessé à l’aine après sa chute dans la Descente, a dû déclarer forfait pour le Super Combiné. Il ne pourra pas rechausser les skis avant une dizaine de jours. Julien Lizeroux (vice champion du monde de la discipline) a lui aussi déclaré forfait avant l’épreuve en raison d’une même chute dans la Descente. Il n’est pas sûr qu’il participe au slalom dimanche prochain. « Je ne lâcherai rien jusqu’au bout »

a-t-il lancé tout en assurant qu’il participerait à l’épreuve « uniquement si les coaches estiment que je suis compétitif ». Quant à Jean-Baptiste Grange, il peut espérer une médaille en Slalom si Julien Lizeroux vient à manquer à l’appel. Constat plus dur encore pour les Françaises qui, elles, cantonnent aux 15 premières places (Margot Baillet finit 14e et Marie MarchandArvier 15e du Super Combiné) En Super G, Ingrid Jacquemod s’effondre et termine 17e. Fabien Saguez, directeur technique national de l’équipe de France féminine affiche clairement sa déception : « On ne peut qu’être déçu de ces premiers résultats ». Selon lui c’est l’attitude « trop attentiste » du groupe et « le manque de motivation » dans l’équipe qui explique la déconfiture des bleus. « Il faut retrouver la dynamique d’avant le début de la compétition » martèle- t-il. Il veut rester confiant et pense toujours que l’équipe « a toutes ces chances sur les épreuves techniques ».

Les étoiles montantes Tous les espoirs de médailles reposent sur les jeune loups, et louves du ski français. Tessa Worley, 21 ans, devra faire face à l’immense pression qui repose sur ses épaules jeudi lors de l’épreuve technique de Géant. Fort heureusement, la Savoyarde ne sera pas la seule représentante tricolore en piste. Elle trouvera l’appui de Nastasia Noëns (troisième du Slalom de Flachau le 11 janvier dernier) aura elle aussi toutes ces chances après l’abandon de l’Américaine Lindsey Vonn. Chez les hommes, les géantistes Cyprien Richard et Gauthier de Tessières, tenteront d’apporter la première médaille dans l’épreuve par équipe de ce mercredi. Cyprien Richard pourrait aussi créer la belle surprise de cette année en s’imposant dimanche sur le Géant. Il a su montrer qu’il pouvait rivaliser avec les plus grands en se hissant déjà sur la première marche du podium lors du Géant d’Adelboden. g

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Gavroche - 17 février 2011

Culture

Eros s’invite dans la collection «Que sais-je?» Le grand public, habitué à en voir de toutes les couleurs à la télévision, au cinéma, dans les magazines ou la littérature, peut-il encore s’étonner de propos libertins ? Oui peut-être, lorsque ces derniers s’immiscent là où ils ne sont pas attendus. Comme dans un ouvrage des Presses Universitaires de France par exemple… Par Clémentine Santerre

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n Que sais-je ? intitulé Les 100 mots de la sexualité peut surprendre ou amuser. Presses Universitaires de France (PUF) n’en est pourtant pas à son coup d’essai. Un Dictionnaire de la pornographie avait ainsi déjà été publié en 2005. Pour ce nouvel opus, la maison d’édition fondée en 1921 par un collège de profes-

seurs, fait cette fois-ci appel au psychanalyste et enseignant à l’université Paris Diderot Jacques André, avec qui elle avait déjà travaillé pour Les 100 mots de la psychanalyse. L’universitaire (voir interview) a recruté douze collaborateurs pour ce projet. La sexualité soulève beaucoup de questions. Elle est toujours difficile à aborder surtout

dans un support qui a pour but affiché l’éducation. Loin des clichés trash, Jacques André et son équipe expliquent les mots qui jalonnent la sexualité d’un adulte. Le choquant fist fucking flirte avec l’éloge de la chevelure. Plus que la définition, c’est l’origine, la signification et les références culturelles qui l’entourent qui sont mises en valeur.

Certains termes comme bonobo ou post coïtum animal triste, peuvent faire sourire, mais les explications apportées sont toujours riches et légitiment leur place dans ce « lexique ». Les 100 mots de la sexualité dévoile l’art des mots (et) du sexe. Il démontre que cul et culture peuvent harmonieusement s’assembler pour le plaisir des lecteurs polissons. g

Jacques André : « Il fallait une liste imaginative et fantaisiste » Comment avez-vous sélectionné vos collaborateurs ? Je les connaissais tous ! Certains faisaient partie de mes anciens étudiants, d’autres font partie de mon association APF (Association Psychanalytique de France). Les critères de sélection : une bonne écriture, de l’humour et de la culture. Chaque mot doit être décrit en peu de lignes alors que beaucoup méritent plus. Il fallait, donc, être concis et percutant.

Jacques André, le directeur de cet ouvrage explique, un sourire en coin, la naissance de ce Que sais-je ? original. Qui est à l’initiative du projet ? Les PUF (Presses universitaires de France) ont pris l’initiative. Ils m’ont appelé car Les 100 mots de la psychanalyse avaient bien marché. Ils voulaient étoffer cette collection. De plus, ils s’étaient déjà penchés sur la thématique de la sexualité avec le Dictionnaire de la pornographie par exemple. Au départ, je n’avais pas très envie. J’ai pourtant accepté et décidé de réunir un groupe de douze personnes.

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Comment s’est passé le travail d’équipe ? On a tout fait collectivement. La répartition s’est faite selon les envies. Le mot jalousie a été beaucoup demandé, par exemple, il faut dire que l’on a plusieurs femmes dans l’équipe (rire). Il n’y avait pas de gène parce que l’on est tous psychanalystes. On se pose la question du lien entre la sexualité, les mots et la violence verbale. Comment avez-vous choisi les différents mots ? Il fallait une liste imaginative et fantaisiste. Quand on choisit, on exclut forcément. Moi, par exemple, j’aurais bien aimé mettre le mot « foutre » qui a été beaucoup utilisé. Il y en a certains un peu désuets comme fleur bleue et d’autre plus modernes comme back room ou fist fucking. Y-a-t-il des valeurs éducatives ? Ce livre est là pour combler une curiosité de savoir

plus que dans un but réellement éducatif. Les mots sont connus, mais ils sont découverts différemment. Ce n’est pas un dictionnaire ! On apprend le sens et l’histoire. Il y a de multiples savoirs sur la sexualité. On cite Foucault, Freud … Il s’adresse à un public large. On ne va pas le mettre entre toutes les mains. Il peut être lu par quelqu’un en fin d’adolescence comme par un octogénaire. Est-ce donc un livre sérieux ou ludique ? C’est un condensé. D’un côté, c’est sérieux car il y a beaucoup de travail sur le sens, l’histoire, l’étymologie. Et de l’autre, c’est ludique car on a pris beaucoup de plaisir à le faire. L’humour est très présent, mais ce n’est pas juste un recueil des blagues. Quel est votre mot préféré ? Je les aime tous beaucoup. Je ne saurais pas en choisir un. Il y a back room, bonobo, chevelure, cul, extase mystique, fellation ... J’aime bien poil aussi. Propos recueillis par Clémentine Santerre

Extraits Migraine : « Tête prise, elle est imprenable ». Missionnaire, levrette, 69 … : « Le 69 est au coït ce que la métaphore est au sens propre, un détournement, tout un poème ». Poils (épilation) : « La femme nue était « à poil », elle ne l’est plus, l’heure est à l’épilation ». Bonobo : « Que les hommes « baisent comme des bêtes », c’est une chose, mais que les animaux fassent l’amour comme des hommes… » Fiasco (impuissance) : « Le fiasco est pour l’homme une véritable autocastration, Narcisse blessé se replie sur luimême, abandonné à son angoisse ».


Gavroche - 17 février 2011

Culture

Mange ton prochain Jusqu’au 15 mai, la fondation La Maison rouge, située dans le quartier Bastille à Paris, accueille l’exposition, Tous cannibales. Plongée au cœur des représentations de l’anthropophagie à travers les arts plastiques. Par Laurence Riatto rateurs du Nouveau Monde, ou encore les ogres et géants des contes enfantins (Hansel et Gretel revisités par Frédérique Loutz). Avec la femme melon (Patty Chang) ou l’homme à la tête de gruyère (Gilles Barbier) en passant par les femmes maki (Aida Makoto), l’homme serpent (Suehiro Maruo) ou encore la femme louve (Pillar Albaracin), Jeanette Zwingenberger souhaitait interpeller le public mais surtout lui ouvrir l’esprit à défaut de l’appétit ! « J’ai voulu à travers cette exposition donner à la chair une valeur différente de celle qu’on s’en fait en général, explique-t-elle. La chair n’est pas abjecte ni dégoutante. C’est une matière extraordinaire qui permet de créer et d’imaginer des œuvres incroyables ». Quelques œuvres se démarquent nettement par leur originalité. Au détour d’une cimaise, il est par exemple possible de découvrir l’une des pièces les plus brutales de l’exposition, réalisée par Adriana Varejâo : des entrailles rouge sanguinolentes viennent déchirer un mur de carrelage blanc. Le

dégoût est sans doute le premier sentiment qui vient à l’esprit mais après quelques secondes de réflexion, la qualité et la précision de l’œuvre prennent le dessus et l’envie viendrait presque au spectateur de toucher cet organe monstrueux. L’artiste Michel Journiac a quant à lui apporté une touche cocasse au travers de l’une de ses œuvres les plus emblématiques : La Messe pour un corps, une recette de boudin composée à partir de son propre sang. Pour lui, la chair n’est plus

transfigurée, mais représente une « viande consciente socialisée ». Une œuvre également controversée puisqu’elle réinterprète le sang de l'Alliance et le « Prenez et mangez en tous, car ceci est mon corps », célèbre passage de La Cène dans la Bible. Traiter d’un sujet synonyme d’horreur et d’interdit était risqué, voire osé mais le pari est au final réussi. « Avec toute la violence d’un monde parfois cruel et les préjugés, il était temps de présenter au public un sujet tabou et sujet à polémique mais qui à la fois peut

susciter contre toute attente, à travers certaines œuvres plus subtiles, de la joie et du partage. C’est pour cela que j’ai écarté les représentants d’une scène qu’on pourrait qualifier de gore et choisi des artistes qui abordent l’anthropophagie avec finesse », explique encore la commissaire de l’exposition. Tous cannibales est finalement un bel échantillon de notre monde actuel, hommes, femmes, chair et sang où le « Mange-moi » est à prendre ici au pied de la lettre. g

Serge Veignant

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n 1993, Claude LéviStrauss écrivait dans La Repubblica : « Nous sommes tous des cannibales. Après tout, le moyen le plus simple d’identifier autrui à soimême, c’est encore de le manger ». Un choc pour l’Occident où le cannibalisme a mauvaise réputation et où manger son prochain ne se fait pas. A travers une centaine d’œuvres réalisées par une trentaine d’artistes (dont près de la moitié sont des femmes), Tous cannibales aborde la cruauté de l’anthropophagie avec délicatesse ! Jeannette Zwingenberger, historienne de l’art et commissaire de cette exposition propose ainsi d’explorer l’imagerie du cannibalisme en infiltrant le dernier des tabous à travers des œuvres historiques (ouvrages illustrés, textes enluminés, gravures) mais également des créations d’artistes contemporains, comme Oda Jaune, Jana Sterbak, Wangechi Mutu, ou encore Wim Delvoye. Ces derniers ont puisé dans toutes sortes d’histoires, de la mythologie grecque en passant par les récits des explo-

Adriana Varejâo, Azuleria Branca em Carne Viva, 2002, huile sur toile, Polyuréthane sur aluminium, bois collection de la fondation Cartier, Paris

Laurence Riatto

Laurence Riatto

Gilles Barbier, Polyfocus III, 2001, collection privée, Paris ; courtesy Galerie GP & N Vallois, Paris

Aida Makoto, Mi-Mi Chan

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Culture A voir également à partir du 23 février 127 heures De Danny Boyle, avec James Franco et Kate Mara

Le western selon les Coen Les frères Coen se lancent dans une nouvelle adaptation du roman de Charlie Portis, un western dont l’héroïne, une fillette de 14 ans interprétée par Mattie Ross, cherche à venger son père, abattu par un bandit. Par Laetitia Reboulleau Le film des Frères Coen est candidat à dix oscars. La cérémonie aura lieu dans la nuit du 27 au 28 février :

Aventurier de l’impossible, alpiniste expérimenté, Aron Ralston aime relever les défis et décide de partir pour une randonnée dans les gorges de l’Utah, et d’ajouter à son tableau les plus beaux sommets de la région… Jusqu’à qu’il se retrouve coincé, un rocher emprisonnant son bras, au fond d’un canyon reculé. Déshydratation, hypothermie... ne voyant pas les secours arriver, c’est seul qu’il va devoir faire face.

-Meilleur film -Meilleur réalisateur -Meilleur acteur (Jeff Bridges) -Meilleure actrice dans un second rôle (Hailee Steinfeld) -Meilleure adaptation -Meilleurs décors -Meilleure photographie -Meilleur mixage sonore -Meilleur montage sonore -Meilleurs costumes

Frank McGuire, plongeur expert, part explorer les dangereuses grottes immergées d’Esa ‘ala, dans le Pacifique sud, en compagnie de son fils Josh et du milliardaire Carl Hurley, qui finance l’expédition. Leur périple est perturbé par une tempête tropicale qui les force à s’enfoncer dans le labyrinthe sous-marin. Perdus dans un monde inconnu et dangereux, aux décors incroyables, arriveront-ils à trouver une issue à temps ? Never say never De Jon Chu, avec Justin Bieber et Miley Cyrus

A 16 ans, Justin Bieber a déjà droit à sa biographie sur grand écran, et en 3D s’il vous plait ! Son enfance, son parcours, la naissance de cet incroyable phénomène, bref, l’ascension incroyable et fulgurante de la baby star qui possède aujourd’hui autant de fans que des artistes confirmés. De ses débuts à Stratford au Canada, aux concerts à guichet fermé partout dans le monde, découvrez l’intimité de celui pour qui rien n’est impossible, et ne dis jamais « jamais ».

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U

ne gamine de 14 ans remettant en place un vieux cowboy, et partant en quête du meurtrier de son père : telle est l’histoire de Mattie Ross et de Rooster Cogburn, héros de True Grit. L’histoire d’une traque à travers le « far west », dans laquelle s’invite un nouveau protagoniste : LaBoeuf, un Texas Ranger chasseur de tête qui brigue la prime pour la capture de l’assassin. Le western est un genre cinématographique qui, après avoir connu un âge d’or, est devenu une sorte de rendezvous récurrent sûr des salles obscures. Cette nouvelle adaptation du roman de Charlie Portis était donc une surprise, et a reçu un fervent accueil de la part de tous ceux qui se languissaient des westerns. Mais True Grit était également attendu au tournant. Contrairement à No Country for Old Men, réalisé de manière relativement moderne, Ethan et Joel Coen ont

choisi de traiter True Grit de façon plus classique. Le défi était de taille, étant donné que le roman de Charlie Portis avait déjà fait l’objet d’une adaptation (Cent Dollars pour un Shérif) par Henry Hathaway en 1969, avec John Wayne dans le rôle principal. Rôle pour lequel il avait d’ailleurs obtenu l’Oscars du Meilleur Acteur. Il ne s’agissait donc pas de faire un remake de Cent Dollars pour un Shérif, mais bel et bien de proposer une nouvelle version du roman. Un pari réussi : True Grit est un western de qualité. Le scénario respecte l’empreinte du livre, même si les Frères Coen appliquent clairement leur patte. On retrouve aussi bien leurs qualités de réalisateurs (humour, application, sens du détail…) mais également leur principal défaut. Car si True Grit reste un bon film, il traîne parfois en longueur. Trop de scènes d’introduction, trop de dialogues explicatifs, bref, des passages durant lesquels un

Paramount Picture France

Sanctum De Alister Grierson, avec Richard Roxburgh et Rhys Wakefield

La jeune Mattie Ross n'a pas peur, à 14 ans, de parcourir le Far West.

spectateur n’affectionnant pas particulièrement le genre western risque de s’ennuyer fermement. La véritable force de True Grit se trouve dans son casting. Hailee Steinfeld, qui interprète le rôle de Mattie Ross, la jeune héroïne, est la

risé John Wayne. Un défi de taille, encore une fois, mais également un rôle pour lequel l’acteur semblait fait. Son interprétation, alliée à sa voix bourrue et à la dégaine de cowboy vieillissant le rendent à la fois détestable, mais terriblement attachant. Matt Damon incarne quant à lui

True Grit ne devait pas être un remake de Cent Dollars pour un Shérif révélation de ce film, dans son tout premier rôle. Ethan et Joel Coen renforcent la personnalité décidée du personnage romanesque, et donnent à la jeune fille, par le biais de dialogues de qualité, une véritable maturité. Jeff Bridges, également à l’affiche de Tron Legacy de Joseph Koniski, est décidément dans une phase d’héritage, puisqu’il reprend le rôle de Rooster Cogburn, autrefois incarné par l’osca-

un Texas Ranger plus vrai que nature, faisant presque de l’ombre à Chuck Norris. Avec True Grit, les Frères Coen ont choisi de travailler de manière sobre, autant dans la réalisation que dans les dialogues et les décors. Un western classique qui n’est pas sans rappeler la grande époque du western, celle des John Ford, Sergio Leone et autres Clint Easwood. En salle le 23 février 2011. g


Gavroche - 17 février 2011

Culture

Plaidoyer pour la paix Q uatre ans après White Chalk, on retrouve avec délice la voix douce-amère de la chanteuse britannique PJ Harvey, remontée plus que jamais contre son pays aux accents belliqueux. Celle qui se définit elle-même comme « un objet non identifié » a semble-t-il définitivement abandonné le rock brutal et direct de ses débuts. Elle revendique aujourd’hui une indépendance musicale, plus aboutie. Et cela se sent : entre ces rythmes folk, rock et jazzy, la maîtrise de l’ensemble est toujours aussi surprenante. Avec sa

voix cristalline unique, presque enfantine, PJ Harvey confie toute l’ambivalence qu’elle éprouve à l’égard de son pays. De l’amour à la haine, elle décrit « la chute de cet empire sur lequel le Soleil ne se couche jamais ». Le contraste est saisissant entre ses plaidoyers froids et cinglants contre la guerre et sa musique aux accents celtiques voluptueux (l’album a été enregistré dans une vieille église perchée en haut d’une falaise de Cornouailles). Tout ceci excite l’oreille et ne peut que séduire tout musicien averti et amoureux des beaux textes. Pour-

tant, même si l’on se laisse volontiers envoûter par ces rythmes de guitare acoustique chère aux Pixies, et cette atmosphère générale très Brian Eno, l’écoute de l’album passe en un éclair : à peine 35 minutes d’écoute pour 12 pistes. Peut-être préférerezvous donc vivre « l’expérience » PJ Harvey en concert en vous ruant sur les dernières places de sa tournée française... g

PJ Harvey – Let England Shake Prix : 14,99€. Label : Universal Music Par Alexandre Benhadid

Daphné – Bleu Venise

Alexandre Tharaud - Sonates

Lauréate du prix Constantin en 2007, la disciple de Benjamin Biolay choisit le jour de la Saint Valentin pour sortir son quatrième album aux mélodies gentilles et mélancoliques. Daphné assume pleinement ses rêves naïfs. Un joli cadeau pour tous les amoureux qui rêvent, comme elle, de tendres étreintes romantiques sur les ponts de Venise. Prix : 13,99€. Label : V2 Music

Le pianiste désacralise Scarlatti et transpose sa musique écrite au début du XVIIIe siècle pour clavecin. Le résultat ? 18 sonates comme 18 chapitres du journal intime qu’Alexandre Tharaud livre à ses auditeurs. Au-delà de la virtuosité évidente, c’est, comme le disait Chopin, « le cœur et l’âme » du pianiste qui s’exprime sous ses doigts. Prix : 15,99€. Label : EMI/Virgin Classics

Thérapie Littéraire Un bond dans le futur. Ou bien est-ce dans le passé ? Les auteurs de science-fiction transportent le lecteur ailleurs, au fil des pages de leurs romans. Vers des mondes parfois proches du notre mais aux repères si différents. Entre rêves, fantasmes et imaginaire débridé, passez du côté « alternatif ». Par Pascal Golfier L’enjomineur, 1794 – Tome 3, de Pierre Bordage Après Les guerriers du silence et Griots célestes, les deux séries qui ont fait connaître Pierre Bordage et ses talents de conteur, la trilogie de L’enjomineur plonge le lecteur dans la Révolution Française. En pleine Terreur, les mystères sur la naissance du personnage principal, vont enfin se lever dans ce dernier tome tandis que Cornuaud ne peut se défaire de la malédiction qui le pousse à participer aux tueries les plus atroces. Quand la magie souligne la perte des idéaux révolutionnaires. Prix : 8€, édité chez J’ai Lu Fantasy

Aponi, de Frédéric Staniland Aponi décrit le destin croisé de deux hommes aux quêtes différentes mais qui finiront par se rejoindre. C’est l’été 2012. La fin du monde est annoncée pour le 21 décembre, six mois plus tard. Jean-Paul, journaliste pour Worldnews, mobilise alors ses quatre amis les plus proches pour mener l’enquête. En Aveyron, Marcel découvre enfin la vérité sur la nature de sa vie après des années de rites amérindiens. Une vérité qui va le dépasser et se lier peu à peu à l’enquête de Jean-Paul… Prix : 20€, édité chez Laura Mare

Planète à louer, de Yoss Succession de nouvelles aux personnages récurrents, Planète à louer dépeint une Terre qui, après avoir frôlé la destruction totale au fil des guerres, est devenue un paradis pour touristes aliens. Un paradis où les humains, dominés, contrôlés, privés de leurs libertés n’ont plus leur place et ne cherchent qu’à fuir comme Buca, la prostituée ou Moy, l’artiste métis. Yoss présente ici une critique à peine camouflée de Cuba, son pays d’origine et de résidence, où les extra-terrestres prennent la place du dictateur. Prix : 19,50€, édité chez Mnémox

L’imaginaire médical dans le fantastique et la science-fiction, de Guy Goffette et Lauric Guillaud La médecine se trouve souvent au centre des récits de science-fiction, qu’il s’agisse de faire face à des virus mortels inconnus ou d’imaginer des implants bioniques ultra-perfectionnés. Mais d’où vient ce besoin de fantasmes médicaux toujours plus fous alors que la médecine ne fait que se perfectionner? Cette étude tente d’y répondre tout en explorant l’ensemble des phénomènes décrits dans les grands classiques de la science-fiction. Prix : 40€, édité chez Bragelone

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Gavroche - 17 février 2011

Portrait

Annecy soit-il

Gérard Delthil

Le weekend dernier, les onze membres du comité d’évaluation du CIO pour les Jeux Olympiques 2018 ont visité Annecy, ville candidate. La préfecture de Haute-Savoie, plantée dans un cadre magnifique, a conservé une identité multiculturelle acquise au fil des siècles. Pourtant, l’incertitude demeure quant à son adéquation avec les projets olympiques. Par Antoine Delthil

Le lac d’Annecy, surplombé par le massif alpin des Bauges, participe au prestige de la ville.

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le Festival du Film d’Animation tous les ans en juin, dont l’écho est mondial ». Contrairement au Nord de la région Rhône-Alpes (Lyon, Saint-Etienne…), la Haute-Savoie possède un passé industriel très limité, ce qui fait d’Annecy une ville assez bourgeoise. Cela se ressent sur les prix de l’immobilier. Dans certains quartiers en bordure du lac (notamment la très chic avenue d’Albigny), le mètre carré atteint 9000 euros. C’est autant que le prix moyen dans le 1er arrondissement de Paris, d’après les chiffres de la Chambre des Notaires.

Influence italienne Le lac joue évidemment un rôle majeur dans la hauteur des prix à Annecy, et conditionne même la disposition architecturale de la vieille ville, construite autour de canaux se jetant dans le plan d’eau. Le principal s’appelle le Thiou. Ce réseau de canaux vaut à la ville le surnom flatteur de « Venise des

Alpes ». Plus abordable que les bords de lac, le quartier témoigne mieux du riche passé de la ville, à travers les architectures variées qui le composent. La région, autrefois Duché de Savoie, n’a été annexée par la France que par un décret de 1860 (Annecy a fêté fin 2010 les 150 ans du rattachement). Elle appartenait auparavant au Royaume de PiémontSardaigne, d’où une influence transalpine que l’on devine à certains bâtiments anciens comme la mairie, de style sarde. D’autres lieux d’exception font la renommée de la ville. Citons l’Imperial Palace, hôtel-restaurant-casino-salle de congrès donnant sur le lac d’Annecy, et construit au début du XXe siècle. A deux pas de là, s’étend le Pâquier, promenade paysagère de sept hectares ou les habitants se massent chaque année pour admirer le feu d’artifice tiré pour la Fête du Lac. Le projet olympique pour 2018 y inclut l’installation

provisoire sur les lieux d’une structure de 42 000 places, pour les cérémonies d’ouverture et de clôture et les remises de médailles. Pas vraiment du goût d’une partie de la population. « Les annéciens sont très attachés au Pâquier, rappelle Francine

Bonnin, et cela pourrait bien coûter sa place au maire actuel » (Le Nouveau Centre Jean-Luc Rigaut, ndlr). A l’image de sa position entre lac et montagne, Annecy se trouve prise entre poids du passé et projets à long terme. g

Gérard Delthil

«L

e lac d’Annecy, enchanteur, définit l’idéal de l’art » écrivait Eugène Sue dès 1852, dans le roman La Marquise Cornelia d’Alfi. Considéré comme « le plus pur d’Europe », le plan d’eau s’étend sur 27 km². Symbole absolu de la cité annécienne, il a été peint par les maîtres Cézanne et Turner, excusez du peu. Ceint par les sommets des massifs alpins des Bauges et des Bornes, il constitue l’un des paysages français les plus singuliers. Bateaux de croisières, pédalos et skis nautiques s’y côtoient. « On aime beaucoup la nature, donc pour nous c’est un gros plus », estime François Bonnin, jeune retraité habitant la ville limitrophe d’Annecy-Le-Vieux. Sa femme Francine, ancienne institutrice, voit avant tout en cette préfecture de 50 000 habitants « une ville à taille humaine ». « Il n’y a pas que la nature ici, plaide t-elle. On est très bien lotis du point de vue du cinéma. Il y a plusieurs salles d’art et d’essai, et

La rivière du Thiou traverse la vieille ville et se jette dans le lac.

Gavroche 9  

Le magazine des étudiants en presse écrite

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