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Gavroche Le Parisien universel

Hors-série février 2011

Julian Casablancas Pharell Williams

DU  ROCK  ISCPA - Institut des Médias M 011 - Gavroche hors-série : 3 €

AU  RAP

, Léonard De Vinci: l’attraction sexuelle , Télé-réalité : 10 ans déjà , Littérature : quand la Chine se raconte


Gavroche - Hors-Serie février 2011

Sommaire Dossier pages 4-5

Edito

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Le mystère Léonard de Vinci : une oeuvre sexuellement géniale Par Karma Duquesne

Rock/Rap pages 10-13

Wilfried Corvo, rédacteur en chef

Cinéma pages 14-15

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Le Lac des Cygnes à la manière de Darren Aronofsky Par Audrey Loussouarn

Télé Réalité pages 18-19

Liérature pages 22-23 Voyage à travers la Chine avec quelques classiques liéraires Par Pascal Golfier

Portrait page 32

Gavroche

Amaury Vassili : Place au chant lyrique à l’Eurovision 2011 Par Yann Casseville

Rédaction : 9 rue Alexandre Parodi, 75010 Paris Directeur de la publication : Michel Baldi Directeur de la rédaction : Jean Savary Rédacteur en chef : Willfried Corvo Secrétaires de rédaction : Antoine Delthil, Karma Duquesne, Benoît Magistrini Maqueistes : Audrey Loussouarn, Laurence Riao Journalistes : Alexandre Benhadid, Alexandra Bresson, Yann Casseville, Antoine Delthil, Karma Duquesne, Pascal Golfier, Audrey Loussouarn, Benoît Magistrini, Valentin Marcinkowski, Laetitia Reboulleau, Emmanuelle Ringot, Clémentine Santerre

p.3 : Perspectives p.4-5 : Dossier Léonard de Vinci p.6 : La culture à l’école p.8-9 : Hemingway et Gainsbourg p.10-13 : Rock vs Rap p. 14-15 : « Black Swan », le film p.16 : Les années 20 selon « Boardwalk Empire » p.18-19 : 10 ans de téléréalité Photo de couverture : DR

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Dix ans de téléréalité et c’est toujours vous qui décidez... Par Laetitia Reboulleau et Emmanuelle Ringot

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our son hors-série culture, Gavroche voit multiple. Double, comme les facettes de Léonard de Vinci et sa Mona Lisa : homme ou femme ? Autre dualité prégnante : le rock et le rap. Mais en musique, la roue tourne bien vite et les modes d’hier sont souvent celles de demain. Duel plus romantique sur grand écran dans « Black Swan » : Nathalie Portman se bat contre Mila Kunis mais pas seulement, aussi contre elle-même. Le graphiste Michal Batory, lui, préfère l’alliance de deux objets, plutôt que l’opposition. En mode aussi, il n’y a pas d’opposition à se faire plaisir, en matant les belles paires de… jambes des mannequins. Enfin, la culture fête un double anniversaire de haut-rang : les 50 ans de la mort de l’écrivain, Ernest Hemingway et les 20 ans de Serge Gainsbourg.

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Le Rock face au rap, on en demande « encore » Par Valentin Marcinkowski et antoine Delthil

p.20-21 : ITW Pénélope Bagieu p.22-23 : La Chine en liérature p.24 : Agenda Culturel p.26-27 : Batory, serial graphiste p.28: Au musée grâce à Google p.29 : Test jeu vidéo p.30-31 : Les top models de l’avenir p.32 : Portrait Amaury Vassili


Gavroche - Hors Serie Février 2011

Musique

Scènes de Victoires Pour son édition 2011, les Victoires de la Musique font leur révolution : deux soirées au lieu d’une. La première a été diffusée sur France 4 le 9 février et la seconde se tiendra le 1er mars sur France 2. L’occasion de faire une photographie instantanée de la scène musicale française, où les artistes se révèlent davantage par la scène que grâce aux majors. Par Wilfried Corvo

« M » en concert à Bruxelles : nominé pour le « spectacle musical/tournée/concert de l’année ».

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uelques stars, des strass et des paillettes : les NRJ Music Awards étaient à l’antenne de TF1 le 22 janvier dernier. Deux des grands gagnants étaient Jenifer et M Pokora, respectivement « Artiste française féminine de l’année » et « Artiste français masculin de l’année ». Et pourtant, « Appelle-moi Jen » est disque de platine mais ne s’est vendu qu’à 60 000 exem-

plaires pour le moment quand sa concurrente Mylène Farmer a vendu 500 000 copies de « Bleu Noir ». Quant à M Pokora, il a atteint les 80 000 ventes pour sa « Mise à jour ». Un chiffre honorable mais bien loin de Christophe Maé et ses 600 000 « On trace la route » vendus. Issus de la téléréalité et soutenus par les majors, ils ne font cependant pas le poids face à des artistes plus expérimentés comme Yannick Noah, qui a rempli le Stade De France en septembre 2010. Car la scène, en petit ou grand format, semble être un terrain que les artistes privilégient de plus en plus. Les chiffres de fréquenJean-Louis Aubert, nominé comme « Artiste inter- tation des festivals

comme « Rock en Seine », « l’Interceltique de Lorient » ou « les Vieilles Charrues » s’annoncent très bons avec 5,76 % d’augmentation sur l’année 2010, selon un sondage de France Festivals. Et contrairement à TF1, France 2 tend à privilégier les artistes très présents sur scène même si leur aura médiatique est moins étendue.

Surtout, les concerts sont de plus en plus prisés par les amateurs de musique en mal d’authenticité. Le constat est clair. Depuis le début des années 2000, l’industrie du disque va mal et pour cause,

fre de la baisse physique des ventes relative à l’édition de la musique pour l’année dernière que ne compense pas l’augmentation des téléchagements « légaux » (+35 % pour les albums et 25 % pour

La scène comme révélateur Ben l’Oncle Soul, Gush, Zaz ou les Plasticines, autant d’artistes qui ont fait leurs armes sur la scène additionné avec quelques collaborations pour le premier (avec Hocus Pocus). Même Camélia-Jordana, troisième de la Nouvelle Star en 2009, s’est servie de la scène comme terrain de jeu pour fidéliser son public.

Ben l’Once Soul, avec sa reprise de Seven Nation Army des White Stripes : nominé dans trois catégories dont « Groupe ou Artiste révélation du public »

le téléchargement illégal. Pour autant, la musique que promeuvent les grandes majors – chiffre d’affaires est en baisse de 5,9 % en 2010 – attire de moins en moins les consommateurs vers l’objet « disque ». 7,3 % : c’est le chif-

les singles). La découverte des jeunes talents et la redécouverte d’autres, plus expérimentés, se font donc grâce à la scène. De plus en plus loin des projecteurs des téléréalités musicales. Nouvelles stars, mais de la scène.g

prète masculin », poids lourds de la scène française

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Dossier

Sexuellement

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Le charme. Voici le principal atout de Léonard de Vinci. Mystérieuse, raffinée, contenue, La Joconde continue de faire couler de l’encre. Une nouvelle étude se targue de révélations fracassantes. Mona Lisa révélerait l’homosexualité

Saint Jean-Baptiste, par Léonard de Vinci vers 1513, 1516. Salaï aurait servi de modèle. Le saint évoque aussi la figure de Bacchus.

Transsexualité

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l me semble que ce n’est pas une qualité négligeable chez un peintre de savoir donner à ses figures un air plaisant… » Tels sont les mots de Léonard De Vinci dans ses Manuscrits de la fin du XVe siècle. Plaisant et permettant toutes les interprétations, la sourire de La Joconde est son plus bel atout. Après les études universitaires censées déterminer avec précision le pourcentage de tristesse, de colère ou de douceur que contient l’énigmatique sourire, voici une nouvelle expertise qui interroge la sexualité de l’auteur et de son modèle. Le célèbre tableau de Léonard De Vinci n’a peut-être pas livré tous ses secrets. En Italie, l’expert Silvano Vincenti affirme que le peintre aurait en fait réalisé le portrait d’un homme, en s’inspirant du visage de son élève préféré. Vraiment incorrigible

cette Mona Lisa. Cela fait plus de cinq cent ans qu’elle prend la pose et plus de quatre cent qu’elle se montre à tout va, et voici qu’elle réserverait encore quelques surprises. Silvano Vincenti, à force d’avoir fréquenté d’un peu trop près la Joconde, croit avoir percé un vrai scandale. Première découverte : dans l’œil droit de Lisa, à gauche sur le tableau apparaitrait la lettre L. Sans doute à la fois pour Léonard et Lisa, sa première inspiratrice. Mais dans l’œil gauche, Ô mystère, se cacherait la lettre S. Le S de Salaï, son assistant, son modèle, son amant aussi comme se plaisent à penser beaucoup d’experts. Salaï, qui a servi plusieurs fois de modèle à Léonard, et qui au fil des retouches de la Joconde aurait donné à Lisa son nez, puis ses lèvres. Autre trouvaille, derrière Lisa cette fois, un pont sous lequel est écrit le nombre 72. Le 7 représente la création.

Le 2 : la fusion entre l’homme et la femme. A partir de là, pourquoi ne pas continuer les interprétations. Mona est l’anagramme d’Amon, dieu égyptien de la fertilité masculine, alors que la sonorité de Lisa rappelle celle d’Isis, son pendant féminin. Le tableau représenterait donc l’androgyne originel. Tout ça pour dire que Léonard truffait ses tableaux de symboles, et qu’en dissimulant sous la Joconde un jeune homme, il aurait ainsi avoué son homosexualité.

Sodomite Les contemporains de Léonard De Vinci avaient remarqué qu’il n’eut ni femme, ni enfant, ni aventure avec le sexe opposé. Ses disciples en revanche, sont tous jeunes et beaux. A l’âge de quarante ans, Salaï entre dans la vie de Léonard. Celui-là même qui, aurait servi de modèle au cé-

lèbre tableau. Passée à la trappe, une plainte pour sodomie est enregistrée contre Léonard de Vinci et trois de ses amis. La plainte –précise, circonstanciée- est rapidement classée sans suite car est restée anonyme. La petite histoire veut qu’elle le soit restée car elle englobait un membre de la famille des Médicis. Le maître italien a alors vingt-quatre ans. Léonard de Vinci est un homme secret. Peut-être parce que –et c’est là l’opinion de Sigmund Freud- tout se passe dans sa tête. En 1910, le père de la psychanalyse publie un court essai : Un souvenir d’enfance de Léonard de Vinci. En voici un extrait : « Le grand Léonard, qui était sexuellement inactif ou homosexuel, était également un homme qui a tôt converti sa sexualité en pulsion de savoir ». Une phrase du maître italien incline à approuver Freud: « L’acte de procréation,


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Dossier

savant

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du maître italien. Entre l’ésotérisme de sa sexualité et son génie hors du commun, l’engouement mythique autour de Léonard de Vinci n’est pas prêt de s’éteindre. Par Karma Duquesne

et tout ce qui s’y relie, est si répugnant que les humains finiraient bientôt par s’éteindre s’il ne s’agissait là d’une coutûme transmise ne tout temps et s’il n’y avait pas encore de jolis visages et des prédispositions sensuelles ». Léonard de Vinci serait alors un pur phénomène de Libido Sciendi .Expression latine signifiant désir de connaissance.

SuperVinci Depuis sa mort, la simple évocation du nom de Léonard de Vinci évoque à elle seule nombre de légende et de clichés. De son vivant, on le comparaît déjà à Aristote et Pythagore. Sur la fresque de L’Ecole d’Athènes, Raphaël avait donné ses traits à Platon. Le roi François Ier disait de lui qu’ « aucun homme ne vint au monde qui en sût autant que lui, non seulement en peinture, en sculpture, en architecture, mais en philosophie ». La postérité ne dément pas

l’émerveillement de ces premiers témoins. Il endosse aujourd’hui tous les rôles du grand homme. Au-delà des mythes et autres légendes, le maître Vinci surplombe l’histoire de l’art parce qu’il a, par-dessus tout, su traduire en peinture la complexité de la nature. Pour lui, c’est par un juste jeu entre l’ombre et la lumière que l’on parvient à la vérité des corps et des visages. Peu de génies peuvent aujourd’hui se vanter d’être aussi déroutant que lui. Ce dessinateur sans pareil n’a pourtant achevé lui-même qu’un nombre réduit d’œuvres peintes. Il serait presque possible de les compter sur les doigts des deux mains. Le maître laissait à ses disciples le soin de terminer ses œuvres. Rien, finalement, de comparable à la profusion des peintures laissée à la postérité par Raphaël, Titien ou encore Michel-Ange. C’est cette Libido Sciendi qui a

La Joconde, par Léonard de Vinci vers 1503-1506. Le sourire et le regard de la Florentine n’ont pas fini d’éveiller les curiosités.

construit le personnage de Léonard. Car à l’image du peintre s’est superposée l’image de l’homme omniscient, surhumain, qui surplombe la Renaissance par l’universalité de ses connaissances en anatomie, en balistique, en zoologie, en architecture, en géologie, en médecine et cætera.

Da Vinci Trust Du fait de son génie hors norme, Léonard de Vinci éveille les esprits littéraires les plus inspirés. Son idéal curieux a séduit Beaudelaire, Valéry, Freud ou encore Taine. Dan Brown, qui a vendu quatre-vingts millions d’exemplaires de son Da Vinci Code, fait de Léonard un féministe. Un ardent défenseur de la liberté de la femme, écrasée sous quinze siècles de machisme catholique. Dan Brown livre un thriller « historique » dans lequel il tente de décoder les

dignes laissés par Léonard de Vinci dans ses tableaux. Il avance, entre autres, que le jeune homme à la droite de Jésus dans La Cène n’est autre que Marie-Madeleine. Une hypothèse rapidement réfutée par Carlo Padretti, spécialiste mondial de Léonard : « Si c’est Marie-Madeleine représentée à droite de Jésus, où est passé saint Jean ? Le récit biblique avec les douze apôtres est la base de la connaissance des peintres de l’époque ». Quoi qu’il en soit, quatre cent quatre-vingt-douze ans après sa mort, Léonard de Vinci suscite toujours un engouement inégalé. Sa dernière demeure même reste une énigme : la dépouille de la chapelle Saint Hubert du château d’Amboise, sur les bords de la Loire, n’est que celle supposée de l’artiste italien. Léonard écrivait : « Ce qui fait la noblesse d’une chose, c’est son éternité ». Eternel par sa légende, il ne croyait pas si bien dire.g

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L’Ecole d’Athènes, par Raphaël en 1511. Léonard de Vinci aurait servi de modèle pour le personnage de Platon.

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Economie

La culture en friche dans les collèges A chaque réforme de l’éducation nationale, les deux matières culturelles, musique et arts plastiques, sont présurées pour réduire le budget. Mais la levée de bouclier des professeurs est plutôt génératrice d’immobilisme, y compris dans le contenu pédagogique qui ne se modernise pas et semble mal adapté. i dans ce sens, mais manque de moyens. « Il faut une culture musicale construite, critique et réfléchie, explique Jean-Louis Nembrini, directeur général de l’enseignement scolaire au ministère de l’Education Nationale, il faut être capable de percevoir la musique et la produire. Cela implique un échange collectif, des débats, des chorales et plus d’instruments : des moyens, tout simplement ».

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Immobilisme

De l’art ?

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out le monde se rappelle des flûtes dégoulinant de bave, des dessins conceptuels sur le thème de la transparence, de l’invisible ou de l’imperceptible, des collages avec des serpillères usagées et des crises de nerfs des profs de musiques ou d’arts plastiques désespérés. Rien n’a vraiment changé aujourd’hui malgré pléthore de réformes envisagées ou tout du moins évoquées. Les arts sont souvent la première cible quand l’expression « budget de l’éducation nationale » retentit. Les matières fondamentales, comme les mathématiques ou le français, protégées car « productives », sont mises en concurrence. Deux écoles de pensées s’opposent et la réalité de l’emploi du corps professoral l’emporte. Mais sur le terrain, la réflexion est de mise malgré le relatif marasme apparent. Dans le contenu, l’enseignement de la

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musique et des arts plastiques laisse les élèves sur leur faim.

Programme inadapté « Les cours de musique manquent de structure, regrette Julia, élève de seconde à FerneyVoltaire dans l’Ain, il n’y a pas de fond, pas d’histoire. Personne n’avait envie d’aller en cours

professeur et le programme luimême. Au collège, si une des conditions est remplie, c’est déjà bien… » Avec des classes dépassant régulièrement la trentaine, l’heure et demi par semaine de musique ne permet pas de se découvrir une oreille musicale. « Il faut faire découvrir la musique par genre en rebondissant sur les artistes, sur les morceaux connus, continue Ingo Fischmann. Et quoi de

« Quoi de plus repoussant que la flûte ? Un instrument que personne n’écoute » alors qu’il s’agit a priori d’une matière agréable et ludique, c’est du gâchis ». Le contenu semble inadapté pour capter l’attention des élèves souvent peu concernés et déconcentrés par les sureffectifs. « L’intérêt des cours de musique dépend de l’addition de plusieurs conditions, analyse Ingo Fischmann, professeur particulier de guitare à Rambouillet, la motivation personnelle, l’effectif, les qualités pédagogiques du

plus repoussant que la flûte ? Un instrument que personne n’écoute ou presque. Il faut attirer les élèves avec de la batterie, de la guitare, du piano. Aucun de mes élèves ne s’est découvert de passion grâce à la musique au collège ». Le volontariat apparait aussi comme une solution pour individualiser l’enseignement et permettre une approche plus concernée de la musique. De son côté, le ministère émet des souhaits

Pour les arts plastiques, même marasme. « Il faut introduire de la spontanéité dans ce qui est enseigné, observe Renée Micol, artiste peintre ayant fait les Arts Déco dans les années 60. La vraie culture n’est pas la priorité des programmes, ils sont creux. Il n’y a pas de quoi créer des vocations ». « L’objectif de la formation est de développer la sensibilité et l’intelligence culturelle et sociale, défend Jean-Louis Nembrini, nous ne voulons pas faire des élèves des artistes, seulement maintenir le lien fondamental entre les élèves et le patrimoine. Il faut avoir conscience que l’accès à la culture est très inégalitaire ». Autour de trois grands axes : l’objet, l’image, l’espace, le programme va au-delà du dessin. L’étude des œuvres doit permettre une meilleure compréhension des contextes historiques. « Malheureusement, la compréhension est très superficielle, observe Julia, qui rêve de devenir architecte d’intérieur, les concepts abordés sont intéressants mais les classes surchargées empêchent tout progrès réel ». « L’art c’est de la technique et de l’histoire, soutient Renée Micol, mais c’est avant tout des émotions. L’enseignement est trop alambiqué et enfantin pour faire comprendre aux collégiens la magie de la chose ».

Alternatives ?

De son côté, le ministère refuse de mettre en branle tout le système éducatif pour succomber à des partenariats avec des associations. « En Suède par exemple, illustre Ingo Fischmann, les arts sont optionnels au collège et les notes peuvent augmenter les moyennes. Les cours sont de meilleures qualités, avec des élèves qui ont envie d’apprendre ». Le ministère de l’éducation nationale, frileux sur le collège, a néanmoins réussi à réformer en profondeur l’art au lycée, mais en l’introduisant par le biais des enseignements d’exploration. « Une très bonne manière pour rester connecter avec l’art, se réjouit Julia, et ainsi améliorer sa culture générale, souvent en perdition chez les adolescents ». g

L’art au lycée réformé Depuis la rentrée 2010, les classes de seconde générale ont découvert les enseignements d’exploration (qui continueront jusqu’en terminale). A raison de 54 heures annuelles, soit 1h30 par semaine, les lycéens ont pour obligation de choisir au moins un des deux modules ayant attrait à l’économie : « Principes fondamentaux de l’économie et de la gestion » ou « sciences économiques et sociales ». Libre à eux ensuite de choisir une ou plusieurs autres options dans la limite des disponibilités, où la culture, dans sa diversité, a la part belle. Avec par exemple : Art du cirque Création et activité artistiques : Arts visuels ou Arts du son ou Arts du spectacle ou Patrimoines Création et culture design LV3 (3h) Latin ou grec (3h) Littérature et société


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Anniversaires

Ernest Hemingway, le « Papa» des écrivains

Hemingway est, 50 ans après sa disparition, toujours une source d’inspiration pour les jeunes écrivains.

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l en avait toujours voulu à son père de s’être suicidé, quand il avait 29 ans. Il trouvait cet acte lâche. Pourtant, lui aussi, lui l’amateur de corridas, il a attendu le taureau sans broncher, lui le fan de boxe, il a jeté l’éponge. La dernière chose que ses yeux ont regardé, c’était une autre paire d’yeux. Plus sombre que les siens. Deux trous noirs. Deux cercles vides qui étaient ceux du fusil braqué contre son front. Et il pressa la détente. Le 2 juillet 1961, Ernest Miller Hemingway se suicidait. Il avait 61 ans. La mort, il en parlait, il l’écrivait. Il n’en avait pas peur. « La mort est un remède souverain à toutes les infortunes » (Mort dans l’aprèsmidi, publié en 1932). En ce jour de l’été 1961, « Hem » en avait assez de ses malheurs. Cirrhose, hypertension, diabète, début d’Alzheimer, dépression, impuissance sexuelle, c’en était trop pour ce buveur amoureux des femmes (il en eut quatre, qui lui firent trois enfants). Il avait sûrement du désespoir plein la tête et des larmes pleins les yeux. Car ce gaillard dépassant les 180 cm et les 100 kilos n’était pas qu’un

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homme bourru. Lui aussi pleurait parfois. Notamment quand ses manuscrits n’étaient pas acceptés par les éditeurs. « Je pleure, mon gars, déclara-t-il à un biographe. Quand la douleur est trop forte, je pleure ».

« Ecrire une seule phrase vraie » Cinquante ans plus tard, ses mots continuent de claquer dans les mémoires comme des uppercuts. Hemingway était respecté. J.D. Salinger, après l’avoir côtoyé au cours de la seconde guerre mondiale, lui écrivit que leurs entretiens étaient les seuls souvenirs positifs qui lui restaient de la guerre. Sa lettre commençait par ces mots : « Cher Papa ». Ainsi était surnommé Hemingway : Papa. Aujourd’hui ce surnom lui sied mieux que jamais. « Papa Ernest », qui avait été inspiré par Shakespeare, Dickens, Stevenson, était lui-même source d’inspiration pour les écrivains de son époque, il l’est resté pour les générations suivantes et l’est toujours actuellement. « Il n’y a pas un écrivain postérieur à Hemingway qui n’ait appris de lui,

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Le 2 juillet 1961, Ernest Hemingway mettait fin à ses jours, d’un coup de fusil aussi sec que son écriture. Près de cinquante ans après sa disparition, il est encore considéré comme un maître de la littérature. Un modèle. Portrait d’un solitaire endurci par la guerre, qui défoulait sa rage derrière des mots simples. Par Yann Casseville

peut-on lire dans sa biographie signée Jérôme Charyn(Hemingway : portrait de l’artiste en guerrier blessé). Il a changé notre style, notre manière de considérer les archipels de mots et les espaces blancs infinis qui les entourent ». Souvent, il travaillait debout, entouré par les livres. « J’aime écrire debout, pour perdre mon ventre et parce qu’on a plus de vitalité quand on est sur ses pieds. Qui a jamais pu tenir dix rounds assis sur son derrière ? » L’écriture rythmait chacune de ses journées : « J'écris jusqu'à ce que j'arrive au point où j'ai encore du jus et où je commence à avoir une idée de la suite. Alors je m'arrête et j'essaie de vivre jusqu'au lendemain. C'est l'attente jusqu'au lendemain qui est dure à passer. » Hemingway écrivait comme il respirait. Beaucoup : la bibliographie bien replète de romans et de centaines de nouvelles de celui qui incarne la « Génération perdue » regorge de classiques (Le Vieil Homme et la mer, L’adieu aux armes, Pour qui sonne le glas,etc.). Comme il respirait : instantanément, par saccades brèves, très brèves. Une écriture abrupte, sans emphase mais à la véracité bluffante. « Ce

qu'il faut, c'est écrire une seule phrase vraie», expliqua-t-il un jour. Devant ce style aux faux airs simplistes l’intelligentsia américaines’indigna, William Faulkner (prix Nobel de Littérature 1949) en tête : « Il (Hemingway) n'a aucun courage, il n'a jamais pris le moindre risque. Il n'a jamais utilisé le moindre mot susceptible d'exiger de la part du lecteur l'usage du dictionnaire ». La réplique du Papa (prix Nobel de Littérature 1954 pour Le Vieil Homme et la mer) fut cinglante : « Pauvre Faulkner... Croit-il vraiment que les grandes émotions naissent des grands mots ? Il pense que je ne connais pas les mots à dix dollars... Evidemment que je les connais ! Mais il y a de meilleurs mots, des mots plus anciens et plus simples, et ce sont ces mots-là que j'utilise ». Faulkner présenta ses excuses.

« Foutu d’avance » L’homme était susceptible. Comme la brutalité de son écriture protégeait la finesse de ses romans, sa masse physique cachait la fêlure de fragilité qui était en lui. Toute sa vie, il sembla tiraillé entre profiter (les femmes, l’alcool, la chasse) ou se flageller à chaque fois qu’il aspirait au simple bonheur. Ce bonheur insaisissable :« Le bonheur des gens intelligents est la chose la plus rare que je connaisse ». Né dans l’Illinois le 21 juillet 1899, il passa une bonne partie de sa vie sur le champ de bataille : première guerre mondiale, guerre d’Espagne, deuxième guerre mondiale, révolution cubaine. « Il faut souffrir le martyre avant de pouvoir écrire sérieusement », déclara Ernest après avoir été blessé

par un obus en 1918. Comme s’il lui fallait prouver sa valeur au combat pour être considéré comme un homme. Hemingway, l’homme aux deux facettes, celui qui traita sa mère de « salope » alors que c’est grâce à elle qu’il posa ses premiers mots sur le papier. Celui aussi qui détestait son prénom, qui haïssait Hollywood, qui aimait ses femmes mais ne pouvait s’empêcher d’aller voir ailleurs. Celui encore qui publia Le Vieil Homme et la mer alors que la rumeur le disait fini, tout juste bon à avaler son litre de whisky quotidien. Quand la presse annonça son décès dans un accident d’avion en Afrique, il trouva amusant de conserver les nécrologies.Dans sa biographie, Jérôme Charyn l’a décrit comme « le plus étudié et le moins compris des écrivains américains ». Après la révolution cubaine, donc il ne fit matière qu’à articles, Ernest revient aux Etats-Unis et s’installe dans l’Idaho. Avec sa quatrième femme, mais seul dans son esprit. « La vie d'un écrivain, en mettant les choses au mieux, est une vie solitaire ». Hemingway fut un solitaire permanent. « De quelque façon qu’il s’y prenne un homme seul est foutu d’avance », déclare un de ses personnages dans En avoir ou pas. Ainsi continue le narrateur du roman : « Il ferma les yeux. Il avait mis du temps à le sortir, mais il lui avait fallu toute une vie pour l’apprendre ». Dans son livre, son personnage ré-ouvre les yeux. Il y a bientôt 50 ans, Ernest Hemingway se dit qu’il était foutu d’avance. Aussi il ferma les yeux. g


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Anniversaires

L’hommage à Gainsbourg A partir du 19 février prochain, France Télévision rendra un hommage à Serge Gainsbourg, disparu le 2 mars 1991. Triste anniversaire célébré en grandes pompes funèbres par le service public. De nombreux artistes seront au rendez-vous. Par Emmanuelle Ringot

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ingt ans déjà que Serge Gainsbourg s’est éteint après une énième crise cardiaque à son domicile parisien, rue de Verneuil. Depuis ses titres les plus scandaleux sont passés à la postérité. Qui n’a jamais fredonné le refrain –entétant- de Lemon Incest ? En trente-trois ans de carrière, Gainsbourg a sorti dix-huit albums originaux. Il se place à la 85ème place des ventes de disques en France avec plus de 5,9 millions de disques vendus. Né en 1928 à Paris de parents émigrés de Russie, Lucien Ginsburg a une enfance mouvementée. Après avoir abandonné ses études, il enchaine les petits boulots. Passionné de peinture, il la délaisse pour se produire dans des pianos-bar du côté du Touquet. Boris Vian a été le déclic qui va amener le jeune homme à se lancer dans la musique. De là, Serge Gainsbourg s’est efforcé de se créer une image de poète-maudit tout en inondant les bacs de tubes comme Elisa en 1969 ou Vieille Canaille en 1979 qui s’est vendu à des milliers d’exemplaires. Outre pour son talent de chanteur-compositeur, « l’homme à la tête de choux » est également connu pour ses frasques

télévisuelles. La plus connue du grand public reste le jour où il a brûlé un billet de 500francs sur le plateau de l’émission 7/7 sur TF1 le 11 mars 1984 afin de partager avec les téléspectateurs son amertume pour les impôts. Anticonformiste à souhait, l’homme qui a insulté Chantal Goya – la pauvre- en direct à la télévision, sera célébré en héros sur le service public. C’est Michel Drucker qui marquera le premier le début des hommages à Serge Gainsbourg avec une émission spéciale où des artistes de Benabar aux BB Brunes viendront reprendre des tubes du répertoire de l’artiste. Les proches du chanteur sont aussi attendus pour partager leurs souvenirs. A croire que la postérité aura blanchi la réputation de Gainsbarre. Loin des scandales qui ont rythmé sa carrière, Serge Gainsbourg vingt ans après, est un artiste de variétés françaises qu’il fait bon connaître. Le 22 février, à 20H35 sur France 4, Nagui -toujours à la pointe de la musique-, présentera un Taratata « Spécial Gainsbourg » dans lequel Ben l'Oncle Soul et Sly Johnson, Alain Chamfort et Frederika

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« Je fume, je bois, je baise. Triangle équilatéral ».

Serge Gainsbourg se place à la 85e place des ventes de disques en France depuis 1959 Stahl, Yodelice ou encore Raphaël pousseront la chansonnette sur les plus célèbres titres du chanteur. Devenus hymnes des années 80, ses tubes comme la reprise de la Marseillaise ou Sea, sex, and sun ne sont plus aussi tapageurs que

d’antan. La série d’hommage se conclura le soir du 2 mars par la diffusion sur France 3 du documentaire « Gainsbourg et les femmes » écrit par Didier Varrod et réalisé par Pascal Forneri. D’autre part, les éditions d'information des diffé-

rentes chaînes du groupe devraient diffuser différentes images d'archives, reportages et témoignages inédits sur l’artiste.g

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« Je composerai jusqu'a la décomposition » S.G. La vie de Serge Gainsbourg se prête a priori plutôt mal à l’hommage télévisuel et consensuel par l’ancien gendre préféré des français. Encore moins à une heure de grande écoute : «Je fume, je bois, je baise. Triangle équilatéral » n’est surement pas la citation préférée de Michel Drucker . Sulfureux, anticonformiste, passionné par les femmes, l’artiste a flirté avec le bien et le mal tout au long de sa vie. Ceux qui veulent s’en faire une idée remplaceront avantageusement la soirée télé par le film de Joann Sfar qui réalise une biographie fantasmatique de l’homme à la tête de choux, sortie dans les salles le 20 janvier 2010. Des ruelles de Paris où, jeune homme, il arborait l’étoile juive jusqu’à la consécration en tant que musicien et compositeur émérite, le film retrace son itinéraire artistique hors-norme à travers ses amours tumultueuses et ses chansons fumeuses. Eric Elmosnino, acteur français de quarante-sept ans, incarne avec subtilité la personnalité ambivalente et compliquée de Gainsbourg dans un biopic drôle et fantastique. Le film est aujourd’hui disponible en DVD et en bluray depuis octobre 2010.g

Gainsbourg, Vie Héroique est sorti dans les salles en janvier 2010

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Musique

Du rock au rap

Passation de pouvoir Par Antoine Delthil et Valentin Marcinkowski

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Le rappeur Jay-Z au festival rock de Glastonbury en 2008.

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eptembre 2009, Jay-Z détrône Elvis. Une semaine après sa sortie, le nouvel album du rappeur new-yorkais se place en tête des charts américains, son onzième numéro 1. Le record du King tombe. Le rock est mort, vive le rap ? Tel un symbole, cet événement marque la nouvelle suprématie commerciale du hip-hop sur le rock partout dans le monde. En ce début d’année 2011, la tendance s’est même accentuée. Au-delà de la montée en puissance des musiques urbaines, le rock’n’roll est en nette perte de vitesse, en terme de ventes du moins. L’année 2010 a fait figure de « sommet » si l’on peut dire, avec seulement trois chansons rock dans le top 100 en Angleterre selon la revue spécialisée Music Week . C’est le pire résultat depuis 1960, époque ou les riffs de guitares n’en étaient qu’à leurs balbutiements. L’adolescent rebelle qui écoutait hier en cachette « Sticky Fingers » des Rolling Stones ne jure plus aujourd’hui que par Eminem ou Kanye West. Pour preuve, la radio la plus écoutée de la jeunesse française, Skyrock, se targue d’être « premier sur le rap ». Alors, Rock’n’Roll Is Dead, comme l’annonçait Lenny Kravitz dès 1995 ? Pas sûr. Le propre de cet art si particulier est de renaître de ses cendres, comme tant d’artistes mythiques l’ont prouvé depuis cinquante ans. Et avec des retours prévus dans les bacs de certains des plus grands groupes des années 2000, 2011 pourrait bien voir le retour des rockstars en haut de l’affiche. Et l’émergence d’une nouvelle génération ? g


Gavroche Hors-série - février 2011

Musique

Premier sur le Rap

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En plus de 30 années d’existence, la culture hip-hop s’est imposée partout où elle est passée. Aujourd’hui, le rap/R’n’B constitue l’un des plus gros marchés de l’industrie du disque et dépasse même celui du rock. Retour sur une ascension des plus fulgurantes. Par Valentin Marcinkowski

Malgré son statut de star du rap, Lil’ Wayne est l’un des rares à avoir expérimenté le rock sur son album Rebirth en 2010.

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artout dans le monde, le même constat. Le hip-hop gagne en influence alors que le rock est relégué au second plan. Même l’Angleterre – pays

des Beatles, des Who et des Rolling Stones – n’y échappe pas. L’année dernière, 47% des cent titres les plus vendus du Royaume étaient du rap/R’n’B, soit près d’un titre

Rap’n’roll Malgré des styles et des univers à priori opposés, la connexion entre le rock et le rap a toujours bien fonctionné. Tout le monde a en mémoire le tube des années 80 « Walk this Way » de Run DMC et Aerosmith. Au cours de ces vingt dernières années, les artistes hip-hop ont souvent puisé dans le répertoire rock pour trouver leur inspiration, prouvant au passage que leur culture va bien au-delà de la musique noire américaine. Puff Daddy et Eminem, pour ne citer qu’eux, font partie des artistes hip-hop les plus « rock’n’roll ». Le premier nommé a par exemple repris le tube « Every Breath You Take » pour un hommage à Notorious BIG en 1997 tandis qu’Eminem chante « The Way I Am » en duo avec Marylin Manson sur The Marshall Mathers LP en 2000 tout en choisissant « Dream On » d’Aerosmith pour un autre de ses titres en 2003. Illustration de cette tendance, Lil’ Wayne a sorti l’année dernière un album entièrement rock intitulé Rebirth. Une première dans l’histoire du hip-hop et une vraie prise de risque d’un point de vue artistique qui fera certainement des émules.

sur deux. Dans le même temps, seuls trois singles rock étaient plébiscités par les sujets de sa Majesté. Aux EtatsUnis, Eminem a trusté la première place du hit parade et a vendu 3,42 millions de copies de Recovery. Ces chiffres si éloquents pour le rap sont également valables pour les années précédentes.

L’explosion des années 90 Qui aurait pu prédire, il y a plus de 30 ans, que le hiphop prendrait une place si importante dans le paysage musical mondial ? Né à NewYork dans les années 70, le rap a su évoluer et s’internationaliser au fil des décennies. A la fois festif et contestataire, le genre a acquis une notoriété mondiale dans les années 90 grâce à

l’essor d’artistes tels que Snoop Dogg. C’est à cet époque également que le hiphop se structure autour de puissants labels (Death Row, Def Jam ou encore Bad Boys Records). La guerre entre la West Coast et East Coast bat alors son plein et consacre le rap gangsta. Argent, sexe, drogue et… armes à feu font désormais partie du tableau. Plus que de simples artistes, les rappeurs se muent également en vrai businessman et se retrouvent, pour certains, à la tête de multinationales (Puff Daddy, Jay-Z…). Le meilleur moyen de répandre la culture hip-hop partout dans le monde.

Respectabilité Alors qu’il souffrait d’une mauvaise réputation, le rap a su se racheter une respectabi-

lité dans les années 2000, même si cette image sulfureuse persiste en France. Les instrumentales sont devenues plus pop et électro tandis que les textes sont moins virulents que par le passé. Le hip-hop ratisse large au grand dam des puristes de la première heure, et ça marche ! Plus subtilement, le rap plaît aux jeunes car ces derniers n’ont pas besoin d’être des pros du solfège pour en faire. Un papier, un stylo, une voix et quelques notions en logiciel de musique suffisent pour créer des morceaux. Un avantage considérable sur le rock, qui nécessite plus de connaissances et de moyens. Une musique bas de gamme faite à l’arrache par des jeunes délinquants et qui squatte les premières places des charts, les fans de rock ont de quoi faire la gueule ! g

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Musique

Rock’n’Flop Trois morceaux de rock sur les cent meilleures ventes de singles de 2010 outre-Manche, ces chiffres étaient inconcevables il y a encore vingt ans. Ils témoignent du désintérêt des acheteurs pour ce genre né avec leurs parents. Pire, les groupes actuels doivent compter avec la concurrence de leurs glorieux ainés, toujours dans le circuit. Par Antoine Delthil

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onight, I’m a rock’n’roll star », chantait en 1994 Liam Gallagher en ouverture de l’excellent Definitely Maybe, premier album d’Oasis. Expression la plus pure du fantasme de la rock star, l’album deviendra ensuite Fastest Selling Debut Album Of All Time, le premier opus d’un groupe le plus rapidement vendu à sa sortie. Les frères Gallagher en vendront plus de sept millions d’exemplaires, vingt millions pour le second un an plus tard. Des chiffres qui laissent songeur en 2011. La généralisation du téléchargement illégal a bouleversé la donne. Voir un album de rock dépasser la barre symbolique du million de copies écoulées dans le monde est devenu une très notable exception. Pire, le genre musical a de plus en plus de mal à se faire une place dans les charts. L’année écoulée aura été calamiteuse, avec seulement trois singles dans le top 100 anglais de l’année, d’après les chiffres du site internet

Noel Gallagher, ex-guitariste d’Oasis, peut faire grise mine. Le rock disparait peu à peu des charts britanniques et amériains.

tique, le bilan n’est guère plus encourageant. Huit singles dans le top 100 sont catégorisés « rock ». Et parmi ceux-ci figure par exemple

Le dernier groupe de grande ampleur à exploser remonte à 2006 Music News, dédié à l’industrie musicale. C’est dix de moins qu’en 2009, et vingtcinq de moins qu’il y a deux ans! Il faut même remonter à l’année 1960 pour trouver un ratio si faible. « Jusqu’à peu, il y avait beaucoup de chansons rock dans le classement, mais passer de vingt-sept en 2008 à trois en 2010… Ce n’est pas seulement quelque chose de cyclique », expliquait en janvier à la BBC Ben Cardew de Music Week. L’Angleterre est pourtant historiquement la terre la plus prodigue en groupes mythiques, et possède sans doute le public le plus fervent. Outre-Atlan-

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Hey Soul Sister du groupe Train, qui ne brille pas précisément par la violence de ses solos de guitare.. L’une de ces chansons « rock», Don’t Stop Believing par les chanteurs de la série américaine Glee, est une reprise du groupe Journey datant de 1981…

Nostalgie Faut-il y voir une preuve que, selon l’expression consacrée, le rock « c’était mieux avant » ? Le public n’est pas loin de le penser à en croire le top 10 des tournées 2010 les plus proli-

fiques, publié par le magazine américain Bilboard. Trois « supergroupes » des années 80 trustent les trois premières places. AC/DC et U2 talonnent les américains de Bon Jovi, dont les 69 dates ont attiré un million et demi de spectateurs et près de cent-cinquante millions de dollars de recettes. Alors que le dernier groupe de grande ampleur à exploser remonte à 2006 (les Arctic Monkeys), les « anciens » que sont les Who, les Rolling Stones ou Paul Mc Cartney remplissent toujours les plus grands stades du monde. Dans les foules, on trouve bien sûr des cinquantenaires, mais aussi énormément de jeunes, happés par le pouvoir de la musique de leurs parents. Que manque-t’il alors à la nouvelle génération ? L’attitude peut-être. L’image d’un groupe ne dépend pas que de sa musique. La transgression est historiquement

l’apanage des rockers. « Est ce que les personnes qui ont des places bon marché peuvent taper dans leur mains et les autres faire cliqueter leurs bijoux ?» demandait déjà John Lennon en 1964 aux concerts des Beatles. Les tabloïds anglais des années 90 étaient particulièrement friands des petites phrases assénées au détour d’une interview. « Nous ne sommes pas arrogants, juste le meilleur groupe du monde » lachait en toute humilité Noel Gallagher en 1996.

« Protest songs » « People try to put us down / just because we get around » (On essaie de nous faire taire / juste parce qu’on traîne dans les rues). Les paroles sont des Who en 1965 dans l’hymne My Generation. Comme tout courant artistique, le rock a souvent été un moyen de faire passer

une rage, et des revendications. Bob Dylan et Joan Baez étaient les chantres absolus de ces « protest songs» dans les années 1960. Trente-cinq ans plus tard, Richard Ashcroft de The Verve parlait de l’Homme comme un « esclave de l’argent jusqu’à sa mort » (Bittersweet Symphony). Une relation aux profits que les trop gentils groupes actuels ne connaissent que trop bien. S’ils se retrouvent dans la musique en elle-même, peutêtre ne se retrouvent-ils plus dans ses fondamentaux, ceux d’une autre génération. Toutefois, l’année 2011 pourrait bien rassurer les maniaques des ventes. Plusieurs groupes phares du rock’n’roll des années 2000 font leur retour dans les bacs et sur scène dans les mois à venir (voir page suivante). La flamme du rock and roll n’est pas éteinte, il faut juste l’attiser.g


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Musique

Get Back

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année 2011 a commencé sur un clap de fin. Les White Stripes, duo blues-punk américain ont annoncé leur séparation après onze ans d’activité. A leur actif, cinq albums et un tube planétaire, Seven Nation Army, devenu bon gré malgré un chant de supporters dans tous les stades d’Europe. Surtout, ils ont fait partie de la vague de groupes dont l’émergence au début des années 2000 a été qualifiée par les médias spécialisés de « résurrection du rock », excusez du peu. Les représentants les plus populaires de cette génération dorée ont été les NewYorkais des Strokes. Le quintet emmené par Julian Casablancas, chanteur à la voix rauque et aux cheveux

longs a fait son retour sur scène au festival de l’Île de Wight en juin dernier, après une séparation provisoire fin 2006. Tous les membres ayant mené à bien leur projet solo, le groupe a pu se reformer, et enregistrer son nouvel album, Angles, dont la sortie est fixée au 22 mars. Dix ans ont passé depuis leur inaugural Is this It, élu album de la décennie par la revue britannique spécialisée NME. Le premier single Under Cover of Darkness, a été lancé le 9 février 2011. Premier groupe à avoir profité à fond des capacités de diffusion d’Internet, les Arctic Monkeys, originaires de Sheffield en Angleterre, transforment tout ce qu’ils touchent en or depuis leur éclosion en 2006. Les talents

de compositeur de leur leader Alex Turner, ont permis au groupe de remplir stades et zéniths sans la moindre difficulté, alternant ballades harmoniques et morceaux très énergiques. Les membres du groupe parlent d’une sortie du nouvel opus au printemps, avant une tournée des festivals cet été. Une tournée britannique complète moins de trente minutes après la mise en vente des billets sur internet, ça laisse songeur. Songeur quant au niveau de popularité conservé outre-Manche par Liam Gallagher, exchanteur bagarreur des Mancuniens d’Oasis, et dont le nouveau groupe s’appelle Beady Eye. Different Gear, Still Speeding, sort le 28 février, et la formation le présentera le 13 mars au Casino

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Après une année 2010 pour le moins morose, l’industrie du rock devrait reprendre des couleurs. Plusieurs valeurs sûres, jeunes et moins jeunes, s’apprêtent à faire leur retour dans les bacs. Avec pour difficile mission de ramener le rock’n’roll au top des charts. Par Antoine Delthil

Les Strokes seront de retour dans les bacs le 22 mars prochain.

de Paris. Son grand frère Noël, compositeur de tous les hymnes d’Oasis, continue en solo. Trop tôt néanmoins pour envisager une date de sortie d’album. Et

pour les nostalgiques des années 80, REM remet le couvert pour une quinzième galette qui s’intitulera Collapse Into Now. Tremble, Rihanna. g

Dr Dre : Dernière consultation pour 2011 ? Annoncé depuis 2004, le nouvel album de Dr Dre devrait finalement sortir dans les bacs cette année. De quoi rassurer les fans qui commençaient vraiment à se poser des questions quant à l’existence réelle de ce nouvel opus. Par Valentin Marcinkowski

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Dr Dre, le roi incontesté du rap US

n a tous besoin d’un bon docteur. Le hiphop ne déroge pas à la règle et bonne nouvelle, le sien devrait revenir en 2011 après plus de dix ans d’absence pour une troisième et dernière opération. Dr Dre, le producteur de rap le plus influent et certainement le plus talentueux, doit sortir cette année le tant attendu Detox. Quand exactement ? Personne ne le sait. Dans le milieu, l’album fait figure d’arlésienne tant il a été reporté ces dernières années. A presque 46 ans, la figure de proue du rap West Coast n’a pourtant pas l’intention de se presser. Le principal intéressé avait pourtant laissé entendre le mois dernier que le 20 avril avait été choisi pour enfin

voir Detox dans les bacs. Faux espoir, un porte-parole du rappeur a fait savoir quelques jours plus tard qu’aucune date de sortie officielle n’a pour l’heure été décidée. Les fans, eux, commencent à trouver le temps long. Conscient de l’attente énorme qu’il suscite, Dr Dre a déjà donné un aperçu de son futur album avec la sortie du single « Kush » et, plus récemment du titre « I Need A Doctor » avec Eminem et Skylar Grey. Comme un SOS lancé par tous ses fans, qui espèrent enfin décrocher un rendez-vous cette année pour une ultime consultation. Contrairement à d’autres dans ce milieu, Dr Dre mise davantage sur la qualité que

la quantité. Son dernier album, 2001, remonte à l’année 1999. Bien que jamais classé numéro 1, cet opus fait figure de chef-d’œuvre absolu en matière de hip-hop avec notamment le hit « Still Dre », véritable emblème de toute une génération. Plus discret qu’un Puff Daddy, Dr Dre se fait très rare dans les médias. Le meilleur moyen sans doute de travailler sereinement. Car durant toutes ces années, le Californien n’a pas chômé. Les succès d’Eminem et 50 cent, c’est lui. A trop se concentrer sur les projets d���autres artistes, Dre a mis sa propre carrière entre parenthèses et c’est la principale raison – en plus de son ultra-perfectionnisme – de cette si longue attente... g

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Cinéma

La confusion du cygne Mercredi 9 février est sorti le nouveau film de Darren Aronofsky, Black Swan. Le long métrage traite de façon onirique et psychologique de l’ascension d’une danseuse étoile au New York City Ballet. La ballerine va devoir dans le même temps affronter son pire ennemi : elle-même. Par Audrey Loussouarn lèle entre la concurrence évidente entre les deux femmes et celle du cygne blanc et du cygne noir du ballet. L’arrivée de Lily amène Nina à remettre en question son univers fait de rose, de peluches et de perfection et à se confronter à son côté sombre. Sa détermination à jouer la reine des cygnes l’amène à devenir paranoïaque quant aux intentions de la brune sulfureuse et à entretenir une amitié malsaine avec elle. Lily réussit peu à peu à pervertir son âme pure et enfantine.

Les « cygnes » d’un succès

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Couvée depuis l’enfance par une mère ancienne danseuse, qui n’a jamais réussi à obtenir le moindre grand rôle, Nina finit par rejeter son oppression maternelle. Celle-ci tentait de projeter l’objectif de sa vie dans celui

La relation entre Nina et Lily apparaît quelque peu malsaine

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u côté de chez « swan », la folie pourrait bien pointer le bout de son nez. Dans Black Swan, le réalisateur Darren Aronofsky choisit de traiter un sujet des plus pointus, celui de la danse classique. Après Requiem for a dream, The Wrestler ou encore The Wolverine, il s’attaque de nouveau aux âmes complexes et tourmentées. Ce drame et thriller psychologique met en scène Nina (Nathalie Portman), danseuse étoile au New York City Ballet. La jeune ballerine se voit déstabiliser par l’arrivée de Lily au moment de la désignation du rôle principal du Lac des cygnes par le directeur artistique de la troupe, l’ambigu Thomas. Le côté désinvolte et extraverti de la nouvelle venue contraste avec la naïveté et la pureté de Nina. Le film joue continuellement sur ce paral-

Nina (Nathalie Portman) est partagée entre sa pureté et son côté sombre

de sa fille en lui faisant subir un régime drastique, une quasi séquestration et des entrainements intensifs. Le personnage de Nina doit apprendre à lâcher prise et extérioriser ses émotions pour arriver à jouer à la perfection le rôle du cygne noir (« black swan »). Son image lisse et parfois prude correspond au cygne blanc. Pourtant, le spectateur découvre au fur et à mesure du film et des réactions de Nina, qu’elle tend davantage vers le plus sombre des deux. Nathalie Portman est époustouflante de sincérité dans le rôle d’une jeune femme à la fois craintive et

déterminée. L’actrice, qui a rencontré son fiancé Benjamin Millepied sur le tournage et dont elle attend un enfant, envisage après ce film de faire une pause pour se lancer dans la production et l’écriture pour, d’après elle, se « permettre de choisir (sa) vie et de contrôler (son) emploi du temps ». La jeune femme s’est vu offrir un Golden Globes de la « Meilleure actrice » dans un drame. Le film était également nominé dans trois autres catégories : « Meilleur film », « Meilleur second rôle» pour Mila Kunis et « Meilleur réalisateur pour Darren Aronofsky. Com-

mençant par des démonstrations de tutus et de grâce, le film tend efficacement au fil des scènes vers un thriller psychologique fait de scènes trash et sanguinaires où le spectateur découvre un trouble profond dans le personnage principal. Seul bémol, la folie de Nina ramène davantage à la schizophrénie qu’à une extrême angoisse et apporte au spectateur une certaine perplexité quant au déroulement des évènements. De quoi galvauder quelque peu le final.g

Filmographies Nathalie Portman :

Vincent Cassel:

Mila Kunis:

1994 : Léon de Luc Besson 1997 : Tout le monde dit I love you de Woody Allen 1997: Mars Attacks ! deTim Burton 1999-2002 et 2005 : La trilogie de Star Wars de Georges Lucas 2006 : V pour Vendetta de James McTeigue 2006: Paris, je t’aime de Tom Tykwer 2007 : My Blueberry Nights de Wong Kar-wai 2008 : Deux sœurs pour un roi de Justin Chadwick

1995: La haine de Mathieu Kassovitz 1997 : Dobermann de Jan Kounen 1999 : Jeanne d'Arc de Luc Besson 2000 : Les Rivières pourpres de Matthieu Kassovitz 2000 : Le Pacte des loups de Christophe Gans 2001 : Sur mes lèvres de Jacques Audiard 2002 : Irréversible de Gaspar Noé 2005 : Sheitan de Kim Chapiron 2008 : L'Instinct de mort et Ennemi public numéro 1 de la Saga Jacques Mesrine de Jean-François Richet 2010 : Notre jour viendra de Romain Gavras

1998-2006 : That '70s Show (Série TV) 1997 : Chérie, nous avons été rétrécis de Dean Cundey 2008 : Max Payne de John Moore 2008 : Sans Sarah rien ne va de Nicholas Stoller 2010 : Le Livre d'Eli d'Albert et Allen Hughes 2010: Crazy Night de Shawn Levy

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Télévision

Mafia : retour aux sources Nouvelle série phare de la chaîne HBO, Boardwalk Empire s’est rapidement fait un nom dans le monde de la télévision. Ne serait-ce grâce à son budget colossal ou à l’intérêt que le réalisateur Martin Scorsese lui porte, Boardwalk Empire fait déjà partie des meilleures séries de 2011. Par Alexandra Bresson

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vec les Sopranos, le scénariste Terence Winter nous a plongé dans la vie de Tony Soprano, chef de mafia modèle et père de famille irréprochable. Dans Boardwalk Empire le scénariste va plus loin en retraçant la métamorphose d'Atlantic City en ville du vice et du péché dans les années 20. Regardée pour la première fois le 19 septembre 2010 par plus de 5 millions de téléspectateurs sur HBO (meilleur démarrage de la chaîne depuis le pilote de Deadwood), la série est rapidement diffusée en France sur Orange Cinéma Séries chaque dimanche. Du coup, sitôt commencée, Boardwalk Empire s'envole déjà vers une seconde saison. Tirée du roman Boardwalk Empire: The Birth, High Times and the Corruption of Atlantic City de Nelson Johnson, le scénariste relate à sa manière l’histoire de Nucky Thompson, trésorier d’Atlantic City qui décide de se lancer dans l'industrie de l'alcool en pleine prohibition. « Je ne connaissais pas le livre sur Atlantic City écrit par Nelson Johnson, sur lequel se base notre série. Ce sont les dirigeants de HBO qui me l'ont donné, en me demandant de voir s'il y avait la matière pour en faire une série. Et puis, j'ai découvert le personnage de Nucky Johnson, dont j'ai fait mon personnage principal car cet homme, à la fois politicien et gangster, m'a fasciné », explique Terence Winter.

A la hauteur de ses promesses Attendue de très longue date, la série a rapidement fait parler d’elle avant même sa diffusion. Et pour cause : le pilote est réalisé par Martin Scorsese. Dès les premières minutes de l’intrigue, qui débute le jour de l’application du 18e amendement instaurant la prohibition, le réalisateur nous immerge dans la mafia, son thème favori. Scorsese est également producteur au côté de Mark Wahlberg, acteur et déjà producteur des séries Entourage et How to make it in America. Mais qui dit réalisateur et producteur de talent dit budget colossal pour lequel HBO a dû mettre la main

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Boardwalk Empire est diffusé chaque dimanche sur Orange Cinéma Séries

au portefeuille. Pour le premier épisode, la chaîne a dépensé 20 millions de dollars en reconstitution historique. Ne manquait plus que des acteurs ayant déjà roulé leur bosse. Car si de plus en plus de films peinent à convaincre, les séries elles, gagnent en maturité comme le prouve Boardwalk Empire et son casting d’acteurs habitués du grand écran. Le célèbre Steve Buscemi (Desperado, Armageddon, Pulp Fiction, Reservoir Dogs) joue avec brio Nucky Thompson, le politicien véreux. « Au départ, on voulait un acteur qui ressemble au vrai Nucky, explique le scénariste Terence Winter. Mais ça nous amenait vers James Gandolfini, qui jouait déjà dans les Soprano ! Donc on s'est dit: « prenons simplement l'un des meilleurs acteurs que l'on connaisse». Avec Martin Scorsese, on s'est vite mis d'accord sur Steve Buscemi ». L’acteur au faux air de Léonardo DiCaprio, Michael Pitt (Last Days, Delirirous, Le Village) interprète James Darmody, chauffeur de Nucky Thompson et ambitieux jeune père de famille. « Jimmy était à l'université mais a décidé de partir faire la guerre en Europe, raconte le jeune acteur. Il en revient tourmenté par les notions de bien et de mal. Avec Nucky, ils entretiennent une relation père-fils, mais encore plus compliquée ».

L’Amérique redécouvre son passé A l’instar de la série Mad Men, Boardwalk Empire prône l’esthétisme. La reconstitution a été particulièrement soignée : les producteurs ont rebâti en partie la célèbre promenade de bord de mer qui faisait la réputation d'Atlantic City, les costumiers ont rassemblé une collection de robes et de costumes d'époque, les stylistes ont recréé des coiffures à la mode au début du XXe siècle et même les musiques datent de

cette période. Tenues magnifiques, décors et musiques d’époque … HBO ne lésine pas sur les moyens au risque d’en oublier le scénario. « Esthétiquement remarquable, Boardwalk Empire ne pèche que par un nécessaire didactisme. Pour le reste, elle constitue une preuve supplémentaire que certaines séries, se rapprochent de plus en plus de l’expérience cinématographique », relate Pierre Langlais, journaliste à Télérama.fr. Plongée ultra documentée dans le passé des Etats-Unis, au tout début des années 1920, la série fait découvrir de manière véridique les premiers pas du crime organisé. « De plus en plus d'historiens considèrent ces séries, et l'histoire populaire en général comme légitimes pour parler du passé. C'est une mini-révolution ! » commente Pierre Langlais. Le concept de la série a déjà ravi les critiques télé pourtant avares en compliment sur les programmes de la chaîne : « Boardwalk Empire, c'est ce qu'on peut faire de mieux à la télévision : regarder cette série, c'est comme être dans une machine à remonter le temps. Tous les thèmes abordés ont encore une résonnance aujourd'hui», estime le Philadelphia Enquirer. Au Golden Globes 2011, la série a remporté le prix de la Meilleure série dramatique et Steve Buscemi, celui du Meilleur acteur dans une série dramatique. Les mafieux ont encore de beaux jours devant eux.g

Steve Buscemi (Nucky Thompson) et Mickael Pitt (James Darmody)


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Téléréalité

Les 10 ans La téléréalité fête cette année ses 10 ans ! Rappelez-vous, c’était il y a dix ans qu’apparaissaient sur nos écrans : Loft Story.Dix ans que le petit écran est envahi de programmes à la qualité plus ou moins discutable, et souvent

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vril 2001. En primetime sur M6, la «petite chaîne qui monte », Benjamin Castaldi, quasi inconnu mais « fils de », lance la toute première émission de téléréalité française : Loft Story. Le concept ? Treize célibataires se retrouvent enfermés dans un loft, sous l’œil des caméras, 24h sur 24. Chaque semaine, les candidats désignent ceux qu’ils souhaitent voir quitter l’aventure, ensuite soumis au vote du public. La recette de Loft Story, jeunesse et sexe, promiscuité et rivalité, voyeu-

risme et concurrence, a par la suite été reprise dans de nombreuses émissions de téléréalité, qu’elles aient eu du succès, ou non. Depuis 10 ans, malgré de nouveaux ingrédients, la téléréalité a peu évolué.

Trois concepts distincts En France, il existe trois principaux concepts d’émissions de téléréalité. Le premier, et le plus vendeur est celui du huis-clos. Loft Story, ou plus récemment Secret Story, bref,

des inconnus enfermés et filmés. C’est sans doute l’un des concepts les moins intéressants, puisque les participants n’ont pas grand-chose à faire de leurs journées, si ce n’est profiter du confort luxueux offert par la production, dragouiller, ou encore participer à quelques activités afin de ne pas passer pour de parfaits feignants. Deuxième concept, les émissions musicales. Certaines comme Popstar ont presque immédiatement fait un flop, mais d’autres, comme la Star Academy ou la Nouvelle Star

ont réussi à trouver un public. Ici, l’enjeu est plus important puisque le gagnant remporte l’occasion d’enregistrer un album, et donc, de réaliser son rêve de devenir artiste. Si le concept de ces deux émissions est similaire, le traitement est différent. Si TF1 revisite le concept de huis-clos avec la Star Academy, les candidats vivant dans un château et prenant des cours de chant, danse et théâtre, M6 a préféré organiser un casting géant à travers la France, en plusieurs étapes. Cependant, si des

chanteurs comme Jenifer (Star Academy 1) ou Julien Doré (Nouvelle Star 4) font toujours plus ou moins parler d’eux, d’autres, comme Jonatan Cerrada, vainqueur de la première édition de la Nouvelle Star, à l’époque appelée A la recherche de la nouvelle star, sont totalement tombés dans l’oubli. Enfin, le dernier type de téléréalité est celui de l’aventure. Ici, les deux principales émissions sont Koh Lanta, qui reprend au principe de huis-clos décidément cher à TF1, puisque les candidats

Les dérives de la téléréalité

2/ Les Colocataires, M6 (2004) M6 diffuse les Colocataires en 2004. Calquée sur Loft Story, excepté que la villa est divisée en deux avec les filles d’un côté et les garçons de l’autre. Mais ils n’étaient séparés que quelques heures par jour. Le concept n’a pas su trouver son public. La ferme célébrité apparue dans le même temps sur TF1 a raflé toutes les parts d’audience. A la première confrontation le 4 avril 2004, 6 millions de téléspectateurs avaient préféré les aventures des people-fermiers

Cyril, ex-candidat de Secret Story

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3/ Dilemme, W9 (2010) 2010, Le principe de Big Brother est repris par la chaîne W9 avec Dilemme. Quinze jeunes, deux équipes, une villa, des dilemmes : le décor est planté. Mais l’émission n’a pas remporté le succès escompté et s’est attirée les foudres de bon nombre de médias qui jugeaient le niveau intellectuel des candidats et la vulgarité de leur langage déplorable. Le public pourtant au rendez-vous à la première émission s’est vite lassé. En moyenne, Dilemme réunissait 500 000 téléspectateurs chaque soir.

Loana et Steevy Bouley , ex-candidats du Loft 1

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Les FLOPS 1/ Nice People, TF1 (2003) TF1 se lance dans la téléréalité avec Nice People en 2003. Présentée comme un clin d’œil au film de Cédric Klapish « L’Auberge Espagnole », l’émission joue sur la diversité des cultures. L’idée ? Installer douze jeunes Européens dans une villa à Nice et les filmer 24h/24. L’Italienne Serena a été la grande gagnante de l’édition 2003. Le manque de téléspectateurs aura raison du concept qui ne sera pas reconduit l’année d’après.

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Être enfermé 24h sur 24 sous l’œil des caméras peut jouer sur les nerfs des candidats. Le désir de faire parler de soi aussi. C’est pourquoi, au fil des années, des dérives ont été observées dans les diverses émissions. La célèbre scène de la piscine entre Loana et Jean-Edouard parait bien pâle en comparaison des douches totalement dénudées, et des parties de jambes en l’air à peine cachées de Secret Story. Sans parler des « pétages de câble » associés de violences verbales ou physiques devenus courants, qui ont fait le tour de la toile. Secret Story (encore une fois) a déjà dû à deux reprises éjecter un candidat pour violence (Léo dans la saison 3 et Ahmed dans la saison 4). Koh-Lanta n’est pas en reste avec les nombreux coups de sang de Moundir, ses hurlements et ses menaces. Des dérives que n’ont pas empêché l’évaluation psychologique préliminaire des candidats, ni le suivi par un psychologue tout au long de leur aventure…Emmanuelle Ringot

Diana, ex-candidate de l’Ile de la tentation

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Les TOPS 1/ Loft Story, M6 (2001 – 2002) Emission pionnière, Loft Story débarque sur les télévisions françaises le 26 avril 2001. Le concept : treize candidats célibataires triés sur le volet sont filmés toute la journée à l’intérieur d’une maison. Qualifiée par beaucoup de « télé-poubelle », le Loft révèlera au grand public des personnages emblématiques comme Loana, Jean-Edouard ou encore Steevy Boulay et son bourriquet. La finale du 5 juillet 2001 a rassemblé près de 8 millions de téléspectateurs. La saison 2 ne sera pas autant suivie. 2/ L’Ile de la Tentation, TF1 et Virgin17 (2002 – 2009) Adaptée d’une émission américaine, l’Ile de la Tentation fait son apparition le 6 juillet 2002 sur TF1. Le principe est simple : quatre couples testent leur relation sur une île paradisiaque peuplée de tentateurs et de tentatrices. Dès le lancement, le public répond présent. Le premier épisode fait 44,8 % de part d’audience, un score remarquable pour une émission de fin de soirée. L’audience n’a presque pas faibli durant les sept années de diffusion sur TF1. Depuis 2010, l’Ile de la Tentation est diffusée sur la chaîne TNT Virgin17 mais les téléspectateurs sont moins nombreux à suivre. 3/ Secret Story, TF1 (Depuis 2007) Seize candidats, qui ne se connaissent pas, se retrouvent colocataires dans la Maison des Secrets. La vie de la Maison varie au bon vouloir d’une Voix avec qui les candidats ont passé un accord : conserver et défendre un secret et trouver celui des autres. Le ton est donné. Plus sulfureuse que les précédentes émissions du même acabit, Secret Story flirte avec les limites de la bienséance. Avec en moyenne 5 millions de téléspectateurs pour la première saison, l’émission est un franc succès. TF1 devrait diffuser la cinquième édition au cours de l’été 2011.


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Téléréalité

d e l a Té l é r é a l i t é source de polémiques. Dix ans de programmes divers et variés, consacrée ou pas par le grand public sont seuls sur une île, mais qui reste une aventure puisque le principe y est de survivre, et Pékin Express, une course contre la montre à travers différents pays, où seuls comptent la débrouillardise et l’endurance.

La guerre de l’audimat

Scandales et polémiques TF1, qui s’était pourtant refusé à aller dans cette voie, son PDG d’alors, Patrick Le Lay dénonçant alors la « télé-poubelle », a depuis, bien contribué à la remplir. Au cours des dernières années, la téléréalité a débordé du cercle de ses téléspectateurs par le biais des multiples scandales. Révéla-

tions choc des candidats dans la presse, procès contre la production, contrats de travail renégociés à la sortie, victoires truquées…Chaque nouvelle saison apporte son lot de problèmes, notamment depuis l’ère Secret Story ! Ainsi, par le biais de la presse people, on peut découvrir les conditions d’hygiène déplorable qui règnent dans la maison, le stress dû à l’omniprésence des caméras, les montages qui modi-

fient les propos… Une évolution qui fait du buzz, et crée donc de l’audience, mais dont les producteurs se seraient certainement passés. D’autres n’ont pas survécu au-delà d’une, voire deux saisons, comme Nice People ou encore Les Colocataires. M6 et TF1 sont les deux principaux pourvoyeurs d’émissions de téléréalité, et sont donc régulièrement en concurrence g

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De l’endurance, certaines émissions n’en manquent pas!

Alors que certaines téléréalités survivent envers et contre tout, à l’image de Secret Story, qui s’apprête à entamer sa 5e saison (un record en France),pour capter l’audience. Star Ac’ contre Nouvelle Star, Pékin Express contre Koh-Lanta… Le seul point concédé par M6, qui avait fait naître la téléréalité, est le concept de huis-clos. Depuis la fin de Loft-Story, c’est TF1 qui a récupéré ce filon.

Loana et Jean-Edouard dans la piscine du Loft 1, le scandale des années 2000

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Les tentatrices de l’Ile de la tentation

Les Anges de la téléréalité Mettre en scène d’anciens participants d’émissions de téléréalité dans une villa à Los Angeles pour tenter de percer dans le showbiz américain. C’est la promesse que fait la nouvelle téléréalité d’NRJ12. Décryptage de ce nouveau concept. et de succès : des ingrédients prometteurs. Pourtant la diffusion du premier épisode le 14 janvier dernier sur la chaîne NRJ 12 a été un flop ! A peine 230 000 spectateurs pour les retrouvailles de John-David, (Secret Story 2), Marlène, Amélie et Senna, Diana (l’Ile de la tentation 1), Ingrid (l’Ile de la tentation 7), Cindy Sander (Nouvelle Star) et Steevy, pionnier du genre, révélé dans la première saison de Loft Story. Fabrice, le parrain-coach s’est bien démené pour eux ! Les timides débuts commencent à se faire oublier. Les tribulations en franglais des protagonistes surexcités commencent à fidéliser un vrai public. La diffusion du quinzième épisode a eu une

audience record : près de 511 000 téléspectateurs, près de 11.3% de part d’audience chez les 15-34 ans selon Médiamétrie, chiffre honorable pour une émission diffusée sur la TNT à 18h. Archétype de la saga, dix ans après le premier Loft, la recette est inchangée. Disputes, réconciliations, flirts et fêtes, les Anges sont au Paradis. Reste quelques jours pour découvrir si Cindy réussira à signer avec un label américain, si John-David peut faire danser le tout Hollywood pendant qu’Ingrid s'époumonera à détourner Senna de sa fiancée Amélie. Enorme suspens donc. L’équipe des Anges de la Télérélité au complète à Los Angeles

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oir de parfaits inconnus devenir en juste trois semaines des stars : banal. En 2011, nouveau concept : les anciens de la téléréalité sont allés tenter leur chance à Los Angeles sous l’œil des caméras de la chaîne NRJ 12. De Marlène (Loft Story 2) au couple mouvementé que forment Amélie et Senna (Secret story 4), ils sont tous venus vivre leur rêve américain. Et quel rêve ! Alors que certaines veulent percer dans la musique aux Etats-Unis, d’autres envisagent de devenir mannequin. Une villa dans les hauteurs de Los Angeles, un producteur-coach qui organise des rendez-vous, une bande de huit colocataires sympathiques en quête de paillettes

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Littérature

« L’humour, c’est mon Avec à son actif cinq bandes dessinées et des centaines d’illustrations (pour des publicités, des œuvres caritatives, éditions « Pour les filles » ; le prix SNCF à Angoulême…), Pénélope Bagieu peut se vanter d’être une illustratrice les semaines dans un magazine, il faut donc garder en haleine, avoir une chute à la fin de chaque page, suivre le fil des saisons au cours d'un album... En réalité, la seule différence est qu'il s'agit d'une histoire d'une traite. Je n'ai pas décidé de changer de ton.

Pénélope Bagieu, version réelle ci-dessus, dessinée à gauche.

Pénélope Bagieu

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Comment se passe une journée type à l’atelier ? J'essaie de caser toutes mes obligations dans la matinée : rendez-vous de boulot, éditeurs, interviews, ainsi que mon « vrai » travail, à savoir l'illustration. Je ne fais que de l'illustration le matin. J'essaie de caser un rendez-vous pendant le déjeuner (soit perso, soit un autre rendez-vous pro), et l'après-midi, je fais de la BD. En général, un bon ratio, c'est une ou deux pages « def » (sans couleur) par après-midi. Quand le travail est bien cloisonné comme ça, avec de l’illustration le matin, et de la BD ou scenario l'après-midi, je suis plus efficace pour chacune des tâches qu'en alternant de manière un peu floue toutes les

heures. Je finis en général assez tard le soir, et je travaille aussi le weekend. « Ma vie est tout à fait fascinante », « Joséphine »… La plupart de vos dessins relatent des situations avec beaucoup d’humour. C’est un trait de votre personnalité ? J'espère ! Peut-être que si j'avais été une grosse bombasse ou alors une tête nucléaire qui passe son bac à 12 ans, je n'aurais pas eu à développer l'humour comme « plus-produit ». Mais du coup, je n'ai trouvé que ça !

Les gens vous donnent-ils souvent des conseils du genre « Il faudrait faire une BD sur ci, sur ça » ? Et qu’avez-vous envie de leur répondre ? Oui tout le temps ! Il y a deux choses : les gens qui me ra-

« Cadavre Exquis », votre première BD-histoire, était assez différent de ce qu’on a l’habitude de voir, sur votre blog ou dans « Joséphine ». Pourquoi avoir décidé de changer de ton ? Non, ce n'est pas très différent, dans la mesure où le traité graphique est le même, et la façon de raconter les choses aussi. Mais mon blog est mon journal, il n'y a aucun ton particulier. Quant à Joséphine, il s'agit d'un feuilleton, dans la mesure où les planches paraissent toutes DR

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énélope Bagieu est une Parisienne pure souche (et ne s’en cache pas). Parfois un peu bobo, souvent très déjantée, elle a réalisé son rêve d’enfant. Sa passion depuis toute petite, le dessin, est devenu son métier : elle est illustratrice et auteur de bande dessinée, et sa vie est tout à fait fascinante.

« Joséphine » va être adaptée en film. Allez-vous avoir votre mot à dire sur l’adaptation ? Contractuellement, je co-scénarise. Mais la réalité, c'est que ce n'est pas mon métier, alors je ne veux pas empêcher les gens qui travaillent dessus de faire leur boulot. Je me vois plutôt comme une consultante, qui intervient pour dire « ah non non non, Joséphine ne dirait JAMAIS ça comme ça ! », parce que je connais ce personnage par cœur (forcément). Mais je ne me prétends ni scénariste et encore moins réalisatrice.

Les trois volumes de la Bande dessinée Joséphine, une


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Littérature

plus produit » accomplie, une « dessinatrice », telle qu’elle souhaitait le devenir dans son enfance.Toujours avec humour, un style qui est en quelques sortes sa marque de fabrique. Par Laetitia Reboulleau

e nouvelle «Bridget Jones»

Quels sont les auteurs de BD qui vous inspirent le plus ? Je me suis mise très tardivement à en lire, quand j'ai commencé à en publier, en fait, donc pour rattraper mon retard, je lis quasiment cinq BD par semaine. Du coup je ne sais pas s'ils m'inspirent réellement, je crois que je dissocie toujours beaucoup la BD que je lis et celle que je fais. Mais mes préférences vont aux auteurs indépendants américains (Alex Robinson, Charles Burns, les frères Hernandez, Adrian Tomine, pour ne citer que les plus connus) et à la vague des auteurs de l'Association, comme Joann Sfar, David B. ou François Ayrolles. Pour le

dessin, je suis très admirative de Dupuy Berberian, Frederik Peeters, Aude Picault mais aussi beaucoup d'auteurs jeunesse, notamment Marc Boutavant. Désolée, il ne faut pas me lancer sur ce genre de sujets ! Avez-vous de nouveaux projets, BD ou autres ? Je suis en train de dessiner une BD sur un scenario de mon ami Boulet, une histoire one-shot qui traite de l'amnésie et de la recherche de sa propre identité. Ensuite, j'attaque un autre album, également au dessin seulement, mais cette fois avec au scenario Joann Sfar, pour une histoire jeunesse. Parallèlement à ça, je travaille donc à l'adaptation de Joséphine en long-métrage, qui fera l'objet d'un scenario original qui ne vient pas des albums. Et en ce moment, je bosse au sein d'une équipe de scénaristes sur un projet de fiction très drôle pour la télé, mais je ne peux pas trop en parler. Tout ce que je peux dire c'est que je m'éclate ! Bon, et puis il me reste un peu de temps pour jouer de la batterie et boire deux-trois mojitos, alors tout va bien.g

Pénélope Bagieu

Quel est votre ressenti par rapport au Festival de BD d’Angoulême ? Avez-vous eu l’occasion de rencontrer des auteurs que vous admirez ? C'est vraiment un moment extraordinaire dans l'année, où tout le monde (y compris les gens qui d'habitude ne s'y intéressent pas du tout) parle BD, débat BD, mange et boit BD. Bien sûr ça ne dure que trois jours et ce sont trois jours pendant lesquels je suis obligée de travailler (parce que je ne peux pas y aller QUE pour m'amuser, je suis censée dédicacer), mais j'ai

toujours le cafard en revenant. Cette année, j'ai pu parler à beaucoup d'auteurs que je ne connaissais pas encore et dont j'ai adoré les albums cette année, car ils étaient en sélection officielle avec moi, et on a donc eu pas mal d'occasions de se croiser. Mais j'y vais toujours en lectrice (voire en groupie), je continue à emmerder tous les auteurs pour avoir des dédicaces !

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content des épisodes de leur vie, ou leur métier, ou des blagues qu'ils ont faites en me disant avec un air complice « Ouh, il y en aurait, des BD à faire, là dessus ! », alors qu'en général, non. Et puis il y a les éditeurs qui me proposent des trucs complètement à l'opposé de ce que j'ai envie de faire, mais avec l'argument « ça se vendrait super bien ». Mais j'ai déjà un boulot alimentaire, je ne vais pas me mettre à faire en plus de la BD alimentaire, qui me ferait un peu honte mais qui me rapporterait plein de fric.

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Littérature

Comprendre la Chine

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La culture chinoise, trois fois millénaire, ne s'entrevoit que difficilement pour l'occidental non averti, héritier d'une histoire radicalement différente. Profondément emprunte de taoisme, de confucianisme, de bouddhisme puis marquée

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Les Trois Royaumes, Louo KouanTchong, Flammarion, 22€ le tome (3 tomes), écrit au XIVe siècle par Louo Kouan-Tchong à partir de l’oeuvre de Chen Sou ( IIIe siècle ) et de nombreux écrits datant des IIe et IIIe siècles.

A

u début du IIe siècle après Jésus Christ, l'unification de la Chine par l'empereur Qin Shi Huangda quatre-cent ans plus tôt n'est plus qu'un lointain souvenir. Après l'éclatement, les conflits incessants entre provinces ont repris. Sous l'égide des Han, depuis l'an 23, la paix n'est jamais stable et les révoltes parmi les royaumes semi-indépendants qui composent l'Empire se multiplient à mesure que le pouvoir central décline. Le dernier empereur

Les Trois Royaumes (Le Film), de John Woo avec Tony Leung, Chiu Wai et Takeshi Kaneshiro, 19€, sur les écrans le 25 mars 2009. Réalisé en 2008.

des Han, Han Xiandi, depuis sa capitale de Luoyang, n'est plus que le pantin du très ambitieux Premier Ministre Cao Cao, qui règne sans partage sur toute la province du Wei au Nord du pays. Mais à l'Est, depuis son royaume du Shu, l'oncle de l'Empereur, Liu Bei, sent monter le danger. Tout autant que Sun Quan, auto-proclamé Roi des vastes terres du sud : le Wu. S'engage alors un long processus de renforcement. Chacun va chercher à assoir au plus vite sa légitimité dans

son royaume d'origine. Cao Cao par la force, Liu Bei par la bonté envers le peuple, Sun Quan par le respect des traditions. La Chine se compose désormais de Trois Royaumes, aux puissances inégales, avec chacun à leur tête un homme qui rêve d'unification. C'est là qu'entrent en scène les dizaines de personnages secondaires, indispensables à l'avancée de ce grand roman épique fondateur de la littérature et de la culture chinoise.

Hommes exceptionnels à la limite du divin Dans chaque camp, l'aura des chefs attire de nombreux héros aux capacités guerrières inégalées. Hommes exceptionnels, parfois à la limite du divin, leur qualités martiales ne trouvent d'égale que dans l'exagération de leur traits de caractère. Ainsi rejoignent Liu Bei le terrible Guan Yu et sa lance, Dragon Bleu, un

Les formes du vent, paysages chinois en prose,

Le rêve dans le pavillon rouge, Cao Xue-

Albin Michel, 7,50€ La poésie peut prendre de multiples formes et l'une des plus populaires, ainsi que des plus abordables pour un étranger, est le « Youji ». Ce terme désigne les poèmes en prose qui décrivent des voyages ou des paysages. Le talent des auteurs chinois de toutes les époques pour rendre vivantes ces fresques naturelles au travers des mots reste inégalé. Ce petit recueil réunit quelques uns des plus beaux youjis et vous fera voyager l'espace de quelques heures. La forme originale et flexible de ces poèmes en prose pourrait même vous donner l'envie de vous y essayer.

quin, La Pléiade, 130€.

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Ecrit au XVIIIe siècle par Cao Xuequin, Le rêve dans le pavillon rouge est le roman le plus abouti de la littérature chinoise. Il se découpe en 120 chapitres qui ont été repris des centaines de fois au théâtre et au cinéma dans le pays. Ce roman met en scène l'amour et ses conséquences pour les jeunes gens au sein d'une grande famille mandchoue à l'apogée de sa splendeur. A mi-chemin entre Roméo et Juliette et une étude socio-philosophique de son temps, l'auteur réalise ici une composition incroyablement profonde dans une prose fluide, imagée, colorée et touchante. Ce grand classique est un réel indispensable qui permet de saisir l'importance de la période mandchoue et son influence massive sur la culture chinoise. Influence telle que la critique marxiste, à l'époque Mao, qualifiera Le rêve dans le pavillon rouge « d'encyclopédie d'un monde féodal à son déclin ».

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géant de plus de deux mètres à la longue barbe noire, capable de terrasser à lui seul dix hommes à chaque coup de son arme. Mais aussi Zhao Yun, « le dragonneau au courage inégalé sous les cieux » dont les charges farouches sur le cheval que lui offra Liu Bei suffisaient à elles-seules à mettre en fuite des armées entières. Le sage Zhuge Liang, maître taoiste, rejoindra également l'idéaliste Liu Bei, mettant


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Littérature

par ses classiques liéraires par Mao et l'organisation communiste, la culture chinoise apparait comme un diamant aux multiples facettes. A travers les siècles, les auteurs chinois ont reflété cette richesse, parfois cette contradiction entre les différents courants de pensée. Par Pascal Golfier Cao Pi. D'autres, fidèles à l'autorité centrale depuis le début de leur carrière, comme Xiahou Dun dit « le pirate » en raison du bandeau qu'il porte sur un oeil, sauront eux-aussi faire basculer l’issue de grandes batailles. Du côté du Wu, Sun Quan peut compter sur Zhou Yu, son ami d'enfance et stra-

tège militaire naval, ainsi que sur de grands généraux comme Lu Xun et Taishi Ci. Au fil des ans, Liu Bei, Cao Cao et Sun Quan vont renforcer leurs royaumes, tenter de jeter le trouble chez l'adversaire, proposer des alliances, essayer de lire l'avenir et les futurs mouvements de l'adversaire. Les batailles seront

nombreuses, comme les morts et les rebondissements. Le taoïsme et la divination auront leur rôle à jouer, tout comme les femmes dont l'action dans l'ombre fera souvent pencher la balance. Jusqu'en l'an 208, où, après avoir enfin signé une alliance solide, Liu Bei et Sun Quan doivent faire face à la colère

du Premier Ministre. Cao Cao descend le fleuve, à la tête de la plus grande armée jamais réunie en Chine : 800 000 hommes et 2 000 navires de guerre, pour écraser une bonne fois pour toutes ses adversaires et unifier le pays par la force...g

Les courants fourbes du Lac Tai, Qiu Xiaolong, Liana Levi, 2009, 19€ Après les enquêtes de Visa pour Shanghaï, de l'Héroïne rouge ou de la Danseuse Mao, l'inspecteur Chen reprend du service. En « vacances » à la place d'un cadre du parti sur les rives du Lac Tai, un meurtre dans une usine locale viendra perturber son repos et le plonger dans de nouvelles investigations ou, une fois n'est pas coutume, la rencontre d'une jeune femme viendra troubler sa solitude. Qiu Xiaolong retranscrit dans ses polars la réalité d'une société chinoise inégale, souvent déchirée entre traditions et modernisme. Tout en mettant en avant l'importance et l'omniprésence du système politique. Son personnage principal, l'inspecteur Chen, représentant de la loi mais poète à l'esprit vagabond et libre, illustre à lui seul ces contradictions.

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Le ciel pour couverture, la terre pour oreiller, La vie et l'oeuvre, Li Po, Ferdinand Stoces,

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à sa disposition ses talents de stratège, de devin et de mage. Mais dans les deux autres camps, si l'aura du chef n'est peut-être pas aussi emprunte de pureté,le charisme rallie des personnages de grande qualité également. Cao Cao s'entoure de sa famille, faite de guerriers puissants et loyaux comme Cao Ren et

Picquier Poche, 11€ A elle seule, la poésie chinoise reflète les multiples facettes de la culture du pays. Ses grands auteurs classiques de la période des Tang sont considérés comme les initiateurs de l'ère la plus prolifique pour la poésie chinoise. Parmi eux, Li Po (701-762), apparaît comme le personnage le plus atypique et peut-être le plus intéressant. Aussi sensible aux philosophies confucianistes qu'aux théories taoïstes, l'homme devient un artiste errant. Ses poèmes, il les écrit en voyage, en s'isolant parmi les décors époustouflants des paysages chinois. Ainsi, il met en scène l'ensemble des sentiments humains dans des compositions à l'émotion souvent bouleversante. La solitude, le sentiment d'inutilité, l'amour, l'amitié, l'impuissance face au destin, l'injustice de la société... Les thèmes sont variés et évoluent en fonction de ses diverses rencontres. Textes annotés et préfacés avec soin qui permettent de découvrir les poèmes de Li Po et sa vie d'exception.

Les philosophes confucianistes, La Pléiade, 45€ Que ce soit dans Les Trois Royaumes ou dans de nombreux autres romans chinois, la « piété filiale » reste un concept récurent. A sa base se trouvent les idéologies de Confucius, de son vrai nom Kong Fuzi (551-479 avant J.C.). La philosophie confucianiste, bien que vieille de plus de 2500 ans, demeure toujours au centre de la culture chinoise et des relations sociales entre ses habitants par des concepts simples : se comporter « bien », le respect de ses parents, le respect des traditions funéraires, etc. Dans cette édition de La Pléiade, vous pourrez lire les Entretiens (le Lunyu) qui retranscrivent les échanges entre Confucius et ses élèves, mais aussi les études et interprétations de deux d'entre eux : Meng Zi et Xun Zi. Le Classique de la piété filiale et la Grande Etude font également partie de la sélection. Tous les textes sont annotés, préfacés et expliqués afin que rien de la philosophie confucianiste, ni de la personnalité de Kong Fuzi, ne vous échappe. Indispensable.

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Agenda culturel MERCREDI 16 FEVRIER

LUNDI 14 FEVRIER Concert : Laurie Jam et Velvet Soul au Bizz’Art. Pour cette soirée spéciale, la belle et talentueuse Laurie Jam vous invite à partager un moment jazzy autour d’un verre. Plaisir garanti. Entrée gratuite. 167 Quai de Valmy-75010 Tel : 01 40 34 70 00 (de 19h à 00h)

Expo : L'Orient des femmes au Quai Branly. L’expo vue par Christian Lacroix, offre un panorama des plus beaux costumes de femmes dans le monde arabe. Un vrai hommage aux femmes et à leur travail. Prix : 8.50€. 37, quai Branly- 75007 Tel : 01 56 61 71 72 (du mardi au dimanche de 11h à 19h)

Concert : Elise Caron au Studio de l’Ermitage. La chanteuse et son pianiste David Chouillet présente des poèmes comme de vraies douces mélodies. Prix : 14€. 8, rue de l'ermitage-75020 Tel : 01 44 62 02 86 (20h30)

Expo : Franz Xaver Messerschmidt au Musée du Louvre. Sculpteur mondialement connu, l’exposition retrace des portraits humoristiques. Prix : 10€. Rue de Rivoli-75001 Tel : 01 40 20 50 50 (du lundi au dimanche de 8h à 18h, fermé le mardi)

Théâtre : Le Clan des Divorcées, au Théâtre Rive Gauche, ou comment passer une soirée de saint-valentin originale. La pièce, qui met en scène trois femmes divorcées aux caractères bien spéciaux, est déjà un carton plein.

Théâtre : Mon colocataire est une garce ! à la Comédie République. Une pièce humoristique qui mélange sexe, tendresse et fous rires assurés.

Prix 30€. 6 Rue de la Gaîté-75014 Tel : 01 43 35 32 31 (du vendredi au dimanche à 20h)

Prix : 15€. 1, Boulevard St Martin - 75003Tel : 01 40 29 03 02 (20h)

MARDI 15 FEVRIER

SAMEDI 19 FEVRIER

Concert : Usher à Bercy. L’artiste américain reconnu dans le monde entier pour ses tubes, envahit la scène parisienne pour un concert plus qu’attendu.

Concert : Rachid Gholam à la Cigale. Le chanteur marocain passe par Paris pour faire partager ses textes et chants prophétiques qui enivrent et font voyager.

Prix : entre 51,50€ et 63€. Palais Omnisport de Bercy-75012 Tel : 08 92 39 01 00 (20h)

Expo : Traces au Palais de Tokyo. Amos Gitaï, l’un des plus grands cinéastes de notre époque, propose une grande installation conçu comme une expérience unique et émotionnelle.

Prix : 25€. 120 bd Rochechouart-75018 Tel : 01 49 25 81 75 (19h30)

Prix : 4€. 13, avenue du Président Wilson-75016 Tel : 01 47 23 54 01 (du mardi au dimanche de 12h à 00h)

Théâtre : Amour et Chipolatas à la Comédie Caumartin. Une femme invite ses trois ex amours à partager un barbecue avec elle et son mari. De quoi le mettre à rude épreuve. Prix : 16€. 25, Rue Caumartin - 75009 Paris Tel : 01 47 42 43 41 (Du mardi au vendredi à 21h30 + le dimanche à 15h)

JEUDI 17 FEVRIER

Expo : Paquebot France au Musée National de la Marine. L’exposition consacrée au légendaire paquebot, retrace les grands moments de sa construction. Prix : 9€. 17, place du Trocadéro-75016 Tel : 01 53 65 69 69 (du lundi au dimanche de 10h à 18h, fermé le mardi)

Théâtre : Les Pestes au Théâtre des variétés. Une comédie contemporaine autour du couple et de la recherche d’un homme… Prix : 26€. 7, Boulevard Montmartre - 75002 Tel : 01 42 33 11 41 (19h45)

Concert : Gospel Dream à l’Eglise Saint Germain des Prés. Un concert sous forme de melting-pot en provenance des Antilles en passant par l’Afrique ou l’Amérique, une troupe qui a le rythme dans la peau. Prix : 33€. 3, pl. St Germain des Prés-75006 Tel : 01 55 42 81 33 (20h30)

Expo : Cranach et son temps au Musée du Luxembourg. L’exposition présente l’artiste majeur de la Renaissance germanique, Lucas Cranach, au travers de ses peintures, dessins et gravures. Prix : 11€. 19 rue de Vaugirard-75006 Tel : 01 42 34 25 95 (du lundi au dimanche de 10h à 22h)

Théâtre : Un mariage follement gai ! à la Comédie des Trois Bornes. Deux colocataires originaux mais un peu coincés vont faire la rencontre d’Anne-Lise. Trois personnages et une multitude de possibilités. Prix : 16€. 32 Rue des Trois-Bornes – 75011 Tel : 01 43 57 68 29 (20h15)

VENDREDI 18 FEVRIER Concert : Fréderic François à l’Olympia. Le chanteur qui fait fondre les dames sera en concert pour ravir ses fans. Un panorama complet de ses 25 années de carrière. Prix : de 38,50 € à 62,70 €. 28, bd des capucines-75009 Tel : 08 92 68 33 68 (20h30)

Expo : Henri Huet à la Maison Européenne de la photographie. Grand photojournaliste passionné par le Vietnam, Henri Huet a photographié le pays pendant plus de vingt ans de guerre. Prix : 7€. 5/7 rue de Fourcy-75004 Tel : 01 44 78 75 00 (du mercredi au dimanche de 11h à 20h)

Théâtre : Stéphane Guillon au Théâtre de Paris. L’humoriste qui fait grincer les dents des politiques est toujours à l’affiche. Prix : de 15€ à 50€. 15, rue Blanche-75009 Tel : 01 48 74 10 75 (20h30)

DIMANCHE 20 FEVRIER Concert: Army Of The Pharaohs à l’Elysée Montmartre. Le groupe de rap made in Philadelphie enflammera la scène parisienne. Accompagné de plusieurs djs, les fans seront conquis. Prix : 33 €. 72, Boulevard Rochechouart - 75018 Tel : 01 44 92 45 36 (19h)

Expo : Ailleurs au Musée culturel Louis Vuitton. Dix-huit artistes « expéditionnistes » expose leurs œuvres en les délocalisant pour voyager et faire découvrir l’Ailleurs. Entrée gratuite. 60, rue de Bassano-75008 Tel : 01 53 57 52 03 (du lundi au dimanche de 12h à 19h)

Théâtre : J'aime beaucoup ce que vous faites à la Comédie Caumartin. Une comédie hilarante basée sur une fausse manœuvre faite avec un téléphone pour se rendre compte de ce que pensent nos amis de nous.

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Prix : 30 €. 25 Rue de Caumartin 75009 Tel : 01 47 42 43 41 (17h30)


Gavroche Hors-série - février 2011

Trois ans après la mort de Fred Chichin, son partenaire à la ville et sur scène, Catherine Ringer avait continué les concerts mais n'était pas retournée en studio. C’est désormais chose faite car la chanteuse des Rita Mitsouko a annoncé sur son site Internet qu'elle s'apprêtait à sortir un album au printemps. L'opus s'intitulera Ring N'Roll et sera présenté lors d'une série de concerts en mars et en avril à Paris à la Boule Noire.

VGE à la barre de l’hôtel de la Marine L’ancien président a été nommé par Nicolas Sarkozy à la tête d'une « commission de l’avenir de l’hôtel de la Marine ». VGE avait en effet été l’un des premiers à signer la pétition pour que le bâti-

Juliette Binoche, marraine du printemps des poètes Le 13e Printemps des poètes, du 7 au 21 mars, célébrera cette année les paysages, la poésie ultramarine et fêtera particulièrement quatre voix contemporaines, dont Michel Butor et André Velter. Le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, a dévoilé lundi le programme de la manifestation, dont Juliette Binoche est cette année la marraine, et au cours de laquelle seront aussi à l'honneur l'Haïtien René Depestre, qui vit aujourd'hui dans l'Aude, et l'Ecossais Kenneth White, qui réside en France depuis 40 ans.

Un tube de Dire Straits censuré 25 ans après 25 ans après sa création, le tube Money for nothing est mis à l'index au Canada. Dans cette chanson, le groupe britannique emploie le terme de faggot (« tapette » en anglais). Une auditrice d’une radio canadienne qui diffuse des classiques du rock, s'est plainte, le 1er février 2010 pour insulte. Le Conseil canadien des normes de la radiotélévision s'est prononcé pour une interdiction de la version longue, estimant que le mot faggot, "marginalement acceptable" il y a 25 ans, ne l'était plus aujourd’hui.

Thin Lizzy sans Gary Moore Le guitariste a été retrouvé mort dans sa chambre le 6 février en Espagne. Âgé de 58 ans, il avait fait ses débuts

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Françoise Cachin est décédée dans la nuit du vendredi 4 au samedi 5 février. Petite-fille de Marcel Cachin, fondateur de L'Humanité, mais aussi du peintre Paul Signac, Françoise Cachin étudie l'art et la muséologie avant de passer un concours de conservateur des musées de France en 1967. Elle entame une carrière dans les plus grands musées parisiens, devenant successivement conservatrice au musée national d'art moderne, au palais de Tokyo, puis au centre Pompidou.

La 53ème cérémonie des Grammy Awards, principales récompenses de l'industrie musicale américaine, pourra être suivie en direct à travers le monde sur Internet le 13 février sur les sites Grammy.com et sur Youtube qui retransmettront l'évènement, en parallèle de la chaîne CBS. A cette occasion, une chaîne en ligne éphémère et entièrement dédiée aux Grammy Awards s'ouvrira du 11 au 13 février prochains.

dans le groupe irlandais Skid Row avant de rejoindre le groupe Thin Lizzy, où il a remplacé Eric Bell. « Il sera toujours présent dans mes pensées et mes prières et je n'arrive tout simplement pas à croire qu'il est parti », a déclaré le fondateur du groupe, Brian Downey. Gary Moore s’était également illustré grâce à ses collaborations avec George Harrison, les Beach Boys et Ozzy Osbourne.

Décès d’Andrée Chédid La romancière et poétesse française Andrée Chédid est décédée dimanche 6 février à l'âge de 90 ans. Grand-mère et mère des chanteurs Matthieu « M » et Louis Chédid, la femme de lettres a publié de nombreux romans comme « L'Enfant multiple », « L'Autre » et « Le Message », mais aussi des nouvelles, des recueils de poésie, des documents et même des pièces de théâtre. Elle avait sorti, en septembre dernier, un nouveau roman intituléé « Les Quatre morts de Jean de Dieu » et un recueil de poèmes, «L'étoffe de l'univers ».

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Catherine Ringer retourne en studio

Les organisateurs du Festival de Cannes ont dévoilé mercredi leur choix de projeter en ouverture de la 64e édition du festival « Minuit à Paris », le nouveau film de Woody Allen avec Carla Bruni-Sarkozy, le 11 mai prochain en présence du jury présidé cette année par Robert De Niro. « Minuit à Paris », qui sortira en salles le jour même de sa projection cannoise, est «à priori hors compétition, Woody Allen refusant par principe d'y figurer», selon le délégué général Thierry Frémaux.

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Woody Allen ouvrira le festival de Cannes

Décès de Françoise Cachin, figure des musées français

Les Grammy Awards sur Internet

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Décédé en 1997, Israel Kamakawiwo’ole, dit “Iz”, est n° 1 des ventes avec sa reprise de Over the Rainbow/What a wonderful world depuis maintenant plusieurs semaines. Une reprise interprétée respectivement à l’origine par Judy Garland dans Le Magicien d’Oz et le trompettiste, Louis Armstrong, qui « séduit par sa pureté et sa simplicité bienvenue dans la période actuelle », s’enthousiasme Olivier Nusse, le patron du label Mercury. Ce légendaire chanteur hawaïen est décédé à l’âge de 38 ans des suites d’une maladie respiratoire liée à son obésité.

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Le chanteur IZ triomphe 14 ans après sa mort

Le magazine américain Vanity Fair a publié un classement des 40 plus gros revenus 2010 d’Hollywood. Avec Avatar le réalisateur James Cameron est premier avec ses 257 millions de dollars (190 millions d'euros environ) pour avoir écrit, produit et mis en scène le film en trois dimensions. Johnny Depp arrive en deuxième position avec 100 millions de dollars (70 millions d'euros), suivi par Steven Spielberg, Christopher Nolan et Leonardo DiCaprio.

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James Cameron, star la mieux payée d’Hollywood en 2010

ment situé place de la Concorde, en passe d'être loué pendant quatre-vingts ans à un opérateur privé, reste dans le giron de l’Etat. En avril 2010, dans un entretien à Paris Match, il précisait que l'Etat devait lui trouver « une affectation conforme à son histoire ».

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Brèves culturelles

Les White Stripes se séparent C’est dans un communiqué diffusé le 2 février que Jack et Meg White ont annoncé la fin du groupe. Aucune raison précise n’est exprimée mais le communiqué évoque « une myriade de raisons, mais essentiellement pour préserver ce qui est magnifique et spécial du groupe, et le laisser dans cet état ». Petite consolation pour les fans du groupe, le label Third Man Records continuera à sortir des lives et des enregistrements studios inédits.

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Culture pub

Michal Batory, le serial graphiste Le musée des Arts Décos de Paris accueille depuis le 20 janvier, et jusqu’au 30 avril, une rétrospective du travail du graphiste Michal Batory. Théâtre, danse, musique, les conglomérats photographiques du Franco-polonais éveillent les sens autour de l’univers culturel qu’il met en lumière dans ses affiches, brochures et autres dessins. Par Benoît Magistrini quiver la censure. Il exerce avec intuition et spontanéité, et reprend les éléments du quotidien pour les transformer, les imbriquer, et leur donner un sens nouveau. En septembre 1987, Batory s’exporte à Paris et multiplie les missions en agence de publicité, découvre le travail sur ordinateur qui «met fin» à l’ère du collage. Mais son style s’affirme déjà : la métonymie, l’amalgame de deux objets qui n’en forment qu’un. Le graphiste joue sur le rapport entre le contenant et le contenu. Un processus qui n’est pas sans rappeler Magritte, un des maîtres du surréalisme, ou dans une autre mesure le peintre Salvador Dali. Batory trompe l’œil pour mieux l’attirer, pour capter son attention, l’amuser. La juxtaposition des objets, leur fusion, donne un sens nouveau à l’image.

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L’envol

Pour le graphiste Michal Batory, l’évolution des affiches sera l’animation par le biais de films flash.

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ans le métro parisien, il est aussi commun que les odeurs de souffre, les bousculades ou le son caractéristique des portes qui claquent. Michal Batory ne vous dit peutêtre rien, mais ses œuvres, vous les avez forcément déjà croisées, regardées, sans même y prêter attention. Ses œuvres, c’est de la pub, des affiches pour des pièces de théâtre, des expos... Et toujours avec du « rien » : coton-tige, sacs plastiques, champignons, grains de riz, quignons de pomme… Troublant et amusant de voir apparaître une autre vérité, qui selon la nature de la commande trahis-

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sent une réflexion profonde et une poésie certaine. Les 75 affiches – classées par genre présentées au musée des Arts Décoratifs offrent une vue imprenable sur son parcours. Mais aussi sur celui de chacune de ses productions, par le biais d’une mise en scène très personnelle et intimiste. Le visiteur sera directement plongé dans son atelier, où appareil photo, croquis et sculptures préparatoires, cartes postales, livres et objets en tout genre, se côtoient.

Surréalisme Michal Batory nait en 1959 à Lodz, en Pologne. Surdoué en

dessin, passionné de photographie, il fait ses études à l’Ecole Nationale des Arts Plastiques de sa ville natale de 1979 à 1985, une école très sélective : seul un candidat sur dix est accepté et six des 26 de sa promotion reçoivent le diplôme final. Il est marqué par les artistes constructivistes de son pays, notamment Henryk Tomaszewski. L’école polonaise est fondatrice du principe qui veut que la réflexion doit précéder la réalisation, pas de place au hasard. Son choix se porte sur le graphisme, il sera affichiste: «une tranquillité utopique dans un univers communiste sans espoir», une façon pour lui d’es-

En 1993, il gagne un concours à la Cité des Sciences et de l’Industrie de la Villette, et sa carrière s’accélère. Il s’engage pour trois ans avec le Théâtre National de la Colline où il réalisera de nombreuses affiches de théâtre. A partir de 1997, il multiplie les projets pour l’ICRAM (Institut de Recherche et Coordination Acoustique/Musique) et l’EIC (Ensemble intercontemporain) : produit des pochettes de disques, conçoit des journaux, travaille sur le festival Agora… beaucoup de typographie, mais aussi de la photographie. Dans ses premières années, son travail s’axait surtout sur les retouches des photos, sur leur mise en scène. Mais à partir de 1999, il se détache de cette contrainte en choisissant de photographier

lui-même les objets qu’il va scénariser. La gestion de la lumière, si importante, lui revient. Elle lui permet, à l’instar de Gunter Ranbow dans les années 60, de donner un ton plus personnel à ses affiches, et surtout plus proche de son imaginaire. En 2002, la collaboration avec l’ICRAM s’achève mais Batory est immédiatement engagé par le Théâtre National de Chaillot. Il est alors chargé de renouveler toute la ligne graphique : programmes, éditions et affiches. Un travail qui nécessite de grandes qualités d’écoute et de communication auprès des artistes, du metteur en scène et de la direction. Travailleur infatigable, il réalise dans le même temps des projets pour des festivals, des associations ou des collections de disques.

Définitivement artiste L’inspiration, il la trouve dans le quotidien, en gardant en mémoire les bases de tout communicant: les yeux, les lèvres, les mains. Pratiquant l’Hokido – art martial vietnamien – et le djembe, l’homme est ouvert d’esprit mais n’en est pas moins solitaire dans son travail qu’il réalise intégralement. De la découverte des objets dans les brocantes, de la photographie, de la typographie (qu’il ose croiser et obliquer, au grand dam des traditionnalistes du graphisme moderne), de la modification des images et bien sûr de la scénarisation en amont, c’est un travail de fourmi comparable à celui des artisans de la musique ou de la peinture. De quoi faire taire ceux qui ne considéreraient pas les publicitaires comme des artistes. g


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Culture pub Décadence

La Tragédie du roi Christophe

1995

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1997 Michal Batory est chargé de l’affiche de l’adaptation française de Décadence, pièce de théâtre de l’Anglais Steven Berkoff. L’humour vitriolé, les fantasmes et le caractère excessif de l’auteur se retrouve dans l’affiche, très british dans son ambiance. Le message est presque évident : une chaussure à talon et un visage masculin qui tire la langue symbolisent la soumission de l’homme par rapport à la femme.

Concha Bonita

L’os et la couronne illustre la démesure du roi bouffon et la parodie de son sacre. Michal Batory joue sur la dualité entre la photographie et le crayon gras, le côté franc, violent, face à la tendresse et la naïveté. L’os symbolise le sceptre et le fait qu’il soit décharné montre la fragilité du pouvoir. L’affiche avait créé la polémique chez les acteurs l’accusant d’être pro-cannibaliste, mais au prix de quatre heures de discussion, Batory les avait convaincus.

Femmes… Femmes !

2002

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La comédie musicale, avec dans le rôle principal Catherine Ringer, des Rita Mitsouko, raconte l’histoire d’un transsexuel. Cette nature morte, qui évoque Arcimboldo, a été réalisée avec six sortes de roses différentes. Face à la contrainte du temps, Michal Batory n’a eu qu’une demi-heure pour réaliser la photographie à peine retouchée pour la brillance des yeux. Le visage, troublant, est presque asexué, comme le souhaitait le graphiste.

La bouche pulpeuse en forme de cœur est simple mais très forte et a été utilisée par le théâtre Chaillot comme emblème de la saison 2003. Les flous à l’avant-plan et à l’arrière-plan donnent un effet plastique mais n’ont pas été retouchées sous Photoshop. Michal Batory a, comme de coutume, photographié lui-même son modèle, avec un boîtier Pentax 6x7 et en se servant ici d’un adaptateur macro.

The Power Book

Titus

2003

2003

L’affiche primée au 15 e Festival International des Arts Graphiques de Chaumont en mai 2004 a été réalisée pour la pièce Powerbook. Celle-ci a pour thème l’amour de deux femmes qui communiquent par internet, via des Macintosh Powerbook. Le réseau sur le corps très « peinture à la Rubens », épouse parfaitement les formes, et la lumière plus forte au niveau du pubis, central, évoque l’importance du désir interdit dans la pièce de théâtre.

L’affiche de la célèbre pièce de William Shakespeare est, du propre aveu de Michal Batory, une des plus compliquées qu’il a eu à réaliser. La main est glissée dans un papier tachée de sang dans un premier cliché. Puis, cinq bougies ont été photographiées en les inclinant en fonction des doigts, avec des flammes variantes. La transparence de la flamme du pouce avec l’anneau derrière est un montage des plus difficiles, mais l’illusion est parfaite.

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Multimédia

Musée virtuel : Google est (définitivement) ton ami !

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Fini le métro bruyant, les heures à chercher une place libre dans Paris ou encore les interminables attentes au guichet. Le plus gros moteur de recherche sur Internet scannérise non plus des livres ou de rues, mais des musées du monde entier ! Quand la technologie se met au service de l’art...Par Alexandre Benhadid

Il est possible de visiter le chateau de Versailles dans ses moindres détails

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quelques euros) Google concrétise le rêve de tous les amoureux de l’art. Ainsi, tout ce beau monde pourra déambuler dans les allées du jardin de Versailles, ou même visiter les plus grandes salles du Château. En tout, 17 musées (voir encadré) ont été scannés par la multinationale à travers le monde (le MoMa de New York, La National Gallery de Londres ou encore l’Alte Nationalgalerie de Berlin) et plus de 1000 œuvres sont disponibles. Et le moins que l’on puisse dire c’est que la firme de Mountain View s’est dotée des meilleurs outils pour respecter au mieux les oeuvres présentées : la qualité de rendu est bluffante (jusqu’a 7 milliards de pixels

Une visite des musées « réduite » Pourtant, il faut noter les quelques lacunes du projet : pour l’instant le site n’est accessible qu’en anglais et aucune traduction n’est prévue dans d’autres langues. Seule alternative pour les allergiques a l’anglais, il faudra passer par le navigateur Google Chrome pour avoir une traduction plus ou moins fantaisiste des pages. De plus, même si 17 grands musées sont ouverts au public, seule une partie des collections est numérisée. Ainsi,

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ui n’a jamais rêvé de pouvoir observer aussi longtemps que possible depuis son fauteuil les peintures, les plus belles oeuvres comme L’Apparition du Christ au Peuple d’Alksandr Andreyevich Ivanov, La Nuit étoilée de Van Gogh ou encore La Vue de Tolède d’El Greco ? Avec Google Art Project, c’est maintenant possible. Plus de 2 milliards d’internautes dans le monde peuvent dès à présent se lancer dans l’aventure du « musée virtuel », et ce, totalement gratuitement. Même si l’idée n’est pas nouvelle (on se souvient des premiers Cédéroms dans les années 90 proposant des visites du Louvre pour

de résolutions par oeuvre), et l’on peut à loisir observer et zoomer dans les moindres détails de certains tableaux sans que la qualité fasse défaut. Sur chaque tableau vient s’ajouter une fiche d’information explicative ainsi que des liens annexes pour en savoir plus sur l’auteur. Comme dans « Wikipedia », chaque tableau est ainsi l’invitation à approfondir ses connaissances. C’est l’un des points les plus positifs de la visite virtuelle. Il serait bien difficile d’avoir accès à toutes ses informations lors d’une visite classique.

Les oeuvres sont scannérisés juqu'a 7 milliards de pixels

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vous n’aurez pas la chance de voir toutes les œuvres de William Blake de la Tate Gallery. En France, seul le Palais de Versailles est accessible ; Le Louvre et le Musée D’Orsay ayant refusé pour l’heure de participer au projet. Amid Sood, directeur de Google Art Projet, a exprimé sur son blog le souhait de décrocher l’adhésion dans les prochains mois d’autres musées à travers le monde.

Le problème de la diffusion des œuvres Même si l’accès est libre et gratuit, les œuvres sont protégées par le droit d’auteur et comme le précise un professeur d’histoire « Si je veux montrer à mes élèves telles ou telles œuvres, je me dois de les faire accéder au site », qui interdit en effet d’enregistrer directement les œuvres concernées sur son ordinateur. Google justifie cette impossibilité en indiquant que « l’imagerie haute résolution des œuvres d’art appartient aux musées, et qu’elles sont protégées par les lois sur le droit d’auteur et le copyright ». Un petit malin a pourtant réussi à pirater toutes les œuvres et les diffuse actuellement sur un blog. En prenant de multiples captures d’écrans manuellement sur des milliers d’œuvres, le « pirate » nommé Derrick Coetzee offre aux internautes des images des œuvres en haute résolution, certaines dépassant les 95Mo. D’autres pirates offrent même des méthodes pour télécharger automatiquement les œuvres lors de la visite des musées. Pour « Couama », un contributeur a Wikipedia France, « Il est bien difficile de vouloir reprocher à tous ces internautes de suivre la même idée de Google, à savoir le partage pour tous et sans limites des œu-

vres du patrimoine mondial ». Si certains sceptiques parlaient d’une possible « baisse de la fréquentation » des musées, d’autres comme Laurent Gaveau, chargé des nouveaux médias pour le château de Versailles a lui constaté l’effet inverse : « La fréquentation de notre propre site a doublé au lendemain de l’annonce de Google Art Project ». Selon Nicholas Serota, directeur de la Tate Gallery de Londres, « Notre expérience montre qu’une fois que les gens ont eu un aperçu sur internet, ils veulent voir le véritable tableau ». Car aucun appareil photo, aussi puissant soit il, ne pourra recréer sur un écran d’ordinateur la magie d’un lieu et le moment où l’œil se pose sans intermédiaire sur l’œuvre originale. Ces sensations sont, et resteront fort heureusement inimitables.g La liste des musées accessibles dans le projet Google Art - Alte Nationalgalerie, Berlin - Allemagne - Freer Gallery of Art, Smithsonian, Washington DC - Etats-Unis - The Frick Collection, NYC - Etats-Unis - Gemäldegalerie, Berlin Allemagne - The Metropolitan Museum of Art, NYC - EtatUnis - MoMA, The Museum of Modern Art, NYC - EtatsUnis - Museo Reina Sofia, Madrid - Espagne - Museo Thyssen - Bornemisza, Madrid - Espagne - Museum Kampa, Prague - République Tchèque - National Gallery, London - Royaume-Uni - Palace of Versailles France - Rijksmuseum, Amsterdam - Pays-Bas - The State Hermitage Museum, St Petersburg - Russie - State Tretyakov Gallery, Moscow - Russie - Tate Britain, London Royaue-Uni - Uffizi Gallery, Florence Italie - Van Gogh Museum, Amsterdam - Pays-Bas


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Multimédia

Dead Space 2: TEST Vous pensiez que les jeux vidéo ne pourraient jamais vous faire peur ? Vous vous trompiez. Avec Dead Space 2, fini le temps des jeux qui proposent simplement de déambuler dans des couloirs linéaires pour dézinguer quelques créatures. Ici, vous rentrez directement dans un univers intergalactique horrifiant. Vous allez aimer avoir peur ! Par Alexandre Benhadid il est arrivé ici, et découvrira ce qui se passe vraiment dans ce gigantesque laboratoire spatial. Les développeurs ont utilisé les ficelles du cinéma de frissons pour provoquer le sentiment de malaise pendant le jeu ; le champ de vision de la caméra est parfois réduit au strict minimum pour intensifier le sentiment de cloisonnement du personnage. On se repère ainsi plus difficilement dans l’espace, craignant toujours ce qui pourrait « nous tomber sur la tête ». Les ingénieurs de chez Visceral Games ont pris soin de lécher le graphisme au point d’être bluffé par la lumière et le rendu général. Les détails foisonnent et on est proche de l’émerveillement quand les scènes cinématiques en extérieur nous montrent l’immensité de l’espace intersidéral.

Les scènes à l’extérieur de la station orbitale sont aussi bien rendues que celles situées dans le dédale de salles du laboratoire. Le point fort du jeu réside d’ailleurs dans sa bande-son glaçante digne des plus grandes BO du cinéma fantastique. Flippante à souhait et riche, on pourrait même l’écouter à part. Les développeurs ont pensé à intensifier la musique à mesure qu’un monstre se rapproche dangereusement de nous. Effet garanti sur les tripes. L’optimisation du jeu est telle que même sur des machines peu performantes le jeu pourra tourner sans trop de difficultés en baissant la qualité graphique. Sans-faute alors ?

Une durée de vie toujours moyenne

Le bestiaire est déjanté et horrifique à souhait JV.com

Le point faible est bien sûr la durée de vie du jeu. Que ce soit sur console ou sur ordinateur, Dead Space 2 n’offre plus de réel intérêt une fois terminé. Plus difficile que le précédent opus, un joueur vétéran mettra quelques heures à finir le jeu, tandis qu’un débutant aura besoin d’une dizaine d’heures tout au plus. Cela reste bien maigre surtout lorsqu’on débourse plus de 60 euros. Le mode multijoueur est un copié collé de Unreal un peu démodé. De plus, on aura accès qu’à seulement 5 nouvelles cartes.

Un scénario plat

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Du vrai cinéma Dead Space 2 a été pensé comme un film d’horreur. Le pitch ? Isaac Clarke, le héros du précédent opus ayant sauvé le vaisseau USG ishimura, se retrouve en camisole de force dans une station orbitale, « La Méduse ». Après s’être défait de ses liens, il devra comprendre comment

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orti il y a deux ans, le premier volet de la série Dead Space a su convaincre pratiquement tous les joueurs, même ceux réticents au jeu à la première personne (FPS). Les fans de films d’horreur seront ravis de voir qu’enfin un jeu ne se base pas uniquement sur les prouesses de la gâchette à la souris, mais sur les talents d’observateur du joueur immergé dans cet univers froid et oppressant. Les « énigmes » restent bien sûr rudimentaires (il ne faut pas s’attendre à passer plusieurs heures à décoder des énigmes comme dans la série Myst) mais sont judicieusement placées entre des séquences d’actions plus classiques. Classiques, c’est vite dit : à l’inverse des FPS classiques, il faudra gérer la quantité de munitions disponible et éviter d’entrer directement en confrontation avec les monstres. Les réflexes seront mis à rudes épreuves et il faudra avancer à pas de loups pour ne pas éveiller l’attention des créatures plus étranges les unes que les autres, tapies dans les recoins de cette station orbitale cauchemardesque. Bien sûr, un système de « sauvegarde » après les phases difficiles vous permettra de souffler un peu. Un « Fil d’Ariane » est même présent pour vous guider dans vos pas afin de continuer l’aventure. Le but du jeu n’est pas de savoir où aller, mais de tester si vous en aurez les tripes...

Dead Space 2 a déjà séduit plus de 2 millions de joueurs

Même si la mise en scène est spectaculaire et les séquences pas forcement recommandées aux cardiaques, l’histoire, elle, est loin d’être au niveau des meilleurs Hitchock. Tous les personnages que rencontre Isaac dans sa traversée ne servent qu’à illustrer les prouesses du réalisateur, mais n’ont pas de réelle profondeur. Même les personnages « clés » de l’histoire ne sont qu’une ébauche bien mal agencée. C’est sans conteste

l’un des points les plus faibles du jeu. Dead Space 2 est une suite honorable du précédent volet en corrigeant les défauts du précédent (un bestiaire beaucoup plus riche et encore plus fou), mais en garde néanmoins. C’est là tout le contraste du jeu qui sait à la fois emmener le spectateur dans un univers riche et glauque, mais au fond assez creux. On peut dès lors plus parler d’une « expérience » interactive à vivre derrière son écran, comme pouvait l’être jadis Silent Hill, où le génial Bioshock. Pour peu que l’on aime tout de même le principe inaltérable du FPS. Le joueur se plait toutefois à visiter les différentes salles de ce complexe fantôme orbitant autour d’une terre inconnue. Il ne sait jamais sur quoi il va tomber au prochain check point. Il sera également surpris de l’étonnante qualité des cinématiques. Parfois, on se sent tout de même bien seul lorsque la radio de notre charmante guide ne répond plus et que l’on cherche une sortie. Enfin, seul. C’est vite dit. Je crois entendre la musique revenir petit à petit...g

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MODE

Nouvelles icônes des podiums De nouveaux mannequins envahissent magazines et défilés. Plus fraîches et singulières, elles se font remarquer dans l’univers monochrome de la mode. Un gros coup de balais dans les standards. Par Clémentine Santerre. pour les défilés comme pour les publicités, préfèrent des femmes avec du caractère et du charisme. Elles sont donc plus âgées, en moyenne, et dans l’ensemble moins rachitiques. Kate Moss, symbole superstar de cette période androgyne et filiforme ne défile presque plus. Ses contrats publicitaires semblent acquis davantage par sa notoriété,savamment entretenue à coup de scandales et de rumeurs que par son passé de manne-

quin. La mode, depuis quelques temps monotone (outre Kate), reviendrait-elle à l’ère des grands tops des années 90 ? Des nouvelles personnalités se dégagent et sont courues de tous. Ainsi, Freja Beha, par exemple, a participé à 43 défilés lors de la Fashion Week de février 2010. Un exploit. Echantillon de ces tops.

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Cela fait bien longtemps que Gisèle, Heidi, Naomi et les autres grands tops foulent davantage la moquette des premiers rangs des défilés que le parquet des podiums. De nouveaux minois s’imposent comme des valeurs sures de la mode. Les mannequins recherchées aujourd’hui sont moins uniformes, plus racées. Les filles de l’Est, enfantines et plastiquement formatées des années 2000 sont démodées. Les créateurs,

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bbey Lee

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Nationalité : Australienne Date de naissance : 12 juin 1987 Mensurations : 180 cm. 82-61-89 Abbey est percée au nez et au téton et a de nombreux tatouages. En surmenage, elle s’est évanouie lors de la présentation printemps/été 2009 d’Alexander McQueen, ce qui n’a heureusement pas affecté sa carrière.

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reja Beha Erichsen

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ara Stone

Nationalité : Danoise Date de naissance : 18 octobre 1987 Mensurations : 178 cm. 79-60-89 Freja aurait aimé être rockeuse. C’est d’ailleurs son attitude rebelle qui a séduit Karl Lagerfeld dont elle est devenue une des muses. Elle refuse, lors des défilés, que l’on maquille le tatouage « Float » qu’elle a sur la nuque. D.R

Nationalité : Allemande Date de naissance : 20 décembre 1983 Mensurations : 178 cm. 84-61-89 Lara Stone était la protégée de Carine Roitfeld (ex-rédactrice en chef du Vogue français). Sa beauté glaciale et ses courbes lui ont fait gagner ses gallons (chez Calvin Klein Jeans par exemple) jusqu’à être considérée comme la deuxième plus belle femme d’Allemagne après Heidi Klum. Exit Claudia Schiffer ?

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indsay Wixson

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asha Pivorava

Nationalité : Russe Date de naissance : 21 janvier 1985 Mensurations : 173 cm. 86-61-86 Elle est repérée alors qu’elle est étudiante en art. Sa carrière a véritablement commencé lorsque Miuccia Prada la remarque et en fait l’égérie de sa maison en 2005. Depuis, elle ne cesse de s’imposer dans l’univers de la mode. Elle est souvent comparée à Gemma Ward à qui elle ressemble.

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élodie Monrose

Nationalité : Française (originaire de la Martinique) Date de naissance : 13 avril 1992 Mensurations : 178 cm. 80-60-87 Mélodie Monrose, sur le circuit depuis juillet 2010, a fait des débuts tonitruants. Dès sa première saison, elle a défilé 49 fois notamment pour Marc Jacobs, Miu Miu, Yves Saint Laurent, Gucci ou encore Prada … Avec un tel succès sur les podiums, elle ne devrait pas tarder à envahir les séries modes des magazines.

aphné Groeneveld

Nationalité : Hollandaise Date de naissance : 25 décembre 1995 Mensurations : 179 cm. 81-58-86 Il aura fallu une saison à Daphné pour s’imposer. Cette brindille de 16 ans a déjà défilé pour les plus grands (Emporio Armani, Calvin Klein …) et a posé dans la série « Bal masqué » du numéro anniversaire (90 ans) de Vogue.

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Nationalité : Américaine Date de naissance : 11 avril 1994 Mensurations : 178 cm. 81-58-88 De grands yeux, une bouche en cœur, les dents du bonheur, une fossette au menton, Lindsay a un visage résolument poupon. Elle a eu beaucoup de mal à percer à cause de ses traits si particuliers.

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Amaury Vassili à l’Eurovision, une voix en or pour un concours en carton Le 14 mai, à Düsseldorf en Allemagne, Amaury Vassili représentera la France à l’Eurovision. Un chanteur lyrique pour cette grand-messe folklorique ? Le pari semble insensé. Portrait de ce gamin de 21 ans à la gueule d’ange, considéré comme le plus jeune ténor au monde. La France à l’Eurovision

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La France est présente au concours depuis la première édition, en 1956 à Lugano (Suisse). Elle compte 5 victoires à son palmarès mais n’a plus gagné depuis 34 ans. 1958 André Claveau avec « Dors mon amour » 1960 Jacquelines Boyer avec « Tom Pilibi » 1962 Isabelle Aubret avec « Un premier amour » 1969 Frida Boccara avec « Un jour, un enfant » 1977 Marie Myriam avec « L’oiseau et l’enfant »

Amaury Vassili représentera la France le 14 mai prochain à l’Eurovision en Allemagne

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ur son site officiel, la rubrique « audio » est à peine plus fournie que celle réservée aux photos. Amaury Vassili passerait presque pour un mannequin. De longs cheveux bruns avec des mèches blondes, imberbe, impeccablement habillé. L’allure parfaite du jeune premier. Dans ses concerts, ses interventions dans les médias, le gamin à la gueule d’ange est à l’aise dans son costume trois pièces. Si un réalisateur cherche à jouer le remake de Cendrillon, qu’il appelle de suite l’attachée de presse de l’ami Vassili : le gentil prince au cheval blanc, cela ne peut être que lui. S’il pouvait sembler prédestiné pour les spotlights du cinéma, le natif de Rouen l’était pour le chant et la musique classique. « Tout me ramène au classique », commentait-il récemment sur un plateau de France24. Bien sûr, ses premiers mots n’ont pas été un Ave Maria ou tout autre air d’opéra, le petit Amaury était un garçon comme les autres… Enfin, presque. Pendant que la plupart de ses camarades de l’école primaire essayaient de mimer la rou-

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lade de Zinedine Zidane, lui répétait les gammes musicales. Des cours de comédie musicale à neuf ans, un premier concours de chant remporté à 14 ans en reprenant Jacques Brel. Et puis il enchaîne avec un autre concours, qui sera le déclic. La légende veut que « Les lacs du Connemara » de Michel Sardou ne lui ouvrent pas les portes de la finale mais font se lever le public. Amaury Vassili n’a pas trouvé un passe-temps, il s’est découvert une passion. A 15 ans, il participe à la Coupe de France de la chanson française. Sa chanson : « Savoir aimer », de Florent Pagny, son inspiration première. Alors forcément, quand, à cette période, ce dernier sort son album intitulé « Baryton », Vassili a le coup de foudre. Ou plutôt, il comprend qu’il a trouvé sa propre voie, qu’il veut devenir une voix. « Quand j’étais petit, j’écoutais des tas de styles différents. Aujourd’hui encore, j’écoute du Eminem, 50 Cent ou Bob Marley, mais vers 16 ans je me suis rendu compte que la variété et le classique, c’était mon truc. »

Le plus jeune tenor au monde La suite est logique. Une équation où l’addition des mots travail, répétition, écoute a pour résultat la consécration : la sortie de son premier album, « Nos instants de liberté », en 2006. Amaury a alors 17 ans. Aujourd’hui, celui qui est considéré comme le plus jeune ténor au monde compte déjà trois opus dans sa discographie, avec « Vincero » en 2009 et « Cantero » en 2010. « Vincero » a été un carton : plus de 250 000 exemplaires écoulés en France et 50 000 à l’étranger. Paraît-il que le jeune premier avait séduit jusqu’en Afrique et en Corée du Sud.

Du lyrique à l’Eurovision? C’est d’ailleurs en partie pour son physique qui plaît aux belles-mères et pour sa voix qui traverse les frontières que Vassili a été choisi pour représenter la France à l’Eurovision, succédant à Jessy Matador, douzième l’an passé. Dans cette course, il a devancé Shy’M (« Je suis moi », « Si tu savais », « Je

sais »), et Emma Daumas, battue à la Star Academy 2 par Nolwenn Leroy, preuve, s’il en fallait, que les poids lourds de la variété française ne se bousculent pas pour participer à la grand-messe annuelle de la chanson. C’est France 3, diffuseur de l’événement, qui a tranché. « Très vite nous avons convenu qu'un chanteur lyrique était l'expression la plus noble. Amaury est un ange de la musique avec une voix d'or », déclame le directeur des programmes de la chaîne, Pierre Sled, plus connu pour avoir présenté « L’Eté de tous les records » sur la même chaîne que pour son oreille musicale. Amaury interprétera « Sonniu » (littéralement songe)… en corse ! « France 3 est la

chaîne des régions. Nous voulions donc les mettre en valeur. Et comme le corse se rapproche de l'italien, ça conviendra très bien pour un chant d'opéra », assure Pierre Sled. En tout cas, quitte à aller dans le classique, France 3 a décidé de jouer le coup à fond. A la présentation, finis les blagues de potaches de Stéphane Bern et Cyril Hanouna, place à Laurent Boyer et la violoniste Catherine Lara. Le 14 mai, l’Europe va donc découvrir Amaury Vassili et son boléro.« Je chante avec tout mon corps, avec tout mon cœur ». La belle gueule aura beau faire vibrer son organe, si l’Eurovision se gagnait sur le talent, cela se saurait.g

Opinion : mascarade ! La France ne sait plus quoi imaginer pour gagner l’Eurovision. Chanter en anglais (Sébastien Tellier), faire appel à une star reconnue (Patricia Kaas), et c… Rien n’y fait. L’évidence est là : l’Eurovision n’est pas un concours où le meilleur gagne, mais une mascarade où un pays vote pour son voisin. Le vote par alliance est devenu courant et le vote pour le talent anormal. De plus, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Espagne, pour avoir contribués au financement de la compétition à ses débuts, sont qualifiés d’office, d’où une certaine idée de défiance des autres nations. Voilà qui rajoute à la mascarade, comme l’a résumé Cheryl Baker (candidate pour le Royaume-Uni en 1981) : « Ça aurait pu être un concours de chant mais ça ne l’a jamais été ».


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