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LOURDES :

CONCILIER CULTURE LOCALE ET TOURISME RELIGIEUX DE MASSE

Louise Mabilleau

Mémoire de fin d’étude 2017/2018


NB : Toutes les cartoghraphies sauf précision sont orientées au Nord. En l’absence de mention des

sources, toute illustration, photographie ou cartographie est un document personnel. Toute reproduction totale ou partielle de ce document est soumise à l’accord de son auteur propriétaire des droits. Pour toute information : louise.mabilleau@gmail.com


MEMBRES DU JURY : Christophe Degruelle, Président de session Président de la communauté d’agglomération de Blois Professeur de politique territoriale à l’ENP Claire Dauviau, Directrice de travaux de fin d’études, Paysagiste DPLG | Professeur de projet de paysage 1ère année à l’ENP Fredéric Maillard, professeur encadrant Professeur d’infographie et de représentation graphique à l’ENP Trois personnalités exterieures à l’école composent également ce jury : - Une personne représentant la maîtrise d’ouvrage - Une personne reconnue pour ses compétences professionnelles - Un ancien élève de l’école


AVANT-PROPOS C’est au croisement de ma vie religieuse catholique passée et de celle de paysagiste bientôt diplômée qu’est née ma réflexion. En 2011, j’ai effectué un pèlerinage organisé à Lourdes. J’en ai longtemps gardé l’image très positive de ferveur catholique et de grande spiritualité à l’intérieur du sanctuaire, malgré l’omniprésence de boutiques et des hôtels concentrés dans le même quartier. Outre les nombreux questionnements éthiques et spirituels qui mêlent religion et économie florissante, c’est en repensant 5 ans plus tard aux espaces que j’avais été amenée à pratiquer pendant ces 5 jours de pèlerinage que j’ai saisi la fracture qui animait cette ville. J’ai vu ici la possibilité de traiter un sujet sur la ville de Lourdes de la façon la plus objective et respectueuse possible; Grâce à un vécu de la ville en tant que pèlerin, une experience pratique et spirituelle des lieux et un respect pour la démarche religieuse, mais également grâce au regard complémentaire de paysagiste agnostique, pour observer et analyser la ville à travers le prisme de l’histoire, de la géologie, de l’étude urbaine et poétique des espaces.


AVANT-PROPOS IMMERSION PHOTOGRAPHIQUE

INTRODUCTION 1. UN BERCEAU PYRÉNÉEN ...........................................................................................................................21 Ville de piémont entre plaine et montagne Un pays au croisement de la roche et de l’eau Développement au gré du passage Ancrage de la culture pyrénéenne et perceptions Un nouveau regard sur la ville, l’esthétique romantique

2. 1858 LE GRAND BOULEVERSEMENT ........................................................................................36 Le fait religieux et les apparitions Retournement soudain de la ville, le gave dompté Une aubaine pour l’économie locale et les transports L’image de Lourdes est née Les bases de la ville nouvelle religieuse

3. NOUVEAUX ENJEUX........................................................................................................................................56 Lourdes aujourd’hui - Lourdes, trinité de la commune, des sanctuaires et de l’État - Une ville tournée vers l’accueil du tourisme de masse - Le risque, résurgence des éléments et contraintes de composition Paysage urbain - Les facettes d’une ville - La ville basse, religieuse - La ville historique - La ville du quotidien


4. MUTATIONS ET CONSÉQUENCES.............................................85 Emergence d’une nouvelle pensée et signaux faibles Désir de renouveau pour la ville, projets engagés Espace et recueillement, travailler l’image de la ville

5. INTENTIONS DE PROJET.......................................................................95 Penser la ville dans son ensemble Matériaux du projet Les axes forts - La promenade des berges du gaves, lieu de partage entre l’eau et les foules. - La descente gare-sanctuaire, offrir un contexte à la ville - La route des pyrénées, faire place à la vie quotidienne.

CONCLUSION..........................................................................................................109 BIBLIOGRAPHIE REMERCIEMENTS


INTRODUCTION Lourdes est une ville de renommée mondiale, connue pour son centre de pèlerinage catholique et dont l’économie s’est basée en majorité sur le tourisme religieux de masse lié aux apparitions relatées en 1858. Aujourd’hui, face à la crise économique et à la mutation des mentalités, on assiste au déclin de ce système qui n’est plus en phase avec ce que recherchent les pèlerins. La ville se confronte à son image marquée par la religion et les politiques publiques tendent vers une volonté de la renouveller en retrouvant son essence et en renouant avec ses racines ensevelies sous l’urbanisation incontrôlée due aux besoins soudains de l’accueil des pèlerins. L’enjeu pour la ville est maintenant de saisir ce déclin comme une opportunité pour renouveller son image en se servant du terreau spirituel dont elle a jadis su tirer partie sans pour autant renier le fait religieux. Dans cette optique, se pose alors la question de la cohabitation entre culture locale et omniprésence religieuse. Comment peuvent se rééquilibrer ces deux éléments principaux censés façonner la ville.

MÉTHODOLOGIE Afin de traiter cette question il apparaît primordial de remonter aux fondements de la ville pour comprendre sa substance et le contexte dans lequel les apparitions, élément clé du basculement de la ville, ont eu lieu. En premier lieu, je pose les bases de la formation de la ville pour comprendre son développement, son histoire et sa culture locale à l’origine des premières représentations. Le but est ici d’offrir un regard général sur le contexte global des apparitions. Une fois ce socle constitué, nous aurons les clés pour s’intéresser au fait religieux des apparitions et à ses conséquences directes sur le développement économique, culturel et urbain de la ville.


Ce basculement est encore et plus que jamais perceptible dans l’organisation actuelle de la ville. Je me suis donc penchée sur son fonctionnement économique, administratif et spatial. Afin de comprendre le rôle qu’ont joué les acteurs qui régissent la ville et l’impact spatial et paysager de leur décisions. J’aborderai également les différentes notions de risque qui planent au dessus de la ville, paramètres incontournables à prendre en compte pour sa gestion son développement futur. En repassant par une analyse paysagère plus sensible, somme de l’histoire, des contraintes et des usages qui offrent différentes ambiances, j’ai recherché ce qui fait l’essence passée et future de la ville.

Un projet construit de paysage sera l’occasion pour la ville de renouer avec son histoire et sa culture tout en appréhendant au mieux les notions nouvelles et anciennes de risque et les contraintes induites par l’accueil en masse de touristes et pèlerins venus se ressourcer.

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L’eau, la roche et les foules, s’avèrent a l’origine de des vibrations de la ville, de son atmosphère. Ces éléments se retrouvent égalemnent au coeur des réflexions amenées par les mutations contemporaines. Ils sont ainsi les vecteurs d’un réflexion nouvelle et les outils de prédestination pour le projet.


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1. UN BERCEAU PYRÉNÉEN Ville de piémont entre plaine et montagne Un pays au croisement de la roche et de l’eau Développement au gré du passage Ancrage de la culture pyrénéenne et perceptions Un nouveau regard sur la ville, l’esthétique romantique


Gavarnie Vallée du Nès

Vallée d’Arens Argelès


Vers Pau

Tarbes

Vers Toulouse

Lourdes

Occitanie

VILLE DE PIÉMONT ENTRE PLAINE ET MONTAGNE Située en piémont, entre plaine et montagne, sa position place la ville aux portes des Pyrénées et à la confluence de trois vallées, on la surnomme par ailleurs « le verrou de lavedan ». Cet emplacement en fait une ville carrefour, étape de la route des Pyrénées et place de marché incontournable de la région.

CONTEXTE GÉOGRAPHIQUE Lourdes est une petite ville de 15000 habitants située en région Occitanie dans le département des Hautes pyrénées. La ville située à une vingtaine de kilomètres de Tarbes est très bien desservie par l’autoroute, l’aéroport Tarbes Lourdes-pyrénées ainsi que la gare TGV arrivant à quelques centaines de mètres des sanctuaires. Elle est bordée par le gave de Pau fleuve de montagne prenant sa source au cirque de Gavarnie.

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12 Km

Hautes-Pyrénées


Vallée d’Arcizac Vallée de Poueyferré

200 m Pliocène

FORMATION DE LA MONTAGNE

Pleistocène

GLACIATION

Holocène

FONTE

ÉROSION


GÉOLOGIE Fonte des glaces

Erosion, accumulation de sédiments

C’est l’action glaciaire et son travail d’érosion qui va façonner le paysage lourdais pendant le Pliocène. L’action torrentielle prendra le relais pour finir de sculpter la morphologie du paysage. On distingue deux phases glaciaires : l’une à la fin du pliocène auxquels correspondent les moraines1 des hauteurs, l’autre du pléistocène auxquels correspondent les moraines des vallées. Sur les sommets des massifs du Jer, et du Béout, on retrouve des blocs erratiques granitiques dus au transport de matériaux par les glaciers. « Les deux vallées centrales de Poueyferré et d’Adé, se trouvèrent barrées par les vallums 2 les plus gros. La vallée d’Arcizac, d’un niveau inférieur servit alors de passage au Gave dont les alluvions édifièrent la belle petite plaine de Lézignan »

Retournement du gave

Vallum morainique : arc de cercle formé par les moraines à l’aval d’une langue glaciaire. 2

Géographiquement, l’emprise bâtie de Lourdes se situe dans la cuvette sédimentaire formée par le gave lors de la fonte des glaces, bordée de part et d’autre par deux massifs calcaires. En analysant brièvement la composition du sol on se rend compte que le torrent se dirigeait jadis vers l’Est avant que l’accumulation de sédiments ne le contraigne à se retourner vers l’ouest, position actuelle du gave. Cette érosion a laissé apparaître plusieurs éperons rocheux calcaires, le même que celui des massifs avoisinant.

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Moraines : formations constituées d’un mélange d’éléments de plusieurs grosseurs : cailloux roulés, graviers, sables et boue glaciaire, gros bloc anguleux.

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A ce moment en effet le bassin de Lourdes est entouré au Sud-Est ainsi qu’au Sud-Ouest par les massifs calcaires de l’aptien tandis qu’au Nord ce sont les massifs schisteux de l’albien surmontés de moraines qui cernent le bassin. Les eaux de fonte du glacier de la vallée alimentent le lac d’Iou et s’écoulent ensuite au-delà vers l’Est par la vallée d’Arcizac. Ces eaux torrentielles rencontrent le front de la moraine que supportent les schistes albiens (terrasse de la gare de Lourdes) au nord du bassin. C’est contre ce barrage que vont se déposer les alluvions charriés par les eaux avant que le gave ne se retourne vers la vallée d’Arcizac, actuel lit du gave.


500 m

PREMIERS HABITANTS À LA PRÉHISTOIRE

VILLAGE CONSTRUIT SUR UN CARREFOUR DE VOIES ROMAINES


TEMPLE DÉDIÉ AUX TUTELLES (DIVINITÉ DES EAUX)

1700

CONSTRUCTION DU CHÂTEAU SUR LE PITON ROCHEUX


Ci-contre : Carte de la ville en 1650, archives de la ville de Lourdes.

Le site de Lourdes est habité depuis la préhistoire, en attestent des traces d’occupation datant du magdalénien au paléolithique supérieur (outils, bijoux, céramiques…) découverts dans les grottes environnantes. En raison des changements urbanistiques rapides et incontrôlés induit par le pèlerinage peu de fouilles ont été opérées dans la ville. Cependant, on date l’oppidum du château au 1er siècle avant J.C et les rares fouilles ont révélés des vestiges antiques. L’une des découvertes effectuée fût celle d’une nécropole et d’un temple dédié aux Tutelles (divinité des eaux) situé sous l’église paroissiale lors de sa démolition. Une voie urbaine du 1er siècle av J.C fût découverte en 1990. Celle-ci orientée Nord Sud présente également des ornières croisant sa trajectoire ce qui signifierait qu’un axe perpendiculaire Est-Ouest figurait également ici, plaçant Lourdes au croisement de deux itinéraires antiques importants justifiant la présence d’un temple aussi important. La toponymie appuie ces théories mais malheureusement les preuves archéologiques manquent, cependant il semblerait que Lourdes se soit développée autour d’un carrefour.

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UN PAYS AU CROISEMENT DE LA ROCHE ET DE L’EAU


COMPOSITION DE LA POPULATION VERS 1755

40% d’agriculteurs

8,5% de carriers

40% d’artisans (textile majoritairement)

13% de services


DÉVELOPPEMENT AU GRÉ DU PASSAGE

Lappaca, Lapacca, Ruisseau indécis des graves de sarsan qui animait à Lourdes le moulin des Soubirous, plutôt que déverbal de lapà « laper » ou homonyme de la Pacca « pacage » (Balaïtous), n’est peut-être que la pacà « la nonchalance »

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ANCRAGE DE LA CULTURE PYRÉNÉENNE ET PERCEPTIONS Avant le début du 19ème, les Pyrénées et plus généralement les paysages de montagne inspirent principalement frayeur et mépris. Les formes de la roche, la rudesse de la vie et les nombreux mythes superstitieux en font un endroit craint de la plaine. Au sein du village, la vie est rude, les quelques habitants y vivent modestement, la plupart dans des maisons spartiates sans eau courante. On vit là-bas de l’agriculture et de l’élevage bovin et ovins, de l’extraction de marbre et de schiste ainsi que de l’artisanat principalement textile. Pour de nombreux lourdais, la vie est donc rythmé par l’eau, la roche et l’agriculture. Leur environnement, le rapport aux éléments et à la montagne prend une part entière dans leur quotidien. C’est sans doute du fait de l’importance accordée aux éléments que les mythes et apparitions se font si nombreux dans cette région.

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Au 19ème en France l’industrie peine à décoller et le pays a pris du retard par rapport à ses voisins europpéens. Le monde rural est encore très présent malgré une urbanisation croissante. À ce moment face aux différents entre républicains et monarchistes le clergé et l’État tendent à se séparer.

L’homme trouvera ici un emplacement stratégique pour son implantation : au croisement de plusieurs axes importants avec un éperon calcaire ayant résisté à l’érosion qui constitue un point clé pour la construction du château, idéal pour la surveillance des 3 vallées pyrénéennes et de la plaine. De plus, les sédiments constituent des terres fertiles et l’ancien lit du gave maintenant retourné abrite un ruisseau : le Lapacca1 auprès duquel s’adossent 7 moulins. Située sur la route des Pyrénées, Lourdes devient une place de marché incontournable et son économie se base également sur l’extraction de marbre. En 1700, les deux pôles majeurs de la ville sont alors le château et la place de marché. Les crises politiques locales dues à l’occupation du château ramènent la population à 2300 environ à l’aube de la Révolution. Dans les années qui suivent, l’agriculture va perdre de l’importance face aux « fonctions urbaines », dont bénéficie surtout l’artisanat dont l’effectif augmente. Jusqu’à 1858 le bourg connaît alors une extension raisonnée au gré des eaux et de la roche a même ou non de recevoir des constructions. La première grande extension se situe derrière le château à l’abri du gave et le long de la grande route rectiligne menant aux pyrénéens et souvent empruntée par les curistes à la recherche de stations thermales.


« Les Pyrénées sont quant à elles “inventées” par Ramond avec les Observations faites dans les Pyrénées (1789).  La quête romantique de l’ailleurs, de l’exotisme, des particularismes régionaux, comme des contrées sauvages, y trouve un territoire de prédilection : tout y est, des monts affreux aux ruines médiévales, des orages sublimes aux costumes pittoresques des autochtones, des cavalcades vers l’Espagne aux villes d’eaux où transporter son vague à l’âme et soigner sa tuberculose, du désert à l’Arcadie.»1


UN NOUVEAU REGARD SUR LA VILLE, L’ESTHÉTIQUE ROMANTIQUE

Cf lourdes, bernadette, une ville, une vie p.31

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Romantisme et Pyrénées Hélène SauleSorbé

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Les mentalités ont changé, les Pyrénées maintenant apprivoisés deviennent peu à peu une destination incontournable vers laquelle on se rend pour ses eaux aux vertus médicinales et ses paysages qui sont synonymes dorénavant d’exotisme et de beauté. Ces lieux doivent entre autres leur notoriété grandissante aux nombreux artistes romantiques venus s’aventurer en premier vers les monts tant craints bravant caprices du temps, profondeurs des précipices et bandits d’altitude. Ils recherchent là les manifestations les plus grandioses de la nature – bourrasques, montagnes enneigées, brouillards impénétrables -, face auxquelles l’homme éprouve des sensations contradictoires d’émerveillement et d’impuissance. La diffusion des œuvres romantiques fût possible grâce au développement des lithographies, faciles à reproduire en nombre, et donc très répendues au 19ème. Vers 1820, les basses vallées s’ouvrent au thermalisme et à la villégiature, parmi les lourdais d’ailleurs « beaucoup se plaçaient comme domestiques dans les stations thermales »2 profitant ainsi de cette nouvelle économie fructueuse. Les Pyrénées sont à la mode, et les paysages de nature et de montagne sauvage constituent un attrait romantique. Comme le dit Jean Fourcassié dans Le romantisme et les Pyrénées : « vers 1830, une mode toute puissante dirige vers les Pyrénées les écrivains, les artistes, les malades et les désœuvrés »


Le socle et l’eau sont omniprésents dans la constitution de la ville et de son évolution. Ils sont les deux facteurs prédominants dans l’orientation de l’économie et de la culture locale. On remarque alors une première conscience du risque manifestée par les habitants qui ont naturellement tourné le dos au gave en lui préferant le Lapacca. Au début du 19ème, la ville vit péniblement de l’agriculture, de l’élevage, de l’artisanat et de l’extraction de pierres alors qu’au niveau national le contexte économique n’est pas très favorable et que, face aux républicains prenant le pouvoir, le clergé est en perte d’influence. Malgré tout, le courant romantique gagne du terrain et leurs explorations pyrénéennes marquent le début du tourisme thermal et fait disparaître le dégoût et les craintes qui planaient sur les massifs montagneux. Lourdes, située sur la route de ces stations profite de cet engouement mais ne reste qu’une étape parmis d’autre et peine à se saisir pleinement de cette opportunité nouvelle.


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2. 1858 LE GRAND BOULEVERSEMENT Le fait religieux et les apparitions Retournement soudain de la ville, le gave dompté Une aubaine pour l’économie locale et les transports L’image de Lourdes est née Les bases de la ville nouvelle religieuse


500 m Apparitions relatées dans plusieurs endroits de la région

DÉVELOPPEMENT RAISONNÉ LE LONG DES AXES ET VERS L’EST, À L’OPPOSÉ DU GAVE

ECONOMIE TOURNÉE VERS L’AGRICULTURE,L’ÉLEVAGE, L’EXTRACTION DE PIERRE


Grotte de Massabielle

1858 1858 APPARITIONS

1862 AUTHENTIFICATION DES FAITS


LE FAIT RELIGIEUX ET LES APPARITIONS

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Les Soubirous sont une famille de Lourdais « typiques » et également très pauvre, vivant modestement dans l’ancienne prison du village appelée le cachot après avoir habité le moulin de Boly au bord du Lapacca. Cette ancienne famille de meuniers va voir son destin basculer grâce à l’aîné de leurs enfants : Bernadette. En 1858 Les temps sont durs pour la famille Soubirous et Bernadette la jeune bergère est atteinte du choléra. Le 11 février 1858, alors qu’elle se rendait au bord du gave avec sa sœur et une amie pour récupérer du bois elle rapportera avoir vu une dame blanche qui se présentera plus tard sous le nom de l’immaculée conception soit la vierge Marie dans la religion catholique. Les propos rapportés par la jeune adolescente vont intriguer et fasciner. Ce sont au total 18 apparitions dans la grotte de Massabielle entre le 11 février et le 16 juillet 1858 que Bernadette revendiquera, dans une région où les apparitions et autres phénomènes mystiques rapportés ne sont pas rares. Une commission d’enquête religieuse sera nommée afin d’authentifier les faits et les attestera en 1862. Entre temps, le phénomène aura gagné une vraie notoriété locale en quelques années, et les premiers pèlerinages informels auront lieux. En 1866 des missionnaires viendront s’installer dans le village et le premier pèlerinage aura lieu le 6 octobre 1872, rassemblant 200 prêtres et 500 pèlerins, le premier d’une longue série.


500 m

AMÉNAGEMENT DE LA GROTTE ET DES SANCTUAIRES

RESSEREMENT DU LIT DU GAVE ET REVOUVREMENT DE LA MERLASSE


« Allez dire aux prêtres qu’on vienne ici en procession et qu’on y bâtisse une chapelle » 13ème apparition, Propos rapportés de l’immaculée conception à Bernadette

1877

CONSTRUCTION DE LA BASILIQUE

INSTALLATION DE BOUTIQUES D’OBJET DE PIÉTÉ, ÉLARGISSEMENT DES RUES


RETOURNEMENT SOUDAIN DE LA VILLE, LE GAVE DOMPTÉ

A cet instant, l’eau et la roche ne sont plus seuls guide du développement de la ville. En effet c’est le fait religieux qui prend le dessus, quitte même à tourner le dos au socle de la ville, à canaliser l’eau de la montagne et à construire au pied des parois inapte à recevoir des constructions. L’urbanisme qui s’adaptait jusqu’ici aux reliefs, parois abruptes et hydrographie se concentre maintenant sur l’aspect pratique et la nécessité des pèlerins d’atteindre la grotte. Les terrains sont alors applanis et le chantier de la construction de la basilique est lancé en 1866 et s’achèvera en 1871 tandis qu’en parallèle, c’est toute l’économie de la ville qui va se modifier et s’adapter. La ville haute va descendre peu à peu vers le gave via la rue de la grotte symbole du retournement de la ville vers le fleuve.

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Le fait religieux marque un réel bouleversement dans la ville. Dès les premiers jours il créé un engouement autour de la grotte où eurent apparemment lieu les apparitions. Les curieux locaux se pressent pour accompagner Bernadette au bord du Gave, au niveau de la grotte de massabielle, lieu d’ordinaire négligé des habitants. C’est l’afflux de ces premiers locaux qui sera à l’origine de l’aménagement de la rue de la grotte et des bords du gave. Face aux foules grandissantes, le terrain se doit d’être capable de les accueillir et très vite les bras secondaires du gave sont recouverts ainsi que le ruisseau du Merlasse afin d’assécher la zone. Les boutiques informelles d’objets de piété vont dès lors fleurir le long des axes et carrefours clés.


500 m

1866 ARRIVÉE DU TRAIN

1883 RECOUVREMENT DU LAPACCA POUR LE BOULEVARD DE LA GROTTE


1923 RECUL DU GAVE DE 50M AU NIVEAU DE LA GROTTE

1930 DÉVELOPPEMENT DE LA VILLE BASSE


«Dans son effort, la locomotive [semble] rendre un hommage à Notre Dame de Lourdes» Citation extraite d’un journal local lors de la mise en service du chemin de fer. Lithographie éditée par Turgis, Toulouse, 1880, collection privée.

En 1857, la compagnie des chemins de fer du midi gère la construction et l’exploitation des lignes de chemin de fer du sud-ouest de la France comprise entre la Garonne et les Pyrénées. Cette année-là, ils inaugurent la ligne Bordeaux-Sète et réfléchissent à la construction de la ligne Toulouse-Bayonne. À ce stade, le tronçon Tarbes-Pau est pensé en parcours direct en raison de l’absence de ville conséquente entre ceux deux-là. C’est l’année suivante, suite aux apparitions, que la déviation par Lourdes fût proposée. Immédiatement approuvée par le gouvernement sous Napoléon III qui vit à travers cette route une opportunité pour se fournir en pierre à ballast nécessaire au chantier. Ainsi ce projet est adopté en 1859 et le chemin de fer est inauguré en 1866. La gare s’installera sur un socle géologique propice, soit au Nord Est de la ville. Pour atteindre les sanctuaires les pèlerins devront alors emprunter la route des Pyrénées, passer par le cœur de village, pour ensuite poursuivre par la rue de la grotte. Dès 1873 on dénombre 213 trains spéciaux et 140.000 visiteurs. Les hôtels se multiplient dans la ville haute le long des axes majeurs et les lourdais deviennent en quelques années de vrais professionnels du tourisme.

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UNE AUBAINE POUR L’ÉCONOMIE LOCALE ET LES TRANSPORTS


Au fil de leur aménagement, les points les plus proches des sanctuaires deviennent ensuite les plus prisés par les pèlerins. Peu à peu toute l’économie se concentre sur cette ville nouvelle, nichée entre le gave et l’eau sacrée de la grotte. L’évènement qui va d’autant plus affirmer ce nouvel espace et pénaliser la ville haute sera la construction du boulevard de la grotte sous la volonté des sanctuaires avec l’appui de l’état mais contre celle de la commune1. En effet, afin de permettre aux pèlerins d’accéder plus facilement aux sanctuaires depuis la gare, les autorités religieuses souhaitent recouvrir le Lapacca afin d’y créer un boulevard. C’est ici un symbole du passé de la ville, son économie et ses moulins qui se retrouve alors ensevelie. Ultime démonstration de la toute puissance religieuse face aux éléments et preuve de la fin d’un modèle économique non viable qui faisait survivre quelques familles.

À la fois à 10 km du centre de Tarbes et 10 km de celui de Lourdes, il est accessible par l’autoroute A64, et la RN21 en 2x2 voies jusqu’à Lourdes et Argelès-Gazost.

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Un nouveau pôle d’attraction dans la ville est né et vient s’ajouter à ceux que représentaient le château, la place des halles et l’église. Ce nouveau pôle se compose des sanctuaires et des hôtels, impactant directement l’urbanisme de la ville qui se retourne brusquement vers la grotte théâtre des apparitions. La ville voit alors ses polarités éclatées. Certaines favorisées par cette nouvelle économie et d’autres mises à l’écart. Le développement se fait maintenant autour de trois grands axes : la route des Pyrénées, la rue de la grotte et le nouveau boulevard de la grotte. Les flux de pèlerins d’un côté et ceux des habitants créent les nouveaux pôles plus ou moins diffus avec chacun leurs usages et typologies d’espaces. La construction de l’aéroport Tarbes-Ossun-Lourdes2 en 1948 permettra l’acheminement d’autant plus de pèlerin, notamment étranger, participant à la renommée mondiale du centre de pèlerinage. De 1899 à 1930 le tramway de Lourdes desservait la gare, en plus de la grotte et du pic du Jer, symbole de modernité renforçant ainsi les trois axes évoqués plus haut.

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La mairie étant opposée à cette volonté l’évêque prendra directement contact avec l’état et l’accès se fera donc par une route nationale recouvrant le Lapacca et pour laquelle les sanctuaires financeront les expropriations. 1


L’IMAGE DE LOURDES EST NÉE

À gauche : Affiches publicitaires des compagnies de transport suite à l’accord de Matignon de 1936 et au début des congés payés.

Les nouveaux acteurs tournés vers l’accueil ou l’acheminement des pèlerins seront les premiers, en plus des acteurs religieux, à communiquer autour de la ville et ses sanctuaires. On compte parmis eux certains hôtels mais surtout la SNCF et également l’aéroport Tarbes-Ossun-Lourdes. Leur but premier est de vendre une image attractive d’un lieu afin afin d’y acheminer le plus de visiteurs. Par le biais d’affiches et des cartes, ils vont façonner l’image de la ville qui sera largement communiquée à travers la France. L’iconographie et les représentations de la ville témoignent grandement des mutations et des bouleversements traversés. On remarquera alors que l’omniprésence de la montagne et de l’eau dans les gravures des artistes romantiques du début du 19ème siècle disparaissent peu à peu pour céder leur place aux représentations religieuses de l’imaculé conception et aux foules de pèlerins. Au fil des communications, les campagnes iront même jusqu’à faire abstraction du cadre géographique de la ville pour en représenter uniquement l’image d’un lieu de spiritualité enclavé voir épargné de toute anthropisation démesurée.

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L’image de Lourdes était jusqu’alors dûe à l’histoire et à la culture locale : il s’agissait de l’image vécue. Viendra ensuite s’ajouter l’image perçue par les premiers visiteurs, touristes et pèlerins. L’image communiquée prendra ensuite le dessus sur ces deux perceptions malgré une image perçue très forte en raison de la proximité des pèlerins de la communauté catholique communiquant beaucoup autour de leur experience de pèlerinage.


500 m

1948 CONSTRUCTION DE L’AÉROPORT

ÉTALEMENT DE LA VILLE VERS LES PLAINES DU NORD ET LES GRANDS AXES


2017 EXPANSION DU TOURISME RELIGIEUX

RENOMMÉE MONDIALE DE LA «CITÉ MARIALE»


Cet épisode marque un vrai tournant dans le développement de la ville et dans l’artificialisation du socle, prônant un développement urbain qui vise en priorité à se rapprocher des lieux de culte, entre autres en raison des difficulté de mobilité des pèlerins mais également en réponse à la pression touristique amenant une forte demande en logement et en articles de piété. En 1936 furent signés les accords de Matignon, marquant en France le début du tourisme de masse avec les congés payés. Lourdes s’inscrit dans la liste des destinations touchées par ce nouveau tourisme, s’adressant à un public de petites gens alliant vacances et pièté.

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LES BASES DE LA VILLE NOUVELLE RELIGIEUSE


Les apparitions dans les pyrénées sont choses communes mais cellesci vont bouleverser les destin de la ville. Alors que les berges du gave étaient délaissées par les habitants, l’afflux soudain de pèlerins va contraindre la ville à assécher, déblayer, aplanir et façonner les abords du fleuve. S’en suivent également l’élargissement des rues, le développement des hôtels, des boutiques et surtout la création de la ville basse dans les anciennes prairies du gave. On assiste en quelques années à l’artificialisation progressive des cours d’eaux affluant du gave afin de faciliter l’acheminement des pèlerins au sanctuaire et de construire des hôtels au plus proche de la grotte. Le socle et l’eau ne sont plus perçus comme guide de développement mais comme contrainte, remplacés par la soif d’eau miraculeuse. La notoriété grandissante du phénomène permit entre autres l’arrivée du chemin de fer jusqu’à cette bourgade, permettant à la ville de ne pas sombrer dans l’oubli, et rendant possible encore aujourd’hui l’accueil de milliers de pèlerins.


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3. NOUVEAUX ENJEUX Lourdes aujourd’hui - Lourdes, trinité de la commune, des sanctuaires et de l’État - Une ville tournée vers l’accueil du tourisme de masse - Le risque, résurgence des éléments et contraintes de composition Paysage urbain - Les facettes d’une ville - La ville basse, religieuse - La ville historique - La ville du quotidien


LOURDES AUJOURD’HUI LOURDES, TRINITÉ DE LA COMMUNE, DES SANCTUAIRES ET DE L’ÉTAT

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Ce schéma alvéolé représente les trois dimensions auxquelles appartiennent les acteurs de la ville. Plus ils se rapprochent du centre représentant l’image de la ville et plus ils sont impliqués dans celle-ci. On se rend alors compte que dans chaque dimension, certains acteurs manquent à différentes échelles. Cette forme tridimensionnelle met également en exergue le fait que chaque pôle possède ses propres acteurs indépendants entretenant des relations particulières entre acteurs d’une même unité sans chercher à communiquer entre les dimensions. La ville est sous l’influence des organismes de l’état qui influent sur la gestion du territoire tandis que la politique de la ville est tournée vers les tentatives de gestion des affluences de pèlerins. On comprend alors que la ville est dépendante des sanctuaires (d’un point de vue touristique, économique...) sans aucun pouvoir de décision sur ceux-là. Parallèlement la ville doit composer avec les décisions des organismes d’état. Le sanctuaire a un fonctionnement à très petite échelle avec de nombreuses associations jouant chacune leur rôle dans le bon fonctionnement des pèlerinages. L’état quant à lui possède des services très hiérarchisés avec un impact large sur le territoire. Pourtant, les deux parties possèdent chacun un représentant équivalent en terme de hiérarchie que sont l’évêque et le préfet ce qui facilite grandement la communication entre les deux partis. La ville devient alors spectatrice de ces échanges tout en se devant d’appliquer les décisions qui en émanent.


SÉJOURNANT

14%

Seuls

MOTIVATION

68.8%

13.5%

Accompagnement des Malades | Pèlerinage

Ressourcement

86% Groupe couple famille

29% Tra i n

24,7% Avion

26,7%

Vo i t u re

EXCURSIONNISTE MOTIVATION

19,2% Autre

37.2%

Decouverte touristique

18.1%

Ressourcement

43.6% Couple

23.4% Famille

13.8% Seuls

14,9% Tra i n

55,3%

Vo i t u re


5 À 6 MILLIONS DE PÈLERINS PAR AN

95% DES 3 MILLIONS DE NUITÉES ONT LIEU ENTRE AVRIL ET OCTOBRE

Pèlerins

Venue du Pape

Nuitées

60

Nombre d’hôtels dans la ville

UNE VILLE TOURNÉE VERS L’ACCUEIL DU TOURISME DE MASSE Ce chiffre est dû à sa capacité d’accueil qui est de 30335 lits, avec un total de 149 établissements hôteliers. 1

Le ressourcement évoqué par les interrogés fait écho à l’émergence du slow tourism Cf. p.87

2

Selon une étude réalisée par l’agence Contours en décembre 2012. Lourdes est la 2ème cité hôtelière de France après Paris et devant Nice1. On y dénombre 220 magasins de souvenirs le tout créant près de 4 600 emplois saisonniers. Au total ce sont 2.5 Millions de nuitées par an vendues à Lourdes dont 62% à des étrangers. Deux types de touristes se rendent à Lourdes. D’un côté nous avons les séjournants, ceux qui dorment dans la ville, la plupart du temps se sont des pèlerins. De l’autre, nous avons les excursionnistes, habitant dans la région et venus pour la journée ou simple touristes de passage, motivés par la curiosité et la découverte touristique, mais également par le ressourcement2.


A

A’

Champ d’expansion des crues Zone à risque fort inconstructible Zone à risque modéré constructible sous condition

100m


LE RISQUE, RÉSURGENCE DES ÉLÉMENTS ET CONTRAINTES DE COMPOSITION

RISQUE D’INONDATION Crues liées à la fonte des neiges hivernales

100 80

Crues liées aux orages et à la fonte des premières neiges de septembre

60 40 20 0

J

F

M

A

M

J

J

A

S

O

N

D

Les crues du gave de Pau sont un phénomène récurrent dû à la fonte des neiges hivernales ou à une combinaison d’orages et de fonte des premières neiges de septembre.

Profil en long du Gave de Pau

Zone touchée en cas Zone touchée d’aléa très fort en cas d’aléa fort

Ci-contre : Carte d’interprétation du zonage du plan de prévention des risques d’inondation

A

A’

62

Au fil de l’évolution de la ville et de son artificialisation, le lit du gave et de ses affluents se sont vus réduits au maximum pour permettre l’assèchement des terrains afin de les rendre constructibles. Les récentes inondations de 2012 et 2013 ont prouvé que les zones d’expansion des crues s’avéraient trop petites et insuffisantes pour acceuillir le débit de crue. L’eau doit pourvoir s’étaler librement sur certaines surfaces afin d’éviter les débordements au niveau des autres bords. Cette faiblesse cumulée à un lit de gave extrêmement étroit au niveau de l’entrée dans la ville ne fait qu’accélèrer le courant qui vient ensuite se percuter le long des resserements et autres coudées du lit et rend les crues d’autant plus destructrices, en particulier pour les hôtels situés au bord du gave et les sanctuaires.


Zone Ă risque de chute de pierres 100m


64

Ci dessus : Carte d’interprétation du zonage du plan de prévention des risques de chute de pierre Ci-contre : exemples de paroies rocheuses affleurantes dans la vile

RISQUE DE CHUTE DE PIERRE Des zones de chute de pierre sont inscrites sur le PPRI au titre de Zone à risque modéré constructible sous condition, voir non constructible pour certaines. Ces zones de risque se traduisent dans la ville par des paroies rocheuses apparentes, sorte de résurgence du socle. Aussi bien contrainte physique pour l’aménagement qu’élément esthétique à intégrer dans le paysage urbain.


Ci contre : dispositifs mis en place par la municipalitĂŠ dans le cadre du plan vigipirate


RISQUE D’ATTENTAT Comme tout lieu de culte religieux sujet au rassemblement, Lourdes constitue une potentielle cible pour des attaques terroristes. Ce risque est un phénomène relativement récent face auquel la mairie et les sanctuaires doivent se prémunir en respectant également les consignes délivrées par le préfet.

Les aménagements nécessaires à la protection des civils nécessiteraient pourtant d’être pensés de manière plus pérenne. L’une des piste à explorer serait l’emploi de dispositifs non uniquement de protection mais de les penser comme mobilier urbain auquel on peut attribuer également des usages complémentaires et une qualité esthétique qui permettrait de les intégrer au mieux à la ville tout en répondant à plusieurs fonctions.

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Les mesures mises en place pour se prémunir face à ce risque ont un impact direct sur la ville en termes d’esthétique mais également d’usage. Aujourd’hui, les précautions prisent par la mairie visent à protéger les foules visées directement par des véhicules. Elles prohibent le stationnement des voitures et autre véhicule de transport motorisé aux abords des lieux très fréquentés. Ces dispositifs, ici des cubes de béton massifs disposés le long des espaces à protéger, ont une connotation très forte, rappelant à chacun le risque qui plane au-dessus de chaque lieu de tourisme de masse, qui plus est religieux.


STRUCTURE Axes principaux Axes secondaires

INFLUENCES Polarité forte

100m Zone d’impact des polarités


LES FACETTES D’UNE VILLE La ville s’organise autour de trois pôles : la gare, les sanctuaires et la place des halles. Ces pôles possèdent chacun une zone d’influence plus ou moins étalée. Ces zones d’influence directe représentent les espaces pratiqués par les usagers de chaque pôles, elles dessinent ainsi les flux qui s’opèrent dans la ville et mettent en valeur certaines discontinuités. Sont alors mis en valeur les espaces où les connexions se font plus difficilement, ces faiblesses de la ville qui nous perdent dans la déambulation et renforcent l’insularisation des pôles les plus forts et l’effacement des plus fragiles. La triangulation formée par les 3 pôles majeurs laisse place en son centre à un espace clé de la ville qui vient les articuler. Condensé de places et de lieux symboles de la ville comme le château et l’église. Pourtant, cet espace n’apparaît pas relié aux trois pôles ce qui le prive de son aspect de médiateur pour un rééquilibre des polarités.

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PAYSAGE URBAIN


VILLE BASSE RELIGIEUSE Délimitée par le gave de Pau, elle s’étale là où étaient auparavant d’anciennes prairies et îles inconstruites par peur de la force du gave. Le fleuve encaissé forme une frontière avec la ville haute, les hôtels et constructions du sanctuaire s’y appuient. Cette ville basse possède plusieurs aspects, tous complémentaires et interdépendants c’est à dire que chacun des trois visages de la ville religieuse est induit par la présence des autres. Je différencie alors la ville de culte, composée du chemin de croix et des sanctuaires. Ils sont des lieux proche de la roche et de l’eau, avec des espaces tantôt ouverts tantôt intimes. Cette ville est la plus spirituelle, fréquentée uniquement par les pèlerins et pensée pour le culte religieux.

La troisième est dernière ville est le revers de médaille de la ville du commerce. Elle est celle des ilôts formés par les arrière-cours des hôtels. Alors que le front des hotêls occupe les rues les plus accessibles, l’arrière de ceux là se situe sur les reliefs inaccessibles de la ville basse. Parallèlement aux axes surfréquentés, cette ville dernière ville est celle de l’envers du décors où les pèlerins ne s’aventurent pas. Les rues y sont vides, aseptisées par les façades de crépit beige et les portes de garage et autres arrière-cuisines.

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Vient se greffer aux portes ce la ville de culte celle du commerce. Le long des axes majeurs reliants les points clés elles sont jonchées de boutiques d’objet de piété et abritent le front des hôtels. Ces espaces sont un lieu de rencontre entre tous les usagers, pèlerins en transit à pied ou en fauteuil, bus de nouveaux arrivants déversés au pieds de leur point de chute, voiture, petit train touristique et fourgons des professionnels du tourisme venus alimenter les boutiques en chapelets et autre vierge en plastique.


Le gave se faufile auprès de la roche, à travers ses porosités et interstices. Le religieux et les foules s’imicent quant à elle entre la roche et l’eau en les longeant. L’environnement de la ville religieuse est chargé en texture et en couleurs en plus des un lieu de circulation dense entre usagers. Cependant, au milieu de cette ville grouillant on note la présence permanente de l’horizon montagnard et son château. Malgré l’artificialisation en surface, la roche domine au loin, guide serein et repère dans cette masse d’informations.


Tourisme spirituel : né au 16ème siècle, tout ce qui touche à l’âme par opposition aux impératifs du corps. Se définit par la recherche de soi, la convivialité, la rencontre dans des lieux chargés d’histoire et loin des lieux de consommation.

Elle est néanmoins la plus connue et la plus fréquentée de Lourdes. Composée majoritairement d’hôtels et de boutiques agglutinées au bord des sanctuaires. Les tracés des rues principales sont rectilignes, formant des percées qui mènent de la ville haute historique vers l’eau miraculeuse par le chemin le plus plat. Ce sont ces mêmes axes principaux qui abritent à la fois boutiques, entrées d’hôtels, voies de circulation bus, piéton, fauteuils, brancards ect. Les axes secondaires se situent perpendiculairement aux premiers. Reliant entre eux les arrières cours des hôtels nichés sur les premiers reliefs. Moins facilement accessibles et donc beaucoup moins fréquentés, ces espaces contrastent nettement avec les artères principales de cette ville basse. Les sanctuaires au centre de tous les intérêts se situent sur les rives de part et d’autre du gave de Pau. Là aussi règnent deux ambiances entre prairies alluviales, roche apparente et gave puissant opposées aux tracés rectilignes de l’esplanade et aux architectures massives et assumées des basiliques.

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LA VILLE RELIGIEUSE


VILLE HISTORIQUE

C’est cette préservation des foules et son caractère historique, proche de la roche et de l’eau par ses fontaines qui en fait un lieu agréable, oasis de paix et de repos dans une ville de passage et de flux. Paradoxalement, ce sont donc les espaces de la ville haute qui offrent le plus de spiritualité par rapport aux espaces qu’offre la ville basse.

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Blottie au pied du château perché sur son piton rocheux, à l’abri du gave, la ville historique est pleine de recoins. Une fois passé les rues principales, s’offrent à nous de nombreuses impasses et ruelles escarpées. La ville s’est constituée en tournant le dos au gave, au profit du Lapacca dont le lit est perceptible à travers l’orientation des rues. Le bâti ancien au crépis colorés offre des petites placettes donnant la plupart du temps sur une fontaine. Cet espace, bien que touristique également, reste beaucoup moins fréquenté que la ville basse en raison de son anonymat et des difficultés d’accessibilité. Elle se niche donc abritée de l’effusion de la ville basse et du gave, derrière le château et délimitée à l’Est par le grand axe Nord-Sud qui traverse la ville.


La ville historique possède une forte densité bâtie, compacte mais quelques percées dans ce tissu s’opèrent et forment des placettes qui laissent de l’espace pour l’arrêt, la contemplation. Sorte de clairières dans la ville qui offrent également une percée vers le ciel qui entre alors en résonnance avec la ville historique.


Le tracé actuel des rues est basée sur le bourg ancien médiéval, appuyé initialement contre le flanc Est du château. On y découvre ainsi une succession de ruelles médiévales et d’espaces escarpés pittoresques. Ces espaces tortueux ne sont pas accessibles à tous en raison des nombreuses marches et rétrécissements. Le passé de la ville se dessine notamment avec quelques tours des anciens remparts qui continuent de percer le tissu urbain, repères dans la ville qui créent à leur pieds des petites places minérales abritant pour certaines d’entre elles des fontaines. Les rues principales comme la rue de la grotte sont marquées par la présence religieuse. On y retrace le quotidien des Soubirous à travers le cachot (ancien logement de la famille), le moulin de Boly, le musée de cire ou encore l’église. Le château est omniprésent, se dressant à chaque ouverture comme repère visuel lors de la déambulation dans les rues. Il règne sur la ville historique comme un colosse de pierre dominant la plaine.

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LA VILLE HISTORIQUE


VILLE QUOTIDIENNE Loin de l’agitation de la ville basse et du sanctuaire, la ville quotidienne s’est dessinée au fil des flux quotidien en se basant sur l’axe rectiligne Nord-Sud traversant la ville. Cet axe majeur menant aux Pyrénées marque une limite entre la ville médiévale historique et les quartiers résidentiels plus récents et diffus, laissant s’exprimer l’horizon montagneux. Le centre-ville accroché sur ce même axe subsiste au mieux comme la plupart des hyper centres de villes moyennes françaises. On remarque cependant que de par sa position nichée le long de l’axe majeur très traversant de la ville les autres espaces publics de commerces et de services ont suivi ce modèle, formant un chapelet de places le long de la route, offrant un centre diffus et linéaire dont font partie institutions laïques, office du tourisme, mairie et halles marchandes.

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Ville apparaît comme cadre physique donné dans lequel s’épanouissent les flux. Le long de ces axes se dessinenent des espaces de vie et de rencontre. Laissant la pleine expression aux activités humaines.


Quotidien : Banal, habituel, ordinaire, fréquent, normal, familier, coutumier, connu, journalier Antonymes : Innovateur, occasionnel, accidentel, inédit, exceptionnel.

Le quotidien, essence insaisissable de la ville : Ambiance impalpable, chargée par la culture, les habitudes et les mouvements. Absent des cartographies, complexe à saisir et pourtant si omniprésent dans la ville. Le quotidien se compose de phénomènes ancrés répétés chaque jour à travers les saisons, créant ses espaces, ses axes de déplacement. Opposé à l’idée de l’exploration et de l’événementiel il ne l’est pourtant pas au tourisme qui à travers des motifs répétés de l’accueil des pèlerins et autres visiteurs recréé sans cesse le même schéma. Le quotidien est donc construit par ceux qui habitent et font vivre la ville, qu’elle soit religieuse ou non. Les axes principaux sont utilisés pour les mobilités pendulaires mais également par les touristes. Le maillage s’est constitué au fil des constructions en se réadaptant avec le temps selon les besoins. On observe que les maillages des villes historiques et quotidiennes tendent à se mêler. En effet, les espaces reliés et pratiqués appartiennent à la ville historique et s’inscrivent dans le quotidien historique pyrénéen comme la place de marché qui faisait autrefois la renomée locale de Lourdes.

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VILLE QUOTIDIENNE


Plusieurs acteurs indépendants et aux intérêts marqués se partagent les influences majeures sur la ville. Ainsi Lourdes est soumise à des problématiques d’accueil de publics variés (touristes, pèlerins, excursionnistes...) qui ne recherchent pas tous la même chose lors de leur venue. L’accueil de touristes en masse induit une bonne gestion des flux, des structures adaptées et une protection sans faille face aux différents risques. Les trois risques sont liés à l’eau par l’inondation, à la roche par les chutes de pierre et aux foules par le risque d’attentat. Dans cette ville à plusieurs facettes hyper polarisée entre ville historique, religieuse et quotidienne chacune régie par leur hiérarchie, elles possèdent en commun cette notion de risque. Chacune a son identité et ses usages, cette richesse qui fait la particualrité de chaque espace est à conserver mais cependant le besoin de faciliter la communication entre les entités et d’inviter à l’échange et aux rencontres se fait sentir. De plus, la ville doit se servir de ses atouts paysagers et patrimoniaux pour proposer des espaces plus propices aux receuillement et à la contemplation.


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4. MUTATIONS ET CONSÉQUENCES Émergence d’une nouvelle pensée et signaux faibles Désir de renouveau pour la ville, projets engagés Espace et recueillement, travailler l’image de la ville


«Une chute qui s’explique notamment par la concurrence des autres sanctuaires en Europe : celui de Fatima au Portugal, et de Saint-Jacques-de-Compostelle, en Espagne, qui, grâce à un marketing très efficace, ont vu leur nombre de visiteurs grimper de 50% ces cinq dernières années» France culture

ÉMERGENCE D’UNE NOUVELLE PENSÉE ET SIGNAUX FAIBLES Dans une vie quotidienne qui perd de plus en plus son sens, le tourisme spirituel permet un retour sur soi de quelques jours, l’occasion de se donner le temps de la réflexion. En réponse à ce mouvement nouveau, on observe un engouement autour des retraites et autres sessions religieuses qui permettent lors d’un court séjour de se retrouver dans un endroit calme et propice à la réflexion.

«Les gens ont envie de s’extraire d’un monde trop rapide, trop surfait, d’une société de consommation pour partager. C’est une sorte de slow-tourisme», explique Didier Arino du cabinet Protourisme, interrogé par Elodie Rabelle de France Inter. Parallèlement à cette mutation des mentalités motivées par une recherche de soi, on remarque que le patrimoine religieux constitue un intérêt croissant. En effet, aujourd’hui 75% des français se déclarent amateurs de patrimoine religieux contre 68% en 1980. (selon atout France). En revanche, lorsque l’on observe les chiffres du tourisme religieux et non pas spirituel comme à Lourdes, on s’aperçoit que celui-ci décline. Or le site de Lourdes est dans la capacité d’offrir des espaces de réflexion et de spiritualité en son sein.

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Actuellement, la tendance sociologique nationale tend vers un déclin du consumérisme au profit d’un tourisme plus raisonné dédié au retour vers soi.


DÉSIR DE RENOUVEAU POUR LA VILLE, PROJETS ENGAGÉS Les tentatives de projet esquissés par la ville traduisent notamment une volonté d’offrir des espaces plus spirituels, proches des éléments et avec également un travail de mise en valeur du patrimoine (cf projet château et projet berges). Ces idées de basent notamment sur :

L’étude de satisfaction des visiteurs du grand site de Lourdes appuie ces pistes d’action et suggère un «aménagement de la place et des espaces verts devant l’office du tourisme», une «amélioration de la signalétique piétonne et routière» et une «amélioration de la propreté et des équipements liés à la détente» Une autre piste de projet prônait quant à elle le déplacement de l’office du tourisme vers les berges du gave, plus proche des sanctuaires mais les récentes inondations et la conscience du risque on eut raison du projet, signe que le gave et ses crues constituent dorénavant un paramètre à part entière dans l’élaboration de projets. En revanche, du côté des sanctuaires la tendance est à la modernisation et à la rénovation. Le projet général s’appuie sur une meilleure organisation des processions et la symbolique de chaque espace, le tout étant pensé pour résister au mieux à de nouvelles inondations.

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Ci contre en haut : Extrait du projet de restauration des sanctuaires, Agence INCA En bas, à gauche : projet d’aménagement du hall d’accueil du château, Atelier Cousin à droite : Esquisse du projet d’aménagement des berges avec passerelle et funiculaire,

Un rapport plus direct à l’eau Une revégétalisation des berges Une reconnexion ville haute ville basse (invitation vers les berges du gave, funiculaire..) Un réseau de mode de mobilités douces en bord de fleuve préservées de la circulation Une réflexion sur les sens de circulation pour l’accès à la ville basse et la protection des abords du sanctuaire (bornes escamotables empêchant l’accès en haute saison).


BASE D’ÉVOLUTION COMMUNE

Contexte géographique exceptionnel

Présence forte de l’eau et de la roche

ÉVOLUTION ACTUELLE Ville ultra touristique et mercantile : Ville artificielle en opposition avec ce que viennent y chercher les visiteurs Inadéquation avec les tendances actuelles qui rejettent le consumérisme au profit de la réflexion et du retour sur soi Baisse de la fréquentation Concurrence de plus en plus forte entre les professionnels du tourisme Déclin d’un système

Base religieuse et spirituelle forte

SOLUTION ALTERNATIVE Base d’aménagement pour l’accueil du public Projet de paysage apportant des espaces de spiritualité dans la ville + reconnexion au socle de la ville, à ses racines et à son patrimoine Meilleure adéquation avec les tendances sociologques observées Nouveau marché, diversification de l’offre touristique Renaissance de l’économie de la ville et de son image


« Un paysage peut être tout autre chose. Il peut nous absorber dans le jeu incessant de ses corrélations, activer notre vitalité par ses mises en tension diverses; comme aussi réveiller notre sentiment d’exister par ce qui s’y singularise. Il nous donne à rêver par son lointain, nous rend «songeurs». Le perceptif y devient affectif et la physicalité des choses s’y rendant évasive se baigne d’un infini à l’au-delà. La coupure entre le sensible et le spirituel s’y défait enfin.» François Jullien pour les Inrockuptibles, juin 2014

ESPACE ET RECUEILLEMENT, TRAVAILLER L’IMAGE DE LA VILLE

Ces éléments possèdent chacun leur rythme. Le temps de croissance ralentie du végétal, la vitesse variable du courant, les temps géologiques à peine concevables. Toutes ces échelles cohabitent ensemble et les observer permet de se décentrer de sa personne en s’intégrant dans un contexte moins anthropocentré face à notre environnement. Finalement c’est un rapport qui s’inscrit entre soi et notre environnement composé d’éléments avec chacun leur taille et vitesse. Se recueillir sur soi passerait alors par un décentrement et une ouverture sur notre environnement avant de revenir à soi et tenter de se déceler. La Ville de Lourdes possède d’ores et déjà les éléments forts propices à la réflexion et au recueillement et c’est sur cette base que va se fixer le projet.

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Lorsque je m’interroge sur la spiritualité et l’espace, certains endroits ou situations me viennent à l’esprit. Je pense dans un premier temps au rapport au fleuve et à l’eau qui pour moi sont propices à la réflexion par sa clarté, sa texture, son bruit qui nous berce et son courant. Vient ensuite en tête l’image de la montagne et notre rapport à l’immensité. La montagne, cette pièce minérale majestueuse et démesurée, témoin d’un autre temps. Ces deux images spontanées ont en commun l’idée de se retrouver face à ce qui nous dépasse physiquement pour s’ouvrir à la réflexion et interroger sa place dans le monde, son rapport aux éléments. Certains espace sont également propices au recueillement par le rapport émotionnel que l’on entretien avec le lieu et à nos souvenirs. Le rapport au végétal, à la nature et à la vie, vient ensuite compléter ce tableau mental.


On assiste à un changement profond des mentalités et des envies de chacun en matière de tourisme et de ressourcement. À Lourdes, ces mutations se confrontent à un système viellissant d’accueil de toursime de masse induisant une densité d’hôtels et de boutiques qui ne correspond plus aux attentes des vacanciers et des pèlerins. Cependant, la ville de Lourdes possède en elle toutes les qualités pour devenir un centre de spiritualité. Son contexte géographique, sa culture et son histoire représentent un fort potentiel d’attractivité pour ce nouveau tourisme. Les structures d’accueil sont dores et déjà présentes, le travail se situe maintenant sur la mise en valeur du socle et de la culture locale, sorte de retour au source et de désartificialisation nécessaire à une meilleure appréhension des lieux laissant place à la méditation et à la spiritualité.


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5. INTENTIONS DE PROJET Penser la ville dans son ensemble Matériaux du projet Les axes forts - La promenade des berges du gaves, lieu de partage entre l’eau et les foules. - La descente gare-sanctuaire, offrir un contexte à la ville - La route des pyrénées, faire place à la vie quotidienne.


EXISTANT principales polarités dégagées par l’étude trames

ÉTAT PROJETTÉ Nouvelles polarités Axes à aménager pour les relier

100m


PENSER LA VILLE DANS SON ENSEMBLE De la lecture faite précédemment on notera que trois matériaux sont identifiés régulièrement à travers son histoire et créés ce que je nommerai l’essence de Lourdes, sa singularité. Ce sont l’eau, la roche et les foules. Ils sont d’une part la matière fondatrice du projet et cherchent d’autre part aujourd’hui leurs expressions et leurs configurations dans l’espace afin de répondre aux attentes mises en lumière précédemment pour redéployer une cohérence dans l’ensemble de la ville. Des préceptes communs animent la démarche d’aménagement de chacun de ces axes : 1 - désartificialiser pour se protéger, 2 - Réaffirmer la culture locale et son histoire afin de redonner un contexte à la ville pour ceux qui la visitent, 3 - Rééquilibrer les polarités afin d’offrir une meilleure appréhension globale de la ville et s’affranchir d’une image préconçue et orientée.

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En analysant la ville, sa structure et ses usages, plusieurs points névralgiques et axes structurants sont apparus et c’est sur ceux-là que va se fonder le projet. Les axes ont pour fonction de relier les pôles attractifs de chaque quartier en traversant toute la ville, ils sont par conséquent des élements clefs pour pousser à la découverte de la ville en lui redonnant un contexte et en permettant à terme de résoudre le problème de déséquilibre qui opère au sein de la ville. Travailler sur un axe signifie lui offrir une certaine continuité et un traitement homogène afin d’inviter à la découverte et de gommer les césures de la ville. Cependant, homogénéiser ne signifie pas uniformiser, au contraire un séquençage des axes et les ambiances variées qu’il fait traverser doit être mis en valeur. Il s’agira alors d’identifier pour chaque linéaire un temps, une pause afin d’inviter à l’arrêt et dévier les itinéraires souvent décidés à l’avance par les pèlerins ou les habitants. Des places seront donc à développer pour rééquilibrer les polarités trop fortes induises par les structures réparties dans la ville (gare, sanctuaire, château…). Il s’agit ici de se réapproprier l’espace public pour en faire des lieux de mise en valeur de la ville et de rencontre en contraste avec les pôles, espaces privés à usage déterminé.


LA ROCHE - La roche comme rempart, elle nous protège en formant une barrière solide, sous forme de balise, de ponctuation mais aussi de limite. - La roche, comme repère, cadre l’horizon, offre un contexte à la ville - La roche comme guide, par sa texture, sa couleur et sa forme elle nous révèle une partie de l’histoire du site. On pense également à l’agglomérat qui fonde le socle, composé de différentes pierre soudées par le même liant. On peut voir ici une métaphore de cette ville et de ses cheminements comme liant commun des roches que représentent chaque entités de la ville.

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3

La pierre dressée face aux éléments. l’espace se construit autour et s’adapte. La roche et ses textures, le rapport à l’eau et son reflet qui la façonne pour la polir jusqu’à ce qu’elle devienne miroir.


LES FOULES Page de gauche : 1. Musée Suzhou 2. Elyn Zimmerman, Terrain 3. Elyn Zimmerman, Marabar

- La foule comme effervescence dont on doit pouvoir se préserver en rendant possible les nuances d’assemblages en gardant la possibilité de séparation en petits groupes - Diversifier les stations, les espaces de pause et de respiration sous forme de places et de placettes avec chacune leur essence et leur ambiance. - Multiplier les parcours et les possibilités de cheminements, travail sur les flux afin de diffuser les réseaux et leur fréquentation.

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1 1. La roche en apesanteur, en opposition à son image massive. Passer sous ce bloc majesteux en toute sérénité, mise en abîme minérale de l’épée de damocles Michael Heizer, Levitated Mass 2. Paul Thompson, Austrlian garden 4. Market Place, Elyn Zimmerman

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L’EAU Afin qu’elle ne soit plus perçue comme une menace, l’eau doit pourvoir retrouver sa place dans la ville. Les espaces doivent être pensés pour permettre son étalement en non plus son débordement. L’eau est une ressource spirituelle. Symbole de la ville de Lourdes, elle y est offerte, partagée et accompagne les pèlerins tout au long de leur démarche spirituelle. Elle se place en élément accessible à tous car c’est avant tout un bien commun. Ce bien public partagé circule entre les espaces, il est vecteur de rencontre et implique différents usages dans l’espace public. Elle ne connaît pas de barrière et se meut à travers tous les espaces de la ville sous différentes formes, eaux de ruissemellement, fleuve, fontaine, source ect. 2. L’opposition entre la légereté des corps et la massivité de la pierre le tout mise en scène avec un minimalisme et puissant sublimant la chorégraphie qui lie l’eau et la roche.

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Page de gauche : 1. Berges du rhône à Lyon 2. Extrait du film de Wim Wenders’ ‘Pina’ 3. Elyn Zimmerman | Marabar

L’eau est sujette à de nombreuses croyances qui gravitent autour de la ville de Lourdes. L’eau de la source souterraine qui refait surface dans la grotte possède de prétendues vertus purificatrices et permettraient également la guérison de certaines maladies. Au-delà des croyances catholiques autour des sources, l’eau reste un élément qui participe à l’esthétique d’une ville. Que ce soit par les fontaines et autres monuments ou grâce aux fleuves apportant un aspect naturel et indomptable rappelant la montagne et sa vallée, l’eau possède une connotation poétique très forte et, de ce fait est souvent assimilée à la qualité paysagère d’un espace.

1. Texture, artiste inconnu 2. Allan Ward et Dan Kiley | Dallas museum of art 3. Parc du Chemin de l’Ile | Mutabilis Paysage

L’eau se suffit à elle même. Son reflet est marqué en permanence par le ciel, l’environnement, ou encore brouillé par le vent ou le courant. Elle est une sobre invitation à la reflexion. Son dialogue avec le végétal est fort, rappelant à la fois l’oasis désirée et l’intimité de l’abris des regards propices à la solitude et au recueillement.

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3


Lit majeur submersible Promenade Stationnements Bâtiment à supprimer Cône de vue

100m


LA PROMENADE DES BERGES DU GAVES, LIEU DE PARTAGE ENTRE L’EAU ET LES FOULES.

Coupes de principe du profil du gave l’existant en haut projetté en bas

La totalité du linéaire du gave de Pau dans la ville se voit repensée pour permettre aux habitants et aux pèlerins de s’appropier les berges. Le progil est également pensé pour que le fleuve puisse s’étaler, s’étendre au maximum en cas de crue sans atteindre la ville. Quai Saint Jean, l’idée est d’offrir un espace de spiritualité entre château et sanctuaires. Favoriser le rapport à l’eau tout en mettant en valeur les roches et leurs textures.

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Vue d’ambiance, quai Saint Jean : Autour des roches se dessinent des ondes, suggérant la présence de l’eau. Au bord du gave, de gros bloc polis reflettant le ciel invitent à l’arrêt et à la contemplation.


Axes de circulation principaux Cône de vue Descente piétonne vers la ville historique et les sancturaires Stationnements Articulation ville haute ville basse Fil d’eau alimenté par les eaux de ruissellement

100m


L’AXE GARE SANCTUAIRE, CHEMIN DE L’EAU

gare

Parc dominant la ville et le vallon

Vallon du Lapacca marqué par ses versants et la végétation évoquant une ripisylve Piscine municipale désafectée

Dégager un point Accentuer l’effet ripisylve et installer de vue et inviter à des parkings en amont du vallon et à la la contemplation place de la piscine en ruine.

La descente de la gare aux sanctuaires est la première impression de la ville pour les nombreux pèlerins et visiteurs venus en train. Il est donc primoridial de se saisir de cette première image pour offrir un contexte clair à la ville et orienter vers un itinéraire précis pensé pour mettre en valeur l’histoire et la forme géomorphologique de la ville. Ce cheminement s’effectue en plusieurs séquences, chacune marquant un seuil. Premier seuil : le parc face au parvis de la gare, promontoire sur la ville offrant une vue large sur celle-ci et ses reliefs. S’en suit une descente le long des versants du Lapacca. Second seuil : le pont de la place Jeanne d’arc, arche annonçant l’arrivée dans la ville historique, articulation entre ville haute ville basse. Le pont, entouré de parois rocheuses apparaît comme stigmate du Lapacca sur la ville. Une fois ce pont passé, s’offre la dernière occasion de détourner les pèlerins vers la ville haute. Un fil d’eau provenant de la place Peyramale et rejoignant celui du fond de vallon du Lapacca (ayant pris sa source à la gare et depuis les stationnements en amont) attire le visiteur jusqu’à le détourner de sa descente et l’amener dans le centre historique.

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Coupe de principe transversale du vallon du Lapacca


Grands axes confluents Fil d’eau alimenté par les eaux de ruissellement Pièce d’eau Espace marquant la topographie du vallon Lieu de rencontre, et d’évenementiel Lieu de recueillement

50m


LA ROUTE DES PYRÉNÉES, FAIRE PLACE À LA VIE QUOTIDIENNE Coupe de principe de la place actuelle. Besoin de contourner la place pour accéder à l’église. En pointillés la hauteur de la route des pyrénées derrière la place

Coupe de principe de la place projettée Place traversable aisément avec néamoins des espaces reculés de la circulation

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L’intervention sur la place Peyramale vise à offrir une place centrale dans la ville, un espace de rencontre en accord avec la morphologie du site. Les but est d’inviter les pèlerins à investir la ville haute et permettre aux locaux de se réapprorier leur centre ville en créant un pôle à la confluence des grands axes. En ce qui concerne l’axe Nord Sud traversant la ville, nommer les avenues et autre rue «la rue des pyrénées» permettra de donner une cohérence spatiale et toponymique à cet axe majeur. L’aménagement de la place se base sur trois ambiances, la première large et ouverte, dédiée à la rencontre et à l’évenementiel. la seconde, vise à marquer la topographie du site et du vallon du Lapacca. La troisième, sur le bas de la place symbolisera le fond du vallon grâce à une pièce d’eau et au végétal évoquant une ripisylve. La place traversable permettra de fludifier les flux tout en offrant des ambiances de receuillement, de rencontre et de contemplation.


CONCLUSION

Augustin Berque, La pensée paysagère p.72

«En somme, le paysage relève du visible, mais aussi de l’invisible. Du matériel mais aussi du spirituel. C’est cette ambivalence qui est l’essentiel, et qui fait la réalité du paysage» Le projet qui suivra ce travail de mémoire aura pour motivation de révéler et de succiter l’invisible à travers le visible en explorant les formes urbaines les plus adaptées à la mise en lumière de cette ambivalence.

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Page de gauche : Alexander Calder Steel Fish, 1934 | Mise en abîme des tensions entre les éléments qui composent la ville.

Tout au long de ce mémoire, ce sont le ressenti, les intuitions et l’expérience personelle qui ont guidé mes reflexions. En partant d’un constat simple : la césure d’une ville tiraillée entre économie du tourisme religieux et revendication de sa culture. Face à cette tension complexe issue de l’évolution d’une ville, de sa culture et des croyances, persistent toujours les trois mêmes éléments : l’eau, la roche et les foules. La question de la spiritualité et du recueillement s’imice ensuite dans cette réflexion. Basée sur l’éxperience propre à chacun et indépendante de toute culture ou religion, la spiritualité d’un lieu est une résonnance entre le paysage et ce qu’il nous renvoi de nous même.


BIBLIOGRAPHIE OUVRAGES ET ARTICLES

Lourdes et les pyrénées Labourie Jean-François et al., Lourdes, Bernadette, une ville, une vie. - éd Atlantica, mai 2009 Lasserre Pierre, Lourdes. Étude géographique - In: Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest, tome 1, fascicule 1,1930. pp. 5-40 www.persee.fr/doc/ rgpso_0035-3221_1930_num_1_1_3942 Perrier Jacques, Lourdes dans l’histoire: Eglise, culture et société : de 1858 à nos jours L’Hramattan éd. - 2015 Omnes J. Les fontaines - Lourdes J. - www.patrimoines-lourdes-gavarnie.fr/petitpatrimoine-architectural/18-1-les-fontaines Société académique des Hautes-Pyrénées, Bulletin de la Société Pyrénées, p.70, Éditeur : Imprimerie pyrénéenne (Tarbes)

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L’eau Bethemont Jacques «Les espaces incertains des bords de l’eau» «L’eau et le sacré, position et proposition» «Table ronde, l’eau, l’enfer, le paradis» Site des actes du festival de géographie de Saint-Die-des-Vosges archives-fig-st-die.cndp.fr/actes/actes_2003/bethemont/tablerondejb.htm Lesgards Mélanie, et al. Lourdes, étude sur les différentes déclinaisons de l’eau Université de Pau et des pays de l’Adour, 2013 Manns Frédéric, Le symbole biblique de l’eau, 23 avril 2010 www.interbible.org/interBible/ecritures/symboles/2010/sym_100423.html Reclus Élisée, Histoire d’un ruisseau - Plume de Carotte éd. - 2007

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Van Overbeke Pierre, « PIETTE Albert, Le fait religieux. Une théorie de la religion ordinaire » Recherches sociologiques et anthropologiques [En ligne], 37-1 | 2006, mis en ligne le 17 mars 2011, consulté le 06 septembre 2017. URL : http://rsa.revues. org/633


RENCONTRES

Marie José Moulet Maire adjoint déléguée au developpement culturel et à la dynamisation commerciale Madeleine Navarro, déléguée aux affaires cultuelles Pascale Fourtiq, directrice de l’office de tourisme de Lourdes Jean François Labourie, responsable des archives de la ville de Lourdes Patrice Ballester, professeur à l’école Supérieure de Tourisme de Toulouse. Viviane Raillé et Delphine Fournil du CAUE Joël Luzenko, employé au pôle communication Sanctuaire ND de Lourdes CHIFFRES ET DONNÉES SUR LA VILLE

Chiffres clés - observatoire touristique local, janvier 2017 Le poids économique de Lourdes, étude réalisée par l’agence Contours, 2012 Chiffres clés, Midi pyrénées, éd. 2015 par l’OBS éco, service de la CCI Orientations stratégiques et pistes d’action pour le volet commerce du SDEA Communauté de communes du Pays de Lourdes - déc 2016 Plan de prévention des Risques naturels prévisibles, 2005 Note de conjoncture, tourisme juillet 2017 HPTE Etude de satisfaction des visiteurs du grand site de Lourdes, Commandée par le commité régional du tourisme midi-pyrénées avril 2010


ARTICLES DE PRESSE

«Le tourisme spirituel ne connaît pas la crise» AFP, 28/05/2014 «Pourquoi la fréquentation des pèlerins chute-t-elle à Lourdes ?» Pierre Wolf-Mandroux «Recueillement sous haute sécurité pour l’Assomption» Par AFP — 15 août 2016 RADIOPHONIE

«Les nouvelles de l’éco» par Mounia Van de Casteele, 2 janvier 2018, France Culture PHOTOGRAPHIE

Observatoire photographique 1900 - 2007 Daniel Quesney observatoiredespaysages.fr/lourdes/#

magnumphotos.com CARTOGRAPHIE

Catrographie anciennes, archives de la ville de Lourdes Géoportail, Lourdes, repéré à : https://www.geoportail.gouv.fr/carte Googlemaps, Lourdes, repéré à : https://www.google.fr/maps SITES WEB

infoterre.brgm.fr professionnels.ign.fr/user www.pinterest.fr

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«Le château fort de Lourdes, portrait temporel.» Forum d’échange d’iconographie les-esprits-libres.les-forums.com/topic/1944/le-chateau-fort-de-lourdes-portrait-temporel/


REMERCIEMENTS Claire Dauviau et Fred Maillard pour nos échanges, leur soutien et leur confiance. Pour toutes nos discussions qui m’ont permit de pousser mes réflexions nécessaires à l’exploration de ce sujet. Patrice Ballester pour avoir pris le temps d’échanger avec moi, de partager son point de vue de professionnel afin de nourrir mes réflexions. Pascale Fourticq pour sa gentillesse et la qualité de nos échanges. Je remercie également monsieur Jean-François Labourie, responsables de archives à la mairire de Lourdes aui a partagé tous ses trésors, cartes, anecdotes... Claudine, pour sa présence et ses petites attentions quotidiennes qui nous ont accompagnées pendant ces 5 ans. Un grand merci à mes accolytes d’atelier, parmis eux notamment Léocadie, Willis, Aurianne, Charlie, Camille, Clément... Merci pour votre soutien, nos échanges, moments de détente ect, finalement tout ce qui compose la vie d’atelier. Arthur pour son soutien, ses encouragements et sa bienveillance. Mes parents, qui m’ont offert la possibilité de faire ces 5 belles années à l’école du paysage et qui m’ont soutenu tout au long de ce parcours.


RÉSUMÉ Lourdes, centre mondial de pèlerinage catholique à l’image façonnée par la religion depuis 1858. Face à un changement profond des mentalités et des désirs des touristes en quête de spiritualité, comment cette ville dont l’évolution s’est tournée vers le pèlerinage mariale peut répondre à ces changements tout en renouant avec ses racines et sa culture oubliée. L’occasion pour la ville de se saisir des risques qui la menacent (inondations, chutes de pierre et attentat) mais également de repenser ses conditions d’accueil du tourisme de masse et d’offrir des espaces plus qualitatifs porteurs d’une vraie spiritualité.

Louise Mabilleau Mémoire de fin d’étude 2017/2018 L’école de la nature et du paysage | Insa CVL 9 Rue de la Chocolaterie, 41000 Blois

Mémoire de fin d'étude | Louise Mabilleau  
Mémoire de fin d'étude | Louise Mabilleau  
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