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Alain Falvard

à la découverte de

l’art roman en pays Carcassonnais

LOUBATIÈRES

Préface de

Marie-Élise Gardel


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À LA DÉCOUVERTE DES BASTIDES


Alain Falvard

à la découverte de l’art roman

en Pays Carcassonnais Préface de Marie-Élise Gardel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .3 Préambule . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .4 En Minervois, de Montbrun à Homps par Escales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .9 De Homps à Rieux-Minervois par Saint-Étienne-de-Tersan . . . . . . . . . . . . . . . . . . .15 De Rieux à Caunes-Minervois par Peyriac . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .23 De Caunes à Pradelles-Cabardès par Citou . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .29 De Pradelles à La Tourette-Cabardès par Saint-Sernin . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .35 De La Tourette à Villelongue par Salsigne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .41 De Villelongue à Pezens par Saint-Papoul . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .47 Vers la Malepère, de Pezens à Saint-Hilaire par Carcassonne . . . . . . . . . . . . . . . . .53 De Saint-Hilaire à Monze et l’Alaric . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .59 En Corbières, de Monze à Saint-Couat d’Aude par Capendu . . . . . . . . . . . . . . . . . .65 Des lieux où l’on ne va qu’à pied . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .71 Notes de géologie, d’histoire et d’architecture romane . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .77 N1 – Pierres et paysages . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .77 N2 – La redécouverte des vestiges du Moyen Âge au XIXe siècle . . . . . . . . . . . . . . .78 N3 – Une Renaissance romane au XIXe siècle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .80 N4 – Églises romanes : multiples configurations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .82 Quelques lectures utiles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .87

LOUBATIÈRES


C’est un des charmes de la France, à qui le Moyen Âge a légué de magnifiques cathédrales, de posséder aussi et en nombre, éparpillées sur son sol, d’humbles églises dont l’architecture n’a pas d’ambitions, mais beaucoup d’harmonie et qui, parfois, abritent des merveilles insoupçonnées. Chanoine Bernard Craplet

Châteaux de Lastours vus du belvédère près de Salsigne.


PRÉFACE Il y a longtemps que j’attendais un livre comme celui-ci ! Dès les premières pages, l’auteur évoque avec franchise son agacement pour les appellations comme « Pays cathare » ou « Septimanie », plaquées sur une réalité multiple, bien plus subtile, riche justement de n’être pas seulement cela… Peut-on en effet qualifier un site abbatial de « cathare » ? Un incessant métissage et une rencontre permanente d’influences tantôt septentrionales, tantôt méditerranéennes ont construit notre région, notamment le bassin de l’Aude, voie privilégiée de communication. Et peut-on réduire l’image d’un site ou même de toute une région à une simple chasse au trésor, fût-il wisigoth ? Notre beau Pays Carcassonnais vaut bien mieux que cela ! Alain Falvard a osé réagir, avec délicatesse, avec son regard à la fois extérieur et attentionné, avec des images belles dans leur simplicité, accompagnées d’un texte documenté, intelligent, destiné à ceux qui veulent sortir des sentiers battus… Escales, Montbrun, Saint-Étienne-de-Tersan… Dès mon enfance, je parcourais le Minervois à la recherche de ces merveilles perdues dans les vignes, véritables écrins sur lesquels l’auteur porte un regard à la fois tendre et érudit. Et puis, la sombre montagne nous enveloppe de son mystère : Pradelles, La Tourette, Cubserviès… On aimerait en savoir plus… Hélas, la documentation fait défaut ! Entre Villelongue, Montolieu et Saint-Papoul, le paysage se durcit : ici, les abbayes ont structuré le paysage et le castrum de Saissac s’est difficilement imposé dans cet environnement monastique… Enfin, la douceur revient et, chemin faisant, l’auteur nous fait entrer dans Saint-Hilaire, et nous partons à la découverte de l’Alaric. La boucle est bouclée avec des « lieux où l’on ne va qu’à pied », jalonnant ce parcours authentique… Ce périple lumineux, vivant, plein de couleurs et de parfums, nous entraîne doucement vers un Moyen Âge tout proche de nous. L’auteur nous montre les maçons, les tailleurs de pierres, les sculpteurs, les peintres qui ont fait de chacun de ces édifices un chef-d’œuvre. Il évoque aussi le réseau d’habitat castral qui structurait la région et même les chemins taillés dans la roche qui permettaient aux voyageurs, commerçants ou pèlerins d’aller, comme nous, d’un site à l’autre. Fort judicieusement, il n’a pas craint parfois d’être un peu hors sujet en nous montrant ici des cistes, là un amandier en fleurs, des mégalithes ou… un concert estival. L’auteur évoque aussi l’émergence de la notion de monument, et il nous entraîne même tout naturellement dans sa propre découverte de l’art roman, par une annexe comparative très pédagogique. Bien mieux qu’un guide, c’est donc un livre très complet, très réfléchi et très documenté que nous propose aujourd’hui Alain Falvard. Sa formation scientifique lui impose de rester très rigoureux. À sa suite, partons donc avec le même enthousiasme à la découverte de ce Pays Carcassonnais « authentique », parfois inattendu, voire mystérieux, mais toujours séduisant… Marie-Élise Gardel, archéologue médiéviste


Préambule Auvergnat de naissance, languedocien d’adoption, j’ai eu à parcourir avec un infini plaisir une large fraction du sud du Massif central autour de ce bel axe routier qu’est l’autoroute A 75 joignant le littoral méditerranéen aux volcans récents de la chaîne des puys, près de Clermont-Ferrand. Paysages d’une grande variété comme le sont faune, flore, géologie des sols mais aussi les patrimoines architecturaux d’Hérault, Lozère, Aveyron, Cantal, Haute Loire, Puy de Dôme. Découverte d’une époque aussi, celle du passage au deuxième millénaire, juste après l’an 1000, dont le Massif

Page de droite : La cité de Carcassonne vue du sud. Un homme est venu planter sur le faîte de la bucolique église de Citou à laquelle s’appuie un cerisier, une modeste croix taillée dans une lauze.

Ci-dessous : Le chapiteau de l’Assomption de la Vierge à RieuxMinervois.

LE

CABESTANY est un sculpteur de la seconde moitié du XIIe siècle, personnalité artistique constituée par les historiens de l’art à partir des années 1930 par le rapprochement de plusieurs œuvres remarquables par leur style et leur facture, au premier rang desquelles le tympan de Cabestany, d’où le nom de « maître de Cabestany ». Ses œuvres sont pour la plupart situées dans les actuels départements de l’Aude et des Pyrénées-Orientales ainsi que dans le nord de la Catalogne ; mais on a aussi reconnu sa main en Toscane et en Navarre. MAÎTRE DE

central, terre de refuge, reste riche de vestiges. Ici la terre agricole n’a pas encouragé l’implantation des modes citadines depuis la Renaissance et nos édifices les plus anciens restent les églises romanes dont la France se couvrit entre les années 1000 et 1200. En certains lieux ces églises furent remplacées par d’autres, souvent gothiques, mais l’essentiel de ces constructions est médiéval. Longtemps méprisés des élites, ces édifices ne restaient là que par nécessité du culte et par l’impossibilité d’en financer de nouveaux ; peut-être aussi par attachement des habitants. Voilà qui fut leur chance, et la nôtre aussi, à nous qui aimons ces créations tellement variées et originales que d’une région à l’autre les styles diffèrent sans qu’on trouve de raison à ces changements. Elles sont plus belles encore lorsqu’elles n’ont pas subi certains ajouts douteux lors de la phase de rechristianisation de la France au XIX e siècle. Les abbayes, la plupart tout au moins, romanes ou gothiques, ont pourtant souffert du temps et d’être des sources, malheureusement fragiles et épuisables, de pierres


PRÉAMBULE

de taille que l’on trouverait en cherchant un peu dans les fermes ou les villes alentour. Pour qui aime ce Moyen Âge, Carcassonne est un lieu incontournable.

tan. La pierre est là, elle est le sol, elle est l’abri, elle est le lieu de prière depuis déjà les époques reculées dont subsistent les témoins dolméniques de la spiritualité humaine.

J’ai eu l’occasion d’y venir, et d’y revenir. À Carcassonne mais aussi peut-être autant dans le pays qui l’entoure. Oh comme la ville semble loin lorsqu’on se trouve au Pas de Montserrat, dans la haute vallée de l’Argent-Double ou même sur la montagne d’Alaric, pourtant si proche ! En quelques tours de roue on passe des roches hercyniennes aux contreforts pyrénéens après avoir traversé la plaine de grès, des schistes aux calcaires en passant par les restes statufiés des sables d’an-

De cette diversité découverte je tire, je l’avoue, un petit agacement coupable à l’évocation un peu trop exclusive du Pays Cathare, que je me rende à Paris, que je feuillette une revue de vacances ou que je franchisse l’Orb en venant de Montpellier :

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À LA DÉCOUVERTE DE L’ART ROMAN EN PAYS CARCASSONNAIS

Vestiges du château féodal de Saissac, dans la Montagne noire. Vallée de l’Argent-Double.

« Vous êtes en Pays Cathare ! » Diable ! J’ai bien sûr grand plaisir à fureter à Saissac ou à Lastours, pour ne citer que deux exemples. Plaisir aussi à voir le magnifique travail réalisé, ici ou ailleurs, sans doute grandement facilité par le mouvement lancé par le Pays Cathare qui peut être un merveilleux outil de valorisation du patrimoine et des atouts locaux s’il en est un point d’orgue. Mais j’ai envie aussi d’autre chose qui soit aussi authentique.

Ailleurs on a voulu utiliser le mot Septimanie. Sans doute avec maladresse mais ça avait de l’allure, même si le mot n’est pas beau. Ici, vers Carcassonne, on est Pays Volques, Pays Romain, Pays Wisigoth, Pays Roman, Pays Cathare, Pays des Quatre Crus, mais aussi pays des dolmens, parmi les plus grands du monde. C’est le mélange, qui ne peut d’ailleurs se décliner comme cette suite sans âme, qui fait la richesse des lieux si on donne à l’ensemble la vibration qu’il faut. Au bout d’un moment le slogan pourrait-il étouffer plus qu’il ne ferait résonner ? Ce serait dommage. Et puis le Languedoc est comme partout, riche de ses contradictions. Les mêmes nobles féodaux, qui étaient la force incontournable de la croisade vers Jérusalem prêchée ici aussi par Urbain II, qui le resteront dans celle de Saint-Louis, ne furent-ils pas entre-temps acteurs et victimes de la croisade catholique contre le catharisme ? Alors partons dans ce qui est simplement le Pays Carcassonnais. Nous allons l’aborder parce qu’il reste des vestiges de l’époque romane. Nombre d’églises construites alors gardent encore leur fonction originelle, celle d’être des lieux de prière et de réflexion. Malheureusement des lieux de prière trop souvent clos. Vol, irrespect dit-on, soit. Cela estil sans solution ? Pour qui


PRÉAMBULE parcourt le département de la Lozère, il sera bien difficile de trouver une église close. Le patrimoine des églises y est-il moins considérable, les gens plus respectueux ? Le mobilier précieux ne pourrait-il être sauvegardé et mis en valeur dans un beau trésor diocésain qui rendrait hommage aux artisans, aux artistes, aux créateurs du passé ? Un trésor où chacun serait fier d’aller contempler la contribution de son village, aussi modeste soit-elle. Dieu at-il plus besoin pour être honoré, d’or, d’argent, de vermeille, d’objets précieux, que de femmes et d’hommes pour le visiter, pieux ou non, en ces églises ? Les efforts déjà réalisés en de nombreux endroits pour rendre leur beauté à des églises qui en valent la peine montrent que les habitants des lieux tiennent à leur église, même si elles n’ont rien de cathédrales somptueuses. Beau travail à SaintCouat, à Blomac, à Puichéric pour ne citer que les dernières étapes de notre périple. Ce qui est écrit après ne révèle rien d’inédit. Des ouvrages comportent, souvent fragmentairement, la plus grande partie de ce qu’on trouve écrit ici, et même beaucoup plus dans le domaine architectural. Des associations nombreuses, porteuses de l’érudition locale, souvent compétentes, offrent de multiples sources d’information

écrites ou informatisées qu’il faut recouper. La plupart des églises mentionnées ici possèdent une trace par un classement ou une inscription au moins partiel aux Monuments historiques. Avec cela on met un peu de son cœur, un peu de ses convictions, un peu de ses commentaires, sucrés ou un peu acides. Et on souhaite belle découverte sur ces routes, ces lignes n’étant qu’un prétexte à aller voir et à découvrir plus, ou différent, ou parfois même juste une petite chose qui donne le plaisir d’être venu.

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Vivant dans la pierre, un personnage inquiétant vous observe à l’abbaye de Villelongue.


Montbrun-des-Corbières, Notre-Dame-de-Colombiers. Une bande lombarde dont on a adapté la largeur pour insérer une belle fenêtre décorée d’un cordon de calcaire. Les deux arcades se rejoignent sur un petit modillon sculpté représentant un visage humain.


VERS LA MALEPÈRE, DE PEZENS À SAINT-HILAIRE PAR CARCASSONNE De Pezens, après avoir longé la Malepère non sans être allé saluer Saint-Vincent en sa collégiale de Montréal, nous nous rendons directement à la Cité de Carcassonne. On y rejoint, dans les remparts, l’ancienne cathédrale Saint-Nazaire ; l’église a perdu son titre de cathédrale en 1801 au profit de Saint-Michel dans la ville basse. Ce qui attire le plus dans cette cathédrale sont les grandes baies vitrées du chœur et des transepts avec en particulier le très bel arbre de Jessée dans le transept sud. Le sentiment général qu’on garde d’un coup d’œil rapide porté au chevet est que cette ancienne cathédrale est une église gothique. Un œil un peu plus exercé note que lorsqu’on regarde l’église par la petite place au nord, il s’y trouve un vaste portail roman qui, en fait, date du XIXe siècle, époque où Eugène Viollet-leDuc a vigoureusement réhabilité la Cité alors menacée de

disparaître comme de nombreux monuments du Moyen Âge sous les outils des démolisseurs. La vaste nef est également romane. Il aura fallu toute l’énergie d’un Victor Hugo et la vigueur du mouvement romantique (Notes N2, N3) pour conduire à un vaste mouvement national en faveur du patrimoine

Au sud-ouest du Pays Carcassonnais, la Malepère vers Montréal.


médiéval qui mena le pouvoir politique à la création du Service des Monuments Historiques. Il s’en suivit la sauvegarde de ce qui n’avait pas été irrémédiablement détruit, non tant par le mouvement révolutionnaire de 1789 lui-même que par le manque de culture ou de clairvoyance des premiers édiles locaux issus de la démocratisation du pouvoir et par la cupidité des spéculateurs ; encore faut-il noter à la décharge de ceux-ci et de ceuxlà que le mouvement de la société dès la Renaissance comptait pour négligeables les arts roman et gothique, issus en grande partie du terroir. À Carcassonne, c’est la perte du statut de citadelle militaire qui ouvrit la voie à son statut de carrière de pierres. Au XIXe siècle, le summum de la création, précisément combattu par les romantiques, était l’art néoclassique, parfaitement illustré par la peinture de David. En architecture, on construisait en plein Paris des monuments du plus pur style antique : les églises de la Madeleine et du Panthéon en restent des exemples visibles de nos jours. Ce mouvement de renaissance de la règle antique ne fut d’ailleurs pas qu’artistique. On vit, dès la Renaissance, les règles sociales revenir petit à petit à l’ancien droit romain, réaffirmer la prééminence paternelle sur la famille, la


VERS LA MALEPÈRE, DE PEZENS À SAINT-HILAIRE PAR CARCASSONNE

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L’église Saint-Pierre-de-Cavanac.

majorité des enfants être repoussée à 21 ans alors qu’elle était de 12 ans pour les jeunes femmes et de 13 pour les jeunes hommes aux époques que nous visitons. De fait après la chute de l’empire romain la Gaule avait retrouvé ses racines celtes, qui ont d’ailleurs grandement facilité la christianisation, les symboles trinitaires jouant un rôle fondamental dans la religion druidique et dans la civilisation celte en général. L’influence locale issue de la culture celte laisse d’ailleurs de nombreuses traces dans les édifices romans. C’est un sujet

qui peut faire l’objet d’un livre à lui tout seul. Pour revenir à l’église SaintNazaire au cœur de la Cité de Carcassonne il faut noter qu’elle comporte en fait une vaste nef romane avec des arcs doubleaux brisés s’appuyant sur des chapiteaux sculptés et des colonnes rondes ce qui est plutôt d’un style archaïque pour l’époque. L’église possède deux étroites nefs collatérales voûtées en plein cintre. Le chantier fut béni à son commencement par le pape Urbain II le 12 juin 1096.

Page de gauche : Porche nord de l’église SaintNazaire. Seul le pilier (en marbre cipolin sans doute remploi d’une villa galloromaine des environs) et le chapiteau de droite sont d’origine. La nef romane avec son alternance de colonnes rondes et de piliers carrés avec colonnes engagées portant des chapiteaux où s’appuient les arcs doubleaux.


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À LA DÉCOUVERTE DE L’ART ROMAN EN PAYS CARCASSONNAIS public d’une façon moins confidentielle que ce n’est le cas actuellement.

Émergeant de la végétation, les ruines de la chapelle SaintLaurent à Leuc vue du nord est. Vestiges de l’abside au premier plan. Modillon sculpté de la corniche extérieure de l’abside de l’église SaintPierre-de-Cavanac.

Ayant affiché notre intérêt pour l’œuvre du Maître de Cabestany, nous ne pouvons résister à rejoindre SaintHilaire, à une quinzaine de kilomètres plein sud de Carcassonne. Sur le trajet on rencontrera d’abord la jolie église de Cavanac au bout d’un promontoire. De la route qui accède on a donc une belle vue par en dessous de la façade ouest et du mur nord de l’édifice en grande partie roman. Montant sur l’éminence on découvre un des beaux chevets de la région. Chevet en hémicycle avec des colonnes comme celui vu à Saint-Étienne de Tersan, tout le réseau de trous de boulin, son sommet orné de très beaux modillons sculptés avec des personnages étranges et des animaux. Le tout est de belle facture. On ne peut en dire plus de cette église qui, comme beaucoup d’autres, mériterait d’être rendue accessible au

Reprenant la route, on arrive à Leuc que l’on traverse pour rejoindre la départementale D104. Un peu après le bourg sur la droite, près de la petite rivière au milieu d’une vigne, il ne faut pas manquer les ruines de la modeste église Saint-Laurent. Elle est émouvante dans son abandon et lorsque l’on en fait le tour on voit qu’il s’agissait manifestement d’une belle église bâtie de moellons de grès bien agencés. Au chevet, on ne devine plus que la trace des arcades de la décoration lombarde du premier art roman. Reste aussi un beau portail très simple sur le mur sud de l’édifice. On regrette qu’une association ou le propriétaire des lieux n’ait pas pris en charge une sauvegarde minimum de ce petit édifice menacé par la végétation.


VERS LA MALEPÈRE, DE PEZENS À SAINT-HILAIRE PAR CARCASSONNE

Puis on reprend la route vers Saint-Hilaire où l’on arrive six kilomètres plus loin. Ici comme ailleurs on visite souvent l’abbaye dans le silence que l’on peut facilement qualifier de religieux tant la fréquentation des édifices de la région est faible. On s’en félicite pour s’imprégner mieux de la force des lieux mais on le regrette aussi, ces endroits ayant été faits pour Dieu bien sûr, mais aussi pour l’homme. Que tant de beautés, tant de lieux voués à la part de spiritualité qui est en chacun de nous soient si peu fréquentés attriste parfois. L’abbaye est toutefois vivante d’une activité rénovatrice de grande qualité.

Ici la pièce absolument incontournable se trouve dans une chapelle latérale de l’église abbatiale. Il s’agit d’un vaste sarcophage de marbre sculpté par le Maître de Cabestany représentant avec une merveilleuse variété de personnages et d’expressions, avec une mise en scène parfaitement adaptée aux surfaces utilisées, le martyre de Saint-Sernin attaché et traîné à travers les rues de Toulouse par un taureau. Ce sarcophage mérite à lui seul le détour. Mais comme à SaintPapoul il faut parcourir l’abbaye avec attention et y découvrir toute une variété de choses intéressantes.

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Abbaye de SaintHilaire, le sarcophage sculpté par le maître de Cabestany représentant le supplice de saint Saturnin (saint Sernin).


Alain Falvard

à la découverte de

l’art

roman en Pays Carcassonnais

« (…) Ce périple lumineux, vivant, plein de couleurs et de parfums, nous entraîne doucement vers un Moyen Âge tout proche de nous. L’auteur nous montre les maçons, les tailleurs de pierres, les sculpteurs, les peintres qui ont fait de chacun de ces édifices un chef-d’œuvre. Il évoque aussi le réseau d’habitat castral qui structurait la région et même les chemins taillés dans la roche qui permettaient aux voyageurs, commerçants ou pèlerins d’aller, comme nous, d’un site à l’autre. Fort judicieusement, il n’a pas craint parfois d’être un peu hors sujet en nous montrant ici des cistes, là un amandier en fleurs, des mégalithes ou… un concert estival. L’auteur évoque aussi l’émergence de la notion de monument, et il nous entraîne même tout naturellement dans sa propre découverte de l’art roman, par une annexe comparative très pédagogique. « Bien mieux qu’un guide, c’est donc un livre très complet, très réfléchi et très documenté que nous propose aujourd’hui Alain Falvard. Sa formation scientifique lui impose de rester très rigoureux. À sa suite, partons donc avec le même enthousiasme à la découverte de ce Pays Carcassonnais “authentique”, parfois inattendu, voire mystérieux, mais toujours séduisant… » Marie-Élise Gardel, archéologue médiéviste

Alain Falvard est physicien, spécialiste des particules élémentaires. Il est directeur de recherche au CNRS à Montpellier. Marie-Élise Gardel est docteur en archéologie, responsable du site des châteaux de Lastours (Aude).

ISBN 978-2-86266-587-X www.loubatieres.fr

Photographies de couverture : Alain Falvard

15 €


À la découverte de l'art roman en Pays Carcassonnais  

« Bien mieux qu’un guide, c’est donc un livre très complet, très réfléchi et très documenté que nous propose aujourd’hui Alain Falvard. Sa f...

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