Henry V - On pourrait commencer comme ça

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Henry 5 on pourrait commencer comme รงa

+ LOU CAMINO



Henry 5 - on pourrait commencer comme ça Cie Le Bouc sur le Toit En résidence à L’Avant-Rue (Paris 17) du 5 au 25 mars 2012 Quoi ? Un projet européen de création in situ et de variations pour l’espace public d’après La Vie du roi Henry V de William Shakespeare. Pourquoi ? Interroger et déconstruire les rhétoriques nationalistes et les représentations de l’étranger à travers l’Europe. Qui ? Un collectif d’une vingtaine d’artistes, comédiens, scénographes, techniciens et auteurs dramatiques originaires de Paris, Lyon, Athènes, Bruxelles et Derry. Comment ? Une série de résidences de recherche, d’écriture et de création dans chacun des pays des membres du collectif artistique. Nous considérons la réception d’Henry V, les interprétations et les instrumentalisations divergentes dont il a été l’objet, à travers l’histoire et les territoires - here and there, o’er times -, comme autant de strates de sens et de réécritures préalables à notre geste. Leur examen est au fondement de nos tentatives de variations sur ce texte, à l’écrit et au plateau.







Henry 5, prologue – traduction / variation : Caroline Dumas de Rauly Are there new towns in the Old World ? Are there new neighborhoods in the Old World ? Rapiécez nos accrocs par vos pensées : En mille entités, divisez un homme, Et créez une puissance imaginaire ; Pensez, si nous parlons de chevaux, que vous les voyez, Imprimant leurs fiers sabots dans la terre amollie ; Think, when we talk to kids, that you see them Struggling into the square, Throwing the cars i’th’ receiving river. Echoes – And tell me who’ll pay reparations on my soul. (gil scott heron asked) Pour cela ce sont vos pensées qui doivent à présent parer nos rois Charriez-les ci et là, bondissant dessus les temps, Encerclant les hauts-faits de tant d’années Par un tour de montre.







Moi toute seule aujourd’hui - Laura Tirandaz La femme, dans le rôle du boy : La pièce raconte la célèbre bataille d’Azincourt qui opposa les frères ennemis français et anglais bataille qui semble gagnée d’avance par les français Les français étaient fiers de leur armée et sûrs d’eux... Je suis désolée Je ne sais pas Je n’en sais pas plus c’est à dire je n’en sais pas davantage Je ne me rappelle plus cette histoire Azincourt longue Où c’est ? des actes Azincourt cinq actes du faux sang des fausses épées pour des vrais corps des comédiens pour des guerriers une femme pour un enfant pour un jeune boy à la peau douce un soupir pour un merci Je ne me rappelle plus de cette histoire ---




Les mouches - Laura Tirandaz

(...) La noire : Mesdames et messieurs, bienvenu présente. Je suis la mouche noire servir. Je fais partie de la première de ses prétentions.

La bleue : Vanitas Vanitatum et omni Vanitas pour vous servir.

La noire : Je m’introduis quelques heures ap sure ou par un orifice naturel. La tiens à l’affut avant la bataille. Je m Noires, blanches, vertes, mouches néraux, nous butinons les moindr soeurs et moi-même avons conn carnages : Sarajevo, Stalingrad, Ver (...) ---


ue à la foire aux asticots. Je me . Sarcophaga carnaria pour vous e escouade qui délivre le corps

s. Lucilia caesar, la mouche bleue

près le décès, par quelque blesnature est si bien faite. Je me me cache et j’attends mon heure. s à merde ou mouches à géres plis de votre anatomie. Mes nu les charniers des plus grands rdun, Waterloo, Azincourt.




choeur des morts de la Saint-Crépin - Jean-marie clairambault Nous y étions nous autres A la Saint-crépin Crépinien Nous y étions Et nous y sommes toujours. Nous n’avons pas quitté la brèche. Nous sommes restés Sur la brèche affamée. Nous l’avons rassasiée de nos corps. Elle rouvrait chaque année La brèche de la Saint-crépin. Elle rouvrait quand se fait entendre la sonnerie aux morts. Et nous autres fous heureux fous nous autres frères de vertèbres crânes de mousses nous nous relevions au son du clairon.

Nous autres cadavres de la plaine et herbes folles notre vieux sang coulait entre les cuivres irriguait les portées d’où jaillissaient les notes. Nous autres jardiniers de la brèche nous autres frères du roi fierté de la nation engrais des champs d’honneur. Mais aujourd’hui Quand vient la saint-crépin La brèche reste close. On nous a oublié. Plus personne ne vient jouer pour nous Les notes d’autrefois. Nous les morts lointains De la Saint-crépin La Saint-crépin Crépinien. La plaine que nous avons nourrie de notre sang Les rares passants Y font de gras pique-niques.


Et nos tibias Deviennent entre leurs mains Des bâtons pour la marche. Les anglais même Nos enfants (Ceux que d’autres ont eu pour nous Avec les femmes que nous avons laissé au pays Pour suivre le roi Harry) Les anglais Ne traversent plus la manche que pour acheter Des maisons de campagne. Ils ne s’arrêtent plus Quand ils passent devant nous Ils ne se découvrent pas.

Is there anybody here ? Someone ? Who are you? What is your company? Where are you? My father told me It was no good idea. What am I doing here In the deep plains of France. So far of my country? My sweet sweet Virginia. So far of my wife and children’s? My dear old man Told me “You should not go There is nothing for you in France Nothing except A lonely death.”

Where are you? Please don’t let me alone. Jenny. My sweet sweet Jenny Jenny my love sweet love Can’t you come to me Just once? Where are you Jenny? It’s so cold and dark andDamn it Jenny! Holly shit, Jenny! Why do you let me Alone with the English guys? We are not even talking of the same war. And I haven’t even Saw Paris. -–-











Henry 5 - Shakespeare Le roi : Once more unto the breach, dear friends, once more; Or close the wall up with our English dead. (…) Bardolph : On, on, on, on, on, to the breach, to the breach ! (…) Fluellen : Up to the breach, you dogs. Avaunt, you cullions ! -–-


Henry 5- traduction/variation: Caroline Caroline Dumas Now all the youth of England are on fire, And silken dalliance in the wardrobe lies ; Now thrive the armourers, and honour’s thought Reigns solely in the breast of every man. Voilà que tous les kids anglais s’embrasent, Et les coquettes soieries restent dans l’armoire Voilà que les armuriers s’enrichissent et l’idée de l’honneur Règne sans rival dans le cœur de chaque homme. They sell the pasture now to buy the horse. Voilà qu’ils vendent le pré pour acheter le cheval. HAPPY NEW WAAAAAAR ! The King is set from London… Le roi a quitté Londres ! HAPPY NEW WAAAAAAR ! Southampton ! Southampton ! HAPPY NEW WAAAAAAR ! There is the playhouse now, Délocalisation du théâtre à Southampton, 22000 habitants, monuments historiques, espaces verts. VILLE PORTUAIRE.(...) ---







Henry 5 - traduction collective/ variation : Laura Tirandaz Le roi : Belle Catherine, ô la plus belle, Accepteriez-vous d’enseigner au soldat des mots qui pourraient entrer dans l’oreille d’une dame et plaider son amour au sein de son doux cœur ? Catherine: Your majesty shall mock at me, I cannot speak your England. Le roi : O belle Catherine, si vous étiez prête à m’aimer tout de bon avec votre cœur de France, je serais ravi de vous l’entendre me le confesser dans un anglais boiteux. Un anglais. Un anglais de boiteux. Un anglais qui boite. Un anglais boitant parmi nous. Je ne sais pas. Comment dire qu’une langue est cassée, une langue avec des mots brisés peut-être ? O belle Catherine confessez-moi mon amour avec des mots brisés. Oh belle Catherine, je vous aime vous et votre grammaire, votre syntaxe qui hésite, vos consonnes qui s’accrochent à mon oreille. La France s’est soumise à ma loi, elle est étendue à mes pieds, abandonnée, presque endormie, cette France de plaine ensanglantée, de corps qui fument dans le matin frais. Il y a des jours où le soleil du matin n’est pas clément n’est-ce pas Catherine ? Catherine: I cannot speak your England.


Le roi : Quand vous me parlez c’est toute la victoire – ma victoire- qui éclate à mes oreilles. Azincourt dans votre hésitation. Azincourt dans vos yeux qui se baissent. Azincourt dans vos lèvres roses. O belle Catherine, si vous étiez prête à m’aimer tout de bon avec votre cœur de France, je serais ravi de vous l’entendre me le dire dans un anglais boiteux, un anglais de guingois, l’anglais de mes conquêtes, l’anglais de notre expansion. L’Angleterre partout, l’Angleterre proche et loin à la fois, l’Angleterre depuis l’Australie et les indiens cul-nus jusqu’à la petite bergère de France qui voit les soldats anglais arriver au loin. Toute notre terre. All our country Katherine. O belle Catherine, si vous étiez prête à m’aimer tout de bon avec votre cœur de France, je serais ravi de l’entendre. Je serais ravi de l’entendre dans votre anglais créole qui sent les prés français. Il faudra bien que vous appreniez la langue de votre maître, Catherine, lovely Kate. Comment pourriez-vous rester dans ce pays sans cela ? O belle Catherine, si vous étiez prête à m’aimer tout de bon avec votre cœur de France, je serais ravi de vous l’entendre me le confesser, dites-le brokenly ma douce. Brokenly. Brisez votre langue Catherine et adoptez la mienne. Catherine: Your majesty shall mock at me, I cannot speak your England. Le roi : O belle Catherine, si vous étiez prête à m’aimer tout de bon avec votre cœur de France, je serais ravi de vous l’entendre me le confesser dans un anglais boiteux. Do you like me Katherine?







Letter from Athens - Philippos Frangoulis Grece... Junk Status I am happy I am a garbage... Do I look like a garbage? 06/05/2010 Yesterday was my 35st birthday. Athens on the loose. Violence. Clashes. Just a few meters of my day job, 2 people and 1 pregnant woman died, locked in their Bank, engulfed in flames by the clashes. They were never told or allowed to evacuate. Walked in the deserted streets, a scarf on the face to protect myself from tear gas... an eerie silence in the city, now that the news have spread by the speed of light about those dead employees. Big deal. Tomorrow thousands of unemployed out there will be available to work. Educated, skilled, cost 461 euros a head. This was voted just days ago.... (‌) ---





AA+ - Jean-Marie Clairambault Oh, pour une Europe solvable qui satisfasse A toutes les exigences Des agences de notations. Un banquier pour roi Des tunnels pour frontières Et un réseau fluide et complet Où circuleraient ensemble Les Hommes et les déchets. Oh, pour une Europe nouvelle Désencombrée de ses régions. Pour une Europe moderne Qui attirerait Les investisseurs par légions. Alors, la France et l’Allemagne Les pieds dans l’urne Assumeraient le leadership Et leurs molosses Le bleu Le blanc Et le rouge Imploreraient qu’on les emploie. (...) ---








Europe – Laura Tirandaz Philippos : Un jour j’ai vu l’image d’une femme assise sur un taureau. Elle le regardait avec amour. Je me suis demandé si les bêtes étaient parfois plus aimées que les hommes. La femme était blonde et blanche elle vendait une boisson un alcool fort. Le texte le disait. BUY IT DRY Elle aimait le taureau. L’image le disait.

BUY IT DRY On m’a dit cette femme s’appelle EUROPE elle part sur un taureau nommé ZEUS Je regardais EUROPE belle et blonde qui quittait sa terre natale. Je voulais voir EUROPE les cheveux lâchés dans la course EUROPE dans les musées EUROPE dans les produits EUROPE dans les avions. ---




Epilogue - variation : Caroline Dumas de Rauly (...) Tout le quartier se lève et s’embrase. Les voiles des bateaux se lèvent. Tous suivent le numéro cinq ! Tandis que près de l’eau, Henry lave son visage et creuse des yeux rouges dans l’eau salée, Des hommes se lèvent et suivent les voiles rouges. C’est une histoire que nous oublierons. C’est une histoire que vous oublierez. Une bataille entre deux quartiers. Mais pour l’heure, Suivez-moi. Plongez alors dans la mer Ecoutez les baleines Sentez les voitures en flammes. Pour l’heure acceptez Que la couronne de papier brille de tous ses feux. Que deux quartiers se déterminent royaumes. Imaginez ! Des jeunes gens en armure Si hier ! Si hier ! L’ancien monde parle au nouveau monde.


Ont pris part à cette résidence et à son ouverture au public le 23 mars 2012 : Virginie Berthier, Lou Camino, Jean-Marie Clairambault, Zita Cochet, Aurélie Cohen, Claire Dufour, Caroline Dumas de Rauly, Philippos Frangoulis, Bastien Gérard, Xavier Guerlin, Luc Guiol, Fabienne Labarthe, Peggy Lecaudé, Mathilde Martin, Dina Mihailidou, Juliette Morel, Thomas Méreau, Emilio Salemi, Laura Tirandaz, Constantina Teodorou, Coralie Vincent

Le Bouc sur le Toit 4 rue Muller 75018 Paris leboucsurletoit@hotmail.fr www.leboucsurletoit.com tel : 06 76 70 09 81 Siret : 528 486 095 00011- Code APE : 9001Z Licence entrepreneur : 2-1044096

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