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Préambule 


Du regard en arrière au pas en avant

BUCAREST_BERCENI_BLOC Quand le grand ensemble est la ville

Préambule 

DIRECTEURS D’ETUDES : Philippe Simon et Andrei Feraru


REMERCIEMENTS    

                       

Maria Cristina Tartea_Etudiante à Ion Mincu/Ana Maria Zahariade_Professeur à Ion Mincu/Michaela Criticos_Professeur à Ion Mincu/Miruna stroe_Doctorante à Ion Mincu/Alexandre Popovici_Architecte à Bucarest/ Space Syntax Romania/ Véra Marin Fondatrice de l’ATU/La famille Tartea/Les habitants de Berceni ayant participé aux enquêtes/Les « personnes rencontrées » par hasard aux discussions souvent fructueuses/Juan Micieli_Pour ses conseils outre atlantique/Grégoire Moulin_Pour

Préambule 

son aide précieuse.


PREAMBULE    Tout en pouvant énoncer une série de raisons m’ayant poussées petit à petit à choisir cette ville, puis ce site comme cadre d’un travail de fin d’études, un soupçon de mystère plane toujours. Réactions en chaine d’un voyage personnel effectué en 2005 lors de ma première année d’étude, première aventure, première confrontation du regard d’une étudiante en architecture avec une ville, un pays et une culture qui n’est pas la sienne. Cependant, aujourd’hui et avec le recul, il me semble que n’importe quel pays n’aurait pas provoqué cette série d’événements. La raison principale du choix de la Roumanie serait alors une raison intrinsèque à elle-même. La raison principale de mon choix est donc la Roumanie elle-même. Ses qualités, ses défauts. Sa violence parfois, l’incompréhension qu’elle provoque souvent, sa complexité toujours. Tout cela s’est imposé peu à peu jusqu’à devenir une évidence. 2008, après deux années de prospection, de réflexions, le retour est décidé pour deux mois cette fois, dans le cadre d’un mémoire, auquel viendra finalement s’ajouter un stage. Saut en avant vers une immersion roumaine intense, une plongée dans l’ex-bloc de l’Est à la fois à la recherche de réponses à des questions préliminaires, tout comme à la recherche de nouvelles questions. Pour celui que l’incompréhension fascine, Bucarest est une satisfaction totale, un bonheur presque. Le guide du routard prévient le touriste non averti « Bucarest, vous adorerez ou vous détesterez », Bucarest ne permet pas la demi mesure. Lors de cette instance roumaine, et afin de mieux comprendre la ville, j’ai entrepris un grand périple de voyage au cœur de ses ex-compagnons socialistes, pour pouvoir prendre une certaine distance vis-à-vis d’une spécificité que je lui accordais parfois trop vite. Ce voyage occupe pour moi une place prépondérante dans ma démarche, bien qu’il ne soit que rarement explicite mais dans la mesure où chaque ville visitée a selon moi une valeur équivalente à n’importe quel ouvrage présent dans la bibliographie. Ce travail est donc le résultat d’une rencontre entre un projet personnel de fin d’études et un voyage. Ce mémoire conduira donc petit à petit selon le cheminement personnel effectué d’une question globale de base, afin de soulever une problématique générale jusqu’à l’exemple que j’ai choisi comme objet d’étude particulier. Pour cela je reviendrai donc dans une première partie de manière brève sur la date symbole de 1989 et sur l’impact de la transition dite démocratique sur les villes et leurs architectures, sur l’avenir d’un patrimoine conséquent

Préambule 

laissé par 50 ans de communisme.


Une fois ce cadre général présenté et appuyé par un catalogue d’actions et de positions vis-à-vis de ce patrimoine, je m’attacherai donc dans un second temps à présenter plus précisément le cas roumain, et les problématiques et enjeux spécifiques de la ville de Bucarest. Que signifie 1989 dans la société roumaine ? Quelles sont les conséquences de cette transition amorcée il y a déjà 20 ans dans la ville de Bucarest et le monde de l’architecture en général? La Roumanie et Bucarest sont-ils des exemples à part ? Autant d’interrogations que je souhaite mettre en avant car centrales pour mon travail et souvent centrales dans la société roumaine aujourd’hui afin d’appuyer et d’éclairer ma démarche de projet, que je présenterai enfin dans un troisième temps.

                                     

Préambule 

 


SOMMAIRE  Page de garde  Remerciements  Introduction 

___________________________________________ ** CARNET DE VOYAGE : Les géants de l’Est** 

___________________________________________  PARTIE I :    

1)

Hier_1989_Aujourd’hui : A l’Est, ville et mémoires

D’une préoccupation généraliste au cas particulier. • 1989 • Les traces dans la ville _ La pierre du pouvoir _ La ville nouvelle de l’homme nouveau

2)

TRANSITION ? La société face à son histoire. • • • •

Détruire pour oublier ? La vie continue ? Nouveaux patrimoines ? La mémoire comme anecdote ?

___________________________________________ ** CARNET DE VOYAGE : Bucarest(ois)**                                _______________________________________________________ PARTIE II :   

Digression roumaine : Aujourd’hui et hier • Une transition bancale • Bucarest et les Bucarestois

Préambule 

1)

Bucarest_un exemple à part ? : Découvertes et approches


2) Les grands ensembles de Bucarest : contexte, enjeux et avenir •

Une introduction aux grands ensembles Bucarestois - Genèse - Idéologie et références - Etat des lieux

                                     ‐ Berceni et les autres

• Quelle place pour l’architecte destructeur/constructeur/médiateur?

dans

la

société

roumaine :

- un désengagement des pouvoirs public - les architectes fantômes - Un rôle de l’architecte hybride ? - Le retour critique, l’acceptation des héritages comme moteur d’avancée des sociétés

               

3)  Et ailleurs ? Digression dans d’autres grands ensembles de l’ex bloc de l’Est : • Bulgarie • Pologne ___________________________________________ ** CARNET DE VOYAGE : Berceni** 

___________________________________________

Bucarest-Berceni-Bloc Une lecture multi-scalaire et transversale d’un grand ensemble roumain.

PARTIE III :   

1) Bucarest La ville en mutation et effervescence De l’importance et du poids de ces quartiers Quelques références thématiques et programmatiques A la recherche des lieux oubliés de Berceni Imaginaire des possibles Préambule 

• • • • •


2) Berceni • Un Berceni, des Berceni • Focus sur le quartier • Imaginaire des possibles 3) Bloc • Un constat • Une réserve foncière locale • Mécanismes du projet • Imaginaire des possibles

PARTIE IV :   

1) 2) 3) 4) 5) 6)

Annexes

Bibliographie Cartographie de l’Europe de l’Est et de la Roumanie Sélection d’articles et de textes Les projets actuels à Bucarest Questionnaires effectués Voyage

Préambule 

 


1) __________D’une préoccupation généraliste au cas particulier’ 1989 1989, une date que ma génération à vécu sans être capable de la comprendre. Le début d’un bouleversement dont les finalités nous semblent pourtant aujourd’hui si familières à l’heure de l’Union Européenne Est-Ouest.

’’ la Révolution anti-communiste dans les États d’Europe de l’Est a commencé le 23 octobre 1956, en Hongrie et a pris fin en décembre 1989, en Roumanie’’ 1 .

Révolutions en cascade, qui comme le dit monsieur Basescu, le président roumain

Les préoccupations de ce mémoire et de ce projet sont étroitement liées avec la question de transition et de mémoire du passé récent. On parle souvent de transition démocratique au niveau politique mais qu’en est-il des conséquences sur les villes ? Quelles sont les différences entre les villes avant et après 1989 ? Quelles sont leurs évolutions ? Quel rapport les sociétés entretiennent-elles avec les vestiges d’un passé proche, souvent difficile et douloureux ? Ces questions se posent d’autant plus que les régimes des républiques socialistes ont été de grands producteurs d’architectures et tout simplement de villes. Si 1989 a « libéré » les peuples, la ville quand à elle s’est réveillée identique, chargée et marquée. Cette première question a motivé une partie de mon voyage et de mes lectures, et constitue une des premières clé de lecture de mon travail de projet et une des raisons qui m’a poussé à investiguer et parcourir ces villes. Au regard de l’ampleur de la tâche, démesurée par rapport à un travail de diplôme, j’ai donc été amenée à choisir un exemple parmi tant d’autres, un de ceux qui m’a le plus marqué lors de ce périple « à l’Est », qui m’a aussi le plus questionné, Berceni, un quartier sud de la ville de Bucarest, influencé par les expériences et implicitement nourri des visites, et parcours d’autres sites dont certains seront présentés ci-après. Je souhaite dans la présentation qui suit, révéler des hypothèses, des attitudes, des démarches variées bien que non-exhaustives vis-à-vis des ces architectures et de ces villes.

DE QUELLES TRACES PARLE T-ON ? De l’architecture emblématique à la production de masse : panorama de l’héritage socialiste dans l’Europe de l’est. Les régimes socialistes ont laissé au cœur des villes une empreinte non négligeable, variable selon l’époque et le pays. Un des aspects de cette production, largement commentée et étudiée est l’édification de symboles du pouvoir. Un « palais », une bibliothèque, une direction du parti, aux styles cependant divers (du réal socialisme soviétique, au brutalisme de certains bâtiments de l’ère Titiste, en passant par le style hétéroclite de Ceausescu.)

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In Agerpress, le 24 octobre 2008

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On voit donc pousser des édifices, souvent monumentaux, faisant partie intégrale d’un travail de propagande, rendant le pouvoir et le régime omniprésent dans la ville et donc dans le quotidien des gens sous couvert de motifs plus louables, aux noms évocateurs de « palais du peuple », « palais de la culture », « palais des soviets ». Je pense à l’exemple de Varsovie, la capitale polonaise, qui dispose d’un des emblèmes les plus représentatifs des architectures des régimes totalitaires, le Palais de la Culture et de la Science ou PKiN. Au centre de la ville, non sans rappeler l’architecture des maisons hautes de Moscou, ainsi que la Casa Scanteii de Bucarest, la tour symbolise une nouvelle image pour la ville, et assoie ainsi le pouvoir et la puissance soviétique. C’est le plus grand bâtiment de Pologne culminant à 230 mètres et il fut érigé dans le contexte de la guerre froide, et de la compétition Est-Ouest, en 1951, en tant que cadeau de Staline au Varsoviens. Le chantier pris fin en 1955, alors que la situation économique du pays n’était pas des plus brillantes et l’on imagine alors l’impact financier d’une construction titanesque comme celle-ci. En « offrant » ce palais, Staline marque ainsi son territoire tant au niveau local, qui est celui de l’URSS mais aussi sa sphère d’influence par rapport aux Etats-Unis, tout en faisant croire au Polonais que cet édifice représentant l’essence même de la culture et de l’architecture locale. Outre ce type d’édifice, dont Bucarest dispose d’un exemple des plus significatifs, la Maison du Peuple 2 , sur laquelle nous reviendrons brièvement plus tard, il existe en réalité une autre production, beaucoup moins étudiée et médiatisée, celle du logement et de l'aménagement des villes. Cette production est fascinante par son ampleur, sa monotonie, son étendue. C’est une autre facette qui s’exprime dans ces quartiers où le grandiose a laissé place à la banalité. Pourtant, ces quartiers sont eux aussi un héritage architectural et urbain de cette période, un héritage dont les questions de conservation, de réhabilitation sont éminemment plus problématiques que celle des édifices-symboles des centres ville. Ce sont des « lieux de mémoire de l’histoire urbaine contemporaine» 3 et de l’Histoire tout court. C’est en cela que ces ensembles, que nous parlions de quartiers entiers ou de villes nouvelles, méritent qu’on y prête une certaine attention.

                                                             Aujourd’hui renommée Palais du Parlement. Loïc Vadelorge (dir.), Eléments pour une histoire des villes nouvelles, www.manuscrit.com, 2004, 150 p. Claudio Caveri 2 3

 

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2) _______________________TRANSITION_La société

face à histoire

Plus que la construction et le développement de ces projets, ce qui m’intéresse et qui a donc été un des points de départ de mon diplôme est l’avenir de ces architectures. Quelle est leur considération actuelle et leur place au sein des villes et des sociétés d’aujourd’hui, quel est rapport qu’elles entretiennent avec l’histoire et cette fameuse transition démocratique ? J’ai pour cela tenté une organisation thématique en quatre points, appuyés par différents exemples.

DETRUIRE POUR OUBLIER ? BERLIN : la DDR bannie Largement évoquée dans les médias, la destruction du Palais de la République, chambre du parlement et pôle culturel de l’ex-RDA est un exemple unique par son échelle notamment. Initialement construit en lieu et place d’un palais prussien démoli en 1950, l’ironie de l’Histoire veut qu’aujourd’hui on lui impose le même sort afin de reconstruire son prédécesseur. De manière générale cette place semble avoir attiré la convoitise des régimes successifs, changeant selon leurs envies et appartenance politique de noms de rues, de places allant jusqu’aux destructions. Certains témoignages d’habitants du quartier dévoilent que même si ces derniers ne font pas partie du clan des nostalgiques de la RDA, ils regrettent de voir leur quartier totalement transformé, recrée, et leur histoire effacée. La polémique à ce sujet fut donc vive et passionnée tant ce bâtiment à fait parti tout au long de son existence de la vie aussi morose et difficile soit-elle des Berlinois de l’Est. Plusieurs témoignages et réactions semblent intéressants, comme tout d’abord celle de l’artiste norvégien Lars Ramberg, qui installa au premier semestre 2005 des lettres lumineuses sur le toit du bâtiment « ZWEIFEL », c'est-à-dire « doute », une sorte d’avertissement aux passants comme aux politiques sur l’avenir et la condamnation de l’édifice. De plus la destruction de ce bâtiment aurait peut-être été moins polémique, si la construction proposée à sa place avait été l’œuvre d’un concours d’architecture classique, laissant place à une expression contemporaine. Hors comme je l’ai dit précédemment, il s’agit en réalité de recréer un pastiche de l’ancien, ce qui au niveau urbain est peu louable, et prend d’avantage une allure de revanche que de réparation. Un des aspects enrichissant d’une destruction réside dans le fait que c’est dans ces moments extrêmes et violents que l’on peu discerner l’attachement ou non d’une société et de l’individu aux édifices, à son histoire, à son passé. Tant que le passé est là, il semble difficile de se rendre compte, de le considérer. Par cet acte la capitale allemande, pourtant réputée dynamique, avant-gardiste tend à se construire sur une base proche de l’amnésie, effaçant les traces indésirables et révélant de vieilles valeurs, rassurantes.

 

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BUCAREST : l’assaut manqué Le Palais du peuple, œuvre mégalomane de Nicolae Ceausescu aurait pu subir un sort identique au Palais de la république de Berlin, surtout au regard de l’acharnement unanime et rapide du peuple envers le dictateur déchu.Après l’exécution du couple Ceausescu, l’opinion publique et les autorités s’orientèrent vers le choix d’une destruction sans appel, bientôt raisonnée cependant par une incapacité technique et certainement financière. Fallait-il engouffrer autant d’argent dans sa destruction que dans sa construction, toujours inachevée ? Le géant de marbre allait donc résister et demeurer pour longtemps contre la volonté initiale des roumains. Son créateur a finalement réussi une de ses missions, faire durer son œuvre par la pierre. L’avantage de cette destruction ratée est que des lors de vraies questions vont se poser autour de cet héritage, comme le fait Ioana Iasa dans sa thèse 4 . La destruction porte en elle quelque chose de trop immédiat et de brutal pour qu’elle soit efficace.

LA VIE CONTINUE ? BUCAREST, VARSOVIE : Les palais préservés, la mémoire sauvée Les palais respectifs de Bucarest et de Varsovie ont donc su résister aux pelleteuses et à la dynamite. Une fois cette décision prise, encore faut-il penser à une reconversion, une réutilisation de ces bâtiments, qui là encore ne se sont pas faites sans polémiques et débats. Le Palais de la Culture et de la Science de Varsovie sera reconverti par la mairie en une sorte de Palais des congrès et de divertissements, offrant aujourd’hui notamment aux visiteurs une des plus belles vues sur la ville. Un endroit, comme aiment le dire les varsoviens, où l’on a la chance de ne pas voir l’édifice. A Bucarest, le processus a pris plus de temps, et a essuyé de vives critiques. Tout d’abord, l’installation en son sein du parlement roumain. Il est facile d’imaginer le tollé qu’a provoqué cette annonce. Peut-on installer les nouvelles instances démocratiques dans le lieu même du traumatisme ? Finalement l’installation eue bien lieu en 1994, rejointe 10 ans plus tard par le Sénat. Outre cette reconversion, il a été décidé en 2004 d’étendre le bâtiment dans sa partie Ouest afin d’y installer le MNAC,(musée national d’art contemporain) dont la première exposition était dédiée au regard des artistes sur le régime passé. Bien qu’également très controversée, cette installation apparaît dans ses premières heures appropriée. Cependant, au regard de l’emprise du bâtiment sur le centre ville, un travail unique de reconversion semble trop léger, un réel projet urbain .se fait attendre afin d'inscrire le centre civique dans son

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In l’héritage urbain de Ceausescu : fardeau ou saut en avant ? le centre civique de Bucarest de Ioana Iosa,

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contexte, près de 20 ans après. Ceci a pourtant été tenté à l’occasion du concours Bucarest 2000, resté cependant sans suite effective.

NOVI BEOGRAD : Un quartier toujours dynamique

Belgrade, capitale de l’actuelle Serbie, ville emblématique de l’ex-Yougoslavie a également été marquée par l’ère Titiste, notamment un des ses quartiers, pur produit urbain et architectural de cette époque. Nous quittons ici la thématique de l’unique représentation du pouvoir, pour parler de ces nouveaux quartiers et de ces nouvelles aires urbaines créées à cette époque. Novi Beograd (nouveau Belgrade en serbe) en est un exemple frappant dans sa construction comme dans son intégration actuelle à la ville. Ce quartier à la géométrie quasi américaine est constitué de blocs numérotés. Ce fut durant la Yougoslavie de Tito un quartier important car moderne et abritant de plus le musée d’art contemporain de Yougoslavie, la porte de Belgrade, une sorte de tour-phare sur l’autoroute de l’aéroport, un des symboles de la ville visible de nombreux points de vue.

Aujourd’hui, ce quartier emblématique d’une ère révolue pourtant surnommé le « grand dortoir » 5 continue plus que jamais de vivre et est un lieu important d’investissements, accueillant par exemple le Palais des Congrès de la Seva, et de nombreuses entreprises étrangères, de renommée internationale. Novi Beograd est donc en pleine effervescence.

NOUVEAUX PATRIMOINES ? BUDAPEST : Quand la ville éduque Au cœur de Budapest j’ai pu rencontrer un exemple significatif (selon moi) de responsabilisation et de retour critique des pouvoirs publics envers le passé récent. Sur l’une des places principales de la ville, on peut trouver un monument qui pourrait passer (à priori) inaperçu pour le visiteur, mais connu pour les vieilles générations. A côté de celuici est affiché un texte expliquant l’histoire de ce monument (en Anglais et Hongrois rendant cet effort d’authenticité accessible à tous). On y apprend alors qu’il s’agit d’un monument soviétique, cependant repérable grâce à l’écriture cyrillique, et qu’il a été érigé à l’époque de l’hégémonie soviétique à la place d’un statue historique hongroise.

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 In Danas ; Novi Beograd : le « Wall Street serbe » se porte bien , Traduit par Jasna Andjelic, Publié dans la presse : 3 septembre 2005Mise en ligne : mercredi 7 septembre 2005 sur le site du courrier des balkans

 

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Quel enseignement tirer de cette action microscopique ? Bien qu’apparemment peu significatif par son échelle, cet exemple l’est néanmoins dans sa démarche. La ville participe à l’éducation des nouvelles générations, la ville peut elle éduquer ? Au lieu d’oublier en détruisant, on conserve plus que pour un simple souvenir pour éduquer, enseigner, faire réfléchir et surtout ne pas oublier mais dépasser. Cet exemple fait écho selon moi au propos de Constantin Enache, recueilli dans un entretien par Ioana Iosa, « Nous toute la sainte journée nous démolissons des symboles » 6 Il souligne ensuite l’exemple de la casa Scanteii (la maison de la presse), édifice emblématique du style stalinien, et de la statue de Lénine qui était placé à l’origine devant le bâtiment. Evidemment et précipitamment déboulonnée à la suite des événements de 1989, Enache souligne le fait que cette statue s’inscrivait dans un ensemble cohérent et aurait pu être laissée. Il précise ensuite que l’important est surtout de ne plus donner de valeur actuelle à cette statue. C’est donc ce que semble mettre en évidence le cas budapestois.

Le débat repose donc essentiellement sur une question de fond et de forme. Détruire les symboles, les effacer ne résout en rien les séquelles laissées par le régime précédent, et cette méthode est davantage au service d’une action médiatique, spectaculaire et choc que d’un vrai retour critique et d’une réflexion sur le long terme. Ces destructions ne sont que celles de la partie émergée de l’iceberg, la trace profonde quant à elle est plus compliquée non pas à éliminer, mais à assumer. La destruction des symboles est un procédé certes illusoire mais serait-il rassurant ? En finir vite pour bien en finir ? Dans les premiers instants du changement serait-il dangereux de cohabiter avec les témoins et les acteurs de pierre d’hier ? Les faits dont nous parlons dans la pierre sont aussi souvent relayés par des condamnations immédiates et sommaires d’anciens dirigeants, à titre d’exemple, comme il est souvent dit. Le couple Ceausescu semble d’ailleurs être un des cas les plus frappants, si l’on en considère le procès éclair, aux conditions douteuses auquel il a été soumis.

NOWA HUTA : l’histoire en concurrence Nowa huta est une ville nouvelle polonaise, situé à l’est de Cracovie, à laquelle elle est aujourd’hui administrativement rattachée, signifiant littéralement en polonais « aciérie nouvelle ». Cette ville nouvelle fut une des créations de l’époque stalinienne répondant à la construction d’un combinat (anciennement baptisé Lénine). Implantation lourdement critiquée tant dans l’idéologie, pour ses nuisances industrielles qu’à cause des destructions perpétrées et amplement perçue comme “ une muselière destinée à faire taire la Cracovie des

intellectuels”. 7

                                                             6 In l’héritage urbain de Ceausescu : fardeau ou saut en avant ? le centre civique de Bucarest de Ioana Iosa, pages 139-140 entretien réalisé le 27/04/05 avec Constantin Enache de la chaire de l’université Ion Mincu d’architecture de Bucarest. 7 In Courrier international hebdo n° 829 - 21 sept. 2006 http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=66283

 

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Longtemps tombée dans l’oubli, elle est peu à peu réapparue dans l’esprit des habitants de Cracovie, notamment grâce au regard des artistes, pour finalement se laisser découvrir et apprécier des touristes visiblement séduit par cette rencontre urbaine, miroir de l’histoire malgré la réticence de certains politiques s’écriant : “Il faudrait lancer une bombe atomique

sur ce monstre social et architectural” 8 Aujourd’hui le quartier opère une réelle concurrence avec le centre historique de Cracovie, tant au niveau touristique qu’au niveau de la vie culturelle de la cité. Expositions, visites guidées, tourisme historique, c’est devenu en quelques années une attraction phare et une certaine marque de fabrique. Dans tout le quartier, des panneaux rappelant l’histoire comme on pourrait le voir aux pieds des monuments parisiens. Le danger étant de pas d’un extrême à l’autre, d’un oubli à une sorte de Disneyland. La mairie de Cracovie a déposé un dossier pour son inscription au patrimoine mondial de l’Unesco.

BERLIN : Karl Marx allée et DDR L’exemple de la Karl Marx allée se situe entre les deux thématiques architecturales que nous avons relevées précédemment, celle des bâtiments symboliques et celle des grandes opérations de logements. En effet bien qu’il s’agisse d’habitations, le projet de la Karl Marx allée symbolise avant tout « une utopie dans la brique et le marbre » et « le dynamisme

de la construction socialiste devait être avantageusement comparé aux vicissitudes du capitalisme » 9 En effet toute la nation fut mobilisée dans ce projet, que ce soit au niveau

des ressources matérielles, comme humaines. Derrière le prestige d’une RDA naissante se cache bien évidemment des conditions de constructions beaucoup moins glorieuses (conditions et rythmes de travail). La Karl-Marx-Allée fut si exemplaire qu’aucun autre projet de cette ampleur ne vit le jour faute de moyens, et dès lors la construction des grands ensembles préfabriqués s’est avéré être une réponse plus économique. Peu importe, la KarlMarx allée restera la vitrine dont tout le monde se souvient. C’est sa construction encore qui a vu abriter les premières luttes et révoltes contre le pouvoir communiste en juin 1953. Si aujourd’hui elle représente donc explicitement l’époque révolue de la RDA, elle abrite également le symbole implicite d’un peuple qui déjà en 1953 se réveilla pour prendre position sur sa condition. A l’heure de la réunification, les autorités allemandes vont classer la célèbre avenue au rang de patrimoine historique, en y installant un parcours ponctué par des bornes, regroupant photos, textes et témoignages sur la vie de l’époque, la construction.

LA MEMOIRE COMME ANNECDOTE ?                                                              Citation d’un conseiller municipal de Cracovie In Courrier international hebdo n° 829 - 21 sept. 2006 In Le Monde, « La Karl-Marx-Allée, avenue mythique du Berlin d'après guerre », de Georges Marion, le 18.11.04 8

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BERLIN : le musée et l’hôtel de la DDR Berlin semble être présente sur tous les fronts de la question de mémoire collective. Sans entrer dans les détails mais simplement à titre informatif, la DDR n’a pas que des détracteurs dans la société contemporaine allemande et particulièrement berlinoise, sinon quelques nostalgiques actifs, qui ont créé certains lieux consacrés à l’ancienne république. Si la pertinence du musée semble être évidente, au regard de son rôle éducatif que ce soit pour les allemands eux-mêmes ou les touristes, et de sa conception ludique, l’hôtel est quand à lui nettement plus critiqué, par une partie de l’opinion publique qui juge qu’on ne peut prendre ce qu’a été la vie sous la DDR avec tant de légèreté. Le débat serait sans fin, et sans intérêt ici. Ce qui m’intéresse dans ces exemples est de constater la distance qu’une partie de la population, et donc d’une société a réussi à prendre vis-à-vis de cette période de son histoire. Et c’est ici que l’on constate des différences importantes entre tous les pays de l’ex bloc socialiste.

BUDAPEST ; Mémento park Après un parcours long et compliqué alternant tramway et bus de banlieue, le Mémento park 10 s’offre au visiteur aventurier, le long d’une voie rapide, presque invisible derrière les mauvaises herbes des fossés. C’est ici que s’est installé ce parc alternatif regroupant un certain nombre de statues socialistes évocatrices rescapées des destructions post-89. Crée lors d’un concours d’architecture, le visiteur se ballade au cœur d’images connues, mais rarement approchées d’aussi près. Un petit musée rappelle les étapes de la révolution hongroise et de la construction de la statue gigantesque de Staline dont les pieds trônent à l’entrée du parc face à Marx et Engels. C’est ici peut-être que le Disneyland commence, avec la boutique de souvenirs au gout presque toujours douteux. Le sentiment est partagé lors de la visite, et on oscille entre deux impressions, celle d’un voyeurisme inutile et celle d’un travail réel de mémoire et de conservation.

Cette première partie du mémoire, faisant quasiment office de préambule, était selon moi importante afin de resituer un travail particulier, qui est celui que je vais présenter par la suite, dans un contexte global, celui de la question des villes et des sociétés face à leur histoire et leur héritage récent. Le sujet que j’ai choisi m’a en effet interpelé dans un premier temps sous l’angle de cette question, avant de faire apparaitre d’autres problématiques qui lui sont propres.                                                              10

 

Site internet du parc : http://www.szoborpark.hu/

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« Bucarest est la ville de la nostalgie. Tout Bucarestois vous dira qu’elle a été, aurait pu être et pourrait être une ville merveilleuse. Tout Bucarestois promène en lui une ville idéale, la sienne, intime rêvée, sublimée, et quand il parcourt la vraie, c’est la première qu’il entend faire partager au visiteur, lequel ne voit que la seconde. L’auteur d’une histoire de la nation roumaine, Catherine Durandin, parle de Bucarest la menteuse : le mot traduit ce rapport de frustration, de déception, d’impuissance que le Bucarestois entretient avec sa ville dégradée, le même rapport que celui que les Roumains entretiennent avec l’histoire de leur pays » In Balkans-transit de François Maspero, éditions du seuil collection le point, page 428 1

 

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1) _______________________________Digression roumaine Aujourd’hui & hier UNE TRANSITION BANCALE ? Pourquoi la Roumanie fait-elle aujourd’hui figure de mauvaise élève dans bien des domaines ? Pourquoi les changements opérés depuis 1989 n’ont cependant pas permis qu’elle entre dans l’Union Européenne en même que ses ex-compagnons socialistes ? Je ne prétendrai pas répondre dans le cadre d’un mémoire de projet de fin d’études à ces questions, mais elles sont cependant indissociables pour celui qui souhaite construire, agir et réfléchir en toute connaissance de cause, pour celui qui souhaite comprendre le présent roumain. J’ai été amenée au fur et à mesure des voyages et des recherches à faire un retour en arrière, dans l’histoire récente du pays, de sa société pour pouvoir comprendre ce que je voyais et vivais à l’instant présent. François Maspero dit « La différence avec les autres pays ex-socialistes que j’avais visité à

la même époque était là : les signes de la pénurie, de la lassitude, les gestes de la survie quotidienne restaient inchangés » 11 . Ce sentiment m’a souvent été très familier. Tout semble plus long, plus difficile, plus impossible même qu’ailleurs. Il faut dire que si la transition est différente, le communisme en Roumanie l’a été tout autant. Plus qu’ailleurs il s’est enraciné dans la société roumaine, du fait d’une volonté d’acier de son chef spirituel, Nicolae Ceausescu, fortement marqué par son voyage en Chine et en Corée du Nord en 1971. Si dans les autres républiques socialistes, l’ombre du géant soviétique planait toujours, comme un « protecteur » des valeurs socialistes défendues par Moscou, la Roumanie quand à elle allait peu à peu sortir du joug soviétique, menée par le « génie des Carpates » 12 . Le nationalisme roumain allait alors se fondre dans le socialisme. Dès lors, il semble moins facile de se défaire d’un ennemi qui vous a gangrené de l’intérieur, que de s’attaquer à un ennemi, commun à tous les ex-pays socialistes, Moscou. Si à l’ouest la tendance avait été d’être réfractaire à l’URSS, Ceausescu ira jusqu’à recevoir le président Nixon, et sera lui-même reçu dans de nombreux pays, menant une politique internationale se voulant de premier ordre et rivalisant avec les pays « installés » Petit à petit Ceausescu s’est imposé grâce à un travail de propagande monumental, dans le quotidien des roumains, puis dans leur ville. Car un des aspects caractéristiques du cas roumain réside dans l’acharnement du Conducator dans la pierre, particulièrement à Bucarest. Son grand projet appelé la « systématisation » a selon François Fejtö contribué à la déstabilisation du pays

et à la dégradation définitive de ce qui restait encore de l’image

de marque internationale de Ceausescu » 13 . Il avait en outre l’image d’un monarque absolu,

                                                             11

In Balkans-transit de François Maspero, éditions du seuil collection le point, page 414 Nicolae Ceausescu 13 In la fin des démocraties populaires, les chemins du post communisme, françois Fetjö, p 207 ed le seuil points coll hidtoire 12

 

14


plaçant tous les membres de sa famille à des postes clés, imposant au modèle communiste une certaine vision dynastique. « Une dictature personnalisée et unique », telle est qualifiée la dictature roumaine par Véronique Germain dans le livre collectif « l’architecture des régimes totalitaires face à la démocratisation ».

La Roumanie de Ceausescu a donc vu grand, la chute fut donc d’une certaine manière plus violente et la transition plus hasardeuse, couplée à révolution maquillée et qu’on qualifie souvent de volée. La violence de cette dernière et l’exécution précipitée et sommaire ont peut être empêché à des millions de roumains de digérer une partie de leur histoire et de l’accepter progressivement. Une tentative d’oubli prématurée qui laisse aujourd’hui d’une certaine manière son empreinte dans la société. Une chose que les Bucarestois ne peuvent cependant guère oublier, même artificiellement, est bel et bien la ville elle-même considérablement transformée par la vision mégalomane de Nicolae Ceausescu, dans « le prestige », comme dans la ville « banale » dont nous avons déjà parlé dans la partie précédente. Ironie du sort, celui dont on a cherché à se débarrasser le plus rapidement possible est le créateur d’un OVNI urbain dont Bucarest ne se débarrassera jamais. Maintes fois relaté, critiqué, ce n’est pourtant pas ce visage de la construction communiste qui va nous intéresser dans le cadre du projet. Ce n’est pas la vitrine clinquante du socialisme, mais plutôt son arrière boutique. J’entends par là, tous les quartiers construits durant cette période afin de répondre à une industrialisation massive amorcée dans le pays (comme dans les autres républiques socialistes). Lorsque l’on regarde la vue aérienne de Bucarest, on comprend l’ampleur d’une telle construction, et son importance dans le paysage urbain de la ville. Dès lors je propose donc de détourner les yeux du spectaculaire Centre Civique pour entamer une promenade au cœur de l’autre visage de l’ère Ceausescu, le visage du banal, de la masse, le visage du quotidien des bucarestois

LA SOCIETE ROUMAINE « A deux reprises, j’étais venu à Bucarest en hiver. A deux reprises, j’y avais éprouvé, même

moi le passant privilégié, le mal de vivre. De tout les pays de l’ex bastion soviétique où j’ai séjourné, c’est là que j’ai rencontré les visages les plus las, usés par une fine couche grise de fatigue accumulée, les corps marqués par une sorte de démission… » 14 Sans faire de généralités abusives, ces sensations se retrouvent souvent dans le discours des voyageurs en transit dans la capitale roumaine ( beaucoup plus d’ailleurs qu’à propos de la Roumanie elle-même.)De l’impression externe à la réalité quotidienne, le fossé n’est pas si grand lorsque l’on prend le temps d’écouter et de discuter avec la population.

                                                             14

 

In Balkans-transit de François Maspero, éditions du seuil collection le point, page 410

15


J’ai souvent noté une certaine colère des Roumains envers leur pays, une rancœur qui empêche de le vivre et de l’apprécier totalement. Pire encore que la dépréciation actuelle, provenant du passé, il y a le manque de visions d’avenir et d’envies d’avenir. Souvent, on a le sentiment que tout est impossible à faire, impossible à changer, et que la seule solution semble se trouver vers l’étranger. Le rapport des Roumains avec leur histoire récente est similaire, et pour le moins ambigu. Il oscille entre rejet sévère et absolu, et

persistance institutionnelle doublée d’une pointe de

La négation de cette aspiration au respect de soi, et donc au respect d’une expérience historique qui inclut l’expérience communiste, est le facteur principal de la faillite actuelle » 15 nostalgie. Selon Catherine Durandin «

Difficile d’avancer dans ces conditions. La Roumanie se cherche, et certainement d’avantage depuis son entrée au sein de l’Union Européenne, essayant par tous les moyens d’atteindre le prestige et le niveau des capitales fondatrices. A l’écoute de certains, ou en se promenant tout simplement dans les rues de Bucarest, on comprend rapidement que la nouvelle donne européenne

est

loin

d’être

aussi

idyllique

que

nous

aimerions

penser.

Une

citation

saisissante, toujours de Catherine Durandin confirme ce sentiment : « Dix ans après la chute

de Ceausescu, plus de 60% des Roumains osent affirmer que « c’était mieux avant . Comme si les tourments du présent avaient fait oublier les duretés, la laideur, la médiocrité et l’absence sournoise d’espoir des années antérieures à la transition de décembre 1989 » 16

Bucarest est une expression de cette démission, de cet abandon. La ville est livrée à ellemême ou plutôt à une poignée d’actifs peu scrupuleux de ses 2 millions d’habitants, de leur histoire et de leur quotidien. C’est donc dans ce contexte particulier, complexe mais passionnant que j’ai choisi de placer mon travail de fin d’études. Les rencontres, professionnelles ou non, m’ont convaincues petit à petit de l’intérêt d’un travail prenant en compte toutes ces dimensions et ont encouragé mes envies de me confronter au quotidien des roumains à travers leur ville et leur histoire. Après deux mois passés à Bucarest et à l’heure du départ, de toutes mes visites et pérégrinations, un lieu c’est largement démarqué de tous, apparaissant comme une évidence alors que je n’avais à l’époque aucune connaissance précise sur ce sujet.

Ce  lieu  est  Berceni.  Un  « grand  ensemble »  comme  nous  l’appellerions  en  France  et  pourtant  si  différent aux premiers abords. Un « grand ensemble » comme il en existe beaucoup à Bucarest. C’est  ici que vivent la majeure partie des bucarestois, c’est ici qu’un quotidien suranné c’est installé, c’est  ici  que  la  ville  s’est  construite  ces  cinquante  dernières  années.  Après  ce  choix  quasi  spontané,  et  presque passionné, il a fallut dans un premier temps faire un retour en arrière sur l’histoire de ces  ensembles et en comprendre les problématiques générales, ce que je propose de faire dans la partie  suivante.                                                               15 16

 

In Roumanie, un piège ? de Catherine Durandin, page 11 editions Hesse, collections ister In Roumanie, un piège ? de Catherine Durandin, page 17 editions Hesse, collections ister

16


2) ____________________Les grands ensembles de Bucarest Contexte, enjeux & avenir(s).

UNE INTRODUCTION AUX GRANDS ENSEMBLES BUCARESTOIS

GENESE « Quand le grand ensemble est la ville » parait correspondre tout à fait à Bucarest, surtout lorsque l’on sait qu’environ 79 % des logements de la ville sont situés dans des blocs, représentant environ 600 000 unités. Ces quartiers sont de plus le lieu des densités les plus élevées de la ville. Plus qu’un objet tel que l’on pourrait le considérer en France, le « grand

ensemble » roumain est un élément constitutif de la ville, notamment de Bucarest, et mérite donc que l’on y porte une certaine attention. C’est ici que réside vraisemblablement la majeure différence avec les cas parisiens que nous connaissons. Bien que ces aires urbaines présentent aujourd’hui un certain nombre de points communs (dans l’écriture architecturale par exemple) avec nos exemples français, l’échelle empêche selon moi de les considérer systématiquement de manière identique, notamment dans leur rapport à la ville Un rapide retour historique s’impose afin de resituer le contexte de leur construction. .Alors que de 1960 à 1990, la CEE 17 va loger 34 millions de personnes grâce à la construction massive de logements collectifs, les républiques socialistes de l’Est en logeront 170 millions, marquant d’une manière conséquente le paysage des villes d’Europe Orientale. Les premiers exemples apparaissent dès 1947, avant de voir s’intensifier la production dans les années 60, suivant de manière plus ou moins efficace l’industrialisation massive. Elle connaitra son apogée dans les années 80, de manière très dense pour s’arrêter brusquement après la révolution, comme tous les chantiers de Ceausescu (excepté le Palais du Peuple)

A l’époque de leur construction, les grands ensembles représentent inévitablement le mirage de la modernité et du confort pour une grande partie de la population, un mirage toutefois éphémère. Un des avantages majeurs qui leur était reconnu, était le fait qu’une seule famille était distribuée par logement, ce qui n’était pas le cas des autres logements notamment ceux du centre ville, plus anciens et réquisitionnés par l’Etat 18

Bucarest est un exemple qui illustre parfaitement cette politique. De 1950 à 1989, la population de la capitale passera de 1,3 millions à 3,2 millions d’habitants. Cette production intensive de logements commence dès 1965, du fait bien sur d’une volonté politique de donner un nouveau visage à Bucarest et un vent de modernité en matière d’habitation mais aussi du fait de l’industrialisation massive créant un mouvement important de migrations des

                                                             17 18

 

Communauté Economique Européenne en quelque sorte à l’image des vieux palais du centre de La Havane

17


campagnes vers Bucarest, où se trouve désormais des opportunités de travail. En cela, ces phénomènes peuvent nous sembler familiers, étant donné le contexte global de l’Europe d’après guerre, le redéveloppement de l’industrie et de l’économie qui entraina en France aussi des flux migratoires (internes et externes). Pour ces constructions, nous ne parlerons pas de destructions puisque la quasi-totalité des immeubles furent édifiés sur des terrains vierges ou agricoles à la périphérie de la ville (ayant parfois cependant été abandonnés par leurs propriétaires exilés depuis le début du régime communiste), proche des zones industrielles nouvellement créées. La construction de ces nouveaux quartiers résidentiels par les structures de l’Etat donne une nouvelle dimension à la ville et à son paysage architectural, participant considérablement à son extension. C’est d’ailleurs au regard de l’histoire de la ville, un des projets urbains les plus considérables. Pour cette raison évidente, il semble difficile de parler aujourd’hui de cette ville sans considérer ces quartiers qui sont Bucarest et qui on un impact évident sur le reste de la ville comme le souligne Véra Marin. Cette architecture est donc un autre visage de la production architecturale construite sous le régime communiste, bien qu’à priori sans références plastiques aux constructions du boulevard de la Victoire du Socialisme et beaucoup moins médiatisée, et est un réel témoignage de cette période et de l’histoire de la ville. Derrière ce projet, la notion d’égalisation sociale est un facteur important comme Dan Ionescu le commentait 19 en 1987 :« Ce qui se passe véritablement en Roumanie c’est un exercice à grande échelle de remodelage social » .Celui d’un contrôle de la population semble l’être tout autant. En effet ces termes s’inscrivent pleinement dans la volonté citée précédemment de créer une sorte de société unique, où l’ouvrier serait au cœur du système politique, culturel et social roumain. Ces quartiers sont la réponse par la pierre de ce programme. Ces logements sont cependant répartis en catégorie (I à IV) selon la qualité et les équipements proposés, et donc les revenus de chacun. La mixité est quand à elle assurée, car les immeubles de différentes catégories sont regroupés au sein d’un même projet. En outre il semble que l’influence du mouvement moderne soit également très présente dans la production de l’architecture du logement. En effet l’architecture est une discipline qui a su rester ouverte à l’influence de l’ouest, notamment à la charte d’Athènes. Ces quartiers ont été crées selon les principes d’un urbanisme fonctionnaliste.

                                                             19

 

[Ionescu, Dan : «Romanian Situation Report/12 : Housing as political tool», 1987, p 30, dans 3200

18


19


20


ETATS DES LIEUX 1989, la transition

Après la révolution de 1989, l’état propose aux locataires de ces quartiers résidentiels de devenir propriétaires de leurs logements, pour un prix très bas, ce qui a généré un engouement phénoménal pour cette opération. Si cette mesure pourrait apparaître comme le gage d’une liberté retrouvée (en effet, auparavant les locataires ne pouvaient changer de logements qu’en inter-changeant ce dernier avec une autre famille volontaire) elle comporte cependant une face cachée beaucoup moins avantageuse. L’acte de propriété pour un pays au sortir d’un régime communiste est donc un bouleversement considérable. Alors qu’en 1990, seulement 67,3% de la population était propriétaire, en 1993 cette proportion atteignait 90% pour un taux actuel d’environ 97%. Mais aujourd’hui il semble évident que cette politique massive a eu des conséquences néfastes sur ce parc de logements. En effet, en achetant ces logements, les habitants nouvellement propriétaires se rendaient, sans en avoir une réelle conscience, responsables du devenir non seulement de leur bien mais également de l’état de l’immeuble et de la nouvelle copropriété, c'est-à-dire des espaces communs intérieurs comme extérieurs. Or ceci suppose un investissement financier conséquent au fil des années, d’autant plus important si l’on considère la qualité initiale de construction plus que médiocre, et que le temps n’a fait qu’aggraver. Les espaces communs, les façades, l’isolation sont les premiers postes touchés par ce laisser-aller. Cette privatisation a donc inévitablement entrainé un désengagement (conscient et volontaire) de l’état et des structures publiques dans l’avenir des ces immeubles, laissant des habitants impuissants face à leurs nouvelles responsabilités.

Aujourd'hui A l’heure actuelle personne ne connait réellement l’état dans lequel se trouvent ces immeubles,. Aucune étude ou relevé n’ont été effectués permettant ainsi une estimation du travail, du coût et des dégâts. L’accession à la propriété a également eu d’autres conséquences, notamment, l’apparition d’un phénomène de ghettoïsation progressif de ces quartiers (plus tardif qu'à l'ouest). Au départ conçus (comme nous l’avons signalé) pour être des lieux mixtes grâces à la juxtaposition de différentes catégories de logements, la propriété a eu tendance à rendre les habitants sédentaires, notamment les plus pauvres. Incapables de valoriser leur bien car dans l’impossibilité financière de l’entretenir, et donc dans l’impossibilité de le revendre ou d’en tirer un prix suffisant. En effet pouvoir acheter dans d’autres secteurs de la ville s’avère très difficile, louer tout autant si l’on en juge les loyers exorbitants comparés au niveau de vie moyen. Les habitants se retrouvent alors prisonniers de leur investissement, (ce phénomène n’est d’ailleurs pas éloigné de ce qu’a connu un grand nombre de grands ensembles français, à la différence que les habitants ne sont que locataires). Cette situation est nettement aggravée par les bouleversements économiques conséquents qu’a connu le pays dans sa phase de transition vers une économie libérale, plongeant les populations déjà modestes dans des situations financières toujours plus précaires. Lorsqu’on s’intéresse au profil des

 

21


populations vivant dans ces quartiers, on apprend que 58% y vivent depuis plus de 20 ans (dont 38% plus de 30 ans) et que seulement 20% ont acheté leur appartement récemment. Les projets communs sont donc difficiles à mettre en place, pouvant aisément se confronter au refus des habitants pour les raisons économiques citées mais également par un manque de coordination, notamment au niveau des associations de propriétaires, de leur gestion et de leur organisation aléatoires. De plus les retours vers la mairie sont rares et inefficaces, dus au manque d’une hiérarchie claire entre les interlocuteurs. Il parait donc évident qu’outre un problème économique majeur, le rôle et la place d’une volonté et de positions politiques semblent cruciaux, et qu’à ce jeu la Roumanie n’apparait pas, aujourd’hui encore, comme une bonne élève et ne fait pas preuve jusqu’alors d’une grande volonté. Il semble donc difficile de reproduire à une échelle locale, celle de l’immeuble ou quartier, des systèmes ou mécanismes soit inexistants soit qui ne fonctionnent pas dans les instances politiques générales de la Roumanie. Elle doit se chercher des modèles. La démocratie participative a encore un certain chemin à parcourir, et ce à toutes les échelles. Cependant l’implication des pouvoirs publics n’est pas à priori une évidence, vu le statut aujourd’hui privé des ces appartements, on peut se demander dans quelle mesure l’Etat ou la Mairie de Bucarest doit et peut intervenir dans un programme de rénovation. A cela s’ajoute un désengagement et un désœuvrement chronique des résidents, lassés et presque fatalistes, en attente d’un geste de l’administration. Ils semblent que ces quartiers se trouvent aujourd’hui dans une sorte de statuquo.

Cependant et depuis peu, les pouvoirs publics patrimoine vieillissant en lançant un programme urbaines ayant pour but ,à terme, de mettre en solutions efficaces, une sorte de « méthodologie » sur tout le territoire.

semblent de nouveau s’intéresser à ce d’étude de l’état actuel de ces aires place tout d’abord à petite échelle des qui pourraient par la suite être déployées

BERCENI ET LES AUTRES Mon choix initial c’est peu à peu trouvé conforté dans sa position par plusieurs éléments. Berceni est l’un des quartiers les plus représentatifs de cette masse urbaine, notamment par sa taille. C’est en effet l’un des plus vastes. Il semble indispensable d’appréhender la question de l’échelle. Dans la longueur maximale, c'est-à-dire d’est en ouest, il mesure 3,4 km, ce qui représente la distance entre la Concorde et la place de la Bastille à Paris. Ce quartier allait donc comporter des problématiques urbaines fortes étant donné son importance spatiale dans la ville. On ne parle plus d’un grand ensemble mais d’un véritable morceau de ville. De plus, et notamment par rapport aux vues aériennes d’autres grands ensembles présentées ici, Berceni présente moins de qualités spatiales dans le sens où Drumul Taberei et Titan sont organisés autour d’un élément fort et fédérateur, un parc. Ces derniers sont d’ailleurs répertoriés dans le guide l’architecture moderne de Bucarest au titre d’exemples représentatifs de la charte d’Athènes. Lors de mes recherches historiques dans les publications de l’époque, Berceni est quasiment absent. Seuls les premières phases du projet sont publiées mais avec très peu de documentation comparée à Balta Alba.

 

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23


24


Ma recherche d’un site à priori sans qualités intrinsèques s’avère donc parfaitement correspondre à Berceni. De plus, avec sa situation au sud de la ville, Berceni semble s’inscrire dans une problématique générale de la ville celle de l’ultra dynamise du nord face à la timidité des investissements aux sud. Berceni semble déjà avoir un rôle à jouer.

L’ARCHITECTE ET SON ROLE DANS LA SOCIETE ROUMAINE : CONSTRUCTEUR/ DESTRUCTEUR/ MEDIATEUR ?

Un désengagement des pouvoirs publics Vendu en masse après la Révolution à prix cassés, la plupart du parc immobilier de l’ère socialiste n’appartient donc plus à l’Etat, qui s’est ainsi habilement déchargé de ce patrimoine qui allait au fil des années devenir un fardeau économique et social. Les futurs propriétaires étaient loin d’imaginer l’ampleur de la tâche qui allait les attendre. De fait ils allaient alors devenir les maitres de l’avenir d’une grande partie de la ville, avenir compromis lorsque l’on connait la situation sociale et économique d’une grande partie des ménages, ainsi que celle du pays. Ceci explique aujourd’hui le désengagement de l’Etat dans ces quartiers qui « ne veut pas avoir à trouver de nouveau les ressources pour un problème onéreux qu’il pensait avoir résolu au moyen de la privatisation il y a 10 ans.» (Nations Unies, 2001, p 12) 20 » . La situation aujourd’hui est donc claire, il n’y pas d’argent pour ces quartiers. Aujourd’hui l’espoir semble permis, avec le lancement d’une consultation menée par plusieurs intervenants 21 pour une méthodologie applicable de manière plus ou moins systématique à certains problèmes des grands ensembles, particulièrement des espaces publics.

Les architectes fantômes « My point is that architect’s words have no public impact simply because they are not expected right words to re-connect architecture with real day-to-day life and people “ 22 La relation qu’entretient Bucarest avec les disciplines architecturale et urbaine est à la fois effroyable et fascinante, souvent violente, qu’elle s’exprime par la destruction ou la construction, qu’elle soit antérieure ou postérieure à 1989. Si la France et ses voisins occidentaux se sont à l’époque scandalisés des destructions du patrimoine de la vieille ville tout comme de la construction du célèbre Palais du Peuple et du Centre Civique, le tableau des 20 dernières années ne semblent guère plus glorieux.

                                                             20

In AMARA Anita : les grands ensembles de Bucarest, LOGEMENT OBSOLETE OU HABITAT ADEQUAT ?

Notamment Space Syntax Romania et Véra Marin pour l’ATU, qui m’ont permis d’accéder travail et à de nombreuses données. 22 In « ideals in Concrete », p 69 par Ana Maria Zahariade (cf. bibliographie) 21

 

25

à leur


L’architecte est donc celui qui de gré ou de force a participé à la construction communiste, il est celui qui permet la construction de tours de bureaux dans des zones protégées ou sur des parcelles initialement prévues pour d’autres activités. Plus grave encore il est rarement celui qui prend position sur la ville et son avenir, celui qui s’engage pour elle et pour ses habitants. Pendant des années la profession a connu une certaine léthargie, un vide de réflexion réelle, tous les projets étant orchestrés par « l’architecte suprême ». Les conséquences sont visibles dans la ville actuelle et dans la production architecturale et urbaine. L’architecte exécutant les ordres et idées du « Génie des Carpates » se trouve finalement aujourd’hui dans une position quasi similaire, où seul le maitre aurait changé remplacé par quelques groupes financiers mais où finalement les règles seraient du même ordre. Finies les lois de l’idéal-socialisme, la place est faite à celles de l’idéal-libéralisme, avec pour préoccupations principales des questions financières et des questions d’images comme le remarque Ana Maria Zahariade « Maybe as happened before the war they are

more concerned with aesthetics than with social matters. » 23

Bucarest soigne les plaies douloureuses du socialisme par un travail de forme et non par un travail de fond. Une majeure partie des professionnels et des investisseurs, avec la complicité d’une administration qui peine à sortir de la corruption 24 se trouve donc au service des capitaux, et toujours pas au service d’une ville et de ses habitants. Non seulement l’architecte doit réapparaitre sur la scène des débats publics mais il doit réaffirmer sa capacité à prendre des positions détachées d’autres intérêts que ceux de la ville et de ses habitants.

Un rôle de l’architecte hybride ? Dans le cadre de ma démarche de projet, de mes recherches et de mon instance sur place, la question du rôle de l’architecte est apparue très tôt bien que de manière tout d’abord implicite, avant de peu à peu s’affirmer comme une des questions centrales. L’intérêt d’un projet à Bucarest réside bel et bien dans son contexte spécifique, dans une compréhension de conditions particulières. Ma rencontre avec ces quartiers et précisément Berceni me pousse aujourd’hui plus que tout à défendre l’hypothèse suivante : l’architecte œuvre selon moi à améliorer le quotidien comme l’extraordinaire, la vie et ses conditions des habitants à quelque échelle que ce soit (immeuble, quartier, ville)

Or l’action purement architectonique n’est pas la seule réponse. L’architecte doit être capable de mettre en œuvre plusieurs moyens et procédés parfois à la limite de sa discipline même selon les cas, et les univers dans lequel il agit. Ses préoccupations sont récurrentes tandis que ses réponses auront pour qualité principale d’émaner du site et du contexte lui-même.

                                                             In « ideals in concrete » par Ana Maria Zahariade p 69 (cf.bibliographie) D’après le classement de l’ONG Transparency international, la Roumanie est une des pays les plus corrompus d’Europe ou 33% des roumains affirment avoir déjà versé de l’argent de manière illégale afin d’accéder à un service public. Sur le classement des pays les moins corrompus, la Roumanie se place 70ème sur 180 pays. (cf www.transparency.org) 23 24

 

26


Ainsi pourrait-on dans une certaine mesure comparer le rôle de l’architecte à l’œuvre du compositeur américain John cage « 4’33 » 25 , où l’œuvre est le fruit des spectateurs, du contexte du concert. Des bruits et chuchotements crées et provoqués par le silence du piano. Comparaison certainement extrême de mes intentions projectuelles, mais avant tout illustrative de la position détachée que j’entretiens dans le cas particulier de ce projet avec la construction effective. Peu à peu la position de l’architecte purement constructeur s’est donc retrouvée remise en cause d’elle-même pour envisager l’action au sein du projet d’une manière plus large, plus diverse, conséquence et suite logique du discours présenté jusqu’alors.

SUGGERER-IMAGINER-REVER-PROPOSER Telle est la démarche que je vais présenter ci-après. Il s’agit est d’une lecture analytique et révélatrice des potentiels du quartier amenant à en comprendre les enjeux, les possibilités et le futur. C’est un travail en amont qui appellerait certainement une suite, c’est en quelque sorte une étape obligée dans l’évolution de Bucarest en général et de Berceni en particulier.

                                                             25

 

Œuvre exécutée pour la première fois en 1952 par la pianiste Tudor.

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3)

__________________________________________Et ailleurs ? Digressions dans d’autres grands ensembles d’Europe de l’est. L’EXEMPLE BULGARE OU LE MIROIR ROUMAIN

Tout comme la Roumanie, la Bulgarie est entrée en 2007 dans l’union européenne. L’étude des grands ensembles bulgares présentent un certain nombre de points communs avec celle des grands ensembles roumains, notamment du fait de leur stade d’évolution relativement proche. Toute comme ses voisins roumains, les bulgares sont en majorité propriétaires (on estime le chiffre

a

93%

26

).

Cette

donnée

laisse

donc

supposer

l’apparition

de

mécanismes

d’appropriation et d’évolution étroitement lié entre les deux pays. La part de population moyenne résidant dans ce type d’habitation représente quand à elle environ 50% sur l’ensemble des villes du pays. S’ils sont propriétaires de leur logement, l’état reste cependant propriétaire des terrains sur lesquels sont construits ces complexes, entrainant donc comme le signale milena Guest un problème de double propriété, frein aux actions et aux projets. L’attribution d’un logement s’effectuait par affectation indépendante de la volonté des futurs locataires, ne choisissant ni l’appartement en lui-même ni sa localisation. Ces affectations au hasard aura eu la conséquence de créer une certaine mixité sociale au sein du quartier et même de l’immeuble. Cette mixité est aussi vraie au sein même du logement, notamment la mixité de générations, présente dans 35% des logements. Une fois le logement attribué, il était impossible d’en changer à moins de procéder à un échange avec une famille consentante, procédé identique à Bucarest, et même dans les vieilles maisons nationalisées de la Havane, où l’’on voit encore aujourd’hui des panneaux sur les façades proposant cet échange. Un des problèmes majeurs du grand ensemble bulgare est qu’actuellement on recense un pourcentage non négligeable de d’occupation des logements par plusieurs familles soit

31%.

Comme dans la politique roumaine jusqu’alors, le logement n’est pas une préoccupation prioritaire pour les pouvoirs publics (il existe peu ou pas de constructions de logements financés par l’état). Cette sur-occupation des logements montre bien le fossé qui sépare encore la Bulgarie de ses voisins d’Europe de l’ouest.

                                                             In DUFAUX Frédéric, FOURCAUT Annie (dir.), Le monde des grands ensembles. France, Allemagne, Pologne, Russie, République tchèque, Bulgarie, Algérie, Corée du Sud, Iran, Italie, Afrique du Sud'',Paris,Éditions Créaphis,2004

26

 

29


Une partie des terrains abandonnés, vides faute de constructions d’équipements nécessaires aux quartiers ont été ensuite récupérer pour la construction de nouveaux immeubles 27 , rentabilisant encore plus ces zones pour répondre ainsi à la demande croissante de logements. Aujourd’hui, après une politique de privatisation de ces terrains on assiste à une relance de la construction au sein de ces quartiers, mise en place par les pouvoirs publics dont «

la

préoccupation politique se borne à la quête d’investissements étrangers qui apparaissent comme la seule ressource fiable pour assurer la transition entrepris par le pays. » 28 On assiste donc à la construction d’un certain nombre de complexes (répondant au schéma typique Mall-Bureaux-hôtels) dont le profit est uniquement destiné à la mairie. Bien qu’on ne puisse nier l’existance d’un impact positif tel la création d’emplois, l’absence d’initiative publique à destination des citoyens est frappante et alarmante. Comme dans le cas roumain il semble donc que les pouvoirs publics (locaux ou nationaux) peinent à faire la part des choses et à proposer une mixité des investissements, et des nouvelles constructions.

Bien que la ville se soit dotée aujourd’hui d’un plan d’organisation du territoire, aucun chapitre ne concerne ces grands ensembles et leur intégration dans une vision de « métropole européenne ».

Lorsque l’on interroge les Sofiotes sur l’avenir de ces ensembles et la méthode de concertation que l’on pourrait mettre en place, une large majorité serait favorable à la création d’associations des habitants, relai des décisions prises en amont, tout en pensant que dans le cas précis des complexes d’habitations que nous étudions l’éfficacité serait moindre.« le rôle des habitants dans ce processus (de transition), bien qu’ils soient propriétaires de leurs logements, est largement sous estimé par les pouvoirs publics. » 29

Selon Milena Guest il existe une réelle confusion entre ce qui tient de l’initiative et de l’enjeu public ou privé, individuel ou collectif. Chacun tend donc à trouver une manière alternative à l’amélioration de son quotidien. En ce qui concerne le logement en lui-même, on remarque également une grande part d’investissement et d’appropriation en ce qui le concerne.

                                                             Voir Berceni page précendente. In DUFAUX Frédéric, FOURCAUT Annie (dir.), Le monde des grands ensembles. France, Allemagne, Pologne, Russie, République tchèque, Bulgarie, Algérie, Corée du Sud, Iran, Italie, Afrique du Sud'',Paris,Éditions Créaphis,2004 , p172 Milena Guest 29 In DUFAUX Frédéric, FOURCAUT Annie (dir.), Le monde des grands ensembles. France, Allemagne, Pologne, Russie, République tchèque, Bulgarie, Algérie, Corée du Sud, Iran, Italie, Afrique du Sud'',Paris,Éditions Créaphis,2004 , p172 Milena Guest 27

28

 

30


Les photos prises dans les grands ensembles bulgares pourraient tout à fait représenter les phénomènes d’appropriations que nous avons rencontrés dans les grands ensembles roumains. Les pouvoirs publics sont évidement peu friands de ces appropriations sauvages mais qui reflètent pourtant un réel besoin et des manières de vivre.

Elle

pointe

également

le

doigt

sur

un

des

problèmes

majeurs

empêchant

un

réel

renouvellement urbain, l’absence d’un intermédiaire, entre l’échelle de la ville et celle des habitants eux même. Cette distance empêche donc tout projet négocié et concerté, du fait d’un décalage entre réalités et volontés politiques.

Le marché au sein de ces quartiers semble avoir un rôle et un impact relativement important vu la fréquentation régulière des habitants. Le marché apparait comme « l’agora » de ces grands ensembles, où les gens se parlent, se rencontrent.De plus, la transition démographique qu’a connu l’Europe de l’ouest n’est pas encore arrivée en Europe de l’est (notamment Bulgarie et Roumanie).

LA POLOGNE ET LE ROLE DE L’ETAT IMPLICITE

Alors que dans la majeure partie des états socialistes, notamment la Roumanie, l’état a pris en charge la construction de logements, en Pologne, l’état délégua ce rôle à des coopératives, qui étaient par la suite chargée de leur entretien et sont encore actuellement propriétaire de la majeure partie de ces ensembles.

La particularité polonaise de multiplication des acteurs lors de la construction et de la gestion connut cependant un revers lors de l’alignement de la Pologne sur les politiques staliniennes aux premières heures de l’URSS, avant de renaître grâce à ces coopératives dans les années 55-60. Cependant, ces coopératives héritées d’une tradition urbaine polonaise antérieure au communisme se trouveront engloutie par l’appareil d’état, devenant un outil de plus au contrôle de la population polonaise. Alors qu’en 1980 les coopératives produisaient 70% des logements en Pologne, elles n’en distribuaient que 30%. Ceci peut en partie s’expliquer par le fait que l’état intervenait dans les décisions d’attribution, pouvant décider ainsi de loger une partie de ses fonctionnaires, faisant abstraction des listes d’attentes et de demandes établies.

C’est à cette période que s’intensifia comme partout ailleurs la production de logements, alors que l’implication financière de l’état diminuait, privilégiant donc la quantité à la qualité et renvoyant le travail et la construction aux coopératives. Selon Lydia Coudroy de Lille,

 

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aujourd’hui entre 50 et 70% des polonais des villes y habitent. Ces grands ensembles (mot apparu en Pologne dans les années 70 ) étaient conçus pour environ 50 000 personnes.

Du fait d’une demande croissante de logements, la construction d’équipements et de services de base se faisait attendre privilégiant la création de nouveaux logements, ainsi « souvent,

la crèche s’avérait achevée quand la majorité des enfants étaient en âge scolaire »

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La seule exception architecturale, rompant la monotonie du paysage, est la présence d’églises, parfois importantes 31 .

Alors qu’en Roumanie, la mixité sociale, et la répartition aléatoire des familles semblent avoir été mise en place, le cas polonais assume quand à lui une différentiation des classes, non pas au sein des immeubles, mais à l’échelle même du quartier. Les classes ouvrières étaient logées à proximité des complexes industriels alors que les classes intellectuelles étaient réparties dans d’autres ensembles, souvent plus agréables, bien qu’au paysage architectural peu différent.Depuis la chute du bloc, ce système coopératif à été sérieusement mis à mal du fait d’un certain désengagement financier de l’état, ayant d’une part des conséquences sur le patrimoine existant mais aussi sur la production de nouveaux logements.

En ce qui concerne le patrimoine existant, les coopératives sont alors obligées d’augmenter les prix des loyers tandis que la production de nouveaux logements tend à se faire sous des formes identiques à celle de l’époque socialiste.

Une certaine continuité se fait donc

sentir depuis la chute du bloc socialiste.Les quartiers dont certaines parties étaient inachevées sont aujourd’hui sujets à une nouvelle vague de densification. Les espaces destinés hier aux équipements sont aujourd’hui colonisés par des multiplexes ou des lotissements

fermés.Du

fait

d’une

certaine

distinction

de

base

dans

l’attribution

des

logements, certains quartiers se retrouvent dans des états de dégradation nettement plus avancés.. On retrouve certains phénomènes d’appropriation précédemment exposés (jardins spontanés, parking sauvage)

 

                                                             D’après Lydia coudroy de lille, In DUFAUX Frédéric, FOURCAUT Annie (dir.), Le monde des grands ensembles. France, Allemagne, Pologne, Russie, République tchèque, Bulgarie, Algérie, Corée du Sud, Iran, Italie, Afrique du Sud'',Paris,Éditions Créaphis,2004

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On en trouve également dans les grands ensembles roumains, plus discrètes et modestes.

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Après tout cet exposé visant à instaurer un contexte, expliquer un choix et son intérêt, au fur et à mesure de mes visites dans le quartier, des promenades accompagnées et éclairées, des investigations orientées, la question du choix d’une échelle d’intervention est devenue récurrente voire centrale. J’ai petit à petit défini certains axes d’analyse du quartier me conduisant à penser qu’il était difficile d’en privilégier un par rapport à un autre et qu’un regard à l’échelle de l’habitant était indissociable de celui à l’échelle de la ville. Il semblait donc s’avérer impossible de proposer un ravalement de façades d’immeubles sans considérer de manière plus globale ces problématiques, tout comme dynamiser ce quartier par de nouveaux équipements sans imaginer le quotidien des habitants. Il est difficile de ne pas se laisser impressionner face au gigantisme et à l’ampleur de la tâche, à sa complexité. De plus, et par l’expérience que j’ai pu faire de cette ville en y travaillant et en la parcourant, le rapport au quotidien avec la construction est assez négatif et souvent synonyme de nuisances, de combats, de spéculations. De ce fait, mon projet de fin d’études a rapidement commencé à s’orienter, dans un premier temps, par un refus d’un projet d’architecture classique de plus. J’entends par cela que mon diagnostic n’allait pas servir l’implantation de quelque édifice mais allait tendre d’avantage à laisser s’exprimer le site, ses occupants et dessiner peu à peu lui-même son avenir. Les réponses figées n’allaient pas être mon but principal, cherchant même à soulever le plus possible de nouvelles questions et de mettre en place ce que j’appelle un

IMAGINAIRE DES POSSIBLES Sur ces territoires quelque peu abandonnés. Cette intention allait devenir le guide principal de ma démarche. Je vais donc présenter ci-après les trois échelles qui se sont petit à petit affirmées, de manière indépendantes au départ pour finalement se retrouver inévitablement liées au fur et à mesure de l’avancement du travail. Les trois échelles qui m’ont semblé pertinentes sont celle la ville, BUCAREST, du quartier proprement dit, BERCENI, et enfin celle de l’immeuble, le BLOC.

 

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« BUCAREST, une ville où rien n'est droit, où tout va de travers, la politique et les rues » Paul Morand

 

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1)____________________________________Bucarest CONTEXTE Une ville en mutation et en effervescence

Bucarest est une ville qui se développe et mais surtout qui se cherche. Comme nous l’avons progressivement exposé auparavant, par la présentation d’exemples, l’explication du contexte roumain, de sa société et de ses enjeux, ces quartiers ont un véritable rôle à jouer dans l’avenir de la ville. En effet à l’heure où la ville souhaite se développer pour atteindre ses ambitions de métropole européenne, de ville reconnue à l’échelle internationale, il semble qu’elle ait choisi un chemin hasardeux. Aujourd’hui toute l’attention se tourne vers la construction de « mégas projets » majoritairement dans le centre ville, ou dans le nord traditionnellement plus chic. Ces projets sont principalement des édifices de bureaux « tape à l’œil », des "malls" toujours plus grands et des résidences toujours plus luxueuses. Il existe peu de réflexions sur la ville existante (on commence tout juste à timidement rénover le centre historique, Lipscani) On cherche à travers ces nouveaux édifices à construire une nouvelle image pour la ville, surtout à effacer celle du passé. La ville prétend à un développement du tourisme et la Mairie engage d’ailleurs une « certaine » politique visant un tourisme de luxe, et par conséquent les hôtels et la ville qui vont avec. Bucarest manque cruellement d’initiatives publiques, d’investissements durables après des années d’actions purement étatiques, nous sommes passés du tout au rien. Le Mall serait-il aujourd’hui la seule réponse aux terrains restés vacants ? La ville qui se dit rivaliser avec les plus grandes métropoles européennes, manque pourtant cruellement d’équipements, des plus simples et quotidiens, aux plus symboliques 32 . Malls, grands hôtels et places financières se multiplient donc dans la ville, même là où on ne les attend pas. L’exemple de la Casa radio, est assez significatif. Ce bâtiment inachevé de l’époque Ceausescu, qui devaient accueillir tous les musées de Bucarest est aujourd’hui le lieu d’un futur « méga » projet, qui scinde la carcasse du bâtiment en deux parties afin d’y insérer une grande roue, un grand nombre de bureaux, un centre de shopping et des logements de luxe. Programme peu original, mais à une échelle gigantesque. Tout comme le projet Esplanada, il vise à remplacer les symboles passés par de nouveaux symboles, icônes illusoires d’un rêve métropolitain.

De l’importance et du poids de ces quartiers

Une des caractéristiques de ce quartier, frappant tout d’abord l’esprit et l’œil du néophyte est sa relation à la ville en général et au centre ville en particulier. A la ville tout d’abord. Ce quartier héberge 201 066 Bucarestois, soit environ 1/10ème de la population de Bucarest. C'est donc une partie importante de la ville, qui à une place non négligeable dans la vie et le développement de cette dernière. Ce quartier est cependant loin d’être une ville dans la ville, et d’être autonome, et sa place tend même à diminuer). Il dispose de commerces suffisant pour la population, mais d’aucun équipement destiné à améliorer le quotidien ou à distraire. Cette remarque est récurrente dans les entretiens avec les habitants, se plaignant souvent de n’avoir comme unique distraction, le Mall.

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Voir dans les annexes des exemples de projets actuels à Bucarest.

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Berceni est en revanche relativement bien connecté au centre ville, du moins la partie disposant de stations de métro. Il faut environ une quinzaine de minutes pour rejoindre le centre ville. L’enclavement par le transport n’est donc pas une réalité dans ce quartier, comme cela est le cas dans un certain nombre d’exemples étrangers, notamment dans certains grands ensembles français, dont le problème majeur est l’enclavement et l’inaccessibilité. Cependant, un certain nombre d’éléments tendent à donner le sentiment d’une séparation nette de ce quartier du reste de la ville, notamment les deux grands « espaces verts » 33 présents au nord-est du quartier. Au sud, en bordure directe des blocs de béton, la fin de la ville planifiée, le début d’un petit chaos spontané, mélange de petites maisons, vieilles usines, terrains vagues et d’un vent spéculatif récent. Berceni peut donc tout de même se vanter aujourd’hui d’attirer les investisseurs en accueillant un nouveau Mall au nord du quartier (alors qu’un Carrefour gigantesque est déjà implanté au sud) et les Monaco towers, résidence de luxe, entre industries et ville qui s’étale, au sud. Il existe en outre une multitude de petits projets locaux et spontanés faisant apparaître dans certains endroits improbables des édifices de bureaux ou des maisons privées. Enfin, Berceni est aussi un passage obligé vers le sud du pays et la Bulgarie. Ses grandes avenues sont donc abondamment fréquentées par les voitures à longueur de journée. La question que nous nous posons à présent est donc :

Ou plutôt :

Berceni peut-il jouer un rôle à l’échelle de la ville ? Berceni peut-il jouer un AUTRE rôle à l’échelle de la ville ?

QUELS PROGRAMMES POUR BUCAREST ? De mon expérience de la ville et de mes recherches est née la réflexion autour de la possible implantation d’un équipement à l’échelle de la ville dans ce quartier, participant à un projet de ville et développement de cette dernière. La part militante et revendicative de ce projet est évidente. Comme toujours à Bucarest, les autorités en place semblent oublier ce qui a été construit précédemment et s’attachent sans cesse à s’en débarrasser, que ce soit par la destruction, ou par tout simplement l’oubli et la négation. Un équipement à l’échelle de la ville pourrait être une manière de mettre ce quartier précisément, et ces quartiers plus généralement, en lumière et de réveiller ces morceaux de ville tombées dans une certaine léthargie. Cela serait d’une certaine manière une proposition alternative aux nombreux projets en place actuellement, une révélation des possibilités, des disponibilités foncières et de l’intérêt qu’elles peuvent susciter.

Suggestions                                                              33

Le parc de Tinerentului, le plus au nord, et le site de Vacaresti, terrain vague vestige à sa manière de l’ère Ceausescu, dont nous parlerons après.

 

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Un certain nombre d’équipements ou de programmes publics pourrait être envisagé, étant donné les lacunes de Bucarest en la matière, comparée à d’autres capitales européennes. Si l’équipement culturel apparaît souvent une réponse facile à des questions programmatiques dans un contexte Ouest-européen, Bucarest est loin d’être envahie par ce type de projets. Je souhaitais tout d’abord faire un point sur les programmations possibles et plausibles pour la ville. La question du théâtre pourrait être l’une des réponses pertinentes, dans une ville où toutes les scènes sont concentrées au centre de la ville, et où la culture littéraire fait partie intégrante de la culture roumaine. Plus largement la question des arts de la scène se pose, à nombre égal d’habitants une rapide comparaison entre l’offre parisienne et l’offre bucarestoise laisse penser que ce secteur est loin d’être développé à son maximum dans la capitale roumaine et surtout mal réparti dans les 228 km² de la ville. Le musée semble lui aussi pouvoir trouver sa place surtout dans le cadre du développement touristique souhaité par la municipalité. Cette ville aujourd’hui peine à attirer et séduire, du fait notamment d’un certain complexe d’infériorité vis-à-vis de ses voisines Budapest ou encore Prague. Bucarest pourrait ouvrir la voie à un autre tourisme et miser sur de nouveaux quartiers, en les mettant en lumière, proposant un autre tourisme que celui du château de Prague ou des vieilles rues de Buda. 34 D’après mon expérience, je pense qu’il existe un vrai potentiel pour ce tourisme culturel et conscient. Inscrire un musée dans ce quartier attirerait d’une les Bucarestois et touristes dans d’autres lieux de leur ville, et permettrait en outre de donner une nouvelle image à ces quartiers et surtout une fonction alternative au quartier-dortoir.

Focus sur une idée de musée

Je souhaite appuyer ces suggestions programmatiques par quelques pertinents notamment sur le type de musée susceptible de s’implanter à Berceni.

exemples

Deux exemples, se référant chacun à des contextes différents me semble assez pertinent et peuvent trouver écho dans ce quartier. Le premier projet est l’Opkoljeno Sarajevo (musée du siège de Sarajevo, rattaché au musée d’histoire). Ce projet de musée m’intéresse dans le sens où il résulte d’une participation active des habitants de la vile, qui ont amené des souvenirs, des objets de leur quotidien à cette époque. Ainsi, des situations sont récrées, des affiches de l’époque de résistance de la ville. Ce musée dispose d’une salle pas plus, et parle de lui-même sans artifice. Ce musée est donc le fruit d’une volonté publique et nourrit de l’investissement des habitants et de leur implication. Un autre projet est celui du MUVIF 35 à Ifigha en Algérie, décrit par sa conceptrice cidessous : « Un projet souhaité collectif, plus que communautaire MU : Comme Musée – Mu c’est aussi un symbole largement utilisé en sciences : En mathématiques statistiques, MU symbolise l’espérance ou la moyenne. V : Comme Vivant, car l’objectif poursuivi est de faire revivre des savoirs-faire. IF : Comme Ifigha, petit village de grande kabylie (Nord-Est de l’Algérie), accroché à 1500m d’altitude.

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Quand Budapest enregistre 1.8 millions de touristes étrangers en 2006, Bucarest en enregistre 450 000 en 2005, sachant cependant que 90% de ces derniers y sont dans le cadre du tourisme d’affaire, rabaissant le nombre de touristes à 50 000 par an. (d’après le rapport « Bucarest, un désastre urbain et les chiffres de offices de tourisme) 35 Par l’agence d’architecture http://www.next-step-architecture.fr ,

 

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Derrière ce projet, deux volontés : La première : Redessiner la mémoire et ressouder le temps : celui d’avant et celui de maintenant. Un lieu pour lutter contre l’oubli et pour raconter, les rites, les croyances, les symboles, les chants et les objets d’un quotidien, d’un temps qui ne cesse de se conjuguer au passé. Exhumer les trésors d’une culture, que la modernité et ses avatars de grande série réduisent peu à peu, au silence La seconde, est d’impulser une nouvelle économie basée sur la renaissance et la perpétuation de tous les savoirs spécifiques, liés à l’identité territoriale d’Ifigha et pas seulement à l’identité culturelle. L’originalité de cette démarche réside dans la volonté de donner un futur, à ce territoire, qui puisse transcender la dimension rurale au profit d’une dimension.

Enfin, je souhaitais présenter un ultime exemple, d’un musée assez confidentiel situé à Timisoara, dans l’ouest de la Roumanie, à proximité des frontières serbes et hongroises. Le Musée de la Révolution de 1989, a vu le jour grâce à une ONG, l’Association du Mémorial de la Révolution 16-22 décembre 1989 à Timisoara. C’est un musée que rien ne semble vraiment indiquer, presque invisible pour l’œil du promeneur ou de l’habitant bien que situé en centre ville. Dans ce lieu ont été rassemblés de nombreux documents et archives sur la révolution, ainsi qu’une impressionnante collection de vidéos et reportages sur ces événements qui ont, rappelons-le, débutés à Timisoara. Des salles bricolées mais une richesse extrême qui a d’ailleurs attiré l’ambassadeur du Japon en Roumanie, unique visiteur présent lors de ma visite. Une telle démarche pourrait largement avoir sa place dans une structure dans la capitale. Si la révolution commença à Timisoara, elle finira à Bucarest, pourquoi ne pas y créer un pendant, capable d’accueillir le fond colossal de cette ONG ? Berceni pourrait-il être un lieu de réception de cette initiative, en tant que trace d’une partie de cette histoire ? La thématique commune à ces 3 programmes de musées est celle de la personne. Chacun s’articule autour de l’homme et de son patrimoine (historique, culturel, personnel..) Cette idée de musée pourrait faire écho au musée présent dans le nord de la ville « du paysan roumain » en complétant en quelques sortes l’histoire roumaine, par son passé récent voir son présent. Cette idée programmatique est celle que je soutiens le plus à l’échelle de la ville, car pertinente et selon moi efficace dans un travail d’éducation des nouvelles générations. Ces suggestions et références programmatiques découlent en partie de mon expérience sur place, des rencontres et des discussions avec des bucarestois, qui ont notamment nourri la partie précédente.

 

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A LA RECHERCHE DES LIEUX OUBLIES DE BERCENI Comme nous l’avons vu précédemment, du fait de l’inachèvement de nombreux programmes, notamment d’équipements, une certaine réserve foncière est disponible (tant qu’elle n’a pas été entièrement consommée par la spéculation effrénée). J’ai donc dans un premier temps balayé le quartier à la recherche d’espaces, de terrains, de lieux avec un certain potentiel et des enjeux urbains intéressants. Suit ci-après la présentation sous forme de carte d’identité de 5 futurs (hauts)-lieux de Berceni.

 

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L’intérêt de ce site est son environnement. Il est situé au cœur de la ville, et ne présente aucun « atout » à la base. Nous somme ici au cœur de la monotonie décrite précédemment, pas d’échappée visuelle mais une continuité impressionnante et apparemment infinie. Au cœur de cette monotonie dense, mais cependant végétalisé reste un terrain libre qui semble ne pas avoir connu l’aboutissement du projet. Comme tous les terrains vides à Bucarest, et surtout depuis quelques années, ils n’ont pas vocation à le rester très longtemps. En effet plusieurs constructions officielles ou spontanées gangrènent petit à petit cet espace. En plus de ces constructions, une barre d’habitation conséquente est présente au milieu du terrain ainsi que les constructions évoquées plus haut. Le terrain n’est donc pas totalement vierge de constructions et d’occupants, et c’est peut-être l’un de ses atouts principaux. Comment reconnecter le tissu existant à un nouveau projet ? En effet ce lieu est un très bon exemple du vide réflexif actuel sur les terrains vierges, et agir sur cet espace pourrait constituer une sorte de projet manifeste, de mise en rapport « avant-après », ou « avec ou sans réflexion ». Agir dans les profondeurs de ce quartier serait aussi un acte fort de la part des décideurs publics. Cependant, et du fait qu’il ne soit pas desservi par le métro, cela le rend plus difficile d’accès depuis le centre ville, mais relativement bien connecté au reste du quartier par les bus et trolley bus à proximité immédiate. Ce site aurait donc peut-être vocation à accueillir un programme à une échelle plus modeste, c'est-à-dire celle du quartier, et des quartiers voisins (le sud de Berceni par exemple)

Suggestions programmatiques__________________________________Un moteur local ? Véritable respiration au sein du quartier, ce lieu pourrait sembler destiné à le rester et être préserver sous forme de parc (autour de l’église un petit jardin potager à été aménagé). Il ne semble pas invraisemblable d’imaginer son développement à une plus grande échelle, éventuellement soutenu par la petite église étant donné son importance dans la vie des roumains. Cependant, sa position centrale au cœur de cette zone du quartier, peut laisser imaginer qu’un équipement local pourrait également être pertinent, notamment pour les loisirs (équipement sportif ou petit équipement cult un poco de amor francesurel )

 

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Situé au nord du quartier, la Piata Sudului porte mal son nom. Plus qu’une place c’est avant tout un véritable capharnaüm. Le chantier d’un nouveau Mall fait face à une place de marché vétuste mais cependant très fréquentée, populaire et appréciée. La place du piéton est quand à elle hasardeuse, et il s’avère très difficile de traverser les grandes avenues qui se croisent à ce carrefour. Devant une barre grise, recouverte d’une publicité colorée ventant un nouveau Casino, un parking sauvage accueillant une station informelle de micro bus à destination du Sud de la ville Piata Sudului est un exemple de plus du pari effectué par les investisseurs sur le Mall comme réponse programmatique unique et presque magique lorsque qu’un espace présente des enjeux intéressants. Les pouvoirs municipaux quand à eux s’alignent y trouvant certainement leur intérêt. Le Mall, serait-il le sauveur de l’ennui des Bucarestois ? De plus ce lieu présente un réel enjeu au niveau de l’espace public et des circulations, de toute évidence non envisagés par le chantier en cours. C’est le carrefour de nombreux moyens de transports de la ville comme du pays (bus, métro, car, tramway, routes..)

Suggestions programmatiques__________________________________Symbole urbain ? Une des orientations programmatiques ce lieu pourrait la réorganisation de ce carrefour en créant un pôle intermodal conséquent incluant des petits programmes locaux comme la réhabilitation du marché existant, ou encore créer une réelle station de microbus. La question symbolique est également importante, du fait de la position stratégique du lieu par rapport à la ville. Doit profiter de cette situation, la souligner ?

 

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Comme souvent à Bucarest les façades imposantes des grands boulevards savent réserver de nombreuses surprises, parfois intimes parfois stupéfiantes. A l’est de Berceni, en s’aventurant derrière le dernier alignement d’immeubles, apparaît petit à petit un terrain vague sur lequel émergent déjà de nouvelles constructions anarchiques. Mais ce terrain n’est en réalité que l’antichambre d’un terrain d’une toute autre échelle, Vacaresti. Ce vide possède en réalité une forte valeur historique, résultant d’une démolition prématurée du complexe monastique présent par Ceausescu afin d’en faire un bassin. Comme un certain nombre de projets de l’ère communiste, il ne fut pas achevé, et reste en l’état depuis 1989. Aujourd’hui, c’est une immense plaie qui sépare deux morceaux de ville conséquent Berceni et Balta-Alba (Titan). Cette antichambre offre en plus d’une vue sur cet espace « hors-norme », un panorama sur le grand ensemble infini, comme si Berceni se reflétait dans un miroir, infiniment. Un lieu indéniablement fort et captivant, qui risque peu à peu d’être gangréné par la prolifération (encore une fois) anarchique des constructions.

Suggestions programmatiques_____________________________l’observatoire de la ville ? Ce lieu est incontestablement dédié à la contemplation des habitants mais aussi pourquoi pas des bucarestois en général. Il pourrait être une sorte d’observatoire de la ville, sous forme de parc, ou de petite structure paysagère et construite, relative à l’histoire du lieu et de la ville. Malgré un environnement apparemment brutal, c’est une véritable respiration dans le chaos bucarestois. Ce lieu pourrait également être le moteur d’un projet plus vaste concertant l’avenir de Vacaresti.

 

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Piata Berceni-Oltenita, une petite place de dans Bucarest, et dont le rôle dans la vie une optique d’achat. Ce sont en quelques espace public voué à la rencontre et aux trottoir.

marché, comme il en existe un certain nombre quotidienne est essentiel, et pas seulement dans sortes des vestiges de la place du village, d’un discussions improvisées au détour d’un bout de

Ce petit marché quelque peu bricolé, constitué d’un amas de petits pavillons et kiosques construit au fur et à mesure des besoins adjacents à une halle maraîchère. On y trouve de tout, de l’alimentation aux cierges, en passant par les vêtements. Derrière, en retrait de la rue, se trouve un espace pour enfants plus ou moins récent et fortement utilisé et un espace destiné vraisemblablement aux jeux de ballon, assez sommaire le tout entouré par de nombreuses voitures. Un des enjeux de cet espace est indéniablement son caractère social, et son implication dans une vie de quartier. Comment le requalifier tout en y apportant peut être une dimension à l’échelle de la ville du fait d’un espace foncier disponible important (Comme de coutume, on a vu apparaitre un petit immeuble aujourd’hui à louer sur une partie du terrain de jeux pour enfants) Ce lieu ne serait-il pas un point de rencontre intéressant entre Bucarest et Berceni ?

Suggestions programmatiques__________________________le retour de la place publique ? La reprise du programme existant semble évidente et indiscutable. Le marché est essentiel et pourrait être développé d’avantage en insistant sur ses qualités sociales. Un travail sur l’espace public semble opportun, quand on sait l’importance du vivre dehors, et le manque d’espaces communs officiels et publics.

 

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Aparitorii Patriei est le point de jonction entre la fin de la ville planifiée et le début de la ville spontanée et anarchique. Les derniers géants de bétons font face aux industries lointaines, aux zones pavillonnaires, aux terrains vagues en attente de constructions. C’est un endroit stratégique et à la rupture violente. C’est de plus une station de métro, engendrant ainsi toute une effervescence (la encore spontanée) autour de l’unique bouche de métro. Petits commerces, kiosques et stands à la sauvette. C’est également un carrefour important, croisement de grandes avenues desservant tout Berceni mais aussi une porte de sortie de la ville. Arrivé à Aparitorii Patriei, Bucarest est derrière nous. Un vestige d’équipement public se trouve à l’extrémité de Berceni (cf. photo panoramique). Anciennement centre culturel durant la période communiste, il accueille aujourd’hui les bureaux d’une chaine de télévision et une université privée de mauvaise réputation, et est entouré d’une pelouse où aucun n’habitant ne s’aventure. Ce bâtiment est en quelque sorte un vestige des équipements prévus initialement et non construits pour la plupart.

Suggestions programmatiques____________________________________le lien urbain ? La pelouse et le contexte urbain laisse imaginer qu’un parc pourrait être opportun. En effet, la zone d’Aparitorii Patriei est l’une des dernières construites et donc l’une des plus denses. Si dans d’autres parties de Berceni, comme nous l’expliquerons plus tard, la végétation est omniprésente, c’est loin d’être le cas dans cette zone. Les arbres se font rares, et aucun parc à proximité n’existe excepté le « no man’s land » qui faute de mieux accueille quelques promeneurs Cependant sa situation stratégique — du fait de sa connexion au métro — et symbolique — la « fin de la ville » — laisse envisager la possibilité de programmations supplémentaires et pourquoi pas, une densification du bâtiment existant. Enfin, c’est ici que l’on peut également tenter de relier les deux villes, Bucarest planifiée et Bucarest spontanée, du moins de réfléchir à un possible élément connecteur.

I M A G I N A I R E

D E S

P O S S I B L E S

Bucarest versus Berceni Nous avons donc exposés ici les deux parties du premier axe de ma démarche. D’un côté une ville et une société avec leurs capacités de développement conséquentes, leurs lacunes aussi. De l’autre un quartier offrant des lieux à l’avenir incertain, mais aux potentiels évidents.

 

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Ces questions programmatiques sont presque de l’ordre de la réconciliation urbaine. Comment créer un équipement pour les Bucarestois mais à Berceni ? Comment faire accepter ce projet par les habitants sans qu’ils le vivent comme une spéculation de plus (bien qu’en réalité à des fins différentes), et comme une provocation à l’égard de leurs préoccupations les plus immédiates ? Je m’interroge donc sur la possible mixité de cet équipement qui semble s’imposer de fait après ce que nous venons d’étudier. Il s’agit d’une certaine manière d’un compromis entre l’édifice étendard et symbolique pour la ville, et l’usage quotidien du quartier et de ses habitants. Créer des programmes hybrides basés sur la mixité des usages semble être une réponse intéressante, permettant d’allier les stratégies locales aux stratégies globales. C’est ici que commence le premier « imaginaire des possibles ». Défi architectural, enjeu social, un tel édifice serait un lien tissé entre les habitants et leur ville, une revalorisation de ce qu’ils sont à travers leur ville, et leur quartier. Le jeu consiste ensuite à « mixer » les différents programmes sur les terrains présentés, comme le reflète le schéma suivant.

 

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« Chacun croit que sa propriété commence à partir de la porte de son appartement seulement. Mais l’enceinte est la nôtre également. Aux gens, ça les intéresse pas ce qui se passe dans les espaces communs. (…) Moi j’ai l’intention de refaire cette entrée-là, de peindre les portes, de peindre aux escaliers, comme ça, que ça soit, quand quelqu’un entre, la carte de visite d’un bloc et d’une habitation. En vain l’habitation est luxe, et quand tu entres dans l’immeuble c’est comme dans une étable. »36

                                                             36

 

  [t.d.a.] ( citation d’un entretien dans le cas de l’immeuble 311, Mihailescu, Vintila & al.,  1994, p79) 65


2) ______________________________________Berceni UN BERCENI, DES BERCENI Après avoir envisagé le quartier depuis la ville de Bucarest, il semble temps d’y pénétrer réellement et de comprendre ses enjeux internes, ceux de ses espaces publics, et de sa vie, ses ambiances, ses couleurs. L’obstacle principal des projets dans ces quartiers est le vide juridique qui y règne, et qui a justifié pendant des années l’immobilisme. En effet aujourd’hui personne ne sait exactement qui est propriétaire des espaces extérieurs, une fois la porte de l’immeuble franchie. Personne ne sait donc qui est responsable de ces espaces et de leur entretien. De fait « la légende » veut que ces espaces extérieurs soient propriétés de chacun des habitants d’un bloc, mais l’on peut se demander où commence la propriété d’un immeuble et où finit celle de son voisin. La question, loin d’être élucidée (tout comme un certain nombre de questions similaires à Bucarest) est un cadre propice à l’apparition de petites architectures qui poussent comme de la mauvaise herbe. A cela s’ajoute de nouveaux phénomènes tels que la rétrocession de terrains abandonnés ou confisqués sous le communisme, entraînant la construction de demeures privées au cœur des blocs et sur l’espace commun supposé appartenir à tous. C’est donc dans ces conditions qu’il faut aujourd’hui réfléchir à une réhabilitation de ces quartiers, dans un cas où la législation freine plutôt qu’encourage, et où l’état reste spectateur. Depuis le début de l’exposé, nous envisageons Berceni en tant que quartier et qu’entité unique, hors ceci vaut avant tout lorsque l’on se situe par rapport à l’échelle de Bucarest. Un habitant rencontré dans le centre historique de la ville vous dira qu’il habite Berceni, alors qu’un habitant rencontré à Berceni vous dira qu’il habite à Apparitoriei Patriei ou tout autre « sous-quartier » de Berceni. Au niveau local donc, Berceni se trouve en réalité morcelé, du fait même de l’usage des habitants, de la présence des écoles réunissant certaines familles, mais également du fait même de l’histoire de la construction de ce quartier et de ses grands axes. Un découpage raisonné s’impose de fait mettant en lumière des problématiques différentes selon les zones. La photo aérienne est d’ailleurs assez révélatrice et permet déjà de sentir ce découpage.

 

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FOCUS SUR LE QUARTIER Afin de comprendre les problèmes majeurs auxquels sont confrontés les habitants dans leur quotidien je souhaite présenter un rapide diagnostic des lieux et ses principales problématiques communes à l’ensemble de Berceni (et souvent aux grands ensembles de manière générale à Bucarest). Tout d’abord la dégradation des lieux, évidente de manière générale, et particulièrement importante dans certaines zones. Les façades qui se décomposent sont un des problèmes majeurs, tout comme une isolation défectueuse due à une construction rapide et bon marché. A cela vient s’ajouter le manque d’entretien des espaces communs, tels la cage d’escalier, l’ascenseur, les boites aux lettres souvent en opposition violentes avec le soin et l’investissement personnel et financier dans les appartements. Dans les entretiens et les enquêtes, l’adjectif « sale » est récurrent dans les descriptions et le sentiment des habitants. Certaines parties du quartier sont éminemment mieux loties en matière d’espaces verts, la photo aérienne est d’ailleurs édifiante. Ceci est en partie une conséquence des différentes étapes de la construction du quartier. Les immeubles les plus récents firent partie des projets les plus denses laissant peu de place à la végétation. La place du « chacun pour soi » est également assez exprimée dans ces quartiers, comme pour pallier à un quotidien sans opportunités réelles d’amélioration, l’individu prend des initiatives censées lui apporter un autre confort de vie. On voit alors, des familles repeindre le morceau de façade correspondant à leur appartement, des parkings se privatiser tout comme des jardins par l’installation de grillages, des boutiques récupérées en rez-dechaussée et qui s’agrandissent sur la rue etc.. La liste est longue et significative d’une énergie individuelle bien présente.

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C’est dans l’échelle du quartier que réside selon moi le moteur du projet et son commencement. C’est par lui que l’envie des habitants comme des pouvoirs publics pourraient être stimulés et réveillés. Comme le disent Véra Marin et Anita Amara: « il est vrai que les cinquantenaires, qui ont vécu pendant plus de 40 ans le découragement de l’initiative individuelle et l’interdiction de s’associer pour des buts communs se sont « habitués » à cet habitat qu’ils subissent stoïquement. 37 » « Ce qu’ont de particulier ces jeunes générations c’est qu’elles ne s’identifient pas avec le passé, elles le rejettent, le dénoncent en même temps qu’elles le subissent. A l’instar de leurs parents, hantés par le passé et déconcertés par le présent, les jeunes générations ont peu connu les difficultés antérieures et prennent position contre les frustrations et les limitations présentes. » 38

                                                             37 38

 

In AMARA Anita, Les grands ensembles de Bucarest. Logement obsolète ou habitat adéquat ? In AMARA Anita, Les grands ensembles de Bucarest. Logement obsolète ou habitat adéquat ?

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A la base d’un travail architectural et urbain, se trouve, selon moi, un important travail social. Comment motiver les anciennes générations ? Comment répondre et écouter la soif de changement des nouvelles ? Cet enjeu est crucial selon moi, notamment d’un point de vue historique, si l’on considère les conditions de production de la ville de ces 50 dernières années. Mais par quelles méthodes ?

L’éphémère comme projet de quartier : A l’heure de défendre cette idée d’un projet éphémère, matrice de tous les autres, mon esprit se tourne directement vers l’Espagne et sa propension à célébrer un ou plusieurs jours par an les quartiers de ses villes, quels qu’ils soient, bien loin d’une simple fête de centre ville, pour touriste, c’est un moyen de réunion, et certainement de communication. Bucarest est une ville latine, où le « vivre dehors » est ancré dans les usages, imaginer ces rassemblements de quartier ne semble guère utopique.

Là encore un certain nombre d’espaces semblent disposés à accueillir des manifestations temporaires, des campagnes de mobilisations, d’informations etc… Je pense à des espaces délaissés qui reprendraient vie lors de ces événements comme à des lieux stratégiques, que je vais présenter ci-après. Tout d’abord une avenue centrale dans Berceni, le boulevardul Constantin Brancoveanu, large, traversant tout le quartier et surtout quasiment laissée à l’abandon. Enfin les endroits stratégiques semblent s’imposer d’eux-mêmes, tels que les stations de métro, les places de marché, les écoles...

 

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Outre l’aspect purement festif, qui est en soit un élément non négligeable dans ces quartiers endormis, ces manifestations pourraient aussi être l’occasion de communiquer aux habitants un projet de quartier, et surtout de les informer et de les impliquer, en leur faisant prendre position sur leur environnement, et sur la manière dont ils aimeraient le voir évoluer. D’une échelle générale au cas particulier de Berceni, on pourrait inventer au sein de Bucarest que chaque mois un quartier de cette ville, notamment les grands ensembles seraient mis à l’honneur pendant une semaine. Dans l’exemple de Berceni, chaque jour pourrait être l’occasion d’animer une partie différente du quartier en gardant durant tout l’événement certains points fixes.

Résistance urbaine Selon Anita Amara, le constat est simple le « manque de ressources financières et des structures socio-organisatrices, manque d’expérience et de confiance pour s’associer pour des buts communs, statut ambigu de propriété du terrain et ignorance de la part des services de la ville, sans compter le manque d’esprit de communauté et un fatalisme qui paralyse toute initiative de volontariat de la part des habitants » 39 est la cause de l’immobilisme actuel. La démarche s’inscrit pleinement dans une certaine mouvance associative de plus en plus présente et active à Bucarest, capable de soutenir et de porter un tel projet, et de contribuer à une (ré)animation des habitants. Ce tissu associatif, faute d’actions publiques, s’est peu à peu constitué et de manière assez solide. Il existe à Bucarest une certaine résistance urbaine menée par quelques professionnels engagés accompagnés de nombreux professionnels d’autres disciplines, ou tout simplement de citoyens conscients et révoltés. Ces associations ont l’habitude de mener des campagnes de sensibilisations, d’informations auprès des habitants. Outre les professionnels (je pense ici à l’ATU de Véra Marin notamment), un nombre croissant de jeunes se sentent mobiliser par l’avenir de leur ville en général, et l’on peut imaginer qu’à l’heure d’un projet pour Berceni, un certain nombre des habitants (dont certains sont ces professionnels même) pourraient être les porteurs locaux de ces associations, en créer d’autres et agir au sein des associations de propriétaires. Un certain nombre d’entre elles, proposent déjà dans des contextes différents des événements mettant en scène les habitants, en les investissant et contribuant d’une certaine manière à leur (re)donner envie de faire par eux-mêmes et pour eux-mêmes.

La stratégie à l’échelle du quartier est en quelque sorte un élément charnière du projet, peut-être même le moteur initial

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In AMARA Anita : les grands ensembles de Bucarest, LOGEMENT OBSOLETE OU HABITAT ADEQUAT ?

 

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« Les blocs devraient être rénovés car ils n’ont pas l’aspect adéquat d’une capitale européenne » Parole d’habitant

 

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_______________________________________Bloc UN CONSTAT

Le constat est simple, il n’y a pas d’argent pour rénover ces immeubles, et les espaces communs. Le peu de moyens dont disposent les habitants sont investis dans leurs intérieurs. Ces quelques chiffres nous laissent aisément comprendre pourquoi : La part des charges dans le budget des familles a été en continuelle hausse, elle représentait 14% du budget en 1994 (la moyenne des classes de revenus), 20% en 2000 et 26% en 2001 et prévue en 2003 à hauteur de 35% 40 . Selon les revenus des familles, cette part des charges variait entre 94% du budget pour les catégories les plus pauvres, 34% du budget d’un salaire moyen et 20% du budget d’environ 250 euros. 41 La situation du logement dans la ville est critique, peu de nouvelles constructions accessibles à tous et un parc existant vétuste. Il faut donc ardemment réfléchir à l’avenir de ces ensembles et à l’heure de trouver des solutions architecturales pour ce quartier, il semble tout aussi important de trouver des moyens de financement et des démarches de projet alternatifs.

UNE RESERVE FONCIERE LOCALE Comme nous l’avons déjà expliqué précédemment ces quartiers malgré leur forte densité présente une certaine réserve foncière, plus ou moins évidente. Si auparavant nous avons mis en évidence celle à l’échelle de la ville, d’autres espaces plus modestes peuvent cependant se révéler intéressants et jouer leur rôle à l’échelle du bloc et du voisinage. Si le long des grandes avenues, les immeubles avoisinent le R+10, derrière ces façades gigantesques, se cachent en réalité des constructions aux dimensions plus modestes dépassant rarement les R+4.

Dans quelles mesures les toits de ces immeubles pourraient accueillir de nouveaux projets ?

                                                             40

il s’agit des charges communes, sans compter l’élecricité et le téléphone etc.

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D’après CASPIS, 2003

 

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Un des avantages de cette hypothèse - et qui tend à la rendre réaliste - est qu’elle représente en fin de compte un des seuls espaces communs appartenant clairement aux propriétaires, à la différence des autres espaces, extérieurs notamment, dont nous avons évoqués les problèmes juridiques auparavant.

Cette réserve foncière pourrait (et commence déjà à l’être dans certains cas) se retrouver exploitée sans réflexions préalables par des investisseurs peu scrupuleux de l’intérêt des habitants. Il existe cependant d’autres espaces, comme par exemple ce que j’appelle « les patios » dont la propriété semble évidente et clairement définie 42 .

MECANISME DU PROJET L’idée du projet à cette échelle est de rendre les habitants conscients et « maîtres » de leurs espaces. « Spéculons nous-mêmes avant que d’autres ne le fassent à notre place » pourrait être un titre provocateur et emblématique de mes intentions. Plutôt qu’une spéculation abusive externe (souvent crainte par la plupart des occupants), je propose aux habitants de réfléchir eux-mêmes à l’avenir de ces espaces dont ils sont propriétaires.

Quels investisseurs ? La question des investisseurs est cruciale, mais il s’agit avant tout d’investissements ponctuels et il en faut pas les considérer à grande échelle. Chaque bloc est une nouvelle question, une nouvelle négociation, et faire des prévisions serait inutile. L’offre oscille entre des investissements d’ordre public et des investissements d’ordre privé. Etant donné la frénésie constructive bucarestoise, il n’est pas difficile d’imaginer des investisseurs privés intéressés par la densification de certains toits ou terrains, dans un contexte urbain déjà constitué, bien relié au centre ville et encore peu investi. Quand à l’investissement public, dont la dimension et le contexte sont plus difficiles à prévoir en Roumanie, on peut cependant imaginer qu’il existe, notamment grâce aux financements européens. En effet bien que parler d’union européenne à cette échelle puisse paraître inapproprié, les financements de cette dernière constituent une part importante dans le budget de la Roumanie et ce à tous les postes. De plus certains faits, comme le saccage du patrimoine roumain, se sont déjà retrouvés au parlement européen afin d’alerter l’opinion publique hors des frontières du pays. La Roumanie n’est plus aujourd’hui totalement isolée, et doit donc référer de ses actes et investissements, notamment à l’échelle européenne. Dans ce sens des injections de promotion publique semblent imaginables.

Quel moteur ? Comment fédérer et faire que les habitants, deviennent artisans de leur avenir ?

                                                             42

 

Cf. les vues aériennes typologiques ci après.

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Un des aspects du projet et une part importante du travail réside donc dans la redynamisation des associations présentes (voire la remodélisation), la motivation et l’engagement des habitants. Il faut créer une nouvelle prise de conscience cette fois à l’échelle des habitants et les mettre face non pas à leurs responsabilités mais au pouvoir de décisions et d’engagements qui de fait leurs appartiennent. En d’autres termes, agir plutôt que subir, agir plutôt qu’attendre. Les différentes enquêtes que j’ai pu lire, les rencontres et les échanges que j’ai réalisés montrent combien cet aspect est un des freins à tout projet dans ces quartiers. Comme je l’avais déjà amorcé dans le chapitre précédent, la place de l’architecte dans ce débat semble cruciale mais pas forcément là où nous pourrions l’attendre.

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Quels programmes ? Il existe une multitude de programmes nécessaires au quotidien des habitants de Berceni. Le choix de ces derniers est étroitement lié avec celui des investisseurs.

Un élément ressort cependant régulièrement dans les entretiens avec les habitants, c’est celui des commerces et des bureaux. Ils se plaignent de cette désorganisation, des dommages créés par les aménagements spontanés et illégaux des boutiques en RDC, ou même en étage. On pourrait alors imaginer regrouper ces boutiques sur un des espaces abandonnés autour du dit bloc et libérer ainsi les RDC et leur rendre leur vocation première : Habiter. Le loisir semble également être une question centrale, Berceni n’offrant pas ou peu de distractions à ces habitants. Pourquoi ne pas imaginer un terrain de tennis sur le toit, offrant une vue sur le quartier ? Ou bien un café à l’image de la Motoare 43 dont on installerait une annexe à Berceni ? L’idée de ma démarche n’est pas d’imposer des programmes, mais plutôt de révéler certains besoins. La décision serait selon moi le fruit d’une médiation entre habitants intéressés et médiateurs urbains par le biais des associations de voisins ou propriétaires.

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La Motoare est un bar et espace culturel extérieur, installé sur le toit du théâtre national, très fréquenté et ce par toutes les générations, proposant dès les beaux jours pièces de théâtre, projections, expositions de jeunes talents et manifestations culturelles. C’est un lieu emblématique et connu de tous.

 

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Un bénéfice ? Le bénéfice que les habitants peuvent tirer de cette stratégie est double. Tout d’abord l’aspect financier. Selon les programmes, la location des sols appartenant aux habitants peut rapporter plus ou moins d’argent. Je pense par exemple à l’investissement de promoteur dans des logements de standing en surélévation, qui serait d’avantage prêt à débloquer des fonds conséquents que les pouvoirs publics en investissant dans une maison de quartier, un centre culturel ou tout autre mini-équipement. C’est donc là qu’intervient le second bénéfice, celui de l’usage. En effet, la construction de logements pour reprendre cet exemple, n’apporterai aucune amélioration dans l’usage et le quotidien des habitants, à la différence d’un investissement public sur un équipement. Le jeu est donc d’allier intelligemment ces deux bénéfices dans un compromis, qui dépasserait celui du seul bloc.

Bloc+bloc+bloc… Si la stratégie laisse d’abord imaginer que chaque bloc décide de l’avenir de son toit en y installant ce que bon lui semble sur ce dernier ou dans les espaces attenants qui lui appartiennent. Si ma démarche tend à redonner une liberté aux habitants et un certain pouvoir, il ne faut cependant pas pour autant tomber dans un cas extrême qui ne serait que le reflet de ce qui se passe actuellement ailleurs dans la ville, la construction individuelle et frénétique, dénuée d’intérêts communs. C’est pour cela que selon moi se pose la question d’un éventuel regroupement ou découpage non pas administratif mais d’avantage associatif, pertinent, et pas forcément systématique. Plutôt donc que d’agir par bloc, agir par petits groupes de blocs, afin de se poser ensemble les questions de densifications possibles, de partager les besoins et les programmes, et trouver des intérêts communs. Lorsque l’on regarde le plan, certains redécoupages semblent évidents, certains immeubles formant par exemple des patios internes comme nous l’avons montré précédemment, on peut imaginer qu’ils décident ensemble d’un objectif commun à mettre en place, sur leurs territoires, afin de ne pas assister à une redondance de certains programmes.

Qui fait quoi ? Quels acteurs ? Ce projet doit émaner d’un souhait des habitants en premier lieu, une fois informés des possibilités, de leurs droits et responsabilités 44 . La concertation donc doit d’abord être interne aux propriétaires, avant de faire appel à un médiateur urbain prenant le relais de leur décision et surtout de leurs envies. Son rôle serait de relayer et de connecter les intentions des habitants avec les réalités de la ville et du marché, et d’apporter des conseils comme par exemple : _ FORMALISER UNE OFFRE DES HABITANTS POUR LES INVESTISSEURS _INFORMER SUR LES REELLES POSSIBILITES _TEMPERER LES INVESTISSEURS ET LES HABITANTS FACE AUX BESOINS ET PROJETS DU QUARTIER _AIDE JURIDIQUE ET LEGISLATIVE _ REPERER LES POTENTIELS ET LES INVESTISSEURS (PUBLICS / PRIVES) POSSIBLES

                                                             44

Cet aspect serait pris en compte dans le volet BERCENI du projet, qui consisterait dans les projets éphémères à mobiliser et informer les habitants sur le quartier et son avenir.

 

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Ces médiateurs, dans le cas d’un scénario idéal, devraient être mis en place par les pouvoirs municipaux. En effet si, comme nous l’avons expliqué, ils n’ont à priori pas à s’engager financièrement dans la rénovation poussée de ces quartiers et de ces bâtiments, ces derniers constituent cependant la ville, participe à son image, à son évolution. C’est en partie pour cela que selon moi la ville doit tout de même être capable de s’engager d’une certaine manière, notamment par la mise en place de médiateurs urbains. Elle ne rénove pas la ville mais favorise sa rénovation et propose un cadre.

 

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CONCLUSION

Une fois ces mécanismes exposés, une multitude de scénarios s’offrent à nous, et surtout à Berceni et ses habitants. Ces mécanismes et stratégies sont à considérer selon moi comme un rêve pour la ville. Si ce mot peut apparaître comme un processus facile pour penser l’architecture et la ville, je crois que dans le cas de Bucarest, et après tout ce qu’il a été dit expliqué dans le cadre de ce travail, le rêve peut être le moteur de l’évolution d’une ville, dont les habitants ont justement été privés au cours des dernières décennies.

Ce champ des possibles, ce cadre propice à l’imaginaire permet par la suite de mettre en place plusieurs projets cependant tous inscrit dans une même démarche et dans une vision cohérente et globale. Il ne s’agit pas de construire un théâtre sur une parcelle vide, mais plutôt de savoir pourquoi nous pourrions l’envisager ou non. Proposer un projet de fond plutôt qu’un projet de forme semblait presque naturel dans le contexte urbain, politique et social que nous avons décrit dans ce mémoire. L’architecte à l’écoute de la ville et de son histoire pour révéler son avenir.

A SUIVRE….

 

             

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Bucarest_Quand le grand ensemble est la ville