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entrevues

Les jours avec Kid Wise Avec son deuxième album Les vivants, le phénomène toulousain fait une entrée fracassante dans le monde des adultes. Au lieu de passer vos “Nuits sans Kim Wilde”, on vous donne cinq raisons — subjectives — de passer vos journées avec leur pop progressive dans les oreilles.   Bastien Brun    Maeva Benedittini

Un prodige, tout simplement. Il a poussé vite, le groupe créé au lycée par le chanteur Augustin Charnet. Il lui a fallu une paire de chansons à peine pour devenir à lui seul le renouveau de la pop à Toulouse. La ville, qui n’avait pas encore connu de phénomène poppy depuis l’explosion d’Internet, est en plein renouveau. Le buzz s’est donc fait autour de Kid Wise. « On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans, sauf que certains sont tout de même très matures. » C’est ce que l’on pouvait lire, voici trois ans, entre les lignes d’une tribune de son leader, « La scène indée est-elle en crise ? », parue sur le site web Konbini, où il rendait hommage à ceux qui l’ont inspiré et emplafonnait les dernières productions d’Arcade Fire, Daft Punk, et Sigur Rós (sic). C’est ce que le premier disque du groupe, L’innocence, signifiait aussi grâce à ses partis pris très culottés.

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Uniques. Les « enfants sages » — traduction littérale — ont trouvé un son. Ils le savent bien. Ce grand écart, entre la pop de stade et le rock de cave qui explose les formats radio de trois minutes pour un morceau, est un truc à eux. De l’électro-pop ? De la pop indie ? Du rock indé ? Sur Les vivants, ils ont épuré leur style au contact du réalisateur Antoine Gaillet (Mademoiselle K, M83, Julien Doré). Même assez touffu, ce deuxième opus suit un fil très progressif. L’histoire qu’il raconte est pourtant simple. Deux personnes s’aiment, elles sont parentes, amantes ou amies proches. L’une d’entre elles, proche de la mort, disparaît. Dans le plus grand flou, c’est la naissance d’autre chose. Parle-t-on d’un deuil ? D’une entrée dans le monde des morts ? D’un état de semi-vie, comme dans un bouquin de science-fiction ? Les six membres de Kid Wise ne le disent pas. Ils laissent le champ de l’interprétation ouvert.

Les vivants porte bien son nom. Ce titre est un écho aux attentats du 13 novembre 2015 au Bataclan. Il colle parfaitement à cet album. Alors que la plupart de la musique actuelle est fabriquée sur ordinateur, ce n’est pas le cas pour Kid Wise. Le groupe a enregistré tous ses morceaux au cours de longues sessions à l’ancienne. Souvent installé dans le studio toulousain des vieilles usines réhabilitées du papetier Job, il a pris le temps de se construire sur des bases solides. D’autant plus que le patron des lieux est le père du batteur, Léo Faubert. Serge Faubert, qui a connu son petit succès comme chanteur au milieu des années 90, est un peu devenu le septième Kid Wise. « Il était là pour l’enregistrement de notre tout premier morceau qui s’appelait « Kid ». Au départ, c’était le groupe des copains. Il nous a enregistrés gratos parce que je suis son fils et puis, avec le temps, il nous a suivis », retrace Léo. « Il a de la route derrière lui et nous apporte son expérience. Il aime bien dire avec son accent du sud que c’est un ingénu du son », complète le violoniste Clément Libes.

Longueur d'Ondes N°81  
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