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Le RECRUTEUR


Éditions Lokomodo 4, impasse du nord 78510 Triel sur Seine contact@lokomodo.fr

Illustration et couverture : Lorène Bihorel

ISBN : 978-2-35900-004-7 Dépot légal : Avril 2009


Éditions Lokomodo


SOMMAIRE LE RECRUTEUR........................... 3 Porte à porte..................................... 7 L’espace d’un instant......................... 15 Sur la Terre comme au Ciel............... 23 Et que ça saute !................................ 27 Un service de qualité......................... 37 Souvenirs d’enfance........................... 45 Salle d’attente.................................... 53 Le promeneur.................................... 63 En beauté.......................................... 71 Tout est relatif................................... 77 Interim............................................. 87 Pub................................................... 95 Ah ! Craie ! Nom de Dieu !.............. 107 L’urgentiste....................................... 113 Le bazar............................................ 121 Le recruteur...................................... 129

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Porte à porte - Bonjour, madame ! - Monsieur. Elle avait prononcé «Monsieur» avec froideur. Un accueil glacial. La partie n’était pas gagnée d’avance. - Vous avez quelques instants à me consacrer ? - C’est pour quoi ? - Rassurez-vous, je ne vends rien. Comme vous pouvez le voir, je n’ai qu’une toute petite serviette avec moi, de quoi ranger quelques 7


feuilles seulement. Elle n’avait pas bougé. - Je viens faire un sondage, en fait. Disons que je suis envoyé pour vous aider dans la vie. - De quoi je me mêle ? - Oh ! Je ne vais pas vous dire comment il faut vivre. Mais j’ai … comment dire… je peux… améliorer votre quotidien. Je sais comment vous faire gagner de l’argent, par exemple. - Ben voyons ! Si vous savez, pourquoi vous venez me voir ? Pour partager ? Ce serait bien la première fois qu’on voit ça ! - Non. Ne nous trompons pas. Je sais comment vous en faire gagner. Moi… j’ai pas le droit. - C’est louche. Vous faites faire aux autres ce que vous ne voulez pas faire ? C’est légal, votre truc ? Ça vous embête si j’appelle la police ? - Laissez-moi vous expliquer et ensuite, si vous voulez appeler la police… libre à vous. - Ouais. Ben, j’ai pas que ça à faire, moi ! - Dans ce cas, je vais aller sonner chez votre voisine. Elle pourra peut-être me recevoir, elle. Il commença à reculer, en prenant son temps, tout de même. Elle réfléchit. Cette pourriture de voisine, elle, elle le laisserait entrer, pas de doute. Son mari 8


roulait dans un 4 x 4 flambant neuf, ils avaient un frigo américain toutes options, un canapé cuir d’une dizaine de mètres, au moins, une femme de ménage européenne – enfin, blanche, quoi - trois chiens de race à 3 000 pièce et elle allait chez le coiffeur tous les deux jours, madame Prout–prout-ma-chère. Ouais. Et l’autre andouille, il allait sonner chez elle ? - Bon, c’est quoi votre affaire ? Il sourit. - Je peux entrer ? Rahhh ! Elle n’aimait pas. Elle ne voulait pas que les gens entrent chez elle. Ils pouvaient voir dans quelle misère son mari et elle vivaient, alors qu’ils avaient emménagé dans ce quartier chic. Ils pouvaient sentir l’odeur de friture qui s’était incrustée dans les murs tellement les patates peuplaient leurs menus. Sans parler des meubles et de la déco. - Je vous en prie, dit-elle quand même, se sentant coincée. - Ce sera vite fait, ne vous inquiétez pas. Et je vous assure que vous ne le regretterez pas. - Ouais. Ben ça, c’est à moi de voir, d’accord ? Elle le conduisit dans le salon. - Vous voulez un café ? 9


- C’est pas de refus, merci. Elle alla dans la cuisine et revint trente secondes plus tard avec un broc et deux tasses. Ça aussi. L’autre, elle avait une machine à expresso. Pétée de thunes. Faut voir que depuis un an que le mari, François, il était passé directeur des ventes, il avait décuplé son salaire. Alors que Vincent, lui, il était resté simple employé. Dire qu’il y a un an, à peine, ils travaillaient ensemble. Aujourd’hui, le François, il donnait des ordres et n’en foutait pas une rame. La vie est mal faite. - Bon, alors, c’est quoi, votre truc ? - Mon truc ? C’est assez simple. Je suis au courant de certaines choses, par les « on dit », par les commérages, tout ce que les autres… - Je m’en fous, de ce que disent les autres. Qu’est-ce que vous voulez ? Vous avez dit que je pouvais gagner de l’argent. Qu’est-ce qu’il faut faire ? - Me vendre votre âme. Silence. Elle le regarda, stupéfiée. Elle ne bougeait pas d’un millimètre : le calme avant la tempête. Puis, soudain, elle s’écroula de rire. Tordue, qu’elle était. Elle était prise de soubresauts, 10


s’arrêtait deux secondes, regardait le type dans son salon, et repartait pour une quinte de plus. Écroulée de rire ! Morte ! Au bout d’un moment, elle refit surface, sécha ses larmes et se remit droite devant le recruteur, qui, lui, était resté stoïque : l’habitude. - Non, sans plaisanter.Vous vendre quoi ? C’est une blague ? Une caméra cachée ? On est enregistrés ? C’est que j’ai pas que ça à faire, moi, me bidonner à longueur de journée… - Je suis sérieux, dit le recruteur. J’en suis réduit à faire du porte-à-porte, mais je suis sérieux : je viens acheter votre âme. Elle le regarda dans le fond des yeux. Ben mon salaud ! Si c’était une blague, il était fort, le type, parce que, nom de Dieu, il avait l’air fichtrement sérieux. - Vous voulez mon âme ? - Oui. - Mais si je crois pas en Dieu, elle vous intéresse aussi ? - C’est pas le plus important. - Non, je veux dire, parce que personnellement, je crois pas à toutes ces foutaises. Alors, s’il suffit de signer un papier avec mon sang, comme dans les films, ma foi, pourquoi pas ? 11


Pour moi, c’est de la connerie. Je vous en signe dix si vous voulez ! - Un seul formulaire me suffira. - Bon, alors je vais vous le signer votre papier, y a pas de problème, mais j’ai quoi, en échange ? - Ce que vous voulez ! - Tout ce que je veux ? - Tout ! - Alors je veux que mon mari devienne le chef de l’autre con de voisin, dit-elle en désignant la maison d’en face. Je veux qu’il gagne dix fois plus que lui, c’est possible. Le recruteur sourit. - Oui, c’est possible. C’est même très facile. Elle soupçonna une embrouille. - Oh ! Attention ! Pas de divorce ! Je veux qu’il reste mon mari et que j’en profite aussi, bien sûr. - Ah ! Je note, alors. - Ah ben l’autre ! Il arrive avec ses gros sabots ! Tiens ! Je veux devenir riche, rien que moi. Je veux gagner au Loto : c’est possible ? - C’est possible. - Ben ça alors ! Si on m’avait dit qu’il y avait des farceurs comme vous ! - Oh ! Il suffira de regarder le tirage de ce soir 12


pour remarquer que ce sont les même numéros, dit le recruteur en lui donnant un reçu du Loto, validé, en bonne et due forme. - Merde alors ! C’est que c’est un vrai, en plus ! Il en avait tellement l’habitude qu’il s’était arrêté au bureau de tabac du coin avant de venir sonner. - Tout frais d’il y a une demi-heure ! Il sortit les papiers, la plume et les lui tendit. - A vous, maintenant ! Elle signa, le sourire d’une oreille à l’autre. Puis elle le raccompagna jusqu’à la porte. - Quand elle va voir ça, l’autre, elle va en baver de jalousie. - De qui parlez-vous ? - De l’autre, là-bas, dit-elle en désignant la maison d’en face. - Madame Schnabalan ? - Elle-même ! - Ah ! Je ne pense pas que ça la dérange ! C’est elle qui m’envoie ! Elle a signé l’année dernière. - Elle … a… l’année dernière… mais alors … ? - Oh ! Pourquoi elle m’envoie ? C’est simple : l’argent ne fait pas le bonheur, vous savez. 13


Mme Schnabalan sortit alors de sa maison. - Elle a signé ! lui cria le recruteur. Mme Schnabalan sauta de joie, exécutant sur place une petite danse d’excitée qui fit blêmir sa voisine.

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ISBN : 978-2-35900-004-7 Dépot légal : Avril 2009

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Les recruteurs  

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