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nouvelle presse héroïque Parution exclusive - Lyon - Centenaire du VIIè

printemps 2012 2€


ours edito Directeur de la publication Clément Jung Directrice de la rédaction Coline Bérard Conseillers spéciaux Pilo Ujryc, Rosita Lagos-Diaz, Olivier Bonhomme Rédacteurs adrien sénécat, gentil citoyen, camille caldini coline bérard, pilo Ujryc, johan rey Illustrateurs numa prost, romain Hémour, Loïc Guyon, Darshan Fernando Tom Viguier, Julien Wolga, olivier bonhomme Maquettiste edouard dullin Secrétaire de rédaction Camille Caldini Contributeurs Cécile Paturel, Nathan Renard

Prends mon journal par le bout des doigts, lecteur : Voici que ce printemps, le VIIè célèbre cent ans de camaraderie ! Depuis le cœur de la Guillotière lyonnaise, je rassemble les métiers du journal et de l’image. J’incise des noirs et des blancs redoutables, des papiers mordants. Pour l’occasion j’arpente, j’outre et je commets. Sur l’arrondissement centenaire je dépose le bulletin du siècle. Ma presse épique déferle sur le territoire, surgie par surprise, hissée haut par mes gavroches ! J’appartiens à tous et aux plus rares : Si mes journaux bradés s’écoulent comme bugnes en carême, derrière le papier guette la féroce aventure. Alors lecteur, invité au banquet ou inscrit au menu ?

photographie d’archive : le stade de Gerland en construction illustration de couverture et 4è de couverture : Olivier Bonhomme


place du pont

ddeélit sale

ui l e G

C’est une vieille histoire. Elle débute bien avant que les caméras de surveillance ne reluquent la place du Pont.

Avant même que de vieux adolescents n’y dealent du mauvais shit ou que les clochards n’urinent sur les vitres de l’arrêt de tramway. L’histoire commence ainsi : « Tu vis à Guillotière ? Mais... t’as pas peur ? » Dans les esprits, la place Gabriel Péri n’est pas un lieu où il fait bon vivre. « Pour les Lyonnais, ce n’est pas Lyon. Quelqu’un de la Presqu’île ne viendra jamais habiter ici », explique Renaud Méridol, le gérant de l’agence immobilière Laforêt-Lyon 7. Certes, le quartier est classé Zone Urbaine Sensible. Mais il est situé dans le cœur de la ville, juste en face du sable orange de la place Bellecour. « La zone appartenait à la commune de la Guillotière, dans l’Isère, et n’a été rattachée à Lyon qu’en 1852, raconte Jean-Pierre Flaconnèche, le maire du VIIè arrondissement. Pendant longtemps, le pont de la Guillotière était le seul à traverser le Rhône pour entrer ou sortir de la ville. Tout ce mouvement générait un certain nombre d’activités illicites : du deal, de la prostitution, des commerces pas clairs... » Mais que redoutent les bonnes familles de la Presqu’île ? « Ils trouvent la place du Pont louche parce qu’ils ne comprennent pas ce qu’il s’y passe », répond Alain Battegay, sociologue et enseignant-chercheur au CNRS. Les rues accueillent chaque jour des dizaines d’hommes au visage buriné, réunis en petits groupes. Ce sont les hommes debout. « Ça ne vous choque pas ? Il y a au moins 100 personnes ici, qu’est-ce qu’ils trafiquent ? » grince un passant. « On ne fait rien de mal : on est là, on discute » se défend Ahmed.  Le sociologue hausse les épaules : « Ces attroupements existent depuis longtemps. À l’époque du Prisunic, la place était déjà un lieu de rencontre où les anciens de l’immigration se retrouvaient. En 2003, pendant le tremblement de terre à Alger, on y échangeait des informations. Le quartier s’est transformé, mais les hommes debout sont restés. »

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« Vendetta chez les Roms », « Braquage à la Guillotière » : les journaux locaux cultivent la mauvaise réputation du secteur. Cécile est aide-soignante. Elle s’indigne : « Un matin, j’ai retrouvé un SDF couché dans ma voiture ! Vous croyez que ça fait plaisir ? » Le maire assure que la situation s’améliore. Les pouvoirs publics se soucient d’ailleurs davantage de la délinquance dans l’hypercentre. Pour Alain Battegay, cette amélioration n’est pas anodine. « La place du Pont a été un haut lieu de l’intervention policière. La ville en a fait une vitrine de sa politique de sécurité. Mais cela n’a servi qu’à déporter le problème un peu plus loin. » Le marché immobilier semble confirmer la mue de la place : « En 15 ans, il y a eu un coup de booster avec l’arrivée du tramway et l’aménagement des berges du Rhône. Les prix sont passés de 1000 € à 2500 € le mètre carré » salive l’agent immobilier. L’enjeu est d’éloigner les locataires pauvres pour attirer des propriétaires au porte-monnaie gonflé. Mais pour le sociologue, la situation est plus compliquée : « Le quartier a été aménagé pour devenir plus attirant aux yeux des classes moyennes. Mais la gentrification ne prend pas partout : ça n’a jamais fonctionné à Barbès, par exemple. » Dans les ruelles, des façades ravalées côtoient les immeubles décrépits. Des poussettes MacLaren slaloment entre les vendeurs de portables. La mairie veut croire que cette diversité fait la force du quartier. Cela pourrait tout autant ressembler à une indifférence courtoise, mais la métamorphose paraît bel et bien lancée. La preuve ? Cette affiche, collée sur une vitrine de coiffeur afro, qui invite les amis du bio à une « grande fête du potiron ». texte : Adrien Sénécat illustration : Numa Prost


louis saint

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que tes

euvres sont

belles

On n’en croit pas ses yeux. Un dimanche place Saint-Louis vaut image d’Épinal. Dans l’enfilade de la rue de la Madeleine, on croise successivement le marché, la caserne et l’église. Sainte-Trinité, camelots cloches et pin-pon ! De sages familles arpentent la zone quasi piétonne, évoquent un temps éteint d’instituteurs Pagnol et de souliers cirés. Des mémés bien mises convergent vers les portes ouvertes de Notre-Dame. Elles précèdent le peloton roumain venu éprouver une charité dominicale aléatoire. Dedans beaucoup d’ancêtres dodelinent aux premiers rangs. Bientôt rejoints par une affluence croissante de cortèges dynastiques : messieurs disciplinés, chastes épouses, tempérance et vertu. Treize à la douzaine les moujingues orbitent. Première classe, peignés Le Quesnoy, ils doivent tous en être, de ceux qui coulent en sacristie apprêter cierges et crucifix. Mais dans la nef comble, ils préfèrent chahuter un peu la miséricorde parentale. Signes de croix, nuques pieuses, silence d’église et l’office débute. Le curé évoque la contemporanéité électorale, feint de susciter dans sa paroisse des débats passionnés. Mais, à la messe pas de polémique : plutôt miraculeux Salut ! Lectures et louanges psalmodiées ! Le chœur est fervent, beau parfois. Dans l’intervalle de leurs génuflexions synchronisées, les dissipés pensent à Brassens et au latin. Ils divaguent et scrutent la fresque peinte au cul de four, la corniche fleurie, la lumière surannée des vitraux. Zénith de printemps quand les battants massifs s’ouvrent sur le perron. L’assemblée brouhahate, fluctue, se recompose. ­Un temps pour prendre la mesure de la communauté, savourer la décence prodigieuse du portrait de famille. Car quand fuseront tous les prénoms bibliques, battant le rappel au foyer, tous reflueront vers les comptoirs et les tables dressées. Agneaux et cocottes rendront la chair toute-puissante à ses humains appétits. Linges maculés, nectars païens, goût retrouvé des petites vérités crues et tendres et du corps souverain. texte : Gentil Citoyen illustration : Olivier Bonhomme

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b e r t h e lot

jean-macé

du resque centenaire

En juin on coupe le ruban de la fresque du centenaire. Quand les institutions agrègent la mémoire aux arches de Jean Macé, l’Ogre s’en mêle, prend des couleurs et brouille les pistes. Début d’enquête en vidéo sur www.cahiersdelogre.com

le

a i oed com rembobin é cent-ans-de-comœdia-en-deux-minutes

Soyons exact, le Comœdia n’a pas 100 ans, il fête juste ses 98 piges. Mais à cet âge, est-ce encore nécessaire de compter ? Mieux vaut s’installer bien en face de l’écran et écouter le vieux cinéma dérouler ses souvenirs. Générique d’ouverture, 1914. Un forain, Jules Melchior Pinard, fait ronronner le moteur de son cinématographe ambulant dans les rues de Lyon. Il installe son projecteur dans une baraque en bois, sur une avenue bien achalandée du VIIè arrondissement. Une guerre et des broutilles plus tard, en 1924, le lieu change de mains. Son nouveau papa le baptise Comœdia et s’offre une salle de 900 places. Le cinéma devient parlant dans les années 30. Fondu au noir. La salle et son public vivent une belle histoire d’amour jusqu’à ce que les nazis prennent leur quartier à Lyon, en 1942. La bluette tourne au drame. La salle est réquisitionnée par la Gesta-

po de Klaus Barbie, dont le QG est installé juste en face. Jusqu’au 26 mai 1944, quand les Alliés pilonnent la ville, rasent le siège de la police politique du Reich et détruisent au passage le Comœdia. On le croit mort. La saga reprend en 1949. Plus fier que jamais avec son écran spectaculaire et son projecteur 70 mm, le Comœdia ressuscité attire même les Parisiens, jaloux de n’être pas si bien dotés. Dans les sixties, ils se ruent avenue Berthelot pour découvrir Ben-Hur en exclusivité, qui occupera l’affiche huit mois durant. Jacques Tati y présente Playtime et les jeunes Lyonnaises piaffent au passage d’Alain Delon.

photographie : Nathan Renard

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Avance rapide. En 1974, le Comœdia devient un complexe, avec deux nouvelles salles. La véritable guerre est loin derrière, mais elle revient en Dolby Surround avec le chef d’oeuvre de Francis Ford Coppola : Apocalypse Now. Doté de cinq salles, le florissant complexe attire les convoitises, et le géant UGC s’y attable en 1993. Dix ans plus tard, l’exploitant ferme le Comœdia pour lui préférer l’Astoria et le CinéCité. Clap de fin. Il faut attendre deux Marc, Guidoni et Bonny, et l’aide du CNC pour ressusciter le cinéma en 2006. Aujourd’hui, sur les murs noirs des cabines de projection, des autographes se laissent déchiffrer : Piccoli, Daroussin, Ozon, Philippe Katerine et Joan Sfar sont déjà passés les griffer au Tipp-Ex... Les hiéroglyphes de 2112 ? Le lieu s’ouvre à de nouvelles convivialités : concerts, expos, débats animent le vieux cinéma relooké. On peut même manger un morceau ou acheter son panier bio au Comœdia. Et toujours, bien sûr, se gaver de cinéma. texte : Camille Caldini illustration : Romain Hémour


gerland

la

« Là, tu n’es plus femme de la journée.

vdeienormale

karen

Karen aime la plongée sous-marine. Elle a 49 ans, deux filles, un appartement. Karen est prostituée. Quand on lui a demandé de nous raconter son quotidien, elle a ri : « Ils croient quoi, tes lecteurs ? Que je vis dans mon camion ? »

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« Je ne donne rien à personne. Je suis une femme libre, je suis une femme autonome, je suis une femme d’affaire. J’accepterai jamais de travailler pour un proxénète, pas plus que de faire l’esclave pour un patron normal. J’ai grandi à Toulon. Ça se passait très mal à la maison alors j’ai claqué la porte. J’avais 16 ans. Je manquais d’argent donc j’y suis allée pendant quelques mois. Et puis j’ai arrêté. Je me suis mariée, on a monté une société et on a eu une fille. J’étais secrétaire administrative pendant 15 ans. Voilà… Une vie normale, on va dire. Entre guillemets, normale, parce que même maintenant c’est une vie normale. C’est une vie, quoi.

Je suis désolée, il faut vivre. Les prostituées ne gagnent pas des millions, elles gagnent de quoi vivre. Je ne peux pas donner de chiffres, on n’a pas le droit d’en parler. La journée, je mène ma vie comme tout le monde. J’ai deux filles de 22 et 27 ans, avec une vie de famille. Elles ont toujours su que je me prostituais. Les enfants, quand tu les élèves avec des tabous, ils vont forcément vouloir aller chercher plus loin. Quand tu les élèves avec la parole, que tu leur expliques les choses, ils comprennent tout. Mes filles n’ont jamais porté de jugement sur ma vie. Moi je le vis bien, je ne suis pas malheureuse, pourquoi elles penseraient que c’est quelque chose de dégradant ?

Quand un jour plus rien ne va...

Mes clients sont des hommes de tous les âges, de 18 à 70 ans. Médecin, ingénieur, maçon... C’est Monsieur Tout-le-monde. Bien sûr, ça m’arrive d’en refuser un. Parce qu’il a bu ou parce qu’il me parle mal. Il vaut mieux parfois perdre un peu d’argent et rester en vie. Il y a souvent des demandes en mariage, des mecs qui veulent te sortir de là. Ils disent « Je ne comprends pas que tu fasses ça… » Ah oui, ils préféreraient que je sois dans leur cuisine ! Ils voient une femme-objet. Mais attends, mon gars, je ne suis pas qu’une chatte sur tréteaux ! On n’est pas des nymphomanes, on est là pour travailler.

La première fois, j’avais 19 ans. Évidemment, c’est dur. Un jour il y a un déclic. C’est simple. Tu ouvres ton frigo, tu vois rien. Tu vois les factures qui s’accumulent… Il te faut de l’argent ! Quand un jour plus rien ne va, que plus rien n’est accessible… Alors j’y suis allée. Dès le premier client, j’ai dit « Non non, je fais pas ça moi. » Mais c’est comme ça, la faim l’emporte sur la raison. Une femme sait trouver l’argent quand un mec veut coucher avec elle.

Nous, on est le Samu du sexe  À partir de cinq heures, je me conditionne pour aller travailler. Disons que là, tu n’es plus dans ton rôle de femme de la journée. Tu es dans le rôle d’une travailleuse du sexe. D’ailleurs, Karen n’est pas mon vrai prénom, c’est un pseudonyme que j’ai choisi quand je travaillais dans un bar à hôtesse. On est des actrices. Ça passe par s’habiller, se maquiller, se préparer mentalement. Faire attention, parce qu’il faut toujours être sur ses gardes et surveiller ses arrières. C’est vite parti, un coup de couteau. Pour ma part, j’ai pas trop de problèmes. Je ne dis pas que je suis Wonderwoman, mais j’ai travaillé dans la sécurité et je ne céderai jamais ni au chantage ni à la violence. Et je ne montrerai jamais à quelqu’un que j’ai peur. Je préfère me battre. Ma belle-mère disait « il vaut mieux faire le boucher que le veau » alors voilà, moi je fais le boucher. Les tarifs, n’importe qui peut les savoir, c’est 20 la pipe et 40 l’amour. On est quand même les prostituées les moins chères du marché, il faut le

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dans ton rôle de Tu es dans le rôle d’une

travailleuse du sexe

»


dire. Quand je dis « on », c’est les filles des rues. Quand tu vas travailler dans un hôtel, c’est 250 euros… Mais les prestations ne sont pas du tout les mêmes. Nous, on est le Samu du sexe. T’as une envie pressante, tac, tu t’arrêtes, tu montes. Pour une prestation, tu as une éjaculation. Quand tu es à l’hôtel avec un mec qui a payé pour une heure, s’il a envie d’éjaculer trois fois c’est son problème. Il fait ce qu’il veut, c’est plus poussé. Nous, c’est du rapidos. Tu les vois tourner tourner tourner Il y a des jours où t’attends pendant une heure. Tu les vois tourner tourner tourner, ils ne se décident pas. Peut-être qu’il n’y a pas d’argent, donc ils viennent quand même mais voilà, il n’ont pas les tunes. Certains viennent chercher la merde, il faut les remettre à leur place. Ces gens-là ne sont pas nos clients, ce sont des agresseurs de femmes en général. Mais si je me fais violer en rentrant du travail, on me dira : « T’es une prostituée, c’est pas un viol. » Sauf que ce sera un rapport que je n’aurai pas voulu. Pas géré. Mais eux, ils ne comprendront pas. Avant, les anciennes formaient les nouvelles. Ce n’est plus le cas, c’est pour ça qu’elles font n’importe quoi. Les anciennes ont déjà vécu tout ça,

et les clients, c’est toujours les mêmes. Quand j’ai commencé le tapin, on m’a donné des règles. Ne pas embrasser, faut pas venir chercher de l’affection chez nous. Pas de sodomie. On a des chattes, on vend notre chatte. Et je suis désolée mais il y a encore des choses que l’on peut garder pour soi... Pas deux clients en même temps, parce que tu ne sais pas s’ils ne vont pas te tenir et te violer. Pas sans capote. Ils me font rire quand ils me proposent de payer plus... Tu peux faire des loopings, me payer tout l’argent du monde, c’est comme ça, tu me baiseras pas sans capote. Si une des filles est en difficulté, on l’aide. Celui qui a décidé de nous faire chier, il faut qu’il s’attende à tomber sur une dizaine de prostituées. Si c’est une nouvelle, non. Il faut qu’elle parte. Il n’y a pas de place pour quelqu’un d’autre. Entre nous ça fait un moment qu’on a choisi nos places. Je te prie de croire qu’il n’y en a pas une qui se met à la mienne ! C’est ma place. Une bonne place, ça se gagne et les relations sont très hiérarchisées entre nous. On ne vire pas une femme un peu âgée comme une gamine de 20 ans. On sait qu’elle travaillera moins que nous, qu’elle travaillera pour moins cher, mais on la laissera faire. C’est une forme de respect. Le problème à Perrache, c’est que les filles étaient toutes collées dans une rue.

Évidemment qu’on ne peut pas laisser un tel truc en ville. Ici, on a évité, c’est deux trois par rue. C’est une zone industrielle, il n’y a pas trop d’habitations ni d’écoles à côté. Par contre, je ne viens pas la journée parce que les gens travaillent, c’est des bureaux, je vais pas leur tapiner sous le nez. Je vais voter, bien sûr. Entre pire et pire, c’est vite vu, je vote à gauche. La droite c’est le pognon, c’est bien connu ! Je suis quelqu’un qui respecte les lois quand elles sont logiques. Quand on m’empêche de faire ce que je veux de mon corps, je suis désolée mais ça me dépasse. Les maisons closes, c’est non. Qui dit maison close dit forcément patron, et on n’en veut pas. Maintenant, si c’est autogéré, si on fait les horaires qu’on veut, qu’on prend les clients qu’on veut, qu’on paye nos charges, là, d’accord. Je suis entièrement d’accord. Depuis la nuit des temps les prostituées ont toujours été pourchassées, certains siècles elles étaient torturées ou brûlées sur le bûcher. Ça n’a jamais arrêté la prostitution. Je pense à toutes ces femmes qui ont souffert… ce ne sont pas quelques interdictions de stationner qui empêcheront les femmes de se prostituer. 

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propos recueillis par Coline Bérard illustration : Loïc Guyon

« Pas de pierre, pas de construction. Pas de construction, pas de palais. Pas de palais… pas de palais. » Ici donc, pas de bateau, pas de locomotion. Pas de locomotion, pas d’option. Pas d’option… pas d’option. Résistants au milieu du chaos, les dockers assistèrent alors à nouveau à une révolution toute promise. Elle ne fut pourtant pas la leur. De l’art d’instrumentaliser la crise et d’en tirer profit, on se retrouva donc 100 ans plus tard, avec de l’aéronautique au désormais port spatial de la Mouche. Nouveau voyage au long cours dans le sud lyonnais.

Il plut. Au départ cela fit plaisir aux agriculteurs. Puis cela les contraria, évidemment. Il plut encore. Cela fit sourire les Lyonnais qui voyaient les voitures flotter de nouveau le long des quais. Puis cela désola la Mairie qui vit les confluences s’enliser dans la boue. Il plut toujours. Alors l’angoisse gagna les foules. 2012. La fin du monde. Le déluge biblique revisité en châtiment du néolibéralisme. Simple délire paranoïaque ? Cela ne rassura pas pour autant. Lyon sous les eaux. Il plut sans fin. Les caves s’inondèrent, les immeubles se délitèrent, les ponts s’enfoncèrent. Ne subsista que le port de la Mouche, amas de béton et ferraille imputrescible. Point d’ancrage inamovible et pourtant invisible au sud de la plaine du VIIè arrondissement.

Le béton fut réutilisé, les grues mobiles de chargement transformées en support pour l’envol des fusées permettant aux nantis de fuir l’inondation planétaire permanente. On stocka le carburant à la Sucrière. Et régna sur le port le pouvoir corrompu de ceux qui maitrisent les flux et le flow. Les dockers, devenus célestes, retournèrent à leurs contai-

Cela ne fit sourire personne. La géographie lyonnaise réinventée. Seule, fière, se dressa alors la revanche des dockers dans une ville où personne ne connaissait l’existence même du port. Lorsqu’on a attendu Godot sur plusieurs générations et qu’on assiste au déluge sur le centre-ville, un certain détachement revanchard est de mise face à la fin du monde.

ners. Le titane remplaça juste l’acier, lui-même remplaçant le bois. Alors, l’histoire comme un éternel recommencement ? Germinal peut-être. Germinal toujours. Mais Germinal 2112 sûrement. Un Germinal où l’on attend cependant plus Godot. Et lorsque l’on n’attend plus rien… on n’attend plus rien.

Pourtant le satisfecit fut de courte durée. En pleine montée des eaux, se retrouver au port est certes rassurant. Mais se retrouver seul, à quai, démuni de toute embarcation, sur le lieu même de fabrique, un siècle plus tôt, des fameux bateaux-mouches, les bateaux du port de la Mouche, l’ironie est cruelle. Tout partit donc à l’eau.

texte : Pilo Ujryc bande dessinée : Darshan Fernando

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1794

En 1200, les monastères sont bondés. Quand de nouvelles jeunes filles débarquent, on les coiffe du béguin, une toile posée sur leur cheveux. Dans les communautés de Béguines où on les envoie, les jeunes filles évoluent libres. Elles goûtent au bonheur de la vie pieuse en évitant ses inconvénients : elles ne prononcent pas de voeux. C’était prévisible... Les jeunes filles cajolèrent les moines, jusqu’à ce que l’un d’eux avoue : « Je crois que j’ai le béguin. »

Jean Ripert est bourreau de père en fils. Il vit rue Montesquieu et s’installe dans une carrière tranquille, jusqu’à ce qu’il soit chargé de l’exécution d’un chef révolutionnaire, Joseph Chalier. Des mains glissantes ? Plusieurs coups de hache sur le cou ne suffisent pas. La légende dit qu’il finit le travail au couteau. A la Révolution, il est condamné à mort en guise de punition. On appelle le bourreau de Grenoble. Qui n’est autre que Pierre Ripert, son frère.

1540 Sébastien Gryphe se forme à l’imprimerie à Venise et s’installe à Lyon. Il y fonde l’atelier du Griffon, un lieu de rencontre pour les humanistes lyonnais. On définit l’atelier comme une « société angélique pour les libres-penseurs ». Ses impressions sont admirées pour leur netteté et leur précision. On le surnomme le « prince des libraires lyonnais ». Rabelais luimême est séduit, et le choisit pour imprimer quelques uns de ses textes.

1897-1975

1973

Dans la famille Mérieux, il y a d’abord Marcel, un moustachu qui rêve d’un monde sans microbe. Il crée son institut, aujourd’hui Sanofi Pasteur, dans lequel il saigne des chevaux pour fabriquer des vaccins. Son fils Charles reprend la guerre paternelle, même s’il caresse l’idée d’un avenir littéraire avec le projet « Pentagone » : plusieurs cinémas et un département d’édition. Mais en 1975, le Gang des Lyonnais capture son petit-fils sur le chemin de l’école pour une rançon de 20 millions de francs. Charles vend ses cinémas pour rassembler la somme, et retourne chasser les microbes. On n’échappe pas aux destinées familiales.

Claude Guerry tient un bistrot rue Sébastien Gryphe. Il est surtout membre du gang des Lyonnais, plus connu sous le surnom de « Petit Claude ». Guerry est un temps soupçonné d’avoir dézingué Jean Augé, le parrain de Lyon, en juin 1973. Le crime, jamais élucidé, déclenche une trentaine de meurtres en retour. Gageons toutefois que « Petit Claude » ne s’attendait pas à être abattu devant son propre bistrot, L’Imprévu, au mois d’août de la même année.

2009 Toni Musulin est convoyeur de fond. Un jour qui aurait pu ressembler aux autres, il se sauve avec son fourgon pendant que ses deux collègues sont dans une banque. Dans son coffre, près de 11,6 millions d’euros en billets neufs non numérotés… Il laisse 9 millions d’euros dans un garage de la route de Vienne et se rend 10 jours plus tard, en niant avoir gardé les 2 millions manquants. Il écope de 5 ans de prison ferme.

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1870 Paul Armand Challemel-Lacour est de ces chanceux qui ne sont jamais contents. Après avoir été reçu premier à l’agrégation de philosophie, il est nommé préfet du Rhône. Il réprime violemment la Commune de Lyon, se fait huer par la foule et démissionne. Il devient alors ministre des Affaires étrangères, puis succède à Jules Ferry à la présidence du Sénat. Une belle carrière. Pourtant, l’oeuvre qu’il laissera à la postérité s’intitule Études et réflexions d’un pessimiste.

brèves

Solidaires, en compagnie d’un Vers à l’Imprévu, on jouait les Prolongations à la Courte Paille entre Écochards à Bascule, épongeant la crue de quelques Vendanges Tardives. Debourg sur le Phénix, l’Art de Rien. Sur les douze coups de Minh Hui, Le Vercoquin valsait encore quand surgirent les Maquignons. Bisness sans chiquet. Un peu d’Amsterdam? Why not ! Jaboulay Saint Cloud, grillet ma Licorne. Un Trèfle dans la Gueule, c’est l’Amour. Bientôt Gato Negro me miaulera sous la Voute. Du 18 Carraz au Patio des Filles, fardées à Bloch. belles à faire Lacour sur 4 pâtes. J’ai le Béguin, c’est l’éveil des Sens ! La main dans l’Saxe, Mérieux, j’veux du Plaisir Gourmand. Qu’on Ravel mon Faluche Vermeilleur Coin de Table. Que la Fleur Sauvage me Gryphe l’ Antre-jeux. Parce que Jean Rage ! Ça va faire Bloom! J’ai Creuzet Toni ! Vieille canaille. Tu me l’as fait à l’Anvers, Musulin ! T’as Garnier La Motte de Riboulet, et maintenant tu Class’Croute en Cabriolet sur une Colline d’Or ! Attention, j’ai L’air et la Manière, j’en Fourcade les Pacha ! Quand un Marot prend la Mouche, j’l’envoie Ripert au Repos, les Rognon dans le Bocal. Chez moi, le Caviar c’est pas pour les Autres. Tu veux Créqui ma Mie de Pain ? faudra d’abord Macé le Grand Trou ! Pas de Comoedia, Jamais mon flow ne Comballot.

1200

texte : Johan Rey illustration : Julien Wolga


l o gre& 'goldenzip nouvelle presse héroïque

Partenaires

en concert

le samedi

o 3 juin au

nink asi gerland 20h

Edité par la Compagnie de l’Ogre (ass 1901) 102 Grande rue de la Guillotière 69007 lyon

www.cahiersdelogre.com

Imprimé à 7000 ex à Lyon par Bernard Guillotte Date de parution - 15 mai 2012 Dépot légal - à parution issn - 2103 8643

L'Ogre  

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