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N° 3 – SEPTEMBRE 2015 CHF 12

NOUVELLE VAGUE

SOYONS FOUS RESTONS CLASSIQUES


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W W W. T H O M A S S A B—  O8 . C—O M / F I N E J E W E L L E R Y


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Rédactrice en Chef

SANDRA BAUKNECHT

Publisher STEFAN HOTTINGER-BEHMER

Directeur Artistique

REINHARD SCHMIDT

Graphisme SONJA ZAGERMANN

DÖRTE WELTI Managing Editor LIVIA ZAFIRIOU Senior Editor STÉPHANE BONVIN Senior Contributing Editor KATHARINA SAND Contributing Beauty Editor VALESKA JANSEN Directrice de la rédaction

Editorial Coordinator

Stage

LENA STÄHELI TIFFANY KEHRLI

Traduction DATAWORDS www.datawords.ch

FINTRANS www.fintrans.com Traitement d’Images PUBLICIS COMMUNICATIONS AG, ZURICH www.publicis.ch Prepress NIK EMCH, NORA HALPERN, ANGELINA SOFIA

Ont Participé à ce Numéro Textes

SIAN EDWARDS, ANNE GAFFIE, BRUNO GODARD, PATRICK HEVEN, FRED HUBER, AYMERIC MANTOUX, THIERRY MANTOUX, EDSON PANNIER

Photographies RICARDO ABRAHAO, NACHO ALEGRE, ANNA BATCHELOR, MARC BEAUSSART, NATHAN BECK, JAKE CURTIS, JEREMY DUBOIS, ALESSANDRO FURCHINO, ROBERT GRISCHEK, FRED HUBER, YOUNG-AH KIM, FRANCESCO MENICUCCI, FABRIZIO SCARPA, ENIKO SZUCS, DANKO STEINER, HANSJÖRG SCHÖDLER, MARK VAN RAAI, DENNIS WEBER

Stylisme TATIANA CINQUINO, FABRIZIO FIORANI, FLEUR HUYNH EVANS, PHUONG LAM, PATRICK LIEF, LEONARDO PERSICO, EML REBEK, MARIE REVELUT, NONO VAZQUEZ

Illustration

LOUISA GAGLIARDI

Éditeur BLOND PUBLISHING AG  Bellerivestrasse 49, 8008 Zurich,

tél. +41 44 733 45 45, welcome@lofficiel.ch

ABO@LOFFICIEL.CH  tél. 041 329 23 40, fax 041 329 22 04

Service Abonnements

WWW.LOFFICIEL.CH

All rights reserved. The Swiss editions of L’OFFICIEL HOMMES in French and German are published under an exclusive license granted by JALOU MEDIA GROUP. All texts reproduced from the French edition of L’OFFICIEL HOMMES and included in the Swiss editions have been translated under the exclusive liability of the company BLOND PUBLISHING AG. L’OFFICIEL HOMMES is a registered trademark of JALOU MEDIA GROUP. The rights for reproduction on electronic media, including reproduction of editorial and publication material appearing in the past and present editions and initially published in the French edition of L’OFFICIEL HOMMES are exclusively owned by BLOND PUBLISHING AG. Total or partial reproduction, on any media, in any language, without prior written consent of BLOND PUBLISHING AG is strictly forbidden. BLOND PUBLISHING AG is an incorporated company with a share capital of CHF 200 000 organised and existing under the laws of Switzerland, whose registered office is located at 49 Bellerivestrasse, 8008 Zurich and registered at the Commerical Registry Office in Zurich, Switzerland.

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Montre Grande Reverso Duoface Eduardo Novillo Astrada, Champion de polo, Vainqueur de la Triple Crown d’Argentine.

—  13  — Open a whole new world


CEO et Directeur Commercial

Directeur de La Publication Marketing

OLIVER BURGER STEFAN HOTTINGER-BEHMER

Impression NEEF+STUMME www.neef-stumme.de

RITTER & PARTNER www.ritterpartner.ch PR & Media Relations PR / T ICULAR www.pr-ticular.com Fiduciaire AUDIT TREUHAND AG www.audit-treuhand.ch

Conseil Juridique

Publicité SUISSE ALLEMANDE  Oliver Burger, tél. 044 733 45 47, sales@lofficiel.ch SUISSE ROMANDE  Eva Favre, tél. 021 781 08 50, info@affinity-primemedia.ch

L’OFFICIEL PARIS Publishers MARIE-JOSÉ SUSSKIND-JALOU / BENJAMIN EYMÈRE Presidents MARIE-JOSÉ JALOU & MAXIME JALOU CEO BENJAMIN EYMÈRE General Director Advertising OLIVIER JUNGERS Editorial Director EMMANUEL RUBIN International & Marketing Director NICOLAS REYNAUD International Development Director GÉRARD LACAPE International Sales Director Italian Market ANGELA MASIERO International Senior Advertising Manager Italy CLAUDIA DELLA TORRE International Advertising Managers FLAVIA BENDA & KATHLEEN BUSSIÈRE International Editorial and Archives Manager NATHALIE IFRAH Founders GEORGES, LAURENT ET ULLY JALOU

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The Watch for Presidents. 50s PRESIDENTS’ WATCH - Vulcain pour Heiner Lauterbach Calibre Vulcain Cricket Manufacture V-10 Heure, minute, seconde au centre, réveil Cadran nacre avec indexes roses www.vulcain-watches.com L’acteur allemand Heiner Lauterbach porte Vulcain

WATCHES OF SWITZERLAND - Lucerne • RUCKLI GOLDSCHMIED - Lucerne • KIRCHHOFER CASINO GALLERY - Interlaken • LA MAISON DE L’HORLOGERIE - Geneva • LES AMBASSADEURS - Geneva • LES AMBASSADEURS - Zürich • LES AMBASSADEURS - Lugano • LES AMBASSADEURS - St-Moritz • CLM - CHARLES-LOUIS MURI - Bienne • UHRSACHEN AG - Bern • JUVAL HORLOGERIE - La Chaux-de-Fonds • DORIS HERSCHMANN - Ascona • HANGL’S UHREN & SCHMUCK - Samnaun • JOSEF HAURI UHRENATELIER MANUFAKTUHR - Lenzburg • PIGUET - Nyon —  15  —


SOMMAIRE

– 16 – Editorial

18   Contributeurs

20   News

10   Impressum

– Short List 36 – Us et costumes 26   The

40   Theo

James, le nouveau Boy&Friend

48   Riccardo’s

Men

FEATURES

– L'homme (et la femme) derrière la marque 72 – L’Art de «L’escale» 78 – Tueurs à gages, combien ça coûte? 84 – Une heure de légende 60 

MODE

– Basic instincts 102 – Un automne italien 112 – Safari urbain 122 – L’aquoiboniste 134 – Solitaire 144 – Le détail, c’est tout 156 – Fils de Baudelaire 90 

PORTRAITS

– Manzanares, le torero bel hidalgo 174 – Parlons de sexe… pardon, de chaise 178 – Notre célèbre inconnu 166 

 LIVING

– Brompton, une affaire quiroule 190 – Montres et merveilles 200 – Bataille de titans 206 – Le mythe du beau sauvage 210 – Grooming 214 – Mesures extrêmes 216 – A room with the view 184   

 AUTOPORTRAIT

– Marco Sarescia

220   

224   Adresses

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»NOMOS is among the best luxury watches out there.« N E W YO R K TI M E S

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ÉDITORIAL

CHER LECTEUR, Vous tenez entre les mains le 3e numéro de L’OFFICIEL HOMMES SUISSE, et j’en suis très heureuse. Tout au long de ses 224 pages, vous trouverez de quoi satisfaire votre curiosité sur ce qui se fait de mieux en termes de lifestyle ainsi que des histoires passionnantes recueillies aux quatre coins du monde. Et même un duel entre motos puisque l’un de nos reporters a traversé l’Italie en DUCATI et en BMW pour tester la bravoure de chacune de ces deux nouvelles bécanes. Laquelle l’a emporté? Pour le savoir, lisez-nous à partir de la page 200. Parce que je suis rédactrice en chef, on me demande souvent si les hommes devraient s’intéresser à la mode. Mais bien sûr, quelle question! Ne serait-ce que parce que la mode n’est pas qu’une affaire de goût ou de nouvelles tendances, mais aussi et surtout d’image que l’on donne de soi, de message que l’on envoie aux autres. Et à soi-même. C’est justement parce que nous évoluons dans un monde où l’image a tant d’importance que nous avons produit, rien que pour L’OFFICIEL HOMMES SUISSE, pas moins de sept reportages photos en sélectionnant ce que les marques de mode internationales proposent de plus excitant et de plus facile à porter (page 46 et suivantes). À propos, qui sont les designers qui se cachent derrière les collections de chaque marque? Qui sont ces personnes dont l’activité consiste à imaginer des vêtements et à générer des millions de chiffre d’affaires? Réponse à partir de la page 60 avec notre série de portraits des CRÉATEURS POUR HOMMES les plus éminents du moment. La mode pour homme est souvent une affaire de détail, d’accessoires – la chaussure parfaite, le bon bagage, l’épaule juste, etc. Notre SHORT LIST (page 26 et suivantes) rassemble des objets hors du commun, de ceux qui donnent cette chose si difficile à cultiver qu’est le style. Parce qu’un look, aussi réussi soit-il, ne fonctionnera efficacement qu’avec les bons accessoires. Dans un tout autre registre, ne manquez pas non plus notre reportage sur les tueurs à gages, qui vous emmène au plus profond de ce métier pas comme les autres (page 78). La mise à mort, justement, est un sujet central dans la passion et la (sur)vie du torero JOSÉ MARIA MANZANARES. Icône de DOLCE & GABBANA, il est le nouveau héros des Espagnols (page 166). Sinon, qu’est-ce qu’on attend pour être HEUREUX? De s’asseoir! C’est en tout cas la théorie de PATRIK KÜNZLER, chercheur tout ce qu’il y a de plus sérieux, spécialiste du cerveau qui a décidé de commercialiser une chaise étudiée pour procurer (un peu) le bonheur. À lire, relax, en page 174.

Sandra Bauknecht

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PHOTO: ADRIANA TRIPA

Voilà les raisons qui me font espérer que ce numéro saura vous divertir et vous inspirer! Que vous le lisiez assis sur une chaise futuriste, à cheval sur une moto extraordinaire, debout dans un nouveau manteau… Ou couché!


Montblanc Heritage Spirit Moonphase and Hugh Jackman Crafted for New Heights La nouvelle Montblanc Heritage Spirit Moonphase propose une complication phase de lune fidèle à la tradition de la Haute Horlogerie. Logé dans un boîtier en or rouge 18 K de 39 mm, le Calibre MB 29.14 à remontage automatique affiche la phase de lune dans une fenêtre en forme de croissant. Ce garde-temps raffiné vous accompagnera toute votre vie. Visit Montblanc.com

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CONTRIBUTEURS

ROBERT GRISCHEK

LOUISA GAGLIARDI

BRUNO GODARD

Des études de droit et de sciences politiques. Qui irait imaginer que le photographe auteur de notre élégante série de mode gainsbarienne intitulée «L’aquoiboniste», mène une double vie entre chambre noire et code civil? Autodidacte et perfectionniste, Jérémy a rapidement mis un pied sur la scène de la mode. Il possède d’ailleurs son propre studio à Paris, ouvert il y a deux ans. Pour ce numéro que vous tenez entre les mains, Benjamin réussit une symbiose entre mode urbaine et accents désinvoltes. Un style casual-rockmantique à découvrir et à suivre en page 122 et suivantes.

Le droit et la photo. Encore! Robert Grischek a pratiquement suivi la même voie que Jérémy Dubois dont la vie est racontée juste à gauche. Après avoir passé son premier examen de droit, il fait une pause dans ses études, pause au cours de la quelle il découvre la photographie de reportage, s’affirmant bientôt comme un auteur recherché dans des domaines aussi variés que la mode, les célébrités, le transport et on en passe. Ce natif de Hambourg a photographié pour L’OFFICIEL HOMMES Suisse une des tendances les plus brûlantes de la saison, et a aussi réalisé notre couverture. À contempler en page 90 et suivantes.

Graphiste diplômée de l’ECAL lausannoise, Louisa Gagliardi s’est installée à Zurich où elle s’est fait un nom en qualité d’artiste freelance. Elle a déjà publié ses travaux dans Wallpaper et Mousse Magazine, et compte pour clients des marques aussi prestigieuses que Kenzo et Hublot. Louisa vient d’ouvrir son propre studio, et a obtenu un «Swiss Design Award 2014» dans la catégorie graphisme. Sa spécialité: marier contenus rédactionnels et démarches artistiques. C’est dans cette optique qu’elle a mis en scène, pour L’OFFICIEL HOMMES Suisse, les tout derniers garde-temps de la saison (page 190 et suivantes). Louisa Gagliardi présente en ce moment ses travaux à la galerie Ellis King de Dublin et à la Tomorrow Gallery de New York.

On pourrait croire que ce numéro a été conçu à l’enseigne de «Law and Order» puisque Bruno Godard a lui aussi démarré sa carrière avec un master en droit. Mais le Français s’est vite tourné vers le journalisme, est devenu rédacteur en chef de Rolling Stone, a ensuite travaillé en free lance, a fait des incursions dans le foot et le rugby en tant que commentateur et reporter, et s’est mis à écrire des livres sur le sport. Pour L’OFFICIEL HOMMES Suisse, Bruno Godard a plongé dans les tréfonds des abysses du monde des tueurs à gages, un métier qui n’est pas complètement étranger à celui d’avocat débutant. Une enquête dégainée en page 78 et suivantes.

PHOTOS: DR

JÉRÉMY DUBOIS

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NEWS

LE MANGE-DISQUE DU NOMADE

La marque Power Crosley a révolutionné la communication radio quand elle en était à ses balbutiements dans les années 1920, en fabriquant le premier des récepteurs bon marché pour le grand public, et en rendant la réception accessible à des millions de personnes avec sa propre station de radio. Crosley construit encore aujourd’hui à Louisville, Kentucky, des appareils électroniques qui suivent les tendances, tout en étant de qualité irréprochable et plutôt abordables. And now…, voici le tournedisque portable, qui colle parfaitement à la fièvre rétro, dispose d’une connexion USB et est fourni avec un casque. Attention: si vous cliquez sur le site, vous courez le danger, bien réel, de tomber amoureux de tous les superbes juke-boxes vintage, radios au look fifties et téléphones old style! www.crosleyradio.com

L’ALCOOLTEST DU CONNECTÉ

Portable breathalizer. Son nom signifie «alcootest portable». Une vraie bonne idée: on souffle dans un appareil que l’on tient dans la paume de la main pour créer un peu d’étanchéité. L’analyse de l’haleine est transmise à un appareil Android, iPhone, iPad ou iPad touch, appli gratuite. L’info donne le taux d’alcoolémie et indique dans combien de temps on sera redescendu à 0. Lapka étend ainsi sa gamme d’appareils à senseurs qui en comprend déjà un pour mesurer l’humidité de l’air, un pour représenter la radioactivité, un pour déterminer à quel point un fruit ou un légume est bio, et un qui donne la puissance des champs électromagnétiques. www.mylapka.com

LES BAGAGES BIEN ACCOMPAGNÉS

Sur les traces du succès de son couteau de poche et de ses accessoires de voyage, Victorinox sort une gamme de nouveaux bagages. Ces valises et serviettes ultra légères «VX One» constituent une solution compacte en textile nylon balistique, de conception très intelligente et à l’organisation logique. Pour les professionnels toujours en déplacement, pour un overnight trip tout autant que pour un séjour prolongé.   www.victorinox.com

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PHOTOS: DR

LA CAMÉRA AMPHIBIE

Le marché des petits caméscopes a été jusqu’ici le domaine incontesté de GoPro. Sony arrive maintenant avec une alternative qui, si l’on en croit l’excitation des bloggeurs, offre une qualité comparable mais – du moins pour le modèle de base – à moitié prix seulement. Après, si l’on se laisse tenter par les accessoires et les options, ou bien par le modèle haut de gamme, on en arrive à peu près au même point qu’avec le modèle concurrent. Pour le reste, c’est une affaire de goût. Quoi qu’il en soit, dans sa version splash proof, voilà un gadget léger, que l’on tient bien en main, au design très cool et séduisant pour filmer tout ce qui se passe là où il y a de l’eau. www.sony.ch


NEWS

LA MULTI-CARTE DE CRÉDIT

Ashutosh Dhodapkar a bien réfléchi à la question d’un porte-monnaie intelligent capable de réunir toutes les cartes de crédit et cartes bonus, de «régler son compte» à l’argent liquide et même d’organiser les finances. Domicilié dans la Silicon Valley, Dhodapkar fonda donc Qvivr en 2013 et lança SWYP, la carte qui sait tout faire. En métal, elle peut héberger 25 cartes de crédit et tout ce qui se fait en cartes cadeau et bonus. SWYP se sécurise avec un smartphone: dès qu’elle s’en trouve éloignée de plus de 1,80 mètre, le PIN permet de la protéger. SWYP n’est pas la première idée du genre, mais la première marque véritablement capable fournir un produit fini. La première fournée s’étant vendue comme des petits pains, on peut s’inscrire pour la deuxième.  www.swypcard.com

L’AMBASSADEUR DU COOL

L’acteur Eddie Redmayne est le petit dernier de la famille des ambassadeurs Omega. Redmayne, à qui son interprétation de Stephen Hawking dans Une merveilleuse histoire du temps a valu un Oscar, est le seul acteur, avec George Clooney, bien sûr, à faire partie du clan des ambassadeurs Omega. Son charme singulier va certainement contribuer à ce que de nombreux fans, notamment jeunes, remarquent ces merveilleuses montres suisses de la maison Swatch. www.omegawatches. com

LE LIVRE À AVOIR

Vous avez répondu à l’appel de la nature, vous êtes aventuré au loin, avez remonté le cours d’une rivière, avez bravé les dangers – mais bon, maintenant, vous avez faim. Ah, si seulement vous saviez attraper un poisson. Ou comment préparer un repas savoureux avec ce qui pousse autour de vous. Ou encore, mais là, nous changeons de décor, si seulement vous saviez impressionner l’amour de votre vie avec des brownies faits maison... Elles sont nombreuses, les occasions de se retrouver dans le pétrin. Le pilote amateur et chef cuisinier René Schudel a écrit avec Breitling, spécialiste des montres destinées à l’aviation, un Emergency Culinary Notebook. Il aborde pratiquement tous les scénarios dans lesquels on risque d’atterrir quand on sort des sentiers battus. Et bien sûr, la meilleure solution pour s’en tirer avec les honneurs. Cet Emergency… est limité à 406 exemplaires, clin d’œil à la montre Breitling Emergency qui émet un signal de détresse sur 406 Mhz.  www.breitling.com —  23  —


NEWS

L’IWC DU MYSTÈRE

L’ÉTERNEL MASCULIN

Est-il besoin de le présenter? Mario Testino est l’un des photographes les plus célèbres au monde, et ses photographies de mode notamment lui valent d’être passionnément adulé. Tout ce que la planète des mannequins, hommes et femmes, compte de superbe est passé devant l’objectif du Péruvien, qui reçut ses «lettres de noblesse» en 1997 lorsque la princesse Diana l’engagea pour tirer son portrait dans Vanity Fair. Mario Testino sort un livre limité à 1 000 exemplaires, une somme-florilège de ses portraits masculins. Plus de 300 photos pour révéler «l’essence de l’homme». www.taschen.com

Comment une manufacture horlogère au sommet de la technologie comme IWC Schaffhausen aurait-elle pu passer à côté des montres intelligentes? En toute logique, la maison travaille sur une solution à la mesure de son image et qui sera à la pointe du futur numérique. Il n’en existe pas encore de photos définitives. Tout ce que l’on sait, c’est qu’il s’agira d’un outil qui viendra s’intégrer au bracelet des grandes montres pour pilote. On en déduit que cet objet ne sera pas une montre en soi mais un complément à la technologie horlogère maison. Georges Kern, CEO d’IWC: «Nous avons remarqué que beaucoup de nos clients et ambassadeurs de la marque portent un appareil numérique à l’autre poignet. Si bien que nous avons décidé de trouver une solution élégante, esthétique et satisfaisante à tous points vue sous forme de gadget numérique».   www.iwc.com

LE TÉLÉPHONE QUI TÉLÉPHONE

www.thelightphone.com.

LE DRONE PENSANT

Que doit proposer un drone pour qu’on l’utilise volontiers et efficacement? Des images bluffantes de qualité évidemment, un vol aussi stable que possible et une utilisation facile. Solo de 3DR transmet sans câble des vidéos HD sur iOS ou appareils mobiles Android, un simulateur basé sur une appli permet de faire un vol d’essai qui suffit pour que tout marche comme sur des roulettes au moment d’y aller pour de vrai. Le drone embarque nombre de gadgets techniques, comme par exemple des trajectoires de vol programmables, à rendre jaloux tous les cameramen d’Hollywood. Moteur!  www.3drobotics.com —  24  —

PHOTOS: DR

Un téléphone avec lequel on ne peut que téléphoner. Le «Light Phone» est censé diminuer la dépendance aux appareils mobiles et faire barrage à la marée de données qui nous submerge sans cesse. Couplé avec un téléphone mobile proprement dit que l’on peut, lui, laisser au bureau ou à la maison, ce «Light Phone» ne laisse passer que les appels et on peut s’en servir pour téléphoner. Normalement.


NEWS

LES MAD MEN DE BALLY

Est-ce que ça va prendre? Bally présente une collection on ne peut plus rétro pour hommes. Depuis les pantalons feu de plancher super étroits jusqu’aux jerseys à fermeture Éclair en passant par les foulards en soie glissés dans l’encolure et les motifs de cravates. Silhouette impeccable et beaucoup d’audace… 

Les Nordiques, encore eux. Love Hultèn est un designer et artisan suédois qui allie technologie moderne et travail artisanal traditionnel, souvent dans un look vintage. Sa toute dernière œuvre est le Pixelkabinett, une console de jeux qui porte bien son nom puisque c’est un véritable meuble. Love Hultèn livre l’original doté d’une carte «jamma», mais rien n’empêche de faire installer tous les ordinateurs possibles et imaginables et de personnaliser les éléments de commande. 

www.bally.com

www.lovehulten.com

LA CONSOLE DE L’ARTISAN

LE PARFUM DE LA LIBERTÉ

L’IMPRIMANTE DU RÉTRO-FUTUR

La possibilité d’imprimer instantanément les photos d’un smartphone, celles d’un post Facebook ou Instagram ou de toute autre image issue du monde des réseaux sociaux fait franchir une nouvelle étape au partage de photos. Une étape qui rappelle le temps où on envoyait encore des photos sur papier ou, plus exotique encore, celui où on les collait dans des albums. Ce nouvel appareil portable de Fuji est léger (235g), il fonctionne avec un éclairage LED et sera probablement le clou des fêtes de l’automne.  www.fuji.ch —  25  —

Si le premier jus de Bentley aux notes de cuir évoquait l’automobile, la nouvelle composition de la maison prend la clé des champs. Poivre noir, lavande, feuilles de violette et géranium forment la base sur laquelle la parfumeuse Nathalie Lorson, récemment sacrée «Parfumeuse 2015» en France et en Italie, a élaboré «Bentley Infinite», un parfum frais et épicé. Le flacon: made by Lalique, avec bien sûr le «Flying B» qui décore les élégantes limousines de luxe Bentley. Disponible en Suisse en exclusivité chez Globus. www.bentley-fragrances.com


NEWS

LES BOOTS DU BOSS

Le mâle urbain n’hésite pas à faire état de son lien avec la nature et même en costume – c’est le style casual busines, comme on dit. Boss a les chaussures qu’il lui faut: des boots adaptées à tous les terrains mais complètement conçues pour le style business. Nestor, avancez-moi ma Cayenne, je vous en prie.  www.boss.com. 

LA VALISE AUTONOME

Dufl entend révolutionner les voyages d’affaires. Comme de toute manière on (em-)porte en général toujours la même chose – costume, chemises, cravates, chaussures, t-shirts/tricots de corps, linge – on peut désormais confier sa valise à Dufl. Ses employés en lavent et disposent le contenu en vue du prochain voyage d’affaires. Ne reste plus au voyageur qu’à leur dire où il ira, et Dufl expédiera la valise alors que le propriétaire ne devra plus que gérer et emporter son bagage à main. Téléchargez l’appli, demandez la valise, vous serez enregistré.  www.dufl.com

L’ŒIL DE ZEGNA

Ermenegildo Zegna présente une nouvelle collection de lunettes de vue et de lunettes de soleil. Pour la première fois, la marque aux fabuleux textiles a travaillé avec Marcolin, l’étonnante entreprise italienne qui règne sur une bonne partie du marché mondial de la lunette de designers. www.zegna.com.

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PHOTOS: DR

LA RAQUETTE CONNECTÉE

Nadal l’a déjà: la raquette connectée qui affiche vitesse, puissance, technique de frappe, nombre de coups, coup droit ou revers et bien plus encore. Les informations peuvent être transférées sur ordinateur par câble USB pour que le joueur analyse son jeu. Cette raquette dispose de 6 heures d’autonomie de jeu et on peut sauvegarder 150 heures de match en tout. La technologie est pour l’instant installée sur un modèle Babolat Pure Drive. La «Play Connected» est aussi sur les médias sociaux: il existe en effet une communauté où on peut se mesurer les uns aux autres. www.babolat.ch


NEWS

LE SURF À MOTEUR

Martin Sula a élevé l’art du surf à un niveau inédit, il a conçu en 2008 une planche motorisée. L’avantage: plus besoin de se fatiguer à ramer pour aller chercher la vague et on évolue plus rapidement dans les tubes. Cet appareil fun de 14 kilos est le seul véhicule aquatique à moteur que l’on peut transporter en auto, bateau et même en avion comme bagage accompagné. Les planches ont depuis été retravaillées, sont devenues plus respectueuses de l’environnement car moins bruyantes et usant moins d’essence. Elles sont fabriquées par MSR Engines à Brno en Tchéquie.   www.jet-surf.com

LE VERROU POUR MAC

Le Sesame2 met le Mac en veille dès qu’on s’en éloigne. Quand on revient à son engin, les fenêtres s’ouvrent à nouveau. Le gadget n’est pas plus grand qu’un briquet et se glisse facilement dans une poche de pantalon ou de chemise. Une deuxième fonction permet à l’utilisateur de coupler le déverrouillage à un mot de passe.  www.atama.io —  27  —


THE SHORT LIST Réalisation LENA STÄHELI

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PHOTOS: DR; CERTAINS PRIX ONT ÉTÉ CONVERTIS DE LA DEVISE D’ORIGINE ET NE REFLÈTENT PEUT-ÊTRE PAS LE PRIX PUBLIC SUISSE. BALENCIAGA ET JOHN LOBB SUR MRPORTER.COM

THE SHORTLIST


THE SHORT LIST

GIN, VL92, CHF 50.

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THE SHORT LIST

Bicyclette, Bamboo Bikes, CHF 2 600.

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THE SHORT LIST

Valise, «SALSA DELUXE Cabin Multiwheel52 IATA», Rimowa, CHF 500.

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THE SHORT LIST

Lunettes de soleil «Gold Edition 70», Brioni, CHF 9 950.

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THE SHORT LIST

Eau de Toilette «Aqua di Bergamotto», Ermenegildo Zegna, CHF 62.

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THE SHORT LIST

Montre «Hyper Chrome Match Point Automatic», Rado, CHF 4 700.

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THE SHORT LIST

Sac à dos, Bottega Veneta, CHF 7 720.

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THE SHORT LIST

MacBook, Apple, CHF 1 400.

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hugoboss.com

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STYLE

Sur toutes les photos: blazer droit en velours de coton, pullover en cachemire et soie, pantalon en coton côtelé avec bandes élastiques, ceinture en cuir et bottines, Ermenegildo Zegna Couture. —  38  —


STYLE

US ET COSTUMES

Chez Ermenegildo Zegna Couture, Stefano Pilati renouvelle le plus traditionnel des uniformes masculins. Ton sur ton, luxueux, graphique avec une touche d’extravagance mesurée, le costume devient épure et signe d’originalité. Photographie ALESSANDRO FURCHINO Stylisme EML REBEK

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STYLE

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STYLE

Mannequin Matt Doran @ New Madison Coiffure et Maquillage Valentino Perini @ WM-Management Assistant Photographie Leonardo Veloce Assistant Stylisme Nicolò Andreoni Opérateur Digital Andy Masaccesi —  41  —


Par SIAN EDWARDS

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PHOTOS: DR INTERVIEW: THE INTERVIEW PEOPLE

THEO JAMES, LE NOUVEAU BOY & FRIEND


STYLE

Pour «BOSS The Scent», son dernier parfum, Hugo Boss a choisi le charismatique acteur hollywoodien Theo James comme ambassadeur. Excellent choix! La jeune star aux racines grecques n’est-elle pas la personnification du séduisant héros pas toujours vraiment conscient de l’effet qu’il produit et qui joue de cette divergence? Thème d’actualité pour Theo James que cette divergence, puisque le troisième volet de la trilogie du thriller Divergente est en cours de tournage, avec une sortie prévue en salles pour 2016. On peut déjà admirer le nouveau spot pour la nouvelle senteur BOSS dans sa version intégrale, tourné s’il vous plaît par nul autre que le metteur en scène, scénariste et producteur américain Darren Aronofsky, célèbre pour des œuvres tout en subtilité comme Requiem for a Dream, Black Swan ou Noé. Sian Edwards a rencontré Theo James et le décrit sous les traits d’un beau gosse moderne et libre comme l’air qui ne perd jamais ses moyens – parfait ambassadeur pour un parfum d'une iconique marque internationale.

Séduction des essences exotiques: «BOSS The Scent», le nouveau parfum BOSS, contient de l’aphrodisiaque fruit de maninka, du fruit de la passion et du rhum. Quel cocktail!

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STYLE

Le nouvel homme BOSS: décontracté, mais sensible aussi, Theo James pour tout dire.

Il a fait ses débuts TV dans A Passionate Woman aux côtés de Billie Piper, et incarné un diplomate turc dans Downton Abbey. Il a aussi été à l’affiche de Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu, The Domino Effect, mais également de Les Boloss, et Underworld: Nouvelle Ère. Ses prochains films seront London Fields avec Amber Heard et Jim Sturgess, et Franny, avec Richard Gere et Dakota Fanning. Il serait toujours en relation avec l’actrice irlandaise Ruth Kearney. Voilà pour la biographie officielle. Dans la vraie vie, Theo James est drôle et charmant, il porte un jean noir et une chemise bleue (enfin, le jour de l’interview). Beau gosse plein d’assurance, il est assurément quelqu’un à tenir à l’œil.

Si tu savais que tu prends le même chemin que lui, avec tout ce que cela comporte, est-ce que tu le ferais? Et bien, en fait c’est une chose à laquelle il faut absolument réfléchir parce que si le film a du succès, c’est potentiellement un personnage avec lequel il faudra vivre pendant trois films, et parce que de nos jours, les obligations médiatiques sont énormes. Alors c’est un personnage et une histoire qui vont occuper un bon bout de ta vie, et ça va obligatoirement faire s’ouvrir des portes, mais ça peut aussi avoir l’effet opposé.

L’OFFICIEL: Alors, paré pour la folie qui va suivre? Theo James: Non, jamais!

Ce film convient à ton profil démographique? Mon profil démographique, c’est-à-dire homme de 29 ans? Oui, ça colle littéralement et à 100%. Je ne m’en cache pas, et puis il n’y a absolument rien de mal à ça. Le livre est super, et il a attiré un public fidèle et jouer son adaptation, c’est vraiment quelque chose. Ce que je veux dire, c’est que la différence avec cette histoire d’amour, c’est qu’elle est vraiment méritée et elle n’arrive pas tout de suite, que ça plaise ou non. Je ne dis pas que c’est bien ou que c’est mal, mais c’est différent, et vraiment ils ne sont ensemble qu’à la fin avec ce baiser sexy.

Ça doit faire partie du goût britannique pour l’euphémisme parce que c’est exactement ce que disait Robert Pattinson lors des interviews pour le premier Twilight. (Il rit)…

C’est aussi un film qui traite des choix et des bonnes décisions à prendre, celles qui vont changer une vie. Alors dans ta propre vie et dans ta carrière, quels sont les choix décisifs que tu as faits?

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Es-tu prêt, physiquement et mentalement? Pour tout dire, c’est bête mais je suis plutôt réaliste. Je ne vais pas vraiment y croire, jusqu’à ce que ça me tombe vraiment dessus. On commence à prendre conscience de la réalité des choses uniquement lorsqu’elles deviennent réelles.

Tu veux dire que tu fais ça par amour de l’art et non pour l’argent? Toujours.


STYLE

D’une certaine manière, c’est un peu difficile à dire maintenant, parce que tout ça est nouveau pour moi même si j’ai commencé en 2010, dans ma tête, je me considère toujours comme un débutant. Mais y a-t-il des gens dans ta vie qui comptent pour toi? Oui, je suis né dans une grande famille, à la grecque, ce qui me fait garder les pieds sur terre, mais j’ai aussi mes copains d’école, mes copains d’université, mes copains qui n’ont rien à voir avec tout cela, et ça aide parce que là encore ça pousse à voir au-delà de sa propre petite sphère. Chacun pense que sa sphère est ce qui compte le plus. Pour moi, c’est ma famille. Je suis le plus jeune de cinq enfants, et aucun des autres n’a rien à voir avec le cinéma. Ma famille m’encourage beaucoup mais sait aussi se montrer critique. Ils trouvent ça hilarant, un peu ridicule, mais avec un côté très positif. Tu vas devenir un modèle pour des millions d’ados. Ça te fait quoi? Je me dis, «Punaise! Ça me va bien.» Ça te fait quoi d’être vu comme un beau gosse, d’être représenté comme ça? Il n’y a rien de mal à ça mais j’aimerais aussi me dire que j’ai un peu de cervelle, alors, quand tout mon rôle est réduit à cela, c’est un peu déconcertant, même s’il n’y a rien de mal à cela, d’autant que je le savais dès le départ. C’est de loin le plus gros film que j’ai jamais fait, ce personnage est l’un des plus intéressants que j’ai jamais joués, mais je sais aussi que je ne suis pas un ado, je suis un homme, je n’ai pas envie d’être classé dans la catégorie des beaux mecs, parce que ça va forcément réduire mes chances. En réalité, si tu veux gagner ta vie de cette manière et si tu veux durer dans le temps, il faut vraiment ne pas se laisser enfermer dans une boîte

parce que les gens aiment bien généraliser. Je viens juste de commencer dans le métier, mais je vois bien que je dois faire des choix diamétralement opposés. Et les portes qui s’ouvrent sont souvent intéressantes, mais ce sont parfois les portes faciles à ouvrir, et puis il y a des portes qui sont encore fermées et ce sont celles pour lesquelles je vais me battre, pour être plus et mieux qu’un simple M. Beau Mec. L’autre Britannique du film, c’est Kate Winslet. Qu’est-ce que tu en as pensé? (Il rit) En fait, c’était bien. C’était très intimidant, c’est une de mes actrices préférées et je la trouve super. The Reader est un super, super film, entre autres. Mais heureusement, elle est très terre à terre et c’est quelqu’un qui se donne encore; pas «encore», c’est bête de dire ça, elle se donne à fond et elle s’est vraiment investie. J’ai apprécié qu’elle n’incarne pas juste l’archétype de Madame Affreuse Méchante. C’est quelqu’un de très motivé, elle croit en ses idéaux et cela fait d’elle un personnage qui a de la profondeur , elle ne fait pas semblant. Parle-nous un peu de la scène du baiser. Est-ce que pour toi c’était juste le boulot comme d’habitude ou bien est-ce que vous étiez tous les deux un peu nerveux? Ce n’est pas seulement «Oh mon Dieu, je vais embrasser Shai, purée! Une femme superbe!». C’était une scène importante pour nous, parce que là aussi, et je ne veux pas faire dans la complexité ou la profondeur, mais on voulait la hisser à un point où ce serait romantique, ou ce serait très beau, sans être niais et que ça tombe dans «Bon, on y va. On arrive au moment dans le film où il va enlever sa chemise et ils s’embrassent». Alors on a eu un peu de mal, et ça n’avait rien à voir avec nous ou le fait de s’embrasser, mais parce qu’ils ne sont ensemble que cette seule fois, et on voulait que ça soit bon, évidemment.

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En amour, en tant qu’acteur et dans la vie, qu’est-ce qui compte pour toi? Par où commencer? Les femmes? La famille. Autre chose?

Tu as été choisi comme l’une des cinq étoiles montantes du cinéma en 2014. Ça te fait quoi? Je l’ai déjà dit, c’est incroyable. Entendre ça, c’est chouette.

Les femmes... Avec les nanas. Romantique. Ok. C’est important...

Est-ce que ça a une influence sur toi? Non, pas en soi, je ne pense pas, je viens de…

Qu’est-ce qui te fait craquer, qu’est-ce qui compte? Et bien, les belles nanas (rires). Mais non, pour moi en fait, et ça sonne tellement cliché mais c’est vrai: un certain sens de l’humour, et au-delà des atomes crochus et tout le bla-bla, ne pas se prendre trop au sérieux. Parce que dans notre métier tout spécialement, se prendre trop au sérieux et vouloir apporter la paix dans le monde, moi, ça ne me branche pas du tout. C’est une question difficile, mais c’est vraiment ce que je pense.

Tu viens de t’acheter une nouvelle voiture, une nouvelle maison? Ouais. (Il rit)

Dans la scène d’amour, c’est vraiment bien quand elle dit, «Allons-y doucement». Ça a fait rire les gens parce qu’on ne s’y attend pas. Est-ce que tu penses que c’est crédible pour les ados d’aujourd’hui? Malheureusement, je pense que ça devrait vraiment être comme ça. Je pense que c’est crédible et c’est drôle que tu dises ça, quand on faisait la scène, encore une fois, je ne suis pas un ado, mais je me disais, «Allez quoi, en vrai ils pourraient pas se décoller!» Mais quand je l’ai vue, je me suis vraiment dit que dans une histoire où elle ignore tout de ce qu’il est, il ne lui a pratiquement rien révélé de lui-même, il a l’air potentiellement dangereux, le monde dans lequel elle vit lui fait peur, et elle pourrait bien être en danger, alors je pense que c’est crédible qu’elle ne couche pas avec un mec. Je pense vraiment que c’est réaliste.

Tu vis à Londres? Ces deux dernières années, on peut dire que j’ai été pratiquement sans domicile fixe parce que je n’ai pas arrêté de bouger, mais en effet, je vis toujours à Londres parce que ma famille et mes potes y sont. Mais je n’ai d’attaches nulle part.

Le Parfum «BOSS The Scent» est en vente en Suisse du 31 août.

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Si la saison Automne-Hiver 2015-2016 devait se résumer à un seul mot, à un seul produit, ce pourrait être celui-là: le sac à dos. C’est risqué, voire pas très fairplay, mais c’est encore la meilleure façon d’expliquer la situation et de faire passer le message. La mode masculine s’adresse aujourd’hui à une génération «backpack», il faut que cela soit dit. Et même si cela paraît simpliste, voire improbable, c’est une réalité. Il y a encore dix ans, si l’on vous avait dit que 90% des créateurs de mode masculine, toutes catégories confondues, proposeraient dans leurs collections une nouvelle version du vieux sac à dos, personne n’aurait voulu le croire. Or, c’est ce qui est arrivé. Parce qu’il a le mérite de remplir bien des fonctions, le backpack fait carton plein. Il est même devenu à lui seul le symbole, pour ne pas dire le symptôme ou le syndrome, des tendances du moment. Non seulement il a le grand avantage de laisser les mains libres, mais, plus fort encore, il fédère les tribus, style les silhouettes, et donne un genre. En fait,

Valentino

Dolce & Gabbana

3.1 Phillip Lim

GÉNÉRATION BACKPACK Par ANNE GAFFIÉ

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Lanvin


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Valentino

Louis Vuitton

Louis Vuitton

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Coach

il résume à lui seul ce grand mouvement de mode masculine du moment, qui voudrait que le sportswear rejoigne enfin le tailoring. Car c’est bien là le nœud gordien de l’affaire. Tout ce qui est en «wear» – sportswear, casual-wear, workwear, utility-wear – est venu ces dernières saisons allumer la ville et draguer le costume. Capuches, mousquetons, teddy, bomber, rayures, jogging pants, duffle-coat, denim, oversize, poches, zips, superpositions, parkas, baskets, hiking-boots, sweat-shirts... on ne compte plus cet hiver les références aux sports en tous genres. Non seulement chez les jeunes créateurs, mais aussi et surtout, au cœur des maisons de luxe les plus formelles. Cet hiver, il vous faudra un sac à dos. —  49  —


PORTFOLIO

RICCARDO’S MEN

Depuis l’Automne-Hiver 2009, c’est Riccardo Tisci qui dirige les collections masculines de la maison Givenchy. Alors que son fondateur, Hubert de Givenchy, habillait plutôt des femmes belles comme des images sages, et rêvant de ressembler à Audrey Hepburn, Riccardo, lui, joue la transgression, il redéfinit l’élégance contemporaine masculine entre tailoring à l’anglaise et streetculture, perfection et irrespect. Au moment de faire défiler ses collections, Riccardo Tisci doit bien sûr trouver des jeunes hommes qui incarnent ses visions. Ce que le designer d’origine italienne ne perd jamais de vue au moment de faire ses castings. Dans le portfolio qui suit, il partage, en exclusivité pour L’OFFICIEL HOMMES Suisse, sa vision contemporaine de la masculinité. Des images fortes, habitées par des mannequins qui pourraient être les petits-fils libres d’une Audrey Hepburn toujours parfaite mais désormais décomplexée…

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Direction Artistique RICCARDO TISCI Photographie DANKO STEINER

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FOTO: DOUGLAS MANDRY FOTOS:


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FEATURES – L'homme (et la femme) derrière la marque 72 – L’Art de «L’escale» 78 – Tueurs à gages, combien ça coûte? 84 – Une heure de légende 60 

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FEATURE

L’HOMME (ET UNE FEMME)

DERRIÈRE LA MARQUE

N’est-ce pas étrange que les designers célèbres fuient si souvent les feux de la rampe? La scène est bien connue: après un show éblouissant, le créateur fait une brève apparition devant le public, il remercie la salle, bien caché entre les mannequins, ose un timide petit signe de la main et disparaît en backstage. Pour bien des observateurs, ce court instant de gloire est tout ce qu’ils connaissent de l’activité des grands noms de la mode. Mais qui se cache vraiment derrière cette façade? Nous sommes allés au-devant de ceux qui restent dans l’ombre. À chacun son histoire. Par LENA STÄHELI

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FEATURE

BRIONI

BRENDAN MULLANE

QUI Le Britannique Brendan Mullane est né en 1975 à Brent, au nord-ouest de Londres. Il a étudié le design de mode à l’université de Kingston de Londres, puis est entré tout droit chez Alexander McQueen comme créateur de mode masculine. Il vit à Rome depuis 2012. LA MARQUE Brioni a été fondée à Rome en 1945 comme maison de services sur mesure et de mode masculine par Nazareno Fonticoli et Gaetano Savini qui se sont rapidement fait un nom, avant tout auprès d’une clientèle de grands politiciens et hommes d’État. Ils ont aussi travaillé pour des films et conquis le monde des affaires. Brioni est la marque qui a organisé le tout premier défilé de mode masculine à Florence en 1952. Brioni fait aujourd’hui partie du groupe de luxe Kering. PARCOURS Dans les années qui ont suivi, Brendan Mullane a inscrit à son tableau de chasse d’importantes collaborations avec des marques de luxe comme Burberry, Louis Vuitton, Hermès et Givenchy, où il a partout été responsable du processus de création des collections masculines.

PHOTO: DR

AUJOURD’HUI L’actuelle collection Automne-Hiver est fortement marquée par l’image des «college boys» américains. Brendan Mullane y a aussi mêlé des accents de l’école espagnole d’équitation, et est allé piocher des citations du côté de l’Art déco et du Bauhaus – un mix de cultures réussi. —  63  —


FEATURE

THE ELDER STATESMEN GREG CHAIT

QUI Greg Chait a vu le jour à Toronto dans une famille d’expatriés sud-africains qui s’est installée en Arizona, USA, où il a fait ses études. LA MARQUE Greg a symboliquement baptisé son label «The Elder Statesman» en hommage à son frère disparu. Tout a commencé avec des couvertures en cachemire. Puis sont venus divers accessoires, une ligne de prêt-à-porter, et même du design d’intérieur et des lunettes. À cela s’ajoute Tyro by Tes, une ligne financièrement plus accessible destinée à un public plus jeune. Depuis 2013, les tout-petits ne sont pas en reste puisque Greg a lancé sa première collection pour enfants. En 2012, il a remporté le Council of Fashion Designers of America (CFDA)/Vogue Fashion Fund doté de 300 000 dollars. PARCOURS Une fois ses études achevées, Greg Chait a beaucoup voyagé (et profité), collectionnant les objets rares et beaux, enrichissant son inspiration. Autant de choses qui ont finalement nourri son esthétique et sa propre marque de cachemire.

PHOTO: DR

AUJOURD’HUI En novembre 2014, Greg ouvrait sa première boutique à West Hollywood. Il vend aussi ses pièces sur le portail de produits de luxe Mrporter.com. Ses dernières créations pour hommes sont des patchworks audacieux, des pulls qui ressemblent à du batik, le tout dans des coupes très décontractées. Et comme toujours, mention spéciale pour ses plaids. —  64  —


FEATURE

GIVENCHY RICCARDO TISCI

QUI Riccardo Tisci est né à Cermenate, Italie, en 1974. À 17 ans, il quitte son pays pour étudier à Londres au célèbre Central Saint Martins. LA MARQUE Hubert de Givenchy est une figure iconique de la mode. Le Français crée en 1952, à Paris, sa griffe de haute couture et il a très vite à ses pieds les plus belles femmes du monde. Sa célébrité croît grâce au cinéma, pour lequel il habille de brillantes stars comme Audrey Hepburn. La maison Givenchy est aujourd’hui encore membre de la Chambre Syndicale de la Haute Couture et du Prêt-à-Porter, et a, depuis, rejoint le groupe LVMH. PARCOURS Il retourne en Italie après ses études, travaille pour Antonio Berardi, Coccapani, Puma et Ruffo Research, et présente en 2004 sa première collection personnelle. L’année suivante, coup de théâtre, la maison Givenchy annonce que Riccardo Tisci est son nouveau directeur artistique pour la haute couture, le prêt-à-poter féminin et les accessoires. En 2008 s’y ajoute la fonction de directeur artistique pour la ligne masculine.

PHOTO: KARIM SADLI

AUJOURD’HUI La collection actuelle de Riccardo Tisci dévoile des silhouettes inédites, ici un look fait de superpositions, là un mélange d’austères fines rayures et d’éléments punk. Le nouvel homme Givenchy n’a rien de sage mais, à l’image de Riccardo Tisci, il se met en scène comme un jeune rebelle conscient de l’effet qu’il produit. Cela sans rien céder des valeurs patrimoniales de la maison Givenchy (voir aussi notre reportage page 48 et suivantes).Tisci est proche de nombreuses stars, il conçoit des costumes de scène et même des pochettes de CD, comme récemment pour Kanye West et Jay-Z. —  65  —


FEATURE

GUCCI

ALESSANDRO MICHELE

QUI Alessandro Michele est né à Rome en 1972 et y a fait ses études à l’Accademia Costume & Moda. LA MARQUE Gucci est l’une des plus anciennes maisons de luxe italiennes. Fondée à Florence en 1921 par Guccio Gucci, la marque – et la famille – suit un scénario marqué par les hauts et les bas. Partant des élégants bagages de ses débuts, Gucci en était arrivé à fabriquer plus de 20 000 modèles et produits! Tom Ford remit de l’ordre dans tout cela, réduisit la collection et redonna au nom Gucci son incomparable et moderne cachet. Gucci fait aujourd’hui partie du groupe français Kering. PARCOURS Tout jeune mais déjà talentueux, Michele commence sa carrière chez Fendi, puis il est recruté, en 2002, par Tom Ford et prend ses quartiers à Londres dans l’atelier de design de Gucci. Il passe par différents départements en qualité de créateur maison, est finalement promu en 2006 directeur artistique pour les articles de maroquinerie et, en 2011, nommé partenaire de Frida Giannini, ancienne directrice artistique. Institué directeur artistique en janvier de cette année, Alessandro Michele est aussi responsable de toutes les collections Gucci, et a signé pour la marque sa toute première ligne de mode masculine.

PHOTO: RONAN GALLAGHER

AUJOURD’HUI Le créateur a parsemé sa première collection masculine de puissantes touches colorées. Évitant les coupes par trop expérimentales, il a réussi à changer l’image de l’homme Gucci, introduisant des détails inhabituels comme de la dentelle, des nœuds ou des cols de velours, faisant ressurgir des archives des motifs iconiques. —  66  —


FEATURE

BOTTEGA VENETA TOMAS MAIER

QUI Tomas Maier, né à Pforzheim, Allemagne, en avril 1957, a fréquenté une école Steiner. Il se forme à la mode à la Chambre Syndicale de la Haute Couture de Paris. LA MARQUE Bottega Veneta fut créée en 1966 et ne produisait à l’origine que des sacs et de petits articles de maroquinerie. La marque devint connue pour une technique très particulière de tissage du cuir. Bottega Veneta est achetée en 2001 par Gucci et présente rapidement ses premières collections de mode, celle pour femmes en 2005, suivie en 2006 de celle pour hommes. PARCOURS Tomas Maier a aussi bien élaboré ses propres collections que travaillé pour les grands du secteur de la mode. Il a créé pour Guy Laroche, puis a signé pendant huit ans la ligne homme Sonia Rykiel, il a été directeur artistique chez Revillon et pendant neuf ans le créateur de la ligne de prêt-à-porter pour femmes d’Hermès. En 2001, Tom Ford lui fait signe et Tomas Meier prend la barre de Bottega Veneta. Avec succès. Il a en outre toujours conservé son propre label.

PHOTO: COLLIER SCHORR

AUJOURD’HUI La collection Automne-Hiver 15-16 est presque totalement dépourvue de tout motif. Maier utilise uniquement une technique de teinture qui donne fortement à penser que les pulls ont été traités comme du batik. Les lignes sont étroites et décontractées – pantalons resserrés par des bandes tricotées et vestes ajustées. Une collection jeune, capable de plaire autant au «college boy» qu’au «business graduate». —  67  —


FEATURE

HERMÈS

VÉRONIQUE NICHANIAN

QUI Véronique Nichanian est une véritable enfant du monde de la mode parisien. Née en 1954 à Boulogne-Billancourt, elle fait ses études à l’École de la Chambre Syndicale de la Couture Parisienne, autrement dit au cœur même de la principale institution de mode du monde. LA MARQUE On pourrait écrire des volumes sur Hermès. L’essentiel en bref: la marque est créée en 1837 sous le nom de Hermès Paris. Thierry Hermès, né en Allemagne, se spécialise dans les harnais et les selles, ses produits innovants et exceptionnels lui valant dès ses débuts récompenses et décorations. C’est dans les années 1920 qu’apparaissent peu à peu les accessoires et plus tard la mode. Hermès est depuis longtemps un groupe international et en grande partie encore une entreprise familiale. PARCOURS Après ses études, elle travaille chez Nino Cerruti, et à seulement 22 ans elle devient responsable de la licence Cerruti pour le Japon. En 1988, Jean-Louis Dumas fait entrer la jeune femme dans l’entreprise familiale Hermès où elle ne cesse d’enchanter son public, et gagne dès sa première collection un prix de jeune designer.

PHOTO: DR

AUJOURD’HUI Véronique Nichanian conçoit pour l’homme Hermès 2015 une élégance éclectique et subtilement luxueuse, des costumes près du corps, dans des tons sombres de préférence, ponctués de subtils flashes de couleurs allumés par les écharpes et les accessoires. Une ligne clairement designée qui laisse cependant le champ libre à l’interprétation personnelle. —  68  —


FEATURE

LOUIS VUITTON KIM JONES

QUI Kim Jones naît à Londres en 1979 et fait ses études à la Central Saint Martins où il obtient son master en mode masculine. LA MARQUE Louis Vuitton est la marque d’un visionnaire qui s’est dédié en 1854 à la fabrication artisanale de valises. Il s’en est acquitté avec tant d’amour et de méticulosité qu’il devint rapidement de bon ton partout dans le monde de se faire accompagner de bagages LV. Les sacs, articles de voyage et accessoires sont encore aujourd’hui fabriqués à la main. Louis Vuitton est depuis longtemps devenu l’un des principaux acteurs sur le marché du luxe, et occupa entre 2006 et 2012 la place de marque de mode la plus prisée au monde. Mode, accessoires, bijoux, chaussures – ses produits sont vendus dans pas moins de 3 400 points de vente dans le monde. PARCOURS Il présente sa première collection personnelle en 2003. En plus de ses créations personnelles, il travaille aussi pour Uniqlo, Mulberry, Alexander McQueen, Hugo Boss, Umbro et Topman. Kim a également collaboré en tant que styliste et directeur artistique aux magazines Dazed & Confused, Arena Homme +, Another Magazine, The New York Times, T Magazine, 10 Men, V Men, i-D, Numéro Homme et Fantastic Man. En 2006 et 2009, il reçoit du Fashion Council britannique la distinction de Menswear Designer of the Year. Lorsque Paul Helbers quitte Louis Vuitton, Kim Jones devient officiellement en 2011 le directeur studio et style de la collection prêt-à-porter pour hommes et travaille ainsi directement sous la tutelle de Nicolas Ghesquière, directeur artistique.

PHOTO: DR

AUJOURD’HUI Pour l’Automne-Hiver 15/16, Kim Jones revêt l’homme de tons terre, avec parfois de grandes surfaces imprimées. Allure plutôt décontractée, silhouette plutôt effilée. Les costumes de ville ont un aspect brillant, la veste de cuir ajustée s’associant à d’étroits pantalons bien «fittés». —  69  —


FEATURE

SALVATORE FERRAGAMO MASSIMILIANO GIORNETTI

QUI Massimiliano Giornetti, né en 1971, est originaire de Carrare, ville de Toscane bien connue pour son marbre. LA MARQUE Salvatore Ferragamo quitte l’Italie du Sud pour aller tenter sa chance aux USA, à Boston d’abord, en Californie ensuite. Un coup de chance pour les Américaines, les stars d’Hollywood avant tout, puisque Ferragamo, qui y ouvre en 1923 sa première échoppe de bottier, les séduit dès le départ avec ses chaussures hors du commun. Des pièces faites à la main encore et toujours, notez-le. De même qu’il est remarquable que l’entreprise soit restée en mains familiales, elle qui a depuis longtemps ajouté sacs, bijoux, mode et différents accessoires à son éventail de beaux produits. PARCOURS Massimiliano a fait des études littéraires d’anglais et aussi de design de mode à l’institut Polimoda de Florence. Apôtre du «Made in Italy», il débute sa carrière dans la mode à Rome où il travaille avec le designer Anton Giulio Grande. Il intègre ensuite une entreprise d’articles de maille spécialisée dans le cachemire. Massimiliano entre peu après dans l’entreprise Salvatore Ferragamo et collabore depuis 2000 à la collection pour hommes. En 2010, il devient directeur artistique des départements femmes, hommes et accessoires de cette institution du luxe italien.

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AUJOURD’HUI La collection actuelle de Massimiliano Giornetti suit, avec nuances et subtilité, la tendance «Années 1950». Style que le designer réinterprète avec beaucoup de couleurs, des motifs graphiques, un aspect patchwork et des coupes extrêmement rectilignes. L’allusion aux «mods» ou aux «college boys» n’aura échappé à personne. —  70  —


FEATURE

ERMENEGILDO ZEGNA STEFANO PILATI

QUI Stefano Pilati naît à Milan en 1965 et assiste donc à la transformation de sa ville natale en capitale de la mode. LA MARQUE Ermenegildo Zegna fonde son empire en 1910 en achetant la fabrique de textiles de son père. C’est en 1968, deux ans après sa mort, que ses fils Aldo et Angelo lancent la première ligne de mode, la filature ayant jusqu’à cette date uniquement fabriqué les draps les plus fins pour les costumes des marques qui sont ses clients. Zegna a longtemps été l’un des rares noms de la mode à ne produire que des articles pour hommes. En 1999 cependant, Agnona, label de luxe pour femmes, est acheté par le groupe. La maison, qui propose de la confection sur mesure comme du prêt-à-porter, est depuis toujours entre les mains de la famille Zegna. PARCOURS À 18 ans, Pilati décroche un stage chez Cerruti, qui sera le point de départ de sa carrière sans pareille. Son premier vrai travail, il l’obtient bientôt dans une fabrique de velours où lui est rapidement confiée la responsabilité de toute la collection. Il se fait ensuite embaucher par Giorgio Armani comme assistant pour la collection prêt-à-porter hommes, avant que Miuccia Prada n’engage celui qui est devenu expert en tissus pour son département recherche. Ensuite: Miu Miu puis surtout Yves Saint Laurent où il succède à Tom Ford. Le groupe Ermenegildo Zegna le recrute, en 2012, pour la création de sa ligne masculine couture et la direction artistique de la marque de mode féminine Agnona.

PHOTO: INEZ AND VINOODH

LA MARQUE Pour la nouvelle collection Automne-Hiver d’Ermenegildo Zegna, Stefano Pilati met bien évidemment encore l’accent sur les tissus. Classique Prince de Galles, tweed, unis et velours précieux caractéristiques de la mode italienne. Un style pour homme d’affaires qui n’a rien contre l’audace, l’innovation, la couleur. Bref, le style. —  71  —


FEATURE

BURBERRY

CHRISTOPHER BAILEY

QUI Le britannique Christopher Bailey, 43 ans, est né dans le Yorkshire. Il fait ses études au Royal College of Art de Londres et y obtient son master en 1994. LA MARQUE Le grand public associe Burberry au trench-coat typique, beige à l’extérieur, carreaux à l’intérieur. La maison de luxe a en outre produit des vêtements pour l’extérieur beaucoup plus pointus, depuis l’équipement vestimentaire pour les expéditions de Roald Amundsen, qui a atteint le pôle Sud en 1911, jusqu’à celui de téméraires pilotes. Thomas Burberry, créateur de la marque en 1856, s’est dès le départ concentré sur la résistance de ses vêtements et compte aussi parmi les fournisseurs de la maison royale. L’entreprise n’a jamais rien changé à ses critères, les mêmes qu’applique aujourd’hui Christopher Bailey. Avec Angela Ahrendt, CEO de Burberry entre 2006 et 2014, Christopher Bailey crée la Burberry Foundation qui offre une plateforme aux jeunes dotés de talent créatif. PARCOURS Il commence immédiatement sa carrière dans la mode, en 1994, auprès de Donna Karan en qualité de créateur de la ligne pour femmes. Entre 1996 et 2001, il est senior designer et responsable de la mode pour femmes chez Gucci à Milan. Il est ensuite recruté par Burberry, où il devient directeur artistique et, en 2009, Chief Creative Officer. Bailey est entretemps devenu le CEO de la marque britannique.

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AUJOURD’HUI Pour l’Automne-Hiver 15/16, Christopher Bailey a glissé beaucoup d’exotisme et de bohème dans la vénérable marque. Séduisant mix de motifs et cocktail de couleurs pour une mode que Bailey parvient à ne jamais faire paraître bariolée ni tapageuse. —  72  —


FEATURE

ETRO

KEAN ETRO

QUI Kean Etro naît à Milan en 1964, il est l’un des quatre enfants de Gerolamo Etro, dit «Gimmo», le fondateur d’Etro. Kean a fait ses études à l’Aiglon College puis à Cambridge avant de revenir à Milan. LA MARQUE Gerolamo Etro est de fait un globe-trotter quand il crée, en 1968, sa filature destinée au monde du prêt-à-porter. Ses motifs très singuliers ont immédiatement du succès et Etro s’impose rapidement comme fournisseur de tissus singuliers. Ses idées, il les puise au cours de ses voyages et dans les pages des innombrables livres rares qu’il collectionne et qui lui inspirent de nouveaux designs. C’est en 1981 qu’Etro commence une ligne de lainages où entre en scène l’iconique motif «Paisley» d’inspiration indienne. Puis se succèdent maroquinerie, parfums et, à partir de 1990, la mode. La marque compte actuellement quelque 200 boutiques dans le monde entier. PARCOURS À Milan, Kean Etro a étudié l’histoire médiévale. Il a rejoint l’entreprise familiale en 1986 afin d’en moderniser le système informatique. Il a développé en 1989 le département parfums d’Etro, dessiné en 1990 la première collection pour hommes et insufflé à la maison traditionnelle un nouvel élan remarquable. Cet amoureux de la nature ne correspond pas à la définition classique du «designer»: il se voit plutôt comme un inventeur de nouvelles idées pour la marque.

PHOTO: DR

AUJOURD’HUI Cette année, la collection de Kean Etro est une pochette surprise bourrée d’ingéniosité. Surfaces 3D, imprimés de soie, étoffes peintes à la main. Sa diversité l’inscrira dans les annales de la mode masculine au chapitre «Cabinet des curiosités». —  73  —


FEATURE

L’ART DE L’ «ESCALE»

En moins de dix ans, la Maison Louis Vuitton
s’est imposée parmi les marques horlogères historiques. Dans sa nouvelle manufacture, elle produit
une montre, «Escale», de haute volée, emblématique de son âme nomade. Par AYMERIC MANTOUX Photographie YOUNG-AH KIM

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FEATURE

Gauche: de 3 mois à 6 ans, c’est le temps pour développer un nouveau modèle. Droite: au travail à l’établi, Michel Navas, le directeur des ateliers horlogers.

«Pendant trente ans en Italie, sous les Borgia, ils ont eu la guerre, la terreur, des meurtres et des massacres, mais il y a eu aussi Michel-Ange, Léonard de Vinci et la Renaissance. En Suisse, ils ont eu cinq cents années d’amour fraternel, de démocratie et de paix, et qu’est-ce que cela a produit? Le coucou!», assure Orson Welles dans «Le Troisième Homme», en 1949. Ce grand provocateur tomberait des nues cinquante-cinq ans plus tard en découvrant cette nouvelle manufacture d’exception qui vient d’ouvrir ses portes. En quoi se distingue-t-elle? Ce n’est pas un atelier ancien d’horlogerie auquel on se serait contenté d’ajouter une aile, mais une nouvelle manufacture créée de toute pièce dans un quartier industriel de la banlieue de Genève. Où est produite de la haute horlogerie maîtrisée, et ce uniquement par une poignée d’horlogers chevronnés (venus pour les plus anciens de chez Patek Philippe, excusez du peu). Cher Orson, on est loin du mièvre coucou suisse que vous évoquiez, n’est-il pas? Certes, le phénomène s’inscrit dans le droit fil d’une tendance déjà bien installée. L’horlogerie, depuis de longues années, n’est plus exclusivement le terrain de jeu des grandes maisons historiques helvétiques. Les ont rejointes les marques de mode ou les griffes de luxe, parmi lesquelles Chanel, Dior ou encore Burberry et Armani. La plupart des

grands noms du secteur (et même plein de plus petits!) ont fait leur trou dans cet univers, appâtés par la manne du secteur et encouragés par la puissance de leur propre réseau de distribution – pour Louis Vuitton, 470 magasins dans près de 70 pays. L’accroissement de la demande en horlogerie maison valait bien une manufacture qui lui soit dédiée. L’aventure démarre en 2002. Après cent cinquante ans d’histoire dans la maroquinerie, Louis Vuitton – sous la conduite de son charismatique patron Yves Carcelle, décédé l’an dernier, et de son propriétaire, ­B ernard Arnault, président de LVMH – se diversifie dans l’horlogerie. La collection initiale, «Tambour», est inspirée par la première montre miniature jamais construite en Europe, en 1540. Déjà équipée d’un mouvement dédié, elle présente par la suite de nombreuses déclinaisons, parfois savantes, et de nombreuses tailles de boîte, tout en conservant sa forme au design très original. Plus tard, naîtra la gamme «Emprise». En 2011, Louis Vuitton fait l’acquisition de La Fabrique du Temps, un atelier helvétique connu pour son expertise dans la conception et la fabrication de mouvements complexes, comme les tourbillons et les répétitions minute. Un an plus tard, la marque s’offre Léman Cadrans, une unité genevoise alliant sophistication et réputation. Le futur horloger de la marque était déjà en germe. Il allait éclore à Meyrin,

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Au-dessus de l’ancien établi, cette peinture reprend les motifs de la montre emblématique «Escale».

Président de Louis Vuitton Horlogerie et Joaillerie, Hamdi Chatti a voulu ce projet et l’a porté sur les fonts baptismaux.

Plus qu’une cantine, un lieu de vie épuré.

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Une autre forme de voyage dans le temps: les outils des horlogers. Ils n’ont pas changé depuis des siècles…

non loin du CERN. «Il était devenu nécessaire, confie Hamdi Chatti, directeur Horlogerie et Joaillerie de Louis Vuitton, de réunir sous le même toit les trois pôles de notre activité horlogère, les Ateliers horlogers de la Chaux-de-Fonds, la Fabrique du Temps et Léman Cadrans. Cela nous permet de maîtriser le processus de fabrication horlogère du début jusqu’à la fin.» Logique. Imparable. Visiter une manufacture, c’est comme pénétrer dans un laboratoire. Ou un site militaire. Il faut franchir une grille, un sas, et décliner son identité. L’adresse n’est pas ultrasecrète, mais seul un sobre logo, invisible à 20 mètres, accueille les visiteurs. La façade, en bois et verre, n’a rien d’ostentatoire. L’intérieur est quasi clinique, hormis le sourire de l’hôtesse. «C’est juste un bâtiment industriel, assure, d’un ton modeste, Hamdi Chatti. Notre activité ne change pas. Nous avons donc voulu quelque chose de fonctionnel.» Pas de geste architectural donc, comme dans les boutiques de la marque signées dans le monde entier par les plus grands «starchitectes». Mais quand même un escalier étonnant, dans l’atrium. «Cet escalier, poursuit Chatti, c’est une prouesse technique. Il a été refait deux fois. L’archi s’est fait plaisir. Il tient tout seul par un pilier qui symbolise à la fois la spirale technique d’un mouvement horloger et la force intérieure.» A peine saura-t-on que l’ensemble de bois, de verre et de béton a été dessiné par un «très bon» architecte parisien. «L’idée n’est pas la même que pour un flagship, note son commanditaire. Nous nous sommes refusés à mettre du marbre partout. J’ai vécu pas mal de bâtiments, j’ai une petite expérience de

l’exercice. Il faut que l’ensemble reste fonctionnel pour les gens qui y travaillent.» Bon, il y a quand même un jardin suspendu et quelques très jolies choses, comme ce deuxième étage vitré avec terrasse qui accueille un restaurant, un café et un salon pour les VIC (ou Very Important Clients), encore plus choyés que n’importe quels VIP. Quand on a atteint sa vitesse de croisière, on cherche le plus souvent à éviter les escales. Louis Vuitton Horlogerie ne l’entend pas de cette oreille, qui a dérogé pour la première fois à ses formes tambour avec sa très belle création baptisée justement «Escale», au cadran de 41 mm peint à la main, présentée à Baselworld en 2013. Un garde-temps exceptionnel produit ici, à Genève, dans le respect de la plus grande tradition horlogère. Heure universelle synchronisée, indicateurs pour 24 villes et des blasons en hommage à ceux que les clients maison faisaient réaliser sur leurs bagages monogrammés. Derrière l’esthétique particulièrement réussie de cette montre inspirée des malles de voyage, un système complexe de disques qui a nécessité deux années de mise au point. Son prix est hélas très élevé, vu sa complexité et le petit nombre d’exemplaires produits. Cette année, Louis Vuitton sort un modèle plus simple, inspiré de l’«Escale», dans une version plus économique, à partir de 3 500 euros. Une worldtimer artistique donc, qui respecte l’esprit de son aînée, et le goût du voyage de la maison, une version moins élaborée et moins compliquée à produire, mais tout aussi désirable et plus abordable.

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Dans la Haute Horlogerie, tout est réalisé à la main, jusqu’à la plus petite finition.

Après l’emboîtage,
de nombreuses vérifications et tests sont effectués en SAV.

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DERRIÈRE L’ESTHÉTIQUE PARTICULIÈREMENT RÉUSSIE DE CETTE MONTRE INSPIRÉE DES MALLES DE VOYAGE, UN SYSTÈME COMPLEXE DE DISQUES QUI A NÉCESSITÉ DEUX ANS DE MISE AU POINT.

LA MANUFACTURE LOUIS VUITTON EN QUELQUES CHIFFRES 4 800 m2 la surface de la nouvelle manufacture.

3 ans d’études pour le projet de manufacture.

10 mois de travaux.

6 ateliers 12 horlogers, un nombre qui devrait doubler dans les années à venir.

60 personnes 1 cuisinier, 3 plats du jour.

3 mois à 6 ans, le temps de développement nécessaire à la sortie d’un nouveau modèle.

Louis Vuitton n’échappe pas à l’ouverture du secteur et à l’appétit de plus en plus grand des amateurs pour les coulisses. «En mettant tout le monde ensemble, les mouvements, les cadrans, l’assemblage et le contrôle qualité, nous créons une dynamique», confie José Fernandez, le directeur général Horlogerie. Avec, au centre, le développement produits. Autrement dit: «Nous visons l’indépendance créative», explique Hamdi Chatti. Le but? Pouvoir dessiner les futurs modèles, réaliser les prototypes, les développer et les finir, effectuer l’empierrage, les réglages, l’emboîtage des mouvements, sans faire appel à trop de soustraitants, coûteux et chronophages. Auparavant, pour mettre tout le monde autour de la table, il fallait prendre sa voiture. Aujourd’hui il suffit de pousser une porte. Ainsi, un designer de cadran pourra échanger directement avec l’expert développement qui sait ce qui est techniquement possible ou pas. «On a les idées ensemble, à plusieurs, pas chacun dans son coin, explique Michel Navas, le directeur des Ateliers horlogers. Parfois les horlogers n’ont pas de contacts avec les constructeurs, les dessinateurs. Nous avons voulu travailler différemment.» Comme dans l’atelier des commandes spéciales Louis Vuitton à Asnières, l’idée fait également son chemin de réaliser des montres uniques, à la demande. «Ceux qui veulent une montre qui tourne à l’envers ou qui n’ait pas d’aiguilles, nous pouvons la leur faire!», sourit Navas. En attendant, le point de départ de tout est technique. Même si on retrouve sur les cadrans de la nouvelle collection féminine des finitions inspirées des boucles des bagages du malletier, ou même si les clous en cuivre des malles inspirent les cadraniers ou les designers maison. Comme dans l’art ferroviaire, en horlogerie, tout n’est qu’affaire de correspondances. Particulièrement chez Louis Vuitton où un dessin en inspire un autre, où une forme ancienne de flacon peut se réincarner en réveil de voyage. Et quand on voit que cette manière de faire a donné naissance à l’«Escale», l’une des plus belles montres voyageuses du troisième millénaire, on se dit que Louis Vuitton aurait tort de modifier son plan de vol. —  79  —


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TUEURS . À GAGES .

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COMBIEN. ÇA COÛTE Dans la vie, il arrive que l’on croise un bon paquet de fâcheux dont on rêve de se débarrasser. Mais comment? Il était fatal que L’Officiel fasse figurer sur la liste de ses envies... un homme de main. Entre criminels professionnels, psychopathes sadiques et rigolos imprudents, le recrutement n’est pas chose aisée, même sur Internet. Par BRUNO GODARD

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PHOTOS: ENZO BRAI/MONDADORI PORTFOLIO GETTY IMAGES – DR

A B E R E L E S , A L I A S K I D T W I S T (a u m i l i e u) Il maniait le pic à glace avec dextérité, aurait décimé plus de 1 000 personnes entre 1930 et 1940. Membre redouté du Syndicat du crime. «Défenestré» en 1941.

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L E S SY N D I Q U É S D U CRIME

RICHARD KUKLINSKI Il filmait ses victimes en train de se faire dévorer par des rats. Mort dans son lit en 2006.

SALVATORE GR AVANO Balance protégée par la police, il purge une peine de vingt ans de prison pour trafic d’ecstasy. Rendez-vous en 2019.

SAM DESTEFANO Ce gangster sociopathe aimait d’abord torturer. Tué par un mafieux en 1973.

JULIO BALADER Tireur hors pair. Très apprécié de la pègre. Interpellé en 2012.

ROY DEMEO Serviteur de la famille Gambino. Adepte du démembrement. Liquidé sur les ordres de son parrain en 1983.

GIOVANNI BRUSCA L’assassin du juge Falcone (et suspecté d’environ 200 autres crimes), lors de son arrestation, le 20 mai 1996.

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PHOTOS: ENZO BRAI/MONDADORI PORTFOLIO GETTY IMAGES – DR

THOMAS PITERA, ALIAS THOMAS KARATÉ Ceinture noire, habile en armes blanches, il préférait séparer les têtes des corps pour compliquer les identifications. Condamné à la prison à vie en 1992.


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Traqué par la police ou pire par ses anciens clients, un tueur à gages n’a jamais la vie facile. Ce n’est pas Sean Penn qui dira le contraire. Dans Gunman, adapté du roman français «La Position du tireur couché» adapté en 1981 par Jean-Patrick Manchette, il incarne un ancien tueur obligé de sortir de sa retraite pour abattre ses ex-employeurs qui ont décidé de l’assassiner. Car la vie d’un tueur à gages se termine toujours de deux manières: dans une cellule ou dans un trou, au fond d’un bois, au cinéma comme dans la vraie vie. À ceci près que ces assassins sont bien différents dans le monde réel. «Le tueur solitaire, que personne ne connaît et que l’on contacte par mail ou via des boîtes à lettres en poste restante est un mythe, explique un policier de l’Office central de lutte contre le crime organisé (OCLCO). Le milieu utilise surtout des jeunes qui veulent grimper dans la hiérarchie et qui, ensuite, ne se salissent plus les mains. Quant aux particuliers, ils font appel à des voyous de seconde zone. En vingt-cinq ans de carrière, je n’ai jamais rencontré un tueur qui ressemblait au Alain Delon du Samouraï...» QUATRE PROFILS IDENTIFIÉS Alors, qui sont ces «vrais tueurs»? S’ils ne ressemblent pas à ceux des polars, ils sont tout de même capables d’assassiner n’importe qui, uniquement pour l’argent. David Wilson, un chercheur de l’Institut de criminologie de l’université de Birmingham (Angleterre), est parvenu à dresser le portrait de ces meurtriers et à déterminer le prix moyen d’un contrat. En se plongeant dans les archives criminelles anglaises, il a identifié 35 tueurs à gages sur les trente-neuf dernières années. Pour obtenir leurs services, il fallait dépenser en moyenne 2 000 francs – une somme relativement modique quand on est très motivé à l’idée de se débarrasser d’un concurrent ou d’un conjoint volage. En revanche, il y a de grandes disparités dans les différents contrats. Selon le professeur Wilson, l’homme de main le moins cher ne coûtait que 300 francs. Il faut dire qu’il n’avait que 15 ans et qu’à cet âge-là on est moins fort en négociation. Le meurtre le plus onéreux a été celui d’un vendeur de voitures, Robert Magill, qui aurait coûté 130 000 francs à ses commanditaires. Quant à la seule femme tueuse à gages identifiée, elle demandait 10 000 francs pour exécuter ses contrats, prouvant ainsi que le fléau de la disparité salariale sévit aussi dans le monde du crime. Dans cette étude décidément très complète, le tueur en série avait en moyenne 38 ans, avec un mode opératoire assez précis. «Le tueur à gages britannique a tendance à assassiner sa victime lorsque celle-ci promène son chien, attend son bus ou fait du shopping dans une zone commerciale de banlieue», explique le professeur Wilson. Les chercheurs ont identifié quatre profils. Tout d’abord le «novice», qui débute dans le crime par le sang, puis le «dilettante», un peu plus âgé. Ces deux types de tueurs à gages atterrissent assez vite dans les filets de la police et ne font pas une longue carrière. Décrits par les scientifiques comme fiables, les deux autres groupes ont toujours été prisés par les grandes familles mafieuses. «L’artisan» est expérimenté et sait tuer sans se faire prendre. Tout comme «l’expert», la fine fleur des tueurs à gages, qui a souvent une expérience militaire. Dans les faits, on ne doit pas oublier non plus une autre catégorie, celle des «politiques», sans doute les plus anciens et les plus efficaces. Dans la Grèce antique et à Rome, déjà, les puissants utilisaient ces bras armés pour éliminer des rivaux. Le terme «tueurs à gages» viendrait tout droit du Moyen Âge où l’on appelait «tueurs aux gages du Roy» les hommes de main employés par les monarques. Tout au long de l’histoire, les dirigeants de tous les pays ont eu à leur disposition des sbires qui

avaient l’immense privilège de ne jamais être inquiétés par la police puisqu’ils agissaient pour le «bien du Prince». Au XXe siècle, le Mossad, le KGB, la CIA et les services secrets de la plupart des pays ont compté dans leurs rangs des agents qui pouvaient être considérés comme des tueurs à gages. Des meurtriers qui n’entrent jamais dans les statistiques de la police car ils travaillent pour la face sombre des États... PIC À GLACE ET TORTURES SANGUINAIRES Les dézingueurs qui n’ont pas la chance d’avoir leur «permis de tuer» à la James Bond alimentent souvent la chronique judiciaire. C’est le cas de Julio Balader, interpellé en février 2012 après avoir abattu une femme contre 90 000 francs. Tireur hors pair, il avait déjà eu affaire à la police après l’assassinat de Raymond Vaccarizi, un parrain du milieu lyonnais tué dans sa cellule par un snipper posté sur le toit d’un immeuble. Balader avait aussi été inquiété après le meurtre d’un autre parrain lyonnais, Georges Manoukian. Mais, dans ces deux affaires, il avait été acquitté, faute de preuves. C’est le genre d’homme de main dont la pègre raffole: des bourreaux qui abattent n’importe quelle cible, du moment qu’on leur donne une jolie enveloppe de cash. Et c’est bien entendu des États-Unis et d’Italie que viennent les plus mythiques d’entre eux, repérés tout au long du XXe siècle. Ainsi, Abe Reles, surnommé Kid Twist, membre de la Yiddish Connection de Brooklyn, aurait assassiné, selon la légende, plus de 1 000 personnes dans les années 1930 et 1940. Il adorait planter un pic à glace dans le crâne de ses victimes. Un objet qu’utilisait avec sadisme Sam DeStefano, un tueur sanguinaire qui travaillait pour la mafia de Chicago et avait pour habitude de torturer ses victimes pour les faire parler en y prenant un réel plaisir. Il finit par recevoir deux balles dans la tête car il était sur le point de donner les membres de son clan. Salvatore Gravano, lui, travaillait de manière plus classique, avec un revolver. Arrêté par le FBI en 1990, il n’écopa que de cinq ans de prison pour 19 meurtres, grâce à son nouveau métier de «balance» pour les fédéraux. Thomas Pitera, surnommé «Thomas Karaté» en raison de sa passion pour les arts martiaux, fut le sicaire attitré de la famille Bonanno dans les années 1980. Soupçonné d’avoir assassiné plus de 60 personnes, il fut condamné à la prison à vie. Un vrai psychopathe qui ne détestait pas démembrer ses victimes post mortem, par pur plaisir. Une habitude que prenait aussi Roy DeMeo, homme de main de la famille Gambino durant cette même décennie, qui découpait ses victimes avant de les déposer dans des décharges. Après avoir abattu plus de 150 personnes, il fut lui-même assassiné, son parrain le suspectant d’être sur le point d’être recruté par le FBI. Mais ce n’est rien à côté de Richard Kuklinski, tueur ultra-violent des années 1970 et 1980 qui filmait ses victimes en train de se faire dévorer par des rats. Ce colosse de 135 kilos pour 1,95 m, surnommé «Ice Man» car il ne détestait pas congeler ses victimes dans des frigos industriels, écrivit un livre, The Ice Man: confessions d’un tueur de la mafia, avant de mourir de sa belle mort en 2006. Surnommé «l’égorgeur de chrétiens», l’Italien Giovanni Brusca était capable de torturer et d’assassiner dans des conditions épouvantables les enfants de membres de gangs rivaux. Assassin du juge Falcone en 1992, commandité par le parrain Toto Riina, il utilisa plus de 600 kilos d’explosifs dissimulés dans des tuyaux situés sous l’autoroute pour faire sauter le convoi du magistrat anti-mafia. Après avoir collaboré avec la police, il fut libéré en 2004. Un comble pour un homme suspecté de plus de 200 meurtres.

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Pour le commun des mortels, c’est-à-dire pour l’homme de la rue qui veut faire disparaître sa femme, ces tueurs implacables, très professionnels, sont inabordables. Il faut alors se rabattre sur la catégorie des tueurs à gages minables, la plus répandue selon les policiers. Aujourd’hui, ils peuvent se recruter sur Internet. Un site basé au Mexique, et démantelé par la police en 2013, mettait en relation clients et voyous qui opéraient dans le monde entier. Sur le Deep Web, en passant par le réseau Tor, il est aussi possible de trouver des «exécutants», pour la modique somme de 10 000 francs.

14 ans Âge du plus jeune tueur à gages arrêté au MEXIQUE EN 2010.

19 200 CHF Prix moyen d’un contrat

DES PIEDS NICKELÉS VITE PINCÉS Mais dans les faits, les tueurs à gages sont le plus souvent recrutés dans des bars mal famés et, bien entendu, cela finit presque toujours mal. «Les gens s’imaginent qu’ils vont engager un tueur de cinéma, précise le policier de l’Office central de lutte contre le crime organisé. Mais ce sont toujours des Pieds Nickelés qui commettent toutes les erreurs possibles et se font pincer très vite...» Un meurtre récent illustre à merveille ces crimes montés dans le plus grand amateurisme. Le 6 mai 2014, Hélène Pastor, sœur de Michel Pastor, le prince de l’immobilier monégasque, et Mohamed Darwich, son chauffeur, sont touchés par des tirs d’arme de chasse sur le parking de l’hôpital de Nice où la richissime femme d’affaires venait de rendre visite à son fils. La famille Pastor, dont l’empire immobilier pèse entre 18 et 20 milliards d’euros, est aussi puissante que discrète sur le Rocher. Mafia russe, services spéciaux: tout le monde cherche des coupables dans cette affaire hors norme. Sauf que très vite, les policiers se doutent que le contrat n’est pas l’œuvre de professionnels. «Le vrai tueur ne laisse aucune chance à ses victimes, poursuit le policier. Les tirs manquaient de précision, et surtout l’arme employée n’était pas adaptée à la situation. Or, un vrai pro a toujours les bons outils...» Quelques jours plus tard, Hélène Pastor et son chauffeur vont tout de même mourir de leurs blessures, mais les enquêteurs ont déjà abandonné la piste de la mafia russe qui ne blesse jamais. Elle, elle tue. Et pas sur un parking peuplé de dizaines de témoins, de caméras de surveillance et en utilisant deux tueurs qui font le trajet en taxi de Marseille pour la somme de 600 francs, comme le découvrent très vite les enquêteurs. Les deux hommes sont rapidement identifiés et leurs portables géolocalisés: ce sont deux petites frappes des quartiers nord de Marseille, sans grande envergure. Le 23 juin, la police les interpelle, ainsi qu’une vingtaine de personnes, dont la propre fille de la milliardaire et son gendre, un certain Wojciech Janowski, consul honoraire de Pologne à Monaco. La police a déjà repéré des flux financiers étranges sur les comptes de ce play-boy sur le retour. Depuis quelques mois, l’homme est aux abois financièrement, malgré les 500 000 euros de rente annuelle que sa belle-mère versait à sa compagne. Alors, il aurait décidé de demander à Paul Dauriac, son coach sportif, d’organiser le meurtre pour capter l’énorme héritage, en lui versant 150 000 euros en cash. Ce dernier en aurait gardé 50 000 et aurait pris contact avec les deux délinquants marseillais à qui il aurait donné 100 000 euros pour exécuter le contrat, avec le piètre résultat que l’on sait. «Quand on voit le profil du recruteur et des tueurs, on peut affirmer sans risque que le commanditaire était sûr de se faire prendre, précise le policier. C’est même un cas d’école tant l’amateurisme régnait à tous les niveaux. Si tout cela n’avait pas provoqué la mort de deux personnes, on pourrait même en rire...» Les deux meurtriers présumés de l’héritière étaient bien ce que le milieu appelle des «baltringues», et, après quelques années à l’ombre, ils pourront changer de vie. Les vrais tueurs à gages, eux, n’ont que très rarement cette chance. Jim Terrier, le tueur incarné par Sean Penn, voulait simplement raccrocher. Mais quand on a exécuté des contrats, on ne peut jamais faire valoir ses droits à la retraite. La vie d’un tueur à gages n’est jamais simple... —  84  —

en Angleterre sur les trente dernières années.

380 000 CHF Gains de Gérald Gallant, Québécois «auteur» de 28 assassinats, entre 1978 et 2003.

5 000 CHF   Somme demandée en 2013 par un réseau kosovar sur le Net pour exécuter des contrats.


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TUEURS EN SALLES

«LE SAMOUR AÏ» 1967

«PULP FICTION» 1994

«GUNMAN» 2015

«GHOST DOG» 1999

Alain Delon, le Jeff Costello du «Samouraï», de Jean- Pierre Melville, a beaucoup fait pour alimenter le fantasme du tueur à gages solitaire et taiseux. Forest Whitaker en jouera un bien plus hip-hop, dans «Ghost Dog»,, «la voie du samouraï», un genre de remake du film de Melville par Jim Jarmush. Sous l’œil de Quentin Tarantino, le tueur n’est plus seul. Les flingueurs bavards de «Pulp Fiction», interprétés par Samuel L. Jackson et John Travolta, ne travaillent qu’en binôme et versent dans un burlesque qui n’empêche pas l’hémoglobine de couler. Même les frères Coen, avec «No Country for Old Men», ont œuvré pour le culte du dézingueur à sang froid. Leur personnage, incarné par un Javier Bardem à la coupe de cheveux aussi effrayante que ses fusils à canon scié, était tout simplement impitoyable. En France, Luc Bessona largement puisé dans le thème, sauf que son premier tueur pro est…une femme: la sexy Anne Parillaud, au service de l’État dans «Nikita». Un film où l’on peut croiser Jean Reno, aka Victor le nettoyeur. Il deviendra l’emblématique «Léon»,un exécutant analphabète de la mafia new-yorkaise qui apprendra le métier à la jeune et troublante Natalie Portman. —  85  —


«Royal Oak Concept Laptimer Michael Schumacher», Audemars Piguet, CHF 226 800. —  86  —

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UNE HEURE DE LÉGENDE Dans le bureau de François-Henry Bennahmias, CEO d’Audemars Piguet, une statue de Terminator et une paire de chaussures géantes de basket-ball témoignent de l’étroite relation qu’entretient ce brillant responsable avec des stars comme Arnold Schwarzenegger et James LeBron. Rencontre. Par DÖRTE WELTI

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Michael Schumacher, connaisseur et amateur de montres, possède déjà une «Royal Oak Offshore Michael Schumacher Limited Edition», la première montre dédiée au sportif d’exception par Audemars Piguet.

Et voici le pedigree de cette montre légendaire. Mouvement: calibre 2923 à remontage manuel. Chronographe Laptimer avec double aiguille centrale des secondes, fonction flyback, compteur 30 minutes, petite seconde, heures et minutes. Diamètre: 34,6 mm. Épaisseur: 12,7 mm. 34 diamants. 80 heures de réserve de marche. Fréquence du balancier: 4 Hz (28 800 alternances/heure). Boîtier en carbone forgé, verre saphir, couvercle en titane avec verre saphir, lunette en titane, couronne vissée en céramique noire et or rose 18 carats, poussoirs dans les mêmes matériaux, poussoir en céramique noire avec monogramme MS, protection de poussoirs en titane. Étanche jusqu’à 80 m de profondeur. Diamètre: 44 mm. Bracelet en caoutchouc noir avec boucle déployante AP en titane.

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UNE MONTRE, UNE LÉGENDE L’homme qui a emmené Michael Schumacher chez Audemars Piguet au Brassus en 2010 s’appelle Jean Todt. Ancien chef de l’écurie Ferrari, il est l’actuel président de la Fédération Internationale de l’Automobile (FIA). Ces grands enfants s’enthousiasment pour les gadgets, mais surtout pour les défis. C’est ainsi qu’un jour, Michael Schumacher demande s’il est possible de créer une montre mécanique, capable de chronométrer les tours de circuit. L’esprit sportif des horlogers s’est alors embrasé et le résultat se décline aujourd’hui en 221 exemplaires de la Royal Oak (en référence au nombre de points gagnés par Michael Schumacher au cours des courses de Formule 1 qu’il a disputées pendant sa carrière), d’une valeur de CHF 226 800. La plupart d’entre eux sont déjà vendus, le n° 1 appartenant au septuple champion du monde de Formule 1 en personne. Pour assembler les 413 pièces composant cette montre, le maître horloger a besoin de trois à quatre mois de travail – à noter en aparté que les horlogers sont bien rémunérés, avec un salaire de départ situé entre CHF 5 000 et CHF 6 000, un maître horloger gagnant plus de CHF 20 000; et que, malgré cela, la vallée horlogère suisse a énormément de mal à recruter, fin de la parenthèse.


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François-Henry Bennahmias, CEO Audemars Piguet.

À la mi-mai cette année, Audemars Piguet lançait la «Royal Oak Concept Laptimer Michael Schumacher». Une montre en édition limitée pour les amateurs de solutions techniques complexes. Nommer de célèbres ambassadeurs ou s’entourer d’«amis de la marque» est une tendance que l’on retrouve chez la plupart des maisons de luxe et pas seulement dans l’horlogerie. Très convoitées sur le Web, les photos de Bennahmias – ancien golfeur professionnel – aux côtés de Jay Z et d’autres célébrités américaines mettent Audemars Piguet sous les feux des projecteurs. Elles démontrent que cette stratégie pour conquérir le marché américain est un succès, grâce à la proximité avec les grands sportifs et les artistes. L’OFFICIEL HOMMES: De nombreuses célébrités portent une Audemars Piguet et sur Internet, un grand nombre de photos témoignent de ces «amitiés». Selon quels critères sélectionnezvous vos ambassadeurs? FRANÇOIS-HENRY BENNAHMIAS: Nous ne les choisissons pas selon des critères précis. La plupart du temps, c’est le hasard. De nombreuses personnalités possèdent déjà une Audemars Piguet. Nous entamons une discussion et le reste suit très naturellement. Les célébrités ont probablement elles aussi leurs points faibles. Pour une marque de luxe comme Audemars Piguet, quel est le danger de s’afficher aux côtés d’une personnalité très populaire? Il existe des exemples de personnes célèbres qui ont soudainement sombré dans la drogue ou ont été discréditées en public… Lorsqu’on travaille avec des célébrités, on est conscient de ce risque, mais vous pouvez me croire: j’apprends d’abord à connaître les gens. On se rencontre, on discute et on sonde. Ensuite seulement, nous décidons du degré de coopération qui nous intéresse. Souvent, le fait de découvrir une Audemars Piguet au poignet d’une personne lorsque nous la rencontrons nous amène à engager la conversation avec elle. Nous savons alors que nous partons sur une base commune puisque cela traduit un certain style. Le reste se fait naturellement. C’est une décision «organique».

… prise avec Jasmine Audemars, la présidente de la société? Bien évidemment, elle fait partie du conseil d’administration. Vous êtes-vous déjà trompé sur une personnalité et avez-vous déjà regretté votre décision de sceller une «amitié» avec cette personne? Non (il touche du bois). Avec la nouvelle montre de Michael Schumacher, vous faites maintenant face à une situation où l’ambassadeur manque pour le moment à l’appel. Avez-vous pensé à annuler le projet ou à l’arrêter momentanément? Nous avions commencé à discuter avec Michael et à concevoir la montre en 2010. Lorsqu’il a eu son accident, la montre était presque terminée. Après un certain temps, nous avons décidé ensemble de ne pas annuler le projet et, au contraire, de le poursuivre. C’était un souhait formulé par les Schumacher. Ils ont aussi demandé à ce que le lancement de la montre se fasse chez eux. Ils y tenaient vraiment. Nous avons donc présenté la «Royal Oak Concept Laptimer Michael Schumacher» dans le ranch de Corinna Schumacher. (Bennahmias insiste avoir voulu qu’il en fut ainsi, des mots repris par Sabine Kehm, l’agent de Michael Schumacher présente lors du lancement. Aucune déduction éventuelle sur l’état de santé de Michael Schumacher ne saurait être faite dans ce contexte. Cela n’est pas l’objet de cette interview.) Audemars Piguet va-t-il s’engager davantage dans le sport auto­mobile? Nous avons déjà eu différents ambassadeurs issus des sports mécaniques, par exemple Sébastian Buemi, Juan Pablo Montoya, Rubens Barrichello ou encore Jarno Trulli. Le fait que nous ayons créé la «Royal Oak Concept Laptimer Michael Schumacher» ne signifie pas que nous nous impliquions activement dans la course automobile. Nous nous engageons d’une part dans le golf et d’autre part, dans Art Basel, c’est-à-dire dans le domaine de l’art (voir également à ce sujet une interview dans l’édition actuelle de L’Officiel Art).

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MODE – Basic instincts 102 – Un automne italien 112 – Safari urbain 122 – L’aquoiboniste 134 – Solitaire 144 – Le détail, c’est tout 156 – Fils de Baudelaire 90 

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MODE

Pull col roulé, Filippa K. Chemise, Paul Smith. Pantalon, Michael Kors. Ceinture, Brioni. —  90  —


MODE

BASIC INSTINCTS Le bon col roulé. Le bon manteau d’automne. La bonne paire de pantalons. La bonne chemise. Jeu de pistes et shopping-list pour des fondamentaux nouveaux et déjà classiques. Les basiques, ces invitations à se dépasser. Photographie ROBERT GRISCHEK Stylisme PHUONG LAM

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Pull col roulé, Topman. Manteau de pluie, Maison Margiela. Pantalon, Jil Sander. Chaussures, Navyboot. Ceinture, Valentino.

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Pullover, Bally. —  93  —


Pullover, Iris von Arnim. Manteau, Jil Sander. —  94  —


Pull col roulé, Filippa K. Veste, Tod’s. Pantalon, Bally. Ceinture, Hugo Boss.

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Pullover, Joseph. Veste, Canali. Pantalon, Bally. Chaussettes, Hugo Boss. Chaussures, Navyboot. —  96  —


Polo, Fred Perry.

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Pull col roulé, Oaks London. Veste, Daniel Hechter. —  98  —


Pull col roulé rouge, Jil Sander. Pullover blanc, Canali. —  99  —


Mannequin Vanya @ Core Management Production Marco Huelsebus Stylisme Phuong Lam Coiffure & Maquillage Marco Huelsebus Avec les produits Tom Ford & Kevin Murphy Assistant Photographe Tim Löbbert Chemise, Fred Perry. Costume, Tommy Hilfiger. Chaussures, Jimmy Choo.

Photographié exclusivement pour L’OFFICIEL HOMMES Suisse. —  100  —


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MODE

Pull col roulé, pantalon et veste, Gucci. Trench-coat, Versace. —  102  —


MODE

UN AUTOMNE ITALIEN Un défilé de silhouettes dans une ancienne filature du Piémont, à Miagliano. Et un fil rouge, un seul: les must-have de la saison. Photographie FRANCESCO MENICUCCI Stylisme LEONARDO PERSICO

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Chemise et pantalon, Dior Homme. Cardigan, Antonio Marras. Veste, Di Morabito. Chaussures, Calvin Klein. —  104  —


Chemise, Valentino. Pullover, Versace. Veste et pantalon, Di Morabito. Chaussures, Sergio Rossi. Lunettes, Giorgio Armani. —  105  —


Chemise, Prada. Veste, Issey Miyake. —  106  —


Chemise, Y-3. Veste, Valentino. —  107  —


Chapeau, Panizza. Pullover, Julian Zigerli. Cardigan, Trussardi. Trench-coat, Ermenegildo Zegna. Pantalon, Paul Smith. Chaussures, Prada. —  108  —


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Pullover, Ermenegildo Zegna. Manteau, Caruso. Gilet, Messagerie. Pantalon, Calvin Klein. Bottes en cuir, Sergio Rossi. —  110  —


Chemise, Antonio Marras. Pullover, Neil Barrett. Pantalon, Paul Smith. Mannequin Simone Susinna @ Dmen Coiffure Elisa Rampi @ Freelancer avec Aveda Maquillage Samia Laoumri Merci aux Amici della Lana, Miagliano, en particulier à Manuela Tamietti. Photographié exclusivement pour L’OFFICIEL HOMMES Suisse. —  111  —


Look, Burberry. Montre, Cartier.

MODE

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SAFARI URBAIN

MODE

Dans un biotope urbain qui change sans cesse, teintes puissantes, cocktail de motifs atypiques et coupes imprévues interpellent l’œil avec bonheur. New York, à nous deux! Photographie ENIKO SZUCS Stylisme TATIANA CINQUINO

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Look, Ermenegildo Zegna.


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Look, Kenzo.


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Look, Emporio Armani.


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Look, Alexander Wang. Montre, Cartier.


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Look, Salvatore Ferragamo.


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Look, Etro.


Pull col roulé et manteau, Bally. Pantalon, Michael Kors.

Mannequin Justin Passmore @ New York Models Coiffure & Maquillage Victor Noble Avec M.A.C Cosmetics et Bumble and Bumble Photographié exclusivement pour L’OFFICIEL HOMMES Suisse. —  121  —


MODE

L’AQUOIBONISTE Un peu rock, un peu parisien, un peu désinvolte. Et parfaitement dans la ligne des héros chantés par Serge Gainsbourg. Photographie JÉRÉMY DUBOIS Stylisme MARIE REVELUT

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MODE

Pull bleu en grosse maille col marin, Bottega Veneta. Pantalon bleu foncé, Hugo Boss. —  123  —


Veste, Louis Vuitton. Chemise, Bottega Veneta. —  124  —


Manteau en laine à carreaux, Karl Lagerfeld. Pull en laine bleu vert, Issey Miyake. —  125  —


Veste de cuir noir et chemise, Saint Laurent par Hedi Slimane. —  126  —


Veste en laine, Dior Homme. Combinaison bordeaux, Kenzo. Cravate en soie, Gucci. —  127  —


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Chemise kaki en coton, Kenzo. Pantalon, Dsquared2. —  129  —


Veste, Givenchy par Riccardo Tisci. Manteau, Kenzo. —  130  —


Costume en laine fitté et chemise en popeline, Dior Homme. Cravate noire en soie satinée, Hugo Boss. —  131  —


Chemise blanche en coton, Dsquared2. Bretelles en laine, Bottega Veneta. Pantalon noir en laine et viscose, Lanvin. —  132  —


Veste bleu foncé, chemise blanche col mao, Dior Homme. Broche argent, Givenchy par Riccardo Tisci. Mannequin Otto Lotz @ New Madison Stylisme Marie Revelut Coiffure & Maquillage Tiphaine Gerbeaud Assistants Stylisme Amanda Montesantos, Floris Le Sage Photographié exclusivement pour L’OFFICIEL HOMMES Suisse. —  133  —


MODE

SOLITAIRE Règle numéro un: mixer élégance et esprit d’indépendance. Comment? En investissant dans les matières nobles, en privilégiant les superpositions viriles, en tablant sur une silhouette construite. Et en mélangeant des vêtements destinés au grand air et des pièces citadines. Photographie DENNIS WEBER Stylisme PATRICK LIEF

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MODE

Manteau, Neil Barrett. Pullover, Belstaff. Pantalon en cuir, Hermès. Chaussures, Givenchy. —  135  —


Veste, Bottega Veneta. Pullover, Etro. Jumper, Ralph Lauren.
 Manteau, Strellson. Sac banane, Ermenegildo Zegna. Bonnet, Michael Kors. —  136  —


Manteau, Burberry. Pull col roulé, , Hermès. Pullover laine, Versace. Pantalon, Jil Sander. Sac à dos, Versace. —  137  —


Manteau, Meindl. Parka, Giorgio Armani. Pull col roulé, Bally. Pantalon, Calvin Klein. Chaussettes, Burlington. Chaussures, Ermenegildo Zegna. Sac, Hackett. —  138  —


Manteau en cuir, Hermès. Chemise, Louis Vuitton. Polo, Prada. Écharpe, Michael Kors. —  139  —


Pull col roulé, Neil Barrett. Pantalon, Bottega Veneta. —  140  —


Manteau, Fendi. Veste, Ermenegildo Zegna. Pantalon et sac, Jil Sander. Écharpe, Michael Kors. —  141  —


Manteau, Ermanno Scervino. Cardigan, Tommy Hilfiger. Pullover, Giorgio Armani. Pantalon, Fendi.
 Gants, Ermenegildo Zegna. —  142  —


Mannequin Jan Trojan @ Kult Model Agency Coiffure & Maquillage Christian Schild Avec M.A.C et Davines Manteau, Belstaff. Pull col roulé, Hermès. Pullover, Jil Sander. Veste, Michael Kors. Pantalon, Etro.

Remerciements à Anita Weber, Hanna et Martina Photographié exclusivement pour L’OFFICIEL HOMMES Suisse. —  143  —


MODE

LE DÉTAIL, C’EST TOUT

Manteaux brodés, techniques d’impression particulières, décalages étudiés ou ornements précieux. Suivre la mode, c’est très bien. Dicter son allure, c’est mieux. Photographie RICARDO ABRAHAO Stylisme FLEUR HUYNH EVANS

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Manteau en cachemire, Brioni. —  145  —


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Pull col roulé, veste en velours et veston, Ermenegildo Zegna. —  147  —


Chemise et manteau brodé, Burberry Prorsum. —  148  —


Costume, écharpe de soie et ceinture brodée, Dries Van Noten. Derbies, Burberry Prorsum. —  149  —


Manteau, chemise et cravate, Dior Homme. —  150  —


Pull col roulé, Bally. Pantalon et veste, Louis Vuitton. —  151  —


Veste croisée, chemise et cravate, Prada. Manteau imprimé, Dries Van Noten. Ceinture en cuir, Lanvin.

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Manteau brodé, pantalon et bottes, Givenchy par Riccardo Tisci.

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Costume, Dior Homme. Pull col roulé, Bally. Manteau de peau, Paul Smith. Derbies, Burberry Prorsum.

Mannequin Arthur Gosse @ Major Paris Coiffure et Maquillage Cyril Auchere Assistante Coiffure Emmanuelle Caradec Assistant Photographie Igor Marchesi Photographié exclusivement pour L’OFFICIEL HOMMES Suisse. —  154  —


Manteau, chemise et cravate, Dior Homme. —  155  —


MODE

Costume, Etro. Écharpe, vintage. —  156  —


MODE

FILS DE BAUDELAIRE Coupes parfaitement ajustées, détails savants, couleurs subtiles et calmes, allure sophistiquée, romantisme assumé. L’élégance 2015 revisite le dandysme chanté par les poètes du XIX e siècle. Photographie FABRIZIO SCARPA Stylisme FABRIZIO FIORANI

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Polo, Bottega Veneta. Pantalon, Salvatore Ferragamo. Manteau, Missoni.

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Costume, Giorgio Armani.

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Chemise, Gucci. Pantalon, Fendi. —  160  —


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Pullover, Salvatore Ferragamo. Pantalon, Missoni. Manteau, Etro. Chaussures, Giorgio Armani. Béret, Gucci.

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Chemise, Prada. Pantalon, Salvatore Ferragamo. Ceinture, Tom Rebl. Bague, Alessandro Grimoldieu. Écharpe, Etro. Mannequin Paul Boche @ Fashion Model Coiffure & Maquillage Loris Rocchi @ Close up Milano Photographié exclusivement pour L’OFFICIEL HOMMES Suisse. —  163  —


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PORTRAITS – Manzanares, Le Torero Bel Hidalgo 174 – Patrik Künzler 178 – Anatole Taubmann

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FOTO: ADRIANA TRIPA

José Maria Manzanares porte un manteau à double boutonnage en velours doublé de soie imprimée avec détails en soie brodée, et une chemise en coton, Dolce & Gabbana.


PORTRAIT

MANZANARES, LE TORERO BEL HIDALGO Courageux et élégant, l’un des plus grands matadors de son temps, José Maria Manzanares est devenu l’icône de Dolce & Gabbana. Idole des Espagnols à l’égal d’une star du foot ou de la F1, il incarne la réussite et la force maîtrisée. Et pas seulement devant les toros. Par THIERRY MANTOUX   Photographie NACHO ALEGRE   Stylisme NONO VAZQUEZ

Dans le taxi qui me mène de l’aéroport de Madrid Barajas au centre-ville, je demande au chauffeur s’il s’intéresse à la corrida. «Je ne suis pas contre mais je préfère le foot.» Silence. «Et le torero Manzanares, vous connaissez?» «José Maria, bien sûr. Alors lui, c’est différent. C’est un type formidable. Ici à Madrid, tout le monde le connaît. On l’adore. C’est notre star. C’est un grand torero. Mais surtout, il a de vraies valeurs: l’effort, l’honnêteté, la vérité. Ça fait du bien. En plus, il est beau, courageux, riche, il a une femme ravissante et des enfants. C’est notre héros.» Ça commençait fort. Il me restait à faire sa connaissance. Rendez-vous à 10h, à la Casa Salvador, excellent restaurant, connu de tous les toreros. La propriétaire attend pour la prise de vues. «José Maria? L’homme idéal, dit-elle, tu verras, il est vraiment sympa.» Et le maestro (comme on appelle les grands toreros) arrive dans son Q7 blanc, Ray-Ban vintage sur le nez, pantalon beige, polo vert foncé, pieds nus dans ses mocassins, sourire ravageur aux lèvres, mince, élégant, félin. Un mot aimable pour tous, me demandant de combien de temps je dispose pour l’interview. Bref, le contraire de la star en tournée de promo. Dans le petit monde de la corrida, le mundillo, lorsqu’on parlait de José Maria Manzanares, au départ, on demandait le père. José Maria Manzanares père est mort d’une crise cardiaque à 61 ans, il y a quelques mois. Surnommé le «torero des toreros», il a été l’une des grandes figures de l’Espagne du XXe siècle. José Maria fils a été marqué par la mort brutale de celui qui reste pour lui, pour l’Espagne et pour la corrida l’un de ses héros. Très jeune, accompagnant son père, il a vu des toros (taureaux de combat), a appris sur le tas, a fait des passes à des vachettes, a aimé cet art, mais ce n’est que plus tard, vers 19 ans, qu’il a tué son premier toro bravo chez un autre maestro, Enrique Ponce. «C’est tout ce que je sais faire, et je me demande vraiment ce que j’aurais pu faire d’autre!» ajoute-t-il.

«En plus j’adore vivre à la campagne, le grand air, l’espace, le calme... Alors oui, poursuit-il, j’ai le métier qui me convient le mieux. Le seul inconvénient est que je vois peu ma femme et mes enfants pendant la temporada (la saison) qui dure d’avril à octobre. Le reste du temps, je dois m’entraîner énormément, maintenir ma forme physique et mon moral. Heureusement, j’ai une famille fabuleuse et les mêmes amis depuis l’enfance. Pour la plupart, ils ne suivent pas la corrida, ce qui me repose. Ce sont de vrais amis depuis toujours. Ils sont l’un des piliers de mon existence, avec la vie en famille. Bien sûr, j’ai eu la chance d’avoir un père immense. Et pour débuter, je n’ai pas eu à chercher du boulot. Mais lorsque vous avez un père qui est LA référence dans la profession dans laquelle vous vous lancez, le petit monde dans lequel vous vivez ne vous passe rien.» SORTIE TRIOMPHALE En 2011, José Maria a accompli un exploit qui restera dans l’histoire. Il a été le premier, en près de trois siècles d’existence des arènes de la Maestranza de Séville, à y gracier un toro. C’est-à-dire à accorder la vie sauve à un toro extraordinaire de bravoure et de noblesse. À la sortie de la corrida, les billets utilisés se vendaient aussi cher que les neufs! Souvenirs, souvenirs... Pour l’ouverture de la temporada 2015 dans les arènes d’Arles, José Maria, vêtu de noir en signe de deuil, a toréé à Pâques sous le portrait géant de son père, concentré, avant l’entrée fracassante de son premier toro. Arles, son père et le torero français Juan Bautista, qui avait coupé deux oreilles juste avant, lui ont porté bonheur. José Maria, comme l’appellent ses amis, a tranché deux oreilles et la queue – récompense rarissime – avant de sortir triomphalement des arènes antiques. «Extraordinaire!», se sont exclamés en chœur les spécialistes, généralement avares de compliments.

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PORTRAIT

«JE N’AI QU’UNE SEULE ENVIE, CELLE DE LAISSER MA TRACE DANS CE MONDE DE LA TAUROMACHIE»

148 800 fans sur Facebook

50 200 followers sur Instagram

148 000

abonnés sur Twitter

L’OFFICIEL: Vous êtes sans doute le seul torero à être une star en dehors du monde de la corrida. À quoi l’attribuez-vous? JOSÉ MARIA MANZANARES: C’est difficile à dire, mais c’est sans doute, paradoxalement, en raison de mon métier de torero. C’estun métier très exigeant. À l’extrême. On ne peut pas tricher. Chaque jour ou presque à l’entraînement, je me mets devant les taureaux. C’est vrai, je joue ma vie devant eux, et la moindre erreur ne pardonne pas. Je suis très exigeant envers moi-même et je dois rester en forme toute l’année. Grâce au ciel, je suis en excellente santé, j’ai un moral d’acier, une famille que j’adore et qui me rend heureux, et j’exerce le métier dont j’ai toujours rêvé. J’essaie de le faire à la perfection et que cela se sache. C’est sans doute tout ça. J’ai de la chance, j’ai eu très jeune une visibilité médiatique que j’ai cultivée, mais sans excès. J’aime bien le faire. Et ça, les gens le ressentent. Si vous restez naturel, vous n’en avez que plus d’impact. Dans toutes mes activités, je suis torero, et j’espère, grâce à cela, faire connaître le monde de la tauromachie et le faire mieux accepter. Les taureaux, c’est ma vie de tous les jours. Votre père avant vous a été l’un des plus grands toreros de tous les temps. Que vous a-t-il appris? Mon père m’a surtout enseigné le sens de l’effort, l’importance de la parole donnée, la rectitude et l’honnêteté devant les taureaux et devant les hommes. Ce sont des valeurs familiales inestimables! Son statut de torero a toujours été pour moi source d’inspiration. Essayer de faire comme lui, c’est un peu mon fil conducteur. Non pas pour copier son toreo (sa façon de toréer, son style), ça, c’est impossible. Mais pour laisser une trace. Las cinco de la tarde, cinq heures du soir, c’est l’heure de la corrida où vous jouez votre vie devant les taureaux, des dizaines de fois par an. Qu’est ce qui vous donne toujours le sourire? C’est une façon de vivre, d’être. J’ai cette chance de faire le métier dont j’ai rêvé et cela dans les meilleures conditions, entouré de ma famille, de mes amis de toujours qui sont d’Alicante, ma ville natale, et de professionnels de haut niveau. C’est exceptionnel et c’est un privilège dont je remercie le ciel tous les jours. Cela vient après beaucoup de sacrifices car la tauromachie n’est pas un art de tout repos. Ce que je souhaite, c’est transmettre de l’émotion. C’est vraiment mon vœu le plus cher et lorsque j’y arrive, alors oui, c’est une grande satisfaction. D’une corrida à l’autre, vous circulez toujours avec votre cuadrilla (équipe) dans un van marqué à votre nom. Cherchez vous plutôt à vous détendre avec une bande de copains ou êtes-vous le patron solitaire d’un team de collaborateurs? —  168  —

Je vis avec ma cuadrilla du début du printemps à la fin de l’automne. Je passe donc avec eux plus de temps qu’avec ma femme et mes enfants. Bien sûr, je me suis entouré des meilleurs professionnels à qui je cofie aussi ma vie dans les arènes. Mais ce n’est pas suffisant. Comme nous vivons les uns avec les autres une bonne partie de l’année, sans compter les périodes d’entraînement, j’ai besoin d’avoir autour de moi des gens qui ont les mêmes valeurs morales et humaines que moi et avec qui j’ai envie de partager les bons et les moins bons moments. Il faut aussi qu’ils soient de bonnes personnes car c’est comme une famille que j’aurais choisie. Ce sont à la fois des pros, des gens biens et des copains. Et c’est mon équipe! Gérez-vous personnellement vos contacts avec vos fans? Les réseaux sociaux, cela peut être la meilleure et la pire des choses. Je ne suis pas accro, mais j’aime bien de temps en temps. C’est toujours moi qui tweete, lorsque j’en ai envie, lorsque quelque chose me plaît, une musique, une image, une phrase. Je n’en abuse pas, mais c’est un moyen d’être en contact et de partager avec le plus grand nombre. Je le fais lorsque j’en ai envie et c’est vraiment moi, je ne délègue ça à personne. Les stars ont toujours une vie amoureuse fracassante. Vous, vous êtes plutôt discret. Cela ne fait pas partie de votre image? Non, sur ce point, je suis très ferme. Ma vie de torero est publique et visible mais ma vie privée et celle de ma famille sont vraiment un autre univers que je protège. Ma femme et mes enfants doivent pouvoir vivre tranquilles. Une fois encore, j’ai une vraie famille unie que j’adore. Il peut y avoir à une occasion particulière une photo ici ou là, mais la frontière est clairement établie. Vous aimez les montres précieuses. Est-ce parce que le temps vous fuit? Non, j’ai un rapport au temps très simple. J’habite la campagne et je vis au rythme des saisons, des corridas et des taureaux. J’aimerais, mais c’est un rêve, ne toréer que lorsque j’en ai vraiment envie et que je me sens particulièrement bien disposé. Je ne maîtrise pas tout à fait le temps! J’aime les montres presque pour des raisons familiales. Il se trouve que mon grand-père et mon père portaient depuis toujours des montres IWC. Et je suis resté fidèle à cette marque. Quand IWC m’a demandé de collaborer avec eux, cela a été pour moi tout naturel. C’est un grand plaisir et un privilège d’avoir été choisi. Je ne suis pas esclave des marques. Ce que je fais, je le fais par choix, parce que cela correspond à mon mode de vie.


PORTRAIT

Gilet et pantalon en laine, chemise en coton, Dolce & Gabbana, bijoux personnels. —  169  —


PORTRAIT

«L’ÉLÉGANCE POUR UN TORERO EST UNE RECHERCHE PERMANENTE.»

157 M CHF le chiffre d’affaires de la tauromachie en Espagne.

125 000 CHF le cachet de José Maria Manzanares pour une corrida.

10 à 12 M CHF les recettes indirectes de la corrida à Nîmes.

Être devenu l’icône de maisons aussi prestigieuses que Dolce & Gabbana ou IWC – tel un pilote de Formule 1 – vous fait entrer dans la vie de millions de gens. En retirez-vous une satisfaction pour votre ego? L’élégance pour un torero est une recherche permanente. L’élégance du style tauromachique, d’une part, l’élégance de l’attitude dans l’arène et envers les autres, et naturellement l’élégance vestimentaire. Tout cela me correspond parfaitement. Je suis très heureux de porter des vêtements et des montres qui donneront à d’autres ce goût. Quand je voyage, je rencontre des gens qui ne connaissent rien aux toreros, mais qui en apprécient les valeurs. L’allure en fait partie. Et ce n’est pas une pure forme. Cela me vient de mon père et de mon grand-père pour lesquels le raffinement à tout point de vue était un mode de vie. Cela fait partie de ma personnalité. Les taureaux sont des bêtes sauvages qu’il faut dominer avec fermeté, détermination et douceur. Quels sont vos goûts en matière d’autos? Bêtes de course ou limousines? J’ai assez à faire avec les taureaux... Bien sûr, les bolides me fascinent et la vitesse aussi, mais je n’ai pas de voiture de course. J’aimerais bien, mais cela ne correspond pas à mon mode de vie. Je n’ai pas beaucoup de temps et un coupé sport deux places ne me conviendrait pas. Sur le plan professionnel non plus. Je préfère les gros 4x4 très confortables qui permettent d’emmener partout personnes et matériel. Cela me facilite la vie et, franchement, pour les chemins du campo, c’est l’idéal. Vous avez tout. Une carrière de torero hors du commun, la jeunesse, l’élégance et la gloire. Que vous manque-t-il? Vraiment, il ne me manque rien. J’ai tout et plus encore, et je suis parfaitement conscient de cette chance. Je fais cette carrière de torero par choix, avec un certain succès. Mais dans ma tête, je sais que mon père a marqué des générations et qu’il reste une référence. Je n’ai qu’une seule envie, celle de laisser une trace, ma trace, dans ce monde de la tauromachie, de rester dans les mémoires comme quelqu’un qui aura donné de l’émotion au public. Et je voudrais que l’on se souvienne de moi, des années après, comme l’un des défenseurs des valeurs de ma profession: le respect, la vérité, l’esprit de sacrifice, la volonté, la lutte sans répit pour ses rêves et, enfin, la fierté de ce que l’on fait. Et ne pas oublier dans mon métier que le taureau est le maître. Si je peux contribuer à mieux faire connaître la tauromachie et à ce qu’elle soit mieux comprise dans le monde, ma visibilité dans les médias n’aura pas été vaine. —  170  —

Vous faites un métier hyper risqué où l’on prend sa retraite jeune, comme en F1 ou dans le foot. Après, que ferez-vous? Honnêtement, je ne sais pas encore quoi ni quand. Oui, il est difficile d’être torero et il ne faut pas craindre les inévitables blessures. Plus tard, je ferai certainement quelque chose qui me permette de passer plus de temps en famille, mais sans jamais renier les valeurs qui sont les miennes.

JOSÉ MARIA EN 10 DATES 14 avril 1953 naissance de José Maria Manzanares père 3 janvier 1982 naissance de José Maria à Alicante 2001 tue son premier toro chez le grand torero Enrique Ponce 29 avril 2001 premier festival taurin à Campotéjar (Grenade) 22 février 2002 débuts avec picadors à Nîmes. 24 juin 2003 alternative (devient «docteur en tauromachie»). 1er mai 2006 son père fait ses adieux de torero à la Maestranza de Séville. 2007 triomphe deux fois à la Monumental de Mexico ainsi qu’à Bogota, Castellon, Barcelone, Séville, Alicante et Tolède. 30 avril 2011 dans les arènes de la Real Maestranza de Séville, grâcie le toro Arrojado, de l’élevage Nunez del Cuvillo. 28 octobre 2014 décès de José Maria Manzanarès père. 2014 JMM compte 33 corridas et 64 oreilles reçues. Rassemble plus de 350 000 spectateurs dans l’année. 4 avril 2015 José Maria Manzanares triomphe dans les arènes d’Arles. www.josemariamanzanares.com


Costume droit en laine imprimée carreaux et chemise en coton, Dolce & Gabbana. Grooming: Francisco Florido Photos réalisées en Espagne à Casa Salvador, C/ Barbieri 12, Madrid. —  171  —


LE BUSINESS DE LA TAUROMACHIE Les corridas... La crise a eu des effets importants sur le bu­ siness de la tauromachie, à l’économie assez complexe. Un festival «amical», c’est-à-dire sans ca­chets pour les toreros, coûte au bas mot 30 000 CHF et une véritable corrida avec des figuras (des toreros d’importance) jusqu’à 500 000 CHF. Nîmes a intégré depuis des décennies l’importance de la tauromachie et confie ses arènes à Simon Casas, ancien torero, dont l’entreprise Simon Casas Production gère, outre les arènes de Nîmes et de Mont-de-Marsan en France, celles de Valence, Saragosse et Alicante en Espagne. Un chiffre d’affaires de 4,8 millions d’euros pour un résultat net de 101 300 €. À Nîmes, la corrida représente, selon une étude récente de la ville, entre 10 et 12 millions d’euros de recettes indirectes en 2014. Pour Madrid, ce sont 50 millions d’euros, Séville, 27 millions et Pampelune, 21 millions. En Espagne, les spectacles taurins directs représentent un chiffre d’affaires de 150 millions d’euros et rapportent 41,4 millions d’euros de taxes, alors que le cinéma ne rapporte que 7,3 millions d’euros! Les toros... Les prix des toros varient de 12 500 CHF pour un lot de six bêtes d’Antonio Bañuelos pour la novillada, à 65 000 CHF pour celui de Joselito pour une corrida. Les toros de Fuente Ymbro sont à 56 000 CHF le lot, ceux de Dolores Aguirre et de Cebada Gago à 34 000 CHF. Ces chiffres sont ceux de Bayonne l’an dernier. À Nîmes, les célèbres toros de Miura auraient été payés plus de 88 000 CHF pour six bêtes. Pour l’éleveur, vendre un toro de 4 ans entre 5 000 et 6 000 CHF est rentable; au dessous, c’est à perte. Et s’il ne vend pas, l’animal va à la boucherie. ... et les toreros Le plus mythique des toreros actuels, José Tomas, qui torée le moins possible, demande plus de 310 000 CHF par corrida. Les toreros débutants gagnent 5 000 CHF, mais peuvent touchent beaucoup moins ou... rien du tout. Un jeune torero confirmé aura 15 000 CHF et José Maria Manzanares aux alentours de 130 000 CHF, tout comme El Juli ou Morante de la Puebla; pour la star Sébastien Castella, originaire de Béziers, le secret est bien gardé, tout comme pour le torero d’Arles, Juan Bautista! Sur ces sommes, ils doivent payer leur cuadrilla (banderilleros, picadors, valet d’épée, chauffeur), leur transport ainsi que les habits de lumière, qui valent près de 5 000 CHF pièce. S’ils toréent. Il y a moins de corridas dans les 60

villes de France et en Espagne, et les débutants ont du mal à trouver des engagements dans les «novilladas» tandis que les matadors con­firmés se battent pour figurer dans les bonnes corridas, et les cachets de la majorité d’entre eux s’en ressentent. Comme le résume l’écrivain Jacques Durand, qui connaît parfaitement le sujet et cite le torero El Paña: «Avant,un torero toréait pour offrir une maison à son père, maintenant il a du mal à s’offrir la sienne.»

MATADORS DE LÉGENDE • Il y a Francisco Romero au XVIIIe siècle qui, le premier, a tué le toro lui-même, à pied et non à cheval. Puis Pepe Hillo, auteur du premier traité de tauromachie. Au début du XXe siècle, le célèbre Belmonte fut le premier à attendre le toro de pied ferme, alors qu’auparavant les matadors reculaient, appliquant le principe «ou tu t’enlèves ou le toro t’enlève!». Manolete, tué à 30 ans par un féroce toro de Miura, en 1947. N’oublion pas Joselito, puis El Gallo, le torero gitan et chauve. • Outre pour leurs prouesses dans l’arène, Luis Miguel Dominguin et Antonio Ordoñez feront la une des magazines pour leurs activités mondaines et leurs amours, telle l’actrice Ava Gardner au bras de Dominguin. • Dans les années 1960 apparaît El Cordobés, un phénomène. • Le premier grand torero français est Nimeño II, dans les années 1970 et 1980. Grièvement blessé par un Miura à Arles en 1989 et devenu tétraplégique, il se suicidera deux ans plus tard. • Aujourd’hui, après la despedida (retraite) du Colombien César Rincon, celle de Ruiz Miguel (il a le record de plus de 100 corridas de Miura) et la mort de José Maria Manzanares père l’an dernier, qui fut l’un des plus grands toreros de tous les temps, il reste des stars. José Maria Manzanares est l’un des plus grands d’aujourd’hui avec El Juli, le Français Sébastien Castella, José Tomas, Enrique Ponce et Padilla qui a perdu un œil d’un coup de corne et continue de toréer avec succès et un courage inégalé. Mais aussi El Fandi, Miguel Angel Perera, Ivan Fandiño sans oublier Juan Bautista, l’Arlésien.

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PARLONS DE SEXE... PARDON, DE CHAISE Avez-vous déjà envisagé la question de l’assise sous l’angle du bonheur? C’est ce qu’a fait le chercheur en neurosciences Patrik Künzler. Dans sa quête, il a trouvé une solution extrêmement étonnante: la chaise intelligente qui fait du bien.

PHOTOS: GEDANKENGESTALTER.CH; NATHAN BECK

Par DÖRTE WELTI

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Patrik Künzler

Avouons-le: lorsque l’on regarde pour la première fois la «LimbIC Intelligent Chair», on pense immédiatement à un siège médical, voire gynécologique. Jusqu’à ce qu’on prenne place dessus. Pour la première tentative, l’aide de Patrik Künzler peut s’avérer précieuse: il faut se mettre sur la pointe des pieds, ajuster les coques de maintien mobiles pour les jambes de façon à plaquer le creux des genoux, écarter légèrement lesdits genoux et prendre place sur l’assise – heureusement que l’homme est un médecin diplômé car, pour ma «première fois», j’ai eu la mauvaise idée de venir en mini-jupe. Bref, après quelques tentatives, on parvient à s’asseoir avec aisance et élégance, et ce malgré les contraintes vestimentaires. Les jambes se balancent librement, on se retrouve assis droit comme un «i», avec une bonne surprise, puisque l’on ressent très vite une répercussion et un effet au niveau mental: soit la sensation d’être en apesanteur, détendu, en sécurité. L’inventeur a l’air d’apprécier: «C’est tout à fait ça. La question que je me suis posée et que j’ai également posée à beaucoup d’autres personnes au début de mes recherches était la suivante: Quand vous sentez-vous heureux? Les réponses variaient dans le choix des mots, mais la base était toujours la même: “quand je me sens en sécurité, en apesanteur, libre et léger. Comme pendant l’amour”. C’était vraiment la réponse la plus fréquente. Et de loin. En toute logique, je me suis ensuite posé une deuxième question: quand ressent-on cet état? Pendant l’amour, c’était clair. Mais sinon?» Et le docteur de poursuivre: «Certains mouvements corporels dynamiques font ressentir cet état, par exemple lorsque l’on fait tournoyer un enfant et qu’il atterrit à nouveau dans les bras de la personne en qui

il a confiance. Le yoga ou la méditation provoquent également cette sensation et, bien sûr, certaines substances.» Est-ce à dire que, si l’on compile toutes ces informations, cela donne un meuble qui stimule la libido avec un effet psychédélique? «Ce n’est pas très loin du processus de réflexion qui a abouti à la LimbIC», répond Patrik Künzler en souriant et en me faisant remarquer que je me suis mise à tourner sur son siège intelligent, à tester différentes postures et à donner à la coque d’assise différentes positions. Justement, c’était l’objectif de ses recherches: analyser les mouvements et les positions du corps pour savoir quels mouvements provoquaient quelles sensations. Les premiers prototypes étaient équipés de simples demi-coques pour les cuisses et d’une coque d’assise. Mais cette construction était trop simple pour obtenir le résultat recherché. La version actuelle est dotée de coques ajustables en kevlar, ce matériau utilisé en Formule 1 pour les châssis, et que Künzler fait préparer par Sauber dans des autoclaves, ainsi que de coques ergonomiques pour l’assise. Celles-ci sont pourvues d’articulations en aluminium et reposent sur un pied à cinq branches monté sur roulettes et réglable en hauteur, bien sûr. La sophistication de cette construction et ses matériaux ont évidemment un prix: actu­ellement, le siège est commercialisé à partir de 7 500 CHF. Patrik Künzler espère attirer des investisseurs afin de réduire ses coûts de production. Malgré ce prix élevé, plusieurs clients ne jurent déjà plus que par elle, cette «LimbIC Intelligent Chair» qui a également été testée par des collègues de ce médecin de 46 ans – des dentistes, des médecins généralistes et des chercheurs, des professionnels qui, dans l’exercice

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La chaise et la bonne forme: le coach personnel Dave Dollé montre comment s’entraîner physiquement avec la «LimbIC Intelligent Chair».

Autre intérêt pour les investisseurs: après sept ans de développement en solo, Künzler, qui a fondé la société Inno-Motion AG, a décidé de faire appel à un concepteur de jeux vidéo. L’utilisation du siège avec un ordinateur et un casque Oculus propulsera l’expérience du jeu en 3D dans une toute nouvelle dimension. Le gamer et astrophysicien Mark Van Raai n’en est encore qu’à la phase de développement, mais il est d’ores et déjà possible de faire voler un hélicoptère avec les mouvements de son corps tout en restant assis sur ce siège, ou de foncer dans l’espace en évitant des météorites stylisées. Décrire cette expérience n’est pas simple. Imaginez que vous êtes face à un monde fantastique et que vous pouvez contrôler cet univers virtuel avec des mouvements gracieux et fluides qui vous procurent des sensations et vous donnent le sourire (Künzler filme l’expérience en promettant, heureusement, de NE JAMAIS diffuser la vidéo sur Youtube). La coque d’assise stimule les os des fessiers et leur région. «C’est le système limbique qui déclenche les émotions les plus intenses», explique ce chercheur en neurosciences qui, après sa thèse au MIT (Massachusetts Institute of Technology) avec le prix Nobel de médecine Susumu Tonegawa, a fait de la recherche

post-doctorat et qui a appris à se concentrer sur les questions essentielles sans se perdre dans les détails. Désormais, la vraie question sera de savoir s’il est possible de produire ce siège de manière à en faire bénéficier le plus grand nombre voire, dans l’idéal, tous ceux qui travaillent assis. Cela permettrait d’augmenter la productivité au travail grâce à des collaborateurs heureux et en bonne santé – Künzler explique que le siège intelligent a été testé dans un bureau par des personnes qui ne pouvaient travailler assises que 40 % du temps en raison de douleurs au dos ou autres inconforts, comme des maux de tête; en seulement quatre semaines, le siège leur avait rendu 100 % de leur capacité de travail. Autre effet non négligeable: améliorer nettement l’ambiance au travail. L’effet coup de fouet et le bien-être spirituel que ce meuble procure ne pourraient qu’avoir des effets positifs sur le travail d’équipe au sein d’un bureau. Et, pourquoi pas, dans les foyers. Les possibilités offertes par cet engin semblent tout simplement infinies. Réfléchissez un peu aux avantages d’un siège qui stimule des points de contact hypersensibles dans les domaines du plancher pelvien et du bas du dos. La stimulation constante des muscles obliques de l’abdomen serait un excellent moyen d’obtenir des tablettes de chocolat, la position assise serait le gage d’un fessier tonique et le renforcement de la musculature de la colonne vertébrale soulagerait le dos, ce qui n’est pas négligeable de nos jours. Une collègue américaine a même soufflé au bon Docteur Künzler ce néologisme pour désigner les effets de sa trouvaille: «chairgasm».

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PHOTOS: HANSJÖRG SCHÖDLER (2), MARK VAN RAAI

de leur activité, peuvent prendre la mesure de l’extrême flexibilité et de la mobilité offertes par le siège. Tous ces spécialistes doivent avoir une confiance aveugle en leur chaise, et ne doivent pas risquer de tomber à la renverse ou de faire des mouvements brusques afin de ne pas mettre leur patient en danger. Patrik Künzler insiste sur ce point, me donnant de petites tapes, me bousculant (un peu) sur mon siège, essayant de me déstabiliser... sans succès. En si peu de temps, l’impression de stabilité reste étonnante.


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Spaceig: l’un des premiers jeux développés par l’astrophysicien Marc Van Raai pour la «LimbIC Intelligent Chair».

Tout en légèreté: les coques en kevlar s’adaptent aux jambes de chaque individu. —  177  —


PORTRAIT MODE

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NOTRE CÉLÈBRE INCONNU

Avec plus de 80 rôles dans des films souvent populaires et internationaux, Anatole Taubman est le comédien suisse le plus présent sur les écrans du monde entier. La preuve ces jours-ci avec trois nouveaux rôles - un sur grand écran, deux à la télévision. Mais qui est ce caméléon génial aperçu aux côtés de James Bond, et toujours très, très occupé? Par DÖRTE WELTI —  178  —


PHOTOS: DR

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Anatole Taubman ne se fait pas prier pour raconter d’où lui vient son surnom «Tolli» Il en profite, au passage, pour faire la démonstration de son immense talent d’imitateur. C’était il y a 16 ans. Le jeune Taubman participait, à Londres, au casting de la mini-série Frères d’armes. À sa grande surprise, ce n’est pas un recruteur lambda qu’il trouve assis face à lui mais bien Tom Hanks, qui a réalisé 4 des 10 épisodes.Un Tom Hanks qui a bien du mal à prononcer son nom correctement et l’abrège en Tolli. Depuis, ce surnom lui est resté. Lorsque Anatole Taubman, 44 ans, raconte cette anecdote durant l’un des shows qu’il anime avec Phil Dankner pour la marque automobile Seat (dont il est l’ambassadeur depuis 7 ans, quelle fidélité!), on se croirait catapulté dans le légendaire casting. Le rôle que Tolli y a décroché est un bel exemple de son talent. Il dépeint l’horreur des camps de concentration, interprétant le prisonnier juif Otto Herzfeld lors de la libération de Kaufering IV par les soldats américains de l’Easy Company. Il livre une prestation poignante, surtout lorsque l’on sait que ses propres grandsparents ont péri dans l’Holocauste.

Ses performances sous forme de saynètes, comme dans le show Seat, permettent de prendre toute la mesure de sa présence à l’écran. On se demande alors si on a bien regardé Quantum of Solace, sorti en 2008, où Anatole Taubman interprétait Elvis, le sbire de l’ennemi juré de Bond, Dominic Greene (Mathieu Amalric), se payant le luxe de s’exprimer en suisse-allemand sous la direction du réalisateur Marc Forster. Et y a-t-il plus actuel que le rôle d’Anastasius que l’acteur protéiforme incarnait en 2009 dans La Papesse Jeanne de Sönke Wortmann? Et qui se souvient que c’est lui qui interprétait le premier amant de Coco Chanel dans le film Coco Chanel & Igor Stravinsky en 2009? Les exemples ne manquent pas. Citons encore Les Tudors, la série américaine de 2008, dans laquelle Taubman incarne un bourreau. Ou Meurtres en sommeil, 2008 toujours, où il campe un criminel de guerre. Gangster, fou, méchant... Anatole Taubman est abonné aux rôles de sous-fifres antipathiques, du moins dans les productions anglophones, mais ces personnages semblent moins marquer les esprits. Pourtant, lorsque l’on s’entretient avec lui, sa candeur non feinte est frappante.

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PORTRAIT MODE

«D’UNE MANIÈRE GÉNÉRALE, EN SUISSE, LA RÉUSSITE SUSCITE DAVANTAGE DE JALOUSIE QUE DE JOIE, QUEL QUE SOIT LE DOMAINE PROFESSIONNEL, ET QUE L’ON SOIT UN HOMME OU UNE FEMME.»

Ses yeux parviennent à plonger le spectateur dans l’univers des rôles qu’il incarne. À l’évocation de sa carrière de mannequin, Taubman nous gratifie de son regard de séducteur, lui qui fut un temps le beau gosse grand et mince le plus booké de la presse suisse. Mais il sait aussi lancer des regards sournois lorsqu’il parle des nombreux gredins qu’il a interprétés, pour ensuite prendre un air blessé lorsque l’on essaie d’en savoir un peu plus sur sa vie privée - ce type de confidences ne lui a pas laissé que des bons souvenirs. Nous saurons juste qu’il habite actuellement à Berlin et qu’il a trois filles. Point. La presse à scandales n’y touche pas, les paparazzis se heurtent à un mur. La célébrité lui est peut-être un peu pénible car elle fait trop souvent de l’ombre à ses performances d’acteur, par exemple dans le spot Wow actuel de son partenaire automobile où il passe avec une facilité déconcertante d’un rôle à l’autre. Sans oublier les attentes de ses compatriotes: dans une interview, l’acteur Carlos Leal a un jour déclaré que les Suisses attendaient toujours trop de leurs acteurs helvétiques qui tentaient une carrière internationale, qu’il voulaient qu’ils deviennent tous des superstars. Sur ce point, Anatole Taubman se contente de constater que, «d’une manière générale, en Suisse alémanique, la réussite suscite davantage de jalousie que de joie, quel que soit le domaine professionnel, et que l’on soit un homme ou une femme». À l’automne, les choses vont peut-être changer. Anatole Taubman incarnera enfin un «gentil» dans l’adaptation cinématographique de Casse-Noisette et le Roi des souris. Il y joue un personnage qui pourrait avoir été écrit sur mesure: Drosselmeyer, le parrain aimant et mystérieux qui est également le narrateur dans les contes d’E.T.A. Hoffmann. Dans le film, toute la famille Stahlbaum l’écoute avec fascination. Dans la vie, c’est la même chose pour quiconque a la chance de pouvoir discuter avec lui ou de le voir sur une scène aussi intime que celle qu’il partage avec Phil Dankner pour son spectacle. Et l’on revient à notre question de départ (qui est Tolli?). On le regarde si attentivement lorsqu’il prend la parole, qu’on n’est plus sûr de l’avoir entendu, lui, si habité par son rôle qu’il nous hypnotise.

Cette question qui se pose au spectateur hante aussi l’intervieweur. Ai-je parlé avec Anatole Taubman? Ou avec Tolli? Ou peut-être avec Elvis? Ou bien avec le comptable d’un mafioso russe qu’il interprète dans Le Transporteur - Héritage, un autre blockbuster qui sortira bientôt en salles? Ou encore avec Montcourt, un noble à la réputation sulfureuse que Taubman incarne dans Versailles, production hollywoodienne à 30 millions de dollars qui en fait la série télévisée la plus chère de tous les temps? La première saison (10 épisodes), tournée de la mi-août 2014 à la fin février 2015 à Paris et en région parisienne, a été achetée par de nombreux pays et sera diffusée à partir de novembre sur les télévisions du monde entier. Alors, qui est Tolli? L’intéressé lui-même semble dubitatif et nous offre à nouveau son beau regard, dans un éclat de rire franc. C’est donc par soi-même qu’il faudra décider qui est vraiment Anatole Taubman, aucune interview ne pouvant le résumer ni aucun mot le décrire, aucun mètre de pellicule ne pouvant révéler sa vraie nature. On se prend à penser qu’il n’est pas trop tard pour un grand rôle, un rôle principal. Pense-t-il qu’il a le vent en poupe ou qu’il restera éternellement tout à la fois sous le feu des projecteurs et en dehors du radar de la célébrité? Et est-il content de son sort, Tolli l’invisible magnifique? «Je suis reconnaissant et heureux d’être bien ancré depuis plusieurs années dans ‹l’Euroleague›, la seconde classe du cinéma. Je ne vise pas particulièrement la ‹Championsleague›, ça me suffit de jouer de temps en temps dans quelques-unes de ses productions à gros budget. Pour ce qui est des scénarios et des rôles, un film à petit budget réalisé par un petit pays peut faire autant de bruit et faire le tour du monde». Comme Le Cercle, le film helvétique maintes fois primé dans lequel il joue Felix, journaliste libéré membre de l’organisation homosexuelle Le Cercle. Et puis, Tolli-Anatole n’est pas seulement l’un des plus grands comédiens suisses. Il a réussi là où tant de grands acteurs échouent: il a préservé sa vie de la publicité et la surexposition médiatique qui diminuent tant les capacités de métamorphoses et de transformations des acteurs. D’ailleurs, Anatole Taubman, c’est son vrai nom. Bien joué, Tolli.

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PHOTO: DR

Anatole Taubman —  181  —


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LIVING 184 – Brompton, une affaire qui roule 190 – Montres et merveilles 200 – Bataille de titans 206 – Le mythe du beau sauvage 210 – Grooming 214 – Mesures extrêmes 216 – A room with the view 220 –Autoportrait: Marco Sarescia

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Par EDSON PANNIER

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Nouvelle star de l’asphalte outre-Manche, le vélo Brompton ne compte plus ses fans. Grâce à ses vertus pratiques, l’engin pliable parle à une nouvelle génération de citadins en mal de sport, las des bus et du métro ou qui désirent contribuer à la protection de l’environnement. Ce bijou Made in UK est le nouvel étendard écolo-bobo du paysage urbain.

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PHOTOS: ANNA BATCHELOR

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M O R PT B

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LIVING

Le Brompton se décline dans un large éventail de couleurs.

Ses roues de 40 cm confèrent au Brompton cette silhouette caractéristique qui a inspiré le logo de la marque.

PHOTOS: ANNA BATCHELOR

Le tableau de bord comptabilise les efforts de la journée.

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LIVING

BROMPTON, PROFIL D’UNE ŒUVRE

Le QG à Kew Bridge, à Londres.

1 600 à 3 580 CHF la gamme des prix d’un Brompton.

44 pays se fournissent chez Brompton.

80 % du business est réalisé à l’export.

58 millions CHF le chiffre d’affaires de Brompton.

20 secondes le temps moyen de pliage du vélo.

5 secondes le record de pliage d’un Brompton.

26 millions de combinaisons possibles.

1975 son année de naissance.

6 semaines de délai pour un vélo sur mesure.

50 000 vélos produits par an.

250 employés.

15 designers.

80 % des employés viennent en Brompton au travail.

18 mois de training pour les soudeurs.

50 personnes dédiées à l’assemblage.

70 000 à 80 000 Brompton sont en circulation à Londres.

Vingt secondes, c’est le temps qu’il faut à un être humain normalement constitué pour plier un vélo Brompton. Les plus aguerris y arriveront en cinq à six secondes seulement. On s’approche dangereusement du délai de montage d’une tente Quechua pour un résultat autrement plus attrayant. Pour comprendre comment une telle prouesse technique est possible, il faut se rendre au sud-ouest du «Greater London», à Kew Bridge. C’est là que les artisans de Brompton produisent chaque jour 150 vélos pliants. L’atelier est divisé en deux sections. Dans la première sont façonnées les différentes parties qui composent la bicyclette. On y trouve des machines d’un autre âge encore en service à côté d’engins dernier-cri paraissant tout droit sortis d’un film de science-fiction. Ici, la qualité n’a pas de prix et la quasi-totalité des profits de l’entreprise est réinvestie en recherche et développement. Ces investissements permettent de créer ces outils coûteux qui servent à leur tour à parfaire les pièces du vélo. Si les soudeurs ont une technique qui leur est propre, l’entreprise met un point d’honneur à ce qu’ils occupent tous les postes à tour de rôle, de telle sorte qu’ils s’avèrent capables de réaliser seuls un vélo dans son intégralité. Lors de leurs dixhuit mois de formation délivrée par l’entreprise, ils sont aussi bien postés à la fabrication qu’au contrôle qualité, ce qui explique la réputation méticuleuse de la société. Une rigueur presque militaire si l’on s’en tient aux écrans de contrôle fixés aux murs, indiquant les chiffres de production de la journée. Mais cela n’entame en rien l’ambiance familiale qui règne dans ces lieux. Dans la seconde section, on assemble les différentes pièces sur une grande rangée où les travailleurs se passent l’objet de main en main, depuis le squelette jusqu’au produit fini. Lorsque l’on évoque la question de la délocalisation en Chine, l’entreprise est catégorique. Non pas par patriotisme, mais bien pour protéger le secret de cet artisanat plutôt que de voir de faux Brompton envahir les métropoles en l’espace de quelques mois. Bientôt, forte de son succès, l’entreprise devra faire ses valises pour un atelier plus grand, mais toujours à Londres où elle fonctionne depuis une quarantaine d’années. —  187  —


LIVING

«LES CITY BIKES SONT UN CATALYSEUR. ILS FONT PROGRESSER LE CYCLISME DANS LES VILLES. ILS ONT PERMIS À DES GENS QUI AVAIENT ARRÊTÉ LE VÉLO À L’ADOLESCENCE DE S’Y REMETTRE. MAIS APRÈS QUELQUES MOIS SUR UN BORIS BIKE, ILS ONT ENVIE D’UN TRUC PLUS COSTAUD, ALORS ILS VIENNENT CHEZ NOUS.» WILL BUTLER-ADAMS, CEO DE BROMPTON

C’est en effet dans son petit studio de South Kensington qu’Andrew Ritchie, alors jeune ingénieur reconverti en fleuriste, fabrique le tout premier Brompton. À l’époque, le Bickerton est la Rolls-Royce des vélos pliants, mais Ritchie est convaincu qu’il peut faire mieux. Ses premiers prototypes voient le jour dans les années 1970 et présentent un système de pliage inédit grâce auquel les roues enveloppent les parties grasses du vélo, la chaîne et le plateau du pédalier, le tout en seulement 3 à 5 étapes selon le modèle. Malgré un «process» innovant, resté inchangé depuis, le Brompton ne décolle pas, et Ritchie, qui essaye désespérément de vendre son concept, accumule les refus. Aujourd’hui, des dizaines de lettres d’industriels ayant rejeté le projet sont encore accrochées dans la cage d’escalier du QG de Kew Bridge. Un mur des «non» édifiant, que contemplent chaque jour les employés qui empruntent ces escaliers. Durant les années 1980, l’enseigne ne produit que 300 vélos. Mais, à force de persévérance, Andrew Ritchie finit par faire du bruit et par intéresser les bonnes personnes. Désormais, Brompton est leader sur le marché des bicyclettes pliables, notamment avec le concours de Will Butler-Adams, arrivé dans l’entreprise en 2002, et qui a propulsé une société aux mœurs archaïques dans le XXIe siècle. «Quand j’ai rejoint Brompton, on faisait 5 000 vélos par an, aujourd’hui on en fait 50 000», s’enorgueillit le CEO du haut de son mètre 95. Ce quarantenaire, qui arrive en rendez-vous à bicyclette, vêtu d’un bermuda et d’une chemise casual, n’a pas l’allure du PDG lambda, mais il sait de quoi il parle. Après des études d’ingénierie et une année Erasmus «orgasmique» en Espagne, ce défenseur de l’environnement se met au service du géant de la chimie ICI, au grand dam de ses amis hippies. Une belle carrière se profile alors pour celui qui est persuadé d’être plus utile à l’intérieur du système qu’à l’extérieur en brandissant une pancarte. Mais très vite, écrasé par le poids de la finance dans son travail quotidien, il comprend qu’il a tout intérêt à œuvrer dans une société à taille humaine. Une rencontre fortuite dans un bus le mène sur la route des vélos Brompton. Patron de la société depuis 2008, il connaît son sujet sur le bout des doigts et défend le cyclisme urbain bec et ongles au point d’aller en découdre dans les hautes sphères: «Le problème avec le vélo en ville, ce sont les infrastructures encore trop peu développées. C’est notre boulot d’aider les gouvernements à y voir plus clair et de les pousser à investir dans ce sens.»

ENGOUEMENT INTERNATIONAL Un lobbyisme assumé qu’il pratique non seulement à Londres mais aussi à l’international puisque qu’il réalise 80 % de son chiffre d’affaires à l’export. «À Singapour, nos distributeurs ont appuyé une loi visant à autoriser les vélos pliants dans les trains, ce qui était auparavant interdit.» Petit à petit, le Brompton s’inscrit dans le paysage citadin partout dans le monde. En Asie, où le vélo est encore considéré comme un loisir élitiste, le Brompton est un objet de luxe qui entend bien se démocratiser. Aux États-Unis, où le pick-up est roi, le challenge est de taille, mais le vent semble en train de tourner, notamment du côté de New York, Austin (Texas) ou Portland (Oregon). Le marché européen, quant à lui, arrive tout juste à maturité et de nombreuses villes prennent désormais conscience de l’importance du vélo dans l’industrie des transports urbains. Et ce n’est pas la concurrence des «Boris Bikes» londoniens et autres Vélib’ qui effraie Butler-Adams, bien au contraire: «Les city bikes sont un catalyseur. Ils font progresser le cyclisme dans les villes. Ils ont permis à des gens qui avaient arrêté le vélo à l’adolescence de s’y remettre. Mais après quelques mois sur un Boris Bike, ils ont envie d’un truc plus costaud, alors ils viennent chez nous.» Et pour ceux qui ne peuvent s’offrir un Brompton, l’enseigne possède depuis 2011 son propre parc de vélos en libre-service, les «Brompton Bike Hire». Imaginez la surface d’une place de parking sur laquelle sont stockés 40 vélos mis à la disposition du public pour la somme de 2,5 livres par jour, et ce dans une vingtaine de villes à travers le Royaume-Uni. Rien d’étonnant alors à ce que le Brompton soit devenu l’outil fétiche des bobos britanniques, et pas que. À Londres, on en dénombre entre 70 000 et 80 000. «Ce sont 80 000 personnes qui ne rouleront pas en voiture», déclare le CEO. La capitale fait figure de bonne élève pour la marque, à l’instar de Barcelone ou de Bruxelles. Avec moins de 500 Brompton en circulation en Suisse, force est de constater que le Brompton peine à percer en Helvétie. «La Suisse a une formidable culture cycliste, mais pas nécessairement urbaine, il faut encore briser le stéréotype du cuissard en lycra et des jambes rasées», tacle Butler-Adams. En attendant de convaincre les Suisses, la marque poursuit son développement sans faiblir. L’étape suivante pour Brompton: «Devenir le prochain Dyson, changer véritablement notre secteur, comme eux l’ont fait avec les aspirateurs. C’est quand même un truc qui aspire la poussière du sol et c’est un business à 1 milliard de livres. On doit avoir le même destin, et pour cela il faut innover, créer de la valeur.» Un pari d’avenir qui devrait prendre les traits d’un vélo pliable et électrique, la nouvelle arme secrète de la marque.

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LIVING

L’assemblage à la chaîne est réalisé avec la plus grande minutie.

Les artisans utilisent la technique du brasage (assemblage de pièces métalliques à l’aide d’un métal d’apport, à l’état liquide) pour souder les différentes pièces. Ici, Yonus Sami à l’œuvre sur le pédalier.

PHOTOS: ANNA BATCHELOR

Will Butler-Adams, CEO de Brompton depuis 2008.

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TIME PIECES

Au moment même où l’on pense que tout a déjà été inventé et créé, vu et revu, l’horlogerie de luxe vient prouver le contraire. Ceci n’est pas une sélection de montres. Mais une collection de coups de foudre. Illustrations LOUISA GAGLIARDI Réalisation LENA STÄHELI

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TIME PIECES

«PATRAVI TravelTec II» Combinaison unique de lecture de trois fuseaux horaires dans un chronographe. Acier inoxydable, couronne vissée, verre saphir antireflet sur les deux faces, étanche jusqu’à 100 m (10 atm), diamètre 47,4 mm, épaisseur 15,9 mm CARL F. BUCHERER —  191  —


TIME PIECES

«La MasterGraff Structural Tourbillon Skeleton» Animée par le mouvement Calibre 6, un nouveau mouvement squelette tourbillon exclusif à remontage manuel GRAFF —  192  —


TIME PIECES

«Rotonde de Cartier chronographe» Or blanc, cadran bleu, diamètre 40 mm. Mouvement automatique 1904 CH MC – édition limitée à 300 pièces CARTIER —  193  —


TIME PIECES

«Radiomir 8 Days Acciaio»Étanche (jusqu’à 100 m) et mouvement mécanique à remontage manuel, calibre Panerai P.5000. Diamètre 45 mm, acier poli AISI 316L. Réserve de marche: 192h PANERAI —  194  —


TIME PIECES

«Pilot Type 20 Skeleton» Inspirée des légendaires montres Zenith Aviation. Diamètre 47 mm, épaisseur 10 mm et réserve de marche de 48h, étanche jusqu’à 30 m ZENITH —  195  —


TIME PIECES

«Seamaster Diver»Du cadran en titane sablé grade 5 se détachent des index appliqués blancs revêtus de Super-LumiNova émettant une lueur bleue. Sur la périphérie se trouve une piste des secondes du chronographe argentée entourant une minuterie en titane mat. Diamètre de 44 mm OMEGA —  196  —


TIME PIECES

«Oyster Perpetual» Nouveau cadran exclusif pour les tailles 31 mm et 36 mm à 31 rubis. Verre saphir anti-rayure, étanche jusqu’à une profondeur de 100 m, réserve de marche d’environ 48 heures ROLEX —  — 197 — 197  —


TIME PIECES

«Montre Black Tie» d’inspiration vintage 40 x 45 mm, or blanc 18 ct. Cadran en onyx noir. Mouvement mécanique à remontage automatique, bracelet en cuir d’alligator noir, PIAGET —  198  —


TIME PIECES

CARL F. BUCHERER CHF 11 950

GRAFF prix sur demande

PANERAI CHF 6 000

OMEGA CHF 6 900

CARTIER CHF 23 600

ZENITH CHF 200 000

ROLEX CHF 5 100 —  199  —

PIAGET CHF 32 400


DRIVE

TEST SUR ROUTE: SAINT-GALL – DISENTIS – COL DU LUKMANIER – ASCONA – STRESA – ALEXANDRIE - GÊNES – TRAVERSÉE – PALERME – SS 121 –

BATAILLE DE TITANS Texte et photos FRED HUBER

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DRIVE

ENNA – PIAZZA ARMERINA – SYRACUSE – MESSINE – SS 18 – GIOIA TÁURO – SS 111 – LOCRI – PUNTA STILO – SS 106 – CATANZARO – SS 19 – COSENZA

A gauche: La nouvelle BMW S1000 XR. A droite, la routière sportive Multistrada 1200 S de Ducati. La seconde tenait jusqu’ici le haut du pavé et vient de passer, encore, la vitesse supérieure. La première a posé une roue sur ce territoire bien gardé. Nous avons envoyé ces deux nouvelles motos taillées déchaîner tous leurs chevaux sur la traversée de la Sicile avant de remonter l’Italie. Un test d’effort de 3 410 kilomètres.

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DRIVE

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1 N S S 50 – TER ENT – SS 17 – ISE R IA - S S 650 – PESCAR A 18 – SALERNE – B É N É V AM – VA STO – SCER NE – O

BMW S 1000 XR Type: Moteur quatre temps quatre cylindres en ligne Cylindrée: 999 cm 3 Puissance nominale: 118,0 kW (160 ch) à 11 000/min

Couple max.: 112 Nm à 9 250/min Freins avant/arrière: Ø 320/265 mm Systèmes d’assistance: ABS, contrôle de trajectoire Roues: 3.50 x 17; 6.00 x 17 Pneus: 120/70 ZR 17; 190/55 ZR 17

Mais qu’est-ce qu’il y a avec les vitesses? Pourquoi je n’arrive pas à passer la sixième sur la BMW S 1000 XR que je viens juste de prendre en main? Un coup d’œil sur le cockpit me fait comprendre ce qui cloche. Je suis déjà en sixième. Oui, mais la BMW à 80 à l’heure donne l’impression de tourner à un régime inhabituellement haut, surtout après avoir parcouru les 150 derniers kilomètres sur la Ducati Multistrada 1200 S. Elle, à cette vitesse et en sixième, elle ronronne tranquillement. Et voilà qui nous mène tout droit à la différence essentielle entre ces deux motos sinon tellement semblables: leurs moteurs. Ce sont des moteurs puissants utilisés au départ sur des machines de Supersport. Dans les deux cas, la force du moteur high-tech a été réduite à 160 ch pour une utilisation plus adaptée au quotidien sur la route. Sur la Ducati tout comme sur la BMW, il suffit d’appuyer sur un bouton pour commander électroniquement les cartographies et régler la distribution de la puissance afin de l’adapter aux circonstances extérieures ou au goût du conducteur, avec pour chacune quatre modes de conduite programmés. Ceux-ci ne font pas seulement varier la fougue du déploiement de puissance mais également l’ABS, le contrôle de trajectoire et le châssis. À part ça, les deux moteurs n’ont rien à voir. Ce qui les différencie le plus, c’est le nombre de cylindres: deux ou quatre, d’un côté la configuration Ducati classique en L à 90°, et de l’autre quatre en ligne – poltergeist ronflant contre machine à coudre surexcitée.

Empattement: 1548 mm Hauteur de la selle: 840 mm Poids en ordre de marche: 228 kg Capacité du réservoir: 20,0 litres Consommation: 5,8 l /100 km Prix de base: dès CHF 15 950

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Prix moto de test avec tous les extras y compris 2 valises chacune (non compris systeme de navigation): CHF 19 520

ÉTONNANTES VIBRATIONS DU GUIDON Nous faisons une pause café au bout d’une heure. Je descends de la BMW, et ça bourdonne encore dans mes mains pendant quelques minutes. Avec la BMW, en vitesse de croisière sur autoroute, il y a donc de fines vibrations dans les poignées. Le problème n’est de toute évidence pas inconnu des ingénieurs BMW. En attendant, une inspection plus poussée nous fait découvrir un amortisseur en caoutchouc entre le guidon et la tête de fourche qui devrait absorber lesdites vibrations. Que celles-ci se manifestent justement sur une quatre cylindres est étonnant. Ces moteurs sont supposés être vraiment bien équilibrés, surtout comparés aux deux cylindres. Il y a aussi des vibrations sur la Ducati évidemment, mais leur fréquence est notablement plus faible et se limitent pour l’essentiel aux repose-pieds. Une autre transmission pour la boîte à six rapports avec une sorte d’overdrive pour avaler les kilomètres monotones d’autoroute ne fera éventuellement que renforcer le problème du quatre cylindres. Du point de vue position assise, les longs trajets sur autoroute en BMW ne sont pas un souci, et la bulle réglable facilement d’un seul coup offre assez de protection. L’assise et la protection au vent de la Ducati se classent également dans la catégorie «bon à très bon». Quoique la prise pour le réglage de la bulle soit plus facile que sur la BMW. Les deux engins disposent en outre d’un stabilisateur de vitesse et de poignées chauffantes. Ces dernières vont se révéler être un plus extrêmement appréciable une semaine plus tard, tandis que nous franchissons le col de la Flüela en direction du nord, par 3 degrés Celsius.

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DUCATI MULTISTRADA 1200 S Bauart: Moteur quatre temps bicylindre en V à 90 degrés, Cylindrée: 1198 cm 3 Puissance nominale: 117,7 kW (160 ch) à 9 500/min

Couple max.: 136 Nm à 7 500/min Freins avant/arrière: Ø 320/265 mm Systèmes d’assistance: ABS, contrôle de traction Roues: 3.50 × 17; 6.00 × 17 Pneus: 120/70 ZR 17; 190/55 ZR 17

SOUPLESSE DU MOTEUR Une fois quittée l’autoroute après Coire en direction du col du Lukmanier, la machine sport et route de BMW est dans son élément. La Ducati au couple dantesque de 136 Nm maximum dès 7 500 tours offre une accélération musclée à bas régimes, et ça je l’avais déjà vécu avec le modèle précédent, et la puissance de la nouvelle Multistrada se déploie de manière encore plus fluide grâce à la temporisation variable des soupapes installée pour la première fois sur une moto. De son côté, la souplesse du moteur de la XR, qui sur papier affiche seulement 112 Nm à 9 250 tours, est bluffante et finit par me convaincre. Mais comme la BMW ne manque aucunement de puissance dès 3 500 tours et comme elle n’entre dans le rouge qu’à partir de 11 000 tours, passer les vitesses en montagne dégénère en exercice sportif. Nous n’avons finalement pu passer le col du Lukmanier sans problème qu’en troisième. Oui, mais changer de vitesse sur le modèle de test équipé du «Shifter Pro», c’est trop jouissif. Cet élément dispense d’utiliser l’embrayage en conduite sportive. Ce dont on ne dispose pas sur la Ducati, même en payant un supplément. La Multistrada dans sa version 2015 complètement remaniée n’offre que des phares LED et un éclairage en virage. Quant à la BMW, un supplément de CHF 310 vous donne un feu diurne LED vertical. Pour tout dire, les deux motos de test équipées au top ne manquent ni l’une ni l’autre d’attirail high-tech. Elles ont chacune un châssis semi-actif tout ce qu’il y a de plus moderne, le contrôle de la trajectoire et du wheeling et un système ABS de virage très sophistiqué censé éviter le blocage des roues bien sûr, mais aussi de se cabrer dangereusement en cas de freinage sur l’angle. Nous n’avons jamais eu besoin de tester ce dernier, heureusement.

Empattement: 1529 mm Hauteur de la selle: 825–845 mm Poids en ordre de marche: 232 kg Capacité du réservoir: 20,0 litres Consommation: 5,6 l /100 km Prix de base: dès CHF 20 190

Prix moto de test avec tous les extras y compris 2 valises chacune: 21 640 francs

PLEIN GAZ SUR L’AUTOROUTE VERS GÊNES Toutes ces aides électroniques peuvent s’harmoniser individuellement ou au moyen de modes de conduite programmés. Les routes d’Italie nous ont vus passer généralement dans le mode bien équilibré dit «Touring», et nommé «Road» chez BMW. Mais de temps en temps, sur une bonne route de montagne, le mode sportif «Sport», «Dynamic Pro» (BMW) s’impose. De même que sur le dernier tronçon d’autoroute, le premier jour du voyage, entre Alexandrie et Gènes. Et c’est seulement à partir de là que les vibrations de la BMW cessent de me gêner. Au contraire même, puisqu’elles soulignent de manière impressionnante les racines sportives de cette moto spectaculaire. Deux jours plus tard, en partant de Palerme, nous traversons la Sicile sur une vieille route de transit complètement défoncée. Nous croisons régulièrement des panneaux annonçant des travaux avant de tomber sur des portions de route enfouies ou affaissées, mais très rarement sur des machines de chantier. L’état de ces routes secondaires, à l’écart des grands axes de circulation, est choquant. Le manque d’argent fera qu’elles seront tôt ou tard complètement délaissées et qu’elles retourneront à la nature. Mais le département marketing de BMW parle bien des nouvelles S1000 XR en termes de motos «Adventure Sports», non? Pour tout dire, notre trajet de Palerme à Syracuse via Enna ne manque pas d’aventure. Bien sûr, on aimerait bien de temps en temps avoir une suspension un peu plus souple, un peu comme sur les grosses enduros de route. Mais l’un dans l’autre, nos deux sportives polyvalentes témoignent d’une maîtrise ébouriffante des routes même les plus agrestes, et les diverses aides électroniques n’y sont pas pour rien.

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De la chaleur méditerranéenne au froid alpin - Un vrai road-trip!

Cette rude virée à travers la Sicile révèle cependant les limites des deux motos. La bécane Adventure Sport de BMW tout comme la Multistrada de Ducati exigent des surfaces fermes. Accidents de terrain, rainurage, différences d’asphalte ou autres rafistolages sur la chaussée, les deux s’en accommodent et tiennent bien la trajectoire, et on peut dire que la Ducati encaisse même tout cela un peu mieux. La BMW avec sa suspension à débattement plus court perd plus rapidement son flegme. La partie cycle réagit aussi plus nerveusement pour aller avec le bruit plus aigu du moteur. Tandis que la BMW paraît en plein dans son élément sur les routes des cols bien entretenues, la Ducati semble particulièrement à l’aise dans les collines au sud de Bologne, ce qui n’a rien de surprenant puisqu’après tout, nous sommes là pour ainsi dire dans le pré carré des ateliers Ducati de Borgo Panigale, et les collines font partie du terrain de tests des ingénieurs italiens. Dans ce décor ondulant, la Multistrada garde beaucoup plus facilement son calme que la BMW, même en mode Sport. De par son caractère, la Ducati donne une impression générale de plus grande nonchalance, évidente surtout aux arrêts des feux rouges de chantiers qui sont bien connus pour donner aux motards l’occasion de se placer en pole position devant la colonne de voitures avant d’arrêter le moteur. Dès que ça redémarre, avec la BMW on appuie sur un bouton et hop, ça repart, tandis qu’il faut plus de temps pour se lancer aux deux cylindres de la Ducati. Qu’elles semblent longues ces secondes avec tous ces conducteurs énervés qui piaffent derrière vous… BMW À L’ASSAUT CÔTÉ PRIX Reste la question du prix. Les deux départements marketing adoptent des stratégies radicalement différentes. Ducati sort la Multistrada en deux versions: le modèle standard à CHF 17 990 à CHF 20 190. Ce dernier dispose de tous les gadgets électroniques cités. Avant un grand voyage, il ne manque plus qu’une béquille centrale, des poignées chauffantes et deux valises, que l’on peut se procurer dans un pack Touring pour CHF 1 450. Le prix de cette moto de test complètement équipée s’élève ainsi

à CHF 21 640. Pour la BMW, vous avez la version de base S 1000 XR ABS dès CHF 15 950. Mais pour soutenir la comparaison avec la Ducati S côté électronique, il lui faut le pack Dynamic (CHF 1 070) et le pack Touring (CHF 1 330) et par dessus le marché les protège-mains (CHF 100) et le feu diurne (CHF 310). Et comme des supports valises, inclus dans le pack Touring, sans valises ne servent pas à grand chose, on a ajouté à la facture, en toute équité, une paire de valises à CHF 760. On arrive donc au prix final de CHF 19 520 pour une BMW à équipement comparable, ce qui est toujours CHF 2 000 de moins que pour la Ducati. EMBARRAS DU CHOIX Bien entendu, pendant le voyage, d’autres motards nous ont à plusieurs reprises demandé laquelle des deux est la meilleure moto. Impossible à dire, ou plutôt pendant l’essai, nous avons constamment changé d’avis. Dans les collines de Bologne, c’était la Ducati. Dans les amples virages sur la route SS 650 à travers les Abruzzes, la BMW. Et puis me revient à l’esprit mon sourire béat au moment où je franchis le col de la Bernina sur la Ducati au son du profond broum-broum. Et en même temps, l’écho du feulement perçant du moteur de course de la BMW dans les forêts de Calabre est inoubliable. Pour finir, le choix est entre deux ou quatre cylindres – grondement ou feulement. Et cette décision, je ne peux l’enlever à personne. Cela dit, BMW avec sa nouvelle S 1000 XR commercialise la seule véritable concurrente à la polyvalente Multistrada longtemps reine incontestée. Et tous ceux qui aiment faire de grands voyages avec un côté sportif ont aujourd’hui l’embarras du choix entre deux motos de très grande classe à la pointe de la technologie, capables de susciter un maximum de plaisir sur tous types de routes.

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DRIVE

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La comparaison entre la BMW et la Ducati se révèle serrée.

VISITE DES ATELIERS ET DU MUSÉE DUCATI En semaine, Ducati propose des visites guidées de ses ateliers de Borgo Panigale, dans la banlieue de Bologne. Cela comprend aussi la visite du musée de l’entreprise où l’on peut admirer tous les modèles importants de sa longue histoire. L’entreprise a été fondée en 1926 par Antonio Ducati. Elle fabrique à ses débuts des pièces pour radios. Après la Seconde Guerre mondiale y fut ajoutée la production de moteurs auxiliaires de vélomoteur (Cucciolo), base de la future production de motos. La première vraie moto Ducati a été la Gran Sport présentée en 1955, équipée d’un moteur quatre temps avec mono-came et couple conique. Dès les années 1950, Ducati introduit un nouveau mode mécanique de commande des soupapes appelé Desmodromique dans ses motos de course souvent victorieuses. Cette technologie alors révolutionnaire a été utilisée en 1969 pour la première fois sur une moto de série, la Mark 3 D. La disposition encore typique pour Ducati des deux cylindres en V à 90 degrés a fêté sa première en 1970 avec la 750 GT et son moteur «L Twin».

La visite de l’atelier donne une idée de la façon dont les moteurs Ducati sont assemblés à la main et soumis à différents tests. Le nombre exact de pièces pour le moteur arrive sur un chariot jusqu’à la chaîne de production. Toutes les autres pièces sont livrées à l’atelier prêtes à l’emploi et y sont montées sur les motos Ducati. La production varie selon la saison entre 160 et 300 motos maximum par jour. En avril 2012, Audi a repris 100% des parts de la Ducati Motor Holding S.p.A., si bien que le fabricant italien de motos fait aujourd’hui partie du groupe allemand Volkswagen.

PARCOURS DU TEST 3410 km Distance

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BON PLAN: SUR LES COLLINES PRÈS DE BOLOGNE: DINNER & BED À L’AMERIGO 1934 Le petit village de Savigno est niché dans les collines au sud de Bologne. Dans la rue principale, donnant sur la très jolie piazza se trouve la trattoria-osteria Amerigo 1934 tenue depuis trois générations par la famille d’Alberto Bettini. Sa cuisine repose uniquement sur les produits régionaux. Les plats sont simples mais savoureux, et le menu dégustation de saison lors de la nuit passée là constitue une véritable expérience. Juste à côté de la trattoria, une petite boutique propose un large choix de sauces pour pâtes faites maison. À l’autre bout de la place du village, Alberto a fait rénover l’une des plus anciennes maisons de pierre de Savigno et l’a transformée en une petite auberge proposant cinq chambres décorées avec beaucoup de goût. Une délicieuse et très relaxante expérience Dinner&Bed qu’il aurait été dommage de rater.

Pleins

62,5 km/h Vitesse moyenne

54 h 34 min Temps passé en selle

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www.amerigo1934.it


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GROOMING

LE MYTHE DU BEAU SAUVAGE

La maison Dior cherchait une figure masculine pour incarner son nouveau parfum baptisé «Sauvage». Elle imagine alors un homme pur qui vit au contact de la nature et en harmonie avec ses rêves. Un noble et bon sauvage incarné par Johnny Depp.

PHOTO: DR

Par VALESKA JANSEN

Il joue le rôle de sa vie. Le script du film semble être tiré de Sur la route, le roman de Jack Kerouac qui lui tient lieu de bible tout à fait personnelle. Le beatnik (de Beat Generation, mouvement littéraire des années 1950 dans l’Amérique d’après la Seconde Guerre mondiale) qui vit en Johnny Depp lui permet d’incarner à la perfection ce type d’individu créatif, spontané et non conformiste qui ne renie pas non plus son côté brouillon. Il faut savoir qu’après la séparation de ses parents qui l’a beaucoup affecté, Dan, son frère aîné, à Johnny Sur la route, manifeste beatnik écrit par Kerouac. L’histoire d’un homme à la recherche du vrai, de sa réalisation. Comme dans le livre, Depp le guitariste termine, dans le film, son passage sur la scène d’un bar plongé dans d’épais nuages de fumée, et part dans le désert au volant de sa vieille Dodge. Il s’arrête au bout d’un moment, descend de voiture, et se met à creuser un trou dans le sable avec une pelle. Il se défait de diverses chaînes et bagues et enterre le tout dans ce coin de nulle part.

toujours rêvé d’une carrière de guitariste. À la question de savoir pourquoi il a poursuivi une carrière d’acteur au lieu de celle de musicien que lui pose Glenn O’Brian dans l’interview exclusive tournée pour Dior, Depp répond: «Pur hasard, ça s’est fait comme ça, je n’avais plus le choix. Il faut bien payer le loyer d’une manière ou d’une autre. C’est vrai que je faisais partie de ces musiciens idéalistes et qui en veulent, mais c’était comme ce qu’on raconte souvent, le cliché: on débarque à Hollywood et on veut tout de suite signer un contrat de disques. C’est comme ça que je suis arrivé du sud de la Floride à LA avec mon groupe, et on a tout de suite compris qu’on s’était complètement trompés d’endroit. Ça grouillait de groupes à cheveux longs, c’était ce qui marchait à fond. On n’en n’était pas là. Et puis notre musique, un genre de pop-punk dirons-nous, n’intéressait pas les labels de disques. Ils voulaient tous des groupes comme Mötley Crüe (groupe heavy metal de LA).»

WHERE TO GO? La symbolique du film raconté ci-dessus pourrait se référer trait pour trait à divers moments de la vie de Depp – une vie errante, le conduisant régulièrement dans les paradis artificiels et souvent au bord du gouffre. Quand, dans le clip, le ciel se colore de rouge incandescent, une larme coule sur la joue du pirate. «Where to go? I don’t know», se demande-t-il à voix haute. Le signal pour sa mutation, pour le sentiment d’avoir déposé tous les vieux fardeaux et de faire voile à présent vers des rivages inconnus. Ce script, le photographe et réalisateur français JeanBaptiste Mondino l’a taillé pour l’acteur au couteau sur la peau du ventre. La musique du film aussi a dû déclencher en Depp une impression de déjà vu. Celui qui l’interprète sur sa guitare slide n’est autre que l’immense Ry Cooder (il a entre autres joué pour les Rolling Stones). Depp aussi a

UNE AUTRE IMAGE Que Depp prête son image pour «Sauvage», le tout nouveau parfum pour hommes de Dior, semble aussi être dû au hasard. Ce choix n’est pas forcément représentatif de la maison parisienne. Pas plus que de l’air du temps qui souffle sur le secteur des fragrances. Depp n’est en effet ni jeune (il a tout de même 52 ans cette année) comme les égéries des autres campagnes, il n’arbore pas des abdos d’acier comme ceux sur lesquels misent la plupart des parfumeurs. Il n’y a que «Sauvage», le nom du nouveau parfum, qui lui aille bien. A la question de savoir pourquoi il fait ses débuts pour une campagne publicitaire précisément avec Dior, il répond: «Je ne sais en fait rien sur la mode, sauf peut-être un feeling pour l’effet que quelque chose peut avoir, si c’est esthétique ou pas. Et pour un parfum, qui

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GROOMING

«GLENN O’BRIAN A DIT UN JOUR DE MOI, DANS UN DE SES ARTICLES SUR MES DIVERS RÔLES DE MARGINAUX: ‹JOHNNY EST QUELQU’UN D’UNE TRÈS GRANDE AUTHENTICITÉ.› ET C’EST VRAIMENT ÇA!»

PERFECT MATCH Le nom «Sauvage» lui colle effectivement à la peau. Depp vit sa vie, excentrique et jamais en ligne droite. Comme dans la vidéo de Dior, l’acteur a pour réputation de chercher à donner un sens très personnel à sa vie. Il se décrit lui-même comme un pur: «Glenn O’Brian a dit un jour de moi, dans un de ses articles sur mes divers rôles de marginaux: “C’est quelqu’un d’une très grande authenticité.” Et c’est vraiment ça!» Dans l’interview qu’il livre à O’Brian, Depp considère d’ailleurs l’expression «noble sauvage» (que l’on doit au poète anglais Dryden), comme un reflet parfait de ce qu’il est: «C’est ça! Je suis un noble sauvage!» NOUVELLE PISTE OLFACTIVE Cela fait plus de 10 ans que François Demachy, membre de l’aristocratie des parfumeurs et de la maison Dior, cherchait quel chapitre ajouter à l’histoire des senteurs masculines de la marque. Il a parcouru le monde en quête d’inspiration pour l’idée qu’il se faisait d’une senteur sauvage, brute et masculine. Une fois trouvée, la solution a été immédiatement brevetée par Dior. Demachy a développé sa propre molécule, Ambroxan, autour de laquelle allait venir s’articuler le nouveau «Sauvage». Une essence rappelant l’une des matières premières de la parfumerie les plus rares et les

plus exclusives au monde, l’ambre. L’odeur de l’ambre est décrite comme boisée, sèche, balsamique, ressemblant légèrement au tabac et aphrodisiaque. Il compte parmi les composants les plus importants des notes de fond des parfums. Dans sa nouvelle interprétation de l’ambre, Demachy a introduit des nuances douces, fumées et sèches. En note de tête, on retrouve la bergamote sicilienne, alors que la note de cœur provient de fleurs de lavande. SOIF DE VIVRE ET BAR ENFUMÉ Tous les éléments servant au lancement de ce nouveau parfum s’imbriquent comme ceux d’un puzzle: Johnny Depp, l’homme atypique et sa nuance très féminine, (incarné par les fleurs de lavande), sa vie mouvementée (symbolisée par Ambroxan) et son indomptable soif de vivre (représentée par la fraîcheur de la bergamote). Et le film publicitaire qui va avec, tourné entre un bar enfumé et l’aridité du désert. Une métamorphose pour la maison Dior que de présenter, via un acteur fort comme Johnny Depp, le tragique de la vie. Where to go? Dior knows. C’est un nouveau groupe cible que «Sauvage» est censé atteindre. L’homme, le vrai, l’unique, avec tous ses défauts et ses faiblesses, celui qui se cache sous des dehors sauvages. La conception du flacon ouvre aussi de nouvelles voies pour Dior. Le flacon «Sauvage» pourrait se ranger sans se faire remarquer dans la ligne exclusive des parfums Collection Privée. Faut-il y voir encore un symbole du côté féminin du nouveau parfum? Le plus masculin que Dior ait jamais sorti, dit-on pourtant dans la maison. Et le mariage le plus excitant avec l’artiste qui incarne, peut-être, l’un des derniers nobles sauvages. Le parfum est disponible à partir du 31 Août 2015 dans toutes les parfumeries.

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PHOTO: DR

est quelque chose de très personnel, Dior a créé quelque chose de vraiment spécial, d’unique. L’élégance Dior. La profondeur essentielle Dior. Une sorte de sauvagerie, très subtile. Le nom «Sauvage» me parle beaucoup. Il donne à penser. Je veux dire qu’on pense tout de suite à l’humain et aussi à l’humanité. Pour moi, ça représente l’idée de quelqu’un qui ne fait aucun compromis dans sa vie.»


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COMME UN ROC Ces produits de rasage, de soin ou ces parfums font voler en éclats les performances connues. Mais leur plus grand exploit est encore de se rendre indispensables à l’homme contemporain. Photographie MARC BEAUSSART

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Kiehl’s «Close Shavers Squadron» 150ml CHF 26 Armani Code «Shaving Cream» 150ml CHF 40 M.A.C «BB Beauty Balm» 40ml CHF 42

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Aesop «Marrocan Neroli Shaving Serum» 60ml CHF 41 Biotherm Homme «Total Recharge» 50ml CHF 66 Aesop «Purifying Facial Cream Cleanser» 100ml CHF 41 —  212  —


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Acqua di Parma «Colonia Essenza» 60ml CHF 100 Dior Homme «Shower Gel» 200ml CHF 50 Carolina Herrera «Men» 100ml CHF 70 —  213  —


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Leigh Lezark

Sandra Bauknecht, rédactrice en chef de L’OFFICIEL Suisse, et Tom Ford —  214  —

Lily Allen et André Balazs

Tom Ford et Alexa Chung


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FORD EXTRÊME PHOTOS: SANDRA BAUKNECHT; DAVID M BENNET– GETTY IMAGES; DR

Par SANDRA BAUKNECHT

Londres. La saison des défilés masculins touchait à sa fin lorsque j’ai eu droit à un show pas comme les autres. Devant l’auditoire, le maître de cérémonie, Tom Ford en personne, dévoile sa collection masculine automne 2015 à Howick Place. Sur scène, il se donne à fond, expliquant au micro ses nouveaux looks mis en valeur par des groupes de jeunes et beaux mannequins. En ajoutant des sneakers aux tenues chic et sérieuses, Ford crée un mix intéressant de vêtements de sport et de costumes. Mix auquel font écho le pied-de-poule allié au cuir, et les duffle-coats mêlés aux motifs psychédéliques rappelant les années 1960. Des associations qui donnent du cachet à cette collection. Avec goût et grande classe, ce gentleman sait prendre la pose. Ses modèles plaisent autant aux hommes qu’aux femmes. Et ses manières semblent si british que le Texan en lui fait rarement son apparition. Lorsqu’il a fait son entrée pour lancer le défilé, il m’a repérée dans l’un de ses looks clés de la saison. Avant de saluer l’auditoire, il lance avec un grand sourire: «Jolie, la robe!». Beau gosse. Et spirituel. Au cours de la soirée, dans le cadre branché et exclusif du «Chiltern Firehouse», Tom Ford a ensuite fêté le lancement de «Noir Extreme», son tout dernier parfum pour hommes, que les très élégants Lily Allen, Alexa Chung, David Gandy et bien d’autres encore sont venus découvrir. Avec «Noir Extreme», Tom Ford tente de capturer le moment où l’homme

atteint de nouveaux sommets extrêmes: sa sophistication devient irrésistible et attire tout ce qui est autour de lui. Connu pour l’opulence de ses ingrédients légèrement décadents, ce parfum oriental profond et boisé offre une base d’accords richement ambrés d’où montent les notes d’agrumes de l’essence de mandarine et de néroli, rehaussées par les senteurs épicées de la cardamome et de la muscade. En son cœur règne le captivant Indian Kulfi – un accord inspiré de l’ancienne concoction royale préparée pour les empereurs moghols du XVIe siècle. Ce met lacté, traditionnellement préparé avec de la neige de l’Himalaya et un soupçon de pistache, se dégage soudain, accompagné des notes florales de l’absolue de rose, du jasmin et des fleurs d’oranger. Ce sont l’élégance du santal et une touche de vanille fondante attisant mystérieusement le feu masculin qui viennent clore la nouvelle fragrance signée Tom Ford. Jouant plusieurs rôles et s’acquittant de tous à la perfection, créateur de mode, réalisateur de cinéma ou maître de son propre empire de parfums, Ford semble lui-même l’incarnation du «Noir Man» version extrême, aspirant à son rêve certes américain mais avant tout singulier.

Disponible en Suisse chez tous les dépositaires Tom Ford.

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TRAVEL

Les salles de bain en marbre offrent des vues imprenables sur le panorama londonien. —  216  —

PHOTOS: DR; SHANGRI-LA

Le Shangri-La au Shard est le premier hôtel en altitude de la ville et également le plus haut d’Europe occidentale.


A ROOM WITH A VIEW

Lové dans le Shard, la célèbre flèche de verre londonienne de 73 étages, le Shangri-La Hotel culmine en tête des records et déploie un panorama à couper le souffle. À ses pieds, le Borough Market, le plus ancien et le plus iconique des marchés londoniens. Par PATRICK HEVEN

Pour le Shard, le gratte-ciel le plus spectaculaire de Londres, tout a commencé au dos d’un menu. C’était en l’an 2000. C’est sur ce support modeste que l’architecte italien Renzo Piano esquisse ce qui va devenir l’un des monuments les plus débattus d’Europe. Le projet fut validé en 2003, non sans avoir soulevé de nombreuses objections d’instances locales de protection du patrimoine, balayées par le vicepremier ministre de l’époque. Pour son esquisse, Piano s’était inspiré des flèches des églises et des mâts des navires autrefois ancrés sur la Tamise. Telle une sculpture de verre, cette «ville verticale» s’élève à plus de 300 mètres au-dessus du quartier de London Bridge. Dans le Shard, le Shangri-La Hotel, vitré du sol au plafond, avec son bar à cocktail et son infinity pool qui comptent parmi les plus hauts de Londres, offre des vues imprenables sur le panorama londonien. Premier hôtel en altitude de la ville, il est également le plus haut d’Europe occidentale. Sans être à proprement parler époustouflantes, les chambres sont équipées de lits luxueux habillés de linge de lit Frette, de téléviseurs à écran plat, d’une machine Nespresso et des équipements de base que l’on attend d’un cinq étoiles. Les salles de bain en marbre, fournies en produits de toilettes Acqua Di Parma, bénéficient d’un chauffage au sol, d’un téléviseur intégré dans le miroir et de toilettes Toto. Avec ses meubles de couleur neutre, ses œuvres murales sans prétention et ses moquettes aux motifs opulents, le décor est typique des établissements du groupe Shangri-La basé à Hong Kong: plutôt classique mais fonctionnel et un brin cosmopolite. Mais il y a la vue! Quelle que soit la chambre ou la suite, il suffit de jeter un œil à l’extérieur pour comprendre cette sobriété: l’hôtel offre offre un panorama à couper le souffle sur Londres et ses environs. Dans une «Iconic City View Room», la chambre à réserver sans hésiter, ce panorama époustouflant s’étend du palais de Buckingham (à l’ouest) à l’Observatoire royal de Greenwich (à l’est), avec tout ce qui se trouve entre les deux, y compris l’intégralité du tracé de

la Tamise, la cathédrale St. Paul, le palais de Westminster et d’innombrables ponts. Si certains l’aiment autant que d’autres le détestent, l’hôtel bénéficie d’un avantage qui, lui, ne souffre d’aucune contestation: une situation fantastique. Sis juste derrière l’Hôtel de Ville, le Shangri-La permet de se rendre à pied dans la plupart des hauts lieux d’affaires et, pour ceux qui ne sont pas là pour un motif professionnel, il n’est qu’à quelques encablures du Borough Market, le plus ancien marché de fruits et légumes de la capitale britannique, établi au XIe siècle du temps où le London Bridge attirait les marchands de céréales, légumes et bétail. Plus tard, au XIIIe, ces commerçants furent déplacés sur ce qui est aujourd’hui la Borough High Street, et un marché y tient ses étals depuis. En 1755, il fut fermé par le Parlement, mais un groupe de résidents de Southwark décida de lever les fonds nécessaires pour acquérir un lopin de terre connu sous le nom de Triangle et qui abritait le cimetière de l’église de Saint Margaret: le marché put ainsi rouvrir en 1756. Aujourd’hui, il continue d’approvisionner la communauté locale avec plus de 100 étals. Outre les fruits, légumes et produits de boucherie et de boulangerie d’origine, il propose une palette inégalée de et articles de boucherie britanniques et internationaux. Rapidement accessible du Shard et du Shangri-La, il ne faut pas longtemps pour comprendre ce qui a fait de ce marché le grand rendez-vous des gourmets et des chefs. Ses nombreux marchands partagent le site avec des bars, des petits restaurants et des cafés qui servent des plats et des produits frais, de la manière la plus authentique. Les épicuriens invétérés peuvent même s’inscrire à des visites gastronomiques guidées. Après avoir exploré les délices culinaires de ce lieu bouillonnant et emblématique de Londres, rien de mieux que de revenir au confort de votre chambre pour vous poser pendant que la frénésie de la ville suit son cours, en-dessous. Très loin en dessous. www.shangri-la.com/London —  217  —


TRAVEL

Telle une sculpture de verre, le Shard s'élève à plus de 300 mètres au-dessus du quartier de London Bridge. —  218  —

FOTOS:

Le décor est plutôt classique mais fonctionnel et un brin cosmopolite.


LES INCONTOURNABLES DU BOROUGH MARKET DE LONDRES

TAPAS BRINDISA Dans ce bar très fréquenté, vous pourrez déguster quelques olives Gordal bien juteuses et des amandes Marcona du menu Picoteo, le tout accompagné d’un verre. Ou bien picorer sur une planche de Charcutería régionale, installé sur un siège en vitrine, en observant le marché toujours animé. Tout comme leurs plats de tapas classiques, la Cocina de Mercado s’inspire des produits frais du Borough Market. 18–20 Southwark Street www.brindisatapaskitchens.com

RABOT 1745 Rabot 1745 possède le charme et la douceur rustique d’une bâtisse d’une plantation de SainteLucie qui aurait été transportée au cœur de Londres. Outre un éventail impressionnant de cocktails créatifs au cacao, Rabot 1745 propose une carte de plats contemporains inspirés des meilleures traditions culinaires des Caraïbes, des Antilles ou d’Angleterre, dans lesquels le cacao fraîchement torréfié est utilisé comme épice subtile et savoureuse. 2-4 Bedale Street www.rabot1745.com

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ARABICA BAR & KITCHEN Une exploration épicurienne des arômes envoûtants et de l’hospitalité légendaire des pays inondés de soleil du Levant. Découvrez la cuisine exquise de James Walter à l’une des adresses les plus courues du marché! 3 Rochester Walk www.arabicabarandkitchen.co.uk

BEDALES Avec sa conception très ouverte du vin, Bedales, plutôt que de se concentrer sur les plus célèbres étiquettes, propose des vins du monde entier, du moment que la qualité est au rendez-vous. Le personnel est composé de connaisseurs toujours prêts à conseiller les clients pour leur faire découvrir des vins insolites, accompagnés de délicieux fromages, viandes, pâtés et terrines. 5 Bedale Street www.bedaleswines.com

F!SH KITCHEN Dans son établissement, le restaurateur Tony Allan sert des plats de poisson simples et classiques. Il se fournit auprès de Jarvis of Kingston, établi de longue date, et qui vient tous les matins livrer des poissons et fruits de mer de la plus grande fraîcheur. Cathedral Street www.fishkitchen.co.uk

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AUTOPORTRAIT

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AUTOPORTRAIT

MARCO SARESCIA Carriériste. Professionnel des médias. Lion – et pourtant, ou justement à cause de cela, pas assez solide pour faire le poids face au stress. Quoique suffisamment pour le reconnaître et trouver une issue au burnout. En empruntant de nouvelles voies, avec des prises de conscience très personnelles et en tenant compte de la place de Dieu... Bref, voici notre traditionnelle auto-interview de la saison.

Le Zurichois Marco Sarescia (né en 1974) a commencé sa carrière professionnelle à 21 ans en tant que conseiller financier auprès de AWD (Allgemeiner Wirtschaftsdienst, aujourd’hui SwisslifeSelect) et l’a menée jusqu’au poste de directeur. Après son burnout, il est offert deux ans et demi de repos avant de concevoir et de mettre sur pied le concept TV «Spotlight» début février 2015. À suivre. Marco, merci de prendre du temps pour cette interview. Il n’y a pas de quoi, Marco. Pour tout dire, m’attraper au bon moment pour me poser des questions sur moi-même n’a pas été chose facile. Je me suis réveillé à 3 heures du matin dans mon hamac, je suis maintenant assis sur ma terrasse et j’ai l’impression que c’est le bon moment pour ça. Insomnie? Non, c’est quelque chose que je ne connais que lors de «crises de confiance en moi», et encore. Heureusement, je dors très bien malgré tout un tas de projets. J’ai souvent des moments magiques d’inspiration comme ça, surtout depuis mon burnout d’il y a 3 ans, et j’ai appris à prendre ces sentiments au sérieux, à les assimiler et à m’en servir de manière positive. Un burnout, toi aussi? Bienvenu au club. Oui, je me disais que cela n’arrivait qu’aux autres. J’ai la chance d’avoir de l’énergie à revendre, des pensées positives et de toute manière, je fais toujours tout les doigts dans le nez. Quand beaucoup de choses sont faciles pour toi, qu’en gros cela fait longtemps que ta réussite dépasse la moyenne, que tu es toujours devant les autres, qu’on reconnaît ton influence et que tu as la considération d’autrui, c’est d’autant plus difficile de t’avouer que tout ne va plus comme il le faudrait..

Et c’est à ce moment-là que tu as touché le fond? Quand tu es un créateur, un créatif, et qu’il te faut deux semaines pour faire ce qu’avant tu terminais à la chaîne en une matinée, oui, c’est dur. Mais j’ai lu quelque part que c’est avant le lever du soleil qu’il fait le plus sombre. Pour moi, c’est le plus grand cadeau que Dieu m’ait fait. Je m’étais perdu au milieu du succès. J’avais tourné le dos à beaucoup de valeurs essentielles léguées par mes parents, je n’avais simplement plus conscience de leur existence. Comme si j’étais sur la file de gauche de l’autoroute et que je n’avais plus le temps ou que je ne prenais plus le temps de voir la beauté du paysage ni d’en profiter consciemment. Tu dis que tu es quelqu’un d’essentiellement positif et qui sais saisir ses chances. Cela sent un peu la déprime. Est-ce que je dois m’inquiéter? Non, pas du tout... Je l’ai déjà dit: avec le recul, c’est ce qui pouvait m’arriver de mieux. J’ai toujours eu une très grande capacité d’empathie; travailler avec d’autres pour faire bouger les choses, pour construire m’a toujours fait énormément plaisir. Cette capacité n’en est devenue que plus présente, j’ai pris conscience que je dois vraiment faire confiance à mon intuition, et que je dois prendre la voie qui me paraît correcte. Serais-tu devenu religieux? Religieux n’est pas le mot juste. J’ai grandi dans un foyer chrétien. L’église le dimanche, les groupes de jeunes, les valeurs de la Bible, etc. Tout cela, c’était normal quand j’étais jeune. Quand j’ai commencé mes études de commerce, je me suis plutôt intéressé au sport (j’ai fait du basket niveau NLA), aux filles, à la réussite matérielle et professionnelle. Comme pour beaucoup, Dieu se rappelle à ton bon souvenir quand tu ne vas pas trop bien. J’ai alors fait une rencontre plutôt intense et j’ai consciemment décidé que la relation avec Dieu avait pour moi énormément d’importance,

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AUTOPORTRAIT

«AUJOURD’HUI, JE FAIS BEAUCOUP PLUS RAPIDEMENT ATTENTION À MA VOIX INTÉRIEURE. QUAND JE PASSE UN JOUR OU DEUX À PÉDALER DANS LA SEMOULE, JE REMARQUE QUE QUELQUE CHOSE NE TOURNE PAS ROND ET QUE JE N’AI PAS ÉTÉ À L’ÉCOUTE DE MOI-MÊME. »

m’apportait beaucoup et que j’avais envie de changer les choses dans le monde chaque fois que ce serait possible. Comment ça? Depuis que j’ai terminé ma formation à 19 ans, je suis indépendant. J’ai passé 18 ans dans l’une des plus grandes boîtes financières et j’y ai monté un grand projet avec plus de 100 collaborateurs. Et puis j’ai rempli diverses missions dans le conseil aux entreprises, l’optimisation des opérations commerciales et la formation des cadres. En même temps, j’ai fondé «Salito, the Foodcompany» avec deux amis. Nous avons introduit en Suisse un concept qui a bien marché en Suède: nous livrons toutes les semaines des sacs remplis de produits alimentaires de très grande qualité, nous créons des recettes variées pour les accompagner, y compris la manière détaillée, step by step, de cuisiner pour toute la semaine. Les Suisses n’ont pas les mêmes idées là-dessus que les Suédois; en ce moment, nous sommes en train de voir comment adapter notre concept, et nous faisons des sacs customisés, c’est-à-dire que nous travaillons avec des centres de fitness, des coachs personnels, des food bloggeurs ou des entreprises pour concevoir des food bags et leur contenu. Et puis il y aussi la télé, non? Oui. Avec mon partenaire Oliver Reim, cela fait 4 mois environ que nous produisons notre propre émission, Spotlight, sur TeleZüri. Elle passe tous les samedis soirs à 19h45. C’est un nouveau format super (national et international), où 12 fois par an nous rendons compte d’importants évènements internationaux. On vient juste de rentrer du Festival de Cannes et du Grand Prix de Formule 1 de Monaco. Toutes les deux semaines, nous faisons aussi des reportages sur des sujets comme la gastronomie, beauté/ santé, business/success stories, voyages/évènements, enfants/famille et évidemment la mode. Notre public n’est pas seulement celui de la télé, mais nous l’atteignons aussi sur les médias sociaux et notre site spotlight. vision ou au travers des évènements que nous organisons. Comment t’est venue l’idée de faire de la télé? Il n’y a pas trace de cela dans ta biographie. Oui, c’est drôle. Et non, je n’avais encore rien fait dans ce domaine. Pour tout dire, j’ai bien une télé accrochée au mur chez moi, mais cela fait trois ans qu’elle n’est plus branchée…

Les conditions idéales alors? Blague à part, oui! Je crois que mon «ignorance», une certaine naïveté et ma candeur sont aujourd’hui des atouts dans l’univers de la télévision. Mon réseau, ma créativité et ma capacité à rallier des gens à une idée, couplés à l’innovation, à un soupçon d’insolence, à un talent pour la vente et la communication, et à un très grand sens de la prestation, sont très appréciés. Peux-tu nous donner un exemple? Oui, et vraiment d’actualité. Pendant les vacances, nous avions prévu de mettre la créativité sur pause, comme c’est le cas pour beaucoup d’émissions. Et puis, nous avons changé d’avis et nous avons finalement sorti une série intitulée Spotlight Summer bouclée par une «Spotlight Summer Party» de Zurich pour Zurich. Pendant les cinq semaines d’été, nous allons faire le portrait de dix personnalités qui seront étroitement liées à Zurich. Des hommes et femmes de la région, des créatifs, Zurich behind the scenes. Je suis persuadé, et c’est bien ce que montrent les premières réactions, que c’est un format qui intéresse les téléspectateurs tout autant que les éventuels protagonistes. Pour conclure la série, nous allons organiser une fête dans un lieu typique de de Zurich, notre émission finale. Défilé de mode, groupes de musique, DJ, gastronomie, débats. Avec une couverture médiatique radio et presse écrite. Une dernière chose, pour conclure: quelles leçons as-tu tirées de ce qui t’est arrivé? Oh là là, quelle question pour conclure. Touché en plein cœur! Aujourd’hui, je fais beaucoup plus rapidement attention à ma voix intérieure. Quand je passe un jour ou deux à pédaler dans la semoule, je remarque que quelque chose ne tourne pas rond et que je n’ai pas été à l’écoute de moi-même. Je peux compter sur une session de Hour of Power matinale ou sur mes rencontres avec Dieu pour me remettre d’aplomb. J’essaie de trouver d’où me viennent ces sentiments et puis je me ménage les parenthèses nécessaires. Je veux toujours réussir, mais le plus important, c’est le plaisir que j’y prends. Et plus de réussir à n’importe quel prix, vraiment. Les enfants en sont de superbes exemples. Ils ne se comparent pas et ne se jugent pas jusqu’à un certain âge, mais font ce qui leur fait plaisir et arrêtent quand ils s’ennuient.

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