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N° 39 SEPTEMBRE 2018 CHF 8.50

ALICE DELLAL

LA MODE AUTREMENT

SPÉCIAL RENTRÉE ALICE DELLAL EN CHANEL ET OMEGA. LOFFICIEL.CH

UNE SAISON NOMMÉE DÉSIR


RICHARD MILLE BOUTIQUES SWITZERLAND Rue du Rhône 78 1204 Geneva - Tel.: +41 22 810 85 73 • Quai du Mont Blanc 19 1201 Geneva - Tel.: +41 22 732 20 22 www.richardmille.com


CALIBER RM 63-02 WORLD TIMER


NUMÉRO 05/2018

Editor-in-Chief LIVIA ZAFIRIOU

Publisher MARC HUERLIMANN

Managing Editor MANOU STEIGER manou.steiger@lofficiel.ch

Creative Director CHARLES BLUNIER

Content Editor & Production Coordinator LENA STÄHELI Editorial Assistant LAURA GANSNER Beauty Editor URSULA BORER French Senior Editor STÉPHANE BONVIN German Senior Editor BENJAMIN DUTOIT Die Orthografen GmbH Fashion Editor at Large LORNA MCGEE Contributing Fashion Editor CHRISTOPHER MAUL Travel Editor at Large PATRICK HEVEN

Art Director SILVIO DEMUTH Graphic Design ANNIKA HÄNNI Project Director SIMON TELLENBACH Project Manager LINDA FLURY Prepress ROMANSKY LIMACHER Translation CARMEN BERGER, FRANZISKA DENGLER, EVA HÜBSCHER, VÉNUSIA BERTIN Advertising Sales EVA FAVRE Affinity Primemedia Ltd. e.favre@affinity-primemedia.ch

CONTRIBUTORS Texts ÉUGENIE ADDA, ALI ALT, TATIANA APOSTOL, MARGUERITE BAUX, ­M ATHILDE BERTHIER, ANDREA LUCIA BRUN, ­H ERVÉ DEWINTRE, ­VALÉRIE FROMONT, SABRINA KAISER-­KOSSMAYR, PATRICK MAHÉ, MÉLANIE MENDELEWITSCH, JULIETTE MICHAUD, ALICE PFEIFFER, ANTIGONE SCHILLING, LÉA TRICHTER-­ PARIENTE, REX WEINER Photography JULIA ANDREONE, MARINE BILLET, HUNTER & GATTI, DANNY LOWE, ­S EBASTIAN MADER, PETROS, JULIEN ROUX, JUSTIN WU, KARINE & OLIVER

Styling VANESSA BELLUGEON, VANESSA CHOW, PAUL DESCOINGS Make-up / Hair YIN LEE, FEDERICO GHEZZI, SERGIO CORVACHO, STEPHEN LOW, MICHELE ANDERHUB ERIN GREEN, STEPHAN DELAHAYE, NORMAN POHL Illustration ANNA HAAS, LAURE WAUTERS Abonnement-Service abo@lofficiel.ch – lofficiel.ch/subscriptions Tél. 041 329 23 40 – Fax 041 329 22 04 Abonnement annuel (10 numéros) CHF 75.


ADVERTISING Directrice Commerciale ANNE-MARIE DISEGNI am.disegni@jaloumediagroup.com

Directrice de la Publication et de la Rédaction MARIE-JOSÉ SUSSKIND-JALOU Rédactrice en Chef Mode VANESSA BELLUGEON

INTERNATIONAL AND MARKETING International Advertising Managers FLAVIA BENDA f.benda@Jaloumediagroup.com EMANUELLE HERMANT e.hermant@Jaloumediagroup.com

Directrices de Publicité CHRISTELLE MENTION c.mention@jaloumediagroup.com EMMANUELLE HERMANT e.hermant@jaloumediagroup.com

Présidents MARIE-JOSÉ JALOU & MAXIME JALOU Rédactrice en Chef MAGAZINE ADRIENNE RIBES-TIPHAINE

International Editorial & Archive Manager NATHALIE IFRAH n.ifrah@jaloumediagroup.com

Chef de Publicité SARA SCHMITT s.schmitt@jaloumediagroup.com

CEO BENJAMIN EYMÈRE b.eymere@Editionsjalou.com

Italy International Director Of Sales ANGELA MASIERO a.masiero@jaloumediagroup.com

Traffic Manager KARIM BELKACEM BENZEMA kb.benzema@jaloumediagroup.com TEL. +33 (0) 1 53 01 88 30

Deputy CEO/COO MARIA CECILIA ANDRETTA mc.andretta@Jaloumediagroup.com

Senior International Advertising Manager CLAUDIA DELLA TORRE c.dellatorre@jaloumediagroup.com

Assistant Director PASCALE SAVARY p.savary@Jaloumediagroup.com

International Advertising Manager CARLOTTA TOMASONI c.tomasoni@jaloumediagroup.com

FINANCE AND ADMINISTRATION

Advertising Manager MONICA TRAINA m.traina@jaloumediagroup.com

EDITORIAL DIRECTION Editorial Director EMMANUEL RUBIN e.rubin@jaloumediagroup.com Director Of Production JOSHUA GLASGOW j.glasgow@jaloumediagroup.com International Editions JALOUSE, L’OPTIMUM, LA REVUE DES MONTRES, L’OFFICIEL VOYAGE, L’OFFICIEL 1000 MODÈLES, L’OFFICIEL HOMMES, L’OFFICIEL ART, L’OFFICIEL SHOPPING, L’OFFICIEL CHIRURGIE ESTHÉTIQUE, L’OFFICIEL ALLEMAGNE, L’OFFICIEL HOMMES ALLEMAGNE, L’OFFICIEL AUSTRALIE, L’OFFICIEL BRÉSIL, L’OFFICIEL HOMMES BRÉSIL, L’OFFICIEL CHINE, L’OFFICIEL HOMMES CHINE, L’OFFICIEL HOMMES CORÉE, LA REVUE DES MONTRES CORÉE, L’OFFICIEL ESPAGNE, L’OFFICIEL HOMMES ESPAGNE, L’OFFICIEL VOYAGE ESPAGNE, L’OFFICIEL ART ESPAGNE, L’OFFICIEL INDE, L’OFFICIEL INDONÉSIE, L’OFFICIEL ITALIE, L’OFFICIEL HOMMES ITALIE, L’OFFICIEL JAPON, L’OFFICIEL VOYAGE JAPON, L’OFFICIEL KAZAKHSTAN, L’OFFICIEL HOMMES KAZAKHSTAN, L’OFFICIEL LETTONIE, L’OFFICIEL LIBAN, L’OFFICIEL HOMMES LIBAN, L’OFFICIEL , LITUANIE, L’OFFICIEL MALAISIE, L’OFFICIEL MAROC, L’OFFICIEL HOMMES MAROC, L’OFFICIEL MEXIQUE, L’OFFICIEL MOYEN-ORIENT, L’OFFICIEL HOMMES MOYEN-ORIENT, L’OFFICIEL ART MOYEN-ORIENT, L’OFFICIEL MYKONOS, L’OFFICIE PAYS-BAS, L’OFFICIEL HOMMES PAYS-BAS, L’OFFICIEL PHILIPPINES, L’OFFICIEL POLOGNE, L’OFFICIEL RUSSIE, L’OFFICIEL VOYAGE RUSSIE, L’OFFICIEL SINGAPOUR, L’OFFICIEL HOMMES SINGAPOUR, L’OFFICIEL ST BARTH, L’OFFICIEL SUISSE, L’OFFICIEL HOMMES SUISSE, L’OFFICIEL THAÏLANDE, L’OPTIMUM THAÏLANDE, L’OFFICIEL TURQUIE, L’OFFICIEL HOMMES TURQUIE, L’OFFICIEL UKRAINE, L’OFFICIEL HOMMES UKRAINE, L’OFFICIEL VIETNAM

Director Finance & Administration THIERRY LEROY t.leroy@jaloumediagroup.com

Distribution JEAN-FRANÇOIS CHARLIER jf.charlier@jaloumediagroup.com

Chief Administrative Officer FRÉDÉRIC LESIOURD f.lesiourd@Jaloumediagroup.com

PRODUCTION

Human Resource Manager ÉMILIA ÉTIENNE e.etienne@Jaloumediagroup.com

Printing Production Tracking and Paper Supply BY GROUP VALPACO 3 Rue Du Pont-Des-Halles 94150 Rungis

Manager Accounting & Production ÉRIC BESSENIAN e.bessenian@Jaloumediagroup.com

Photolithography CYMAGINA

Distribution Manager LAHCENE MEZOUAR l.mezouar@Jaloumediagroup.com Account Manager NADIA HAOUAS n.haouas@Jaloumediagroup.com Billing BARBARA TANGUY b.tanguy@Jaloumediagroup.com

COMMUNICATION AND PRESS Thomas Marko & Associates EMMANUEL BACHELLERIE Emmanuel.b@Tmarkoagency.com CÉLINE BRAUN celine.b@tmarkoagency.com Tel. +33 (0) 1 44 90 82 60

Legal Deposit N° De Commission Paritaire 0318 K 80434 – Issn 0030.0403 Printed In Eu / Imprimé En Ue Founders GEORGES LAURENT and ULLY JALOU (†) Published By JALOU MEDIA GROUP Sarl Au Capital De 606 000 Euros Siret 331 532 176 00087 Ccp N° 1 824 62 J Paris Head Office 5 Rue Bachaumont 75002 Paris Tel. +33 (0) 1 5301 10 30 Fax +33 (0) 1 5301 10 40

Advertising Manager Switzerland EVA FAVRE Affinity-Primemedia Ltd. e.favre@Affinity-Primemedia.ch +41 21 781 08 50 LOFFICIELMODE.COM JALOUSE.FR LOFFICIELHOMMES.FR LAREVUEDESMONTRES.COM EDITIONSJALOU.COM


SOMMAIRE

122

ENTRÉE 06 Édito 08 Contributeurs 174 Adresses PRÉLUDE 12 News 16 News Bijoux 17 Né de l’urgence 18 Tendance Montres – Merveilles du temps 20 La Collection de Carla Sozzani 22 50 ans d’harmonie 24 Bijoux Tendances 25 Rallye des Princesses

31 Anatomie d’une montre – «RM 037 Ladies» 32 Recettes de Princesses 34 Chronique – Claudia Cardinale et De Niro dans mon placard 38 Les Tendances – AutomneHiver 2018/2019 45 Anatomie d’un Sac – Le «New Wave» de Louis Vuitton 46 Alexandra Shipp – Avis de tempête 48 YVY, le cuir aux mille feux 48


SOMMAIRE

80

BEAUTÉ 54 News Beauté 57 Questions au Dr. Pauline Burgener 58 Passer du point G au point com 61 «Skin Caviar» de La Prairie 62 La Vie en Dior 66 Crème de la crème 68 Se parfumer ­autrement 70 Beauté glacée

TRAVEL 154 Travel News 156 Venise sur un plateau 158 Oasis de luxe 160 Hôtel du silence 164 Maurice, côte Lux* LA NUIT 168 Art in the Park XVI 171 Bulgari – Wild Pop 172 Trophée Chopard 2018 176 Last Look

N° 39 SEPTEMBRE 2018 CHF 8.50

ALICE DELLAL

LA MODE AUTREMENT

EN COUVERTURE ALICE DELLAL en CHANEL. Montre OMEGA. Photographie HUNTER & GATTI. Stylisme CHRISTOPHER MAUL.

SPÉCIAL RENTRÉE ALICE DELLAL EN CHANEL ET OMEGA. LOFFICIEL.CH

MODE 80 En Couverture – Alice Dellal 94 Poupée Rock ’n’ Roll 106 From Jamaica with love 122 Joyaux gourmands

LA VIE 130 M ix ’n’ Match 132 La passion du beau 136 Peggy Guggenheim 144 Planer mais pas trop 148 Holi Saloni! 151 Krug: Sous le signe du poisson

UNE SAISON NOMMÉE DÉSIR


ÉDITORIAL Chers lecteurs, Je suis très heureuse de vous présenter notre dernier numéro de septembre dans lequel nous inaugurons une nouvelle saison où asociaux et anticonformistes sont à l’honneur. En réalisant cette édition, je me suis rendue compte que la plupart des termes utilisés pour décrire des idées non traditionnelles ou subversives ne s’appliquaient plus. Alice Dellal, qui fait notre couverture, a ainsi été choisie par Karl Lagerfeld comme égérie Chanel en 2011, apparemment pour son style audacieux et son look unique. Elle était un contrepoids à tous ses claquants prédécesseurs et représentait à l’époque quelque chose de «différent», allant «contre» le courant. Aujourd’hui, je pense que la notion de rebelle est devenue une impulsion première chez les femmes du monde entier. L’image de Dellal est donc plus pertinente que jamais. Rendez-vous à la page 80 pour voir Alice en action. Les grands de ce monde ont toujours inspiré des émotions contradictoires. ­Peut-être de par leur ambiguïté, leurs histoires remplies à la fois de pouvoir immense et de fragilité extrême. C’est ce que nous découvrons en lisant la saga de Marguerite Baux qui, à l’occasion de la sortie d’une biographie sur Peggy Guggenheim, raconte la triste vie de cette incroyable collectionneuse d’art (p. 136). Sous sa plume, ce personnage devient une vraie héroïne. Un autre bouleversement réjouissant est l’ouverture des discussions d’un haut niveau que nous pouvons avoir sur des sujets auparavant tabous tels que le sexe et l’Internet ou la consommation de cannabis. Cela apparaît évident à la p. 58 où l’auteur évoque la manière dont Internet invente un nouveau langage pour l’expérience sexuelle. À la page 144, nous pouvons découvrir comment la consommation d’huile de cannabis en Californie ne constitue plus une activité marginale mais qu’elle est même aujourd’hui considérée comme des plus raffinées. Lorsque vous vivez une ère de changement rapide et d’incertitude, il est clair que, en plus de la montée de la figure de l’anti-héros, la créativité artistique se déploie de toute part. Les collections Automne-Hiver 2018/19 démontrent très clairement comment le monde de la mode et ses acteurs s’engagent et réagissent aux événements de ce monde. Les créateurs semblent avoir pris deux directions significatives: la première est l’évasion, la dystopie tandis que la seconde se fait l’écho des contre-cultures des décennies précédentes. Graves ou alarmistes, les designers se projettent dans un avenir incertain avec une exubérance partagée. Notre Hotlist à la page 38 présente nos 5 tendances les plus intenses et faciles à porter de la saison. Belle rentrée!


Un luxe illimité

Levante. The Maserati of SUVs. Dès CHF 83’350.–*

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Maserati Levante Diesel: consommation (cycle mixte) 7,2 l/100 km Équivalent essence: 8,2 l/100 km – Émissions de CO2: 189 g/km** – cat. énergétique G Émissions de CO2 dues à la production de carburant et/ou d’électricité: 32 g/km.

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Modèle illustré: Maserati Levante Diesel GranLusso (CHF 94’050.–), peinture métallisée Blu Nobile (CHF 3’000.–), pack aide à la conduite Plus (CHF 3’500.–), Jantes 20” en alliage, design EFESTO PLATINUM (CHF 1’200.-). Prix total: CHF 101’750.– TVA incluse. Recommandation de prix sans engagement du constructeur. Prix catalogue et offres: sous réserve de modifications. Prix de vente au comptant et conditions de leasing chez votre concessionnaire Maserati. Le CO2 est le gaz à effet de serre qui contribue le plus largement au réchauffement climatique. Les émissions moyennes de CO2 pour tous les types de véhicules proposés en Suisse (toutes marques confondues) s’élève à 133 g/km.


CONTRIBUTEURS HUNTER & GATTI Cristian Hunter et Martin Gatti forment un duo créatif basé entre New York et Barcelone. Ils sont devenus célèbres grâce à leur activité de direction artistique et à leurs campagnes pour des marques de mode bien connues telles que Burberry ou Diesel. Ils se sont ensuite fait un nom dans la photographie et ont créé en même temps un magazine en ligne. Hunter & Gatti ont réalisé, en exclusivité pour L'OFFICIEL Suisse, la couverture de ce numéro avec Alice Dellal, notre belle rebelle pleine d’énergie. Découvrez toute l'histoire de cette séance à la page 80.

KARINE & OLIVER Après avoir chacun travaillé de leur côté, Karine Welter et Oliver Rust ont décidé de s’associer en 2012, et de s’établir en tant que duo de photographes. Karine, avec son caractère déterminé et exubérant, et Oliver, le créatif réfléchi, ont rapidement compris qu'ensemble, ils pouvaient capturer des moments uniques. Leur autre spécialité: les images en mouvement ou les films. En page 48 vous pourrez découvrir, grâce à leurs talents respectifs, les débuts de la collaboration de la marque zurichoise YVY avec Swarovski. Et vous rendre sur lofficiel.ch, histoire de savourer leur clip de mode réalisé à cette belle occasion.

PIERRE GERONIMI Oubliez les classiques sorbets citron ou la crème glacée au chocolat. Avec le Corse Pierre Geronimi, artisan installé à Sagone depuis 1996, la glace s’élève au rang d’expérience, entre saveurs champagne, ail noir ou betterave. Les créations de Pierre Geronimi? Parfois intrigantes de par leur nom, toujours subtiles en bouche. Oscillant entre l’Île de Beauté et Paris où il a ouvert une boutique en 2016, rue Férou, le glacier français collabore avec la crème des palaces. L’officieux meilleur glacier de France a concocté pour L’OFFICIEL une série de crèmes et sorbets. Toutes en beautés.


Handmade in Italy


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Les infos et les nouveautés incontournables de la fashionsphère, à découvrir à partir de la page suivante.

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Photo ERWIN BLUMENFELD
«Le Décolleté», Victoria von Hagen, pour «Vogue», New York, 1952 © The Estate of Erwin Blumenfeld.

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NEWS RICCARDO ET VIVIENNE Bien sûr, il y aura les chants de Noël, les biscuits sortant du four et le vin chaud. Bien sûr… Mais cette année, nous pourrons nous réjouir d’une nouveauté en attendant décembre: la collection Burberry réalisée avec Vivienne Westwood. Pour sa première collaboration extérieure, le nouveau directeur artistique de Burberry Riccardo Tisci n'aurait pas rêver meilleure alliance qu’avec celle qui est son idole de mode depuis l’enfance. «Vivienne Westwood a été l'une des premières créatrices à me faire rêver,

FENDI × RIMOWA Depuis 1937, la valise Rimowa est LE compagnon de voyage qui facilite la vie des jetsetters. Mais Rimowa n'est pas seulement synonyme de voyage agréable; la marque incarne aussi l’élégance. Une collaboration avec Fendi était donc évidente. Suite à la présentation, en novembre 2017, d'un premier modèle de valise aux détails jaunes, deux nouveaux modèles ont été lancés cet été. En plus d'élargir le spectre de couleurs – en ajoutant du bleu et du rouge – la valise présente un petit porte-clés exclusif en cuir Cuoio Romano de la forme d'un avion en papier. Le classique logo FF de la maison Fendi est bien sûr incontournable. On le retrouve à l'intérieur de la valise, ainsi que sur sa coque en aluminium et ses sangles. Disponible dans certains magasins Fendi et Rimowa, ainsi que sur les sites officiels des deux marques. fendi.com rimowa.com

et à me donner l’envie d’emprunter moi aussi cette voie», explique Tisci. Ensemble, ils travaillent sur une édition limitée célébrant le style et l'héritage britanniques. Cette collaboration soutient l'organisation à but non lucratif Cool Earth, qui s'est fixée pour objectif de lutter contre le défrichement des forêts et le changement climatique. Une première idée pour un cadeau de Noël?

burberry.com coolearth.org


NEWS

MAGIE HIVERNALE Ici Maintenant présente une nouvelle collection Automne-Hiver qu’on dirait embaumante. Embaumante, parce qu’outre le chic décontracté des jupes, les nouvelles créations, avec leurs couleurs, nous rappellent des senteurs connues. Les couleurs intenses évoquent des souvenirs olfactifs de bois, de tabac, de chocolat ou de cuir. Elles réveillent ainsi un sentiment d'hiver chaleureux. Tout comme les maté­ riaux utilisés, la laine, la soie et l’Alcantara, qui nous enveloppent bien au chaud. Les tissus de qualité sont travaillés avec le plus grand soin: du cuir souple, des fils de laine épais, des paillettes foncées... On peut immédiatement s’imaginer se balader dans une allée d’automne et entendre le craquement des feuilles sous nos pieds. Ou dans un chalet à la montagne, sous la neige avec une délicieuse fondue, entourés de nos proches. Où que ce soit… Ici Maintenant rend le moment profondément présent et terriblement élégant. icimaintenant.ch

RÊVES ORIENTAUX sans même qu’il en foule les sols. Même s'il lui arriva d’effectuer de véritables voyages en Asie, il n'en avait pas toujours besoin pour son travail. Sa vision était suffisante. Pas étonnant que ses créations inspirées par l'Inde, la Chine et le Japon soient empreintes d’une touche de rêve.

«Yves Saint Laurent: Rêves d’Orient» du 2 octobre 2018 au 27 janvier 2019 au Musée Yves Saint Laurent Paris. museeyslparis.com

Photos DR

Yves Saint Laurent a trouvé une multitude de sources d’inspiration. Parmi elles, les cultures asiatiques. Le musée Yves Saint Laurent de Paris y consacre sa première exposition thématique dans les salles de l'hôtel particulier où Saint Laurent conçut certaines de ses plus importantes collections. L'exposition «Yves Saint Laurent: Rêves d'Orient» ne parle pas seulement de rêves dans le sens symbolique et sensoriel. Saint Laurent s'est inspiré d'images et de textes qui l'ont immergé dans la culture de pays

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L’OFFICIEL Suisse


NEWS

SARENZA, LETTRE À ELISE Une joie et une créativité sans barrières. Voilà qui s'applique à la fois à la marque Sarenza, avide d’expérimentation, et à la créatrice passionnée de couleurs Elise Chalmin. Pour oublier plus facilement les chaudes journées à la plage et les sandales des beaux jours, la jeune Française a conçu pour Sarenza une collection capsule exclusive aux imprimés graphiques. Quatre modèles Made by Sarenza ont été embellis par la talentueuse illustratrice. Des imprimés spécialement conçus pour la marque habillent bottines, mocassins, sneakers et escarpins en vert royal et bordeaux, le tout dans un style kaléido­ scopique. Cette année, l’automne nous fera voir de toutes les couleurs… sarenza.com

SHOPPING EXCLUSIF Qu’ont en commun Valentino et Chloé, outre leur renommée dans le monde de la mode? Depuis peu, ces deux marques bénéficient d’un espace spécialement dédié à leurs produits au Bongénie de Genève. Pour les deux maisons de luxe, un espace d'environ 50 m 2 a été conçu, reflétant l’univers de chaque marque. L'esprit de Chloé est capturé par des tons pastel ou poudrés et par la délicatesse de la mise en scène des créations incontournables. L'accent est mis exclusivement sur les élégants sacs à main de la nouvelle collection de ­Natacha Ramsay-Levi, et à son french chic décontracté. Du côté de Valentino, on remarquera le savant mélange de marbre et de bois. Sur cette base, les classiques intemporels de la maison de couture italienne sont présentés sobrement. Que le shopping commence! BONGÉNIE GRIEDER, Rue du Marché 34, 1204 Genève. bongenie-grieder.ch

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NEWS

UNE AMAZONE CHEZ LONGCHAMP

LE SPORT, C’EST CHIC

La maison française était à la recherche d'une personnalité authentique, emblématique du millénaire. Elle l’a trouvée dans le top model américain Kendall Jenner, incarnation de la «citoyenne du monde». Une idée de transversalité qu’on peut également retrouver dans les créations de Longchamp. «Les collections ont toujours une touche parisienne, mais elles sont portables partout dans le monde», explique Jenner. La jeune femme de 22 ans a posé pour les caméras du film de mode «The Encouter», et pour la campagne publicitaire de la collection Hiver 2018 de Longchamp. longchamp.com

LA VIE EN QUADRICOLOR Retourner à la plage à l'automne pour reconstituer ses réserves de soleil en attendant l'hiver? Pas sans une paire de lunettes Swatch! La collection de cette année repose sur trois esthétiques dans l’air du temps: lunettes pilote, cat-eye et format carré. 15 modèles pour des lunettes qui ont l'air toutes de bonne humeur. Des tons

rosés délicats, du bleu ciel clair au vert intense, il y en a pour tous les goûts. Swatch reste fidèle à son design plein de peps.

Lunettes de soleil «Swatch The Eyes», entre CHF 50 et CHF 60. swatch.com

Lorsque l’on déménage dans un nouveau pays, on n’est pas seulement confronté au défi de s’adapter à une nouvelle culture, on doit également s’habituer à l’assortiment des magasins. Megan Herak, fondatrice et directrice de la création de Sport.les, est passée par là en emménageant à Zurich, en 2015. Elle y a remarqué l’absence de ses boutiques préférées d’activewear. Comme elle n’était pas satisfaite de l’assortiment disponible en Suisse, elle commença à se faire livrer ses vêtements depuis les ÉtatsUnis. D’où l’idée de Sport.les: importer du streetwear athlétique en Suisse. Des vêtements fonctionnels qui nous accompagnent tout au long de la journée sans se départir de leur élégance. Sport.les est en quelque sorte le Net-A-Porter suisse pour l’activewear. Des tenues pour le sport mais pas que. Chic!

Photos DR

sportles.com

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L’OFFICIEL Suisse


BIJOUX 2

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MERVEILLES DU TEMPS Ils sont exceptionnels, rarissimes, sublimes, phénoménaux, superlatifs, renversants, idéaux, inimaginables. Voici cinq garde-temps hors du temps. Par TATIANA APOSTOL

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L’OFFICIEL Suisse

1 Montre «Mademoiselle Privé Coromandel» en or beige avec diamants, CHANEL, prix sur demande. 2 Montre «Baignoire débordante», en or rose, CARTIER, CHF 80 500. 3 Montre «MasterGraff Floral Tourbillon» en or blanc avec diamants, GRAFF, CHF 100 000. 4 Montre «L.U.C. Esprit de Fleurier Peony» en or rose, sertie de diamants, CHOPARD, CHF 102 000. 5 Montre «Dior Grand Bal,» pièce unique. Jardins imaginaires N°6. Or rose, blanc, jaune, diamants, rubis, sugilite, feuilles d’or, plumes et ailes de papillon, DIOR, prix sur demande. 

Photos DR

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HUMAN MEETS DIGITAL

Shaping New Realities

VENEZ NOUS VOIR

VENDREDI 7 SEPTEMBRE 2018 10:00 – 20:00 SCHIFFBAU ZURICH

LES ARTISTES ANDREAS WANNERSTEDT (SE) ANIMATIONS 3D UNIQUES KUFLEX (RU) INSTALLATIONS IMMERSIVES ET INTERACTIVES CHRISTOPHER BAUDER & ROBERT HENKE (DE) INSTALLATION LUMINEUSE, CRÉÉE PAR WHITEVOID

©Picture by Andreas Wannerstedt

INVITÉE SPÉCIALE SOPHIA LE ROBOT

www.volvoartsession.com Volvo Art Session — une plateforme d‘innovation, d‘art et de design Partenaires


NEWS BIJOUX

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ESSENTIELS Des charms, de la customisation, de la matière brute: les tendances ­joaillières de l’année. Par HERVÉ DEWINTRE

IL SUFFIRA D’UN SIGNE Fendi assigne à sa nouvelle ligne de bijoux fantaisie les caractéristiques des signes du zodiaque. Douze pendentifs perlés que l’on pourra, grâce à un mini-crochet, attacher à ses bijoux pour leur ajouter une touche d’ésotérisme mâtiné d’humour. (1)

BEAUTÉ DU GESTE Le merveilleux Rabih Kayrouz a façonné une première collection de bijoux, dont les lignes semblent avoir été sculptées par le soleil et ciselées par le temps. C’est à la fois brut et sensuel, magistral et léger. Un coup de maître. (3)

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Photos DR

RÈGLE DE TROIS Ole Lynggaard vous propose trois étapes: vous choisissez d’abord votre clou d’oreille, vous l’assortissez ensuite avec des boucles «ear jackets», vous sublimez enfin le tout avec
un pendentif ou une chaîne:
le résultat, forcément unique, est d’autant plus remarquable qu’il reste totalement fidèle à l’essence délicate des créations de la maison danoise. (2)


NEWS

NÉ DE L’URGENCE

«Blackkklansman» est du pur Spike Lee: décalé, énervant, nécessaire. Le film coup de poing de la rentrée.

Photos FOCUS FEATURES LLC 2018

Par JULIETTE MICHAUD

Presque 30 ans après
«Do the Right Thing» (1989), Spike Lee, le cinéaste de l’identité afro-américaine, continue à faire ce qu’il faut quand ça urge. Et en Amérique, ça urge! Il faut dire
que l’histoire, vraie!, proposée par Jordan Peele («Get Out»), est trop belle: dans
les années 1970, un flic noir infiltre le Ku Klux Klan à l’aide d’un collègue blanc juif. Mais si cette ironie est d’abord caricaturée à outrance, à travers le duo comique John David Washington – le formidable fils de Denzel – et Adam Driver, Spike Lee prend peu
à peu aux tripes en tournant sa caméra vers l’Amérique d’aujourd’hui. Jusqu’à cette séquence choc où le légendaire Harry Belafonte relate un lynchage, jusqu’à ces rassemble-

ments de néo-nazis l’été dernier à Charlottesville qui ont fait un mort (Spike Lee, qui finissait son tournage au même moment, en a inclus des images et le film est dédié à la victime). «Blackkklansman», Grand prix du jury au dernier festival de Cannes, est un film complexe, gonflé, qui démontre noir sur blanc que Donald Trump est du mauvais côté de l’Histoire. «BlacKKKlansman», de SPIKE LEE, avec JOHN DAVID WASHINGTON, ADAM DRIVER, LAURA HARRIER, TOPHER GRACE, HARRY BELAFONTE... Dès fin août sur les écrans romands.

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L’OFFICIEL Suisse


SONIA RYKIEL par HELMUT NEWTON, 1980.


NEWS

MES CHERS AMIS… Son œil infaillible détectait les photographes qui allaient devenir des artistes extraordinaires. Carla Sozzani a fait naître des icônes, marquant de son empreinte des générations de spectateurs. L’exposition «Between Art & Fashion. Photographs from the Collection of Carla Sozzani. Alice Springs. Portraits», à voir à la Fondation Helmut Newton de Berlin, révèle des témoignages d’amitiés scellées pour l’éternité. HELMUT NEWTON, Rue Aubriot, Paris 1976.

Photos © ALICE SPRINGS

La mémoire de notre époque est marquée par les objets qui savent immortaliser les souvenirs. Il suffit parfois d’une senteur, d’une voix, d’un mot, d’une image pour nous replonger d’un coup de baguette magique dans un souvenir. Rares sont les moyens de communication qui égalent la photographie pour y parvenir. Paradoxalement, ce médium unit deux éléments: l’achevé et l’inachevé. Il cristallise i­ rré­vocablement les instants passés, et il les garde en mémoire à tout jamais. Rédactrice en chef du magazine «Elle» italien et de «Vogue», Carla Sozzani a collaboré avec les photographes les plus importants. Au fil des années, elle a rassemblé une imposante collection de photographies. La liste se lit comme le Who’s Who du milieu artistique international. Sa collection comprend près de 1 000 œuvres – parmi elles des travaux signés Cecil Beaton, Erwin Blumenfeld, Louise Dahl-Wolfe, Hiro, David LaChapelle, Helmut Newton, Irving Penn et Herb Ritts. Depuis 1990, Carla Sozzani expose ces œuvres dans sa Galleria Carla Sozzani à Milan, faisant même partie du premier concept store qu’elle a créé: 10 Corso Como. Depuis sa création, il y a 28 ans, la galerie a accueilli des centaines d’expositions.

Par ANDREA LUCIA BRUN

La galeriste milanaise est longtemps restée discrète sur cette collection: «Je n’ai que des souvenirs, aucune photographie. Ce sont des souvenirs d’amitiés», raconte-t-elle. C’est le créateur de mode Azzedine Alaïa qui l’encouragea à exposer ces images, et à lancer ainsi la mise sur pied de l’exposition «Between Art & Fashion» qui est actuellement visible en Allemagne. Celle-ci a été réalisée en collaboration avec Fabrice Hergott, directeur du Musée d’art moderne de la Ville de Paris, en puisant dans le corpus très riche et hétérogène des images réunies pas Sozzani Quatre complicités émergent de ces collaborations: entre Carla Sozzani et Paolo Roversi, Sarah Moon, Helmut et June Newton. Pour Sozzani, ces photographes sont un peu sa famille, sachant que June Newton, l’épouse de Helmut, produisit, à partir des années 1970, sa propre œuvre photographique sous le pseudonyme d’Alice Springs. Dans la salle consacrée à June, on trouve 22 portraits, révélés pour la toute première fois, notamment ceux de personnalités de la scène artistique, de créateurs de mode et de stars hollywoodiennes. En outre, les souvenirs et les fax rédigés à la main donnent à voir les amitiés de longue date, fondées sur la seule passion pour la photographie. Sachant que

Carla Sozzani a longtemps fréquenté le milieu de la mode, il est surprenant de ne trouver que peu de photographies de mode dans cette collection. C’est que la mode, mise en exergue par l’exposition, n’a jamais été seulement «mode», elle a toujours été mêlée à l’art, à la culture populaire et à l’histoire. Outre les icônes de la photographie de mode, on y découvre donc aussi de surprenants chefs-d’œuvre inconnus de Berenice Abbott, Laszlo Moholy-Nagy et Walker Evans. Nombre de photographies sont figuratives, c’est le cas pour la plupart des silhouettes féminines. En se focalisant sur la photographie en noir et blanc, «Between Art & Fashion» semble jeter un regard sur une époque révolue, à la manière d’un journal intime qui relierait la mémoire visuelle d’une époque et des albums de photos personnels – et cela de façon bien plus pertinente que les contenus éphémères déversés par Instagram et Cie. À l’ère du déferlement superficiel des images digitales, Sozzani révèle ainsi l’esprit de son temps. «Between Art & Fashion. Photographs from the Collection of Carla Sozzani. Alice Springs. Portraits» Jusqu’au 18 novembre 2018 à la HELMUT NEWTON FOUNDATION, Berlin.

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50 ANS D’HARMONIE Événement joaillier majeur de l’année, la collection «Alhambra» – best-seller indétrônable de la maison Van Cleef & Arpels – fête son demi-siècle d’existence. Retour sur un joyau iconique dont le succès méritait bien une tentative de décryptage. Par HERVÉ DEWINTRE

UN SYMBOLE DE CHANCE En 1968, une révolution agite Paris, on parle d’émancipation. Une nouvelle génération de joailliers s’inspire de cette révolte, souvent de manière littérale. Van Cleef & Arpels participe à sa manière à cette révolution en proposant des pièces faciles à porter, beaucoup plus accessibles que la haute joaillerie. Des bijoux de femmes achetés par les femmes.

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Le vocabulaire stylistique des créations Van Cleef & Arpels s’articule autour de quatre thèmes bien définis: la chance, la couture, la féerie, la nature. On aurait pu en ajouter un cinquième, le voyage. Le sautoir «Alhambra», lorsqu’il fut présenté pour la première fois en 1968, faisait clairement partie de cette dernière famille. Ce bijou en or jaune égrenait des motifs quadrilobés bordés de perles d’or. Son succès fut très vif, tout comme le fut, cette année-là, celui rencontré par les bagues «Philippine». Mais l’«Alhambra» seul connut un destin incomparable, puisque son succès planétaire, depuis cinquante ans, n’a jamais faibli. On a tout dit sur les raisons de ce succès: la fluidité et l’élégance de son porté, ses associations heureuses de matières, la vertu talismanique et divinatoire de son design – il devint peu à peu à partir de la fin des années 1970 un symbole de chance –, ses déclinaisons inventives, son savoir-faire emblématique. POUVOIR D’ÉVOCATION Toutes ces raisons sont connues et unanimement saluées. Cependant, une autre raison, plus impalpable encore, explique ce succès: le pouvoir d’évocation. L’«Alhambra», en plus d’être un porte-bonheur, permet à ceux qui croient aux vertus de l’harmonie de voyager dans l’espace, l’histoire et le temps. Par les ponts qu’il dresse entre certaines réminiscences immémoriales, par les lignes invisibles qu’il trace entre les arts et les cultures, l’«Alhambra» satisfait une quête de sens, d’équilibre et de transmission. Cette histoire de révolution tendre et sensible, qui ne s’apprend pas dans les cours de marketing, pourra évidemment faire sourire les incrédules... On leur répondra simplement ceci: ceux qui ne croient pas à la magie ne la rencontreront jamais.

Photos DR

Il y a, sculpté au portail des cathédrales bâties au XIIIe siècle dans le centre
et le nord de la France, un membre d’architecture composé de quatre lobes circulaires. Eugène Viollet-le-Duc a baptisé cet ornement du joli nom de «quatrefeuilles». John Ruskin écrit en 1884: «Les quatre-feuilles représentent l’ordre charmant de l’année (...), avec les signes du zodiaque au-dessus et les travaux des mois au-dessous». C’est-à-dire que dans l’imaginaire collectif, consciemment ou non, depuis plusieurs siècles, ce quadrilobe si caractéristique du style ogival et de l’architecture, reflète les épisodes de la vie, nous parle des travaux des champs et des vergers. Ce que n’avait pas indiqué Ruskin, c’est que ces lobes si représentatifs de l’art gothique français étaient apparus trois siècles plus tôt, au sein de la péninsule ibérique, à l’époque du califat de Cordoue. L’Espagne musulmane éblouissait les regards des voyageurs avec son architecture omeyyade riche en arcs polylobés. L’une des plus grandes manifestations du génie de l’architecture islamique se situe à Grenade: c’est l’Alhambra. Victor Hugo a poétisé la somptueuse exubérance de cet ensemble palatial en le décrivant comme une forteresse «où l’on entend la nuit
de magiques syllabes / quand la lune, à travers les mille arceaux arabes / sème les murs de trèfles blancs». Le trèfle, nous y voilà. Car, entre le quadrilobe et le trèfle à quatre feuilles, il y a un air de famille évident, une essence commune.


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AU FIL DE L’AIR DU TEMPS La collection «Alhambra» n’a cessé de se renouveler au fil des époques.

1968 création du premier sautoir «Alhambra», en or jaune. 1971 apparition
des pierres
dures malachite, lapis-lazuli.
 1998 lancement des montres «Alhambra». 2001 lancement des collections «Pure Alhambra». L’esthétique d’origine avec le contour perlé
est désormais dénommée «Vintage Albambra». 2006 lancement des créations «Lucky Alhambra» et «Magic Alhambra», introduction de la calcédoine 2007 lancement des créations «Sweet Alhambra».
 2018 cinquante ans après la création du premier sautoir «Alhambra», la maison enrichit
la collection permanente avec de nouveaux modèles qui font la part belle à la nacre grise et à l’onyx.

Françoise
Hardy arborant une pièce «Alhambra»,
en 1974. Page de gauche: Sautoir vintage «Alhambra» en or blanc, ony x et diamants, VAN CLEEF & ARPELS.

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LES DERNIERS FEUX DE L’ÉTÉ Les beaux jours sont encore là, c’est le dernier moment de ­rehausser les gorges encore bronzées de sculptures brillantes ou colorées, pour un été indien lumineux.

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Par EMILY MINCHELLA

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 ollier chaîne en
or rose, turquoise, C jasper, lapis-lazuli et perle d’aventurine, GINETTE NY, CHF 950. C ollier «Gipsy» en or blanc et diamants, DJULA, CHF 2 840. P  endentif «Cowboy Tie» en or rose serti de diamants bruts, diamants blancs, SHAMBALLA JEWELS, CHF 42 210. P endentif «Ritratto» en or rose, lapis-lazuli et diamants bruns, POMELLATO, CHF 5200. P  endentif «Helioro XS by Kim» en or rose, WEMPE, CHF 840. C ollier «Pompon» en or blanc et or jaune serti de perles gold et blanches, et diamants, ADLER, prix sur demande.  P endentif collection «Elephant» en or jaune, diamants et tourmaline verte, OLE LYNGGAARD COPENHAGEN, CHF 49 000.

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Au début de l’été, Richard Mille a invité L’OFFICIEL Suisse à se joindre au Rallye des Princesses, événement sportif auréolé de glamour et exclusivement réservé aux femmes. Le road trip pittoresque qui a débuté à Paris et qui s’est terminé à Biarritz s’est avéré beaucoup plus difficile que prévu. Livia Zafiriou et Ali Alt ont rejoint les concurrentes sur la route. Par LIVIA ZAFIRIOU Photographie JULES LANGEAR

Parmi les nombreuses courses automobiles, le Rallye des Princesses Richard Mille se révèle bien singulier. Cet événement exclusivement féminin consacré au sport automobile vise à offrir aux participantes une expérience de luxe couplée à une aventure automobile, tout en sillonnant des paysages à couper le souffle. Le concept ressemble un rêve éveillé: cinq jours passés à conduire des voitures de collection, de Paris au Sud de la France, entrecoupés de pauses pour des déjeuners et des nuits tranquilles dans des hôtels quatre ou cinq étoiles. Quelque 90 équipes de pilotes et copilotes ont participé à la course de six jours commencée sur la place Vendôme à Paris, et parcouru quelque 1 000 kilomètres de routes sinueuses à travers la France et dans le Nord de l’Espagne avant de franchir la ligne d’arrivée à Biarritz, sur la côte ­atlantique française. Chaque soirée promettait un repos bien mérité – soins au spa compris, réceptions au cham-

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pagne et cuisine raffinée – ainsi qu’une fête, une fois passée la ligne d’arrivée, pour couronner l’aventure. Le Rallye des Princesses est ouvert uniquement aux voitures de collection (c’est-à-dire aux voitures enregistrées avant 1989). Les équipes des participantes sont classées et divisées en groupes par décennie, afin de garantir l’équité. Certaines pilotes possèdent les voitures, tandis que d’autres les empruntent à des amis ou conduisent celles fournies par des sponsors. La course se déroule sur six jours et récompense, à la fin, les temps moyens plutôt que la vitesse pure. Si la marque de luxe Richard Mille sponsorise la course depuis 2015, c’est qu’elle n’est évidemment pas étrangère à l’industrie automobile. La maison est associée au Mans Classic depuis 2002, et a cofondé en 2014 le Chantilly Arts & Elegance Richard Mille. Cette année, Richard Mille sera le partenaire principal


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ON THE ROAD Du 19 au 24 juin 2018, le 19e Rallye des Princesses Richard Mille était, comme toujours, l’événement automobile féminin de l’année. De Paris à Biarritz, 90 équipes ont pu expérimenter ce que le mot «évasion» signifiait vraiment. Au volant de voitures de collection, les participantes ont été confrontées à un tout nouvel itinéraire reliant la capitale française à la côte basque en passant par l’Espagne…

DÉPART PARIS JOUR 1 (320 km) PARIS – SANDILLON – ZOOPARC DE BEAUVAL

JOUR 2 (309 km) ZOOPARC DE BEAUVAL – PEUFEILHOUX – VICHY

PARIS

SAINT-AIGNAN JOUR 3 (482 km) VICHY – LA GOUDALIE – TOULOUSE VICHY

BIARRITZ TOULOUSE

FORMIGAL

ARRIVÉE BIARRITZ

JOUR 4 (309 km) TOULOUSE – L’ESCALADIEU – FORMIGAL (ESP)

JOUR 5 (290 km) FORMIGAL (ESP) – BIDARRAY – BIARRITZ


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Notre Porsche 356 (numéro 4) sur la ligne de départ.

du Rallye des Légendes. Comme si cela ne suffisait pas, la maison est également associée au Nürburgring Classic et au Suzuka Sound of Engine. Le partenariat avec le Rallye des Princesses est né de la passion de Richard Mille pour le sport automobile, et de son intérêt pour les voitures de collection. Avant le début de la course en juin, le fondateur de la marque a ainsi expliqué: «Je suis un fan de voitures de collection et j’ai immédiatement aimé l’idée d’un rallye féminin. J’ai rencontré la fondatrice du Rallye, Viviane Zaniroli, au cours du Rétromobile à Paris en 2015. Trois mois plus tard, l’événement était rebaptisé Rallye des Princesses Richard Mille». Son implication dans le Rallye des Princesses place solidement Richard Mille dans la sphère féminine, démontrant son positionnement diversifié dans l’univers de l’horlogerie. Et Mille de commenter: «… Mon objectif est de fabriquer un produit qui réponde aux souhaits d’une femme, et qui puisse être porté tous les jours, que ce soit à l’opéra, au golf, sur un voilier, sur une piste de ski ou dans une voiture de rallye». Alors que la marque a longtemps été considérée comme une entreprise plutôt masculine, les femmes y jouent un rôle important depuis déjà un certain temps. En fait, les montres pour femmes représentent 25% des ventes et un tiers de la production.

Les femmes ont enfoncé la pédale d’accélérateur et manœuvré à grande vitesse avec une admirable dextérité, et ce depuis l’invention de l’automobile. Aujourd’hui, elles sont toujours aussi nombreuses à conduire et cette passion a inspiré Viviane Zaniroli à fonder le Rallye des Princesses Richard Mille. Actuellement dans sa 19e année, l'événement voit plus de femmes que jamais enfiler leurs gants de pilote et à se mettre à la course. Combinant en un subtil équilibre l’élégance, la performance et une concurrence féroce mais toutefois amicale, le Rallye des Princesses est un modèle de compétition civile. Au volant, les concurrentes sont néanmoins déterminées: toutes ont l’œil rivé sur la montre. Les conductrices de voitures de collection venant de France, Londres, Newport Beach, Genève et d’ailleurs ont expédié leurs véhicules tels que des Ferrari, Porsche et Jaguar vers Paris, où la course a débuté. L’élégant groupe de conductrices parmi lesquelles de nombreuses habillées en Tod’s, pantalon blanc raffiné, ceinture Hermès, Richard Mille au poignet, s’est rassemblé sur la place Vendôme avant de prendre la route. Sous ces apparences lisses, ce sont leur habilité à la conduite et leurs connaissances en mécanique qui se révéleront indispensables pour terminer le parcours de 1 700 km. Guidées par une carte en papier, à l’ancienne, retraçant la route à suivre et marquée des points de contrôle déterminés (les concurrentes n’étaient pas autorisées à utiliser Google

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Maps ou toute autre forme de GPS), le voyage de six jours, de l’aube au crépuscule à travers la campagne française, n’était pas pour les mollassonnes bien qu’il prévoyait de pittoresques pauses-repas et des arrêts tous les soirs dans des hôtels quatre ou cinq étoiles. N’ayant absolument aucune idée de ce dans quoi je m’embarquais, j’ai rencontré les compétitrices à Vichy, accompagnée de mon acolyte de L’OFFICIEL Suisse Ali Alt, afin de suivre l’équipée pour le reste du trajet. Nous avions été prévenus du temps pluvieux qui nous attendait le lendemain. Le matin, nous nous sommes réveillées avec des papillons dans le ventre et avons reçu les clés de l’une des Porsche 356 de la collection personnelle de Richard Mille. Les organisateurs semblaient beaucoup plus sûrs que nous que nous n’allions pas tomber d’une falaise avec. On nous a rapidement dit que les journalistes qui avaient reçu la voiture la veille l’avaient conduite dans un fossé (en faisant une entaille plutôt disgracieuse sur le côté de ce magnifique véhicule). En route! (A) Au cours des jours suivants, nous avons vécu plusieurs aventures mémorables, dont la plus terrifiante fut une tem-

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pête et le manque de visibilité qu’elle engendra. (B) À noter que les années 1960 n’ont pas été une ère de grande avancée technologique en ce qui concerne les essuie-glaces! Bien que les voitures de collection enveloppent de glamour la conduite tout au long des magnifiques routes de campagne, celle-ci reste néanmoins un exercice souvent difficile vu l’âge des véhicules. Je pouvais ainsi sentir l’eau de pluie balloter au fond de la voiture, ce qui était pour le moins plutôt déconcertant! Après un certain temps, nous nous sommes convaicues que, puisque nous n’étions techniquement pas autorisées à concourir étant donné que nous n’étions que des observatrices, nous pouvions pécher par excès de prudence, et activer Google Maps. (C) Nous avons manqué certaines zones régulières et notre voiture est finalement arrivée en dernière position. Cela étant dit, nous n’étions pas peu fières de nous d’avoir au moins accompli une partie du trajet. Bien que dernières, nous sommes en fait arrivées 2 heures avant toutes les autres car Google Maps nous avait indiqué un itinéraire à suivre beaucoup plus court (certes moins pittoresque). (D) Nous en avons donc profité pour vite filer nous relaxer à l’Hôtel du Palais de Biarritz.


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LA «RM 037 LADIES» DE RICHARD MILLE Conjuguant avec doigté technicité, soin du détail et finitions sur mesure, la version féminine de ce modèle n’a rien à envier, côté réputation, à son équivalent masculin en matière d’excellence horlogère. Un concentré d’avant-garde. Par HERVÉ DEWINTRE Photographie JULIEN ROUX

LE DÉCLIC Depuis 2001, Richard Mille exprime sa liberté d’esprit avec des gardetemps qui mettent en scène des prodiges de développement et des records de performance. Ce magicien de la haute horlogerie a pris son temps pour s’adresser aux femmes, mais le résultat est à la hauteur des attentes: ses montres pour dames ont une identité unique et ne possèdent aucun équivalent sur le marché actuel. LE MYTHE Richard Mille fuit comme la peste tout ce qui pourrait ressembler à un cliché ou à une formule marketing. Ne comptez pas sur lui pour engager des égéries «dents blanches, haleine fraîche» ou pour égrener des montres classiques, joliment serties suivant les tendances de la saison. Chaque modèle, qu’il soit conçu pour une femme ou pour un homme, se doit d’explorer de nouvelles pistes qui semblaient impraticables jusque-là. LE SAVOIR-FAIRE La «RM 037 Ladies» n’est pas une simple reproduction d’un modèle masculin qu’on aurait constellé de pierres précieuses pour donner le change, mais un pur bolide mécanique qui manifeste sa supériorité manufacturière par le biais d’un admirable mouvement squeletté. L’habillage, que ce soit pour le sertissage ou le cadran, est à la hauteur: diamants, onyx, nacre ou jaspe.

Montre «RM 037 RG Full Set Bracelet RG Full Set», mouvement squeletté à remontage automatique avec heures, minutes, rotor à géométrie variable, date surdimensionnée et sélecteur de fonctions. Réserve de marche d’environ 50 heures. Disponible en céramique noire TZP-N, en céramique blanche ATZ, en carbone TPT, en or gris ou en or rouge avec une grande diversité de sertissages et de nombreuses variantes de cadrans, RICHARD MILLE. richardmille.com

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RECETTES DE PRINCESSES Par ALI ALT

VICHY, VILLE DU SPA [Granité de pamplemousse et de fenouil] Vichy, l’escapade la plus élégante à l’Est de la France, est surtout connue pour ses sources naturelles et ses pastilles anisées. Pour concevoir une recette représentant au mieux cette ville thermale, j’ai combiné tous ses atouts. Le résultat: quelque chose de sain, léger, minéral et bien sûr «anisé». Un granité est un merveilleux dessert d’été simple à manger, simple à faire et surtout, simple pour garder la ligne. INGRÉDIENTS ¾ cuillère à café de graines de fenouil 2 gros pamplemousses dont la chair aura été retirée, sans l’écorce et la peau 150 ml d’eau 150 g de sucre en poudre Le jus d’un ½ citron vert MÉTHODE 1 Pour commencer, faites griller les graines de fenouil à feu moyen dans une petite casserole pendant 1 à 2 minutes, jusqu’à ce qu’elles exhalent leur arôme.

PARIS, PLACE VENDÔME [Steak tartare] Le steak tartare: cette délicatesse parisienne est omniprésente dans les bistrots et brasseries qui entourent la place Vendôme. Pour ceux qui apprécient les délices de bœuf cru coupé en dés, le steak tartare se déguste le mieux servi avec un jaune d’œuf coulant, accompagné, bien sûr, de pommes frites. Mon conseil: une viande de la meilleure qualité et de première fraîcheur est absolument indispensable. Ma touche perso: une cuillerée d’harissa.

2 Ajoutez ensuite le sucre et 160 ml d’eau dans la casserole. Augmentez le feu et portez à ébullition en remuant de temps en temps. Dès l’ébullition, retirez du feu et laissez refroidir complètement. Passez au tamis fin en mettant de côté les graines de fenouil.

INGRÉDIENTS

5 P our servir, brisez à nouveau le granité à la fourchette et déposez-le dans des petits bols ou des verres. Pour un peu plus de zeste, ajoutez-y des tranches de pamplemousse.

250g de filet de bœuf soigneusement nettoyé et coupé sur toutes ses surfaces 1 échalote, coupée en petits dés 4 cornichons, coupés en petits dés 1 cuillère à soupe de câpres coupés très finement en dés ½ cuillère à soupe de persil finement haché ½ cuillère à café de moutarde de Dijon ½ cuillère à soupe de pâte harissa, au goût Tabasco, environ 15 gouttes, au goût 1 jaune d'œuf Sel marin (au goût) Poivre noir (au goût) MÉTHODE 1 Pour commencer, coupez le bœuf au travers des fibres en morceaux de 2 à 3 mm à l’aide d’un couteau très tranchant. Placez les morceaux dans un bol de taille moyenne. 2 Ajoutez ensuite les échalotes, les cornichons, les câpres et le persil, mélangez le tout. 3 Versez la sauce harissa et le tabasco et assaisonnez au goût. 4 P our servir, déposez le tartare dans une assiette. Faites un petit renfoncement dans la viande et versez-y le jaune d’œuf.

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3 Mélangez le sirop de sucre de fenouil, la chair de pample­ mousse et le jus de citron vert dans un robot culinaire. Mixez jusqu’à l’obtention d’un mélange lisse. 4 Versez ensuite le mélange de granité dans un récipient peu profond et mettez-le au congélateur. Couvrez et laissez congeler pendant 4-5 heures. Retirez ensuite le mélange du congélateur et brisez-le à la fourchette. Remettez au congélateur et laissez reposer encore 4 à 5 heures ou toute la nuit.


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BIARRITZ, FINALE [Salade niçoise] Avant de commencer, rassurez-vous, je sais bien que la salade niçoise est née à Nice. Cela dit, la meilleure niçoise que j’ai mangée (à part bien sûr celle que je fais à la maison) était à l’Hôtel du Palais à Biarritz. Assis sur la terrasse, après notre tourbillonnant rallye, un verre de rosé dans une main et une fourchette dans l’autre, on m’a présenté la niçoise parfaite. De la laitue croustillante, des haricots croquants, des tomates juteuses et du thon légèrement saisi; une pure perfection.

SAN SEBASTIAN, PATRIE DU GOÛT [Gazpacho] Saint-Sébastien, la ville balnéaire connue pour sa cuisine innovante et indescriptiblement délicieuse. Pour moi, rien de mieux qu’une coupe glacée de cette spécialité espagnole qu’est le gaspacho pour chanter les doux airs de l’été basque. À vrai dire, il s’agit essentiellement d’une salade liquide. Mais avec un goût mille fois meilleur qu’il n’y paraît, surtout lorsqu’il est réalisé avec des tomates de saison sucrées et de l’huile d’olive extra vierge de qualité.

INGRÉDIENTS

INGRÉDIENTS

Pour la salade

Pour la vinaigrette

2 œufs

1 gousse d’ail, pelée

350g de tomates mûres

1 cuillère à café de moutarde

50g d’olives noires

de Dijon

2 cœurs de laitues découpés

1 cuillère à soupe de vinaigre

100g de salade roquette

de vin blanc

sans les tiges

6 cuillères à soupe huile

300g de petites pommes

d’olive extra vierge

de terre nouvelles

2 cuillères à soupe de persil

100g de haricots

finement haché

300g de thon frais

4 échalotes, pelées et

INGRÉDIENTS

hachées finement

3 poivrons rouges moyens, hachés grossièrement

4 filets d’anchois marinés,

3 gros concombres, pelés et hachés grossièrement

finement hachés (ou en pâte)

12 tomates moyennes

Sel marin (au goût)

2 grandes gousses d’ail, pelées

Poivre noir (au goût)

2 cuillères à soupe de persil frais haché 2 tasses d’eau ½ tasse d’huile d’olive extra vierge

MÉTHODE

Le jus d’½ citron

1 Commencez par cuire les pommes de terre. Placez-les dans l’eau bouillante pendant 15 minutes jusqu’à ce qu’elles soient tendres, puis égouttez-les et mettez-les de côté. Ensuite, passez aux haricots et aux œufs. Mettez les œufs dans une casserole d’eau froide, portez à ébullition puis faites bouillir pendant 7 minutes. Trois minutes après, ajoutez les haricots. Faites cuire les haricots jusqu’à ce qu’ils soient tendres, légèrement croustillants.

1/4 tasse de vinaigre de cidre de pomme (ou de vinaigre de xérès) Poivre de Cayenne (au goût) Sel marin (au goût) Poivre noir (au goût) MÉTHODE 1 Commencez par préchauffer le four à 180°C. Tranchez 6 des tomates en deux et disposez-les en une seule couche sur une plaque à rôtir. Ajoutez les gousses d'ail au plateau, arrosez d'un peu d'huile et assaisonnez. Faites rôtir pendant 45 minutes jusqu'à ce que les tomates soient tendres. Laissez refroidir. 2 Mixez ensuite dans un robot culinaire les tomates et l'ail rôtis, les tomates fraîches, le concombre, l'oignon rouge, le persil, le vinaigre et l'ail frais jusqu'à l’obtention d’une consistance lisse. Ajoutez le vinaigre de vin rouge en ajustant l'assaisonnement à votre goût avec du poivre de Cayenne, du sel, du poivre noir et du citron. 3 Au tour de l'huile d'olive. Pendant que le mixeur tourne, versez lentement l'huile, en vous assurant que la soupe reste lisse et crémeuse. 4 Passez la soupe à travers un tamis fin, et mettez-la au réfrigérateur jusqu'à ce qu'elle soit froide, au moins pendant quatre heures. Remuez le gaspacho quand vous le sortez du réfrigérateur, versez-le dans des bols frais avec un filet d'huile d'olive.

2 Égouttez ensuite les haricots et les œufs, et versez-les dans de l’eau glacée pour arrêter la cuisson. Égouttez-les à nouveau et mettez-les de côté. 3 Passons au thon. Déposez-le dans une poêle antiadhésive à feu vif, saisissez-le quelques secondes. Baissez ensuite à feu moyen et ajoutez 1 cuillère à soupe d’huile. Assaisonnez généreusement le thon et saisissez pendant 4 minutes dans la poêle pour le faire dorer. Retournez-le et faites-le cuire 4 minutes de l’autre côté. Vous obtiendrez ainsi un thon saignant (faites-le cuire un plus longtemps si vous le préférez à point). 4 Pour la vinaigrette, mélangez les ingrédients ensemble, assaisonnez à votre goût. Pour servir, mélangez tous les ingrédients avec la vinaigrette dans un bol de taille moyenne (sauf le thon et les œufs). Découpez le thon sur une planche et déposez-le dessus. Couper les œufs en deux et faites de même avec. Pour finir, déposez une cuillère de vinaigrette sur les œufs et le thon.den Thon träufeln.

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CLAUDIA CARDINALE ET DE NIRO DANS MON PLACARD

Par VALÉRIE FROMONT Illustration ANNA HAAS

On y est! C’est la rentrée. Avec ses odeurs de cahiers neufs et ses envies de nouveau vestiaire. Pour se projeter dans de nouvelles envies, Valérie Fromont file au cinéma. C’est là, dans les rues de Little Italy, dans un palazzo sicilien ou sur un pont de Paris avec Jeanne Moreau que s’inventent les destins et les allures. Une marinière, une veste de tailleur, et nous voilà déjà partis à la conquête de nouveaux territoires intimes. Se trouver un style, c’est se rêver une identité. Silence, on tourne.

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C’était le plein été. Il y avait autour de nous des «gelati» et des «palazzos», des tubes de crème solaire pleins de sable, des odeurs de figuiers. Et pourtant, le cœur de l’attention était ailleurs; il était entièrement mobilisé par un sac à dos bleu, rouge et jaune, iridescent, merveilleusement criard, avec Spiderman en plein vol plané. Une horreur absolue, telle que seuls les fabricants de jouets italiens les plus baroques savent en concevoir, et que seuls les enfants savent, absolument, les aimer. Antoine, 4 ans, avait trouvé au hasard du dédale d’une rue italienne son sac d’école, pour sa première rentrée. Souvenez-vous: chaque rentrée, la magie absolue des cahiers blancs, l’odeur des crayons neufs. Ce sac d’école, ce trousseau de rentrée, c’était le berceau de mille promesses à venir. C’étaient les grains de blé qui contenaient en puissance le pain que Robinson Crusoé pourrait se fabriquer, seul sur son île, quelques années plus tard. C’était nous, en mieux, en sublimé, occupant tout l’espace que nos rêves pouvaient dessiner, incarnant tout ce qu’on espérait que la rentrée ferait de nous. Je m’en souviens très bien. L’odeur si particulière des papeteries, ce mélange d’encre et de papier, qui portaient autant d’horizons que les embruns marins. C’était une nouvelle trousse, un nouveau cartable (vous n’avez pas connu les cartables en peau de vache? Passez votre chemin, vous êtes trop jeune, mais sachez qu’un jour vos enfants riront de vous parce que vous avez connu les Ipad), un chemisier liberty, une paire de mocassins. Cet objet qui portait l’idée d’un nouveau soi qui, à mi-chemin de la pensée magique et du travail obstiné, finirait bien par advenir. Il était déjà là, il suffisait de le révéler et, au travers d’un vêtement ou d’un objet, s’en approcher déjà un peu. Ce répertoire de soi, cette extension du domaine de la lutte, cette partition intime jouée en mode majeur, nous porte aujourd’hui encore de rentrée en 1er de l’an, de désirs en résolutions. Le soin que l’on mettait à choisir ses vêtements pour le jour de la rentrée est-il si différent de celui que nous mettons à choisir nos vêtements un premier jour au bureau? Trouver sa panoplie de la rentrée, c’est une occasion rêvée de faire le point sur la façon dont on se projette. L’autre soir, alors que je dînais avec une amie, je me suis entendu dire: «J’ai trouvé mon uniforme. Une veste et un jean Saint Laurent, et un t-shirt. Je pourrais mettre ça tous les jours, pour aller n’importe où». Et bien sûr, elle a voulu la même chose. Elle voulait, comme la plupart des gens, ne pas se poser trop de questions devant son armoire le matin. Elle voulait pouvoir attraper au vol un vêtement qui soit au plus proche de sa personnalité. Non, mieux que ça: un vêtement qui soit au plus proche de la façon dont on souhaite se projeter dans le monde. Un uniforme comme un passe-muraille, comme lorsque les enfants se déguisent, et deviennent des super-héros, en un coup de cape. Les rentrées, les 1ers de l’an, les lundis: tous ces départs arbitraires qui nous offrent la possibilité de croire, un peu plus que d’ordinaire, à la possibilité d’une transformation

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de soi. Bien sûr, l’uniforme n’est ni un but en soi, ni un seuil définitif. Il n’est que l’intermédiaire et le signe d’un déploiement, d’un passage. A quoi servent les habits, si ce n’est à nous transporter vers un lieu où la vie reprend ses droits? S’il y eut mille uniformes, mille représentations de soi entre la cape de super-héros et la veste Saint Laurent, c’est que l’idée que l’on se fait de ce que l’on aimerait être est multiple, souple, protéiforme, constamment travaillée (et le plus souvent à son insu) par les croyances que l’on a sur soimême et son environnement. Sur ce que l’on aime, qui l’on aime, et comment on voudrait être aimé. Et surtout, quelle empreinte nous désirons laisser dans le monde. S’habiller, bien entendu, ce n’est pas incarner. Mais c’est commencer à s’approprier une identité. C’est un pas-chassé dans l’immense valse des apparences que dénoncent depuis toujours une grande partie de la philosophie et de la littérature, et dont Platon a fait sa principale doctrine. Mais entre l’Être et la représentation qui la symbolise, il y a un lien. Que les Américains ont en partie formalisé au travers de cet aphorisme populaire: «Fake it until you make it». L’idée de se prendre pour quelqu’un, parfois si décriée («il/elle ne se prend pas pour n’importe qui!») est en réalité parfois bien utile. C’est parce que l’on se croit capable de se prendre au jeu, au jeu de quelqu’un ou quelque chose, que l’on commence à rentrer dans la danse. C’est, sous diverses formes et dénominations, la technique qu’utilisent de nombreux coaches – sportifs ou développement personnel – et qui consiste tout simplement à se visualiser (victorieuse) dans la situation que l’on cherche à dompter. C’est encore la méthode Coué et tous ses dérivés qui peuplent les rayons des librairies et rencontrent un incroyable succès, et qui ne nous disent pas autre chose: vous pouvez le faire. «Just do it». Et pour y parvenir, soyez méthodiques (si possible, en moins de 10 étapes). Pour ma part, j’ai toujours été assez peu réceptive à ce type de méthodologies. En revanche, j’ai appris qui je voulais être en aimant des personnages. Cinématographiques bien sûr, et aussi littéraires. Jeanne Moreau dans «Jules et Jim» (et tous les Truffaut en général), Claudia Cardinale dans «Le Guépard», Margot dans «La famille Tannenbaum», Meryl Streep dans «Kramer contre Kramer», Diane Keaton dans «Annie Hall», Ariane dans «Belle du Seigneur», parmi


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tant d’autres. Et des hommes aussi, bien sûr! Avec une nette préférence pour tous les gangsters mafieux, d’Al Pacino dans «Le Parrain» à De Niro dans «Mean streets». C’est parce que je voulais être eux, avoir leur vie, leur répartie, leur allure, leur démarche que bien souvent, j’ai choisi tel jean, tel sac ou telle chemise. Non par fétichisme, non par naïveté; mais parce que «se prendre pour eux», c’était déjà admettre la possibilité de s’en approcher un peu. Se mettre dans un rôle, dans un état d’esprit, commencer à tisser une fiction. Ce n’était pas qu’eux, c’était tout un paysage, toute une atmosphère, toute une électricité qui se déployait autour de cette panoplie. Soudain, je marchais dans Little Italy ou à Montmartre. Mon pas était réglé sur la bande son du film dans lequel je nageais pour quelques semaines, le temps de me trouver d’autres héros à poursuivre. Où sont-ils allés, que sont-ils devenus, ces merveilleux amis de passage? Ils sont en moi et forment les strates de ce dont je rêve aujourd’hui. Ils sont les chemins de traverse que j’ai empruntés pour m’approcher toujours plus près de moi, de tous les moi en puissance, de tout ce qu’il me reste à vivre et surtout, à inventer. C’est pour ces mêmes raisons qu’adolescente, les shootings de Steven Meisel me plongeaient dans des rêveries sans fin. De par leur caractère narratif et parfois dramatique, ils étaient encore mieux qu’un film: il était celui que je pouvais ébaucher dans mon esprit à partir de ces clichés qui suggéraient sans tout révéler. Je me souviendrai toujours de cette nuit, dans un hôtel de Florence, où je terminais «L’Assomoir» d’Emile Zola et je tombais sur cette série d’anthologie de Steven Meisel, «Dance marathon», inspirée du film de Sidney Pollack, «They shoot horses, don’t they?» avec Kirstin McMenamy, Naomi Campbell, Amber Valetta, Carolyn Murphy, Karen Elson, Shalom Harlow et Vincent Gallo notamment. Je me souviendrai de ce choc esthétique. De cette ambiance passablement grunge (c’était les années 90), de ces visages tordus par la fatigue, la sueur. Je me souviens d’avoir entendu le cri intérieur de ces corps, qui faisait écho au mien, à celui

de mon corps d’adolescente, à celui de Gervaise dans «L’Assommoir», à celui de toutes ces femmes, et de tous ces hommes qui dansaient, de mille manières, dans l’espoir éperdu de sortir de leur irréductible solitude. La perception de soi, c’est un film que l’on déroule. Celui que l’on choisit d’écrire, et dans lequel on désire ardemment se projeter. C’est cette fraternité de gestes, de cris, d’attitudes qui permet de se reconnaître dans l’unicité de la condition humaine, malgré ses différents visages. En s’adjoignant, strate après strate, ces différents personnages que l’on a aimés et auxquels on a souhaité emboîter le pas. A chaque rentrée son nouvel uniforme. Ses nouvelles conquêtes, ses nouveaux héros. Ce que j’aime dans ce processus, encore plus que l’adjonction de nouveaux territoires de soi, c’est le mouvement qui permet de leur faire place: en se dépouillant de ce qui n’est plus nous. Tout ce qui s’efface, parce qu’il est désormais superflu. Ce qui vit en nous, nous a traversés et construit, avant de se révéler inadéquat à ce que nous sommes, ici et maintenant. Faire place nette dans l’armoire pour ne garder que le vestiaire qui nous ressemble aujourd’hui, c’est-à-dire demain. Se vêtir, se parer, se préparer: c’est une immense toile blanche où se croisent ceux, réels ou fictionnels, dont le destin nous a émus, et que l’on commence – comme dans tout processus artistique qu’Aristote nommait «mimèsis» – à imiter. C’est mettre en forme et agencer le rapport de soi à son environnement, de façon à être au plus près de ce vers quoi on tend. Essayer de faire coïncider intimement son apparence et sa personnalité. C’est commencer par tenter de ressembler à ce que l’on désire, pour enfin le devenir. Représenter, avant d’incarner. La cape, pour se sentir pousser des ailes de super-héros. Le sac à dos Spiderman, pour rentrer dans la peau d’un écolier. La veste de tailleur, pour franchir la porte de la salle de réunion. La robe de bal, pour se souvenir de cette phrase du «Guépard»: «Pour que tout reste comme avant, il faut que tout change». Et vous, quel sera votre uniforme de la rentrée?

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AUTOMNE-HIVER 2018/2019

L’hiver prochain sera celui des fortes têtes. Hackeuses cyberpunk, zadistes baba cool, punk rockers sur le retour... les archétypes de la saison font de l’activisme la seule attitude qui vaille. Pour éviter la dystopie. Par MATHILDE BERTHIER

Photos DR, MARCIO MADEIRA Photo opener CALVIN KLEIN

LES ­ ENDANCES T


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LA VIE DE BUREAU Bienvenue dans un monde où métro, boulot et dodo se donnent le change. Tout twisté qu’il est (basques, épaules et jeux de manches), l’authentique costume gris des bureaucrates seventies met la fantaisie au tapis. Dystopique.

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GUCCI

MCM

GARETH PUGH

CHLOÉ

ERDEM

THOM BROWNE

MOREAU PARIS FAUBOURG

Photos DR

BALENCIAGA


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BÂTIMENTS ET TRAVAUX PUBLICS Décidément très à l’aise avec le secteur secondaire, la mode persiste et signe dans le vêtement de fonction, tendance ingénieure. La parka haute visibilité se substitue au trench et les bottes de sécurité... aux Crocs, trop classiques pour passer l’hiver. L’allégorie d’un milieu en grand chantier?

KENZO

MARNI

OFF-WHITE MAISON MARGIELA

MAISON MARGIELA

PRADA

SPORTMAX

DRIES VAN NOTEN

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INTELLIGENCE ARTIFICIELLE À l’heure où l’intelligence artificielle redistribue les rôles, la mode déploie son escadron d’héroïnes de science-fiction. Cyborgs à deux têtes, créatures post-apocalyptiques, hackeuses cyberpunk... Trinity de «Matrix» prend la tête du cortège.

GUCCI

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ALEXANDER WANG

OFF-WHITE

HERMÈS

MY GREY

OLIVIER THEYSKENS

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AKRIS

MARINE


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POLYCHROMIE Entre le tie & dye et l’arc-en-ciel,
le colorama de l’hiver couvre tout le spectre de la lumière. Et emporte avec lui des années de monochromie.

CHANEL

JW ANDERSON

MAISON MARGIELA

PRADA

TOM FORD

SIES MARJAN

HOGAN

BALENCIAGA

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SEX PISTOLS En voilà un qui met tout le monde d’accord. Porté de pied en cap et retravaillé en jaune, bleu ou «black watch tartan», le tartan, damier culte de la contre-culture seventies, rhabille à la sauce punk les endimanchées de la mode.

TRUSSARDI

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LOUIS VUITTON

ATLEIN

MICHAEL KORS

SIMONE ROCHA

MICHINO

N°21

CARVEN


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LE «LOUIS VUITTON NEW WAVE» Inspiré du mouvement musical des années 1980, ce sac rock et électrisant à souhait donne le ton et inaugure une allure pop et audacieuse. Par LÉA TRICHTER-PARIENTE Photographie JULIA ANDREONE

TOUT EN CONTRASTE S’il évoque l’énergie des années 1980, le tracé ondulé
de son matelassage reprend
le motif graphique suggérant la vague qui orne une malle historique de la maison. Inventeur de l’art du voyage, Louis Vuitton reste fidèle à son héritage tout en bousculant ses codes. Sophistiquée et fun, la sérigraphie aux couleurs de l’arc-enciel sur ses poignées amovibles s’oppose aux chaînes et fermoirs, qui adoptent un aspect patiné et discret. IMPERTINENT ET CHIC Conçu pour devenir un compagnon inséparable, il est composé d’un cuir d’agneau particulièrement souple et doux. Quatre modèles sont déclinés, dont le «Chain Bag» (photo), petit ou moyen, qui fait battre le cœur des adeptes de mode les plus pointues, tandis que la forme cabas, le «Chain Tote», est plus classique. La pochette passe quant à elle du jour au soir tel un caméléon. BLING DÉCOMPLEXÉ Élaboré selon la technique du piqué retourné, le «Louis Vuitton New Wave» est fabriqué en Italie avec la plus haute qualité artisanale. Il a été proposé dans cinq coloris, des plus sages (noir, blanc ou rouge) aux plus girly (smoothie pink et malibu green). Pour les teintes flash propres
à la scène clubbing des années 1980, il aura fallu attendre la rentrée de septembre 2018. De même, il faudra ­s’armer de patience pour dégoter les modèles
en denim, à patchs ou ceux rehaussés de motifs jaguar.

Sac «Louis Vuitton New Wave» en cuir, LOUIS VUITTON, à partir de CHF 1 500.


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STYLE Lauréate du prix Women In Film Max Mara Face of the Future, Alexandra Shipp, Storm dans «X-Men», tombe le masque dans des films plus engagés. Le dernier en date? «Love, Simon» de Greg Berlanti, actuellement en salles. Par MATHILDE BERTHIER

AVIS DE TEMPÊTE L’OFFICIEL: Vous succédez à Katie Holmes, Kate Mara ou Natalie Dormer comme lauréate du ­Women In Film Max Mara Face of the Future. Que cela signifie-­t-il pour vous? ALEXANDRA SHIPP: En plus d’être des actrices de talent, ces femmes possèdent toutes des personnalités incroyables. Faire partie de la même «famille», d’une certaine manière, me touche beaucoup. Quand j’ai été choisie par le jury du prix, j’ai compris que les gens étaient prêts à entendre ce que j’avais à dire, que ma parole avait du poids.

Photos DR

Un espace de parole,
voilà ce que le mouvement Time’s Up a conquis ces derniers temps, à Hollywood... Il fallait que les actrices puissent dire ce qu’elles avaient à dire, et qu’elles puissent être écoutées. Time’s Up est le signe d’un changement profond dans le cinéma: nous militons pour qu’à l’écran la femme n’apparaisse plus comme un symbole sexuel ou comme un personnage secondaire. Beaucoup de gens pensent qu’un film à prédominance féminine est un film féministe, mais il s’agit simplement d’un film avec des rôles principalement féminins. Plus personne ne veut de cette ségrégation. Pour moi, il est important que les jeunes générations – que le cinéma éduque, d’une certaine manière – voient Catwoman se battre au côté de Batman et Robin, qu’elle ne soit plus seulement un adjuvant. Parlez-nous de votre dernier film, «Love, Simon»... Avec «Love, Simon», nous voulions lever le voile sur ce
à quoi la jeunesse LGBT est confrontée aux États-Unis. C’est surtout la première fois qu’un grand studio de cinéma se lance dans la production
et la réalisation d’une histoire d’adolescents homosexuels.

Un combat qui vous est cher, hors plateaux? Tout le monde, à un moment ou à un autre de sa vie, doit faire face à l’inégalité, que ce soit en raison de
sa sexualité, de son genre ou de son origine. En ce qui me concerne, pouvoir tenir le rôle de Storm dans «X-Men» après Halle Berry, et apporter ainsi ma pierre à l’histoire afro-américaine au cinéma ont beaucoup compté.
 Vous êtes une musicienne accomplie: vous écrivez des chansons, vous jouez du piano, de la guitare... La musique nourrit-elle votre pratique d’actrice? Tout à fait, car j’utilise la musique comme un exutoire artistique. Je garde mes mélodies pour moi, à la manière d’un journal intime. Ce n’est pas quelque chose que j’ai envie de monétiser et, si je devais un jour produire de la musique professionnellement, la mienne ou celle d’autres artistes, il me faudrait trouver un juste équilibre entre la thérapie «gratuite» et le business pur... L’art est-il la seule thérapie viable selon vous? J’ai été élevée par une mère enseignant le Kundalini: j’ai donc grandi en méditant et en pratiquant le yoga. Je crois qu’en cultivant son corps et son esprit, peu importe la pratique, on peut être capable de faire n’importe quoi, de relever n’importe quel défi: être sapeur-pompier, agent de police... ou même président de la République! À ce propos, j’espère que Donald Trump va bientôt commencer à méditer et à essayer de trouver son centre...

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STYLE Yvonne Reichmuth s’est fait un nom international en tant que designer. Kylie Jenner, J Jessie, Cardi B ou Taylor Swift – les célébrités raffolent des sublimes collections de la talentueuse Zurichoise. Mais comment marier cristaux glamour ­S warovski et corsages en cuir?

YVY, LE CUIR AUX MILLE FEUX Par LENA STÄHELI Photographie KARINE & OLIVER

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Qu'il s'agisse de luxueux bijoux ou d'un étui glamour pour téléphone portable, Swarovski est partout. Mais cela ne s’arrête pas là. La maison autrichienne est également connue pour ses collaborations avec Karl Lagerfeld, Dior, Viktor & Rolf et bien d'autres. A cela s’ajoute un immense engagement pour la durabilité ainsi que divers projets d’encouragement à la création. Et c'est ce dont il s’agit ici. Le label Yvy de la talentueuse artiste Yvonne Reichmuth a été sélectionné par Swarovski pour une coopération passionnante. C’est un atelier autrichien qui a d’abord permis à Yvonne Reichmuth d’apprendre à manier les cristaux Swarovski. La designer a dû ensuite élaborer une stratégie pour les intégrer à sa collection. L'objectif était de provoquer chez les clientes une réaction inédite, inattendue surtout, à partir des vêtements et des accessoires. Yvonne Reichmuth s’est donc donnée comme objectif de combiner des pièces de sa principale collection à des cristaux Swarovski. Pour sa cape en forme de boîte, le chef-d'œuvre de la collection, le défi n’a pas simplement été de coudre les cristaux sur le cuir, mais de les utiliser comme élément de liaison entre les différents éléments de peau. Le jeu de la lumière et du mouvement est ici particulièrement impressionnant.

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Une autre pièce phare de sa collection, son chapeau en cuir entièrement recouvert de cristaux à l'intérieur, produit un effet unique en fonction des mouvements de tête de celle qui le porte. Parmi les autres pièces, on compte un bustier, un sac ainsi que différents accessoires. Comme source d’inspiration, Yvonne Reichmuth s’est choisi une pionnière de l'architecture moderne et du design de mobilier, l'architecte Eileen Gray, connue de tous les amateurs pour ses classiques intemporels. Les éléments géométriques en métal, qui retiennent par exemple la fameuse table basse, ont été repris sur les éléments de base de la collection, rappelant ainsi le brutalisme français – ce qui explique le nom de la collection, «Brut by Yvy». Enfin, la surface des cuirs a été retravaillée. La technique dite du laquage de Gray transforme le cuir mat en une surface d’aspect laqué, dotée d’une apparence plus douce et légèrement polie.

La collection Brut by Yvy sera présentée pour la première fois à Mode Suisse, le 3 septembre 2018 à Zurich. swarovski.com y v y.ch


Modèle NAOMI L @ OPTION, Zürich Coiffure et maquillage MICHÈLE ANDERHUB @ STYLECOUNCIL, Zürich ASSISTANT PHOTOGRAPHIE NICOLAS BURRI


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EA Les meilleurs produits de l'automne, à découvrir dès la page suivante.

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T Photo NICK VEASEY für LA PRAIRIE.

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NEWS BEAUTÉ PRÊTE POUR LES… ALIMENTS «COUP DE BOOST» Les bonnes résolutions, c’est quelque chose. Au plus tard après Pâques, elles sont déjà oubliées. Car, à peine rattrapés par le stress quotidien, tout doit aller vite et nous n’avons plus le temps pour un petit-déjeuner aux smoothies maison fabriqué au Nutribullet. À midi, affamés, un sandwich englouti devant l’écran d’ordinateur et, le soir, une pizza livrée à domicile. Si le livreur ne nous demande plus ce que l’on veut commander, alors c’est le moment de changer d’approche. Mais, pour l’instant, c’est la honte qui l’emporte. Heureusement, l’été nous amène beaucoup de soleil et donc un vrai coup de boost de vitamine D. De bonne humeur, on ne remarque pas du tout qu’on abuse gentiment de ses forces. Mais, au plus tard dès les premiers jours frais d’automne, il suffit littéralement d’un seul coup de vent frais et nous avons déjà attrapé le rhume & co., notre compagnon à perpétuité. Les avis divergent

sur la question des compléments alimentaires et le débat est véhément. Ceux qui se nourrissent régulièrement sainement et de manière équilibrée n’ont certainement pas besoin de se poser cette question! Pour les gens comme moi, qui n’ont que trop peu de discipline, qui oublient très vite ce concept et qui font toujours tout pour fuir les légumes, les aliments «coup de boost» sont une vraie bénédiction. Jusqu’au beau jour où j’arriverai peutêtre à chambouler complètement mon style de vie... D’ici là, j’ai recours, avec reconnaissance, à d’autres aides pour maintenir l’équilibre de mon taux de vitamines et de minéraux relativement bon; même si ce n’est qu’un effet placebo, il fonctionne et je suis au moins convaincue. Si je souffre d’un manque d’énergie passager, je prends simplement la poudre «Superfood Blend» de Foodspring qui trouve parfaitement sa place dans mon sac à main. Grâce au

mélange de poudres végétales bio au lucuma, baobab, poudre de guarana, maca, curcuma, gingembre et caféine, les petites faiblesses disparaissent en un clin d’œil. Grâce à la nouvelle eau «Vitamin Well Upgrade» de la Suède, je me passe plus souvent du coca pour rester éveillée. J’ai surtout un faible pour le nouvel arôme citron/cactus. Cette eau naturelle est pauvre en calories, elle est sucrée au fructose et contient les vitamines B6 et B12, la vitamine D, du magnésium et du zinc. En tant que fumeuse, j’apprécie les chewing-gums et les pastilles à sucer comme substitut. Les chewing-gums multivitaminés de l’entreprise suisse Health-iX contiennent aussi huit vitamines importantes et on les trouve aux arômes d’orange, framboise et myrtille pour une haleine fraîche. Ainsi, ils remplissent plusieurs fonctions en même temps. Du coup, j’en prends tout de suite deux…

Poudre «Superfood Blend», 150 g, FOODSPRING, CHF 30. foodspring.ch

«Chewing-gums multivitaminés», 120 g, HEALTH-IX, CHF 10. fhunziker.ch

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«Citron/cactus», 50 ml, VITAMIN WELL UPGRADE, CHF 3. trivarga.ch


«Waso Beauty Sleeping Mask», 80ml et «Waso Purifying Peel Off Mask» 100 ml, SHISEIDO, CHF 55, CHF 45. shiseido.com

«Kit de démarrage», appareil ultrason, gel collagène, 50 ml, sérum hyaluronique, 15 ml, câble USB, MIRA-SKIN, CHF 330. marionnaud.ch

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Photos DR, GETTY IMAGE, SHUTTERSTOCK

«Absolue de parfum Hirondelles», 80 ml, LALIQUE, CHF 1120. lalique.com

DUO SOS

130 ANS DE LUXE

À LA VITESSE DU SON

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Comme un ordinateur, un iPad et un iPhone, la peau stressée a aussi besoin d’une réinitialisation de temps à autres, et elle doit recharger ses batteries. C’est exactement ce que lui apportent les deux nouveaux masques de la ligne «Waso» de Shiseido. Le masque «Purifying Peel Off» au shiso rouge, basilic japonais, nèfle du Japon, poudre antipollution et extrait de racine de pivoine, débarrasse la peau des impuretés et des saletés. Pour bien détoxifier la peau, on applique ce masque une fois par semaine. Le masque «Beauty Sleeping» peut être utilisé tous les soirs comme crème de nuit. Il réhydrate la peau grâce à l’extrait de pépins de yuzu, plancton végétal, ginseng, extrait de chardon et racines de carotte.

130 ans se sont écoulés depuis que René Lalique marqua pour la première fois de ses initiales l’une de ses créations – c’était en 1888. Aujourd’hui, cette marque de luxe évoque le cristal noble et les senteurs raffinées. Le flacon du jubilé est orné d’or 23 carats avec pour motif des hirondelles. Certes, une hirondelle ne fait pas le printemps, mais elle présage de bonnes nouvelles. C’est exactement comme le parfum, sensé être messager du bonheur. Ce parfum, limité à 130 exemplaires, a été créé par Nathalie Lorson. La parfumeuse de Firmenich a mis en avant du jasmin porte-bonheur. La note de cœur est composée de l’absolue de jasmin arabe d’Inde, une infusion de jasmin arabe et d’absolue de jasmin de Grasse. La note de tête suave contient du freesia, du gardenia et de la tubéreuse. L’absolue de vanille de Madagascar, l’héliotrope et le musc font office de base.

L’ultrason est utilisé depuis longtemps en médecine et en physiothérapie pour aider à la guérison. Dans les instituts, la cosmétique en tire aussi les bénéfices. Selon la fréquence, l’intensité, l’utilisation en continu ou par impulsions, cette méthode peut être utilisée pour lutter contre les rides, la peau atone et sèche, la peau blême et mal vascularisée, la peau impure et à tendance acnéique. Les traitements prennent du temps et sont onéreux. Mira-Skin vient de sortir un appareil conçu pour l’utilisation à domicile. On voit déjà l’effet en l’utilisant 5 minutes une fois par semaine. Que ce soit avec le sérum à l'acide hyaluronique livré avec l’appareil ou la crème habituelle, le traitement permet aux principes actifs d’agir en profondeur dans la peau en la rendant plus ferme à court et à long terme.

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BEAUTY «Lash Volumiser 38°C Mascara», 10 ml, SENSAI, CHF 50. sensai-cosmetics.com

«Le Rouge Crayon de Couleur Mat 259 Provocation», CHANEL, CHF 50. chanel.com

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7 Ligne «Flash Nude» et «Pore Express», 30 ml, CHF 45, fond de teint fluide «Flash Nude», 30 ml, CHF 50 et poudre, 6,2g, CHF 50, FILORGA. filorga.ch

GET THE FALL LOOK

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Les cils voluptueux sont le rêve de toutes les femmes. Afin d’obtenir cet effet, elles utilisent toute sorte d’astuces. Les cils ressortent particulièrement bien lorsque l’on renonce au fard à paupières et que l’on éclaircit le teint, comme chez Valentino.

Afin d’obtenir la tendance teint naturel, il faut un teint parfait, c’est ce que l’on a pu voir chez Alexander Wang. Celle qui a tendance, par nature, à avoir des rougeurs ou des taches de pigmentation appliquera astucieusement un fond de teint soignant.

Lorsque la mode redevient extravagante, le maquillage reste discret. Les points forts des défilés de mode ont donc été les classiques indémodables avec une touche de singularité.

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BEAUTÉ

QUESTIONS AU DR PAULINE BURGENER Docteur en biologie moléculaire et créatrice des cosmétiques Dr Pauline Burgener.

 n tant que biologiste moléculaire, comment êtesE vous arrivée dans la cosmétique? Déjà lors de mes études à l’Université de Lausanne, je me suis intéressée à la peau et à son vieillissement, et j’ai suivi une formation complémentaire. En 1955 déjà, mon beaupère, le Dr Marc Burgener, a développé dans sa clinique des soins particuliers favorisant la guérison suite à une intervention esthétique. Il était donc logique de suivre ses pas. En 1995, avec mon frère et ma sœur, j’ai ouvert le Centre Dr Burgener à Lausanne avec un concept de beauté et spa holistique, et j’ai développé des soins complets de luxe pour le visage, combinant le meilleur de la nature avec la toute dernière technologie suisse.  a nouvelle ligne haute couture, en quoi est-elle L ­particulière? Notre ligne «normale» est composée d’un lait démaquillant classique, d’une lotion et d’un tonique, d’un peeling et d’un masque, de divers sérums et crèmes que nous combinons selon les besoins de la cliente. Je trouvais cette ligne trop sobre, car chaque peau est unique et elle a des besoins individuels. Ainsi, j’ai créé un concept de soins personnalisés, un Customized Treatment, pour ainsi dire.

Comment cela fonctionne-t-il? En collaboration avec l’équipe du Professeur Humbert de l’Université de Besançon, nous avons développé diverses méthodes d’évaluation de l’épiderme. Ainsi, le photovieillissement, le sébum, la pigmentation, l’élasticité de la peau, la sensibilité, l’hydratation et les rides sont analysés. En outre, des tests sanguins sont effectués pour déceler les signes de carence. Ces données sont étudiées et des soins individuels élaborés; ceux-ci sont envoyés à la cliente dans une box. Tous les six semaines, on effectue un soin et une autre analyse pour repérer les besoins actuels du derme et adapter le soin aux changements de la peau. Où peut-on faire effectuer l’analyse et les soins? Dès octobre, tout nouvellement, à l’hôtel Dolder Grand à Zurich. Autrement, nous sommes dans des hôtels exclusifs comme le Grand Hôtel du Lac à Vevey, le Grand Hôtel du Cap-Ferrat en France, le Four Seasons Downtown à New York et le Four Seasons Hôtel des Bergues à Genève.

drburgener.com thedoldergrand.com

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LA VIE

PASSER DU POINT G AU POINT COM


BEAUTÉ En réseau, en Wi-Fi ou en réalité virtuelle, la technologie numérique invente un alphabet entier de sensations, de possibilités, d’échanges. Pour la nouvelle ­révolution sexuelle, swipez à droite. Par ALICE PFEIFFER

Une chambre d’hôtel, des draps froissés, un sextoy qui traîne près de la baignoire. En ce soir de Saint-Valentin à l’hôtel Grand Amour, dans le 10e arrondissement parisien, des binômes entrent tour à tour et s’assoient sur le lit de la chambre 206 pour une expérience sexuelle d’un autre genre: un casque audio permet de suivre les ébats sexuels d’un couple par le biais du son. «Chambre 206» est une œuvre érotique imaginée par la DJ Giulietta Canzani Mora, aka Piu Piu, avec l’actrice et réalisatrice de porno alternatif Olympe de G. Cette expérience immersive sonore opère en réalité augmentée: en partenariat avec Audible, le service de livres audio high-tech d’Amazon, elle opère par son dit binaural, qui recrée la spatialité auditive de chaque vibration. Le résultat? Une précision sans précédent qui documente chaque souffle, glissement, frottement avec autant de proximité qu’une expérience corporelle vécue.

Photos MANUEL CEBALLOS BAILÓN

Pour Piu Piu, ce genre d’expérience nous permettrait de «retrouver des sensations et émotions perdues dans un paysage sexuel actuel limité à la vue». Elle ajoute: «Le porno nous a habitués à être stimulés de façon ultraformatée, si bien que nos désirs sont quasiment préenregistrés, sans surprises, aplatis... Ces avancées technologiques nous font renouer avec une sensualité plus complexe». L’ÉROTISATION DU SMARTPHONE Grâce à un panel d’offres, d’objets, d’applis plus vaste
que jamais, ce n’est plus son point G que l’on découvre,
mais tout un alphabet sensoriel et charnel. Dans le cas de «Chambre 206», l’audition devient un stimulateur permettant de tracer une cartographie sexuelle de notre corps entier, et de se connaître comme jamais auparavant.

Passer par la technologie pour revenir à la source de son intimité, c’est tout sauf antinomique pour la génération des millennials, qui a intégré au cœur de son désir de nouveaux outils de façon fluide. Depuis la popularisation des vibromasseurs par la série «Sex & the City», qui représente sans complexe des héroïnes préférant rester chez elles avec leur «lapin» stimulateur clitoridien que de se rendre à un rendez-vous; ou depuis les sextoys de luxe dessinés par Nathalie Rykiel, qui donnent leurs lettres de noblesse aux godemichés et font tomber les tabous autour de la masturbation; ou depuis les produits dérivés du film «Cinquante Nuances de Grey», qui démocratisent la culture bondage, voilà que se débrident les zones érogènes et les fantasmes... Aujourd’hui, l’accès à Internet et aux smartphones a largement contribué à ce rapport changeant au plaisir. Comme
le démontrent de nombreuses études menées par le Kinsey Institute, l’organisme de recherche en sexologie de l’université de l’Indiana, ainsi que le champ grandissant des porn studies dans le milieu universitaire anglo-saxon, notre téléphone occuperait bel et bien une place charnière dans nos pratiques coquines. Celui-ci serait devenu fétichisé, porteur d’une charge érotique, à la fois comme accès aux rencontres en ligne, aux sites porno, aux plans cul et à des notifications aguicheuses et valorisantes tout au long de la journée. «Le smartphone est devenu un lieu de nouvelles possibilités, de rencontres autant que de stimulations personnelles, un lieu de quête de nouvelles solutions pour mieux se connaître et mieux connaître l’autre», analyse la chercheuse Amanda Gesselman du Kinsey Institute. RÉALITÉS VIRTUELLES ET SENSATIONS PHYSIQUES En tête des outils 3.0 simulant des rapports sexuels, la réalité virtuelle, ou VR, domine le marché actuel. Les masques

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«Le porno nous a habitués à
être stimulés de façon ultraformatée, si bien que nos désirs sont quasiment préenregistrés, sans surprises, aplatis... Ces avancées technologiques nous font renouer avec une sensualité plus complexe.» PIU PIU

proposés par le service Holo Girls VR propulsent chaque spectateur dans la peau d’une actrice ou d’un acteur porno. Grâce à une vision en POV (point of view, comme si la caméra filmait ce qu’on voit), ils donnent l’impression d’avoir un rapport sexuel avec un partenaire. Ce lien entre l’imagination et la perception de soi renouvelle le rapport au corps, à la fois fantomatique et fantasmé. Dans certains cas, l’expérience est poussée plus loin: l’application OhRoma (jeu de mots sur «arôme» et «oh») propose un masque simulant des odeurs avec des options comme «petite culotte» ou «sécrétion»: l’odorat, sens souvent oublié dans les rapports sexuels, redevient un excitant essentiel. Le Red Light Center VR, lui, fonctionne comme le jeu des Sims: on s’aventure avec son avatar dans un monde alternatif, digital et ultrasexué où tout serait permis. Ainsi, dans un environnement cadré, sans honte ni tabou, on peut expérimenter des personnages, jeux de rôle ou pratiques éloignés de ce que nous ferions IRL (in real life). L’expérience la plus «bimédia», si l’on peut ainsi la nommer, est imaginée par la société japonaise Illusion: celle-ci arme son public d’un casque de réalité virtuelle et d’une fausse poitrine, ou d’une autre partie du corps, à toucher au fil de l’acte, ainsi que d’un stimulateur vibrant entre les jambes, pour recréer
un rapport humain... Et pose la question de la frontière entre nature et culture, masturbation et échange. PLUS LOIN MAIS PLUS PROCHE Hormis une quête de sensations personnelles, la technologie permet de mieux connaître son partenaire, de se reconnecter à l’autre ou d’entretenir une relation à longue distance, par exemple. Ainsi les deux jouets Kiiroo Onyx et

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Pearl connectés entre eux, soit un godemiché pour madame et un Fleshlight (une sorte de vagin portatif) pour monsieur, qui transmettent les mouvements même à l’autre bout du monde avec, si on le souhaite, une plate-forme de visioconférence. Sans oublier Sexfit, objet connecté qui mesure et évalue notre performance, les calories dépensées, la durée du coït des deux partenaires: ce coach personnel propose même des modules d’entraînement. Quant aux vibromasseurs BlueMotion, ils se connectent via Bluetooth et offrent d’enregistrer des playlists de sensations et de vibrations pour une personne choisie. On peut aussi laisser de parfaits inconnus en ligne décider de notre plaisir... ET LES ÉMOTIONS DANS TOUT ÇA? Si la tech éveille les consciences et les possibilités, elle ouvre aussi l’exploration d’une plus grande émotivité. The Touch est un anneau connecté à l’être aimé qui permet de ressentir les battements de son cœur. The Little Bird est un sextoy connecté à une application de lectures érotiques qui suit notre excitation et propose des options liées aux émotions et aux palpitations ressenties. «Le sexe, moins mécanique, devient une sorte de quête existentielle», ajoute Piu Piu au sujet de ces progrès. Pour la théoricienne du genre Donna Haraway, qui étudie le lien entre féminité, sexualité et technologie, cette dernière composante serait essentielle à tout être humain aujourd’hui. La distinction entre vrai et faux, authentique et digital n’existerait plus. Tout ce qu’on voit, ressent, échange – textos, sextos, dick pics – est profondément hybride. «Nous sommes tous devenus des cyborgs vivant au croisement de l’imagination et de la réalité matérielle, dans un mode postgenre», écrit-elle dans l’essai «Manifeste cyborg» (1984). «À chaque femme d’apprendre à encoder sa propre sexualité.»


PIONNIER DE LA BEAUTÉ La collection Skin Caviar est devenue culte, tout comme sa quête de la jeunesse éternelle poursuivie depuis plus de trente ans. La Prairie a été la première entreprise de cosmétiques à utiliser les actifs précieux du caviar pour les soins de la peau, faisant véritablement œuvre de pionnier. Aujourd’hui, la ligne s’agrandit avec élégance. Photos DR, NICK VEASEY

Par URSULA BORER

À la recherche d’une recette pour rajeunir, le Dr Paul Niehans mit au point un procédé révolutionnaire, en 1931, à la Clinique La Prairie à Clarens, sur les rives du Lac Léman. Depuis lors, il est considéré comme étant l’inventeur de la thérapie à base de cellules fraîches. Inspirée par cet esprit pionnier, La Prairie a développé le Complexe Cellulaire exclusif avec lequel la société de cosmétiques suisse réalisa une percée révolutionnaire en 1978. A ce jour, sa formule reste un secret bien gardé qui se dissimule dans tous les produits La Prairie. Dès 1987, la collection Skin Caviar ­marie la science la plus moderne au luxe absolu, car les œufs d’esturgeon sont non seulement riches en oligo-­ éléments et aminoacides qui nourrissent et régénèrent la peau, mais ils contiennent aussi des phospholipides, des vitamines et des protéines aidant à sa restructuration. Skin Caviar Essence de Teint franchit une étape supplémentaire: il est le pre-

mier fond de teint fluide compact enrichi en Eau de Caviar. Les pigments soft focus donnent un aspect parfait à la peau, sans effet masque, et lui confèrent un fini naturel. Le SPF 25 offre une haute protection solaire et, grâce au PA+++, il protège particulièrement bien la peau contre les rayons UVA, responsables du vieillissement prématuré de la peau. On peut varier le degré de couvrance de léger à moyen pour la journée et en soirée. L’emballage high-tech rechargeable protège efficacement le produit de la lumière et de l’air, et il se glisse dans n’importe quel sac à main. Une légère pression suffit pour obtenir la dose de jeunesse idéale.

La nouvelle «Skin Caviar Essence de Teint SPF 25 / PA+++», LA PRAIRIE, CHF 225. laprairie.com

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BEAUTY

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LA VIE

Les grillons, le doux parfum de la lavande et des roses – voilà résumée la quintessence des vacances en Provence. Dior a su mettre à profit, il y a déjà longtemps, les caractéristiques de la région, et a intégré la senteur de la rose de Mai locale dans ses créations de parfums. Par MANOU STEIGER Photographie JUSTIN WU

EN DIOR


ZOË PASTELLE. La jeune beauté de 20 ans a rencontré le succès au cinéma avec «Blue My Mind», et collabore avec les parfums CHRISTIAN DIOR depuis deux ans. L'année dernière, nous l'avons rencontrée dans la célèbre Suite Dior de l'Hôtel Martinez à Cannes. Vous pouvez visionner la vidéo sur lofficiel.ch/beauty

Modèle ZOË PASTELLE Coiffure STEPHAN DELAHAYE Make-up NORMAN POHL pour DIOR Make-up


BEAUTÉ

Sur toutes les photos, ZOË PASTELLE est habillée en DIOR COUTURE.

Niché entre la mer et les Alpes palpite un village d’une renommée mondiale ayant inspiré un roman historique à l'écrivain Patrick Süskind en 1985. En 1815, sur le chemin de l'île d'Elbe à Paris, Napoléon marcha avec son armée à travers cette ville endormie. Nous parlons ici de Grasse, cheville ouvrière de l'industrie mondiale du parfum, et berceau de la première création de parfum de Dior. C'est Christian Dior en personne qui s'est laissé toucher par la magie de la Provence, et s'en est inspiré pour réaliser ses plus belles créations au Château de La Colle Noire. Il n’a pas fallu longtemps pour que les champs de roses de Mai de Grasse suggèrent au maître son succès mondial «Miss Dior», en 1947. À ce jour, Grasse et le domaine Les Fontaines Parfumées sont à l'origine de chaque création de parfum de la maison Dior ainsi que du renouvellement du parfum par François Demachy, qui a mis sur le marché sa propre création en 2017. En marge du dernier Festival de Cannes, nous avons pu accompagner l'influenceuse et actrice suisse Zoë Pastelle, alors qu'elle explorait le Domaine de Manon, l'une des nombreuses roseraies produisant ses fleurs exclusivement pour la maison des parfums Christian Dior. Quant à Carole Biancalana, la propriétaire des champs de roses, elle nous a donné un aperçu exclusif des secrets de ses protégées. L’OFFICIEL Suisse: Vous avez mentionné que le ­Domaine de Manon était une entreprise familiale ­depuis des décennies – d’où vient cette vocation? CAROLE BIANCALANA: Ma grand-mère a commencé à planter des roses en 1922, et a transmis ses connaissances à

ses enfants. Cela a donc toujours été le travail de ma famille. En 2006, j'ai rencontré François Demachy lors d'une conférence, et il a été enthousiasmé par la qualité de nos roses. C'est ainsi que nous avons développé une étroite collaboration. Depuis, nous produisons exclusivement pour les parfums de la maison Christian Dior. Combien de fleurs cueillez-vous chaque année? Cela varie, environ deux à quatre tonnes. Cela dépend bien sûr des conditions météorologiques. C’est comme pour le vin, la météo détermine si la récolte sera bonne ou pas. Une plante porte en moyenne 300 à 400 boutons de rose. Quel est le plus gros obstacle que vous devez surmonter lors de la plantation? Il ne faut pas oublier que nous ne produisons ici aucun produit au sens industriel, et comme les rosiers ne poussent pas dans une serre mais en plein champ, nous sommes évidemment très dépendants des caprices de la nature. Si les conditions météorologiques nous jouent de mauvais tours une année, ce sont des tonnes de récolte qui sont perdues. Notre plus grand ennemi est la grêle. Si elle frappe, la saison est finie. Comment se déroule la récolte? Nous commençons tous les matins très tôt, et ne sélectionnons que les pétales des roses ouvertes. Les rosiers ne fleurissent que pendant un mois. À 12 heures, le champ doit être récolté, puis les fleurs sont transportées encore fraîches à l'usine de distillation, où elles sont traitées immédiatement. Le lendemain matin, les roses s’épanouissent à nouveau et tout recommence. dior.com

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De gauche à droite, le «VOILE PROTECTION TOTALE», EVIDENS DE BEAUTÉ: ce tout-en-un surdoué s’inspire des secrets du teint immaculé des femmes japonaises en combinant protection solaire, bouclier antipollution et actifs anti-âge puissants. «MASQUE SOIN EXFOLIANT JEUNESSE YOUTHMUD», GLAMGLOW chez SEPHORA: un cocktail musclé d’antioxydants à diffusion lente, pour un glow éclatant digne d’un traitement en institut. «ACTIFS

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CONCENTRÉS», HERVÉ HERAU: dernière innovation du «skin guru» Hervé Herau, ce régénérateur cellulaire surdoué raffermit et hydrate en un seul geste. «10.0 TULSI BOOSTER», SKIN REGIMENT sur JOLIMOI.COM: une huile de beauté pure et ultraconcentrée en tulsi, cette herbe indienne protectrice et nourrissante. «LE SOIN NOIR DÉMAQUILLANT», GIVENCHY: à travers les pouvoirs revitalisants des extraits d’algues marines, ce soin à la texture


CRÈME DE LA CRÈME Teint lumineux, hydratation optimale, protection renforcée ou éclat incomparable sont au menu de ces dix soins visage innovants qui séduiront les plus exigeantes. Par MELANIE MENDELEWITSCH Photographie JULIA ANDREONE

hybride révolutionne le rituel du démaquillage. «CAPTURE YOUTH PLUMP FILLER», DIOR: des molécules d’acide hyaluronique et de l’iris antioxydant, pour une peau plumpy à souhait. «D-POLLUTION ESSENTIEL», CHANEL: un bouclier urbain détoxifiant à transporter partout, pour protéger la peau des méfaits du stress oxydatif. «ELIXIR VITAE», TATA HARPER: alternative cosméto aux injections, ce cocktail anti-âge puissant rassemble

38 ingrédients naturels au fort impact repulpant. «ESSENTIAL ENERGY», SHISEIDO: un soin de jour nouvelle génération inspiré des neurosciences qui illumine, lisse et hydrate durablement. «WHITE CAVIAR CRÈME EXTRA­ ORDINAIRE», LA PRAIRIE: véritable arme contre le teint terne, ce soin d’exception est chargé en lumidose, molécule hyper­i lluminatrice aux vertus raffermissantes.

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BEAUTY De gauche à droite : «Replica Filter Blur»
de MAISON MARGIELA, «Gipsy Water Kabuki» de BYREDO, Parfum solide «Eau Rose» de DIPTYQUE, «Carnal Flower Brume» pour cheveux de FRÉDÉRIC MALLE, «Chance Eau Tendre Touche de douceur» parfumée de CHANEL.

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BEAUTÉ Adieu le pschitt? Les parfumeurs déclinent leurs succès dans des conditionnements et des textures inédits associés à des gestes originaux. Un nouveau monde d’effluves. Par ANTIGONE SCHILLING PHOTOGRAPHIE JULIA ANDREONE

SE PARFUMER AUTREMENT Si, au fil des siècles, les pratiques ont évolué, le geste le plus classique demeure encore aujourd’hui la vaporisation sur le corps. Pour réveiller les usages et aussi – sans doute – intéresser la jeune génération, les marques essaient de se renouveler. Huiles pour le corps, parfums solides sont toujours des options, mais se multiplient les parfums pour cheveux et s’inventent, grâce à la recherche, de nouveaux gestes. Intervient aussi le paramètre de la praticité (les formats de voyage, le transport). Retour en arrière parfois, avec la préciosité de l’utilisation d’une poire, la délicatesse du pinceau, ou en route vers le futur, avec l’arrivée novatrice du «cushion». Les réseaux sociaux se mettent également au parfum avec les «smellfies». Un monde de senteurs en marche. LE MODÈLE SOLIDE TOUJOURS ROBUSTE Écho aux concrètes de jadis, les parfums solides dégagent des effluves de nostalgie. Classique chez Diptyque, la version solide existe depuis longtemps, et a débuté de façon très artisanale autour d’une «pâte olfactive». Délicieux baumes parfumés lovés dans un boîtier noir, ils reprennent en version nomade des créations iconiques: «Philosykos», «Do Son», «L’Ombre dans l’Eau» et «Eau Rose». Nouvelle maison, Sabé Masson a imaginé des parfums de soin, «Soft Perfume», avec une version solide dont une collection rétro autour de l’univers de la comtesse de Ségur. MÊMES FLACONS, NOUVEAUX RITUELS Pour éliminer le geste traditionnel, mais avec le même flacon, il est possible de juste s’imprégner de parfum. Un pschitt dans l’espace et traversez la brume pour simplement «s’ennuager». Byredo renoue avec l’élégance du geste des maquillages du théâtre japonais et propose une version joliment nommée «Kabuki». Dans un boîtier laqué de noir, un pinceau rétractable, une poudre microfine et un geste pour poser le parfum («Bal d’Afrique,» «Gypsy Water» ou «Blanche») dans un nuage. En spray et avec une texture lait aérienne, la «Milky Emulsion» de «La Vie est Belle» (Lancôme) ajoute une facette soin avec des propriétés hydratantes. Les perles de parfum de Dior s’amusent d’un geste joyeux avec une bille ronde et douce qui roule et libère une texture fondante, légère et fraîche. Un petit flacon ludique, nomade pour «Miss Dior» («Blooming Bouquet» et «Absolutely Blooming») et rose de plaisir pour «Poison Girl Unexpected».

FRAGRANCES POUR LES CHEVEUX Se parfumer les cheveux avec légèreté tandis que le mouvement de la marche accentue la diffusion. Une foule de propositions aujourd’hui. Guerlain avec l’iconique «Petite Robe Noire» a, pour sa brume pour cheveux, une composition aux senteurs
de cerise, de cassis, de fleurs, de notes vertes... qui se diffuse en halo. Triplé gagnant chez Byredo, avec deux trios autour des fleurs et des bois. Chez Frédéric Malle, l’idée de nimber la personne d’un halo de parfum s’exprime avec «Portrait of a Lady» ou «Carnal Flower» et sa sulfureuse tubéreuse, deux créations magnifiques de Dominique Ropion. Pour Tom Ford, une «Brume Black Orchid» qui donne aux cheveux souplesse et éclat et ajoute des filtres anti-UVA et UVB. Aussi, «Dreamy Mists» de Cacharel pour «Anaïs Anaïs» et «Amor Amor» en version double, corps et cheveux. COMPOSITIONS HARMONIEUSES La superposition de fragrances («layering») permet de composer un nouveau parfum. Il est possible de tenter l’aventure avec «ses» parfums; dans ce cas, privilégier le choix d’un ingrédient commun et commencer par le plus capiteux pour terminer par le plus léger. Jo Malone, avec le «Fragrance Combining», en a fait sa signature, avec des associations orchestrées et harmonieuses. «Touche de Parfum» pour «J’adore de Dior» se marie aux différentes versions du même nom. Maison Margiela a imaginé pour «Replica», «Glow» et «Blur» des bases parfumées de texture huile qui se combinent avec toutes les références. «Glow» ajoute une fraîcheur solaire avec des notes de néroli, de bergamote, d’iris. «Blur», avec l’idée de flouter la mémoire, joue sur des aldéhydes, du jasmin, du musc et ajoute une sensation de mystère enveloppant. CUSHION DU FUTUR Le fameux cushion ayant révolutionné le maquillage, le parfum l’adopte en innovant. Usant d’une technique développée avec «Capsum», Chanel se lance dans l’aventure avec une jolie édition limitée pour «Chance». La nouvelle «Eau Tendre» se joue de microbulles invisibles en suspension dans une texture gélifiée. Par simple pression s’obtient la juste dose de parfum de la «Touche de Douceur Parfumée». Dans un boîtier rond décoré de coquelicots et au capot miroir, «Flower by Kenzo» se présente en cushion avec une texture gelée tout en fraîcheur, et se pose avec une houppette.

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BEAUTÉ GLACÉE Pour les derniers des beaux jours, nos routines quotidiennes prolongent l’été grâce à des eaux fraîches et des textures subtiles. Le maître-artisan glacier français Pierre Geronimi ­t ranspose quatre hits de l’été en com­ positions savoureuses et acidulées. Photographie MARINE BILLET Texte MÉLANIE MENDELEWITSCH Set design PAUL DESCOINGS

GUCCI BLOOM ACQUA DI FIORI LE PARFUM Rencontre éclatante
 du galbanum vert, de bourgeons de cassis, de la tubéreuse, de jasmin, et du rangoon, fleur unique découverte en Inde du Sud, cette fragrance qui nous transporte au gré des allées d’un jardin de fleurs imaginaire déploie son bouquet subtil et tout en fraîcheur. LA GLACE Un bouquet de saveurs florales travaillé sur une base de mélisse, enrichi d’une infusion végétale de jasmin, de pivoine, de roses sauvages et de lentisque pistachier. La cerise sur le gâteau? Une pointe gourmande de trimoline, qui apporte de la rondeur à ce bouquet glacé d’exception.

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«MÉTÉORITES RAINBOW PEARLS» ­COLLECTION SUMMER DE GUERLAIN LE PRODUIT Le poudrier mythique
de la maison Guerlain revêt les couleurs de l’arcen-ciel le temps d’une édition limitée. À l’intérieur de cet écrin délicat aux couleurs vives, six nouvelles teintes douces et lumineuses: du rose tendre qui stimule
le glow, des billes jaunes et vertes pour maîtriser les rougeurs qui accompagnent
les retours des bains
de soleil, du bleu
et du mauve pour réveiller les teints en berne, et de l’orange pour atténuer l’hyperpigmentation. LA GLACE Un mix glacé délicat, fusion raffinée de fleurs de mauve, de feuilles de citronnier pour une touche pétillante qui fusionne avec l’extrait de violette, ingrédient pilier des Météorites, qui leur confère leur signature olfactive caractéristique, déclinée en eau de toilette par le parfumeur maison Thierry Wasser.

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MASQUE «ÉCLAT GELÉE FRAÎCHE», DIOR HYDRA LIFE LE PRODUIT Une peau éclatante en trois minutes chrono? C’est le pari de ce masque vitaminé à la texture gélifiée fondante. Tout-en-un malin, ce soin futé à la galénique addictive dégrise le teint en profondeur, et ravive l’éclat cutané par un peeling léger aux noyaux d’abricot et aux extraits d’agrumes. LA GLACE Un trio rose tendre un brin régressif, né de la rencontre entre une base de guimauve, terrain de jeux sucré où le sirop gourmand composé d’abricot, de clémentine et d’un soupçon de thym citronné, peut s’épanouir.

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«CHINOTTO DI LIGURIA» D’ACQUA DI PARMA LE PARFUM Rencontre éclatante du galbanum vert, de bourgeons de cassis, de la tubéreuse, de jasmin, et du rangoon, fleur unique découverte en Inde du Sud, cette fragrance qui nous transporte au gré des allées d’un jardin de fleurs imaginaire déploie son bouquet subtil et tout en fraîcheur. LA GLACE Un bouquet de saveurs florales travaillé sur une base de mélisse, enrichi d’une infusion végétale de jasmin, de pivoine, de roses sauvages et de lentisque pistachier. La cerise sur le gâteau ? Une pointe gourmande de trimoline, qui apporte de la rondeur à ce bouquet glacé d’exception.

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Le photographe Petros a saisi, pour L'OFFICIEL Suisse, l'essence du style rock chic qui donne sa liberté à l'air du temps.

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Imperméable en PVC transparent, PHILLIP PLEIN. Photographie PETROS, Styling LORNA MCGEE.

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ALICE DELLAL, BIEN PLUS QU’UN MANNEQUIN

Photographie HUNTER & GATTI Stylisme CHRISTOPHER MAUL Texte MARTA ROMERO

Son image anticonformiste a séduit des personnalités telles que Mario Testino et Karl Lagerfeld, qui a même fait d’elle une ambassadrice de Chanel.

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Manteau en coton et wellingtons en caoutchouc et en nylon, PRADA. Montre «De VilleTrésor» en acier sertie de diamants, OMEGA.


Veste en coton, ACNE STUDIOS. Gants en cuir, MAX MARA. Montre «De VilleTrésor» en acier sertie de diamants, OMEGA.


Veste en coton, ACNE STUDIOS. Gants en cuir, MAX MARA. Baskets montantes blanches avec détail d’un snowboard noir, MAISON MARGIELA. Montre «Omega Trésor» à quartz, OMEGA.


Cardigan bleu glacier, pull et gants «Cheongsam Flower» en mélange de nylons, KENZO. Leggings avec motifs réfléchissants et sandales à talon haut, ALEXANDER WANG. Boucles d’oreille, collection ­p ersonnelle du mannequin.


Robe bustier noire à sequins brodés avec détails en fourrure, SAINT LAURENT par ANTHONY VACCARELLO.


Manteau matelassé à capuche, robe et gants en nylon laqué, MONCLER PIERPAOLO PICCIOLI.


Gants en cuir, ERMANNO SCERVINO. Top avec logo en jersey jacquard, ICEBERG. Tablier à fleurs à lanière, KAIMIN. Kilt plissé traditionnel vert et bleu avec bouton doré, ASTRID ANDERSEN.


Bottes en cuir nappa et suédé, TRUSSARDI.


Manteau bleu et col roulĂŠ, MARNI.


Abores repercimil CERTINA Body à col montant en viscose et exernatium, aut moloribus. en mélange de laines, et bottes en GUCCI aut modi odi elent. cuir nappa et suédé, TRUSSARDI. Corset de jersey, LOUIS VUITTON. Collants légers en maille jacquard intarsia, ASTRID ANDERSEN. Mannequin ALICE DELLAL Maquillage YIN LEE avec M.A.C. Cosmetics Coiffure FEDERICO GHEZZI @ Saint Luke Assistants mode POPPY HARRIS ISADORE TOZER Scénographe CIARAN LINDEN BEALE


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Punk, vous avez dit punk? Trouver une définition au mot «punk» à l’ère des millennials requiert un savoir-faire linguistique, un certain sens du compromis, voire une imagination débordante. Apparu dans les années 70 comme un genre musical appartenant au rock et remarqué pour son caractère indépendant et anticonformiste, le punk se retrouve aujourd’hui dans certaines attitudes, dans maints postures ou goûts qui dessinent à leur tour une tendance aussi hétéroclite que banalisée. C’est pourquoi tenter de définir aujourd’hui l’un des mouvements culturels les plus rebelles qui soit relève presque du défi. Heureusement, nous ayons Alice Dellal. Le modèle brésilien, né à Rio de Janeiro en 1987, est dans l’imaginaire collectif populaire, indissociable de son crâne à moitié rasé et de ses cheveux teints en blond aux racines brunes apparentes. Son look a fait d’elle une rebelle sur la scène londonienne: un style qualifié de Club kids illustrant parfaitement cette version modernisée du punk, qui influence aussi le monde de la mode, sur le podium et face aux objectifs de photographes tels Mario Testino. Car la passion de la top-modèle a toujours été la photographie. Sœur de Alex Dellal, galeriste à succès de la capitale britannique, et de Charlotte Olympia, la designer qui revisite l’élégance des années 50 avec sa propre marque, la princesse du grunge nous confirme que, dans sa famille, le talent est dans les gènes. Adolescente, Alice signe avec l’agence Next Model Management son premier contrat en 2008. Elle se fait connaître grâce à la marque espagnole Mango et à des photographies suggestives pour Agent Provocateur. En 2011, elle finit par taper dans l’œil de Karl Lagerfeld, qui cherchait un mannequin différent pour l’image de son nouveau sac «Boy». C’est ainsi qu’elle devient, un peu malgré elle, mannequin, la profession qui l’a rendue célèbre, et qui lui a permis de continuer à voyager et à faire ce qui lui plaît vraiment: de la photographie. Elle partage par ailleurs cette passion avec son père, le multimillionnaire anglais Guy Dellal. Alice Dellal se tient à l’écart de la crème londonienne et réside à la campagne. Elle y a aménagé une chambre noire pour développer ses photographies qui sont presque toujours en noir et blanc. Son inspiration lui vient plus des

photojournalistes Robert Frank ou Diane Arbus que des productions des studios de mode, qu’elle trouve «excessivement statiques». Tandis qu’elle développe ses négatifs à l'écart de la ville, nourrissant l’espoir de publier un jour un livre sur son œuvre, elle n’oublie pas ce qui fait d’elle la jeune ambassadrice du punk la plus en vogue de l’industrie de la mode. Alice Dellal assure qu’elle ne se préoccupe pas des tendances, et que ce qui lui plaît vraiment, c’est de customiser les vêtements qu’elle porte au quotidien, et de flâner dans les marchés aux puces. Elle l’a prouvé durant notre séance photo à Paris, séance durant laquelle elle n’a cessé de coudre des écussons rose à son pantalon. Une couleur qui contraste avec le noir omniprésent dans sa garde-robe peuplée de clous et de chaînes. Ce look audacieux est souvent associé à une paire de Dr. Martens. Avec ses amies Vanessa ­Paradis et Kristen Stewart, par ailleurs également muses de Chanel, elle est remarquée lors de ses rares apparitions aux événements que lui imposent ses engagements professionnels. Car, bien qu’elle se définisse parfois comme un «loup solitaire», cela lui plaît aussi. Elle a été la batteuse de Thrush Metal et Spilt Milk, deux groupes avec lesquels elle a appris ce qu’était la vraie musique mais qu’elle a perdus de vue. Elle a aussi créé son propre label, Sweet Dick Music – voilà qui représente sa manière personnelle de faire honneur à sa lignée d’entrepreneurs et rappelle qui étaient ses grands-parents. Alors que son père lui a légué sa grande passion, sa mère, l’ex-mannequin brésilien Andrea Dellal, ne lui a jamais donné d’ordre sur sa carrière ni recommandé de se tenir loin des podiums: elle lui a au contraire appris à poser face à un objectif. Alice Dellal rassemble toutes ces sources de créativité et leur donne même un fond musical. Mannequin, photographe, chanteuse, it-girl et, qui sait, peut-être un jour actrice: il y a peu de choses que la jeune Brésilienne, qui se sent d’ailleurs plutôt Britannique, n’ait encore jamais essayées. Elle assiste à chaque défilé de la maison dont elle est (encore) une des représentantes. Car, tant qu’elle conservera cette manière d’être, moins rebelle qu’indépendante, Alice Dellal continuera à défier le monde de la mode avec son regard félin inspiré de Kate Moss, et avec le pas affirmé de Naomi Campbell – les deux plus grands top-modèles du XXIe siècle à ses yeux.

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POUPÉE ROCK ‘N’ ROLL Parce qu’il est de toutes les modes, de tous les courants et de toutes les époques, le cuir se doit de se réinventer. Démonstration et métamorphoses à fleur de peau. En solo ou marié à des matières inattendues. Poupée de cuir, poupée avec le son. Photographie PETROS Stylisme LORNA MCGEE


Manteau ceinturé métallique, SIES MARJAN.


Veste en cuir, short en cuir, chemisier en soie, boucles d’oreilles, SAINT LAURENT par ANTHONY VACCARELLO.


Top à paillettes sans manches, TIBI. Pantalons en cuir, TRUSSARDI.


Manteau en cuir et mouton retourné, DAVID KOMA. Top et pantalons stretch HANRO OF SWITZERLAND. Bottes hautes en daim «Borneoflo», MANOLO BLAHNIK.


Imper transparent PVC, PHILLIP PLEIN.


Manteau long oversize en cuir, top Ă paillettes, MIU MIU.


Manteau long oversize en velours, VIVIENNE WESTWOOD. Pantalon à bas évasé en cuir, ELLERY. Bottes en cuir, SAINT LAURENT par ANTHONY VACCARELLO.


Mannequin ANNA MILA @ IMG Casting NICHOLAS FORBES WATSON Coiffure STEPHEN LOW Maquillage ERIN GREEN


Col roulé en tricot côtelé, jupe asymétrique en tricot côtelé, MARNI. Bottes en daim «Dolohov 70», MANOLO BLAHNIK.


MODE

FROM JAMAICA WITH LOVE

C’est dans la maison de Ian Fleming, aujourd’hui nichée au cœur du resort de luxe GoldenEye, que L’OFFICIEL avait posé ses valises pour mettre en scène les pièces fortes de la rentrée. Bons baisers de Oracabessa Bay! Photographie DANNY LOWE Stylisme VANESSA BELLUGEON

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L’OFFICIEL Suisse


MODE

Robe en soie et escarpins en cuir, LOUIS VUITTON. Pendants d’oreilles en rhodium, VIVIENNE WESTWOOD.


MODE Manteau en coton lamé argent, DIOR. Bob en jacquard, MAISON MICHEL. Carré en soie, HERMÈS. Chaussettes en coton, MOTHER. Sandales en cuir, PRADA. Page de droite: Robe brodée en soie et sequins, SAINT LAURENT par ANTHONY VACCARELLO. Boucles d’oreilles en Plexiglas et laiton, LANVIN.


MODE Page de gauche : Body en veau déperlant, HERMÈS. Bob en soie, MAISON MICHEL.
 Trench-coat en coton et pantalon en cuir, ALBERTA FERRETTI. Chemise en soie, GUCCI.
 Col roulé en soie, LANVIN. Boucles d’oreilles en or rose et diamants bruns, POMELLATO. Collier en métal doré, LOUIS VUITTON.


Manteau en toile
de Nylon, robe en organza, chaussettes en matière technique et sandales en cuir de veau, PRADA.


MODE


MODE Robe en viscose, soie et Nylon, ISABEL MARANT. Lunettes de soleil en acétate, ROBERI & FRAUD chez Marc Le Bihan. Boucles d’oreilles en laiton et strass, MULBERRY. Escarpins en cuir, BOSS. Page de droite: Doudoune en soie matelassée imprimée, GUCCI. Top à sequins, MIU MIU. Pantalon en cuir, LACOSTE. Pendants d’oreilles en rhodium, VIVIENNE WESTWOOD.



MODE

Page de gauche: Maillot de bain en polyamide, WEEKDAY. Col roulé en Lurex de soie, CHLOÉ. Jupe patchwork en satin
et velours, DIOR. Boucles d’oreilles en or rose et diamants bruns, POMELLATO. Manchette en métal doré, LOUIS VUITTON. Ceinture en cuir, VERSACE. Chaussures en cuir et sequins, MIU MIU.


MODE Veste et pantalon
en polyuréthane, ceinture en cuir
et polyuréthane, BALMAIN. Lunettes de soleil en acétate, ROBERI & FRAUD chez Marc Le Bihan. Boucles d’oreilles en Plexiglas et laiton, LANVIN. Bague en or rose, topaze et diamants, POMELLATO. Escarpins en cuir verni, BURBERRY. Page de droite : Manteau en cuir ciré, MIU MIU. Top, body et jupe en viscose imprimée, ceinture en cuir et sandales en cuir imprimé, VERSACE. Cagoule en chèvre velours, DIOR.


MODE


Modèle MARIANA ZARAGOZA @ IMG Grooming  SERGIO CORVACHO

Assistant photo JAKOB GRANT Assistante stylisme  GABRIELA CAMBERO

Nous remercions l’hôtel GOLDENEYE, à Oracabessa Bay, en Jamaïque, et JULIE DREAN (French Flair PR).


MODE

Page de gauche: Ensemble en satin plumetis, ERES. Manteau en polyamide, CHANEL. Combinaison en georgette, kidassia et velours, GIORGIO ARMANI. Chapeau en paille vintage. Lunettes en acétate, ANDY WOLF chez Marc Le Bihan. Créoles en métal doré, LOUIS VUITTON. Mules à talon en velours, MULBERRY.


BULGARI Bagues ÂŤSerpentiÂť et bracelet en or rose 18 carats avec rubellite et diamants.


MODE

JOYAUX GOURMANDS

Délices culinaires et bijoux étincelants rallument le désir et réenchantent les jours. Photographie SEBASTIAN MADER Stylisme VANESSA CHOW

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L’OFFICIEL Suisse


Dans le sens des aiguilles d’une montre, depuis le haut: CHANEL HAUTE JOAILLERIE Bracelet et bague «Plume», bague «Premiers Brins» et bague en forme de plume, le tout en or blanc 18 carats et diamants. DIOR HAUTE JOAILLERIE Boucles d’oreilles et bagues «Lierre», en or jaune et blanc, diamants jaunes et roses et émeraudes.


TIFFANY & CO. Bagues, «Tiffany Paper Flowers» en diamant et platine.


CARTIER Bracelet «Cactus Cartier Haute Joaillerie», en or jaune, émeraudes et diamants.

Maquillage CHIAO LI-HSU @ Streeters MAC COSMETICS Modèle LOUISE LEFÉBURE @ The Identity Manucure GINA EDWARDS @ Kate Ryan Assistants stylisme MEGAN SORIA ERIKA GOLCHER Coordinateur de production DAVID LIPFORD Lieux SOMOROFF STUDIOS Location du matériel SCHEIMPFLUG Assistants photographie WILLIAM TAKAHASHI AUSTIN KENNEDY


VAN CLEEF & ARPELS Bagues «Bouton d’or», pendant en diamants et nacre blanche.


L Drogues, sexe & art. Si un de ces trois mots vous attire, lisez plus loin.

I E

Photo GETTY IMAGES.

V

A


LA VIE

MIX ’N’ MATCH

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Des objets, sculptures et ustensiles comme vous ne les avez jamais vus.

1 Distributeur de savon en forme de pomme, IVAR, prix sur demande. 2 Obélisque «Farfalle», CHF 2 840 et «Cammei» CHF 3080, FORNASETTI 3 Coussin, MISSONI HOME, CHF 210. 4 Coupelles décoratives en argent «Acanto», «Geranium» et «Vine», disponibles dans différentes tailles, BUCCELLATI, CHF 80 à CHF 1 160. 5 Cactus du projet caritatif «Marni La Vereda». Produit exclusivement pour Salone del Mobile 2018, MARNI, prix sur demande. 6 Interprétation d’une boîte à couture par Studio Hermès, Guillaume Delvigne et Damian O’Sullivan. Bois d’érable, poignée recouverte de cuir d’alligator, H  ERMÈS, CHF 16 700.

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L’OFFICIEL Suisse

Photos DR

Par LIVIA ZAFIRIOU


LA VIE

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LA VIE

LA PASSION DU BEAU

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LA VIE La maison Zingg-Lamprecht importe en Suisse l’élégance du design italien le plus exclusif. La célèbre marque transalpine Poltrona Frau réinterprète, elle, l’idée de beauté en design, et cela depuis plus de 100 ans. Les deux institutions ont noué un étroit partenariat innervé par leurs savoir-faire respectifs, et qui cristallise l’esprit du temps. Une alliance incarnée à merveille par la collection Leplì. Par ANDREA LUCIA BRUN

Photos DR

Truman Capote l'écrivit jadis: «La jeune génération fait preuve aujourd’hui encore de respect envers l’âge. Toutefois, uniquement envers le vin, le whisky et les meubles». Un trait d’esprit brillant toujours d’actualité – à tout le moins en matière de design. Les classiques du design sont en effet tout aussi bien convoités par les enfants du numérique que par les entrepreneurs aux cheveux argentés. Mais comment un meuble devient-il icône? Quel siège pourrait être le successeur de la chaise Eames? Et comment vivrons-nous le futur? Ces questions, les entreprises traditionnelles y sont confrontées plus que jamais tout autant qu’à une concurrence accrue qui balance entre héritage et innovation. Être sans cesse au goût du jour, correspondre à l’esprit du temps, tout en demeurant fidèle à la tradition et à la clientèle. Pas simple! Surtout que ni les excellents dirigeant et ni les parts de marché ne suffisent à trouver le ton juste. Zurich, Stampfenbachplatz. En entrant dans la salle d’exposition sise à cette adresse, on est plongé dans un univers peuplé de sièges d’une grande noblesse et de pièces d’ameublement de style. Zingg-Lamprecht est le grand spécialiste du design en Suisse, l’entreprise fonctionne comme un curateur d’objets de design rare, et possède un portefeuille de marques dans le segment du luxe et du haut de gamme au sommet du marché helvétique. Plus de 100 ans se sont écoulés depuis que la maison, dirigée par son propriétaire, fut fondée – au départ, c’était une simple menuiserie, en 1902, dans le quartier de Seefeld à Zurich. La compétence clé de la maison de meubles n’a fait que grandir: classiques du design intemporel et concepts sophistiqués de vie et d’espace globaux de première qualité. La coopération avec les meilleurs fabricants de marque internationaux fait donc partie de l’activité de base de la société, et ce depuis des décennies. Ce n’est donc pas un hasard si la maison suisse coopère depuis longtemps avec l’entreprise italienne Poltrona Frau. Chez Zingg-Lamprecht, dès les années 1980, on s’est orienté sur le design d’intérieur italien haut de gamme. Que ce soit pour les accessoires de mode, d’intérieur ou de cuir, l’Italie est la patrie d’une foule de manufactures traditionnelles, elle est mondialement connue pour son savoir-faire exceptionnel. Le «Made in Italy» est donc un gage de qualité.

La collection Leplì de Poltrona Frau convient donc parfaitement à l’assortiment de meubles de Zingg-Lamprecht. L’entreprise italienne est renommée depuis plus de 100 ans pour la noblesse de son cuir qui habille aussi bien ses canapés, ses fauteuils et ses chaises que des Ferrari, des suites première classe de compagnies aériennes ou le Parlement européen. Le terme italien poltrona signifie d’ailleurs fauteuil, siège, canapé. Cela fait plus d’un siècle que Poltrona Frau réinterprète la façon de s’asseoir, dans une quête intemporelle de la beauté. Le fauteuil «Scarlett» de Poltrona Frau, par exemple, est vendu chez Zingg-Lamprecht depuis de nombreuses années. Dans la vitrine de la Stampfenbachplatz, le pouf «Leplì» s’inscrit dans cette haute lignée signée Poltrona Frau: il s’agit d’un tabouret en cuir limité à 16 exemplaires au monde, inspiré de l’élégance de la femme du siècle dernier. Le «Leplì» a été créé en trois versions: tabouret, banquette et repose-pied, il souscrit aux plus hautes exigences du design en matière de composants et d'artisanat. La maison traditionnelle a collaboré avec le créateur d’origine japonaise Kensaku Oshiro, star parmi les créateurs en vue. Pour Nicola Coropulis, directeur de marque à Poltrona Frau, Kensaku Oshiro exprime avec une précision et une modernité à nulle autre pareilles «la légèreté et la poésie de la culture japonaise, quand elle se penche sur l’histoire du design italien». «C’est la passion pour notre métier commun qui unit Zingg-Lamprecht et Poltrona Frau», précise Olivier Fabrikant, chef de la direction de Zingg-Lamprecht. Et d’ajouter d’autres points communs: «La revendication de la meilleure qualité et de la perfection, une grande force innovatrice ainsi que le mélange de création, d’artisanat et de style.» Une stratégie d’entreprise nécessitant une capacité d’adaptation continue au fil du temps. C’est ainsi que l’héritage de Poltrona Frau se marie au design moderne. Expertise, savoir-faire, vision, jeunes talents de l’entreprise. Avec la collection Leplì de Poltrona Frau, Zingg-Lamprecht a réussi un coup de maître en marketing, une initiative qui mérite le respect et qui cristallise l’esprit du temps.

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LA VIE

POLTRONA FRAU a confié le soin de son édition limitée au designer Japonais établi à Milan, KENSAKU OSHIRO.

L’OFFICIEL SUISSE: Vous avez étudié le design ­industriel à Milan. Insolite pour un Japonais. Qu’est-ce qui vous a attiré en Italie? KENSAKU OSHIRO: Le design italien me fascine depuis mon enfance; pour moi, il possède une forte composante émotionnelle. L’Italie incarne l’élégance, la tradition, l’artisanat et la passion. En outre, à Milan, il est presque normal d’entrer en contact avec des fabricants et des marques, et de créer un réseau de contacts. Suite à la collaboration avec des agences de design de renommée internationale telles que Boffi, Muji et De Padova, vous avez lancé en 2017 votre propre marque sous le nom de Oshiro. Pourquoi, et quelle ambition nourrissez-vous pour elle? On m’a rendu attentif à la situation des manufactures dotées d’un riche passé traditionnel. Les grands classiques du design sont souvent produits, aujourd’hui encore, selon un processus traditionnel. Toutefois, les productions de masse provenant de l’étranger forcent les fabricants locaux à la fermeture. Mon objectif est de contribuer à maintenir cette tradition. Sous le nom de Oshiro, j’ai commencé par créer la chaise CC01, une nouvelle interprétation de la chaise iconique de Chiavari. En effet, la façon dont les gens s’assoient et se déplacent aujourd’hui a changé. Si la manière de s’assoir était autrefois formelle, on aspire aujourd’hui à plus de

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détente, et à passer du temps ensemble. En design, rien n’est acquis, tout doit se réinventer. Vous vous décrivez comme un «enthousiaste de la recherche et du design». D’où vous vient votre fascination? C’est l’humain qui m’intéresse: l’idée dans le design, l’interprétation, l’artisanat qui se transmet de génération en génération. Prenons comme exemple une chaise. Un produit de qualité, pouvant susciter des émotions, ne se développe qu’en alliant artisanat humain, savoir-faire et passion. Le lien émotionnel et la pensée sont essentiels. Aucune machine ne peut reproduire cette combinaison. Quelle est votre priorité au lancement d’un projet? Tout projet, toute compagnie, toute coopération est toujours une histoire unique. Et nécessite de développer un concept qui soit le plus unique possible. Il est essentiel d’y parvenir. En fait, votre métier, c’est de traduire quelque chose d’essentiel… Absolument. Chaque maison de design possède sa propre identité. Pour moi, il est déterminant de cerner cette identité essentielle au plus près, de la réinterpréter de la façon la plus pure possible.


LA VIE La collection Leplì résulte de votre première collaboration avec Poltrona Frau. Quelle est selon vous «l’essence» de cette entreprise? Poltrona Frau possède avant tout une culture historique de marque. Le terme clé, pour moi, c’est l’élégance, l’élégance de la femme. Poltrona Frau évoque immédiatement chez moi l’idée d’une femme vêtue avec élégance et style, des silhouettes légères, des détails très travaillés. Une attitude. Le pouf ‘Leplì’ est limité à 16 exemplaires au monde. Qu’est-ce qui vous a inspiré pour sa création? Lors de ma première visite au musée Poltrona Frau à Tolentino, j’ai découvert cette prodigieuse palette de couleurs du cuir de la maison Poltrona Frau. Je voulais montrer cette

palette avec le pouf «Leplì». Chaque «Leplì» se caractérise donc par un jeu sur les couleurs qui lui est spécifique. Le pouf «Leplì» présente une sensation de légèreté et de féminité. Est-ce voulu? Au siège de Poltrona Frau, j’ai trouvé toute une série de cartes postales montrant des femmes du siècle passé, des femmes vêtues avec beaucoup d’élégance. C’était un signe! Ainsi, j’ai commencé à étudier l’histoire du vêtement féminin, particulièrement les vêtements ornés de boutons Chesterfield et de ceintures dessinant la silhouette. J’ai simplifié et réinterprété ce concept de robe que j’ai transposé sur le pouf «Leplì». Comme si le fauteuil portait le cuir comme une robe. zingglamprecht.ch

L’une en Italie, l’autre à Zurich: ZINGG-LAMPRECHT et POLTRONA FRAU – ces deux maisons allient haute qualité, perfection et savoir-faire artisanal à un design intemporel empreint de créativité.

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LA VIE

LA COLLECTIONNEUSE Amatrice sous influence, croqueuse d’homme et de scandales, muse ratée, gentille excentrique sur sa gondole: Peggy Guggenheim fut tout cela, mais, plus encore, un esprit de contradiction et de modernité. Par MARGUERITE BAUX

FOLLES NUITS PARISIENNES
 La première coupable de cette réputation houleuse est sans conteste Peggy elle-même. Quand paraît la première version de ses mémoires, en 1946, sa famille fit acheter tous les exemplaires disponibles à Manhattan pour se soustraire au scandale. Peggy dirige alors une galerie d’avant-garde respectée, Art of this Century, où elle a présenté Jackson Pollock, Giorgio De Chirico, Mark Rothko, ainsi que, «fait extraordinaire pour l’époque», comme le note Francine Prose, de nombreuses artistes femmes, dont Frida Kahlo, Louise Bourgeois
et Leonora Carrington. Et si ces noms ronronnent aujourd’hui comme une liste de musée, ils dégagent à l’époque un puissant parfum de scandale. En publiant sa biographie, Peggy ne fait rien pour atténuer les choses. Sur la couverture, elle est jeune, élégante, elle prend la pose sous l’objectif de Man Ray, dans une robe de Paul Poiret,
la tête coiffée d’un turban confectionné par

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«une amie russe de Stravinsky». Mais bien loin de donner un vernis chic à son autobiographie, Peggy étale sa vie sexuelle débridée, ses folles nuits dans la bohème parisienne des années 1920, ses soirées au bordel, ses mariages catastrophiques, sa famille juive marquée
par les suicidaires et les fous en tout genre, son relatif désintérêt pour ses enfants, son argent dépensé follement et autres coups de tête. Avec ce «style informel et faussement improvisé», dixit Francine Prose, Peggy peut tout raconter. C’était sa manière à elle de retenir les leçons du surréalisme. LA CONFUSION DES RÔLES
 De son vrai nom Marguerite, Peggy Guggenheim est née à New York en août 1898, dans une richissime famille. Son enfance fut un «martyre», dit-elle. Interdite d’école et confinée
en son palais de Central Park, sa vie sociale se résume aux thés qu’organise sa mère «avec les représentantes les plus ennuyeuses de la bonne bourgeoisie juive». Elle semble en concevoir ce que Francine Prose nomme une véritable «terreur de l’ennui». Elle a 14 ans lorsque son père adoré disparaît dans le naufrage du Titanic, laissant ses affaires en désordre et beaucoup moins d’argent que sa mère ne l’escomptait. De celle-ci, Peggy écrit avec une sobriété tranchante: «Je n’ai aucun souvenir de ma mère à cette époque.» La figure de la sœur occupe en revanche une part singulière dans sa vie. Pour l’aînée Benita, elle conçoit une sorte de passion. Pour la cadette Hazel, une jalousie sans bornes. Toutes deux sont plus jolies qu’elle, ne manque-t-elle pas de souligner. Sœur, fille, amie, amante, concurrente, double d’ellemême: ses mémoires frappent par la confusion des rôles féminins.
Elle couche volontiers avec les maris de ses amies, se dit «très attirée» par la sage-femme qui vient pour la naissance de sa fille,
et pousse ses différents maris dans les bras d’autres femmes. Quand sa propre fille, Pegeen, meurt en 1967, elle en parle
comme d’une sœur. Lorsqu’elle apprend le Page de droite, PEGGY GUGGENHEIM devant son palais vénitien, en 1968.

Photo TONY VACCARO/HULTON ARCHIVE/GETTY IMAGES

S’amusait-on dans les fêtes de Peggy Guggenheim? Tout le monde voulait en être. Et pourtant, les ouvrages des nombreux romanciers, les récits des innombrables artistes, les souvenirs des centaines de pique-assiette qui réussirent à se faire inviter, ne regorgent guère de souvenirs joyeux. Il est plutôt question de crises de larmes, de strip-teases gênants, de fins de soirée amères au bordel ou au commissariat. À New York, il fallut même protéger les Kandinski du sang projeté par une bagarre épique. Elle-même, s’amusait-elle
dans ses fêtes? Ce n’est que l’un des mystères du personnage, auquel l’Américaine Francine Prose apporte aujourd’hui une obole passionnante et très riche avec son ouvrage «Peggy Guggenheim, le choc de la modernité». Sur la couverture, elle porte ses fameuses lunettes papillon, accessoire signature de son personnage folklorique de l’art moderne, cette icône pop qui s’achète aujourd’hui sous forme de carte postale dans la boutique de son musée sur le Grand Canal, à Venise. «Muse ratée», nymphomane scandaleuse, mécène opportuniste: sa collection est très belle, pourtant les biographes n’ont pas été tendres avec elle.


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LA VIE décès en couches de
sa sœur Benita, en 1927, elle écrit: «Je restais semblable à l’homme coupé en deux par une épée, qui sourit à son meurtrier avant de s’effondrer... » Héritière de son père, puis de sa sœur, ses deux êtres adorés, Peggy livre une clef de son rapport à l’argent: «J’héritais
de sommes considérables, mais ne supportais pas l’idée de dépenser l’argent de ma sœur. Je le distribuais donc sans compter».

tetia, puis dans un appartement du boulevard Saint-Germain. C’est
le début d’une collection d’amants, des hommes pour l’essentiel, plus quelques prostituées dont Peggy semble se vanter par plaisir de choquer. Samuel Beckett, Marcel Duchamp, Yves Tanguy, Max Ernst, d’innombrables jardiniers, coups d’un soir
et seconds rôles: Francine Prose finit par préciser qu’elle ne coucha jamais avec Pollock.

Ce qui rend ses mémoires si amusantes à lire, c’est que jamais Peggy ne se commente elle-même. C’est une femme qui agit. À
21 ans, elle touche son héritage et entreprend aussitôt un voyage
à travers les États-Unis. Avant de rejoindre Paris, the place to be à l’époque, elle s’offre une opération du nez – qui rate lamentablement. L’argent ne peut pas tout acheter, mais la leçon est cruelle.
Ce nez raté interdit en tout cas définitivement aux hommes
de prétendre la trouver belle. «Tous mes amis étaient disposés à m’épouser, aucun à me violer, écritelle lestement. J’avais alors eu une belle collection de photos des fresques de Pompéi. On y voyait des gens faire l’amour dans toutes sortes de positions. Cela m’intéressait vivement et j’avais envie de les essayer. Tout à coup, j’imaginais que Laurence ferait bien l’affaire pour cela.» Ainsi parle-t-elle de son premier mari, Laurence Vail, un artiste de la bohème parisienne qu’elle force littéralement à l’épouser.

UN TABLEAU PAR JOUR
 Sexuel ou artistique, l’instinct collectionneur passe souvent pour une qualité chez les hommes, un vice chez les femmes. Coupable des deux, Peggy s’est attiré toutes les analyses psychanalytiques, plus le reproche de n’avoir jamais rien fait de bon que sous l’influence de messieurs. Peg­ gy reconnaît elle-même que Duchamp lui a tout appris – elle aurait pu choisir plus mauvais maître. Il est son conseiller lorsqu’elle ouvre
sa première galerie à Londres, en 1938, une fois débarrassée
de son premier mari et cherchant que faire de sa débordante énergie. «Je prépare la galerie et je baise», écrit-elle à une amie. Baptisée Guggenheim Jeune, en un clin d’œil de défi à son respectable oncle new-yorkais Solomon, elle y consacre sa première exposition à Constantin Brancusi, avant de présenter Jean Arp, Alexander Calder, Jean Cocteau, Vassily Kandinsky, Tanguy. Le succès est là, mais semble ne pas suffire. Peggy n’a jamais tenu en place. De retour à Paris, elle se lance ainsi dans un nouveau projet: acheter un tableau par jour. C’est l’époque où elle constitue la base de sa fabuleuse collection. La guerre menace, les Al-

Photos DAVID LEES/VCG, GEORGE RINHART/ CORBIS via GETTY IMAGES

Par son entremise, Peggy se met à fréquenter Mina Loy, Louis Aragon, James Joyce ou Man Ray «avec son amie Kiki, aussi surprenante que maquillée». Le couple a bientôt deux enfants et voyage en Orient, en Europe, donnant à chaque retour de fantastiques soirées dans une suite de l’hôtel Lu-

Avec l’écrivaine britannique MINA LOY, assise, à Paris.

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STYLE

PEGGY GUGGENHEIM et deux de ses chiens, dans le hall du palais Venier. Au mur, un tableau de PICASSO; au fond, des sculptures de GIACOMETTI et de PEVSNER; au plafond, un mobile de CALDER.

«Tous mes amis étaient disposés à m’épouser, aucun à me violer, j’avais alors une belle collection de photos des fresques de Pompéi. On y voyait des gens faire l’amour dans toutes sortes de positions... J’avais envie de les essayer.» PEGGY GUGGENHEIM

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STYLE

Le critique d’art ALFRED FRANKFURTER et sa femme PEGGY GUGGENHEIM en 1953, à Venise.

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LA VIE

Photos DR; FRANK SCHERSCHEL/GETTY IMAGES, DAVID LEES/GETTY IMAGES

Une réception dans le palais vénitien de PEGGY GUGGENHEIM.

PEGGY GUGGENHEIM pose dans sa salle à manger du Palazzo Venier dei Leoni. Sur le mur à droite, on peut voir une peinture de PABLO PICASSO, «On the Beach».

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LA VIE

PEGGY GUGGENHEIM, en décembre 1961 avec son chien, dans sa maison à Venise.

lemands approchent, Peggy fait son shopping tout en finançant avec générosité l’exil des artistes en danger. Héroïne ou profiteuse de guerre? Francine Prose apporte sur la question un point de vue nuancé. Toute sa vie, Peggy fut la personne la plus riche de son entourage, tout étant plus pauvre que le reste de sa famille. Elle vivait de ses rentes, qui ne devaient pas excéder 20 000 dollars par an. Elle finançait les artistes, mais se méfiait des pique-assiettes, buvait de la piquette et recomptait les additions.

visité du pays, son choix témoigne alors d’une immense audace dans cette ville baroque. En 1948, Peggy est invitée à occuper
le pavillon grec de la biennale de Venise et son exposition remporte un franc succès. L’année suivante, elle achète le palazzo Venier, qui a notamment appartenu à la marquise Casati, muse et mécène de nombreux artistes. Elle fait gratter les fresques et décore les lieux à son goût, en mêlant arts moderne, africain
et océanien. Truman Capote, Pablo Casals ou Paul Bowles y séjournent volontiers.

Elle s’est également beaucoup servie de son argent pour s’aliéner les hommes. Ainsi de Max Ernst: en 1941, elle finance son départ de Paris pour New York et le harcèle jusqu’à ce qu’il l’épouse, malgré son absence évidente de désir pour elle. Peggy n’est pas habituée à ne pas obtenir ce qu’elle souhaite. À New York, elle ouvre sa seconde galerie, Art of this Century, portant pour le vernissage une boucle d’oreille dessinée par Tanguy, une autre par Calder. Comme elle a révélé l’avant-garde parisienne à Londres, elle fait découvrir aux États-Unis Paul Klee, Piet Mondrian et surtout Pollock, dont elle possède alors la plus belle collection au monde. Le mariage avec Max Ernst ne dure pas, mais la galerie est un succès.

L’œuvre la plus emblématique est sans doute la sculpture «Le Cavalier» de Marino Marini, qui date de 1948, et dont le pénis démontable fut l’objet de nombreuses péripéties. Elle observait avec malice la réaction de ses visiteurs et le brandissait parfois lors de ses fameuses soirées. Il disparut un jour, et Peggy adressa en désespoir de cause ce télégramme à l’artiste: «Ucello scomparso! Le petit oiseau s’est envolé, il faut vite en refaire un.» Cette fois, il est soudé, mettant fin aux rumeurs d’un usage plus déluré.

LE PÉNIS DÉMONTABLE
 Pourquoi quitte-t-elle alors New York pour Venise? Si son palais italien est aujourd’hui le musée d’art moderne le plus

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Autre épisode souvent cité, le passage de William S. Burroughs au palais. À son arrivée, lorsqu’on lui précise que le baisemain est de rigueur, il aurait répondu: «Je serai heureux de lui embrasser la chatte si c’est la coutume.» Et se serait fait mettre à la porte. Vu la manière dont Peggy ellemême raconte ses frasques, on a du mal à croire qu’elle s’en soit offusquée. Selon
le poète beat Gregory Corso, les hommes


LA VIE avaient plutôt du mal
à refuser ses avances. Francine Prose cite une belle lettre de Burroughs à Allen Ginsberg de 1958, où il raconte sa rencontre avec la «dogaressa»: «On a parlé de sexe, et encore de sexe, mais je ne sais pas trop quoi faire à ce sujet.» Elle a 60 ans, lui 23. Dans cette même lettre affleure le portrait d’une autre Peggy, terriblement seule une fois ses invités repartis: «Vraiment elle
est géniale, et triste, et elle a vraiment besoin d’amis». Peggy lui parle à nouveau de sexe, puis l’emmène dans son jardin sur la tombe de ses chiens et finalement le raccompagne. Le bateau s’éloigne: «Je l’ai vue porter la main à sa tête comme si elle souffrait. Par ce geste, j’ai soudain compris la détresse de cette femme. C’est une bonne vivante, et la vie lui échappe. C’est tout ce qu’il y a à dire. Ça lui échappe», raconte Corso.

Fotos DR; KEYSTONE FEATURES/GETTY IMAGES, FRANK SCHERSCHEL/GETTY IMAGES

VENISE ENGLOUTIE
 En un sens, Peggy a échoué à Venise, car elle n’y a lancé aucune avant-garde, comme à Londres ou New York. Elle s’est installée, pour la première et dernière fois de sa vie. Complétée à près de 80 ans, son autobiographie devient dès lors ennuyeuse; elle le sait d’ailleurs et note avec ironie: «Il paraît
que j’ai écrit le premier texte en tant que femme libre sans complexe, et le second comme une dame qui tente de fixer sa place dans l’histoire de l’art moderne.»

Elle ne retourne à New York qu’en 1959, pour l’inauguration du musée Solomon R. Guggenheim, dont elle déteste l’architecture de «parking». Elle est surtout sidérée de voir les prix qu’atteint désormais l’art moderne, elle qui salariait autrefois Pollock 150 dollars par mois. Valorisée plusieurs milliards de dollars,
on estime que sa collection lui a coûté environ 20 000 dollars
en son temps. À Venise, Peggy devient la VRP de sa collection, mais n’achète plus d’œuvre majeure. Jusqu’à sa mort, elle fait en revanche chaque jour une promenade en gondole de deux heures. Étrange image que cette femme voguant seule sur les eaux, elle dont le père mourut noyé sur le Titanic. À sa mort, en 1979, l’histoire de Peggy n’est pas tout à fait
finie. Ses descendants ont lancé un important procès contre la fondation Guggenheim, qu’ils accusent de trahir la mémoire de Peggy en louant son palais pour des soirées privées. On piétine sa sépulture et celle de ses chiens, on déplace ses œuvres. La fondation Guggenheim serait devenue une boîte de nuit vulgaire et arty. S’amuse-t-on encore dans les fêtes chez Peggy? «Peggy Guggenheim. Le choc de la modernité», de FRANCINE PROSE, (éd. Tallandier, 2018). «Ma vie et mes folies», de PEGGY GUGGENHEIM (éd. Perrin, 1987).

La collectionneuse d’art s’entretient avec le dramaturge TENNESSEE WILLIAMS, le peintre KENNETH SCOTT et GRAF HENRI DE LA CELLE, sur sa terrasse à Venise.

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LA VIE

PLANER MAIS PAS TROP En Californie, Scott Campbell et Clement Kwan, les fondateurs de Beboe, hissent le vapotage d’huile de cannabis au rang d’art de vivre. La jeune marque commercialise ses produits dans un conditionnement élégant pour inspirer confiance à une clientèle sophistiquée et exigeante. Par REX WEINER Illustration LAURE WAUTERS

«Le luxe, ça peut être quelque chose de très simple», disait Jean-Louis Dumas, l’ancien président d’Hermès. «Par exemple, rester quinze minutes de plus au lit.» «Et vapoter Beboe», aurait pu ajouter cet innovateur du luxe, s’il avait eu l’occasion de tirer sur la vapoteuse couleur champagne ou de goûter la subtile saveur chanvre des pastilles lancées par Beboe, la nouvelle marque de cannabis «haute couture». Le «New York Times» a d’ailleurs appelé Beboe, dans son article consacré à ses fondateurs Scott Campbell et Clement Kwan, «l’Hermès de la marijuana». «On est dans cette culture des dîners en ville», dit Kwan, autrefois cadre chez Yoox US puis chez Dolce & Gabbana, qui s’est associé à Campbell, artiste, maître tatoueur et consultant design chez LVMH, pour créer cette marque de cannabis installée à Los Angeles. Leur produit de superluxe arrive sur
le marché juste au moment où la Californie devient le septième état à légaliser l’usage non médical de l’herbe, et il a attiré des investisseurs comme l’actrice Rose McGowan, la doyenne de la fashion et membre du conseil d’administration de Net-a-porter, Carmen Busquets, et l’entrepreneuse de Gotham Gal, Joanne Wilson. Si l’on vous invite à un dîner Beboe, comme celui qui s’est tenu l’an dernier à Los Angeles, vous pourriez vous retrouver assis à côté de stars de Hollywood comme Orlando Bloom, Sharon Stone ou Justin Theroux – Campbell était témoin à son mariage avec Jennifer Aniston en 2015. COMME UN DEMI-VERRE DE VIN Nous rencontrons Campbell et Kwan par une journée ensoleillée dans l’Arts District de Los Angeles, une partie de l’ancienne zone industrielle de L.A. qui est devenue la Mecque du design, de la mode, des boîtes de nuit et des restaurants où il faut réserver des semaines à l’avance. La foule du L.A. Downtown passe devant nos tables sur le trottoir devant Shinola, marque lifestyle de luxe, heureuse de se trouver dans un endroit où les voitures restent garées et où marcher est normal.

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Campbell et Kwan sont des amis du fondateur de Shinola, Tom Kartsotis, qui est également derrière la marque de montres Fossil. C’est même lui qui les a présentés, et ils ont toujours un atelier à l’arrière de la boutique Shinola. Habillés sans chichis, ils affichent la confiance des quadragénaires séduisants qui ont réussi, rien à voir avec le cliché du dealer sale et débraillé. Ils parlent avec cette familiarité des associés qui sont aussi amis, ne cachent pas leur passion commune pour la weed et voient en cet assouplissement des lois à la fois un plaisir et une opportunité de business. «Ce qui est excitant dans cette nouvelle législation, dit Kwan, ce n’est pas tellement que les addicts peuvent se défoncer plus facilement mais que les gens peuvent désormais acheter de l’herbe comme ils achèteraient une bouteille de vin.» Leurs vapoteuses se vendent 60 dollars et contiennent environ cent bouffées d’huile vaporisée. Deux ou trois lattes suffisent pour provoquer un effet comparable à un demi-­ verre de vin.


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LA VIE

«Nos clients sont des adultes. Quelques lattes sur une vapoteuse, ou une petite pastille dans la bouche, ça rend juste la journée un peu plus chaude, un peu plus fly.» CLEMENT KWAN

Comme pour les œnophiles, la qualité et la confiance sont importantes pour les consommateurs de cannabis. Kwan et Campbell attribuent à leur expertise dans le design leur capacité à établir Beboe (le surnom de Berenice, la grandmère de Campbell) comme la marque de prédilection pour les fumeurs. «On s’adresse à un groupe de gens matures qui s’ouvrent à la weed», dit Campbell. «C’est le packaging qui la rend acceptable pour eux.» Il ajoute que, même si l’emballage en dit peu sur le produit (son origine, comment il est cultivé, etc.), son design, entre Art nouveau et tatouage, ainsi que sa couleur or mat suffisent pour faire passer un message: «Vu le soin, le temps et l’énergie investis dans la présentation, de toute évidence, les producteurs sont fiers de leur produit.» Ça accroît la confiance du consommateur. Kwan souligne que le marché du cannabis est pour l’instant grand ouvert: pas de marques dominantes et peu de concurrents directs de Beboe. Actuellement, les produits Beboe sont disponibles uniquement dans quelques officines californiennes. Il est illégal de vapoter en public ou au volant. Bien sûr, on peut consommer chez soi. Et si l’on embouche une pastille Beboe, qui le saura? MOTHER’S LITTLE HELPER Mais planer grâce à la marijuana n’est pas une science exacte pour le consommateur, ce que Beboe voit comme un avantage: «C’est une question de confiance», dit Campbell. «Avant, on pouvait acheter des space cakes, ou quelqu’un vous tendait un cookie en disant qu’il contenait douze doses. On ne sait jamais à quel dosage on s’expose, surtout avec les comestibles.» Il insiste sur l’idée que la constance est aussi importante pour le cannabis que pour n’importe quel autre produit ou service. «Si l’on essaie un truc une fois, et que ça se passe bien, on veut reproduire cette expérience à l’identique chaque fois.» Kwan détaille le processus: «Chaque lot est vérifié en laboratoire. Les lots qu’on produit sont volumineux. Chaque lot est numéroté et testé pour s’assurer qu’ils contiennent tous la même quantité d’ingrédients actifs.» Pour Beboe, cette quantité est de 5 mg de THC (la substance psychoactive) et de 3 mg de CBD (le composé du cannabis auquel on attribue les bienfaits médicinaux comme le soulagement de la douleur). Des dosages relativement faibles comparés à ceux que recherchent la plupart des cultivateurs ou les fumeurs plus gonzo. Les hommes de Beboe ciblent un type de consommateur différent. «Avant, le but c’était: à quel point est-ce que je peux planer pour 20 dollars? Mais maintenant, je n’ai plus le temps pour ça. J’ai un job, des enfants, une famille. Nos clients sont des adultes. Quelques lattes sur une vapoteuse, ou une petite pastille dans la bouche, ça rend juste la journée un peu plus chaude, un peu plus fly.» Campbell, marié à l’actrice Lake Bell, avec qui il a deux jeunes enfants, préfère les pastilles. «J’en prends une l’après-midi,

après avoir répondu à tous mes mails, et puis je passe le reste de la journée à dessiner dans mon studio. C’est mon ‘mother’s little helper’», dit-il en faisant référence à la chanson des Rolling Stones du même nom sur la consommation de tranquillisants par les ménagères. «Avec une seule, on est toujours en état d’écrire un mail à son ex», dit Kwan en souriant. Après avoir travaillé chez Dolce & Gabbana, à Milan pendant sept ans, celui-ci est familier de cette modération toute européenne. Tandis que Campbell, plus artiste, se complaît à décrire le processus créatif comme «un lien entre les parties consciente et inconsciente du cerveau» que le cannabis «aide à mettre en relation», son associé a une approche différente. «Je suis cérébral», déclare Kwan, qui a payé ses études à l’université de Berkeley grâce à sa ferme hydroponique, dans laquelle il faisait pousser de la marijuana
à usage médical, légale en Californie depuis 1996. «J’aime cultiver. J’aime la mystique qui va avec. On va dans des fermes, on marche dans les champs.» «Tout pour l’amour de la plante», ajoute Campbell. «Nos bonbons sont fabriqués à base de haschich et d’eau. Les plantes poussent au soleil, avec comme seul engrais du compost organique. Le seul élément qui se place entre la plante et le consommateur, c’est de l’eau glacée. On extrait du jus pressé à froid, ce qui conserve intacte toute la subtilité de la plante.» «C’est comme la différence entre du sel de mer et du sel de table», conclut Kwan. Ils me montrent la dernière innovation de Beboe: un coffret-cadeau contenant cinq minivapoteuses en or, de 7,5 cm chacune, vendu 100 dollars. Campbell admire l’élégant objet dans sa main, qui réfléchit le soleil californien, et commente: «C’est comme... comment vous appelez ces petites bouteilles d’alcool en France?» «Des mignonnettes», répond Kwan en souriant, et, pour un instant court et enivrant, Paris n’a jamais semblé si proche de L.A.

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HOLI SALONI!

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LA VIE

Des danseurs traditionnels de Holi.

SALONI et LAURE HÉRIARD-DUBREUIL sur
une balançoire conçue par JULIA WAGNER au RAAS DEVIGARH.

Fidèle à son style bohémien chic, la créatrice Saloni Lodha a choisi de célébrer les dix ans de sa marque durant Holi, la fête des couleurs en Inde. Trois jours de ­célébration féerique au Rajasthan qui a réuni cent trente convives conquis. Par LÉA TRICHTER Photos PHILIPPE KLIOT, DAVE BENNETT

Depuis le lancement de sa marque Saloni, la créatrice Saloni Lodha a pour coutume de présenter ses collections lors d’événements intimes et mémorables dans des lieux uniques. Elle ne pouvait pas trouver plus bel écrin que le Rajasthan, d’où sa famille est originaire, pour célébrer le dixième anniversaire de sa maison. «J’ai voulu faire vivre une expérience singulière et authentique à mes invités.» Acheteurs, journalistes, designers et amis ont tous fait le voyage. Parmi eux? Margherita Missoni, Eugénie Niarchos, Dree Hemingway, Laure Hériard-Dubreuil, Aaron Young, Giambattista Valli, Caroline Issa et Jessica Hart. Si elle a grandi à Bombay, Saloni a passé toutes ses vacances au Rajasthan auprès de ses grands-parents et de ses cousins. «Petite, j’attendais avec impatience d’une année sur l’autre les festivités de Holi. Les rires et les couleurs résonnent encore en moi.» Le rituel de cette fête auquel les invités n’ont pas dérogé? Le lancer de poudres de couleurs traditionnelles composées de fleurs, d’herbes, de feuilles, de baies, de bois de santal et de henné. Reine des détails, la créatrice a organisé un programme bien huilé à Udaipur, la ville blanche. Pour la première soirée et le dîner d’accueil, elle a fait appel à la designer Julia Wagner, qui a imaginé un décor fantastique. Les femmes étaient vêtues de robes signées Saloni spécialement créées pour l’occasion. Le lendemain, les festivités de Holi ont débuté dans les jardins du Devigarh Palace, un palais du XVIIIe siècle. Pour

l’événement, Saloni s’est entourée du cabinet d’architecture londonien Mizzi qui a conçu, en collaboration avec des artisans locaux, des huttes de terre traditionnelles et écologiques. Au programme du dernier jour, détente autour de la piscine et soirée au Durbar Hall où l’artiste anglais Luke Edward Hall avait imaginé un décor splendide autour des tentes. Autodidacte, elle n’a pas fait d’études de mode. «Je chéris ces souvenirs d’enfance où je passais des heures à ranger les longs saris de ma grand-mère. Elle est sans aucun doute à l’origine de mon goût pour les belles matières.» À l’image de son mode de vie nomade, Saloni imagine des vêtements élégants, féminins, confortables et gais pour des femmes de tous âges. «Mes racines indiennes et mon mode de vie très actif en tant que jeune maman entrepreneure vivant entre Londres et Hong Kong m’inspirent la garde-robe que j’imagine chaque saison.» Pour marquer ce dixième anniversaire, Saloni a collaboré avec la créatrice des bijoux Venyx, Eugénie Niarchos. Ensemble, elles ont réalisé une collection capsule de robes. Le plus joli souvenir qu’elle garde de l’événement? Une phrase de son jeune fils qui lui a demandé à l’issue des trois jours: «Est-ce qu’on peut tous les jours célébrer Holi Saloni?» Pour l’heure, Saloni prévoit de recréer cet événement magique en fin d’année à New York.


LA VIE

Saloni et GIAMBATTISTA VALLI.

JESSICA HART porte un turban Saloni.

L’actrice
DREE HEMINGWAY.

Le mannequin indien NIDHI SUNIL.

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SOUS LE SIGNE DU POISSON L’histoire de la Maison Krug témoigne de l’incroyable aventure de Joseph Krug, son fondateur. Homme visionnaire doté d’une détermination sans faille et d’une philo­ sophie exempte de tout compromis, il sut comprendre l’essence même du champagne et bouleverser les règles établies. Au-delà des attentes de son époque, son souhait était d’offrir l’expression la plus généreuse du champagne chaque année, indépendamment des hasards du climat.

Photo DR

Par SABRINA KAISER-KOSSMAYR

2018, L’ANNÉE DU POISSON Aujourd’hui encore, Krug maintient cette vision sans compromis. L’un des principes fondateurs du savoir-faire de la Maison est l’individualité, ou l’art de transformer le fruit de chaque parcelle en un vin unique, dont la personnalité propre sera prise en compte avant toute décision d’assemblage. C'est cette conviction qui a donné naissance à l'idée du programme annuel «Krug et l’ingrédient unique». De quoi s’agit-il? Depuis quatre ans, la Maison Krug choisit un

aliment afin d’explorer la passion et la créativité qu’il peut susciter. Un aliment autour duquel tout tourne, et qui sert d’inspiration aux chefs cuisiniers du monde entier. «INGRÉDIENT UNIQUE» 2018 Cette année, après la pomme de terre, l’œuf et le champignon, Krug a choisi le poisson comme aliment phare, et a invité les Chefs d’Ambassades Krug de différents pays à explorer les nombreuses combinaisons possibles entre le champagne et cet ingrédient aux mille et une facettes. Au large de Majorque, des chefs de Tokyo, Milan, Los Angeles, Singapour et Séoul ont ainsi exploré les possibilités créatives du poisson, «ingrédient unique» de la mer par excellence. Pour la Suisse, c’est Heiko Nieder, Chef Fine Dining du restaurant 2 étoiles «The Restaurant» (Hôtel The Dolder Grand à Zurich) qui était présent. Malgré leurs origines différentes, les cuisiniers parlaient tous le même langage, celui de l'intuition et du respect de la nature. Le résultat: de succulents plats de poisson, accompagnés d'un verre de Krug Grande Cuvée ou de Krug Rosé – de quoi révéler de remarquables expériences gustatives. Durant les «Krug x Fish» happenings organisés à Zurich (Widder Hotel & The Dolder Grand Hotel), Saint-Moritz (Badrutt Palace Hotel) et à Lausanne (Lausanne Palace Hôtel), les Krug Lovers pourront déguster des menus spéciaux Krug x Fish et goûter à la manière de marier le champagne de la maison Krug au poisson. La Maison Krug organise également deux Krug «Encounters» à Zurich en septembre et à Lausanne en octobre, avec la présence de Margareth Henriquez, Présidente et CEO de Krug, et du Directeur de la Maison, Olivier Krug. Ils seront l’occasion d’échanges et de moments gastronomiques uniques autour de «Krug x Fish» pour découvrir ou re-découvrir Krug différemment. Une aventure en haute mer gastronomique!

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A V Bristol ou Paris, Maurice ou Arles, voici nos adresses pour vos ­prochaines vacances.

Photo DR.

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TR AVEL NEWS PETIT-DÉJEUNER AVEC LES ÉLÉPHANTS Belmond dévoile enfin son Savute Elephant Lodge, entièrement modernisée, au Botswana. Situé au cœur du parc national de Chobe, l'oasis sous tentes présente une nouvelle esthétique composée de matières nobles et de couleurs chatoyantes, reflétant les intenses alentours de terre du lodge. Entouré d'une flore et d'une faune luxuriantes, le complexe se compose de douze chambres sous toits de tentes, d’un spa, d’un lounge, d’un bar et d’une terrasse extérieure avec piscine. L’attraction phare est une plate-forme d'observation permettant aux invités d’interagir avec la faune, tandis qu’éléphants, guépards, hyènes et antilopes se réunissent pour se rafraîchir entre l'aube et le crépuscule. belmond.com

RITZ FLOTTANT Le légendaire service du Ritz-Carlton est maintenant disponible en haute mer. À partir de 2019, la maison proposera des croisières personnalisées sur trois yachts équipés du plus grand luxe. Chaque yacht construit sur mesure offrira à 300 invités maximum l’espace pour réaliser leur propre voyage privé. Les options d'hébergement comprennent 149 suites, chacune avec son balcon particulier, ainsi que plusieurs luxueux duplex penthouse. Les croisières prévues d’une durée de sept à dix jours se concentreront aussi bien sur des destinations typiques que d’autres moins courues, en Méditerranée, en Europe du Nord, dans les Caraïbes et en Amérique latine. En raison de leurs petites dimensions, les yachts navigueront dans des ports inoubliables généralement inaccessibles aux grands navires de croisière – Capri, Portofino, Saint-Barth ou la vieille ville de Carthagène. ritzcarltonyachtcollection.com

Depuis 1889, l'Hôtel du Cap-Eden-Roc accueille stars de cinéma, têtes couronnées et jet-setters attirés par la tranquillité ensoleillée de ses magnifiques espaces verts en plein cœur de la Côte d'Azur. Le luxueux refuge, avec ses pins centenaires d'Alep, immortalisé par F. Scott Fitzgerald dans «Tender Is the Night», est l'hôtel incontournable du Cap d'Antibes, considéré comme l'épicentre du septième Art durant le Festival de Cannes. Une nouvelle exposition intitulée «Divines Divas», met à l’honneur certaines des actrices les plus mythiques ayant séjourné dans cet hôtel. 22 photos inédites à admirer jusqu’au mois d’octobre. oetkercollection.com

Par PATRICK HEV EN

DIVINES DIVAS


TRAVEL

LOUIS À ARLES Créateurs de tendances, influenceurs incomparables, observateurs du visage mouvant des métropoles à travers le monde: les guides urbains de Louis Vuitton explorent les villes les plus en vogue depuis plus de vingt ans. Pour célébrer le festival de la photographie des Rencontres d'Arles en 2018, le «Louis Vuitton City Guide» a consacré une édition spéciale à Arles – un hommage à la ville de la Camargue et à son événement de renommée internationale. La maison de mode met Arles à l’honneur avec près de 150 adresses incontournables, sélectionnées par des auteurs indépendants et bien informés, l‘œil ouvert à tout ce qui échappe au commun. louisvuitton.com

ÉTÉ INDIEN Le nouveau restaurant The Terrace au Mandarin Oriental de Munich est l'endroit idéal pour prendre un apéritif au crépuscule d’un soir d’été indien, avec une vue imprenable sur les toits de la capitale bavaroise donnant jusqu'aux Alpes. Le toit-terrasse, sur lequel une sélection de plats fusion sud-américains et asiatiques est servie, est devenu le lieu de prédilection des connaisseurs, et reste ouvert encore tard au cours du mois de septembre.

Photos MARK W ILLIAMS & STEPHAN TUENGLER pour BELMOND, RITZ-CARLTON HOTEL COMPAN Y, THE MARK HOTEL, OETKER COLLECTION

mandarinoriental.com/munich

VOILE BLANCHE C'est toujours un spectacle singulier que de contempler une ville depuis l'eau. Et c'est particulièrement le cas pour ce coin étincelant qu’est Lower Manhattan, avec ses bâtiments de toutes les formes, tailles et styles architecturaux. Depuis le North Cove Marina de Tribeca, vous pourrez vous rendre au port animé de New York pour déguster un menu de JeanGeorges Vongerichten, le chef cuisinier, à bord du bateau exclusif du Themarkhotel. La coque est toute d'acajou massif, les ponts sont en teck indien, le mât creux est d'épinette rouge américain. Cette beauté sculpturale de 28 tonnes brille dans toute sa splendeur d’origine, mais dispose désormais des élégants extras pour lesquels le Mark Hotel de l'Upper East Side est réputé. themarkhotel.com

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VENISE SUR UN PLATEAU Des déjeuners dans les Palazzos le long du Canal aux dîners décontractés à l’ombre d’une cour intérieure, en passant par les Bellinis sirotés sur la terrasse d’un toit, La Serenissima est un paradis pour les fins gourmets. On y trouve quelques établissements ainsi que d’authentiques découvertes locales – réservées aux initiés. Par PATRICK HEVEN

La ville la plus romantique au monde est en vrai une mosaïque de 118 petites îles reliées par 417 ponts – avec son fameux Grand Canal qui forme sa colonne vertébrale. La ville est divisée en six quartiers avec la place Saint-Marc comme point de convergence de la plupart des visiteurs. Le reste des ruelles, rues et canaux de la ville s’entrelacent pour engendrer un labyrinthe déroutant: qui ne s’est pas perdu à Venise n’a pas vu Venise. Le lagon constitue un terreau propice idéal et de nombreuses espèces viennent pondre leurs œufs dans ses eaux salées riches en nutriments. Le poisson est frais et savoureux, les fruits et légumes sont cultivés sur les terres salées des îles de Sant’Erasmo et Vignole tandis que la viande provient de fermes du continent. La richesse des traditions culinaires vénitiennes ne repose toutefois pas seulement sur les produits locaux, mais aussi sur les riches traditions maritimes de La Serenissima et sur sa localisation historique qui a fait de la cité des Doges un comptoir entre l’Est et l’Ouest. Visitée par des centaines de milliers de touristes, Venise est également un champ de mines où fleurissent les restaurants pièges à touristes beaucoup trop chers et proposant une nourriture absolument déprimante. Heureusement, pour les connaisseurs, Venise dispose d’une sélection séduisante d’endroits pour se sustenter sur une toile de fond incomparable!

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QUALITÉ ÉTOILÉE Quadri est situé à l’extrémité nord de la Piazza San Marco, sous les voûtes des arcades de la place. L’ancien café existe depuis 1775. Après avoir constaté le piteux état du restaurant, les frères Massimiliano et Raffaele Alajmo ont contacté le designer français Philippe Starck pour qu’il redonne à l’endroit un nouveau souffle, plus contemporain. Il est certes terriblement cher, mais si vous voulez vous offrir un vrai festin, ce restaurant étoilé au guide Michelin est le meilleur de la ville. Rendez-vous au Quadri pour admirer l’inoubliable vue sur la Piazza San Marco et le génie culinaire du chef Max Alajmo avec ses créations originales. Piazza San Marco 121, Tél.: +39 041 522-2105, alajmo.it


TRAVEL

VERRE AVEC VUE L’impressionnant Palazzo Papadopoli de style baroque a été méticuleusement restauré en un endroit où le minimalisme d’Aman s’harmonise magnifiquement avec les intérieurs Rococo et néo-Renaissance du palais, les fresques, l’art classique et les riches lustres de Murano. L’endroit abrite l’un des plus grands trésors de la ville, un grand jardin au bord de l’eau; un lieu pour s’asseoir sous les parasols et profiter d’un Spritz tout en regardant les allées et venues sur le Grand Canal. Surplombant les toits en faïence, l’Altana en bois est une petite terrasse sur le toit pour prendre un verre au coucher du soleil: probablement l’un des secrets les mieux gardés de Venise. Avec un peu de chance, vous pourrez tomber sur les jeunes aristocrates qui en sont les propriétaires, le Comte et la Comtesse Arrivabene Valenti Gonzaga: ils vivent encore dans le palais avec leur famille, dans un appartement situé au 5e étage.

LA FERME À TABLE Lumineux et spacieux, Local, un restaurant de la scène gastronomique vénitienne, est l’antidote au sombre Bàcaro de la tradition locale. Il prend son nom au sérieux, en retraçant la provenance de ses ingrédients locaux de première fraîcheur sur une carte publiée sur son site Internet. Inspiré par le changement continu des saisons, le restaurant Local propose une interprétation créative et naturelle de la cuisine traditionnelle vénitienne. Depuis sa cuisine ouverte, le chef Matteo Tagliapietra compose des menus en constante évolution qui capturent la véritable essence des ingrédients soigneusement sélectionnés à Venise et ses alentours. Salizzada dei Greci 3303, Castello, Tél.: +39 041 241-1128, ristorantelocal.com

Campo Santa Maria del Giglio, GRITTI PALACE, Grand Canal, Tél.: +39 041 794-611, thegrittiepicureanschool.com

Photos BRANDON BARRÉ / GRITTI PALACE, MARIE-PIERRE MOREL & MARCO PERUZZO / QUADRI, AMAN HOTELS, OSTERIA SAN MARCO by WEB-LAB VENEZIA

Calle Tiepolo Baiamonte 1364, Tél.: +39 041 270-7333, aman.com

BISTRONOMIE Cachée loin des rues principales, cette gastrosteria offre ce qui manque ­souvent à Venise: une cuisine de haut niveau dans une ambiance contemporaine à des prix qui restent raisonnables. Avec un service et un agen­ cement des tables décontractés, la chef-propriétaire de l’Ai Mercanti, Nadia Locatelli, propose des plats à base d’ingrédients simples, comme un risotto au gingembre et aux calamars. Avec plus d’options végétariennes que dans la plupart des restaurants de la ville et plus de 300 étiquettes dans la cave à vins, il y en a pour tous les goûts. Calle Fuseri 4346a, San Marco, Tél.: +39 041 523-8269, aimercanti.it

APPRENDRE DES MEILLEURS Installé dans un palais du XVe siècle occupant l’un des plus beaux endroits du Grand Canal, The Gritti Epicurean School, dirigée par le chef Daniele Turco, offre la possibilité de suivre des leçons individuelles pour découvrir les secrets, recettes et ingrédients qui ont rendu la cuisine du Gritti Palace célèbre et appréciée dans le monde entier. Une zone exclusive offre aux clients un aperçu de la cuisine vénitienne tout en servant également de cuisine au chef. Si vous voulez sauter de la théorie à la pratique, le restaurant Club de Doge est une adresse incontournable avec des vues à couper le souffle et l’une des meilleures tables de la ville.

DÉLICIEUX À TOUTE HEURE Le quartier autour de San Marco fourmille de restaurants touristiques fades et trop onéreux. L’Osteria San Marco fait figure de rare exception; cette belle Osteria contemporaine avec un menu saisonnier simple mais créatif et une carte des vins fournie et bon marché, comprenant plusieurs options au verre, constitue une oasis de qualité dans une mer de menù turistici. Un autre atout de cet endroit est sa politique de repas tout au long de la journée: vous pouvez aussi manger ici en milieu d’après-midi et éviter ainsi la foule. Frezzeria, San Marco, Tél.: +39 041 528-5242, osteriasanmarco.it

AL FRESCO Un des attraits de cette Mecque des fruits de mer est la cour intérieure couverte de vigne – l’un des plus beaux endroits de la ville pour un repas en plein air. Corte Sconta a transformé les antipasti – souvent le meilleur d’un repas vénitien – en l’attraction du repas, apportant assiette après assiette des bouchées de schie (petites crevettes grises) avec de la polenta, de la granseola (araignée de mer) ou des canoce (crevettes-mantes). Attendez que la procession se termine pour voir si vous avez encore de la place pour les pâtes ou un plat principal, passez sinon directement au dessert – zabaglione et biscuits vénitiens. Calle del Pestrin 3886, Castello, Tél.: +39 041 522-7024, cortescontavenezia.com

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TRAVEL Porteuse de fantasmes orientalistes, La Mamounia maintient le cap depuis presque cent ans. Le mythe persiste, car l’établissement de Marrakech célébré par les artistes depuis son ouverture a su garder visage humain. Par EUGÉNIE ADDA

Il est parfois tapageur, voire vulgaire, de présenter un lieu en citant les grands noms qui s’y sont succédé. Mais il serait injuste de faire l’économie d’un name-dropping dans un article portant sur La Mamounia, immense palace marrakchi dont l’histoire est liée à celles et ceux qui s’y sont arrêtés. Ne serait-ce parce qu’en 1935 Winston Churchill se réjouit dans une lettre à son épouse, parlant d’un «endroit fantastique, un des meilleurs hôtels jamais fréquentés». À tel point que l’homme d’État décide
de s’y arrêter presque chaque hiver pour un mois ou plus, et finit par donner son nom au bar du palace et à sa suite. Ne serait-ce, aussi, parce que les canapés de ses salons orientalistes ont accueilli toute la scène politique française, du général de Gaulle, qui commanda un lit à sa taille, à François Mitterrand et ­Nicolas Sarkozy.

LE RÊVE CIVILISÉ Mais qu’y trouve-t-on, exactement? Comment expliquer qu’artistes, politiques et créateurs – Yves Saint Laurent, ­Kenzo, Gianni Versace, etc. –, s’y côtoient? Sans doute, comme les établissements mythiques de la planète, l’endroit a-t-il su conserver son indépendance et échapper à l’uniformisation souvent voulue par les grands groupes hôteliers. Sans doute, aussi, l’esthétique marocaine et son artisanat, respectés à la lettre par les architectes et décorateurs qui ont rénové les lieux – de Jacques Majorelle en 1923 à Jacques Garcia en 2009 – résistent-ils aux temps et aux modes. Et le service rendu, discret grâce à un système de couloirs souterrains, donne encore au clients l’impression d’un riad privé. Une atmo­sphère d’entre-soi, malgré les 135 chambres, 71 suites et 3 riads de 3 chambres que compte désormais le palace.

PAUL VALÉRY ET MICK JAGGER Construit en 1923, en plein protectorat français, par les architectes Henri Prost et Antoine Marchisio sous les ordres de la Compagnie des chemins de fer du Maroc, l’établissement, dont le nom fait écho aux jardins offerts deux siècles auparavant par le sultan Sidi Mohamed ben Abdellah à son fils Mamoun, matérialise les rêveries orientalistes des voyageurs européens. Mais aux volumes hispano-mauresques traditionnels, aux carrelages zelliges et aux tapisseries berbères s’ajoute le confort du mobilier Art déco. Paul Valéry, Colette, qui y aurait adopté des chats, Marguerite Yourcenar: les écrivains français y élisent résidence et viennent bercer leurs fantasmes orientalistes hérités du XIXe siècle.

Dans ce «rêve civilisé» comme l’appelait Jacques
Brel, les salons à la lumière tamisée se succèdent comme autant d’enclaves intimes et rafraîchissent, salutaires, après une balade sur la place Jemaa el-Fna. On y dîne à la française, à l’italienne ou, évidemment, à la marocaine, au côté du gotha mondial, voire de Mohammed VI.

À la fin des années 1940, La Mamounia s’agrandit et fait l’objet d’une importante rénovation, attirant dès lors l’élite du cinéma français et hollywoodien. Alfred Hitchcock y filme quelques scènes de «L’homme qui en savait trop», alors qu’Orson Welles, Charlie Chaplin et plus tard JeanPaul Belmondo en font leur point de chute marrakchi. Reflet des époques qu’il traverse, l’endroit accueille aussi les Rolling Stones ou encore
Paul McCartney.

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REPAIRE D’ESTHÈTES Doté d’un spa de 2500 m 2, d’un salon de coiffure ou encore d’une boutique
Pierre Hermé, l’endroit, qui conquiert désormais un public plus étendu, n’a rien perdu de ses airs de club privé. Hôte privilégié du festival du film de Marrakech, le palace est l’épicentre culturel d’une ville bouillonnante, passerelle entre l’Afrique et l’Occident. Organisatrice un temps de son propre prix littéraire, La Mamounia récompensait en 2015 «Dans le jardin de l’ogre»
de Leïla Slimani, premier roman de celle qui gagnerait le Goncourt un an plus tard. En mars dernier se tenait, dans les salons du palace, l’édition 2018 de la 1-54 Contemporary African Art Fair, foire dédiée à la jeune scène artistique africaine qui s’était jusqu’ici déroulée à Londres et New York. L’organisatrice? Touria El Glaoui, petite fille de l’emblématique peintre marocain Hassan El Glaoui, dont la carrière fut lancée au contact d’un certain... Winston Churchill.

Photos DR

OASIS DE LUXE


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TRAVEL Depuis son ouverture en 1925, le Bristol de Paris reste la demeure préférée de la haute société, parmi laquelle les stars du cinéma et les grands épicuriens de ce monde. Rita Hayworth, Josephine Baker, Charlie Chaplin, Robert De Niro et beaucoup d’autres ont fait de ce prestigieux hôtel de luxe leur c­ hez-soi. Son histoire d’une richesse incomparable continue de s’écrire aujourd’hui alors qu’un vent nouveau souffle dans les couloirs de cette adresse légendaire. Par PATRICK HEVEN

HÔTEL DU SILENCE

Photos: avec l’aimable autorisation du BRISTOL / OETKER COLLECTION

Cet élégant hôtel jouit d’un emplacement de choix depuis plus de 90 ans, à l’extrémité la plus calme de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, idéalement situé à proximité du Palais de l’Élysée, des principales ambassades et des boutiques de luxe. C’est non seulement l’une des meilleures adresses de Paris, mais aussi l’un des hôtels les plus élégants et discrets de la capitale française. On l’appelle souvent «l’hôtel du silence» car ceux qui viennent y séjourner ne sont jamais à la recherche de l’attention du public. Enfin, à quelques exceptions près. Je me souviens encore de ma première visite au Bristol pour y prendre le petit-déjeuner alors que le footballeur David Beckham y séjournait pour toute la durée de son contrat de cinq mois avec le Paris Saint-Germain, le tout évidemment accompagné de force battage publicitaire. C’est généralement aussi le cas des fashionistas qui y font halte durant la semaine des défilés. Mis à part ces exceptions, le Bristol reste l’adresse de tous ceux qui apprécient la discrétion absolue. Il paraît même que lors des défilés Haute Couture, en janvier et juillet, les clientes se disputent les suites privées préférées – en toute discrétion, bien sûr. La façade et l’intérieur du Bristol respirent encore l’esprit Art Déco, même si, au cours des décennies, des changements stylistiques ont été réalisés pour adapter la bâtisse à l’air du temps. Le fondateur de l’hôtel, Hippolyte Jammet, naît d’une famille de restaurateurs. En 1978, la famille ­Oetker devient la propriétaire du plus luxueux de tous les hôtels palaces qui, depuis, fait partie de son illustre portefeuille, à côté d’établissements de renom tels que le Lanesborough à Londres, l’Hôtel du Cap-Eden-Roc à Antibes ou le Fregate Islande aux Seychelles. Le Bristol a été le premier établissement français à obtenir le titre de «Palace», distinction source d’une grande fierté. Une splendeur réservée, que l’œil décèle à tous les niveaux, de la rue attrayante en comblanchien aux intérieurs de marbre, en passant par les fauteuils style Louis XVI, les miroirs dorés et les lustres étincelants. Mais la différence réside dans le détail: des tapisseries des Gobelins du XVIIIe siècle, des tissus de Canovas et Pierre Frey, du cristal de Baccarat, de la porcelaine de

­ imoges, des escaliers dorés et un splendide ascenseur Art L Déco – autant d’éléments qui contribuent à créer l’élégance de ce cadre. Il en résulte un sentiment d’intimité et de confort, propice à la détente et au plaisir. Le Bristol bourdonne dans un affairement discret mais néanmoins charmant, alors que Fa-Raon, le chat birman blanc de la maison, traite avec la même condescendance tous les invités, qu’il s’agisse de superstars ou non. Parmi les nombreuses célébrités qui sont descendues ici au fil des années, Josephine Baker a sans doute été la plus éblouissante. C’est au Bristol qu’elle célébra les 50 ans de sa carrière en 1975, avec des invités tels que la princesse Grace de Monaco, Sophia Loren, Alain Delon et Mick Jagger. Libérée de toute inhibition, la chanteuse née au Missouri, danseuse, actrice, militante des droits civiques, icône du divertissement et fière détentrice de la Légion d’Honneur, fit sensation partout où elle passa, ouvrant probablement la voie à des stars comme Tina Turner, Lena Horne, Rihanna ou Beyoncé. Josephine Baker, née Freda Josephine McDonald dans le dénuement et devenue l’une des artistes les plus célèbres des Folies Bergère. Même ceux qui ne possèdent qu’une petite idée de la culture pop connaissent sa fameuse jupe à bananes, inaugurée en 1927. Pour rendre hommage à l’esprit avant-gardiste de Josephine Baker, le Bristol lui a récemment dédié une suite – la Suite Josephine Baker. L’espace de 70 mètres carrés situé au septième étage laisse sans voix, l’imprenable vue sur la ville et la Tour Eiffel contribuant à la magie des lieux. Imaginée par MM-Design Architects, la Suite est réalisée dans des tons crème, bleu ciel, blanc, chêne clair et rose poudré tandis que les magnifiques tissus proviennent de Canovas, Frey et Loro Piana. La salle de bain est d’un luxueux marbre blanc tandis que les meubles de style Louis XVI sont réalisés en bois de rose et en chêne dans des tons chauds. Enfin, la bibliothèque contient des souvenirs de Josephine Baker, de nombreux livres sur la diva et quelques-uns de ses écrits personnels.

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La Suite Josephine Baker s’étend sur plus de 70 mètres carrés au septième étage du BRISTOL, avec une vue à couper le souffle sur Paris.

L’idée de la Suite Josephine Baker trouve ses origines dans une inoubliable soirée, organisée à l’occasion de la première de la revue musicale de Josephine Baker au Théâtre Bobino de Montparnasse. En tant qu’habituée du Bristol, l’actrice réserva à titre privatif le splendide restaurant d’Hiver, un ancien théâtre autour duquel l’hôtel fut construit à l’origine, invitant 250 amis proches pour la célébration. Les invités purent déguster un dîner festif avec veau, homard, granité au champagne et un sublime gâteau de trois étages décoré d’arabesques. Les photos originales dédicacées de la soirée servent aujourd’hui de décoration à la Suite, de même que le légendaire portrait de George Hoyningen-Huene pour la couverture de la pochette de l’album «Le meilleur de Josephine Baker». Cette Suite est la première que l’hôtel a baptisée du nom d’une célébrité. Elle illustre la quête du Bristol pour rafraîchir son image, se jouant des contrastes, entre détails modernes et meubles anciens. L’une des incroyables caractéristiques du Bristol est que toutes les suites diffèrent dans leurs équipements, leur taille ou leur forme. Afin de donner à chaque chambre une couleur dominante et une atmosphère unique, les intérieurs sont principalement dans des tons beige, crème ou pastel, entrecoupés de blanc ou rehaussés, pour le contraste, d’une couleur unie. Les murs sont lumineux et harmonieux, offrant ici un contraste élégant avec les motifs colo-

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rés des tapis et tissus. Les charmants bouquets sur du chintz, les arabesques sur les couvre-lits, les chaises tapissées de toile de Jouy, les damas géométriques sur les canapés rembourrés, les duvets en taffetas et les doubles rideaux en velours épais rendent chaque intérieur unique. Les lustres en cristal et les lampes recouvertes de soie ou de taffetas, enrobent les chambres d’une délicate lumière, renforçant encore plus l’impression de calme confidentiel. J’ai toujours pensé que l’élégance sophistiquée partout palpable au Bristol constituait sa vraie signature. De petits détails soignés ici et là rappellent aux invités qu’ils sont ici chez eux. Cela devient particulièrement évident lorsque vous recevez la clé de la suite sur un élégant porteclés, conçu par le serrurier Jean-Arthur Fontaine lors de l’inauguration de l’hôtel en 1925, et gravé du nom du Bristol. Avec une clé du palace en mains, chaque séjour devient quelque chose de très personnel. En franchissant la porte tambour du Bristol, vous entrez dans un autre univers, un monde de tradition et de classe absolue, d’élégance et de confort suprême, de charme et de chic parisien comme nulle part ailleurs. Un de ces endroits où les moments inoubliables sont simplement loi.

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Trois raisons de quitter la suite: PISCINE AVEC VUE La piscine au sixième étage du Bristol est la seule de Paris à ne pas contenir de chlore, et dispose d’une terrasse en plein air assortie d’une vue imprenable sur la ville. La piscine d’origine rappelle le pont avant d’un voilier des années 1920. A l’horizon, une fresque en trompe-l’œil représente le Cap d’Antibes avec la silhouette de l’Hôtel du Cap-Eden-Roc, un autre des joyaux de la couronne de la Collection Oetker. L’élégant BRISTOL occupe depuis plus de 90 ans le même emplacement emblématique, à l’extrémité calme de la rue du Faubourg-Saint-Honoré.

SPA URBAIN Le spa offre l’assortiment complet de rigueur, avec soins La Prairie et Tata Harper. Ce dernier vient d’ailleurs régulièrement au Bristol pour le déjeuner. De nombreux habitués le confirmeront: pour le meilleur massage, demandez Peter. Le thérapeute star du spa utilise sa propre technique-fusion, et elle vous change tout simplement la vie.

GASTRONOMIE Les restaurants de l’hôtel brillent de leurs propres étoiles, de la Brasserie 114 Faubourg (1 étoile Michelin) à l’Épicure, le 3 étoiles d’Éric Fréchon. Pendant la journée, le passage au­ Café Antonia est incontournable. Avec l’un des menus les plus séduisants de Paris, il attire tout le beau monde de la ville.

Le BRISTOL baigne dans une discrétion charmante, invitation à la détente et à l’hédonisme

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MAURICE, CÔTÉ LUXE ET LAGON CHIC Entre piscine filant sur l’océan, bougainvilliers, oiseaux multicolores et ciel immensément bleu, l’hôtel Lux* Grand Graube mérite son ancien nom de Legends.

Photos DR

Par PATRICK MAHÉ

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Embarquement immédiat pour l’hôtel qui vient tout juste de rouvrir ses portes au nord de l’île Maurice. Il tient son nom du village qui le borde, à quelques brasses de l’île d’Ambre, entre la Pointe aux Canonniers et Cap Malheureux. Chargés d’histoire, ces sites portent en eux le souvenir de la prise de l’ancienne île de France par les Anglais, en 1810. Deux cents chambres et suites au toit de chaume donnent sur un triple lagon bordé de filaos; certaines sont classées Supérieures, d’autres Deluxe, la villa est labellisée Empereur. Une des cinq piscines file vers l’océan. L’écrin floral – tamarins, bougainvilliers… – mais aussi le chant

des oiseaux tropicaux – crécerelles, pailles-en-queue à longues plumes blanches ou rouges – lui valent de perpétuer son ancien nom de Legends, une appellation ancrée dans la mémoire du lieu. Ce superbe établissement qui illustre la notion d’élégance du groupe Lux* Hôtels Resorts a bénéficié du talent de Kelly Hoppen. Tout auréolée de son titre de Member of the British Empire, l’icône du design intérieur britannique a habillé l’endroit de son glamour discret et intemporel. Le mobilier le plus contemporain côtoie des souvenirs de vacances glanés à

Capri, au Cap, à Majorque, à Antigua. Voilà qui crée une atmosphère à la fois cosy et raffinée. Au Lux* Grand Gaube, l’éventail des tentations est à portée de passion: survol des récifs en hydravion, pêche au gros au-delà de la barrière de corail, sessions de séga sur la plage (tout l’art de cette danse sensuelle consiste à tournoyer «trapé frotté» autour d’une cavalière). Quant aux épicuriens, au-delà de la formule all inclusive, ils ne sauraient résister aux fruits de mer grillés, langoustes à la carte, avant de savourer le menu allégé du spa, personnalisé sur forfait… «Lux Me» en est le mot de passe.

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Photo BULGARI

Les plus belles soirées, les événements mémorables – à découvrir dans les pages suivantes.


ART IN THE PARK XVI

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LA NUIT Chaque année au mois de juin, la fièvre de l’Art s’abat sur la Suisse. En prélude à Art Basel, l’exposition de sculptures organisée par Gigi Kracht, Art in the Park, est devenue une tradition depuis plus de 16 ans. L’événement a lieu dans les jardins de l’hôtel zurichois Baur au Lac, propriété de Gigi et de son mari Andrea. Cette année, les sculptures de l’artiste Donald Baechler y étaient exposées. L’OFFICIEL Suisse s’est entretenu avec lui avant l’événement principal. Par LIVIA ZAFIRIOU

L’artiste Donald Baechler, dont les sculptures ornent le jardin devant lequel nous sommes assis pour discuter en ce jour de juin, est une personne qui, paradoxalement, évite la «scène artistique». «Je n’y suis jamais allé», dit-il à propos d’Art Basel où ses œuvres ont souvent été vendues par de prestigieuses galeries telles que Cheim & Reid à New York et Thaddeus Ropac à Paris. Baechler est né à Hertford, dans le Connecticut, en 1956. C’est après avoir déménagé à New York en 1980 qu’il a commencé à se faire un nom. Aux côtés de ses contemporains Keith Haring et Jean-Michel Basquiat, Baechler a finalement développé son style dans ce qui a été qualifié, par la suite, de «Pop Art de la deuxième génération». En évoquant cette époque, il note: «J’étais d’une génération où nous ne nous attendions pas à gagner notre vie avec l’art, nous étions donc plus libres de faire ce que nous voulions vraiment». Vivant et travaillant toujours en ville, c’est là qu’il a rencontré Gigi Kracht et son mari.

Photos DR

Elle s’exclame: «Son studio était dans le même immeuble que celui de notre appartement et depuis le premier jour de notre rencontre, j’ai toujours voulu faire quelque chose avec lui. Il y a eu beaucoup de paperasserie car je ne pensais pas pouvoir organiser cela directement avec lui». Ironiquement, c’est l’artiste lui-même qui a finalement convaincu Gigi Kracht de collaborer – «Il m’a juste dit: ’Faisons-le!’». L’exposition consiste en huit sculptures qui sont presque des extensions de son travail en deux dimensions. La sculpture, pour Donald Baechler, était initialement un exercice de pers-

pective. Le créateur: «En tant qu’artiste, il est très facile d’être trop proche de ce que l’on fait, alors j’ai commencé à faire de la sculpture pour obtenir une perspective. C’est un processus beaucoup plus lent et, comme pour les tirages, il est moins facile de se corriger». En conséquence, certaines de ses sculptures semblent sortir virtuellement de la page, plutôt que des éléments complètement tridimensionnels, comme avec «Small Flowerpot» et «Tree #1». Cependant, ses dernières œuvres telles que «Global Head Figure» ou sa «Walking Figure» féminine (une œuvre que Mme Kracht a surnommée Olive Oil en raison de son étrange ressemblance avec l’emblématique amoureuse de Popeye), sont sensiblement plus tridimensionnelles. Concernant son processus créatif, Baechler ajoute: «J’ai dû apprendre à réaliser ces œuvres méticuleusement, j’ai fait beaucoup d’essais et d’erreurs afin de réussir à les équilibrer parfaitement». L’œuvre de Donald Baechler s’inspire sensiblement de l’enfance. On l’interroge souvent sur le symbolisme dans son œuvre, et quand je lui demande si la politique d’aujourd’hui a eu un impact sur son travail, il rit et répond: «Mes parents sont tous les deux des activistes de gauche très engagés politiquement, donc je pense que j’ai toujours refusé que cela affecte mon travail». Aux yeux de ceux qui les observent, les sculptures semblent prendre une myriade de significations. Gigi Kracht dit de son ami: «Il a une attitude très douce, ce n’est pas un artiste agressif». Voilà qui éclaire profondément son travail qui ne semble pas être là pour vous impressionner. Il peut être ce que vous voulez qu’il soit. bauraulac.ch

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LA NUIT

DONALD BAECHLER (à droite) avec RICHARD ARMSTRONG.

«Walking Figure» 2008, Bronze.

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«The Variable Spare Paradox», 2011, Bronze.


LA NUIT

WILD POP Par LIVIA ZAFIRIOU

Le lancement des 80 pièces uniques de Bulgari s’est fortement inspiré de la liberté d’esprit, l’expérimentation et l’empowerment caractéristiques des années 80, avec un hommage tout particulier à Andy Warhol. Lucia Silvestri s’est souvenue d’une visite aux archives de la Warhol Foundation à New York. La collection Wild Pop s’inspire également de la culture musicale disco de l’époque, y combinant les formes audacieuses et les couleurs vives propres à Bulgari.

dei Marmi. Parmi les participants, on pouvait compter Bella Hadid, Lily Aldridge, Jasmine Sanders, Jon Kortajerena, Eva Green, Yasmin Le Bon et Shu Qi. En guise de surprise de dernière minute, les icônes des années 80 Duran Duran ont joué un set de synth-pop qui a fait lever de leurs sièges les invités, les aimantant vers le dancefloor pour le reste de la nuit.

De gauche à droite LIGNE 1: TAMU MCPHERESON, EVA GREEN, JON KORTAJERENA, LILY ALDRIDGE, LIGNE 2: BELLA HADID, LADY KITTY SPENCER, JASMINE SANDERS, LAURA HARRIER

Photos DR

La nuit du lancement, le géant du luxe a lancé la fête la plus spectaculaire et extraordinaire jamais organisée par le PDG Jean-Christophe Babin. Les invités ont eu droit à un défilé de Haute Joaillerie au cours duquel des mannequins se sont baladés entre les façades de marbre et les sculptures du Stadio

En juin dernier, Bulgari est retourné à ses racines romaines pour présenter sa dernière collection de Haute Joaillerie. Une collection baptisée Wild Pop, qui s’inspire des thèmes des années 80 et plus particulièrement d’Andy Warhol.

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LA NUIT Fondé en 2001 par Caroline Scheufele, le Trophée Chopard récompense chaque année deux jeunes talents de l’industrie du cinéma au Festival de Cannes. Cette année, Elizabeth Debicki et Joe Alwyn ont reçu leur prix des mains de Diane Kruger, ex-lauréate elle-même, lors d’une cérémonie organisée à l’hôtel Martinez à Cannes. Le gala intimiste a été animé par Caroline Scheufele, accompagnée de Thierry Fremaux, directeur du festival. Par LIVIA ZAFIRIOU

LE TROPHÉE CHOPARD 2018 Elisabeth Debicki, qui était déjà venue à Cannes pour «The Great Gatsby» et «Macbeth», a déclaré qu’elle était honorée de suivre les traces d’actrices telles que Marion Cotillard et Diane Kruger: «Ce fut un tel honneur de recevoir le prix de quelqu’un comme elle [Kruger]. Eh bien, j’étais très nerveuse. Je suis une actrice mais bien sûr parler devant autant de ses pairs est beaucoup plus impressionnant». L’étoile montante a un agenda chargé. Elisabeth jouera bientôt Virginia Woolf dans «Vita and Virginia» de Chanya Butto, et sera également dans la distribution du film «Widows» signé Steve McQueen.

Pour le plus grand bonheur d’Elisabeth Debicki, les lauréats ont été rejoints plus tard dans la soirée organisée sur le toit de l’hôtel, non seulement par Cate Blanchett mais également par Jane Fonda, une autre de ses héroïnes. chopard.com

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THIERRY FREMAUX, CAROLINE SCHEUFELE, JOE ALWYN, ELIZABETH DEBICKI ET DIANE KRUGER.

2 CALU RIVERO, CAROLINE SCHEUFELE ET LIVIA FIRTH.

6 ARAYA HARGATE 7 ILDO DAMIANO 8 CATE BLANCHETT, JANE FONDA ET ELIZABETH DEBICKI

4 CATE BLANCHETT ET CAROLINE SCHEUFELE

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5 CAMELIA JORDANA

10 CAROLINE DAUR

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DIANE KRUGER, ELIZABETH DEBICKI, JOE ALWYN ET CAROLINE SCHEUFELE

Photos DR

Née à Paris, Elisabeth Debicki a grandi en Australie. Elle a été choisie en 2013 par Baz Luhrmann pour interpréter la golfeuse professionnelle et la flamboyante fêtarde Jordan Baker dans «The Great Gatsby». Un an plus tard, elle jouait face à Cate Blanchett dans la pièce de Jean Genet «The Maids», d’abord à Sydney puis à Broadway. «J’ai travaillé avec Cate Blanchett quand j’étais très jeune. Cate a toujours été un modèle pour moi durant mon enfance à Melbourne. Son travail au théâtre est incroyable, elle est une actrice absolument fantastique. J’ai pu travailler avec elle à l’âge de 22 ans; c’était tellement surréaliste de me retrouver dans la même pièce qu’elle».

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ADRESSES

ACNE STUDIOS acnestudios.com ADAM SELMAN adamselman.com ADLER adler.ch ALBERTA FERRETTI albertaferretti.com ALEXANDER WANG alexanderwang.com ANDY WOLF andy-wolf.com ARMANI armani.com ASTRID ANDERSEN astridandersen.com ATLEIN atlein.com BALENCIAGA balenciaga.com BALMAIN balmain.com BUCCELLATI buccellati.com BULGARI bulgari.com BURBERRY burberry.com BYREDO byredo.com CALVIN KLEIN calvinklein.com CARTIER cartier.ch CARVEN carven.com CHANEL chanel.com CHLOÉ chloe.com CHOPARD chopard.com CHRISTOPHER KANE christopherkane.com DAVID KOMA davidkoma.com DIOR dior.com DIPTYQUE diptyque.eu DJULA djula.fr DRIES VAN NOTEN driesvannoten.com ELLERY ellery.com ERDEM erdem.com ERES eres.com ERMANNO SCERVINO ermanoscervion.it EVIDENS DE BEAUTÉ evidensdebeaute.com FENDI fendi.com FORNASETTI fornasetti.com FRÉDÉRIC MALLE fredericmalle.com GARETH PUGH garethpughstudio.com GINETTE NY ginette-ny.com GIVENCHY givenchy.com

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Vous trouverez, sur le site de toutes les marques citées, l’adresse des boutiques qui les vendent ou celles des points de vente les plus proches.


AZZEDINE ALAÏA et NAOMI CAMPBELL, New York City, 1987 © ARTHUR ELGORT


LAST LOOK

CE QUE LE CŒUR DÉSIRE Par LENA STÄHELI

LA BÂTIE Intéressant de voir comment la communication culturelle s’inspire de plus en plus de la photographie de mode. La preuve avec les affiches de l’édition 2018 du festival de LA BÂTIE. Cela dit, ce rendezvous genevois dédié à tous les arts de la scène imaginables reste le plus inspirant de Suisse. A vivre du 30 août au 16 septembre. Promesses et secousses au programme.

MOLTENI Le nouveau système de stockage de MOLTENI (Ron Glad 2017) rappelle l’architecture minimaliste. Les tiroirs ouverts peuvent être empilés seuls ou les uns sur les autres. molteni.it

ZURICH FILM FESTIVAL La manifestation aura lieu du 14 septembre au 7 octobre. La section FOKUS présentera 12 films d’Allemagne, d’Autriche et de Suisse. «Le Runner», de HANNES BAUMGARTNER et MAX HUBACHER, est attendu avec impatience. On ne manquera pas non plus d’y guetter les visages connus; au cours des dernières années, on a pu y voir JAKE GYLLENHAAL, GLENN CLOSE ou ALICIA VIKANDER… Impatience! zff.com

Parmi les invités: JÉRÔME BEL, CHRISTOPHE HONORÉ, PHANEE DE POOL, RAIMUND HOGHE, HOFESH SHECHTER, etc. batie.ch

MESSIKA BY GIGI HADID VALÉRIE MESSIKA et le top-modèle GIGI HADID ont conçu une deuxième ligne de bijoux pour le 10e anniversaire de la marque. Cette année, les diamants et les formes batifolent mieux que jamais. Les pièces seront disponibles dès la mi-­ septem­bre, en ligne et dans tous les points de vente de la marque, comme Bucherer. messika.com

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FENDI Le sac seau «MON TRÉSOR» de FENDI sort dans une nouvelle version plus grande et à point nommé. Son cuir souple et sa bandoulière offrent un confort inégalable. À vous de choisir entre les couleurs classiques comme le noir, le brun ou le brun ivoire ou d’être plus audacieux en suivant la tendance du logo. Dès la fin août, le MON TRÉSOR sera disponible au prix de CHF 1 310 dans toutes les boutiques FENDI et sur fendi.com

ROYAL FERN Les ampoules Royal Fern vous donnent un teint parfait. La ligne de soins du derma­t o­­logue Timm Golücke présente un ensemble de 15 produits, avec des ampoules pour chaque type de peau. Que ce soit comme traitement intensif ou en complément des soins de jour. royalfern.com

Photos DR. Les prix ont été calculés à partir de ceux qui sont pratiqués dans leur monnaie d’origine. Ils ne correspondent pas forcément à ceux qui sont fixés en Suisse.

BONGÉNIE GRIEDER Les clientes des magasins de luxe BONGÉNIE GRIEDER entretiennent une vraie histoire d’amour avec la marque FABIANA FILIPPI. Cette maison italienne crée des classiques contemporains purs et raffinés. Elle lance une nouvelle ligne inspirée du vêtement d’intérieur. Baptisée «MY PRIVATE LIFE», cette gamme est proposée à Genève, Lausanne, Zurich, Bâle et à l’aéroport de Zurich. Pièces câlines et élégantes à porter à toute heure et partout entre Yoga chic et sport fluide. Soies, cachemires, détails. L’éternel féminin inscrit dans l’air du temps. bongenie-grieder.ch


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L'OFFICIEL No. 39 Septembre 2018 FR  
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