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N° 85 AOÛT-SEPTEMBRE 2018

TEREZA C EN TOP DION LEE ET BOUCLES D’OREILLES VALENTINO.

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ON SORT DE L’OMBRE IBRAHIM MAALOUF MATTHIEU CHEDID PASCALE HABIS


TABBAH.COM MAISON TABBAH, RUE ALLENBY - CENTRE VILLE t +961 1 975 777 AISHTI BY THE SEA t +961 4 711 942


Une femme est une femme © 1961 STUDIOCANAL - Euro International Films S.p.A. All Rights Reserved. D I O R . C O M - 0 1 9 9 1 1 1 1 E X T. 5 9 2


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109 ALLENBY STREET, BEIRUT CENTRAL DISTRICT, LEBANON TEL. 01 99 11 11 EXT. 579 - AÏSHTI BY THE SEA, ANTELIAS TEL. 04 71 77 16 EXT. 241

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N ° 8 5 A O U T- S E P T E M B R E 2 018

EDITEUR

TON Y SA L A ME GROUP TSG SA L Rédaction RÉDAC TRI CE EN CH EF

FIFI A BOU DIB

R É D A C T R I C E E T C O O R D I N AT R I C E

SOPHIE NA H A S Département artistique

D I R E C T R I C E D E C R É AT I O N

MÉL A NIE DAGHER DIRECTRICE ARTISTIQUE

SOPHIE SA FI Contributeurs PH OTO

A LY SA A B, MOH A M A D A BDOUNI, TON Y ELIEH RÉDAC TI O N

JOSÉPHINE VOY EU X , L AUR A HOMSI, M A R I A L ATI, M A R IE A BOU K H A LED, NA SR I SAY EGH, PHILIPPINE DE CLER MON T-TONNER R E GRAPHISTE

M A R I A K H A IR A LL A H I L L U S T R AT I O N

M A R ION GA R NIER Production DIRECTRICE

A N NE-M A R IE TA BET Retouche numérique

FA DY M A A LOUF

Publicité et Marketing DIREC TEUR GÉNÉR AL COM MERCIAL ET M ARKETIN G

MELHEM MOUSSA LEM

C O O R D I N AT R I C E C O M M E R C I A L E

STÉPH A NIE MISSIR I A N DIRECTRICE M ARKETING

K A R INE A BOU A R R A J Directeur Responsable

A MINE A BOU K H A LED Imprimeur

53 DOTS DA R EL KOTOB


Directrice de la publication et de la rédaction Marie-José Susskind-Jalou Rédactrice en chef mode Vanessa Bellugeon

Directeur de création Jean-Marie Delbès

Rédactrice en chef magazine Adrienne Ribes

MODE

PRODUCTION

CORRESPONDANTS

Responsables shopping Laura Leclerc l.leclerc@jaloumediagroup.com Samia Kisri s.kisri@jaloumediagroup.com Tél. 01 53 01 10 30

Joshua Glasgow j.glasgow@jaloumediagroup.com Éléonore Jalou e.jalou@jaloumediagroup.com

Editor at large Los Angeles Erica Pelosini Correspondante Rome Allegra Forneris Correspondant New York Jean-Claude Huon

JOAILLERIE/HORLOGERIE

Jennifer Eymère j.eymere@jaloumediagroup.com Joshua Glasgow j.glasgow@jaloumediagroup.com

Emily Minchella emilyminchella@gmail.com Hervé Dewintre hervedewintre@hotmail.com BEAUTÉ Mélanie Mendelewitsch melanie.mendelewitsch@gmail.com Rédactrice parfum Antigone Schilling aantigone3@aol.com DÉPARTEMENT ARTISTIQUE Consultante à la création Jennifer Eymère Directrice artistique Élise Hannebicque Graphiste Daphné Mookherjee Iconographe Lisa Favreau

CASTING

WWW.LOFFICIEL.COM Rédactrice en chef Karen Rouach k.rouach@jaloumediagroup.com Community manager Caroline Mas c.mas@jaloumediagroup.com MAGAZINE Rédactrice en chef adjointe Léa Trichter-Pariente lea@jaloumediagroup.com SECRÉTARIAT DE RÉDACTION Secrétaire général de la rédaction David Navas d.navas@jaloumediagroup.com Secrétaire de rédaction Nicolas Emmanuel Granier

CONTRIBUTEURS Photographes Julia Andreone Marine Billet Sergio Corvacho Erick Faulkner Danny Lowe Alice Moitié Tom de Peyret Julien Roux Rédacteurs et collaborateurs Eugénie Adda Marguerite Baux Mathilde Berthier Patrick Cabasset Gabriela Cambero Chrystèle Dessoy Marie-Anne Faure Lachaud Jean-Pascal Grosso Juliette Michaud Alice Pfeiffer Sophie Rosemont Shirine Saad

LES PUBLICATIONS DES ÉDITIONS JALOU L’Officiel de la Mode, L’Officiel Hommes, Jalouse, La Revue des Montres, L’Officiel Voyage, L’Officiel 1000 Modèles, L’Officiel Art, L’Officiel Shopping, L’Officiel Chirurgie Esthétique, L’Officiel Allemagne, L’Officiel Hommes Allemagne, L’Officiel Argentine, L’Officiel Brésil, L’Officiel Hommes Brésil, L’Officiel Chine, L’Officiel Hommes Chine, L’Officiel Hommes Corée, La Revue des Montres Corée, L’Officiel Espagne, L’Officiel Hommes Espagne, L’Officiel Voyage Espagne, L’Officiel Art Espagne, L’Officiel Inde, L’Officiel Indonésie, L’Officiel Italie, L’Officiel Hommes Italie, L’Officiel Art Italie, L’Officiel Kazakhstan, L’Officiel Hommes Kazakhstan, L’Officiel Lettonie, L’Officiel Levant, L’Officiel Hommes Levant, L’Officiel Lituanie, L’Officiel Malaisie, L’Officiel Maroc, L’Officiel Hommes Maroc, L’Officiel Mexique, L’Officiel Moyen-Orient, L’Officiel Hommes Moyen-Orient, L’Officiel Art Moyen-Orient, L’Officiel Pays-Bas, L’Officiel Hommes Pays-Bas, L’Officiel Pologne, L’Officiel Hommes Pologne, L’Officiel Russie, L’Officiel Voyage Russie, L’Officiel Singapour, L’Officiel Hommes Singapour, L’Officiel St Barth, L’Officiel Suisse, L’Officiel Hommes Suisse, L’Officiel Art Suisse, L’Officiel Hommes Thaïlande, L’Officiel Thaïlande, L’Officiel Turquie, L’Officiel Hommes Turquie, L’Officiel Ukraine, L’Officiel Hommes Ukraine, L’Officiel USA, L’Officiel Hommes USA, L’Officiel Vietnam www.lofficiel.com, www.jalouse.fr, www.larevuedesmontres.com, www.jaloumediagroup.com


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AÏSHTI BY THE SEA, AÏSHTI DOWNTOWN, AÏSHTI VERDUN


L’OFFICIEL

SOMMAIRE

p.104 p. 188

94 Reflets dans un œil d'or

50 News

104 Le monde de Pascale Habis

62 Tendances

110 « Iolanda », un hommage élégant et authentique à Dalida

68 Le « Louis Vuitton New Wave » 70 Avis de tempête 72 Oh le beau logo, là ! 76 L'âge d'or de Balmain 82 Chic insulaire

p. 200

86 Petit déjeuner avec Liliane Chlela 87 Touchons de l'or 88 Avec les « New Looks», Tabbah réinvente ses classiques 92 Oreilles absolues

114 Nos saisons fauves 124 Dala Eido, ingénieure du vêtement

182 La plus belle pour aller danser 184 « Species of the space », objets de compagnie 188 La nuit leur appartient 192 Eleven Tables, les cèdres germaniques 194 Ceci n'est pas une coquille

128 Jeux de mains, jeux de …

198 Né de l'urgence

130 L'odeur du soleil

200 Le regard (trop ?) humain de Tamara Abdul Hadi

134 Dans mon jardin d'hiver 156 From Jamaica with love 166 So close 174 Genny Haddad, styliste conceptuelle 178 La fleur à la cagoule 44

204 « M » ou l'art de préserver l’enfance 208 Ibrahim Maalouf : « La musique arabe est ma langue maternelle » 212 Manifesto : be well ! 214 La détente

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p.94

48 L'édito


AÏSHTI, DOWNTOWN BEIRUT, T.01.991 111 AÏSHTI BY THE SEA, ANTELIAS, T. 04 717 716 EXT. 243

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SOMMAIRE

p. 256

p. 248

p. 262 p. 250 218 La spiritualité

226 La substance 230 Les gestes 232 Le sexe p. 218

238 L'éthique 242 Au spa du mythique Phoenicia

252 Amirah Kassem, l'autre Willy Wonka 254 Voyage culinaire en Extrême Orient 256 Pêche du jour 258 Sur le toit du monde 262 Al Haush, du verger à la table

244 Out Beauty Boutique

266 Venise en fête pour les 50 ans de Ferretti Yachts

248 Succomber au Vegan

270 Adresses

250 Oser le lait d'amandes

272 Brain Drain – rentrer / rester

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220 S'enticher des pierres


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EDITO

ON SORT DE L’OMBRE Voilà plusieurs mois, en fait depuis le scandale Weinstein, qu’on se demande en quoi est nouvelle, en 2018, la révolution féminine. Certes, un pas gigantesque a été franchi en direction de la protection légale des femmes contre les harcèlements et agressions qui leur pourrissent la vie depuis l’aube de l’humanité. Mais le féminisme, y compris ses dérives, ne date pas d’hier. La question est donc : qu’est-ce qui a changé aujourd’hui dans ce combat, et pourquoi définit-il avec autant de force les tendances actuelles et à venir ? La réponse est en grande partie dans le séisme Weinstein, mais elle se trouve aussi dans l’esprit des Millenials, résolus à imposer leurs propres codes pour une humanité nouvelle et indifférenciée. Cette rentrée se fera éminemment sous le signe de la parité des sexes, la marge des anciens privilèges masculins se réduisant à toute vitesse. Le mot « race », abrogé de la Constitution française fin juin, disparaît du vocabulaire. La légalisation du haschisch à usage médical devient une évidence, même au Liban. L’homosexualité est enfin en voie de dépénalisation au pays du Cèdre, et en tous cas largement reconnue –sauf par les étriqués- comme une orientation normale. Naturellement, la mode suit, avec un nouvel accent sur les réminiscences « Dame de Fer » -épaules carrées, lignes musclées-, une fluidité marquée entre les vestiaires féminins et masculins et une entrée en force des codes du sport, du vêtement utilitaire et de l’uniforme dans le prêt-à-porter. Le logo sort de l’anonymat bon teint des années 90 et s’affiche haut et fort, mais avec une pointe d’autodérision. On n’a rien à cacher, pas-même son goût pour les marques. Nul, en ce 21e siècle, ne veut être réduit au « misérable petit tas de secrets » dont parle Malraux. Avec Ibrahim Maalouf, Matthieu Chédid et de magnifiques jeunes talents du Liban, L’Officiel Levant vous souhaite une fin d’été créative, confiante et déterminée.

Fifi Abou Dib

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PAR F.A.D

J O U E R , T O U T E U N E C U LT U R E À tous ceux qui croient que le jouet, objet transitionnel de tous les enfants depuis que l’enfance existe, a été remplacé par les tablettes, Joué Club prouve le contraire. Ce paradis où l’on trouve tout ce dont peut rêver une horde de gamins surexcités par leur propre créativité vient d’étaler ses trésors à Aïshti by the Sea. Entre jouets éducatifs, jeux de société ou de plein air, figurines à collectionner, gadgets et jeux électroniques, il y a là de quoi occuper indéfiniment les petits pendant que les mamans profitent de leur journée de détente et/ou de shopping. Le plus : jeux et activités ludiques en week-end. Joué Club by the sea Playground, Aïshti by the Sea, Antelias, GF, +961 4 717 716

BEYROUTH, EN FORME ET INFORME

« The shape of a city », Letitia Gallery, Tour Saroulla, Hamra, Beyrouth Du Lundi au Vendredi, de 10:00 à 18:00, et Samedi de 10:00 à 15:00 Jusqu’au Samedi 25 Août

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« The shape of a city » est le titre de la nouvelle exposition proposée par la toute jeune Letitia Gallery qui présente une réflexion de l’artiste britannique Nathaniel Rackowe sur la nature changeante des villes. Prenant Beyrouth comme point de départ de son concept, Rackowe utilise dans son œuvre des matériaux industriels tels que le zinc ondulé, l'acier galvanisé et les blocs de ciment. Il expose ces matériaux à la lumière artificielle pour en adoucir les contours, ce qui lui permet d'explorer la façon dont les citadins adaptent leurs comportements à un environnement bâti.


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L E TA G D U B A G Cet hiver, Balenciaga joue à fond la carte de l’humour et du brouillage des codes. Tout est dans tout, tout est surdimensionné et se mélange à tout. Les boucles d’oreilles s’inspirent des emporte-pièce de pâtisserie ou des figurines de super-héros, le tartan écossais se mêle avec génie au kimono japonais, la coupe des combinaisons de moto s’adapte à des manteaux en tweed, le jeans délavé et le pantalon Palazzo sont équipés de zips horizontaux empruntés à l’univers du hiking, les sacs, bikers ou classiques, hurlent leur logo en grosses lettres. Entre fusions explosives et greffes heureuses, une bonne petite claque à la morosité. Balenciaga, Rue Fakhry Bay, Beirut Souks, Centre-Ville, Beirut, +961 1 99 11 11 ext.570 Aïshti by the Sea, Antelias, GF & L2, +961 4 717 716

Q U A N D S O N I A L A N C E S O N PAV É Y a-t-il au monde plus parisien que ce pavé sous lequel les étudiants, en mai 68, voyaient la plage, et dont ils ont fait le symbole de leur révolution contre l’ordre établi? Au lendemain des événements de ce printemps parisien, les pavés arrachés à la chaussée se vendaient comme souvenirs. Sonia Rykiel, en ce temps-là, tricotait de beaux pulls rayés dans sa boutique du Quartier latin. Tout autour, entre deux pavés lancés sur les CRS, on lisait, on réinventait la littérature et le cinéma, on donnait des conférences et on refaisait le monde. Brillante idée de Julie de Libran, la directrice artistique de la maison Sonia Rykiel, l’emblématique pavé se décline en sac cubique à fermeture éclair. Huit couleurs de cuir et toutes les nuances du libre esprit de Paris. Aïshti by the Sea, Antelias, GF, +961 4 717 716

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CES BIJOUX QU’ON CROIRAIT E N B RO CAR D La semaine parisienne de la haute couture est traditionnellement clôturée par un événement haute joaillerie à travers la Ville-lumière. Pour Buccellati, qui présentait ses nouvelles collections dans sa boutique, 1, rue de la Paix, le lien est tout naturel entre couture et bijoux, tant les pièces qui sortent des ateliers de la maison milanaise depuis sa création en 1919 s’apparentent à un tissage précieux. Buccellati se distingue surtout par des techniques de gravure et d’orfèvrerie datant de la Renaissance et transmises par plusieurs générations d’artisans. Cette saison, la maison joaillère pousse encore plus loin son savoir-faire signature et sa créativité en mettant en avant le « nid d’abeilles », l’un de ses motifs les plus complexes. On le retrouve dans la structure de délicats bracelets manchettes sertis de gemmes multicolores ainsi que dans les boucles d’oreilles Tulle que l’on croirait taillées dans la matière du même nom. Aïshti, 71 Rue El Moutrane, Centre-Ville, Beyrouth, +961 1 911 111 ext.282 Aïshti by the Sea, Antelias, GF, +961 4 717 716 ext.353

S E MAI N E ARTI STI Q U E À BEYROUTH

Beirut Art Fair, 20 au 23 septembre 2018, Hall 3 du Seaside Arena (anciennement BIEL), www.beirut-art-fair.com

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Septembre annonce depuis 9 ans l’ouverture de la saison artistique à Beyrouth. La 9e édition de Beirut Art Fair revient avec de nouvelles initiatives, notamment une rétrospective du peintre Paul Guiragossian en commémoration du 25e anniversaire de sa disparition. Une scénographie réalisée par l’architecte et urbaniste Patrick Boustany reproduira la capitale libanaise au sein du hall d’exposition. Agrandie de 45%, plus sélective et affichant une nette montée en gamme, Beirut Art Fair renforce en 2018, la présence d’enseignes de premier plan en art moderne et contemporain et renouvelle son soutien aux galeries émergentes. La foire accueille de plus, cette année, de nouvelles galeries internationales. Créée par Laure d’Hauteville en 2010, cette foire d’art contemporain qui laisse une place de choix à l’art moderne se tient sous la direction artistique des experts Pascal Odille et Marine Bougaran. Parallèlement à la BAF se tiendra, dirigée par Marie-Mathilde Gannat, la Beirut Art Week, un circuit artistique à la rencontre d’artistes prenant possession de certaines prestigieuses boutiques du centre-ville. Des expériences insolites, un cinéma de plein air dans les sites archéologiques, des vernissages et un esprit de fête feront de cette semaine artistique une parenthèse enchantée.


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E H D E N I Y A T, L E F E S T I VA L « VERT » Ehden est ce merveilleux village du Liban Nord dont on ne peut plus se détacher dès la première visite. Depuis 14 ans s’y déroule un festival inclusif et généreux qui se décline en événements divers, culturels, musicaux, tradionnels, sportifs et destinés aux enfants. Les recettes de chaque saison sont attribuées à des associations caritatives. Quatre dates sont encore à retenir cet été, après le concert « Music Hall All Stars » donné le 28 juillet : Le 3 et le 4 août, ce sera au tour de l’auteur, compositeur et interprète irakien Kazem al Saher de mettre le feu à la scène encadrée par une somptueuse forêt de sapins. Le 25 août accueillera pour la deuxième année consécutive le spectacle « Ciné Orchestre », projection de film sur musique live. Le 19 août, enfin, soirée DJ avec « Magic Moutains » animée par DJ Rodge. A ces concerts s’ajoutent cinq événements adressés aux enfants et adolescents, entre théâtre et musique. L’écologie est le mot d’ordre de ce festival où l’on se rend obligatoirement en navette ou à pieds pour éviter embouteillages et pollution. Des informations « vertes » sont diffusées en continu avant les spectacles. Une gestion durable des déchets est assurée sur les lieux des événements. Enfin, chaque artiste invité plante un cèdre à son nom en un lieu de la forêt baptisé « Ehdeniyat stars forest ». Ehdeniyat, tel : +961 76 90 80 20. Billets en vente au Virgin Megastore. www.ehdeniyat.org

Quel est le lien entre Millie Bobby Brown, actrice; John Boyega, acteur; Crystal Zhang, actrice; Conie Vallese, artiste; Guillaume Nery, plongeur acrobatique; Lexie Alford, blogueuse de voyage; Maye Musk, mannequin et diététicienne; Miyavi, musicien et acteur; Eiza Gonzalez, actrice; Walter Villadei, cosmonaute et éducateur; Carmen Jorda, pilote de course; Xiuhtezcatl Martinez, musicien et militant; David de Rothschild, aventurier et environnementaliste; Olga Karput, influenceuse; Danny Bowien, chef et restaurateur; Bebe Vio, escrimeuse paralympique; Sheck Wes, rappeur; Liya Kebede, mannequin et activiste; Gus Kenworthy, skieur acrobatique et militant LGBTQ ? Tous incarnent la force de dépasser limites et obstacles et de franchir barrières et stéréotypes. Moncler, fabricant de doudounes depuis 1952, entré en 2003 dans l’univers de la mode haut de gamme, les réunit devant l’objectif de Craig McDean, le photographe préféré de Kate Moss, pour la campagne la plus motivante de ces dernières années. Aïshti, 71 Rue El Moutrane, Centre-Ville, Beyrouth, +961 99 11 11 ext.120 Aïshti by the Sea, Antelias, GF, +961 4 717 716 ext.202

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LES HÉROS ANTI HÉROS DE MONCLER


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DES BASKETS NOMMÉES DÉSIR C’est une nouvelle vision de « la fille Chloé » qui prend forme sous la direction artistique de Natacha Ramsay-Levi : Une jeune femme exploratrice de soi et du monde, libre et déterminée, avide d’aventures et de découvertes. C’est pour elle que Chloé signe le must-have absolu de la saison et sans doute des saisons à venir : des baskets baptisées Sonnie, véritables objets design, destinées à emporter les femmes aussi loin qu’elles voudraient aller, au propre comme au figuré. Leur forme dynamique et résolument fonctionnelle flirte avec le futurisme, une tendance qu’on va voir s’affirmer au cours des mois à venir. La Sonnie, basse ou montante, se caractérise par une silhouette inclinée, des semelles moulées et un contraste bicolore entre le haut et la sangle croisée. À la fois visible et discret, le logo Chloé est brodé sur la languette et frappé en relief sur le dos de la chaussure. Par-dessus tout, la basket Sonnie est aussi à l’aise avec des leggings qu’avec une tenue de ville. Chloé, Rue Fakhry Bay, Beirut Souks, Centre-Ville, Beirut, +961 1 99 11 11 ext.580 Aïshti by the Sea, Antelias, GF, +961 4 717 716 ext.215

C2C, LE CLUB PRIVÉ DES MOINS DE 10 ANS Entre congénères, on se comprend. Avec le Club des 2 Clowns (C2C) qui a ouvert ses portes le 30 juin, face à la mer, au sein du complexe Aïshti by the Sea, les moins de 10 ans ont enfin un endroit bien à eux où ils peuvent se retrouver entre potes pour prendre un pot, faire une partie, bavarder autour d’un brunch ou sortir en mer. Comprendre par là que le club est équipé d’un bar à jus de fruits, un coin glaces et pâtisseries, des jeux gonflables, un circuit aquatique fermé, des shows de magie, de clowns et de danse, une aire d’expression artistique, un photo-booth, un circuit cyclable, le tout dans les standards de design et de qualité conformes à l’art de vivre véhiculé par Aïshti. Aïshti by the Sea, Antelias, GF, +961 4 717 716

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O N E N E S T T O U T C H O C O L AT Communicatrice née, le jour où elle a reçu son diplôme en marketing et RP de l’ESA, Roula Nahas n’avait aucune intention de créer sa propre entreprise. Conseillère en communication de marques, c’est pourtant en parlant avec une cliente de son désir de transmettre son énergie positive et son amour de la vie que lui est apparue l’évidence. Elle qui adore les livres et jouer avec les mots, lancerait une petite société qui se servirait du meilleur chocolat pour transmettre les plus beaux messages. C’est ainsi qu’est né son label, « Chocolate & Sunshine ». Délicieux, son chocolat noir ou au lait, simple ou mélangé à des fruits secs, se présente en tablettes de plusieurs tailles enveloppées de slogans pour toutes les occasions. Sa collection-clé est cependant une ode au Liban et à Beyrouth. Chocolate & Sunshine, la Sagesse, Beyrouth. +961 1 217 644

MAX MARA OU LE CHIC INTEMPOREL L’un des pionniers de la private equity, le fondateur de Max Mara Achille Maramotti, fils et petit-fils de couturières, commence sa carrière dans une fabrique d’imperméables en Suisse et investit par ailleurs dans des institutions bancaires et même une fabrique de parmesan. L’instinct du style est inséparable, chez lui, du sens des affaires. Quand il lance sa première collection au sortir de la Seconde Guerre mondiale, celle-ci n’est composée que de deux modèles : un tailleur et un manteau faits main, mais à la chaîne. C’est un des premiers exemples de haute couture rendue accessible grâce à la taylorisation. Avec les années, la marque s’adjoint le talent de grands créateurs mais le manteau demeure le cheval de bataille d’Achille Marmotti. Aujourd’hui, Max Mara est une famille d’une vingtaine de marques, obéissant toutes aux critères fondamentaux de qualité et d’accessibilité. Parmi celles-ci figurent Max Mara, Sportmax, Max&Co, Marella, Marina Rinaldi, PennyBlack, Weekend Max Mara, iBLUES et Persona. Séduite par la qualité et l’intemporalité de Max Mara, l’enseigne Aïshti véhicule désormais les marques Max Mara, Sportmax et Weekend. Trois nouvelles boutiques dédiées à ces griffes viennent d’ouvrir leurs portes au 3e étage du complexe Aïshti by the sea. Aïshti, 71 Rue El Moutrane, Centre-Ville, Beyrouth, +961 99 11 11 ext.130 Aïshti by the Sea, Antelias, L2, +961 4 717 716 ext.247

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+961 1 983443 - www.nadag.com

NadaGJewelry

Beirut Souks ABC Dbayeh - ABC Achrafieh - ABC Verdun


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FR E NCH TOUCH ET H O S P I TA L I T É L I B A N A I S E Le Gabriel est décidément un hôtel comme on en rêve : simple, calme, élégant et accueillant. Cet établissement de la chaîne Sofitel marie avec succès french touch et hospitalité à la libanaise. Avec ses 75 chambres dont 10 magnifiques suites récemment rénovées, il jouit d’un emplacement idéal, à la fois sur une des artères les plus luxueuses de Beyrouth et à proximité du cœur économique et financier de la ville, à un jet de pierre des cinémas et du centre commercial ABC. Son restaurant La Verrière propose une carte savoureuse à base de produits du jour. Par ailleurs, il est équipé d’une chaleureuse et accueillante salle de conférences et de banquets d’une capacité de 200 personnes. Achrafieh, Avenue Independance, Beyrouth, +961 1 203700/203800, hotel@sofitel-legabriel.com

LE N EW S EXY S E LO N STE LLA

Stella McCartney, Rue Fakhry Bey, Beirut Souks, Centre-Ville, Beirut, +961 1 99 11 11 ext.575 Aishti by the Sea, Antelias, L2, +961 4 71 77 16 ext.250

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Formée chez les grands faiseurs masculins de Savile Row, à Londres, Stella McCartney est fortement marquée par cet univers confidentiel qui fleure bon le drap de grande qualité et où le vêtement est taillé avec précision, jusqu’à restructurer le corps. Des secrets qu’elle adapte à ses créations féminines et qui ont contribué à sa singularité. La collection Stella McCartney automne hiver 2018-19 se distingue par une nouvelle réinterprétation des codes masculins, cette fois dans un vestiaire sexy, dominé par des robes fluides génialement construites, un esprit lingerie, une superposition d’impressions qui font illusion d’optique, et une débauche de fausse fourrure et de faux cuir en patchwork. Les cuissardes sont en dentelle et Alter-nappa, les sacs de même, agrémentés d’un fermoir étoile en laiton. Ceux qui l'ignoraient l’auront compris, la « baby Beatles » est une activiste écologique et ses vêtements, au lieu d’exploiter les animaux en défendent la cause.


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GRUNGE, BAROQUE, LI B R E ET SO S EXY ! Surfant sur l'aubaine d’une époque où la femme n’est plus supposée s’interdire de porter une tenue sexy pour aller faire ses courses ou prendre le métro, The Kooples annonce une collection hivernale tout en charme et féminité. Selon la nouvelle stratégie de la marque, cette collection arrivera en boutique en cinq étapes, cinq capsules qui se succèderont jusqu’à la saison suivante. Silhouettes sublimées, volumes confortables, romantisme et poésie des imprimés floraux, manteaux en fausse fourrure et vestes de velours, denim dévoré et clous d’argent, imprimé léopard et tartan, le grunge chic, signature de la marque parisienne, se marie avec un esprit baroque échevelé. The Kooples, 148 Rue Saad Zaghloul, Centre-Ville, Beirut, +961 1 99 11 11 ext.535 Aïshti by the Sea, Antelias, L3, +961 4 717 716 ext.287

DES HOMMES EN OR Faut-il aimer les hommes pour les parer avec autant de faste et d’imagination ! La créatrice de bijoux Nada G. a dessiné une collection masculine baptisée « Solid Gold Men », déclinée en cinq lignes inspirées des hommes de sa vie. « Circle of life », avec ses têtes d’animaux et son esprit floral exprimant la force, la beauté et l’audace, propose des éléments complémentaires, épingles, boutons de manchettes, colliers et manchettes pour célébrer les étapes importantes de la vie. « Back to basics », comme son nom l’indique, est une collection facile à porter, créée à l’intention des hommes qui souhaitent ajouter une touche discrète d’originalité à leur apparence. « Men at work » s’adresse aux grands travailleurs et aux esprits pragmatiques, créatifs et passionnés, avec une ligne d’outils stylisés d’inspiration 80’s. Enfin, « His Khaizaran » et « Color & Form » sont des variations masculines autour de la dernière collection féminine de la créatrice. Multi primée depuis ses débuts, et notamment lauréate du prix JCK Rising Star par Jewelers Circular Keystone Las Vegas et de l’ « Editor’s Choice Award » pour sa création « Crawl » par l’ « International Jewellery London », Nada G. est présente dans quatre points de vente à Beyrouth (Souks des bijoutiers, ABC Achrafieh, ABC Dbayeh et ABC Verdun), ainsi qu’à Miami, Chicago, Naples (Floride) et Dubaï. Nada G., Souk des bijoutiers, Centre-ville, Beyrouth, +961 1 983443

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LA VI E DE VI LLAGE C’est une piazza comme on en imaginerait en Italie, où les gens du village se retrouveraient à toute heure de la journée pour partager de bienfaisants moments de paresse. A Fakra, village de montagne contemporain qui accueille désormais une population permanente d’habitués et de vacanciers, La Piazza où convergent les promeneurs et autres cyclistes offre une pose agréable. Comme un marché d’altitude en plein air, elle réunit les meilleures adresses de Beyrouth et met à la portée des habitants leurs lieux de référence urbains. A plusieurs kilomètres de Beyrouth, il est ainsi possible de retrouver ses habitudes gastronomiques chez Meat the Fish, savourer le meilleur burger chez BRGR.CO, prendre un verre au Bar du Port, ou sur le zinc de The Malt Gallery, manger sur le pouce chez Casper & Gambini’s, savourer une pâtisserie chez Néo gourmet, craquer pour un goûter chez Dunkin Donuts ou Haagen-Dazs, faire un brin de shopping au Aïzone, ou chez Frac/shion, la jeune maison 100% libanaise de mode cool et stylée. La Piazza, Fakra club, Fakra, Kesrouan

Quand le fondateur de Max Mara, Achille Marmotti, affermit les bases de sa marque éponyme, il sent le besoin, dans les années 70, de lancer une ligne décontractée, adaptée aux attentes d’une nouvelle génération avide de grand air et de liberté. C’est ainsi qu’il crée Sportmax, la filiale sportive de Max Mara. Avec ses palettes et ses graphismes inspirés du sport, Sportmax est une des premières tentatives « athleisure » de l’histoire de la mode. Une griffe à part qui ne peut que s’inspirer de ses propres archives pour créer de l’inédit. Aïshti by the Sea, Antelias, L3, +961 4 717 716 ext.131- 132

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I L E ST LI B R E, MA X


Mini Gate Bags in Calf and Matte Python, 2018

loewe.com Aïshti by the Sea, Antelias


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TENDANCES

NOS FOLLES NUITS PAR F.A.D. R E A LI S ATI O N M A R I O N G A R N I E R

Givenchy

On ne se souvient même plus quand ni comment le pyjama s’est invité dans nos vestiaires. Mais il était juste qu’entre moire et soie, son exotique et sensuelle nonchalance se révèle au grand jour comme au cœur de la nuit.

Chloé

Etro Gucci

Bottega Veneta

Bottega Veneta

Balenciaga

Gucci

Prada

Hermès

Cult Gaia 62

Jimmy Choo

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Etro


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TENDANCES

EN C ORE PLUS DE FLEURS Etro

Depuis la nuit des temps, robes et fleurs vont ensemble. Comment sortir de ce cliché de la robe à fleur en gardant et la robe et les fleurs ? En ajoutant de la fleur à la fleur. Cette débauche hallucinogène fait toute la différence entre le mièvre et le puissant.

Dolce & Gabanna

Balenciaga

Prada

Gucci

Chloé

Jimmy Choo

Alexander McQueen

Gucci

Fendi 63

Nada G

Dolce & Gabanna


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TENDANCES

LES C OUCHES DÉC O CHENT 1.

Les fashionistas l’ont compris : le meilleur moyen de ne pas s’habiller comme tout le monde, c’est de prendre ce que porte tout le monde et d’y ajouter ce que tout le monde porte. Plus on dissocie, plus on se rapproche du collage. Tout un art !

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Balenciaga

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7. Givenchy 8. Bottega Veneta 9. Gucci 10. Miu Miu 11. Balenciaga 12. Chloé

1. Balenciaga 2. Gucci 3. Chloé 4. Prada 5. Isabel Marant 6. Saint Laurent 64

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WATCH THE FILM AT JIMMYCHOO.COM LEBANON BEIRUT SOUKS +961 1 991 111 EXT 595


Tout en contraste S’il évoque l’énergie des années 1980, le tracé ondulé de son matelassage reprend le motif graphique suggérant la vague qui orne une malle historique de la maison. Inventeur de l’art du voyage, Louis Vuitton reste fidèle à son héritage tout en bousculant ses codes. Sophistiquée et fun, la sérigraphie aux couleurs de l’arc-enciel sur ses poignées amovibles s’oppose aux chaînes et fermoirs, qui adoptent un aspect patiné et discret. Impertinent et chic Conçu pour devenir un compagnon inséparable, il est composé d’un cuir d’agneau particulièrement souple et doux. Quatre modèles sont déclinés, dont le “Chain Bag” (ci-contre), petit ou moyen, qui fait battre le cœur des adeptes de mode les plus pointues, tandis que la forme cabas, le “Chain Tote”, est plus classique. La pochette passe quant à elle du jour au soir tel un caméléon.

LE “LOUIS VUITTON NEW WAVE” Inspiré du mouvement musical 80s, ce sac rock et électrisant à souhait donne le ton et inaugure une allure pop et audacieuse.

Bling décomplexé Élaboré selon la technique du piqué retourné, le “Louis Vuitton New Wave” est fabriqué en Italie avec la plus haute qualité artisanale. Il sera proposé dans cinq coloris des plus sages (noir, blanc ou rouge) aux plus girly (smoothie pink et malibu green). Pour les teintes flash propres à la scène clubbing des années 1980, il faudra attendre la rentrée de septembre. De même, il faudra s’armer de patience pour dégoter les modèles en denim, à patchs ou ceux rehaussés de motifs jaguar.

Sac “Louis Vuitton New Wave” en cuir, Louis vuitton.

PAR LÉA TRICHTER-PARIENTE PHOTOGRAPHIE JULIA ANDREONE 68


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ENTREE

AV I S D E T E M P Ê T E Lauréate du prix Women In Film Max Mara Face of the Future, Alexandra Shipp, Storm dans “X-Men”, tombe le masque dans des films plus engagés. Le dernier en date ? “Love, Simon” de Greg Berlanti, actuellement en salles.

PA R M ATH I LD E B E RTH I E R

Vous succédez à Katie Holmes, Kate Mara ou Natalie Dormer comme lauréate du Women In Film Max Mara Face of the Future. Que cela signifie-t-il pour vous ? En plus d’être des actrices de talent, ces femmes possèdent toutes des personnalités incroyables. Faire partie de la même “famille”, d’une certaine manière, me touche beaucoup. Quand j’ai été choisie par le jury du prix, j’ai compris que les gens étaient prêts à entendre ce que j’avais à dire, que ma parole avait du poids. Un espace de parole, voilà ce que le mouvement Time’s Up a conquis ces derniers mois, à Hollywood… Il fallait que les actrices puissent dire ce qu’elles avaient à dire, et qu’elles puissent être écoutées. Time’s Up est le symptôme d’un changement profond dans le cinéma : nous militons pour qu’à l’écran la femme n’apparaisse plus comme un symbole sexuel ou comme un personnage secondaire. Beaucoup de gens pensent qu’un film à prédominance féminine est un film féministe, mais il s’agit simplement d’un film avec des rôles principalement féminins. Plus

personne ne veut de cette ségrégation. Pour moi, il est important que les jeunes générations – que le cinéma éduque, d’une certaine manière – voient Catwoman se battre au côté de Batman et Robin, qu’elle ne soit plus seulement un adjuvant. Parlez-nous de votre dernier film, Love, Simon… Avec Love, Simon, nous voulions lever le voile sur ce à quoi la jeunesse LGBT est confrontée aux États-Unis. C’est surtout la première fois qu’un grand studio de cinéma se lance dans la production et la réalisation d’une histoire d’adolescents homosexuels. Un combat qui vous est cher, hors plateaux ? Tout le monde, à un moment ou à un autre de sa vie, doit faire face à l’inégalité, que ce soit en raison de sa sexualité, de son genre ou de son origine. En ce qui me concerne, pouvoir tenir le rôle de Storm dans X-Men après Halle Berry et apporter ainsi ma pierre à l’histoire afro-américaine au cinéma ont beaucoup compté. 71

Vous êtes une musicienne accomplie : vous écrivez des chansons, vous jouez du piano, de la guitare… La musique nourrit-elle votre pratique d’actrice ? Tout à fait, car j’utilise la musique comme un exutoire artistique. Je garde mes mélodies pour moi, à la manière d’un journal intime. Ce n’est pas quelque chose que j’ai envie de monnayer et, si je devais un jour produire de la musique professionnellement, la mienne ou celle d’autres artistes, il me faudrait trouver un juste équilibre entre la thérapie “gratuite” et le business pur… L’art est-il la seule thérapie viable selon vous ? J’ai été élevée par une mère enseignant le Kundalini : j’ai donc grandi en méditant et en pratiquant le yoga. Je crois qu’en cultivant son corps et son esprit, peu importe la pratique, on peut être capable de faire n’importe quoi, de relever n’importe quel défi : être sapeurpompier, agent de police… ou même président de la République ! À ce propos, j’espère que Donald Trump va bientôt commencer à méditer et à essayer de trouver son équilibre…


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FOCUS

OH LE BEAU LOGO, LÀ !

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PRADA

FENDI

GUCCI

PAR F.A.D

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FOCUS

Mais où Vuitton ? Avec leurs noms à coucher Dior, les marques nous Fendi n’importe quoi sur nos Vêtement surdimensionnés. On en a Max Mara de cette situation Extreme et de tant de mauvais Gucci. Au point d’en allumer des cierges à Saint-Laurent.

Blague à part, la discrétion bon teint tentée entre la fin des 1990 et la première décennie des années 2000 a volé en éclat. Désormais les logos nous assourdissent, nous éblouissent, nous habitent, nous obsèdent, nous définissent et s’étalent en grosses lettres sur le moindre de nos accessoires. Comment en sommes nous arrivés là ? Il est loin le temps où la journaliste canadienne Naomi Klein faisait un tabac avec No Logo : la tyrannie des marques, le livre paru en 2000, dévoilait les coulisses de nos vanités et la misère qui se cachait derrière les marques leader de la consommation de masse. Un véritable brulot qui avait obligé des multinationales comme Adidas et McDonald à revoir leur code éthique et réorganiser toute leur manière de gérer leurs ressources, humaines et autres. Aussitôt, les marques de luxe avaient fait dos rond et profil bas. Sylvia Fendi m’expliquait encore en 2008 la manière dont le logo dessiné par Karl Lagerfeld au moment de son accession à la direction artistique de la maison romaine, était gravé à l’intérieur et non à l’extérieur du sac Peekaboo, laissant ainsi à la cliente le choix de le montrer ou de le cacher, selon qu’elle porte son sac nonchalamment ouvert ou sagement fermé. En ce temps-là, on croyait encore que l’objet de marque se reconnaissait du premier coup d’œil, à son style signature si ce n’était à l’exceptionnelle

qualité de ses matériaux. Le concept n’était pas nouveau pour une maison de qualité comme Hermès, où le culte de la belle ouvrage est tel que les artisans apposent leur poinçon personnel en un endroit secret du sac qui sort de leurs ateliers -souvent gratifié d’un baiser avant d’être livré. Au début des années 2000 on préférait donc les fermetures camouflées aux fermoirs trop voyants, ainsi qu’une signalétique réduite à sa plus simple expression. Céline avait carrément escamoté son double « C », et le double T en croix de Tory Burch avait été minimalisé jusqu’à atteindre la taille d’un bouton. Dior s’était séparé de « Christian » sur les lignes d’accessoires et Saint-Laurent avait effacé « Yves » pour libérer les nouveaux créateurs de la maison du poids de ce prénom. « Ain’t Laurent without Yves » ? Pas si sûr. Le public s’habitue à tout, et les marques adaptent leur identité aux attentes de chaque nouvelle génération de consommateurs. En arrivant à la direction artistique de Dior, Maria Grazzia Chiuri avait ainsi pensé réveiller l’intérêt de la jeune clientèle en affichant un subtil « J’Adiore » tout partout. Le nom des fous s’écrit partout La vague « no-logo » avait déferlé à la fin des années 90 au secours des assourdis du rap et de sa culture bling-bling. Mais celle-ci résistait 73

en faisant logo de tout bois, même des claquettes de piscine Adilette d’Adidas, portées par le très sobre Mark Zuckerberg un matin qu’il allait acheter ses bagles. Perfidement, « no-logo » était devenu un logo en soi, un style, un manifeste, une visibilité. Pire, avec Instagram sont apparues les bloggeuses et autres influenceuses grassement gratifiées pour créer du désir en relayant les créations des marques : « Thank you X for la beautiful mule qui bave sa peluche en léchant le trottoir, (ou les ballerines souris à queue de rat, la robe pur pingouin, les Crocs à plateforme.) ». Ainsi crié sur les toits, le logo n’a plus aucune velléité de se cacher. Définitivement décomplexé, il devient babillage régressif, objet transitionnel. On lui confie son identité. On est Gucci, Pucci, Fendi : ça dispense de l’insoutenable légèreté d’être Sarah, Lara ou Yara. Les créateurs en font leur beurre et prétextent de la gentrification du street-art pour tagguer tout ce qui bouge. Le nom des fous s’écrit partout, ceux des marques pavanent sur nos épaules, nos poitrines, nos lunettes, nos chaussures. Publicités mouvantes, nous payons cher et avec volupté le privilège d’appartenir au cercle des ces hommes et femmes-sandwiches qui provoquent à leur passage des frissons de jalousie. Après tout, un polo sans crocodile, voire sans joueur de polo, n’est qu’un vulgaire, mais vulgaire polo !


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L’ÂGE D’OR DE BALMAIN Impossible de parler des red carpets ou des raouts de mode sans évoquer son nom. Olivier Rousteing est bel et bien le couturier star du monde glam’ et bling. De Beyoncé à Brigitte Macron en passant par le collectif Noire n’est pas mon métier, avec sa Balmain Army il explose les lignes d’une mode aux contours trop lisses. Portrait d’un jeune homme over brillant. PAR ADRIENNE RIBES PHOTO GRAPHIE ERICK FAULKNER

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ilet noir à col V plongeant porté à même la peau, carrément transparent dans le dos, des manches un peu longues avec lesquelles le jeune homme joue à cacher ses mains. Pantalon slim façon tuxedo rock, boots corbeau, cheveux impeccables, teint nude et doux, bouche pulpeuse. Olivier Rousteing a le look télégénique. Osé et assumé. Avec ses 4,9 millions de followers sur son compte Instagram, le designer fait figure d’exception dans le monde de la mode. Il est certainement l’un des créateurs les plus suivis de la modosphère. À titre d’exemple, Nicolas Ghesquière ou Virgil Abloh, deux autres famous names, affichent à leurs compteurs 701 000 abonnés pour le premier et 2,5 millions pour le second. Serait-ce dû à ses selfies décrivant son humeur quotidienne devant un château ou dans une voiture ? Ses posts avec ses copines Beyoncé ou Cara Delevingne l’embrassant sur la bouche ? Le garçon de 32 ans plaît et les petits cœurs pleuvent. Pour lui, tout cela est assez sain. Il aime cette appli depuis ses débuts, en use et en abuse avec toute la spontanéité et la fraîcheur qui le caractérisent. “Quand j’ai commencé, c’était assez inattendu de la part d’un designer. Je trouvais qu’Instagram permettait de démocratiser la mode et son monde, d’entrer dans ses coulisses. Il n’y avait rien de médiatique 76


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ARCHITECTURE


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PHOTOS VICTOR BOYKO/GETTY IMAGES, ANDREAS RENTZ/GETTY IMAGES, DR

Ci-dessus, collection Balmain prefall 2018. À droite, collection Balmain automne-hiver 2018/19. Ci-dessous, les membres du collectif Noire n’est pas mon métier lors du dernier Festival de Cannes.

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“JE SORS BEAUCOUP POUR MON TRAVAIL. J’AI DES GALAS, DES CÉRÉMONIES, DES COCKTAILS… DU COUP MON CHEZ-MOI DEVIENT MON ROYAUME. J’AIME ME METTRE DANS MON LIT ET REGARDER NETFLIX. J’AI BESOIN D’AVOIR UNE VIE COMME TOUT LE MONDE.” OLIVIER ROUSTEING

sur certaines choses, et sur d’autres je me dis que je ne souhaite surtout pas être comme eux. Finalement, je suis moi !”

dans ma démarche. Finalement, par la force des choses, c’est devenu une force de com’. Mais je fais toujours les mêmes choses, je n’ai absolument pas changé. C’est une plate-forme qui me permet paradoxalement d’être authentique.” On tique un peu. Instagram, authentique ? De toute évidence, pour lui, oui : “J’affiche ma vie telle qu’elle est.” On n’a pas de mal à le croire. Olivier Rousteing est un produit de sa génération. Un millennial pur et dur qui maîtrise ce qu’il souhaite dévoiler. Quand il montre, il est “sincère, honnête”. Respect ! Force et lucidité Ce matin de juin, dans ce grand bureau chic meublé d’une tentaculaire table en marbre, moquette noire duveteuse, miroirs au mur, beaux livres de mode, mais pas seulement (on distingue le coffret de Malick Sidibé), il trône comme le PDG d’une grande boîte internationale qui cartonne dans le monde – ce qui est le cas. Depuis ses débuts, il peut se vanter d’avoir musclé le chiffre d’affaires de Balmain, en hausse constante. Ce qui explique sûrement que la société qatarie Mayhoola for Investments, propriétaire de la griffe Valentino, ait dépensé 500 millions d’euros en 2016 pour racheter la marque, alors que les estimations n’atteignaient pas les 400 millions d’euros. Souriant sans trop en faire, aimable, il avoue avoir beaucoup appris de ces sept dernières années : “Je suis devenu adulte. J’étais le bébé de Balmain, maintenant Balmain est mon bébé”, annonce-t-il sans sourciller. Olivier Rousteing affiche une certaine assurance, mais une assurance saine dénuée de toute arrogance. Il ne se vante pas, mais constate avec fierté ses succès. Ses collaborations avec Nike et H&M ont affolé ses fidèles. Aujourd’hui, il offre à Balmain un chiffre d’affaires annuel de 120 millions d’euros. Le nouveau PDG Massimo Piombini ne tarit pas d’éloge et lui accorde d’ailleurs une totale confiance. “J’ai le luxe d’avoir la liberté d’être moimême”, reconnaît le couturier. Quand il parle, son débit est rapide, son verbe musclé sans langue de bois, quelques tics par-ci par-là, comme cet abus du mot “slash” pour énumérer des mots sans faire de liaison, un raccourci linguistique typique de l’époque. On se demande d’où lui viennent cette force et cette lucidité. De son enfance ? Olivier est né sous X, le 23 septembre 1985. Adopté par des parents blancs, bordelais. Sa mère est opticienne, son père cadre du port autonome. Il revient facilement sur cette histoire. Ne s’en cache pas. Tout comme il assume son homosexualité en posant nu en couverture du numéro de mars 2015 du magazine Têtu. “Mes parents m’ont beaucoup donné, de la culture, des bases fortes et solides. Ils m’inspirent 79

Candidat idéal mais atypique La dernière fois que nous avions pris le temps de parler avec Olivier, c’était en 2011, rue François-Ier, au QG historique de la griffe. Aujourd’hui l’empire Balmain est installé dans un immeuble cossu de la rue Pasquier, toujours dans le 8e arrondissement de Paris. Le jeune homme venait alors d’accepter le poste de directeur artistique de la maison, reprenant les rênes de cette institution française créée après guerre par Pierre Balmain, dirigée alors par Christophe Decarnin. Ce dernier parti pour cause de burn-out, la place devenue vacante, Olivier était le candidat idéal mais atypique, très jeune, métis, inconnu. “Je n’avais pas le profil classique du créateur…” À 25 ans, il passe d’assistant à directeur artistique. A-t-il hésité ? “Absolument pas. C’est une chance qui se présente à vous, on ne sait pas quand elle reviendra. Ce n’est pas une question d’âge, mais bien de volonté.” Devenu sage par expérience, il apprend de ses erreurs et de ses fragilités : “La mode est un monde sans pitié, j’ai vu beaucoup de designers tomber.” Il faut être fort. Plutôt que de pratiquer le Kundalini yoga ou d’exercer son esprit à la méditation, comme toutes ses copines, il transpire sur un ring de boxe et se construit une philosophie dénuée de toute naïveté. “Je préfère partir en plein succès que d’attendre ma chute en m’accrochant. Ma force, c’est l’anticipation. Je suis dans l’action plus que dans la contemplation. L’ennui m’angoisse.” Il ajoute une bonne dose de discipline : “Je me lève très tôt, mon attachée de presse peut le confirmer.” Assise à côté de nous, elle acquiesce. “Après, je travaille. Je suis souvent le premier arrivé et le dernier parti.” Un côté bon élève qu’il garde de l’enfance ; toujours premier de sa classe, il a son bac bien en avance. Un sérieux qu’il applique aussi à sa sphère privée. “Je sors beaucoup pour mon travail. J’ai des galas, des cérémonies, des cocktails… Du coup mon chez-moi devient mon royaume. J’aime me mettre dans mon lit et regarder Netflix. J’ai besoin d’avoir une vie comme tout le monde pour garder les pieds sur terre.” Il reconnaît être “assez bio” dans sa vie de tous les jours, mais s’accorder quelques écarts : “Quand j’ai de gros coups de rush, là je suis plus junk food. Quatorze collections par an, ça engendre pas mal de stress !” On se souvient qu’à ses débuts il nous avait déjà paru d’une grande maturité, mais il reconnaissait aussi beaucoup s’amuser, sortir. Et aujourd’hui ? “J’ai aussi une vie sur le dance-floor. J’adore danser. Je sors au Manko, avenue


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Montaigne, je dîne au Costes. C’était plus fou quand j’avais 24 ans. À 32 ans, je ne peux plus suivre le même rythme”, détaillet-il sérieusement.

souhaitez, c’est ça la mode. Ces trois mots chic-moderne-cool sont terribles. Ce qui est chic aujourd’hui ne le sera plus demain. La mode a peur du lendemain.”

Oser est une force On ne peut s’empêcher pourtant de voir à quel point Olivier est jeune dans ce milieu. Et fait jeune aussi. Sa bouche gourmande, ses traits poupons. Il dégage le charme irrésistible des enfants à qui il est difficile de dire non. Et Olivier le sait. Il ose tout, même de sortir un premier single, Addicted to You, accompagné d’un clip dans lequel il se trémousse : “Je chante extrêmement mal, mais je danse très bien.” Le tube de l’été ? “Je n’ai pas de limites. J’ai du mal avec les personnes qui disent faire leur maximum. Je me réveille tous les matins en me disant que tout est possible.” Comme décloisonner et ouvrir la vision historique de la maison Balmain. Une force encore ! Alors que pendant longtemps Balmain trimballait l’image de jolie Madame, lui ose. “Je n’ai rien inventé. J’ai juste réinventé ce qu’est la France pour moi aujourd’hui. Un merveilleux laboratoire. Monsieur Balmain a fait cela avant moi, lorsqu’il habillait Joséphine Baker en 1951. Il était déjà à contre-tendance, et plutôt controversé. Mais finalement, n’est ce pas le rôle de tous les designers ? Coco Chanel, Yves Saint Laurent ont fait de même ! J’aime la controverse, mais seulement si elle fait bouger les lignes.” Et les lignes, Olivier les bouge, voire les explose. Sur ses podiums, de l’or, du bling, du show off et des filles belles à tomber, vamp’, avec une infinie variété de corps et des couleurs de peau du monde entier. “Paris n’est pas la capitale du minimal. Stop à l’image unique et uniforme de la Parisienne ! Le présent slash le futur, c’est la diversité. Et la diversité, c’est être proche du monde dans lequel on vit.” Il ajoute : “J’aime être dans la conversation, dans la confrontation.” Serait-il militant ? “Dans mon entourage, il y a des femmes et des hommes d’âges, d’esthétiques ou d’origines sociales multiples. Je crois au point de vue. Le non-point de vue m’exaspère. Quand on prend la parole, on se doit d’affirmer une idée, un propos, sinon on se tait.” OK. Olivier sait ce qu’il aime et ce qu’il n’aime pas, quitte à ce qu’il soit dur dans ses propos. Et il n’aime pas les journalistes blasés ou les designers qui disent tout le temps que la cadence de la mode est infernale. “La mode est un monde de privilèges, pas de stress. On vend de la beauté. Mais la mode est un univers incertain.” Pas faux ! “On joue sur l’insécurité des gens en leur faisant croire que, pour être de ce monde, il faut être forcément cool, moderne et chic. Voilà la grosse angoisse des modeux. Moi je dis : respirez, faites un peu de yoga. Soyez libres de vous exprimer comme vous le

Activiste de l’over On voit bien qu’Olivier a pris énormément de recul avec la critique, le baromètre du bon goût détenu par une poignée de personnalités. “Je relativise énormément. J’assume aussi beaucoup. Je suis over et ça me plaît. On me considère comme vulgaire, bling…, mais pour mettre des paillettes sur un vêtement il faut avoir une vraie technique, un savoir-faire, une maîtrise.” On sent chez ce jeune homme une réelle ouverture d’esprit. “Je m’amuse. Si demain je ne suis plus là, je dirai que je me suis beaucoup amusé.” Il précise : “Je suis pop, mais dans le sens ‘populaire’. Je parle au peuple et pas seulement au first row des défilés.” Depuis tout ce temps, il s’est construit une Balmain Army. Des femmes et des hommes qui le suivent dans cette énergie positive et contrebalancent les stéréotypes. En vrac, le clan Kardashian-Jenner, Beyoncé, Rihanna, Jane Fonda, Cindy Crawford, Justin Bieber, Kanye West, J.Lo… Et Brigitte Macron ? La première dame porte du Balmain, et Olivier ne cache pas son admiration pour le Président français. Fait-elle partie de son armée, osons-nous ? “Ah oui, elle fait totalement partie de ma Balmain Army. C’est une femme atypique, elle représente la France dans toute sa splendeur.” C’est clair, Olivier est bien un activiste de l’over. Over bling, over glam, over gold. D’ailleurs, ses initiales ne forment-elles pas le mot or ? Avec lui tout brille. Over fan aussi jusqu’à l’over kitsch ? Qu’écoute-t-il en ce moment ? “J’adore les années 1980, Irene Cara ou Partenaire Particulier.” Il persiste et signe : “J’aime cette décennie, mais je suis heureux de ne pas l’avoir vécu.” Cash. “Je suis très à l’aise avec ma génération. Le fait que tout aille très vite me plaît. La productivité, le succès, l’efficacité, le business sont des mots qui ne me font pas peur, au contraire. Un designer est un businessman, non ?” Décidément Olivier n’est jamais là où on l’attend. Parmis ses icônes, on croise Michael Jackson, symbole de mixité : “Il m’a permis de me questionner sur ma couleur.” Mais aussi Karl Lagerfeld, “Le roi de la mode. Il a le sens du luxe, de la qualité. Il joue avec la jeunesse, il est connecté à l’époque tout en utilisant l’image de Paris et de la France. Nous avons beaucoup d’affinités.” L’interview touche à sa fin. Une dernière question : que pouvons-nous souhaiter à ce jeune homme qui a tout : amour, gloire et beauté ? “Une certaine paix avec moi-même.” Décidément jamais là où on l’attend. Grooming : Gregoris 80

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“JE SUIS TRÈS À L’AISE AVEC MA GÉNÉRATION. LE FAIT QUE TOUT AILLE TRÈS VITE ME PLAÎT. LA PRODUCTIVITÉ, LE SUCCÈS, L’EFFICACITÉ, LE BUSINESS SONT DES MOTS QUI NE ME FONT PAS PEUR, AU CONTRAIRE. UN DESIGNER EST UN BUSINESSMAN, NON ?” OLIVIER ROUSTEING


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STYLE

CHIC INSULAIRE Dior installe cet été un pop‑up dans l’île de Mykonos, proposant une collection capsule désirable et exclusive. PA R M ATH I LD E B E RTH I E R

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Terre de mythes devenue repère pastoralo-bling des aoûtiens parisiens, l’île de Mykonos, en Grèce, accueille du 15 juin au 15 octobre la toute première boutique éphémère de la maison Dior dans les Cyclades… et la collection capsule qui va avec, disponible entre les seuls murs blancs du pop-up store perché dans le village de Nammos. Au menu, des bodys marinières “J’adior Mykonos” à glisser sous une jupe plumetis, mais aussi des foulards “Mitzah” à porter au cou ou au poignet, sans oublier le déjà culte cabas “Dior Book Tote” estampillé “Mykonos” et décliné dans des tons terracotta. Les babas cool repentie pencheront sans nul doute pour la paire de sabots unis ou monogrammés conçue spécialement par Maria Grazia Chiuri – déclinaison très cruising des socques du défilé automne-hiver 2018/19 de Dior, dédié à Mai 1968. Sous les pavés… la plage. 82


photographed by steven meisel

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PETIT DÉJEUNER

PETIT DÉJEUNER AVEC LILIANE CHLELA PAR F.A.D. PHOTOGRAPHIE TONY ELIEH

Reine de la nuit beyrouthine, Liliane Chlela jongle entre claviers et platines pour créer des atmosphères intenses, improvisant avec brio une musique expérimentale et électronique reconnaissable entre toutes. Elle est aussi productrice, auteur de musiques de films et habilleuse sonore d’installations artistiques et de défilés de mode. Son dernier projet toujours en cours, The Butcher’s Bride, est un concept audio-visuel en collaboration avec le chanteur Hamed Sinno (Mashrou’ Leila). Interview au saut du lit.

Vous, en quelques mots Productrice polyvalente, musicienne et DJ, en activité depuis près de 10 ans, soutien inconditionnel des robots et des marginaux. Change de carrière périodiquement, rit de presque tout. A quelle heure sonne votre réveil ? Jamais ! (sourire). Que faites-vous dès votre lever ? Je mets mon téléphone à charger. Votre menu idéal ? Champagne, chocolat noir et pommes vertes. Vos meilleures adresses de petitdéjeuner ? Room service? Votre humeur du moment Joueuse et pleine d’espoir. Comment décririez-vous votre musique? Non conformiste (par opposition à « rebelle »), non prétentieuse. Par penchant, êtes-vous plutôt analogique ou plutôt numérique? Analogique. Votre devise matinale ? Provoquons quelque chose de marquant aujourd’hui ! www. soundcloud.com/lilianechlela 86


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PHOTOMATON

TOUCHONS DE L’OR R É A LI S ATI O N M A R I O N G A R N I E R

DJULA en vente chez SYLVIE SALIBA

GEORGE HAKIM

RALPH MASRI

NADA G

TABBAH

BVLGARI

CARTIER

BUCCELLATI

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Même abstrait, un pendentif révèle quelque chose de notre histoire, de nos amours, de nos envies. Avec lui on a des gestes. On le touche pour se donner contenance, pour se porter chance, on le mordille pour réfléchir. Un jour arrive où l’on ne peut plus le quitter.


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BIJOUX

Avec les « New Looks », Tabbah réinvente ses classiques Dans l’élégant salon privé du vaste espace Tabbah, au centre-ville de Beyrouth, Nagib Tabbah, deuxième du nom, manipule avec enthousiasme les toutes nouvelles créations de la maison. Il attache, détache, empile, assortit des formes si fluides que l’or semble couler entre ses mains.

PAR F.A.D

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Ce procédé de passeur « Quand je cherche une inspiration, j’invoque la complicité du hasard », confie Nagib Tabbah. Mais encore ? « Je fais défiler sur mon écran, à toute vitesse, les centaines de photos d’archives de la maison, et je m’arrête sur un modèle de manière aléatoire. Je l’interroge. Il a toujours quelque chose à me dire. » Ce procédé de passeur, de transmetteur de valeurs, lui a porté bonheur en lui inspirant les New Looks lancés en 2017 sous le label Tabbah. Le succès de ces lignes jeunes, faciles à porter, personnalisables à souhait, l’incite à poursuivre l’exploration de la même veine. C’est ainsi que le collier Free Spirit, créé par son grand-père dans les années 1970 pour accompagner une jeunesse impatiente de se libérer des dogmes et des traditions, impose son esthétique dès les 88

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ous les matins, Nagib Tabbah arrive à son atelier habité par une inspiration nouvelle. Depuis qu’il a embarqué à bord de l’entreprise familiale à la suite de son grandpère, dont il a hérité du prénom, et aux côtés de son père Nabil Tabbah, le joailler se sent investi de la responsabilité de transmettre. Dépositaire de la direction artistique d’une maison établie au Levant depuis 1862 et dont il représente la 5e génération, il a spontanément les gestes élégants, l’élocution feutrée, la discrétion innée d’une confrérie anoblie par la fréquentation des matières précieuses. Sauf quand il ouvre un coffre et en extrait, telles des délicatesses tout juste sorties d’un four à pain, les collections dont il vient d’approuver la parution au grand-jour. Dans ces moments-là, le Méditerranéen en lui s’emballe, ses mains font comme une danse, enfilent les bagues, défont les fermoirs, jouent les portants, accompagnent la verve et les yeux qui brillent.


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courbes, juste parfaites, il épouse en toute harmonie les éléments des diverses lignes de la collection New Looks.

ébauches de la nouvelle collection. Décidément, ce bijou dont le dessin à l’aquarelle (Nagib Tabbah, premier du nom, était un fin illustrateur) trône dans les bureaux de l’établissement depuis leur création, est un trésor à plus d’un titre. Il va servir de module à la nouvelle ligne de New Looks, lui conférant une identité encore plus désirable en suggérant une toute nouvelle manière de se parer, plus simple, plus naturelle, informelle, mais surtout créative.

Absolute Glam Comment penser glamour sans imaginer des étoiles ? Ce concept de beauté lumineuse est après tout une invention des années 40, destinée à entourer d’un halo de lumière les stars et monstres sacrés du cinéma à son âge d’or. C’est donc d’étoiles dont il s’agit dans la collection Absolute Glam, où les boucles d’oreilles se prolongent en collier. Etoiles aux doigts, étoiles au lobe, tout se complète et se superpose, mais bien que sophistiqués, les éléments de cette ligne restent simples, en harmonie avec l’esprit de la collection New Looks.

Aquatica C’est une ondulation, une vague, le tracé que forme le sable chaud autour d’un poignet, quand on y enfonce la main. La ligne Aquatica s’inspire directement du collier Free Spirit de Nagib Tabbah Sr. Le petit-fils n’a eu qu’à le dépouiller des détails qui le rendaient trop imposant, notamment un pavage de diamants, pour le réduire à la magnifique expression de sa ligne de base, ce mouvement qui évoque la fluidité de l’eau, de l’air ou du son. Cette vague épurée en or 18K va se transformer en un module baptisé Aquatica : colliers, bagues et bracelets, à porter nature ou à superposer, ou même assortir à d’autres éléments de la collection New Looks. Une ligne aux parfums délicieusement iodés qui, 40 ans après sa première mouture, introduit une dimension ludique à l’art de porter un bijou.

Fusion Bien qu’ayant prospéré dans les plus grandes villes d’Europe, notamment à Monaco, Tabbah n’a jamais tourné le dos à ses racines orientales. Introduire la tradition et l’héritage dans une ligne contemporaine en contournant les clichés n’est pourtant pas chose facile. Nagib Tabbah a relevé le défi en reprenant un grand classique de la maison, le choker, demi-cerceau plat en or rose, et en y ajoutant des finitions en turquoises et diamants. Le même choker va être décliné en bracelet de cheville, bijou des danseuses traditionnelles dont le bruit de grelots accompagnait les mouvements.

Reptilia Le serpent, symbole de vitalité, de résurrection et de puissance créative, mais également talisman protecteur, fait partie des icones de la maison Tabbah depuis plusieurs décennies. Tout comme la vague Aquatica, il ondule, s’enroule autour des doigts, des poignets ou du cou. Sa tête stylisée disparait d’un côté pour mieux réapparaitre de l’autre. En pendentif, en bracelet ou en boucles d’oreilles, il glisse sur la peau dans un mouvement sensuel. Avec ses nouvelles

Jouer, superposer, oser, marier, les quatre nouvelles lignes estivales de Tabbah permettent toutes les fantaisies. Purs, modernes, singuliers, ces bijoux sont tout aussi innovants qu’intemporels. Ils invitent surtout à s’inventer une image à soi, loin de la raideur des bijoux traditionnels. T. +961 1 583 980 90

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Oreilles absolues

R É A LI S ATI O N N O O R M E R E BY ET PIERRE MOUSSALLEM

1. TABBAH Boucles d’oreilles "Phoenix" en or blanc et diamants. 2. BUCCELLATI Boucles d’oreilles cocktail gravées, deux ors, diamants et corail peau d’ange. 3. CARTIER Boucles d'oreilles Cactus de Cartier en or jaune serties de diamants taille brillant. 4. GEORGE HAKIM Une paire de coraux "peau d'ange", suspendus par des diamants et saphirs. 5.MOUAWAD Boucles d’oreilles en or blanc et jaune serties de diamants, saphirs et padparadschas. 6.NADA G Boucles d’oreilles en or jaune et diamants noirs et blancs. 7.RALPH MASRI Boucles d’oreilles en or blanc et diamants. 8. BVLGARI Boucles d’oreilles “Serpenti” en or blanc, émeraudes et diamants. 9. LYDIA COURTEILLE en vente chez SYLVIE SALIBA Boucles d’oreilles en or blanc, rubellites, spinelles, onyx et diamants.

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Ce que le sublime artisanat de la haute joaillerie fait de plus exclusif surgit dans d’éclatants pendants d’or, de diamants et de pierres d’exception.


nancygonzalez.com


REFLETS DANS UN ŒIL D’OR

La lumière te cherche, te fuit et puis t’inonde sans prévenir. Elle se traine, jalouse, sur tes bagues et sautoirs, tes bijoux d’oreilles, mais tout à coup s’en détourne et roule sur tes joues. Mais d’où vient-elle ? P H O T O G R A P H I E A LY S A A B DIRECTION ARTISTIQUE SOPHIE SAFI 94


Page de gauche: Boucle d’oreille, DE GRISOGONO en vente chez SYLVIE SALIBA. Boucle d’oreille, BUCCELATI.

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Bague, BVLGARI. Page de droite: Boucle d’oreille et bagues, NADA G.


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Boucle d’oreille, TABBAH.


Bague, MOUAWAD. Page de droite: Boucle d’oreille, GEORGE HAKIM.

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Bague, et boucle d’oreille, RALPH MASRI. Page de droite: Boucle d’oreille, CARTIER. Modèle Marion Garnier

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LE MONDE DE

PASCALE HABIS Après le succès de son ouvrage « Beirut cooks » (2014) réalisé avec la contribution de nombreux acteurs de la scène culturelle libanaise qui y dévoilaient leurs recettes, Pascale Habis est passée sans crier gare à la création de mode sous le label Diamondogs. Quel est donc le lien entre ses deux passions, la cuisine et le stylisme ?

L PAR F.A.D PHOTOGRAPHIE TONY ELIEH

es vocations se nouent en des moments précis de l’enfance. Pour Pascale Habis, il y eut les plats roboratifs qui embaumaient la maison et ce manteau à manchettes de fourrure que portait sa mère, et qui la transformait à ses yeux en une sorte de déesse. Les parfums des plats familiers ont fini par se croiser dans un livre, Beirut Cooks, où elle a invité tous les acteurs culturels de Beyrouth à partager leurs recettes. Quant au manteau, il est réapparu de manière inattendue, un jour où elle se trouvait chez sa mère. A ses souvenirs du temps où elle était une petite fille éblouie par l’élégance de sa maman se sont superposées les paroles de Diamond Dogs, une chanson de son idole David Bowie : « Her face is sans feature, but she wears a Dali brooch. Sweetly reminiscent, something mother used to bake » (« Son visage est sans traits particuliers, mais elle porte une broche de Dali. Douce réminiscence, quelque chose que mère accommodait»). Ce texte remue ses propres réminiscences, et tout s’y rejoint: bijoux, parfums, visages qui s’effacent et détails qui persistent.

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LE MONDE DE

Au-delà de la mode, toute une ambiance Dans sa vieille maison sous les arbres, accotée à la falaise de Gemmayzé, à Beyrouth, Pascale Habis promène sa longue silhouette sous les lambris or et turquoise qui ont vu passer plusieurs générations. Tout ici est inspiration, et l’envie en elle de ressusciter l’élégance surannée d’un monde révolu se fait pressante. Ce n’est pas seulement la mode de ce temps-là, indécis et lointain, cristallisé dans le manteau de sa mère, qu’elle voudrait voir ressurgir, mais toute une ambiance qui lui servirait de cadre. C’est ainsi que s’impose à elle l’idée, comme pour le projet Beirut Cooks, d’orchestrer en tant que directrice artistique une équipe d’authentiques créateurs où chacun, dans son domaine particulier, réaliserait une partie du rêve. Bashar Assaf dessine les vêtements, Nathalie Khoury les sacs et la maroquinerie, Walid Akkad les bijoux, Rouba Mourtada la papeterie, car nous parlons d’un temps où l’on « laisse son bristol », où l’on envoie des cartes postales. Pascale Habis baptise sa marque Diamondogs et choisit pour logo un graphisme Art déco où se profile la silhouette d’une femme accompagnée d’un chien. Elle donne les lignes directrices à ses collaborateurs et définit l’identité des collections. Elle ajoute à ce luxe discret des lignes de thés et de bougies parfumées qui contribuent à imprimer à cet univers le rythme lent et la poésie qui lui est nécessaire. Diamondogs, c’est tantôt Yves Saint-Laurent des années 1970, tantôt Jackie Kennedy, ou Wallis Simpson, ou 106


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Fedora, toute une composition où se profilent des figures mythiques, bourrées de talents divers, icônes absolues de leurs époques respectives. Le style navigue entre la rigueur des années 50 et un romantisme échevelé. Les sacs sont minimalistes, les bijoux déclinés autour d’un module unique. De la subtilité avant toute chose On l’aura compris, celle qui voue un culte à Sofia Coppola et se souvient avec fascination de « Elephant » où le réalisateur Gus Van Sant « montre le plus atroce des massacres sans jamais imposer une leçon de morale au spectateur », est avant tout sensible à la subtilité qui peut aller de l’univers décalé de Wes Anderson à la violence tout aussi déjantée de Quentin Tarantino. Si vous demandez à Pascale Habis quel est son auteur préféré, elle répondra sans ciller « Bob Dylan ». Le chanteur compositeur est après-tout prix Nobel de littérature. Bien qu’adepte de la cuisine familiale roborative, elle revendique sa maîtrise du simple filet de veau blanc. Mais elle ne résiste pas à la tentation, chaque fois qu’elle se trouve à Paris, d’aller à L’Atelier Joël Robuchon pour cet os à moelle sur tartine de moutarde, un met rustique qui

résume pour elle tout le raffinement culinaire. Et d’ailleurs les seules vacances dont elle rêve se déroulent au bord de la mer, sans téléphone, « avec beaucoup d’oursins et de vin blanc ». Peu expansive, la fondatrice et directrice artistique de Diamondogs est pourtant capable d’attraper des fou-rires, son véritable remède contre le stress. Elle qui se déclare allergique à « la tyrannie du politiquement correct, au manque de pudeur et à tout conflit qui a un parfum de lynchage », se montre sensible « aux plus faibles, aux nuances et à la face cachée des choses ». Parmi les choses qui la rendent heureuse, il y a ce pendentif « Soleil », créé avec son collaborateur Walid Akkad pour Diamondogs et qu’elle porte comme un talisman. Il y a aussi les œuvres de Hans Hartung, les premiers tableaux de Picasso et la musique de David Gilmore. Pour se vider la tête, rien de mieux, en fin de journée, que la série « Absolutely fabulous », à moins d’une promenade rue Gouraud, dite « Gemmayzé », où se niche sa maison ; sinon au parc St James quand elle est à Londres. Enfin, préférant les anti-héros aux héros, elle prend « je t’aime » pour un compliment qui englobe inconditionnellement défauts et qualités et elle se rêve, dans un futur lointain, cheveux blancs et petits-enfants dans les pattes, démarrant de nouveaux projets créatifs.

www.diamondogs.com 108


2 2 5 F o c h S t . , D o w n t o w n B e i r u t , Te l . + 9 6 1 1 9 9 1 1 1 1 E x t . 4 8 0 A ï s h t i B y t h e S e a , A n t e l i a s , Te l . + 9 6 1 4 4 1 7 7 1 6 E x t . 2 3 4


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« IOLANDA », UN HOMMAGE ÉLÉGANT ET AUTHENTIQUE À DALIDA PAR JOSÉPHINE VOYEUX

La toute dernière ligne de la styliste libanaise Lara Khoury est un tribut à Iolanda Christina Gigliotti, alias Dalida. En s’appuyant sur le parcours tumultueux de la chanteuse, partagée entre une vie publique exaltante et un enfer sentimental, la créatrice rappelle que derrière tout sourire et toute réussite se cache une fragilité.

Les pièces sont élégantes, drapées. Les coupes, tantôt aérées et fluides, tantôt étroites et raides. Les patrons, construits sur les volumes. Les couleurs, elles, partagées entre la vivacité du vert et du turquoise et la pâleur du rose cuivré et du jaune. La jeune et talentueuse Lara Khoury présente une collection empreinte de dualité, partagée entre l’éclat et la morosité… A l’image du parcours de Dalida, la chanteuse à la chevelure d’or qui, toute sa vie durant, a été tiraillée entre la lumière des projecteurs et la solitude. « Iolanda n’a jamais rencontré l’amour véritable, souligne la designer. Sa vie personnelle a été très difficile, ses amants se sont suicidés les uns après les autres. Cela l’a beaucoup affectée et a fini par la plonger dans un isolement extrême qui l’a conduite elle aussi à mettre fin à ses jours». 111


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Les fêlures de l’âme dans un tissu craquelé Grâce à son souci du détail, Lara Khoury a su retranscrire à travers le vêtement l’histoire de la star. A travers le choix de ses tissus, plus ou moins nobles, plus ou moins doux, le mouvement de ses modèles, plus ou moins limpides, plus ou moins rigides, la styliste libanaise qui a fait ses armes auprès d’Elie Saab et de Rabih Kairouz, a trouvé les outils pour raconter la vie en dent de scie de l’interprète d’« Il venait d’avoir 18 ans ». Avec brio, elle dépeint la grandeur et le sentiment de toute puissance de l’artiste sur scène par le biais d’un drapé lisse et envoutant. Elle revient ensuite sur ses fêlures et ses faiblesses avec un tissu craquelé, soudain plus abordable, soudain plus pâle, voire sombre. « J’ai beaucoup réfléchi au sentiment de solitude et à la remise en question qu’il génère pour réaliser cette collection, explique Lara Khoury. Les apparences sont souvent trompeuses, les réussites professionnelle et personnelle n’impliquent pas un état émotionnel et psychologique stable. C’est d’autant plus vrai avec l’actuel leurre des réseaux sociaux ». 113

« Mes collections sont très intimes » A la tête de sa marque éponyme, la jeune designer diplômée de l’école parisienne de stylisme Esmod et formée dans l’incubateur libanais de talents Starch a déjà réalisé de nombreuses collections. On se rappelle de « S/HE », « Beirut, Golden » ou encore « Fountain ». Chacune aborde un thème différent mais toutes partagent un point commun, elles s’inspirent de l’histoire personnelle de la jeune femme. « J’ai réalisé Iolanda après avoir moi-même été confrontée à la solitude, au lendemain d’une rupture, alors que j’étais sur le point de m’engager pour la vie, confie-t-elle. C’est la méthode de travail de l’artiste. Pour retranscrire avec précision un sentiment à travers la conception et la réalisation de vêtements, Lara Khoury s’appuie généralement sur ce qu’elle ressent, ses interactions ou ses expériences personnelles. « Mes collections sont très intimes, ajoutet-elle. Cela donne un sens à ce que je produis ». Et cela se voit. Chaque création de la styliste libanaise est empreinte d’une très grande émotion. Or n’a-t-on pas pour coutume de dire que la sensibilité est l’habit le plus élégant de l’intelligence ? www.larakhoury.com


NOS SAISONS FAUVES Félin et câlin, l’automne se met déjà en scène. Nos accessoires arborent des teintes flamme et des matières fauves. On joue à pas-vu-pas-pris et on se déroule en feulant de béatitude. P H O T O G R A P H I E A LY S A A B DIRECTION ARTISTIQUE SOPHIE SAFI


Banane, BALENCIAGA.


Escarpins, PRADA.


Sac, HUNTING SEASON.


Chaussures, TOD’S. Page de gauche: Sac, CHLOÉ.


Mules, GIANVITO ROSSI. Page de droite: Sac, SAINT LAURENT.


Mules, HERMÈS. Page de gauche: Sandales, SAINT LAURENT. Remerciements à Hazel, Luca et Nour Saliba.


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DALA EIDO, INGÉNIEURE DU VÊTEMENT PA R M A R I A L ATI

Elle explore les matières et les dompte à sa manière, avec habileté et fantaisie. Dala Eido, designer mode aux multiples talents, découvre au cuir, au cachemire ou à la mousseline de nouvelles façons d’entrer dans la construction des vêtements.

les trous dans le béton, ce Beyrouth en reconstruction dans lequel elle grandit. Dala qui, depuis toute petite, est fascinée par les boites à outils, voit les épingles, les clous et les vis comme des solutions pour combler ces trous et reconstruire. Elle les emploie donc dans ses vêtements pour entrelacer les tissus d’un pantalon, ou d’un ensemble veste et short. Les matières ; la laine, le cuir mat ou brillant, sont assemblées avec des anneaux que la jeune femme y intègre un a un après les avoir peints. Elle peint sur le textile, coud à la main, retravaille ses dessins sur Photoshop puis les découpe au laser dans le cuir en motifs géométriques ou abstraits. Elle brode ensuite un arbre, identique à celui d’un croquis peint à l’adolescence. Toutes ces techniques s’assemblent pour fabriquer une pièce 124

unique avec plusieurs couches qui s’entremêlent. Sur du daim, elle grave au laser une peinture de paysage réalisée il y a plusieurs années. Elle explique qu’avec cette matière, les inscriptions peuvent s’estomper avec le temps mais cet effet éphémère est finalement intrinsèque à la mode. A son défilé, les mannequins hommes et femmes arborent les vêtements unisexes de sa collection et portent, aux pieds, des chaussures spartiates de sa fabrication, en cuir taillé au laser. L’exploration des textiles, un art global Au cours de ses études à Parsons Paris, Dala apprécie l’approche de cette école qui encourage les étudiants à explorer leur créativité. Un projet avec l’Institut National des Métiers d’art lui donne

PHOTO DALA EIDO

Sa collection s’intitule « Chantier insolite », et quand elle raconte la complexité des détails et les assemblages insolites qui entrent dans la fabrication méticuleuse de chaque pièce, le titre de cette collection prend tout son sens. Avant de se lancer dans la création de « Chantier insolite », Dala avait retrouvé ses dessins d’enfance et d’adolescence dans des cahiers oubliés. D’un tableau abstrait réalisé quand elle était encore toute petite, elle choisit de créer une robe. Mais la jeune femme ne se contente pas de réimprimer le motif sur du tissu, elle le recrée en assemblant et découpant les matières pour obtenir du relief. Elle se rend compte qu’au fil des années, elle s’imprègne de plus en plus des détails de son environnement ; les fils barbelés qui surgissent des murs,


l’occasion de travailler avec la créatrice textile Charlotte Kaufmann, auprès de laquelle elle apprend les techniques de tissage. La jeune designer choisit alors d’introduire dans la finesse de cette art sa touche personnelle, en croisant un fil léger avec des bandes de tissus plus lourds tels la laine, la corde ou le cachemire. Pour ses vêtements, Dala adopte une approche anti-gaspillage et réutilise des bandes de cuir dénichées à Bourj Hammoud ou en dehors de Paris, qu’elle découpe et recoud. Quand le fabricant de tissus Dormeuil demande aux étudiants de proposer un point de vue neuf sur ses tissus traditionnels, la jeune femme convertit un lainage aux rayures fines en salopette. Elle y applique des poches avec du tissu de couleur vive, y coud des fermetures Eclair et l’éclabousse de peinture. Cette forme de

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salopette « utilitaire », Dala la retrouve parmi ses dessins. Elle puise dans ses croquis des formes inspirées d’histoires fantastiques puis en décuple les possibilités. Un col de chemisier prend de l’ampleur pour devenir les épaules d’une veste, puis une cape, et des manches se retrouvent retournées puis transformées en pantalon. Le corset délicat et sexy s’attache dans le dos avec des vis au lieu de boutons ou lacets, le motif en relief d’une veste fait de clous peints en rouge entrelacés avec du tissu est couplé d’une doublure pour un touché molletonné, et une veste rigide, aux épaules structurés, est adoucie par de la fourrure recyclée. Chacune de ces pièces s’enfile et se porte comme une œuvre dont les facettes se révèlent au gré des différents arts qui contribuent à sa construction. www.dalaeido.com

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PHOTOS DALA EIDO

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AÏSHTI BY THE SEA ANTELIAS | 04-717-716 EXT 232 AÏSHTI DOWNTOWN BEIRUT | 01-991-111 AÏSHTI DUNES CENTER VERDUN STREET | 01-793-777


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JEUX DE MAINS, JEUX DE… PAR F.A.D

PHOTOS MOHAMAD ABDOUNI

Au fond, nous voulons tous jouer. Il y a en chacun de nous un enfant qu’on oblige à dodo et qui ne veut que dévorer la vie, toucher avec les yeux, mais aussi avec les mains. Jeux de mains, c’est le nom de la marque infiniment touchante et rafraichissante de Salim Cherfan, doux géant aux yeux noirs-cheveux bleus, qui gratte le ciel, littéralement, pour donner forme à ses rêves. Révélation de la fondation Starch, Cherfan est venu à la mode par le biais du graphic design et de son blog « Rouge à rêves » sur lequel il s’amusait à poster des collages. Styliste improvisé, il s’est pris à son propre jeu. Dont acte. www.instagram.com/jeuxde.mains/

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L’ODEUR DU SOLEIL Elle serait ronde et juteuse, fraîche et gourmande, colorée, acidulée, radieuse. L’odeur du soleil est une délicieuse composition d’éclaboussures de zeste, velours de pêche, esprit de cerise, chaleur de foin jauni. Tout un vertige dans un flacon.

P H O T O G R A P H I E A LY S A A B DIRECTION ARTISTIQUE SOPHIE SAFI

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Eau de parfum “Jardin d’Amalfi”, CREED. Eau de parfum “Rose Goldea”, BVLGARI.


Eau de parfum “Girl Of Now”, ELIE SAAB. Eau de parfum “Sugar Pop”, PRADA. Page de droite: Eau de parfum “Olympéa”, PACO RABANNE. Eau de parfum “Bond No 9”, MADISON SOIRÉE.


DANS MON JARDIN D’HIVER Une envie de vivre à contre-saison, se pelotonner là où c’est douillet, poser sa joue là où c’est plus frais, faire comme s’il pleuvait dehors, comme si on n’avait qu’un livre pour tromper l’ennui, et ce rêve sublime de quelqu’un qu’on attend.

PHOTOGRAPHIE MOHAMAD ABDOUNI D I R E C TI O N D E C R É ATI O N M É L A N I E D A G H E R DIRECTION ARTISTIQUE SOPHIE SAFI A S S ITA NTE P H OTO A N D R É A LIEU PHOENICIA HOTEL BEIRUT


Total look, GUCCI.


Pull, BALENCIAGA. Sac, SAINT LAURENT. Page de droite: Pull, BALENCIAGA. Jupe, CÉLINE.


Robe, PRADA.


Total look, PRADA.


Total look, GUCCI.


Sandales, BALENCIAGA. Page de gauche: Robe, STELLA McCARTNEY.


Robe, CÉLINE. Page de gauche: Robe, CÉLINE. Chaussures, DIOR.


Robe, VALENTINO. Page de droite: Total look, VALENTINO.


Chemise, robe, boucles d’oreilles et banane, MIU MIU. Sandales, GIANVITO ROSSI.


Top, DION LEE. Boucles d’oreilles, VALENTINO. Ballerines, CHLOÉ. Page de droite: Top, DION LEE. Pantalon, CÉLINE.


Total look, CHLOÉ. Page de gauche: Total look, SAINT LAURENT. Modèle Tereza C @Agents Model Management Remerciements au Phoenicia Hotel Beirut


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From Jamaica with love C’est dans la maison de Ian Fleming, aujourd’hui nichée au cœur du resort de luxe GoldenEye, que “L’Officiel” a posé ses valises pour mettre en scène les pièces fortes de la rentrée. Bons baisers de Oracabessa Bay ! PHOTOGRAPHIE DANNY LOWE ST YLI S M E VA N E S S A B E LLU G E O N


Veste et pantalon en polyuréthane, ceinture en cuir et polyuréthane, BALMAIN. Escarpins en cuir verni, BURBERRY.


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Robe brodée en soie et sequins, SAINT LAURENT PAR ANTHONY VACCARELLO. Page de gauche : manteau en coton lamé argent, DIOR. Carré en soie, HERMÈS. Chaussettes en coton, MOTHER. Sandales en cuir, PRADA.

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Body en veau déperlant, HERMÈS. Page de droite : trench-coat en coton et pantalon en cuir, ALBERTA FERRETTI. Chemise en soie, GUCCI. Collier en métal doré, LOUIS VUITTON.


Manteau en toile de Nylon, robe en organza, chaussettes en matière technique et sandales en cuir de veau, PRADA.


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Doudoune en soie matelassée imprimée, GUCCI. Top en sequins, MIU MIU. Page de gauche : col roulé en Lurex de soie, CHLOÉ. Jupe patchwork en satin et velours, DIOR. Manchette en métal doré, LOUIS VUITTON. Chaussures en cuir et sequins, MIU MIU. Modèle : Mariana Zaragoza chez IMG Grooming : Sergio Corvacho Assistant photo : Jakob Grant Assistante stylisme : Gabriela Cambero Nous remercions l’hôtel GoldenEye, à Oracabessa Bay, en Jamaïque, et Julie Drean (French Flair PR).


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SO CLOSE Alien assumée dans le paysage musical et ciné, Soko prépare, dans la discrétion qu’on lui connaît et de l’autre côté de l’Atlantique où elle vit désormais, un troisième album qui s’annonce déjà comme celui de la maturité. Interview à Los Angeles, en attendant ses quelques concerts prévus cet été. P H OTO G R A P H I E D A R I A KO B AYA S H I R ITC H STYLISME JENNIFER EYMÈRE TEXTE EUGÉNIE ADDA

Veste en velours de soie, T-shirt en coton, GUCCI. Coiffure : Jenny Cho Maquillage : Lora Arellano Assistant photo : Derec Patrick Assistante stylisme : Alizée Henot

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ifficile de cerner Soko, et tant mieux. À 32 ans, l’artiste née à Bordeaux échappe aux clichés de la it-girl française comme à ceux de la musicienne underground. Montée très haut en 2007 avec son premier EP Not Sokute, Stéphanie Sokolinski a enchaîné depuis deux albums quelques brillants featurings et une dizaine de rôles au cinéma, dont celui de Loïe Fuller dans La Danseuse de Stéphanie Di Giusto, en 2016. Pas mal pour celle qui n’a jamais caché sa fragilité et parle sans détour de la dépression contre laquelle elle s’est longtemps battue. La voilà installée depuis plus de dix ans à Los Angeles où elle se sent désormais chez elle, prônant un mode de vie ultra-sain, entre alimentation végan et glutenfree, yoga et méditation, finalisant les derniers détails de son troisième album écrit entre New York et la cité des anges. Cet été, elle remonte sur scène pour une série de concerts au côté de l’immense Nick Cave. Rencontre avec l’une des figures les plus palpitantes de sa génération. Comment vous sentez-vous, en ce moment ? Soko : La plupart du temps, je me sens plutôt bien, je me réveille le matin et fonce au yoga avant même d’avoir le temps d’ouvrir les yeux, j’ai enfin une maison à moi à Los Angeles, après treize ans de vie à droite à gauche. J’ai fait le grand saut et accepté d’avoir un peu de stabilité dans mon quotidien. Entre musique et cinéma, vous n’arrêtez pas une minute.


Blouson et pantalon en jersey technique monogrammé, maillot de bain en Lycra, bandeau en éponge, lunettes en acétate, chaussettes en coton, baskets en cuir vieilli, GUCCI. Page de droite : trench-coat en coton, BURBERRY. Chemise en coton, BURBERRY. Jean perso. Casquette en coton, OFF‑WHITE. Chaussettes en laine, baskets en cuir, GUCCI.


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“J’AI CHOISI D’ÊTRE CÉLIBATAIRE PENDANT TOUTE LA DURÉE D’ENREGISTREMENT DE MON ALBUM… CE QUI A RENFORCÉ MES RELATIONS AVEC CEUX AVEC QUI J’AI TRAVAILLÉ.” SOKO


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“JE VAIS AU YOGA TOUS LES JOURS, ET JE VAIS FAIRE DES PETITES RANDONNÉES DANS LES COLLINES DE LOS ANGELES PLUSIEURS FOIS PAR SEMAINE.” SOKO


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Comment faites-vous pour trouver le temps de vous ressourcer ? J’ai toujours été accro au travail. Je ne sais pas prendre de journées off, sinon je tourne en rond. Du coup, je surcharge mes journées, j’en fais toujours trop. Je vais au yoga tous les jours, et je vais faire des petites randonnées dans les collines de Los Angeles plusieurs fois par semaine. J’ai la chance d’habiter dans une ville qui offre plage, montagne, désert et parcs. J’en profite à fond. J’ai grandi à la campagne, donc j’ai un vrai besoin de voir des arbres, d’aller au sommet de grandes montagnes et me sentir toute petite. C’est une des choses qui me fait me sentir le plus vivante et connectée. Vous avez passé l’année à travailler sur votre nouvel album. Comment s’est passé le processus d’écriture ? J’étais dans un mood assez bizarre pour faire cet album, j’ai décidé d’être complètement dévouée à la musique, je sortais juste d’un stage de thérapie qui m’avait fait énormément de bien, j’avais envie et besoin d’être concentrée uniquement sur ma musique. Donc j’ai choisi d’être célibataire pendant toute la durée d’enregistrement de mon album. Pas de date, pas de bisous, rien de romantique, aucun moment intime, ce qui a renforcé mes relations avec ceux avec qui j’ai travaillé, parce que je n’avais aucune distraction, et c’était vraiment libérateur. J’habitais à New York, j’ai commencé à enregistrer l’album avec Patrick Wimberly, de Chairlift, et James Richardson, de MGMT. Tout s’est fait de manière assez organique, sans vraie deadline. Juste “Tu veux faire de la musique aujourd’hui ? OK ? Cool !” et j’ai écrit la plupart des chansons en studio. Pour mes albums précédents, j’arrivais en studio avec toutes les chansons prêtes à enregistrer, mais là, tout se formait un peu sur le vif, de manière beaucoup plus collaborative. Quels ont été vos défis ? D’être célibataire ! Aussi, j’ai arrêté les antidépresseurs il y a trois ans et je n’avais pas vraiment écrit de chanson depuis. Donc j’avais peur d’aller trop loin dans mes émotions. Mais ça s’est finalement fait de manière très naturelle, et j’avais besoin d’aller vraiment au bout de tout ce que je ressentais. Ça m’a fait énormément de bien. En 2016, vous avez ouvertement parlé de votre dépression, est-ce important, à vos yeux, que des artistes prennent la parole sur le sujet ? J’ai toujours écrit sur ma dépression. C’est ce dont toutes mes chansons parlent. Je n’ai jamais eu de problème à être ouverte là-dessus. J’ai eu une période horrible où je ne pensais qu’à en finir et où je ne pouvais plus rien faire. J’ai dû annuler une tournée, je ne supportais plus le regard des gens, j’avais juste envie de disparaître. Il y a huit ans maintenant, mon petit frère Max m’a dit : “Écoute, soit tu arrêtes tout maintenant et tu nous rendras tous très tristes, soit tu vas chez un psy et tu prends des antidépresseurs.” Dans ma tête, les antidépresseurs étaient pour les gens faibles, mais ça m’a vraiment sauvé la vie. J’en ai pris pendant trois ans, et puis je me suis dit que j’en avais plus besoin, que j’avais envie d’accepter et d’apprécier mes émotions. On a tous des hauts et des bas, on souffre tous de notre quotidien, certains plus

que d’autres. Mais quel est le problème ? Si les gens avaient plus de compassion, de respect, si les gens se soutenaient plus, prenaient le temps de s’ouvrir, de se parler, de s’écouter, si les gens s’entraidaient, le monde irait beaucoup mieux et souffrirait moins. Donc, oui, c’est important pour moi d’en parler. Vous vous êtes également confiée sur votre enfance difficile. Vous vivez aujourd’hui à Los Angeles et menez un style de vie entre méditation, travail acharné et alimentation saine. Ce mode de vie vous a-t-il aidée à trouver votre équilibre ? J’ai perdu mon père à 5 ans. Pour moi, on devient adulte quand on prend conscience de notre propre mortalité. Du coup, j’ai grandi avec des peurs d’adulte et c’est comme si ça m’avait volé mon innocence d’enfant. Je souffrais beaucoup du mauvais temps et des hivers glacés, le soleil et le rythme de vie que j’ai trouvé à Los Angeles m’ont beaucoup aidée. Je me sens enfin moi-même. Et évidemment, il y a un milliard d’options végan et gluten-free partout. Les gens ont compris qu’un esprit sain et un corps sain vont ensemble. Qu’est-ce qui vous a poussée à changer votre alimentation ? Je n’ai jamais aimé ni la viande ni le poisson, depuis que je suis enfant, mais j’ai grandi dans une famille où les seuls accompagnements étaient des pâtes, du riz et des pommes de terre. J’en ris encore aujourd’hui ! J’ai dû commencer à me faire à manger toute seule, à 10 ans. Et comme c’était très dur d’être si différente de mes cinq frères et sœurs, j’ai développé très tôt une relation terrible à la nourriture. Vers 18 ans, après un premier chagrin d’amour, je suis devenue boulimique et j’avais beaucoup de mal à l’accepter. Puis j’ai eu une conversation avec une amie qui m’a conseillé d’arrêter juste pendant une semaine tout ce qui me rendait accro : en gros, le gluten et les produits laitiers, le sucre et l’alcool ! J’ai dû arrêter du jour au lendemain, comme les gens arrêtent les drogues. Maintenant ça fait treize ans. Depuis, c’est devenu un choix de vie. En 2016, on vous a admirée dans le film La Danseuse, de Stéphanie Di Giusto, pour lequel vous avez reçu une nomination aux César. Quelle place tient le cinéma dans votre vie ? Parfois je me réveille et Loïe me manque encore énormément. Je fais très peu de films parce que ça me consomme tellement que je n’ai plus de place pour le reste et je me perds complètement dans mes personnages, donc je dois les choisir avec beaucoup d’attention. La plupart du temps, c’est très dur de redevenir moi-même après un film. Après La Danseuse, j’ai mis au moins un an à pouvoir écrire une chanson… C’était comme si j’avais dû oublier cet aspect de ma vie pour pouvoir devenir le personnage de Loïe. J’étais parti tellement loin que j’avais tout oublié. Du coup, je me protège, je choisis mes films avec attention. Mais j’adore raconter des histoires, donc j’ai envie d’essayer la réalisation, et de continuer à réaliser des clips ! De nouveaux projets qui vous tiennent à cœur ? Pour l’instant, juste arriver à finir mon album. Et je fais quelques dates de tournée en juillet en Europe avec Nick Cave, donc j’ai hâte de refaire des concerts aussi.


Blouson en nylon, bob en coton, BURBERRY.


IRINA SHAYK & STELLA MAXWELL, CO-DESIGNERS BAG SERIES

148 SAAD ZAGHLOUL STREET, DOWNTOWN BEIRUT / AÏSHTI BY THE SEA, ANTELIAS


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GE N NY HADDAD, STYLI STE CONCEPTUELLE PAR F.A.D

Elle a toujours été fascinée par les trames, les textures, les impressions, les broderies, tout ce qui constitue un tissu. Cette étrange passion habite Genny Haddad depuis son enfance. Diplômée de mode, elle se dit conceptrice plutôt que styliste

souhaiterait voir dans le monde réel, et faire de ses réflexions quelque chose de tangible et durable. Mais c’est un stage, en 2017, au sein de l’équipe de conception de la créatrice Mary Katrantzou, qui lui offre l’opportunité de se former au délicat processus de production ainsi qu’aux multiples aspects des métiers du design. Elle y participe avec un évident bonheur aux travaux de l’équipe de broderie qui peaufine la collection présentée à la London Fashion Week. L’expérience l’enrichit de nouvelles compétences.

Le vêtement, expérience sensorielle Genny Haddad est prête à lancer son label. Ce n’est pas tout à fait une marque de mode, on l’aura compris, mais un cadre au sein duquel se développe son identité de créatrice. Sous sa marque éponyme, la jeune femme veut offrir à ses adeptes des expériences sensorielles et mentales. Consciente que le vêtement est littéralement notre environnement le plus direct, elle se concentre sur la relation intime que l’on entretient avec le tissu qui touche notre corps. Brodeuse pour Mary Katrantzou Le désir qu’elle souhaite susciter n’est pas tant lié à la beauté Elle n’aime rien tant que créer ses propres tissus. Patiemment, qu’à la sensorialité. Genny Haddad met l'accent sur la création elle file, tricote, smocke, imprime et expérimente différentes de vêtements haut de gamme qui se portent facilement, où l’on se sent à l’aise et bien dans sa peau, en un mot addictifs. La textures. La partie mode l’intéresse moins que cette coquetterie n’est pas négligée pour autant, et les créations se manipulation dont elle construit des géométries et des formes architecturales. Au fond, elle voudrait voir aboutir ses créations distinguent par un détail qui peut être une texture complexe, dans plus d’un produit et pas uniquement des vêtements. des manipulations délicates, une structure irrégulière, un Au-delà de la mode, elle cherche à donner forme à ce qu’elle tissage main, une impression singulière. 174

PHOTOS CARL HALAL

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rais émoulue de l’école de mode de l’Université Libano-américaine (LAU, créée sous la tutelle d’Elie Saab en jumelage avec le London College of Fashion), Genny Haddad, 22 ans, est clairement l’un des talents émergents les plus intéressants de la scène stylistique libanaise. Loin de considérer le vêtement comme un ornement ou une coquetterie, la jeune fille développe très tôt une passion grandissante pour le design et ne cesse de poser des questions sur les tissus, leur composition et leur production. En 2013, à 17 ans, c’est en parfaite autodidacte, issue d’un milieu qui ne se soucie pas particulièrement de ces choses, qu’elle est admise pour une formation de deux semaines à l’Istituto di Moda Burgo, Milan. Dans cet environnement propice à la créativité, elle développe des compétences sélectives et prend confiance en elle-même et en son talent. Les professeurs et artistes de l’institut sont impressionnés par son travail. Ils lui expriment leur enthousiasme. Elle sait qu’elle ne s’arrêtera plus.


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Souffrance mentale, confort physique La collection Genny Haddad automne hiver 2019 s’intitule « De-code-the boy ». Elle s’est développée autour d’une réflexion sur le lien entre l’art et la maladie mentale, basée sur l’œuvre de Jackson Pollock, souffrant d’alcoolisme et de bipolarité, ainsi que l’œuvre de Yayoi Kusama, artiste sujette à des hallucinations et internée volontaire en service psychiatrique. La créatrice a ainsi détricoté l’écheveau de lignes dans les travaux de Pollock, constatant que ce dernier exprimait par l’art ses combats intérieurs. Cette réflexion s’est traduite dans la nouvelle collection Genny Haddad en cordes épaisses exprimant les luttes apparentes des personnes souffrant de maladies mentales. Ces cordes s’affinent au fil des créations pour ne plus devenir que des fils cachés. Cette disparition progressive illustre la manière dont chaque être humain est confronté, à des degrés différents, à ses propres démons. Par-delà le concept et le message, la collection, à l’arrivée, est surtout axée sur le confort, un principe que les créateurs de mode ont tendance à négliger. 175


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LA FLEUR À LA CAGOULE

PHOTO SARAH EL NEMR, MODÈLE SASHA ELIJAH

PAR F.A.D

Près de deux heures de route, chaque matin et chaque soir, sur ce chemin qui le conduit, en longeant la mer, de Beyrouth à Tripoli, capitale du nord du Liban. Chaque matin, l’impatience de retrouver « ses » couturières. Elles l’ont adopté, lui font la fête, exécutent avec amusement tout ce qu’il leur demande de faire et qui n’est pas toujours évident. Au volant, l’inspiration lui vient, souvent délirante. Avant de se lancer dans des études de couture et de style, Eric Ritter aurait pourtant aimé être chanteur. Enfant, il occupait la scène en véritable showman, communiquant son bonheur au public en toute occasion. Mais sa voix mue, et son élan artistique cherche un autre canal pour se développer d’une manière ou d’une autre. « Ce qui m'attire visuellement ce sont d'abord les formes. Avant la texture, avant la couleur, je remarque les lignes. L'arc des sourcils, le bord de la mâchoire ou les intersections du buste », affirmait-il lors de la présentation de sa collection de diplôme à Esmod en 2014.

En 2014, Eric Ritter décrochait le prix du jury Esmod Beyrouth pour sa collection intitulée « Dans le bleu de l’absinthe ». Très vite, après des formations chez les couturiers Rabih Kayrouz et Zuhair Murad, il est enrôlé en tant que directeur artistique à « Tara w’kheit » un atelier de couture destiné aux femmes défavorisées de Tripoli. 179


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Un pont entre deux mondes Ce sens aigu de l’observation lui vaut aujourd’hui d’être l’assistant d’Emilie Duval, la directrice de l’école de mode de l’Alba-la Cambre. Parallèlement à cette responsabilité, Ritter dirige donc les atelier « Tara w’kheit » (Fil et bobine) créés par la Fondation Safadi pour former les femmes défavorisées de Tripoli aux métiers de la couture. Il y a là pour lui, non seulement la joie de contribuer à l’autonomisation de personnes qui autrement ne feraient pas grand-chose de leur vie et s’encroûteraient entre misère et ennui, mais un vivier de talents engagés et convaincus, de précieuses collaboratrices, couturières et brodeuses, avides d’apprendre, « et qui m’apprennent tant de choses en retour », confie-t-il. La petite équipe devient pour lui une famille parallèle à laquelle s’adjoignent des hommes, maris ou parents, qui contribuent pour leur part aux diverses installations de l’atelier, entre menuiserie et plomberie. Sa vie fait un grand écart entre « les enfants gâtés de Beyrouth » et les communautés modestes de Tripoli. Véritable pont entre ces deux mondes, il irrigue l’un et l’autre du meilleur de chacun. « Elles ont fait les yeux ronds, puis elles se sont emballées » Disposant de budgets limités, déterminé à faire de Tara w’kheit une structure qui contribue elle aussi, à son échelle, au développement de la ville, Ritter compose ses créations avec des foulards, des écharpes, des nappes, des voiles,

des rideaux, mais aussi de vieux tissus de fin de stocks tous achetés au souk de Tripoli. Il y ajoute des textiles ramenés de ses voyages, d’Afrique ou de Colombie. Les patchworks qui en résultent se distinguent par leur caractère inédit. Le contexte tripolitain est compliqué, teinté de traditions rigoureuses et de violence islamiste, mortifié par un passé récent de combats de rues et d’hostilités en tous genres. D’où vient au créateur l’idée de transformer en ornement la tristement célèbre cagoule des exécutants des basses œuvres de Daesh ? « Nous avons à Tara’w’kheit des spécialistes de la maille au crochet qui passent leur vie à crocheter de petits napperons. C’est d’une envie d’introduire un nouveau concept que m’est venue l’inspiration de la cagoule ornée de fleurs et de strass, dédramatisée et transformée en coquetterie. Quand j’ai proposé ce modèle aux tricoteuses, elle ont fait les yeux ronds, puis elles se sont emballées », raconte Eric Ritter. Joyeusement impertinente, la dernière collection de Tara w’kheit s’inscrit sous un label qui fait fi de tous les tabous : Emergency Room. Cette étiquette, dont l’acronyme renvoie au nom du jeune créateur, est synonyme d’une mode décomplexée et durable, tout en patchworks réjouissants sur du denim de récupération. Exposée dans le cadre de l’événement « Love Inked », organisé par Sarah’s bag au printemps dernier, la petite série a été raflée. On attend impatiemment ce que réserve le prochain pop’up. 180

PHOTO GHIDA LADKANI, MODÈLE MIA RIZK

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LA PLUS BELLE POUR ALLER DANSER PA R N A S R I S AYE G H

PHOTO ALBERTO RICCIDSC

Scintillement de cuivres intermittents sur fond de stroboscopes enfiévrés, la piste cède la danse au son d’un synthé sophisti-pop. C’est sur “Shout to the Top” des Style Council que nous découvrons l’univers de la créatrice de mode libano-canadienne Souraya Chalhoub.

Premier couplet. Tout commence au 46 de l’avenue Victor Hugo à Paris. Tombée en amour des chatoiements hypnotiques des étoffes comme on s’émeut d’enfance, la jeune femme se souvient des visites qu’affectionnait sa mère dans la boutique Lolita Lempicka, bien avant que la créatrice bordelaise se fasse connaitre pour ses fragrances à la pomme aujourd’hui si emblématiques. Les années 90 exaltent leurs couleurs hip-hop; Cindy, Naomi, Christy, Linda et Claudia règnent sur les podiums et Souraya défile dans la cabine d’essayage de la romantique Lempicka. Elle enfile robe sur robe, se noyant dans l’échancrure de tel décolleté encore trop leste pour son jeune âge, trébuchant dans telle autre traine de mousseline encore trop effrontée pour son enfance. C’est à la commissure des robes de soirée que nait la passion de Souraya Chalhoub pour la mode. Deuxième couplet. De son enfance qu’elle définit comme “plutôt introvertie”, Souraya garde en souvenir les jeans et les t-shirts qu’elle confectionnait elle-

même pour exprimer, confie-t-elle, son besoin viscéral de création. A 13 ans, elle quitte les bancs de l’école – multiples déplacements parentaux obligent – pour gagner ceux de l’apprentissage à domicile. Sésame de liberté ! Son temps désormais lui appartenant, elle le dédie à son irrésistible penchant pour la création. Mais à seulement 17 ans, et à contre-art, elle s’enrôle dans les universités enchainant des études de management et d’administration. Par atavisme, l’étudiante assidue se prépare à rallier l’entreprise familiale spécialisée dans les assurances. La concession au souhait paternel ne durera qu’un an; le rappel au rêve rattrapera une jeune femme qui ne rêve désormais que de créer sa propre maison de mode. Le synthé s’emballe, et les robes reprennent leur danse sur les rythmes entêtants d’un piano débridé. Refrain. 2018, crayon en main et rêves de fantaisie dans l’âme, Souraya renait, éponyme de sa propre marque, lançant sa première collection de prêt-à-porter. Mousseline en guise de crépuscules, 183

dentelle de Chantilly et velours pourpre et bleus royaux en guise de soirs, Souraya découpe, mélange et assemble ses composition au gré d’une sensualité affirmée. Plurielle, la femme Souraya résonne de ses multiples facettes et identités. Empruntant sa précision à la couture et sa fluidité au prêt-à-porter (ou à-danser), la robe Souraya se veut ludique, vibrante, romantique, festive, taillée à la lumière des spots d’une soirée où la soyeuse ondulation des corps se mêle à l’impudeur de la musique. En guise de chute. Depuis son ateliershowroom, perché sur les hauteurs d’Achrafieh à Beyrouth, taffetas, broderies, guipures et velours chutent puis s’amoncellent, se mêlant aux chuintements de cymbales aux nuances de nuit. Une première collection -couleur de lune et de soleil- au romantisme exacerbé ; et Souraya rêve que “dans la soie et la dentelle, un soir vous soyez la plus belle pour aller danser” ! www.souraya.co.uk


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DESIGN

« SPECIES OF T H E S PA C E » , OBJ ETS DE C O M PA G N I E Yasmin Bawa était au départ une créatrice de mode prometteuse, spécialisée dans le vestiaire masculin. Elle dessine désormais des meubles d’appoint qu’elle moule dans un matériau brut et magique : le béton. Sa collection « Species of space » crée un lien entre l’objet et son utilisateur.

PHOTOS DR

PAR JOSÉPHINE VOYEUX

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DESIGN

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out en imprimés audacieux et coupes subtiles, la collection de diplôme de Yasmin Bawa, fraîche émoulue de l’Université de Middlesex, Londres, avait fait sensation. Nous étions en 2011 et ce vestiaire masculin, aussitôt célébré par les blogueurs les plus suivis du moment, avait fait forte impression dans le monde de la mode.

ergonomiques. Elles sont organiques, presque « humaines», loin de toute géométrie impersonnelle, et n’ont pas de fonctions prédéfinies. A la guise de leur acquéreur, elles peuvent servir de tables d’appoint, de cache-pots, tabourets, podiums ou autre. Tout dépend du lien instauré puis noué entre l’humain et l’objet.

La créatrice a aujourd’hui troqué sa machine à coudre contre des outils de sculpture. Elle explore désormais les formes, les matières, les couleurs ainsi que les textures pour révolutionner la décoration intérieure. Avec sa toute nouvelle collection de meubles « Species Of The Space » (Espèces de l’espace), elle interroge notre perception et notre rapport aux objets qu’elle inscrit dans la continuité de notre quotidien. « Ce projet repose sur une analyse prudente du lien entre l’objet et son utilisateur, considérés comme des entités égales », explique la jeune femme sur son site internet. « « Species » provoque une relation entre le meuble et son propriétaire. Elle favorise entre eux la communication à travers une routine, des habitudes partagées et des moments intimes ».

« Shift Bloc 70 », « Halter One », « Halter Two », « Material Mag », « Node Bloc 77 », « Zet Bloc 50 » ou encore « Maj Bloc 57 », toutes les pièces de sa collection partagent un même dénominateur commun : ce sont des blocs sculpturaux en béton, fabriqués à la main. Donc uniques. Le béton, cet assemblage de matériaux de nature minérale, est un des matériaux de construction le plus utilisé au monde. Il est souvent perçu comme monolithique et inerte. Yasmin Bawa en fait pourtant des compositions légères et aériennes. Et c’est bien là que repose le talent de la jeune designer : dans sa capacité à donner un coup de pied dans les postulats et les idées établies ; dans son aptitude à les contourner pour mieux les réinventer et les remodeler. Un véritable trait de génie, propre aux grands artistes. « L’artiste doit tout élever. Il est comme une pompe, il a en lui un grand tuyau qui descend aux entrailles des choses, dans les couches profondes. Il aspire et fait jaillir au soleil en gerbes géantes ce qui était plat sous terre et qu’on ne voyait pas », écrivait Gustave Flaubert au 19ème siècle. Une définition qui n’a pas pris une ride et qui décrit à merveille le travail de Yasmin Bawa.

Des blocs en béton fabriqués à la main En clair, à travers une série de tables, de pots de fleurs et d’étagères, Yasmin Bawa transforme la fonction de l’ameublement. De ses années de styliste, elle a conservé un regard avant-gardiste, futuriste et affirmé en intégrant des pièces de sa collection dans le quotidien de leurs acquéreurs. Bien qu’en béton, ces dernières sont aériennes, arrondies et

www.yasminbawa.com 186

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Available in all AĂŻzone stores T. 01 99 11 11


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LA NUIT LEUR APPARTI E NT PAR F.A.D. PHOTOGRAPHIE TONY ELIEH

C’est l’histoire de deux sœurs architectes, Tessa et Tara Sakhi. Libano-polonaises, elles ont grandi dans un environnement cosmopolite à souhait, immergées dans l’art et l’architecture. Aujourd’hui, elles dirigent ensemble T Sakhi Architects, un atelier où convergent, pour diverses collaborations, des artistes de tous horizons.

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ARCHITECTURE

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ARCHITECTURE

Filles d’architecte, si au départ, Tessa et Tara Sakhi, ont toutes deux commencé leurs études d’architecture à l’Académie libanaise des Beaux-Arts (Alba), elles ont par la suite pris des chemins différents, chacune achevant son parcours sous les honneurs. Tessa obtient sa licence d’architecte à l’AUB et remporte le premier prix des Areen Awards pour son projet de diplôme. Tara, pour sa part, achève sa thèse de maîtrise avec distinction à l’Ecole Spéciale d’Architecture de Paris. En cours de route, les deux jeunes femmes effectuent des formations entre Beyrouth, New York et Paris, travaillant sur des projets indépendants et développant chacune ses passions parallèles. Tessa est engagée dans des projets philanthropiques et des collaborations à vocation sociale et civique. Tara, de son côté, s’évade dans la photographie et la scénographie. Leur complémentarité est évidente, et leurs horizons éclectiques constituent une part importante de l’identité de leur jeune cabinet d’architectes Atelier2T, fondé en 2015, auquel succède en 2017 le concept T Sakhi, ouvert à tous les talents locaux ou internationaux qui viennent insuffler aux projets leur passion et leurs connaissances, introduisant dans la culture singulière de l’entreprise échanges, contrastes, hybridations et hétérogénéité. Ces créateurs de tous horizons gravitent autour d’un noyau constitué des deux sœurs et des architectes Aman Slim et Elie Harb. Lumière sur Decks on the Beach Très vite, le tandem Tessatara ou Taratessa, joli monstre à deux têtes, devient, en réaménageant pour SkyManagement

le O1ne, et en ressuscitant le SkyBar détruit par un incendie, une référence pour la création de lieux nocturnes. Leur vaste culture, notamment artistique, en fait des conteuses pour qui chaque projet se développe autour d’une narration, d’un film ou d’une atmosphère. Cette saison, elles interviennent au Sporting club de Beyrouth, plage mythique tournée vers l’arche rocheuse de Raouché, quasi conservée en l’état depuis la guerre, et où se déroule chaque année depuis 7 ans le festival Decks on the Beach organisé par Olivier Gasnier Duparc et Youssef Harati. Le festival accueille tous les vendredis, de juillet à septembre et de 22h à 4h du matin, un line-up de DJ locaux et internationaux. Il draine un public avide de danse, de musique et de bonne humeur. Il n’est jamais évident de changer une formule qui marche, encore moins des lieux familiers où se sont nouées tant d’histoires. Avec beaucoup de délicatesse, sans déplacer les repères des habitués, les T Sakhi ont mis la lumière et les éclairages au cœur de leur intervention. Le décor éphémère devant être démonté après chaque événement et remonté quelques heures avant l’ouverture, elles se sont concentrées sur une structure en modules. Le DJ booth, d’inspiration Art déco rappelant le Miami Beach des années 20 à 40, s’éclaire de bleu pour laisser la vedette à la piste de danse signalée, pour sa part, par un cercle suspendu où s’anime un jeu de lumières rythmé par la musique. Le bar, quant à lui, est tourné vers le large, embrassant la poésie vintage de cet emplacement unique. T Sakhi, c’est aussi tout un art de créer des souvenirs. www.tsakhi.com

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E L E V E N TA B L E S LES CÈDRES GERMANIQUES

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Adepte du vintage made in Germany, Michel Saidah, Allemand de mère, Libanais de père et designer d’adoption, dresse et illumine les tables des adresses les plus branchées de Beyrouth. Rencontre avec un créateur écolo-inspiré.

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eflété dans la carrosserie chromée de sa Vespa, un bulldozer à qui la poussière est montée à la tête s’apprête à éventrer une vieille demeure. Protégée, classée, promue au rang de patrimoine traditionnel, rien n’y fait, la demeure fébrile et centenaire est condamnée à la peine de pierre par la soif insatiable des promoteurs et/ou autres croquemorts de l’histoire. Au milieu de la scène, un homme s’avance d’un pas téméraire, pénètre dans la maison et en ressort un peu plus tard avec, à son bras, des planches de bois de cèdre, vestiges d’un temps qui s’apprête à n’être que révolu. L’homme, Michel Saidah, rode dans la capitale libanaise à l’affut de ces architectures en perpétuel péril pour, littéralement, sauver les meubles. Les mains calleuses d’échardes de cèdre, Michel Saidah, épris de ces planches de vécu et d’histoire, veut leur donner une seconde naissance. Entreposé en atelier, le cèdre rescapé entame sa nouvelle destinée, transmué à la main en table de cuisine ou de salle à manger et autres billots. Cèdre paternel et houblon

maternel dictant le dessin, Michel s’emploiera à repenser puis recréer l’emblématique table de Biergarten allemande. Beau comme la rencontre fortuite sur une table de brasserie d’une pinte de bière et d’un cèdre, le design fera des émules et séduira les amis du créateur et au-delà. Un bestseller est né. Hybride, épurée, la marque Eleven Tables voit le jour. Onze tables et une collection de luminaires vintage. “Ma toute première commande de tables Biergarten se composait de 11 pièces. Belle coïncidence car le 11, précise Michel Saidah, est un numéro porte-bonheur qui m’accompagne depuis plusieurs années. Cela m’a donc paru évident de commencer cette nouvelle aventure en lui donnant ce nom!”. La philosophie Eleven Tables? Des objets simples et fonctionnels qui possèdent tous une dimension historique. A son amour du bois millénaire vient s’ajouter celui des lampes vintage. Kandem, Kaiser, Midgard… Collectionneur averti, il égrène les noms des luminaires 193

allemands des années 1920-30 ; pièces de collection de plus en plus rares, la plupart ayant été endommagées, voire détruites lors de la seconde Guerre mondiale. Toutes “très bien pensées mécaniquement et esthétiquement”, ces lampes ont une qualité de fabrication qui, de nos jours, déplore Michel Saidah, ne se retrouve plus. Poétique de l’espace. “Un objet peut changer toute une ambiance et donner de l’âme à un lieu”. Michel Saidah, grand amoureux du design, place sur un piédestal les créateurs qui aiment les matières qu’ils emploient et qui pensent la fonction, le confort et la durabilité de ce qu’ils produisent. “L’écologie dépasse les mouvements de mode”, insiste par ailleurs ce créateur engagé. Habana, Pacifico, Dragonfly, Lila braun… son impeccable palmarès de restaurateur/commetteur de bars de renom témoigne de son sens affuté du détail poétique, et surtout de son inextinguible soif de beau. www.instagram.com/eleventables/, michelsaidah@me.com


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CECI N’EST PAS UNE COQUILLE Grande tendance du moment, la sérigraphie sérigraphie revient sur le devant de la scène scène du design design. Rencontre avec Farah Fayyad, fondatrice de l’enseigne Nice Nice Prints. PA R N A S R I S AYE G H

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eci n’est pas une coquille. Ceci est plutôt l’irrésistible effet Nice Nice Prints. Rue Monnot à Beyrouth, à un pied sous terre, on pénètre cet antre de la création itérative en baissant légèrement la tête pour éviter toute contusion inutile. C’est ici, dans ces quelque 20m2 à peine, que sévit Farah Fayyad. Cellule de création dédiée au beau, la boutiqueatelier a ouvert ses portes jaune-impérial en juin dernier, lors de la 7ème édition de la Beirut Design Week. (A)voir le beau en double, telle semble être la mission-devise de la jeune créatrice et inconditionnelle passionnée ès-encres d’impression, et celle de son mentor et instigateur Salim Samara, maître incontesté, insiste Farah, de la discipline. Sourire sérigraphié sur les lèvres, la designer, intarissable, déploie le fil d’une histoire qui remonte à plus d’un millénaire. Précis d’Impressions Millénaires. Créée par les Chinois sous la dynastie Song (960-1279), la sérigraphie – elle-même issue de l’art du pochoir qui, lui, date de plus de 40 000 ans- a profondément influencé, façonné, en un mot impressionné l’histoire de l’art à travers les siècles. Réappropriée par les Japonais au XVIIème siècle, elle restera pourtant très peu utilisée en Europe et en Amérique jusqu’au XXème siècle. En 1907, le Britannique Samuel Simon est le premier à breveter la technique de la sérigraphie qu’il utilise pour la fabrication de tapisseries haut de gamme. Durant les années 1920, les Américains entrent en scène, utilisant la sérigraphie dans la publicité et la fabrication de lettrage pour les enseignes. Lors de la seconde Guerre mondiale, les soldats US importent en Europe le procédé, devenu, en pleine bataille, indispensable à la signalétique des camps et au marquage des

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PHOTOS AYLA HIBRI, FARAH FAYYAD, RANA ZAHER

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véhicules. Le modus operandi, top-secret commercial durant toutes ces années, sera ébruité par un certain Warhol. Ce n’est donc que dans les années 50-60 que le monde de l’art s’approprie finalement la technique. Sur les pas de l’indiscret Andy, Roy Lichtenstein, Robert Rauschenberg et autres pop-artistes démocratiseront la pratique. Dès lors, à la demande expresse desdits artistes, l’industrie s’empressera de faire évoluer les procédés pour les rendre plus précis, et surtout accessibles à une plus grande audience.

PHOTOS KRISTYAN SARKIS, JOAN BAZ

Print is not Dead ! Faisant écho à l’effervescence de la scène créative libanaise, Nice Nice Prints recense d’ores et déjà dans son catalogue les designers, artistes, illustrateurs et autres rêveurs d’images les plus tendance de la capitale. Sur sa table d’impression conçue sur mesure par les Studios Fabraca, Farah fixe sur des supports aussi divers que le papier, le tissu, le verre et même les ballons – on s’arrache ceux, fantaisistes, de la designer Sana Asseh – les imaginaires débridés de créateurs aussi divers que Ayla Hibri, Hamed Sinno, Jana Traboulsi, Wissam Eid, Tracey Chahwan, Elia Tawil, Baz Joan, Josette Khalil, Karma Salman, Khajag Apelian, Kristyan Sarkis, Lynn Atme, Studio Zumra, Yasmine Darwiche, Tala Safie, Raphaelle Macaron parmi nombre d’autres allumés de l’imaginaire. Antichambre de la scène beyrouthine, Nice Nice n’hésite pas à s’arroger le statut – et à juste titre ! – de relai du mouvement “Print Isn’t Dead” du collectif londonien “People of Print”. À l’heure du diktat du “tout numérique”, la feuille de papier et consorts font preuve plus que jamais de ténacité. Et puis, lancinante, cette âcre saveur de teinture nous racle la gorge… pour notre plus grand bonheur! Rue Monot, Beyrouth, www.niceniceprints.com

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www.aeronautica.difesa.it - www.aeronauticamilitare-collezioneprivata.it AĂŻshti by the Sea, Antelias T. 04 71 77 16 ext. 273 and all AĂŻzone stores T. 01 99 11 11 Produced and distributed by Cristiano di Thiene Spa


NÉ DE L’URGENCE “BlacKkKlansman” est du pur Spike Lee : décalé, énervant, nécessaire. Le film coup de poing de la rentrée. Presque trente ans après Do the Right Thing (1989), Spike Lee, le cinéaste de l’identité afro-américaine, continue à faire ce qu’il faut quand ça urge. Et en Amérique, ça urge ! Il faut dire que l’histoire vraie , proposée par Jordan Peele (Get Out), est trop belle : dans les années 1970, un flic noir infiltre le Ku Klux Klan à l’aide d’un collègue blanc juif. Mais si cette ironie est d’abord caricaturée à outrance, à travers le duo comique John David Washington – le formidable fils de Denzel – et Adam Driver, Spike Lee prend peu à peu aux tripes en tournant sa caméra vers l’Amérique d’aujourd’hui. Jusqu’à cette 198

séquence choc où le légendaire Harry Belafonte relate un lynchage, jusqu’à ces rassemblements de néo-nazis l’été dernier à Charlottesville qui ont fait un mort (Spike Lee, qui finissait son tournage au même moment, en a inclus des images et le film est dédié à la victime). BlacKkKlansman, Grand prix du jury au dernier festival de Cannes, est un film complexe, gonflé, qui démontre noir sur blanc que Donald Trump est du mauvais côté de l’Histoire. “BlacKkKlansman”, de Spike Lee, avec John David Washington, Adam Driver, Laura Harrier, Topher Grace Harry Belafonte… Sortie le 16 août.

PHOTO FOCUS FEATURES LLC 2018

PAR JULIETTE MICHAUD


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PAR JOSÉPHINE VOYEUX

PHOTOS TAMARA ABDUL HADI

LE REGARD (TROP?) HUMAIN DE TAMARA ABDUL HADI


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PHOTOGRAPHIE

Après avoir photographié l’homme arabe à moitié nu, aborder la vie rêvée et mise en scène des habitants de Ramallah, en Palestine, ou encore traité du quotidien des enfants bédouins dans le désert jordanien, la jeune et talentueuse photographe s’attaque désormais aux trésors et secrets des marais irakiens. Classés au patrimoine mondial de l’Unesco, les lieux du mythique jardin d’Eden sont menacés de disparition. Tamara Abdul Hadi s’intéresse aujourd’hui à la vie que mène leur population. Rien ne la prédestinait à devenir un des plus grands noms de la scène photographique internationale. Née aux Emirats Arabes Unis de parents irakiens, Tamara Abdul Hadi grandit à Montréal, où elle décide de suivre un cursus de design à l’Université Concordia. Elle en sort diplômée en 2003, deux ans avant d’effectuer le grand saut : retourner sur sa terre natale aux Emirats, vivre à Dubaï. Elle s’y éloigne de sa discipline universitaire et entame sa carrière de photographe. Une dizaine d’année plus tard, après un passage à l’agence de presse Reuters, elle travaille aujourd’hui en tant que freelance pour les plus grands titres de presse internationaux – le New York Times en tête.

Elle capture le Proche-Orient avec un regard frais et intime. La photojournaliste irako-canadienne Tamara Abdul Hadi, basée à Beyrouth, s’est imposée depuis le lancement de sa carrière à Dubaï en 2005, à travers une approche profondément humaine et audacieuse. 201


PHOTOS TAMARA ABDUL HADI

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Se renseigner, s’imprégner Le déclic de la photographie, elle explique l’avoir eu en 2005 avec l’envie de documenter, d’informer l’humanité de ce qui l’entoure. Elle apprend seule, sur le terrain, comment manier son boîtier. « Pour moi, un photographe est avant tout quelqu’un qui raconte des histoires, précise la jeune femme. Le message et les intentions sont ce qui compte le plus ». Montrer et raconter le quotidien des différentes communautés et populations de la région s’est donc imposé naturellement à la jeune femme. Sa méthode de travail a toujours été la même. Comme un rituel. Se renseigner puis s’imprégner. Elle raconte son mode opératoire. « Quand je suis intéressée par un projet, un sujet, je fais des recherches puis entre en contact avec les gens de la communauté concernée. Et je passe du temps avec eux », souligne-t-elle. Résultat : les clichés de Tamara Abdul Hadi plongent l’observateur avec authenticité dans le monde et le quotidien des personnes qu’elle photographie. Elle sait faire oublier son objectif sur le terrain pour laisser parler l’émotion de ses sujets. Sans artifice, ni pudeur. Elle aborde des thématiques très diverses mais reste sensible aux communautés minoritaires, sous-représentées et souvent victime de stéréotypes. Avec « Picture an Arab Man », série d’hommes de Syrie, du Liban, de Palestine, d’Irak, des Emirats ou encore de Jordanie, elle offre un portrait inattendu de la masculinité et de la virilité arabe. Loin des représentations d’un machisme 203

rêche, voire même brutal, elle dévoile une image sensuelle et sensible de l’homme. Avec « War Remains », série de clichés de cimetières de machines de guerre dans le Kurdistan irakien, elle rappelle la destruction et l’occupation américaine dont a été victime le pays de ses parents. Dans « The People’s Salon », on découvre les canons de beauté, l’esthétique et styles capillaires des hommes de la région. « Je travaille sur des sujets qui me semblent intéressants mais aussi que je souhaite célébrer. J’offre ma vision, je ne dirai pas qu’elle est alternative mais si c’est l’impression que cela donne, pourquoi pas. Je pense qu’il est important de documenter son environnement », précise la photographe. Le sourire des Ahwar Le dernier projet de Tamara Abdul Hadi raconte l’histoire des « Ahwar », les marais, du sud de l’Irak. Berceau de la civilisation sumérienne, ces derniers ne s’étendent plus que sur 4000 kilomètres carrés. Les habitants de cette région restent aujourd’hui menacés par la sécheresse bien que leur terre ait été classée au patrimoine mondial de l’Unesco. « Je n’ai pas de message particulier à faire passer, commente la photographe irako-canadienne. Celui-ci est différent pour chaque projet, mais je dirais qu’en général, je cherche à souligner ce qu’il y a de positif dans le monde arabe, dans sa forme la plus simple ». Un travail nécessaire dans une région où les images de guerre sont davantage médiatisées que les sourires des habitants. http://www.tamarabdulhadi.com/


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MUSIQUE

« M » OU L’ART DE PRÉSERVER L’ENFANCE PAR MARIE ABOU KHALED

Avec déjà 20 ans de carrière, Matthieu Chedid, alias M, prépare son nouvel album et sera à Baalbeck le 4 août avec sa famille et son ami Ibrahim Maalouf. Rockeur, troubadour, héros de comic strip, il se définit comme un alchimiste, initiateur d’échanges et expérimentateur, dans son studio qu’il a baptisé le « Labo M ». Son dernier album, Lamomali (2017), ode à la musique et la culture maliennes, lui a valu sa 13e Victoire de la Musique, faisant de lui le musicien le plus primé par cette institution.

PHOTO CLAIREDELFINO

Étant d’origines égyptienne et libanaise, quel est votre rapport au Liban et au public libanais ? J’ai effectivement un peu de famille en Egypte et un peu au Liban, mais des parents plutôt éloignés. Pourtant, c’est vrai que j’ai une affection particulière et une familiarité assez immédiate avec les Egyptiens et les Libanais. Dans la sensibilité, dans le regard, je ne sais quoi dans l’humour, dans le recul sur les choses, c’est dur d’expliquer… Et puis ça a été transmis par ma grand-mère évidemment, mon grandpère aussi, mon père, et c’est vrai qu’il y a cet espèce de regard oriental qui m’accompagne, malgré ma francophonie et la culture française dont je suis profondément imprégné. C’est certain que l’Orient est en moi et qu’il se révèle de plus en plus dans de petites subtilités, musicales parfois. Ce n’est pas un hasard si je suis proche d’Ibrahim Maalouf et d’autres musiciens comme ça qui me touchent. Et d’une certaine manière, l’Egypte est aussi mon lien à l’Afrique.

tendances m’effraie un peu parce que je sais que c’est souvent ce qui se démode le plus vite. Des musiciens arabes/moyen-orientaux que vous aimez particulièrement ? J’ai la chance de connaitre Ibrahim (Maalouf) depuis presque 15 ans, et il fait partie de ces grands musiciens avec qui j’ai la chance et le plaisir de jouer de temps en temps. On a envie d’ailleurs, depuis longtemps, de faire un album libanais ensemble. On a des petits secrets comme ça ! À part ça, Je ne connais malheureusement pas si bien la culture arabe, donc je suis très ouvert et j’ai très envie de m’y intéresser davantage et aussi de collaborer plus profondément avec la scène musicale orientale et libanaise.

Vous préparez un nouvel album, à quoi pouvons-nous nous attendre ? En ce moment, je suis complètement immergé dans une nouvelle aventure très intérieure, et j’ai l’impression de faire Votre personnage, M, a son style tout à lui, plein un grand disque (rires). C’est très prétentieux à dire, mais d’humour et d’excentricité. Quel est votre rapport à la mode ? Y-a-t-il des créateurs qui vous inspirent ? Que vous sincèrement, ça faisait longtemps que je n’avais pas vécu un épanouissement artistique aussi fort, c’est même assez inspirez ? inédit. Dans mes nouvelles collaborations, il y a une magie J’ai eu la chance de travailler autant avec Agnès B. que qui opère et m’émeut beaucoup. En ce moment, je suis tout le récemment avec Jean-Paul Gaultier, ou alors parfois avec des gens de théâtre comme Macha Makeïeff. Ce qui me temps en studio en train d’enregistrer. On peut dire qu’il y a passionne, c’est de créer des personnages, avec des identités un retour aux racines du M d’il y a 20 ans, avec une maturité différente. On retrouve en tout cas la danse, le côté très visuelles et des univers. La mode me passionne aussi solaire, funky et rock des débuts. dans son côté créatif et innovant, mais l’idée de suivre les 205


MUSIQUE

Votre dernier album « Lamomali » est une plongée dans la musique malienne, notamment avec la contribution de grands artistes maliens. Quels ont été les moments forts de cet album et cette tournée pour vous ? On a fait une tournée d’une cinquantaine de dates, dont beaucoup en France. C’était beau, ça a commencé à Bamako, dans un petit centre culturel, et ça s’est terminé à Bercy, deux soirs, en apothéose. Ça a été plus qu’une initiation, un message très fort. Mon rôle était un peu celui d’ambassadeur français pour établir ce pont et faire découvrir la puissance de la musique et de la culture maliennes. On la ressent à travers la beauté des voix comme celle de Fatoumata Diawara, ou la kora du maître Toumani Diabaté et son fils, tout cela d’une manière un peu théâtrale qui permettait même aux enfants de découvrir cette musique sans trop s’ennuyer. Au-delà de la musique, c’est un peu une manière de revenir à la racine de la politique du vivre ensemble.

Une collaboration musicale de rêve ? En fait j’ai eu la chance d’en vivre beaucoup. Avec « Lamomali » c’était incroyable... J’ai même pu avoir Seu Jorje, un grand artiste brésilien, et la chanteuse malienne Fatoumata Diawara. Je ne peux pas en dire plus sur mes collaborations en cours, mais je crois qu’elles vont surprendre pas mal. Je suis très gâté par la vie, je rencontre quand même des artistes incroyables tout le temps, je suis le premier spectateur de tout ça ! J’ai eu cette chance inouïe il y a 15 ans de rencontrer Paul McCartney, pour la couverture de « Rock and Folk », c’était complètement miraculeux. Alors, évidemment, j’ai le rêve de retrouver Paul McCartney un jour sur scène, ça me ferait bien plaisir. Dans les rêves comme ça, il y aurait aussi Thom Yorke.

Vous avez beaucoup fait participer votre famille sur votre dernier album, vous avez même un album familial, « Louis, Matthieu, Joseph & Anna Chedid » (2015). Est-ce que le fait de travailler sur des projets communs a toujours été une Vous avez baigné dans une ambiance musicale peu ordinaire, évidence ou est-ce que ça s’est fait progressivement, que vous soyez vraiment tous ensemble ? étant le fils de l’auteur, compositeur et interprète Louis Chedid. Y-a-t-il une personnalité qui vous a particulièrement Je crois que c’est ma grand-mère qui m’a beaucoup enseigné la transmission, la fratrie, la puissance d’une filiation et d’une marqué étant enfant ? J’ai été influencé autant par mon père, étant né dans ses chansons famille, mais surtout je crois que c’est quand on est connecté à ses racines qu’on peut arriver à faire de beaux fruits. Pour moi et dans son univers, que par ses amis : Alain Souchon, Jacques Dutronc, Françoise Hardy, Michel Jonas, un peu Michel Berger, c’est une façon de s’accepter soi-même que d’accepter sa famille. France Gall, un peu Serge Gainsbourg qui m’a un jour pris sur C’est quelque chose de subtil et délicat, c’est comme une sorte ses genoux ! Je suis donc né dans la chanson française. J’ai surtout d’hygiène spirituelle et mentale que d’arriver à cohabiter côtoyé les enfants de ces artistes-là. La culture que je me suis faite ensemble et à partager des choses. C’est surtout profiter après, ce sont les Jimmy Hendrix, Prince, James Brown, Stevie simplement de la vie et du moment présent avec les gens qu’on aime. C’est plus facile d’être génial avec les gens extérieurs Wonder, Al Green… Ensuite, je me suis inventé mon truc. 206

PHOTO ROD MAURICE

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qu’avec les plus proches, donc c’est une bonne thérapie. Le fait de faire des choses ensemble nous permet d’apprendre à s’aimer encore plus. Qu’est-ce que vous allez faire à Baalbeck ? On sait qu’il y aura votre famille, Ibrahim Maalouf, et des surprises. Je suis en train d’écrire le spectacle avec ma grande sœur Emilie. Je vais simplement d’abord présenter un peu mon univers de M, retrouver les morceaux phares de mon histoire, et puis me mettre à l'écoute des racines, du lieu et des vibrations. Je viens de là, d’une certaine manière, sans bien connaître le pays, mais je sais que ça va m’appeler, quand j’y serai. Baalbeck c’est assez troublant, parce que mon arrière-grandmère vivait tout près de là. Je prends ce concert comme un rendez-vous extrêmement important, dans ma vie personnelle autant que musicale. Ça va être comme une fête de retrouvailles. On va donner quelque chose de surprenant, de fort, et de très intime à la fois.

PHOTOS FAMILLE CHEDID ©JEAN BAPTISTE

Un livre préféré ? J’ai un livre de chevet que j’aime relire très souvent : c’est « Lettre à un jeune poète », de Reiner Maria Rilke. C’est un livre magnifique sur le rapport à l’art, à la création, à l’exigence et à l’absolu, mais qui traite aussi de l’art vivre. C’est un livre très inspirant, que je garde souvent à côté du « Prophète » de Khalil Gibran que j’aime beaucoup. Un film préféré ? Le cinéma de Tim Burton m’a beaucoup inspiré. Là, comme ça, je dirais « Beetlejuice », qui m’a toujours beaucoup fait rire, fait peur et inspiré à la fois ! Cette fantaisie-là me parle parce que c’est cette idée de préserver l’enfance qui est toujours très présente dans ce que je fais, encore tout particulièrement dans le nouvel album. "M" au Festival de Baalbeck, le 4 août 2018, https://soundcloud.com/m-matthieu-chedid

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BRAHIM MAALOUF: « LA MUSIQUE ARABE EST MA LANGUE MATERNELLE »

PAR MARIE ABOU KHALED

PHOTO HASNA

Compositeur et trompettiste libanais, Ibrahim Maalouf, dit « Ibé », est aujourd’hui, en plus de maestro, la pop star internationale la plus incontournable du moment. Il revient sur la scène libanaise en aout, dans le cadre du festival de Batroun. Rencontre avec un artiste aussi chaleureux que modeste.

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Fils de Nassim Maalouf, l’inventeur de la trompette orientale à quarts de ton, Ibrahim Maalouf suit des études classiques au Conservatoire de Paris et remporte une série de victoires étincelantes aux concours internationaux. Du tarab au jazz en passant par le R&B et la chanson française, il essaie et maitrise bientôt tous les styles comme un caméléon, toujours avec ce frisson inimitable et indescriptible. Vous faites partie d’une famille d’intellectuels et d’artistes libanais expatriés à Paris. le Liban qu’on vous a décrit à la maison contraste-t-il avec la réalité que vous avez découverte en visitant finalement le pays ? Un peu, oui, mes parents avaient tendance à idéaliser le Liban pour nous le faire aimer. Je n’ai jamais vécu au Liban bien que j’y sois né. Quand la guerre civile s’est arrêtée, je devais avoir 12-13 ans. C’est surtout mon père qui voulait vraiment qu’on adore ce pays. Par sa musique notamment : mon père m’a élevé dans le tarab et le zajal. La musique arabe c’est ma langue

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maternelle, ça a toujours été ma culture et je ne l’ai jamais abandonnée. C’est en moi. J’ai donc grandi en adorant le Liban, et puis bon, par la force des choses, je découvre les aspects que j’aime moins, mais ça ne me fait pas moins aimer mon pays pour autant. Je l’aime mieux en découvrant ses défauts, et je crois que c’est comme ça qu’on aime les gens. Ces défauts, je ne les accepte pas forcement, je me bats contre eux, mais je suis assez mûr pour sentir que j’aime mon pays sincèrement. Déjà à l’âge de 9 ans vous accompagnez votre père sur scène en tournée ; quel est votre rapport à la scène, avez-vous un alter-ego scénique ? Je n’ai pas de personnage, c’est même le contraire. Sur scène, je crois que je suis plus moi-même que dans la vie. C’est bizarre! Dans la vie on se protège beaucoup : quand on rencontre des gens qu’on ne connait pas, on fait attention, on a peur de blesser, vexer, même tomber amoureux, ou de mettre les pieds dans le plat de quelque chose de plus grand que soi … On 210

a tous beaucoup de névroses et de réflexions quand il s’agit de la vie de tous les jours, qui font qu’on n’est jamais vraiment soi-même. Sur scène je n’ai pas peur de tout ça. Pas peur d’être mal compris, pas peur qu’on ne m’aime pas, donc je suis à 300% moimême, ce qui est l’inverse de jouer un personnage. Comment choisissez-vous les morceaux et artistes que vous réinterprétez, quand vous ne faites pas vos compositions originales ? Je suis quelqu’un d’extrêmement spontané et sincère, et je vais naturellement vers la musique qui me nourrit. J’estime qu’en musique, moins on réfléchit ou justifie, mieux c’est. À partir du moment où on met un mot sur ce qu’on fait, c’est qu’il y a quelque chose de stratégique dans la création musicale, et ça me freine. C’est d’ailleurs une des raisons qui m’ont fait aimer et enseigner l’improvisation : J’aime tellement ce moment où l’on crée de manière spontanée, sans jugement, sans limite, sans interdit. C’est thérapeutique.

PHOTO DENIS ROUVE

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PHOTO JOSEPH BAGUR

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Comment avez-vous choisi d’interpréter Oum Kalthoum sur votre album Kalthoum par exemple ? Mon père est un grand fan et collectionneur d’Oum Kalthoum. On écoutait Fairuz, Abdel Wahab, Farid El Atrashe, Souad Mouhammad, mais Oum Kalthoum a toujours été la star à la maison. J’ai donc voulu rendre hommage à la musique dans laquelle j’ai grandi. Je voulais en fait commencer par rendre hommage à Fairuz, mais malheureusement, c’est quasiimpossible d’obtenir les droits. Je ne perds pas espoir, peut-être un jour !

j’ai rencontré il y a quelques années. C’est quelqu’un que j’aime vraiment beaucoup humainement mais qui travaille aussi très bien, qui fait de belles choses ; il ne cherche pas la célébrité mais crée des choses vraiment intéressantes. J’aime aussi beaucoup le groupe « Lumi ». Souvent c’est des trucs un peu underground que je préfère dans la musique ici. Au Liban j’ai l’impression qu’il y a d’un côté la musique très populaire, et de l’autre la musique très underground, et rien entre les deux. C’est quelque chose qu’il serait bon d’encourager.

Que faites-vous quand vous venez au Liban ? Je passe beaucoup de temps à la maison : j’ai racheté la maison de mon arrière-grand-père dans mon village près de Baskinta. Je reviens donc très souvent au Liban pour m’en occuper, en espérant que ma vie, au fur et à mesure, me ramène aussi par ici.

Qu’est-ce que vous faites quand vous ne faites pas de la musique? Ça n’existe pas. Je fais tout le temps de la musique, quoi que je fasse. J’ai de la musique dans la tête en interview avec vous, quand je fais du sport, quand je suis avec ma famille… tout le temps !

Des groupes/musiciens libanais que vous écoutez ? Je suis très ami avec Zeid Hamdan, que

Votre voix bluesy et feutrée figure sur votre album hommage à Dalida sorti en 2017. Vous chantez aussi en arabe ? J’adore chanter en arabe, je le fais de temps en temps. 211

Qu’allez-vous faire à Batroun le 11 Août ? Un spectacle déjà joué dans 30 pays et plus de 200 fois: c’est Kalthoum, l’hommage à Oum Kalthoum. Ici, je l’avais déjà joué au Casino du Liban, mais pas dans une ambiance de festival, c’est donc très excitant de le faire à Batroun. Des projets musicaux futurs ? À la rentrée, en septembre, on sort le Levantine Symphony No. 1, un projet que j’ai créé en collaboration avec un organisme Américain, la New Levant Initiative, créé par un homme d’affaires libano-syrien, Jamal Daniel. C’est une initiative qui invite à penser notre région différemment, en tant que Levant, “Al Sharq”, pour arrêter de nous battre les uns contre les autres et trouver une raison d’être ensemble. J’ai trouvé l’idée tellement belle que j’ai voulu en faire un album. Et on en a fait une symphonie ! En septembre aussi, on sort un DVD et une clé USB de Bercy, le plus gros concert que j’aie fait dans ma vie, qui a duré presque 4h. Ibrahim Maalouf, Batroun International Festival 2018, 11 Août.


MANIFESTO BE WELL ! LA DÉTENTE

Succomber à la chaleur Dormir pour être belle

LA SPIRITUALITÉ

S’initier au chamanisme S’enticher des pierres

L’ÉVASION

Voyager en soi

LA SUBSTANCE

Planer mais pas trop

LES GESTES LE SEXE

Passer du point G au point com Pimper son vagin

L’ÉTHIQUE

Changer de steak 212

PHOTO PAULINE CARANTON

Lifter sans bistouri


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MANIFESTO

LA DÉTENTE SUCCOMBER À LA CHALEUR Après la mode du froid en beauté, les températures élevées sont désormais conseillées pour la pratique du sport comme pour la perte de poids. Coup d’œil sur le nouvel allié du well-being décliné en quatre pratiques. PAR MÉLANIE MENDELEWITSCH PHOTOGRAPHIE BETINA DU TOIT

Les bienfaits du Hot Power yoga Oubliez la réputation un brin controversée que traînaient certains yogas ardents : modernisés grâce aux dernières innovations high-tech, ces derniers multiplient les bienfaits pour notre santé, au point de s’imposer comme une tendance lourde chez les adeptes du vivre-sain. La preuve avec Snake & Twist, nouveau hot spot de l’Ouest parisien fondé par l’experte Marcia Segal, parisienne d’adoption née à Mexico. Le lieu idéal pour se familiariser avec les innombrables pouvoirs de la chaleur infrarouge : outre le fait qu’elle oxygène nos tissus et aide à l’élimination des toxines, elle booste aussi l’activité cardio-vasculaire, stimule la circulation sanguine, apaise les douleurs musculaires et articulaires et optimise notre flexibilité globale. La discipline phare de cet espace chargé d’ondes positives ? Le Hot Power Yoga, activité intense et athlétique pratiquée à une température ambiante de 30 degrés maximum. Par un enchaînement de mouvements dynamiques rythmés par des exercices de respiration inspirés du yoga vinyasa, on se dépense à fond tout en travaillant sur notre bien-être mental et sur l’alignement du corps. L’efficacité du tui na aux huiles chaudes En quête d’une alternative efficace aux sempiternels massages suédois et deep tissue ? On mise sans hésiter sur le tui na, protocole énergétique miraculeux issu de la médecine traditionnelle chinoise. Régénérant comme pas deux, ce procédé consiste en une série de pressions sur les points d’acupuncture, destinée à réactiver les processus d’autoguérison du corps humain. Où ça ? À la Maison du Tui Na, temple parisien du genre aux déclinaisons multiples. La nouveauté à y tester d’urgence : le tui na aux huiles chaudes associe efficacité et plaisir sensoriel. Sous l’effet délassant de la chaleur, les tensions

se dénouent plus facilement, assurant une parfaite détente musculaire doublée d’un effet relaxant immédiat qu’on doit aux propriétés aromatiques des huiles utilisées. Une parenthèse enchantée à s’offrir quand le stress atteint son pic, ou après une session de sport vigoureuse, histoire de s’assurer une récupération optimale. Bombay en plein Saint-Germain-des-Prés Pourquoi s’épuiser au running entre les pots d’échappement quand la pratique d’un yoga chaud permet de brûler autant (voire plus !) de calories ? C’est le credo de Bandha Yoga, élégante adresse de la rive gauche dédiée à la pratique des yogas chauds, imaginée par la native de Bombay Bini Dauchez. Dans la superbe salle Goa, dotée d’une immense verrière et de nombreux miroirs, on pratique hatha, vinyasa et bikram à ciel ouvert, guidé par une équipe de professeurs aux petits soins et apaisé par une chaleur douce variant de 25 à 40 degrés. La machine à souffler le chaud et le froid Et si on se débarrassait enfin des capitons indésirables en soufflant le chaud et le froid ? À l’arrivée des beaux jours et de l’épreuve toujours redoutée du bikini, le fabricant surdoué de la médecine esthétique high-tech Deleo présente la technologie Diamond, dernière-née de sa gamme Cristal adoptée par nombre de mannequins et de comédiennes : un procédé unique en son genre qui associe l’aspiration pulsée, les infrarouges et l’énergie thermique. Les résultats après six à huit sessions ? Une nette stimulation du drainage lymphatique, une diminution constante des cellules graisseuses, ainsi qu’un vrai coup de fouet apporté à la production naturelle de collagène, pour une peau remise en tension au gré des séances. 214


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MANIFESTO

DORMIR POUR ÊTRE BELLE Toujours fatigués, jamais reposés… En cinquante ans, les Français auraient perdu une heure de repos par nuit. Dommage, car le sommeil est un véritable élixir de beauté, gage d’une peau rayonnante et plus jeune. Dormez maintenant…

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PAR AURÉLIA HERMANGE-HODIN PHOTOGRAPHIE BETINA DU TOIT

Selon les études menées par l’Institut national du sommeil et de la vigilance (INSV), nous serions 12 millions à estimer être en dette de sommeil. La De gauche à droite : Peeling Nuit Progressif France détient d’ailleurs le triste record Visionnaire Crescendo, Lancôme. Doux Peeling du pays où l’on consomme le plus Nuit, Embryolisse. d’hypnotiques en Europe. Or, c’est la nuit que la peau peut enfin profiter d’une accalmie dans sa lutte contre les UV et la pollution pour se concentrer sur sa régénération. Sachant que la microcirculation est à son climax entre 23 heures et 4 heures du matin, c’est le moment idéal pour l’abreuver d’actifs et la préparer aux agressions de la journée. “Il se passe beaucoup de choses la nuit au niveau cutané”, confirme Véronique Broutin, directrice développement et innovation des laboratoires Embryolisse. “La régénération cellulaire est plus élevée, la perte en eau augmente, ce qui rend la peau plus perméable et donc plus réceptive aux actifs, le stress oxydatif disparaît et la réparation peut commencer. C’est le moment idéal pour appliquer un soin cosmétique car son efficacité sera décuplée !” Pourquoi pas un peeling de nuit dont les agents desquamants peuvent alors aider l’épiderme à se débarrasser efficacement des cellules mortes et à relancer la production de collagène et d’élastine ? C’est d’ailleurs aussi pendant cette phase que les toxines accumulées dans les cellules sont éliminées par les systèmes de nettoyage naturels de l’organisme : un soin détox sera donc le bienvenu pour booster le phénomène qui permet à l’épiderme de bien fonctionner, avec, à la clé, une peau plus jeune et plus éclatante. Mais le sommeil n’est pas De gauche à droite : Soin Amincissant Intensif Cellu Slim Nuit, seulement propice au renouvellement Elancyl. Crème Resurfaçante Détox Nuit, Sothys. cellulaire, c’est aussi un formidable anti-inf lammatoire. Or, l’inflamm-aging, cette inf lammation chronique des tissus qui produit des radicaux libres, facteurs de microlésions qui causent à leur tour une dégradation des membranes cellulaires et des dommages sur les fibres de soutien, se combat la

nuit. Dormir permet de faire baisser drastiquement le niveau d’inf lammation, et c’est tant mieux car selon une étude menée par Estée Lauder en 2013, quand on ne dort pas assez, on fait quatre à cinq ans de plus que son âge. Crème Détox Nuit Anti-Oxydante Les Coréens n’ont d’ailleurs pas attendu NightWear Plus, que nous prenions conscience du potentiel Estée Lauder. réparateur de la nuit pour inventer les sleeping packs, de véritables bombes antifatigue qui s’appliquent le soir à la place de son soin de nuit habituel et se rincent au réveil. Enrichis d’actifs surdoués de la régénération cutanée vectorisés par des textures avantgardistes, ils emmènent le soin au plus profond de la peau pour des réveils en beauté. Et ce n’est pas tout. Le déstockage des graisses a également lieu pendant que nous dormons : quand la qualité du sommeil est bonne, les hormones “brûle gras” fonctionnent à plein régime car la nuit l’aff lux sanguin est plus important, ce qui augmente la température corporelle et accélère les réactions métaboliques. Du coup, l’efficacité des ingrédients actifs des soins minceur s’en trouve potentialisée. Une aubaine qui invite à soigner la qualité de son sommeil en éteignant smartphones et ordinateurs une demi-heure avant le coucher parce que les écrans énervent et bloquent la synthèse de mélatonine, l’hormone du sommeil, et qu’ils émettent une lumière bleue capable de pénétrer l’épiderme encore plus profondément que les rayons UV. Résultat, elle provoque un stress oxydatif qui favorise le vieillissement cutané et accélère la formation des rides. À fortes doses, et rappelons que nous sommes exposés entre six et huit heures par jour aux lampes LED, à l’ordinateur, à la télévision ou au téléphone, la lumière bleue est aussi responsable de la formation de taches pigmentaires. Les radicaux libres qu’elle génère oxydent les pigments et rendent visibles certaines taches qui ne l’étaient pas encore. Pour s’en préserver, on mise sur des formules riches en antioxydants et Concentré Antioxydant on bannit définitivement les écrans de de Nuit Resveratrol B E, SkinCeuticals. la chambre à coucher…

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LA SPIRITUALITÉ S’INITIER AU CHAMANISME Depuis sa découverte par l’Occident dans les années 1970, le voyage sous plante hallucinogène continue d’attirer de nouveaux adeptes en quête de révélations sur eux‑mêmes. Certains font de cette expérience le point de départ d’une nouvelle vie. P A R T H I B A U LT D E M O N TA I G U I LLU STR ATI O N L AU R E WAUTE R S

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l y a quinze ans de cela, je me suis retrouvé au fin fond de la jungle colombienne à prendre de l’ayahuasca – une liane aux vertus hallucinogènes – dans une cabane isolée en compagnie d’un chaman au visage grimé : j’avais passé la nuit à me faire piquer par les moustiques en me demandant quand la plante allait faire son effet. Autant dire que cette nouvelle vogue du chamanisme en Occident me laissait perplexe. C’était pour les gogos comme moi ou les néohipsters qui aimaient passer leur week-end à vomir dans un seau tout en ayant des visions de serpents ou de loups doués de parole. Mais la réalité, allais-je l’apprendre, est bien plus complexe que cela. Nées dans les sociétés traditionnelles de Sibérie avant d’essaimer dans différentes parties du globe, les pratiques chamaniques remontent à la nuit des temps. Pourtant, ce n’est qu’au

tout début des années 1970 que le grand public les découvre grâce au best-seller de Carlos Castaneda, " L’Herbe du diable et la petite fumée ", où l’auteur raconte son initiation hallucinée auprès d’un sorcier yaqui du Mexique. Spiritisme ? Magie noire ? Délire psychédélique ? Le récit, romancé ou non, de Castaneda suscite tous les fantasmes. Une confusion à laquelle mettront fin, dix ans plus tard, les travaux de l’anthropologue américain Michael Harner, qui parvient à compiler les principaux savoirs et techniques de ces guérisseurs aux quatre coins de la planète. Il crée alors la très sérieuse Foundation for Shamanic Studies (FSS), où les chamanes du xxie siècle peuvent désormais étudier, lors de stages ou de séminaires, les danses de vision, le recouvrement d’âmes, l’extraction d’énergies indésirables, la divination ou encore l’accompagnement des mourants. Sans grigris ni falbalas Tel est le cas de Marie-Laure, sémillante Parisienne d’une quarantaine d’années qui, il y a quatre ans encore, travaillait chez Thales. Un jour, une amie qui connaît ses prédispositions médiumniques l’inscrit à un stage de la FSS : “Tu vas voir, c’est pour toi !” C’est une révélation. Sous la houlette de Laurent Huguelit, elle découvre deux jours durant, au milieu d’une quarantaine de participants, les voyages chamaniques au son du tambour. “L’instrument, frappé à l’unisson, permet de créer un état modifié de conscience et de ‘partir’ à la rencontre des esprits”, explique-t-elle. Marie-Laure part si bien que, à la fin d’une session, son corps est pris de secousses ; elle sent qu’elle a un message à délivrer au groupe. Ceux qui viennent la voir sont frappés alors par ce qu’elle leur révèle sur leur propre vie comme si elle pouvait communiquer avec certains de leurs proches décédés. Son destin est scellé. Après dix-sept ans passés en entreprise, elle quitte son métier et se lance dans les études chamaniques avant de monter dans la foulée son cabinet, La Voix Étoilée. C’est là, dans un deux-pièces épuré du 18e arrondissement de Paris, que Marie-Laure, qui ne porte ni grigris ni falbalas mais une petite robe bleu marine et de longues bottes en cuir, reçoit ses patients. Elle les installe dans un fauteuil taillé dans un tronc de cèdre, commence à leur poser des questions sur leurs blocages ou leurs traumas puis se met à jouer du tambour. Parfois elle se sert aussi de son souffle, de sa voix ou de ses mains, l’idée étant de “ramener des bouts d’âmes égarées à 218


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stage yoga et chamanisme à Biarritz, et je me suis dit ‘pourquoi pas ?’” Une première expérience concluante pour ce geek qui s’intéresse à la théorie des multivers et rêve de se connecter à lui-même “sur d’autres plans”. Après un deuxième stage aux côtés de Laurent Huguelit, il décide de se lancer dans une “quête de vision” encadrée par un chaman du nom de Black Sheep. Pendant trois jours, il se prépare à ses côtés à travers des méditations, des huttes de sudation et des exercices pour expulser ses émotions. Puis Black Sheep le conduit dans les montagnes, à la frontière espagnole, et le laisse seul avec sa tente, de l’eau et quelques pommes durant quatre jours. Quatre jours interminables, sans montre ni téléphone, avec pour seul dérivatif à l’ennui un crayon et un carnet pour écrire. “C’est l’expérience la plus dingue que j’aie jamais vécue”, raconte Clément. “Les oiseaux venaient se poser sur moi ; j’ai vécu un moment de cause de notre passé ou de notre culture familiale et de les communion intense avec un cheval. Quand tu ne fais rien du réinjecter dans le corps pour que la personne se sente à noutout, ton attention redescend en toi. Tu comprends que toi tout veau entière et libre de faire les bons choix.” Dit comme ça, on croirait de la sorcellerie, mais les résultats, eux, sont bien réels : seul, tu es un tout.” Black Sheep revient enfin le chercher pour la dernière étape : la cérémonie de l’ayahuasca. Un bonheur pur “Une personne qui avait la phobie des voyages est partie vivre selon lui. “J’ai eu des visions dans la nature à d’autres époques, un an au Japon”, se félicite-t-elle, “une autre qui était stérile je sentais le monde tout en vibrations. C’est comme sortir de la depuis des années a eu une petite fille ; une dernière qui était caverne de Platon pour atteindre le monde des idées.” On est terrorisée à l’idée de se faire enlever un sein a fini par être en bien loin des documentaires dans la jungle de Jan Kounen, où il paix avec sa maladie et se trouve sur la voie de la guérison.” se tord de douleur pour échapper à des visions terrifiantes. Ou Les thérapeutes comme Marie-Laure font florès aujourd’hui. Et si d’aucuns peuvent être assimilés à des charla- encore des branchés parisiens qui partent en week-end triper dans le Perche pour redécouvrir le plaisir féminin ou soigner tans, nombreux sont ceux qui ont étudié en profondeur ces un rapport conflictuel à leur père. Aujourd’hui, Clément a tout techniques ancestrales pour les réinterpréter selon les codes occidentaux. Ainsi Laetitia Merli, qui après avoir longuement plaqué pour s’installer dans le Var et créer une fondation pour fréquenté des chamans en République de Touva (dans la Fédé- la sauvegarde des abeilles. Quant à moi, si je ne me sens pas encore prêt pour Black ration de Russie) et en Mongolie en tant qu’anthropologue et réalisatrice de documentaires, a décidé de mettre en pratique Sheep, je me décide tout de même à participer à un cercle de tambours organisé par Marie-Laure. Rendez-vous est pris un ce qu’elle y avait appris. “J’ai découvert que de nombreuses jeudi soir dans une salle de danse située près de Stalingrad, à thérapies modernes perpétuent ce dispositif dans lequel le Paris. Au tout début de la séance, notre amphitryon explique chaman est un intermédiaire entre le visible et l’invisible, le à la douzaine de participants – parmi lesquels se trouvent une physique et l’énergétique”, raconte-t-elle. Ce qui l’a conduite professeure, une infirmière, un scientifique, un Canadien de à développer une forme de syncrétisme mêlant l’hypnose ericksonienne et le tambour, la pleine conscience et le qi gong. passage et une jeune fille allongée sur une peau de mouton à “Pas besoin de se mettre des plumes, un costume à franges et laquelle elle s’adresse comme s’il s’agissait d’un animal vivant – l’objectif de la soirée : partir dans le monde du bas, celui de la de faire des bonds avec son tambour pour soigner les gens”, nature et des instincts, et découvrir notre animal totem, à qui poursuit-elle. “L’important est de trouver les solutions adapnous pourrons demander conseil pour nous aider dans notre tées à chaque personne.” Des solutions dont les bienfaits sont vie de tous les jours. Rien que ça ! Marie-Laure et son collègue confirmés aujourd’hui par “les découvertes scientifiques en neurobiologie, en imagerie médicale et en sciences cognitives”, se mettent alors à jouer du tambour en rythme tandis que nous nous allongeons pour notre voyage. Suivant ses conseils, je comme elle le souligne. pars d’un endroit dans la nature que j’affectionne et me mets à divaguer au hasard. C’est la nuit, l’orage gronde, les chevaux Quête de vision hennissent. Soudain, sur un arbre, je vois apparaître un hibou Mais le chamanisme ne séduit pas seulement par ses vertus curatives ; de plus en plus de gens y découvrent un nouveau che- aux yeux écarquillés et je comprends aussitôt que ce hibou, c’est moi. Garder les yeux ouverts dans la nuit, voilà ma mission min spirituel. Clément, jeune start-uppeur à succès, “cynique en ce monde, m’annonce-t-il, et à cet instant-là, rien ne me et parisianiste au possible” ainsi qu’il se définit lui-même, y paraît plus vrai, plus puissant que cette phrase. Garder les yeux est entré par hasard. “J’avais vaguement commencé le yoga et ouverts dans la nuit : au fond, n’est-ce pas ce que j’ai déjà essayé je suivais sur Instagram Talia Sutra, une yogi super-jolie qui de faire ici, en m’aventurant au pays du chamanisme ? compte plus de 300 000 followers. Un jour, elle a proposé un 219


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S’ENTICHER DES PIERRES Et si on puisait l’énergie qui nous fait trop souvent défaut au cœur de minéraux aux pouvoirs ancestraux ? Mystique et bienfaisante à condition d’être correctement pratiquée, la lithothérapie séduit de plus en plus. PAR MÉLANIE MENDELEWITSCH ET PAULINE CARANTON

préférence au sel de l’Himalaya, si l’on en croit les experts – afin de restaurer leurs propriétés. On assiste aujourd’hui à une véritable déferlante de la lithothérapie sur le secteur wellness, au point que de nombreux instituts californiens proposent désormais une option “cristaux” à leurs soins et massages.

CRYSTAL HEALING, LE BEST OF tensions localisées dans la nuque et les épaules.

L’agate Cette pierre rosée agirait de façon bénéfique sur nos poumons et sur notre peau. Particulièrement prisée des fumeurs ayant du mal à décrocher, elle purifie les voies respiratoires et stimule le mental en apaisant les tensions, et recharge nos batteries physiques comme émotionnelles.

L’améthyste Indiquée dans la restauration de l’équilibre spirituel, la pierre violette est souvent utilisée par les adeptes de la méditation et stimule toutes les facettes du mental : apaisante, elle atténue les sentiments de colère et d’anxiété, favorise les rêves et l’intuition, et dénoue les 220

Le quartz rose Pierre de l’amour et des cœurs brisés par excellence, elle facilite le pardon et panse les déceptions affectives. Remède des timides et de toutes celles et ceux qui manquent d’assurance, elle est souvent utilisée sur les enfants, auxquels elle confère sérénité et sécurité, tout en donnant un coup de boost aux reins et aux circulations sanguine et lymphatique. La tourmaline noire Conseillée aux hyperactifs à deux doigts du burn-out, elle possède des vertus calmantes et met l’accent sur la stabilité. Véritable garde du corps si l’on en croit ses adeptes, elle constitue l’une des pierres les plus protectrices et absorbe les

énergies négatives tout en les éliminant. Ultra-puissante, il n’est pas rare qu’elle explose et se fissure en plusieurs endroits lorsqu’elle est exposée à des forces négatives intenses.

Le lapis-lazuli La sublime pierre bleue aux reflets dorés stimule la créativité et facilite l’extériorisation des émotions. Élément fétiche des anxieux et autres inhibés, cette pierre de la communication restaurerait la faculté d’expression en dénouant les tensions logées dans la gorge. Sur le plan physique, elle soulage également les migraines et l’insomnie en réduisant le stress et les tensions nerveuses. PHOTOS DR

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e point commun entre Miranda Kerr, Kim Kardashian, Cara Delevingne et Bella Hadid ? Toutes sont des inconditionnelles du crystal healing – ou lithothérapie en VF –, discipline énergétique alternative située à la croisée de la science et de la spiritualité. Poétique et inspirante, cette thérapie holistique qui flirte parfois avec le mysticisme explore les ressources bienfaisantes contenues dans de nombreux minéraux semi-précieux : aussi bénéfiques à notre corps qu’à notre équilibre psychologique, ces pierres aux vertus infinies réaligneraient les chakras et mettraient de l’ordre dans nos énergies intérieures. En pratique, ça se passe comment ? Si de nombreuses pierres peuvent être disposées sur nos meubles au centre des pièces de vie, on mesure davantage l’étendue de leurs propriétés en les mettant directement au contact de notre corps. Pour s’initier à la chose pas à pas, on pose les pierres contre son plexus solaire pour s’imprégner de leurs bonnes ondes, idéalement au cours d’une séance de méditation ou de yoga ou après une journée particulièrement chargée en émotions. Certains experts recommandent même d’immerger les minéraux quelques minutes dans nos boissons afin de disperser leurs bienfaits directement dans notre corps. Attention cependant, le crystal healing ne souffre aucune improvisation : pour être efficace sur le long terme et maintenir ses pouvoirs, les pierres doivent être “rechargées” à intervalles réguliers. Et, à l’issue de chaque séance, elles doivent être nettoyées des énergies négatives qu’elles ont absorbées. On les plonge alors plusieurs heures dans l’eau salée – de


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L’ÉVASION VOYAGER EN SOI Il existe des coins de paradis connus de quelques privilégiés qui, le temps d’une escapade, permettent de se retrouver. Tour d’horizon de neuf spas confidentiels en totale fusion avec les éléments qui associent le meilleur du bien-être à des prestations cinq étoiles. PAR MÉLANIE MENDELEWITSCH PHOTOGRAPHIE BETINA DU TOIT

Méditerranée éternelle Adresse iconique que les amoureux des Pouilles se refilent sous le manteau, Borgo Egnazia est un bijou d’architecture traditionnelle aux tons blancs et crème hypnotiques, sublimés par le soleil méditerranéen. Ce qu’on sait moins, c’est que ce lieu extraordinaire renferme l’un des plus beaux spas d’Europe, Vair. On y expérimente les traitements balnéaires d’hier et de demain, telle la Floating Room, une cabine équipée d’une baignoire à flottement planante et irréelle, avant de renouer avec la tradition locale en s’immergeant dans des thermes romains modernisés. Pour sa cuvée 2018, le lieu met plus que jamais l’accent sur le bien-être et propose des retraites exclusives : l’une se focalise sur la pratique du yoga iyengar, tandis que Tarant propose la reconnexion aux énergies féminines à travers un programme original et poétique mêlant soins, activités et découverte d’une alimentation méditerranéenne saine et savoureuse.

Cures sauvages En quête de détox innovantes pour se reconnecter à son moi profond pas à pas ? Cap sur la Pensée sauvage, des cures itinérantes qui sortent du lot, encadrées par des experts triés sur le volet. Méditation guidée, gestion du stress ou cours de cuisine healthy, du Vercors au domaine corse de Murtoli via les somptueux paysages baléariques d’Ibiza (en photo), les chanceux participants y bénéficient des conseils de naturopathes, de praticiens en médecine chinoise, de guides de montagne et d’ostéopathes. Selon ses besoins – et son degré de motivation –, on équilibre aussi son alimentation à la carte grâce aux options détox végétale, détox jeûne ou détox douceur. 222


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Saint des saints Chef-d’œuvre d’architecture arabo-andalouse, le Royal Mansour s’impose comme l’un des palaces les plus fastueux et secrets de Marrakech. Dans les parties communes comme dans les luxueux riads privés, on se perd dans la contemplation des zelliges et des Tadelakt qui recouvrent ses murs. Au bout du dédale d’allées arborées d’oliviers centenaires, on accède au saint des saints : un somptueux spa de 2 500 m2 carrés, atrium de fer forgé aux allures de cage à oiseaux géante. Un temple de la beauté XXL dont on semble ne pouvoir faire le tour, avec ses 101 protocoles, ses plafonds vertigineux et son élégant salon Leonor Greyl, où s’offrir la crème des soins capillaires. Passage obligé, le rituel du hammam constitue un voyage à lui seul.

Expérience époustouflante Ringarde et réservée aux retraités en goguette, la thalasso ? C’était sans compter sur le Castello di Velona, forteresse médiévale perchée dans la réserve classée du Val d’Orcia, au cœur de la campagne toscane. Un repaire d’initiés ultra-confidentiel et propice à la méditation grâce à sa vue à 360 degrés sur les collines siennoises. Centre névralgique de ce spot qui offre une vue à couper le souffle, la piscine d’eau thermale extérieure est enrichie en sels minéraux bienfaisants. L’Olispa, sublime espace doté d’un hammam, d’un sauna, d’un bain turc, comprend quant à lui deux piscines intérieures, dont une équipée de jets d’hydromassage qui favorisent la circulation sanguine et dénouent les tensions musculaires. Et pour ceux qui souhaitent prolonger l’expérience jusque dans l’intimité de leur chambre, les salles de bains des suites Spa sont approvisionnées en eau thermale. À la clé, des effets bénéfiques sur les os, les articulations et les muscles, sans oublier un effet boostant sur l’épiderme et le système vasculaire.

Soin total Harmoniser la flore intestinale pour mieux rayonner de l’extérieur ? On a vu concept plus sexy, et pourtant, la star des nutritionnistes british Jeannette Hyde en a fait son cheval de bataille. Dans le cadre privilégié de Cugó Gran, majestueuse villa privée de Minorque, on conjugue l’utile à l’agréable en réparant son système digestif en douceur grâce aux révolutionnaires retraites Gut Makeover : au gré de randonnées pédestres et de balades à cheval associées à des séances de Pilates et à une alimentation méditerranéenne saine et savoureuse, on apprend à préserver la santé des bactéries présentes dans nos intestins. À la clé : une digestion et une qualité de sommeil améliorées, un grain de peau glowy comme jamais, un regain d’énergie notable et une perte de poids visible.

Rituels de star Vous pensiez que Los Cabos se résumait à un repaire de spring breakers agités ? Détrompez-vous : avec ses 174 chambres qui donnent sur les eaux turquoise de la Baja California, ses villas privées au luxe raffiné et son steakhouse Seared imaginé en collaboration avec le chef Jean-Georges Vongerichten, le One&Only Palmilla bénéficie de solides arguments. La cerise sur le gâteau ? Son spa niché au cœur de jardins tropicaux luxuriants, composé de treize villas intimistes. Le lieu s’offre les services de pros reconnus, du pédicure star Bastien Gonzales à Amanda George, coiffeuse que le tout-Hollywood s’arrache. On s’y initie aux rites couleur locale, comme le protocole Temazcal : une expérience détoxifiante inspirée des pratiques de guérison mexicaines ancestrales qui mêle herbes médicinales et encens copal, ingrédient clé des praticiens du chamanisme, le tout sur fond de chants indigènes.

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Échappée belle Lieu de pèlerinage des nostalgiques du Miami d’antan, le Surf Club, lieu mythique de Bal Harbour autrefois fréquenté par Liz Taylor et le fantasque Liberace, renaît de ses cendres sous l’égide du groupe Four Seasons : dans ses restaurants se croisent les acteurs de la mode et de la politique internationale, de Michelle Obama à Laure Hériard-Dubreuil, fondatrice du concept-store The Webster, situé à un jet de pierres. On s’y rend pour une échappée belle revigorante entre ville et mer, au rythme de séances de méditation au soleil levant, de protocoles revitalisants Biologique Recherche, et de soins du visage hors pair de la skin guru autrichienne Susanne Kaufmann.

Âme du désert Encerclé des montagnes rouges de Sedona, en Arizona, l’Enchantment Resort est le point de chute favori des grands noms du septième art et de la mode, à commencer par Gwyneth Paltrow et Sharon Stone. Défouloir au luxe discret, le lieu attire les amoureux du grand air et des sensations fortes, qui s’y adonnent aux excursions en Jeep, en hélicoptère ou en ballon pour admirer les formations rocheuses colorées de la région, les ruines des tribus indiennes Sinagua et les sublimes teintes contrastées du Painted Desert. Mii Amo, le spa maison, est connu dans le monde entier pour la qualité de ses soins gentiment mystiques inspirés des rituels de beauté amérindiens : marches méditatives, observation des étoiles, rituel du mantra où s’enchaînent chants et exercices de souffle, Paradis sur mer Mention spéciale à Spirit of The Full Moon, parenthèse Les Seychelles version gypset et écoresponsable ? On en rêvait, spirituelle inspirée des cérémonies native americans qui se Six Senses l’a fait : située à quatre kilomètres de la Digue, déroule en extérieur les soirs de pleine lune, une expérience Félicité est une île granitique prisée des tops et des acteurs mystique unique pour réconcilier le corps et l’esprit. oscarisés qui constitue le spot idéal pour une retraite ensoleillée. Si l’on peine à s’extraire des luxueuses villas individuelles noyées dans la végétation tropicale, le spa à lui seul vaut le détour. Photogénique à souhait, il fait les belles heures d’Instagram grâce à sa piscine panoramique et à ses cinq villas individuelles. Pièce maîtresse de ce temple du bien-être à ciel ouvert, la sublime Hanging Villa, bâtiment en suspension qui surplombe le front de mer, donne une dimension nouvelle aux cours de yoga et de méditation. Un décor féerique propice à la découverte du programme médicalisé Integrated Wellness. Après avoir placé notre doigt dans une machine high-tech qui dresse une véritable photographie de notre corps, de ses carences et de ses excès, on peut ensuite bénéficier d’un programme et d’un entraînement sportif adaptés, agrémentés de menus healthy sur mesure. 225


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LA SUBSTANCE PLANER MAIS PAS TROP En Californie, Scott Campbell et Clement Kwan, les fondateurs de Beboe, hissent le vapotage d’huile de cannabis au rang d’art de vivre. La jeune marque commercialise ses produits dans un conditionnement élégant pour inspirer confiance à une clientèle sophistiquée et exigeante. PAR REX WEINER I LLU STR ATI O N L AU R E WAUTE R S

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e luxe, ça peut être quelque chose de très simple”, disait Jean-Louis Dumas, l’ancien président d’Hermès, “par exemple, rester quinze minutes de plus au lit.” “Et vapoter Beboe”, aurait pu ajouter cet innovateur du luxe, s’il avait eu l’occasion de tirer sur la vapoteuse couleur champagne ou de goûter la subtile saveur chanvre des pastilles lancées par Beboe, la nouvelle marque de cannabis “haute couture”. Le New York Times a d’ailleurs appelé Beboe, dans son article consacré à ses fondateurs Scott Campbell et Clement Kwan, “l’Hermès de la marijuana”. “On est dans cette culture des dîners en ville”, dit Kwan, autrefois cadre chez Yoox US puis chez Dolce & Gabbana, qui s’est associé à Campbell, artiste, maître tatoueur et consultant design chez LVMH, pour créer cette marque de cannabis installée à Los Angeles. Leur produit de super luxe arrive sur le marché juste au moment où la Californie devient le septième État à légaliser l’usage non médical de l’herbe, et il a attiré des investisseurs comme l’actrice Rose McGowan, la doyenne de la fashion et membre du conseil d’administration de Net-aporter, Carmen Busquets, et l’entrepreneuse de Gotham Gal, Joanne Wilson. Si l’on vous invite à un dîner Beboe, comme celui qui s’est tenu l’an dernier à Los Angeles, vous pourriez vous retrouver assis à côté de stars de Hollywood comme Orlando Bloom, Sharon Stone ou Justin Theroux – Campbell était témoin à son mariage avec Jennifer Aniston en 2015.

réussi, rien à voir avec le cliché du dealer sale et débraillé. Ils parlent avec cette familiarité des associés qui sont aussi amis, ne cachent pas leur passion commune pour la weed et voient en cet assouplissement des lois à la fois un plaisir et une opportunité de business. “Ce qui est excitant dans cette nouvelle législation”, dit Kwan, “ce n’est pas tellement que les addicts peuvent se défonComme un demi-verre de vin cer plus facilement mais que les gens peuvent désormais acheter Nous rencontrons Campbell et Kwan par une journée de l’herbe comme ils achèteraient une bouteille de vin.” Leurs ensoleillée dans l’Arts District de Los Angeles, une partie de vapoteuses se vendent 60 dollars et contiennent environ cent l’ancienne zone industrielle de L.A. qui est devenue la Mecque du design, de la mode, des boîtes de nuit et des restaurants où il bouffées d’huile vaporisée. Deux ou trois lattes suffisent pour provoquer un effet comparable à un demi-verre de vin. faut réserver des semaines à l’avance. La foule du L.A. DownComme pour les œnophiles, la qualité et la confiance sont town passe devant nos tables sur le trottoir devant Shinola, marque lifestyle de luxe, heureuse de se trouver dans un endroit importantes pour les consommateurs de cannabis. Kwan et Campbell attribuent à leur expertise dans le design leur capacité où les voitures restent garées et où marcher est normal. à établir Beboe (le surnom de Berenice, la grand-mère de CamCampbell et Kwan sont des amis du fondateur de Shinola, Tom Kartsotis, qui est également derrière la marque de montres pbell) comme la marque de prédilection pour les fumeurs. “On s’adresse à un groupe de gens matures qui s’ouvrent à la Fossil. C’est même lui qui les a présentés, et ils ont toujours un weed”, dit Campbell. “C’est le packaging qui la rend acceptable atelier à l’arrière de la boutique Shinola. Habillés sans chichis, pour eux.” Il ajoute que, même si l’emballage en dit peu sur le ils affichent la confiance de quadragénaires séduisants qui ont 226


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produit (son origine, comment il est cultivé, etc.), son design, entre Art nouveau et tatouage, ainsi que sa couleur or mat suffisent pour faire passer un message : “Vu le soin, le temps et l’énergie investis dans la présentation, de toute évidence les producteurs sont fiers de leur produit.” Ça inspire la confiance au consommateur. Kwan souligne que le marché du cannabis est pour l’instant grand ouvert : pas de marques dominantes et peu de concurrents directs de Beboe. Pour l’instant, les produits Beboe sont disponibles uniquement dans quelques officines californiennes. Il est illégal de vapoter en public ou au volant. Bien sûr, on peut consommer chez soi. Et si l’on embouche une pastille Beboe, qui le saura ? Mother’s little helper Mais planer grâce à la marijuana n’est pas une science exacte pour le consommateur, ce que Beboe voit comme un avantage : “C’est une question de confiance”, dit Campbell. “Avant, on pouvait acheter des space cakes, ou quelqu’un vous tendait un cookie en disant qu’il contenait douze doses. On ne sait pas à quel dosage on s’expose, surtout avec les comestibles.” Il insiste sur l’idée que la constance est aussi importante pour le cannabis que pour n’importe quel autre produit ou service. “Si l’on essaie un truc une fois et que ça se passe bien, on veut reproduire cette expérience à l’identique chaque fois.” Kwan détaille le processus : “Chaque lot est vérifié en laboratoire. Les lots qu’on produit sont volumineux. Chaque lot est numéroté et testé pour s’assurer qu’ils contiennent tous la même quantité d’ingrédients actifs.” Pour Beboe, cette quantité est de 5 mg de THC (la substance psychoactive) et de 3 mg de CBD (le composé du cannabis auquel on attribue les bienfaits médicinaux comme le soulagement de la douleur). Des dosages relativement faibles comparés à ceux que recherchent la plupart des cultivateurs ou les fumeurs plus gonzo. Les hommes de Beboe ciblent un type de consommateur différent. “Avant, le but c’était : à quel point est-ce que je peux planer pour 20 dollars ? Mais maintenant, je n’ai plus le temps pour ça. J’ai un job, des enfants, une famille. Nos clients sont des adultes. Quelques lattes sur une vapoteuse, ou une petite pastille dans la bouche, ça rend juste la journée un peu plus chaude, un peu plus fly.” Campbell, marié à l’actrice Lake Bell, avec qui il a deux jeunes enfants, préfère les pastilles. “J’en prends une l’aprèsmidi, après avoir répondu à tous mes mails, et puis je passe le reste de la journée à dessiner dans mon studio. C’est mon ‘mother’s little helper’”, dit-il en faisant référence à la chanson des Rolling Stones du même nom sur la consommation de tranquillisants par les ménagères. “Avec une seule, on est toujours en état d’écrire un mail à son ex”, dit Kwan en souriant. Après avoir travaillé chez Dolce & Gabbana, à Milan pendant sept ans, celui-ci est familier de cette modération toute européenne. Tandis que Campbell, plus artiste, se complaît à décrire le processus créatif comme “un lien entre les parties consciente et inconsciente du cerveau” que le cannabis “aide à mettre en relation”, son associé a une approche différente. “Je suis cérébral”, déclare Kwan, qui a payé ses études à

“NOS CLIENTS SONT DES ADULTES. QUELQUES LATTES SUR UNE VAPOTEUSE, OU UNE PETITE PASTILLE DANS LA BOUCHE, ÇA REND JUSTE LA JOURNÉE UN PEU PLUS CHAUDE, UN PEU PLUS FLY.” CLEMENT KWAN

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l’université de Berkeley grâce à sa ferme hydroponique, dans laquelle il faisait pousser de la marijuana à usage médical, légale en Californie depuis 1996. “J’aime cultiver. J’aime la mystique qui va avec. On va dans des fermes, on marche dans les champs.” “Tout pour l’amour de la plante”, ajoute Campbell. “Nos bonbons sont fabriqués à base de haschich et d’eau. Les plantes poussent au soleil, avec comme seul engrais du compost organique. Le seul élément qui se place entre la plante et le consommateur, c’est de l’eau glacée. On extrait du jus pressé à froid, ce qui conserve intacte toute la subtilité de la plante.” “C’est comme la différence entre du sel de mer et du sel de table”, conclut Kwan. Ils me montrent la dernière innovation de Beboe : un coffret-cadeau contenant cinq minivapoteuses en or, de 7,5 cm chacune, vendu 100 dollars. Campbell admire l’élégant objet dans sa main, qui réfléchit le soleil californien, et commente : “C’est comme… comment vous appelez ces petites bouteilles d’alcool en France ?” “Des mignonnettes”, répond Kwan en souriant, et, pour un instant court et enivrant, Paris n’a jamais semblé si proche de L.A.


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LES GESTES LIFTER SANS BISTOURI Est-il vraiment possible de retendre la peau et de lisser les rides sans passer par la case chirurgie esthétique ? Après les excès des techniques invasives qui ont défiguré nombre de stars, coup de projecteur sur cinq alternatives douces et indolores. PAR AURÉLIA HERMANGE-HODIN PHOTOGRAPHIE BETINA DU TOIT

Le lifting par acupuncture Également appelée “aculifting”, cette technique inspirée de la médecine chinoise, à la carte du Spa Clé des Champs à Lyon, consiste à poser une vingtaine d’aiguilles sur les points du visage connectés aux méridiens qui traversent le corps et relient les organes. Résultat, la circulation sanguine s’active, et les échanges cellulaires sont relancés. Parallèlement, sous l’effet des aiguilles, les muscles responsables du relâchement de la peau se contractent à nouveau tandis que d’autres, trop crispés, se détendent. Enfin, en provoquant de microblessures sur l’épiderme, l’aculifting stimule la peau et l’incite à produire davantage de collagène et d’élastine, garants de la jeunesse et de la beauté des tissus. En six à huit séances, la peau est repulpée et les traits retendus.

du visage est ainsi parcourue par un faisceau à infrarouge que le praticien déplace minutieusement, surtout sur les zones du contour de l’œil, les pattes d’oie et le sillon nasogénien. La procédure, loin d’être douloureuse, se révèle au contraire très relaxante et, sous l’effet de la chaleur, on se laisse même aller à un demi-sommeil très apaisant. Au bout de huit séances en moyenne, au Centre de luxopuncture à Bordeaux par exemple, l’effet anti-relâchement est visible à l’œil nu, en particulier sur la zone pré-orbitale.

Le lifting chinois Au croisement de la médecine chinoise et de l’acupuncture, cette technique ancestrale proposée par La Maison du Tui Na et Lanqi stimule les muscles faciaux et relance les flux d’énergie pour leur permettre de mieux circuler. En ciblant les points d’acupuncture situés sur le crâne, la nuque, les trapèzes Le lifting manuel japonais et le visage, le lifting chinois détend les zones crispées tandis Inspiré du shiatsu, le Kobido travaille sur l’équilibre du que les pincements soulèvent la peau pour drainer et lisser les chi, l’énergie vitale, en jouant sur les méridiens du visage afin rides. Clou du spectacle, des ventouses magnétiques à poire de la réactiver. À Paris, Aline Faucheur est la spécialiste de ce massage liftant, qui alterne quarante-huit types de manœuvres, qui imitent l’action des aiguilles et un rouleau de jade pour stimuler la microcirculation sanguine. stimule la microcirculation cutanée et le flux lymphatique Effets détox et regalbant garantis. et permet aussi un meilleur drainage et une élimination efficace des toxines. L’alternance de pressions tonifiantes, de Le lifting par Endermolift pincements, de frottements, de pétrissages et de mouvements Développé par LPG, l’Endermolift est une technique glissés décrispe les traits pour un visage repulpé et un teint anti-âge permettant de redensifier la peau en profondeur via visiblement éclairci à la fin du soin. Mais il a également une une sorte de palper-rouler très doux réalisé grâce à un petit action sur les tissus cutanés, qu’il raffermit, et sur les muscles, qu’il relaxe, afin de lisser les rides d’expression et de regalber le appareil passé sur le visage et le cou. En produisant des microbattements (jusqu’à seize visage. Un effet visible dès le premier soin, à entretenir avec un par seconde), ses clapets créent une onde qui stimule modelage mensuel. mécaniquement la peau pour inciter les fibroblastes à produire davantage de collagène et d’élastine. Idéal pour combler Le lifting par luxopuncture les sillons profonds, redessiner les contours mal définis et Cette technique est basée sur la stimulation du drainage repulper les volumes qui se creusent. lymphatique et de la microcirculation. Elle consiste à envoyer Une cure de huit séances permet de redonner au visage un de la chaleur dans les couches profondes de la peau pour coup de frais durable. favoriser la contraction des fibres de collagène. Chaque zone 231


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LE SEXE PASSER DU POINT G AU POINT COM En réseau, en wi-fi ou en réalité virtuelle, la technologie numérique invente un alphabet entier de sensations, de possibilités, d’échanges. Pour la nouvelle révolution sexuelle, swipez à droite. PAR ALICE PFEIFFER

U 

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ne chambre d’hôtel, des draps froissés, un sextoy qui traîne près de la baignoire. En ce soir de Saint-Valentin à l’hôtel Grand Amour, dans le 10e arrondissement parisien, des binômes entrent tour à tour et s’assoient sur le lit de la chambre 206 pour une expérience sexuelle d’un autre genre : un casque audio permet de suivre les ébats sexuels d’un couple par le biais du son. “Chambre 206” est une œuvre érotique imaginée par la DJ Giulietta Canzani Mora, alias Piu Piu, avec l’actrice et réalisatrice de porno alternatif Olympe de G. Cette expérience immersive sonore opère en réalité augmentée : en partenariat avec Audible, le service de livres audio hightech d’Amazon, elle opère par son dit binaural, qui recrée la spatialité auditive de chaque vibration. Le résultat ? Une précision sans précédent qui documente chaque souffle, glissement, frottement avec autant de proximité qu’une expérience corporelle vécue. Pour Piu Piu, ce genre d’expérience nous permettrait de “retrouver des sensations et émotions perdues dans un paysage sexuel actuel limité à la vue”, ajoutant que “le porno nous a habitués à être stimulés de façon ultra-formatée, si bien que nos désirs sont quasiment préenregistrés, sans surprises, aplatis… Ces avancées technologiques nous font renouer avec une sensualité plus complexe.” L’érotisation du smartphone Grâce à un panel d’offres, d’objets, d’applis plus vaste que jamais, ce n’est plus son point G que l’on découvre, mais tout un alphabet sensoriel et charnel. Dans le cas de “Chambre 206”, l’audition devient un stimulateur permettant de tracer une cartographie sexuelle de notre corps entier et de se connaître comme jamais auparavant. Passer par la technologie pour revenir à la source de son intimité, c’est tout sauf antinomique pour la génération des millennials, qui a intégré au cœur de son désir de nouveaux outils de façon fluide. Depuis la popularisation des vibromasseurs par la série Sex & the City, qui représente sans complexe des héroïnes préférant rester chez elles avec leur “lapin” stimulateur clitoridien que de se rendre à un date ; ou les sex-toys de luxe dessinés par Nathalie Rykiel, qui donnent leurs lettres de noblesse aux godemichés et font tomber les tabous autour de la masturbation ; ou les 233

produits dérivés du film Cinquante Nuances de Grey, qui démocratisent la culture bondage, voilà que se débrident les zones érogènes et les fantasmes… Aujourd’hui, l’accès à internet et aux smartphones a largement contribué à ce rapport changeant au plaisir. Comme le démontrent de nombreuses études menées par le Kinsey Institute, l’organisme de recherche en sexologie de l’université de l’Indiana, ainsi que le champ grandissant des porn studies dans le milieu universitaire anglo-saxon, notre téléphone occuperait bel et bien une place charnière dans nos pratiques coquines. Celui-ci serait devenu fétichisé, porteur d’une charge érotique, à la fois comme accès aux rencontres en ligne, aux sites porno, aux plans cul et à des notifications aguicheuses et valorisantes tout au long de la journée. “Le smartphone est devenu un lieu de nouvelles possibilités, de rencontres autant que de stimulations personnelles, un lieu de quête de nouvelles solutions pour mieux se connaître et mieux connaître l’autre”, analyse la chercheuse Amanda Gesselman du Kinsey Institute. Réalités virtuelles et sensations physiques En tête des outils 3.0 simulant des rapports sexuels, la réalité virtuelle, ou VR, domine le marché actuel. Les masques proposés par le service Holo Girls VR propulsent chaque spectateur dans la peau d’une actrice ou d’un acteur porno. Et, grâce à une vision en POV (point of view ou point de vue, comme si la caméra filmait ce qu’on voit), donne l’impression d’avoir un rapport sexuel avec un partenaire. Ce lien entre l’imagination et la perception de soi renouvelle le rapport au corps, à la fois fantomatique et fantasmé. Dans certains cas, l’expérience est poussée plus loin : l’application OhRoma (jeu de mots sur “arôme” et “oh”) propose un masque simulant des odeurs avec des

“NOUS SOMMES TOUS DEVENUS DES CYBORGS VIVANT AU CROISEMENT DE L’IMAGINATION ET DE LA RÉALITÉ MATÉRIELLE, DANS UN MODE POST-GENRE.” DONNA HARAWAY


“LE PORNO NOUS A HABITUÉS À ÊTRE STIMULÉS DE FAÇON ULTRA-FORMATÉE, SI BIEN QUE NOS DÉSIRS SONT QUASIMENT PRÉENREGISTRÉS, SANS SURPRISES, APLATIS… CES AVANCÉES TECHNOLOGIQUES NOUS FONT RENOUER AVEC UNE SENSUALITÉ PLUS COMPLEXE.” PIU PIU

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options comme “petite culotte” ou “sécrétion” : l’odorat sens souvent oublié dans les rapports sexuels, redevient un excitant essentiel. Le Red Light Center VR, lui, fonctionne comme le jeu des Sims : on s’aventure avec son avatar dans un monde alternatif, digital et ultrasexué où tout serait permis. Ainsi, dans un environnement cadré, sans honte ni tabou, on peut expérimenter des personnages, jeux de rôle ou pratiques éloignés de ce que nous ferions IRL (in real life). L’expérience la plus “bimédia”, si l’on peut ainsi la nommer, est imaginée par la société japonaise Illusion : celle-ci arme son public d’un casque de réalité virtuelle et d’une fausse poitrine, ou d’une autre partie du corps, à toucher au fil de l’acte, ainsi que d’un stimulateur vibrant entre les jambes, pour recréer un rapport humain… Et pose la question de la frontière entre nature et culture, masturbation et échange. Plus loin mais plus proche Hormis une quête de sensations personnelles, la technologie permet de mieux connaître son partenaire, de se reconnecter à l’autre ou d’entretenir une relation à longue distance, par exemple. Ainsi les deux jouets Kiiroo Onyx et Pearl connectés entre eux, soit un godemiché pour madame et un Fleshlight (une sorte de vagin portatif) pour monsieur, qui transmettent les mouvements même à l’autre bout du monde avec, si on le souhaite, une plate-forme de visioconférence. Sans oublier Sexfit, objet connecté qui mesure et évalue notre performance, les calories dépensées, la durée du coït des deux partenaires : ce coach personnel propose même des modules d’entraînement. Quant aux vibromasseurs BlueMotion, ils se connectent via Bluetooth et offrent d’enregistrer des playlists de sensations et de vibrations pour une personne choisie. On peut aussi laisser de parfaits inconnus en ligne décider de notre plaisir… Et les émotions dans tout ça ? Si la tech éveille les consciences et les possibilités, elle ouvre aussi l’exploration d’une plus grande émotivité. The Touch est un anneau connecté à l’être aimé qui permet de ressentir les battements de son cœur. The Little Bird est un sex-toy connecté à une application de lectures érotiques qui suit notre excitation et propose des options liées aux émotions et aux palpitations ressenties. “Le sexe, moins mécanique, devient une sorte de quête existentielle”, ajoute Piu Piu au sujet de ces progrès. Pour la théoricienne du genre Donna Haraway, qui étudie le lien entre féminité, sexualité et technologie, cette dernière composante serait essentielle à tout être humain aujourd’hui. La distinction entre vrai et faux, authentique et digital n’existerait plus. Tout ce qu’on voit, ressent, échange – textos, sextos, dick pics – est profondément hybride. “Nous sommes tous devenus des cyborgs vivant au croisement de l’imagination et de la réalité matérielle, dans un mode post-genre”, écrit-elle dans l’essai Manifeste cyborg (1984). “À chaque femme d’apprendre à encoder sa propre sexualité.”

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PIMPER SON VAGIN Objet d’une nouvelle spécialité médicale à visée esthétique et réparatrice, la sphère intime féminine se refait une beauté. Injections d’acide hyaluronique ou de graisse autologue, voici les protocoles de soin pour se reconstruire aussi bien physiquement que psychiquement. PA R A N N A B E L M A C G OWA N PHOTOGRAPHIE BETINA DU TOIT

Repulper et redessiner les grandes lèvres Véritable mode outre-Atlantique, cette technique connaît un franc succès dans l’Hexagone, quoiqu’entourée de plus de discrétion. L’école américaine prône le “Barbie look”, avec des lèvres survitaminées, hyper-gonflées, à l’image de celles des actrices de X. En France, les praticiens optent pour une approche plus conservatrice, adaptée à la morphologie de la patiente et à son âge. Récente, la démarche est purement à visée esthétique. A fortiori lors d’une perte de poids importante ou à partir de la ménopause, quand les grandes lèvres peuvent se dépulper et s’atrophier, d’où un sentiment de perte de féminité et de sex-appeal. “Les tabous sautent, et les femmes assument plus facilement leur souhait d’être désirables et attirantes pour leur partenaire et pour elles-mêmes”, remarque le Dr Laurent Benadiba, chirurgien plasticien spécialiste de la sphère intime à Paris, co-créateur du Dumeg (diplôme universitaire de médecine esthétique génitale) à l’université Paris-Est Créteil. “On recrée du volume avec une injection de une à deux seringues de Desirial Plus des laboratoires Vivacy, un acide hyaluronique spécialement formulé pour traiter la zone intime, ce qui permet de restructurer les grandes lèvres en leur redonnant un aspect rempli et donc rajeuni.” Le geste, précédé d’une petite anesthésie locale, est effectué en cabinet et prend à peine vingt minutes. Durée du résultat : douze mois. Post-traitement : pendant cinq jours, pas de rapports sexuels ni de vélo. Éviter de porter des pantalons serrés. Pour un résultat plus durable ou dans le cas de grandes lèvres très dépulpées et atrophiées, on peut opter pour une labiaplastie. Le chirurgien prélève au bloc opératoire un peu de graisse sur le ventre ou les cuisses et, après l’avoir centrifugée pour la purifier, la réinjecte sous anesthésie locale à la canule. La zone reste un peu dure et sensible durant deux semaines, le temps que le greffon se mette en place. Lorsque les lèvres sont très distendues, l’excédent de peau est retiré. Dans la plupart des cas, le résultat est définitif. Hydrater la muqueuse La sécheresse vaginale peut toucher les femmes à divers moments de leur vie : lors de grands stress, d’un traitement médicamenteux, d’une maladie et, surtout, au cours de la ménopause. “Il faut faire passer le message que l’acide hyaluronique, ça marche. Le retour des patientes est extrêmement positif et rejoint les études cliniques”, insiste le Dr Benadiba. “On 237

pratique une sorte de mésothérapie où, après l’insertion d’un spéculum et la pose d’un gel anesthésiant, la paroi postérieure du vagin est injectée avec une seringue de Desirial. On juge de l’efficacité du traitement après quatre à six semaines, on peut alors envisager une réinjection.” Durée du résultat : de six à neuf mois. Post-traitement : pendant cinq jours, pas de rapports sexuels, de bains, de natation. Amplifier la zone G Le point s’est transformé en zone, c’est dire ! Cette zone au tissu érectile est située sur la surface antérieure du vagin à environ trois à cinq centimètres de la vulve. Chez certaines, il est moins en relief ou, au fil des ans, il s’est aplati, d’où une plus grande difficulté à atteindre l’orgasme. “Quand les patientes viennent consulter pour l’hydratation, elles veulent aussi améliorer leur vie sexuelle et sont nombreuses à demander l’amplification de la zone G, qui permet d’améliorer la qualité des orgasmes vaginaux”, poursuit le Dr Benadiba. “L’intervention se fait au cabinet médical et dure trente minutes, pose de gel anesthésiant comprise. Un spéculum est inséré dans le vagin de la patiente installée en position gynécologique. La zone G est localisée par palpation, puis l’acide hyaluronique avec lidocaïne est injecté. Ce geste délicat nécessite une grande précision, et seul un praticien ultra-formé à l’anatomie vulvo-vaginale pourra injecter la quantité de produit nécessaire en prenant soin d’éviter l’urètre tout proche, ce qui pourrait le bloquer.” Durée du résultat : de neuf à douze mois. Post-traitement : pendant cinq jours, pas de rapports sexuels, de bains, de natation. Bien choisir son praticien En France, rares sont les gynécologues formés. Après un rejet initial (et moralisateur ?), la profession s’ouvre enfin à cette technique, et les gynécos commencent à s’inscrire au Dumeg. Les pionniers de cette spécialité récente, en majorité des hommes, sont des médecins et chirurgiens esthétiques français. Surnommés les French Sex Doctors, ils sillonnent la planète pour former leurs pairs et soigner les femmes. Aux États-Unis, les femmes ont recours à sans complexe à leur service, cumulant le repulpage des lèvres avec le regonflage de la zone G. Le droit au plaisir et à la beauté du sexe est clairement revendiqué et prend même une tournure politique. En France, on ne se refile pas encore l’adresse de son spécialiste lors des dîners en ville, mais faisons le pari que ça ne saurait tarder.


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L'ÉTHIQUE CHANGER DE STEAK Si l’image terne d’un ascétisme végan persiste dans une France toujours prompte à céder à l’appel de la chair, une toute nouvelle génération de startup, venue évidemment de la côte ouest des États-Unis, compte bien bousculer nos habitudes carnassières grâce à des substituts végétaux très alléchants. Une nouvelle révolution. PAR EUGÉNIE ADDA

La junk-food s’y met Oublions pour de bon l’image d’un Woody Allen commandant dans Annie Hall une assiette de luzerne et de levure en purée. La nouvelle garde du régime plant-based gagne désormais jusqu’aux fast-foods américains. En tête de liste, les chaînes de burgers White Castle, Umami ou encore Fatburger, qui proposent depuis peu, dans leurs sandwichs végans, non pas un substitut spongieux à base de champignon Portobello, mais un vrai steak charnu et grillé, conçu avec un mélange de blé, de pommes de terre et d’huile de noix de coco auquel s’ajoute la levure d’hème, composant végétal de l’hémoglobine issu du soja, capable de rendre le tout saignant comme un vrai patty. Son nom ? L’Impossible Burger, concentré de recherche signé par la firme de la Silicon Valley Impossible Foods, fondée en 2011, et dont les premières créations – une recette unique pour l’instant – étaient prêtes à être dévorées cinq ans plus tard. Soutenue par Bill Gates et

Google, la société, qui vient de s’implanter en Asie, a écoulé 1,3 million de burgers en 2017 et déjà plus du double depuis le début de l’année 2018. “Comparé aux steaks bovins, notre burger utilise 74 % d’eau en moins, nécessite 95 % de terres cultivées en moins et produit 87 % de gaz à effet de serre en moins”, explique son fondateur, Pat Brown, dont l’objectif non dissimulé est de remplacer, d’ici à 2035, la quasi-totalité de l’élevage animal mondial par des substituts végétaux. “Impossible Foods a été fondée dans le but de prendre le pas sur l’industrie de l’élevage grâce aux dernières technologies”, reprend-il, “et notre centre de recherches nous permettra bientôt de comprendre et de recréer à l’identique toute forme de produit d’origine animale, que ce soit la viande, les laitages ou le poisson, le tout en utilisant uniquement les plantes et en s’adaptant aux besoins culturels de chaque région du monde.” Derrière la hype et les visuels léchés, l’entreprise a donc franchement l’intention de conquérir le monde. Mais la concurrence est rude. Selon le magazine Forbes, le business végan représenterait l’un des plus intéressants du marché : “La prolifération continue des success-stories dans l’industrie plant-based au cours des dernières années prouve que le mouvement commence à prendre ses marques grâce à une poignée d’entrepreneurs”, peut-on lire dans un article publié en décembre dernier et s’appuyant sur les dernières statistiques. Au premier plan de ce secteur en pleine expansion, il y a le domaine de la clean meat, dominé par Impossible Foods et par d’autres, comme la société Beyond Meat, fondée en Californie en 2009 et soutenue par Leonardo DiCaprio, dont les dernières innovations sont capables d’imiter la viande de bœuf, de porc ou la chair de la volaille dans des produits désormais proposés dans 7 000 supermarchés à travers les États-Unis. Testés d’abord au Royaume-Uni depuis cette année, les steaks hachés, filets de poulet et bacon strips, tous entièrement végétaux, devraient faire leur apparition dans la foulée dans d’autres pays d’Europe, y compris la France. Encore plus encourageant, le groupe allemand PHW, l’un des plus grands producteurs de volailles en Europe, a prévu d’accompagner ce développement en annonçant la signature d’un partenariat avec Beyond Meat. La France en progrès Selon une étude publiée en avril dernier par Researchandmarkets.com, le marché mondial des substituts à la viande devrait atteindre 6,5 milliards de dollars d’ici à 2023. 238

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e vais essayer de devenir végan. Vous avez bien entendu.” Ce tweet, publié en avril dernier, est signé Gordon Ramsay. Un coup d’éclat sans précédent pour un chef multi-étoilé qui, après des années à se payer la tête des végétariens dans ses émissions télévisées, opère un virage à 180 degrés et semble vouloir abandonner toute consommation de produits d’origine animale. Et il n’est pas seul ! Selon l’entreprise américaine Global Data, le nombre de nouveaux végans aux États-Unis aurait augmenté de 600 % en quatre ans, un constat global renforcé par d’autres études à travers le monde, comme celle délivrée par le site Comparethemarket.com, qui estime le nombre de végans au Royaume-Uni à 3,5 millions de personnes, contre 540 000 en 2015. Les raisons : la recherche d’un mode de vie plus sain, les nombreuses et successives polémiques sur le bienêtre animal et l’inquiétude croissante face au réchauffement climatique, dramatiquement accéléré par l’élevage intensif (responsable à lui seul de 15 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, soit plus que l’industrie des transports). Plus question de parler de niche ou de mouvement alternatif donc, le véganisme fait désormais partie intégrante du lifestyle millennial. Et ce d’autant plus que ce développement ultrarapide s’accompagne d’un tout nouveau segment food, à savoir la création de nouveaux produits capables d’imiter la viande à la quasi-perfection. Plus d’excuses.


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Burger réalisé sans aucune matière animale.


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CES SUBSTITUTS CHERCHANT À IMITER LA CHAIR ANIMALE NE CONTRIBUENT-ILS PAS À PERPÉTUER L’IMAGE DE LA VIANDE DANS L’IMAGINAIRE COLLECTIF ?

En ligne de mire, le tofu, le seitan, assemblage d’épeautre ou de protéine de blé, le Quorn, à base de protéines de champignon fermenté, et surtout le tempeh, concentré de soja fermenté consommé en Asie depuis plusieurs siècles et dont le développement devrait être le plus rapide de tous, “grâce à ses bienfaits sur les anticorps, à sa capacité à réduire le taux de sucre et de cholestérol dans le sang et à son action sur le tissu musculaire”. Une révolution bien en marche, suffisamment importante pour effrayer les géants de l’élevage. En France, les députés votaient en avril dernier un nouvel amendement interdisant les appellations ayant trait à la viande pour qualifier des substituts, sous l’impulsion du rapporteur La République en marche Jean-Baptiste Moreau, par ailleurs éleveur bovin. Sous peine d’une amende de 300 000 euros, les étiquetages ne pourront plus porter les appellations “steak”, “filet”, “bacon” ou encore “fromage” ou “lait” pour des produits végétaux. Une loi à contre-courant qui n’empêchera sans doute pas la progression des ventes. “De plus en plus de mes patientes deviennent véganes, végétaliennes ou végétariennes et viennent me consulter pour que je les conseille au mieux dans cette démarche”, explique Valérie Espinasse, micronutritionniste à Paris. Et si, dans l’Hexagone, le nombre de végans reste inférieur à la moyenne européenne, il n’en reste pas moins qu’en 2017 un sondage Ifop estime que la moitié des Français souhaite accroître leur consommation de produits végétaux. Une tendance confirmée par l’augmentation du nombre de “flexitariens”, comprendre les adeptes d’un régime moins contraignant, consistant à réduire au minimum sa consommation de produits issus des animaux sans pour autant y renoncer. (Ce choix peut aussi s’expliquer par la crainte de carences, en vitamine B12 par exemple.) Une approche moins punitive et contraignante, facilitée justement par l’arrivée de ces nouveaux substituts végétaux et, dans certains restaurants récemment, de la tendance healthyish, débarquée évidemment de Californie, mêlant comfort food et produits végans grillés, mijotés et travaillés comme des viandes. Si, de l’autre côté de l’Atlantique, on mise désormais sur l’effiloché du fruit du jacquier pour remplacer le porc mariné, sur l’écorce de coco et le tempeh pour se substituer au bacon, ou encore sur du tofu soyeux pour recréer le chorizo, de nouvelles offres parisiennes permettent, timidement, de se mettre à la clean meat. C’est le cas d’Echo, une cantine du 2e arrondissement parisien, qui propose un bacon de shiitaké, ou de Tien Hiang, discret fastfood vietnamien du 10e, qui imite presque à l’identique poulet, 240

bœuf et porc dans des plats à la technicité impressionnante. Encourageant. La seafood en ligne de mire Peut-on aller plus loin encore dans la création de substituts ? Évidemment, puisqu’on parle de la Silicon Valley. Nouvelles alternatives à l’alternative, le poisson et les crustacés sont les derniers objets d’expérimentation. Alors que les enquêtes successives prouvent que plus d’un tiers des poissons pêchés en mer ne seront jamais consommés et que l’élevage en pisciculture, même bio, entraîne l’utilisation d’antibiotiques et de pesticides, de jeunes start-up ont mis au point des recettes de “poissons sans poisson”, afin de répondre à la double problématique de la santé et de l’environnement. C’est le cas de Terramino, dont les produits devraient entrer sur le marché américain d’ici à fin 2018. Son créneau ? Un pavé de “saumon” entièrement végétal, préparé à base d’algues et de champignon koji, capable de reproduire la texture grasse de la chair du saumon. Selon Fast Company, les apports nutritionnels seraient au moins équivalents à ceux du poisson, l’apport graisseux en moins. Plus impressionnant encore, la jeune boîte Ocean Hugger Foods, fondée par le chef américain James Corwell. Alarmé par la surpêche du thon rouge, il a mis au point l’Ahimi, une recette plant-based susceptible de remplacer la chair crue utilisée dans les sushis, sashimis, rolls et bowls, grâce à un alliage de tomate, de sauce soja, de sucre et de sésame. Une prouesse technique déjà disponible dans une poignée de Whole Foods outre-Atlantique et, bientôt, dans un service de restauration étudiante. Une démocratisation progressive mais indéniable, qui devrait bientôt s’étendre à la France. D’ailleurs, une jeune start-up bordelaise nommée Odontella vient de dévoiler un saumon fumé végan, destiné à être vendu en grande surface. Mais, avec la progression de telles innovations destinées à convertir les omnivores à un régime plus durable et plus sain, des végans de la première heure pointent une autre problématique : ces substituts cherchant à imiter la chair animale ne contribuent-ils pas, au contraire, à perpétuer l’image de la viande dans l’imaginaire collectif ? Devrions-nous remplacer la viande par de la simili-viande ou au contraire apprendre à trouver un nouvel équilibre alimentaire sans l’idée du burger, du hot-dog ou du poulet frit ? Si la question éthique mérite d’être posée, la tendance food de fond, elle, semble bien pencher du côté de la première proposition.


AU S PA D U MY TH I Q U E PHOENICIA PAR F.A.D.


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ART DE VIVRE

Peu de lieux incarnent pour les Beyrouthins l’âge d’or de leur ville autant que l’hôtel Phoenicia. Ouvert en 1961, ce palace 5 étoiles conçu par l’architecte Edward Durell Stone offre aujourd’hui une capacité de 446 chambres et suites et enveloppe ses hôtes d’un luxe raffiné, en particulier avec son spa de dernière génération.

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Aux balbutiements de l’hôtellerie au Moyen Orient, le khan était le rêve ultime du voyageur épuisé. Celui-ci s’y arrêtait non seulement pour se reposer, passer la nuit et vendre sa marchandise, mais surtout, surtout, s’offrir un long moment de détente au hammam. L’hôtel Phoenicia, accoté à la corniche de bord de mer de Beyrouth, perpétue brillamment cette tradition dans une atmosphère apaisante et feutrée, avec des équipements de pointe, des produits triés sur le volet et des soignants recrutés pour leur professionnalisme. Déployé sur 3000m2 au niveau de la mezzanine, le spa du Phoenicia, entre salles et cabines de détente, de beauté ou de remise en forme, est un lieu de rêve pour évacuer son stress, que l’on arrive de voyage ou que l’on ait tout simplement besoin de restaurer son corps et récupérer ses énergies. Ici, il ne s’agit que de vous La touche « MZ » de l’ascenseur est déjà la clé vers un monde à l’abri du monde, un endroit où toutes les sensations invitent au lâcher-prise. Dans ce décor néo-classique rehaussé de touches contemporaines, tout s’organise en fonction de vous. Ici, on vous écoute et on vous propose les traitements qui répondent le mieux à vos besoins du moment, qu’il s’agisse de massages holistiques, de soins thérapeutiques ou de services de beauté. Les 18 salles

de soins séparées, pour hommes et femmes, sont dotées de douches privées et équipées pour offrir une grande variété de services. Une suite destinée aux couples est également prévue pour partager à deux, côte à côte, un profond moment de bien-être. Le Spa Phoenicia est par ailleurs doté d’un centre de fitness, avec équipements de cardio et de musculation, où l’on peut aussi bien suivre sa routine quotidienne de mise en forme que faire appel à un entraineur pour une séance d’exercices personnalisés. Des cours de groupe, entre pilates, yoga et cardio-boost, sont disponibles au studio. Enfin, joyau de ce lieu euphorisant, la piscine intérieure, tout en mosaïque et bordée de palmiers, éclairée d’une lumière naturelle zénithale, est pourvue de jets d’eau revigorants. Pour en prolonger les bienfaits, il reste à se glisser dans le jacuzzi ou au choix dans un des hammams ou sauna. Des produits naturels axés sur le résultat Soucieux d’offrir des traitements de haute qualité, le Spa Phoenicia met en avant les produits Ila et Valmont. La ligne Ila a été développée par la Britannique Denise Leicester, qui a passé sa vie à explorer la dynamique de la guérison naturelle, constatant que c’est en utilisant les ingrédients naturels les plus purs qu’il est possible 243

de créer des produits dont le bienfait bénéficie autant à l’esprit qu’au corps. A la fin du soin, votre peau rayonne en même temps qu’un sentiment de paix vous envahit. Valmont est une marque suisse de produits centrés sur le soin de la peau, dotée d’une ligne anti-âge haute performance qui lui vaut le titre de « magicienne du temps ». Le soin déclenche la production de collagène qui va réduire les rides, les lisser et retendre les contours du visage. Restaurer ses énergies Le Spa Phoenicia recourt à l’efficacité prouvée des médecines alternatives pour offrir à ses hôtes, en même temps qu’une relaxation efficace, une action en profondeur contre la fatigue à travers la restauration de leurs énergies. À part les traitements ayurvédiques, il est possible, avec le « Rituel des cinq éléments », ou Ku-Nye, un traitement inspiré des anciennes traditions thérapeutiques tibétaines, entre acupression, pétrissage, pose de cristaux de quartz chauds, cataplasmes chauds et massage revigorant de la tête, le tout avec des huiles essentielles biologiques ou sauvages, le système lymphatique est stimulé, le système méridien énergisé et l’effet rajeunissant visible dès la première séance. Spa Phoenicia, hôtel Phoenicia, Beyrouth. Tel : +961 1 357030


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OUT BEAUTY BOUTIQUE TE XTE ET P H OTO S N A S R I S AYE G H

…Ou comment sortir la beauté du placard. Belles et Beaux de jour -comme de nuit- contournent, dans cette nouvelle adresse beauté, les lèvres les plus fielleuses : celles d’une société en mal de tolérance. Rencontre avec la maitresse de cérémonie et fondatrice des lieux, Kim Mouawad, une esthète visionnaire engagée. 244


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Amoureusement lovée Rue Victor Hugo dans le quartier Monnot, l’adresse beauté que tout le monde s’arrache depuis mai dernier fait briller la voix d’or de Diana Ross entonnant son jubilatoire “I’m coming out”. Sortir du placard, conquérir l’en-dehors-de-toutrepli. Out ! Pour briser le secret, saigner le tabou, dissoudre l’omerta qui ronge nombre d’hommes et de femmes pour enfin dire et se dire à voix haute. Dans ce salon de toute(s) beauté(s), Kim Mouawad déplace les failles de la société faisant de Out la toute première enseigne libanaise – voire régionale – destinée à une clientèle LGBTQ+. Dans un nuage de talc et de poudre, et le sillon de glu à faux-cils inlassablement retroussés, transsexuels et Drag Queens peuvent ici peaufiner leur royale beauté. Rencontre avec la maitresse de cérémonie et fondatrice des lieux, Kim Mouawad, une esthète visionnaire engagée. Kim Mouawad, qu’est-ce-que Out Beauty Boutique ?

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“Out” est un salon qui propose la meilleure qualité en terme de soins pour toute personne qui souhaite se chouchouter. Un environnement amical et socialement engagé qui vise à encourager et maintenir un esprit d’ouverture. Écolos dans l’âme, nous recherchons par ailleurs en permanence des solutions pour diminuer notre empreinte carbone et faire économie sur l’usage du papier. De quel désir/rêve provient Out? J’ai toujours rêvé de pouvoir un jour avoir un impact sur la société libanaise. Nous avons tous été, à un moment ou à un autre, victime de telle ou telle discrimination quelle que soit notre sexe ou notre orientation sexuelle. Personnellement, j’ai grandi auprès d’un frère homo qui a eu à se battre, beaucoup, pour trouver sa place dans son propre pays ; à l’image de beaucoup de mes ami(e)s de la communauté LGBTQ+. Une lourde bataille qui me bouleverse et que je prends à cœur. Par 245

ailleurs moi-même cliente depuis des années de nombreux salons de beauté, il m’a fallu attendre l’an dernier pour me rendre compte à quel point ces soins pouvaient être thérapeutiques. Prendre soin de soi, être choyé, se réconcilier avec son propre corps… J’ai donc décidé d’ouvrir un espace entièrement dédié à l’amour, à l’expression de soi, à l’individu; un espace garanti 100% sans jugement! Nous sommes toutes et tous belles et beaux et nous méritons tous de le ressentir. À qui est destiné Out? D’abord et avant tout : à tout le monde. Sans exception aucune. Mais je dois dire que les personnes à qui Out bénéficie le mieux sont les personnes qui optent pour une ouverture d’esprit englobant l’autre dans sa différence. L’égalité des droits avant toute chose. Comment la communauté LGBTQ a-telle accueilli votre boutique ? Je suis comblée et serai éternellement


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reconnaissante pour tout le soutien que nous avons reçu et que nous recevons toujours de la part de la communauté LGBTQ+. Nous avons reçu énormément d’encouragements et de positivité de nos amis libanais, mais aussi, à travers les réseaux sociaux, de nombreuses personnes de tout le monde arabe : d’ Egypte, de Tunisie, de Jordanie et même d’ Arabie Saoudite. Honnêtement, nous ne nous attendions pas à une telle réaction. C’est beaucoup d’honneur pour nous. Quelle est votre définition de la beauté ? On dit souvent que la beauté réside dans l’œil de celui qui regarde; mais je crois fortement que la beauté est un sentiment intérieur. Oublions les standards esthétiques fabriqués par les grandes compagnies et les grandes marques qui ne veulent que vendre leurs produits. La beauté, c’est apprendre à apprécier son propre corps et à l’aimer. C’est se regarder dans le miroir, sourire et se faire un clin d’œil parce qu’on est tout simplement sexy ! On pourrait croire que c’est superficiel, que l’apparence physique n’est pas ce qui compte vraiment dans la vie… Mais au bout du compte, nous vivons dans un même corps toute notre existence, alors autant apprendre à l’aimer, tant de l’intérieur que de l’extérieur.

apparence. Créer un sentiment d’appartenance pour encourager l’empowerment, l’autonomisation. C’est cette prise de pouvoir, cette expression de soi, ce regain de confiance et de solidarité qui jouent un rôle, in fine, dans la lutte contre les ignorances. Qu’est selon vous le courage ? Le courage ? C’est assumer ses positions, ses croyances et refuser le compromis même si cela signifie parfois qu’il faut lutter seul, voire devenir une cible vulnérable dans la société. Des figures qui vous inspirent ? Regardez ces portraits sur notre mur ! Tim Cook, Ellen DeGeneres, Ru Paul, Marc Jacobs… Ces personnalités nous inspirent dans leur lutte contre les normes imposées par la société. Chacune et chacun à sa manière a pu et su impacter, chambouler les normes. Personnellement, j’admire des femmes fortes comme Cher et Madonna. Mais je peux aussi citer Keith Haring, Maya Angelou, Robert Mapplethorpe, Malala Yousafzai…

Enfin, Kim Mouawad, qui êtes-vous ? Oh ! Comment répondre à ça ? Je suis sûrement une grande gueule, et une femme indépendante qui ne peut sous aucun prétexte supporter l’injustice et la bigoterie. J’aime rire et La beauté peut-elle servir de remède contre la peur et l’ignorance ? ne rate pas une occasion de le faire. J’ai quitté une carrière La beauté, seule ou en elle-même, ne peut pas lutter contre la peur stable, prometteuse dans les télécoms pour fonder Out. et l’ignorance. Il faut de la sensibilisation. Les gens ont souvent Rétrospectivement, je sens que ce virage a été extrêmement peur de ce qu’ils ne comprennent pas, de choses auxquelles ils ne gratifiant. Je n’ai aucun regret; et vous savez quoi? Ce n’est que sont pas exposés. Out, comme son nom l’indique, vise à créer un le début ! espace d’ouverture pour aider l’individu à s’exprimer à travers son Victor Hugo, Monot, Beyrouth, T. +961 81 212 166 246


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SUCCOMBER AU VEGAN PA R P H I LI P P I N E D E C LE R M O NT- TO N N E R R E

Dans un décor blanc et chêne, The Rose Canteen dévoile à Beyrouth un menu riche en vitamines, enzymes et minéraux. 248


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PHOTOS TONY ELIEH

C

arnivores invétérés s’abstenir. Au pays des vegans, on vénère davantage le pois chiche ou le wakamé, cette algue alimentaire venue d’Asie, que la côte de bœuf, fut-elle issue du fleuron de la vache irlandaise. Pourtant, Zalfa Naufal, 46 ans, ne s’est pas toujours placée du côté des abolitionnistes de l’exploitation animale. Ex propriétaire de Frosty, restaurant américain réputé, entre autres, pour ses burgers et ses glaces, la restauratrice a longtemps servi des steaks sans scrupule aucun. Jusqu'à ce fameux déclic, en septembre dernier. «J’étais en train de manger de la viande, et me suis mise à imaginer une vache en train de paître paisiblement. Ce jourlà, j’ai soudainement fait la connexion entre l’animal et ce que j’avais dans mon assiette», confie-t-elle. Débute alors une longue phase d’exploration, sur Internet essentiellement. « J’ai fait mes recherches. Je me suis rendu compte que ce sont des êtres maltraités qui, comme nous,

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ressentent la douleur et souffrent », explique-t-elle. Qu’à cela ne tienne ! Cinq mois plus tard, elle décide de mettre la clé sous la porte. C’est la fin de Frosty et le début de l’aventure vegan avec The Rose Canteen qui a ouvert en juin dernier. Super-food Au menu : « cheese cake » sans fromage, au chocolat et noix de cajou ; salades de lentilles ou d’algues marines ; dips de hummus ou de guacamol ; smothies aux super-food (terme désignant les produits à forte concentration nutritionnelle) ; myrtilles, épinards, betteraves. Les recettes sont crues à 90%. « C’est une cuisine vivante, qui préserve les vitamines, les enzymes et les minéraux, et aide à la digestion », indique Zalfa qui a entamé des cours de cuisine sur Internet. La farine est de facto proscrite. On trouve ainsi des crackers crus simplement déshydratés, à base de polenta, amandes, cacao ou encore de graines de chia. Les ingrédients sont à 249

60% bio. « Tout ce qui est sec, comme le quinoa, les lentilles ou les pois chiches, est issu de l’agriculture biologique. Pour les légumes, ce n’est pas toujours évident. Ca dépend de ce que je trouve », poursuitelle. Situé à Mar Mikhael, le restaurant, qui affiche un ticket moyen de 22 dollars par personne, comprend 15 places assises dans un décor d’inspiration scandinave. Luminaires rose pâle, sol en liège, mur en briques blanches… la restauratrice a opté pour une ambiance « minimaliste, avec des couleurs calmes ». Quant au nom, The Rose Canteen, il fait tout simplement référence à sa couleur préférée, « et à la fleur symbole de paix et d’harmonie ». Zalfa, qui avoue être encore totalement étrangère à la communauté vegane au Liban, peut néanmoins compter sur son ancienne clientèle. «Pour l’instant, ce sont les clients de Frosty qui viennent ! » s’amuse-t-elle. Rue Armenia, Mar Mikhael, Beyrouth, T. +961 1 442525


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ART DE VIVRE

OSER LE LAIT D’AMANDES Derrière la marque Village Nut se cache un ancien publicitaire blasé qui trouva refuge dans sa cuisine. PA R P H I LI P P I N E D E C LE R M O NT- TO N N E R R E I LLU STR ATI O N M A R I O N G A R N I E R

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ART DE VIVRE

Il vous est peut-être arrivé de tomber dessus par hasard, au rayon laitage d’un marché bio à Beyrouth. Lancées il y a trois ans par Habib Fakha, les bouteilles de lait d’amande et de coco Village Nut constituent une alternative saine et savoureuse au traditionnel lait de vache. « J’ai commencé à fabriquer mon propre lait lorsque ma femme est tombée enceinte », raconte l’entrepreneur. « Elle est intolérante au lactose et avait besoin de calcium pendant sa grossesse ». Constatant que presque aucun lait d’amande n’était produit au Liban, cet ancien publicitaire, nourrissant depuis toujours une passion pour la cuisine héritée de ses deux parents, décide de mettre lui-même la main à la pâte. Débute alors une nouvelle aventure. « Je faisais cela à côté de mes occupations principales, comme un hobby », explique-t-il. En parallèle, il continue de gérer son agence de publicité Twain, cofondée avec son frère. « Au début je produisais une petite quantité que je vendais au magasin Earth Shop à Achrafieh », poursuit ce père de famille de 39 ans. De plus en plus happé par sa nouvelle activité, il sent l’envie de changer de cap après quinze ans de carrière dans la publicité. « J’en avais assez de traiter avec les clients à une époque où tout se fait « online ». Il n’y a plus d’interactions directes, plus de rencontres. Dans le monde du design, tu travailles sur ordinateur la plupart du temps alors que moi j’aime être tout le temps dehors ou dans la cuisine », sourit-il. Frais et bio Ce n’est que deux ans plus tard que sa petite affaire décolle réellement. « Je me suis mis à faire des yaourts au lait de coco et j’ai investi dans un moulin à graines pour faire du beurre d’amande, du beurre de coco et un peu de beurre de fleur », explique Habib. La liste des clients s’allonge, sa production aussi. Aujourd’hui la gamme de produits Village Nut est

distribuée dans les magasins bio Earth Shop et Organic Live. « Je vend aussi les bouteilles à des coffee shops qui l’utilisent pour faire des cafés très légers et des muesli », ajoute-t-il. On les trouve aux Backburner, à Saïfi Village et au centre-ville, et dans les cafés Sip à Gemmayzé et Aïshti by the Sea à Antélias. Il collabore également avec le traiteur bio Organic Sisters et The Sage Parlour à Mar Mikhaël. Trois ans après le lancement de Village Nut, Habib Fakha produit 45 bouteilles de lait par jour ainsi que 60 boites de yaourts et 4 kg de beurre par semaine. Pour l’instant, il est son unique employé. « Je commence à préparer le lait à 3 heures du matin et le livre entre 3 et 7 heures, 6 jours par semaine. Mes produits sont vraiment frais, sans additifs ni conservateurs » insiste-t-il. Il précise par ailleurs qu’il importe tous ses ingrédients d’enseignes européennes (françaises, britanniques ou allemandes) certifiées bio. Il y a trois mois, Habib Fakha a décidé « d’arrêter pour de bon » la publicité pour se consacrer à 100 % à la production de ses laitages alternatifs. Un virage qui, in fine, lui permet de vivre en accord avec lui-même. « Avant je vendais des pubs pour des produits qui ne sont pas bons pour la santé, comme les sodas. Au moins maintenant je sais ce que je vends, je sais que mon produit est parfaitement propre », souligne-t-il avec satisfaction. Certes, pour l’instant sa nouvelle activité lui permet surtout de « payer ses factures », mais bien qu’approché par plusieurs partenaires potentiels, Habib est encore hésitant quant à l’avenir. « Bien sûr, je souhaite développer l’activité, créer d’autres produits. On m’a même proposé de financer mon business et de développer une grande industrie à la chaine mais je ne suis pas certain de vouloir aller dans cette direction, confie-t-il. Je n’ai pas encore une idée très claire de la prochaine étape ». Affaire à suivre. www.instagram.com/thevillagenut/

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PATISSERIE

AMIRAH KASSEM, L’ A U T R E W I L LY W O N K A

PAR JOSÉPHINE JOYEUX

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Avec plus de 18 000 abonnés sur Instagram et ses articles dans le New York Times, Vogue, Nylon ou encore Vice, la jeune et jolie Amirah Kassem a su faire connaître les recettes de ses pâtisseries bien au-delà du quartier branché et huppé de son magasin new-yorkais, « The Flour Shop ».

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Son secret ? Les « sprinkles and smiles » – répondrait assurément celle qui s’est engagée à personnifier son expression favorite « des paillettes et des sourires » - chaque seconde de son quotidien ! Elle est l’incarnation parfaite de la joie de vivre. Avec ses yeux bleus pétillants, ses boucles coifféesdécoiffées, son rouge à lèvres scintillant et ses tenues hautes en couleur, Amirah Kassem semble pouvoir entraîner qui bon lui semble dans son univers acidulée, à mi-chemin entre le monde décalé et branché des fashionistas et celui féerique et appétissant de Willy Wonka, l’excentrique confiseur de « Charlie et la Chocolaterie ». La jeune femme, qui a grandi à Juárez, au Mexique, avant de suivre des études de design et de marketing à Los Angeles, est à la tête de la pâtisserie la plus hype de New-York. « The Flour Shop », fondé en 2012, fait aujourd’hui parler de ses confiseries aux quatre coins du monde. Sur les réseaux sociaux, les clichés de ses cakes aux couleurs chatoyantes, tantôt en forme de pizza, tantôt en forme de licorne, se likent et se partagent par milliers pendant qu’Amirah Kassem diffuse sa bonne humeur à coup de commentaires légers et savoureux. Le cocktail est efficace. Le succès a souri ces dernières

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années à la jeune et jolie pâtissière, à tel point qu’elle compte aujourd’hui parmi sa clientèle Sting, Katy Perry, Valentino ou encore Snoop Dog ! Comme dans les romans La jeune femme n’avait pourtant jamais pensé ouvrir sa propre pâtisserie. L’histoire de « Flour Shop » est chimérique. Elle commence comme dans les romans, par une histoire d’amour. Amirah Kassem qui a appris à cuisiner dès sa plus tendre enfance au Mexique, avec sa mère et sa grandmère, a toujours aimé mettre la main à la pâte et laisser libre cours à son imagination derrière les fourneaux. Ce n’est donc qu’exclusivement par plaisir qu’elle a commencé à vendre ses truffes au chocolat à Soho, au café Intégral. Mais la mayonnaise a tout de suite pris. Séduits par sa recette, ses clients n’ont cessé de croître jusqu’au jour où, pressée par une demande toujours plus importante, elle décide de lancer son propre business. Le risque est important pour la jeune femme qui n’a alors que 25 ans. Mais c’est la preuve que, derrière ses airs de poupée déjantée, la pâtissière surdouée et archi-tendance est avant tout une femme décidée et assurée. 253

Un tourbillon d’amour et de bonne humeur « Flour Shop représente tellement de choses différentes pour moi, dit-elle. C'est une bulle de soleil et d'arcs-en-ciel au cœur de Manhattan, une boulangerie qui peut faire de tous vos rêves de gâteau, une réalité ! ». Le site internet de Flourshop et sa boutique, située dans le quartier des galeries d’art et des vitrines de luxe new-yorkaises de Soho, feraient saliver n’importe quel visiteur. Le chocolat semble effectivement y abonder quand il n’y dégouline pas, les sucreries s’y mangent en épaisses couches et par dizaines, les couleurs sont vives et relevées, les paillettes y sont comestibles et les formes des gâteaux aussi amusantes qu’élégantes… Les yeux fermés, on imagine facilement l’univers 100% comestible et débordant de magie de Roald Dahl… Et c’est sûrement là, le plus grand talent d’Amirah Kassem. Au-delà de ses dons culinaires et de son sens aigu du style, la jeune femme a la faculté de plonger n’importe qui, et de manière instantanée, dans un tourbillon d’amour et de bonne humeur. Loin de la morosité des temps modernes. Comme un diffuseur de bonheur. www.flourshop.com


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VOYAGE CULINAIRE EN EXTRÊME ORIENT Saveurs street food venues d’Extrême Orient et ambiance zen ; bois, vieilles pierres, béton et teintes de beige et rose, le nouveau restaurant Far Eats nous embarque pour une aventure culinaire, à la nouvelle adresse foody d’Antelias, Zero4.

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Au coin d’une échoppe en Corée, les clients savourent leurs bibimbaps, un bol de riz frit accompagné de toutes sortes de légumes ou viandes ; choux, carottes, épinard, poulet ou bœuf et l’indispensable œuf, le tout mélangé et relevé d’une sauce. Dans les allées des nights markets en Chine, les gourmets font la queue pour déguster un bao bun, ce petit pain farci de viande ou légumes, cuit à la vapeur. Far Eats a fait le pari de faire découvrir au Liban ces expériences street food venues d’Extrême Orient. L’ambiance est décontractée ; murs en béton qui conservent l’aspect brut de l’espace, lui-même réchauffé par les coloris des assiettes aux motifs ludiques, fleurs, arbres, légumes ou animaux marins, et les luminaires en toile de jute. Les étagères en bois font figure de boutique de souvenirs. Au choix, on peut rapporter chez soi des services à thé en porcelaine, des baguettes aux motifs floraux, des bonsaïs, des figurines de geisha ou encore un livre sur le

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bonheur et autres perles de sagesse. Dans cette atmosphère de zénitude, entre l’intérieur et la terrasse, on peut déguster un saumon robata cuit à la chaleur du charbon, avec une sauce teriyaki ou anticucho plus épicée, des temaki en cônes ou des gyozas aux crevettes et sauce aigre-douce. Les cocktails et jus de fruits puisent leurs recettes dans les saveurs d’Orient ; matcha, lychee, yuzu ou citronelle. De nouvelles spécialités chaque semaine Le concept Far Eats créé par l’agence Addmind est une invitation au voyage culinaire. Emile Razzouk, l’un des propriétaires, a vécu plusieurs années à Singapour. De retour à Beyrouth, il ressent la nostalgie de ces mets street food authentiques qui parfument les rues de la cité-Etat. Il décide alors de lancer une nouvelle adresse aux gouts d’ailleurs. Pour concevoir la carte de Far Eats, des spécialités venues de Corée, 255

de Chine, du Japon et de Thaïlande sont sélectionnées. L’équipe cosmopolite qui s’active derrière les fourneaux participe aussi à la préparation du menu pour apporter des curiosités de contrées lointaines. Emile, friand de ces gourmandises, propose aux chefs de faire découvrir de nouvelles spécialités chaque semaine. Quand le Népal est mis à l’honneur, le chef venu de Katmandou concocte des momos: ravioles farcies de poulet, coriandre et épices. C’est ensuite vers l’ile Maurice que les papilles peuvent s’envoler avec des samoussas frites garnies de lentilles et pommes de terre. Avant de se pencher sur le concept du restaurant, l’équipe créative et les chefs se sont rendus sur place pour puiser leur inspiration dans l’esthétique et les gouts de cette région du globe. Au retour, ils rapportaient dans leurs bagage leur nouvelle enseigne Far Eats, une escapade en Extrême Orient à deux pas de Beyrouth. Zero 4, Naccache, Metn, T. +961 76 000667


PÊCHE DU JOUR PA R M A R I A L ATI PHOTOGRAPHIE TONY ELIEH

Quelques tablées, des produits frais de la mer et une passion intarissable pour l’excellence du produit, c’est la recette d’Elias et Kelly, les deux amis qui ont ouvert il y a quelques mois, dans le quartier Sodeco à Beyrouth, leur restaurant Kelly’s Fish Lounge. 256


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Au comptoir, du poisson frais. Aux plateaux, les mains expertes d’Elias qui découpent le bar au couteau avant de le servir. Dans les assiettes, crevettes grillées, calamars ou poulpes à la provençale, ceviche de thon ou rougets frits. Les assaisonnements sont simples, un filet d’huile d’olive et de jus de citron, du citron, de la roquette et des feuilles de thym, de menthe ou de romarin : C’est le bon gout du poisson frais qui est d’abord mis en avant. Sur le sujet, Elias et Kelly en connaissent un rayon et n’hésitent pas à partager leurs conseils. Ils expliquent qu’avec les changements climatiques, de nouvelles espèces de poisson, venues de la mer Rouge et dont il faut se méfier, se sont installées en Méditerranée. Que le mérou doit atteindre une certaine taille avant d’être pêché pour que l’espèce puisse se reproduire, ou encore que les coquilles Saint Jaques qui s’accrochent aux rochers sont particulièrement sensibles à la pollution, ce qui impose de les importer de l’étranger quand elles disparaissent de nos rives. L’odeur,

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l’aspect ou la zone de pêche sont autant d’indices qui permettent de cerner la qualité d’un poisson. L’ambiance conviviale, où les clients peuvent observer le chef en cuisine dans un décor personnalisé par la mère d’Elias, artiste peintre, et son amie Luciana; collages de coquillages, tableaux de sirènes, animaux marins peints sur les tables et chaises en bois, nous plongent dans cet univers aquatique . Au départ, un petit marché de poisson Le restaurant est né de la rencontre de ces deux amis passionnés de chasse, de pêche et de bonne cuisine. Kelly et Elias se croisent d’abord dans les boutiques d’équipements sportifs, puis, devenus amis, ils multiplient les soirées entre potes où, ensemble, ils se mettent en cuisine pour mijoter une recette bien à eux de grillades de poisson, de gibier du jour. Kelly est féru de la mer. Champion du Liban d’apnée, quand il n’est pas sous l’eau ou sur un bateau de pêche, il se rend sur les étals du marché de Tripoli 257

pour dénicher le meilleur poisson. Fort d’une expérience de longues années dans la restauration, spécialisé dans la cuisine du poisson, il est aux commandes, derrière les fourneaux. Elias, son acolyte, diplômé en marketing et psychologie, met en place l’espace et le concept Kelly’s, encouragé par son père qui préfère le voir créer une entreprise au Liban plutôt que partir à l’étranger. Il y a sept mois, ils inauguraient Kelly’s comme un marché de poisson, avec uniquement deux tables, pour le plaisir de continuer à préparer leurs grillades pour les amis. Mais la cuisine simple, autour de bons produits de la mer, fait mouche et les clients en redemandent, tant et si bien qu’au bout d’un mois Elias se décide à rajouter deux ou trois tables pour transformer le marché de poisson en petit restaurant. Depuis, Kelly’s Fish Lounge ne désemplit pas et les habitués se pressent pour déguster les trouvailles du jour.

Sodeco 2, Rue Petro Trad, Ashrafieh, Beyrouth, T. +961 1 422 115


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SUR LE TOIT DU MONDE À Akoura, La Dâtcha est un cocon de bien-être aménagé en altitude au milieu de terres encore vierges. Un voyage en soi. 258

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Sur Airbnb, elle fait partie des « superhosts ». A peine un an après sa mise en location, La Dâtcha ne désemplit pas. Ses propriétaires, les soeurs Schehadé, sont les premières étonnées. « On ne pensait pas qu’on allait avoir une affluence aussi régulière, pourtant c’est un endroit assez isolé », confie Sarah, 24 ans. Il faut dire que l'auberge, située à Akoura, a plus d’un atout. La vue, en premier lieu. Perchée au sommet d’une colline, elle jouit d’un panorama à couper le souffle sur les montagnes et la vallée. Par temps de brume, le spectacle est tout simplement magique. La maison surplombe les nuages, et l’on se sent alors seul au monde. Un paysage qu’on ne se lasse pas d’admirer depuis la terrasse du jardin ou à travers les grandes baies vitrées du salon. Family house À l’intérieur, la décoration, rustique et raffinée, allie bois, grandes arcades et canapés en cuir. Dans les chambres, des édredons fleuris assortis aux rideaux recouvrent des lits à baldaquins en bois sombre qui ont vu passer trois générations. Les photos de famille laissées çà et là ne font que renforcer l’hospitalité des lieux dont les propriétaires vivent la plupart du temps à l’étranger, l’une en Turquie, l’autre aux Emirats. « Mon père a construit la maison il y a douze ans. Il est décédé depuis, et nous vivons à l’extérieur du pays. Il y a un an, nous avons voulu la faire vivre de nouveau. Nous n’avons rien changé, nous voulions garder cet esprit de « family house » ,

poursuit Sarah Schehadé. « Mon père voulait un endroit qui soit isolé de tout. Comme il parlait le russe, il disait tout le temps qu’il voulait « monter à La Dâtcha », d’où le nom de la maison ». C’est donc à distance que la jeune femme, qui vient de terminer ses études d’hôtellerie, chouchoute ses visiteurs. « Je sais à quoi les gens peuvent s’attendre, et comment les surprendre », assure-t-elle. « J’aime bien laisser de petites surprises. Par exemple le matin, on sert des petites mana’ichs sur le four à saj de la maison et des fruits de saison. On a aussi des bonbons et des chocolats éparpillés un peu partout ». Dans leurs commentaires sur Internet, les clients, des expats libanais pour la plupart, ne tarissent pas d’éloges. En toute saison, le cadre est à la fois grandiose et pittoresque. L’hiver, quand elle sera recouverte d’un épais manteau de neige, La Dâtcha sera le point de chute idéal pour profiter des sports de montagne. La station de ski de Laqlouq n’est qu’à 6 minutes en voiture. Le reste du temps, c’est une explosion de couleurs et de senteurs, les rosiers au printemps, les odeurs du verger en été et les camaïeux du rouge au marron à l’arrivée de l’automne. D’une superficie de 12 000 m2, le jardin est un petit paradis sur terre avec ses arbres fruitiers en terrasse, sa fontaine, ses multiples recoins et son poulailler. Même si, sourit Sarah, « pour l’instant il n’y a plus de poules car elles ont été mangés par le renard ». Mais, promet-elle, « on va bientôt en ramener de nouvelles ».

Laqlouq, El Aaqoura, T.+961 3 294 438 260

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A better way to live

AĂŻshti, seaside road Antelias, Lebanon T. 04 711 941


AL HAUSH, D U V E R G E R À L A TA B L E

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PHOTO ABBAS SALMAN

A l’arrivée, parmi les champs de blés qui s’étendent à perte de vue, une chaleureuse demeure nous accueille, Al Haush. Dans la Bekaa, à Houch el Ghanam, cette résidence familiale, désormais maison d’hôte, raconte l’héritage d’une région agricole.


D’emblée l’accueil donne le ton de la maison. Sur un comptoir, des délices qui évoquent une certaine nostalgie sont servis à toute heure. Il y a la tisane à l’anis ; le sirop de pétales de roses, issu des rosiers du domaine ; les « janerek », prunes printanières, vertes et croquantes ; les petites pommes vertes, cueillies dans les arbres alentours ; les brownies à l’huile de lavande, et les loukoums que l’on adore écraser entre deux biscuits. Cerises, abricots, fraises, coings, poires, amandes, thym, sumac ou piments sont cueillis, entre verger et potager, autour de la maison. Ces ingrédients apporteront l’inspiration au menu du restaurant sur la terrasse. Focaccia au romarin, pizza dont la pâte est préparée sur place, tomates, basilic et fromage frais, spaghettis au pistou, les récoltes se retrouvent dans les assiettes, arrosées de vins de la région. Dans l’atelier, Nisrine, une jeune femme du village, dynamique et passionnée, s’amuse à redécouvrir l’usage des alambics pour fabriquer de l’eau distillée à la rose, à la sauge ou à la lavande, de la glace et des confitures ou du zaatar pour les man‘ouché. Au petit déjeuner, servi sur la terrasse surplombant une plaine ou sont cultivés pommes de terre et blé, les œufs ramassés dans le poulailler sont

ÉVASION

préparés dans des plats en terre cuite. Dans une aile du domaine, les anciennes écuries ont été aménagées en chambre d’hôtes. En sortant, le matin, on peut plonger dans la piscine, passer saluer les biches dans la petite ferme et peut être éviter de s’aventurer trop près des ruches où le miel est produit, avant de se rendre sur un chemin de randonnée aménagé pour apercevoir, au-delà des champs, le Mont Sannine, les cèdres et l’Anti-Liban. Portraits de famille et fêtes de village Al Haush est avant tout une maison familiale. Originaire de la région de Choueifat, près de Beyrouth, Salim, le grand père grandit au milieu des oliviers, puis part pour le Mexique. A son retour au Liban, des années plus tard, il est témoin de l’urbanisation de sa région, Choueifat. Ce n’est que dans la plaine de la Bekaa qu’il retrouve l’ambiance agricole dans laquelle il a grandi. Il construit alors sa maison, dans les années 1940, qui sera petit à petit agrandie. Chaque génération s’attache à conserver l’héritage agricole du lieu. Il y a moins d’un an, la famille décidait de lancer ce projet d’agritourisme pour faire partager cette passion. Les vieux portraits de famille et des habitants du village sont 264

accrochés sur les murs des chambres et des différents espaces de détente. On peut y voir, les jours de fêtes où la foule se bouscule entre musique et danses, les cavaliers sur leurs montures et la grand-tante Samia qui conduit un char tiré par un bœuf. Sur une autre photo prise quelques années plus tard, quand l’agriculture se mécanise, on retrouve la même aïeule aux commandes d’un tracteur. Couvertures aux couleurs chatoyantes et khaima (tente bédouine), rappellent l’époque ou Khaled, le fils de Salim, se rendait dans les campements pour jouer avec les enfants bédouins. Faysal, le petit-fils, se souvient pour sa part qu’enfant, avec ses cousins, il sortait du salon ou trônent une cheminée mexicaine et un grand poêle pour se réchauffer l’hiver, et se rendaient sur la terrasse, puis, en dégringolant sur des sacs de pommes de terre, descendaient dans la cour où se trouvent désormais cinq chambres d’hôtes bordées d’un jardin de fleurs et d’herbes aromatiques. Dans ce labyrinthe de verdure chaque recoin est une nouvelle occasion de s’émerveiller et de profiter de la douceur de ce lieu hors du temps. Houch el Ghanam, Zahlé, Bekaa, T. +961 3 911 110, www.alhaush.com

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VENISE EN FÊTE POUR LES 50 ANS DE FERRETTI YA C H T S PAR F.A.D

Fin juin à Venise, entre le quai de l’Arsenal et le « Molo » de la place Saint Marc, Ferretti Yachts célébrait son 50e anniversaire. L’énergique maire de la ville, Luigi Brugnaro, avait contribué à la magie de l’événement en confiant au constructeur naval les clés des lieux les plus exclusifs de la Sérénissime.

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PHOTO DR

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rois jours de festivités, mais trois jours comme Venise en a rarement vécus. D’abord, les balcons du palais des Doges, exceptionnellement ouverts aux invités qui, en tenue de cocktail, rivalisaient d’élégance. Tandis que se déversait le champagne et que la musique recréait littéralement une onirique atmosphère Renaissance, alors que la flotte des yachts Ferretti avançait majestueusement vers la rade de Saint Marc, les accents de Fratelli d’Italia, l’hymne national italien, ont surgi tout à coup. Une minute, trente huit secondes, et soudain un grondement recouvre la Lagune provoquant l’envol de milliers d’oiseaux. Au pied du Palazzo Ducale les touristes se figent et brandissent leurs caméras. Un long panache vert-blancrouge se mêle aux feux du crépuscule. Les Frecce Tricolori, patrouille acrobatique officielle de l’Aéronautique militaire italienne, en formation de neuf avions, viennent de surgir de derrière la Basilique Saint Marc. On voit des

larmes perler aux paupières. L’émotion est à la hauteur des spectaculaires figures tracées par les pilotes dans le ciel de Venise. Le même jour, un siècle plus tôt, mourait Francesco Baracca, « l’As des as » de l’aviation militaire italienne, dans une ultime bataille contre l’armée austro-hongroise. Cette parade aérienne est aussi l’occasion pour les fiers successeurs du héros national de lui rendre hommage. Près d’une des fenêtres en ogive du palais, un homme s’éloigne de la foule pour pleurer : c’est Alberto Galassi, le CEO du groupe Ferretti. Impliqué dans chaque détail de l’événement, et même dans l’orchestration de ce moment à la seconde près, cet avocat international, qui a restructuré l’entreprise italienne pour en faire un groupe leader des bateaux plaisance, n’imaginait pas à quel point le résultat de cette coordination serait grandiose. La suite est de la même eau, avec un dîner de gala servi par le restaurant du mythique hôtel Cipriani dans la Salle du Conseil majeur du 267

palais des Doges, entre « Le Paradis » du Tintoret (la plus grande toile au monde), et le magnifique « Triomphe de Venise» de Véronèse. La privatisation de cette salle exceptionnelle relève d’un petit miracle réalisé par le maire de Venise, Luigi Brugnaro, qui ne boudait pas son plaisir de collaborer avec le constructeur italien, offrant ainsi à sa ville l’occasion de renouer avec son histoire maritime. Boat show à l’Arsenal Le lendemain, les invités venus du monde entier -et dont la plupart font partie des propriétaires de yachts Ferretti, se rendaient à pieds à l’Arsenal, par une voie exceptionnellement ouverte à leur intention. Ancien chantier naval qui a fait la fortune de la République sérénissime dès le 12e siècle, l’Arsenal accueille depuis 1999 les célèbres Biennales d’art contemporain et d’architecture de Venise. Ce jour-là, toute l’armada Ferretti y était amarrée par ordre de taille et de puissance, et l’on s’attendait à voir sortir sur le pont


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FerrettiYachts 50ème, © Maurizio Paradisi

L’art de combiner solitude et mondanité Long de 67 pieds (20,24m), le Ferretti

670 bénéficie d’un design réalisé en collaboration avec l’architecte Filippo Salvetti. Avec son fuselage type, fidèle à l’ADN de tous les yachts Ferretti, il a été conçu de manière à préserver l’intimité et l’indépendance du propriétaire tout en lui permettant de recevoir de nombreux invités. À l’entrée du bateau, un grand salon couvert surplombe quatre belles chambres à coucher élégamment meublées, chacune équipée de sa propre salle de bain, y compris une suite de maître avec sa salle d’études. À l’avant, un vaste pont équipé de matelas permet de jouir du paysage presque sans recevoir d’embruns. La cabine de pilotage, aménagée sur le pont supérieur, est entourée d’un bel espace de détente sur une surface de 25m2. Le bas du bateau bénéficie d’un radeau extensible qui peut servir de plongeoir autant que de plateforme de bronzage et facilite l’accès à un dinghie pour une sortie en ski nautique. La passerelle télescopique, actionnée à l’électricité, offre une incomparable stabilité. La 268

décoration intérieure favorise un aménagement personnalisé en réduisant le nombre de meubles intégrés rendus inutiles par le système antiroulis. Le Ferretti 670 se distingue par une optimisation innovante de l’espace, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, ainsi que par un confort inégalé, à quai comme en croisière. Symbole de l’évolution de la marque dans le respect de sa propre tradition, ce yacht incarne 50 ans de recherches, de développement et de réponses aux attentes du client, avec ce sens italien de l’esthétique qui en couronne l’excellence. Le groupe Ferretti, leader mondial de l’industrie des bateaux de plaisance, réunit sous sa bannière, en plus du label Ferretti, les marques Riva, Pershing, Itama, Mochi Craft, CRN et Custom Line. Ces sept enseignes produisent des bateaux prestigieux de divers styles et identités dans des chantiers navals implantés en Italie.

www.ferretti-yachts.com

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de chaque yacht quelque personnalité inaccessible, éberluée de voir tant de photographes en ce lieu délibérément isolé du monde pour la matinée. Pour le maire de Venise, cette exposition est une première qui préfigure le lancement, à partir de 2019, d’un boat show annuel à l’Arsenal. Une sortie en mer est organisée au large de la Lagune. A bord du Ferretti 670, le tout nouveau fleuron de la flotte, on éprouve et approuve en direct l’élégance, le confort et les performances ventées par le constructeur. Le système antiroulis de dernière génération permet, à grande vitesse, de savourer son champagne en ignorant les vagues. Tout autour défilent ou se profilent les iles mythiques de la Sérénissime : Lido, Murano, Burano, San Michele… Des siècles d’histoire et de beauté que le passage du yacht ne fait même pas frémir.


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CORRESPONDANCE

BRAIN DRAIN RENTRER / RESTER PAR LAURA HOMSI

On quitte presque tous le Liban avec une idée en tête, celle de rentrer un jour. Quand on aura trouvé notre voie, réussi, fait carrière. Revenir pour impulser un souffle nouveau. Une rengaine vieille comme le monde, que tous les Libanais hors de chez eux ont répété au moins une fois. Et pourtant, plus les années passent, plus les certitudes deviennent flottantes. Cette décision se transforme en épée de Damoclès. On la remet à plus tard, on se dit que l’on a encore le temps. ‘’Tu vas rentrer vivre au Liban ?’ Lors d’entretiens, d'apéros animés ou de dîners entre amis… la question persiste quelle que soit l’occasion. On a beau essayer de faire l’autruche, elle revient toujours à la charge. On y réagit avec un

haussement d'épaules innocent et une réponse un peu bateau, jusqu’au jour où il faut trancher. Je pense sans cesse à la situation de cette amie, installée en Europe depuis quelques années, acculée à l’ultimatum. Elle a l’opportunité de suivre au sein de sa boite un programme de formation quasi-militaire qui pourrait propulser sa carrière vers un avenir brillant. Deux ans de sueur et de sacrifices, si intenses qu’elle devra mettre sa vie personnelle entre parenthèse. Suivre cette formation n’a de sens que si elle reste en Europe. Au Liban, ce programme sera quasi inutile puisque son entreprise n’a pas de filiale libanaise. Si elle se décide donc de rentrer à terme au Liban d’ici 3-4 ans, les efforts liés à cette formation auront été vains. Et quand on a 25 ans, ce sont des années qui comptent! Et bien qu’elle pensait pouvoir remettre la discussion du ‘’rentrer / rester’’ à plus tard, elle a un couteau sous la gorge. Cette décision pilotera toutes les autres. On est nombreux à ne pas savoir si on veut d’une vie où la man2ouche sera toujours disponible à la dekkeneh 272

du coin. Si accessible qu’on l’oublie et la néglige. Ou si elle restera cette denrée rare ramenée dans les valises et conservée au réfrigérateur en cas de man2ouch-ite aigue. Il n’y a pas de bonne solution, ni de cas de figure idéal. Il y a des jours où les planètes sont alignées et l’on sent qu’on est exactement là où il faut. Et puis ceux où on se languit de Beyrouth et la nostalgie prend le pas. Finalement, tant que la question reste en suspens, on a la chance d’avoir accès aux deux. Ca permet de multiplier les ‘’chez soi’, même si je me surprends souvent à dire ‘’je rentre à la maison’’ quand je parle de Beyrouth, sans pour autant rendre la pareille à Paris. L’idéal serait une vie qui fait le pont entre les deux villes. Sinon, j’attends encore la personne qui inventera la téléportation en 20 secondes top chrono, afin de pouvoir sauter d’une plage à Batroun à une expo au Musée des Arts Décoratifs en claquant les doigts. Avec changement de tenue pour tenir le rythme s’il vous plaît. Et une man2ouché pour le trajet, c’est encore mieux.

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Septembre aura toujours un arrière-goût de rentrée. C’est l’occasion de tenter de prendre de nouvelles résolutions ‘’sauve qui peut’’, avant de se rattraper avec une foule de bonnes intentions en janvier. Pour moi, septembre est aussi un décompte qui rime avec une année de plus à Paris, une année de plus, loin de Beyrouth.


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L'Officiel-Levant, August/September Issue 85  
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