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La vie

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La maison Schiaparelli n’en finit pas de ressusciter : expositions, inaugurations, annonces, cocktails, dîners… mais sans encore franchir le pas qui sépare le rêve de la réalité. Par Francis Dorléans

D

epuis le rachat de Schiaparelli par M. Diego Della Valle, les événements et les manifestations se succèdent sans apporter de réponses concrètes à la question que tout le monde se pose : qui va présider aux destinés de la maison ? C’est quand même ce qui intéresse le monde de la mode ce jeu des chaises musicales : un tel passe chez un tel, un tel reste chez un tel, un tel remplace un tel. Et chez Schiaparelli ? Depuis deux ans qu’on en parle, on n’en sait toujours rien. On a évoqué un moment Galliano. On disait qu’Anna Wintour soufflait dans ce sens. D’autres noms ont circulé. Nicolas Ghesquière qui venait d’arrêter Balenciaga aurait pu faire l’affaire, mais l’affaire ne s’est pas faite. Alaïa aurait été formidable, mais c’était utopique. Bref, des tas de noms, mais jamais le bon.

des broderies de jais, des capes, des poches surdimensionnées… Tout cela était très joli, mais, au risque de passer pour terre à terre, on peut quand même se demander à quoi servent ces modèles présentés comme des pièces uniques ? D’autant qu’on nous annonce d’autres manifestations du même ordre ; d’autres artistes invités à s’exprimer sur le sujet. L’hommage érigé en perpétuel devenir ? L’idée est assez belle, même si elle tourne le dos à la réalité et comporte des risques : ne dit-on pas crouler sous les hommages ? Tout a commencé avec une exposition au Metropolitan, à New York, sous l’égide de Prada, où Miuccia Prada rendait à Schiaparelli ce qui lui revient. Un hommage avec un dîner par petites tables, un bal et tout le tralala. Le monde de la mode en émoi. Anna Wintour en maîtresse de maison. Le Tout-New York, le Tout-Paris. Tout cela très œcuménique. On a ensuite inauguré les salons, place Vendôme, à l’endroit même où Schiaparelli officiait. L’idée était de recréer l’atmosphère de la maison de couture. Schiaparelli dans ses meubles en quelque sorte, avec beaucoup d’objets lui ayant appartenu : une

Tout a commencé avec une exposition au Met, à New York, sous l’égide de Prada, où Miuccia Prada rendait à Schiaparelli ce qui lui revient.

Avec les 18 modèles de Christian Lacroix, présentés en juillet dernier, au musée des Arts décoratifs, le mystère s’épaissit encore, comme on disait naguère dans les romans policiers. Christian Lacroix n’a jamais caché l’admiration qu’il portait à Schiaparelli. Comme Saint Laurent avant lui. Et combien d’autres (on n’en finirait plus d’énumérer tout ce que les couturiers lui doivent). Il n’était donc pas illégitime de demander à Christian Lacroix de donner sa version et le résultat était à la hauteur de ce qu’on pouvait en attendre : beaucoup de rose shocking, 174

octobre 2013

sphinge, les fameux mannequins en bois articulés, des choses de Serge Roche, de Jean-Michel Frank, des dessins et des photos à foison, Christian Bérard, Marcel Vertès, Leonor Fini, Jean Cocteau et même un Salvador Dalí. On s’y croyait ou on s’y serait cru. Elle n’était pas là, mais elle n’était pas loin. On ressentait une absence presque palpable qui invitait au spiritisme. « Esprit es-tu là ? M’entends-tu ? » Malheureusement, faire tourner les tables n’est pas une science exacte et si Schiaparelli nous a entendus, elle n’a pas daigné nous donner de plus amples renseignements. Farida KheLFa pour incarner L’image de La marque

Je soupçonne Diego Della Valle d’être sentimental. Le rachat de Roger Vivier en apportait la preuve. Celui

Croquis de Christian Lacroix pour Schiaparelli.

photos dr

L’hommage érigé en perpétueL devenir ?

L'Officiel-Levant, October Issue 39  

The October issue of L'Officiel-Levant asks Beirut: what's new? The answer comes in the form of art, food, music and fashion.

L'Officiel-Levant, October Issue 39  

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