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aya Rahman aime son héritage culturel lié aux origines de ses parents. Moitié jordano-palestinienne, moitié libanaise, la jeune femme qui est née au tout début de la guerre a fait beaucoup d’allers-retours entre Beyrouth, Paris et l’Arabie Saoudite. Puis elle s’installe « pour de bon » en France. L’école puis la fac. Assas pendant un an. « Je déprimais pendant les cours de droit. À 17 ans, on ne sait pas encore ce qu’on veut faire. En parallèle à mes études, j’allais au cours Florent. J’ai abandonné mes études de droit. J’ai réalisé que j’avais une petite fibre artistique, ce que je ne savais pas avant. Je dessinais, sans plus. Et aujourd’hui, je suis pluridisciplinaire dans le domaine de l’art ». Elle s’inscrit à Parsons à Paris, continue l’art dramatique au Cours Florent, enchaîne avec la méthode Actors Studio, puis se rend à New York où se succèdent histoires rocambolesques et cours de design de produits. Elle rentre à Paris, huit mois plus tard, décidant au passage qu’elle détestait New York. « J’ai toujours eu la bougeotte. Mon école faisait une correspondance avec l’AUP, je prends des cours de photo et là, c'est le premier coup de foudre de ma vie. Depuis, je ne suis plus jamais sortie de la chambre noire. Littéralement. » Une passion qui la pousse à s’inscrire à Speos, une école spécialisée en photo. Deux ans derrière l’objectif et toujours des cours d’acting. « Je me jette toujours de façon spontanée dans une nouvelle aventure et généralement sans peur. En 2001, j’ai écrit et réalisé mon premier court métrage : Blanche, une satire de Blanche-Neige ou les sept rendez-vous amoureux de Blanche, en quête du grand amour. C’était drôle, cynique et burlesque. » On y retrouve à ses côtés Patrick Mille (par ailleurs compagnon de Justine Levy) qu’on a vu dans "99 Francs", People ou "Je vais te manquer", et Christian Vadim entre autres. Laya Rahman travaille en free-lance. Continue la photo et les petits tournages. « J’avais 24 ans et j’avais commencé à écrire mon deuxième court-métrage. Je ne sais pas pourquoi, j’avais envie de le tourner à Beyrouth. Par romantisme ou par nostalgie, ou peut-être les deux à la fois. Je préparais aussi ma première expo photo. Ma vie privée étant très bohème, n’étant pas vraiment fixée quelque part, je pouvais aller et venir là à ma guise. Je suis allée en Inde, je voyageais beaucoup. Et je préparais mon tournage. » Ce courtmétrage, c’est O.U.T. (Once Upon a Time) ou l’histoire d’un Liban à la merci des esclaves, d’un Roméo et d’une Juliette aux amours impossibles. Un même ton burlesque, mais alors que Blanche avait été distribué, celui-ci ne trouve pas de producteur. « Le tournage a été un souvenir génial. On n’a eu que des pépins. Rupture de budget, pluie tout le temps, acteurs absents, problèmes d’électricité. » Fin de non recevoir pour son film. Mais la jeune femme ne s’arrête pas. Elle n’en a pas le temps. Elle donne sa première exposition de photos à la Heart Galerie à Paris. Elle imprime ses photos transparentes sur du bois ou sur de l’alu. Ses photos sont essentiellement composées de nus. Des nus qui feront dire à certains Libanais que Laya Rahman fait du porno. Elle tente d’exposer à Beyrouth, les galeries lui ferment la porte au nez. « Certains galeristes m’ont traitée de pornographe, alors que ce ne sont que des nus. Et un soir, alors que je prenais un verre au Zinc, j’ai demandé au proprio s’il exposerait mes instantanés, il a tout de suite dit oui. J’en ai vendu pas mal. Mais le plus drôle, c’est le passage des photos à la douane. Moi, au milieu de tous ces mecs et les photos qui sortaient sous leur regard concupiscent. On a beaucoup

L'Officiel-Levant, October Issue 39  

The October issue of L'Officiel-Levant asks Beirut: what's new? The answer comes in the form of art, food, music and fashion.

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