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ACTION/RÉACTION

CÉGEP DE JONQUIÈRE

UN JOURNAL WEB ÉTUDIANT QUI SE DÉMARQUE | LOBTUS.COM


Photos :Maxime Bouchard

L’ART PERFORMANCE, QU’EST-CE QUE C’EST?

Dans le cadre de la troisième édition d’Action-Réaction, les étudiants au niveau collégial ont expérimenté autant sur scène que par ateliers l’art performance. Mais en quoi consiste cette forme d’art plutôt originale? Camille Bouchard

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L’art performance est une forme d’art qui se construit; il amène un sujet, une émotion», affirme Annie Baron, responsable de l’événement Action-Réaction. La créativité et l’imagination caractérisent cette forme d’art. C’est à la fois un mélange de musique, de présence, de cinéma, de théâtre, d’architecture, de danse, de sculpture, de peinture, de vidéo, de dessin, d’action et de musique. Le but : repousser les normes de l’art et porter une réflexion au spectateur. «L’acte performance est un atelier ouvert qui permet d’être là avec les gens», ajoute-t-elle. Une connexion avec son corps est également la clé d’un bon numéro. Les étudiants du collégial ont pu participer à des ateliers tels que «le corps dans l’espace», qui permet aux jeunes de créer un contact avec leur propre corps et celui de l’autre, ou encore «le corps social», qui expérimente la pratique de l’art performance à partir de son corps dans diffé-

rents lieux publics et sociaux. Que fait ressortir l’art performance chez les jeunes d’aujourd’hui? «La réflexion. Les jeunes sont moins agressifs qu’avant et cela se répercute dans la pratique de l’art performance. Les idées sont plus ‘’soft’’ et sont amenées plus loin dans la réflexion de son fort intérieur», affirme Annie Baron. Le changement de lieu a un impact sur la vision différente de l’art chez les jeunes: l’Université du Québec à Chicoutimi, le presbytère ou encore l’Auberge de jeunesse. «L’encouragement du milieu social s’agrandit dans notre territoire», ajoute-t-elle. D’où vient l’art performance? Cette pratique a toujours existé; les rituels et la culture sont la source de la naissance de cet art. La pratique du «body art» chez les artistes en est un bon exemple. Connaissant une forte popularité dans les années 1960, cette forme d’expression a poussé l’art aux limites de l’originalité. Qui a expérimenté pour la première fois l’art performance contemporain? Ce sont les Japonais. Grands amateurs d’art, la finesse de l’art performance aura conquis leur cœur. La calligraphie japonaise, un élément culturel important au Japon, a grandement inspiré la réflexion derrière l’art.

ÉQUIPE DE L’OBTUS Coordonnatrice de production : Mariane Bergeron-Courteau | Présidente : Vickie Lefebvre | Secrétaire : Marie Chabot-Johnson |Trésorière : Jenny Gendron Rédactrice en chef : Mariane Bergeron-Courteau | Rédacteur adjoint : Jérémie Legault | Journalistes dans cette publication : Mariane Bergeron-Courteau, Camille Bouchard, Frédérique Carrier, Marie Chabot-Johnson, Zacharie Goudreault, Frédérique Lavoie-Gamache, Jérémie Legault, Frédéric Marcoux, Jade Pinard et Christophe Racine. | Graphiste : Alexandre Girard | Correctrice : Mariane Bergeron-Courteau Photographes : Mariane Bergeron-Courteau, Maxime Bouchard et Simon Jacques | Impression : Excell Copies | Financement : AGEECJ

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PORTE-PAROLE

L’ART DE CONSTANZA CAMELO SUAREZ C’est Constanza Camelo Suarez qui a été nommée porte-parole de la troisième édition d’ActionRéaction. Pour la première soirée du festival, elle a offert une conférence aux étudiants pour expliquer ce qui la motive dans l’art.

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Frédérique Lavoie-Gamache

L’art performance me permet d’aller à l’encontre des images médiatisées. J’ai commencé à faire de l’art pour ces raisons, et non parce que j’étais poussée par un talent particulier», a expliqué d’entrée de jeu la porte-parole. Constanza C. Suarez détient un doctorat en études et pratiques des arts à l’UQAM. Désormais, cette dernière enseigne à l’UQAC. Elle vient de Colombie et y retourne tous les ans. La dernière fois qu’elle s’est rendue dans son pays d’origine, c’était pour pratiquer son art. Mme Suarez est une spécialiste dans l’art de créer une action, ou une révolte chez l’artiste, pour ensuite engendrer une réaction chez le spectateur. «La révolte, c’est le principe identitaire de base. Je me sers de ces actions pour contaminer les autres, pour les amener ailleurs», témoigne-t-elle. Ses performances peuvent amener trois résultats différents : une action choc, ludique ou cruelle. Mme Suarez fait également partie du collectif «We are not Speedy Gonzales». Ce groupe est un rassemblement d’artistes immigrants, en majorité en provenance d’Amérique latine. En 2000, le groupe a offert une performance nommée La chute. Pour la décrire rapidement, cela consiste à se laisser tomber par terre pour ensuite être capable de se relever, seul ou à l’aide de quelqu’un: «Ça représente la manière de tomber sans se faire mal et réaliser que nous sommes capables de nous relever par soi-même après une chute.» Constanza Camelo Suarez est une grande passionnée de l’art et espère pouvoir transmettre son savoir aux étudiants. Elle a d’ailleurs offert un atelier tournant autour du thème de la chute aux jeunes artistes présents.

Photo :Maxime Bouchard

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Photo : Mariane Bergeron-Courteau

DE LA VERTICALE À L’HORIZONTALE

ATELIERS

À leur arrivée à Chicoutimi, vendredi soir, les jeunes performeurs ont eu droit à un atelier donné par la porte-parole de l’évènement Action-Réaction, Constanza Camelo Suarez. Christophe Racine

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ans une pièce adjacente au Petit théâtre de l’UQAC, l’artiste d’origine colombienne a dirigé l’activité ayant pour thème la chute. Il a fallu passer par beaucoup d’épreuves avant que ne soit venu le temps d’exécuter l’ultime chute en solo. Tout d’abord, les participants se sont regroupés deux par deux. L’un guidait le second d’un bout à l’autre de la pièce avant que le duo ne se laisse choir en étant lié par un membre du corps au choix. Une fois une certaine confiance en place, on a ajouté du piquant en formant des quatuors. On a

finalement atteint le summum en exécutant la manœuvre en groupe. L’humain étant toujours debout, la porte-parole a voulu faire ressentir le refus qu’a celui-ci de passer à la position allongée. «La position verticale est propre à l’humain. Le but était de leur faire prendre conscience de cette résistance dont on fait preuve lors du déséquilibre», a expliqué Mme Camelo Suarez. Le passage entre la position verticale et la position allongée, c’est-àdire la chute, représente également le décès. «J’ai voulu montrer la relation qu’a la vie avec la mort. La peur de mourir est répandue comme la peur de perdre pied. En travaillant ensemble, on peut vaincre les craintes», a-t-elle ajouté. Une fois l’atelier terminé, les apprentis ont constaté avoir tissé des liens entre eux. «Ce n’est pas évident de se laisser pousser vers 4

un endroit sans réagir, tout en gardant les yeux fermés. Ça nous a permis de développer une grande confiance en notre partenaire», a confié Steven Girard, animateur d’un des ateliers du lendemain. S’étant déroulée dans une ambiance conviviale et tranquille, l’activité s’est également avérée apaisante. «C’était super relaxant. J’ai déjà fait du yoga et ce n’est jamais arrivé à la cheville de ceci», a relaté avec surprise Yan Guillemette, un étudiant du Cégep de Sherbrooke. L’exercice était finalement accessible à tous, d’après celui qui en était à ses premiers pas en art performance. «Sérieusement, c’est à la portée de tout le monde ce qu’on a fait ce soir. J’ai bien aimé parce qu’on apprend à bien comprendre les mouvements de notre corps», conclut le jeune homme émerveillé par sa découverte.


Photos :Maxime Bouchard

Photos : Mariane Bergeron-Courteau

LE CORPS ET L’ESPACE, L’IDÉAL POUR S’EXPRIMER

L’OBJET, SOUS UN NOUVEL ANGLE

L’atelier de Patrice Duchesne avait pour thème le développement d’un scénario performatif. L’artiste a exploité, avec les étudiants, la défonctionnalisation des objets.

L’artiste en performance d’expérience Julie-Andrée T. a donné un atelier sur le corps dans l’espace. À ses yeux, la relation entre les objets, le corps et l’espace joue un rôle majeur dans l’expression d’un message performant.

Jade Pinard

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Jérémie Legault

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Je veux donner un aperçu, un point de vue sur la performance. Pas faire ressortir les meilleures idées», amène la bachelière en studio arts de l’Université Concordia. La responsable de l’atelier a offert aux participants différents exercices tels que faire tenir un bâton en équilibre entre deux personnes tout en se déplaçant et tourner un verre d’eau à l’horizontale sans renverser son contenu. Finesse, efforts physiques et communication visuelle ont été mélangés pour faire comprendre aux élèves l’importance de la notion de l’espace dans l’art. Julie-Andrée T. a aussi voulu faire comprendre aux jeunes participants qu’il faut respecter les contraintes pour obtenir un résultat satisfaisant: «J’aime bien faire suivre des règles dans l’abstrait», résume-t-elle en souriant. De plus, pour pousser les élèves à mieux ressentir ce qui les entoure, l’artiste a tenu mordicus à ce que le silence règne lors des exercices. 5

’atelier a commencé avec quelques explications de la part de M. Duchesne. La célébration de la matière est un thème important, la matière doit être transformée par l’artiste. «Dans la performance, l’artiste demeure l’artiste», explique M. Duchesne. Le performeur doit rester en contact avec le public, le regarder dans les yeux. Les performances ont débuté par une distribution de divers objets: gants, carottes, élastiques, pommes… Seul ou en équipe, les étudiants devaient trouver un autre usage aux objets qui leur étaient assignés. «C’est très défoulant, très constructif. J’ai vraiment apprécié la transformation de l’objet.», a déclaré une étudiante du Cégep de Chicoutmi, Maria Élisa Smith. «Je n’aime pas quand c’est trop surchargé. C’est seulement une petite partie qui va continuer à faire de la performance, mais pour les autres, ça leur permet de développer leur côté spectateur», a affirmé Patrice Duchesne, content de la participation des étudiants. Une étudiante du Cégep de Jonquière, Chloé Duchesne a apprécié l’atelier: «On a beaucoup ri, c’était drôle. C’était intéressant d’avoir un point de vue différent sur l’art performance.»


EN APPRENDRE SUR SOI-MÊME

ATELIERS

Plus d’une dizaine de jeunes performeurs ont participé à une clinique sur l’attitude performative. Guidés par Sylvie Tourangeau, pionnière de l’art performance au pays, ils ont appris à découvrir leur côté performeur. Christophe Racine

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Photos : Mariane Bergeron-Courteau

haque participant devait emmener trois objets: un qui provenait de son quotidien, un document contenant des mots ainsi qu’une photocopie d’une image. Avec ces outils, ils devaient exécuter une performance en se concentrant non pas sur la fonction de ceux-ci, mais sur le rapport entre eux et l’objet. Au courant de l’avant-midi, les personnes inscrites à l’activité ont dû mettre le doigt sur leur singularité. «Il ne faut pas chercher à faire comme d’autres artistes, a expliqué Mme Tourangeau. Chacun a sa propre manière de faire. Il y a autant de performances qu’il y a de performeurs.» Une autre facette explorée lors de la matinée fut la non-anticipation. Les élèves devaient réagir à leur impulsion artistique au lieu de prévoir leurs gestes à l’avance. Pour des débutantes en art performance, l’activité s’est avérée marquante. «Même si c’était le type d’atelier auquel on s’attendait, c’était un choc pour nous d’avoir à s’exécuter devant les autres. C’est positif, ça nous a permis de chasser quelques craintes», ont confié Alexandra Legault, Anna Brunette et Paola Glémet-Ramos, trois étudiantes du Cégep de l’Outaouais.

SORTIR DE SA ZONE DE CONFORT

Le non-sens était au rendez-vous lors de l’activité «La satire et le non-sens en performance», animé par Steven Girard. Celui-ci a tenté d’unir notre âme et notre corps en nous laissant libres de performer avec certains objets. Frédérique Carrier

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Photos : Mariane Bergeron-Courteau

a première étape de cette activité était de ressentir son corps, l’espace qu’il occupe et la communion avec les autres participants dans l’espace. Pour ce faire, les performeurs devaient se déplacer dans le local, les mains pleines de farine et les bras tendus, en tentant le plus possible de garder cette farine. Cette activité voulait aussi nous aider à nous concentrer sur nos mouvements, prendre conscience de la relation entre notre corps et nos actions. Les activités étaient toujours un peu dans le même style, soit l’utilisation des objets pour apprendre à contrôler son corps et à interagir avec les autres participants et leurs objets. Nous avons même tenté l’expérience les yeux bandés, pour éviter toute forme de jugement et vraiment se laisser aller sans réfléchir. Finalement, nous avons chacun performé durant deux minutes en utilisant les objets devant nous et l’espace disponible, sans contraintes. Chloé Duschene, étudiante en arts plastiques au Cégep de Jonquière, a témoigné : «C’était intéressant d’interagir avec des choses et des gens qu’on ne connaissait pas, nous sommes sortis de notre zone de confort.» Alexandra Legault, de Gatineau, pense la même chose et avoue avoir appris sur cet art grâce à Action-Réaction. Pour une première expérience d’art performance, j’étais assez fébrile et je ne savais pas du tout à quoi m’attendre. Pourtant, j’ai adoré l’expérience et le sentiment de liberté que procure ce type d’art. C’est très différent, mais tellement enrichissant!


Photos : Mariane Bergeron-Courteau

«LA RÉACTION DES GENS NOUS ANIME!»

Avec seulement deux étudiants à son atelier, MariePierre Dufour a marqué les participants: le trio a réalisé, à l’improviste, des performances auprès des autres groupes de jeunes présents.

L’OBJET AU CENTRE DE LA CRÉATION

Frédéric Marcoux

L’atelier «Manœuvre autour d’une thématique» d’Étienne Boulanger a permis de se familiariser avec l’utilisation d’objets dans une performance. À travers une série de courtes improvisations, les participants ont utilisé des articles des plus hétéroclites: souris d’ordinateurs, patins à glace, vieilles disquettes, etc.

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arie-Pierre Dufour, une étudiante en arts visuels à l’Université du Québec à Chicoutimi, a profité de l’occasion pour partager ses expériences et sa vision de l’art performance avec les deux étudiants en arts du Cégep de Chicoutimi présents à l’atelier. «Avant je provoquais les gens avec mes performances, parce que j’aimais provoquer! Maintenant je porte plus attention au message que présente ma performance, partage l’animatrice de l’atelier. Quand tu ne fais pas l’unanimité, les gens s’en parlent et se souviennent de ta performance», précise-t-elle

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Sortir d’une «zone de confort»

Après maintes discussions, Marie Élisa Smith, Jérémie Maltais et Marie-Pierre Dufour décident de réaliser de petites prestations dans les autres ateliers. Le trio prend plaisir à surprendre les gens dans de telles situations. «Je suis un gars extraverti dans la vie, mais je dois avouer que je sors de ma zone de confort en faisant ça!» souligne Jérémie Maltais. Marie-Pierre Dufour ajoute : «La réaction des gens nous anime quand on rentre à l’improvise comme ça.» L’art performance est décrit par le trio présent comme étant «l’un des meilleurs moyens pour s’exprimer qui existe». Chacun possède sa propre motivation à performer. «Pouvoir se défouler et ‘’extérioriser le méchant’’, en même temps que développer son côté sensible. C’est cela qui me motive à faire de l’art performance», de conclure l’étudiante Marie Élisa Smith. 7

Marie Chabot-Johnson

Le but de l’atelier était de les aider à construire une action intéressante à partir de la matière, sans en devenir prisonnier, explique Étienne Boulanger. L’important est d’explorer les multiples possibilités.» Performer avec des objets comporte plusieurs défis, selon Léa Lanthier-Lapierre du Cégep de l’Outaouais: «C’est plus difficile de créer un lien émotif avec eux. Mais, le fait d’avoir vu les performances des autres m’a permis de voir les possibilités. Il n’y a pas de limites.» Dans la deuxième partie de l’atelier, les participants ont présenté à tour de rôle une performance de trois minutes en solo avec un madrier de bois. «Le début était comme une préparation pour le grand défi de la fin, sauf qu’on s’est un peu fait avoir, explique une étudiante du Cégep de l’Outaouais, Anna Brunette. Au début, on utilisait des objets évocateurs, mais à la fin, on devait se débrouiller avec un objet très abstrait. On devait complètement se reposer sur nous-mêmes, parce qu’on ne pouvait même pas tirer notre idée de l’objet.»


P h o t o : M a x i m e B o u c h a rd

Photo : Simon Jacques

Photo : Maxime Bouchard

MENTIONS DU JURY

LA TRANSFORMATION DE LÉA TOUCHE LE JURY Par leur authenticité, leur fragilité et la simplicité de leur prestation, quatre étudiantes du Cégep de l’Outaouais ont conquis le cœur du jury lors de leur performance qui portait sur la déformation du corps.

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Mariane Bergeron-Courteau

éa Lanthier-Lapierre, Anna Brunette, Paola Glémet-Ramos et Alexandra Legault ont offert une prestation toute en douceur qui a marqué l’imaginaire des trois juges. Alexandra et Paola alternaient pour transférer, à l’aide d’Anna, des chandails à Léa. Toute menue au départ, Léa en est venue à développer une silhouette de plus en plus imposante. «On voulait montrer une déformation du corps à partir d’un geste du quotidien: celui de s’habiller. Ça permet vraiment de passer d’un personnage à l’autre. Au départ, c’est une fille fragile, puis elle se transforme en une personne déformée et presque repoussante», explique Anna. Pour les quatre étudiantes, il était important de garder l’essence de la performance dans la gestuelle pour éviter que la prestation soit trop lourde de contenu. «Chacune d’entre nous avait un rôle essentiel et quelque chose à apporter à l’ensemble», témoigne Léa. «Et justement, comme nous avions un rôle commun, nous avons créé une petite communauté», de renchérir Anna. Le jury a été touché par la prestation des quatre jeunes femmes qui en étaient à leur première expérience au festival Action-Réaction. «Se dévoiler dans sa fragilité et l’assumer, ce n’est vraiment pas quelque chose de facile à faire. L’action était simple, mais très riche en symboles et métaphores», observe la porte-parole de l’événement, Constenza Camelo Suarez. «Je tiens à souligner la qualité de la densité. Étant donné l’épaisseur des vêtements, chaque geste en vient à être important. C’est tout un défi d’à la fois travailler sur la répétition et amener une différence, par le corps qui se transforme», relate une des juges, Sylvie Tourangeau. Au total, Léa a enfilé 13 gilets, en plus de celui qu’elle portait déjà. L’équipe est fière de la prestation qu’elle a offerte et est satisfaite que le jury ait aussi bien saisi l’essence du message. 8


Photos : Maxime Bouchard

UNE MENTION POUR UNE PREMIÈRE PERFORMANCE À VIE Une mention du jury a été décernée à Karina Lévesque et Yan Guillemette du Cégep de Sherbrooke qui performaient pour la première fois.

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Marie Chabot-Johnson

près avoir travaillé pendant des semaines, les deux étudiants se disent soulagés d’avoir réussi leur performance. «C’était épuisant, en même temps libérateur. On en retire beaucoup d’énergie et ça donne le goût de continuer», s’enthousiasme Karina Lévesque Lors de leur performance, les deux artistes ont déposé des bocaux remplis de messages et de miettes de biscuits chinois dans une poubelle d’eau. «Les biscuits chinois représentent un peu le ‘’n’importe quoi’’. En leur accordant une signification presque religieuse, on voulait ridiculiser le fait d’accorder autant d’importance à leur message», élabore l’étudiante. L’équipe a aussi accordé une grande importance au côté formel. «Les juges ont accordé beaucoup de sens à nos mouvements, mais ils relevaient souvent de l’inconscient, assure Yan Guillemette. Il faut dire qu’on s’est beaucoup inspirés des ateliers de la fin de semaine.» Le panel de juges s’est dit particulièrement touché par les moments de pauses entre les actions du scénario de la performance. D’après le juge Steven Girard, ces moments ont permis au public de connecter avec les deux personnages, et de sentir les subtilités de l’histoire.

COUP DE CŒUR POUR LA PEUR Le coup de cœur du public a été décerné à Alexandre Lapointe du Cégep de Jonquière pour sa performance sur la peur.

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laustrophobe, il s’est enfermé dans une boîte cadenassée où les spectateurs pouvaient écrire en quoi ils ont peur. La présentation a particulièrement ébranlé le public lorsque l’étudiant est ressorti en criant et en pleurs de la boîte. Depuis qu’il s’est fait intimider au secondaire, le garçon est traumatisé de se retrouver dans des espaces restreints. Par sa performance, il a voulu repousser les limites pour prouver qu’il est humain d’avoir peur. «C’était un sacrifice, mais je tenais à toucher les gens, et je pense avoir réussi. Maintenant, je me sens différent, comme si j’avais été libéré», explique-t-il, encore l’émotion dans la voix. 9

Photos : Maxime Bouchard


PRÉSENTATION DES PERFORMANCES

Photo : Simon Jacques

SOIRÉE ÉCLATANTE ET SURPRENANTE Photo : Maxime Bouchard

La présentation des performances intercollégiales aura été l’occasion de découvrir la relève prometteuse en art performance dans la province. Les artistes, provenant de différents cégeps au Québec, soit Jonquière, Chicoutimi, Alma, Outaouais et Sherbrooke, ont impressionné le public et le jury par la vivacité de leur prestation. Frédérique Carrier

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PORTE-PAROLE

Photo : Maxime Bouchard

our casser la glace, Maria Élisa Smith et Jérémie Maltais, de Chicoutimi, ont surpris avec leurs constructions abracadabrantes. D’abord Maria Élisa a étendu des rouleaux de papier par terre, a sorti des embouts en plastique et des bâtons de bois pour s’enfermer dans un cube de papier qu’elle a fini par détruire en roulant à l’intérieur. Au même moment, Jérémie s’enfermait aussi dans une cabane assemblée à partir de morceaux de styromousse sur lesquels il avait écrit des mots comme «politique» ou «humour». Il a fini par sortir des cordes de la structure que Maria remettait au public afin qu’ils tirent dessus et sortent Jérémie de cette tour rose. Par la suite, c’était au tour du Cégep de l’Outaouais de nous impressionner avec ses quatre participantes, Léa Lanthier-Lapierre, Anna Brunette, Paola Glémet-Ramos et Alexandra Legault. Elles ont expliqué à L’Obtus qu’elles voulaient représenter «la déformation du corps par le vêtement. Puisque s’habiller est un geste du quotidien, on a voulu dénaturer le mouvement.» Lors du numéro, on voyait une jeune fille blonde se faire habiller par les trois autres artistes. À la fin de la performance, elle portait 14 chandails sur le corps. Ce fut ensuite au tour d’Alexandre Lapointe-Tremblay, représentant du Cégep de Jonquière. Il a vraiment fait vivre toutes sortes d’émotions au public en s’enfermant dans une boîte sur laquelle les gens allaient écrire leurs peurs. Il est resté dans la boîte environ cinq minutes et celle-ci se remplissait de peurs. Il s’est alors mis à crier, à frapper la boîte jusqu’à ce qu’on débarre le cadenas. «J’ai peur d’être enfermé, peur d’être dans le noir. Je suis claustrophobe», a-t-il avoué à la fin de la performance. À l’avant-dernier numéro, le public a eu droit à des Kinders Surprise de filles et de gars, selon le genre, ainsi qu’à un drôle de drink. P h o t o : M a x i m e B o u c h a r d Amélie Bernard, du cégep d’Alma, s’est dénudée pour son numéro, ne gardant qu’un cuissard et un soutien-gorge beige. Elle s’est enduite de peinture rose au moment de manger le Kinder de filles, puis de peinture bleue pour celui des gars. Ensuite, elle a repris tous les jouets et les a déposés dans des verres de bière et de Smirnoff Ice, boisson qu’elle a ensuite remise aux spectateurs. En terminant, elle a pris un cœur de bœuf dans sa main gauche et a bu son mélange. Pour ce qui est du dernier numéro de la soirée, Karina Lévesque et Yan Guillemette n’ont pas eu peur de se mouiller. Ils sont d’abord arrivés en marchant avec synchronisme, ont ouvert une valise remplie de biscuits chinois puis en ont donné un à chaque membre du public. Les deux performeurs se sont ensuite agenouillés près d’une poubelle remplie d’eau, ont écrasé les biscuits restants en prenant soin de conserver le message dans un petit pot qu’ils déposaient dans la poubelle. Finalement, après avoir placé des pots remplis de miettes, ils ont plongé leur tête pour sortir chacun un contenant rempli de sable et d’un biscuit chinois. La performance P h o t o : M a x i m e B o u c h a r d s’est terminée avec la remise de leur biscuit dans la valise. Photo : Simon Jacques

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Environ 50 jeunes ont participé à la finale provinciale d’Action-Réaction tenue au Cégep de Jonquière pour tisser des liens entre eux et progresser à un rythme fulgurant dans la pratique de leur art.

Photo : Maxime Bouchard

MISSION ACCOMPLIE POUR LA TROISIÈME ÉDITION

Frédéric Marcoux

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Ce qui m’épate, c’est que les jeunes viennent de si loin et qu’ils sont très éveillés à leur art», lance le conseiller à la vie étudiante du Cégep de Jonquière, Jacques Sergerie, au sujet des participants provenant des cégeps de l’Outaouais, de Sherbrooke, d’Alma, de Chicoutimi et de Jonquière. «La richesse des performances de la fin de semaine», voilà ce qu’a vanté à plusieurs reprises le jury chargé d’évaluer les prestations des jeunes. L’enseignante en arts plastiques Annie Baron, également membre du comité organisateur de l’événement, était aussi très satisfaite de ce qu’elle a vu de cette troisième édition: «On a beaucoup de cohérence au niveau du contenu présenté aux jeunes. Les jeunes progressent grâce aux différentes rencontres: les discours sont critiques et constructifs! Même moi, ça m’a fait grandir pour être meilleure. C’est le fun de les voir évoluer rapidement!» Les jeunes étudiants sont tous repartis de la finale avec le sourire aux lèvres, visiblement très heureux de l’opportunité qui s’est offerte à eux. Ils ont pu tisser des liens avec des amateurs et des professionnels de l’art performance. «Les ateliers, c’était vraiment plaisant! J’ai aimé faire connaissance avec les gens du milieu, on s’est même fait de nouvelles amitiés avec des professionnels», partage Jérémie Maltais, un étudiant en arts au Cégep de Chicoutimi. «C’est important que ces jeunes se rencontrent. Ce sont les meilleurs de chaque cégep! Ils vont grandir ensemble dans leur art et se développer un réseau de contacts dans le milieu», juge Étienne Boulanger, un professionnel de cet art qui a animé des ateliers lors de la fin de semaine. La fin de l’événement à Jonquière?

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Photos : Simon Jacques

Les organisateurs d’Action-Réaction qui orientent l’art performance au Québec songent à déplacer le lieu de la finale pour les prochaines éditions. Les intervenants sont conscients que de tenir l’événement à un endroit plus central donnerait une meilleure vitrine à cet art. «On pense à le faire à un autre endroit comme au Cégep de Sherbrooke. En faisant promener l’événement, on va le faire grossir», estime Jacques Sergerie. Ce dernier croit qu’il serait possible de varier les lieux de la finale et qu’elle pourrait toujours revenir à Jonquière. Étienne Boulanger souhaite voir l’événement voyager de région en région pour améliorer sa visibilité. «Pour l’événement et pour l’art performance, il faudrait se rapprocher des gens plus au sud du Québec pour qu’eux aussi deviennent accros à cet art», laisse-t-il entendre, précisant qu’attirer des étudiants de Montréal, de Longueuil et de Victoriaville serait une très bonne chose pour l’art performance à long terme.

Photo : Maxime Bouchard


VOX-POP

Zacharie Goudreault

COUP DE CŒUR DE LA FIN DE SEMAINE

FRÉDÉRIQUE DESCARRIES (CÉGEP DE JONQUIÈRE)

«MON COUP DE CŒUR A ÉTÉ LA PERFORMANCE DU CÉGEP DE JONQUIÈRE. TOUT LE MONDE A PARTICIPÉ ET J’AI BIEN AIMÉ ÇA. SON MESSAGE ÉTAIT CLAIR. C’ÉTAIT VRAIMENT DE VAINCRE SES PEURS ET ÇA M’A TOUCHÉE».

CHARLES LÉPINE (CÉGEP DE JONQUIÈRE)

«JE NE POURRAIS PAS VRAIMENT DIRE C’EST QUOI MON COUP DE CŒUR. C’EST PLUS L’ENSEMBLE QUE J’AI APPRÉCIÉ. ON VOIT VRAIMENT LE MEILLEUR DE CHAQUE CÉGEP. JE TROUVE QUE ÇA DONNE DIFFÉRENTES PERSPECTIVES»

PIERRE-LUC LANDRY (CÉGEP DE JONQUIÈRE)

«JUSQU’À PRÉSENT, J’AI TROUVÉ QUE LA PERFORMANCE DU CÉGEP DE CHICOUTIMI ÉTAIT QUAND MÊME INTÉRESSANTE. J’AI BIEN AIMÉ LA FINALE AVEC L’EXPLOSION. JE M’ATTENDAIS À PLUS DE MA SOIRÉE CEPENDANT; JE SUIS UN PEU DÉÇU».

LÉA LANTHIER-LAPIERRE (CÉGEP D’OUTAOUAIS)

«JE DIRAIS LE PREMIER ATELIER QUE J’AI FAIT AVEC JULIE-ANDRÉ. C’ÉTAIT AU DÉBUT DE LA JOURNÉE ET C’ÉTAIT PAR RAPPORT AU CORPS DANS L’ESPACE. ÇA A ÉTÉ BÉNÉFIQUE POUR MOI PARCE QUE JE SUIS PLUTÔT CÉRÉBRALE ET C’EST POUR ÇA QUE JE ME SUIS INSCRITE EN PERFORMANCE. POUR LA SOIRÉE, C’EST LA PERFO DE SHERBROOKE QUE J’AI PRÉFÉRÉE. ELLE M’A FAIT PENSER AU THÉÂTRE DE L’ABSURDE.»

ALEXANDRE LAPOINTE-TREMBLAY (CÉGEP DE JONQUIÈRE)

«MON COUP DE CŒUR, C’EST PLUTÔT LA PERFORMANCE D’OUTAOUAIS. J’AI BIEN AIMÉ AUSSI CELLE D’ALMA. J’AI BIEN AIMÉ ÇA, ÇA M’A FAIT RIRE. JE SUIS ASSEZ PARTAGÉ ENTRE LES DEUX.»

ISABELLE AUBIN (CÉGEP D’OUTAOUAIS)

«J’AI EU DEUX COUPS DE CŒUR. MES ÉLÈVES DU CÉGEP D’OUTAOUAIS: C’ÉTAIT LA PREMIÈRE FOIS QU’ELLES PERFORMAIENT CE SOIR. ELLES NE S’ÉTAIENT PAS PRATIQUÉES NON PLUS, ELLES AVAIENT JUSTE LEUR IDÉE. J’AI BIEN AIMÉ LA PERFORMANCE DE SHERBROOKE AUSSI À CAUSE DU BRUIT, LE SON, VISUELLEMENT, LES IMAGES… C’EST LA SIMPLICITÉ QUE J’AIME.»

CÉGEP DE JONQUIÈRE

UN JOURNAL ÉTUDIANT QUI SE DÉMARQUE

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Action-Réaction 2013