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beyrouth le souffle d’une ville

Travail personnel de fin d’etudes 2010-2014 de Livia Kolb Encadree par Esther Salmona

Ecole nationale superieure du paysage de Versailles-Marseille




Sommaire


Introduction

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Une musique

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Le Liban

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Une ville

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Beyrouth, quelle ville ?

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Beyrouth, la nécessité du souffle

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La colline de déchets

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La colline de déchets comme souffle

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Le souffle

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Sources

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Bibliographie

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Remerciements

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‘Au cours de ce voyage dans le temps et dans l’espace, nous nous demandons à chaque instant si les conflits auxquels nous sommes accoutumés, ne sont pas trompeurs finalement, et si la vérité des hommes et des cultures ne réside pas plutôt dans le dialogue des instruments, des accords, des cadences, des gestes et des souffles. Monte alors en nous un sentiment de joie profonde né d’un acte de foi :la diversité n’est pas forcément un prélude à l’adversité ; nos cultures ne sont pas entourés de cloisons étanches ; notre monde n’est pas condamné à des déchirements sans fin, il peut être encore sauvé.’ Amin Maalouf

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Une musique


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Dans le cadre de mon travail personnel de fin d’études, j’ai choisi de travailler sur la ville de Beyrouth. C’est devenue une évidence suite à la rencontre avec la musique du trompettiste Ibrahim Maalouf. Ibrahim Maalouf a trouvé une manière d’exprimer ses sentiments sur son Liban, sur sa famille d’exilés, à travers un instrument original : la trompette à quart de ton inventée par son père. Les sons ainsi produit pouvaient se mêler aux mélodies et aux sons de la musique orientale. J’ai été touchée par cette accroche, cette passerelle tendue entre plusieurs cultures, orientales et occidentales, mais aussi par la notion de non-dit, ou «dit autrement» amenée par la musique instrumentale, Sa musique, qu’il aime appeler ‘prière collective universelle’ pour les morceaux les plus méditatifs, a été pour moi une source de questionnements intenses sur la situation de ce pays, qui force à l’exil, qui détruit ce qui reste, qui se reconstruit avec désarroi... Plus je l’écoutais, plus j’avais envie de travailler sur la notion de souffle. Trouver une respiration pour et dans cette ville : comment reconstruire une ville détruite par les conflits? Sur quelle(s) mémoire(s) ? Avec quelle(s) identité(s)? Pour qui ? Lors de mon premier voyage à Beyrouth, j’ai été frappée par la tension pesante entre la Syrie et l’occident. Tout le monde avait fuit temporairement en attendant le pire. La ville était comme «suspendue» dans un autre temps. Seules les climatisations semblaient tenir la ville en vie. Je n’ai pas vraiment frôlé l’âme de cette ville, mais j’ai senti ce besoin de souffle, de renouveau, de déclic, une nouvelle mise en route, une nouvelle mélodie ou un nouvel instrument devait naître. Du souffle de la trompette, au souffle de la ville, il n’y a qu’un pas. 11


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Extraits du clip de la musique ‘beirut’ d’Ibrahim Maalouf et traduction personnelle (page suivante)


00:00 douceur, lenteur, douleur 00:23 grincement long et continu, avertissement 00:42 grincement long et continu mais de plus en plus court, se serait-on rapprocher de la limite ? De l’interdit ? Alors qu’il y a déjà eu un avertissement ? 01:09 la douleur ré-apparaît, vient se conjuguer à l’avertissement, serait-ce une lamentation ou une discussion, un dialogue 01:50 un appel, un appel au secours 02:06 une mélodie, une voix, une demande d’aide 02:10 une musique descendante, longue, douloureuse, douce puis plus de son, le fond est atteint un sursaut soudain lent et haché 02:35 une remontée une pause dans la musique 02:51 un doute un questionnement, des questionnements, une incompréhension 02:58 une colère un laisser-faire, c’est comme ça, ça ne peut peut-être être autrement 03:22 une douleur horrible, criante, une sortie sans issue, des pleurs 03:48 un déracinement un dialogue impossible, rompu 04:00 une douleur impossible de réparer 04:11 l’épuisement pause dans la musique 04:40 un doute une alarme, une résonance 05:25 la lenteur, le temps des souvenirs la nostalgie des pleurs, de longues larmes 05:53 la folie un dialogue impossible reprend son souffle, reprend ses esprits 06:30 prend du recul 06:46 l’éloignement, l’éteinte, une mort lente 06:48 se laisser mourir de désespoir, un achèvement libérateur une lenteur qui rassure, apaise, calme 07:01 un repos mérité puis soudain une lueur, un sursaut inattendu la machine se remet en route doucement, lentement 07:30 l’espoir, une énergie positive, montante 07:52 un souffle nécessaire, une respiration reprend 07:58 la révolte ! 08:06 le réveil tant espéré 08:23 la force, le cri, la jeunesse, la renaissance, le renouveau, le combat le nouveau souffle 09:00 l’emballement, le bien être essor de projets, la profusion, partout, le déclic, la compréhension, la lutte, l’explosion, le nouveau exister 09:51 exaltation, la fête, le boucan 10:05 la lenteur, la fin du rêve, un retour à la réalité platitude la nostalgie encore, le doute, la lenteur la réalité, le repli, le calme la paix

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Le Liban


Situation gĂŠographique du Liban

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Le Liban est un tissage très complexe de communautés, un de ces pays créés artificiellement : sous le nom de ‘Grand Liban’, il fut détaché officiellement de la Syrie en 1943, après avoir été placé sous protectorat français (1920-1943) suite à l’effondrement de l’Empire Ottoman. Aujourd’hui, son équilibre est encore extrêmement fragile. On compte 60 à 70% de musulmans (chiites, sunnites, alaouites, ismaélites). Les chrétiens, quant à eux, représentent environ 30 % de la population (maronites, grecs-orthodoxes, grecs catholiques, protestants, arméniens orthodoxes, arméniens catholiques, syriaques orthodoxes, syriaques catholiques, assyriens, chaldéens, coptes orthodoxes) et les druzes, autour de 4%, ainsi qu’une communauté juive, peu nombreuse. Ce pluralisme multiconfessionnel exige le maintient d’un équilibre très délicat, surtout si l’on considère que nombre de ces communautés sont représentées politiquement et qu’elles possèdent chacune des milices. D’autre part, le Liban est un territoire d’à peine 10 400 km2 et de 4 300 00 habitants. L’État libanais reconnaît officiellement dix-huit de ces communautés religieuses. On parle d’une diaspora libanaise de 5 à 12 millions de personnes (une des plus grandes du monde) et actuellement, on estime qu’il existe plus d’un million de réfugiés syriens sur le territoire libanais (soit 1/5ème de la population), qui viennent s’ajouter aux nombreux réfugiés palestiniens ou arméniens qui ont fui leur pays temporairement puis définitivement pour se réfugier sur le territoire libanais, pays d’accueil par histoire.

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‘Porto della città di barutti’ en 1675 de Bianchi Remondi

Une ville



Récit d’une situation 28-29-30 août 2013

19heures arrivé sur le tarmac de l’aéroport de Rafic Hariri. Enfin Beyrouth. Depuis le temps que j’en parle, on y est. Elle est comme je me l’imaginais; couleur sable, au bord de la mer, les collines très proches toutes grignotées par d’innombrables maisons et immeubles, une ville étendue, un archaïsme certain, un emboîtement, une ville très cubique, une empilation, un désert proche, une chaleur et une brume saturée en humidité, on étouffe. Ahla w sahla. Sorti de l’avion. Il fait nuit, tout le monde semble rentrer au pays, on s’y reconnait, tout est connu. les taxis nous interpellent, une fois sorti du bâtiment tout est vitesse. Le bruit, les paroles, la circulation, on dépose-on quitte-on s’enfuit-on disparaît. Je saute dans un taxi, un quatre-quatre, un jeune libanais au volant, il me propose une cigarette que je refuse, les fenêtres se ferment, la clim fait du bien. Le ronronnement du moteur rassure, on s’y sent bien, on circule vite, très vite dans cette partie de la ville où il n’est pas bon de rester longtemps. Banlieue sud. Le tunnel, la vitesse, l’autoroute, les panneaux de circulation, la nuit, les flashs des lumières qui vont et viennent au grès de notre avancement, apparaissent et disparaissent très vite.

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Rue de Damas. L’institut culturel de Beyrouth, l’ambassade de France. L’ancienne limite de démarcation de la capitale et de la plus grande ville du Liban. Est-ce un problème d’y aller ce jeudi 29 septembre alors que la France s’apprête à s’allier avec les Etats Unis et le Royaume Uni pour montrer à la Syrie que ces crimes ne resteront pas impunis ? Qu’importe. Le taxi m’attend. On roule à travers cette ville, j’ai l’impression d’être un enfant. Les yeux grands ouverts à travers la fenêtre de la voiture où s’ouvre les entrailles de Beyrouth. Des immeubles, plus grands les uns que les autres, des ruines, beaucoup de voitures en circulation, de longues grues, des gravas, des gens, des klaxons dont je ne comprends pas encore le langage. Une ville détruite, qui se reconstruit, qui déconstruit comme si Beyrouth était un château de carte qui s’écroule de temps en temps, par temps de guerre, mais qui n’est pas facile à éliminer. Il suffit de rassembler tout le jeu et les cartes permettent à nouveau d’ériger une nouvelle ville. La route parcourue est large, la circulation est encore une fois rapide et le code de la route est l’affaire de sa propre personnalité. Les panneaux indiquent en arabe et quelques fois en français, les directions mais les feux et les panneaux de circulation n’ont plus droit de cité. La guerre de 1975 les a définitivement rendus obsolètes. Arrivée à l’institut culturel. L’ambassade de France est le bâtiment d’à côté. On ne se gare plus le long du trottoir. La menace d’attentat a atteint son maximum. Des hommes ne parlant que l’arabe assurent la sécurité à l’entrée. On me donne un badge pour rentrer à l’intérieur, je suis une «invitée». Je dois passer un contrôle de sécurité identique à ceux de l’aéroport. On comprend bien que ce n’est que pour la «gueule». Il est dans un tel état qu’il est difficile de croire que des bombes ou des armes peuvent être réceptionnées passé ce scanner. Ma valise y passe. On me laisse accéder aux bâtiments. On comprend qu’ici c’est un petit bout de France au Liban. La culture y est partout , de celle destinée aux enfants à celle pour les intellectuels. Des cours de français y sont enseignés ici pour tous ceux qui veulent s’installer en France. Libanais, syriens, … tout le monde y passe. Intégration oblige.

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Je rencontre une professeur qui s’en occupe. Elle m’explique la situation difficile ici, depuis quelques jours on attend. On a peur, on sort tout juste d’une guerre. On n’en re-veut pas. La Syrie nous pourrie. Nous le Liban. Je passe d’un sentiment de joie d’être ici, au sentiment de terreur. Pourquoi suis-je là? à ce moment là? ces gens qui souffrent de la guerre, on ne peut pas prendre ce sujet à la légère, c’est beaucoup trop sérieux. Des gens souffrent et j’en recueille les témoignages. Je suis triste pour ce pays, mon pays. Je ressors quelques heures plus tard. Je me sens vidée, seule le long de cette voie vidée de ces voitures et de ces passants, avec ma valise. La sécurité générale est juste en face. Les trottoirs sont vides. Je passe devant une autre porte d’entrée de l’ambassade. Je croise un militaire, il doit se demander ce que je fais à traîner là. Soudain de gros quatre quatre déboulent par ma gauche pour s’engager rapidement sur le rue de Damas à ma droite. Décorées de laides bleues clignotantes et des vitres teintées, cela me fait penser qu’il se passe quelque chose de grave. Serait-ce une délégation spéciale dans ces voitures blindées ? Une situation normale à Beyrouth? On se croirait dans un film. Une deux trois quatre cinq puis six gros bolides se suivent avec énervement. La tension est là. Je n’ai pas la priorité, je les laisse passer, étonné de voir devant moi cette excitation qui sort presque de nul part. On est monté d’un cran sur l’échelle de la menace. Je craque. Un taxi cherchant désespérément un client semble s’abandonner sur le bord de la rue de Damas vide. La situation géopolitique avec la Syrie est encore une fois palpable. Moi, seule avec mes affaires semblons airer aussi d’une autre manière de l’autre côté de la voie. Le carrefour de Sodecco, situé sur la ligne de démarcation, lieu de croisement, de rencontre et d’opposition. C’est un tournant. Il m’interpelle d’une façon plus calme que les autres taxis de la corniche, peut être que le quartier de l’ambassade de France y est pour quelque chose, des restes des bonnes manières à la française, si présentes dans l’imaginaire des beyrouthins. Je ne connais pas encore ni le quartier ni la ville pour répondre à cette question. Je n’ose pas m’aventurer trop loin. Les innombrables voitures me laissent penser que chacune d’entre elles peuvent être potentiellement un danger. C’est une situation étrange car lorsque qu’on est à l’intérieur d’un taxi, le ressenti s’inverse. La sécurité règne car on est Dans le taxi, je suis plus sereine. Il m’emmène à Geitawi. Je dois rejoindre la journaliste française qui travaille pour les journaux français à Beyrouth depuis deux ans. Une heure trente à attendre dans la rue, dans son quartier, jusqu’à que la nuit ne s’abatte. 23


Je n’ose pas m’aventurer trop loin. Les innombrables voitures me laissent penser que chacune d’entre elles peuvent être potentiellement un danger. C’est une situation étrange car lorsque qu’on est à l’intérieur d’un taxi, le ressenti s’inverse. La sécurité règne car on est en mouvement. On s’approche et on s’éloigne sans cesse des voitures garées et dans l’imaginaire, potentiellement piégées. On est mobile et c’est ce détail qui fait la différence. Arrivée à Geitawi. J’attends. Les voitures immobiles, on essaye de ne plus y penser. Après tout les beyrouthins les utilisent. Ils roulent, s’arrêtent, se garent, la regagnent, la réutilisent… Comme cette mère de famille, qui vient de se garer et repart avec sa fille… Il faut faire un tri dans toutes ces voitures, les plus pourries ou celles qui sont stationnées près de certains monuments religieux ou institutions importantes sont potentiellement beaucoup plus sujettes à une offensive de la part du Hezbollah. Même si la plupart des voitures piégées se trouvent dans la banlieue sud. Ici, c’est le quartier judéo-chrétien. Le risque était plus faible, mais aujourd’hui on ne sait plus. En attendant, j’observe les passants sous un hall d’immeuble. Beaucoup me trouvent suspecte à airer là toute seule avec ma valise, ce que je comprends. Les gens passent, certains vont acheter le journal, bras dessus bras dessous avec leur époux. D’autres ce sont fait beaux pour un dîner, pour une occasion peut être spéciale, des retrouvailles ? un départ ? tout est possible. Les autres discutent avec le commerçant du coin qui a installé sa chaise près de ces étalages dehors, car la chaleur est trop pesante. On se demande des nouvelles. Les conversations commencent toujours en français par «bonjour» mais se terminent en arabe «…». Certains me disent bonjour. Je leur réponds avec une telle satisfaction intérieure que je ne sais plus si le regard de ces libanais, qui s’est posé sur moi provoque plus de la tristesse que de la joie. Un regard pudique, intense.

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Dans la réalité, les clivages et les affrontements entre les communautés se ressentent dans la ville par une violence des comportements ou par les séparations des communautés. Tensions d’autant plus fortes après une guerre civile qui s’est terminée en pointillés et n’a jamais jugé ses criminels de guerre. Aujourd’hui, on se côtoie mais on ne fouille pas son passé ni celui de l’autre. Mais ‘depuis le début de la crise syrienne en 2011, le Liban s’est progressivement laissé envenimer (...)’*, comme si cette guerre ‘par procuration’ permettait au Liban de remettre sur table cette guerre civile inachevée. Cependant, ‘(...) avec l’annonce de l’intervention occidentale, le Liban s’est figé, retient son souffle et attend, inquiet (...)’*. Ce sentiment s’est fait d’autant plus ressentir cet été 2013, dans une ville où l’humidité prenante venant de la mer se mêlait à la masse de poussière dans l’air, poussière dont on ne savait plus distinguer son origine : du désert, des travaux de bâtiments, des particules de pollution automobile. Atmosphère étouffante, mais la ville était à cette période vidée de sa population. La plupart était à la montagne en famille ou partie à l’étranger. Il ne restait plus que ceux qui ne pouvaient partir. Heureusement, le bruit de la climatisation et autres générateurs semblaient montrer que la ville était encore en vie, par ces ronronnements constants et par ce souffle libérateur mais artificiel. Beyrouth se dessinait alors, elle était étouffante.

* Extraits de l’article du Nouvel Observateur ‘Nous sommes coincés entre Israël, la Syrie et la mer».

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‘Chacun de ceux qui arrivent à Beyrouth voit Beyrouth à sa manière mais on ne sait, personne ne sait, si la somme conjuguée de ces images se confond avec Beyrouth. Ceux qui ne pleurent pas pour elle mais pour leurs souvenirs, ou pour leurs intérêts propres. C’est peut être ainsi, à travers tous ceux qui sont venus du monde arabe à la recherche de feu qui manque dans leur propre pays, que la rencontre des contraires s’est donné un nom si ambigu, s’est faite poumon pour permettre à quelques individus, à l’assassin comme à sa victime, de respirer, et que Beyrouth est devenue la chanson des différences et des divergences, sans que la foule des amants ne se demandent s’ils sont à Beyrouth ou dans leurs rêves. Car Beyrouth, personne ne la connaît, personne ne la recherche et peut-être, peut-être n’est-elle jamais là.’ Mahmoud Darwich

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Beyrouth, quelle ville ?


Maquette ‘Beyrouth et le monde’, carton-plume, fils, aiguille

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Replacer Beyrouth sur la carte du monde Le Liban semble être partout dans le monde, la diaspora libanaise est présente sur tous les continents. Sa cuisine est mondialement connue et reconnue Mais où se situe Beyrouth dans ce monde ? Est-elle partout ou nulle part ? L’idée ici est de replacer cette ville sur le carte du monde, retisser depuis chaque pays l’origine de cette diaspora. Le de du de de de de

tissage semble une évidence ici, l’ordre de la couture, labeur, de l’attache, l’aller-retour, l’exil, la blessure, la cicatrisation.

À l’inverse Beyrouth accueille le monde ; ville de transit, Beyrouth accueille et redistribue dans le monde ses habitants, ses populations, ses cultures, ses productions... il y a un morceau de cette ville dans le monde entier.

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Maquette ‘Beyrouth anamorphosée par l’arrivée de populations’ feuille de papier A3, fils, thésa

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Beyrouth, le nid Nid d’oiseau ou nid de serpent ? Beyrouth accueille, réceptionne, berce, catalyse, contient, sédimente parfois. Les tensions, les personnes, les eaux. Elle est un peu plus qu’une ville, c’est un tout. Un contenant. La feuille de papier sont les limites du Liban ; Beyrouth en est son centre, une miniature du Liban. La forme de la ville évolue avec l’apport de la population vers elle ; et tisse depuis ces montagnes vers l’intérieur de cette ville, et s’étale, modifie la forme de la ville, la forme du Liban, la torture, la rend tentaculaire, obligatoire c’est une anamorphose.

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atlantique

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Beyrouth méditerranée

Beyrouth, un déversoir Son nom vient du phénicien beroth qui signifie la ville des puits. Beyrouth s’est installée à l’embouchure de Nahr beirut, le fleuve de Beyrouth alliant ainsi la montagne (donnant naissance à ce cours d’eau) et la mer, qui recueille toutes les eaux. Dans cette configuration de pente, Beyrouth se retient juste assez avant l’envol ; Beyrouth est un tremplin.

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Maquette ‘Beyrouth et son système d’orientation’ lui permettant d’avancer fils de fer


Beyrouth tisse A la fois elle recueille et dégueule, Beyrouth se trouve à la croisée de deux mondes. Vertical et horizontal. Montagne et mer. Enserrée sur elle-même, elle est nourrie de cette relation, de ce tissage ; et gagne du terrain Beyrouth-la ville devient alors Beyrouth-l’insecte. Elle s’étend physiquement au fur et à mesure de son cycle de vie. Ces pattes sont ancrées dans le sol mais ces antennes sont déjà bien loin sur la mer. Beyrouth s’étire t-elle pour fuir ?

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Beyrouth en réseau B-Beyrouth, Bête-Beyrouth, Beyrouth est une sorte d’animal qui se déplace grâce à ses antennes pour circuler, rencontrer, saluer et commercer. Beyrouth est un port. Un port de Méditerranée. Elle a donc tissé une toile d’araignée de points et de circulations. Elle ne vit que par et pour les autres ports, elle vit de son tissage.

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Extraits du film ‘Je veux voir’ de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige (2007)

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Beyrouth tectonique On comprend l’ambition de Beyrouth au-delà de son tissage ; c’est le plan réel de la ville qui le révèle. Elle est allée au-delà de la mer, a défié le rivage, a dépassé les vagues. Par la destruction, de son centre à cause de la guerre, elle s’est reconstruite un petit bout d’elle-même. Elle a digéré ce qu’elle avait ingurgité. La ville a donc produit de nouveaux espaces avec ceux qu’elle avait perdue sous les feux de la guerre, De nombreux remblais ont vu le jour sur la côte du Liban, de Beyrouth. La côte a encore bougé.

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Flip book ‘Beyrouth à la dérive’ papier, encre

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Beyrouth move Beyrouth est dans cette descente de la montagne vers la mer, Beyrouth est un cap sur une côte linéaire, Beyrouth est un port. Et se décroche parfois. Comme par ses départs vers d’autres rives. Comme cet afflux de réfugiés qu’elle recueille. Elle pourrait ainsi basculer, trébucher, s’entourer que de mer, et s’éloigner, naviguer, devenir l’arche de Noé.

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Beyrouth volcanique Pourtant elle reste là, pour ceux qui veulent rester, et ceux qui ne peuvent partir. Les arrivées, les départs, les départs, les arrivées Les frictions et les conflits, et les guerre parfois. Beyrouth étouffe, entre ces murs de 10 000 km2, dans cette région, beaucoup de réfugiés, beaucoup d’exilés, À la fois recueil et dépotoir, Beyrouth est un laboratoire, de cette région. Elle emmagasine, elle est généreuse, avec excès et menace d’exploser.

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Beyrouth, la nécessité du souffle


centre-ville

banlieue

la fin de la guerre a engendré un retournement de la ville en terme d’habitat et de population

Le nouveau centre-ville de Beyrouth reconstruit après la destruction de celui-ci suite à la guerre civile (1975-1990)

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Un centre ville vide En plus des déplacements de populations que la guerre a engendré au sein de la ville de part et d’autre de la ligne de démarcation (rue de Damas), la fin de la guerre a fait définitivement disparaître le lieu fédérateur qu’était le centre-ville de Beyrouth et un clivage entre la ville et la banlieue s’est instauré. Ce centre-ville est considéré aujourd’hui par beaucoup de beyrouthins comme un ‘lieu sans âme qui regroupait à l’époque tous les cinémas, les cafés, les librairies, les lieux administratifs, les bordels... C’était le cœur de Beyrouth, le cœur du Liban, mais également le cœur du Monde arabe à une époque où celui-ci n’avait pas de lieu pour s’exprimer librement. Un lieu où il pouvait penser librement et débattre de ses désirs. Beyrouth était « une ville qui vit 24 heures sur 24 » : à l’aube, avec l’arrivée des provisions des villages dans les souks ; puis c’était l’ouverture des administrations, des bureaux, des écoles ; ensuite venaient les restaurants, les cafés, les cinémas ; et le soir, les boîtes de nuit et les bordels restaient ouverts jusqu’au matin. De plus, c’était un lieu qui n’appartenait pas à une confession. C’était le lieu où tout le monde avait sa place.’* * Extrait de l’article ‘Lutter contre l’amnésie de la mémoire collective’ de Roger Assaf

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Rue animée à Mar Mikhael

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Escaliers à Gemmayzeh peint par Dihzahyners


Des banlieues pleines À l’inverse, les espaces en dehors du centre-ville sont perçus comme le vrai Beyrouth vivant. Chaque quartier de Beyrouth est singulier, reflet d’une communauté en générale, quelle soit religieuse ou culturelle. Hamra, quartier intellectuel et culturel, Basta, quartier populaire arabe très commerçant, Gemmayzeh, quartier avant-gardiste porté par l’occident, Sabra et Chatila, camp de réfugiés de palestiniens installés depuis la création de l’État d’Israël en 1948, Ras beirut, quartier mixte musulman-chrétien...

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Beyrouth, une ville où tout semble explosif. Comment canaliser les tensions de la ville afin que l’explosion ne soit pas définitive? Apparaît la nécessité d’un souffle extérieur pour retrouver une ouverture et une entente intérieure. Le souffle comme espace de respiration dans une ville bouillonnante où d’autres logiques peuvent rentrer en compte et susciter d’autres sentiments, Le souffle pour la ville, comme la musique pour Ibrahim Maalouf est retour et aller-retour, nécessité d’exprimer le trouble de son histoire et de celle du Liban, de les renvoyer à l’air, de les remettre en jeux et en questions.

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La colline de dĂŠchets


Beaucoup de mes interlocuteurs ont été sensibles à cette image du souffle et à ce qu’elle véhicule. Et puis au cours des discussions, une colline bien particulière a été évoquée. Une colline artificielle, au bord de mer, à l’est de Beyrouth, Une colline qui se démarque des collines habitées de milliers d’immeubles et de maisons parce qu’elle parle d’une autre géologie, et que seules les graminées l’habillent. Cette colline, ancienne décharge concentre en elle des biogaz qui menacent d’exploser s’ils ne s’évacuent pas à cause de la désintégration des déchets ménagers de la ville, de Beyrouth. Son socle est constitué avant tout des débris de la guerre civile libanaise. 260 000 de mètres cubes d’immeubles, de ferrailles, de morts. Puis de déchets.

Cette colline est une mise en abîme. Beyrouth est une mise en abîme du Liban. La colline de déchets est une mise en abîme de Beyrouth.

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La construction de remblais au sud-Liban, après la guerre de 2006 contre IsraÍl photo Dimitri Messinis

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‘Il est plus difficile de célébrer la mémoire des sans-noms que celle des renommés. La construction de l’histoire est dédiée à la mémoire des sans-noms.’ Walter Benjamin

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J’ai pu entendre que la colline de déchets est ‘Beyrouth en concentré’. En effet elle présente plusieurs caractéristiques communes à cette ville. la concentration, l’exclusion, l’avancée sur la mer, la menace d’explosion, la nécessité d’évacuer un souffle interne. Ce passage issu d’un article du site Iblounan, pourrait parler aussi bien du Liban, que de Beyrouth que de la colline de déchets : ‘(...) reste, aux yeux de beaucoup, un échantillon, un laboratoire, un message, tandis que pour d’autres il s’agit d’une méga-poubelle ahurissante de déchets, une terre de réfugiés et de ghettos, de fanatisme et d’intolérance.’

Aujourd’hui, la décharge n’est plus en activité mais cette colline reste le volcan de Beyrouth. Attirant et menaçant à la fois.

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Cette colline de remblais n’est pas atypique. Plusieurs décharges sur la mer existent au Liban et à Beyrouth et elles ont toutes modifié la ligne de côte. À Beyrouth, la destruction de la ville a permis d’agrandir le port, avec des quais et des plateformes gagnés sur la mer. Mais la colline de déchets, elle, n’a pas eu la chance d’intégrer ce processus d’assimilation de la destruction de la ville. Elle a été édifiée à l’écart. Elle se situe au delà du fleuve Nahr beirut, sur la commune de Bourj Hammoud.

colline de déchets

Remblaiement (en blanc) de la côte de Beyrouth et la côte naturelle

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colline de déchets altitude 42 mètres

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port de Beyrouth

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1920

1940

1960

1964-1970

1975-1990

Beyrouth ‘sort’ de ces limites

Bourg Hammoud se construit, le port de pêche s’installe

l’autoroute Beyrouth-Tripoli est tracée, le nahr est canalisé

installation du port au delà du nahr

la décharge prend forme

Ville détachée La municipalité de Bourj Hammoud a 62 ans, elle a été détachée de Jdeïdé en 1952. Jusqu’en 1968, elle était liée à son fleuve avant que celui-ci ne soit canalisé et que son pont romain ne soit remplacé. Ainsi le fleuve est sorti de la vie quotidienne de la population et de sa structure urbaine. D’autre part, la ville formait une entité indissociable avec la mer et reste encore aujourd’hui gravée dans les mémoires. Le littoral se caractérisait de bancs de sables blancs, de mimosas et de quinquinas, arbres parlant déjà d’un ailleurs. Il était le lieu préféré de bien des libanais. Aujourd’hui le port de commerce de Beyrouth et l’autoroute, ont profondément modifié cette relation, et seul le port de pêche de Bourj Hammoud, deuxième du Liban, témoigne encore de cette relation. 66


ANNEX No 3 M.12- BOURJ HAMMOUD IN NINETINE THIRTIESMAP

Carte de Bourj Hammoud, Nahr Beirut et Beyrouth, datant du début du XXe siècle

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Le port de Beyrouth s’est étendu sur la rive droite du fleuve, non pas par la présence de darses, mais par un complexe formé d’usines et de zones de stockage nécessaire à son fonctionnement. Le littoral a ici perdu toute sa valeur. La route de la mer n’est valable que parce qu’elle mène vers le complexe balnéaire présent plus haut sur la côte, que ce soit la marina de Dbayeh ou les plages de Jounieh. Ici on stocke le gaz surtout, l’endroit semble explosif. Des cuves de stockage blanches sont présentes partout. Parfois c’est l’odeur de la putréfaction qui nous rattrape. Tanneries, abattoirs et ancienne décharge habitent aussi les lieux. Un jeu de miroir apparaît alors entre le port de Beyrouth à l’ouest du Nahr, lieu d’intégration (marchandises, hommes...), et le littoral à l’est du Nahr, lieu de la désintégration.

Le port de commerce de Beyrouth et le port de pêche de Bourj Hammoud

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cette partie en gris-clair appartient au domaine maritime

port de commerce

colline usine de traitement des eaux centre de tri de la ferraille stockage

port de pêche

stockage

centre de dépôt société d’entretien de la ville

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Caractéristiques Passé le pont qui relie Beyrouth à Bourj Hammoud, la différence entre les deux villes se fait ressentir. Bourj Hammoud se caractérise par un bâti de hauteur plus modeste (inférieur à trois étages), un réseau de routes orthogonal et dense. La ville est née en 1928 lorsque les émigrés arméniens, fuyant le génocide, se sont installés avec l’aide d’organisations internationales. A l’époque, seuls quelques cabanons, jardins et pâturages étaient installés. L’arrivée des arméniens a fait émerger la ville autour de quartiers organisés, nommés chacun d’entre eux par le nom de leur village d’origine. La ville s’est alors construite en fonction des besoins sociaux, économiques et culturels de ses habitants. Le noyau de Bourj Hammoud devient rapidement un centre commercial important. En effet, un fort savoir-faire et une connaissance des métiers de l’artisanat traditionnels caractérisent cette ville. D’autre part, de nombreuses associations culturelles et sportives se sont développées et témoignent de la capacité de cette ville à faire émerger des initiatives pour la communauté. Ainsi le marché de Bourj Hammoud n’est pas seulement lié au commerce puisqu’il a aussi un rôle social extrêmement fort, attirant de nombreux libanais au-delà de la ville.

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Bourj Hammoud (sur la rive droite) et son pont romain au XXe siècle

Bourj Hammoud en 1931

Bourj Hammoud aujourd’hui, la colline de déchets en fond

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Bourj hammoud est un endroit stratégique. Placée à l’est de Beyrouth, elle en est la porte d’entrée et de sortie pour aller vers le nord du Liban, vers Tripoli. L’autoroute et la route de la mer font office de frontières entre Bourj Hammoud et son littoral au nord, alors que la voie rapide Yerevan et Mirna Chalouhi viennent cintrer la ville au sud et à l’est. Les ponts sont des repères de passage d’une ville à une autre même si la différence entre les villes est peu marquée en voiture. Le rond point de Dora marque un point charnière puisque c’est le lieu de départ et d’arrivée des bus allant et venant du nord du Liban.

Rond-point de Dora en allant vers le Nord en quittant Beyrouth (surélévation) et vue sous le pont

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Depuis l’autoroute, ces deux portes ne se remarquent presque pas. Pourtant ce territoire est très influencé par elles. Le pont de Bourj Hammoud-Beyrouth concentre les voies du nord et de l’est du pays avant de les unifier pour aller vers la capitale. La rivière Nahr Beirut quant à elle, a été presque entièrement occupée par ses voies et a quasiment disparu sous cet ensemble d’infrastructures. A Dora, sous l’élévation de l’autoroute, c’est un espace extrêmement dense et occupé qui se révèle. La gare routière reliée à celle de Beyrouth, fait la connexion entre le nord du Liban, la Turquie et la capitale. Les militaires guettent les allées et venues depuis que le conflit syrien a gagné le nord du Liban, dont Tripoli. Les chars postés sous l’autoroute révèlent que cet espace est un territoire sous tension, fragile. D’autre part, ces portes sont importantes puisqu’elles permettent au territoire de circuler transversalement par rapport aux infrastructures. Elles ‘laissent passer’ dans un sens qui est autre. D’autant plus que l’autoroute et la route de la mer font aussi office de frontière et engendrent une sorte de gradation de l’espace fréquenté par les habitants. Au sud de l’autoroute, la vie et le commerce règnent, au nord de la route de la mer, le site est hostile par ses activités (dépôts, centre de tri...), et entre les deux infrastructures, l’espace est une sorte d’intermédiaire entre la vie bouillonnante de la ville et l’espace hostile, on y trouve un certain type d’activités (garages, concessionnaire...) qui fait transition entre ces deux espaces. De ces portes et de ces espaces inter-infrastructures, l’espace se révèle comme des points d’entrées et de sorties, accompagnés d’espace du ‘dedans’ et du ‘dehors’ voir de sas.

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Vu depuis Beyrouth, le Nahr disparaît (pointillés), l’autoroute l’enjambe tandis que les autres voies le cintrent

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Révélation La colline de déchets du haut de ses 44 mètres est visible à bien des endroits de la ville ou de l’autoroute. Pourtant depuis elle n’apparaît où les hauteurs les plus basses Palestiniens. 1

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La colline de déchets vue depuis Bourj Hammoud, près du camp palestinien

Bourj Hammoud, qu’aux endroits de la ville sont comme le camp de

Sa présence pointe un littoral dissimulé derrière un amas complexe d’activités.


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La colline au centre de la photo, au fond Beyrouth

3 - Depuis Depuis la la plage, plage, plus plus au au nord, nord, en en arrière arrière les les grues grues du du port port 3

22 colline de dĂŠchets 3

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Aspect Les graminées qui l’habillent font évoluer la couleur de la colline. En fonction des saisons, en fonction de leur cycle d’évolution, les graminées disparaissent, naissent, mûrissent, disséminent puis réapparaissent. La colline s’inscrit dans un cycle d’évolution de la nature. La ville est au fait de cette transformation, de cet aspect caméléon, en fonction des saisons.

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Accès De la route de la mer, une voie mène au port de pêche, bien qu’il faille oser si aventurer. Ambiance ‘gros camions et gros muscles, sueur et poussière’, accueil particulier. Toujours depuis la route de la mer, une autre voie entraine tout droit en direction de la colline. Après avoir côtoyé Sukleen, l’entreprise de ramassage des déchets de la ville, la route butte devant un espace privé fermé. Un baraquement, beaucoup de voitures abandonnées, de la tôle, du linge étendu, du grillage. A côté, une petite butte d’un mètre cinquante bouche à elle seule le passage vers la colline, un chemin de renard l’enjambe, voici l’entrée du site.

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Dedans Cette colline fut un dépotoir ‘incontrôlé’ accueillant 1500 à 2000 tonnes journalières d’ordures ménagères, industrielles et de décombres de la guerre de Beyrouth et de sa banlieue. De 1975 à 1996. Soit 21 ans. En plus des va-et-vient constants de camions, des fumées asphyxiantes, des poussières opaques et des odeurs pestilentielles envahissaient l’espace. Aujourd’hui, ce temps est révolu. Une couche de sable et de terre végétale est venue refermer le couvercle de cette immondice, et les choses ont changé. Complètement inexploitée, cette colline est habitée par de nombreux oiseaux qui attirent quelques chasseurs. Au loin, on peut entendre de nombreux coups de feu, qui participe au caractère hostile du littoral.

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Sommet Quarante-quatre mètres plus haut, la colline de déchets révèle son potentiel. Les immeubles de Beyrouth, le large espace du port, ses grues en mouvement, la mer, les collines annonçant le nord du Liban, les plages, le port de pêche, Bourj Hammoud. Et le vent. Le large. La hauteur. Un recul si nécessaire. Le souffle prend forme ici.

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C’est une projection stéréographique. Un panorama sur 360 degrés.

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N

Depuis la colline, en direction du nord, vers Jounieh.

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Depuis le sommet de la colline, entre contre-bas la zone humide, le port de commerce et au fond Beyrouth

S

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Le large de la MĂŠditerranĂŠe

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La colline de dĂŠchets comme souffle


De cet espace d’entre-deux qui aujourd’hui ne possède qu’une écoutille tournée vers la mer, vers l’exil, il est question de s’en servir de souffle pour la ville.

Ouvrir à certains endroits dans la cloison qui délimite cet espace, pour créer des appels d’air au sein de la ville. Ses entrées et ses sorties constitueront des passerelles et des accroches entre ces deux espaces qui ne se regardent pas et permettront de retrouver cette relation à la mer qui était autrefois omniprésente.

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Avec cet appel d’air, il est question d’échanges. Entre la ville. Entre la mer. De frottements, d’écoute, de descente et de montée, d’allers et de retours. De retourner l’idée qu’il n’y aurait que deux solutions : l’exil ou l’immobilité. Pourquoi ne pas faire jouer les deux pour mieux vivre cette ville? C’est la fonction que je souhaite attribuer à cet espace. Lui donner un mouvement de liberté. En offrant un autre espace possible de circulation. Et tempérer la fuite vers d’autres rives. Sortir de la concentration des villes, faite de poches et d’exclusions, de tensions et de frictions, jusqu’à l’étouffement et l’explosion. Jouer entre ces deux extrêmes. Ville et exil. De la définition du jeu, de la définition de mouvement de liberté, on revient au souffle. Dans le monde de la construction des ponts, le souffle désigne le déplacement maximal de deux éléments en regard mesuré entre leurs positions extrêmes. Ici, étouffer ou s’exiler. 95


Maquette ‘la colline paquebot’ papier, filtre à café, scotch

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Écoutille Entre la ville et la mer. Sur une chose instable, ni terre, ni mer. Cet espace est un entre-deux. Sur des décombres de la guerre. Cette guerre dont on cherche à enterrer l’histoire, constamment, dans ces restes et dans ces mémoires. La peur de sa résurrection, constamment. Un bout de fer qui émerge du sol et c’est elle qui revient. Un faux pas, un pied trop bas, la joue contre le sol, la poussière et les cailloux tatoués sur le visage. La mémoire resurgit. Subitement. Frontalement. On oublie, on ingurgite, on refoule et on recouvre le tout de terre. Et on oublie. Mais cet oubli est énorme, indigérable. Une colline de 50 hectares, de 44 mètres de haut, sur le littoral d’une ville comprise entre les courbes de niveau 0 et 10. La colline de déchets. Colline . Relief isolé, de faible altitude et de forme grossièrement circulaire, à sommet arrondi. Vient du latin collis. A-t-elle une racine commune avec le mot colis ? qui vient de l’italien colli et qui signifie charge sur le cou (Larousse). La charge, le poids, le fardeau, cette colline est tout ça à la fois, par ce qu’elle représente, par ses déchets qui l’habite. Déchets. Sa définition anthropologique présente le déchet comme l’inutile, hideux mais aussi ce qu’on rejette, un objet déprécié dans la mesure où il a perdu toute fonction et que par conséquent il n’a plus droit à l’espace qu’il occupe. La colline dont on ne veut plus, c’est bien ça. On a voulu faire disparaître ce qu’on ne voulait plus. Se débarrasser de. Mais de ce débarras, de toutes ces choses dont on ne veut plus, on ne voit plus que ça. Les morts, les bouts de villes disparus, le Liban d’avant-guerre, la joie et la prospérité. Ce disparu là, est là, dans cette colline. Cette colline c’est l’apparition d’une disparition. Mais cette colline est à la marge de, elle pourrait dériver donc. S’exiler de cette ville qui ne la veut pas. Ou bien servir de relais entre. La ville, ici. La mer, l’exil. Servir de souffle. Être le souffle.

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Maquette de la ‘colline-instrument du souffle’ entrée et sorties d’air argile

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Appel d’air Pour cet espace d’échanges, de souffles que l’on recherche, la colline, située dans un entre-deux, se révèle un véritable atout. Cet espace, que l’on peut considérer comme un sas de décompression, permettrait de de faire évacuer l’extrême force que dégage cette ville si prenante, si généreuse et étouffante à la fois. Et ainsi, sortir de cette frénésie, oublier la vie de Beyrouth. Un instant. Faire naviguer son esprit, l’aérer. Oublier, mélanger, changer d’identité. Sortir de Beyrouth, sans en sortir. Ce souffle permettrait de faire converger l’ici et l’ailleurs. De les faire mélanger, glisser, s’entremêler.

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trompette Instrument de musique à vent, de la famille des cuivres, inventée il y a 3000 ans en Egypte. Sous la Grèce antique, elle est considérée comme un instrument de guerre pour son son ‘perçant’ et ‘haut perché’, il est alors appelé salpinx. D’après une fable d’Esope : Un Trompette, après avoir sonné la charge, fut pris par les Ennemis. Comme un d’entre eux levait le bras pour le percer de son épée : ‘Quartier, s’écria le prisonnier. Considérez que je ne me suis servi que de ma trompette, et qu’ainsi je n’ai pu ni tuer ni blesser aucun des vôtres. – Tu n’en mérites pas moins la mort, répliqua l’autre en lui plongeant l’épée dans le ventre, méchant qui ne tue jamais, il est vrai, mais qui excite les autres à s’entre-tuer’. La trompette change de statut au XIXe siècle par l’ajout du piston lui permettant ainsi de jouer des notes plus graves que la trompette chromatique. Un quatrième élément, les doigts, vient alors s’ajouter dans la coordination des lèvres, de la langue et du souffle. Ibrahim Maalouf utilise la trompette à quart de ton, inventée par son père. Elle est constituée d’un quatrième piston qui émet des quarts de ton, qui sont des intervalles que la musique occidentale a abandonné à la Renaissance, mais qui ont été conservées dans les musiques orientales. D’autre part, le verbe trompeter provenant du mot trompette, signifie divulguer une chose qu’on devait tenir cachée (Larousse).

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ocarina Instrument traditionnel à vent ovoïde, ressemblant à une tête d’oie (de l’italien ocarina qui signifie petite oie) inventé il y a 12000 ans. Son corps est muni de trous de jeu (l’art de jouer) permettant de produire différents sons et d’avoir un timbre très varié : mélancolique, joyeux, gai, langoureux... L’ocarina est en fait un résonateur de Helmholtz qui est un phénomène de résonance de l’air dans une cavité. La résonance étant la manière dont un corps, restituent le son, en résonnant éventuellement à des fréquences propres (Larousse). Synonyme du mot écho.

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Maquette de la colline amarrĂŠe Ă la terre carton-plume, fil, colle


Retourner l’exil De l’exil que le large évoque, il est question de le retourner. Contrer cette descente interminable de la montagne vers Beyrouth, de Beyrouth vers l’exil. Arrêter puis remonter. Doucement, inverser le cours de la gravité. Retourner, sur le point haut qu’offre cette colline. Prendre du recul. Écouter. Ce qui se passe sous-terre, l’intérieur, le dedans. Ce ventre enfanté et refoulé. Cette boîte à secrets. Ecouter cette ville. Ce qu’elle a à dire, au plus profond d’ellemême. Et en même temps reprendre contact avec le lointain. Beyrouth dialogue et tisse. Ses tentacules la mène loin, très loin. Faire venir le monde ici. Écouter le monde ici. Correspondre. Ecouter. Parler. Être dérouté. Être ici et là-bas. Recueillir. Renvoyer. Entrer, rentrer, être en résonance.

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Maquette de la ville et du port, autour de la colline carton-plume


Espace de liberté D’autres mots gravitent autour du sentiment d’exil qui émane de la musique d’Ibrahim Maalouf, qui reprennent l’idée de l’écart des choses suite au déplacement de matière. Beyrouth est une ville portée sur le monde, elle en a pris les codes, les aspects, les formes. Le centre-ville est un petit Paris, alors que la corniche se rapproche de Dubaï. Mais personne ne prend Beyrouth comme référence, à part pour nommer un chaos ‘c’est Beyrouth ici !’. Beyrouth est une ville où d’autres villes ont «résonné», Dubaï, Paris, Le Caire…, notamment par sa diaspora. Beyrouth est difficile à cerner, à la fois ici et là-bas. Et même quand elle est là, elle n’y est plus vraiment. Beyrouth est un entre-deux et entre en relation avec d’innombrables choses. Des pays et des villes. Des passerelles se sont tissées et se tissent, incluant des résonances et des concordances. Au sein du Liban, au sein de la Méditerranée, au sein du monde. Beyrouth est une onde qui se propage. Berlin. Tripoli. Marseille en sont des antennes relais, des transmetteurs, des facteurs de résonance. L’idée de résonance parle du son, de l’écho et entraîne celle de réseau. L’onde propagée n’existe que s’il y a ‘du réseau’. Et le tissage des résonances entraîne l’apparition d’un système, d’un réseau comme espace d’échange. La résonance parle de la restitution d’une vibration, ce qui implique qu’il y ait eu auparavant émission et réception, puis écho. Sa forme est donc importante, tant pour la réception que pour le retour.

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La résonance parle d’anse, d’arc. De tensions et de relâchement. De points d’attaches et de fils tendus/distendus. Cette configuration où celui qui produit le son peut recevoir le retour de celui qui le reçoit, dans ce jeu de va et vient, se retrouve Beyrouth, qui accueille et voit partir. Beyrouth est une ville relais au sein du Proche-Orient. La ville refuge. Mais elle voit aussi revenir. C’est la ville qu’on a quitté, mais qui nous fait encore vibrer. Alors l’écho se fait, indéfiniment, déplacement d’air, déplacement de matière. Il y a donc un retournement des choses, un basculement. Beyrouth se remplit et se vide en fonction des saisons. Le presque vide passe au presque plein. Un délicat équilibre est à trouver, entre les deux, entre des extrêmes. Oscillations. À la fois prendre et donner, sans trop d’excès, sans épuiser. À la fois partir et rester. Il faudrait enjamber. Enjamber, franchir, relier deux rives. Et les faire s’unifier, non pas comme un tout mais par le lien qu’elles entretiennent. Ce serait accorder. Accorder, qui permet de régler la justesse. Permettre de faire sonner juste. Pour répondre à cette volonté de justesse entre deux choses éloignées, il est nécessaire de requestionner les points de vue, les orientations, les cônes de vision. Les dirigeants et les dirigés. Changer sans cesse de place. Se repositionner. Dialoguer entre plusieurs points de références : x, y, z. Abscisse, ordonnée, hauteur. Les faire parler, communiquer. C’est ainsi que je choisis de traiter l’espace de l’entre-deux. Le plein de la colline, le creux du port de pêche humide; la hauteur, le vide, la pente relient les montrer plus que deux extrêmes géographiques ? Le concave et le convexe de ces trois espaces, et droite dans tout ça ? Les ondes de la mer et les strates de la colline, le solide, et le gaz dans tout ça ?

ou de la zone deux. Comment la ligne le liquide et 107


La colline du Diable Ă Berlin

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Travailler l’espace de cet entre-deux, entre l’exil par la mer ou l’étouffement par la ville, mène à requestionner un territoire plus vaste. Celui de cette relation difficile entre la mer et la ville. Et retrouver ce souffle. Le déplacement de masse, de matières, de bouts de villes, de départs et d’arrivées… Remettre en mouvement, faire résonner sans confronter.

La colline de déchets de Bourj Hammoud a sa jumelle, oubliée quelque part. A Berlin. La colline du Diable a été édifiée sur une ancienne université nazie avec les décombres de la seconde de la seconde guerre mondiale. Au-dessus a été construit un émetteur radio, longtemps oreille des États-Unis pendant la guerre froide. Elle est aujourd’hui encerclée d’un parc. Aujourd’hui ce site boisé est laissé à l’abandon. Plus personne ne semble vouloir écouter cette ville. Pleine de secrets, d’histoires à raconter. À Beyrouth, c’est une autre histoire, car cette colline est avant tout un rejet de la société d’une période lourdement endeuillée par cette guerre (guerre civile libanaise 1975-1990) qui n’a jamais été achevée par une justice. Une justice des coupables d’un côté et des victimes de l’autre. Aujourd’hui, tout le monde est victime et tout le monde est bourreau. On est dans un entre-deux fluctuant, qui peut déraper, basculer. Pour cette raison, personne ne veut entendre cette colline, on a plutôt cherché à l’étouffer. Entre mer et ville. Entre exil et enracinement. Entre liquide et solide.

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Le port de pĂŞche protĂŠgĂŠ dans les enceintes du port de commerce de Tripoli

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Pourtant la relation entre la mer et la terre a existé autrefois à Bourj Hammoud. Elle était très forte, tout le Liban venait ici pour son littoral. Aujourd’hui l’omniprésence de Beyrouth a nui à cette relation, mais il en reste une trace. Timide. Le port de pêche. Le second port de pêche après Tripoli, la rivale du nord. Mais ce petit port de pêche a perdu la parole, la criée n’existe plus. Depuis la ville, personne ne sait où il se trouve, ce petit port de pêche, l’accès y est étroit entre bâtiments désaffectés et entreprises en activités. L’accès révèle le peu d’importance qu’on lui donne. Ici c’est tout ce que l’on rejette, renie. Aujourd’hui le port de pêche c’est presque du folklore. Il y a eu de nouveau déplacement, d’une culture et d’une relation à la mer dont on ne se préoccupe plus à Bourj Hammoud. A Tripoli, la relation est différente. Bien qu’une rocade vient couper le port de pêche et la ville, il n’est reste pas moins que ce port est tenu à l’intérieur du port de commerce, à l’extrémité de la ville, formée sur un cap, une avancée sur la mer. Comme Beyrouth. La capitale. Ce cap, cet avancement naturel de la côte sur la mer nous renvoie à Beyrouth. Beyrouth est cette plateforme qui dépasse de la côte du Liban. Cet emplacement, cet avancement constant de la ville vers la mer s’explique par sa fonction de ville-portuaire. Beyrouth est un port de commerce. Beyrouth transforme cet espace frontalier. D’énormes grues sondent l’avancement sur la mer, un jeu de balais s’organise nuit et jour, accueillir l’arrivant, aider le partant. Un balais incessant. Les pieds ancrés dans le sol, et les bras balançant, oscillant entre les deux. Entre ceux qui partent et ceux qui arrivent. Le port est un espace d’entre-deux, il met en lien.

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Maquette ‘la colline-paquebot

Le siège social de la CMA-CGM à Marseille

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La silhouette des grues font écho à Marseille. Marseille point de départ de ce travail, ville du quotidien, mais aussi des départs, des arrivées, des exils, des attentes, des retours. Beyrouth, point d’arrivée et rampe de lancement. Des correspondances existent et évoluent entre les deux villes, des activités, des formes, des reliefs, des ambiances, des étouffements et des souffles, et les liens interminables avec l’ailleurs, toujours là-bas, toujours ici. Beyrouth résonne après avoir connu Marseille. Le port autonome de Marseille, c’est aussi la CMA-CGM. Troisième armateur mondial. Dans tous les ports de méditerranée que j’ai pu côtoyer, un conteneur portant ce nom était toujours là, quelque part, à attendre patiemment son déplacement au sein d’un systèmemonde complexe. L’accroche originelle de l’entreprise est bien Marseille, à travers la tour du siège social de Zaha Hadid, ultra-visible, construite dans le prolongement des deux premiers bâtiments, tous les trois enserrés entre les ponts autoroutiers. Mais elle renvoie en fait à autre chose, bien plus loin. La tour CMA CGM, n’est en fait qu’un point relais. De Beyrouth. Car le fondateur de cette entreprise est bien libanais, tripolitain même. Il a commencé à tisser une relation entre Beyrouth et Marseille par le transport maritime en 1978. Aujourd’hui ces conteneurs bleu à l’écriture blanche sont présents dans le monde entier. Il y a donc toujours ce mouvement constant, ce déplacement de matière à n’en plus finir. Entre les ports, entre les villes. Entredeux. A Bourj Hammoud, l’espace d’entre-deux avec cette colline, sera le reflet de ce déplacement de matière qui permettra d’amener un souffle entre ici et ailleurs.

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Couches de matières autour de la colline

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Le souffle


nah

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port de commerce Beyrouth

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de

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BEYROUTH

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rue d’Arménie

BOURJ HAMMOUD

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la

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Territoire d’étude autour de la colline

colline de fdéchets

rond point Dora

DORA

N

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Faire un lieu de respiration pour la ville, de Bourj Hammoud à Beyrouth, à partir de cette colline inexploitée, voici l’idée première. De cette colline, je choisis de tirer ces amarres au-delà de sa base (cf p.102-103). Amarres fictives, qui sont reliées à la terre, à la ville, par des anneaux d’amarrages qui ne sont en fait qu’un ensemble de lieux délibérément choisis, représentés par un ensemble de points sur la carte, une constellation. De ce nouvel espace, il est question de retrouver un rapport avec le littoral, fort témoignage d’une histoire oubliée ; de casser l’appel d’air qu’offre l’autoroute de Beyrouth vers le nord et de renouer ainsi un lien avec la mer, autre que celui de l’exil ; de profiter d’un espace de liberté immense près d’une capitale étouffante ; mais aussi de questionner l’histoire de cette colline, de la guerre, des morts et des disparus. Pour cela j’ai choisi de procéder en délimitant un territoire d’étude assez large ayant pour centre la colline. Il est circonscrit à l’ouest par le port de commerce de Beyrouth ; à l’est par la commune de Jall Al Dieb, ; au sud par la route de Yerevan ; au nord par la digue du large. Les superficies respectives de la terre et de la mer se veulent équivalentes. Sur ce territoire d’étude j’ai décidé de répertorier point par point l’ensemble des lieux qui m’ont intéressé durant mes arpentages et mes recherches. Ces points seront visibles en jaune sur la carte. Ce la le le

territoire a ensuite été décomposé en trois parties : ville fleuve et le littoral large

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Années 1960 à Bourj Hammoud, pratiques balnéaires

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La ville

La commune de Bourj Hammoud est limitrophe à Beyrouth, capitale du Liban. Elle a donc été très influencée par elle. L’origine de Bourj Hammoud est due à l’arrivée de réfugiés qui ont vu dans Beyrouth une ville capable de les accueillir. Aujourd’hui l’organisation de cette ville est dépendante de la capitale libanaise et se caractérise au niveau spatial, par un fonctionnement linéaire, parallèle à la côte. Il est le témoignage de la relation qu’exerce ici le nord-est de Beyrouth, avec le nord du Liban comme sa capitale régionale Tripoli. D’autre part, Bourj Hammoud apparaît comme étant la continuité urbaine de Beyrouth vers le nord, où seul le fleuve fait office de limite. Bien que cette limite tende davantage à s’effacer au cours du temps par les multiples installations qui la bordent. C’est ainsi que le port de commerce de la capitale n’a eu aucun mal à se développer sur le littoral de Bourj Hammoud, sans s’inquiéter des conséquences de cette installation. La ville a ainsi perdu les traces de son histoire qui témoignaient des liens qu’elle a entretenue avec la mer et qui lui a permis de devenir une station balnéaire réputée. Avec le temps, Bourj Hammoud est donc devenue une ville de passage comme en témoignent trois axes routiers sur lequel j’ai voulu m’appuyer, car ils structurent l’organisation de cette ville : la rue d’Arménie l’autoroute la route du littoral

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La rue d’Arménie Axe majeur à Bourj Hammoud qui a marqué le développement de la ville dès l’origine. Aujourd’hui, il est très emprunté par les voitures et les piétons car la ville, et particulièrement cette rue est réputée pour son activité commerçante, tournée sur l’artisanat et l’orfèvrerie. Cette rue révèle l’ambiance et le cœur de cette ville. Influencée par Beyrouth mais néanmoins singulière, l’habitat diffère par sa hauteur et sa simplicité architecturale ; l’ambiance est aussi différente, elle est plus populaire que les quartiers beyrouthins limitrophes (Gemmayzeh, Mar Mikhael) et la présence arménienne est très marquée comme en témoignent les noms des rues et les nombreuses affiches écrites en arménien. S’engouffrer dans les ruelles c’est découvrir encore un ailleurs.

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L’autoroute et le rond-point de Dora Comme déjà parlé précédemment, le rond point de Dora (du nom de la ville limitrophe de Bourj Hammoud) est un point de repère et un lieu stratégique. Visuellement il laisse une traversée transversale à la logique linéaire nord-sud notamment pour les piétons. Spatialement, la présence de la gare routière sous l’autoroute marque la limite entre des territoires, entre la capitale et le nord du Liban. Au sein de la ville, l’autoroute apparaît comme une infrastructure massive et imposante, par la place qu’elle occupe et par les nuisances qu’elle occasionnent. Elle occupe donc une place importante tant dans l’espace de la ville que dans la mémoire des gens. On touche ici une échelle différente de celle de la ville, une échelle plus complexe celle du territoire.

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La route du littoral Itinéraire-bis de l’autoroute et de la rue d’Arménie, la route du littoral a conservé son appellation ancienne. Située derrière le ‘décor’ de la ville, l’impression d’être à l’intérieur des coulisses est néanmoins très intéressant car il permet de comprendre et d’imaginer ce territoire plus facilement car il est à la fois en dehors de la ville mais pas complètement. C’est aussi l’axe qui touche du doigt le littoral qui se révèle davantage plus loin. Aujourd’hui l’espace qu’elle traverse est en proie au changement. Les nombreux espaces de libre, la proximité de Beyrouth, son accessibilité, la soumettent à bien des pressions. C’est donc un espace à ‘enjeux’ où il est encore possible de réfléchir à qui et pour quoi il est destiné ?

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Du fleuve au littoral

Quel lien les habitants de Bourj Hammoud conservent-ils encore avec leur fleuve ? avec le littoral ? Aujourd’hui la ville n’est plus tournée vers la mer, mais vers Beyrouth et le nord. Seul le port de pêche, situé au pied de la colline témoigne de cette histoire passée. Cependant, il est difficile facile d’y accéder et peu de gens connaissent son existence. Quant au fleuve, peu de personnes ne conçoit qu’il puisse être un atout pour la ville. Bien loin des fêtes païennes qui le célébrait au début du XXe siècle, on préfère aujourd’hui l’oublier.

Les nouvelles installations commandées depuis par Beyrouth, responsables de l’amputation de cette relation, entre ville et littoral/fleuve, présentent néanmoins un atout par la présence ponctuelle, tout le long du littoral libanais, de remblais sur la mer. Ces remblais, issus de ces travaux, pourraient ainsi devenir le théâtre d’une nouvelle relation entre la ville et son littoral. Ici, il est question de se pencher sur ce qui était autrefois important aux yeux des habitants autour du fleuve et du littoral et ce qui est aussi apparu : le Nahr Beirut les remblais le port de pêche

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Nahr Beirut Comme de nombreux cours d’eau, ce fleuve au tempérament méditerranéen, permettait sur ces abords de cultiver autrefois les denrées nécessaires pour se nourrir. Souvent à sec, les périodes de crues amendaient la terre et la rendaient fertile. Suite à une crue meurtrière dans les années 70, le fleuve a été endigué sur quatre kilomètres de long depuis son embouchure et sur une hauteur de cinq mètres. Enchevêtré dans un ensemble de voies de communication, il a complètement disparu dans la mémoire des libanais. D’autant plus qu’il est lieu de dépôt de restes des animaux de l’abattoir de Beyrouth. Sa pollution visuelle (à l’embouchure, le fleuve peut devenir rouge sang par moment) mais aussi écologique (lieu de décharge) participe à l’indifférence des libanais envers leur fleuve. Pourtant, portées par la mouvance des ‘trames vertes et bleues’ certaines personnes essayent de faire changer les choses en proposant par exemple une accessibilité au fleuve dans un cadre aménagé agréable.

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Les remblais sur la mer Il existe de nombreux remblais gagnés sur la mer au Liban comme expliqué précédemment. Quelques-uns ont été aménagés ou ont fait l’objet de réflexions, cependant la plupart ont été laissés à l’abandon comme celui-ci. Ils représentent une ressource dans un pays où la pression foncière est très importante, l’espace est non construit et qui plus est en bord de mer. Il existe de nombreuses interrogations sur ces remblais : à qui appartiennent-ils ? leur stabilité ? leur origine ? leur accessibilité ?... Souvent en friche et ouvert à tous (même si les accès sont souvent cachés et difficiles) ils sont le lieu de pratiques différentes et plus libres que celles pratiquées dans l’espace public. La question de l’appartenance (Etat/région/commune, public/privé) est donc essentielle ici.

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Le port de pêche Rien ne semble avoir bougé ici. Sauf autour. Le port de pêche a subi tous les aléas qui le bordent. Une colline-décharge, les activités du port, les industries... Mais l’activité a persisté. Le port a vu son accès se diminuer au cours des années. Aujourd’hui les pêcheurs côtoient les 35 tonnes qui continuent à déverser des gravats à l’embouchure du petit cours d’eau, à l’est de la colline. Jusqu’à qu’il y ait un conflit d’usage ? La pêche est une activité historiquement importante en méditerranée, comme au Liban. Sa conservation et son intérêt doivent être révélé. Aujourd’hui, depuis Bourj Hammoud, c’est le seul accès possible à la mer.

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Le large Penser à Beyrouth c’est aussi penser à son port. A la Méditerranée. Comme si l’un n’allait pas sans l’autre. Quel sentiments procure le large ? Que représente t-il aux yeux des libanais ? Depuis Beyrouth, depuis Bourj Hammoud ? Les remblais sur la mer, le port de commerce, 1er du Proche-Orient, sont ces éléments qui m’ont questionné sur cette relation et notamment les grues du port de couleur bleu et rouge, si imposantes. Le port concentre une surface importante pour la ville de Beyrouth (1,2km2), et ne cesse de croître. Au-delà, sa présence est palpable par les bruits qui génèrent (klaxons de porte-conteneurs), par les grues immenses, par les flux et l’économie qu’il engendre. D’autre-part, penser à Beyrouth c’est aussi penser à sa célèbre corniche où tous les libanais, toutes confessions religieuses et toutes catégories sociales confondues, aiment se promener et regarder le large, au-delà des clivages et des différences. Au-delà du rivage c’est bien le large et la mer qui m’interpelle aussi et pour cela trois éléments se dégagent : la digue du large du port de commerce les grues du port le bateau échoué au large de la colline

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La digue du large Élément qui n’entraînerait pas nécessairement un intérêt au vu de son utilité et de son emplacement, cependant il me paraît important dans mes recherches et questionnements de projets. A l’origine la digue sert à protéger le port de la houle et permettre ainsi aux porte-conteneurs de pouvoir manœuvrer. De Marseille, je ne peux n’empêcher de penser à la digue du large, de son installation des œuvres de Kader Attia et donc de son ouverture possible au public.

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Les grues du port de Beyrouth Les grues permettent de faire le lien entre Beyrouth et l’ailleurs puisque c’est par elle que les conteneurs transitent. D’une hauteur de soixante mètres, elles sont visibles à de nombreux endroits et notamment dans l’axe du Nahr Beirut. Par leur ultra-visibilité et leur avancée ultime sur la mer, je vois ici un terreau à projet. Ces grues sont comme des sculptures (notamment lorsqu’on est sur la nouvelle corniche où elles s’alignent avec des œuvres d’art) ou d’immenses girafes prêtes à informer la ville de ce qui se passe au large de la mer pour la protéger.

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Le bateau amarré Depuis mon arrivée au Liban, un bateau au large de Bourj Hammoud est amarré en pleine mer sans connaître la raison. Situé à proximité immédiate de la colline il y avait un lien évident avec elle et les grues du port. Dans sa position provisoire et son caractère intouchable, une correspondance se fait avec la colline située juste en face.

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RĂŠalisation de la carte

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A partir de cette constellation de points, j’ai souhaité redessiner une carte avec un postulat bien précis. A partir des points répertoriés sur la carte (en jaune), je décide de relier trois d’entre-eux par une ligne droite, jusqu’à épuisement. Ce postulat fait suite à mon interrogation lors de mes balades à Bourj Hammoud, sur la fascination des libano-arméniens pour les jeux de déplacements comme le jeu de ‘dames’. Au delà du jeu de société, c’est tout un univers qui se révèle : la stratégie, le déplacement, la réflexion, l’affrontement, la capture... Cette observation s’ajoute aussi à la façon de s’orienter au Liban, différente de l’Occident. Là où notre habitude à s’orienter se fait par rapport à un nom de rue et un numéro, au Liban l’orientation se ferra par rapport à un bâtiment, un croisement de rues et, la carte est inexistante comme outil d’orientation. En s’inspirant aussi de la navigation maritime et de ses instruments (sextant, boussole), je retrace des trajectoires, je mets en lien ou remets en lien des éléments éloignés. Des points reliés, aux axes révélés, de nouveaux points apparaissent et un nouveau territoire est déclaré. De ces nouveaux liens montrés, ce sont aussi des cônes de vision qui s’éclairent, faisant aussi référence aux cartes militaires : aux axes de tirs, aux tranchées, à la guerre et ainsi au terrible jeu du déplacement, des déplacés, de cette matière qui se meut, évolue, qui prend forme et disparaît. Ce premier travail questionne la façon de mettre en lien les éléments même de façon aléatoire. Car l’espace d’entre-deux de la colline est par moment impalpable, difficile à cerner, à accéder, à comprendre, à résoudre ; et fait suite au questionnement suivant : 147


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Comment toucher l’intouchable colline ? Faut-il faire naître le devoir de mémoire ? Comment en faire un espace agréable alors qu’il abrite l’horreur ? Comment l’amarrer à la ville et à la mer ?

De cette nouvelle carte dessinée, il m’intéresse de mettre en lien l’autoroute, par la tension qu’elle insuffle sur son territoire ; le port et particulièrement les grues, par le lien qu’elles tissent entre le Liban et le reste du monde ; la colline qui se situe miraculeusement au centre de ces deux éléments. Cependant, un point manquait pour comprendre ce territoire, pour ‘gagner la partie’. Le fleuve. Nahr Beirut. Cette descente de la terre vers la mer. Et précisément son embouchure, fragile, où même la digue ne peut rien faire pour la protéger. Car c’est le point où la terre cède. J’ai donc décidé de relier ces quatre points. De les aligner même. De gagner la partie de ce nouveau jeu. Inspirée par les travaux du Land Art, notamment sur la question du déplacement de matière, je choisis de penser cette espace dans cette optique, un travail sur l’espace et sur les pratiques qu’il peut accueillir, mais aussi une recherche sur des questionnements qu’il pourrait occasionner.

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Jim Denevan. oeuvre appartenant au Land-Art (art éphémère) 2010 Vancouver, BC, Canada.

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Nouvelle carte du territoire d’Êtude

N

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Maquette de l’existant


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Double negative, Michael Heizer oeuvre appartenant au Land-Art (Earthworks) 1969-1970 Nevada, Etats-Unis.

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Pour créer ce quatrième point manquant concernant le fleuve, je décide de m’appuyer sur le travail ‘Double negative’ de Mickaël Heizer. Cette œuvre est une tranchée opérée à cheval sur un canyon naturel du Nevada (États-Unis), large de 10 mètres, profonde de 15 mètres et longue de 457 mètres, dans lequel les matériaux ont été déversés. L’œuvre se comprend dans ce qui a été déversé et ce qui n’est pas présent. Pour cela, je choisis dans un premier temps d’effectuer une tranchée dans la colline. Cet axe s’effectue dans l’alignement de la dernière grue du port jusqu’au rond-pont de l’autoroute à Dora.

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D’une longueur de 350 mètres à partir de la base de la colline et sur une largeur de 10 mètres, cela correspond à soustraire environ 52 500 mètres cubes de matière. Ce travail nécessiterait une collaboration avec des ingénieurs pour les questions de stabilité de la colline mais aussi concernant la décharge et ces rejets en euxmêmes. En ce qui concerne la forme de la tranchée elle pourrait être le résultat d’un travail en profondeur entre paysagiste et artistes issus du Land-Art. Ce travail serait donc le fruit d’une collaboration étroite entre plusieurs corps de métiers.

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52 500 m3

10 m 350 m

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De ces déchets, rappelons-le 52 500 mètres cubes, je choisis de les dérober à cette colline, de leur choisir un autre destin, de les faire valser, les faire se renverser.

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De ce nouveau renversement, il est question de déplacement. De ces gravats, je propose de les placer sous le niveau de la mer et d’allonger ainsi la digue protégeant Nahr Beirut. 300 mètres de plus permettrait à la digue d’atteindre le point manquant et d’aligner les quatre points : la grue, le fleuve, la colline, le rond-point de Dora.

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Voici ici la fine bande qui relie fragilement la terre sur l’immensité de la mer. Elle semble flotter au-dessus des flots. Un sentiment de survol et de liberté nous emporte, alors que l’unique trajectoire nous guide vers l’extrémité de cette promenade. Arrivé au bout, les grues du port ne cessent de nous fixer mais la curiosité nous pousse à regarder la colline et plus précisément, cette entaille. Au bout, et seulement au bout de la digue il est possible de voir l’intérieur de la colline, ce qu’elle cache. Il est possible d’y voir l’intérieur car la lumière s’y engouffre, la colline se révèle et son intérieur rayonne.

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Vue sur l’entaille de la colline depuis la digue


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Arrivé au pied de la colline, une entaille immense se dégage devant nous. La colline a été pointée. Il est possible de s’y engouffrer, la curiosité nous y pousse. Que s’y cache t-il ? Allons nous confronter à ses dimensions...

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Intérieur de la Tour de l’holocauste, Musée juif de Berlin Daniel Libeskind. Architecture (décontructivisme). 1988-1999 Berlin, Allemagne.

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Large de 10 mètres, long de 350 mètres et d’une hauteur de 24 mètres pour le point le plus haut, les dimensions de la colline nous prennent au corps une fois à l’intérieur. Car cette colline est hautement symbolique. Ce sont les gravats de la guerre qui l’ont édifié. Ce sont quelques-uns de ces disparus qui l’habitent. L’entailler c’est s’y confronter. Que va-t-il resurgir ? Prendre conscience du plein de la colline par ce vide, par cette circulation forcée, cette masse déplacée. Être à l’intérieur, c’est repenser à cette histoire passée, à cette guerre. C’est accepter d’y repenser et de panser ces plaies. Dans cette entaille. Et commencer à cicatriser.

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Deux passages permettent de passer au-delà de l’entaille de la colline lorsqu’on souhaite se promener sur ses flancs. Aller au sommet, admirer le large, la ville, se laisser porter par la vue, les bruits métalliques de la décharge de métaux en contre-bas ou du port de commerce. Voir les porte-conteneurs aller et venir, admirer les collines dans la brume humide et chaude, prendre du recul sur la ville. Se balader dans les graminées aux couleurs chaudes et sèches de l’été et plus tendres et vertes du printemps. Admirer cet espace de liberté et de jeu devant nous, au-dessus de la ville, au-dessus de la mer, et flotter. Se sentir invincible. Non la guerre n’a pas pu avoir lieu ici. On imagine les enfants courir et s’amuser sur la colline sous un ciel bleu où le soleil se reflète dans le bleu de la mer. De là haut on n’a jamais autant vu cette couleur. Il est difficile de penser qu’un jour il y a eu la guerre. Que les cris des enfants et cette colline n’était pas encore là. Qu’il est bon de respirer le grand air.

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Vue sur l’entaille de la colline en direction du port de Beyrouth

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Passages, mĂŠmorial de Walter Benjamin Dani Karavan. Sculpture, Architecture. 1990-1994 Port-Bou, Espagne.

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La colline et les espaces de repos (blanc) dans la anse humide (pointillĂŠs)

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Au delà de la colline-monument, une large anse à la végétation aimant l’humidité se déploie. De la colline à Nahr Beirut. De la dureté de la colline à l’eau nourricière du fleuve. De ce mouvement, je décide de le conserver, de m’appuyer sur les formes en courbes déjà présentes dans ce lieu. Loin de la droiture de l’axe percé dans la colline, cet espace accueille des assises dans des espaces plus intimes. Une multitude de cheminements sinueux côtoient une végétation plus exubérante que celle de la colline. Ici il est possible ici de s’y perdre.

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Reprenant la forme de la plage en anse, les assises sont toutes en courbes. Lieu de confidences, elles sont intégrées dans la topographie du site set la végétation vient comme les protéger. Les graminées viennent dessiner leurs contours.

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De ces espaces plus intimes où l’on est loin de l’exposition de l’intérieur ou du sommet de la colline. Tout est fait ici pour être accueilli et recueilli, où l’on peut venir regarder et écouter le monde. Le large.

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Vue depuis l’autoroute en prenant le nouvel embranchement accédant à la route de la mer, dans l’axe de la colline

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Le rond-point de Dora, l’ultime point visé au sud. Porte vers le nord, porte vers la fuite depuis Beyrouth. Gare routière et point le plus haut de l’autoroute. Monument en soi. Point de repère et repérée sur la carte. Il fait partie de l’orientation pour les libanais. Lisibilité. Cet élément de la ville représente ce concept. Kevin Lynch raisonne. La lisibilité est ‘la clarté du paysage, la facilité d’identifier les éléments de la ville et de les structurer en un schéma cohérent. Cette clarté permet d’abord de s’orienter, grâce aux indications sensorielles et aux souvenirs, assurant ainsi la «sécurité émotive» des habitants’*. Je propose ici un embranchement, plus précisément une sortie depuis le nord du rond-point vers la route de la mer. De relier. De faire dialoguer l’autoroute et la colline, deux monuments et lui donner une accessibilité possible. Cet embranchement sera dans l’axe des quatre points reliés. Ce point de l’autoroute devient toupie. Le nord et le sud ne sont plus les deux solutions possibles. L’appel de la colline est maintenant réalisable.

* Définition issue de l’article «L’analyse des espaces publics. Les places».

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Pour finir, tisser la colline à la ville semble primordial. Les espaces libres et en friche autour de la route de la mer peuvent devenir cette accroche à la ville. Les palmiers alignés le long de la route de la mer parlent d’une époque balnéaire révolue. Cependant, ils font échos aux trois palmiers qui ont poussé au sommet de la colline. Dévier la trajectoire de la route de la mer, rassembler les palmiers et l’accès à la colline à pieds depuis la ville se révèle. L’alignement linéaire de la route de la mer vient se confronter à une autre voie, vers les palmiers de la colline. Une nouvelle voie est possible, de nouveau. L’amarre à la ville est faite, il en faudra beaucoup pour que la colline-bateau ne dérive.

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Les trajectoire des palmiers

Place rue d’ArmÊnie

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L’allÊe de palmiers marquant le chemin depuis la ville vers la colline

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Maquette d’ensemble du projet


Trouver le souffle à Beyrouth, ce fut mon ambition. Depuis que la musique d’Ibrahim Maalouf était devenue un manifeste. Des accords, des mélanges. Toute comme sa musique, mon travail est composé d’innombrables questionnements. Qui n’auront peut être jamais de réponses. J’ai pourtant cherché à y répondre comme par nécessité, car je pense cruellement que l’espace public est l’affaire de tous, qu’il a ce devoir de mixité et de rencontre sociale. Même pour un instant, au-delà des clivages religieux et politiques, des catégories sociales, des générations, des origines diverses. L’espace public rassemble. Par sa fonction même d’espace public. Pourtant, il est parfois bafoué, mis en danger. Contesté. Là est son plus grand danger. Il est le reflet d’une société. Y prêter attention même quand la société va mal, est incontestable. Il est le premier visé lors des contestations urbaines comme ce fut le cas par exemple, pour la place Tahrir, au Caire. L’espace public a une fonction vaste. Au Liban, la situation est difficile à plusieurs points de vue et je pense que le rôle que peut jouer l’espace public ne doit pas être minimisé. Il reste encore de nombreux stigmates de la guerre. Cicatriser est nécessaire. S’unir aussi. Le droit à un espace de loisir et de repos me paraît important là où le pays peine à résoudre ces propres difficultés. J’ai souhaité questionner ses fonctions, ce besoin de respiration pour la bonne santé de la ville, engager un travail de mémoire sur l’histoire lourdement frappée par cette guerre et plus largement par la situation extrêmement complexe de cette région du monde qui n’en finit pas d’éclater... 199


Naturellement l’espace public est loin d’avoir la capacité de tout résoudre, mais il peut y participer, ou en tout accompagner une société à mieux supporter une situation aujourd’hui obscure. Trouver un juste milieu. Entre exil et étouffement. Entre mer et ville. Concilier. Bourj Hammoud en est le reflet. Espace public, lieu de mémoire, lieu d’histoire, lieu de vie. La reconstruction peut naître de la destruction. Ce travail renvoie à cet aller-retour qui m’était si cher, teinté par raisonnance de la musique d’Ibrahim. Ce travail n’est qu’un commencement et je souhaite qu’il donnera envie à d’autres, de découvrir toute la générosité de ce très beau pays.

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Sources des textes et des images


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Bibliographie


LIVRE

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Collection Ldp numéro

Gibran Khalil Gibran. Le prophète. Lgf, 1993. 118 p. Collection Ldp, numéro 9685. ISBN 2253064092 Darwich, Mahmoud. Une mémoire pour l’oubli. Actes sud, 160 p. Babel, numéro 835. ISBN 2742769285 Bourgeret, Caroline. Il pleut aussi sur Beyrouth. Nova éditions, 2013. ISBN 2360150340 Poisson, Mathias. Promenades méditerranéennes, via Beyrouth et Marseille, guide touristique de fin d’études. Non édité Chevalier, Dominique. L’espace social de la ville arabe. Maisonneuve et Larose, 2001. Publications du département d’islamologie de l’Université de Paris-Sorbonne numéro 8. ISBN 2706807660

THESE

Denris Younes, Alicia. Beirut river merging sustainability with creativity, Master in landscape architecture department of urbanism, ALBA (Académie Libanaise des Beaux-Arts) Yazigi, Serge. Aménagement de la vallée du nahr el-Kalb, mémoire de DESS en urbanisme, 1995. ALBA (Académie Libanaise des Beaux-Arts)

REVUE

AMC Le moniteur architecture, mars 2014 211


RehabiMed, expérience de réhabilitation méditerranéenne Etre artiste à Beyrouth. Beaux-Art Magazine, 2009, numéro 307 Logements en ville. Techniques et Architectures, avril-mai 1996, numéro 425 Un plan vert pour Beyrouth. Urbanisme, novembre-décembre 1996, numéro 291 Portait de ville Beyrouth supplément de l’Institut Français d’Architecture, 2001 Gouverner les métropoles. Ville en parallèle, Laboratoire de géographie urbaine, numéro 32-33

MUSIQUE

Maalouf, Ibrahim. Diasporas. Mis’Ter Productions, 2007. 1 disque compact. Maalouf, Ibrahim. Diachronism. Mis’Ter Productions, 2009. 1 disque compact. Maalouf, Ibrahim. Diagnostic. Mis’Ter Productions, 2011. 1 disque compact. Maalouf, Ibrahim. Wind. Mis’Ter Productions, 2012. 1 disque compact. Maalouf, Ibrahim. Illusions. Mis’Ter Productions, 2013. 1 disque compact. Rayess Bek Handam, Yasmine. Ya Nass. Crammed, 2013. 1 disque compact. Fairouz. The very best of. La voix de l’orient, 1989. 1 disque compact.

VIDEO TELE/FILM

La bouillante scène culturelle de Beyrouth. Arte, 2 novembre 2013. Télévision. Emission Métropolis. Hadjithomas, Joana et Joreige, Khalil. Je veux voir. 2010. 1 DVD vidéo. Labaki, Nadine. Caramel. 2008. 1 DVD vidéo. 212 Karabache, Christophe. Beirut kamikaze. 2011. 1 DVD vidéo.


Trahant, Christophe. Souffle ! 2007. 1 DVD vidéo.

RADIO

En direct de Beyrouth. France Inter, émission Partout Ailleurs, 1er novembre 2013 L’art des mezzés. France Inter, émission On va déguster, 19 novembre 2013 Rencontre d’Averroès 2/4. France Culture, émission La fabrique de l’histoire, 24 décembre 2012 Weekend au Liban. France Culture, 8-9-10 novembre 2013 La ville sert-elle d’abord à faire la guerre?. France Culture, émission Planète terre, 11 septembre 2013

CONFERENCE-EXPOSITION

Beyrouth et ses images. Festival Image de ville, Aix-en-Provence, 17 novembre 2013 Mohdad, Samer. Beyrouth mutations. Exposition de photo. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 12 septembre 2013-18 janvier 2014 Cordal, Isaac. Follow the leaders. Exposition Le voyage à Nantes, sur la place du Bouffay, Nantes, 27 juin-31 août 2013 Hattan, Eric. Exposition Habiter l’inhabituel, FRAC Marseille, 1er frévrier-4 mai 2014

DANSE

Preljocaj, Angelin. Paysage après la bataille. Ballet, 1997

INTERNET

MMSH Maison méditerranéenne des sciences de l’homme. Consultable sur : http://www.mmsh.univ-aix.fr/Pages/default.aspx El-Dirani Chebbo. Généalogie et usages sociaux de quatre lieux urbains paysagers à Beyrouth (en ligne). Projet de paysage, 2010. Consultable sur :

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http://www.projetsdepaysage.fr/fr/genealogie_et_usages_sociaux_de_quatre_ lieux_urbains_paysagers_a_beyrouth Chbat, Nada. Les paysages de décharges publiques urbaines au Liban : quelle problématique ? (en ligne). Projet de paysage, 2010. Consultable sur : http://www.projetsdepaysage.fr/fr/les_paysages_de_decharges_publiques_ urbaines_au_liban_quelle_problematique_ Baldi, Johny Samuele. Entre traumatisme et résilience : quelques notes pour une archéologie des blessures récentes de Beyrouth (en ligne). IFPO, 2012. Consultable sur : http://ifpo.hypotheses.org/4098 Baldi, Johny Samuele. Les choses qui passent sans rien laisser : pour une archéologie des ruines évanescentes de Beyrouth (en ligne). IFPO, 2012. Consultable sur : http://ifpo.hypotheses.org/4160 Gelin, Mathilde. Le patrimoine archéologique, dommage collatéral (en ligne). IFPO, 2012. Consultable sur : http://ifpo.hypotheses.org/3355 Pieri, Caecilia. L’observatoire urbain à Beyrouth : pour une lecture polysémique de la ville et du territoire (en ligne). IFPO, 2012. Consultable sur : http://ifpo.hypotheses.org/2983 Lamy, Sébastien. Le droit d’urbanisme au Liban (en ligne). Université Libanaise des Beaux-Arts ALBA, Institut d’urbanisme, 2010. Verdeil, Eric. Entre guerre et reconstruction : remblais et empiétements littoraux à Beyrouth (en ligne). Archives ouvertes Sciences de l’homme et de la société, 2003. Consultable sur : http://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00003471 Davie, Michael. Le cloisonnement confessionnel d’une ville : le modèle beyrouthin (en ligne). Maison de la géographie, Mappe Monde, 1991. Consultable sur : http://www.mgm.fr/PUB/Mappemonde/M491/BEYROUTH.pdf Clerc-Huybrechts, Valérie. Beyrouth : l’influence du foncier et des plans d’urbanisme sur la formation des quartiers irréguliers de la banlieue sud (en 214 ligne). Mappe Monde. Consultable sur :


http://mappemonde.mgm.fr/num12/articles/art06406.html Penalta Ctalan, Rocio. La ville en tant que corps : métamorphoses corporelles de l’espace urbain (en ligne). Trans-Revue, 2011. Consultable sur : http://trans.revues.org/454?lang=es Ould Khettab, Jdamila. Beyrouth cette étrange peur sur la ville… (en ligne). L’Orient le jour, 31 août 2013. Consultable sur : http://www.lorientlejour.com/article/830697/beyrouth-cette-etrange-peur-sur-laville.html Marot, Bruno. La reconstruction de Beyrouth : vers de nouveaux conflits ? (en ligne). Metro-politiques, 11 mai 2012. Consultable sur : http://www.metropolitiques.eu/La-reconstruction-de-Beyrouth-vers.html Hoh, Sipane. A Beyrouth, le rêve est inspiration d’architecture (en ligne). Le courrier de l’architecte, 24 novembre 2013. Consultable sur : http://www.lecourrierdelarchitecte.com/article_995 Haydar, Mazen. Beyrouth : un urbanisme de tours qui n’a rien d’historique (en ligne). Le courrier de l’architrecte, 7 juillet 2013. Consultable sur : http://www.lecourrierdelarchitecte.com/article_3795 Restikian, Jacko. Des aspects critiques des représentations de l’après-guerre à Beyrouth (en ligne). ITEM, 16 octobre 2010. Consultable sur : http://www.item.uqam.ca/2010/10/des-aspects-critiques-des-representations-del’apres-guerre-a-beyrouth/ Mangassarian, Arpiné. Bourj Hammoud : logiques municipales entre aménagement, développement et identité patrimoniale (en ligne). IFPO, 2013. Consultable sur : http://books.openedition.org/ifpo/3492?lang=fr Assaf, Roger. Lutter contre l’amnésie de la mémoire collective (en ligne). IFPO, 2013. Consultable sur : http://books.openedition.org/ifpo/3558?lang=fr Gomez, François-Xavier. Au son du père et du fils (en ligne). Libération, 26 juillet 2013. Consultable sur : http://www.liberation.fr/culture/2013/07/26/au-son-du-pere-et-du-fils_921062

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Remerciements


Enfin voici l’heure des remerciements, qui sont nombreux. Je tiens à remercier tout particulièrement mon encadrante de diplôme, Esther Salmona, paysagiste et poète qui a accepté de m’encadrer durant cette longue année de recherches et de questionnements. Je la remercie chaleureusement pour le temps qu’elle m’a consacré sans compter, également pour m’avoir fait entièrement confiance alors que le sujet était vaste et complexe et enfin pour sa qualité de réflexion et ses références sans limites. Mes remerciements s’adressent également aux membres de mon jury : Cécile Berthoux, paysagiste et enseignante à l’école du paysage, France Irrmann, responsable du pôle événement à l’Espace culture de la ville de Marseille et Jean-Luc Brisson, artiste et professeur à l’école du paysage, auxquels vont ma plus profonde gratitude. J’ai une pensée toute particulière pour Ibrahim Maalouf, trompettiste, qui a malgré lui, largement contribué à la naissance de ce travail. Mes remerciements vont également à Jean-Louis Perrier, son manager pour lui avoir transmis de près ou de loin, mon travail. Je souhaite également remercier le Liban de m’avoir si bien accueillie. Mes remerciements vont particulièrement à Brianne Caudron, étudiante française à l’école d’architecture de la Villette à Paris, pour sa transmission de cartes et de documents sur la colline de déchets qu’elle a aussi étudié, à Lucile Gasber, étudiante française à Science-po Paris qui a effectué une année d’étude à Beyrouth, pour la cause qu’elle défend assidûment auprès des réfugiés (avec UNHCR), à Emmanuel Haddad, journaliste indépendant franco-libanais, pour sa disponibilité et sa gentillesse, à Salma, voyageuse suisse que le hasard nous a fait se rencontrer, pour sa curiosité, à Mélinda Trochu, journaliste française pour la télévision francophone à Beyrouth, pour son accueil, et enfin, je souhaite remercier bien chaleureusement Maya, Diane et Erass, étudiants libanais à l’ALBA de Beyrouth, pour leur

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hospitalité, leur bienveillance et leur joie de vivre. De l’autre côté de la Méditerranée, j’exprime ma gratitude à tous ceux qui m’ont aidé quand le Liban n’était plus sous mes pieds. Mes remerciements s’adressent à Assaf Dahdah, doctorant libanomarseillais pour le point de vue qu’il adopte sur son pays d’origine, à Joana Hadjithomas et khalil Joreige, vidéastes et plasticiens franco-libanais pour le temps qu’ils ont consacré à m’expliquer leur travail, à Ralph Maafoud, consultant libanais à l’Unesco à Paris, pour son résumé sur l’histoire du Liban et son optimisme, à Olivier Mongin, directeur de la revue Esprit, pour l’intérêt qu’il a porté à mon travail, à Véronique Mure, botaniste à l’école du paysage, pour sa générosité sans faille, à Mathias Poisson, artiste-marcheur marseillais, pour m’avoir fait connaître cette colline, à Jean-Francois Pirson, architecte belge, qui, malgré la distance a su m’accorder de son temps, à Gilles Tiberghien et Jean-Marc Besse, philosophes, pour leur bienveillance, à Eric Verdeil, géographe-chercheur au laboratoire Environnement ville-société au CNRS-Université de Lyon, spécialiste du MoyenOrient, pour son travail, à Georges Zouain, fondateur franco-libanais de Gaïa Héritage (Paris-Beyrouth), pour sa générosité, et enfin Véronique Guglielmetti et Véronique Fernandes, documentalistes à l’école du paysage, pour le temps passé à rechercher des documents concernant mon travail. Je n’oublie pas ma famille pour leur patience et leur liberté. Enfin, j’adresse mes plus sincères remerciements à tous mes proches et amis, particulièrement à la promotion 2010-2014 de Versailles et de Marseille, pour leur soutien et leur encouragement. 218


Livia Kolb . 06 74 76 06 36 . kolb.livia@yahoo.fr


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