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Captain

10 ZaN DeZiK

MéZoN

2008 - 2018 : Ten years of Hand Made Music


LE PREMIER DISQUE TANT ATTENDU! Vous avez entre les mains le florilège de 10 années de travail, 10 zan de musique artisanale, 10 zandezik faite avec le coeur et force huile de coude. Combien de tensions, combien de prises de risques, combien de questions, que de peurs insondables, combien de fulgurences créatives pendant ces années! Comment assumer mes choix de vie ? Comment construire et me construire ? Bref, comment arriver à soi ? C’est tout ça qu’on retrouve dans ce disque. Il est dédicacé à tous ceux qui ont suivi cette aventure de près ou de loin... J’ai fait ma part du boulot. Vous avez maintenant ces 10 zandezikmézon entre vos mains, à vous de jouer des oreilles maintenant. A vous de prendre le temps de sentir ces musiques et ces mots vibrer en vous, jusqu’à vos coeurs et jusqu’à votre expérience personnelle.

COMMENT NOMMER CETTE CRÉATION ? Vous cherchez une étiquette à mettre sur ma musique ? Un style ? Une filiation ? C‘est vrai que c’est pratique… Alors, mettez :« création occitane ». Oui. C’est grâce au cadre « occitan » mis en place et sans cesse renouvelé par des générations d’artistes, que ma création a pu exister. Un cadre qui n’a rien à voir avec un style, mais plutôt avec une manière de faire. C’est une manière d’envisager la création dans son rôle social, politique, écologique et sympathique ! Un cadre qui ressemble plus à une bande de collègues, à un réseau d’influences. C’était pour moi la seule possibilité. Oui. Je suis né (en 1983) avec un très fort ancrage rural et j’en ai pris très rapidement conscience. Je suis né au centre de mon monde. Petit à petit je découvre que mon

terroir se trouve dans un pays (au sens du politique, des frontières et de l’Etat). Dans ce pays l’expression culturelle se fait depuis une grande ville, une capitale éloignée et inconnue de moi. Or, des artistes, près de chez moi prônent justement la décentralisation, chantent dans ma langue paternelle, m’incitent à être un Humain debout, là où je suis, entier, en me défaisant des références à un centre ou une norme établie. C’était tout naturel pour moi de suivre le mouvement !

UN CHEMIN… ET DES ENTRAMBES Ce n’était pas chose facile et il m’a fallu une sacrée volonté et beaucoup de ruse pour dépasser les tonnes de limitations et de complexes qui me pesaient encore sur les épaules. Notamment du fait de ma ruralité et de mon manque violent de « légitimité » pour prendre la parole. J’ai donc mis ce cadre créatif occitan autour de mon terreau natal pour y faire pousser ma musique... Et j’ai fait mon coming out cette fois de Janvier 2008 où j’ai publié sur Myspace ma « vidéo de présentation ». Le projet s’appelait « Hand Made in Occitany », c’est ce que j’écrivais sur les instruments que je fabriquais . Tout était dit : c’est fait à la force du poignet, dans le cadre occitan, et (par le choix de l’anglais) ça s’adresse au monde entier. Je me développe depuis dans cette pépinière créative avec une bande d’artistes incroyables. Des f rères et des sœurs avec qui on construit et on entretient, au quotidien, notre jardin, un espace de création et de liberté totale. Des gens proches et accessibles, et, c’est très important de le préciser, pour beaucoup même pas natifs de cette terre-là! Ceux-là, qui à ma différence, ne se sont même pas donné la peine de naître dans les pays d’Oc! Ca paraît être une boutade, mais pour ce qui est de la culture provençale, être natif est sûrement bien plus pesant que de ne pas l’être.


BE OCCITAN AND FORGET IT* La création occitane est une aventure à suivre… Montez vite, il y a de la place pour le Tout-monde ! On ne sait pas où on va, on ne peut pas se rendre compte de ce qu’on fait, mais on partage, on se nourrit ensemble et c’est énormément jouissif. Et si, finalement, on était tellement imprégnés de notre terroir, dans une recherche incessante de liberté, que ce terroir ne serait plus qu’un détail... Peut-être que finalement plus l’ancrage est fort plus on est libres par rapport à cet ancrage. Et si être occitan c’était ça dans le fond : n’avoir rien à justifier et s’en battre les gonades totalement... d’être occitan ? En tout cas c’est mon cas ! Alhòli en totei ! Bòna escota ! Flo

* Sois occitan et oublie-le


HAND MADE IN OCCITANY Le son rural et conoclaste

2008 Après 5 ans d’études en agronomie en Belgique, à 25 ans, je reviens au bled travailler dans les terres. Je suis incité depuis l’enfance à devenir paysan. Si je veux être paysan c’est de suite, si je veux être musicien il faudra traverser le désert… Je choisis alors de travailler à la ferme pour gagner un peu d’argent... tout en développant mes projets culturels. C’est aussi l’occasion de m’imprégner au quotidien de l’occitan paternel. Je m’installe dans le grenier avec mon PC portable d’ingénieur. C’est avec le logiciel " Fruity Loops "installé par mon cousin Patrick que je fais mes premières musiques. Les voix sont enregistrées directement sur le micro de l’ordi ! J’ai découvert récemment le site Myspace, qui propose aux musiciens une interface simple pour partager leurs créations. Bon plan! Bonne stratégie pour connecter avec d’autres artistes depuis le fond de ma campagne où je me sens quand même bien seul...

1 // VIDÉO DE PRÉSENTATION (EXTRAIT) Rural (adj .): qui concerne la vie dans les campagnes, qui concerne les paysans. Conoclaste (adj.): du grec Konos « ce qui est réfractaire au changement » et Clastein « casser ». Le Konos (cònò en occitan) est théorisé pour la première fois par Massilia Sound System comme un type d’individu campé sur ses positions. L’idée qu’il y aurait des individus plus cònò que d’autres est reprise dans cette vidéo. Or l’expérience montre que si tout individu possède bien un Moi, il y a aussi un Konos qui sommeille au fond de lui-elle. Mon projet artistique par son esthétique vise à casser la coquille qui renferme ce Konos et empêche l’individu d’évoluer... Car rien n’est permanent, sauf le changement. 4

Vidéo complète à voir sur www.captainflo.com

L’eissada

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Les instruments sur l’aire, face au Ventoux

Le guitaron, un instrument inventé et fabriqué pour le Trouba-tour en 2005

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2 // IDÉES REÇUES DANS LA GUEULE Une chanson qui énonce en vrac des faits et des idées qui me touchaient particulièrement à l’époque.

La chanson est dédicacée à tous ceux qui sont venus à pieds… Eh bien je vois qu’on cherche à relancer la consommation, Que les gens ici n’ont pas encore assez de pognon, Que le pouvoir d’achat, eh bin, y’a que ça, qui compte, Mais qu’on veut de l’écologie ! Si, si ! Jules-Edouard Leclerc c’est Che Guevara (au moins) Et Jésus-Claude Decaux*… lui, nous sauvera, c’est sûr ! Avec ses quatre vélos… à la con Alors que ça n’est qu’une o… pération… de com… munication pour « verdir » ses exactions ! C’est quand même lui qui depuis trente ans nous pousse au crime avec ses pubs. C’est quand même lui qui depuis trente ans nous pourrit la ville avec ses pubs. Les partisans de la décroissance sont ridiculisés : « Ils veulent vivre dans des cavernes, c’est des rétrogrades, ils refusent la lumière de la consommation ! » Alors qu’au fond de lui, chacun sait… Que le bonheur est dans la simplicité. Un récent rappeur** nous a confirmé que de vivre à la campagne, eh bin, ça craignait (on s’y fait chier) qu’il n’y a que la ville et le béton (y’a que ça de bon !) Je croyais que le rap c’était le son « de survie » des enfants du béton, cherchant à fuir leur prison On veut bouffer Bio, mais personne ne veut bosser dans les terres, le nombre de fermes ne fait que baisser. Les enfants de paysans on est vraiment tous dégouttés, ces putains de supermarchés il faudrait bien tous les brûler, car entre nous et les gens les prix sont multipliés, marges-arrière et monopoles, on se fait tous enculer. Mais le Jules-Edouard Leclerc lui il passe à la télé, avec Nicolo Hulat ils viennent tout nous expliquer ! 6

Dans le sud on se ramasse un peu tous les gros enfoirés, qui ont tellement de sous, qu’ils savent plus où les placer. Ca bétonne à tour de bras dans les terres cultivées, et nous on peut plus bosser, ils nous collent des procès, foutent leurs eaux dans nos vignes et ils appellent les condés, quand le matin de bonne heure toi tu viens pour travailler. Ils te foutent des alarmes, des gros chiens, des barbelés, mais te suceront le fion quand ils voudront acheter. « Face à la crise écologique actuelle il faut faire confiance aux patrons de supermarchés et aux marchands de publicité, qui nous poussent à consommer. Les gens qui prétendent le contraire, ce sont des rétrogrades. D’autre part, à la campagne, il y a beaucoup d’imbéciles, il faut partir en ville et surtout ne pas faire paysan, les paysans ne vont pas à l’opéra par exemple, ce sont des incultes. De toute façon si tu fais paysan tu ne trouveras pas de femme. Si tu bosses dans la pub et que tu vends ta mère tu auras peut-être plein d’argent pour aller bétonner à la campagne, en Provence, et tu pourras emmerder les derniers paysans qui font encore leur boulot. Tous cela s’appelle le développement du beurre. » « Le développement du beurre, alors c’est à la fois avoir le beurre, l’argent du beurre et le sourire du crémier ou de la crémière. C’est-à-dire : préserver le beurre, produire de l’argent du beurre et faire en sorte que le crémier soit content. Puis nous allons produire un surplus de beurre que nous enverrons aux petits africains qui sont maigres, pour qu’ils puissent devenirs gros comme nous, ici. Nous y arriverons, nous y arriverons, les grands patrons sont avec nous, nous faisons un maximum de beurre… » * Michel-Edouard Leclerc, très médiatique PDG des célèbres supermarchés et Jean-Claude Decaux, inventeur de l’abri-bus en 1964 et du vélib’ en 2005, deux services entièrement financés par la publicité dont ils sont le support. ** Kamini, auteur de la chanson « Marly-Gomont ».


Les constructions grignotent les vignes en Provence

Ma vidéo de présentation marche bien et fait son petit buzz... Henri Maquet d’Arles me branche sur Myspace et m’invite officiellement au festival Zin-Zan aux Baux-de-Provence. J’ai un peu d’appréhension… c’est mes premiers pas officiels dans les milieux artistiques. Mon collègue Ben est de la partie. Au Zin-Zan je rencontre les filles de l’association « Terrain à Déminer ». Une véritable oasis de fraîcheur intellectuelle où je suis accueilli comme un prince. Elles me branchent pour partiper au carnaval à Montpellier, elles alimentent ma curiosité pour la sociologie et l’ethnologie. C’est le début d’une grande aventure.

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3 // PAROLES DE POIRES Handmade in Occitany remercie «Les Bandits Manchots » qui ont été un peu pillés (musique à la fin), mais en fait pas tant que ça puisqu’ils avaient eux-même pillé Christian Philibert et son film « Les quatre saisons d’Espigoule », à revoir ou à voir...

Trois heures du matin, aéroport de Moussanté, Kenya : - We don’t wanna go ! I was born here. This is my country. We don’t wanna go ! Broum ! Nous n’en saurons pas plus. Jimmy et Mickael sont des haricots verts extra-fins du Kenya. Comme des milliards de leurs frères et sœurs ils vont prendre l’avion ce matin pour rejoindre Rungis et finir au froid dans un grand supermarché, éclairés pas des néons. Nous décidons de suivre leur périple: nous voici maintenant à Rungis, où, après avoir parlé avec les douaniers, consulté des liasses de documents, nous retrouvons enfin les palettes de nos amis kenyans. Et là, stupéfaction : ils ont transité par une usine en Chine où ils ont été emballés sous vide. Jimmy et Mickael essayent de nous parler derrière leur plastique : « Ou ou ou ! ». Mais déjà leur silhouette verte et souple disparaît derrière la buée. La calvaire de ces haricots, des milliards de fruits et légumes le vivent chaque jour. Ces cerises chiliennes par exemple que nous avions enregistré en décembre dernier : - Puta que frío ! puta mierda ! (Sapristi quel froid ! Flute ! Quel froid !) - Dejamos nuestro arbol allà, nos cojieron y nos botaron en el avion… Yo querria estar comida allà ! (Nous avons laissé notre arbre là-bas, moi je voulais être mangée là-bas !) Manuelito et Manuelita, couple de cerises chiliennes sont au désespoir tout comme ces poires Bio de Nouvelle-Zélande très remontées : - We were organic fruits, orgnanic ! But they put us in a plane, and that creates lots of contamination ! It is a shame, they killed us and Earth at the same time ! (Nous étions des fruits Bio ! Mais ils nous ont mis dans un avion, cela polue beaucoup, c’est une honte, ils nous ont tués et ils tuent la Terre en même temps !) 8

En parcourant les allées des hangars, nous avons pu rencontrer des bananes, des mangues, des litchis du Gabon, tous déracinés, mais aussi des noix de guaranama…nama. qui semblaient furieuses: - Uti ka umbidé ! Uti en géda nu y ovo !! Bé sa kaléma dété ! kaléma ! Be sa kaléma ! Nos traducteurs n’ont pas été en mesure de comprendre la langue de ces noix de guaramanana… manaco, venues de l’île de Guamani…cara cependant l’expéditeur a affirmé que leur consommation était absolument indispensable pour assurer l’équilibre alimentaire des populations européennes. Dans un recoin de hangar nous trouvons enfin des pommes : - Uaueuh, galgla… froid… 6 mois frigo…6 mois dans le frigo… Cette pomme golden ramassée alors qu’elle était encore dans ses vertes années vient de mourir sous nos yeux, mourir de froid après 6 mois de torture dans les frigos. - Bon, moi z’en peux plus, sans déconner, z’en peux plus, z’ai pas été fabriqué pour enregistrer que de la souffrance… - Bon écoute Mike, on a besoin de toi quand même… - Ah non mais moi z’arrête tout, là. Prrprprp. (plus rien). Nous sommes maintenant au Palis. Mike a bien voulu remarcher, nous sommes dans le champ d’une famille d’agriculteurs. Il est 14h, en plein mois de juillet, et nous approchons d’une fratrie de tomates, bien accrochées sur leur bouquet : - Putain, mais dégagez quoi, cons de journalistes, vous pouvez pas faire la sieste comme tout le monde? Ces tomates n’en diront pas plus.


Nous passerons l’après midi et la nuit a essayer de reprendre des forces après une insolation bien servie. Le lendemain à 6h nous voici de nouveau au jardin avec nos amies tomates, c’est un vrai plaisir de discuter avec elles : - Oh ! On est pas bien là, le matin, de bonne heure ? Fache de con ! On est quand même mieux ici qu’en ville ! Eh ? Con de la Bonne-mère ! - Vous voyez, nous on est nés ici, sur ce plant de tomate. Eh bè, quoi de plus beau pour une tomate, que d’être mangée par la famille qui nous a cultivé. C’est des gens…tu vois… on est liés, quoi ! Enfin, consommés ici, ou disons, dans le pays quoi, mais jamais passer par le frigo, ça, jamais, ou le moins possible du moins. Mais vous voyez, la famille là, ils ont des toilettes sèches, un cagador coma se ditz en occitan, parce que entre nous toilette sèche c’est les pink floyds, les

alternatifs là qui ont réinventé le cagador, soit dit entre nous, mais bon ils sont bien gentils quand même… Eh bè quand on les aura nourri ces gens, eh bè on va retourner au compost, à notre terre. Si tu veux il y a un peu de nous même qui va nourrir les générations futures de tomates et d’humains, via la terre. Eh bè, ça, pour une tomate, y’a rien de plus beau. Merci à Jimmy, Mickael, Manuelito et manuelita, les noix de guaramanana… Nos pensées se tournent vers Jimmy et Mickael, morts sous un plastique et cette pomme golden que nous avons vu mourir aussi. Merci à Marcel, Josiane, Guillaume et Alan… - Ou ! es pas Alane, es Alan, òu siam pas americans ! … Euh… donc euh Guillaume et Alane… Alan, du jardin de la famille Bartàs au Palis.

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Rencontre avec « les petits potes » Dans l’envie de continuer à ambiancer mon bled et sa région je rencontre une bande de jeunes du coin. Ils ont 7 ou 8 ans de moins que moi. Ils ont une énergie débordante… Ils sont très sensibles aux choses culturelles, à la musique, au cirque, à l’art en général. Assez rapidement on accroche ensemble. Ils sont sensibles à ce que je raconte dans mes chansons. Avec certains on va au carnaval à Montpellier, on organise notre propre Carnaval à Séguret. Je les appelle « mes petits potes. » Ils me tiennent chaud.

On brûle carmentran à Séguret, les collègues de Montpellier sont montés en renfort !

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Les « Morescas » au Palis. Inoubliable ! Gleison au Geladou en 2009

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Avec mes «petits potes» j’ai enfin l’occasion de sortir la contrebassine pour jouer dans la rue. Les intruments faitmaison font partie intégrante de mon projet artistique dès le début. Mais il est absolument impossible de les enregistrer avec les moyens du bord (et même avec des moyens plus pro ça reste compliqué). C’est pour ça qu’ils sont très peu présents dans le projet « Hand Made in Occitany » qui est très électronique (à part un peu de cazou et de guitaron).

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« collector » : Florent, Damien, Gleison & Garrús au marché de Vaison (2009)

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4 // FAU BALHAR DE SÒUS !

Un soir, au Géladou, mon «studio officiel», mon collègue Gleison jouait un petit motif de guitare… et comme on se préparait pour aller jouer au marché de Vaison le mardi, le texte m’est venu tout seul. « Fau balhar de sòus », il faut donner des sous (aux musiciens… qui sont pauvres... mais heureux !). L’enregistrement est de ce soir là, avec Garrús au didjeridoo et Florian au violon.

5 // CASSE-COUILLE La chanson est dédicacée à tous ceux qui tracent leur route, tous ceux qui assument leurs idées, à toutes les exceptions qui veulent changer les règles, quand tu en as marre d’ être critiqué, chante ce joli refrain : Je suis un casse-couille, casse-couille… … j’assume mes idées …

La question de la légitimité : «Je suis un casse-couille» et j’assume mes idées... C’est vrai que j’ai déjà franchi quelques étapes dans ma traversée du désert vers la musique. Mais pas toutes. Je ne monte toujours pas sur scène. On n’apprend pas ça dans les terres, à la maison et je ne m’en sens pas le droit. Je me souviens très bien d’un soir… on est à une scène ouverte avec mes «petits potes» . On a envie d’aller chanter quelque chose sur scène. L’idée circule. Certains se décident finalement. Moi je suis resté dehors, j’ai pas osé. Je suis bloqué, tétanisé par mon manque de légitimité. A un moment je les entends chanter « on veut bouffer bio mais personne ne veut bosser dans les terres… les enfants de paysans on est vraiment tous dégoutés… » un bout de ma chanson « idées reçues dans la gueule». Cette chanson raconte ma vie mais je suis pas capable encore de la chanter en public. J’en ai tellement chié de cette ruralité, c’est tellement fort, tellement rempli d’émotion. Mes collègues ne se doutent sûrement pas de ce que ça me fait. J’ai la rage contre moi et contre eux. C’est très violent.

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...et je vais pas changer ! …C’est la chanson des manifs ! C’est la chanson des sitings ! … On est des casse-couille... …Siam de rompa-quieu, nosautrei, siam de rompaquieu ! …Eh bè ! Tu vois que tu es d’accord avec moi !

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6 // SE T’EN VAS Quand j’étais petit, à la maison, y’avait pas de musique à part Radio France Vaucluse. Ma culture musicale c’est les chansons de la radio avant tout, et celles des fêtes de village. En un mot : « les tubes ». A un moment je me suis dit : Et si l’occitan avait toujours sa place et son entière légitimité ? Et si on l’utilisait au quotidien, de partout… on aurait alors tous les styles de musiques en occitan à la radio ! Il y aurait eu une pop en occitan ! J’ai voulu combler ce vide. J’ai fait une chanson pour la bande FM, pour le «TOP Se canta.»

Sample : Lou Dàvi dans Gents de Ventor

Se t’en vas

Si tu pars

Se t’en vas d’aquí, ieu vau crebar, Se me laisses’quí ieu vau crebar, Se t’en vas d’aquí ieu vau crebar, Se me laisses’quí ieu crebarai,

Si tu pars d’ici, moi, je vais crever… Si tu me laisses ici, je vais crever…

Me laisses ‘quí dins lei bordilhas, Dins la tristesa de la villa, Dins la tristesa industriala, La societat occidentala,

Tu me laisses ici dans les détritus Et la tristesse de la ville, Dans la tristesse industrielle, La société occidentale,

Onte a passat lo temps passat ? Passat(s) ensems, lei bòn moments, qu’aviam pas paur de viure un pauc, Mandar cagar leis ensucats !

Où est passé le temps passé ? Passé(s) ensemble, les bons moments Où nous n’avions pas peur de vivre un peu, Envoyer chier les « ensuqués »

Que tubaviam ‘pauc de ganjà, dins lei cabanas, dins lei valats Partiam en viatge en estòp, anaviam ais concerts de ròck,

Où nous fumions un peu de ganja, Dans les cabanes, dans les ruisseaux, Nous partions en voyage en stop, Nous allions au concerts de rock

Barutlaviam ensems per òrta, e tubaviam ’pauc de redòrta, e tubaviam ’pauc de ganjà, e manjaviam ’pauc de cachat.

Nous « allions ensemble par les chemins », Et nous fumions un peu de « redòrta* » Et nous fumions un peu de ganja, Et nous mangions un peu « cachat** »

Aviam pas paur de viure un pauc, mandar cagar leis ensucats. Aviam pas paur de vanegar de varaiar, de pantaiar.

Nous n’avions pas peur de vivre un peu, d’envoyer chier les « ensuqués » Nous n’avions pas peur de « bouléguer »

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* tiges de clématite sauvage ** fromage ethnique provençal


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Un projet très beau mais peut-être un peu trop ambitieux : rassembler du monde autour de l’appel « Langue d’Oc, patrimoine mondial de l’humanité » lancé par l’association Chambra d’Oc (Vallées occitane d’Italie), monter une association, monter ensemble des dossiers de financement, monter un festival, monter au Ventoux et monter le film. Ça nous a demandé un travail hallucinant pendant deux ans.

Le résultat était flambant et le film fonctionne super bien. Tant de personnes ont été touchées voire complétement retournées par ce film ! A la fin j’étais totalement libéré de toute question autour de la langue d’oc comme par magie. Ça avait trouvé sa juste place en moi et du coup les autres me questionnaient moins sur ça… Et si quelqu’un voulait en savoir plus je lui faisais voir «Gents de Ventor». C’est toujours le cas d’ailleurs. Si ces questions vous tarodent, vous savez ce qu’il vous reste à faire...

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On est en 2009. Ces histoires d’occitan ça commence à me gonfler un peu... ! J’en ai marre d’expliquer toujours et encore les même choses dès que je dis que je parle ou chante occitan… C’est encore trop à vif en moi. Il me faut faire quelque chose… UN FILM !

Plus d’infos : www.captainflo.com/gentsdeventor

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7 // DISCOCCITAN 2080 O ! lo disco ! Ieu me rapele, dins leis annadas 2000, Occitania èra pancara un païs, E i aviá un grope, Handmade in Occitany, Fasián de disco en occitan !

Oh ! Le disco ! Moi, je me souviens, dans les années 2000, l’Occitanie n’était pas encore un pays, et il y avait un groupe, Handmade in Occitany, Ils faisaient du disco en occitan !

As vist lei chatas qu’arrivan d’aicí, As vist lei chatas qu’arrivan d’ailà… Ou ! me rapele pus, vetz !

As vist lei chatas qu’arrivan d’aicí, As vist lei chatas qu’arrivan d’ailà oh, je me souviens plus bien !

As vist lei chatas qu’arrivan d’aicí, As vist lei chatas qu’arrivan d’ailà

Tu as vu les filles qui arrivent par ici ? Tu as vu les filles qui arrivent par là ?

Avián un pichòt instrument ’qui, Qu’avián fach amé una cocorda, crese que, e fasián sa musica amé ’quò !

Ils avaient un petit instrument, là, Qu’ils avaient fait avec une courge, je crois, et ils faisaient leur musique avec ça !

Vetz un pauc lei dròlles qu’arrivan d’ailà !

Regarde un peu les mecs qui arrivent par là !

Era bòn ! Era estrambordant !

C’était bon ! C’était extraordinaire !

Lo disco s’es totjorn un pauc dansat en Occitania, Mon paire parlava d’I am, que dansavan lo mia, Un pè d’un costat, un pè de l’autre…

Le disco a toujours été un peu dansé en Occitanie, Mon père parlait d’I am, qui dansaient « Le Mia », Un pied d’un côté, un pied de l’autre…

Aquí se dança lo mia, ‘quo ven de Marsilha, cadena que brilha, siam pas de bordilhas

Là on danse le mia, Ça vient de Marseille, Chaîne qui brille, On est pas des balayures !

Ai ausit dire que Brassens, auriá fach tamben de funk… o que… qu’auriá parlat de tot aquò...

J’ai entendu dire que Brassens, aurait fait du funk… ou que… qu’il aurait parlé de tout ça...

Eh DJ met-nous donc du funk, Qu’on danse le mia ! Albertine : « - E ! colhòsti ! siás pus joina tu ! Òu ! Marie-Louise : - O ! siáu pus joina… ! La question es pas aquí ! De noste temps, l’òm corriá pas coma ara ! L’òm corriá pas coma ara ! » O… ! es fenit ? A !!! Es fenit ?

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Albertine « - Eh ! colhòsti ! Tu es plus jeune, toi ! Oh ! Marie-Louise - Oh ! Je suis plus jeune… ! Là n’est pas la question ! A notre époque, on ne courrait pas comme maintenant… on ne courrait pas comme maintenant ! » C’est fini ?


Sample « Brassens » : deux chasseurs de Malaucène dans Gents de Ventor Sample fin : La Pompe Moderne qui avaient eux-même emprunté chez I am et Brassens ! Voix : Captain Flo, sauf à la fin : extraits de collectages auprès d’Albertine Tourniaire (quartier du Plan) et MarieLouise Robert (quartier du Palis) auprès desquelles j’ai passé de très beaux moments en provençal en 2001. Pour la petite histoire, dans cette conversation Albertine et Marie-Louise se demandaient pourquoi elles ne se connaissaient pas quand elles étaient petites alors qu’elles habitaient à un peu plus d’1km de distance… Albertine dit que c’est à cause de la différence d’âge. Marie-Louise répond qu’à leur époque les gens se déplaçaient beaucoup moins. Mais la phrase « on ne courrait pas comme maintenant » devient drôle quand on sait que Marie-Louise avait alors 81ans et marchait assez difficilement

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En 2012 je me casse le pied… blessure de fatigue. Je sais plus trop quoi faire. En tout cas pas paysan, ni organisateur de festivals. Une copine artiste de rue me dit : «Mais Florent tu aurais pas un peu oublié que tu es musicien ? Ce ne serait pas le moment d’assumer un peu plus ?» C’est vrai, j’ai assez rencontré de gens dans « le milieu » et je m’y sens assez bien accueilli. J’ai besoin d’aller là où ça bouge. J’investis mes sous gagnés dans les terres dans un camion pour pouvoir bouger et je file vers Montpellier… pour faire... les vendanges ! C’est vous dire si je ne m’autorise pas encore à faire autre chose que de l’agriculture (ça me durera encore quelques années) Je vais passer une petite année à Violsle-Fort près du Pic-Saint-Loup. Mon projet est maintenant de faire de la musique à 100%.

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8 // ZIN-ZAN (LIVE AU CHAP 2012)

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ZIN-ZAN c’est le festival de musique traditionnelle le plus underground au Sud de la Loire... Il rassemble quelques étoiles de la galaxie créative occitane, chaque année au mois d’août depuis 2008. La chanson a été enregistrée à un autre beau festival où je retrouve chaque année une partie de ma famille, le CHAP à Viols-le-Fort (34)

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Zin-Zan

Zin-Zan

Escota cosin, escota cosin, zan ! Ara fai detz ans Fasèm de bosin, fasèm de bosin, zan ! Ensems toei leis ans

Ecoute cousin, zan ! Ca fait maintenant 10 ans On fait du tapage… Ensemble tous les ans !

Tres ans qu’es ansin... Totei s’amusam Dançam sus lo zinc... Cantem en jazzant

Trois ans que c’est ainsi On s’amuse tous On danse sur le zinc On chante en jazzant

Fasèm lei muezzins... Rampelam, s’amusam Fasèm lo teasing... Totei s’amusam

On fait les muezzins On rameute, on s’amuse On fait le teasing On s’amuse tous

Adus tei vesins... Cieutadencs, paisans Gis de Zan sens Zin et gis d’an sens Zin-zan ! Gis de Zin sens Zan !

Amènes tes voisins Citadins, paysans Pas de Zan sans Zin et pas d’année sans Zin-zan Pas de Zin sans Zan

Saràs un zin Saràs un zan cosin, au Zin-Zan Saràs un zin, saràs Tarzan cosin, au Zin-Zan

Tu seras un Zin, tu seras un Zan cousin, au Zin-Zan Tu seras un Zin, tu seras Tarzan, cousin, au Zin-Zan...

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Je veux continuer à faire de la musique sans électricité, chanter au coin de la table dans les fêtes de village et les mariages. Je cherche le folklore. Il me semble aussi que c’est le meilleur moyen d’apprendre le métier . J’avais déjà bricolé un kazoo en canne pour « Se t’en vas » (solo à la fin). Un soir je joue le riff de guitare de la chanson « A girl like you » au kazoo. Putain ! Le son ! Mais c’est de la guitare électrique ?! Enorme ! J’y ajoute la contrebassine… boum tac… Enormissime ! Plus tard je monte le kazoo sur un porte-harmonica, ça libère les mains pour la contrebassine… Mais c’est lourd et ça fait mal au cou. Je finirai par le remplacer par… un simple fil de fer, plus léger, moins cher, plus maniable ! En 2011 mon pote Gleison veut bien m’accompagner dans un projet accoustique : pandeiro, contre-bassine, cazou. On prend un minimum de risque artistique puisqu’on fait que des reprises de musique populaire du Moyen-âge à nos jours : Jan Petit, La mazurka souto li pins, Le Mia, I like to move it...

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9 // I WANNA OC YOU ! (LIVE AU CHAP 2012)

Ce soir chérie je dis OC Vas-y avec la langue d’Oc L’été sera chaud, l’été sera choc Et dans Montcuq et dans Montfroc

Alors que Paris soliloque Nous on embrasse depuis les docks La grande bleue jusqu’au Maroc Ouverts sur le monde jusqu’à Bangkok

L’un pour l’autre on est ad hoc Si tu veux on va jouer au doc Laisse-moi te mettre la main au c’ On va finir comme à Woodstock !

Musique occitane baroque Ce soir pour toi Hand Made in Oc Envoie le bois, c’est du mastoc Nautres de tot bòsc fasèm fuòc (on fait feu de tout bois...)

Ce soir je suis gonflé à bloc Ce soir on a changé d’époque Ce chérie I wanna Oc… you baybe C’est top fashion de parler l’Oc

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Mais je n’arrive toujours pas à signer mes chansons. J’ai fait un groupe à moi mais je n’arrive toujours pas à l’assumer. Jouer mes créations avec d’autres serait bien mais trop risqué, c’est trop intime. J’ai déployé tellement de travail... parce que je prépare tout ça depuis des années et des années que toute collaboration me paraît impossible voir dangereuse. J’ai été un peu traumatisé à vrai dire. A Montpellier, j’ai réussi à attirer l’attention mais je ne me sens pas vraiment à l’aise. Il me faut plus d’air et de liberté. Il me faut une autre capitale… Ce sera Barcelone. Il n’y a plus que 300 km à tirer. Barcelone c’est l’exotisme à côté de chez moi. J’y retrouve l’espagnol, et en plus l’occitan y est totalement légitime. Anem ! Zo !

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CAPTAIN FLO’S ECO-DANCEFLOOR Une corde, un bâton... un dancefloor

2013

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À partir de 2013 je me consacre exclusivement à mon projet acoustique. Je vis plus ou moins sur la route, je n’ai plus les moyens matériels de faire de l’électronique et ça n’est pas mon but. Je veux faire de la rue pour apprendre le métier.

La fin de la traversée ? Ca y est je l’ai fait, j’ai ma carte de visite de musicien, j’ai marqué mon nom dessus. Flo, c’est comme ça qu’on m’appelle en Espagne, c’est simple, c’est bref, ça joue sur le mot anglais « flow »... À ce moment- là je ressens quelque chose de très fort. C’est comme si je sortais d’un tunnel… un tunnel où je serais entré tout petit, peutêtre à 5 ans. Je viens de finir ma traversée, du tunnel ou du désert, peu importe, je suis de l’autre côté ! J’ai 30 ans, on est en 2013. En tout cas je ne savais pas que je faisais cette traversée, j’avais oublié, c’était devenu mon quotidien pendant 25 ans.

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De FLO à Captain FLO A Barcelone je développe un répertoire Contrebassine / Kazoo / Chant. Je commence à jouer dans la rue. Mais le rapport frontal au public est dur à supporter, j’ai l’impression de mendier. Il faut ruser. Alors je crée un personnage : accent anglophone, veste de costume, lunettes noires. C’est Mister FLO, il vient « de l’Australie ». Il surfe sur la légitimité totale que confère la culture anglosaxone… En 2014 je rentre en France avec ce spectacle. Ça marche bien mais ce personnage manque de profondeur, il lui manque une histoire… Je lui mets alors une casquette de marin et il devient Captain FLO, un ancien marin australien reconverti à la musique, installé à Marseille. Avec le temps ce spectacle devient un moment participatif. Un «Eco-dancefloor*» : une piste de danse écologique, économique et qui utilise l’écho du lieu. Un moment à vivre, impossible à mettre sur disque ou en vidéo... je peux juste vous donner la liste des morceaux que je remixe à ma façon.

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La playlist : Seven Nations Army (White Stripes) / Tainted Love (Soft Cell) / A girl like You (Edwin Collins) / Je danse le Mia (I am) / Music is the best (Captain Flo) / Le complexe du Cornflakes (M) / Glory Box (Portishead) / Get Luky (Daft Punk) / Satisfaction (Benny Benassi) / Freed from desire (Gala) / Pump up the Jam (Technotronic) / Sweet Dreams ( Eurythmics)... Pour plus d’infos sur le spectacle et une histoire hallucinante et passionnante sur la contrebassine dans le monde avec photos et videos : www.captainflo.com/instrumentsfaitsmaison

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Captain FLO, ou comment être classe avec une contrebassine‌


10 // MUSIC IS THE BEST Sample : fin de répétition de la batucada « Unidos de Monjuca » à Barcelone. Ce texte fait référence à mon projet musical et reprend en refrain une citation de Frank Zappa.

Music is the best

La musique c’est ce qu’il y a de mieux :-)

Escota la musica, la musica fai de ben Escota coma aquò pica, aquò pica, pica ben Escota coma aquò vira, aquò vira vai e ven Escota, gis de flics, vene aquita, saràs ben !

Ecoute la musique, la musique ça fait du bien Ecoute comme ça tape, ça tape bien Ecoute comme ça tourne, ça s’en va et ça revient Ecoute, y’a pas de flics, viens ici tu seras bien !

Populara o sabenta, siam pòple e sabent tamben (sabem tant ben) Comerciala, evidenta, que que siegue s’en garcem Mesclam leis influencis, nòstra crida la mandem Escota, es pas una scienci, pòs faire parrier tamben !

Populaire ou savante, nous sommes peuple et savant aussi / nous savons si bien (jeu de mots : sabents tamben / sabèm tant ben) Commerciale, évidente, quoi que ce soit on s’en fout On mélange les influence et on balance nos revendications Ecoute, c’est pas une science, tu peux faire pareil toi aussi !

Music is the best ! Escota la fabrica e totei seis instruments, Tròç de bòsc, una tina, una còrda e anem, Que siegue en acostic o que siegue au son-sistem Lo FLO es fantastic e se siam paures siam contents !

Ecoute la fabrique et tous ses instruments Un bout de bois, une bassine, une corde et allez, Que ce soit en acoustique, que ce soit au Sound System Le FLO (flow) est fantastique, et même si on est pauvres on est heureux ! (refrain populaire)

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En Juin 2013 j’ai 30 ans et ça fait 1 an que je vis dans la mégalopole…

il fallait l’avoir fait. Un jour, avec des amis, on va à la campagne, la vraie, ça ressemblait un peu à la Drôme provençale ou aux Cévennes… Je respire.. ! Mais ça fait combien de temps que je suis dans cette ville polluée et que j’en sort pas ? C’est là que je décide de ne plus jamais vivre en ville. Je décide de rentrer en France où j’ai mes collègues. En 2014 j’ai envie d’aller étudier à l’école de musique IMFP à Salon-de-Provence. Je sais pas encore lire les notes, j’aimerai apprendre un peu d’harmonie, mais j’ai peur d’y perdre mon originalité… Daniel Loddo me dit que j’y apprendrai toujours quelque chose d’utile et Laurent Cavalié me dit quelque chose comme « T’inquiètes pas, toi, avant de perdre ton originalité t’as de la marge!» . A la sortie de l’école je sais toujours pas lire les notes et je m’en fous, mais j’ai appris plein de choses et croisé des gens très intéressants. Je me suis senti considéré d’égal à égal par des musiciens « professionnels ». Un pas de plus dans la légitimité.

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CAPTAIN FLO EN SOUND SYSTEM Deux platines, un micro… un dancefloor !

2016

Avec Willy Pinson, fête de la musique, Vaison, 2017.

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En 2016 l’Eco-Dancefloor tourne toujours, mais il me faut revenir à de la musique qui « tappe », au son amplifié et au texte. Je reprends le chemin du Sound System. J’ai des choses à raconter. Je laisse tomber l’accent australien, je tombe la veste mais garde la casquette de capitaine . Reste le nom de Captain FLO en référence à la mer et aux voyages.

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11 // « C 15 » Toutes les «guitares électriques» du morceau sont en fait du «zonzon électrique», autre instrument de ma fabrication...

Moi, je roule en C15 Ca vaut toutes les Mercedes Benz C’est un plaisir sans égal C’est la classe… rurale ! Moi, je roule en C15 Et j’écoute des morceaux de Gains pour ses rimes géniales C’est la classe in… tégrale ! Ouais, le C15 c’est trop balèze Ca te coûte que dalle de pèze Oui c’est LE véhicule rural Enfant de la voiture à cheval Ouais le C15 c’est trop balèze En C15 t’es trop à l’aise Sa maman c’était la 2 CV Dans laquelle on mettait un tonneau Deux balles de paille, deux paysans en sabot Cocorico Monsieur poulet c’est trop beau ! Moi, je roule en C15 Ca vaut toutes les Mercedes Benz C’est un plaisir sans égal ... Mon C15 plait aux gazelles Elles en pincent pour mon diezel Chui leur Prince quand je les trimballe Quand ça grince leur coeur s’emballe Ouais en C15 j’ai dragué des gals Ramené des gazelles du bal Trimbalé des Sénégalaises Régalé des Burkinabaises J’ai emballé des filles en Corèze Enrobé une fille de Jerez Réchauffé des filles de Breizh Embrasé une tit’ calabraise

... /...

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Des gabonaises Des polonaises Réunionaises Martiniquaises Des z’hollandaises New-Zelandaises Des irlandaises Et des Landaises Dans les dunes, dans les dunes de Fez Dans le canal, le canal de Suez Et jusqu’a l’Al… jusqu’à l’Alpe d’Huez !

Elles se sont réveillées de la paille dans les cheveux Elles se sont réveillées des étoiles dans les yeux… Bref… Moi, je roule en C15 Ca vaut toutes les Mercedes Benz C’est un plaisir sans égal C’est la classe… rurale !

« Show caisse » sur le toit du C15 – Festa Fougassa 2018 – Murviels (34)

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Le village africain : En 2017 les collègues du Collectif Còp Sec de Montpellier m’invitent à une rencontre entre musiciens occitans et Danyèl Waro et Zan Mari Baré de la Réunion. J’écris ce texte pour l’occasion. J’ai terminé ma traversée de la mer. J’ai retrouvé maintenant mon village africain de l’enfance et j’y ai ajouté la musique qui y manquait tant. Bienvenue à vous !

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12 // LE VILLAGE AFRICAIN Sample fin : Betty Dael-Castan dans Trobadors, un voyage Occitan, de Sarah Benillouche Sample : Moussu T dans Gents de Ventor Je suis né dans un village africain Au coeur de la Provence, au midi de la … rance Nos parents n’étaient pas musiciens Il nous manquait la danse, il nous manquait la transe

Ca m’a fait un choc électrique ! J’ai trouvé ma moitié, complété mon Afrique !

Je suis né dans un village africain Au coeur de la Provence, au midi de la … rance Nos parents n’étaient pas musiciens J’ai pas connu la danse, j’ai pas connu la transe

A 10 ans ils m’ont payé djembé Chez le sénégalais, un dimars au marché A 14 j’écoutais reggae, Marley ou Massilia, j’y retrouvais mon Afrique A 16 ans j’ai appris à groover Sur le temps-bour mouvant à la basse électrique A 18 je prenais la fuite… Un bidon, un bout de bois, anem, manda la musica !

Premier souvenir, les deux pieds dans la terre Les après-midi je suis avec ma grand-mère Je suis dans le jardin, collé à ma maman Oui je suis dans son sein, Mamà Terra Il y a le mistral, Ventoux et mon chien Un souffle magistral, tout est en lien Et les petits poussins, les pigeons, les poulets, La maison des lapins, le figuier, les pêchers… Oui pour moi c’est un village africain… Nos parents ne sont pas musiciens, Il nous manque la danse, il nous manque la transe Je suis né dans un village africain Au coeur de la Provence, au midi de la … rance Nou péizan, mé nou pa mizicien, j’ai pas connu la danse ! Lo dimars au marcat Le pépé, la tatan Ils parlent en patois Des choses de leurs temps Je baigne là dedans Dans cette dynamique Et tous ces mots vibrants Ont des vertus magiques On allait à l’école au quartier Le matin à vélo, c’était la classe… unique C’était le collectif famillier 10 ou 15 pélots, c’était démocratique C’est là-bas que j’ai connu djembé à 5 ans et demi avec le prof de musique

Refrain

Je suis né dans un village africain ! C’est notre façon d’être noirs d’être… d’être occitans Au coeur de la Provence ! Nous, on s’est intéressés au provençal à cause de Bob Marley, je pense Si tu as la terre en toi, si tu as la musique Mon ami où que tu sois, tu es toujours en Afrique Mais la ...rance et ses lois, font de nous des cas cliniques Paysan c’est trop caca, musicien c’est merdique… Ok, ma rime est pourave, quand je parle politique Mais… ce pays est graaave ! Catastrophique ! Car on s’est laissé voler et la terre, et la musique Avec leurs supermarchés, et leurs tubes… cathodiques ! Moi je vis dans mon village africain Nos enfants sont déjà musiciens Trouve en toi le jardinier Trouve la musique Soutiens le paysan, le vrai Le gars qui fait ta musique Fais-le dans ton quartier, dans ton coin Fais-le avec tous tes voisins ! Oui fais-toi ton village africain ! Oui fais-toi ton village africain ! 25


// RENCONTRES ET PARTAGES... Avec Philippe, le prof de musique (1990)

Une première approche de la guitare et de la moustache

21 juin 1990, fête de la musique...avec le djembé !

Fabrication du doumdoum mézon - 1998

En 2000, avec les «Nez-en-moins» et la première contrebassine... qui durera jusqu’en 2017!

Avec mon collègue malgache Toki, Marseille, 2002

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La contrebassine à la messe de minuit ! Avec les enfants de Huachi Chico, Equateur, 2004 Carnaval à Simiatug, Equateur, 2004

Mamita Sabina et sa famille. Ma grand-mère Kichwa de la forêt amazoniene, Canelos, 2004 La contrebassine au noël de l’université d’Ambato ! Equateur, 2004

Avec Jordan en 2005. Un tour de Provence à vélo et en musique jusque dans les vallées occitanes d’Italie.

les enfants font la danse du kankoran à Koungheul Socé, Sénégal , 2007

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Une partie de la bande du TàD en 2012

Macarena de Rue au Marché de Vaison, Préparation du carnaval, 2009

La batucada Unidos de Monjuca, Barcelone, 2013

Au festival Paroles de Galère, Marseille, 2013

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Avec Papet J au Zion Garden 2017

Olivier Araste - LINDIGO, essaie la contrebassine, La Réunion, 2017

Roland Pistoresi Avec René Lacaille*, St Chamas 2017

Avec le Laza Nattyroots Band, Madagascar, 2018

* René Lacaille : « Nous, à la Réunion, on est un peu sauvages, mais moi j’ai quand même un accordéon… Toi, t’es encore plus sauvage que nous avec ton instrument ! »

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// MERCI Merci à celles et ceux qui... m’ont fait découvrir la musique, les instruments, qui m’ont nourri de leurs vibes, de leur présence sur scène, m’ont fait danser, merci pour votre implication dans les choses artistiques, merci aux artisans quotidiens de la musique et de l’art en général. Merci à celles et ceux qui m’ont dit «mega la chanson, ça me plait bien» «c’est super ce que t’as fait, c’est du vrai roots» «ça m’donne du peps pour continuer» «ça cartonne ce que t’écris!» «Putain ça groove» «Lou dise de cop que i’a, se Mistral vivié aro, sarié cantaire, pas pouèto !» «qu’èi anat véder lo ton «mispaça» e que m’a hèit gai. Que’t voi felicitar per aqueth siti meravilhos , on me reconeishi, on me senteishi plan.» «Avèm plan rigut amb las istòrias tragicomicas de pomas d’amor e de peras. Super, çò que fas !!!!!» «avèn proun ri de toun troubar clus » «J’ai trouvé ça marrant, délirant, mais pas complètement naïf non plus, derrière cet humour on devine une prise de conscience sur des sujets plus sérieux» «c’est bon d’entendre ça dit comme ça» «c’est ce que je pense...» etc mais aussi «là j’ai pas trop compris ce que tu voulais dire» «bof le son là, c’est moyen»

«sérieusement tu parles un poil trop» Merci à celles et ceux qui m’ont donné les moyens de faire de la musique, qui se sont démenés pour m’inviter à jouer sur des plans (payés en plus!), qui m’ont donné les moyens matériels, intellectuels et émotionnels d’en faire ! Qui m’ont bricolé et réparé mes ordis, m’ont ref ilé des tuyaux sur le matériel, m’ont enregistré, m’ont conseillé, m’ont accueilli dans leur studio en se démenant pour trouver un créneau... Si on fait le compte de tous ces coups de main salvateurs, on est très loin du «projet solo» !!! Merci à celles qui ont partagé mon quotidien, qui m’ont aidé à assumer, à travailler, à m’organiser au quotidien, à doser mes efforts, à équilibrer ma vie… Et surtout merci d’avance à celles et ceux qui diront, feront, seront tout ça encore à l’AVENIR ! La musique c’est la vie, c’est l’échange permanent. MERCI pour votre implication et nos partages à venir ! Merci à vous tous qui avez souscrit pour que ce projet puisse se faire !

Et comme j’ai envie de citer quelques noms qui me viennent tout en sachant que j’en oublie beaucoup : Ma maman, mon papa, ma sœur, Philippe Francesci, Mme Dejean, Mouss Bouhou, Fred Besson, Gipé, Miki Santamaria, Chris Canet et le Taller de Musics de Barcelone, Lilian Bencini et toute l’équipe de l’IMFP, Benoît, Jordan, Gleison et toute la bande de mes « grands potes », Lou Dàvi, Anaïs, Clément, Riton, Séverine et Christine, toute la bande du TàD, Graioli, Jean-Bernard Plantevin, Massilia, La Talvera, Paul Peyre, Jacqueline et JeanLouis Ramel, Gents de Ventor, Les Amis de l’Ecole du Palis, Lori, Clara, Kevin, Gaëlle et Tranber, Patrick, Cyril et le Pôle Info Musique de Marseille, Le Festival des Suds, le CHAP, Zin Zan, Le Festa Fougassa, La Grange du Clos Ambroise, la VGAC, Julien Brière, Guillaume Cherta... Captain FLO chez toi : ondaflo@live.com / 06 58 00 12 46 / www.captainflo.com N’hésitez pas à nous raconter par mail vos réactions sur ce livre-disque !


Toutes les chansons ont été composés, écrites et interprétées par Captain FLO (F. Charras). 1,2,3,4,5 et 7 enregistrées au Géladou (Le Palis) en 2008 par Captain FLO. 6 et 11 enregistrées et mixées au studio High Cat en 2018 par Kévin Cheylan. Tous les morceaux ont été masterisés par Kévin Cheylan au studio High Cat (La Fare) en 2018. 10 et 12 enregistrées et mixées au Studio IMFP (Salon) en 2017 par Youri Réale. 8,9 et 11 enregistrées et mixées au studio High Cat en 2018 par Kévin Cheylan.

Illustration couverture CaptainFlo Graphisme réalisé par Julien Brière / jubriere@hotmail.fr Imprimé sur papier recyclé.


MC (chanteur) et musicien provençal, Captain FLO propose une création ancrée dans la culture paysanne et nourrie par ses voyages. Il compile ici 10 ans de musique maison… au sens de : « élaborée avec amour et avec les moyens du bord », mais aussi au sens de « refuge» ou «abri». Dans le vaste monde, chaque chanson est un petit nid aménagé pour se ressourcer. Mettez-vous à l’aise et faites comme à la maison !

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Livre-disque "10 ZAN de ZiK MéZON"