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• Plongée dans la prostitution d’Asie du Sud Est • Constitution : une quinqua dans l’air du temps ? 


• Portfolio : Les porteurs des cimes

Valérie Pécresse :

« Aller au bout de la fête est très formateur »


LINTERVIEW.fr n°1 – 4 octobre 2008 p2


Prendre le temps de rencontrer Par Louis Villers, fondateur

Rencontrer le monde, les gens. Rencontrer l’actualité. Ce qui fait l’actualité, ceux qui font l’actualité. Analyser, prendre du recul, partager autrement. Telle est la vision de « l’info autrement» que nous souhaitons offrir aux étudiants. L’information du web est devenue une course. Le premier à publier la dernière « news » est le meilleur. Peu importe sa qualité. Peu importe sa vérité. Pas le temps de vérifier. Le recul et l’analyse ne trouvent pas leur place dans le « hard news ». Les étudiants passent aujourd’hui plus de temps devant leur ordinateur que devant la télévision. Ils doivent avoir accès à une information de qualité.

Editorial

Dans le fond et dans la forme, notre journal, est différent. Dans le fond, tout d’abord. Si un mot devait résumer notre démarche, il serait « rencontre ». La rencontre nécessite du temps. Elle nécessite un déplacement, un effort. La rencontre, qu’elle s’effectue avec une personne, un lieu ou un fait, crée un échange, une émotion. Nous pouvons témoigner de cette émotion et ainsi faire vivre au lecteur cette rencontre avec l’actualité. L’interview et le reportage illustrent bien cette notion de l’échange. Dans la forme, LINTERVIEW.fr est tout aussi novateur. C’est un véritable « journal papier » adapté au web qui est proposé au lecteur, avec tous ses avantages : l’espace, le graphisme, les photos et illustrations. Sa fréquence, bimensuelle assure recul et qualité. La vie étudiante de Valérie Pécresse, la constitution vue par Olivier Duhamel, un mois plongé dans la prostitution en Asie ou cinq semaines à suivre les sherpas d’Himalaya. C’est de l’information. Autre, différente, complémentaire. Un premier numéro à l’image de notre concept. Un lien entre la source et le lecteur. Un point de rencontre. louis.villers@linterview.fr

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Sommaire 


La Une Valérie Pécresse, portrait d’une étudiante p5 C’est l’actu : Constitution, une quinqua dans l’air du temps ? P128 L’enquête Plongée au cœur de la prostitution d’Asie P16

Portfolio Rencontre avec les porteurs des Cimes p27

Etudiant du monde Marta Wojcieszek P49

Portrait Leila Ghandi P24 


Culture Est Société Artistes métropolitains P39 


Lancez-vous ! Hugues de Revel P51 


Journal LINTERVIEW.fr / 32 rue de Montholon 75009 Paris / redaction@linterview.fr / 06-65-35-56-99 Fondateur, directeur de la rédaction : Louis Villers / Directeur de publication : Jean Massiet / Rédacteur en chef : Alexandre Marchand. Ont collaboré à ce numéro : Alice Beauquesne/Nadège Abadie (Photographies). Marta Wojcieszek/Hugues de Revel. Mandy Mbala (responsable de la communication). LINTERVIEW.fr n°1 – 4 octobre 2008 p4 / Association LINTERVIEW.fr : Siège social : 32 rue de Montholon, 75009 Paris. Président : Louis Villers / Vice Président : Jean Massiet Responsable financier : Alexandre Chavotier / Responsable de la communication : Mandy Mbala


Valérie Pécresse Portrait d’une étudiante Louis Villers et Alexandre Marchand présentant le journal au ministre.

Elle est présente dans tous les médias mais qui est-elle véritablement ? LINTERVIEW.fr a voulu vous faire découvrir l’étudiante Pécresse…Le ministre de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche a reçu trois de nos journalistes il y a trois jours pour se livrer avec eux au périlleux exercice de l'interview-portrait.

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LINTERVIEW.fr : Mme Pécresse, pourriezvous vous présenter en quelques mots ? Valérie Pécresse : J’ai 41 ans, 3 enfants et suis ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. Avant j’étais juge au Conseil d’Etat. Je suis rentrée au cabinet de Jacques Chirac aux Technologies de l’Information. Je me suis ensuite lancée en politique, j’ai été élue député en 2002. LITW : De quel milieu social venez-vous ? V. P. : Je suis une fille d’universitaire. Mon père était professeur d’université en économie. J’ai grandi dans une école de filles catholiques. LITW : En quoi cette éducation vous a-t-elle marqué, vous a-t-elle influencée ? V. P. : Chez moi, l’école était quelque chose de totalement sacré et l’éducation le seul moyen de réussir. Nous avions une éducation très sévère et très axée sur les résultats scolaires, la réussite à l’école. C’était une valeur très forte pour mes parents. Pour mon père, l’université, celle qui lui avait donné sa chance, était quelque chose d’absolument essentiel. LITW : Quel a été votre cursus universitaire ? V. P. : J’étais complètement littéraire. J’étais plongé dans mes livres, la lecture reste d’ailleurs une de mes grandes passions. J’ai fait ce que font tous les bons élèves, parce que j’étais une bonne élève : des maths. A contrecœur. L’hyper sélection par les mathématiques m’a d’ailleurs fait souffrir en 1ère avec un grand passage à vide dans cette matière. Cela ne m’intéressait pas. C’est par orgueil en vérité que j’ai dû me remotiver pour réussir ma Terminale S. Je ne voulais pas échouer. En réalité les mathématiques, ce n’était pas moi. Je suis ensuite rentrée dans une préparation à une école de commerce grâce à laquelle j’ai intégré HEC. J’ai suis allé après dans une université pour préparer le concours de l’ENA que j’ai réussi. LITW : En quoi votre parcours a-t-il influencé vos réformes ? V. P. : J’en garde un sentiment très fort qui m’influence beaucoup dans mon activité de ministre : il faut développer en France un parcours d’exception pour les littéraires. Il me paraît logique que l’on puisse sélectionner par les qualités d’expression littéraires. Il faut évidemment avoir des

bases de mathématiques très solides mais dans ma vie courante je n’utilise pas toutes les formules que j’ai apprises. Dans des filières littéraires de très grande qualité nous devons pouvoir trouver des voies de réussite. C’est ce que j’essaye de faire dans l’université d’aujourd’hui. De ma préparation à l’école de commerce, j’en retire l’idée qu’à 17 ou 18 ans, nous ne savons pas forcément ce que nous voulons faire, or nous sommes dans un pays où tout se joue à cet âge-là. Si vous étiez bon élève, vous vous retrouvez dans un système de classe préparatoire aux grandes écoles, dans des études de médecine,... Si

« Chez moi l’école était sacrée » vous n’étiez pas bon élève, vous vous retrouvez dans des filières beaucoup plus compliquées pour trouver son chemin de réussite. Je ne veux plus que, dans notre pays, tout se joue à 17 ans mais que tout soit possible à tous les âges de la vie. Les choses sont le hasard. Dans tous les autres pays il y a le premier cycle universitaire, puis est donnée la possibilité de travailler. Ensuite seulement vient le deuxième cycle universitaire. On a des passerelles pour passer de l’un à l’autre. Cela doit être pareil chez nous. Pour avoir fait les grandes écoles et l’université, je peux dire qu’il y a des forces et des faiblesses dans les deux systèmes. C’est très enrichissant pour un élève de pouvoir mélanger les deux. LITW : Quel était le contexte social, économique et politique lors de vos études ? V. P. : Je crois qu’il y a vraiment des effets de mode dans les études. C’est pour cela aussi qu’il faut pouvoir se réorienter tout au long de la vie. En fonction du contexte économique et politique de l’instant on va plus ou moins LINTERVIEW.fr n°1 – 4 octobre 2008 p7


vers une certaine carrière, un certain type d’étude. Pour vous donner un exemple, je suis sortie d’HEC dans les années 87-88, à l’époque des « golden boys ». Quand j’ai dit que je voulais travailler dans le service public, tout le monde m’a regardé en me disant « mais l’Etat c’est fini ! ». Dans ce contexte-là, nous étions 200-250 à passer le concours de l’ENA pour 50 admis. J’ai été enseignante en Prép’ENA pendant des années et, en 1993, au moment de la crise économique, c’était près de 1 000 candidats qui passaient le concours. Il y a donc effectivement des effets de mode. Or ces effets de mode vont se fixer sur le long terme. Il ne faut pas que le choix d’étude soit déterminé par la situation économique à l’instant T. Quand je regarde mes camarades d’études, aucun n’a fait exactement ce pour quoi nous étions programmé à 17 ans : j’ai une amie qui a fait une thèse de chinois, une qui a tout quitté

pour monter un boutique de décoration, une autre qui fait de la théologie…Chacun a trouvé sa voie et nous avons fait des choses très différentes. Je me souviendrai toujours de mon professeur de philosophie de Terminale qui m’avait dit « Mais Valérie n’allez pas faire une école de commerce, vous allez perdre votre âme !». Les études sont un socle sur lequel il faut bâtir quelque chose. LITW : Quelle étudiante étiez-vous ? V. P. : Cela dépendait des cursus. J’ai beaucoup aimé mes classes prépa, notamment celle à HEC. Même si il y a une grande quantité de travail, c’est un grand moment de camaraderie, d’esprit de corps. Il y avait un sentiment d’émulation intellectuel très fort. J’ai été très déçue par mes premières années en grande école de commerce parce que j’étais une intellectuelle, une littéraire,…Les LINTERVIEW.fr n°1 – 4 octobre 2008 p8


matières de gestion me paraissaient très arides. Quand je suis arrivé en école de commerce je me suis réfugiée dans les langues notamment le russe et le japonais. J’ai beaucoup voyagé et fait de stages. Par les stages je me suis rendu compte qu’en réalité les métiers auxquels on me préparait étaient des métiers passionnants. C’est tout cela qui m’a fait revenir vers le monde professionnel. J’ai fait une troisième année de spécialisation en finance mais mon dernier stage m’a fait changer d’avis. J’ai pris un tournant à 180° et suis repartie vers le service public. LITW : Valérie Pécresse n’a-t-elle vraiment qu’été une étudiante parfaite ? V. P. : Les grandes écoles c’est deux années de travail acharné et une année de fête continue. C’est vrai que nous avions tous un peu tendance à aller jusqu’au bout de la fête parce que cela ne nous était jamais arrivé auparavant. Et en même temps au bout d’un an de fête totale, vous vous rendez compte que votre vie est un peu vide et qu’il faut trouver un sens à tout cela. Mais c’est quelque chose de très formateur en réalité. Je ne sais pas si cela se passe encore comme ça : j’ai peur que maintenant, quand on fait des écoles, on vous demande de travailler tout le temps ! Je compare par exemple avec ce que j’ai vu quand j’étais professeur : les étudiants de Sciences Po, eux, avaient toujours travaillé. Nous, les étudiants d’école de commerce, il y avait des moments où nous avions énormément travaillé mais d’autres où nous avions fait la fête, voyagé, fait des choses extrascolaires. Nous nous étions ouverts sur d’autres choses et nous nous étions donc cherchés aussi. A un moment donné, il faut avoir des moments où l’on se cherche. LITW : Vos voyages ont-ils été formateurs ? V. P. : Ils ont été les moments les plus magnifiques. J’ai vécu à Moscou, à Tokyo. Etant jeunes, nous n’avions pas beaucoup de besoins et voyagions vraiment dans un esprit de rencontre. J’habitais en Russie à une époque où le rouble valait 10 centimes, cela m’a donc permis de faire tout le pays, d’aller jusqu’en Mongolie, passer par le

Caucase, l’Ukraine, les pays Baltes. C’est une formidable expérience. Pareil pour le Japon, quand j’y allais je m’arrêtais dans tous les pays du Sud-Est asiatique. Nous voyagions sac au dos et cela ne coûtait rien. LITW : Quel a été votre meilleur souvenir de vie étudiante ? V. P. : Le résultat du concours de l’ENA. Je ne pensais pas l’avoir, tout le monde m’ayant dit que je n’avais aucune chance car je n’avais pas fait Sciences Po et ne venais pas de la voie royale. J’étais à Jakarta le jour des résultats car je croyais savoir échoué. Ce sont mes parents qui m’ont appelé en me disant de revenir d’urgence pour un entretien. LITW : Et le pire ? V. P. : La dépression que j’ai ressentie après les concours d’HEC car mes amis ne les avaient pas réussis tandis que je réalisais que la comptabilité ne me plaisait absolument pas. Je ne pensais même pas tenir un an.

« Parce que j’étais bonne élève, j’ai fait des maths. A contrecœur »

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LITW : A quel moment avez-vous commencé à vous engager politiquement ? V. P. : C’est un fil directeur : le service public d’abord, puis huit ans de juge et enfin la possibilité qui m’a été donné au moment de la dissolution de rentrer dans la vie politique. J’ai eu le sentiment que les réformes que voulait faire Alain Juppé étaient encalminées pour dix ans, que ce pays ne bougerait jamais. Lionel Jospin a voulu mettre en place les trente-cinq heures, ce qui me paraissait être une aberration totale. J’ai voyagé dans le reste du monde, je voyais des pays de l’Est où le mur de Berlin s’était effondré et où les jeunes travaillaient comme des fous. Pareil en Asie. En voyant ces pays avec une vitalité très forte, j’avais l’impression que notre pays était en train de décliner, de s’enfoncer. Pour moi la droite modérée et réformatrice était la seule alternative à un Front National proche de 15%.

Propos recueillis par Alexandre Marchand et Louis Villers. Photos : Nadège Abadie

« Au bout d’un an de fête totale, vous vous rendez compte que votre vie est vide et qu’il faut lui trouver un sens » LINTERVIEW.fr n°1 – 4 octobre 2008 p10


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1958-2008 Une quinqua dans l'air du temps?

1958- 2008. Un demi-siècle. Un anniversaire. Ce 4 octobre marque le cinquantenaire de la Constitution de la Vème République, fruit d'un compromis entre les partis de la IVème République et les aspirations du général de Gaulle. Avec le temps, presque tous les Présidents de la République ont voulu y apporter leur marque, quitte à s'éloigner du texte originel. Le constitutionnaliste Olivier Duhamel a accepté, pour LINTERVIEW.fr, de revenir sur l'évolution du notre loi suprême.

LINTERVIEW.fr : Ce 4 octobre marque le cinquantenaire de la Constitution de la Vème République. En 1958, en quoi cette Constitution se différenciait-elle de celles des Républiques antérieures? Olivier Duhamel. : Différenciation initiale : la Ve République naît de la mort d’une République. D’où la seconde originalité, elle consacre un pouvoir exécutif fort, mais démocratique. En somme, elle dépasse l’alternative : pouvoir démocratique mais faible / pouvoir fort mais autoritaire. S’ensuit une exceptionnelle longévité. LITW : La pratique du général de Gaulle des institutions s'est-t-elle éloigné du texte initial? Comment? Ces pratiques ont-elles été amenées à perdurer dans le temps? O. D. : Du texte initial, le Général a d’emblée adopté une interprétation césarienne. Le chef du gouvernement, c’était lui. Le chef tout court, celui qui est en charge, celui qui tranche sur toute question d’importance. Ce césarisme était autoritaire – songeons au contrôle quotidien de l’information télévisée, mais également démocratique, puisque le chef ne restait au pouvoir qu’à condition d’avoir la confiance du peuple, exprimée par les élections générales, confirmée par référendum. Faute de cette confiance, il démissionnerait. Ce qu’il fit en 1969. Aucun de ses successeurs ne se risqua à mettre son mandat en cause.

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LITW : La révision constitutionnelle de 1974 (ndlr: saisine du conseil constitutionnel par des parlementaires, ), une vraie révolution? O. D. : Une révolution au regard de siècles de légicentrisme, certainement. Mais elle ne put s’accomplir que de pair avec la révolution jurisprudentielle du 16 juillet 1971 qui fait entrer la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 et le Préambule de la constitution de 1946 dans notre Constitution. Et cette « révision » substantielle ne s’est pas faite par une révision en bonne et due forme, seulement par la jurisprudence. Étonnant pour la France, non ? LITW : L'instauration du quinquennat en 2000 marque-t-elle un pas vers un régime encore plus présidentialiste? O. D. : On peut discuter sans fin du point de savoir si une réforme qui consacre ce qui est et en assume la logique représente un vrai changement ou pas. Guy Mollet, qui dirigeait le parti socialiste de l’époque, estimait que l’instauration de l’élection directe du Président en 1962 trahissait la Ve République créée quatre ans plus tôt. Léon Blum avait pourtant démontré, dans son commentaire lumineux du discours de Bayeux, que telle était la condition pour que le projet

constitutionnel du général de Gaulle tienne debout. On peut dire la même chose de l’instauration du quinquennat qui met un terme à l’illusion d’une présidence arbitrale. LITW : Vous avez été l'un des artisans de la réforme constitutionnelle de juillet dernier en tant que membre du comité Balladur. Comment s'est organisé le travail au sein du comité ? O. D. : Sérieusement, librement, collectivement, honnêtement. Nous avons travaillé trois mois pleins. Nous nous réunissions grosso modo deux jours par semaine, sur un ou deux sujets précis, pour lesquels nous recevions avant une documentation établie par les trois rapporteurs. Ces dossiers rappelaient le droit en vigueur, les dispositions en la matière dans notre histoire et dans d’autres pays et suggéraient une problématique. Édouard Balladur dirigeait nos discussions. Chacun s’exprimait évidemment en toute liberté. Nous nous écoutions. Je crois que chacun d’entre nous a, au moins une fois, changé d’avis sur un point, se laissant convaincre. C’est ainsi que nous avons pu construire des consensus, puis un consensus global. Quelques-uns d’entre nous auraient aimé pouvoir aller plus loin, Édouard Balladur, Jack Lang, moi-même, mais nous avons LINTERVIEW.fr n°1 – 4 octobre 2008 p14


eu conscience que c’était inutile car alors nous n’aurions aucune chance d’être suivis. Nous n’avons pas cherché à proposer un régime idéal, la VIe République de nos rêves, car, à supposer que nous ayons pu nous accorder, ni les gouvernants ni le Parlement n’auraient accepté nos propositions. Nous avons donc décidé de rester réalistes, mais d’aller aussi loin que possible sur cette voie. LITW : Qu'apporte la réforme constitutionnelle de 2008 ? Diriez-vous qu'elle marque un tournant pour la République ? O.D. : Quantitativement et qualitativement, elle représente la plus importante révision jamais faite de la constitution de 1958. S’agissant des rapports internes au pouvoir exécutif, elle ne modifie pas grand chose, ni dans la répartition des rôles, ni dans la distribution des prérogatives. Le changement fondamental concerne le Parlement, dans deux de ses trois principales fonctions. Celle de représentation n’est guère changée, puisque la majorité sénatoriale refuse toute modification du mode

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Je suis Professeur. Autrement dit j’essaye de transmettre un savoir et d’échanger des réflexions. J’enseigne depuis 35 ans, à Sciences Po depuis longtemps. Autour de ce centre, quelques activités périphériques me permettent de participer au débat public (comme chroniqueur aux Matins de France culture, à La Marseillaise, à Valeurs actuelles, à Politiquement Show sur LCI,…)


»

conservateur et discriminatoire d’élection des sénateurs, et que, par ailleurs, droite et gauche s’accordent pour ne pas limiter davantage le cumul des mandats. En revanche, les fonctions de législation et de contrôle pourront être infiniment mieux remplies grâce aux très nombreux changements adoptés, qu’il s’agisse de l’ordre du jour, du délai pour examiner un projet de loi, du vote en plénière sur le texte adopté en commission, de la possibilité de voter des résolutions, des auditions relatives aux nominations, de l’extension des prérogatives parlementaires relatives à l’Union européenne, et cetera… Cela dit, seule la première partie du travail a été réalisée. Il reste à élaborer et adopter les lois organiques et les nouveaux règlements des Assemblées. Puis à mettre activement le tout en œuvre. Et là, tout est possible, du rétrécissement accompagné d’une caducité de fait à l’application la plus dynamique. Propos recueillis par Alexandre Marchand. LINTERVIEW.fr n°1 – 4 octobre 2008 p15


“I love you, you love me, I fuck you, you fuck me?” Je ne rêve pas. Cette proposition me vient de Lâ, jeune fille lao d’à peine 12 ans. C’est dans ce « beershop », à quelques kilomètres de Vientiane, capitale du Laos que je suis pour la première fois confronté à la dure réalité du trafic humain, de l’esclavage sexuel.

Textes et photos : Louis Villers

C'est au Vietnam que débute un mois plus tôt mon périple. A 18 ans, et pour ma première expérience de "backpaker" ce pays devait rester mon unique destination. Par soif de découverte, je décidais finalement de consacrer mes 20 derniers jours de voyage à 3 nouveaux pays d’Asie du Sud Est : le Laos, la Thaïlande et le Cambodge, sans penser une seule seconde aux rencontres et à l’enquête que j’y ferais. Le soir de mon arrivée à Vientiane, capitale du Laos, le hasard me présente Laetitia, jeune française travaillant à l'AFESIP (Acting For Women in Destressing Situations) et c'est avec intérêt que je la retrouve le lendemain pour en apprendre d'avantage sur cette association.

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Allongé, la tête penchée en arrière, une jeune femme lao me coiffe depuis une vingtaine de minutes. Certaines, curieuses, me regardent, peu habituées à voir un blanc, encore moins un homme dans leur « Beauty Shop », d'autres s'activent sur les clientes qui viennent d'arriver. Ce « Beauty Shop » m’eut paru tout à fait normal si je n’avais pas su que ma coiffeuse, vendue par ces parents à l’âge de 13 ans avait été forcée 3 années à la prostitution en Thaïlande, obligée de recevoir 4 à 10 clients par jours, avec l’impossibilité d’en réchapper, même enceinte de 4 mois à 16 ans. Après avoir effectué un séjour en prison et vu le père de son enfant mourir, elle est finalement sauvée par AFESIP Laos et réinsérée à l’aide de ce « Beauty shop ». Elle a à peine 20 ans aujourd’hui, et n’est pas la plus jeune que toutes ces filles du « Beauty shop », étonnamment souriantes et heureuses de vivre. Toutes sont formées durant une période plus ou moins longue, afin de pouvoir, plus tard, ouvrir leur propre boutique. Selon Didier Bertrand, directeur national d'AFESIP Laos, la situation de ce pays « est peut-être moins catastrophique que la situation cambodgienne ou thaïlandaise, mais s'aggrave néanmoins d'année en année ». En effet, de plus en plus de filles des campagnes, souvent peu éduquées et naïves sont attirées par les grandes villes thaïlandaises, le shopping et l’argent. Elles deviennent donc, arrivées sur place, des proies extrêmement faciles pour les trafiquants, qui leur promettent dans un premier temps un job de serveuse, avant de les obliger à avoir des relations avec les clients. Le rôle d'AFESIP Laos est donc double, prévenir et réinsérer. Prévenir, dans les villages, dans les "beershops", les filles susceptibles d'être attirées par la Thaïlande, et réinsérer, à l'image du « Beauty Shop », créé en 2004.

Dans le « Beauty Shop » à Vientiane.

« Elle a à peine 20 ans aujourd’hui, et n’est pas plus jeune que toutes ces filles du « Beauty shop », étonnamment souriantes et heureuses de vivre »


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Le catalogue de Kaosan Road.

De passage en Thaïlande, je décide de ne jouer que le « jeune touriste solitaire » afin de constater ce que l’on peut lui proposer. Mon arrivée à Bangkok me met rapidement en condition. A peine débarqué du bus à 5h30 du matin, je suis, dans la rue la plus touristique, déserte à cette heure ci, accosté 3 fois par des jeunes Asiatiques en mini jupes, visiblement très intéressées par le « number » de ma « room ». Deux heures plus tard, Jurgen Thomas, directeur national d’AFESIP Thaïlande m’explique le problème lié à ce pays : « Bangkok, c’est le point de passage obligé des filles d’Asie du Sud vers la Malaisie et Singapour, portes sur le reste du monde. Notre mission est de récupérer ces filles littéralement explosées, dans un état inimaginable, psychologiquement très faibles, souvent au bord du suicide et de les raccompagner dans leur pays, en s’assurant d’un accueil convenable (rarement le cas). L’objectif est donc de travailler en partenariat avec les associations déjà existantes, la police et les gouvernements », un projet ambitieux qui réglerait bien des situations, souvent bloquées par des gouvernements n’agissant que trop superficiellement contre ce commerce très lucratif. Le soir même, sur Kaosan Road, rue touristique de Bangkok, pas besoin de se pencher sur la prostitution pour en découvrir l’existence. Messieurs, faites votre marché ! Filles en mini jupe, petit sac à main, un simple regard vous suffit pour vous retrouver quelques minutes plus tard dans le lit d’une gamine de 15 ou 16 ans, qui vous dira tout naturellement qu’elle est âgée de 18 ans. Et si par malchance vous les trouvez trop âgées à votre goût, demandez aux chauffeurs de « tuk tuk », ils connaissent tous les endroits où trouver de la jeune chair, et peuvent même vous montrer un catalogue des filles disponibles. Une journée à Bangkok suffit amplement pour s’apercevoir de l’ampleur du trafic. Bus le lendemain matin à 6h, direction Phnom Penh.

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18 heures plus tard, Phnom Penh. Capitale du Cambodge, mais aussi de la pédophilie. Ce pays extrêmement pauvre est particulièrement susceptible aux trafics humains, et plus encore à celui des enfants. Il est malheureux en effet de constater à quel point il est aisé de « s’offrir les services » de ces centaines d’enfants, errants dans les rues, à moitié nus, lorsqu ‘ils ne le sont pas entièrement. Il est tout aussi révoltant de se voir proposer de la part de ces « tuk tuk drivers », présent à tous les coins de rue, des « woman boum boum », ou encore, « children boum boum ».En deux heures montre en main, je me suis vu proposé 17 fois des relations sexuelles avec des enfants... En rentrant dans les bureaux d’AFESIP Cambodge, je tombe sur de nombreuses photos encadrées, présentant une Asiatique, aux côtés de personnalités telles que Jean Paul II, la famille royale Espagnole et bien d’autres. Cette femme s’appelle Somaly Mam, fondatrice l’AFESIP en 1998. Après avoir travaillé en tant qu’esclave dans différentes familles de Phnom Penh, elle est vendue dans un bordel. C’est en assistant à l’assassinat de sa meilleur amie par un proxénète qu’elle décide de s’échapper de ce monde, mais d’y retourner ensuite pour sauver celles qui ont du y rester. Son combat, mondialement reconnu, a permis la création de plusieurs centres accueillant chacun une trentaine des filles âgées de 5 à 16 ans. Sur la route en direction de Ho Chi Minh City (Vietnam), jalonnée ici ou là de cabanons devant lesquels attendent 5 ou 6 filles, parfois accompagnées d’enfants faisant signe aux hommes seuls, je rencontre Gia, jeune femme cambodgienne, visiblement très au fait de la prostitution en Asie du Sud Est. Cette dernière m’explique, que contrairement aux idées reçues, le tourisme sexuel ne représente que 5% de la clientèle, car bien avant d’être d’ordre politique, la prostitution asiatique est en effet d’ordre culturel. A la différence de la culture occidentale par exemple, fréquenter des prostituées n’est pas (ou très peu) condamné moralement par la société. Cela, bien évidemment, n’aide pas à réduire le nombre de clients. Un autre facteur, toujours culturel, subsiste lui aussi. En Asie, les enfants sont entièrement redevables à leurs parents, et doivent donc parfois se vendre pour aider leur famille. Il n’est donc pas si choquant qu’une mère vende sa fille, pour combler ses dettes. Certains diraient même que c’est du devoir de la fille que d’accepter de se prostituer pour aider le reste de la famille. Le Vietnam n’est malheureusement pas épargné non plus par ce trafic. Le gouvernement, malgré sa tardive reconnaissance de la présence de

Page de gauche : Kaosan Road

« En deux heures montre en main, je me suis vu proposé 17 fois des relations sexuelles avec des enfants » 


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prostitution à l’intérieur de ses frontières est l’un des plus efficaces concernant la lutte anti-trafic. La mission d’AFESIP Vietnam se rapproche donc de celle du Laos, prévenir et réinsérer, à l’image du « Fair fashion », entreprise sociale récemment ouverte (2004) ayant pour but de confectionner des vêtements sur mesure. Ho Chi Minh, dernière ville de mon périple, me permet de repenser à l’expérience que je viens de vivre. N’importe quel Français moyen est déjà tombé sur un article traitant de ce sujet. Moi le premier. Mal à l’aise, parfois ému, nous tentons de l’oublier rapidement, en se penchant sur l’article suivant, en nous rassurant : « De toute façon, l’Asie, c’est loin, et puis c’est tellement fou que ça ne doit pas être si vrai que cela ». Nous refusons à voir la réalité en face, nous ne la croyons pas. J’ai vu ces femmes. Ces enfants. Je leur ai parlé. J’ai ri avec elles. J’en ai vu pleurer. Deng, Noy, Aoy, Sexy girl, Phat, Bi, Ya, Nok, Sou Sou, Spider girl, Loy…Elles existent. Pour certaines, j’ai leurs adresses. Tout paraît

Un village du Laos, dans lequel de nombreuses jeunes filles rêvent de rejoindre la Thailande

beaucoup plus révoltant quand on a rencontré ces filles, quand on a réellement pris conscience de leur existence. En écrivant cet article, je pense à elles, j’ai leur visage en tête, leurs rires et leurs voix y résonnent encore. Je me demande ce qu’elles font à cet instant précis. Vous venez de lire un article sur la prostitution en Asie du Sud Est, avez-vous réellement pensé une minute à ces filles qui « travaillent » en ce moment même? Je ne pense pas. Il faut agir, et vous pouvez le faire. Je vous laisse en conclusion de cet article l’adresse de l’association AFESIP. En envoyant vos dons, vous aidez ces jeunes adolescentes à retrouver une vie normale, dans leur dignité. Vous pouvez les sortir de leurs chambres sales, de leurs lits trempés de sueur et tachés de sperme, vous pouvez les libérer du énième client qui arrive dans deux minutes. Toutes les informations sur : http://www.afesip.org/index.php. Le débat continue sur www.linterview.fr

Page de droite Phâ et Bi, Phnom Penh.

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Leila Ghandi

Leila est une voyageuse. Un témoin. Un témoin qui témoigne. La France, le Maroc, le Tibet, le Pérou, le Kenya, le Chili, la Chine, l’Angleterre… Leila y a habité, y a voyagé. Elle a rencontré, échangé, découvert, vu, partagé. Elle a filmé, photographié, dessiné. Aujourd’hui, quand elle ne voyage pas, elle témoigne, à travers ses expositions, ses livres, ses films. Parce qu’en voyage, un mot est bien plus révélateur que de longues phrases. Parce qu’en voyage seule la spontanéité compte, nous avons souhaité vous présenter Leila autrement. Sans questions traditionnelles, déjà rabâchées dans les médias. Dubitative au départ, elle a joué le jeu. A chaque mot proposé, une phrase tombait aussitôt. Spontanée, vraie. Pour une présentation plus conventionnelle : www.leilaghandi.com Retrouvez tous les mois dans LINTERVIEW.fr un reportage photo de Leila Ghandi. L.V. LINTERVIEW.fr n°1 – 4 octobre 2008 p24


L’autre L’autre, c’est mon frère, c’est une personne vers laquelle je dois m’approcher pour mieux la connaître. La rencontre La rencontre, c’est le croisement de vie, le croisement de destin et le croissement de rêve qui crée l’échange. Le dialogue Le dialogue c’est ce qui permet à cette rencontre d’avoir lieu, le dialogue n’est pas forcément verbal. Il est une forme d’échange. La naissance La naissance, c’est le début, le commencement qui permet aux choses de se réaliser. La vie La vie c’est le voyage, c’est ce qui permet de s’accomplir. La mort La mort est le début d’un nouveau cycle. La liberté La liberté, c’est pouvoir être soi même, pouvoir être honnête, pouvoir se regarder, ne pas être corrompu, vivre selon ses principes et ses convictions. L’engagement L’engagement, c’est agir pour ce en quoi on croit, c’est prendre position de manière inconditionnée, et absolue. Le désengagement C’est la désillusion, être désabusé, ne plus y croire. ça peut aussi être un « lâcher prise », une prise de liberté Le chemin C’est la route. Saint Augustin disait : « Avance sur ta route car elle n’existe que par ta marche ». L’inconnu L’inconnu, c’est ce vers quoi nous ne sommes pas encore allés. J'ai entendu l'aventurier Jamel Balhi dire "l'inconnu est un ami qu'on n'a pas encore rencontré". C'est ce que je pense profondément. La fuite C’est la peur. Le noir C’est le trouble, le questionnement. J’ai titré un jour une photo « Il faut quelques fois marcher dans l’ombre pour trouver la lumière ». Le noir n’est pas forcément négatif. Il est parfois effrayant et parfois nécessaire. Le blanc Le blanc c’est la lumière. Le racisme C'est l'ignorance et un non sens. C'est oublier que nous sommes tous frères. L’unité C'est l'harmonie. Ce vers quoi on devrait tendre. La différence La différence est nécessaire. S'en approcher, l'accepter, la respecter, la comprendre et

« La vie, c’est le voyage » l'aimer. Je me joins à Saint Exupéry "Nos différences, loin de nous séparer, nous enrichissent" et à Paul Valery "Enrichissons-nous de nos différences mutuelles", et ajoute: émerveillons-nous de nos ressemblances. La religion C’est une philosophie, une croyance. Une façon de voir les choses. Toute religion est nécessairement belle quand on la voit avec le cœur, loin des dogmes et de l’obscurantisme. L’écriture C'est la mise en mots. C'est capturer une idée, un sentiment. L’écriture est une forme de témoignage, une manière de garder une trace, de transmettre une mémoire. La photo C'est capturer l'instant. C'est une autre forme de témoignage, plus visuelle Le film C'est capturer l'instant en mouvement. C'est aussi une forme de témoignage. Finalement l'écrivain, le photographe et le réalisateur racontent tous les trois une histoire, quelquefois la même mais différemment, ils font appel à des émotions différentes mais sont mus par cette même intention de transmettre, de partager. Une nationalité C’est une patrie, des racines. Elles sont aussi là pour être dépassées, se rapprocher des autres nationalités, des autres pays et aller au delà des frontières. Un pays Un pays est une terre. Il a des frontières. C’est de la qu’on vient, c’est une partie de notre identité. Mais notre identité est multiple. Un pays est une terre ; Une origine Une origine, c’est une terre sur laquelle on est né, sur laquelle sont nés nos parents. C’est l’endroit auquel on pense quand on se demande d’ou l’on vient. Elles sont aussi multiples. Il suffit de s’en souvenir pour se rendre compte que nous sommes au croisement de plusieurs origines différentes. Certaines plus lointainesLINTERVIEW.fr que d’autres.
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Vous aimez le concept ? Vous aussi, vous voulez partir à la rencontre de l’actualité ?

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A la rencontre des Porteurs des Cimes

Le regard de Leila Ghandi L e ïla G h a n d i e s t re p o rte r p h o to g ra p h e in d é p e n d a n te . E lle p a rc o u rt le m o n d e e t le ra c o n te

Nous sommes dans l’Himalaya. Nous suivons l’incroyable quotidien des porteurs Sherpas. Dans cette région, le seul moyen d’alimenter les villages et les villageois est de marcher. Et de porter.

http://www.leilaghandi.com

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Compagnons de route. Le temps du voyage ils marcheront ensemble, mangeront ensemble, dormiront ensemble.

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Jiri est un des derniers villages accessibles par la route. Les porteurs remplissent leurs paniers avant d'entamer leur ascension.


Dans ces espaces d'infini, l'homme devient petit. Il se fond si bien dans le paysage qu'on ne le distingue presque plus dans les plaines transhimalayennes.


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Dawa. Il passe ses journées à chercher et porter du petit bois, combustible alternatif aux bouses de yak séchées.


Maya. Elle porte les mauvaises herbes et feuillages qui serviront à tapisser les latrines.


Lhakpa. Les traits ravinés du porteur aguerri.


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Un porteur qui n'est pas du coin, un travailleur immigré. On le reconnaît à sa façon différente de porter son fardeau.


La pause du poète dans les nuages. Le bâton en T est l'instrument indispensable aux porteurs. Il soutient leurs pas en marche et soulage leur charge à l'arrêt.


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Un vieux transistor accroché au panier. Marcher en musique est un bon moyen de garder le rythme et de narguer la solitude.


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Les grands parents sherpa qui m'ont offert un bout de leur plancher et un bol de tsampa. Les familles et les lodges accueillent généralement à bras ouverts les porteurs qui demandent l'hospitalité.


Du papier toilette sur le dos, de la poussière sur les pieds, des perles de sueur sur le front, et Britney Spears sur le torse.


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Sur un pont défoncé, bancal, et suspendu près de 100 mètres au-dessus du vide.

Proche du prochain village, proche du prochain but.

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Namche Bazar. Ce village porte bien son nom. La dernière étape de nombreux porteurs qui exposent au marché les produits qui n'auront pas encore été vendus.


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Je suis allée à la rencontre des porteurs des cimes. J'ai marché avec eux. Cinq semaines d'effort, d'enthousiasme, de découragement, de transpiration, de sueurs froides, de dénivelés, de pistes accidentées, de paysages incroyables. J'ai quelque part moimême été porteuse sherpa. Je portais mon sac. Ce sac presque aussi grand que moi. A l'image de leur charge à eux mais ramenée à mon échelle à moi. Je vivais à leur rythme et dormais chez l'habitant. Je me réveillais à l'aube et enchaînais les kilomètres. Je suivais leurs pas. Ils étaient ma boussole, ma carte, et mon carburant en même temps. Je les regarde, m'étonne, m'émerveille : comment font-ils ? Comment peuvent-ils ? Où trouventils cette force mentale cette force physique ? Sur les sentiers himalayens, à plus de 4000 mètres d'altitude et sur les ponts suspendus en équilibre instable, des hommes et des femmes portent à bout de front des kilos de tout. Du bois, des bidons d'essence, des appareils électroménagers, des oranges, des barres de chocolat, du riz, des vêtements, des louches et des casseroles, des savons et du papier toilette. De tout. Des sacs de jute démesurément remplis démesurément grands. Démesurément lourds. Leur contenance et leur poids diminuent au fil des jours, au fil du chemin, au fil des villages, au fil des rencontres. Pour acheter des fruits, il me suffisait de plonger ma main dans l'un des paniers qui passait par joie par là. Bananes, mandarines, pommes. Un bonheur simple de plus sur le visage pour moi, quelques grammes de moins sur le dos pour eux.

Ces commerçants des temps himalayens s'achalandent dans les marchés des villes du Solo Khumbu, en contrebas, et vendent leurs marchandises le long de leur route vers les habitations du grand Khumbu, en contre haut. Je les accompagne dans leur marche

dans leur labeur et je croise des échelles et des portes qui se promènent. Parce que les maisons des cimes ont elles aussi besoin de portes. Alors les porteurs sherpas les amènent, simplement, en empruntant les seuls chemins qui relient les villages les uns aux autres. Pas de route et encore moins de camionnette. Le seul moyen d'alimenter les villages et les villageois est de marcher. Et de porter. Pas d'alternative. Pas de question à se poser. Ils ont besoin d'un lit et d'une table? On va les leur monter. Plusieurs jours de marche. C'est pas un problème.

Les chemins sont souvent étroits. Très étroits. Les falaises sont souvent abruptes. Vertigineuses. Priorité aux plus chargés, et priorité à ceux qui subissent le dénivelé positif. Et quelquefois, grosse charge ou pas, dénivelé ou pas, je les vois dévaler les pentes tels de jeunes garçons revenant de l'école, rieurs. Ils font la course, se lancent des défis, se prennent au jeu. Ils volent sous le poids de leur fardeau qui semble ne plus peser sur leurs épaules.

Quand on a marché plusieurs semaines dans des conditions qui frôlent parfois l'extrême, qu'on arrive au bord du Kalapatar à plus de 5000 mètres d'altitude, et qu'on y trouve un lit pour dormir, des verres pour boire et du Dal bhat à manger, on sait l'apprécier. On comprend la valeur de ces biens. Pour nous primaires. Pour eux pour moi à ce moment là, un privilège, un luxe. Tout ce qui est ici tout ce que je vois tout ce que je touche est arrivé là grâce au courage et à la volonté de ces hommes que j'ai rencontrés. Cela se respecte. Alors on dort, on boit et on mange différemment. Mieux. Leila Ghandi

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La presse est morte, vive la presse ! LINTERVIEW.fr lance les premiers états généraux de la presse jeune

Cet automne marque le lancement des « états généraux de la presse » souhaités par le Président de la République. Ce n’est un secret pour personne, la presse papier se porte mal. Elle connaît tout d’abord un problème quantitatif. Face à la concurrence conjointe des gratuits et de l’Internet, les ventes de la presse dégringolent, entraînant de nombreux plans de licenciements. Dans ce contexte les journaux peinent à faire des bénéfices. Quelques rares publications tirent leur épingle du jeu mais à quel prix : titres chocs et racoleurs, publicité omniprésente et articles formatés semblent être les conditions nécessaires de la survie. Mais le problème est également qualitatif. La presse actuelle souffre d’un manque cruel d’inventivité et semble bien incapable de se renouveler. Les mêmes sujets, pour peu qu’ils soient un minimum vendeurs, reviennent de façon cyclique. Pas une semaine sans une Une sur Sarkozy, les meilleurs lycées, les riches ou les derniers bons plans en matière d’immobilier ! La taille moyenne des articles diminue au fil du temps face à l’espace réservé à la publicité ou tout simplement en raison d’économies de place. Comment peut-on encore s’étonner après cela que le lectorat, désabusé, se tourne vers d’autres médias ? A côté de cette presse traditionnelle en crise existe un autre univers, bien moins connu celui-là: la presse jeune. Une presse faite de bouts de ficelles et de scotch. Une presse dont les bouclages s’effectuent sur un ordinateur poussif à quatre heures du matin entre deux bouteilles de bière. Une presse

faite de plaisirs, de joies, d’amitiés mais également d’espoirs déçus, de trahisons et de rancoeurs. Ces jeunes, dont une partie travaillera probablement dans le journalisme, n’ont pas leur pareil pour décrire le quotidien de leur école, de leur quartier, de leur ville ou tout simplement donner leur avis sur le monde qui les entoure. La presse jeune est d’une richesse surprenante pour le profane. Que ce soit à travers une plume acérée, un humour mordant ou des dessins piquants, cette presse possède une indéniable diversité. Ouverte, curieuse, passionnée, elle se permet tout, elle ose ! Tous les moyens d’expression sont bons pour aborder des sujets bien différents de ceux rabâchés par les grands médias. LINTERVIEW.fr a voulu vous faire aller à la rencontre de cette presse pleine d’inventivité, vous faire découvrir ces jeunes talents, vous faire partager ses coups de cœurs. Cette opération a également pour but de tenter de dresser un portrait du journalisme jeune aujourd’hui en sollicitant chaque interlocuteur sur un aspect précis de cette question. Les premiers états généraux de la presse jeune sont donc ouverts rendez-vous au prochain numéro ! Alexandre Marchand P.S. : Si vous souhaitez vous faire connaître, envoyez-nous votre journal au 32 rue de Montholon, 75009 Paris ou à redaction@linterview.fr LINTERVIEW.fr n°1 – 4 octobre 2008 p38


Culture Est Société Le thème, c’est l’art métropolitain. Moyen de transport tellement froid, routinier et pourtant propice à la création. Le métro y est montré tel qu’il est (Musicien comme un Autre), mais aussi tel qu’il pourrait être (Jam Abelanet); dénudé.

Par Alice Beauquesne

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Culture Est Société

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Je viens d’un village italien, près de Turin, mes deux enfants sont nés ici. Ils sont jeunes. Ma femme nettoie les bureaux. Je vis en banlieue dans un grand immeuble, pas très loin de Paris. Je n’avais pas de travail en arrivant à Paris. Pourquoi je suis venu ? Parce que j’étais pauvre, la France est tellement romantique… Et je suis musicien, je me suis dis que j’aurai du succès ; dans ma famille on est tous musiciens. Tous les jours, je travaille douze heures, environ. J’ai déjà gagné jusqu’à cinquante euros ! C’était ma plus grosse cagnotte. Mais d’habitude, c’est plutôt de l’ordre de vingt. En fait, les touristes sont assez généreux. On représente pour eux l’âme du métropolitain, la France artiste et pauvre, ils adorent. Beaucoup plus que les parisiens de souche, qui ne nous prêtent même plus attention. On fait partie intégrante du décor. Je gagne plus d’argent dans l’après-midi, ou en fin de matinée. Tôt le matin, les gens sont pressés, fatigués, crispés. Et le soir, ils ont envie de rentrer chez eux… C’est un peu fatiguant, mais j’aime la musique. Je joue souvent les mêmes morceaux, je sais ce qui plaît aux gens. Je déteste jouer dans les trains. Les gens n’ont pas envie d’être dérangés. Ils sont assis, et passer près d’eux en tendant la main est assez dégradant, je trouve, presque vulgaire. Tandis qu’à la sortie d’une station passante, comme Opéra, les gens sont un peu plus enclins à nous lâcher de la monnaie. Un fond de poche. LINTERVIEW.fr n°1 – 4 octobre 2008 p42


Textes
et
photos
:
Alice

Beauquesne
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F S Culture Est Société

antaisies souterraine Par Jam Abelanet

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LINTERVIEW.fr : Quelle est votre démarche artistique, quel message vouliez-vous faire passer à travers vos photos ? Jam Abelanet :
 C’est une question que l’on me pose souvent, mais je n’ai pas de message à faire passer. Ce sont juste des photos que je me suis amusé à faire. Tourner dans un lieu tel que le métro, un lieu assez riche visuellement, en faire une vision différente, profiter du décor tout de même génial est très intéressant. Le « message », entre guillemets, car il ne tient qu’a moi, tient au fait que je suis exaspéré, en ce moment, que l’on ne puisse jamais faire de photos « normales », c’est-àdire, sans avoir de droits a payer, sans

s’acquitter d’un droit d’image etc. Nous vivons dans une société où l’on est assailli par la pub, où l’on demande rien. Pour faire une photo devant la Tour Eiffel il faut payer des droits : ça devient n’importe quoi ! Le petit côté anarchiste et rebelle, mais gentil m’amusait donc beaucoup ! LITW : A ce propos, avez-vous du faire face à des problèmes avec la R.A.T.P. à la suite de ces photos et de la publication de votre livre ? J. A. : Ces photos sont interdites dans l’enceinte du métro pour des raisons de sécurité et non pour raisons LINTERVIEW.fr n°1 – 4 des octobre 2008 p45de copyright. Quand la R.A.T.P. a appris que


je faisais des photos, et qu’ils les ont vues, ils ont tiré la gueule. Ils n’ont rien pu faire contre, pour des questions de droit a l’image : ils n’avaient aucun recours. En revanche, avant la publication du livre, ils ont validé ou interdit certaines photos pour des raisons diverses. Ils étaient pourtant bien au courant qu’on avait fait des photos, avec autant de caméras partout, comment ne pas le savoir ? Ils ont fait la sourde oreille vis-à-vis des médias. On les avait tenu au courant, pour avoir leur aval, pour ne pas faire publier de photos embarrassantes avec des images qui puissent les déranger. Ca ne leur plaisait pas vraiment. Ils ont en quelque sorte, fermé les yeux. LITW : D’un point de vue pratique, comment avez-vous fait pour réaliser ces photos dans le lieu sans doute le plus fréquenté de Paris ? Avez-vous eu des difficultés avec les passants ? Je pense notamment à cette photo prise dans un train, où une femme est à moitié coincée dans une fenêtre, et montre ses fesses. Extraordinaire, comment avez-vous fait ? J. A. : Cette photo est en fait un montage. Nous avons pris en photo une rame avec des gens normaux, et ensuite, y avons intégré le corps de cette femme, prise dans une rame vide auparavant. C’est en fait

plus un petit clin d’œil pour montrer le côté blasé des parisiens. Montrer un truc ahurissant avec des mecs qui s’en foutent complètement ! Les photos ont toutes été prises sur le site même. J’ai fait beaucoup de repérages avant. J’allais dans les endroits que j’aimais, dans des endroits déserts, je faisais de petites photos préliminaires. Ensuite, l’équipe se rendait sur les lieux, les modèles s’y changeaient. J’avais une idée précise de ce que je voulais rendre. Nous n’avions que quelques minutes pour shooter. On jouait avec le côté rapide : même si on était vus par les caméras, le temps que les vigiles arrivent, nous étions déjà partis. Les passants n’ont a priori jamais rien vu, car les photos étaient prises tard le soir ou tôt le matin, quand il n’y avait personne dans les parages. On a quand même fini une fois au poste ! Les policiers rigolaient bien devant les caméras de surveillance ! LITW : Par rapport a ces filles nues : elles sont parfaites, d’une beauté presque facile ! Est-ce seulement un choix esthétique ? J. A. : Non elles ne sont pas parfaites ! Ce sont des filles jolies qu’on croise dans la rue, pas des filles exceptionnelles, du genre LINTERVIEW.fr n°1 – 4 octobre 2008 p46


mannequins d’un mètre quatre-vingt. LITW : Pourquoi ne pas avoir choisi de mettre des hommes en scène ? J. A. : La nudité masculine est un sujet

difficile à aborder, casse-gueule, toutefois intéressant. Soit les mecs sont virils, soit ce sont des tapettes à la « Village People ». Le principe m’intéresse en graphisme, mais en pied, je ne sais rien faire avec ! Propos recueillis par Alice Beauquesne.

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MARTA WOJCIESZEK E t u d i a n t e

LINTERVIEW.fr : Peux-tu te présenter ? Marta Wojcieszek. : Je m’appelle Marta, j’ai 21 ans et je suis polonaise. J’étudie à l’université de Varsovie la philologie Romaine. Durant mon temps libre, je danse, je voyage beaucoup (Japon, Finlande, Allemagne, France).

p o l o n a i s e

les amphithéâtres. Nous ne manquons de rien à Varsovie concernant les études. Une bibliothèque très moderne vient d’être construite. Nous avons accès à Internet, aux livres… LITW : Quels sont les points forts et faibles de votre système universitaire ?

LITW : A quoi ressemble le cursus universitaire moyen d’un étudiant Polonais ? M.W. : Tout étudiant commencera par le primaire, qui dure 6 ans. Il continuera ensuite 3 ans au GIM. Arrive ensuite le lycée, qui prépare plus concrètement l’étudiant à ses futures études. Au bout de 3 ans, il devra choisir son bac, en relation avec son futur métier (littéraire, scientifique…). En fonction de la filière choisie, l’université durera 5 ou 6 ans.

M.W. : Il faudrait rendre les études moins chères. Nous avons des facs publiques, mais pour y étudier, il faut bien sur avoir de bons résultats, mais aussi beaucoup de chance. En effet, pour y entrer l’alphabet joue beaucoup. Si par exemple j’ai la même note qu’un camarade, il entrera avant moi si la première lettre de son nom est inférieur à la mienne. Imaginez mon cas avec le W…

LITW : A quoi ressemble ta vie universitaire ? M.W. : L’université de Varsovie est la plus grande de Pologne, nous avons donc beaucoup de facultés. La semaine, nous étudions : grammaire, littérature orale et écrite, histoire de France (dans mon domaine bien évidemment). Nous travaillons environ 5-6 heures par jour, dont quelquesunes à la bibliothèque. Dans nos classes, nous sommes entre 10 et 20 personnes, sinon, nous sommes beaucoup plus nombreux dans

LITW : Et qu’en est-il de l’insertion professionnelle ? M.W. : Aujourd’hui, il est difficile en Pologne de trouver un bon travail en sortant directement de l’université. J’ai déjà effectué quelques « jobs », mais je n’ai jamais effectué de stages dans mon domaine. Je sais en tous les cas que je devrai faire d’autres études car la langue française ne me servira pas efficacement à trouver un emploi.

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Hugues de Revel Co-fondateur de Lance-toi.com

LINTERVIEW.fr : Peux-tu te présenter ? Hugues de Revel : Je m’appelle Hugues de Revel, je suis un jeune diplômé (j’ai fini mes études il y a un an et demi). Je suis co-fondateur de « Lance-toi.com », un réseau destiné aux jeunes souhaitant créer leur entreprise ou tout simplement développer un projet. LITW : Peux-tu présenter « Lancetoi.com »? H. D. R. : Lance-toi.com est LE réseau qui donne envie d’entreprendre, s’adressant avant tout aux jeunes ayant entre 15 et 30 ans et qui ont des projets à mettre en valeur. « Lance-toi.com » met à disposition de ces jeunes entrepreneurs une plateforme sur laquelle ils trouveront des conseils, des interviews d’entrepreneurs qui ont réussit mais qui ont aussi échoué (l’échec est aussi important dans la vie d’un entrepreneur). Ces jeunes entrepreneurs peuvent donc, à travers nos dîners, nos réunions, rencontrer des personnes moins jeunes qui les aideront à monter leur projet de manière beaucoup plus rapide que si ces jeunes l’avaient fait tous seuls. LITW : Concrètement, je veux lancer mon entreprise, je vous contacte, quel retour puis-je espérer avoir de votre part ? H. D. R. : Tu vas tout d’abord pouvoir rentrer dans nos soirées, dans nos dîners, où tu rencontreras beaucoup d’autres jeunes qui sont aussi en train de créer. Ils pourront avoir un avis, un oeil intéressant sur ton projet. Tu y rencontreras aussi des personnes plus âgées qui pourront t’aider, t’aiguiller, te donner des tuyaux, beaucoup de raccourcis qui te permettront de développer de la manière la

plus efficace ton projet. Enfin, nous nous sommes aperçus que ce réseau est très rapidement devenu un réseau d’amis, amis faisant du business entre eux. LITW : Que penses-tu de l’entreprenariat français chez les jeunes ? H. D. R. : L’entreprenariat français chez les jeunes se développe de plus en plus. Enormément d’initiatives sont lancées, certaines très performantes. C’est très important de sensibiliser les jeunes à l’entreprenariat pour les générations futures. Bien sur, il faut d’avantages sensibiliser que forcer. Certaines initiatives comme le TPE, qui ne sont pas forcément de l’entreprenariat mais qui permettent aux jeunes de prendre des responsabilités, des décisions, d’être chef de projet de remettre un rapport sont des simulations de gestion de projet très enrichissantes qui mèneront à la création d’entreprises. LITW : Est-ce compliqué aujourd’hui de créer une entreprise à 20 ans? H. D. R. : Non. Aujourd’hui, même administrativement, tout est facile. Après, créer une entreprise est difficile, dans le sens où il faut savoir organiser ses idées, résister dans le temps, développer son concept correctement. Toutes les écoles et organismes formant ces jeunes entrepreneurs doivent axer leurs formations sur l’organisation de « l’entrepreneur » à l’état pur : gérer chaque chose en son temps, avoir des « To do listes » propres, avoir une vision de claire de là ou nous voulons aller.

Plus d’informations : www.lance-toi.com

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