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APÉRO A BUS TRIP TO L.A.

ENTRÉE LOS ANGELES 1992

PLAT LES PETITS PRINCES DE LA YAY

PLAT VANSTAGE

PLAT FOR THEM BY THEM

PLAT CŒUR À CORPS

PLAT BEAUTIFUL SUICIDE

TROU NORMAND JULIEN LACHAUSSÉE

FROMAGE

DESSERT

DIGESTIF DU BARRIO À BELLEVILLE


CRÉDITS DIRECTEUR DE LA PUBLICATION Fabrice Marco RÉDACTION Oldboy, Armatya, Kemar, Gaspard D.A. & MAQUETTE Bus D.A. PHOTO

EDITO Ghetto, vous verrez que dans ce numéro 3, n° West Coast, nous allons utiliser le mot plus d’une fois. Ghetto… Tarte à la crème des magazines dits urbains, mais encore faut-il savoir la cuisiner : vous goûterez la nôtre au fil de ces pages. Ghettos de L.A. ou de San Francisco. Ghettos sociaux, raciaux, mentaux. L’enfermement dans des schémas inconscients, ou pas. Où des codes enferment chacun dans son coin. Nous sommes donc revenus sur les émeutes de 1992, l’explosion d’une ville qui n’est qu’un mille-feuille de communautés cloisonnées, chacune dans son quartier. Cloisonnement confortable. Il suffit pourtant de juste discuter avec ces jeunes rappeurs noirs de Berkeley qui ont cartonné grâce à un seul morceau, dédié à la marque fétiche des skateurs californiens plutôt blancs, Vans, pour comprendre que rien n’est jamais fixé. Ou de mettre les pieds dans le plat gay, ces gays que trop de discours prémâchés et rabâchés des 2 côtés de la barrière sexuelle, encerclent dans des frontières de genre. Le ghetto gay. Une communauté gay, particulièrement urbaine, dont les magazines dits urbains ne parlent jamais -ça va pas, non ? Eh bah non, ça va pas : marre des clichés qui s’enfilent comme dans des porno gay... La Cage aux folles, c’est le siècle dernier. Un garçon comme François Sagat, son statut et sa stature, sont le fruit des amours entre plusieurs mouvements de fond que seule une mégapole permet. Et c’est ça qui nous fait bander ici : ouvrir tout l’éventail et toutes les entrailles du ventre de nos villes. Sans entrave. Aucune. La rédaction. P.S. : Hell’s Kitchen n’est pas le nom d’un appartement raviolis. Ce surnom est celui du quartier anciennement irlandais du westside de Manhattan ; de la 57è à la 34è rue, de la 8è Avenue à l’Hudson River. Là où les gangs irlandais se sont déchaînés pendant des décades, notamment quand les Porto-Ricains ont commencé à investir le quartier. Hell’s Kitchen a inspiré de nombreux polars et plusieurs films, Westside stories, Gangs of New York pour ne citer qu’eux. Dans Warriors, c’est le territoire des Rogues.

Wilee Couverture par : Wilee Toute reproduction est strictement interdite pour tous les pays, sauf autorisation écrite de l’éditeur. Les manuscrits et documents envoyés spontanément ne sont pas retournés

Hell’s Kitchen est une publication ClapClap. www.hellskitchen.fr www.clapclap.info


PARFOIS QU’UN SEUL ASPECT DES CHOSES ET DANS CE CAS-LÀ, JE L’AVOUE, PAS FORCÉMENT LE PLUS GLAMOUR. CETTE EXPO PART EN FAIT D’UN T-SHIRT QUE J’AI FAIT POUR LA MARQUE SIXPACK EN HOMMAGE AU FILM COLORS DE DENNIS HOPPER.

Quel 1er film ou disque t’a mis au contact de cet univers-là ? À VRAI DIRE, CE SONT SURTOUT LES FILMS QUI M’ONT LANCÉ DANS CET UNIVERS. JE SUIS TOMBÉ TRÈS TÔT SUR DES FILMS TELS QUE CLASS OF 1984, WARRIORS OU ENCORE IL ÉTAIT UNE FOIS EN AMÉRIQUE. NEW YORK, NEW YORK, TU ME DIRAS. OUI JE SAIS, RIEN À VOIR, MAIS CES FILMS M’ONT TOUT DE SUITE PLONGÉ DANS L’UNIVERS DES «GANGS». C’EST ENSUITE, EN ÉTANT À FOND DANS LE BASKET, QUE J’AI DÉCOUVERT LA BANDE SON WEST COAST. JE NE DIRAI PAS QUE JE SUIS UN EXPERT EN LA MATIÈRE -JE SUIS PLUS UN MEC DE L’IMAGE QUE DU SON- MAIS À CETTE ÉPOQUE, ON ÉTAIT TOUS À FOND DE SNOOP ET DE PAS MAL D’ARTISTES DEATH ROW. NWA, J’AI DÉCOUVERT À CETTE PÉRIODE D’AILLEURS (EH OUI, EN 88 JE JOUAIS ENCORE AVEC MON CACA…)

DOUBLE DUTCH BUS EST UN MORCEAU DE FRANKIE SMITH, CÉLÈBRE POUR AVOIR INTRODUIT DANS LES CHARTS LES IZZ ET IZZLE À CHAQUE FIN DE CONSONNE, SLANG DE RUE AU MICRO, REPRIS EN PARTICULIER PAR SNOOP. SNOOP, BANDE SON DU FUTUR DOUBLE DUTCH BUS À NOUS, HORRIBLE PETIT MÔME DE LA PREMIÈRE COURONNE DE PARIS OÙ LES ETATS-UNIS PASSENT POUR LE PARADIS. LÀ-BAS ILS PARLENT AVEC LES MAINS ET LES PIEDS, LES COULEURS SONT DES CODES VITAUX, LES CAISSES FONT DES SAUTS DE CABRIS. ICI, GEORGE EDDY NE RAVIT QUE LES FANS DE NBA, LE MINISTÈRE A.M.E.R. SINGE LE FUNK DES GANGSTAS ; TRAIN TRAIN DU BUS COLLÉGIEN. LÀ-BAS EST UN AUTRE MONDE, FANTASMES EN BLEU ET ROUGE POUR S’ÉLEVER AU-DELÀ DU GRIS D’ICI. PREMIÈRE EXPO PERSO, RETOUR SUR DES FORMES QUI L’ONT CONSTRUIT. EXHIBITION D’UN TIMIDE : PARLE PAS BEAUCOUP DANS LA VIE, MAIS QUAND IL ÉCRIT, IL CRIE. CAPS LOCK. Autant faire direct : quelle est l’idée derrière ce titre, Bustrip to L.A. ? POUR FAIRE DIRECT COMME TU DIS, SI J’APPELLE CETTE EXPO BUSTRIP TO L.A., C’EST TOUT SIMPLEMENT QUE JE N’Y SUIS JAMAIS ALLÉ. MA VISION EN EST DONC LÉGÈREMENT TRONQUÉE TEL UN STUPIDE AMÉRICAIN NE SACHANT PAS PLACER CUBA SUR LA CARTE OU SE RAPPELER L’ANNÉE DES ATTENTATS DU 11 SEPTEMBRE ET POUR QUI LE FRANCAIS EST UN VIEUX CRASSEUX AVEC UN BÉRET SUR LA TÊTE ET UNE BAGUETTE SOUS LE BRAS. ON PEUT DONC DIRE QUE J’AI DE CETTE VILLE UNE IMAGE D’EPINAL EN TÊTE, UNE IMAGE FORGÉE À LA VUE DE FILMS TELS QUE AMERICAN ME, MENACE II SOCIETY, BOYZ ‘N’ THE HOOD, LES PRINCES DE LA VILLE OU ENCORE COLORS. BIEN SÛR, CONTRAIREMENT AU GROS CON DE BASE, JE SAIS TRÈS BIEN QUE L.A. NE SE RÉSUME PAS AUX GANGS OU À LA VIOLENCE URBAINE MAIS ADOLESCENT, ON NE RETIENT

Le dessin de tes lettres reprend l’esthétique «graffiti de gangs», le «graffiti marqueur de territoire» qui est d’ailleurs la source du graffiti : c’est juste pour la cohérence générale de l’expo que tu as adopté cette typographie ou c’est moins éphémère que ça ? CE SONT DES TYPOS ULTRA SIMPLES, LEUR BUT PREMIER EST D’ÊTRE EFFICACE -FAIRE EN SORTE D’ÊTRE LU ET BIEN COMPRIS- MAIS ELLES ONT UNE ESTHÉTIQUE PROPRE. UNE ESTHÉTIQUE ASSEZ NAÏVE JE TROUVE, ET J’ESSAIE AUSSI DE LA SUBLIMER D’UN POINT DE VUE GRAPHIQUE (…) QUITTE À ME RÉPÉTER C’EST LE COTÉ NAÏF DE CES TYPOS QUI ME PLAIT. JE DÉVELOPPE SOUVENT UN CÔTÉ ENFANTIN, LE FAIT DE RETRAVAILLER À LA MAIN RAMÈNE À CELA. JE VOULAIS ÉVITER DE FAIRE UNE EXPO ESSENTIELLEMENT NUMÉRIQUE, J’AI ESSAYÉ AU POSSIBLE DE NE PRODUIRE QUE DU MANUEL.

Rappelle nous d’où vient le logo L.A. s’il te plaît… C’EST LE LOGO DES DODGERS, APRÈS QUE LE PATRON DE CETTE ÉQUIPE L’AIT TRANSFÉRÉE DE BROOKLYN À L.A…

Finalement, pour une 1ère expo, tu donnes Au jour d’aujourd’hui, tu préfères lequel, beaucoup de toi et de ton univers, il te resColors ou Menace II Society ? tera quelque chose pour la 2è ? IL EST ÉVIDENT QUE J’AI UNE GROSSE PRÉFÉRENCE POUR MENACE, TOUT D’ABORD PARCE QUE C’EST UN DE MES FILMS CULTE. ENSUITE, PARCE QUE C’EST UNE HISTOIRE QUI MET EN SCÈNE LA VIE DES JEUNES DES GHETTOS DE L.A., DE LEUR PROPRE POINT DE VUE, CF. (CF !) LA VOIX OFF DU PERSONNAGE PRINCIPAL. EN EXAGÉRANT UN PEU, MENACE EST PRESQUE UN DOCUMENTAIRE ALORS QUE COLORS EST UN FILM POLICIER, C’EST BEAUCOUP PLUS FICTIONNEL, MÊME SI RÉALISTE…

Et le sous titre A kind of California dreaming: ironie mise à part, comment expliques-tu à ton niveau l’attraction qu’a exercée sur toi et toute une génération le «gangsta way of life», l’attraction du G-Funk sur des jeunes Français, les fantasmes ado sur le ghetto… JE PENSE QUE LES ARTISTES DE LA SCÈNE GANGSTA RAP ONT EXPORTÉ À TRAVERS LEURS CLIPS UNE GROSSE DOSE D’EXOTISME, LES GHETTOS DE L.A. REGORGEANT DE SIGNES ET D’IMAGES TOTALEMENT INEXISTANTS CHEZ NOUS QUE CE SOIENT LES HAND SIGNS, LES LOW RIDERS, LE LOOK VESTIMENTAIRE, LES DANSES ET J’EN PASSE. LE CWALK CONNU DU MONDE ENTIER MAINTENANT EST QUAND MÊME À LA BASE UN RITUEL DE CRIPS ET JE TROUVE ÇA TOTALEMENT FOU, TOUTE PROPORTION GARDÉE. TOUS CES GROUPES ET MAISONS DE DISQUES ONT VÉHICULÉ UNE IMAGE QUI NOUS FAISAIT RÊVER SUR UN UNIVERS POURTANT TRÈS SOMBRE, SOUS LE BLING BLING, LES BITCHES ET LA THUNE.

HEU… JE NE PENSE PAS LÂCHER BEAUCOUP DE MON UNIVERS, JUSTE UNE PARTIE DE CELUI-CI. C’EST VRAI QUE JE TRAVAILLE BEAUCOUP LA TYPO, QUE L’UNIVERS DES GANGS DE L.A. M’INTÉRESSE MAIS CETTE EXPO EST LE TRAITEMENT D’UN THÈME. À LA BASE JE N’ÉTAIS PAS PRÉPARÉ À FAIRE UNE EXPOSITION : JE NE ME CONSIDÈRE PAS DU TOUT COMME UN ARTISTE. SI UN JOUR IL Y EN A UNE DEUXIÈME, CE DONT JE DOUTE, HAHA, ELLE SERA CERTAINEMENT BEAUCOUP PLUS PERSONNELLE DONC PLUS « GOGOLE » JE PENSE. AVIS AUX AMATEURS…

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MARRANT COMME LES COMMÉMORATIONS ET AUTRES ANNIVERSAIRES PASSENT À L’AS OU, AU CONTRAIRE, SUBMERGENT DÉBATS TÉLÉ ET POLÉMIQUES PAPIER. VOUS ALLEZ VOIR CETTE ANNÉE COMMENT LES 40 ANS DE MAI 68 VONT OCCUPER LONGTEMPS LES MÉDIAS… S’IL Y A UN ANNIVERSAIRE EN REVANCHE QUI EST BIEN PASSÉ INAPERÇU EN 2007, CE FURENT LES 15 ANS DES ÉMEUTES DE LOS ANGELES : VOUS AVEZ LU UNE LIGNE L’AN DERNIER LÀ-DESSUS ? NOUS NON PLUS. ON A POURTANT ATTENDU JUSQU’AU 31 DÉCEMBRE… CELA EÛT PU ÊTRE SIGNIFIANT : TOUTE RESSEMBLANCE AVEC DES FAITS FRANÇAIS ETC. Mars 1991 - Mars 1992 : cette année-là, la pression monte, monte, monte pour exploser en une maléfique splendeur, le 29 avril, suivi de 4 jours d’émeutes, comme on dit.

L’ÉCUME DES VAGUES Sous la surface, ces mouvements de fond qu’on néglige, ces glissements de terrain qu’on ne veut pas voir ou qu’on préfère oublier mais que la réalité se charge de ramener à la lumière. Et dans cette région reine de l’entertainment spectaculaire, les faits-divers font office de rappels à l’ordre. Dans la nuit du 2 au 3 mars 91, Rodney King -Glen King de son vrai nom, erreur de transcription, syndrome de dénégation ? : le mec est mondialement célèbre sous un faux nom !- ultra bourré à la Olde English et blindé au PCP met le turbo pour arriver vite à une fête, beaucoup trop vite… Pas de pot, il se fait courser par le LAPD. Sa voiture arrêtée et ses potes à l’intérieur maîtrisés sans difficultés, lui se met à paniquer vu qu’il est en probation… Défoncé, il en deviendrait même menaçant. Deux coups de teaser à 50 000 volts, toujours pas calmé, c’est la ruée des flics. Ratonnade en règle. Ironie de l’histoire : le principal officier coupable venait juste de manquer son test du bâton dans la journée… en sachant que ces bâtons en usage dans les rangs du LAPD, ne sont pas en bois mais en métal, considéré même comme une arme pouvant tuer, et source de moult bavures dans les 80’s. Malheureusement pour certains, un voisin de la scène a enregistré à la caméra amateur, on dit merci qui ? George Holliday…On vous passe les détails mais la bande, dont une copie sera amenée au visionnage policier haut gradé, se retrouve diffusée sur une télé locale, KTLA, puis toutes, puis CNN. Spectacle mondial. Moins de 2 semaines plus tard, moins mondialisé, mais à fort impact régional, c’est le meurtre d’un jeune Africaine Américaine par une Coréenne qui jette de l’huile sur le feu. Le 16 mars 91, Lastasha Harlins, que l’on dit pas vraiment bien dans sa tête, tout en ayant 2 dollars dans sa main gauche fait comme si elle volait un pack


de jus d’orange sous les yeux de Soon Ja Du, la femme du patron et dont le fils reçoit régulièrement des menaces de mort de membres de gangs voisins. Toute la scène est filmée. Harlins tourne le dos au comptoir et prend le chemin de la sortie…Une balle de 38 mm dans la nuque, c’est le chemin du paradis. L’automne suivant, Ja Du sortira condamnée, mais avec une sentence particulièrement clémente. Tupac et Ice Cube en parleront plusieurs fois… Une scène de Menace II society, sorti un an après les émeutes -celles-ci étant sûrement l’unique raison qui explique la production d’un tel film par les studios- reprendra ce thème de l’épicerie coréenne comme champ de tirs. Et dans ce film comme dans les faits réel, tout est enregistré sur bandes vidéo. La vidéo devient une arme de propagande massive -cf. la guerre du Golfe de cette même année- et d’arme de guerre à l’audimat : les programmes des télé locales ont bien compris qu’avec délinquance et audience, la rime est bonne. D’où la mode naissante au début des 90’s de l’envolée de reporters dans les airs et caméras en hélicoptères… Pédagogie spectaculaire de la peur assurée.

LA VILLE VOITURE On a déjà cité Menace II society mais bien d’autres, comme Whassup rockers 11 ans plus tard, ont essayé de refléter la même pathologie : l’enfermement des quartiers et de leurs communautés à l’intérieur de leurs frontières. Mentalité de barbelés. L’intrusion d’éléments extérieurs est vécue comme une menace dangereuse, peutêtre mortelle. Paranoïa généralisée, du riche Blanc dans son confort douillet bien sûr mais surtout jusqu’au gang member. Tout le monde à la même enseigne sous le soleil de la peur mais un membre de gang a plutôt intérêt à avoir des yeux dans le dos et vérifier chaque signe pas habituel, une voiture inconnue par exemple. Los Angeles est la ville qui voue un culte à la voiture, c’est même la «villevoiture». Normal, étant donné l’étendue de l’agglomération, soit. Étant donné aussi la structure mentale américaine qui veut qu’un piéton en ville soit ou un sans abri ou un chômeur en fin de vie. Étant donné encore et surtout cette obligation d’aller d’un point A à un point B sans surtout pas s’arrêter si l’on ne sait où l’on met les pieds : on ne sait jamais ce qui peut arriver, le danger est partout, et nulle part. Il est disséminé comme les gangs, au nord comme au sud, à l’est et à l’ouest.

LE JURY DE SIMI VALLEY Alors quand un grand Noir baraqué -selon les criminologues conservateurs des 80’s, pour lesquels tout est génétique : le futur d’un grand Noir musculeux, c’est ou le crime ou le sport, t’inquiète, c’est scientifique- quand ce profil typique du faciès délinquant déboule à toute berzingue avec sa Hyundai bon marché du côté de San Fernando, dans le nord du Comté, c’est suspect. Qu’il ne respecte pas les appels de sirènes et gyrophares policiers. Qu’il ne sorte pas de sa bagnole au premier avis. Qu’il sourit du rire bizarre du mec sous PCP -cette drogue dont les usagers plutôt incontrôlables sont craints par les flics. Et qu’en plus, il se rebelle et cherche à prendre la fuite, comment ne pas trouver des circonstances atténuantes aux accusés, les officiers du LAPD impliqués.

‘‘QUAND SE MULTIPLIENT LES DRIVE BY SHOOTINGS’’ Alors, quand se multiplient les drive by shootings entre gangs, c’est du petit lait pour les pages faits divers. Et comme le terme anglais l’indique, la voiture est le support principal du drive by shootings, véhicule motorisé qui permet de transplanter les graines de violence, scandaleuses quand elles explosent en dehors des zones dédiées à cet effet. Entretuez vous où vous voulez, mais pas chez nous.

En décembre 1987, une jeune femme blanche est morte à la croisée de tirs qui ne lui étaient pas destinés, au voisinage de Westwood, près de Santa Monica, loin des ghettos… Horreur et damnation : le chef du LAPD lance l’Opération Hammer qui, à partir de techniques typiquement militaires, vise, au nom de la baisse de la criminalité, à fixer les populations à risques dans des périmètres surveillés. La mobilité, c’est pour les bons citoyens qui n’ont rien à se reprocher… S’agit pas de se mélanger.

Rodney King a fait clignoter tous les signaux du hors la loi présumé et un hors la loi a toujours tort. Vous voudriez qu’on condamne des policiers qui ne font que leur boulot ? King est sorti du cadre formel de la vie normale, c’était donc un danger, cqfd… Légitime défense… Les avocats des accusés jouent sur du velours dès l’ouverture du procès, en avril 92, en face d’un jury pro-police. On vous passe là encore les détails mais le déplacement du procès dans un endroit réputé pour son conservatisme, où les citoyens Noirs ne veulent pas répondre à leur convocation pour siéger en tant que jurés, commence à faire gonfler sérieusement l’abcès. On se retrouve avec un jury composé de 10 Blancs -dont 2 membres de la National Riffle Association et 2 vétérans du Vietnam- un Latino et un Asiatique. Tout le procès est retransmis en direct. Ce jury acquittera finalement les accusés et les médias n’y croient pas, chambre d‘écho à la rumeur de la rue qui gonfle, gonfle comme un torrent. De rage. Pour les jurés du jury pourtant, la vie, c’est pas compliqué, il y a les bons et les méchants.

‘‘FESTIN DES PAUVRES’’ ECONOMIE RACIALE Les bons et les méchants, les gentils Coréens entrepreneurs et durs au travail et qui ne plaignent jamais contre les méchants Africains Américains fainéants de naissance, assistés et graines de gangs. Logique binaire, celle d’Hollywood, les cowboys et les Indiens. Et les Coréens au milieu qui reprennent progressivement les épiceries de South Central aux petits patrons noirs, qui eux-mêmes avaient repris ces commerces aux Juifs désertant ces quartiers, notamment après Watts, en 65… Les Coréens tiennent l’alimentation, alors que les émeutes vont se transformer aussi en d’immenses courses gratuites... Festin des pauvres, notamment les


Latinos, en particulier ceux de la dernière vague d’émigration latine, fruit des guerres d’Amérique Centrale, du Salvador et du Honduras, souvent refoulés par les Mexicains, en particulier leurs représentants officiels… Compliqué le melting-pot américain… Surtout en pleine période de récession qui commence à culminer depuis trop longtemps. Les entreprises de main d’œuvre, employant auparavant des Noirs pour la plupart syndicalisés, délocalisent ailleurs dans le Comté, ou à l’étranger. Le chômage augmente, les néo chômeurs prennent forcément en grippe les Latinos fraîchement arrivés qui, non contents d’accepter n’importe quel boulot à n’importe quelle condition, s’installent exactement dans les mêmes quartier. Les mêmes zones aux loyers les plus bas, les mêmes ghettos. En 92 les Latinos ont grignoté de plus en plus de terrain, par le nord est en particulier, c’est la concurrence entre pauvres. Thermostat de la tension dans le rouge. Rouge sang.

‘‘DANS LA SOIRÉE, PAS LA PEINE DE CHERCHER, ÇA VA DÉFONCER.’’

CARNAVAL A peine une demi-heure après le verdict, un premier groupe de manifestants se poste devant le Palais de Justice du comté ; plus tard ce sera au Parker Center, QG du LAPD à downtown L.A. Entre-temps au croisement des avenues de Florence et South Normandie, South Central, c’est là que ça va se passer, sous l’œil de caméras héliportées. Reginald Denny est éjecté de son volant et bastonné comme il faut -traumatisme crânien- par un groupe d’Africains Américains. Au même endroit, des Asiatiques et des Latinos se feront lyncher pareil, mais ce qu’il va rester dans la mémoire collective, c’est cette vengeance de Noirs sur un Blanc. Dans la soirée, pas la peine de chercher, ça va défoncer. A Parker Center, la manif’ dégénère, les forces de l’ordre reculent. A South Central, les 1ères vitrines sautent, on lance des départs de feux et on attaque les secours, les officiers ne vont pas tarder à garder leurs hommes dans leurs casernes de pompiers. Le LAPD est dépassé, on rappelle tous les hommes, tenue de combat, mais personne ne les voit. La première nuit est sûrement la plus anarchy in the city de la série, freestyle au-delà de la pagaille. Et de sombres histoires de circuler… Par exemple Mike Hernandez, représentant progressiste à la municipalité demande la protection de la police, au moins pour les magasins tenus par les membres de sa communauté. La réponse : rien du tout, jusqu’au vendredi suivant et ce jour là, ce sont les membres des services de l’immigration et des frontières qui débarquent pour faire la chasse aux sans papiers. Contrairement aux émeutes de Watts, l’incendie n’est pas circonscrit à un seul quartier, au seul South Central. Les bonnes âmes libérales ont d’un coup très peur qu’on les dépouille sans façon. Déjà facilement critiquable pour sa gestion pateline des bavures régulières au sein de ses services, le patron du LAPD est attaqué pour la mollesse des réactions policières. On veut bien défendre les pauvres, mais pas question de les voir dans son propre salon -ne dit-on pas gauche de salon ?... Surtout que malgré la mobilisation de la Garde Nationale et de tous les services fédéraux, les flammes de la révolte se propagent. Beverly Hills louche sur les flammèches de l’incendie insurrectionnel que l’on voit arriver du haut de sa colline… Haro sur la police, c’est l’armée qu’il nous faut.

‘‘ON RAFLE TOUS CEUX QUI NE RESPECTENT PAS LE COUVRE-FEU’’ L’ÉTERNEL RETOUR DU MÊME Rappel du contexte général : c’est le père Bush qui est alors le président. Républicain bon teint, «Law and Order» sur ses 2 petits poings, gros bon sens texan : les émeutes de L.A. sont le meilleur prétexte possible pour enfoncer le clou de mesures restées dans les cartons. La Maison Blanche et le Département de la Justice à la manette sécuritaire en pleine année d’élections présidentielles, le FBI et tous autres services fédéraux (DEA, police des frontières, bureau de l’Alcool, du Tabac et des Armes à feux) vont s’en donner à cœur joie.


‘‘DU COUP, AMERICAN WAY OF LIFE, ON S’AUTO DÉFEND’’ Il faut très vite montrer le retour de l’autorité et quoi de mieux que faire du chiffre (euh non, rien…) Moyen simple et funky : on rafle tous ceux qui ne respectent pas le couvre-feu édicté, notamment les hispanophones qui ne parlent pas un mot d’anglais, sachant que les médias latinos n’ont pas construit leurs réseaux comme aujourd’hui. Autre exemple, le débarquement des Fédéraux chez les particuliers, opération pour vérifier les factures de leurs meubles et récupérer les objets volés (notamment les armes et les uniformes policiers). Pas de facture, arrestation. Mais moult témoignages confirment également (et ce fut la même après Katrina à la Nouvelle Orléans) l’organisation collective du braconnage de denrées de base : on ouvre les magasins et on arrache tout sur un mode organisé, on fait même la queue comme devant une tente du HCR au Darfour… Distribution de pain, de lait et de couches-culottes, d’abord et avant tout. Du coup, american way of life, on s’auto défend pour protéger qui son business, qui son quartier : milices improvisées, les gros calibres sont de sortie, un nouveau western comme dirait l’autre… Il est donc assez curieux de compter seulement 53 (ou 55 c’est selon) morts en tout et pour tout sur ces 4 jours de folie sociale. Un vrai carnaval pas autorisé (originellement, un carnaval au Moyen Age était l’autorisation officielle de renverser les règles et les hiérarchies sociales pendant un temps court…)

Evidemment, les gangs rivaux auront profité des ces jours de chaos pour régler quelques comptes, mais statistiquement, on aurait dû compter beaucoup plus de décès par balles… Que se passe-t-il donc ? Rapidement les autorités comprennent dans les semaines qui suivent : un mouvement d’unification des gangs s’est engagé sous une bannière politicoculturelle, en particulier derrière the Nation of Islam. Les vétérans des gangs, souvent passés par la case prison et ayant eu le temps de prendre du recul politique, servent de guides dans cette grande trêve qui fait peur aux piliers de l’ordre. Pas question de reculer sur le savoir diviser pour régner. Tout sera fait pour l’en empêcher, la voyoucratie ne gagnera pas, n’est-ce pas… Et on remet au goût du jour les vielles techniques du programme secret Cointelpro des sixties quand il s’agissait de casser le Black Panthers Party… Des émeutes de Watts en 65 à celles de 92, de Martin Luther King à Rodney King, tout change pour que rien ne change. Fin 92, Clinton va arriver, surprenant élu qui a mis l’économie au cœur de ses slogans de campagne, un peu d’espoir dans ce monde de brutes. Avec la récession qui se profile 15 ans après, on prend les mêmes causes et on attend les mêmes effets.


LA BAIE DE SAN FRANCISCO, LA BAY AREA, EST UNE MÉGAPOLE QUI, DES HIPPIES D’HAIGHT-ASHBURY AUX BLACK PANTHERS À OAKLAND, DES COMBATS GAYS À LA SILICON VALLEY, A NOURRI EN SON SEIN TELLEMENT D’AVANT-GARDES DES TEMPS D’AVANT QU’ON EN OUBLIE TROP SOUVENT L’ARRIÈRE-COUR D’AUJOURD’HUI. L’ARRIÈRE PLAN CACHÉ AUX TOURISTES, LES GHETTOS STAGNANTS OU SAIGNANTS. LÀ OÙ LA BAY AREA SE PRONONCE YAY AREA (YAY = YAYO = COCO). LES DESSOUS DU DÉCOR, DONT ON NE PARLE GUÈRE. OU ALORS BIEN TARD, MÊME DANS LA PRESSE SPÉCIALISÉE QUI COMMENCE À PEINE À PARLER DU MOUVEMENT HYPHY, DÉJÀ ENTERRÉ VIVANT PAR LES KIDS DE LÀ-BAS. REPORTAGE INÉDIT AU CŒUR DE CETTE YAY AREA. Cette Bay qui depuis Sly Stone, depuis Too Short, a toujours acclimaté les musiques du ghetto selon son propre microclimat. Un microclimat bien réel : la Californie du Nord n’a pas du tout le même soleil que dans le Sud, et sur la Baie, brouillard et temps gris sont l’apanage de bien des jours. Un microclimat au sens figuré ensuite : à croire que le terreau culturel, qui fait d’ailleurs dire à certains que San Francisco est une ville plus européenne qu’américaine, favorise ce tropisme ambiant mais pour une fois, personne ne fait jamais rien comme le voisin. Et ce fond de l’air inhabituel se diffuse partout, notamment dans les cultures populaires. Il règne ainsi sur le hip hop issu de la Bay Area un éclectisme certain qui tourne parfois à la fantaisie. Il suffit de se rendre chez un disquaire local pour s’en convaincre. Le nombre de rappeurs y est pléthorique, tous sous-genres confondus : depuis les néo-hippies / backpackers genre Zion I jusqu’au gangsta rap le plus cru de Messy Marv ou Husalah, en passant par le style politico-afrocentriste à la The Coup, ou bien encore l’abstrait pratiqué par Dj Shadow. Mais plus intrigants sont les artistes complètement hors normes, défiant tous les canons et les clichés dans la lignée Digital Underground, tel Andre Nickatina, parmi les plus géniaux. Et d’autres encore qui, eux, ont l’air carrément improbables : Smoove-E, Haji Springer, Nump…


‘‘FAIRE LE CON EN SOMME (GOING DUMB)’’ Au dessus de cette mêlée régnait un roi, mort il y a cinq ans, tué par balle à Kansas-City à la sortie d’une discothèque. Il s’appelait Mac Dre. On se bat sur le Net pour élire un successeur. S’il est quasiment inconnu chez nous, il fait l’objet là-bas d’un culte funéraire particulièrement développé ; de Vallejo, ville dont il était originaire (comme E-40), jusqu’à Hayward ou Fairfeild. On le voit encore partout : sur des disques, t-shirts, chaussures, graffitis, poupées qui parlent, serviettes de toilettes, portables, masques de carnaval... Alors qu’on aurait pu imaginer Tupac tout en haut du panthéon local des rappeurs trépassés, il se fait voler la vedette par «the Mac nammed Dre», une grande tige barbue à dreadlocks, braqueur de banques abonné au pénitencier. Volontiers fantasque, il aimait multiplier les alias et les déguisements: en fakir (Al Boo Boo), en président des Etats-Unis (Ronald Dregan ou Pill Clinton, Thizzle Washington), en beauf

ou en minet (The Preppy Pimp). Il pratiquait un mélange improbable, plongeant un gangster-rap pur et dur dans un Ziploc plein de trips avec une nonchalance ironique et provocante. Son délire tournait autour du «Thizzin’», prendre des ecsta en français. Le concept en découlant était simple : se laisser aller, danser en mimant la consommation de pills, sortir de sa voiture en marche en dansant («ghostriding»), faire un burn out en anneau dans une vieille Toyota au milieu d’un carrefour («doing doughnuts»)… faire le con en somme («going dumb»). Les jeunes issus de toutes les communautés et de tous les milieux ont adhéré et adhèrent toujours à ce programme de réjouissances. Rewind : au-delà de ses panégyriques hallucinés sur ses sagas défoncées, c’est d’abord l’utilisation surabondante et géniale de l’argot local dans ses chansons qui a créé le premier lien et le plus fort entre le public de la Bay et Mac Dre. Il était en effet passé maître dans le cryptage et l’encodage des réalités du hustlering -ce que Snoop a bien essayé de faire sauf qu’avec Mac Dre, c’était pas de la fiction, la preuve : ses lyrics ont dévoilé son C.V. de braqueur aux flics et lui ont valu une longue peine de prison… C’est de là qu’il a d’ailleurs enregistré, au téléphone !, l’un de ses meilleurs albums, en 1992 : Back N Da Hood. A sa sortie de zonzon, virage psychédélique, Mac Dre se lance dans l’apologie du «thizz». Yadadamean ?

‘‘LE HYPHY A DÉJÀ COMMENCÉ SON DÉCLIN’’ C’est à partir de là que le Hyphy s’est développé, sur cette base stupéfiée, mais avec une bande-son qui s’est durcie. Beaucoup plus minimale et up-tempo, portée par des producteurs comme Rick Rock, Ea-A-Ski et le surdoué Traxamillion dernièrement. Même Dj Shadow s’y était essayé sur son dernier album, en surfant sur cette vague avec the Federation -on en a du coup un peu parlé en Europe… Resté strictement local, faute de s’être exporté aussi bien que le Crunk, son genre cousin du Sale Sud, le Hyphy a déjà commencé son déclin. Mais la relève est là. Tirant les leçons de leurs aînés -le rap ne suffit plus, il faut vendre le mode de vie qui va avec- des groupes d’ado tentent d’imposer leur propre mouvement dans toute la Bay et ailleurs : «Based», «Punk Rock», «Slap», etc, etc. Une volonté d’apporter du neuf, du frais, coûte que coûte. Young L est un personnage clé de ce renouveau. A 20 ans, il est le producteur de The Pack (et rappeur comme ses potes). The Pack est le groupe qui est sortit du lot il y a deux ans grâce à Vans, un hymne à la chaussure du même nom. Lui et les autres membres du groupe se sont rencontré en skatant à Berkeley, dont il sont originaires. Berkeley, ville de la très libérale et prestigieuse University of California, devenue le Disneyland de «l’autre Amérique», où se pressent les freaks en tout genre -bouddhistes new age, nudistes, Hell’s Angels, intellos radicaux de tout poil, hippies bloqué aux acids, yuppies plus ou moins décalés, Black Panthers à l’ancienne, hédonistes macrobiotiques, réfugiés politiques ou même des mafieux partis se mettre au vert paraît-il… Young L m’explique que c’est un peu tout ça qui a influencé sa musique et son rapport aux autres de manière générale. Il vient d’emménager avec ses parents (et son bichon) dans une petite villa située sur les hauteurs de Richmond. Cette petite banlieue au nord de Berkeley

est régulièrement classée dans le Top Ten des villes les plus dangereuses des Etats-Unis. Durant la seconde guerre mondiale, les chantiers navals du tycoon Henry J. Kaiser installés ici pouvaient sortir un cuirassier en quelques jours. Les ouvriers blancs étant partis se faire tuer dans le Pacifique ou en Europe, ils ont été rapidement remplacés par des femmes et des Noirs fraîchement débarqués des états du Sud. Le retour des survivants à leur poste de travail a renvoyé les femmes à leurs fourneaux et les Noirs à leurs ghettos… Depuis, à Richmond, la misère et la violence par armes à feu ne cessent de croître. L’arrivée successive de l’héroïne puis du crack n’a pas arrangé les choses. Mais ici, sur les hauteurs, on est au frais et au calme. On se croirait dans un Spielberg avant que des extraterrestres ne rentrent dans la partie. Dans son studio / chambre de 12 mètres carrés bien rangés, un dressing servant de cabine de prise de voix -et abritant sa collection de Vans- ainsi qu’un Mac lui suffisent pour produire ses hits.


‘‘BASED SIGNIFIE CRACKHEAD’’ YOUNG L

Ils appellent leur musique «Based» : «A Berkeley, «based» signifie «crackhead»… On utilise ce mot pour dire de quelqu’un qu’il est stupide, au ralenti. Nous, on a voulu retourner l’idée pour en faire un truc positif. N’importe qui peut être «based», c’est juste une attitude. Se laisser aller, être et agir de manière originale, inattendue… De faire les choses différemment, à ta

‘‘LES MAJORS SE MÉFIENT DES ARTISTES DE LA BAY’’

C’est Too Short qui les a découverts, Young L et son équipe. Too Short, avec son rap nonchalant et classé X au kilomètre, n’a jamais réussi à lasser ses fans. Preuve en est, il reste le seul rappeur old school encore vraiment dans le bain, celui avec les gros poissons depuis 25 ans. L raconte: «Il a juste entendu un de nos sons sur CD-R qui tournait dans la voiture d’un de ses amis de Berkeley. De là, il a essayé de nous rencontrer dès qu’il a pu». Short les a pris sous son aile, les a faits signer sur une major, Jive, chez qui ces kids ont sorti un premier EP : From Skateboards to Scrapers, sous le nom de The Pack. Puis un album dans la foulée : Based Boys, c’est le titre, a été en partie enregistré et mixé à Atlanta avec un des patrons de la ville, Mr Collipark -autrefois appelé Dj Smurf, responsable du Whisper Song des Ying-Yang Twins ou du hit de l’été 2007, Crank that de Soulja Boy. Young L et ses potes viennent ainsi de faire une tournée partout aux EtatsUnis, avec Gym Class Heroes. Tout va bien pour eux, ils sont entre de bonnes mains.

manière». Comparé au Hyphy «qui est un truc basé sur l’énergie, où l’on commande aux gens de faire des trucs -secouer ses dreadlocks, sauter sur sa voiture... être «based» est plus une «vibe», on ne commande personne…». Le son «Based» n’est pas l’apanage exclusif de The Pack, d’autres groupes comme Team Knoc, the Go Gettaz, eux aussi originaires de Berkeley, s’y sont mis.

ciel», fait un carton partout en Amérique apparemment. Une foule bigarrée de kids se presse devant la vitrine et entre au compte goutte pour une signature. Le manager du groupe, le grand frère d’un des membres, m’explique qu’il travaille beaucoup. Que les Diligentz ne sont pas signés parce que les majors se méfient des artistes de la Bay : trop de problèmes d’attitude et de frais de justice. Alors, comme les autres groupes locaux, ils se débrouillent, multiplient les showcases dans les boîtes ou les fêtes de quartier et cultivent leur buzz sur le terrain à coups d’événements comme celui-ci, un samedi après midi au centre commercial du coin. Le tout relayé par Myspace et les radio locales comme KPFM. L’événement en question : le deuxième volume de leur mixtape : Fresh Impressions, avec une pochette pastichant Nasty as they Wanna Be du 2 Live Crew -alors que les Diligentz étaient loin d’être nés quand c’est sorti… Mais ce qui fait l’originalité de The Pack, ce sont surtout les beats de Young L.  Il reconnaît l’influence des premiers albums de Too Short, quasiment entièrement faits à la TR 808, mais aussi de la Miami Bass d’Uncle Luke de la même époque. Sauf qu’il ne répète pas de formules toutes faites, cherchant à tout prix à éviter la répétition, à rester sur la vague de spontanéité : «Go with the Flow». «J’essaie d’arriver avec quelque chose de surprenant», insistant sur l’ouverture de son compas musical : il aime freestyler sur Sun is shining  de Bob Marley, sample de la musique africaine dont il a oublié le nom de l’artiste et me fait aussi écouter ses derniers instrumentaux, très Electro / Booty Bass, entre deux coups de fil. Côté paroles, c’est de l’ego trip de teen, mélange de vantardise et d’hédonisme insouciant et malicieux, «on écoute beaucoup les Diplomats»... Il vient de s’acheter une montre en diamants et de se faire tatouer aux couleurs de son nouveau collectif S S, Stars and Stripes, au creux du bras. Toujours à Richmond, toujours sur les collines, au Hilltop Mall, un petit centre commercial, un peu usé mais encore bien coloré, The Diligentz signent leur nouvelle mixtape. Chez Kej Mobile, un magasin situé en face du K-Mart et d’une jungle de plantes en pots. Kej, un Japonais, customise des portables avec ses propres modèles exclusifs, à l’effigie des Bisounours ou de Mac Dre, par exemple. Le modèle Paul Wall, «offi-


décaties, barbershops lugubres... Le tout agrémenté d’un chapelet de putes en faction attendant leurs michetons. Bref, «Time is hard on the boulevard» comme disait Too Short, l’enfant du pays. C’est aussi le lieu de naissance du Hyphy et de son inventeur supposé, Keak The Sneak, le rappeur avec une extinction de voie. Les deux membres des Trunk Boiz rencontrés ne sont pas du genre à porter du streetwear japonais ou du Ed Hardy. Autour du cou, pas de chaînes en or, mais un collier de perles en plastique, genre Mardi Gras à la Nouvelle-Orléans. «We got pearls » -pearls veut dire girls, on ne vous fait pas de dessin… On a de la chance : nous sommes en présence de Baby Champ, 18 ans a.k.a. -attention, on prend sa respiration : «The creator, the originator, the master, the cold mastermind of the operation behind the scraperbikes movement »… Il est très fier  de son invention, tout le monde autour de lui et aux quatre coins de la Bay, «et du monde» rajoute-t-il, s’y est mis. Il s’agit de customiser n’importe quelle épave de vélo, et d’en faire une machine à garacher le bitume -«to scrape»- qui reprend les codes des scrapers, ces voitures, modèles Chevy SS, Caprice, Mustang ou Charger des grandes années, soigneusement peintes en rose métallisé (entre autres) et posées sur des jantes chromés de 28 pouces. On en voit de temps à autre parader, sur International Boulevard, ou San Pablo Avenue. La version vélo est plus cheap, mais largement plus accessible. On retape un mountain bike ou un cruiser, voire un tandem, puis on en repeint le cadre à la bombe dans des tons savamment arrangés entre eux. Mais tout se passe réellement au niveau des roues : on colle du carton, du papier, ou du film plastique peint entre les rayons pour en faire des «jantes». Tout aurait commencé grâce à Baby Champ : «c’était il y a 5 ans, j’étais encore à l’école, pour me balader. Je n’avais pas de voiture, ni le permis alors j’ai voulu faire mon truc avec ce que j’avais, j’essayais juste d’être créatif ». Un DVD / mode d’emploi est en préparation.

‘‘DU PUNK, ILS N’ONT GARDÉ QUE LE LOOK’’

Les Diligentz se sont rencontré au collège, en 5ème , à Richmond. A l’époque, ils ont été très marqués par Rythm and Gangsta de Snoop Dogg, surtout par les titres produits par les Neptunes. Leur mouvement à eux, c’est le «Punk Rock». Mais du punk, ils n’ont gardé que le look, dans une version propre sur soi, sans taches de bière. Rien à voir avec Rancid. Damey, un des membres du groupe, explique qu’«à l’origine, c’était pas grand chose, juste une manière de s’habiller un peu différemment, de s’exprimer différemment, les gens ont commencé à nous suivre. Et c’est devenu un mouvement, rien n’était vraiment planifié... ». En effet, les fans présents semblent avoir accroché au concept : on dirait des punks tout droit sortis d’un catalogue des 3 Suisses, revus par un dessinateur de mangas… Punk Rock est aussi le nom de leur titre phare de leur jeune carrière, enregistré avec The Pack justement. The Diligentz, au fond, c’est un peu la même formule : quatre ados rappeurs en Vans; Damey, Star, Pranksta tha Kid et Jay Ant qui fait aussi office de producteur. Ce dernier s’étonne qu’on s’étonne sur le fait qu’il utilise Fruity Loops (un logiciel simplissime) pour faire ses beats. Il a raison : ses productions sont surprenantes et partent dans exactement toutes les directions. Il les voit comme un «Gumbo avec un peu de tout dedans». Pour le futur, ils veulent simplement «entrer dans la légende et ne pas être le groupe dont on dira : «que s’est-t-il passé? «». Passons voir maintenant les Trunk Boiz, une bande de cousins d’East Oakland. Ici, on est loin des milieux (relativement) protégés d’ou viennent les Dilligentz ou the Pack. Ici, on entre vraiment dans le ghetto : les maisons en bois tombent en ruines et ça sent la charogne aux rayons frais des supermarchés. Le long d’International Boulevard, qui traverse la ville de haut en bas, alternent à l’infini liquors stores, fast foods mexicains crasseux, 99 cent stores mal achalandés, églises

Pour ce qui est de leur musique, ils se reconnaissent totalement dans le Hyphy, Champ venant d’ailleurs du même block que Keak The Sneak. Ils veulent se «démarquer de tout ce qui se fait dans l’industrie du rap, qui actuellement ne parle que de trucs négatifs ; moi, j’essaie de mettre les choses à un autre niveau, plus positif». Ils ajoute : «Notre label s’appelle ATM pour «All Types of Music» (et aussi «distributeur de billet» en américain, ndr) : on fait de la musique pour tout

le monde, les jeunes, les vieux, les enfants, on fait de la «musique Disney» s’il le faut, on n’en a pas honte ». Pour conclure, ils affirment : « On est d’Oakland, on a du sang de Black Panthers dans nos veines (Oakland étant la ville d’origine du mouvement, ndr) : on essaie d’apporter un message d’unité pour enfin arrêter de se détruire les uns les autres». Hell Yeah… Les trois groupes évoqués ne sont qu’une partie de ces jeunes pousses du rap californien. Parmi eux on peut citer The Go gettaz, The Cataracs, The Champions ou Drino Man, Erk the Jerk pour les artistes en solo. Tous tentent d’imposer leur empreinte en rivalisant de créativité. La plupart étaient à peine nés durant le soi disant ge d’Or du hip-hop et s’amusent à interpréter, voire parfois pasticher, avec un bonheur évident, les clichés du genre. Créant ainsi une sorte de méta-rap (du rap sur le rap), décomplexé et ludique, rappant sur tout ce qui bouge, peu soucieux de cette fameuse crédibilité -dans la rue, dans le business, dans la musique...- qui obsède tant leurs aînés. Ceux-ci, souvent en pleine crise de la trentaine voire de la quarantaine, se posent encore la question de savoir si le hip-hop est mort, ou vivant, ou mort-vivant. Eux, ils ont déjà la réponse… : «whateva mayne !»


SI L’ON SE FIE À LA THÉORIE SELON LAQUELLE L’ADORATION SNEAKERS DÉCOULE DU SEUL HIP HOP, ON NE COMPREND RIEN AU CULTE QUE CERTAINS VOUENT AUX VANS VINTAGE. SI L’ON NE SE FIAIT QU’À LA SEULE IMAGERIE GANGSTA RAP, L’ON POURRAIT MÊME CROIRE QUE CONVERSE EST UNE MARQUE TYPIQUEMENT WEST COAST. GROSSIÈRE ERREUR ET CONTRESENS. DANS LA CALIFORNIE DU SUD, DES COUSINS AUX ENFANTS DES LORDS OF DOGTOWN, TOUTES LES FAMILLES ONT PORTÉ DES VANS. UN PRODUIT SIMPLE COMME UNE CHAUSSURE VANS, UNE SEMELLE ET DE LA TOILE EN TOUT ET POUR TOUT, EST DEVENU UNE ICÔNE DE LA CALIFORNIE WHITE TRASH BEACH BOYZ, LA CALIFORNIE DU SURF ET DU SKATE. LE SUPPORT D’UNE CULTURE QUI S’EST EXPORTÉE PARTOUT. JUSQU’AUX GAMINS À CRÊTE TECKTONIK DU METROPOLIS… MAIS AUJOURD’HUI, VANS PRODUIT EN ASIE, COMME TOUT LE MONDE. DU COUP LES VANS MADE IN USA SONT DEVENUES UN OBJET DE COLLECTION. UNE COLLECTIONNITE SACRÉMENT AIGUË. Tout le monde, même vaguement, connaît la wing Vans, cette espèce d’aile, ou de vague, sur le côté. À peu près tout le monde a eu sa Slip-On gamin, la chaussure de sport aussi confort qu’un chausson et sans lacet -à ne jamais mettre pieds nus s’il vous plaît, merci pour nous. On croit que Vans, c’est la plage, les boards, les surfeurs et les blondes peroxydées au sel de mer dans un bikini façon Pamela Anderson.... À part ça, si Sk8-Hi, ou Era, ça vous parle autant qu’un code barre à un Inuit, vous n’êtes pas du milieu. Cris d’orfraie des connaisseurs…


Il ne sert pourtant strictement à rien de se boucher le nez quand on prononce Tecktonik et de se moucher sur l’adoption de la Slip-On à damier fluo par les kids Tony & Guy d’Orly. Le même phénomène s’était déjà produit il y a 20 ans. Aujourd’hui comme hier, Vans surfe sur des vagues et sous l’écume des vagues. Des cycles rapides et un cercle traditionnel. Des modes et un mode de vie. Dans les 80’s déjà, deux publics pour Vans : ceux du skate, public logique pour modèles authentiques, qui comprenaient déjà bien ce que veut dire «Off the wall» (slogan maison apparu pour la 1ère fois sur une chaussure en 1976). Et de l’autre côté de la barrière, ceux qui allaient en boîte danser sur de la funk à la Scala ou sur de l’electro pop, ailleurs dans d’autres endroits : damier noir et blanc pour jeunes newwave.

les planches de skateboard et Caballero a participé à la spécialisation plus en avant de certains modèles (la Half Cab en particulier, Cab étant le diminutif de Cabarello, ndr). C’étaient eux à l’époque qui étaient vraiment les leaders de la chaussure de skate. Il n’y en avait pas d’autres. À l’époque, il y a eu un double phénomène : le phénomène skate qui a permis d’introduire la Vans en France ; et le phénomène mode… Tous les beaux quartiers de Paris, tous les gamins qui allaient à l’école, skateurs ou pas skateurs avaient des Vans aux pieds. En général, les skateurs avaient des modèles noir et bleu marine, et les autres, les modèles à palmiers, à perroquets, des imprimés psyché… Chaque année on avait le choix entre une vingtaine de couleurs qui se renouvelaient tous les ans.» Toujours la même histoire : «l’imprimé damier subit le même phénomène de mode cette année puisqu’on les retrouve dans à peu près tous les magasins disons fashion, des Halles.»

Original Boyz Box 1966

de made in US -les 1ers mois, je rentrais de l’école et je les lavais, je nettoyais la semelle…» Et c’était compliqué d’avoir des Vans à Paris : «Plus ou moins compliqué ; parce qu’en fait ça coûtait une fortune, tu les avais chez Hawaï Surf notamment, ou chez Chattanooga : une paire de Sk8-Hi coûtait 700, 900 balles. Il y en avait à St Maur. A Chelles aussi... Et a priori, mais moi je ne la connaissais pas à l’époque, la boutique rue St André des Arts.»

Mohamed était passé par là, aux Halles, avec sa sœur, «vers 88, 89, peut-être même un peu plus tôt. Moi, j’avais pas accès à tout ce qui était skate, BMX et tout. Chez moi, c’était simple, c’était « tu joues au foot» et voilà… Mais j’ai eu de la chance parce que ma sœur travaillait dans les Halles et elle avait toujours les trucs un peu à la mode... Dans un 1er temps, j’ai d’abord eu une paire de Creeks, en Slip-On, je trouvais qu’elle défonçait,. C’était le parent pauvre de la Vans mais pour moi, cette Slip-On, c’était la vraie (sourires). On va dire que c’était mon introduction...

Les voies de la révélation sont impénétrables : il suffit pour s’en convaincre de rencontrer 2 accros collectionneurs de Vans made in US et de revenir sur ce 1er tsunami Vans qui a ravagé plusieurs plages sociales dans les années 80. Ou en allant voir l’un des 1ers importateurs en France des fameuses Vans américaines.

VANS, 78 / 88 Parce que la vérité vintage, c’est quand Philippe de Chattanooga nous la raconte, il y a 20 ans de cela. Ou même 30 ans. «Nous, on est spécialisé dans le skateboard, bien avant 78 : 78, c’est seulement l’année où l’on a ouvert le magasin au public. À partir de 76, on était importateur de matériel de skateboard, et à l’époque, la chaussure Vans était une des seules à avoir des modèles conçus par des skateurs pour des skateurs. C’était une semelle qui offrait une adhérence totale sur

‘‘VANS, C’EST COMME UN TRAUMATISME D’ENFANT’’ Parce qu’après, ma sœur est venue avec une paire d’Authentic (…) Je me souviens, c’étaient des Authentic bleu pétrole et à l’époque je faisais la même taille qu’elle, donc je les lui piquais. Au bout d’un moment, devenues un peu petites, je les mettais quand même… C’est vraiment la 1ère paire de Vans que j’ai eue parce qu’à force, ma sœur me les a filées (…) Je kiffais et ce qui était encore mieux, c’est pas que j’avais l’air d’un extra terrestre à l’époque mais quand même… les gens ne comprenaient pas que t’aies des Vans. Moi je m’en foutais, j’étais jeune mais j’avais capté un peu le délire surf, skate autour de ça même si dans ma banlieue, c’était pas skate… Moi-même, je n’ai jamais été skateur.» D’autres, comme Dimitri, sont tombés direct dans la marmite, via la famille : «En fait, j’ai un grand frère qui a 6 ans de plus que moi, forcément il a été au courant de choses avant et moi, je suivais. On s’est mis au bicross super tôt, puis au skate et à l’époque, tu lisais Bicross magazine : tous les pros avaient des Vans. Tu voyais les damiers, les palmiers, les camo, qui allaient souvent avec les tenues et moi je trippais sur les tenues et les casques aussi et tout… Donc voilà, je suis tombé sur les Vans vers cet âge-là, le début du bicross, vers 5, 6 ans, donc 83, 84. Vans, c’est comme un traumatisme d’enfant, ça m’a tellement fait rêver qu’à Noël je demandais toujours une paire de Vans. Du coup j’ai porté vachement

Qui dit made in US, dit importation et Philippe sait de quoi il parle : «le problème de la Vans, il y a 20 ans, était qu’il n’y avait pas d’importateur, un jeaneur de base allait pas se casser les pieds à importer 100 paires de pompes de Californie… Surtout que quand vous en commandiez 50, vous en aviez 20 ; vous en commandiez 100, vous pouviez en recevoir 200… D’ailleurs, anecdote : il y eut Hemisphere un peu plus tard qui importait les Vans… Soit il s’était planté dans sa commande, soit c’est Vans qui s’est planté, je ne saurais le dire… En tout cas, il a reçu 100 paires et uniquement du 8 ½ ! Et il a fait une vitrine avec 100 pieds gauches, avenue de la Gde Armée. Je ne sais pas ce qu’ils sont devenus ces 100 pieds en 8 ½, dans des couleurs un peu particulières d’ailleurs, des Vans rouge et orange, je crois… »


HISTOIRES DE LOOK «Hemisphere avait l’habitude d’importer, donc les magasins comme nous en importaient mais certains jeaneurs aussi, parce que c’était aussi la mode du 501 américain brut, qu’on ne trouvait pas du tout en France. Or les jeaneurs avaient toujours un cousin qui leur envoyaient un petit container de 501 avec des Vans par-dessus. Chacun avait une clientèle un peu différente : nous, ça a toujours été une clientèle skate mais il n’y avait pas toute cette industrie du surf et du skate à l’époque (…) Donc les codes vestimentaires étaient adaptés à ce qu’on pouvait trouver sur le marché français, avec une inspiration US : la tenue de base, c’était des Vans aux pieds, le 501 brut et le blouson Catalina en haut. Et ça, ça a duré des années.» Début des années 90, génération X, grunge et first raves, fin d’un cycle mode. Mais comme toute addiction sévère, l’accoutumance revient à la 1ère occasion… Cf. Mohamed : «Après mes 1ères Vans, je suis parti sur autre chose… C’est un peu plus tard, vers 93, 94 je crois, que je suis revenu sur de l’originale : déjà à l’époque, il y avait un petit retour sur tout ce qui était skate et moi j’ai bien adhéré. Ajoutée l’influence West Coast, tout ce délire avec les Ben Davis et les Dickies, tout ce truc que je kiffais, je suis reparti sur de la Old School.

‘‘VANS AUX PIEDS, 501 BRUT ET BLOUSON CATALINA ’’

Vans Skateboard Vintage Advertising Vans BMX Vintage Advertising The official shoe «The ABA» 1983

Moi, la Slip-On, j’ai jamais adhéré : pour moi, c’est un truc de baba cool et j’exècre les hippies… Je suis reparti sur de la Old School, parce que c’était aussi le seul modèle qui était trouvable à Paris. Je travaillais avec un mec qui s’appelait Ahmed et qui avait une boutique chanmé au Shop : Freaks. Je lui avais trouvé un lot de Vans originales, juste à côté, à Bastille, dont des Half Cab US. C’est à partir de là, comme un déclic, que j’ai commencé à faire un peu les différences et puis après, vers 96, 97 j’ai commencé à tomber sur des magazines japonais, notamment une librairie japonaise pas très loin de chez Colette, où j’ai appris les différences, les formes etc. Je me souviens, vers cette époque-là, j’ai rencontré un mec qui me disait qu’il surkiffait les Vans, qu’il en avait plein quand il était petit et qu’il avait du mal à en retrouver des bonnes, je me souviens bien… Je lui ai sorti un mag’ japonais où sur une pleine page, t’avais plein de modèles différents, avec plein de couleurs différentes ; je lui ai arraché la page en lui disant, que s’il cherchait ça, ce serait plus facile pour lui… Et ce mec-là, c’était Dimitri. A partir de là, il a explosé : il a une montagne de Vans !»

Le monde est petit, surtout dans un réseau de collectionneurs dont l’objet de la collection n’est pas encore courant : «Je dois encore l’avoir, cette page : j’étais devenu comme un ouf, parce que je commençais à collectionner… Enfin, j’ai toujours porté des Vans -j’ai eu une petite période en 6è, 5è où j’ai eu des paires de Nike forcément, 2 ou 3 genre des Air Solo Fly- mais finalement comme je faisais toujours du vélo, je mettais toujours des Vans. Après, on en a trouvé moins, donc j’allais au Kilo Center, à la Poire en Deux, des trucs comme ça. Et au mois de juin, t’étais sûr de pouvoir trouver des Vans à 50 balles. Après encore, les Old School basses sont revenues un peu, avec la vague. Il y en a eu à

Street Machine puis au Shop donc là j’ai commencé à en racheter. Et puis… tout d’un coup, plus rien ! Comme je commençais à voyager un peu pour le vélo et tout, j’ai commencé à chercher, à en acheter dès que j’en trouvais à droite, à gauche… Puis découverte d’eBay : là, je suis tombé dingue, avec la vieille connexion de merde qui mettait 2 heures à afficher une page...

Vans Radical Vintage Advertising Vans Breakers Vintage Advertising

‘‘C’EST ÇA QUI EST COOL : TU PEUX PAS SAVOIR COMBIEN DE PAIRES DIFFÉRENTES ONT ÉTÉ FAITES’’ Et donc ouais, Momo : en fait quand j’allais au Shop, Ahmed lui, avait des belles paires made in US, qu’il vendait un peu cher. J’allais lorgner là-bas, on tchachait et puis un jour Momo me sort cette page et je suis tombé ouf, parce que même si c’étaient pas des made in US, il y avait tout un tas de motifs… Et c’est vrai que le vrai kif à la base, c’est de voir toutes les différences, tout ce qu’il peut y avoir.»

CUSTOM SHOES, CUSTOMADE Cette maladie -too many shoes to collect- découle de l’essence même de la politique Vans des origines : «Vans, leur politique de base, c’étaient les custom shoes : ils avaient une vingtaine de boutiques en Californie et l’on pouvait commander le modèle de son choix avec non seulement la toile mais aussi tous les rapports de couleurs possibles sur la chaussure. Ils ont recommencé à le faire, mais c’est limité à certains modèles et à certaines couleurs. Sur Internet vous pouvez commander un pied rouge et un pied bleu, ou la moitié du pied en rouge et l’autre moitié en bleu avec des pimpings différents mais avant, il y avait vraiment une possibilité énorme. Pour une paire, tout était presque possible. À la limite, vous leur donniez même de la toile et avec leur grosse unité de production sur place et les Mexicains qui travaillaient à la paire… vous l’aviez» (Philippe)


Là-bas, si tu voulais ces «special make-ups» -c’était comme ça qu’ils les appelaient- t’allais dans la boutique Vans et tu te faisais ta paire. Et c’est ça qui fait que c’est intraçable parce qu’il y a des mecs qui demandaient, «ça, je le veux blanc, ça, bleu, ça je veux des damiers, ça elle est rose, ça elle est verte». Chaque pièce pouvait être unique, c’est énorme… Il n’y avait juste rien sur la semelle, contrairement à ce qui se fait maintenant.» Non, on ne rentrera pas dans les histoires de semelle gaufrée et du nid d’abeilles (nid à rumeurs malveillantes pour la compagnie), si ce n’est pour remarquer que le diable se cache toujours dans les détails : l’histoire de la semelle et donc de l’adhésion sur la planche à roulettes explique tout simplement le communautarisme skate appliqué à Vans. «La nature même de la semelle n’avait rien à voir avec la matière d’aujourd’hui : c’était une matière en gomme naturelle qui était collante, au point qu’on avait du mal à retirer les chaussure Vans… Vous voyez avec cette paire américaine, ça colle, c’est la même forme mais ce n’est pas du tout la même matière, c’est vraiment du caoutchouc naturel.» Paroles d’Evangile selon Philippe.

Tout le sel de la vie du collectionneur par la grâce d’un modèle économique initial -ultra efficace par ailleurs : du producteur au consommateur sans un max’ d’intermédiaires et de distributeurs… Conséquence sur un amoureux transi comme Dimitri : «c’est ça qui est cool : tu peux pas, c’est impossible de référencer, de savoir combien de paires différentes ont été faites, c’est ça qui est chanmé… Tu ne peux jamais avoir une vraie collection, complète : c’est sans fin.» A l’époque familiale de Vans, de la Van Doren Rubber Company, Steven, le fils du fondateur Paul Van Doren était capable d’aller à minuit dans les ateliers pour customiser un modèle uniquement pour l’occasion faisant le larron -telle la mythique paire pour le mariage d’un copain… «Ouais, il me l’a raconté ce truc là : pour ce mariage, il avait fait 2 paires avec la cravate assortie… Ils pouvaient produire au coup par coup, genre pour le commerçant du coin ou le cousin de sa femme. Il y avait l’usine-là avec des Mexicains : on amenait un bout de tissu et on avait sa paire.» (Dimitri). Gros filon creusant le sillon de l’individualisme chère aux ados, mamans et papas de l’époque -la mienne est mieux que la tienne- Vans organisait même des concours mensuels de custom… «J’ai un catalogue de représentants commerciaux, avec les échantillons de tissu, un truc assez cool… (Dimitri étant un collectionneur ultime, jusqu’aux stickers vintage…, ndr). T’as tous les choix. Ce qu’il se passait aux US, c’est que tu payais 5 $ de plus, t’avais à peu près 15 jours de délai pour les recevoir. En France, t’avais certaines boutiques où tu pouvais le faire mais c’était beaucoup plus cher avec les frais de port, sans parler du temps de livraison.

‘‘POUR CE MARIAGE, IL AVAIT FAIT 2 PAIRES AVEC LA CRAVATE ASSORTIE’’

Et les objets saints il faut les toucher et les aduler, tel Dimitri : «tiens, regarde celles-là : les M.A.S.H. Touche-les, elles sont bien grasses encore… Le papier doit coller. La vraie Vans : le papier colle. Et j’ai la date de fabrication. À une époque, quand t’avais ta pompe, t’avais toujours ça avec mais moi j’en ai perdu plein, je dois n’en avoir plus que 3… Sur les M.A.S.H., le tag, c’est 21st Century Fox… Je les ai chassées longtemps celles-là : c’étaient toujours des prix de ouf et puis un jour, sur eBay, t’as des coups de chatte parfois comme ça. Personne ne se met dessus, tu sais pas pourquoi, la taille peut-être qui n’intéresse personne… Et voilà, je l’ai chopée 70 $. Alors que je ne les avais jamais vues à moins de 200 ! Et puis la boîte, regarde moi ça…». Pire que le Saint Suaire. Cette addiction amène d’autres dérèglements bizarres, des manies de maniaques autres que comparer les qualités d’une couture : acheter des paires pour les garder en boîte -momification d’un amour : «C’est vrai, j’en ai qui sont à ma taille et que je n’ai jamais mises (sourires)… Quand j’étais tout seul et que j’avais un tout petit appart’, c’était devenu un musée… J’avais fait un truc avec des planches de bois, des briques, une sorte de display. Après j’ai commencé à en avoir beaucoup. Là, ça devient compliqué, surtout que j’achète toutes les tailles parce qu’au bout d’un moment je me suis dit autant ne pas les acheter à ma taille… Tu kiffes, c’est comme ça (rires)… Je me suis vachement calmé aussi parce qu’à force de déménager, ou de pas avoir la place, ou après, d’avoir la place et de pas prendre le temps de toutes les sortir… finalement, ça reste dans des cartons. En fait, je mets un peu tout le temps les mêmes paires. Avant, j’étais vachement dans les imprimés, aujourd’hui je mets surtout des blanches -enfin, des écrues- depuis 2, 3 ans. Et les noires…» Manie ou boulimie, le trop est l’ennemi du bien…

DIGGIN’ IN THE CRATES Dans cette quête éperdue de la Vans vintage, si l’on cherche à localiser les gros vendeurs américains, les vieux skate shops au fin fond du Mid West côté Ouest semblent bien être la source magique… «Ouais, dans les terres… C’est comme quand tu veux acheter une caisse américaine pas chère, tu vas dans un coin perdu dans le Wyoming par exemple. C’est toujours pareil, les mecs s’en branlent, tu trouves un vieux skate, un vieux vélo…dans les coins moins visités où les mecs sont pas au jus. J’avais un super bon gars, sur Melrose aux USA, qui s’appelait Madman. Un mec complètement ouf d’une cinquantaine d’années, mais vraiment ouf : un genre de Juif américain qui parlait bizarrement en bavant et tout ça... Mais, ce mec, il avait de ces paires ! À l’époque où j’y allais, quand t’achetais une paire, t’avais la seconde à moitié prix : c’était 40 dolls la paire. Pour 60, t’avais donc 2 paires made in US… C’est sûr après, tu regrettes, tu te dis que t’aurais dû en acheter plus mais sur le moment, t’achètes pas 20 paires non plus parce que ça fait des thunes et qu’il faut les ramener, aussi. Ah oui, aussi, j’avais pris une sorte de résolution : quand je trouvais une paire, je la prenais en double, une pour exposer et l’autre pour la porter, mais cette promesse, je ne l’ai pas trop tenue (…) D’année en année, j’en trouvais de moins en moins, c’était devenu de plus en plus cher et les Japonais ont quasi tout pris. Il y a eu une époque -fin des 90’s, début 2000’s- comme ça ne marchait pas, toutes les boutiques Vans se sont mises à épurer leurs stocks : tous les samedi matins, ils faisaient des «si-


dewalk sells»... Sur le trottoir, ils mettaient plein de boîtes, t’arrivais, c’était 5 dolls ! 5 dolls, 6 dolls, ça montait à 20 maximum donc là aussi, j’ai chopé des paires mais pas des masses non plus parce qu’il n’y a jamais ce que tu veux. La dernière année, j’ai acheté juste une paire, mais à 100 $, une des dernières éditions de made in US, sortie pour un contest de skate. Chanmé oui mais bon, tu vois le prix et elles ne sont même pas à ma taille. Tout a été pris. Ça vaut même plus le coup d’y aller maintenant, tout a été vidé… Il y a eBay maintenant.» Mohamed ne dira pas le contraire, mais lui continue à rechercher la dernière arche perdue, malgré tout : «là, j’ai retrouvé un peu de pompes dans des boutiques à droite, à gauche, mais ce sont des plans que je garde pour moi. Les derniers plans connus, c’étaient chez Freaks, ou chez Pacific Wear à St Germain en Laye qui est

‘‘POUR MOI, ÇA RESTERA UN DES MEILLEURS MOMENTS DE MA VIE’’ une boutique mythique parce qu’ils avaient du vieux Converse, de la Vans à foison (je sais qu’il en reste un peu).» D’où les ballades intéressées bien au-delà de Clignancourt, en 3è couronne au fin fond de l’Essonne et surtout, nos belles provinces et vertes vallées. Mohamed se rappelle que «le dernier gros lot Vans US qui était sorti venait de Marseille, un lot qui était vraiment pas mal (et acheté en entier par des Anglais, ndr). Bien avant, c’était le stock de chez Freaks donc, et de chez Preppy Clothing aussi, où il y avait des trucs de malade… Celui que j’ai trouvé, celui qui s’est donc retrouvé chez Starcow, n’était pas très loin de Paris. Il y avait des mid tops, des motifs que je n’avais jamais vus, des perruches, des pirates, des trucs de malade, des trucs un peu Joy Division aussi… C’est vraiment le dernier gros truc que j’ai vu. Je pense qu’il y en avait 600 ou 700 paires, en sachant qu’il y avait beaucoup de merdes comme t’as pu voir, mais à côté… des trucs mortels ! Pour moi, ça restera un des meilleurs moments de ma vie… Parce que je suis arrivé dans cette baraque... la baraque était pleine, mais alors pleine de pompes… J’en suis ressorti tout crado parce qu’il y avait une de ces poussières... J’ai rien trouvé à ma taille, pas une seule paire, mais j’étais en feu.»

Dimitri a plutôt mal vécu cette vente Starcow, vente exceptionnelle parce que sûrement l’une des très rares offrant un tel choix de Vans américaines… Et ce qui est rare est cher : «Je me pointe là-bas -ils m’avaient demandé de participer à l’opération pour faire des photos- et juste avant d’aller chez eux, je croise dans la rue 3 bouffons avec des paires que j’avais jamais vues ! Des mecs qui avaient acheté la paire, «comme ça»… En même temps c’est cool, c’est bien que ce soit accessible, je ne veux pas avoir ce côté aigri non plus… Je sais qu’ils en ont rachetées plein. Il n’y avait aucune paire à ma taille, mais il y en avait des super belles… Eux, ils étaient à fond parce qu’ils avaient une paire Snoopy mais toutes les Disney, c’est pareil : tu vas sur eBay pour trouver une Vans Mickey ou Tigrou, c’est pas cher. Mais ils avaient mieux que ça : une paire «perroquets» et elle me rend ouf cette paire, montantes en plus. Ils avaient des montantes sans vague, des basses sans vague… C’était bien de les faire toutes au même prix, mais t’y perds forcément en cohérence. Quand tu connais les cotes…».


De la frustration du collectionneur… En sachant que la frustration est la condition d’une longue passion : «si Vans est à la mode et que tout le monde kiffe, les teckto comme les chal’, finalement pour moi, Vans, c’est mon enfance.» En d’autres termes, par Mohamed : «c’est que j’aime : Vans a toujours été ma madeleine…» Tout est dit : que cela soit Dimitri ou Mohamed, cette recherche frénétique et sans rémission de la Vans vintage ressemble furieusement à cette volonté de ne pas couper le fil avec ses pelotes d’enfant. Et les gamins, ils ne rigolent pas avec leurs jouets : le jeu, c’est sérieux. Conclusion : « Pour moi, un vrai collector, c’est une Made in USA», amen.

Vans Factory & Store 1966

LE SCHISME ASIATIQUE On pourrait croire que les paroles qui vont suivre sur la marque, une fois la nouvelle direction de la compagnie ayant décidé de délocaliser sa production loin des petites mains mexicaines, expriment de la rancœur d’enfants pas capables de saisir les réalités adultes… C’est tout le contraire ! Tout l’intérêt de la collection tient dans le fait que Vans est parti en Asie fabriquer ses collections : désormais les Vans américaines sont une espèce en voie d’extinction, dont il faut retrouver les derniers exemplaires disponibles, avant disparition totale. On croirait pourtant entendre des amoureux au coeur brisé : «Là où je me suis pris une claque, c’est quand ils ont décidé de ne plus faire de made in US et de passer à une fabrication en Chine. Ce changement aurait pu être intéressant, en termes de prix par exemple, pour vendre la paire moins chère mais j’ai vu les 1ères Slip-On chinoises et j’ai halluciné : c’était pas du tout la même forme. Après, je ne suis pas un intégriste de la forme, genre le délire vintage :

‘‘MOI-MÊME, J’ACHÈTE DES MADE IN CHINA, POUR PORTER TOUS LES JOURS ’’

ça, c’était comme ci, ou comme ça et pas autrement. Ça va, il faut vivre avec son temps. Mais là, merde, c’était pas pareil.» (Mohamed) Idem pour Dimitri : «du coup, quand il y a les rééditions et que tu les regardes… À part ces quelques mecs qui se sont mis dans ce truc vintage-là, pour être un peu cool et racheter des vieux trucs de skate -certains ont fait du skate, et d’autres même pas : ça les fait tripper sans avoir été dans le truc, pourquoi pas ? Sinon, les autres gars qui ont découverts les Vans période made in China, à la limite ils n’ont pas suffisamment de raison de dépenser plus de thunes parce qu’ils ne vont pas forcément faire la différence.» Honnêteté d’une adoration et explication de la passion pour les Américaines : «heureusement, Vans commence à en faire des bien, ça commence à être de mieux en mieux. Moi-même, j’achète des made in China, pour porter tous les jours (…) Mon pote Steph m’a ramené une paire d’Hosoi qu’il a trouvée dans une friperie… C’est cool, je suis content de les avoir, je vais les mettre mais regarde : ici c’est mal coupé, là c’est trop rond, là, ça rebiffe, la qualité des encres passe vite. T’es pas tout le temps bien dedans, le tag est pourri, ça se chevauche : il y a plein de détails techniques qui font que c’est pas ça. Quand t’as mis ton pied dans une made in US, ça n’a rien à voir. Mais pour faire du vélo… j’essaie d’arrêter de niquer mes US.»

Le plus paradoxal de toute cette longue histoire : les paires de Vans qui ont causé la perte de contrôle de la famille Van Doren sur leur entreprise, sont souvent les pièces maîtresses d’une vraie collection, occasion de faire des folies… « Ces Breakers-là sont à ma taille. Une fois, j’ai failli faire une folie : 350 $, neuves, en 6 ½ mais finalement (…) je me suis dit que c’était pas possible, que je pouvais pas dépenser cette thune. Ce modèle a été un flop énorme (j’ai les rollers Vans aussi). Celles-ci, je les voulais surtout pour une raison très particulière ; c’étaient les pompes que portaient le Duke et le Duke, c’était le speaker du Bicross de Bercy à l’époque. Le mec qui tombait du plafond et qui gueulait. Moi j’étais fasciné par lui, c’était l’Américain qui venait et qui était pote avec tous les champions… Je crois qu’il était «Sports marketing» pour Oakley, il prenait soin de tous les pilotes parce que tous les pros étaient sponso par eux : il avait les lunettes tout le temps sur le nez, tu voyais jamais ses yeux. Grosse moustache, casquette et un short court, des bretelles faites avec des bandeaux de lunettes Oakley. Et ces pompes. Et le mec courait partout dans Bercy… J’ai mis un moment à le retrouver mais je l’ai retrouvé, j’ai fait un portrait et tout -il a une histoire hallucinante- et surtout je voulais ces pompes…» Des sneakers comme le Rosebud de Citizen Kane. Ces collections multisports lancées dans les 80’s (du breakdance au basket, du tennis au running et on en passe) sont le trou noir de Vans, la mise en branle de la future délocalisation en Chine et par contre-coup, du futur culte vintage. Paul Van Doren avait résisté jusqu’au bout pour garder Vans aux dimensions de son marché local : la Californie. Mais face à l’ampleur du succès à la fin des 70’s, impossible de résister. Développement tout azimut. Début de la fin du chapitre familial. Steve Van Doren, en fils lucide, ne s’est jamais gêné pour le reconnaître publiquement : «on a changé la philosophie de l’entreprise : d’une manufacture, nous sommes passés à un compagnie marketing.» Les collectionneurs Vans made in USA sont les disciples de la philosophie Van Doren originelle.

Paul Van Doren


Gonz

RICHARD MENDEL KLOTZ EST LE FONDATEUR ET PATRON DE FRESHJIVE ; SES INITIALES, L’ACRONYME DE SA NOUVELLE LIGNE. RMK : UN STREETWEAR MÛR POUR HOMME MATURE. MATURE NE SIGNIFIANT PAS FORCÉMENT RAISONNABLE ET PÉPÈRE, AU CONTRAIRE ; RICK A L’AIR TOUJOURS AUSSI ÉNERVÉ QU’À SON HABITUDE -SUFFIT DE SE RAPPELER SON ENTÊTEMENT JURIDIQUE FACE À STÜSSY… TOUJOURS AUSSI PALPITANT COMME UN CŒUR TENDRE, COMME À SES DÉBUTS DANS LE LOS ANGELES DES EARLY 90’S, GRAPHISTE CLUBBEUR, DESIGNER SURFEUR ET SKATEUR PUNK. RICHARD MENDEL KLOTZ EST UN CONDENSÉ DU L.A. COOL, C’ESTÀ-DIRE PAS COOL AVEC CEUX QUI S’AFFICHENT COOL.

Commençons par le plus récent de ton actualité : pourquoi avoir sorti une nouvelle ligne qui porte tes intiales, RMK ? La seule raison pour laquelle nous sortons des produits sous le label RMK est de fabriquer quelques pièces dont le style n’entre pas dans la ligne principale, un style et des matières qui ne sont pas assez populaires pour y entrer.

Question de gamme ? Oui aussi bien sûr, nous utilisons de meilleures qualités de coton et de denim.

Peux-tu nous dire quelques mots sur votre usine de production ? La petite usine que nous avons à Los Angeles ? Je l’ai héritée de mon père qui fut un entrepreneur pendant les 70’s et les 80’s : on l’utilise pour les prototypes et quelques produits en faible quantité pour Freshjive et Gonz !

Ce n’est pas la première fois que tu lances des collections autres que Freshjive : tu viens de citer  Gonz ! par exemple. Qu’est-ce tu cherchais à exprimer avec celle-ci ? Moi et mon ami -et associé- Trace Marshall avons commencé Gonz ! il y a à peu près 3 ans. Ce nom vient d’un autre pote à nous avec lequel on surfe et qui s’appelle Surf Gonzo. On a commencé cette ligne pour


refléter notre propre style : on adore surfer, mais on déteste la culture surf et les surfeurs. C’est terriblement ennuyeux et unidimensionnel. Gonz ! est juste le reflet de nos goûts et un reflet de l’endroit d’où l’on vient (la région de Los Angeles). Pas du tout le reflet de la scène locale, juste notre propre scène à nous, nous et nos potes.

Ce genre de projets hors textile est une manière de mieux faire comprendre toute ton histoire et celle de Freshjive, à la croisée des chemins surf, skate et hip hop ?

Gonz !, Very Mental, RMK… c’est comme si tu avais besoin de toujours redémarrer Toujours à propos de Gonz ! de nouvelles histoires pour : quelle est la place de groutrouver de nouvelles pistes: pes comme les Surf Punks tu n’as pas dû chercher dans tes influences culturellongtemps la punchline de les et plus largement, de la la collection automne/hiver contre culture surf califor2007 : «tout acte de création nienne des early 80’s ? est d’abord un acte de desC’est clair qu’ils ont exercé une énor- truction»…

me influence sur nous (allez voir l’histoire sur le website de Gonz !) On est aussi influencé par l’esthétique et la philosophie du surf des 80’s, qui sont pour nous comme une période positive et pleine de fun dans l’histoire du surf : juste du putain de fun de dingue…

Des gens comme Dat Cat étaient des idoles ou des modèles à l’époque ? Eh bien oui, Dat Cat est une influence très particulière, c’est indéniable, et le restera. Mais je suis fatigué d’entendre les gens le citer sans cesse comme référence sans tirer vraiment des leçons de son histoire ni vivre sa vie. Dat cat est mort !!

C’est difficile de travailler sur seulement un seul projet comme Freshjive… En fait, j’ai toujours envie de casser le statu quo, et repartir de zéro. Quand une tendance esthétique a du succès et attire les masses, ça me donne vraiment envie de passer à autre chose. Autant je tire ma substance de ce que j’appellerais le style de vie «street», autant ça me fait pitié de voir les gamins omnubilés par leurs vêtements, et leurs chaussures assorties... Ça fait super gay, on dirait que le streetwear attire les mecs qui pensent aux fringues comme des meufs. Une fois j’ai entendu que les mecs sont les nouvelles filles !

Vous aviez par ailleurs sorti un livre-magazine, The Propagandist, 2 même je crois, qui ne sont jamais arrivés jusqu’à moi : tu peux nous en dire plus ?

Freshjive photos : Rudy Butler

Le volume 2 n’est pas encore sorti. J’ai à peu près 10 articles de prêts pour celui-ci, du contenu que je collecte depuis 3 ans. Je vais peut-être commencer cette année à poster ces articles sur le site de Freshjive.

Non, pas vraiment. Le problème aujourd’hui est que les choses sont toujours classées en catégories, le «surf», le «skate», le «hip hop» etc… Je hais les catégories, ça sert simplement à rendre les choses et les styles plus comestibles, donc plus vendables. The Propagandist est un projet qui me permet juste de créer ou montrer des choses et des gens que je trouve très intéressants, et sur lesquels pas grand-chose n’a jamais été écrit ou vu. C’est aussi simple que ça.

Le vêtement n’est-il pas finalement une façon de parler de tout ce background ? Oui, en partie, le vêtement est une manière de transmettre et refléter des influences. Spécialement avec les visuels de t-shirts. Mais le «streetstyle» est devenu trop populaire, aux dépens de sa santé créative. C’est devenu une catégorie à part entière, aujourd’hui trop étroite pour ne plus accepter ce qui sort du cadre. Pour un designer, c’est limité, ça peut s’avérer ennuyeux. Relativement au vêtement, je ne considère pas du tout le «streetstyle» comme un vêtement «progressiste». Aujourd’hui je le verrais peut-être comme un style de vêtement «classique» et moi je suis personnellement beaucoup trop progressiste, excessif et bohême…

Peu de gens ici savent que tu as commencé au départ en bossant comme graphiste pour Delicious Vinyl : tu as la nostalgie de cette époque (The Pharcyde, Tone Loc etc.), au-delà de la simple nostalgie de tes vingt ans ? Par exemple, la nostalgie de cette époque où le «streetwear» n’existait même pas comme mot et encore moins comme une industrie ? Un peu, oui… Au moins, quand j’ai commencé Freshjive, c’était vraiment comme la conquête de l’Ouest. Il n’y avait pas beaucoup de concurrence, ni de manière établie de monter une entreprise et ce n’était pas encore rattaché sous une catégorie commerciale… www.freshjive.com www.gonzgonzgonz.com


CLICHÉS CALIFORNIENS, IMAGES DE L.A. DEPUIS PARIS. CLICHÉS : CRIPS ET BLOODS ET DOGTOWN ET SKATE ET ROCK ET VENICE BEACH. CLICHÉS FROIDS. FROID COMME UNE CLINIQUE ESTHÉTIQUE. LA CALIFORNIE, C’EST AUSSI LE CULTE DU CORPS. L’OBSCÉNITÉ DE L’IMAGE PURE ET REFAITE. CLICHÉS CONTRE CLICHÉS. Photo Wilee Style Zab Make-Up&Hair  Sebastien Poirier (myspace.com/sebastiencoiffeurstudio.book.fr) Assistant make-up&hair Fabrice Thanks to Yohan, François, Cyril, Gabriel, Poutch Franck, Alex, Enrique, Nicolas,Mickaël, Ron, David, Elisa & Julie (nos cantinières), Thomas d’Etoile Casting, Petit oiseau va sortir’s team, Processus’s team, HK’s team. Cover François Sagat Sunglasses Ray Ban


BLOODS&CRIPS Enrique : Shirt DICKIES, T-shirt CALVIN KLEIN, baggy shorts MARC ECKO, socks INTERSPORT, shoes TIMBERLAND, necklace UNO DE 50 Ron : Sweat 10DEEP at BKRW, shirt WESC, baggy ROCAWEAR, trainers JORDAN, necklace UNO DE 50, cap NEW ERA Alex : Starter UNDERCROWN at BKRW, hoody&bandana MECCA, T-shirt LRG, all in one DICKIES, trainers Y3


SURF & RIDE Mickaël : T-shirt ZOO YORK, board shorts NIKE, trainers VANS David : T-shirt ANDREA CREWS, shorts LACOSTE, socks INTERSPORT, rollers VINTAGE, sunglasses ELECTRIC Nicolas : windstopper NIKE SB, hoody STÜSSY at ROYAL CHEESE, T-shirt SUPREME at BKRW, shorts& trainers VANS, socks ADIDAS


PUNKNOTDEAD Nicolas : Shirt & tye FRED PERRY, jeans VANS, shoes SWEAR Mickaël : Shirt LRG, T-shirt LEMAIRE, jeans LACOSTE, trainers VANS Franck : Jacket Y3, shirt LIBERTO, windstopper NIKE, all in one STANLOWA, shoes SARTORE


PUMPIN-IRON Gabriel : T-shirt GABLE&WOLSH, shorts JORDAN, socks ADIDAS, trainers “STRUCTURE“ by NIKE Alex : sweat LACOSTE, jogging pants NIKE, trainers “STRUCTURE“ by NIKE François : jogging pants LACOSTE, trainers NEW BALANCE Ron : tracksuit ADIDAS, polo MARC ECKO, shorts Y3, trainers JORDAN


HÉTÉROS QUE NOUS SOMMES, NOUS N’EN OUVRONS PAS MOINS GRAND NOS YEUX ET NOS OREILLES. NOUS AVIONS NOTÉ, NOTAMMENT DANS LE MARAIS, L’ATTIRANCE HOMO POUR LE LOOK «STREETWEAR» ET D’AUTRES COMMENÇAIENT À PARLER DE «GAILLERAS». NOUS AVIONS REMARQUÉ LES TITRES DES AFFICHES WESH COUSIN, PORNOS GAY DONT LE 5È ÉPISODE A FAIT DÉCOUVRIR FRANÇOIS SAGAT. DE LÀ, POUR LUI, TOUT S’EST ACCÉLÉRÉ. DÉPART POUR S.F. SAN FRANCISCO, LA MECQUE DES BOÎTES DE PRODUCTION PORNO GAY ; SAN FRANCISCO, CAPITALE DE LA COMMUNAUTÉ BEARS, POILUS ET FANS DE MUSCU. ESTHÉTIQUE ULTRA MÂLE, HYPER MASCULINITÉ ÉRIGÉE EN DOGME. ET FRANÇOIS SAGAT A QUELQUE CHOSE DE LA STATUE GRECQUE, PLASTIQUE IRRÉPROCHABLE. MAIS UNE STATUE QUI PENSE PAR ELLE-MÊME, UNE PERSONNALITÉ QUI SE LASSE DE SON SEUL STATUT D’ICÔNE DU X POUR MECS. L’année où tu remportes les Gay Awards en février 2007… tu Et comment t’est venue la décides de quitter le milieu ! ? possibilité de tourner dans un porno ? En fait, cette décision, je l’ai prise en octobre dernier -j’ai fait mon dernier tournage en septembre. Parce que je pense que l’on m’a un peu trop vu et moi-même, je me vois trop. J’ai commencé ici en France il y a 2 ans et demi, puis aux Etats-Unis pendant 2 ans or là-bas, on m’a placardé un peu partout ; mes photos sont trop diffusées… J’ai un peu du mal avec tout ça, il y a eu un engouement, super fort et super rapide et, en tout cas dans ce contexte-là, je me lasse assez vite…

Comment cet engouement a commencé ici : avec Citébeur, non ? Ça a bien marché avec Citébeur à Paris, le bouche à oreille, les gens ont commencé à me remarquer, par rapport à une cover de DVD en fait…

En fait j’étais barman, au Red Bar, j’ai commencé à faire du strip tease, sous la douche (…) Ensuite, j’ai commencé à faire des photos et on m’a contacté sur un site gay. Le mec me demande si je veux faire des photos et du porno : j’avais déjà en tête de faire du porno mais je ne suis allé frapper à la porte de personne, je n’ai fait aucune démarche. Physiquement j’étais prêt ; psychologiquement, peut-être moins mais j’étais prêt à tourner. C’était un pote du mec de Citébeur…


ne connais d’ailleurs personne qui touche des royalties, à moins d’avoir une part, un pourcentage dans la production, en écrivant une partie du scénario tout en tournant dans le film… Mais c’est très compliqué. Moi je dépends du système français et donc là-bas, je n’ai pas de contrat de travail, ils peuvent faire ce qu’ils veulent. Au début je disais oui à tout parce que je voulais bosser, c’est très vicieux comme système pour un Européen…

T’as donc pas complètement Et là, dès tes débuts chez Raging Stallion, ce fut l’explosion fermé la porte aux tournages directe ? porno ? Ah ouais, super rapide… La 1ère fois je suis resté 3 mois aux E.-U., et quand j’y suis revenu, un film était déjà sorti, Arabesque, qui cartonne encore d’ailleurs -on m’a dit que des sex-shops à Paris continuent à faire du réassort sur ce film, et ça me fait chier parce que moi, je ne touche toujours rien…

On va dire que je me donne un an, je m’arrête un an et je vais voir ensuite si j’ai envie de continuer après. Mais si je ne continue pas, ce serait bien parce que je n’ai plus du tout envie d’en refaire en fait.

Et pour rester sur San Francisco, c’est de là qu’est partie la communauté Bears ? Et là, il t’offrent ton billet, aux frais de la princesse…

Ouais, à L.A. il y a aussi un gros pourcentage de cette communauté-là, cuir, un peu Bears, mecs mûrs, quarantenaires…

Le billet, le logement, tout…

Et les conditions étaient «à l’américaine», ou ça reste à peu près comme en France ?

Comment tu l’as appréhendé, ce tout premier tournage ? J’y ai pensé mais pas tant que ça, parce qu’on avait eu un petit meeting avant, on avait bu un verre avec le producteur et on avait parlé de ça. Il n’y avait pas d’équipe : juste le producteur à la caméra, mon partenaire et moi, dans un appartement. Le mec m’excitait en plus, c’était facile. La scène s’est très bien passée… Et les tournages se sont enchaînés. C’est bizarre pour quelqu’un de timide comme moi, j’aurais dû avoir une appréhension mais non, pas vraiment. Et après, je n’ai pas cogité, parce qu’il y avait un autre tournage à faire, t’as pas le temps, en plus je bossais dans le bar donc…

En tout cas les Wesh Cousin ont fait leur effet, même chez certains hétéros, grâce au punch du titre… Ah bon, tu trouves ? Je sais pas à ce niveau là… Je pense quand même qu’il doit y avoir 1% des hétéros qui me connaissent, une certaine presse tout ça, mais c’est vraiment faible (…) Donc oui, Citébeur, ensuite on m’a remarqué sur une couver de Gay Video : c’est un producteur américain, de Raging Stallion, qui m’avait vu sur cette couverture et on m’a contacté après, 6 mois après…

Bikers un peu ? Ouais.

Rien à voir, changement total : d’abord c’est une grande équipe -10, 12 personnes, 2 caméras- ils ont des moyens. Moi, bizarrement je n’étais pas très intimidé, j’aurais dû être terrifié mais je ne l’étais pas parce que ça allait trop vite, je n’ai pas eu le temps de réfléchir en fait. J’ai pas eu trop le temps de me préparer psychologiquement, malheureusement d’ailleurs parce que je me suis fait avoir sur plein de trucs, des contrats et des conneries…

Les Bears, c’est donc plus le côté Californie du Nord, les lumberjacks, les bûcherons tout ça ou plus la Californie du Sud, bikers casquette en cuir ?

Ils marchent à l’exclusivité ? Ouais, dans le milieu ils font des communiqués de presse en disant qu’untel est en exclusivité alors qu’il n’y a pas eu de contrat de signé. Pour eux, j’étais exclusif pour un an chez Raging Stallion, je l’ai respecté cette année-là. Après, j’ai signé avec Titan, ils ont été réglo, eux, ils m’ont fait signer un vrai contrat, c’est la 1ère boîte américaine qui n’a pas été très honnête, mais bon… J’avais 25 ans, j’étais un peu pas naïf, mais j’avais pas prévu que ça marcherait, j’ai dit oui à tout au début.

Et pour donner un ordre d’idées, tu pouvais faire combien de tournages par an, par exemple cette 1ère année ? Une bonne quinzaine de films cette année-là, donc 15 scènes, enfin… plus que ça, beaucoup plus même…

Parce que t’es payé à la scène ? Oui, et mon cachet a doublé quand je suis passé chez Titan, un peu plus que le double même, ce qui n’est toujours pas assez pour moi, parce qu’en fait, je ne touche aucune royaltie sur les ventes, rien, c’est dérisoire (…) Je

C’est un film culte, dans le genre… Ouais, mais Citébeur aussi a été un succès, Wesh Cousin 5 aussi, mon premier, d’après les échos que j’en ai de certains mecs des sex-shops…

San Francisco, c’est un peu le Hollywood gay ? Exactement, c’est là que toutes les grosses prod’ se font, même s’il y en a quelques unes à Los Angeles mais L.A., c’est un business hétéro. À San Francisco, t’as toutes les prod’, Titan, Falcon aussi qui est une des plus vieilles avec Colt depuis les années 70 / 80, mais qui marchent beaucoup moins bien en ce moment : leur cote a baissé parce qu’ils n’ont pas réussi à renouveler leur truc. C’est pas assez contemporain, les mecs sont toujours rasés, c’est has been. Il y a quelques mecs chez Falcon qui sont bien mais qui partent. Falcon, c’est un peu en perte de vitesse, mais j’aimerais quand même travailler pour eux un jour.

Ça peut se rejoindre mais les Bears, c’est moins cuir. Bears, c’est plus chemises à carreaux, jeans, il y a une légère nuance, t’as raison. Mais tu retrouves la même morphologie chez les mecs cuir ou chez les Bears, ce qui n’est pas du tout mon trip, dans ma vie à moi. J’ai fait des films cuir, un peu «butch» tu vois, mais c’est pas mon truc. Moi je suis assez classique, j’aime pas trop ce genre de mecs, je préfère les mecs plus jeunes, qui font un peu hétéro. Ce côté cuir-là c’est un peu ringard en fait, mais San Francisco aussi. Tu te sens un peu dans les années 70 / 80 là-bas, les mecs sont pas très sexy. Pas très intéressant.


Pour rester sur les Bears : il y a une sorte de droit d’entrée, la musculation, les poils, un look obligé ? Ouais, t’as des codes à 2 balles. Moi je suis musclé parce que c’est mon trip à moi, de faire de la muscu. Je suis poilu parce que c’est naturel mais je n’ai pas fait ça expressément pour rentrer dans ce moule. Même si j’y entre, je fais ça pour moi. Dans la vie de tous les jours, je m’habille pas en jeans moulants, bombers etc. parce que je n’aime pas ce truc. A San Francisco, c’est vrai que quand tu vas dans une salle de muscu, c’est «Gym Queen» j’ai envie de dire. Avec les petits shorts moulants, les guêtres, j’ai vu de ces trucs… Ils sont grands, immenses, énormes mais ils sont plus folles que jamais.

En me renseignant sur le sujet, j’ai cru comprendre qu’il y avait la old school Bears, celle qui a fondé ça dans les 80’s qui n’est pas du tout d’accord avec l’évolution de cette culture… T’as plusieurs catégories : t’as ceuxlà, qui se retirent un peu, qui sortent pas en club, qui sont discrets et qui mènent leurs vies tranquillement et t’as ceux qui leur ressemblent mais qui sont des folles tordues... J’ai rien contre les folles, j’aime bien, c’est génial, mais tu les croises partout avec le même look. C’est ce que j’ai remarqué en tout cas.

Ah ouais carrément et il rigole pas du tout… C’est fascinant… Mais c’est récent je crois, parce que les mœurs ont évolué ces 5 dernières années, même s’il y aura toujours un fossé entre homos et hétéros… Il y a de plus en plus de mecs qui disent qu’ils sont bi aussi. Moi, je suis à Paris depuis 10 ans, je remarque maintenant des regards dans la rue que je remarquais pas avant : les regards changent, même si chez des mecs un peu racailles, tu te prends des regards dans les yeux où tu sens bien que c’est un regard de haine. Socialement parlant, je ne connais pas tous les phénomènes mais je sais qu’à mon niveau, par exemple sur Myspace, j’ai des hétéros qui viennent me parler ; je les branche, ils disent qu’ils aiment les meufs, mais qu’ils sont curieux parce que je fais du cul et puis après la conversation prend, et ils commencent à avouer qu’ils aiment bien mon cul, alors qu’ils ont encore une copine… Mais bon, ça c’est pas nouveau, c’est même le cas depuis la nuit des temps. Ce qui est nouveau peut-être, c’est que les gens ont moins de mal à parler, parce que l’image de la folle, le cliché de la folle coiffeuse, même s’il existe toujours, s’écarte un peu. Je pense.

Et à Paris alors, c’est arrivé vers quand, le look Bears ? On va dire progressivement dans les années 90. J’ai commencé à sortir un peu en boîte ; vers 97 je commençais à voir des groupes de mecs musclés en train de danser torses nus, les gros poilus, avec les folles coiffeuses, les skateurs…

Et justement est-ce que l’expansion Bears, c’est toujours et encore l’adoption par les gays du look de ceux qui les haïssent, comme les skins auparavant… Ça, c’était très européen…

Et pareil aujourd’hui, avec l’adoption des codes cailleras… Le côté thug ? Ça, c’est plus la côte Est en fait…

Et à Paris ?, j’ai l’impression qu’il y en a plein encore, d’homos façon thugs… Carrément, d’ailleurs ce sont des mecs qui ne viennent pas du tout de banlieue, qui n’écoutent pas de hip hop ou très peu, beaucoup plus de

Peut-être aussi qu’avec notre cher Président, on va bientôt se prendre un retour à l’ordre moral… R’n’B comme moi, du «R’n’B soupe»… Mais ouais, t’as plein de mecs qui se promènent avec une partie du jogging remonté, la casquette comme ça, les chaînes bling bling, il y en a encore plein… Aux Bains, tu as encore une soirée hip hop pour eux, en haut. J’aime bien mais c’est un peu too much, ils adoptent les clichés mais à outrance ; on dirait des déguisements, ils n’ont pas l’attitude qui pourraient coller avec. Moi je suis tolérant, mais jamais je n’irai m’habiller comme ça, je m’habille assez simple.

Par exemple, toi tu portes des sneakers avec du casual dans ta vie de tous les jours ? Ouais, je n’ai aucune tenue de ville, j’ai pas le boulot qui va avec, ça m’intéresse pas de m’habiller comme ça… Mais le côté rappeur gay, ça existe… T’as une communauté gay chez les rappeurs, mais jamais ils diront qu’ils sont gay : eux, c’est les vrais, mais eux, ils se cachent. A New-York, il y a une émergence de quartiers hip hop gay, beaucoup même…

T’as entendu parler d’Earsnot, qui fait partie du crew Irak et qui revendique avec fierté son homosexualité ? Et il reste masculin ?

Peut-être…Avec les établissements gay qui fermeront tous, un peu comme en Italie par exemple : je suis allé à Rome récemment, faire un show en boîte, dans une boîte hétéro à la base qui fait des soirées gay friendly, ils doivent toujours avoir des filles, c’est compliqué là bas…


Tu fais combien de séances par jour ? Je vais dire 5 à 6 jours sur 7.

Avec des sessions de combien de temps ?

on commence à travailler là-dessus. On prépare un truc plus artistique, je prépare mes visuels, on va faire des projections vidéo en même temps, j’ai des images personnelles, toutes mes envies que je veux mettre en images, j’ai choisi ma musique moi-même. On va faire un show type de 15 minutes en fait, dans certains clubs (…) Il y a plein de trucs à faire, comme aller en province…

Une heure. Plus d’une heure, ça sert à rien, tu perds du poids…

Et donc un régime protéinique… Protéines, créatine, des gélules, des vitamines, j’essaie de boire beaucoup d’eau, en ce moment je fais beaucoup plus gaffe à ce que je mange, j’essaie de faire attention, je dors bien… Je ne bois pas, je ne fume pas, je ne me drogue plus (sourires) ou très, très peu…

Où tu peux aussi jouer de son statut limite d’icône internationale aussi, non ?

Et sur les tournages, ça tourne beaucoup d’ailleurs non ?

Ouais, alors ça, c’est toi qui le dis !

C’est une catastrophe… Les gens te donnent des trucs, te proposent n’importe quoi alors que tu ne demandes rien. En plus, le porno gay est très associé au clubbing gay, mais c’est une scène gay que je n’aime pas, toute cette catégorie de soirées club un peu Ibiza, tout ce clubbing de merde que je déteste, house techno, que je ne supporte pas, qui ne me donne pas du tout envie de danser.

Bah j’ai entendu ça, déjà (sourires)… Je ne sais pas trop parler de ça en fait, c’est tout frais. Une icône, 2 ans et demi après, c’est un peu… Je veux me construire plus, c’est pas très consistant encore, ce n’est que de l’image ; artistiquement parlant, c’est pas encore au point. Alors, une icône… Sexuelle oui, parce que c’était le contexte dans lequel j’ai commencé… Et oui certes, il y a des acteurs porno qui sont devenus des icônes mais 15, 20 ans après ; pour moi c’est un peu tôt. Là, on prépare un bouquin bio, même si je trouvais qu’une bio, c’était un peu prématuré, mais une bio fiction, avec des images, un DVD du show, avec du nu. Mais pas de rappels sur ce que j’ai fait avant pour Titan, aucune communication sur les prod’, parce que ça ne m’intéresse pas du tout, parce que ce n’est pas une esthétique qui me plaît.

Tout ce qui est méditerranéen je pense, c’est encore autre chose… Trop d’orgueil !

On est sous le soleil, on doit s’afficher en pleine lumière, c’est pas comme dans les pays protestants, où c’est beaucoup plus communautaire… Mais moi, je ne sais pas si je suis trop pour une communauté, j’aime pas trop faire partie de quelque chose.

Et en parlant de clubs gay, tu prépares une tournée il paraît ? Ouais, on prépare un show, on contacte plusieurs clubs en Europe, aux Etats-Unis, je pense qu’on a plus de chance pour que ça marche là-bas plus qu’ici d’ailleurs, parce qu’en Europe on va avoir plus de mal : on a déjà eu des clubs qui nous ont dit oui au début, mais en fait non, qu’ils préféraient que je sois avec un autre mec, qu’on baise ou que je montre ma queue… Moi je n’en vois plus l’intérêt, déjà j’aime pas, je l’ai fait plein de fois et j’aime pas. Montrer ma bite ou baiser sur scène, c’est pas un truc qui m’excite vraiment… C’est plus simple aux E.-U., là-bas on peut pas montrer sa queue, un bout de fesse et encore… Et moi je veux faire un truc plus érotique, un peu dans l’esprit Dita Von Teese, pas comme elle -je serais prétentieux parce qu’elle, elle est vraiment au point- mais

Contrairement aux clichés gay d’ailleurs… Bah ouais, je suis associé à ça parce que desfois on me voit dans des clubs où il y a cette musique-là mais j’y vais parce que j’ai des potes qui veulent que je vienne, j’y vais parce que j’ai rien d’autre à faire le week-end. Mais j’aime pas, je trouve pas que c’est de la bonne qualité… «Y’a Dj machin qui mixe !» mais moi, j’en ai rien à foutre, je sais même pas qui c’est et je veux pas savoir. J’écoute de tout, de la musique électronique, mais de la pop aussi, ou de la merde qui passe sur MTV… Marilyn Manson, Nine Inch Nails, tout ça…

T’as vu que Marilyn Manson a lâché Dita Von Teese pour une petite blonde…

D’ailleurs en parlant de nu, t’as participé à un documentaire récent…

Bien sûr, mais je n’achète plus Voici ou Closer, je vais sur Perez Hilton… Tous les jours, t’as des photos que tu retrouves ensuite sur Public ou Voici. J’y

Oui, par Olivier Nicklaus, sur Canal +, qui s’appelait La nudité toute nue. C’est un peu court, ça dure 2 secondes, on a fait une longue interview parce que j’ai beaucoup de choses à dire là-dessus mais il n’en a gardé que 30 secondes… C’était pas mal, je parlais de mon problème avec mon corps, de la dysmorphie -quand tu te vois pas trop dans le miroir- qui se retrouve dans l’anorexie par exemple. Moi c’est par rapport à mon corps déjà musclé…

Et t’en es où alors par rapport à la musculation ? J’en suis toujours au même stade, aux stéroïdes, je suis en cure d’ailleurs en ce moment, ce qui me donne des petits problèmes de peau par exemple, mais à part ça, j’ai envie de grossir toujours, parce que je ne me trouve pas assez gros…

Bernhard Willhelm Collection Spring Summer 2008


étais dedans un jour d’ailleurs, à cause d’une vague ressemblance avec Kelly Osbourne parce qu’elle avait une espèce de frange coupée comme ça et ils ont mis une photo d’elle et de moi à côté… C’était ridicule.

D’ailleurs, on est obligé de parler de ta fameuse coupe de cheveux, enfin la coupe de je lance une ligne de t-shirts (…) Après Berçot, j’ai fait ton tatouage… Ça fait plus de 3 ans maintenant, je commençais à perdre mes cheveux, 1ère raison. 2è raison et source d’inspiration : les Latinos et les Blacks des gangs, avec ces coupes en angle droit. Will Smith par exemple a ça, Usher aussi… J’ai voulu faire un effet d’optique, avec un dégradé mais c’est un peu foireux, c’était beaucoup plus foncé au début mais dans l’ensemble, il est bien quand même.

Tu l’as fait faire où ? En province, dans ma province, à Cognac.

Tu es monté de là-bas à Paris pour suivre des études de mode, n’est-ce pas ? Oui, à Berçot (…) À la base j’ai fait une école de mode parce que je dessine depuis que je suis gamin, j’ai toujours fait ça. On dit que je dessine bien, je continue d’ailleurs à faire des dessins pour un pote, j’ai fait 4 illustrations pour des t-shirts à lui et je vais en faire pour moi, parce que

plein de stages, j’ai été assistant dans la presse, dans le styling, sur des shootings photo, comme votre styliste à vous, c’était mon boulot… C’était galère, franchement je n’appréciais pas du tout le truc, mais je bossais avec des gens intéressants. J’ai bossé avec Mario Testino, je me suis retrouvé sur des shootings avec Karl Lagerfeld par exemple, mais comme assistant…

Un assistant parmi une armée d’assistants… Voilà, t’es là, t’es rien, t’es payé au lance pierres, t’apportes le café, t’apportes les fringues, t’es à dispo… Mais c’est bien de voir le fonctionnement du truc : j’ai même assisté Carine Roitfeld du Vogue, pas longtemps mais c’était une expérience, intéressante, mais je ne le referai pas. J’ai fait ça un an, dans le styling photo et avant j’avais fait plein de stages, bossé pour les défilés, chez Balenciaga, Jeremy Scott, à l’époque où il était à Paris, mais j’étais trop jeune à cette époque, 21 / 22 ans, je ne m’étais pas forgé de personnalité, j’étais timide, j’étais pas à la hauteur du truc…

Dernièrement, tu viens de faire un shooting pour le I-D, n° de janvier… Ouais, en Suisse, sur un glacier, à poil dans des chaussures…

Tu crois qu’on t’utilise pour ça, ton corps sculptural… En tout cas, c’était bien parce que c’était pas sérieux, il y avait aussi une machine à baiser en bois, avec une fausse bite en bois derrière, des machines de muscu en bois que le photographe avait construites lui-même, avec fausses barres tout ça…

C’était qui ? Lucas Weisman, un photographe suisse allemand, avec Bernhard Willhelm qui était sur le stylisme (pour le lookbook Spring / Summer 2008 duquel François a posé, ndr). Ils ont tout enflammé dans la nuit, c’était bien. Je trouve ça excitant à faire, plus que le reste, même si j’étais encore à poil (sourires)… On voyait des morceaux de bite mais pas trop…

Faut être fier de son corps… Tu commences à l’être ? Fier de mon corps ? Avec les problèmes de peau que j’ai, pas en ce moment… Tout à l’heure je me suis mis à poil devant ma sœur, qui ne m’avait jamais vraiment vu à poil…


IL ÉTAIT UNE FOIS UN RÊVE D’ADO D’AUJOURD’HUI ET BRANCHÉ : ODEURS DE CAMBOUIS DANS LA PRAIRIE ET SONS DE GUITARES VINTAGE DANS LE GARAGE DE PAPA RAFISTOLANT LA CHEVY DE PAPY. AVANT DE S’ENDORMIR DANS SON PLUMARD, IL S’ÉTAIT IMAGINÉ DANS UNE CADILLAC AVEC PINUP PULPEUSE ET LIPSTICK ROUGE SANG, PUIS L’EXCITATION GAGNANT, DANS UN VAN PLEIN DE SUICIDE GIRLS, TATOUÉES ET BRONZÉES AU SOLEIL DE CALIFORNIE… DANS SA VRAIE VIE, IL S’HABILLE EN JEANS CRADES ET EN CHEMISE WESTERN, VESTE DENIM AVEC OU SANS MANCHE, OU EN CUIR NOIR. EN SACHANT, OU PAS, QUE CE LOOK QUI TRANSPIRE TOUTE LA SUEUR D’UN MODE DE VIE VIENT D’UNE SEULE ET MÊME SOURCE, UNE SEULE ET MÊME ÉPOQUE : LE SALE SUD DES ETATS-UNIS. CELUI DES FIFTIES ET LA CULTURE ROCKAB’. RETOUR SUR CETTE CULTURE INDÉMODABLE, À L’ORIGINE DU WORKING WEAR SKATE PUNK WEST COAST ET DU LANGAGE INTERNE DE BIEN DES JEUNES CALIFORNIENS. ET CALIFORNIENNES. Speed Kings photos : Dirck Behlau éditions : Die Gestalten Verlag disponible au Lazy Dog 5 Passage Thiéré 75011 Paris


Début des années 1950 : dans le sud des Etats-Unis, des p’tits Blancs se mettent à fréquenter des bars noirs où se jouent du Rythm’n’Blues et à écouter les stations de radios relayant ce genre musical. À rebours des préjugés bien calés très profonds, ces blancs-becs se shootent aux morceaux des Clovers, d’Ike Turner ou encore d’Arthur Crudup -celui qui écrira de nombreux hits pour Elvis Presley. Signe avant-coureur de la fin de la ségrégation? Ces p’tits Blancs bien de chez eux commencent alors à faire eux aussi un genre de Rythm’n’Blues, mais sous haute influence country music, appelée alors Hillbilly. Hillbilly, surnom des Rednecks ruraux de l’époque, légendaires péquenots et prolo du Sud, white trash campagnards, à l’esprit finalement pas si obtus, en tout cas pour la jeune génération d’alors. Hillbilly + Rythm’N’Blues = Rock-A-Billy, genre musical hybride qui n’est pas le premier style de rock mais bien le premier utilisant le terme (le Rock’n’roll, c’est à l’usage du Nord des US) Le nom Hillbilly a surtout été utilisé au début pour continuer la ségrégation jusque dans les bacs à disques et séparer du Rythm’N’Blues, estampillée musique de Noirs, ce nouveau style musical fait par des Blancs et qui ne peut donc pas être achetée par d’autres… D’abord utilisé de façon péjorative, par les rockers du Nord, la notoriété grandissante du style a redoré le blason du terme. Des bars à Memphis commencent à lancer des soirées où n’importe quel Hillbilly peut venir jouer avec son groupe. C’est ainsi que Jerry Lee Lewis s’est fait connaître. Jerry Lee Lewis, pionnier de cette musique et de l’attitude qui va avec, déjà trash et déjà fou, fils du démon musical sorti des noces noires et blanches. Disciple de Satan aux yeux des culs terreux très bigots.

LES MINETS, ÇA PASSE MIEUX À LA TÉLÉ 1954, première scène d’un dénommé Elvis Presley, premier tube avec That’s All Right Mama, reprise d’Arthur Crudup, enregistré pour n’être qu’une simple chanson d’anniversaire. En fait, il explose les charts avec un simple déhanché. Même si ce minet gominé manque notoirement de crédibilité auprès des durs du mouvement, des « frappe-qu’uncoup », il sera l’étendard du genre durant les premières années. Une image propre, c’est toujours plus vendeur. 1955, deuxième film de James Dean, Rebel Without A Cause : un jeune de bonne famille de 17 balais se rebelle contre ses parents et la vie en général, crise d’ado sur fond de course de voitures. Le style rebelle cool, dilettante et nihiliste, clope au bec et col relevé, est lancé. Il est celui qui se bastonne avec des greasers et s’échappe la nuit avec sa meuf… Ce film synthétise l’enjeu des fifties : l’apparition de la teen génération, l’adolescence - état hybride jusque-là inconnu- se cale entre les deux statuts traditionnels : la vieille opposition adulte / enfant se transforme en confrontation ado / parents.

Comme tous les gamins issus de milieux modestes, les Rockabillies aiment se saper. Comme d’habitude, l’ostentation est en corrélation inverse à sa classe sociale : tartine le peu que tu as et fais briller tes chaussures à 10 dollars. Si on devait décrire un Rockab’ du milieu des années 1950, ce serait un gamin de 17 ans en chemise de cow-boy dans un ton pastel, pantalon à pinces serré aux chevilles et les cheveux bien coiffés, le peigne toujours à portée de main, des pompes blanches immaculées, des basiques 2 tons ou finalement, à la Carl Perkins, en suédine bleue. Rien n’est laissé au hasard, tout doit être impeccable. La fille du même âge est en chemisier surplombé d’un foulard noué autour du cou, jupe taille haute s’arrêtant sous les genoux, escarpins ou ballerines, et cette coupe de cheveux mi-longue, tirés d’un côté et ondulants de l’autre, si particulière aux années 50. Pour l’instant, ni l’un ni l’autre ne tranchent encore avec le style commun de l’époque. Règle éternelle : d’abord adopter les règles du temps, en les décalant, puis s’en affranchir.

RETOURNE TA VESTE ET MONTE DANS LA CAISSE Le style rockab’ devient alors schizophrène avec l’arrivée du working wear, influencé par le pote motard, son blouson de cuir et ses bottines. Elvis apparaît dans Loving you (1957) en jeans sales et veste usée. La réussite atteinte, plus besoin de jouer au wannabe : retour aux sources, avec le blue-collar style. Volte-face vestimentaire, du bling-bling à la toile crade, de

‘‘LES FILLES LE VEULENT SUR LA BANQUETTE ARRIÈRE ET LES MECS LUI RESSEMBLER’’ Toutes les anciennes oppositions : entre couleurs de peaux, entre villes et campagnes, entre classes sociales, sont sensées être rejetées derrière l’unique barrière de l’âge. Origines de la culture pop, qui va germer et prospérer. Au pays de Hollywood, on y chante le début de la mixité et du vrai melting-pot cainri. Voilà comment en l’espace d’une demi décennie, grâce à une proximité sociale n’existant que dans les Etats du Sud, un passé de bouseux et 2 stars adulées par une nouvelle génération, toutes les bases d’un mouvement qui dépassera largement ces frontières originelles, furent posées. « La partie Rock du mot, venue du Rythm’N’Blues avait été prise en autostop par le Billy des Hillbillies ». Elvis Presley passe en quelques années du statut d’inconnu issu d’un Etat de Rednecks au statut de superstar, idole des teens -les filles le veulent sur la banquette arrière et les mecs lui ressembler. Il n’est ni un précurseur ni même un innovateur mais sa surmédiatisation a fait de lui une référence.


Without A Cause. La Belle et le Rebelle, tandem indéboulonnable de l’adolescence, apologie du gang «à la blouson noir» faisant peur aux parents et envahissant l’imaginaire des meufs à la recherche de frisson. Bastons à coup de chaîne de vélo et de manivelles en plein cœur des métropoles occidentales, des USA au Japon en passant par la Suède et la France. On se bastonne avec sa bande et pour ne jamais l’oublier, on se tatoue. De la pin-up à la cerise, du cœur à la voiture, on se fait tatouer pour se rappeler à qui et à quoi l’on est lié. Personne, à part les parias, marginaux, gangsters, hobos et autres Polynésiens, ne se fait tatouer à l’époque. L’imagerie marine et voyou s’impose dans la culture mainstream américaine avant d’envahir le monde. «Contre quoi, contre qui tu te rebelles, Johnny ?» mais il s’en tape de la réponse. Rebelle sans raison, fureur de vivre.

PUNKABILLIES

‘‘LES ROCKAB’ AFFIRMENT LEUR CÔTÉ WHITE TRASH’’ la scène à la rue. Le vrai style rockab’ est enfin né, le style propre était encore bien trop près du style country. Désormais, la rupture est claire : les Rockab’ affirment leur côté white trash, enfants d’ouvriers, les mains dans le cambouis essuyées sur le jean. Le style des filles ne varie presque pas mais celui des mecs s’ancre nettement dans le culte de la toile usée, portée en futal, veste et chemise toujours ouverte généralement sur un t-shirt blanc. Les chaussures sont moins cérémonielles, bottines de motards et baskets en toile s’imposent. La veste de costume est remplacée par une veste courte et cintrée en cuir, jean ou toile à la Baracuta. Si le jeune Rockab’ est influencé par les conducteurs de 2 roues, il préfère un tout autre moyen de locomotion : pas de Triumph à la Brando mais une bonne Cadillac. Première génération d’ados propriétaires de caisse, indépendance au volant, courses et début du kustom. Cours de mécanique suivis à la high school de la ville, directement appliqués sur la caisse achetée pour une poignée de dolls. Le temps des Hot Rods est arrivé : la caisse est bichonnée, mise en compétition et donc à rude épreuve, moyen pour se mettre en valeur et aspirateur à minettes. Début de la réelle société de conso’, merci au Fordisme. Et pas seulement pour le système de travail. Petit à petit, le concept de rébellion (synonyme : crise d’ado) devient la pierre angulaire de ce mode de vie : sacralisation de la culture du bad boy et de la cool girl parfaitement incarnés par James Dean et Natalie Wood dans Rebel

Le Rock-A-Billy ne durera que quelques années, les stars s’en vont ou se noient dans l’alcool et les amphét’, Jerry Lee Lewis se marie à sa cousine de 13 balais, Elvis se barre «soutenir» sa patrie au Viêt-Nam, Carl Perkins sombre et se fait lobotomiser par Franz Douskey, un pote un peu vicieux. Le mouvement est mis entre parenthèses, le temps de deux décennies... Les Rockab’ disparaissent presque complètement, les E.-U. se «hippisant» ou se «re-westernisant», tout comme l’Europe. Mais les années 80 sonnent le retour du mouvement, les enfants nés dans les fifties sont devenus grands et nostalgiques de ce qu’ils n’ont pas vraiment pu vivre. On se jette sur les vieux vinyles d’époque, on se met à chercher de vielles voitures américaines et on se peigne avec de la brillantine. C’est l’arrivée des Stray Cats, quittant New-York pour Londres où le revival est beaucoup plus important, ou plus nostalgique, comparé à ce qui se passe dans leur propre pays. Les Européens -principalement les Anglais et les Scandinaves, fatigués de la new wave, de ses couleurs


tape-à-l’oeil et de ses synthés- se re-plongent dans le courant rockab’ beaucoup plus brut et pur à leurs yeux. Mais, enfants de leurs temps, leur musique se met à flirter avec le punk et tout le côté clinquant parvenu disparaît au profit d’une odeur européenne de motard greaser adepte du cuir. Pourtant au début du revival, en 1976, au moment où justement le punk naît, des ex-Teddy boys se remettent au style Elvis Presley 1956, l’année où il s’habillait tout en doré. Les Londoniens sortent alors des pantalons à pinces roses et autres vêtements flashys. En une poignée d’années donc, le renversement s’est encore fait : du «on se fringue à mort» à «on se fringue dégueu», éternel mouvement de balancier rockab’. À l’inverse, autant le style masculin est changeant et historicisé, autant le style féminin est constant : d’une part, le style androgyne, jeans et veste en cuir et d’autre part, le

‘‘AUCUN STYLE N’A JAMAIS CONNU AUTANT DE REVIVALS’’

‘‘LES PAROLES SE SONT CONCENTRÉES SUR LA VIOLENCE ET LA DESTRUCTION’’ style pin-up, jupe et talons aiguilles. Des pin-ups qui font d’ailleurs leur grand retour dans les années 1980 et 1990, avec des filles comme Fifi Chachnil ou Pauline Lafont en France. L’Angleterre verra aussi naître un mouvement étrange et sanguinolent, le psychobilly, où la banane est monumentale, les tattoos grandiloquents, le rock est devenu punk, les paroles se sont concentrées sur la violence et la destruction et le grand kif est de se déguiser en zombie… Ok, vu la dégaine des mecs, le style n’a jamais vraiment fonctionné en dehors d’une micro-scène qui a tout de même fait des émules en Allemagne, en Espagne, en Italie et surtout au Japon. Outre-atlantique, le revival est bien différent, si on peut d’ailleurs parler de revival. Si les mecs du Sud sont retournés vers le style western et leurs santiags, ou en tout cas, ont abandonné le style blue collar, les Californiens eux ont conservé l’idéologie working wear depuis le début et rapidement le style se mélange aux influences locales que sont le skate et plus tard le punk, pour donner ce style si particulier de la West Coast : Dickies, chemise en plaid et baskets plates (Vans avant Converse, ce dernier étant un import du style East Coast).

La Californie a fait exactement ce qu’on fait les Hillbillies avec le Ryhtm’N’Blues : l’adaptation à la culture locale. Suicidal Tendencies est d’ailleurs l’exemple parfait du Rockab’ à la sauce SoCal : enfants du rock, fils de la rue, habillés en working wear, manches de t-shirt roulés. Skate punk. Et là où le style rockabilly pur et dur a échoué, ce style-là, qu’on pourrait qualifier de Punkabilly -la musique des néo-rockab’ étant proche du punk elle aussi- ou même de Calibilly, ce truc sans nom officiel a réussi à durer là où il est né, à Venice, et même à se démocratiser auprès des non Rockeurs et bien au-delà de la Californie. Ce n’est pas pour rien que la culture Hot Rods est californienne et que le sud de l’Etat regorge de tatoueurs. Cerise sur la peau, euh non, sur le gâteau : le style touche bien plus qu’une simple communauté blanche de nostalgiques. Toute la classe blue collar californienne, qu’elle soit blanche, noire ou hispanique, qu’elle écoute du punk ou plus tard du G-funk a adopté certains voire même tous les codes du genre. Encore mieux : Le Rockabilly s’étant scindé en deux mouvements dans les années 1980, les puristes nostalgiques sont restés dans leur purisme chiant, purin du c’était mieux avant alors que les «Punkabillies», fusionnant passé et présent, codes et musiques, ont été beaucoup, beaucoup plus influents.

La culture rockab’ est une espèce de toile d’araignée géante ou de mygale serial killeuse qui collectionne ses victimes. Aucun style n’a jamais connu autant de revivals simultanés à des endroits différents sous des formes différentes ; du rock au punk, des années 50 aux années 80. Aujourd’hui, après quelques années de retour au sein des puristes européens et la continuité du Punkabilly SoCal, les codes reviennent : Amy Winehouse, ses tattoos et sa coupe de cheveux ; The Hundreds, Penfield et tous les autres avec leurs chemises en plaid ; les participants de plus en plus nombreux aux rassemblements Hot Rods dont est fan Robert Williams, artiste et fondateur de Juxtapoz ; Stüssy et sa veste avec Baracuta ; Mr. Cartoon dieu du tattoo et des collab’ ; Dita Von Teese et les SuicideGirls, pin-ups tatouées re-stas du web... Etc. Etc. La culture White Trash a fait des émules, les Hillbillies se sont urbanisés, la guitare sèche est devenue électrique mais les voitures, les tattoos et les valeurs n’ont pas changé. Suicidal Tendencies : enfants d’Elvis.


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1-Mimo 2-Michel 3-Fred 4-Amandine & Jimmy 5-Mimo 6-Dontcha 7-Jeff 8-Artus

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8 julien.lachausseetr@wanadoo.fr www.julienlachaussee.com www.myspace.com/julienlachaussee


FIGHT THE POWER Mama clothing a sorti sa nouvelle collection et plus que d’autres encore, c’est revival 60’s à fond. Punchlines directement inspirées Beatles époque Sgt Pepper -all you need is love, euh non, drugs- ou Gil Scot Heron -the revolution will not be televised- lookbook reférencé Black Panthers, etc. La totale. On ne va pas ironiser sur la reprise d’une esthétique issue d’une contre-culture aux fondations expressément anticapitalistes… Trop facile, trop simplet. On préfère pointer cette reprise récurrente de l’esthétique Black Panther Party chez les marques dites street -Triiad l’avait déjà fait il y a des années. Le BPP, c’est le ghetto, l’autodéfense armée etc. : le mythe pur et parfait.

COCAÏNE AQUARIUM Au risque de se répéter, heureusement qu’Arte existe. Parfois elle nous fait rigoler, si, si, et pas que nous faire chier parfois aussi, comme le pensent 95 % des gens qui ne la regardent jamais. Parfois pitié aussi, surtout ces émissions de débats avec le fatigant Daniel Leconte, exemplaire de la pensée néo Charlie Hebdo… Bref. Un soir sur Arte, soirée Thema sur les branchés : Get hype… Ouhlala, hummm, miam, miel pour les abeilles qui piquent, gourmandise pour bouches de pute, rot de haters. Vu que cette Thema était dédiée à feu Bizot, que la coproduction des reportages était signée Novaprod, on sort les références, on appelle Greil Marcus… On divise le propos analytique de Une histoire de branchés en 5 figures mythologiques («mythologie», pirouette obligée du journaliste cultivé empressé de citer Barthes) : le bad boy, le bohème, le dandy, le performer et le VIP. Sauf qu’il est un peu compliqué, mais c’est le propre des figures transversales certes, de regrouper sous la même bannière Brummel et Marilyn Manson autant comparer un squale avec un mérou. Ou Devendra Banhart avec la Beat Generation... Nous, on a remarqué l’absence dans la catégorie bad boy, d’un bad boy hip hop. Ok, Pharrell avant ou Kanye maintenant, sont tout sauf des mauvais garçons et Lil’ Wayne par exemple, est trop tout. Trop pop, trop bling bling, trop pas rock’n’roll subversif -parce que le rock, c’est rebelle, par définition. Mythologie as-tu dit ? Euh mais oh ! Doherty, il est punk lui, il se came et fume le caillou, ça, c’est ultra subversif, c’est un pote de Slimane à la base en plus, alors hein ! Le rap n’est donc plus hype. Joey Starr lui, il représentait ce hip hop français que ceux qui ne le connaissaient pas prenaient pour l’ambassadeur de la prochaine révolte des banlieues, il était cool. Quand Booba atteint d’encore plus hauts niveaux de diffusion 10 ans plus tard, jusqu’à faire fredonner ses fredaines par les minettes du 7è, la tendance a tourné : Booba est sulfureux mais pas du soufre de la revendication. Bling bling comme le reste du monde, il ne serait pas porteur d’une vague qui va déferler plus tard : elle a déjà déferlé. Parce que le propre du hip est là : forme avant-garde de ce qui va se passer chez les jeunes d’abord puis dans toute la société quelques temps plus tard. Hip (puis le substantif Hipsters, forme opportuniste du hip) vient d’ailleurs de la contraction de hippie, dont les 1ères communautés étaient furieusement antisociales dans la société US d’alors. Hype n’est pas l’équivalent de hip. Hype sent la tendance bankable, le potentiel marketing rapide. C’est le hip qui conditionne la hype, le hip est la matrice du hype, la contestation avant la consécration. Si le revival rock, est encore hype 7, 8 ans après son retour, on se demande bien d’où ça vient… Regardez donc un peu par là, vers cette bulle qui gonfle depuis les bureaux de tendance pour exploser sur les podiums, les mags ou les écrans, décidant que le Folk était la tendance de l’année… On disait néo hippie l’an dernier mais il y a eu le Dylan depuis : allons-y pour Folk.

‘‘UNE POUDRE BLANCHE QUI LAVE PLUS BLANC ET QUI FAIT TOURNER EN ROND’’ Mais il est où le hip aujourd’hui -présent empêtré dans tous les revivals ? Voilà ce que ce docu a manqué : la hype est devenue une notion postmoderne, la modernité fonctionnant sur une ligne droite, comme les marxistes attendant le Grand Soir. Une nouvelle tendance moderne était une révolution musicale, sociale, économique et politique. La techno versant free parties a été la dernière tentation moderne, illusion anachronique, vomie par les hispters déjà forcément post-modernes. Depuis, on a vu repasser les 80’s sous toutes les coutures, et les 50’s et les 60’s et les 70’s. Sans parler du début du recyclage 90’s. Aujourd’hui, la post-modernité fonctionne en boucle, comme un sampler. En cycles, comme une machine à laver. Avec une poudre blanche qui lave plus blanc et qui fait tourner en rond.

On attend toujours que des originaux reprennent un jour l’imagerie des Weathermen mais on risque d’attendre longtemps, parce que beaucoup moins pop, beaucoup moins cool. La Weather Underground Organization, exactement en cette même époque, était constituée de jeunes Blancs très classes moyennes, campus américains, idéologie Mao etc. Sauf qu’eux sont allés jusqu’à la lutte armée, qu’on n’appelait pas encore terrorisme : bombes, attentats, Action Directe dès 68 pour résumer vite. De l’autodéfense des Black Panthers, ils sont passés à l’offensive. Sûrement la raison pour laquelle les Weathermen ne sont jamais passé dans l’imagerie populaire. Trop vener. Pas assez romantiques, pas assez du bon côté : celui des victimes.

‘‘PAS ASSEZ ROMANTIQUES, PAS ASSEZ DU BON CÔTÉ : CELUI DES VICTIMES’’

GHETTO FABULOUS ‘‘UNE FOIS QUE LE PAPA A APPELÉ LE FISTON POUR JOUER DANS LA COUR DES GRANDS, RAWKUS A COMMENCÉ À DISPARAÎTRE’’

Il a fallu les Fêtes de Noël pour se retrouver, chose rare, avec un Le Monde entre les mains pour se souvenir des grands jours du hip hop autoproclamé indé, et son label phare : Rawkus. Rawkus dans Le Monde ? Indirectement oui, en lisant la fabuleuse saga de la famille Murdoch. Si vous dîtes : hein, quoi ?, c’est que vous ne saviez pas que le vrai boss de Rawkus n’était autre que le fils cadet de Rupert Murdoch, le patron du plus grand groupe mondial de média -on va pas tous les citer, mal aux mains par anticipation, citons juste the Sun et BSkyB, Fox News et Myspace et même le Dow Jones… Et que c’est donc James, l’ancien supposé rebelle de la famille qui risque bien d’être désigné comme l’héritier de Rupert, le Citizen Kane de la droite dure -et parrain de Tony Blair. Il y a dix ans, on ne s’était même pas posé la question de savoir comment un label de cette taille au départ avait pu signer à peu près toute la nouvelle génération new yorkaise -il nous avait fallu rencontrer Kevin Martin (Bism R.I.P.) pour comprendre… Une fois que le papa a appelé le fiston pour jouer dans la cour des grands, Rawkus a commencé à disparaître. Vieille histoire et vielle idée fixe maison : si le ghetto ne faisait pas fantasmer les enfants des lotissements ou des hôtels particuliers, en tant que consommateurs ou acteurs du mouvement (cf. déjà Chuck D ou EMPD) le hip hop aurait disparu depuis longtemps… Et ça continue encore et encore, ici aussi et pas avec n’importe qui : le fils Sarko lui-même. Ça commence à vraiment se savoir (quand Libé a sorti l’info, ils se sont cru en mode scoop : ça faisait juste des mois que l’info tournait). Mais ça ne nous empêchera pas de toujours imaginer avec le sourire le premier rappeur qui posera officiellement sa voix au micro Sarko. Si c’est un Français, celui-ci aura tout compris des circuits du buzz aujourd’hui. Grillé mais connu, il le sera, sûr et certain.


Histori-cali 20 ans de rap West-Coast


de ses anciens partenaires de NWA à la société américaine. Pur produit de South-Central et bouc émissaire préféré des WASP en 1990, Ice Cube est passé en moins d’une décennie producteur, réalisateur et scénariste de comédies familiales hollywoodiennes. Du ghetto aux studios, Ice Cube est une incarnation du rêve californien…

The D.O.C.

No One Can Do It Better Premier album du rappeur du Texas qui a permis à Dr Dre et Eazy E de rapper. En retour, Dre lui donnera pour No One Can Do It Better des prod’ qui sublimeront sa technique et ses rimes. Sauf que pour the D.O.C., le rêve tourna court : peu de temps après la sortie de No One Can Do It Better, un accident de voiture lui tranche les cordes vocales ; sa carrière de rappeur, guillotinée… Il continuera toutefois à écrire les meilleurs lyrics de Dre et produire tube sur tube pour Eazy E, en échange d’une chaîne en or par morceau... Littéral talent gâché, jamais the D.O.C. ne goûtera aux joies des sunlights. S’il n’y avait pourtant qu’un seul album de Gangsta-rap à conserver, ce serait celui-là.

Above the Law Uncle Sam’s Curse

Révélés par Dre, qui a produit leur premier opus, les Above The Law s’allieront avec Eazy E, lors de la guerre qui l’opposa à Dre, Snoop et tout le clan Death Row. Bref, cet album confirme après Black Mafia Life les talents de Cold 187um et de KMG. Démontrant que le G-Funk peut être aussi mélodieux que profond. Gangsta Madness... Malheureusement, Uncle Sam’s Curse signe aussi le sommet du groupe, et le début de sa chute.

Ice Cube

Death Certificate Le deuxième album du négro-quetu-aimes-haïr est plus vindicatif et revanchard que le Amerikkka’s Most Wanted. Death Certificate étant l’occasion pour Ice Cube de solder ses comptes avec pas mal de monde,

E-Swift, Tash et J-Ro sont le lien entre old school et new school : ce premier album, où l’ombre de King Tee plane jusqu’aux notes de l’album, est la quintessence du rap cali pas gangsta. Hyper funky, ultra cool. Les Alkaholiks sont aussi la base du Likwit Crew, rampe de lancement notamment pour Madlib (ou Declaime), qui apparaissent déjà sur le second album de ces alcooliques pas anonymes : Coast II Coast (sans parler de Xzibit ou Defari). Mais ils ne sont pas non plus célèbres : ils ont pondu des classiques (remember Likwidation aussi) mais des classiques pour happy few. Même en changeant de nom en Tha Liks pour leur album X.O. Experience (avec plusieurs fusées dont une par les Neptunes), rien n’y fera.

Tha Alkaholiks 21 & Over

Les Alkaholiks, c’est comme le curaçao dans un Californian Sunset : l’ingrédient qui fait tout le liant.

The Pharcyde

Bizarre Ride II The Pharcyde Même génération que les Liks, en ligne directe depuis South Central, les Pharcyde ont représenté aux yeux du grand public l’alternative au rap hardcore. Précédé par le succès du single Ya Mama -grâce aussi au remix pas acid jazz du morceau par les Brand New Heavies- Bizarre Ride II The Pharcyde est une vraie madeleine pour toute une génération née au hip hop dans les 90’s. Rigolo jazzy up tempo (avant que Fatlip ne tombe dans la coco puis le crack). Un vrai classique, pour le coup.

Freestyle Fellowship Innercity Griots

Comparés au Freestyle Fellowship (FF), les Pharcyde, c’est la deuxième division. Le FF vient de toute cette scène de homies du ghetto tournant sur l’estrade du Good Life café. Haut lieu de compétition de freestyle, dont les champions ont formé ce groupe fatalement ignoré. Trop complexe peut-être, trop pas formaté, trop free, oui. Self Jupiter, P.E.A.C.E., Mikah 9 et Aceyalone, ces deux derniers en particulier, ont pourtant plusieurs albums solo au compteur, également ignorés, sauf de la niche naissante des hip hop nerds. Leur crew, le Project Blowed, regroupant tous les affiliés dont les Massmen, fut à l’origine de la compil’ Beneath the Surface, monument underground. Quand ce mot signifiait quelque chose.

Hell’s Kitchen Compilation orchestrée par l’inventeur de la «cocainorapmusic», Andre Nickatina, le proxo mélancolique de Filmore. Contient l’hymne Ayo for Ayo, au refrain imparable -en duo avec l’incroyable San Quinn- mais surtout un morceau avec Saafir, justement nommé Hell’s kitchen, d’une violence rarement égalée dans le rap.

Annonciateur du retour en force de la côte ouest, cet album imposa Turf Talk comme une nouvelle référence de la Bay. Un style unique, des textes parfaits, des productions complètement débiles. Culte et classique.

Stupid doo doo dumb «Con comme de la merde» en vf, meilleur album de Mac Dre, enregistré à sa sortie de prison… Du rap bête et méchant (One love... to NOBODY), sur un fond de G-funk des plus gras.

Da Bidness

L’une des caractéristiques du Hyphy est sa géométrie variable. Avec des groupes qui n’existent que le temps d’un album ou d’une mixtape. La raison qui fait de Da Bidness un must-have plus que les autres est son casting de légende. Ainsi que les couplets de Keak Da Sneak.

Turf Talk

The street novelist

Mac Dre

P.S.D, Keak da Sneak et Messy Marv

Haji Springer Hello Buddy

Ce type est l’incarnation du «Go Dumb» de Mac Dre. Un Pakitou qui chante en turban avec un accent de vendeurs de roses périmées. Qui te dit n’importe quoi, un putain d’Indien qui ne sait même pas rapper correctement. Magique. C’est pour des trucs comme ça que le Hyphy existe et qu’on l’écoute.


J’ADORE, J’ADORE ÊTRE PROF QUAND JE SUIS DEVANT UNE TELLE CLASSE D’IGNARES. JE SAIS OUI, VOUS ÊTES LOBOTOMISÉS, C’EST PAS DE VOTRE FAUTE… VOUS, C’EST PIMP MY RIDE, MOI, C’EST LE DAHLIA NOIR. VOUS AVEZ JAMAIS LU ELLROY, JE SUIS SÛR, BANDE D’INCULTES ; MÊME PAS SON ADAPTATION PAR DE PALMA ? OK, VOUS AVEZ BIEN FAIT, C’EST UN NAVET… LE DAHLIA NOIR, C’EST L’HISTOIRE D’UN FLIC DU LAPD, LA POLICE DE LOS ANGELES, QUI ENQUÊTE SUR LE MEURTRE D’UNE FEMME, LA DÉNOMMÉE POST MORTEM DAHLIA NOIR. SA 1ÈRE ENQUÊTE SORDIDE SUR LES TRACES D’UN PSYCHOPATHE INTROUVABLE. À S’EN VOULOIR D’ÊTRE MONTÉ EN GRADE. SIMPLE FLIC, IL S’ÉTAIT RETROUVÉ AU MILIEU DES POGROMS ANTI CHICANOS QUI ONT EU LIEU EN PLEIN L.A., EN 1943. Dix jours de chasse au Chicano, éjaculation de la violence après une masturbation médiatique longue durée, suite à l’affaire dite du Sleepy Lagoon. Après le meurtre du jeune Jose Diaz en 1942, la police rafle des centaines de ces jeunes membres des dits «gangs ethniques» latinos, dont le signe extérieur d’appartenance est un look bien particulier, le même que celui des zazous à Paris. Sans preuves, 23 jeunes Mexicains Américains sont accusés, au faciès, l’habit faisant le moine… De toute façon, comme dit si bien l’expert convoqué au procès : les Latinos sont génétiquement prédisposés à la violence et au crime… racines aztèques et goût du sang, c’est bien connu. 12 sont condamnés et 8 incarcérés à San Quentin. Orson Welles qui les croisera dans cette prison fédérale prendra fait et cause pour eux (la cour d’appel les en libérera en 1944 : 2 ans au frais gratos…) Tout ce procès va donner des pages et des pages de journaux et des heures et des heures de radio qui façonnent l’opinion publique : le crime à L.A. vient des immigré envahisseurs. Avec les bidasses qui stationnent en masse et les locaux qui cherchent la castagne, une baston interraciale de trop et c’est la libération de la haine. Le 3 juin 1943 la chasse est ouverte, fermée le 13.


LA CITÉ DES ANGES T’étais basané, tu portais un pantalon remonté haut avec des bretelles, une veste de laine longue jusqu’aux genoux, la tête sous un chapeau plumé et la chaîne de montre de côté ; si tu avais ce look, mon gars, c’est que t’étais un Pachuco, avec l’uniforme zoot suit, et c’était pas bon pour ta race. Tu veux montrer ta fierté de ton sang et t’exhiber comme un dandy du ghetto, plutôt que de filer droit et te comporter comme ton père qui ferme sa gueule pour se lever le matin et racler son dollar quotidien? On va te montrer qu’ici, t’es au pays de la liberté, la liberté de lyncher les bougnoules. Faut pas déconner, nous les jeunes Blancs qui nous battons contre les bridés kamikazes qui nous salopent nos cuirassés, on va pas laisser draguer nos meufs par de pauvres métèques qui parlent espingouin… Ou un genre d’argot qu’on comprend pas, le Calo. Et en plus, sale zoot, tu veux te la jouer en essayant de ressembler aux Nègres qui se la racontent avec leur musique de la jungle qu’on appelle jazz et que ces connards de libéraux, tous des homos ceux-là, appellent la musique de l’émancipation. Tu veux ressembler à Cab Calloway ? Toi ?!! Vas-y, descends de ta caisse qu’on a encerclée avec mes potes de chambrée, descends je te dis, on va te le faire manger ton chapeau, ton costard, on va le cramer… Quand t’es un Pachuco, impossible de compter sur les Noirs : quand t’es dans la mouise, la solidarité, tu sais même pas ce que ça veut dire, ça, c’est bon pour ceux qui vivent pas chez nous… En plus, certains Noirs se sont fait dérouillés pareil en même temps que nous hier soir, ils vont croire que c’est à cause de nous, les Chicanos. Ici à East L.A., c’est le combat pour la vie, Darwin on m’a dit à l’école, j’y suis pas resté longtemps tu me diras, m’a fallu vite aider mon padre à remplir le frigo qu’on savait même pas que ça existait déjà chez les rupins. Nous, c’était haricots, haricots et… haricots. Et du riz aussi. Pas besoin de glaçons. Moi, quand j’étais petit, mes idoles c’étaient les grands. Ceux qui ont lancé la Pachucada, avec leurs costumes trop délire et leur classe aussi flambante que les voitures d’occas’ qu’ils ont commencé à repeindre avec les couleurs qu’on aime. Et commencer à trafiquer pour faire baisser le train de la bagnole. Plus bas. Low. Plus près de la terre, cette terre qui est la nôtre à la base… Maintenant, je suis comme les grands d’avant, je suis un prolo pourri mais au moins, j’ai mes 2 costumes et ma vieille Chevy sur laquelle j’ai installé des suspensions hydrauliques et des ressorts sur les jantes. C’est ma fierté, c’est ma «bomba». C’est marrant, on m’a pris en photo l’aut’ jour : moi avec mon zoot suit devant ma caisse toute basse, ça fait une croix… Madre mia, j’avais jamais fait attention à ça. Hijos de puta… Je viens de lire le journal -bah oui, je sais lire l’anglais, qu’est-ce tu crois toi ?- les gratte papiers sont en train d’excuser ce que nous font les bidasses en ce moment : des frères ont été torturés et pendus à poil à des lampadaires, des sœurs se sont faites violer et c’est de notre faute !

que c’est à double tranchant, d’ouvrir un magasin quand c’est ta passion… D’un côté, il faut garder en tête ce côté purement commercial comme un magasin de téléphonie qui fait sa marge. De l’autre, forcément, on craque pour des produits, on en garde pour soi, on rend service à des clients qui veulent ci, qui veulent ça, on regarde pas toujours en premier lieu la rentabilité. À la base, j’étais dans ma cave, c’était super artisanal. Maintenant, ça se construit, mon but étant d’arriver à en vivre.

Le cœur du sujet, c’était les vélos au départ, non ? Pas forcément… Je mets toujours en avant le fait que le lowriding est une culture et pas uniquement ce qu’on peut voir dans les clips. Avec ce peu qu’on en voit, les gens ne savent pas que c’est une culture à part entière. Que effectivement, il y a le côté vélos, ou les voitures qui sautent, mais il y a de l’art, du modèle réduit aussi, pas mal de choses intéressantes et tout l’aspect historique.

HIGH RISING OF LOWRIDING Ce qu’il s’est passé à Los Angles pendant ce mois de juin 43 a été le point culminant d’une dizaine d’années d’affirmation chicano. La première mais pas la dernière - 2008 va être une autre grande première : le vote latino n’aura jamais été autant chouchouté par tous les prétendants à la Maison Blanche, les hispanophones représentant aujourd’hui presque 15% de la population totale et c’est eux qui vont faire basculer la majorité. Dès les années 30, on compte les immigrés mexicains par centaines de milliers, parqués dans les quartiers les plus pauvres de East L.A. Les enfants des premiers immigrés mexicains cherchent alors les moyens de s’affirmer. Apparemment, selon les critères du bon gros Wasp, ils ne sont pas intégrés mais réalité, ils sont déjà profondément plongés dans la culture populaire américaine. Comme les Noirs des mêmes genres de rue, ces jeunes Mexicains Américains adulent les jazzmen, s’habillent comme eux et vont même les écouter dans des clubs hors de leurs quartiers (les barrios) -sous l’œil mauvais des autorités. Pour en sortir, il faut une voiture. La voiture, carte de citoyenneté américaine. Mais la voiture, ça coûte cher, alors on retape les caisses de seconde main avec les moyens du bord. Débuts de la culture lowrider. Les voitures -Chevrolet en particulier, modèle Impala surtout mais aussi Fleetline, Monte Carlo ou les Cadillac, dont la Fletwood- puis plus tard, les vélos. Et nous, dans nos contrées de blancs-becs français, quand on regardait les clips chez le seul pote qui avait le câble à la maison, le même qui nous enregistrait les Yo ! MTV Rap sur VHS, il y avait un truc mystérieux dans le défilé d’images de cet Ouest presque aussi sauvage et étranger pour nous que les westerns : c’étaient ces fameuses caisses dans les clips. Les mecs du G-rap, ils faisaient sauter leurs bagnoles comme s’ils étaient sur un taureau de rodéo, à faire passer la Citroën GS de papy pour un cheval de labour fatigué. Ils nous semblaient trop cool aussi ces Chicanos à tête rasée avec un bandana à la Géronimo, un marcel ou t-shirt blanc sur torse tatoué, les Dickies et les Converse pour compléter ; trop top quand on les apercevait pédaler avec nonchalance leurs vélos bizarroïdes…

Parlons-en… En général on essaie de me faire faire le lien entre le tuning et le lowriding en France, mais ça n’a rien à voir. La culture lowrider reste liée à la voiture mais il n’y a pas que ça : le lowriding a une histoire… Les gens le savent un peu, que ça vient des Chicanos, des immigrés mexicains. Par contre ils ne savent pas que les débuts datent des années 30, 40…

Belleville Lowrider 23, rue de Toul 75012

BELLEVILLE LOWRIDER Certains ont poursuivi cette mythologie pour voir leurs rêves en vrai. c’est le cas de laurent, patron de Belleville Lowrider. Sa passion du lowriding s’est transformée en mission, en sacerdoce, en devoir : importer tous les pans de cette culture typiquement chicano sous le ciel de paris. Entretien.

Tu as ouvert le magasin quand ? Le magasin, la boutique physique on va dire, ça fait un peu plus d’un an maintenant, et Belleville Lowrider, ça a commencé en 2003. C’était d’abord un site web, j’ai créé ça suite à ma passion qui est devenue un métier (…) C’est vrai

C’est en rapport avec les débuts du système de suspension hydraulique ? À peu près, à la base c’est qu’ils voulaient rabaisser leurs voitures pour une question esthétique, pour se démarquer des autres. Ce qu’ils faisaient, c’était de mettre des sacs de ciment ou de sable dans le coffre et ça rabaissait la voiture. Après, un gars qui bossait dans un aéroport, en regardant les trains d’atterrissage -ça monte, ça descend- s’est dit qu’il pouvait essayer de monter ça sur sa voiture… C’est venu de là et ensuite, ça a évolué.


Les CMP ? Voilà oui, et puis après un peu de djing et puis je suis tombé dans le Low. Je suis allé aux States, j’ai vu comment c’était là-bas. J’étais déjà un fan de voitures, j’aimais ça - quand je suis revenu, je voulais m’acheter une voiture américaine- mais surtout j’ai compris en allant là-bas que la culture lowriding était une vraie culture.

T’es resté à L.A. ? Non, on a fait tout un parcours de San Diego à San Francisco, ça nous a permis de voir pas mal de choses, c’était une 1ère approche mais on a vu comment c’était là-bas. On s’est fait notre opinion, loin des images (télé). Ça a démarré comme ça. Après, j’ai commencé à me documenter, même si à l’époque, il n’y avait pas forcément Internet, c’était un peu difficile. Dès que j’ai pu d’ailleurs, j’ai pris une connexion web, ce qui m’a ouvert beaucoup de portes…

Et toi, tu t’occupes du custom de voitures ? Je m’en occupe, mais je ne fais pas tout moi-même, je suis pas mécano à la base, je connais parce que c’est mon truc mais j’ai des contacts pour faire faire, pour gérer des projets partiels ou complets. Par exemple quelqu’un qui veut se faire un vélo custom ou une caisse, faut savoir que c’est faisable. J’ai beaucoup de clients qui viennent et qui me disent qu’ils ne savaient même pas que ça existait ici, que c’était possible. Ils cherchaient ça depuis longtemps, ça prouve que je n’ai pas fait toutes ces démarches pour rien non plus.

Toi pour le coup, t’es génération hip hop ? C’est donc bien antérieur à la génération rap… C’est assimilé au rap parce que, vu que c’est une culture de rue, les nouvelles générations se la sont appropriées, mais c’est clair que les anciens écoutent certainement de la soul, du jazz mais pas de rap (…) Pour un lowrider, le plaisir, avant tout, c’est de façonner son propre véhicule à son image, de customiser en conservant les codes qu’il peut y avoir. Comme dans toute culture et communauté. Après ça peut aller jusqu’à l’œuvre d’art, parce que prendre une voiture qui passe inaperçue pour l’embellir jusque, à la limite, faire venir les voitures sur plateau pour un show parce qu’elles sont comme des œuvres, chromées, dorées ou gravées etc. de a à z... Ils peuvent aller très, très loin.

Carrément. Comme beaucoup, je regardais Sidney à la télé, je dansais le break, j’étais tout petit avec mon KWay ; après, on écoutait Dee Nasty à la radio etc. Voilà, et puis on voyait NTM qui pointait le bout de son nez, et tous les autres (…) Je suis passé dans le graffiti, à Belleville toujours, dans un posse assez connu…

Pour toute cette génération, il y a eu un avant et un après Internet… C’est flagrant. J’avais fait un petit site perso, pour expliquer ce qu’était le lowriding, et j’avais pas mal de mails, de gens qui voulaient des renseignements, qui cherchaient ci ou ça et au fur et à mesure, ça a fait son chemin dans ma tête… J’ai créé un forum (lolow.com), à la base on était 2, 3 à discuter mais maintenant, on a à peu près 200 inscrits. On les voit bien, les jeunes : ils voient les clips, les gangstas dans les films… Nous, on est audessus de tout ça. On a eu du mal à apprendre, à savoir, maintenant on essaie de les orienter, d’expliquer.

ne sont pas là avec leurs bandanas bleus ou rouges dans le contest… Ils sont là justement dans l’esprit positif de dire que le lowriding, ça sert à fédérer et à faire un concours qui est sain à la base. Un peu comme dans le hip hop : c’est une battle de voitures, avec soit les sauts, soit la plus belle voiture, ou le plus beau vélo, c’est un truc intéressant.

Je suppose qu’ici, vous essayez de faire un peu la même chose, non ? On essaie de structurer un peu le truc…On a mis en place un concours de vélos cette année justement, on espère que ça va bien évoluer. Il n’y en a pas assez encore. Je sais qu’il y a une réunion de bikes custom, des vélos chopper par exemple, mais pas du lowrider, on est très peu. Certains se sont faits faire un vélo mais ils vont le laisser chez eux, ils ne se sont pas plus intéressés que ça par la culture. Ils kiffent la west side donc ils s’achètent un lowrider mais après la démarche de celui qui a son vélo, qui continue de le customiser, qui se bouge pour ça, il n’y en a pas tant que ça.

Eux, ils assimilent lowriding et gangstas ?

Celui qu’on a pris en photo, pas le tricycle mais l’autre : Bien sûr oui, et même dans tous les c’est quoi ?

reportages, on le voit comme ça. Par exemple ici quand on m’appelle pour faire des reportages à la télé, ça tourne autour de ça. C’est systématique mais de toute façon, c’est vrai que c’est lié : c’est une culture de rue latino. J’ai vu comment c’était là bas : ils font des rassemblements de voitures alors oui, il y a des mecs tatoués, oui, il y a des mecs qui sont plus ou moins dans les gangs -dans leur famille, il y a forcément des mecs ou dans un gang ou dans le rap. Mais ils

C’est un lowrider bike façonné d’après mon idée : j’ai voulu un vélo assez épuré mais qui flashe un peu donc tout doré, avec selle blanche, poignée blanche et flancs blancs simples sans écriture.

Le lowrider bike normal : c’est juste un ressort ? Un ressort qui amortit et une fourche qui est coudée, ce qui rabaisse le vélo ; après, on a d’autres techniques pour abaisser encore plus…


Tu peux faire encore plus bas que ça ? Là, c’est un peu difficile, surtout au niveau de la selle, c’est au maximum en bas mais c’est ça qui fait le look du lowrider : être très bas.

Et il y a plusieurs types ? Oui, celui-là reste un cruiser donc on peut rouler avec. Après il y a la catégorie show bike, on ne peut pas rouler avec en théorie, parce que des barres ont été coupées, c’est pas renforcé de la même manière… Les mecs ont mis des heures et des heures à poser une peinture, à refaire la fourche, les soudures etc., c’est un vélo de présentation en vue d’un concours ou pour simplement montrer ce qu’on sait faire.

Et le système des freins, c’est du retropédalage ? Rétropédalage, comme un vélo classique.

Au niveau confort, c’est mieux qu’un vélo classique ? Comment tu expliquerais la plus grosse différence ? La plus grosse différence, c’est l’équilibre parce qu’étant donné qu’on est bas, faut savoir trouver son équilibre quand on pédale, faut prendre un peu son élan au début parce que c’est un rétropédalage donc faut pas aller en arrière et puis… au niveau de la fourche, vu qu’elle est coudée, ça tourne pas de la même manière en fait. C’est sympa, pour quelqu’un de curieux, c’est sympa à essayer.

Quand tu prends la côte de Belleville en descente, c’est chaud, non ? Il faut bien appuyer sur les pédales, c’est sûr mais c’est comme tout, c’est une habitude. Sur un trike, au niveau de l’équilibre on est tranquille, on peut pédaler, on est au ras du sol et on se fait plaisir…

T’en connais d’autres de mecs qui ont des trikes ici ?

Il faut compter combien, pour avoir un bike relativement basique, avec un minimum de custom ?

C’est rare, il y en a qui en ont mais plus dans une optique type show bikes. On doit être 3, 4 à ma connaissance mais je ne connais pas tout le monde. En sachant qu’un trike, c’est sur la base d’un vélo 2 roues avec une extension qui permet d’avoir un 3 roues. C’est évolutif. On peut partir d’une base très basique donc et évoluer en fonction de ses goûts, de son budget, de ses humeurs.

Avec des jantes, pas mal de rayons, quelques torsades, on va dire aux alentours des 500€.

Non. Ça reste de l’import, quelque chose d’unique entre guillemets parce qu’on est en France. Après il faut s’approprier l’objet, le personnaliser à sa sauce… Ensuite c’est sans limite, j’en connais qui en ont acheté un, puis reponcé le cadre, qui ont fait de la peinture ou simplement refait la selle. C’est fonction de chacun, certains vont pas aimer le doré, d’autres, aimer la torsade et d’autres pas du tout… C’est bien, c’est ce qui fait évoluer le truc.

Niveau mécanique, c’est toi qui les fais, ces vélos ?

À ton avis, au niveau des voitures, tu penses qu’il y a combien de gens qui ont une Low ?

Je les monte, quand c’est un cruiser. Je les monte, je les change, je fais quelques modif’, il y a plein de pièces qui existent. On n’a pas trop de limite : si quelqu’un veut son cadre bouché avec son nom dessus fait à l’aérographe, c’est faisable facilement. C’est pas moi par contre qui ferai la partie artistique parce que c’est pas mon métier : chacun le sien.

Il y a plusieurs catégories : ceux qui sont en train de faire leur voiture, et quand je dis en train, c’est qu’une voiture n’est quasiment jamais finie, surtout en France : les pièces sont plus chères, pour faire du chrome par exemple… On n’est pas comme les Ricains qui eux, ont une voiture de show et tout le club bosse sur cette voiture, chaque personne a son domaine. On n’en est pas encore là ici… Je dirais qu’il doit y avoir une dizaine de voitures en France. Après, certaines ont juste les jantes, d’autres sont équipées… Par exemple sur Paris il doit y avoir 4 voitures équipées. Ça grossit petit à petit. Enfin, ça grossit et dégrossit en même temps : j’en ai vu qui avaient acheté la voiture et le système et finalement, quelques mois après, ils la revendaient parce qu’ils s’étaient peut-être emballés, questions de budget, de motivation, entre autres…

Tu fais la soudure et tout ? Non, mais je peux faire gérer le truc.

Ce qui n’est pas non plus complètement ouf…

Pour avoir le système lowrider, il faut avoir les suspensions sur les 4 roues ? En fait, ce sont des vérins : selon ce qu’on veut faire, il y a plusieurs types de système. Ça se passe avec des pompes hydrauliques, on part sur 1, 2, 3 ou 4 pompes… Avec 2 pompes on peut commencer déjà à avoir un truc assez sympa… Ces pompes se mettent dans le coffre et les vérins sont à la place des amortisseurs : il n’y a plus d’amortisseurs en fait. C’est pour ça que quand on les voit sauter sur leurs sièges, c’est à cause des vérins. T’as plus d’amortissement, donc on met des ressorts pour faire un peu sauter la voiture.

Je suppose que là-bas les mecs essaient de taper des records de saut en hauteur ? Oui, par exemple. Mais ils vont loin : ils modifient carrément le châssis pour aller encore plus haut, ils retournent les voitures, c’est du spectacle.

Et jusqu’à combien ils montent : 1, 50 m ? Je dirais même 2 mètres et je ne parle pas des 4 roues, même s’ils le font aussi. C’est vrai que 4 roues à 1m du sol, c’est impressionnant, visuellement et techniquement.

Et sur la fourniture des pièces, comment tu t’organises ? C’est de l’import, tout ce que je fais, c’est de l’import.

Pas de distributeur européen ? Non et de toute façon, ça reste très limité au niveau des ventes : on en revient à notre point de départ. Le lowrider, c’est mon truc, ma passion, donc forcément je fais tout ce qu’il faut pour me procurer ce dont on a besoin. Je propose toute la culture lowrider.

www.bellevillelowrider.com


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