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LINDA CROFT

FAUX ESPIONS ET ESCROCS AUX RENSEIGNEMENTS TOME 1

PREVIEW DU LIVRE

Découvrez l’histoire de Robert Eringer, l’un des nombreux faux espions abordés dans ce récit. IW Investigativer Wolf


Linda Croft Spécialiste de la Russie, Linda Croft est diplômée en criminologie et relations internationales. Consultante en sécurité et défense, elle s’est intéressée au fonctionnement et au retournement des agents de renseignement durant la guerre froide. Dans cet ouvrage, Linda Croft se passionne pour un phénomène moins connu, celui des faux espions ou des escrocs aux renseignements. Faux espions et escrocs aux renseignements décrit de façon inédite et originale ces personnalités les plus célèbres. L’auteur aborde avec, dérision et humour, la pathologie de ces hommes. Une plongée au cœur d’un monde obscur où Machiavel règne en maître...


Sommaire Préface ........................................................................................ 7 Introduction ................................................................................. 9 Chapitre I Imad Lahoud ............................................................................. 12 Chapitre II Robert Eringer............................................................................ 20 Chapitre III Adolf Tolkatchev ........................................................................ 26 Chapitre IV Xavier Dupont de Ligonnès ....................................................... 28 Chapitre V Dominique Gevrey ..................................................................... 32 Chapitre VI Claude Covassi ......................................................................... 36 Chapitre VII Hicham Bouchti ......................................................................... 40 Chapitre VIII Bruno Ighill ................................................................................ 48 Chapitre IX Jean-Philippe Guérini ................................................................ 52 Chapitre X Kevin Halligen ........................................................................... 56 Conclusion ................................................................................ 61 Bibliographie ............................................................................. 63


Préface

« Une chance que personne ne puisse connaître nos pensées les plus secrètes. Nous apparaîtrions tels que nous sommes, à savoir des imbéciles manipulateurs et prétentieux. » Le Poète

« Il n’est pas de meilleur moyen de mentir que d’en rajouter sur la vérité. » Michaël Connely

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Introduction Si l’espionnage est vieux comme le monde, les deux premières guerres mondiales et la guerre froide ont vu fleurir les plus grandes et les plus folles histoires d’agents secrets. Qui ignore la vie romanesque de la sublime Mata-Hari, fusillée en France en 1917 pour intelligence avec l’ennemi ; Celle des époux Rosenberg, exécutés sur la chaise électrique en 1953, pour avoir fourni aux Russes des informations sur la bombe atomique américaine ; Ou encore, celle de Sidney Reilly, espion anglais, capturé et exécuté par Staline en 1925 ? Et les exemples sont nombreux, à l’instar de Donald Maclean, Georges Blake ou Oleg Penkovsky pour ne citer qu’eux. Ces espions sont devenus des mythes, ils ont inspiré les écrivains, les cinéastes. La vie du gentleman anglais, Sidney Reilly, aurait, diton, influencé Ian Flemming lorsqu’il créa le personnage de James Bond. Tous ces personnages ont aussi imprégné l’imaginaire collectif et restent fascinants même si, le plus souvent, leurs destins furent voués à un sort funeste. Bien loin de toutes ces icônes, faux espions et escrocs aux renseignements qui ont inspiré cet ouvrage font bien pâle figure et leurs histoires sont plus pathétiques que cinématographiques. Ils n’entreront pas dans la légende et intéresseront plus les psychiatres que les historiens. Alors pourquoi leur dédier un livre ? Le parcours de ces dix personnages était intéressant à étudier. Quels étaient leurs mobiles les plus intimes ? Jusqu’où étaientils prêts à aller pour assouvir leur soif d’admiration et de reconnaissance ? En effet, dans l’imaginaire collectif, l’espion est un personnage tout puissant. Cette image est, bien entendu, sublimée, irréelle, les agents secrets sont des êtres humains avec leurs failles et leurs faiblesses. Les services de renseignement, n’ayant aucun intérêt à brûler leurs icônes, contribuent à entretenir savamment la légende. 9


Ce cliché de puissance absolue explique, sans nul doute, la fascination qu’exerce ce métier sur des êtres psychologiquement fragiles. Pour redorer leur narcissisme défaillant, ces hommes, souvent en échec dans leur vie personnelle et professionnelle, s’autoproclament, alors, agent secret, persuadés qu’ils sont d’être entrés dans la légende ! Tous les moyens sont bons pour atteindre leurs objectifs. Ils s’affranchissent sans aucun problème des limites légales et des principes moraux. Une seule règle semble prévaloir, ne pas être pris en flagrant délit d’imposture, ne pas être démasqué. Ils s’enferment dans leurs mensonges, s’autorisent toutes les bassesses, les calomnies et parfois même une certaine cruauté. Mais, malgré tous les moyens qu’ils mettent en œuvre, ils finissent toujours par être rattrapés par la justice. Confrontés aux preuves flagrantes de leurs supercheries, ils continuent à nier. Le plus souvent, ils se justifient, devant leurs juges, en évoquant des complots ou des malentendus... Si ces faux espions ou ces escrocs aux renseignements partagent de nombreuses caractéristiques, il ne s’agit pas ici de dresser un portrait type, ni de verser dans la psychologie de bazar. Tous ont des parcours différents, des profils dissemblables. Certains sont hauts en couleurs, truculents, d’autres sont fades et pathétiques. Rien ne permet, en effet, de rapprocher Xavier Dupont de Ligonnès, qui mentait à son entourage en se faisant passer pour un espion et Robert Eringer, qui se vante d’avoir été un agent secret, mais qui a aussi été un escroc aux renseignements. S’il faut, naturellement, prendre en compte l’aspect psychologique de ces personnages, la dimension vénale n’est pas à minorer. L’argent est aussi un moteur, comme le prouve Kevin Halligen. En se faisant passer pour un espion, cet homme a réussi à extorquer 330 000 euros aux parents de Maddie, l’enfant disparue au Portugal en 2007 ! Non contents d’être d’incroyables manipulateurs, les faux agents secrets sont également d’excellents arnaqueurs. Bienvenue dans un monde où Machiavel règne en maître... 10


FAUX ESPIONS & ESCROCS AUX RENSEIGNEMENTS **** LINDA CROFT

IW EDITIONS INVESTIGATIVER WOLF

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Nom :

Eringer

Prénom :

Robert

Age :

58 ans

Mission :

Faux espion à Monaco

Particularite :

Parle et écrit beaucoup pour un agent secret...

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Robert Eringer, l’espion qui venait de nulle part Début octobre 2012, Robert Eringer a été condamné par la 17ème Chambre du Tribunal Correctionnel de Paris pour diffamation et injure publique envers le Prince Albert II de Monaco. Ce n’est pas la première fois qu’un tribunal français le poursuit pour diffamation. En février et mai 2012, le Tribunal de Grande Instance de Paris lui avait déjà infligé des amendes. Cette fois, la sentence est encore plus lourde : 17 000 euros d’amendes et 45 000 euros de dommages et intérêts en faveur des plaignants. Car le Prince n’était pas seul à poursuivre Robert Eringer devant les tribunaux, son avocat Thierry Lacoste, ainsi que quatre autres personnes, dont le chef de la police monégasque et le chef de l’administration du palais, l’avaient également assigné en justice. Mais si les plaignants peuvent se réjouir d’avoir gagné une bataille, ils n’ont pas gagné la guerre. Plus fort que Dieu Car de ces condamnations, Robert Eringer n’en a cure. Il sait que les jugements rendus en France ne sont pas applicables aux États-Unis. Il connaît parfaitement les lois et sait les retourner à son avantage. Sur son blog, il commente ainsi ce jugement : « Ce qui s’est passé en France est du pur théâtre pour brouiller les pistes de la vérité. » Une nouvelle fois, il se débrouille pour tirer parti de sa condamnation et se poser en victime, en martyr de la liberté d’expression. Une nouvelle fois, il endosse le costume de l’homme persécuté alors même qu’il ne cesse de poursuivre ces personnes de sa vindicte ! Et le bourreau devient la victime... Une psychiatre, Marie-Jeanne Dubois, a analysé la personnalité de Robert Eringer. Selon elle, il serait à classer dans la catégorie des pervers narcissique. Tout laisse à penser que cette psychiatre a posé le bon diagnostic. Le propre des pervers narcissiques consiste en effet à se prendre pour Dieu, un dieu au-dessus des 21


lois, hors la loi, une façon de montrer qu’ils sont les plus forts et qu’ils contrôlent la situation. Débonnaire et cruel Le cas de Robert Eringer est certainement le plus intéressant parmi ces dix personnages. Il est tout et son contraire. Haut en couleurs et sombre à la fois, sous un côté débonnaire et bon vivant, il cache une certaine forme de cruauté qui se révèle dans ses écrits. Jeune retraité de 58 ans, il vit à Santa- Barbara en Californie. Rentier, son père fut un peintre talentueux et reconnu qui lui a laissé un héritage conséquent, il n’a donc aujourd’hui d’autres passe-temps que de remplir les colonnes d’un blog. Chaque jour, il livre aux internautes sa dernière cuvée. Entre séries B d’espionnage, vindicte contre les puissants avec une prédilection marquée pour le Prince Albert et le président Vladimir Poutine. Populiste, il attaque également les banques ou le groupe Bilderberg pour se donner une image de Robin des bois. Il se façonne ainsi un personnage qui oscille entre : « je suis le meilleur espion du monde » et celle du sauveur de la planète. Toutefois, malgré un style plus trash qu’académique, on décèle chez lui, le conformisme bon teint de l’Amérique blanche et puritaine, avec son lot de misogynie et une hostilité, non feinte, envers les homosexuels. Une vie de mensonges Robert Eringer n’a pas toujours coulé des jours paisibles dans la bonne ville de Santa-Barbara, réputée pour la douceur de son climat et le nombre de riches retraités qui ont choisi ce havre de paix pour y finir leurs jours. Né le 5 octobre 1954, à Los Angeles, le blogueur affirme sur son CV avoir été tour à tour, journaliste en Angleterre, romancier aux États-Unis, espion en Russie et dirigeant des services secrets de Monaco. Que croire ? L’adage : « Il n’est pas de meilleur moyen de mentir que d’en rajouter sur la vérité » semble lui convenir parfaitement. Toujours selon lui, il aurait travaillé entre 1977 et 1990 comme journaliste pour des tabloïds anglais parmi lesquels The Sunday 22


Mirror et le News of the World de Rupert Murdoch. Il aurait également été correspondant pour plusieurs journaux Nordaméricains. Ces allégations sont impossibles à vérifier, aucun article portant la signature de Robert Eringer ne se trouve sur le Net, hormis bien sûr, ceux publiés sur son blog. Un agent pas secret... Après cette carrière de journaliste free-lance dont il ne reste aucune trace, il affirme avoir effectué des missions pour le FBI entre 1990 et 2002. Il est normal que le plus grand mystère plane sur ces douze années passées au sein des services de renseignements américains. Un espion se tait. Pourtant, Robert Eringer est un agent secret qui parle beaucoup ! Ainsi, il se vante d’avoir œuvré avec Clair George, un ancien directeur adjoint des opérations de la CIA. L’une de ses missions aurait consisté à gagner la confiance d’Edward Lee Howard, ancien agent de la CIA recruté par les Soviétiques en 1985. Dans The Spy who got Away (MW Brooks 1988), ouvrage de référence sur l’affaire Edward Lee Howard, son nom n’est mentionné nulle part. Dans un livre intitulé Ruse, Robert Eringer affirme aussi avoir prêté main forte, en 2001, au FBI lors d’une autre opération. Cette mission consistait à exfiltrer du territoire français, Samuel Einhorn poursuivi pour un assassinat commis aux États-Unis 23 ans plus tôt. Cette propension à parler de son travail au sein des centrales de renseignements américaines est fort curieuse. Un espion d’opérette Mais sa plus grande fierté, ses plus hauts faits d’armes, Robert Eringer les a obtenus à Monaco. Robert Eringer a été recruté par le Prince Albert II de Monaco en 2002. Selon le blogueur, il devait mener des missions de renseignement sur les nouvelles fortunes s’installant sur le Rocher et sur l’entourage royal soupçonné d’alimenter la presse people en ragots. Selon une autre version, Albert, séduit par le bagout de cet homme l’aurait embauché comme simple conseiller. En 2005, Robert Eringer, 23


un rien mythomane, s’auto-proclame chef des services de renseignements monégasques. Seul et unique employé de cette structure, il se crée une carte d’agent secret portant le numéro 001 en vague référence au célèbre agent secret créé par Ian Fleming ! Cette fantaisie finit par jeter le doute sur le sérieux du personnage. En 2007, le Prince Albert II de Monaco met fin à la plaisanterie et se sépare de cet employé aussi fantasque qu’incontrôlable. La blessure Robert Eringer ne se remettra jamais de ce licenciement. Blessé, atteint au plus profond de son orgueil, il n’aura de cesse de se venger. Dans un premier temps, considérant son licenciement comme abusif, il essaye de faire condamner la Principauté de Monaco pour obtenir de conséquentes indemnités. Débouté, il crée son blog et déploie une volonté désespérée pour humilier et salir l’objet de son ressentiment. Pour le blogueur de SantaBarbara, Albert II devient une véritable obsession, il tente de lancer une campagne de presse contre Monaco. Il aurait alimenté les journalistes en fausses nouvelles sur son compte Twitter et serait à l’origine des rumeurs, reprises par la presse people, concernant des tensions entre le Prince et Charlène Wittstock à la veille de leur mariage. En novembre 2009, sous le titre « l’espion qui menace Albert », Paris Match révèle qu’un « ancien détective qui a travaillé pour le FBI » a été recruté par le Prince en juin 2002 pour créer une cellule de renseignements baptisée Monaco Intelligence Service. Dans une longue interview, l’intéressé explique qu’il devait mener une opération « mains propres pour mettre un terme à la corruption qui ronge le Rocher mais que l’entourage du prince l’a empêché d’aller au bout de ses investigations ». Au fil de ses réponses, Robert Eringer dresse un portrait très flatteur de lui-même. Concomitamment, il essaie de soutirer de l’argent au Prince en menaçant de faire des révélations sur sa vie privée. En vain. Les journalistes commencent à s’apercevoir de la supercherie. Robert Eringer est « un mythomane » écrit le Nouvel Observateur dans 24


son numéro du 19 novembre 2009. En enquêtant sur l’affaire, François Cavioglioli lève l’arnaque. « Le Prince avait cru trouver un maître espion digne de John le Carré et il est tombé sur le James Bond du pauvre». Le Canard Enchainé est encore plus sévère : « Robert Eringer n’était qu’un Pied Nickelé, obsédé par les écoutes téléphoniques et les plans tordus », révèle le journal satirique dans son édition 6 juillet 2011. Fin de carrière pour le romancier qui s’auto-publie, le journaliste sans papier, l’espion qui venait de nulle part. Il ne reste plus à ce héros multicartes, qu’un ridicule blog pour tenter de redorer son blason, se donner le beau rôle, faire porter aux autres tous ses échecs retentissants et vomir sa haine sur la toile.... Liens http://fr.m.wikipedia.org/wiki/Robert_Eringer http://www.parismatch.com/Royal-Blog/Monaco/Actu/monaco-Robert-Eringer-Albert-IIespionnage-FBI-MIS-142437/ http://www.bakchich.info/france/2009/12/20/sas-et-lespion-qui-belait-56812 http://www.purefans.com/fanzone/prince-albert-de-monaco_f4846/blogpost/robert-eringerancien-agent-du-prince-albert-mele-a-une-affaire-de-trafic-de-documents-aux-etats-unis_ i453697 http://www.blottr.fr/europe/a-la-une/le-vrai-robert-eringer-d-masqu http://digg.com/newsbar/topnews/le_vrai_robert_eringer_d_masqu http://www.allvoices.com/contributed-news/11846400-russias-intelligence-confirms-roberteringer-is-a-fraud-and-a-criminal

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Conclusion Les Faux Espions montrent que ces hommes se départent de tout scrupule et ne reculent devant aucune ignominie. Ils n’hésitent pas à escroquer un petit commerçant, tourmenter des parents affligés par la perte de leur enfant, manipuler voire éliminer leur propre famille. Ces faux espions posent de surcroit un véritable problème politique en attisant la haine entre les peuples, en diffamant un Etat et ses ressortissants, en tentant de neutraliser des régimes ou humilier des chefs d’Etat démocratiquement élus. Les faux espions ou pourrait-on dire les fous espions nécessitent que ce problème soit véritablement traité avec le concours du personnel soignant et l’application de mesures juridiques et politiques adaptées.

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Bibliographie Les 10 plus grands mafieux , Robert Mc Coy Les espions : réalités et fantasmes, Constantin Melnik, Ellipses, 2008 The world was going our way: the K.G.B. and the battle for the third war, Vasili Mitrokhin et Andrew Christopher Les 10 plus grands dossiers du FBI, Robert Mc Coy, Broché, 2011

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FAUX ESPIONS ET ESCROCS AUX RENSEIGNEMENTS LINDA CROFT

Ce livre

entraîne le lecteur au cœur des histoires loufoques

d’espions d’opérette. Linda Croft, retrace le parcours de ces hommes, des individus isolés, qui à un moment de leur vie, ont voulu jouer à l’agent secret. Quels sont leurs motivations ? L’appât du gain? Le besoin de reconnaissance ? La maladie mentale ? Une certaine forme de mégalomanie, doublée d’un art consommé de la manipulation ? Dans un style teinté d’humour noir, avec une pointe de cynisme, l’auteur, historienne et spécialiste de l’histoire des renseignements pendant la guerre froide, dévoile les ressorts de ces faux espions. De Xavier Dupont de Ligonnès à Imad Lahoud, en passant par Robert Eringer, Linda Croft raconte dix parcours d’imposteurs, dix histoires de vies différentes. Certaines sont futiles et cocasses, d’autres ont voué les protagonistes et leurs proches à un sort funeste. Toutes ont subi les foudres de la justice. En lisant cet ouvrage, très bien documenté, le lecteur passe du rire aux larmes, du désarroi à la colère devant l’inhumanité de certains de ces faux espions. Linda Croft est consultante en sécurité et défense.

www.investigativer-wolf.de


Faux Espions et Escrocs aux Renseignements