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« Ils sont des milliers chaque année à essayer de rentrer en France clandestinement par la frontière Italienne à Menton pour rejoindre Calais...»( un policier de la Police aux Frontières (PAF).

Menton - Vintimille : le Passage. Photos et texte ©Jean-Pierre Rey/LightMediation Contact - Thierry Tinacci - Agence Photo LightMediation +33 (0)6 61 80 57 21 thierry@lightmediation.com


1853-36: Un jeune Irakien a été arrété à la gare de Menton par les policiers de la PAF. Ils procèdent à une fouille minutieuse pour vérifier s'il ne cache pas de papiers sur lui.


1853-01: Des Clandestins Irakiens traversent la frontiere à pieds entre Vintimille et Menton aux yeux et la barbe des policiers

1853-02: Des Clandestins Irakiens traversent la frontière à pieds entre Vintimille et Menton

1853-03: Des jeunes Irakiens ont réussi à passer la frontière ente l'Italie et la France à Menton, en pleine nuit

1853-04: Des Clandestins Irakiens traversent la frontière à pieds entre Vintimille et Menton


1853-10: Des clandestins Irakiens Kurdes et Pakistanais sont arrétés dans un train à Vintimille par les policiers Français et Italiens


1853-05: Des Clandestins Irakiens traversent la frontière à pieds entre Vintimille et Menton

1853-06: Des policiers Français et Italiens font des controles d'identité dans un train, en Italie, à la gare de Vintimille

1853-07: Des clandestins Irakiens Kurdes et Pakistanais sont arretes dans un train à Vintimille par les policiers Français et Italiens

1853-08: Des policiers français ei italiens ont controlé un train grande ligne en provenance de Milan, en gare de Vintimille. Ils ont arreté une dizaine d'immigrés clandestins qui venaient du Pakistan, d'Irak et


1853-13: Un passeur Marocain est arreté dans un train de nuit à la gare de Menton par des policiers en civil de la PAF. Il était accompagné de deux clandestins .


1853-09: Des policiers Italiens à la gare de Vintimille en présence de policiers Francais, fouillent un clandestin arreté dans un train

1853-10: Des clandestins Irakiens Kurdes et Pakistanais sont arrétés dans un train à Vintimille par les policiers Français et Italiens

1853-11: Des clandestins Irakiens Kurdes et Pakistanais sont arretés dans un train à Vintimille par les policiers Français et Italiens

1853-12: Dans le centre de Menton, en pleine nuit, des policiers en civil de la PAF viennent d'arreter une dizaine de clandestins kurdes et afghans qui venaient de passer la frontière à pied et sans encombre. Ils


1853-21: Salle d'attente du poste frontière de la PAF à Menton. Quelques fois plus de 25 clandestins s'entassent dans cette pièce de quelques metres carres....ici se sont des Irakiens, des Afghans et des Kurdes;


1853-13: Un passeur Marocain est arreté dans un train de nuit à la gare de Menton par des policiers en civil de la PAF. Il était accompagné de deux clandestins .

1853-14: Dan le train Milan Nice un policier de la PAF vient de trouver, cachés dans les WC d'un wagon, 2 clandestins pakistanais.

1853-15: Des clandestins irakiens sont controlés dans un train venant de Milan, à la gare de Menton. Ils vont être descendus du train par les policiers de la PAF qui vont les remettre à leur collègues italiens.

1853-16: Des policiers français arrêtent un clandestin Kurde à la gare de Menton, qui se trouvait dans un train en provenance de Vintimille (Italie).


1853-33: Un passeur Marocain est interrogÊ par un policier de la PAF en civil au poste frontière de Menton


1853-17: Un jeune kurde vient d'être arrete dans un train en gare de Menton. Il venait d'Italie et voulait rejoindre Calais

1853-18: Un jeune Pakistanais avec sa petite soeur a été arrété par les policiers de la PAF dans un train à la gare de Menton

1853-19: Un jeune Pakistanais avec sa petite soeur a été arrété par les policiers de la PAF dans un train à la gare de Menton

1853-20: Un jeune Pakistanais avec sa petite soeur a été arrété par les policiers de la PAF dans un train à la gare de Menton.


1853-39: Un immigré clandestin Marocain a eu un malaise après avoir passé plusieurs jours sans manger.


1853-21: Salle d'attente du poste frontière de la PAF à Menton. Quelques fois plus de 25 clandestins s'entassent dans cette pièce de quelques metres carres....ici se sont des Irakiens, des Afghans et des

1853-22: Poste de police de la PAF au Pont St. Louis à Menton. Un jeune Kurde a été arrété dans un train entre Vintimille et Menton.

1853-23: Un jeune Africain vient de passer une semaine à marcher pour rejoindre la France, il a été arreté par les policiers de la PAF de Menton quand il traversait le frontière entre Menton et Vintimille.

1853-24: Des jeunes Irakiens ont été arrétés dans un train entre Vintimille ert Menton....L'un deux effrayé va dire aux policiers:" No Irak, no Irak"


1853-20: Un jeune Pakistanais avec sa petite soeur a été arrété par les policiers de la PAF dans un train à la gare de Menton.


1853-25: Au poste de la PAF ( Police Aux Frontières) à la gare de Menton, un policier français procède à un 1er interrogatoire et une fouille de jeunes clandestins Irakiens, kurdes et Afghans. Ces clandestins

1853-26: Au poste de la PAF ( Police Aux Frontières) à la gare de Menton, un policier français procède à un 1er interrogatoire et une fouille de jeunes clandestins Irakiens, kurdes et Afghans. Ces clandestins

1853-27: Au poste de la PAF ( Police Aux Frontières) à la gare de Menton, un policier français procède à un 1er interrogatoire et une fouille de jeunes clandestins Irakiens, kurdes et Afghans. Ces clandestins

1853-28: 2 clandestins Irakiens ont été arrétés par les policiers de la PAF dans un train à la gare de Menton; ils sont au poste frontière de la PAF


1853-02: Des Clandestins Irakiens traversent la frontière à pieds entre Vintimille et Menton


1853-29: Des Clandestins Irakiens, Kurdes sont au poste frontière de la PAF à Menton

1853-30: Des clandestins Pakistanais et Kurdes sont interrogés au poste frontière de la PAF à Menton ( frontière Franco-Italienne )

1853-31: Un jeune clandestin Afghan au poste frontière de la PAF à Menton.

1853-32: Des policiers Français et Italien devant le poste frontière de la PAF à Menton


1853-35: Un jeune clandestin pakistanais au poste frontière de la PAF à Menton. A chaque arrestation de clandestins les policiers font une fiche sur chaque individu avec sa photo et ses empreintes; et son identitÊ quand ils le peuvent et que le clandestin veut bien donner son nom et son pays d'origine.


1853-33: Un passeur Marocain est interrogé par un policier de la PAF en civil au poste frontière de Menton

1853-34: Un passeur Pakistanais a été arreté à Menton par les policiers de la PAF. Il est placé en Garde à Vue. Il risque entre 2 et 6 ans de prison.

1853-35: Un jeune clandestin pakistanais au poste frontière de la PAF à Menton. A chaque arrestation de clandestins les policiers font une fiche sur chaque individu avec sa photo et ses empreintes; et son

1853-36: Un jeune Irakien a été arrété à la gare de Menton par les policiers de la PAF. Ils procèdent à une fouille minutieuse pour vérifier s'il ne cache pas de papiers sur lui.


1853-45: Des policiers Italien sont venus chercher des clandestins au poste français de la PAF à Menton. Après les avoir chargés dans leur voiture ils vont les libérer à une 50 de mètres de la frontière, coté Italien.


1853-37: Un jeune kurde est placé en GAV ( Garde à Vue) au poste frontière de la PAF à Menton.

1853-38: Salle d'attente du poste frontière de la PAF à Menton. Quelques fois plus de 25 clandestins s'entassent dans cette pièce de quelques metres carrés....ici se sont des Irakiens, des Afghans et des

1853-39: Un immigré clandestin Marocain a eu un malaise après avoir passé plusieurs jours sans manger.

1853-40: Salle d'attente du poste frontière de la PAF à Menton. Quelques fois plus de 25 clandestins s'entassent dans cette pièce de quelques metres carrés....ici se sont des Irakiens, des Afghans et des


1853-43: Des clandestins Irakiens, Kurdes et Pakistanais traversent à pied, seuls, la frontière après avoir été relachés par les policiers de la PAF.


1853-41: De jeunes clandestins Kurdes dans la salle d'attente du poste frontière de la PAF à Menton

1853-42: Un jeune clandestin Kurde dans la salle d'attente du poste frontière de la PAF à Menton.

1853-43: Des clandestins Irakiens, Kurdes et Pakistanais traversent à pied, seuls, la frontière après avoir été relachés par les policiers de la PAF.

1853-44: Des clandestins Pakistanais et Irakiens sont raccompagnés à pied coté Italien ( à 50 mètres du poste de la PAF de Menton).


1853-49: Des policiers Italien et Français patrouillent à la frontière, coté Francais.


1853-45: Des policiers Italien sont venus chercher des clandestins au poste français de la PAF à Menton. Après les avoir chargés dans leur voiture ils vont les libérer à une 50 de mètres de la frontière, coté Italien.

1853-46: Des policiers de la " Polizia di Frontiera" sont venus chercher des clandestins qui ont passé la frontière le matin. Ils vont les faire passer coté italien à pied , pour les abandonner à leur propre sort...

1853-47: Des clandestin Afghans et Irakiens qui ont été arrétés dans un train, sont remis au policiers italiens par leurs collègues français. Ils vont etre libérés coté italien.... ils vont essayer de passer à

1853-48: Au poste frontière de la PAF ( Police Aux Frontière ) à Menton des policiers italiens et francais verifient les procès verbaux qui vont leur permettre de récupérer des clandestins qui venaient d'Italie et qui


Menton Vintimille : le Passage. " No Irak...No Irak..." ce sont les quelques mots que lache Said, un jeune Kurde d'Irak de 24 ans, effrayé, effondré assis sur une chaise du petit poste de la Police aux Frontières (PAF) de Menton. Les policiers l'ont interpellé dans un train de grande ligne qui vient de Milan à destination de Nice. Ils étaient cinq, kurdes qui vivaient dans le nord de l'Irak. Ils ont choisi, disent-ils, de fuir la répression et la guerre. Epuisés, ils se retrouvent aux mains des policiers Français, après avoir mis dix jours pour traverser l'Italie en train ou en camion, entassés comme du bétail. "Pour traverser la frontière ils ne se cachent pas à bord de gros poids lourds, ou dans des bateaux reliant l'Italie et la France, non c'est plus simple que ca...ils passent à bord des trains en provenance de Vintimille cachés dans les WC ou simplement assis en 1er classe. " nous explique un officier de la PAF. Ou alors le plus simplement du monde comme Said, Mourad et Kaled trois kurdes, ils sont partis de Vintimille à pied, et ont fait les derniers 4 ou 5 kms qui les séparent de la France en pleine journée. Une fois arrivés à la frontière, ils attendent cachés aux abords d'un petit café, épicerie et bureau de tabac italien à quelques mètres de l'ancien poste de police de ST. Ludovic . Quand la voie est libre et que les policiers rebroussent chemin ils longent tranquillement le bord de mer, leur sacs à dos sur l'épaule. Leur angoisse, innocemment diminue au fur et

à mesure qu'ils pénètrent dans la ville. Ils sont en France, c'est une étape de gagnée mais le chemin vers la liberté est encore loin et parsemé d'embûches... Quelques heures plus tard le téléphone du poste de frontière du pont St. Louis sonne: un correspondant anonyme dénonce les 3 hommes dont l'apparence ne lui semble pas catholique. Le Renault trafic blanc de la PAF démarre en trombe, dévale la corniche à toute allure en direction du vieux port. C'est tout près du centre ville que les policiers retrouvent les 3 hommes. Nous, on ne lutte pas contre l'immigration clandestine, on fait du comptage... Ils mettent plus d'un mois pour venir d'Irak ou du Pakistan en traversant la Turquie, la Grèce à bord de camions ou d'embarcations précaires. Ils payent à des passeurs entre 3 et 6000 euros pour faire ce voyage. C'est une véritable traversé de la mort que certains prennent le risque de faire par la mer ou par la route. Des jours et des nuits passées dans des containers sans voir le moindre rayon de soleil, sans bouger de ce petit espace précaire avec la peur au ventre de se voir arrêter par des policiers. Ce flux migratoire des clandestins qui partent du sud de l'Italie vers la frontière française est variable. Le gouvernement italien a installé il y a quelques années des centres de rétention dans le sud du pays. Mais quand ces centres comme celui de Lampédusa sont pleins à craquer, les italiens ouvrent les portes et plusieurs centaines de personnes se retrouvent dans la nature, avec un sauf conduit allant jusqu'à un mois de validité. Une fois dehors tous ont le même objectif ; regagner à tout pris le nord de la France pour se rendre en Angleterre ou voir même en Suède qui elle, a ouvert ses

portes cette année à l'immigration pour cause de manque de main d'oeuvre. Depuis longtemps ils se passent le mot sur la meilleure façon de rejoindre la frontière et les bons trajets sont connus de tous mais surtout des passeurs qui les récupèrent à la sortie des camps et moyennant une somme d'argent les font traverser l'Italie jusqu'à la frontière française. Ce trafic est lucratif et représente des millions d'euros pour une poignée de voyous qui ne font que déposer dans des trains des hommes à qui ils promettent un voyage sans soucis jusqu'en France. Ce qu'il faut savoir sur ces clandestins c'est qu'en grande majorité ce sont uniquement des hommes et des jeunes adultes qui se lancent dans cette terrible aventure et leur nationalité varie en fonction de l'actualité internationale. Giovani est un policier italien de la police aux frontières de Vintimille à quelques kilomètres de Menton. Il habite juste derrière la gare à une centaine de mètres du bureau de la " Polizia Frontiera". En 15 ans de bons et loyaux services il en a vu passer des clandestins : "Rares sont les femmes qui prennent le risque de se retrouver coincée à la frontière avec leurs enfants. Elles restent dans leurs pays pour de raisons culturelles ou familiales mais ce que l'on a constaté depuis longtemps c'est que la nationalité des clandestins change en fonction des conflits et des guerres qu'il y a dans le monde. Avant on avait beaucoup de Palestiniens, de pakistanais, de kurdes; depuis le 11 septembre il y a eu la guerre en Afghanistan alors on a beaucoup d'afghans et puis la guerre en Irak donc on a beaucoup d'Irakiens et qui sait ce qu'on va avoir demain?" Il est 11H30 le "grande ligne" en provenance de Milan a du retard, une

demie douzaine de policiers de la PAF attendent l'arrivé du train en discutant avec un des employés de la gare de Menton. Sur le quai quelques voyageurs attendent eux aussi l'arrivée du train impassibles comme si la présence sur le quai des policiers était habituelle. Soudain les haut-parleurs de la gare annoncent enfin l'arrivée du rapide. La motrice va stopper ses machines dans un bruissement aigu et les quelques voyageurs impatients qui attendaient vont s'engouffrer dans les wagons sans attendre la sortie de ceux qui voulaient descendre à quai. Les policiers eux vont commencer leur inspection minutieuse de tout les compartiments. C'est au wagon numéro 7, dans un de ces compartiments gris aux vitres sales qu'ils vont trouver un jeune homme d'environ 26 ans et une jeune enfant de 8 ans qui, à la vue des uniformes bleus, effrayée, va se mettre à pleurer à chaudes larmes. Les deux policiers qui contrôlaient le wagon tentent de rassurer la jeune fille sans aucun résultat. Le jeune homme ne parle pas français, ne parle pas anglais. Il va simplement répondre aux policiers qui voulaient savoir d'ou il venait : " Pakistan...Pakistan..." Ce pakistanais de 26 ans va expliquer à une traductrice qu'il a passé plus de 2 semaines avec sa soeur de 8 ans dans une immense caisse en acier pour traverser plusieurs pays avec juste une bouteille d'eau et quelques fruits secs. "Il faut garder un peu d'argent" dit il à la traductrice..." pour se payer un billet de train et manger quand on est arrivé en France." Les policiers vont avoir du mal à calmer la jeune fille et à comprendre d'ou ils viennent et qui est cette enfant... L'homme va expliquer qu'il a fuit le Pakistan et la répression ethnique... Franck a 32 ans, il est depuis 7 ans à La


êtres humains et quelques fois c'est difficile car les gens que l'on arrête c'est aussi des êtres humains on peut pas les traiter comme des animaux;;; Il faut pas trop que l'on réfléchisse quand on fait ce boulot;;; il vaut mieux que l'on rigole un peu sinon on nele fait plus... on traite la misère du monde et ce qui fout les boules c'est quand on arrête des passeurs et qu'ils sont remis dehors par la justice... eux c'est des bandits, ils exploitent des pauvres gens qui fuient leur pays ce sont des victimes plus que des délinquants..." et il rajoute : " Ici ont ne lutte pas contre l'immigration clandestine, on fait du comptage... mais pour la ralentir on a pas les moyens... Ceux qui fuient la guerre en Irak, le génocide Kurde, les palestiniens qui rêvent de trouver un pays de liberté passent par chez nous ou par Modena... " Le plus dur c'est la routine... Les policiers patrouillent à bord des trains qui viennent d'Italie entre Nice et Menton . Chaque train, chaque wagon est soigneusement vérifié. En fonction des horaires ils savent s' il va y avoir ou pas des immigrés en situation irrégulière. A chaque interpellation dans un train les clandestins sont descendus à quai pour un premier interrogatoire en suite les policiers traversent la ville pour rejoindre le poste frontière. Certains seront remis aux autorités italiennes, d'autres relâchés et d'autres placés en garde à vue. Ces derniers ont un passeport et parlent un peu le français ou l'anglais ils peuvent donc expliquer d'ou ils viennent et comment ils sont venus en France. Cela suffit pour justifier une procédure

d'expulsion. Ils seront placés dans un centre de rétention après leur GAV (garde à vue) avant d'être raccompagnés dans leur pays d'origine ou bien les autorités vont les remettre en liberté avec un papier leur signifiant qu'ils ont quelques jours pour quitter le territoire français. Il est bientôt 13h30 dans la salle de repos du poste de la PAF au pont St.Louis. L'équipe du matin s'apprête à terminer la pose déjeuner, l'équipe d'après midi à faire la sienne... les hommes se croisent, se chamaillent gentiment... Une dernière tasse de café, quelques plaisanteries sur un match de foot, on discute des dernières élections syndicales et puis personne ne sait pourquoi on discute de ces gens, de ces pauvres gens que l'on interpelle à longueur d'année en sachant très bien que ca ne sert à pas grand chose juste à rajouter des bâtons dans les statistiques du ministère de l'intérieur nous confiera un des policiers. "Le plus dur c'est la routine, on fait la même chose depuis des années et y'a pas grand chose qui change... la matière c'est toujours la même..." lance l'un d'entre eux en posant ca tasse de café sur la table de ce réfectoire improvisé..." et c'est ca aussi qui fatigue beaucoup?" "la même semaine on retrouve souvent les même têtes, les mêmes gens. On les expulse vers l'Italie ou on les remet entre les mains de nos collègues italiens et on les retrouve le lendemain ou deux jours après dans un autre train ou à pied sur la promenade à Menton. Franck, un jeune policier de 25 ans ramasse sa gamelle et d'une voix plutôt désabusée : "Quelques fois ils font 4 ou 5 tentatives avant de réussir à tromper notre vigilance. La plupart d'entre eux réussissent quand même à passer on s'inquiète pas pour eux...Mais quand on est en train de taper une procédure au poste qui peut prendre plusieurs heures

après avoir arrêté 5 ou 6 clandestins, , il n'y a personne pour contrôler les trains ou pour patrouiller dans les rues... " Il termine en s'adressant à un collègue : "De toutes façons pour moi la PAF Menton c'est pas une finalité..." Patrouiller dans les rues? ils le font tout les jours mais il y a aussi l'autoroute A8 la principale voie d'accès entre la France et l'Italie. Ils se mettent en surveillance au péage de La Turbie et vérifient au petit bonheur la chance voitures et camionnettes qui leurs semblent louches. Mais les résultats sont maigres et certains policiers avouent ne pas comprendre pourquoi on les oblige à venir faire ces contrôles qui pour eux ne servent pas à grand chose plutôt que de contrôler des trains ou là, les résultats sont plus probants. 4000 procédures d'interpellations par an de clandestins... Le petit poste de police de la PAF est perché sur une corniche à quelques dizaines de mètres de la frontière avec l'Italie. Une vue imprenable sur la "Baie du Soleil" que domine la vieille ville de Menton, mais c'est bien là le seul avantage que possède encore cet ancien poste des douanes que la PAF a pu récupérer il y a quelques années. Quelques mètres carrés, un comptoir, 5 ou 6 chaises pour faire patienter les clandestins, Une dizaine de bureaux dont la moitié sont dans des "Alomat" . une salle d'attente de moins de 15m carrés ou régulièrement s'entassent une vingtaine d'étrangers qui attendent de savoir ce qu'il vont bien pouvoir devenir. Un policier raconte : "la peinture a été refaite l'année dernière car le ministre Brice Hotefeux, lors de sa venue à Menton pour rencontrer ses homologues italiens, devait nous rendre visite ...mais il

n'est jamais venu nous voir mais grâce à lui on a une jolie peinture jaune sur nos murs..." Voilà avec quels moyens dérisoires la France traite une de ces principales voies d'entrées d'immigration clandestine .. .Une centaine de policiers, un poste à la frontière de quelques dizaines de mètres carrés. Sans compter le fait que la commissaire Céline Grassegger qui gère les effectifs ne se trouve pas dans les même locaux que ses hommes car à un moment donné pour agrandir le poste il a fallu choisir certainement entre les vestiaires pour les fonctionnaires ou les bureaux nécessaires au secrétariat et la patronne. Et ce sont les vestiaires qui ont été choisis après que la commissaire se soit battue auprès de sa direction pour les avoir. Conclusion: Mme Grassegger se trouve délocalisée dans les locaux du commissariat de Menton à quelques kilomètres de la frontière et tous les jours des policiers font la navette pour le courrier et les différents livres de police que la commissaire a besoin de consulter au quotidien... Ici aussi on entend la même rengaine : on manque d'effectifs, de moyen. La fameuse "main courante" ou toutes les interpellations, les faits, les prises de service sont notés chaque jour est faite à la main sur un cahier alors que partout en France ou presque c'est informatisé. Mais les résultats sont là, alors pourquoi changer quelque chose qui marche? La commissaire de la PAF de Menton, explique que la centaine de policiers qui travaillent à la frontière font 4000 procédures d'interpellations par an de clandestins. Elle estime que ce chiffre représente environ 20% des clandestins qui rentre en France par Menton. Ce chiffre est impressionnant surtout que sur ces 4000 clandestins 2500 sont renvoyés en Italie, 400 sont placés dans un centre


de rétention à Nice ou à Marseille les autres sont laissés libre, invités à quitter le territoire français. Dans ce cas la police leur remet un papier qui leur donne entre 7 et 30 jours pour quitter la France... Avec ce papier et pendant ces 7 ou 30 jours ces immigrés sont en règle et ils peuvent rester sur le territoire français. Personne ne va rien leur dire et surtout pas les policiers. Certains de ces clandestins qui ne le sont plus vraiment puisque pendant leur stage dans les locaux de la PAF on leur a pris leur identité, photo et empreintes, vont décider de rester en France et de chercher un travail. D'autres et c'est quand même la majorité vont profiter de cette courte période de légalité pour se rendre à Calais et de la, essayer de traverser la Manche pour l'Angleterre. Pour nous cette collaboration, c'est un laboratoire... Depuis septembre 2002 il existe à la frontière un poste de police commun entre la France et l'Italie : le CCPD (Centre de coopération de Police et de Douanes). C'est un poste ou travaille des policiers et des douaniers de chaque pays ou sont échangées uniquement des informations. C'est un centre de coopération qui ne sert qu'a ce que les deux pays puissent mettre en commun des fichiers, des indication sur des identités d' immigrés ou des informations sur d'éventuelles filières ou passeurs fichés dans l'un des deux pays. A ce niveau selon les policiers des deux états ça marche plutôt bien. La partie opérationnelle reste à la discrétion de chaque pays à travers leurs différents postes frontières . Cette collaboration se traduit aussi par la

mise place depuis 2003 de patrouilles mixtes. A tour de rôle les policiers français en compagnie de leurs homologues italiens vont patrouiller dans les trains et dans les gares en France et en Italie dans les 20 kms de l'espace Schengen. Gare de Menton, quai N° 2, il est bientôt 10h quand 3 policiers français de la PAF prennent le TER en direction de Vintimille. 15 minutes plus tard la frontière est franchie et c'est dans un autre décor que les wagons avancent au rythme d'un roulis métallique sur les rails italiens d'une des plus anciennes lignes de chemin de fer de la région. " Regardez on a la sensation étrange que rien n'a changé depuis la dernière guerre... les infrastructures sont vieilles et la ville est triste... " nous confie un des 3 policiers ... le train pénètre à faible allure la ville en traversant le pont qui enjambe la "Roya" , rivière qui sépare la partie historique et le reste de l'agglomération où se trouvent la gare et le centre commerçant de Vintimille. Les façades des maisons font grise mine, on peut voir encore sur les façades de vieux bâtiments les stigmates de la dernière guerre celle de "39 / 45" . Les balcons de petits immeubles se cachent derrière des rideaux de linge qui nous rappellent que nous sommes bien en Italie.

Le train a plus de 20 minutes de retard et il ne faut pas contrarier cette belle tradition italienne qui consiste à ne jamais recevoir des invités sans au moins leur offrir un café. Cette étape effectuée sans encombre la petite troupe très Européenne de policiers se retrouve sur un des quais où le train en question était enfin arrivé. " Il faut pas s'affoler..." lance un des policiers français ; " En Italie c'est rare qu'un train arrive à l'heure.." Les italiens en rigolent surtout quand ils voient descendre d'un wagon, les uns derrière

les autres 7 ou 8 jeunes hommes dont le physique et l'apparence ne laissent aucun doute sur leurs origines... " Ma... oun peu pas dire qu'oun les attrape grâce à leur testa...c'est pas bien mais quand même ca nous aide..." lance Mario un des policiers italiens, dans un mauvais français. Il y a 5 afghans et 2 kurdes, ils sont embarqués manu militari dans un gros 4X4 de la "Polizia di Frontiera". Quelques heures plus tard ils vont être libres. " Ils ont l'habitude de se rassembler dans un jardin public juste en face de nos bureaux..." raconte un des officiers italiens qui les auditionnent régulièrement quand ils sont ramenés au poste. "...Des passeurs italiens vont proposer leurs services pour passer la frontière à pied ou avec la complicité de chauffeurs de taxi peu regardants, mais on peut pas faire grand chose... de temps en temps on les chasse et on fait des surveillances pour essayer de coincer des passeurs, mais c'est pas facile..." Philipe fait partie de l'équipe ce matin là. Il nous explique : " c'est bien ces patrouilles mixtes. Avec le temps on a appris à connaître nos homologues italiens, ils sont sympas et pour certains contrôles c'est vraiment utile qu'on soit ensemble mais le problème c'est qu'ils ne font pas les mêmes horaires que nous alors quand on a des interpellations et que les trains ont du retard eh bien ça nous pose vraiment un souci d'organisation avec nos collègues qui sont à Menton .." Céline Grassegger explique que lorsqu'il a fallu organiser ces patrouilles ce n'était pas gagné, les policiers sur le terrain avaient des préjugés sur leurs homologues italiens et le chef de la police aux frontières italienne aurait la même chose à dire sur les états d'âmes de ses hommes. Et le "coup de boule" de Zidane à Materasi n'a rien fait pour arranger le

chose nous confiera avec un grand sourir Giuseppe Colasanto un commissaire de la "Polizia di Frontiera". Ces problèmes d'organisation n'ont pas été très facile à régler mais il y avait de le bonne volonté des deux côté, alors on y est vite arrivé raconte la commissaire française..." Mais ca n'a pas été le seul problème auquel on a du faire face. Au delà des horaires de nos fonctionnaires qui n'étaient pas les mêmes, le souci a été quand il a fallu envoyer nos policiers français sur le territoire italien avec leurs armes ca n'a pas été simple...car la législation italienne nous oblige à faire une demande par policier et par arme à chaque fois qu'ils passent la frontière. Chez nous, pour les italiens cela a été beaucoup plus simple." Pour ces policiers italiens cette collaboration est une première. Jamais dans le cadre de l'union européenne ils n'avaient collaboré à ce niveau avec la police d'un autre pays pour lutter contre l'immigration clandestine. Mais ces patrouilles mixtes comme l'explique le chef de la Police aux frontières italienne Ricardo Cargnelli c'est la vitrine ; " on sait très bien que ce n'est pas avec ces patrouilles franco-italienne que l'on va stopper les flux d'immigration clandestine entre l'Italie et la France mais on en a besoin. Premièrement ca soude et ca rapproche les hommes de nos deux polices qui n'ont pas la même façon de travailler et la même législation pour faire appliquer la réglementation. La difficulté c'étaient les mentalités, les habitudes de nos hommes. Aujourd'hui c'est plus facile, le policier italien se sent plus valorisé... en travaillant avec les policiers français... Deuxièmement on à besoin de ces patrouilles pour montrer à la population de nos deux pays que nous sommes sur le terrain avec les même objectifs...Nous italiens nous croyons beaucoup à cette


collaboration et nous espérons qu'elle puisse se développer encore plus pour avoir de meilleurs résultats. Pour nous cette collaboration, c'est un laboratoire..." Cette collaboration reste essentielle dans le cadre des reconduites à la frontière et malgré l'entente cordiale qui existe tant bien que mal entre les policiers des deux pays sur le terrain, c'est bien à ce niveau que l'efficacité de la lutte contre cette dramatique immigration est mise à mal. En effet, quand des policiers français interpellent dans un train ou au bord d'une route des immigrés en situation irrégulière, il faut qu'ils prouvent que ces derniers viennent bien d'Italie pour pouvoir les remettre à leurs collègues italiens. En règle générale ces clandestins achètent un billet Vintimille Nice ou vers une autre destination en France par peur de se faire remarquer par un contrôleur de la SNCF. Dans ce cas les choses peuvent paraître simples mais c'est sans compter le fait qu'une fois la procédure faite par les policiers de la PAF, il faut que les policiers italiens viennent chercher les individus au poste Français. Et c'est la que ça coince ! Quand ils ne sont pas occupés sur une autre affaire les Italiens viennent côté français au poste du pont St Louis pour les récupérer. Quand les clandestins ne sont que 2 ou 3 ils les embarquent dans leur voiture pour les relâcher à une dizaine de mètres de la frontière côté Italie. Mais il arrive régulièrement que les policiers italiens ne puissent pas venir et dans ce cas ce sont les policiers français qui leur font passer la frontière à pied. Et ce manège peut durer plusieurs jours avec les mêmes individus qui tentent plusieurs fois de passer la frontière.

" Comment voulez vous que ca marche c'est du ping pong entre nous et les italiens...on leurs remet les clandestins ils les lâchent à 20 mètres d'ici côté Italie et les clandestins remettent ça le soir même ou le lendemain...on y arrivera jamais " raconte un fonctionnaire de la PAF. 4000 procédures par an côté français, 4000 procédures par an côté italien, si l'on considère que sur le nombre de procédure faites en Italie la moitié au moins concernent des personnes qui ont déjà fait l'objet d'une procédure en France à quelques heures ou quelques jours d'intervalle. On peut donc envisager le chiffre approximatif réel de 6000 procédures d'interpellations par an sur la même frontière entre Menton et Vintimille. Si ces interpellations concernent 20% des clandestins qui veulent traverser la France pour rejoindre Calais, combien de clandestins réprésentent les 80% qui restent ?


Légendes. 1853-08: Des policiers français ei italiens ont controlé un train grande ligne en provenance de Milan, en gare de Vintimille. Ils ont arreté une dizaine d'immigrés clandestins qui venaient du Pakistan, d'Irak et d'Afghanistan. 1853-12: Dans le centre de Menton, en pleine nuit, des policiers en civil de la PAF viennent d'arreter une dizaine de clandestins kurdes et afghans qui venaient de passer la frontière à pied et sans encombre. Ils venaient de Vintimille et avais mis 10 jour pour traverser l'Italie. 1853-21: Salle d'attente du poste frontière de la PAF à Menton. Quelques fois plus de 25 clandestins s'entassent dans cette pièce de quelques metres carres....ici se sont des Irakiens, des Afghans et des Kurdes; 1853-25-26-27: Au poste de la PAF ( Police Aux Frontières) à la gare de Menton, un policier français procède à un 1er interrogatoire et une fouille de jeunes clandestins Irakiens, kurdes et Afghans. Ces clandestins venaient d'Italie, ils ont été arrétés dans un train entre les deux villes frontalières Menton et Vintimillle. 1853-35: Un jeune clandestin pakistanais au poste frontière de la PAF à Menton. A chaque arrestation de clandestins les policiers font une fiche sur chaque individu avec sa photo et ses empreintes; et son identité quand ils le peuvent et que le clandestin veut bien donner son nom et son pays d'origine. 1853-38-40: Salle d'attente du poste frontière de la PAF à Menton. Quelques

fois plus de 25 clandestins s'entassent dans cette pièce de quelques metres carrés....ici se sont des Irakiens, des Afghans et des Kurdes. 1853-47: Des clandestin Afghans et Irakiens qui ont été arrétés dans un train, sont remis au policiers italiens par leurs collègues français. Ils vont etre libérés coté italien.... ils vont essayer de passer à nouveau la frontière pour se rendre à Calais ou en Suède. 1853-48: Au poste frontière de la PAF ( Police Aux Frontière ) à Menton des policiers italiens et francais verifient les procès verbaux qui vont leur permettre de récupérer des clandestins qui venaient d'Italie et qui ont été arrété dans un train à Menton. Les Policiers de la PAF et Italiens collaborent depuis 2003 dans l'espace Shengen pour lutter contre l'immigration clandestine.

Menton - Vintimille : le Passage.  

"Ils sont des milliers chaque année à essayer de rentrer en France clandestinement par la frontière Italienne à Menton pour rejoindre Calai...

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