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From all parts of the Horn of Africa, they are thousands to converge every year, towards the mausoleum of Sheik Hussein. In the heart of the Ethiopian highlands, a unique partition of the mysteries of faith takes place on some days, in a secret held date. To honor the memory of a soufi saint, ancient pagan faiths re-appear in a very strange mixity of Islam and Christendom.

Exalted pilgrims of Sheik Hussein. A Photo story by ŠCyril le Tourneur d'Ison/LightMediation Contact - Thierry Tinacci - LightMediation Photo Agency +33 (0)6 61 80 57 21 thierry@lightmediation.com


2261-02: Ils sont des milliers de pélerins à converger chaque année vers le mausolée de Cheikh Hussein. /// They are thousands of pilgrims to converge every year to the mausoleum of Sheik Hussein.


2261-01: Ils sont des milliers de pélerins à converger chaque année vers le mausolée de Cheikh Hussein. /// They are thousands of pilgrims to converge every year to the mausoleum of Sheik Hussein.

2261-02: Ils sont des milliers de pélerins à converger chaque année vers le mausolée de Cheikh Hussein. /// They are thousands of pilgrims to converge every year to the mausoleum of Sheik Hussein.

2261-03:Ils sont des milliers de pélerins à converger chaque année vers le mausolée de Cheikh Hussein. /// They are thousands of pilgrims to converge every year to the mausoleum of Sheik Hussein.

2261-04: Ils sont des milliers de pélerins à converger chaque année vers le mausolée de Cheikh Hussein. /// They are thousands of pilgrims to converge every year to the mausoleum of Sheik Hussein.


2261-05: Ils sont des milliers de pélerins à converger chaque année vers le mausolée de Cheikh Hussein. /// They are thousands of pilgrims to converge every year to the mausoleum of Sheik Hussein.

2261-06: Ils sont des milliers de pélerins à converger chaque année vers le mausolée de Cheikh Hussein. /// They are thousands of pilgrims to converge every year to the mausoleum of Sheik Hussein.

2261-07: Ils sont des milliers de pélerins à converger chaque année vers le mausolée de Cheikh Hussein. /// They are thousands of pilgrims to converge every year to the mausoleum of Sheik Hussein.

2261-08: Ils sont des milliers de pélerins à converger chaque année vers le mausolée de Cheikh Hussein. /// They are thousands of pilgrims to converge every year to the mausoleum of Sheik Hussein.


2261-48: On assiste alors à d'incroyables scènes de dévotion et de transes issues des profondeurs de l'Afrique païenne. /// Then come incredible scenes of worship and stemming trances from depthes of pagan Africa.


2261-09: Ils sont des milliers de pélerins à converger chaque année vers le mausolée de Cheikh Hussein. /// They are thousands of pilgrims to converge every year to the mausoleum of Sheik Hussein.

2261-10:Ils sont des milliers de pélerins à converger chaque année vers le mausolée de Cheikh Hussein. /// They are thousands of pilgrims to converge every year to the mausoleum of Sheik Hussein.

2261-11: Des prêcheurs improvisent pour faire monter la ferveur. //// Moralizers improvise to make the fervour rise.

2261-12: Des prêcheurs improvisent pour faire monter la ferveur. //// Moralizers improvise to make the fervour rise.


2261-13: Des prêcheurs improvisent pour faire monter la ferveur. //// Moralizers improvise to make the fervour rise.

2261-14: Des prêcheurs improvisent pour faire monter la ferveur. //// Moralizers improvise to make the fervour rise.

2261-15: Ce pélerinage est une sorte de mirage syncrétique entre Islam, Chrétienté et animisme. /// This pilgrimage is a kind of syncretic mirage between Islam, Christianity and animism.

2261-16: Ce pélerinage est une sorte de mirage syncrétique entre Islam, Chrétienté et animisme. /// This pilgrimage is a kind of syncretic mirage between Islam, Christianity and animism.


2261-14: Des prêcheurs improvisent pour faire monter la ferveur. //// Moralizers improvise to make the fervour rise.

2261-32: Au même titre que le pélerinage à La Mecque, celui de Cheikh Hussein confère un certain prestige aux pélerins. /// In the same way as the pilgrimage in Mecca, the one of Sheik Hussein confers


2261-17: Ce pélerinage est une sorte de mirage syncrétique entre Islam, Chrétienté et animisme. /// This pilgrimage is a kind of syncretic mirage between Islam, Christianity and animism.

2261-18: Ce pélerinage est une sorte de mirage syncrétique entre Islam, Chrétienté et animisme. /// This pilgrimage is a kind of syncretic mirage between Islam, Christianity and animism.

2261-19: Ce pélerinage est une sorte de mirage syncrétique entre Islam, Chrétienté et animisme. /// This pilgrimage is a kind of syncretic mirage between Islam, Christianity and animism.

2261-20:Ce pélerinage est une sorte de mirage syncrétique entre Islam, Chrétienté et animisme. /// This pilgrimage is a kind of syncretic mirage between Islam, Christianity and animism.


2261-21: Ce pélerinage est une sorte de mirage syncrétique entre Islam, Chrétienté et animisme. /// This pilgrimage is a kind of syncretic mirage between Islam, Christianity and animism.

2261-22: Ce pélerinage est une sorte de mirage syncrétique entre Islam, Chrétienté et animisme. /// This pilgrimage is a kind of syncretic mirage between Islam, Christianity and animism.

2261-23: Ce pélerinage est une sorte de mirage syncrétique entre Islam, Chrétienté et animisme. /// This pilgrimage is a kind of syncretic mirage between Islam, Christianity and animism.

2261-24: Ce pélerinage est une sorte de mirage syncrétique entre Islam, Chrétienté et animisme. /// This pilgrimage is a kind of syncretic mirage between Islam, Christianity and animism.


2261-10:Ils sont des milliers de pélerins à converger chaque année vers le mausolée de Cheikh Hussein. /// They are thousands of pilgrims to converge every year to the mausoleum of Sheik Hussein.


2261-25: Autour du mausolée, plusieurs sources et bassins d'eau sacrée sensés guérir les plaies de l'âme et du corps./// Around the mausoleum, several springs and sacred water points to cure the wounds of the

2261-26: Autour du mausolée, plusieurs sources et bassins d'eau sacrée sensés guérir les plaies de l'âme et du corps./// Around the mausoleum, several springs and sacred water points to cure the wounds

2261-27: Autour du mausolée, plusieurs sources et bassins d'eau sacrée sensés guérir les plaies de l'âme et du corps./// Around the mausoleum, several springs and sacred water points to cure the wounds

2261-28: Autour du mausolée, plusieurs sources et bassins d'eau sacrée sensés guérir les plaies de l'âme et du corps./// Around the mausoleum, several springs and sacred water points to cure the wounds of the


2261-29: Au même titre que le pélerinage à La Mecque, celui de Cheikh Hussein confère un certain prestige aux pélerins. /// In the same way as the pilgrimage in Mecca, the one of Sheik Hussein confers

2261-30: Au même titre que le pélerinage à La Mecque, celui de Cheikh Hussein confère un certain prestige aux pélerins. /// In the same way as the pilgrimage in Mecca, the one of Sheik Hussein confers

2261-31: Au même titre que le pélerinage à La Mecque, celui de Cheikh Hussein confère un certain prestige aux pélerins. /// In the same way as the pilgrimage in Mecca, the one of Sheik Hussein confers

2261-32: Au même titre que le pélerinage à La Mecque, celui de Cheikh Hussein confère un certain prestige aux pélerins. /// In the same way as the pilgrimage in Mecca, the one of Sheik Hussein confers


2261-46: On assiste alors à d'incroyables scènes de dévotion et de transes issues des profondeurs de l'Afrique païenne. /// Then come incredible scenes of worship and stemming trances from depthes of pagan Africa.


2261-33: Le pèlerinage attire également des membres de la communauté des Rastafaris de la ville voisine de Shashamane. /// The pilgrimage also attracts members of the Rastafari community from the nearby city

2261-34: Le pèlerinage attire également des membres de la communauté des Rastafaris de la ville voisine de Shashamane. /// The pilgrimage also attracts members of the Rastafari community from the

2261-35: Au même titre que le pélerinage à La Mecque, celui de Cheikh Hussein confère un certain prestige aux pélerins. /// In the same way as the pilgrimage in Mecca, the one of Sheik Hussein confers

2261-36: Au même titre que le pélerinage à La Mecque, celui de Cheikh Hussein confère un certain prestige aux pélerins. /// In the same way as the pilgrimage in Mecca, the one of Sheik Hussein confers


2261-37: Au même titre que le pélerinage à La Mecque, celui de Cheikh Hussein confère un certain prestige aux pélerins. /// In the same way as the pilgrimage in Mecca, the one of Sheik Hussein confers

2261-38: Au même titre que le pélerinage à La Mecque, celui de Cheikh Hussein confère un certain prestige aux pélerins. /// In the same way as the pilgrimage in Mecca, the one of Sheik Hussein confers

2261-39: Au même titre que le pélerinage à La Mecque, celui de Cheikh Hussein confère un certain prestige aux pélerins. /// In the same way as the pilgrimage in Mecca, the one of Sheik Hussein confers

2261-40: Au même titre que le pélerinage à La Mecque, celui de Cheikh Hussein confère un certain prestige aux pélerins. /// In the same way as the pilgrimage in Mecca, the one of Sheik Hussein confers


2261-55: Un pèlerin a rempli son jerrican de l'eau sacrée puisée dans le bassin le plus vénéré du site religieux./// A pilgrim filled his jerrycan with the sacred water drawn from the pond the most worshipped of the religious site.


2261-41: En pénétrant dans le sanctuaire, les pèlerins suivent un rituel immuable, comme s'ils rentraient dans un autre monde. /// Going into the sanctuary, the pilgrims follow an unchanging rite, as if they went

2261-42: En pénétrant dans le sanctuaire, les pèlerins suivent un rituel immuable, comme s'ils rentraient dans un autre monde. /// Going into the sanctuary, the pilgrims follow an unchanging rite, as if they went

2261-43: En pénétrant dans le sanctuaire, les pèlerins suivent un rituel immuable, comme s'ils rentraient dans un autre monde. /// Going into the sanctuary, the pilgrims follow an unchanging rite, as if they went

2261-44: En pénétrant dans le sanctuaire, les pèlerins suivent un rituel immuable, comme s'ils rentraient dans un autre monde. /// Going into the sanctuary, the pilgrims follow an unchanging rite, as if they went


2261-45: On assiste alors à d'incroyables scènes de dévotion et de transes issues des profondeurs de l'Afrique païenne. /// Then come incredible scenes of worship and stemming trances from depthes of

2261-46: On assiste alors à d'incroyables scènes de dévotion et de transes issues des profondeurs de l'Afrique païenne. /// Then come incredible scenes of worship and stemming trances from depthes of

2261-47: On assiste alors à d'incroyables scènes de dévotion et de transes issues des profondeurs de l'Afrique païenne. /// Then come incredible scenes of worship and stemming trances from depthes of

2261-48: On assiste alors à d'incroyables scènes de dévotion et de transes issues des profondeurs de l'Afrique païenne. /// Then come incredible scenes of worship and stemming trances from depthes of


2261-34: Le pèlerinage attire également des membres de la communauté des Rastafaris de la ville voisine de Shashamane. /// The pilgrimage also attracts members of the Rastafari community from the nearby city

2261-28: Autour du mausolée, plusieurs sources et bassins d'eau sacrée sensés guérir les plaies de l'âme et du corps./// Around the mausoleum, several springs and sacred water points to cure the wounds of the


2261-49: On assiste alors à d'incroyables scènes de dévotion et de transes issues des profondeurs de l'Afrique païenne. /// Then come incredible scenes of worship and stemming trances from depthes of

2261-50: On assiste alors à d'incroyables scènes de dévotion et de transes issues des profondeurs de l'Afrique païenne. /// Then come incredible scenes of worship and stemming trances from depthes of

2261-57: Au petit matin, la maigre végétation autour du mausolée de Cheikh Hussein./// In the early hours, the thin vegetation around the mausoleum of Sheik Hussein.

2261-52: On assiste alors à d'incroyables scènes de dévotion et de transes issues des profondeurs de l'Afrique païenne. /// Then come incredible scenes of worship and stemming trances from depthes of


2261-53: On assiste alors à d'incroyables scènes de dévotion et de transes issues des profondeurs de l'Afrique païenne. /// Then come incredible scenes of worship and stemming trances from depthes of

2261-54: On assiste alors à d'incroyables scènes de dévotion et de transes issues des profondeurs de l'Afrique païenne. /// Then come incredible scenes of worship and stemming trances from depthes of

2261-56: Au petit matin, la maigre végétation autour du mausolée de Cheikh Hussein./// In the early hours, the thin vegetation around the mausoleum of Sheik Hussein.

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2261-51: On assiste alors à d'incroyables scènes de dévotion et de transes issues des profondeurs de l'Afrique païenne. /// Then come incredible scenes of worship and stemming trances from depthes of pagan Africa.


2261-29: Au même titre que le pélerinage à La Mecque, celui de Cheikh Hussein confère un certain prestige aux pélerins. /// In the same way as the pilgrimage in Mecca, the one of Sheik Hussein confers certain prestige on pilgrims.


Exalted pilgrims of Sheik Hussein. A mystic place, improbable point on a map, lost in the middle of a basalt upland emaciated on the sides of Bale Mountain surrounded by a thorny vegetation. Weeks of walking, months for some of them, on the steep roads of the Abyssinian tray upland. Men and women, children and old men, shabby, in rags, or wearing beautiful clothes for the most fortunate, they arrive, by clusters of ten or hundred, exhausted, but carried by an irrational and iconoclastic faith, emerging from the mysterious depthes of Africa. What powerful spirits can they attract so many pilgrims excited towards the grave of a soufi saint, the day of A誰d el Kebir? The myth of Sheik Hussein goes back to the time when three main monotheist religions crossed the Red Sea to become established in the antic kingdom of Abyssinia, more than seven centuries ago ? It seems that Sheik Hussein is the first Muslim missionary who begins to Islamize the inside of Ethiopia, when the Christendom did not have been able to cross the Rift valley, leaving the main pagan enclaves. Then the Oromos becomes established in the massif of Bale in the XVIth century and integrate into their rite of faiths the legend of Sheik Hussein and the supernatural powers of the soufi saint. As many South communities of Ethiopia, these people of herds guards and Semito-Hamitic farmers believe in the power of the spirits in the nature (mountains, caves, springs, trees). For these multiconfessional tribes, come from the Danakil deserts, steppes of Ogaden, mountains of the Simian, or from the river Omo, most important is the incredible communion between believers, intended to be connected with the natural spirits which live in these places, far from any sectarism. It seems like a religious symbiosis (some people will see rather a big multiconfessional disorder) because mystic faith and supranatural invade the pilgrims. In any case we are indeed far from the Islamic orthodoxy, for whom these rites, if we dare to say, are not very catholic... In the same way as certain places of Christian pilgrimages (Zeqwala in the South of Addis Ababa) the pilgrimage of Sheik Hussein integrates a site of heathen cult. These very spectacular scenes of worship, are naturally

banned by the religious authorities of both confessions. But the character and the fame of these sanctuaries, authorize this kind of overflowing. A peculiarity which seems to challenge Ethiopia, strong place of the Christendom, on which waves of the Islam break for centuries. On these high lands where the confessional identity structures the space and the time of his inhabitants, Christians and Muslims united in the same place, share common religious practices. Would the ancient traditional rites have taken the influence on the dogma of two big monotheist religions? In any case the spirit of religious tolerance always blows on Ethiopia.


Les pélerins exaltés de Cheikh Hussein.French text. Un haut lieu mystique, un point improbable sur une carte, perdu au milieu d'un plateau basaltique décharné sur les flancs du massif du Bale, où règnent les épineux. Des semaines de marche, des mois pour certains, sur les routes escarpées du plateau abyssin. Hommes et femmes, enfants et vieillards, dépenaillés, en guenilles, ou vêtus de leurs plus beaux atours pour les plus fortunés, ils arrivent, par grappes de dix ou cent, les traits tirés, exténués, mais portés par une foi irrationnelle et iconoclaste, venue des mystérieuses profondeurs de l'Afrique. C'est sans doute Waq, le dieu du Ciel pour les Oromos, qui déclenche une pluie torrentielle sur un dernier groupe d'arrivants, des Afars marchant d'un pas résolu malgré la rue boueuse, scandant des hymnes à la gloire de Cheikh Hussein, les yeux exorbités, braqués vers la silhouette lointaine du mausolée blanc. Les plus valides poursuivent leur progression insensée vers le sanctuaire tant convoité, psalmodiant le nom de Cheikh Hussein, quand d'autres s'effondrent sur le sol carminé par l'averse diluvienne, frappant la terre sacrée à bras raccourcis. Quels puissants esprits peuvent-ils attirer autant de pèlerins exaltés vers la tombe

d'un saint soufi, le jour de l'Aïd el Kebir ? Le mythe de Cheikh Hussein remonte à l'époque où les trois grandes religions monothéistes franchissaient la mer Rouge pour s'établir dans l'antique royaume d'Abyssinie, il y a plus de sept siècles. Du judaïsme, depuis le départ des Falachas vers Israël, il reste bien peu de pratiquants en Éthiopie. Alors que le christianisme occupe la majeure partie du pays, l'islam, en simplifiant, s'est implanté à l'ouest et au sud du royaume chrétien, en constituant des sultanats contraints de cohabiter avec les religions traditionnelles. Il semble que Cheikh Hussein soit le premier missionnaire musulman qui entreprenne d'islamiser l'intérieur de l'Éthiopie, quand le christianisme n'avait pu franchir le Rift, délaissant les grandes enclaves païennes. Puis les Oromos s'implantent dans le massif du Bale au XVIème siècle et intègrent à leur rituel de croyances la légende de Cheikh Hussein et les pouvoirs surnaturels du saint soufi. Comme beaucoup de communautés du sud de l'Éthiopie, ce peuple de gardiens de troupeaux et de paysans chamito-sémitiques croient à la puissance des esprits dans la nature (montagnes, grottes, sources, arbres...). Aujourd'hui le pélerinage de Cheikh Hussein esquisse une sorte de mirage syncrétique entre islam, chrétienté et animisme. L'essentiel pour ces tribus aux confessions multiples, venues des déserts danakils, des steppes de l'Ogaden, des montagnes du Simien, ou du fleuve Omo, c'est l'incroyable communion entre croyants, destinée à se concilier les esprits naturels qui habitent ces lieux, loin de tout sectarisme. Si la ferveur frise parfois la frénésie, la tolérance entre pèlerins est stupéfiante. De l'islam au paganisme, des chrétiens aux rastafariens* de Shashemene, on assiste à une symbiose religieuse, d'aucuns verront plutôt un grand désordre

multiconfessionnel, dont la foi mystique et le surnaturel envahissent les pèlerins. En tout cas nous sommes bien loin de l'orthodoxie islamique, pour qui ces rituels, si l'on ose dire, ne sont pas très catholiques... La colère du dieu Waq s'est calmée. Le vent balaye la poussière ocre irradiée de lumière au-dessus des silhouettes multicolores des fidèles rassemblés sur le parvis de la mosquée. Entre des baldaquins de nuages pourpres, un arc-en-ciel somptueux salue l'arrivée d'un bus exsangue et désarticulé. Des voyageurs plus fortunés en descendent. Ils viennent du Soudan, de Somalie et même du Yémen. Mais l'heure est au grand prêche de l'Aïd el Kebir. Avec sa tête de vieux barde madré, l'un des gardiens du mausolée fait virevolter son bâton fourchu qu'on appelle ici « oule Cheikh Hussein ». Autrefois, cet accessoire indispensable au pèlerin - au même titre que la coquille pour le pèlerin de Saint-Jacques-de-Compostelle - était surmonté de cornes d'antilopes spiralées. Doté d'une valeur symbolique, ce bâton est censé ouvrir la porte des maisons que les marcheurs trouvent sur leur chemin. Une loi orale impose aux riverains des chemins de Cheikh Hussein, d'accorder l'hospitalité à ceux qui portent l'oule. Circulant entre les pèlerins, le gardien est en réalité un véritable orateur, chargé de préparer les esprits au grand prêche de l'imam. Coiffé d'une oeuvre baroque composée de colliers de coquillages, de pacotilles, de perles et de quelques sourates du coran, sa mine devient tour à tour menaçante et illuminée. Brandissant son bâton vers le ciel, et frémissant de tout son harnachement d'apparat le voici lancé dans une oraison extatique. La fièvre monte parmi l'assemblée fervente. Des réponses ténébreuses fusent parmi des cris et des gémissements. Bientôt

relayées par des prédicateurs en herbe qui haranguent la foule, et crachent dans leurs mains tendus vers les nuages assombris, en signe de bénédiction. Comme les djinns (ou esprits) se répandent autour d'un feu sans fumée, une folie sacrée s'empare des pèlerins qui à leur tour, pointe leur main, paume vers le ciel, dans un appel désespéré. Certains sous l'emprise du khat, cette feuille que l'on mâche en grande quantité, frisent la crise de démence, se débattent dans des convulsions, semblent possédés, et finissent par s'évanouir. L'imam a fait son entrée et calme les esprits avec son allure de grand commandeur. Son bedeau arbore un thyrse aux clochettes écarlates qu'il tend au-dessus de la foule comme pour canaliser le trop plein d'énergie. Le prêche de l'imam est en arabe. La grande majorité des fidèles, d'origine oromo, ne comprend pas. Face à l'enceinte crénelée du mausolée, l'immense assemblée pourtant s'incline. Ils sont presque quinze mille à venir commémorer cette année le sacrifice d'Abraham, à moins qu'il ne s'agisse de vénérer le dieu Waq, qui détient les pouvoirs de la fertilité du monde. Au moment où la foule se disperse, un rastafarien a entrepris de bénir la foule avec du parfum et de l'encens. Le soleil a désormais noyé la coupole du monument sous une aveuglante blancheur, quand les pèlerins pénètrent dans l'enceinte du mausolée. Dans un recueillement troublant ils suivent un rituel immuable comme s'ils prenaient conscience de rentrer dans un autre monde. Une longue file d'attente se met en place pour embrasser la pierre sacrée, située sur le côté gauche du porche d'entrée avant de s'introduire dans le saint des saints. On franchit le seuil en se courbant sous la porte basse, avant de parvenir dans un dédale étroit de petites


mémoire et la raison s'abandonne en ses détours. On entend les plaintes humaines, gémissements, murmures, sanglots, vagues prières, larmes et chants, froissements d'étoffes, et la mastication des cailloux que des fidèles prélèvent dans les allées et qu'ils ingurgitent. On voit l'extrême dévotion devant l'invisible, comme une présence indéniable, avec les visages frottés de poudre blanche prélevée sur les murs du sanctuaire. Des femmes, des enfants et des hommes, accroupis, prostrés, aux visages extatiques, émergent à peine du réduit obscur d'une alcôve plongée dans les ténèbres sacrés. On ressent la chaleur lancinante, entêtante, dans son travail fusionnel entre les relents de sueur âcre et l'amertume de l'encens. Les sens en éveil total, le pèlerin poursuit son cheminement vers le sacré. Les pluies d'orage s'annoncent à nouveau. Des corneilles noires planent dans le ciel du village de Cheikh Hussein. Les croyants se contorsionnent toujours à l'entrée du mausolée, d'autres rampent vers la sortie. En contrebas du monument, beaucoup de femmes se pressent vers un bassin recouvert de lentilles d'eau. Pour les musulmans, c'est l'eau la plus pure du monde, le puits de zemzem (le bruissement de la source). À l'image de celle de La Mecque, dont on prétend ici qu'elle serait antérieure. Chacun recueille un peu de cette eau précieuse qui garantira santé et prospérité à sa famille. Plus loin, dans les recoins du périmètre sacré, sont confinés des sortes d'ermites, à moins qu'il ne s'agissent de mystiques itinérants. Ils prétendent être habités par une force qui les dépasse, leurs paroles sont dictées par des esprits, ils deviennent

les interprètes chargés de transmettre l'étrange dialogue entre le profane et le sacré. Quand la nuit tombe, les repères s'effacent, le monde du visible côtoie le monde de l'invisible, les frontières s'estompent. Les pèlerins retrouvent un peu d'humanité autour d'un feu et d'une tasse de thé, les djinns se reposent au pied des remparts. Les fidèles reprendront leur fardeau le lendemain, car la plupart sont venus pour demander une guérison, un miracle, ou simplement implorer la pluie pour les récoltes. Au pied des murs de chaux blanche, éclatants de lumière, combien de prières et de voeux seront-ils exaucés demain ? Au même titre que certains lieux de pèlerinages chrétiens (Zeqwala au Sud d'Addis Abeba) le pèlerinage de Cheikh Hussein intègre un site de culte païen, dont quelques aspects sont « récupérés » dans les liturgies. Ces scènes de dévotion très spectaculaires, sont bien entendu proscrites par les autorités religieuses des deux confessions. Mais le caractère et la notoriété de ces sanctuaires, autorisent ce genre de débordement. Une singularité qui semble défier le temps dans le haut lieu éthiopien de la chrétienté, sur lequel les vagues de l'islam se brisent depuis des siècles. Sur ces hautes terres où l'identité confessionnelle structure l'espace et le temps de ses habitants, des chrétiens et des musulmans unis dans un même lieu, partagent des pratiques religieuses communes. Les rites traditionnels anciens auraient-ils pris l'ascendant sur les dogmes des deux grandes religions monothéistes ? En tout cas l'esprit de tolérance religieuse souffle toujours sur l'Éthiopie. Cyril le Tourneur d'Ison * Les rastafariens, venus de Jamaïque, et

dont l'influence ne dépasse guère la concession que leur octroya Haylä Sellasé, à Shashämané à plus de 200 km de la capitale dans le Rift.


Captions. Photo 1 à 9 Ils sont des milliers de pélerins à converger chaque année vers le mausolée de Cheikh Hussein. /// They are thousands of pilgrims to converge every year to the mausoleum of Sheik Hussein. Photo 10 Le gardien du mausolée célèbre pour ses harangues. /// The guard of the mausoleum very famous for his speeches. Photo11 à 14 Des prêcheurs improvisent pour faire monter la ferveur. //// Moralizers improvise to make the fervour rise. Photo 15 à 24 Ce pélerinage est une sorte de mirage syncrétique entre Islam, Chrétienté et animisme. /// This pilgrimage is a kind of syncretic mirage between Islam, Christianity and animism. Photo 25 à 28 Autour du mausolée, plusieurs sources et bassins d'eau sacrée sensés guérir les plaies de l'âme et du corps./// Around the mausoleum, several springs and sacred water points to cure the wounds of the soul and the body. Phtoto 29 à 32 Au même titre que le pélerinage à La Mecque, celui de Cheikh Hussein confère un certain prestige aux pélerins. /// In the same way as the pilgrimage in Mecca, the one of Sheik Hussein confers certain prestige on pilgrims. Photo 33 à 34 Le pèlerinage

attire

également

des

membres de la communauté des Rastafaris de la ville voisine de Shashamane. /// The pilgrimage also attracts members of the Rastafari community from the nearby city of Shashamane. Photo 35 à 40 Au même titre que le pélerinage à La Mecque, celui de Cheikh Hussein confère un certain prestige aux pélerins. /// In the same way as the pilgrimage in Mecca, the one of Sheik Hussein confers certain prestige on pilgrims. Photo 41 à 44 En pénétrant dans le sanctuaire, les pèlerins suivent un rituel immuable, comme s'ils rentraient dans un autre monde. /// Going into the sanctuary, the pilgrims follow an unchanging rite, as if they went into another world. Photo 45 à 54 On assiste alors à d'incroyables scènes de dévotion et de transes issues des profondeurs de l'Afrique païenne. /// Then come incredible scenes of worship and stemming trances from depthes of pagan Africa. Photo 55 Un pèlerin a rempli son jerrican de l'eau sacrée puisée dans le bassin le plus vénéré du site religieux./// A pilgrim filled his jerrycan with the sacred water drawn from the pond the most worshipped of the religious site. Photo 56 Au petit matin, la maigre végétation autour du mausolée de Cheikh Hussein./// In the early hours, the thin vegetation around the mausoleum of Sheik Hussein. Photo 57

Les pèlerins continuent d'affluer vers le village de Cheikh Hussein. //// The pilgrims continue to stream towards the village of Sheik Hussein

Exalted pilgrims of Sheik Hussein.  

From all parts of the Horn of Africa,they are thousands to converge every year, towards the mausoleum of Sheik Hussein.In the heart of the E...

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