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Master Professionnel Mention : Information et Communication Spécialité : Médias Option : Médias et Numérique

Les Vidéos de Recettes Culinaires sur les Réseaux Sociaux Une analyse de la transformation du genre de la recette et ses modalités de réception par des réseaux sociaux

Responsable de la mention Information et Communication Professeure Karine Berthelot-Guiet Tuteur Universitaire : Pauline Chasseray-Peraldi Tuteur Professionnelle : Erwan Guiriec Nome, Prénom : Amendola de Almeida, Lidia Promotion : 2016 - 2017

École des Hautes Études en Sciences de l’Information et de la Communication - Université Paris-Sorbonne 77, Rue de Villiers, 92200 - Neuilly tel. : +33 (0)1 46 43 76 76 fax. : +33 (0)1 47 45 66 04 www.celsa.fr


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TABLE DES MATIÈRES

REMERCIEMENTS ..................................................................................................... 4 INTRODUCTION ......................................................................................................... 5 1. LA RECETTE COMME OBJET CULTUREL COMPLEXE ..................................... 9 1.1. La recette comme objet sémiotique .............................................................. 10 1.2. Le processus dialogique : un parallèle entre les recettes et la pédagogie.... 16 1.3. Un genre littéraire adapté ?........................................................................... 18 2. LA RECETTE COMME DISPOSITIF DE MEDIATION ......................................... 31 2.1. Les principaux acteurs de la vidéo-recette en ligne ...................................... 31 2.2. Les indications de l’existence du processus dialogique / apprentissage ...... 42 2.3. La démocratisation de la gastronomie par le biais des vidéos-recette ......... 42 2.4. Les recettes comme outil de mondialisation ................................................. 45 3. L’UNIVERS MÉDIATIQUE DES RECETTES ....................................................... 48 3.1. Médias : au delà du support .......................................................................... 48 3.2. Objet technique ............................................................................................. 48 3.3. Objet social ................................................................................................... 57 CONCLUSION........................................................................................................... 62 BIBLIOGRAPHIE ...................................................................................................... 66 ANNEXES ................................................................................................................. 70

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REMERCIEMENTS Avant tout, je tiens à remercier les vrais responsables pour la réalisation de ce mémoire, parce que si j’ai réussi à le faire, c’était grâce aux conseils et soutien de chacun de cette liste : •

Mon premier rapporteur universitaire, Monsieur Etienne Candel, qui m’a beaucoup apporté des bonnes choses et m’a encouragé mêmes aux moments où je doutais de ma capacité. Merci pour toute patience et compréhension ;

M. Erwan Guiriec pour sa gentillesse et pour le temps qu’il a bien voulu m’accorder ;

Mesdames Pauline Chasseray-Peraldi et Clotilde Chevet pour les très précieux insights ;

Mme Sibylle Monlouis et l’administration du CELSA pour toute l’aide, compréhension et gentillesse.

M. Otávio Albuquerque, pour m’avoir accordé un entretien et toute sa gentillesse et bon humeur pendant le processus ;

Ma famille, qui même à presque dix milles kilomètres de distance m’a soutenu, pour des milliers d'heures que nous avons passé en appel vidéo pour me tenir compagnie ;

Mon père, qui même n’étant plus entre nous continue à être ma grande source d’inspiration ;

Mes amis brésiliens qui ont été ma seule famille en France, pour m’avoir écouté et m'a conseillé, pour m’aider à traverser tout cela d'une manière beaucoup plus tranquille ;

Cyril Cloët, mon professeur de français, pour avoir rendu toute cette expérience possible ;

Nadège Marchand, ma manager chez Danone, pour m’avoir très bien reçue et pour toute sa patience et disponibilité ;

La France, pour m’avoir accordé l’année plus intense da ma vie, pleine de découvertes, larmes et sourires, bons et mauvais moments et quelques kilos supplémentaires.

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INTRODUCTION Ce mémoire porte sur les recettes culinaires et ses modalités de réception, surtout par des réseaux sociaux. Mon principal objectif ici est d’analyser la recette culinaire en tant que divertissement et pas seulement comme une façon d’apprentissage, en fonction de l’usage du format « one-minute video » sur Facebook. La gastronomie a trouvé sa place sur les réseaux sociaux et de plus en plus nous voyons sa croissance et sa conquête de territoire et de l'intérêt de milliers de personnes, comme moi. En tant que consommatrice assidue des vidéos de recettes et passionnée par la communication, je m'intéresse non seulement pour le contenu des vidéos, mais aussi pour sa raison d’être et ce qu’il y a derrière. J’ai vu dans ce mémoire une occasion de réunir mes deux passions, la communication et la gastronomie, et acquérir plus d’expérience et de connaissances dans le domaine, afin d’obtenir un avantage sur le sujet. La gastronomie et les recettes sont des sujets très complexes, et nous nous retrouvons dans des milliers de sujets possibles, plusieurs variables. Donc, pour me trouver devant le sujet de ce mémoire, j’ai analysé mon propre comportement. Je me suis aperçue que je ne préparais pas ni même une dixième des recettes que je voyais sur les réseaux sociaux, et que la majorité des vidéos que je regardais était pour le plaisir pur et simple de voir une recette étant bien exécutée. Je me suis demandé, alors, si la raison d’être d’une vidéo-recette, son genre, n’a pas changé avec l’émergence des réseaux sociaux et la consommation croissante et plus solide des vidéos sur internet, principalement celles plus courtes, de moins de deux minutes. Les vidéos sont déjà les grandes « stars » du web. Un récapitulatif 2016 publié par Médiametrie 1 , le leader d’études en médias, montre que les français passent environ 20 minutes de sa journée à regarder des vidéos sur internet, soit 20% du 1

Médiametrie. L’Année Internet 2016 : Le Mobile, l’expérience enrichie. Communiqué de Presse. Levallois, le 23 février 2016. Web. Consulté le 9 juillet 2017. Disponible pour téléchargement sur : http://www.mediametrie.fr/internet/communiques/l-annee-internet-2016-le-mobile-l-experienceenrichie.php?id=1623. 5


temps total de navigation. Ce qui nous fait penser que les vidéos de recettes font partie de ces 20% est que, à la même époque, en 2016, la page américaine « Tasty » sur Facebook dédiée aux « one-minute recipe videos » est passée de zéro à 38 millions d’abonnés dans une période d'environ six mois2. Aujourd’hui ce numéro dépasse déjà la ligne de 85 millions. Mais, cependant, ces vidéos de recette qui apparaissent toutes seules, sans être recherchées, sans aucune intention de l'utilisateur de préparer une recette à de moments précis, jouent le rôle de la vraie recette, étant-il le rôle d’enseignant ? Sinon, joueraient-elles le rôle d’animateur, qui vise à divertir le spectateur ? Ces questions nous font penser au « détournement », à l’usage d’une vidéo-recette et au changement de son genre, en raison de ce format très court émergent dans les réseaux sociaux. Et, comme cela, elles nous posent la problématique : dans quelle mesure le format « one minute vidéo » sur les réseaux sociaux change-t-il le genre des recettes culinaires ? Pour répondre à cette problématique, nous avons ainsi déterminé trois hypothèses que nous tenterons de confirmer au cours de ce mémoire: -

La finalité de la recette est imposée par sa définition, ce qui détermine sa réception / usage.

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Le changement du genre de la recette est fait par son émetteur, qui lui donne une signification à travers de ses choix

-

La finalité de l’usage des médias numériques influence à l’usage / réception des vidéos recettes et leur donne une nouvelle signification

Au delà de répondre à la problématique, ces hypothèses visent mettre en lumière le sujet de façon que nous pouvons mieux le comprendre, en permettant, après, la création des stratégiques de contenu plus adaptées à la réalité et à l’univers des recettes. Montrer les pouvoirs de chaque acteur dans le processus de communication et leurs impactes sur la réception du contenu, donnant encore plus

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Europe 1. Les vidéos de cuisine sur Facebook, la recette qui cartonne. Article du 22 février 2017. Web. Consulté le 9 juillet 2017. URL : http://www.europe1.fr/societe/les-videos-de-cuisine-surfacebook-la-recette-qui-cartonne-2673679 6


de pouvoir aux créateurs de contenu, afin qu’ils sachent comment utiliser les particularités de chaque influenceurs en leur faveur. Les hypothèses seront validées ou rejetées par l’analyse de contenu. Dans en premier moment, nous allons analyser la recette elle-même, la signification qui lui est attribuée, en passant de la théorie du dictionnaire à la pratique, sa compréhension par la société. Après, nous passons à sa structure, la recette comme genre littéraire. Nous allons aussi analyser la recette par des yeux de la sémiologie. Comme cela, nous verrons si le genre de la recette impose déjà sa finalité et la façon dont elle doit être reçue. Durant la réalisation du présent mémoire, nous voyons qu’il y a un nombre important de documents sur la nourriture, une fois qu’elle a fait partie essentielle de l’histoire de l’humanité, mais nous en disons peu de recettes. Nous nous retrouvons, alors, face à l’exploration d’un nouveau sujet qui nous oblige à toucher au moins la base d’autres sujets comme la nourriture, la gastronomie, pour être exploré. Plus d’une recherche, ce mémoire montre les connexions des points qui devaient être faits pour donner de la base à l’étude. Il se fait présent aussi la nécessité d’analyser le milieu dans lequel les vidéosrecettes sont insérées : les réseaux sociaux. L’usage des réseaux sociaux est très diversifié et nous allons analyser où se trouvent les recettes dans ce milieu, si l’usage des réseaux sociaux est lié à l’usage des vidéos-recettes, si l’usage des réseaux sociaux influe sur l’usage des recettes et contribue à sa « resignification », au cas où elle existe. Cependant, ce mémoire ne vise pas à épuiser le sujet, mais le montrer de différents angles, afin de le clarifier et faire ressortir des choses que nous nous rendons pas compte au quotidien, comme l’usage des recettes culinaires, une chose qui existe depuis l’âge de pierre et quand même se montre très présente aujourd’hui, au XXIème siècle, toujours à évoluer et s’adapter. Il nous reste savoir, toutefois, si son adaptation à interféré dans sa signification.

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Durant la réalisation du présent mémoire, des nouvelles idées se sont fait présentes et des possibles réponses ont apparu. Ainsi, nous avons réalisé la complexité du sujet, une fois qu’à chaque nouvelle réponse se présentait, une nouvelle étude se faisait présente aussi. Pour ne pas échapper au sujet initial, nous nous gardons toujours à l’idée de travailler les recettes et son usage comme divertissement. De toute façon, nous n’avons pas pu isoler le sujet et nous tenir uniquement aux recettes, une fois que peu a été dit à leur sujet. Cela nous montre, encore une fois, que ce mémoire n’apporte que le début, l’initiation au sujet et que d’autres études peuvent le suivre.

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1. LA RECETTE COMME OBJET CULTUREL COMPLEXE Pour bien commencer l’analyse, il nous faut, tout d’abord, définir ce que nous comprenons comme une recette et le mettre dans différentes univers, ce qui nous aidera à valider, ou pas, l’hypothèse suivante : la finalité de la recette est imposée par sa définition, ce qui détermine sa réception / usage. Pour cela, nous allons premièrement voir sa définition officielle, pour après et l’analyser comme objet de différents univers. Selon le dictionnaire français Larousse, le mot « recette » vient du latin Recepta (de recipere, recevoir) et peut apporter des significations différentes. Nous y lisons : « 1. Somme reçue : Colonne des recettes et des dépenses sur un livre de comptes. 2. Montant total des sommes gagnées entrées en caisse à un moment donné [...]. 3. Description détaillée de la façon de préparer un mets. 4. Méthode, moyen empirique pour réussir dans telle circonstance. [...] »

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La définition que nous concerne le plus est celle de numéro trois, qui est liée directement à la gastronomie. Mais comme une recette n’est tenue comme rien de plus qu’un moyen de faire quelque chose, une étape par étape pour obtenir un résultat réussi, les autres définitions nous aident aussi à mieux comprendre la recette, comme celle de numéro quatre. En tout cas, nous voyons bien que même en s’appropriant des définitions différentes, nous n’arrivons pas à résumer la recette, lui mettre des barrières limitantes, lui donner une structure fermée. La définition de recette nous donne vraiment le cœur, le fil conducteur, ce que nous allons toujours trouver dans une recette, ce que la société va comprendre d’une recette, sans s’appuyer à son format, sa forme de présentation, son récepteur ou le milieu où elle est insérée. Nous allons penser à cette définition comme une ligne droite horizontale, dans laquelle les variables la coupent verticalement, mais nous allons essayer de l’analyser à partir d’autres fondations, d’autres sciences.

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« Recette », Dictionnaire de Français Larousse. Web. Consulté le 9 juillet 2017. URL : http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/recette/66973?q=recette#66224 9


Dans un premier moment, nous allons nous appuyer sur la sémiologie pour essayer de trouver des finalités et donner aux recettes une structure plus solide qui nous permettra l’insérer dans des différents contextes et voir son changement et son évolution. Cependant, avant tout, il est important de garder dans la tête les principes de la sémiologie et de la signification. Pour cela, nous allons commencer par étudier les signes et la signification et après appliquer ces concepts aux recettes de façon à faire ressortir d’autres interprétations.

1.1. La recette comme objet sémiotique Pour comprendre la signification d’une recette et puis analyser le « détournement » de son usage, nous sommes obligés à bien comprendre de quoi s’agit une signification, comment elle est attribuée, qui la créée. Pour trouver les réponses à nos questions, nous faisons appel à quelques auteurs auxquels l’étude du signe et sa signification apparaît au centre des leurs œuvres, comme c’est le cas de « Cours de Linguistique Générale » de Ferdinand Saussure et « Le Signe » d’Umberto Eco. En prenant ces livres comme référence, nous travaillerons au cours de cette partie la compréhension des éléments de la sémiologie et comment nous pouvons les appliquer à la recette. Tout au début de l’ouvrage d’Umberto Eco, nous retrouvons déjà des concepts très intéressants à utiliser dans notre étude. Dans le chapitre un, « Le processus sémiotique », Eco donne la définition d’un signe, étant elle : « le signe est utilisé pour transmettre une information, pour dire ou indiquer une chose que quelqu’un connaît et veut que les autres connaissent également. » 4 . À partir de cette définition, nous pourrions déjà prendre la recette comme un signe, puisque cette définition s'inscrit dans le concept qu’une recette apporte une quantité d’informations que nous voulons faire passer, en revanche, si nous nous attachons juste au mot « recette », il demande un complément pour être compris, le

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ECO, Umberto, Le Signe : Histoire et Analyse d’un concept. Paris : Librairie Générale Française, 2016, p. 31. 10


complément « de cuisine », une fois que le mot « recette » apporte plusieurs définitions, comme nous avons vu toute à l’heure. Cela nous fait penser à ce qui dit Ferdinand Saussure sur l’arbitraire du signe, qui suppose que le rapport entre la chose et son nom est arbitraire5, ce qui expliquerait le fait que le mot « recette » puisse signifier plusieurs choses et son complément soit nécessaire. En revanche, si nous prenons ce concept et nous l’appliquons aux recettes sans nous approfondir, nous mettons par terre l’idée que la signification d’un recette puisse changer, une fois que si nous pouvons donner à « recette » la signification que nous voulons, de façon arbitraire, il n'y a pas de sens à briser. Avec cela à l’esprit, nous avançons dans l’œuvre d’Umberto Eco pour trouver d’autres pistes sur les signes et donc nous arrivons à la partie où il explique le signe comme un « élément qui entre dans le processus de communication », il dit qu’« il est aussi une entité qui participe à un processus de signification » 6 . Si nous reprenons le processus de communication dont il parle, nous avons le schéma : source - émetteur - canal - message - destinataire. Si nous prenons la première définition de signe d’Eco, nous voyons que le message équivaut au signe, puisqu’elle est l’information que nous connaissons et nous voulons que l’autre connaisse aussi et cela nous fait passer à un autre point de vue. Dans ce livre, Eco avait déjà évoqué que le message pourrait être constitué par l’organisation de nombreux signes et que c’est presque toujours comme ça, pourtant, se nous imaginons la recette pas comme un signe isolée, mais comme un message composé par plusieurs signes, nous arrivons à une explication beaucoup plus convaincante et logique. En nous appropriant toujours de l'œuvre d'Umberto Eco, nous partons à l’application de la théorie dans une analogie. Eco dit dans son livre que nous pouvons prendre le message comme une cible et que chaque cercle qui compose la cible peut être tenu comme un signe. Donc, c’est bien la jonction de plusieurs signes qui forme la cible, c’est la jonction des cercles qui fait que nous comprenons 5 6

SAUSSURE, Ferdinand, Curso de Linguística Geral. São Paulo : Editora Cultrix, 2006, p. 81. ECO, Umberto, Le Signe : Histoire et Analyse d’un concept. Bruxelles : Labor, 1988, p. 33. 11


le résultat comme une cible. Les cercles séparément ne veulent rien dire, pour être identifiés comme une cible, les cercles ont besoin d’avoir des tailles différentes et d’être arrangés d’une certaine façon : l’un dans l’autre. Les illustrations suivantes vont nous aider à mieux comprendre cette analogie. Dans la première illustration, nous avons trois cercles exactement de la même taille, disposés côté à côte. Cela ne veut rien dire, aucune signification n’a été attribuée à cette image avant, donc nous ne la comprenons pas. Nous savons qu’elle est composée par de cercles, mais son ensemble n’a pas de vraie signification.

Illustration 1

Illustration 2

Illustration 3

Dans la deuxième image, nous avons quatre cercles de tailles différentes, alignés horizontalement. Bien qu'ils aient des tailles différentes, l'alignement ne favorise pas la compréhension, donc, comme l’illustration 1, nous n’avons pas de répertoire pour la comprendre. Dans la troisième image, les mêmes cercles de l’illustration 2 ont étés utilisés, ils ont exactement la même taille, mais ils ont étés réalignés d’une façon différente, l’un dans l’autre. La taille combinée à l’arrangement des cercles font de l’illustration 3 une cible. Et cela arrive une fois que nous avons dans notre répertoire une signification pour cette formation de cercles. À un moment donné de notre vie, nous avons appris à associer cette image au mot « cible » et sa signification. En appliquant cette théorie à notre sujet, sortant de l’idée de cible et cercles et en reformulant l’analogie avec les recettes, nous changeons la « cible » par la « recette » et les « cercles » par des choses qui composent une recette. Donc la recette est le message et les éléments de la recette sont ses signes. Pour l’instant, nous n’allons pas toucher l’idée des signes simples ou complexes7 d’Eco, car il n’est pas notre but l’étudier et l’approfondir, une fois que même dans son œuvre cette idée ne se présente pas très claire. Bien que la prise en référence de l’œuvre 7

ECO, Umberto, Le Signe : Histoire et Analyse d’un concept. Bruxelles : Labor, 1988, p. 44. 12


d’Eco puisse sembler un peu exhaustive, ses concepts sont fondamentaux pour mettre en ordre et soutenir nos théories. Revenant au sujet, nous parlons de la recette en tant qu’un message composé par plusieurs signes. En analysant brièvement quelques livres recettes, comme Desserts Faciles8, et aussi le site marmiton.org, l’un de plus connu en France, nous identifions rapidement quelques signes, comme : les ingrédients, les quantités, la méthode de préparation, le temps de préparation et cuisson, le coût, la difficulté, la portion. Bien sûr que les recettes sur internet contiennent d’autres choses que nous pouvons considérer comme « signes » (les commentaires et l’évaluation, par exemple), mais nous nous tenons juste à ce qui concerne la recette elle-même. Cependant, nous voyons que les signes changent de recette à recette, donc nous allons les classifier en deux groupes : les signes essentiels et les signes supplémentaires. Comme signes essentiels, nous prenons ce qu’il y a en commun dans toutes les recettes analysées, à la fois dans les livres et dans les sites, les signes sans lesquels il ne serait pas possible de préparer une recette. Prendrons, alors, comme exemple, la même recette dans des différentes plateformes : un livre, un site et vidéo internet. En prenant une recette classique, la Tarte Tatin, dans le livre Desserts Faciles9, de Maya Barakat-Nuq et Heloïse Martel, nous avons : 1. La portion ; 2. Temps de préparation, repos et cuisson ; 3. Difficulté ; 4. Ustensiles ; 5. Ingrédients & quantité ; 6. Méthode de préparation ; 7. Variante ; 8. « Truc de cuisinier » ; 9. Photo.

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BARAKAT-NUQ, Maya & MARTEL, Heloïse, Desserts Faciles. Paris : Éditions First, 2014, p. 240. BARAKAT-NUQ, Maya & MARTEL, Heloïse, Desserts Faciles. Paris : Éditions First, 2014, p. 88. 13


Dans le site Marmiton, nous avons :

Figure 1 : Recette de Tarte Tatin du site Marmiton

1. L’évaluation des utilisateurs du site 2. Le nombre de partages et enregistrements 3. Les ingrédients 4. Temps de préparation 5. La portion 6. Le niveau de difficulté 7. La référence au coût de la recette 8. Méthode de préparation en étapes bien définies 9. Ustensiles 10. Note de l’auteur de la recette 11. La recette en vidéo 12. Les avis sur la recette

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Annexe 2 : Recette de Tarte Tatin extraite du site Marmiton. 14

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Nous en profitons que la recette du site Marmiton a été aussi faite en vidéo pour l’utiliser. Dans la vidéo, avec une durée de 45 secondes, nous avons : 1. Les ingrédients 2. La quantité 3. Méthode de préparation en format vidéo Cette brève analyse nous permet déjà d’identifier les signes essentiels et les signes supplémentaires. Les signes qui reviennent souvent et que nous pouvons considérer comme les cercles qui composent la cible qui est la recette sont : les ingrédients, les quantités et la méthode de préparation. Néanmoins, en utilisant des différents formats pour faire l’analyse, nous voyons que les « signes » sont les mêmes, mais ne se présentent pas de la même façon. Nous voyons que les « cercles » qui composent la recette ne sont pas forcément dans le même ordre. En revenant à l’exemple des illustrations ci-dessus, cela serait comme si les illustrations 2 et 3 étaient prises comme des cibles, ce qui peut sembler un peu curieux, une fois que nous ne sommes pas habitués à associer l’illustration 2 à une cible. Mais, à partir de l’instant où nous convenons que l’illustration 2 a des éléments nécessaires pour être une cible, nous l’avons donnée cette signification.

Illustration 2

Illustration 3

Toutefois, pour que cet accord existe, il faut que nous identifiions dans les images quelques signes qui nous renvoient à une cible. C’était pour cela que nous prenons en compte les illustrations 2 et 3 et pas la 1ère, car dans celle-là nous n’avons pas les mêmes cercles que dans les autres, ils ne font pas partie de l’ensemble des règles qui nous aident à interpréter le signe.

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1.2. Le processus dialogique : un parallèle entre les recettes et la pédagogie Jusqu’ici les recettes ont étés abordés de façon générale, sans préciser le support médiatique dans lequel elles apparaissent, car nous voulions justement leur définition indépendamment de cela. Cependant, notre analyse nous mène à quelque chose de plus spécifique. Au-delà de la définition de la recette, il se fait présent aussi la nécessité d’aborder ses finalités. En prenant tout ce que nous avons vu dans les pages précédentes, il est facile d’identifier la pédagogie dans la recette et lui associer cette caractéristique. En supposant que la recette montre la façon de faire quelque chose, elle veut, en fait, nous faire apprendre quelque chose, ce qui est au cœur de la pédagogie. Si nous essayons d'analyser le scénario actuel de la pédagogie, son croisement avec les nouveaux médias se produit dans l’apprentissage à distance, sujet avec lequel nous établirons un parallèle. Nous passerons, tout d’abord, par l’idée présente dans le travail intitulé « Activité de discours dans le cours de science: un outil socioculturel d'analyse et de planification pour l'enseignement »11 de Eduardo F. Mortimer et Phil Scott, Université Fédérale de Minas Gerais, au Brésil, et Université de Leeds, au Royaume-Uni, respectivement. En utilisant comme base les concepts de Bakhtine, les auteurs ont identifié quatre classes d'approche communicative, définies à partir de la caractéristique du discours entre professeurs et élèves en deux dimensions : discours dialogique et d’autorité ; et discours interactif et non-interactif. Si nous observons les deux dimensions, nous les appliquons facilement aux recettes, ce qui confirme, au moins pour l’instant les relations entre les deux sujets. Dans la première dimension, nous avons le discours dialogique et d’autorité et nous pouvons considérer les deux. Dans le premier, soit le dialogique, l’idée qu’il y a plus d’une voix à considérer se fait présente. Ce qui veut dire que la voix à prendre en compte n'est pas seulement de l'enseignant, mais aussi celle des élèves. Cette idée 11

Traduit du portugais : « Atividade discursiva nas salas de aula de ciências : uma ferramenta sociocultural para analisar e planejar o ensino » MORTIMER, Eduardo & SCOTT, Phil, Atividade discursiva nas salas de aula de ciências : uma ferramenta sociocultural para analisar e planejar o ensino. Article. Web. Consulté le 19 août 2017. URL : http://www.if.ufrgs.br/ienci/artigos/Artigo_ID94/v7_n3_a2002.pdf 16


que le dialogisme repose sur le territoire commun de la compréhension de ce qui a été énoncé par l’émetteur et ce qui a été reçu par le récepteur nous remonte à ce qui a été dit précédemment et le ratifie, à la fois dans la définition et son but. Comme ils diraient, le processus d’apprentissage est : « La négociation de nouvelles significations dans un espace communicatif dans lequel se trouve la rencontre entre des différentes perspectives culturelles dans un processus de croissance mutuelle ».

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Ici, nous avons, alors, l’idée que les recettes peuvent être interprétables, leur signification n'est pas dictée par son support médiatique ou son format, mais plutôt par les personnes qui font partie du processus communicationnel. Dans le deuxième cas, nous avons le discours d’autorité. Celui-ci nous présente l’idée que juste la voix de l’émetteur soit prise en compte. Ce qu’il dit est imposé aux récepteurs et le message n’est pas passible d’interprétation. En fait, tous les messages sont passibles d’interprétation, cependant, dans ce cas la signification valide n’est que celle de l’émetteur. Si appliquée aux recettes, cette idée met l’émetteur comme le responsable pour donner de la signification aux recettes, indépendamment du message, des médias, du format et qui va les recevoir. Le processus de la signification se fait et est imposée par la source du message. Dans ce cas, nous nous demandons si les médias fonts ses contenus gastronomique avec l’intention de les transformer en divertissement ou s’ils gardent toujours le but des recettes, en étant-il ce d’apprentissage. Cette question sera traitée dans en prochain moment avec une analyse simplifiée du discours des principaux acteurs des vidéos recettes sur internet. Cependant, avant de partir au prochain sujet, il est important de souligner un autre passage de l’article de Mortimer et Scott où ils mettent en avant l’importance du discours d’autorité pour le processus d’apprentissage. Ils disent que les étudiants peuvent discuter pendant une éternité sur la manière dont les voitures descendent 12

Traduit du portugais : « a negociação de novos significados num espaço comunicativo no qual há o encontro entre diferentes perspectivas culturais, num processo de crescimento mútuo. » MORTIMER, Eduardo & SCOTT, Phil, Atividade discursiva nas salas de aula de ciências : uma ferramenta sociocultural para analisar e planejar o ensino. Article, p.2. Web. Consulté le 19 août 2017. URL : http://www.if.ufrgs.br/ienci/artigos/Artigo_ID94/v7_n3_a2002.pdf 17


une rue incliné, sans jamais arriver aux grandes idées contenues dans les lois de Newton, donc c’est au professeur d’« intervenir et présenter de nouveaux termes et des nouvelles idées pour faire progresser l’histoire scientifique » 13 . En ce qui concerne notre réalité, les « histoires scientifiques » seraient les « recettes » et le rôle du professeur est joué par les médias ou alors par ce qui présente la recette, en donnant des instructions. En analysant les principaux acteurs, nous allons voir ce qui ressort par rapport à ce que nous avons déjà touché.

1.3. Un genre littéraire adapté ? Avant de partir à l’analyse des principaux acteurs de la vidéo recette en ligne, nous faisons encore une analogie pour faire ressortir des nouvelles idées par rapport au sujet. Et si nous pensons aux vidéos recettes comme une « adaptation cinématographique » ? Tout comme certains films, les recettes ont une origine physique de quelque chose qui a été écrite. Si elles sont passées de l’écriture au format vidéo, peut-être que, en analysant un peu son histoire et l’histoire de l’industrie cinématographique, nous allons nous approcher des réponses à nos questions. Pour commencer ce chapitre, nous remontons un peu dans l’histoire des recettes et de la gastronomie. Cette histoire se confonde avec celle de l’humanité, une fois que la nourriture a été toujours la base de la vie de l’être humain. Manger est une fonction biologique pour donner au corps les substances nécessaires pour vivre. Si nous commençons à y penser, nous remontons à la préhistoire (15000 ans avant notre ère), les découvertes de l’époque, comme le feu et le fer, ont soulevé la cuisine à un autre niveau et les registres de comment préparer les aliments sont devenus de plus en plus nécessaires. Le premier registre de méthode de préparation dont nous ayons connaissance, ce que Jean Bottéro14 appelle de « manuel » de cuisine, date la fin du Ve siècle et a été écrit par Mithékos, un grec qui s’appelait « professionnel », « le Phidas de la 13

Traduit du portugais: « intervir, introduzir novos termos e novas idéias, para fazer a estória científica avançar. » MORTIMER, Eduardo & SCOTT, Phil, Atividade discursiva nas salas de aula de ciências : uma ferramenta sociocultural para analisar e planejar o ensino. Article, p. 20. Web. Consulté le 19 août 2017. URL : http://www.if.ufrgs.br/ienci/artigos/Artigo_ID94/v7_n3_a2002.pdf 14 BOTTÉRO, Jean, La Plus Vieille Cuisine du Monde. Paris : Louis Audibert, 2002, p. 12. 18


cuisine ». Cependant, son registre complet est perdu et ils ne nous sont restés que quelques fragments et des citations dans d'autres livres, comme « Le Banquet de Savans », écrit par Athénée de Naucratis., où nous pouvons déjà voir quelques caractéristiques plus courantes de la recette, comme l’utilisation de l’impératif.

Figure 2 : Extrait du livre d’Athénée de Naucratis

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Avec des avances au passage du temps, la découverte de nouveaux outils, l’abondance des ingrédients, l’agriculture et aussi l’évolution de la langue, les recettes sont passées de dessins dans le murs à des écritures plus élaborées et avec plus des détails, comme celle de Mithékos. À ce qui n’était que le grosso modo de préparer un aliment a été ajoutée la liste d’ingrédients et les étapes de préparation. Tout cela pour faire passer l’information, pour faire apprendre le gens comment préparer les meilleurs plats et les préférés par la noblesse. Les recettes sont devenues une façon de garder la connaissance, de la faire passer. Ce qui était passé de personne à personne pourrait enfin être enregistré et cela a contribué aussi à sa diffusion. En tenant compte du fait que les recettes sont passés de l'écriture, des livres, pour arriver au format d'aujourd'hui, comme les vidéos sur les réseaux sociaux, nous essayons de l’analyser comme un genre littéraire adapté, comme si elle était un romain qui a été adapté au film. Bien sûr qu’un romain a été écrit déjà avec l’intention de divertir les gens, mais rien n’empêche qu’il ait quelque message important à faire passer, un enseignement. De toute façon, nous avons aussi le genre documentaire à explorer, une fois qu’il est beaucoup plus proche de la réalité d’une recette.

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Extrait du livre d’Athénée de Naucratis, Banquet de Savans, Chapitre XXII, Taina : les Bandes, p. 196. Web. Consulté le 25 juillet 2017. URL : http://bit.ly/2tHQxoH 19


Après avoir vu un peu sur l’origine des recettes et comment elles se présentent depuis le premier livre dont nous avons connaissance, nous allons toucher à son genre. En prenant comme base l’étude de Mme. Nelly Foucher Stenkløv, Épicer l’interprétation des textes : le genre est-il une recette et la recette est-elle un genre ?, nous commençons par identifier où les recettes entrent dans cet univers. Selon Mme. Foucher, « dans la grande famille des genres […] la recette de cuisine fait son nid sous l’étiquette fédératrice de texte de consigne, texte d’incitation à l’action ou texte qui dit de et comment faire »16, ce qui va à l'encontre de ce que nous avons déjà vu : il est compatible au niveau de la description de la recette, le « comment faire », le côté pédagogique est présent avec le discours d’autorité. Il nous reste savoir si l’interprétation de cette consigne est négociée par celui qui l'émet et celui qui la reçoit. En avançant dans l’étude, nous voyons le résultat d’une comparaison entre deux textes de consignes pour voir ce que le compose. Voici le résultat : « - Les textes de consignes présupposent qu’un destinataire plus ou moins réel a besoin d’aide ; - Les textes de consignes ouvrent sur un état futur encore non-existant ; - Les textes de consignes ont une finalité pratique. »

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Tout cela peut-être facilement appliquer au scénario que nous avons. Mais c’est intéressant de remarquer que l’auteur met le destinataire du texte comme quelqu’un « plus ou moins réel », ce qui veut dire que les textes de consignes ne s’adressent pas forcement à quelqu’un que l’émetteur connaît et qu’il est sûr de son besoin d'aide. Autrement dit, le texte de consigne se met à disposition d’un possible destinataire pour qu’il l’utilise de la manière qu’il juger approprié. Comme nous avons vu, la signification d’une recette est liée à sa finalité et toute les deux font

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STENKLØV, Nelly Foucher, Épicer l’interprétation des textes : le genre est-il une recette et la recette est-elle un genre ?, Synergies Pays Scandinaves, 2014 (n° 9), p.63. Web. Consulté le 29 août 2017. URL : https://gerflint.fr/Base/Paysscandinaves9/foucher_stenklov.pdf 17 STENKLØV, Nelly Foucher, Épicer l’interprétation des textes : le genre est-il une recette et la recette est-elle un genre ?, Synergies Pays Scandinaves, 2014 (n° 9), p.68. Web. Consulté le 29 août 2017. URL : https://gerflint.fr/Base/Paysscandinaves9/foucher_stenklov.pdf 20


partie d’un discours. Selon l’auteur, la compréhension de ce discours se fait en trois stages18 : 1. Observer tout ce qui a été utilisé pour se faire comprendre (dans un point de vue socio-psychologique) 2. Analyser les caractéristiques textuelles génériques par des yeux des finalités que nous voulons (point de vue praxéologique) 3. Nous allons nous baser sur les choix linguistiques qui ont été faites pour essayer de comprendre s’il y a une intention de communication (point de vue sémiotique). Ces trois stages nous remettent à tout ce que nous avons déjà touche et les ratifie. Mais, ici, ce qui est important de retenir est que l’interprétation d’une recette est beaucoup plus compliquée que ce que nous pensions. Il y a plusieurs champs d’études à être considéré et, donc, nous ne pouvons pas tous les toucher en profondeur dans ce travail. Cependant, à chaque analyse nous arrivons plus proche des conclusions et nous voyons bien que tout ce que nous avons touché peut-être vraiment considérer et nous n’allons rien perdre. Tout ce qui a été dit jusqu’ici est valide. Avant passer à l’analyse d’autres genres littéraires et ses adaptations, il est important de mettre en lumière ce que l’auteur dit par rapport à l’interprétation des textes de consigne. Elle dit que l’interprétation « est permise dès lors que les partenaires de l’acte de communication peuvent se fier à des normes stables »19, c'est-à-dire : que la recette contient les cercles dont nous avons parlé dans le chapitre précédent. Et comme nous le soupçonnions, « des changements internes sont certes imposés par le temps ou le milieu de communication. »20, c’est-à-dire : les cercles peuvent changer, mais ils seront déterminés par le « temps ou le milieu de communication », par l’époque d’où nous parlons, par le milieu, soit la société, 18

STENKLØV, Nelly Foucher, Épicer l’interprétation des textes : le genre est-il une recette et la recette est-elle un genre ?, Synergies Pays Scandinaves, 2014 (n° 9), p.69. Web. Consulté le 29 août 2017. URL : https://gerflint.fr/Base/Paysscandinaves9/foucher_stenklov.pdf 19 STENKLØV, Nelly Foucher, Épicer l’interprétation des textes : le genre est-il une recette et la recette est-elle un genre ?, Synergies Pays Scandinaves, 2014 (n° 9), p.70. Web. Consulté le 29 août 2017. URL : https://gerflint.fr/Base/Paysscandinaves9/foucher_stenklov.pdf 20 STENKLØV, Nelly Foucher, Épicer l’interprétation des textes : le genre est-il une recette et la recette est-elle un genre ?, Synergies Pays Scandinaves, 2014 (n° 9), p.70. Web. Consulté le 29 août 2017. URL : https://gerflint.fr/Base/Paysscandinaves9/foucher_stenklov.pdf 21


soit le canal où le discours est inséré (ce que nous allons voir plus avant en analysant les réseaux sociaux et ses rôles dans le processus de signification). Alors, une fois validé comme genre littéraire et une fois identifié qu’il s’agit du genre « consigne », passons à la possibilité de la création d’une adaptation visuelle à ce genre, comme il est déjà fait pour d’autres. Dans l’univers audiovisuel, nous avons les productions fictives, ce qui veut dire que l’histoire vient de l’imaginaire, et les productions non-fictives, qui racontent une histoire réelle. Les fictions sont une sorte de simulation de la réalité, c’est l’espace où les gens peuvent façonner le monde comme ils veulent, à partir de cela nous savons déjà que la fiction a comme principal objectif satisfaire l’envie de gens d’aller plus loin, de s’approprier d’une réalité inexistante. Il est bien connu que ce qui se passe dans la fiction, reste dans la fiction. Donc c’est un « espace » où les gens peuvent faire, créer ce qu’ils veulent, parce que cela n’aura jamais une vraie interférence dans la vraie vie. Cependant, même si la fiction vise plutôt le divertissement, ce ne veut pas dire que nous ne pouvons rien apprendre avec eux. D’autre part, nous avons les productions non-fictives, ce qui correspond le mieux aux recettes, une fois qu’elles visent explorer la réalité. Ce qui pourrait être facilement attaché à l’envie de l’être humain de mieux connaître certain sujet. Ainsi, alors que la non-fiction est plus liée à un but d'apprentissage et de connaissance, certains sujets abordés dans la non-fiction peuvent être plus liés au divertissement, comme l’amour, par exemple. Cependant, la non-fiction traitera de manière exhaustive un sujet particulier, qui nous donnera beaucoup d'informations et, par conséquent, nous fera apprendre quelque chose. Donc, le but n’est pas juste le divertissement, mais aussi l’exploration, la connaissance. Un bon exemple de nonfiction est le film documentaire et c’est à lui que nous allons comparer les vidéos de recettes. Nous commençons pour définir ce qui est un documentaire et puis ce que nous pouvons assimiler aux recettes. La définition bien précise de ce qui est un documentaire et d’autres questions importantes nous pouvons trouver chez Bill Nichols, professeur à l'Université d'État de San Francisco, l'un des pionniers du 22


sujet.

Dans

son

livre

« Introduction

to

Documentary »

(Introduction

au

Documentaire, en français), Nichols parle du film documentaire de façon très profonde et nous mène avec ses mots de la production par le cinéaste à la réception par le public. Nichols commence son livre en disant que tous les films sont des documentaires, une fois que même les fictions « mettent en évidence la culture qui l’a produit et reproduit l'apparence des personnes qui lui appartiennent »21, ce qui veut dire que même les fictions sont faites à partir des gens, des choses qu’existent, même si ce n'est que dans l'imagination des gens. Il appelle ce genre de fiction de « documentaire de satisfaction », qui même s’il ne s’applique pas à notre analyse, il nous donne d’autres insights. Nichols ajoute au documentaire de satisfaction la question de la satisfaction, ce qui est le plus importante pour nous, il dit que ce gente de film « rendent concret – visibles et audibles – les fruits de l’imagination »22. Les recettes peuvent être quelque chose de concret, mais il y a quand même un espace imaginatif à être exploré. Une recette peut simplement être un plat, mais elle peut avoir des histoires derrière, elle peut apporter des souvenirs ou nous transporter à un autre monde, tout cela dépend de l’interprétation et l’imagination de ce qui la voit, la prépare et la goûte. Nichols insiste sur l’importance de l’interprétation par le récepteur. Il dit que l’ « interprétation est une question de comprendre comment la forme ou l’organisation du film transmet des significations et des valeurs »23, selon lui, la croissance à la vérité du documentaire « dépend de la façon dont nous réagissons à ces sens et ces valeurs »24. Cela nous remonte à ce que nous avons parlé plus tôt sur les significations : elles sont un ensemble du « background » de l’émetteur et du récepteur et de la convention entre les deux parties, de l’espace commun entre eux. 21

Traduit du portugais : « … evidencia a cultura que a produziu e reproduz a aparência das pessoas que fazem parte dela. » NICHOLS, Bill, Introdução ao Documentário. São Paulo : Papirus, 2010, p. 26. 22 Traduit du portugais : « Tornam concretos – visíveis e audíveis – os frutos da imaginação. » NICHOLS, Bill, Introdução ao Documentário. São Paulo : Papirus, 2010, p. 26. 23 Traduit du portugais : « A interpretação é uma questão de compreender como a forma ou organização do filme transmite significados e valores. » NICHOLS, Bill, Introdução ao Documentário. São Paulo : Papirus, 2010, p. 27. 24 Traduit du portugais : « A crença depende de como reagimos a esses significados e valores.» NICHOLS, Bill, Introdução ao Documentário. São Paulo : Papirus, 2010, p. 27. 23


La question de l’interprétation a été déjà beaucoup traitée dans notre analyse, et tandis que Nichols insiste aussi sur ce point, nous allons nous attacher à une deuxième idée aussi développée par lui : l’interférence de l’émetteur. Nous avons déjà parlé du contenu en tant que l’œuvre d’art, cela nous fait penser à ce que l’émetteur a essayé de transmettre avec son contenu, soit-il une recette, un film de fiction, un documentaire. Tous ces « contenus » une fois transmis, ils passent par un émetteur, quelqu’un qui va filtrer, traiter l’information, l’attribuer quelque chose de très particulier, comme sa propre expérience, même qu’inconsciemment. Nous avons des différentes vidéos recettes de la même recette, car l’émetteur à fait non seulement une version un peu différente de la recette, mais aussi parce que ce qu’il montre transmet un peut de lui. Pour exemplifier cette question, nous passerons à l’exemple d’une adaptation faite récemment par le food stylist, David Ma. L’artiste a créé une série de vidéos de recette en utilisant le style de réalisateurs de renom tels que Tarantino, Wes Anderson, Michael Bay et Alfons Cuarón. Chaque réalisateur a son propre style, les filmes réalisés par eux ont une touche spéciale de ses propres personnalités. Tarantino, par exemple, bien connu par les filmes Kill Bill et Pulp Fiction, a une caractéristique dramatique, sanglante et très violente. Michel May est plus connu par son côté futuriste, l’utilisation des effets spéciaux et les explosions, ce que nous pouvons voir dans ses principaux films comme Armageddon et Transformers. Wes Anderson, à son tour, a une caractéristique plus classique, très charmante, comme nous pouvons bien la voir dans le film The Grand Budapest Hotel. Dans la série lancée par David Ma, il essaye de mettre les principales caractéristiques de chaque réalisateur dans une recette. Pour Tarantino il a choisi une recette de pâtes aux boulettes de viande et la vidéo s’inspire clairement du filme Kill Bill.

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Figure 3 : Extraits de la vidéo « What if Tarantino made Spaghetti & Meatballs?»

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de David Ma

Il est visible dans la vidéo la présence très forte de la couleur jaune, très caractéristique du film Kill Bill. David Ma utilise aussi de la violence pour couper les ingrédients, le rouge de la sauce tomates pour représenter le sang. La vidéo est également divisée en deux parties, tout comme les films de Tarantino.

Figure 4 : Extraits de la vidéo « What if Michael Bay made Waffles?»

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de David Ma

Dans le deuxième exemple, nous voyons la vidéo inspirée par le travail de Michael Bay, dans ce cas, notamment, par le film Transformers. Les couleurs sont plus froides pour donner l’air futuriste à la vidéo, il met des effets spéciaux, comme la fumée en sortant de la grille chaude et aussi les explosions sont toujours présentes. Dns le troisième exemple nous avons une recette de s’mores inspirée par le filme The Grand Budapest Hotel du réalisateur Wes Anderson. Les couleurs sont plus doux, en couleurs pastel, il y a aussi un filtre plus rosé, très caractéristique du filme 25

David Ma Web site, What if Tarantino made Spaghetti & Meatballs ?. Web. Consulté le 2 septembre 2017. URL : http://davidmafilms.com/2017/8/11/tarantino-spaghetti-meatballs 26 David Ma Web site, What if Michael Bay made Waffles ?. Web. Consulté le 2 septembre 2017. URL : http://davidmafilms.com/2017/8/11/michael-bay-waffles 25


The Grand Budapest Hotel. L’ordre et la symétrie sont présents dans toute la vidéo, il y a une touche de glamour à la recette, les personnes sont bien habillées, tout semble être à sa place.

Figure 5 : Extraits de la vidéo « What if Wes Anderson made S’mores?»

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de David Ma

C’est sûr que l’intention de David Ma n’est pas vraiment enseigner la préparation des plats, mais il est possible, quand même, d’avoir une idée de comment les préparer, ce qui les font appartenir à la catégorie de « documentaires de satisfaction » et pas à ce qu’il oppose, que nous allons parler bientôt. L’idée ici est de montrer comment le style de chaque réalisateur interfère dans le résultat, comment les vidéos passent par un processus d’interprétation, d’édition et mise en format selon les expériences vécues par eux. Selon Sérgio Paccini, docteur en cinéma par l’Université d’État de Campinas – Unicamp, le documentaire est le « résultat d’un processus créatif du cinéaste marqué par plusieurs étapes de sélection, commandé par des choix subjectifs de ce réalisateur »28, donc même une chose complétement réelle comme les recettes peuvent avoir un côté fantaisiste et artistique, tout va dépendre du réalisateur. Dans ces exemples il y a surement une exagération dans la performance pour montrer le style de chaque cinéaste, mais l'intention est de prouver qu’eux, à leur tour, mettent des intentions dans les vidéos qui seront ensuite interprétées par les 27

David Ma Web site, What if Ws Anderson made S’mores ?. Web. Consulté le 2 septembre 2017. URL : http://davidmafilms.com/2017/8/11/wes-anderson-smores 28 Traduit du portugais : « … resultado de um processo criativo do cineasta marcado por várias etapas de seleção, comandadas por escolhas subjetivas desse realizador. » PUCCINI, Sérgio, Introdução ao Roteiro de Documentário. Article. Web. Consulté le 8 septembre 2017. URL : http://www.doc.ubi.pt/06/artigo_sergio_puccini.pdf 26


récepteurs. Selon Nichols, ces intentions sont une façon de « discuter de quoi le film s’agit »29, donc le réalisateur a un rôle très importante dans la signification, une fois qu’il nous donne des pistes qui vont mener notre interprétation, ce que Nichols confirme dans le passage « … présenter ou promouvoir un film d’une manière déterminée peut préparer les spectateurs à le voir d’une façon et non d’autres »30. Cela nous fait penser aux textes qui accompagnent les vidéos sur les réseaux sociaux, ce que nous allons analyser dans le prochain chapitre. Cependant, le but de notre analyse est de parler des vidéos plus réelles, ce que Nichols appelle de « documentaire de représentation social ». Selon lui, ce type de documentaire rend « visible et audible, d’une manière différente, la matière dont la réalité sociale est faite, selon la sélection et l'organisation faite par le cinéaste »31, ils « offrent de nouvelles visions d'un monde commun pour que nous puissions explorer et comprendre »32. Bien que nous ayons un aspect fictif dans les recettes, ce type de documentaire est plus proche de notre réalité, car il « est profondément enracinée dans sa capacité de nous transmettre une impression d’authenticité »33, ainsi comme les recettes. Dans les vidéos de recettes tout ce qui est fait est réel, il faut transmettre au spectateur l’impression que ce qu’il est en train de regarder est vrai et quelque chose de réalisable, même si les éléments de la vidéo sont fantaisistes. Comme c’est le cas de la recette de tarte à la viande inspirée par un épisode de Game of Thrones. La recette est réelle, ce qui n’est pas réel est l’histoire derrière qui l’a inspirée et le scénario qui a été élaboré pour sembler l'environnement de la série. 29

Traduit du portugais : « … de discutirmos de que trata o filme.» NICHOLS, Bill, Introdução ao Documentário. São Paulo : Papirus, 2010, p. 94. 30 Traduit du portugais : « … apresentar ou promover um filme de uma determinada maneira pode preparar os espectadores a vê-lo de uma forma e não de outras. » NICHOLS, Bill, Introdução ao Documentário. São Paulo : Papirus, 2010, p. 96. 31 Traduit du portugais : « … visível e audível, de maneira distinta, a matéria de que é feita a realidade social, de acordo com a seleção e a organização realizadas pelo cineasta.» NICHOLS, Bill, Introdução ao Documentário. São Paulo : Papirus, 2010, p. 26. 32 Traduit du portugais : « … proporcionam novas visões de um mundo comum, para que a exploremos e compreendamos..» NICHOLS, Bill, Introdução ao Documentário. São Paulo : Papirus, 2010, p. 26. 33 Traduit du portugais : « A tradição do documentário está profundamente enraizada na capacidade de ele nos transmitir uma impressão de autenticidade. ». NICHOLS, Bill, Introdução ao Documentário. São Paulo : Papirus, 2010, p. 20. 27


Figure 6 : Copie d’écran d’une publication du 27 août brésilienne)

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sur la page Tasty Demais (version

Le choix derrière la recette, l’idée d’utiliser la série peut s’expliquer par son succès. Game of Thrones est l’une des séries les plus célèbres du moment et l’utiliser est une stratégie de marketing du côté de Tasty pour avoir plus de visualisations dans la vidéo, cependant, l’utilisation des éléments fictifs dans une recette réelle peut faire appel à plusieurs publics. Selon Nichols, la non-fiction exprime « de façon tangible nous désires et rêves, nous cauchemars et terreurs »35, sont des films que nous « offrent des mondes à être explorés et envisagés ; ou que nous pouvons simplement nous réjouir du plaisir de passer du monde qui nous entoure à ces

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Facebook Tasty Demais, Torta de Carne feita por « ninguém ». Vidéo. Web. Consulté le 9 septembre 2017. URL : https://www.facebook.com/tastydemais/videos/2004963803113948/ 35 Traduit du portugais : « … de forma tangível nossos desejos e sonhos, nossos pesadelos e terrores.» NICHOLS, Bill, Introdução ao Documentário. São Paulo : Papirus, 2010, p. 26. 28


autres mondes de possibilités infinies. »36, cela veut dire que cette mélange entre le réel et irréel plaît non seulement ce qui cherche apprendre la recette de tarte à la viande, mais aussi celui qui veut se détacher un peut de la vie réelle et se permettre voyager dans l’histoire derrière la recette. Avec cela, Nichols nous montre que dans tout les cas nous pouvons avoir les deux finalités, celle d’apprentissage et du divertissement. Cela dépendra du discours de vente de la vidéo recette (qui donnera a son récepteur une piste d’utilisation de la vidéo) et l’interprétation par le récepteur (qui va utiliser, même si inconsciemment, tout son répertoire, ses expériences pour l’interpréter et l’utiliser selon ses besoins). Il ajoute, également, que « pour chaque documentaire, il y a au moins trois histoires entrelacées : celle du cinéaste, celle du film et celle du public »37, autrement dit, si nous passons à notre réalité, le genre de la recette ne change pas lorsqu'il est adapté de manière cinématographique. Il continue d'exister dans son essence, mais il s'ajoute à d'autres facteurs qui laissent la possibilité d'interprétations et d'utilisations différentes.

Conclusions Autant que nous essayons de définir recette, nous concluons qu'elle ne se prête pas à la délimitation et qu’elle peut avoir plusieurs significations selon ce qui a été convenu entre l'émetteur et le récepteur, une fois que le processus de signification part d’une base de conventions précises. À partir du moment où l’émetteur transmet un message, soit elle une recette, et le récepteur l’interprète comme telle, la signification est faite. Cela s’est rendu possible grâce à un « code en commun »38 parmi les personnes impliquées dans le processus de communication. Selon Eco, le code est « une série de règles qui permette d’attribuer une signification au signe ». Et, en analysant les 36

Traduit du portugais : « … mundos a serem explorados e contemplados ; ou podemos simplesmente nos deliciar com o prazer de passar do mundo que nos cerca para esses outros mundos de possibilidades infinitas.» NICHOLS, Bill, Introdução ao Documentário. São Paulo : Papirus, 2010, p. 26. 37 Traduit du portugais : « Para cada documentário, há pelo menos três histórias que se entrelaçam : a do cineasta, a do filme e a do público. » NICHOLS, Bill, Introdução ao Documentário. São Paulo : Papirus, 2010, p. 93. 38 ECO, Umberto, Le Signe : Histoire et Analyse d’un concept. Bruxelles : Labor, 1988, p. 33. 29


recettes, nous pourrions voir que les règles qui aident à donner une signification à la recette sont ses éléments : les ingrédients, les quantités et la méthode de préparation. La présence récurrente de ces éléments qui les amène à former la règle, les éléments sont pris comme des signes qui, à leur tour, sont des entités qui participent au processus de signification de façon déterminante et non dispensable. En revanche, ces éléments se font présents de différentes façons et c’est bien cela qui fait que nous ne puissions pas donner à la recette une seule signification, c’est la fluctuation des ses éléments qui fait qu’elle soit aussi flottante. Les signes changent au fur et à mesure que le temps passe, les technologies évoluent et les relations dans la société changent, autrement dit, les régimes sociaux se transforment. En analysant la recette comme un genre littéraire adapté, nous avons pu voir que les éléments de la recette sont présents de sa création à nos jours dans les vidéos des formats les plus divers. Cela nous a permis aussi de voir que les vidéos recettes sont une sorte d’adaptation cinématographique de la recette, comme les films qui ont été faits à partir des histoires des livres, mais qu’à son tour sont plus similaires aux documentaires. Et, même si nous pensons que les documentaires sont toujours l’exploration du réel, il apporte un côté fictif, une fois qu’il a passé par une édition, par les yeux (et par la tête) de ce qui le produit. Cela renforce encore une fois l’idée que l’interprétation et l’usage des vidéos recettes sont déterminées par un ensemble de facteurs, mais il nous montre l’importance du discours de l’émetteur. L’émetteur peut choisir une recette, il peut la faire passer comment il veut, ma la recette restera toujours une recette, ce qu’il peut l’ajouter c’est ce statut d’œuvre d’art. Ce statut ne va pas changer son genre, il va ajouter le côté artistique qui peut faire le récepteur l’interpréter d’une autre façon.

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2. LA RECETTE COMME DISPOSITIF DE MEDIATION Cette deuxième partie se veut dédiée à l ‘hypothèse : le changement du genre de la recette est fait par son émetteur, qui lui donne une signification à travers de ses choix. Comme nous avons vu précédemment la signification de la recette est faite par la combinaison de différents facteurs, l’un de ces facteurs est son émetteur. Donc, cette partie est dédiée à l’étude du discours des principaux acteurs de vidéorecette en ligne, afin de trouver leurs principales intentions avec la création et la dissémination de leurs contenus. 2.1. Les principaux acteurs de la vidéo-recette en ligne Il suffit de faire défiler le fil d’actualité pour découvrir une nouvelle recette sur Facebook, les vidéos-recette sont partout, aient été partagées par des amis ou dans une page quelconque. Dans ce milieu, certains acteurs se distinguent, comme c’est le cas de Tastemade, site internet spécialisé en nourriture, et Tasty (la rubrique « food » du site Buzzfeed), les deux principaux acteurs de vidéo recette rapide/pratique. Dans ce chapitre, nous allons analyser leur discours, comment ils vendent leurs contenus, pour voir s’ils donnent déjà des pistes d’interprétation de la recette. En dehors de cela, nous allons aussi analyser certaines interviews pour voir comment les porte-paroles des entreprises traitent le sujet. Avec cette analyse, nous visons arriver à quelque chose de plus concrète par rapport à la compréhension de la recette comme une message, au processus de signification et ses finalités. -

Tastemade

Son phénomène est prouvé par des chiffres, la page globale Tastemade39 sur Facebook a plus de 25,800 millions de mentions « j’aime » et ses publications engagent des milliers des personnes, comme celle ci-dessous qui a été partager pour plus de 20 mil personnes et a reçu presque cinq mil commentaires et 33 mil mentions « j’aime ». 39

Facebook Tastemade. Web. https://www.facebook.com/tastemade/

Consulté

31

le

21

août

2017.

URL :


Figure 7 : Copie d’écran d’une publication du 19 août sur la page Tastemade

Le succès est récent, tout comme sa création. Tastemade a été créée en 2012 et juste cinq ans après elle compte déjà avec six studios dans les principaux villes du monde : Los Angeles, São Paulo, Buenos Aires, Londres, Paris et Tokyo et des contenus en huit différentes langues. Dans cette partie, nous allons analyser le site tastemade.com et aussi quelques publications et des articles des médias pour comprendre comment ils veulent être vus par le public. La façon dont ils se présentent peut nous aider à clarifier les idées identifiées dans la partie précédente. Sur le site, dans la rubrique « à propos », nous voyons déjà la phrase suivante : « Tastemade change la façon dont le monde fait, regardent et interagit avec les vidéos ». Le plus étonnant est le fait d’avoir besoin d’aller plus loin pour qu’ils parlent de la nourriture.

Figure 8 : Copie d’écran du site tastemade.fr, rubrique « à propos » 32


Les images et vidéos derrière le texte parlent pour eux-mêmes, mais si nous ne faisons pas attention, il faut faire défiler la page vers le bas pour voir que Tastemade s’agit d’une productrice de vidéo-recette, mais, même si, la nourriture n'est citée que dans le dernier paragraphe.

Figure 9 : Copie d’écran du site tastemade.fr, rubrique « à propos »

Dans le titre nous ne voyons rien sur la nourriture, les recettes ou la gastronomie. Ils ne parlent que des vidéos addictives qu’ils dissent parler à tous, ce qui est plutôt relatif, une fois que la gastronomie est liée à la culture. Cependant, ils nous donne déjà une piste de ce qui est au centre de leur business : les productions audiovisuelles, pas la nourriture. Dans le premier paragraphe nous lisons bien qu’ils parlent du divertissement et de les rendre accessible « à tous et partout ». Cela nous donne l’impression qu’ils utilisent la nourriture comme un « canal » et pas comme le « message » il-même, ce qui ratifie ce que nous venons de dire tout à l’heure. Le côté « touristique », le désir de rapprocher le monde, rendre le monde plus globalisé par le biais de la gastronomie est bien évident. Cela nous mène dans un nouveau chemin, celui de la « démocratisation », ce qui veut dire : rendre la

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gastronomie plus accessible. Rendre possible la connaissance des recettes autour du monde sans avoir besoin de sortir de chez soi, à la distance d’une clique. Pour clarifier cette et d’autres questions sur le sujet, nous avons interviewé M. Otávio Albuquerque, actuellement Stratégiste de Contenu chez YouTube et qui a travaillé chez Tastemade Brésil comme Directeur Régional. Dans son interview, il a laissé claire l’intention de Tastemade, au moins à son avis, l’avis de quelqu’un qui a travaille pour cette entreprise pendant deux ans, il comprend le texte présent sur le site comme « un moyen de vendre une mission de transmettre la gastronomie dans les nouveaux médias ». De l’autre côté, son interview a été remarquée par une forte « inclination » à la « démocratisation » de la gastronomie, ce que nous allons travailler plus tarde. Pour l’instant, nous essayerons de trouver des nouveaux insights dans les sites. Jusqu’ici, nous avons la recette en arrière-plan, elle est facilement interprétée comme quelque chose qui nous rapproche du monde et qu’elle fait cela de façon ludique. Dans ce contexte, nous voyons bien le rôle du divertissement, alors que la pédagogie n’est pas très présente. À aucun moment nous lisons « apprendre », « enseigner », « partager la connaissance », même en sachant qu’elle est implicite. Pour essayer de la trouver et découvrir s’elle se présente dans les vidéos de façon dialogique ou d’autorité, comme nous avons parlé dans le chapitre précédant, il faut que nous allions plus loin. En cherchant les réponse sur le site, nous trouvons la parte « presse » où ils listent des articles qui sont sorties dans la presse et qui contiennent des informations pertinentes fournies par les cadres supérieures de l’entreprise, ce qui nous donne une idée de ce qui se passe dans la tête de ce qui font, en effet, le contenu. Dans l’article publié l’an dernier dans le site The Hollywood Reporter, « Tastemade élargit la programmation sur la nourriture pour inclure des séries animées et scénarisées (exclusive) »40, Oren Katfzeff, chef de programmation chez Tastemade, 40

Traduit de l’anglais : « Tastemade Expands Food Programming to Include Animated, Scripted Series (Exclusive) » The Hollywood Reporter, Tastemade Expands Food Programming to Include Animated, Scripted Series (Exclusive). Article de Presse. Web. Consulté le 23 août 2017. URL : http://www.hollywoodreporter.com/news/tastemade-expands-food-programming-include-899470 34


parle des nouveaux formats vidéos que et affirme qu’ils veulent « tester ces nouveaux formats et voir comment l’audience y répond »41, en plus, il dit qu’ils ont fait cela « tout au long de l'histoire de Tastemade »42, ce qui nous permet d’utiliser le même principe pour les vidéos qui sont déjà en ligne. En croisant les idées obtenues dans le chapitre précédent et les informations données par Katzeff, nous voyons que Tastemade attend une réponse du public et vise à adapter son contenu selon ces réponses. Ce qui ratifie l’idée d’un discours dialogique. Maintenant, nous savons qu’ils écoutent leur public, cependant, une autre chose qu’il faut que nous fassions attention est à l’existence du discours d’autorité. L’autorité pourrait être facilement identifiée par l’utilisation du verbe à l’impératif, une fois que cette façon d’emploi du verbe vise exprimer un ordre, conseil ou recommandation43. Cependant, nous voyons, au moins dans les vidéos Tastemade, que ce temps verbal est de moins en moins utilisé, il a été remplacé par des verbes à l’infinitif, qui à son tour continuent à être des verbes qui donnent des conseils ou expriment un ordre, mais sous une forme plus douce.

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Traduit de l’anglais : « We want to test these formats and see how the audience responds to them

» The Hollywood Reporter, Tastemade Expands Food Programming to Include Animated, Scripted Series (Exclusive). Article de Presse. Web. Consulté le 23 août 2017. URL : http://www.hollywoodreporter.com/news/tastemade-expands-food-programming-include-899470 42 Traduit de l’anglais: “« [ …] throughout the history of Tastemade. » The Hollywood Reporter, Tastemade Expands Food Programming to Include Animated, Scripted Series (Exclusive). Article de Presse. Web. Consulté le 23 août 2017. URL : http://www.hollywoodreporter.com/news/tastemade-expands-food-programming-include-899470 43 « Mode Impératif », L’OBS La Conjugaison. Web. Consulté le 23 août 2017. URL : http://laconjugaison.nouvelobs.com/regles/conjugaison/mode-imperatif-42.php 35


Figure 10 : Copie d’écran du site tastemade.fr. Exemple d’utilisation de l’infinitif dans une recette de Charlotte Express au Nutella

Bien que le côté pédagogique des recettes soit progressivement confirmé, ce qui nous frappe le plus dans le discours du site de Tastemade est cette préoccupation pour rendre le monde plus global. Toujours dans la section presse, nous trouvons des interviews pertinentes à notre sujet. Cette fois ci, nous parlons d’une interview en format vidéo fait avec les trois co-fondateurs de Tastemade et, encore une fois, ils insistent sur la mondialisation. A un moment donné, Joe Perez, l’un des fondateurs, liste les tendances qui font de Tastemade un acteur de succès, deux choses nous parlent le plus : le fait qui le monde n’était jamais si social et, la plus importante, ce qui est au top, selon lui, c’est le fait que « le monde est beaucoup plus global »44. Dans une autre interview, donnée à Andrea Lynn du site Chase.com, Steven Kydd, l’autre fondateur de Tastemade a dit qu’il a toujours eu besoin de voyager en fonction de son travail, et que c’était cela qui a changé sa relation avec la gastronomie. Il a dit que « la première fois que vous avez une pizza napolitaine à Naples est extraordinaire. La pizza napolitaine réelle est fondamentalement 44

Traduit de l’anglais: « The world is much more social than it has ever been before […] final trend, on the top of them : the world is just much more global ». USA Today. Tastemade the Food Network for Millenials. Vidéo Interview, 2’03”. Web. Consulté le 23 août 2017. 2’03”. URL : https://www.usatoday.com/videos/tech/2016/05/23/84816922/ 36


différente de la pizza américaine »45 et c’était l’envie de rendre cette expérience accessible à tous qui l’a fait penser à créer une marque comme Tastemade. Les deux fondateurs sont en accord par rapport au discours de l’entreprise et cela nous montre leurs vraies intentions depuis la création de leur marque. -

Tasty (Buzzfeed)

Différemment de Tastemade, Tasty fait partie du site BuzzFeed, créé en 2006 et déjà bien connu par des publications en liste. La « rubrique » Tasty a été créée en juillet de 2015, visiblement en suivant la tendance déjà trouvée par d’autres acteurs, comme Tastemade. Le site BuzzFeed avait déjà une page « BuzzFeed Food », crée en 2012, pour parler de la nourriture, cependant, elle avait un focus différent de ce que nous analysons, les vidéos recettes d’environ 2 minutes. Beaucoup plus que Tastemade, Tasty a presque 90 millions de mentions « j’aime » sur Facebook, un succès qui peut être justifié par le succès du BuzzFeed il-même. Néanmoins, le site du BuzzFeed avait déjà une culture liée au divertissement (bien noté dans la page « à propos »), donc nous allons essayer ici de voir si cette culture est cascadée à ses rubriques ou s’elles ont un côté pédagogique.

Figure 11 : Copie d’écran du site buzzfeed.com, rubrique « à propos »

Dans le titre, au-delà du divertissement, c’est intéressant de remarque aussi qu’ils disent « à travers le monde », en montrant que le côté de la mondialisation aussi présent. En revanche, le site du BuzzFeed n’a pas de partie « à propos » sur Tasty, 45

Traduit de l’anglais: « The first time you have Neapolitan pizza in Naples is extraordinary. A real Neapolitan pizza is fundamentally different from American pizza ». Chase, Food Goes Mobile With Tastemade. Article de Presse. Web. Consulté le 23 août 2017. URL : https://www.chase.com/news/102315-tastemade 37


le texte parle de la marque BuzzFeed dans l’ensemble. Mais, en tout cas, nous trouvons dans la rubrique « à propos » plus deux phrases importantes pour souligner et qui veulent dire exactement la même chose que nous avons vu tout à l’heure sur Tastemade. La première parle du côté social, du partager et, à la fin, de la possibilité de le faire avec tout le monde : « notre public recherche du contenu pertinent, qui parle de sujets qui les touchent personnellement, et qui puisse être partagés facilement et accessibles dans le monde entier. ». Cependant, jusqu’ici, nous n’avons rien vu sur la réponse de ce public. Dans la deuxième phrase, la démocratisation de l’information se fait présente : « nos plus grands succès […] jouent un rôle significatif pour rendre le monde plus connecté. », ce qui veut dire, faire baisser les frontières, réduire la distance entre les cultures. Au-delà de cela, la question de la démocratisation touche aussi ce qui concerne la gastronomie elle-même, le savoir-faire, montrer que cuisiner n’est pas une chose exclusive pour les chefs ou les personnes avec un «cadeau». Ils veulent montrer avec leurs publications que cuisiner peut être quelque chose de simple et que tout le monde peut le faire.

Figure 12 : Copie d’écran d’une publication du 24 août

46

sur la page Tasty Miam (version française)

46

Facebook Tasty Miam, Grillade de Poisson Facile. Vidéo. Web. Consulté le 25 août 2017. URL : https://www.facebook.com/TastyMiam/?hc_ref=ARQUSE3bDUZWYlDnIO0pxb9kCR4A_3O32eoeDv BiYi7A-tCGWxK_g3Ug7zQ8ac7dYsk 38


Ce qui concerne les instructions de préparation sur les vidéos, ils n’utilisent pas non plus le mode impératif, les verbes sont mis à l’infinitif. De façon générale, les vidéos de Tasty rassemblent celles de Tastemade, cependant Tasty a un touche d’humour qui est, la plupart du temps, absente sur les vidéos et les publications de Tastemade. L’humour peut être caractérisé comme un outil du divertissement, ce qui ne l’exempte pas de la fonction pédagogique. Selon le professeur William Stream de l’Université d’Alberta, aux Etats-Unis, « l’humour est fondamentalement important pour créer un climat de légèreté, ce qui facilite l'apprentissage »47. En regardant les articles de presse de Tasty, nous trouvons des informations importantes qui peuvent nous aider à découvrir les intentions de BuzzFeed avec sa page gastronomique. Dans un article publié par BuzzFeedPress, Ashley McCollum, manager générale de Tasty, dit que : « En deux ans, Tasty a réimaginé le format de la recette en tant que support visuel, partageable et interactif, démocratisant la nourriture et rendant la cuisine plus 48

accessible, sociale et amusante dans le processus »

Cela ratifie ce que nous avons dit tout à l’heure et ajoute une informations très importante à notre étude : l’affirmation de la « réimagination » du format de la recette, ce qui nous fait comprendre qu'il y a une intention de la réinventer, de changer ce qu’elle était au début. Bien sûr que ce ne veut pas dire un changement de la signification de la recette, mais une intention qu’elle soit appréciée d’une autre façon. Néanmoins, une autre interview, cette fois ci accordée au site Digiday UK, nous apporte autres deux affirmations importantes. Toujours sur le plan pédagogique des 47

Traduit du portugais : « O humor é fundamentalmente importante para criar um clima de leveza, que facilita a aprendizagem ». Porvir, Humor e movimento estimulam o aprendizado. Article. Web. Consulté le 25 août 2017. URL : http://porvir.org/humor-movimento-estimulam-aprendizado/ 48 Traduit de l’anglais : « In two years, Tasty has reimagined the recipe format as a visual, shareable and interactive medium, democratizing food and making cooking more accessible, social and fun in the process ». BuzzFeedPress, BuzzFeed Unveils its First-Ever Smart Appliance, the Tasty One Top, and All-New Tasty App for iPhone. Article. Web. Consulté le 25 août 2017. URL : http://bzfd.it/2voEYzK 39


vidéos, John Thomson, directeur de planification stratégique chez l’agence Carat (qui a travaillé en partenariat avec Tasty pour la marque Baileys), en parlant du « placement » du produit dans les vidéos, a déclaré que tout le monde buvait du Baileys au Noël, mais que les gens ne se rappelaient pas du produit pendant tout le reste de l’année, donc le « placement » du produit dans les vidéos Tasty « a été très efficace pour éduquer les gens sur la façon de l’utiliser »49. Pour la première fois, nous avons une déclaration explicite sur le côté pédagogique de la recette. De plus, il y a encore deux choses à mettre en avant dans les deux articles : dans le première article nous notons bien l’utilisation du mot « interactif » ce qui insère le public dans la « conversation » et crée le discours dialogique. Et c’était cette interaction qui a aidé BuzzFeed à identifier l’envie du public par des recettes plus globales. Cela se confirme dans le deuxième article, où McCollum a déclaré que, au début, ce n’était qu’un pressentiment50 qu’après a été confirmé par des datas. Selon Digiday UK, après avoir commencé avec la stratégie de faire des recettes plus « internationales », le nombre moyen de partages par mois des vidéos Tasty a augmenté en 200%, qui nous pouvons interpréter comme la réponse du public. Au-delà de la mondialisation, nous voyons aussi la démocratisation de la gastronomie dans l’affirmation d’Andrew Gauthier, directeur créatif chez BuzzFeed Motion Pictures, qui a dit dans une interview accordée au site CBS News que leurs intentions avec les vidéos sont de réduire « toute la friction et l'anxiété qui accompagne la cuisine »51, ce qui veut dire : la rendre plus accessible. Et, selon Andrew Ilnyckyj, l’un des membres de l’équipe de production des vidéos, cela se fait possible grâces aux vidéos qui ont intention de donner aux gens « le plus grand 49

Traduit de l’anglais : « [ …] so it was very effective in educating people on how to use the product. » Digiday UK, Hold the roast beef: why BuzzFeed’s Proper Tasty is taking on a global flavor. Article. Web. Consulté le 27 août 2017. URL : https://digiday.com/media/buzzfeeds-proper-tasty-takingglobal-flavor/ 50 Digiday UK, Hold the roast beef: why BuzzFeed’s Proper Tasty is taking on a global flavor. Article. Web. Consulté le 27 août 2017. URL : https://digiday.com/media/buzzfeeds-proper-tasty-takingglobal-flavor/ 51 Traduit de l’anglais : « We want to reduce all of the friction and all of the anxiety that comes with cooking » CBS News, How BuzzFeed is cooking up a « Tasty » digital sensation. Article. Web. Consulté le 27 août 2017. URL : https://www.cbsnews.com/news/behind-the-scenes-buzzfeed-tasty-cooking-series/ 40


nombre d’instructions possibles dans un court laps de temps »52. De plus, selon Jessica Probus, directrice de marché et Niftz chez BuzzFeed, chaque vidéo « doit enseigner quelque chose (comme une astuce ou une technique) ou améliorer une expérience que les gens connaissent déjà »53. Avec ces affirmations de l’équipe BuzzFeed l’idée qu’ils visent démocratiser la gastronomie par le biais de l’éducation se rendre plus claire et ajoute, aussi, l’idée d’apprentissage même s’il n’est pas lié à la gastronomie, comme le dit Probus. Donc l’apprentissage est quelque chose de primaire, la transmission de l’information est essentielle, soit elle liée à la gastronomie ou pas, comme nous pouvons bien confirmer avec l’ajoute de Probus : « toutes nos idées sont destinées à aider les gens à vivre mieux sur un budget plus petit »54, ajoute-elle. Mais il est important de noter que cette éducation se fait de façon « inconsciente », c’est comme « apprendre par osmose ».

Conclusions En analysant brièvement les deux principaux acteurs de la vidéo-recette, nous avons pu réunir tout un ensemble d’évidences qui ratifient ce que nous avons dit dans les chapitres précédents et aussi des nouvelles pistes pour le chapitre à venir. Comme résultat de cette analyse, il est important de mettre en avant :

52

Traduit de l’anglais : « the most instruction possible in the least amount of time » CBS News, How BuzzFeed is cooking up a « Tasty » digital sensation. Article. Web. Consulté le 27 août 2017. URL : https://www.cbsnews.com/news/behind-the-scenes-buzzfeed-tasty-cooking-series/ 53 Traduit de l’anglais : « Each idea needs to either teach something (like a hack or a technique) or improve on an experience that people already know about » Artsy Editorial, Why the Internet Is Obsessed with These Vidoes of People Making Things. Article. Web. Consulté le 27 août 2017. URL : https://www.artsy.net/article/artsy-editorial-why-the-internet-isobsessed-with-these-videos-of-people-making-things 54 Traduit de l’anglais : « [ …] all our ideas are geared towards helping people live better on a smaller budget » Artsy Editorial, Why the Internet Is Obsessed with These Vidoes of People Making Things. Article. Web. Consulté le 27 août 2017. URL : https://www.artsy.net/article/artsy-editorial-why-the-internet-isobsessed-with-these-videos-of-people-making-things 41


2.2. Les indications de l’existence du processus dialogique / apprentissage Dans plusieurs passages nous avons pu voir que même les vidéos recettes gardent ce qui était une recette à l’origine : une façon de faire apprendre une recette à quelqu’un, mais, en outre, les vidéos apportent aussi d’autres informations à que les utilisateurs peuvent utiliser : comme une nouvelle façon d’utiliser un couteau, comment réutiliser les écorces alimentaires, en évitant les déchets. Tout ce processus d’apprentissage se fait à partir d’un mélange du discours d’autorité présent dans les recettes, mais aussi le discours dialogique, qui permet la création, ou la négociation, comme diraient Scott et Mortimer, des nouvelles significations et, comment a dit M. Albuquerque dans son interview « sur internet, vous avez une réponse beaucoup plus rapide et intense du public. Il est un dialogue constant. »55 Dans ce cas, nous voyons qu’il y a de la pédagogie dans les vidéos, mais que sa signification est quelque chose en construction constante. Les vidéos recettes n’ont pas une seule signification, elles peuvent être interprétées de façons différentes. Elles jouent le rôle original de la recette, ce qui signifie qu'il n’est pas exclu ou modifié, mais complété. La vidéo-recette ajoute des significations, mais ne les modifie pas. Et c’était en analysant le côté pédagogique des recettes que nous avons trouvé d’autres choses intéressantes comme l’envie de rendre la gastronomie plus accessible, d’enlever le glamour de ce qui la concerne.

2.3. La démocratisation de la gastronomie par le biais des vidéos-recette Nous sommes arrivés à ce sujet, car plusieurs fois nous avons vu dans notre analyse, à la recherche d’un réponse à la « resignification » de la recette, en essayant de trouver ses principaux finalités, que l’intention des producteurs de contenu gastronomique veulent, en fait, faire de la cuisine quelque chose d’accessible. Et, en effet, les réseaux sociaux et les nouveaux formats de vidéos semblent être les principaux responsables pour rendre cela possible.

55

Annexe 1 : Interview avec M. Otávio Albuquerque 42


Ce sujet a été analysé par des chercheurs, c’est le cas de Sidonie Naulin56, dans son essai Les Médias et la Constitutions d’Un « Monde de la Gastronomie » (18701940)57, mais il a été aussi perçu par des gens du milieu, comme M. Albuquerque le dit dans son interview. Lorsque nous lui avons demandé s’il croyait que les réseaux sociaux avaient changé la façon dont on regarde la nourriture et les vidéos de recettes il nous répond spontanément qu’oui, il y croyait « pour avoir approché la culinaire de la vie des gens », selon lui « La cuisine était quelque chose de limitée aux experts […] avec l’internet, en particulier au cours des cinq dernières années, nous avons vu une énorme croissance de sites, chaînes et contenus faits, en générale, par des gens "normaux"»

58

Ce qui se confirme dans l’essai de Mme. Naulin, où nous lisons que « la pratique gastronomique, bien que toujours réservée à une élite, s’étend progressivement »59. Cette idée s'étend aux pages suivantes, quand elle dit clairement que la gastronomie a traversé un processus de démocratisation, quand elle cite des « institutions » qui ont fait partie de l’histoire de la gastronomie entre les deux guerres mondiales et qui s’adressaient « toutes aux franges les plus aisées de la population »60. Ce genre de déclaration se répète dans tout l’essai, l’auteur précise clairement que la gastronomie était quelque chose restreint aux acteurs du pouvoir économique, politique et médiatique et ce qui a changé ce scénario étaient les médias.

56

Maître de conférence à l’IEP Grenoble et chercheuse au laboratoire PACTE (Politiques publique, Action politique, Territoires). 57 SIDONIE, Naulin, Les médias et la constitution d’un « monde de la gastronomie » (1870-1940), Le Temps des médias, 2015/1 (n° 24), p. 26-43. Web. Consulté le 27 août 2017. URL : http://www.cairn.info/revue-le-temps-des-medias-2015-1-page-26.htm 58 Annexe 1 : Interview avec M. Otávio Albuquerque 59 SIDONIE, Naulin, Les médias et la constitution d’un « monde de la gastronomie » (1870-1940), Le Temps des médias, 2015/1 (n° 24), p. 26. Web. Consulté le 27 août 2017. URL : http://www.cairn.info/revue-le-temps-des-medias-2015-1-page-26.htm 60 SIDONIE, Naulin, Les médias et la constitution d’un « monde de la gastronomie » (1870-1940), Le Temps des médias, 2015/1 (n° 24), p. 27. Web. Consulté le 27 août 2017. URL : http://www.cairn.info/revue-le-temps-des-medias-2015-1-page-26.htm 43


De nos jours, nous avons la « haute gastronomie » qui n’est pas encore accessible à tout le monde, mais ce statut a été construit par le propre média. Bien sûr que nous avons des normes de qualité, des techniques, mais une grande partie de la réputation d'un chef est construit par les médias. Ce qui veut dire que les médias sont des acteurs clés de la gastronomie : ils peuvent soit construire les barrières en donnant certain statut à un professionnel/ restaurant/ plat, ou briser tous les barrières en donnant libre accès aux recettes du monde entier. Avec l'avènement d'Internet, qui est en soi un outil de démocratisation, certaines personnes ont commencé à l’utiliser comme une forme de « contre-culture ». En fait, ils ont appris à gagner de l'argent en allant contre ce que les médias tentent de construire. Tastemade et Tasty gagnent de l’argent en disant (et montrant comment) que nous pouvons préparer chez nous les mêmes plats des restaurants trois étoiles dans le guide Michelin (qui a plus de 100 ans d’histoire). Et ils font tout ça en utilisant, soit des vidéos où juste les mains apparaissent, soit avec des personnalités qui ne sont pas formés aux arts culinaires et, selon M. Albuquerque, c’est bien le fait de ne pas avoir des vrais chefs dans les vidéos que les donne de la crédibilité, « parce qu’ils sont des gens avec qui vous vous identifiez. »61 Un autre point important par rapport au rôle des médias, principalement l’internet, dans la gastronomie est la disponibilité du contenu. Dans son interview, M. Albuquerque parle de la démocratisation que l’internet a rendu possible en plusieurs plans, l’un d’entre eux est par rapport au temps. Sur internet, le contenu est disponible 24/7 et nous pouvons les accéder à n’importe quelle heure, quel jour, ce qui est aussi une sorte de démocratisation. Il déclare que les vidéos sur les réseaux sociaux sont idéales pour suivre une recette, une fois que nous avons la mobilité d’un livre avec tous les avantages du support visuel. Les techniques peuvent être montrées en détail et avec précision. « À la télévision vous pouviez voir tout le processus, mais vous étiez attaché au moment de l’émission. Avec l’internet vous avez maintenant la "mobilité" du livre. »62

61 62

Annexe 1 : Interview avec M. Otávio Albuquerque Annexe 1 : Interview avec M. Otávio Albuquerque 44


Tout cela est également lié au processus de mondialisation de la gastronomie. Nous avons libre accès à une quantité incroyable des recettes, 24/7 et depuis n’importe quel endroit. Nous pouvons facilement accéder aux recettes des classiques françaises même en étant dans l’autre côté de l’océan. La gastronomie est devenue beaucoup plus mondiale grâce aux réseaux sociaux et c’est cela dont nous allons parler dans le prochain point. 2.4. Les recettes comme outil de mondialisation Mme. Naulin fait dans son essai une importante liaison entre la gastronomie, la régionalisation et le tourisme. Auparavant, l’accès au transport était, toute comme la gastronomie, restreint aux plus riches et, donc, l’accès à la cuisine local était possible juste pour ceux qui pouvaient payer, tout d’abord, pour se déplacer. Cela a ouvert les yeux des gens à l’opportunité de faire de la gastronomie local une attraction touristique. Dans l’essai l’auteur parle d’autres événements, mais ce qui est important de souligner est la participation des médias à la démocratisation de la gastronomie et sa mondialisation. Outre la première partie qui contextualise l’essai, il est important de mettre en avant deux parties en particulier : Le discours gastronomique comme discours régionaliste et Le discours gastronomique au cœur de l’économie du monde gastronomique. Dans ces deux parties, l’auteur développe l’idée que la croissance de la gastronomie régional a encouragé la production des livres de cuisine (qui ont commencé à être distribués dans les écoles en 1900), la création d’expositions et de concours liés à la gastronomie, ce qui a attiré l’attention sur le sujet. Selon lui, « Le discours culinaire régional des livres de cuisine […] est relayé et amplifié par les médias »63 et les principaux journalistes de l’époque sont mis pour en parler. Cet amplification du sujet a fait ressortir des vrais chroniqueurs gastronomiques, comme c’est le cas de Maurice Curnonsky, élu « Prince des gastronomes » en 1927 et considéré par Theodore Zeldin (historien, sociologue et philosophe britannique) 63

SIDONIE, Naulin, Les médias et la constitution d’un « monde de la gastronomie » (1870-1940), Le Temps des médias, 2015/1 (n° 24), p. 31. Web. Consulté le 27 août 2017. URL : http://www.cairn.info/revue-le-temps-des-medias-2015-1-page-26.htm 45


« l’home qui a instauré la gastronomie en passe-temps national »64, affirmation très importante à notre analyse, car nous voyons la gastronomie étant reconnue comme un passe-temps en 1977 basé sur des événements passés entre 1848 et 1945 (période abordé par Theodore Zeldin dans son livre Histoire des Passions Françaises). Ce qui confirme ce qui a dit M. Albuquerque, lorsque nous lui avons demandé s’il pensait que la gastronomie a été devenue une nouvelle forme de divertissement avec les réseaux sociaux, il a dit « Je crois qu’elle a toujours été, elle a tout simplement été démocratisée et aujourd’hui elle atteint plus de gens de différentes façons. »65. Cependant, cette idée ne se distingue pas, Elle est toujours en arrière-plan, donnant lieu à la mondialisation. De plus, lorsque nous parlons de la mondialisation, nous ne parlons pas seulement de l'accès à l'information et des barrières imaginaires. Nous parlons également des limites réelles et physiques, par exemple : avec l'avènement de l'internet et l'avancement des technologies, même si nous sommes en Australie, nous pouvons faire une visite virtuelle au Musée du Louvre qui est situé à Paris, à plus de 15 mil kilomètres de distance. Bien sûr que visiter Paris et aller au Musée du Louvre est une expérience beaucoup différente de juste faire une visite virtuelle, mais dans les deux cas vous allez avoir la connaissance. L’expérience change, mais vous avez déjà la possibilité de le connaître. C’est pareil pour la gastronomie : nous pouvons avoir la connaissance de tel et tel plat local, mais nous allons avoir l’expérience de la gouter, en vraie, en allant au pays où il est préparé. Et c’est bien cela que Mme. Naulin aborde dans le chapitre Le guide comme vecteur de l’association entre tourisme et gastronomie66, où elle dit qu’« il s’agit de définir ce qu’est la gastronomie régionale et la présenter comme une richesse culturelle, au même titre que les monuments, les paysages ou les savoir-faire »67. 64

SIDONIE, Naulin, Les médias et la constitution d’un « monde de la gastronomie » Temps des médias, 2015/1 (n° 24), p. 32. Web. Consulté le 27 août http://www.cairn.info/revue-le-temps-des-medias-2015-1-page-26.htm 65 Annexe 1 : Interview avec M. Otávio Albuquerque 66 SIDONIE, Naulin, Les médias et la constitution d’un « monde de la gastronomie » Temps des médias, 2015/1 (n° 24), p. 34. Web. Consulté le 27 août http://www.cairn.info/revue-le-temps-des-medias-2015-1-page-26.htm 67 SIDONIE, Naulin, Les médias et la constitution d’un « monde de la gastronomie » Temps des médias, 2015/1 (n° 24), p. 34. Web. Consulté le 27 août http://www.cairn.info/revue-le-temps-des-medias-2015-1-page-26.htm 46

(1870-1940), Le 2017. URL :

(1870-1940), Le 2017. URL : (1870-1940), Le 2017. URL :


La gastronomie locale est devenu un patrimoine grâce aux médias, mais c’était aussi les médias qui ont rendre possible cette connaissance de la diversité culturelle et ce qui l’a fait présente partout dans le monde. Aujourd’hui il est beaucoup plus facile de trouver des différents restaurants des différentes cultures partout. Nous pouvons facilement manger de la nourriture japonaise à Paris ou à São Paulo. En utilisant l’exemple du musé dont nous avons parlé tout à l’heure, c’est comme se les œuvres du Louvre étaient en exposition éphémère en passant par l’Australie ou le Brésil. Nous continuons à ne pas avoir l’expérience complète, mais nous avons déjà une idée, une idée qui a le pouvoir de changer notre relation avec la nourriture. Selon M. Albuquerque, les médias ont complètement changé sa relation avec la nourriture. Il nous a dit que c’était avec l’internet qu’il a appris fondamentalement tout ce qu’il sait sur la cuisine et que cela n’était pas possible dans les années 90 quand il était jeune. Il a appris sur la cuisine japonaise, mais il n’avait pas la possibilité de la gouter facilement avant, parce qu’il n’y avait pas de restaurant japonais à São Paulo à cette époque-là. Les médias l'ont amené à prendre contact avec cette culture, cette gastronomie, puis lui a permis de la découvrir dans sa propre ville. « Aujourd'hui, il est beaucoup plus facile une personne d'avoir accès aux nouveaux goûts, cuisines et un contenu immense à explorer à ce sujet. »68. Les médias, qui auparavant ne faisaient que nous montrer le reste du monde, aujourd’hui nous aident à nous rapprocher de lui. La gastronomie mondiale est à une clique de distance avec l’énorme nombre de recettes disponibles. Et, en sachant que la nourriture est une partie importante de la culture d’un pays, les recettes peuvent jouer ce rôle de « rapprocheur » et rendre le monde plus global.

68

Annexe 1 : Interview avec M. Otávio Albuquerque 47


3. L’UNIVERS MÉDIATIQUE DES RECETTES Après avoir touché les recettes et avoir essayé de trouver comment se fait son processus de signification, il est important de voir quel est le rôle des médias, et puis des réseaux sociaux, dans ce processus. Donc, dans cette partie nous souhaitons prouver que la finalité de l’usage des médias numériques influence à l’usage / réception des vidéos recettes et leur donne une nouvelle signification. Nous savons déjà que la signification de la recette se fait à partir du dialogue entre son émetteur et le récepteur, sa finalité va être déterminée par ces deux acteurs après une négociation non instantané. Mais, et le canal qui rendre ce discours possible ? Le format ? Ont-t-ils une interférence dans le processus de signification ? Le « médium » serait-il vraiment le message, comme dirait McLuhan 69 ? Ces questions nous guideront dans ce chapitre. 3.1. Médias : au delà du support Dans ce chapitre nous allons nous pencher aux médias et aux réseaux sociaux. Il se fait nécessaire de parler de « média », car nous allons toucher au format vidéo, qui est une sorte de média, l’internet et les réseaux sociaux qui font partie de ce média, une fois que le concept de « réseau social » est très large. Même si on a déjà l'habitude de penser à Facebook, Twitter, YouTube comme des réseaux sociaux, un réseau social peut être notre réseau d’amis, les collègues du travail, les gens que nous connaissons dans le quartier. Par conséquent, nous n’allons pas nous pencher juste aux réseaux sociaux, mais aussi aux médias numériques. C’est bien la combinaison des deux le cœur de ce chapitre. Commençons à y penser séparément : 3.2. Objet technique La connaissance du milieu où les recettes sont incluses se fait présente et très nécessaire dans notre analyse. Chez Francis Balle nous trouvons des définitions et des idées très intéressantes qui nous aideront dans réalisation de ce chapitre.

69

Marshall McLuhan : canadien, professeur de littérature et théoricien de la communication. 48


Pour commencer, Balle explique que les médias peuvent être la chaîne TF1, le journal Le Monde, un livre, la télévision, le cinéma, un affichage ou le Twitter, mais aussi des techniques comme les logiciels qui permettent à naviguer sur internet, l’internet elle-même et les réseaux sociaux. Selon lui : « Les médias partagent, en des proportions variables, des tâches ou des activités différentes - l’information, la publicité, le divertissement, l’éducation, la création -, à 70

moins qu’ils ne s’identifient à l’une d’elles »

Information très importante et pertinente à notre analyse, puisqu'elle nous montre que les médias acceptent des différents types de contenus, ce qui nous fait penser que le contenu, à son tour, est aussi responsable pour sa finalité. Il n’est pas seulement le média qui donne un sens aux choses. Comme nous avons déjà vu, les recettes sont polyvalents et peuvent être interprétées de différentes façons, si les médias prennent en charge toutes les interprétations possibles, cela place le récepteur comme responsable de la création de la signification. Ce qu’ils confirme après en disant que, dans le deuxième chapitre de son livre, il examine « les objectifs que les médias donnent ou les finalités que leur sont assignées par leur destinataires »71, mais même avant, dans le chapitre premier, il ratifie en disant que « les médias sont des techniques ; elles valent seulement par l’usage qui en est fait. Le technique n’impose rien : elle propose et l’homme dispose ou compose »72 et nous dirions plus, les techniques ne peuvent rien imposer, mais sont elles qui permettent, qui rendent possible, d’innombrables possibilités d’expressions, de créations. Toujours chez Balle, nous voyons que, quand même, quelques tâches ont été attribuées au média et donc difficilement il y échappe, soient-elles : « organe d’information ; moyen de divertissement ; d’évasion ou de connaissance ; support ou vecteur d’œuvres ou de chef-d’œuvre artistiques » 73 . Au moins dans notre

70

BALLE, Francis, Les Médias. Paris : Édition des Presses Universitaires de France, 2004, p.3. BALLE, Francis, Les Médias. Paris : Édition des Presses Universitaires de France, 2004, p.4. 72 BALLE, Francis, Les Médias. Paris : Édition des Presses Universitaires de France, 2004, p.5. 73 BALLE, Francis, Les Médias. Paris : Édition des Presses Universitaires de France, 2004, p.4. 71

49


analyse, tout ce que nous avons pensé et présenté à propos des recettes est dans cette définition. Ce changement constante des « finalités », pour ainsi dire, des médias est également un facteur de démocratisation et de mondialisation: une fois que les médias sont plus accessibles et que de plus en plus de gens commencent à les utiliser, plus ces personnes leur en attribueront. Les personnes ayant des expériences

différentes

mettront

leur

répertoire

dans

l'utilisation

de

ces

«techniques» et créeront de nouvelles utilisations. C'est ainsi que les médias avancent. Si aujourd’hui nous avons des vidéos recettes rapides, c’est parce que quelqu'un a lié un sujet à l'autre, quelqu'un a vu dans les vidéos la possibilité de montrer une recette rapidement. Au fil du temps, le format des vidéos a changé jusqu'à arriver à ce que nous connaissons aujourd'hui, mais ce qui a rendu cela possible était exactement l’exposition des gens à ces « techniques » et ces informations. Balle dit : « leur usage correspond très rarement à ce que leur inventeurs avaient imaginé »74, exactement parce qu'une personne aura une interprétation de celle-ci en fonction de leurs expériences. L'exposition des médias au monde et la « permission » de son détournement, l'amplification de ses capacités pour répondre aux différentes demandes. Ce que Balle appellerait d’« intelligence collective »75. Cela nous fait penser à l’interview avec M. Albuquerque où il dit qu’il croit que le média « numérique ou pas, il répond plus qu’il guide »76, donc il répond à une demande que juste la personne connaît, en fait, même la personne ne le sait, mais elle découvre cette nécessité dans le moment où elle est exposé aux médias ou à certains contenus. Donc la réponse aux médias / contenus n’est pas toujours consciente, nous y répondons selon nos nécessités, nos envies et nos expériences. Bien sûr que quand nous pensons aux médias, nous nous attachons plus aux médias numériques, puisqu’ils sont plus « gérables » quand nous parlons de contenus, mais si nous pensons à n’importe quel médias, comme les journaux, par exemple, nous voyons que même son usage peut-être, et a forcement été, détourné par des gens. Nous pouvons l'utiliser à la fois pour nous tenir informés et pour nous 74

BALLE, Francis, Les Médias. Paris : Édition des Presses Universitaires de France, 2004, p.5. BALLE, Francis, Les Médias. Paris : Édition des Presses Universitaires de France, 2004, p.48. 76 Annexe 1 : Interview avec M. Otávio Albuquerque 75

50


faner dans la chaleur ou nous protéger de la pluie. Nous n'avons pas la main directement dessus son contenu, de ce qui est imprimé, mais cela ne nous empêche pas de leur donner des utilisations différentes selon : l’expérience (est-ce que la personne a été déjà exposé à un journal ? Est-elle alphabétisée ?) ; le contexte (à quel moment la personne est exposé au journal ? Est-ce qu’il pleut ou il fait chaud ?) ; les besoins (est-ce que la personne a besoin d’être informée, est-ce qu’elle veut être informée ? Ou elle a juste besoin de se protéger de la pluie ?). La même chose arrive aux médias numériques et les vidéos recettes : la personne peut avoir une relation émotionnelle avec certains aliments, soit parce qu'elle les aime bien, soit parce que cette nourriture lui rappelle son enfance, ou soit parce qu’elle va recevoir des invités ce soir et elle manque d’inspiration. Si la personne connaît déjà le plat, elle peut regarder la vidéo en attendent de combler un besoin émotionnel ; si elle ne le connaît pas, il peut le regarder en attendant apprendre à le préparer ou à satisfaire une curiosité. Ici, nous avons déjà trois scénarios différents pour la même vidéo recette. Poursuivant l'étude des médias, nous tombons sur le sujet du divertissement. Dans le deuxième chapitre de l’œuvre de Balle, nous trouvons toute une partie dédiée à ce sujet, avec plein d’explications et informations importantes qui confirment nos soupçons par rapport au côté « divertissent » des recettes. En parlent des nouveaux médias, Balle dit qu’ils ont fait naître ce qu’il appelle d’une « industrie entièrement dévouée au grand public e son divertissement » 77 et que « faire applaudir, rire ou pleurer devient une technique autant qu’un art ; divertir est l’obsession de nouveaux industriels, désireux avant tout de recueillir les suffrages les plus nombreux »78. Ces deux passages nous font réfléchir sur les intentions des créateurs de contenus, les recettes étant un entre eux. Au fil du temps, nous voyons le changement esthétique des vidéos recettes, des différents montages et de plus en plus les vidéos ont devenus esthétiquement attractives. L’aspect esthétique des vidéos les rend plus « intéressantes » que s'il n'y avait pas une telle préoccupation. Sur YouTube, par exemple, nous avons des milliards de vidéos-recette, mais nous 77 78

BALLE, Francis, Les Médias. Paris : Édition des Presses Universitaires de France, 2004, p.61 BALLE, Francis, Les Médias. Paris : Édition des Presses Universitaires de France, 2004, p.61 51


avons certains qui sont vraiment belles et d’autres que ne sont pas si jolies, c’est perceptible que l’une vidéo a été faite avec l’intention d’être un « œuvre d’art » e l’autre le focus était mis sur l'exécution de la recette elle-même. Prenons les exemples suivants d’une même recette, la classique Tarte Tatin : a. Version Tastemade : Rendez-vous à Paris Rendez-vous à Paris est l’un des programmes fait par Tastemade. Ici, Uiara Araújo, une brésilienne qui habite en France montre comment préparer des recettes françaises classiques. Le programme est présenté en portugais et les épisodes variaient entre 5 à 10 minutes de durée. Dans la vignette de la vidéo, il est visible que les producteurs mettent la tarte en avant, ce qui implique que le focus de la vidéo est la nourriture comme résultat. La préoccupation esthétique est visible à partir du premier contact avec l'utilisateur, la tarte est bien présentée, disposée au centre sur une belle assiette avec le nom du plat en premier plan.

Figure 13 : Copie d'écran de la page de résultats pour « tarte tatin » sur Youtube.

La vidéo a un récit qui évolue d’un plan plus généraliste, où elle parle de la ville et son histoire, du marché où elle va acheter ses pommes ; et, après, en faisant la recette, elle raconte l’histoire du plat.

Figure 14 : Extraits de la vidéo « Tarte Tatin | Rendez-vous à Paris » Tastemade Brasil

79

sur la chaine YouTube

79

YouTube Tastemade Brasil, Tarte Tatin / Rendez-vous à Paris. Vidéo. Web. Consulté le 30 août 2017. URL : https://youtu.be/nqMn5KsPVB0 52


Les plans de la vidéo alternent entre l’animatrice et la préparation du plat. Les moments qui nécessitent plus d'attention à la préparation s'accompagnent de plans plus fermés qui montrent des détails. Mais, quand même, l’animatrice a son image explorée dans la vidéo, elle joue un rôle important dans le récit. Elle parle et conduit la vidéo, les moments sans discours sont remplis avec des musiques typiquement françaises. La vidéo est bien produite et présente à la fois un visuel et narratif attrayants. L’envie de faire de la vidéo une « œuvre d’art » est perceptible, puisque l'attention portée aux détails est évidente. La vidéo peut être facilement regardée par la beauté de sa production, mais elle remplit également le rôle d’enseigner la recette. Cependant, Tastemade cherche l'intérêt du public de diverses façons, que ce soit par l'histoire du lieu, le plat ou la recette elle-même. La recette fait partie d’un ensemble, elle n’est par l’œuvre d’art, mais elle fait partie d’une vidéo qui a cette intention. L’œuvre d’art, dans ce cas c’est la production. b. Version Tasty : Mini Caramel Apple Tarts La chaîne Tasty n’a pas de programme thématique et les vidéos ont une durée moyenne de 1 à 3 minutes. À son tour, pour la Tarte Tatin, Tasty met dans la vignette de la vidéo une petite Tarte Tatin en train d’être coupée. L’image de la tarde est en premier plan e la préoccupation esthétique est évidente.

Figure 15 : Copie d'écran de la page de résultats pour « tarte tatin » sur Youtube.

La vidéo est concentrée à 100% sur la recette, il n’y a pas d’animateur / animatrice. Il ne montrent que les mais de la personne qui prépare la recette. Cette personne

53


n’est pas pertinente, son image n'ajoute rien dans le récit, elle n’a pas un rôle à jouer (sauf pour la préparation de la recette).

Figure 16 : Extraits de la vidéo « Mini Caramel Apple Tarts (Tartes Tatin) » Tasty

80

sur la chaine YouTube

La vidéo se passe presque à 100% sur ce que nous appelons « bird's-eye view », le terme anglais pour « vue aérienne », le focus est la nourriture et les étapes de préparation. Ici, la tarte est préparée avec soin et ils veulent montrer la beauté du processus de préparation. Les plans se ferment pour montrer les détails, les textures. Ce qui conduit la vidéo est la propre recette. Tout est fait pour que la vidéo soit belle et naturelle. La tarte et la production sont traitées comme des œuvres d’art. Il y a peu de texte dans la vidéo et les quantités et les principales instructions sont mises sur la description et pendant les 1’15’’ de vidéo rien n’est dit, il y a juste une musique agréable au fond.

Figure 17 : Copie d’écran du détail du texte présent dans la vidéo 81 « Mini Caramel Apple Tarts (Tartes Tatin) » sur la chaine YouTube Tasty

80

YouTube Tasty, Mini Caramel Apple Tarts (Tartes Tatin). Vidéo. Web. Consulté le 30 août 2017. URL : https://www.youtube.com/watch?v=aVGEboVO_Nc 54


Cette vidéo, ainsi que celle de Tastemade, peut être apprécié pour sa beauté, qui est évidente et nous donne envie de gouter la tarte, ou pour apprendre la recette. Comme toutes les vidéos de la chaîne Tasty, cette vidéo pourrait être utilisée, par exemple, pour le producteur comme sa propre œuvre (ici, nous ne parlons pas de la recette, mais de la vidéo comme « matériel »), quelque chose être mise dans le portfolio pour montrer la maîtrise d’une fonction. c. Version Dani’s Frugal Life : Weight Watchers Recipes : French Apple Tarte (Tarte Tatin) Pour finir cette partie, nous allons analyser la version de la Tarte Tatin préparée dans un canal qui s’appelle Dani’s Frugal Life. Le canal n’est pas très connu, avec moins de deux mil inscrits. Cette vidéo a été choisie car elle présente des valeurs différentes des deux précédemment vues. À commencer pour la vignette, différemment des autres vidéos, l’image de la tarte n’est pas très belle. Elle remplit la fonction de montrer de quoi s’agit la vidéo, mais elle n’a pas beaucoup de prétention esthétique. Ici, le plus important est montrer comment préparer la tarte et non la tarte elle-même ou la production visuelle derrière.

Figure 18 : Copie d'écran de la page de résultats pour « tarte tatin » sur Youtube.

La vidéo est conduite par une animatrice qui montre juste ses mains en train de préparer la tarte. Elle ne parle que de la recette, elle ne raconte pas d’histoire, il n’y a pas de musique au fond. Il n’y a aucune préoccupation esthétique, les plans ne sont pas gérés, parfois il est difficile de savoir ce qui se passe dans la vidéo. Il n’y a pas de direction artistique ou préoccupation avec la photographie de la vidéo. 81

YouTube Tasty, Mini Caramel Apple Tarts (Tartes Tatin). Vidéo. Web. Consulté le 30 août 2017. URL : https://www.youtube.com/watch?v=aVGEboVO_Nc 55


Cette vidéo est un exemple de vidéo qui n’a pas l’intention d’être reconnue par sa beauté ou sa production, elle a une intention plus focalisée sur la recette elle même et le mode de préparation.

Figure 19 : Extraits de la vidéo « Weight Watchers Recipes : French Apple Tarte (Tarte Tatin) » sur la chaine YouTube Dani’s Frugal Life

82

Il est possible que quelqu’un regarde cette vidéo pour divertissement, mais il est beaucoup moins probable, sil on la compare avec les vidéos vues plus tôt. La vidéo pourrait être utilisée par la productrice pour montrer ses compétences culinaires, mais pas comme une œuvre d’art, la vidéo elle-même, indépendamment du résultat de la recette, ne peut pas être considérée comme une production « haute gamme ». Cependant, nous voyons que l’intention de la personne qui a fait la vidéo était de partager la recette et pas vraiment faire quelque chose pour divertir les gens, mais rien n’empêche que quelqu’un aime bien regarder ce genre de vidéo pour s’amuser. Cette brève analyse nous montre que l’industrie des vidéos de recette a une intention claire de transformer les vidéos en art, mais qu’il y a encore des vidéos partagées qui ne suivent pas ce modèle. Cependant, les vidéos avec l’intention plus claire d’être un art sont plus susceptibles d’être prises comme « divertissement », une fois que l’appel visuel nous donne plus que juste l’information. L’appel visuel est, en grande partie, le responsable pour le succès des canaux de recette. Qui confirme cette information est le spécialiste en psychologie de la technologie, M. Larry Rosen, en interview au site Artsy, où il dit que « nous sommes devenus une société plus visuellement dirigée » 83 , donc les vidéos les plus 82

YouTube Dani’s Frugal Life, Weight Watchers Recipes : French Apple Tarte (Tarte Tatin). Vidéo. Web. Consulté le 30 août 2017. URL : https://www.youtube.com/watch?v=7ZAJYikzmtQ 83 Traduit de l’anglais : « We have become a society that has become more visually directed» Artsy Editorial, Why the Internet Is Obsessed with These Vidoes of People Making Things. Article. 56


visuellement attrayantes peuvent avoir plus des visualisations. Cet appel visuel et cette intention de divertissement viennent, selon Balle, de l’envie pour une « satisfaction maximale : une confession rassurante, une identification salvatrice, une évasion réparatrice ou la compensation des frustration quotidiennes »84. Et les gens, à son tour, recherchent ce genre de vidéo, en plus de l’évident qui est d’apprendre la recette, car, comme Frank Cooper, directeur du marketing de BuzzFeed le dirait dans une interview accordée au site Vocativ, « les gens aiment les aliments savoureux et ce genre d'aliments qui leur rappellent leur enfance, ‘’confort food’’ ou la nourriture qui leur rappelle une expérience »85. Après avoir analysé les médias à la fois comme « support » et comme format (vidéo), passons aux réseaux sociaux, plus précisément à Facebook, le réseau social où nous trouvons la plupart de vidéos-recette.

3.3. Objet social Comme nous avons parlé plutôt, ni tous les réseaux sociaux sont numériques, cependant, comme nous avons l’habitude d’y penser comme s’ils étaient, nous pouvons facilement trouver une définition sur internet des réseaux sociaux numériques. Sur le dictionnaire français l’Internaute, un réseau social est un « site internet qui permet aux internautes de se créer une page personnelle afin de partager et d’échanger des informations, des photos ou des vidéos avec leur 86

communauté d’amis et leur réseau de connaissances » .

Avec cette description, nous pouvons lister plusieurs sites qui correspondent à ce profil, comme Facebook, YouTube, Twitter, Snapchat, Instagram. Cependant, nous Web. Consulté le 27 août 2017. URL : https://www.artsy.net/article/artsy-editorial-why-the-internet-isobsessed-with-these-videos-of-people-making-things 84 BALLE, Francis, Les Médias. Paris : Édition des Presses Universitaires de France, 2004, p.63. 85 Traduit de l’anglais : « people love tasty foods and the kind of foods that remind them of their childhood, comfort food, or food that reminds them of an experience » Vocativ, Food Porn Is Going Viral, And Maybe Making Us Unhealthy. Article. Web. Consulté le 27 août 2017. URL : http://www.vocativ.com/286119/food-porn-recipe-video-calorie-counts/ 86 Dictionnaire Français l’Internaute, Réseau Social. Web. Consulté le 30 août 2017. URL : http://www.linternaute.com/dictionnaire/fr/definition/reseau-social/ 57


allons nous concentrer sur Facebook pour restreindre un peu notre analyse, mais aussi parce qu’il est l’un des réseaux sociaux le plus accédé au monde. Facebook a été crée en 2004 et a comme mission « donner à tous le pouvoir de créer une communauté et rapprocher le monde entier »87. La description ne nous donne pas de piste sur le type de contenu ou son intention, cependant l’idée de mondialisation est évidente. À la base, les réseaux sociaux visent à répondre à deux besoins fondamentaux : la nécessité d’appartenance et le besoin d'auto-présentation, mais cela parle plus du rapport de l’utilisateur avec le réseau social (au sens plus large, le site il-même, mis aussi les gens qui composent le site, et font partie du réseau de l’utilisateur), que avec son contenu. Donc nous avons eu besoin d’aller plus loin pour trouver d’autre finalités. Selon une étude publiée par le site The Atlantic88, il y a quatre utilisations du Facebook qui sont les plus fréquentes : voir les nouveautés des amis, soulager l'ennui, voir les photos des amis et procrastiner.

Figure 20 : Graphique « Pourquoi utilisez-vous Facebook ? » du site The Atlantic

89

Dans ce scénario, nous voyons que le côté divertissement est plus évident et que rien n’est dit par rapport à l’apprentissage. Donc, quand les personnes accèdent 87

Facebook, À propos. Site. Web. Consulté le 30 août 2017. URL: https://www.facebook.com/pg/FacebookFrance/about 88 The Atlantic, Why do People Use Facebook?. Article. Web. Consulté le 12 septembre 2017. URL: https://www.theatlantic.com/technology/archive/2013/04/why-do-people-use-facebook/274721/ 89 The Atlantic, Why do People Use Facebook?. Article. Web. Consulté le 12 septembre 2017. URL: https://www.theatlantic.com/technology/archive/2013/04/why-do-people-use-facebook/274721/ 58


Facebook, elles attendent à trouver du contenu « facile », quelque chose pour éviter l'ennui et pas forcement un contenu très riche en information. Cela ne veut pas dire que, après avoir vu un contenu, l’intéresse pour lui ne puisse pas changer. Facebook a le bouton d’enregistrement de publications, ce qui permet aux utilisateurs de sauvegarder des publications pour une visualisation ultérieure. Donc, même si, au moment de recevoir le contenu l'utilisateur attend juste le divertissement, il peut enregistrer ce contenu pour regarder plus tard avec d'autres yeux. La vidéo recette, par exemple, elle apparaît dans le fil d’actualité et elle commence automatiquement. Les émetteurs ont travaillé tout en appel visuel pour que les personnes restent à les regarder jusqu’à la fin (plusieurs facteurs contribuent pour cela, la durée de la vidéo est l’un d’entre eux). Et, encore une fois, nous voyons l’importance de l’émetteur dans le processus de signification, une fois qu’il a besoin de penser à ce que accèdent le réseau en cherchant des recettes, ce qui l’accèdent en cherchant du divertissement, et ce qui l’accèdent à ne rien chercher. Un exemple, sont les personnes qui accèdent Facebook sans aucune intention et sont tombées dans les vidéos recettes. Les émetteurs doivent convertir cette vue involontaire en interaction, en engagement, ils veulent et ils cherchent plus qu’une visualisation, car ce qui leur donne un retour économique est l’engagement et pas seulement la visualisation. Donc, avec cet brève analyse, nous pouvons voir que le Facebook n’a pas d’intention derrière la signification de la recette, la signification est attribuée par l’émetteur, et peut être confirmé ou pas par le récepteur. Ce que Facebook fait, c’est rendre possible ce rencontre entre les deux parties et faciliter la transmission de

l'information

que

l'émetteur

souhaite

passer,

en

lançant

la

vidéo

automatiquement au lieu d’attendre l’action du récepteur. De toute façon, il y a, quand même, un autre facteur a être considéré. Au moment de sa création, en 2004, Facebook a été pensé comme un réseau pour réunir les étudiants de l’université de Harvard, c’est à dire, c´était un outil social pour que les gens puissent se faire connaissance. Au cours des années, avec l’ouverture du réseau à d’autres universités, la création du profil professionnel et, après, 59


l’ouverture du réseau à tout le monde, les gens ont trouvé et attribué d’autres usages à Facebook. L’entreprise a identifié les besoins des gens et donc s’est adaptée, et aujourd’hui présente plusieurs fonctionnalités et plusieurs usages : rencontrer des gens, suivre des pages selon leurs propres intérêts, participer à des groupes et discuter de sujets avec des gens qui partagent le même intérêts, vendre quelque chose, faire de la publicité, diffuser des nouvelles et ainsi de suite. Facebook est devenu un média très polyvalent qui s’adapte aux besoins des utilisateurs, leur écoute et lance des nouvelles fonctionnalités pour suivre les tendances. Mais tandis que Facebook devient la source d'information pour beaucoup de gens90, comme nous pouvons bien voir dans l’infographique publié par le Pew Research Center, son image est encore très liée au divertissement et au côté social, ce qui peut influencer l’interprétation de l’utilisateur par rapport au contenu.

Figure 21 : Infographique « Social media sites as pathways to news »

91

du site Journalism

Si nous pensons à Facebook comme quelque chose liée au divertissement, nous pouvons penser que tout ce qui est à son intérieur a le même but: divertir. Mais, 90

Journalism, New Uses Across Social Media Platforms 2017. Article. Web. Consulté le 12 september 2017. URL: http://www.journalism.org/2017/09/07/news-use-across-social-mediaplatforms-2017/ 91 Journalism, New Uses Across Social Media Platforms 2017. Article. Web. Consulté le 12 september 2017. URL: http://www.journalism.org/2017/09/07/news-use-across-social-mediaplatforms-2017/ 60


encore une fois, cela dépendra de l’utilisateur, de son interprétation du réseau, ses envies et ses besoins.

Conclusions En analysant les médias, les réseaux sociaux et leur rapport avec la signification, nous pouvons conclure que le format vidéo pour les recettes donne plus de responsabilité à l’émetteur. Ce format rend possible à l’émetteur de montrer ses valeurs, sa vision du monde, lui donne plus des possibilités de donner des pistes pour l’interprétation. Il rend possible aussi la création d’un contenu polyvalente, qui peut être vu à la fois comme œuvre d’art, ce qui nous remet plus au divertissement, comme un outil d’apprentissage. Donc, les vidéos recettes peuvent jouer les deux rôles au même temps, et l’émetteur est un acteur fondamental dans ce processus. En revanche, quand nous parlons des réseaux sociaux, nous voyons qu’ils n’ont pas beaucoup d’interférence dans le processus d’interprétation. Les réseaux vont rendre possible l’accès au contenu, mais c’est à l’utilisateur de l’interpréter, basé sur ce qui a fait l’émetteur et comment il a « vendu » son contenu. Cela nous confirme ce qui a dit M. Albuquerque dans son interview : « Je crois que le médias, numérique ou pas, il répond plus qu’il guide »92, cela veut dire : les médias sont à disposition pour que les gens puissent les utiliser selon leur besoin. Donc, comme nous avons vu dans les chapitres précédents, le processus de signification se fait par les personnes impliquées dans la conversation. Le média et le réseau social sont des outils qui ne déterminent rien, en effet. Ils peuvent apporter des pistes et inciter l’interprétation. Ils aident l’émetteur à donner forme à ce qu’il veut passer (donc, quelque chose qui a déjà des intentions bien définies), et ils aident le récepteur à accéder ce contenu et les exhorte à interpréter ce que l'émetteur voulait passer.

92

Annexe 1 : Interview avec M. Otávio Albuquerque 61


CONCLUSION Dans ce travail, nous avons pu explorer une partie de l’univers très complexe de la vidéo recette sur les réseaux sociaux et ses significations. Tout d’abord dans cette conclusion, il est important de remarquer qu’au cours de la réalisation de ce mémoire, beaucoup des nouvelles possibilités d’études ont ressorti, ce qui réitère l'idée que cette analyse n'est que le début et qu’il y a énormément d’autres choses à étudier pour donner une réponse plus concrète à notre problématique. Néanmoins, les sujets qui nous avons traités dans les différents chapitres de ce mémoire nous ont amené à des conclusions très intéressantes par rapport au thème, et qui répondent bien à la problématique : dans quelle mesure le format « one minute vidéo » sur les réseaux sociaux change-t-il le genre des recettes culinaires ? La première chose que nous avons pu conclure est que la vidéo-recette a une signification très polyvalente, cela veut dire qu’elle peut avoir plusieurs significations, tout va dépendre des personnes qui sont impliquées dans ce processus. Elle peut être utilisé comme un moyen d’apprendre une recette, mais elle peut être juste une jolie vidéo qui fait plaisir aux yeux et détend le spectateur, soit parce qu’il aime bien la nourriture, soit parce que la recette lui apporte des bonnes souvenirs de l’enfance. Mais, ici, ce que nous import le plus est que une vidéo-recette n’est pas tenue d’avoir une seule signification. Elle garde toujours la signification « originale » de la recette, mais elle lui ajoute d’autres possibilités de significations ; les significations sont cumulatives, ce qui lui confère sa polyvalence. Ici, c’est importante de souligner l’importance du récepteur dans ce processus de signification, car l’émetteur et le canal mettent la vidéo recette à disposition de sorte qu’elle remplisse plusieurs critères, mais c’est au récepteur de les filtrer, de façon consciente ou non, selon ce qu’il cherche et s’il cherche. Et, donc, ce lui qui détermine l’usage de la recette, bien sûr qu’après après avoir reçu les indications de l'émetteur et les stimuli du média. À ce qui concerne l’émetteur, ce qui crée la vidéo-recette et la met à disposition, nous avons pu voir qu’ils jouent un rôle très importante dans le processus de signification, mais pas forcement déterminante. Les recettes peuvent être 62


représentés de différentes façons dans les vidéos, elles peuvent contenir une charge très émotionnelle qui vient des expériences du réalisateur. Il, à son tour, peut transformer une simple recette en œuvre d’art et mettre en avant ce statu, ce qui peut influencer l’interprétation de la vidéo recette par le récepteur. Le réalisateur met dans ses vidéos une intention, une intention qui sera perçu ou pas par le récepteur, mais qu’y sera toujours présente. Ici, ce que nous avons pu conclure aussi, c’est que les médias ne déterminent rien, ils sont des outils utilisés par les personnes impliqués dans la conversation, ils répondent aux besoins de ces personnes et ils rendent les choses réalistes :

La vidéo, en tant que média, permet la transmission de beaucoup plus de choses que le papier permettait, par exemple. La possibilité de filmer la réalité et de transmettre la véracité, montrer les détails des processus de préparation d’un plat en temps réel, donner l'idée de la texture, transmettre tant d'informations en peu de temps, les différentes ressources de postproduction.

Les médias sociaux, qui permettent la diffusion d’un contenu dans un contexte global. Qui permettent les gens de partager des vidéos, de partager sa culture avec le reste du monde en toute simplicité. Qui rendent l’information accessible pour que d’autres personnes peuvent la voir et créer des nouvelles médias, des nouvelles technologies.

Donc, en répondant à la problématique, les médias ne changent pas le genre de la recette, mais ils donnent à l’émetteur la possibilité de mieux s’exprimer et mettre en pratique ce qu’il a imaginé, et au récepteur la chance de trouver des contenus et les interpréter. Le troisième, et très important, point de notre conclusion, c’est le fait que la vidéorecette en tant que divertissement est quelque chose de relative, une fois qu’elle dépende de l’appropriation de ce qui la voit. Cependant, la vidéo-recette en tant qu’outil de mondialisation est un fait. La vidéo-recette, une fois mise à disposition sur internet, elle devient une façon de découvrir le monde. La gastronomie est très liée à l’histoire de la société, l’alimentation a toujours été la base de la survie 63


humaine. Il est, quand même, très difficile de parler de l’évolution humaine sans parler de la nourriture, des pratiques culinaires et, après, du développement de la gastronomie local, favorisée par la localisation, et la disponibilité des ressources. Donc, quand nous présentons une recette et nous la mettons à disposition sur une réseau mondial, qui peut être accéder partout, nous ne sommes pas juste en train de partager une recette, nous sommes en train de partager une certaine culture. C’est évident que les médias sociaux, eux-mêmes, font déjà ce travail de mondialisation, ils sont, en fait, les plus grands responsables pour cela, mais ils ne se nourrissent pas tous seuls, ils ont besoin de quelqu’un pour les nourrir et du contenu. L’internet et Facebook contribuent à la mondialisation, mais une fois que la gastronomie fait partie de la culture d’un pays (partie fondamentale, une fois que l’histoire de la gastronomie se confonde avec celle de la société) elle devient un dispositif de mondialisation. Il n’y a pas de mondialisation sans toucher une partie aussi importante de la culture d’un peuple, comme la gastronomie. Les recettes, dans ce cas, sont une façon de briser physiquement les barrières qui ont déjà été rompues par les réseaux sociaux. Parce que nous pourrions parler de la cuisine marocaine sur Internet sans jamais montrer comment faire un plat, alors nous connaîtrons les plats, les habitudes alimentaires marocaines, mais nous n'aurions pas la possibilité d'essayer de faire ce plat. Le fait du message être une recette rend possible la mise en pratique de l’information. Cependant, la recette comme outil de mondialisation ne dépende pas directement de l’utilisateur, car à partir du moment où l’expéditeur met ce contenu à disposition et nous, depuis n’importe où dans le monde, pouvons y accéder, cela fait partie du processus de mondialisation, qui a son tour n’est pas toujours volontaire. Les utilisateurs peuvent, ou pas, être à la recherche d’un contenu spécifique sur une autre culture, mais le simple fait que le contenu soit disponible rend le monde plus mondialisé. Néanmoins, pour que la mondialisation soit plus complète, il lui faudrait préparer la recette. C’est bien ici que nous voyons la limite par rapport à l’expérience de mondialisation. Les vidéos-recette peuvent être un outil de mondialisation,

mais

elles

ont,

quand

même,

une

limite,

la

limite

de

l’expérimentation : la vraie gastronomie d’un pays ne peut être découverte qu’ « en loco », car elle apporte une charge émotionnelle très forte du pays, les ingrédients 64


locaux, le savoir-faire de ceux qui sont déjà habituer à la préparer. Donc, la vidéorecette, même comme outil de mondialisation, apporte ses limites. Pour conclure, ce qui ressort le plus dans ce travail, c’est que les recettes peuvent avoir différentes significations et qu’elles sont cumulatives, cela veut dire qu’une signification ne tue pas l’autre, elles peuvent coexister. La même recette peut signifier des choses différentes pour différentes personnes, cela dépendra du contexte, par exemple : une recette de brigadeiro apporte beaucoup plus de sens pour un brésilien que pour un français. Mais ce n’est pas seulement cela, le contexte implique, par exemple, où la personne se rencontre. Si un brésilien qui habite au Brésil est en train de voir son fil d’actualité, et est tombé sur une vidéo de brigadeiro, elle peut tout simplement la passer, car elle n’a pas besoin d’apprendre à le préparer. Mais si le brésilien habite en France et il tombe sur une vidéo de brigadeiro, peut être que le fait de son pays lui manquer le fasse regarder la vidéo, parce que le brigadeiro lui apporte des bonnes souvenirs. Le français, à son tour, peut regarder la vidéo pour vraiment apprendre la recette. Dans ce cas, il est évident que la même recette sera interprétée différemment par des différentes personnes, donc ce n’est pas le média qui détermine la signification ou qui va changer le genre de la recette.

65


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YouTube Tasty, Mini Caramel Apple Tarts (Tartes Tatin). Vidéo. Web. Consulté le 30 août 2017. URL : http://bit.ly/2vMr9dP

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ANNEXES

Annexe 1 : Entretien avec M. Otávio Albuquerque réalisé par mail le 28 mai 2017 Annexe 2 : Recette de Tarte Tatin extraite du site Marmiton

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Annexe 1 : Entretien avec M. Otávio Albuquerque réalisé par mail le 28 mai 2017 Monsieur Otávio Albuquerque : Stratégiste de Contenu chez YouTube, avant Directeur Régional chez Tastemade Brésil. Propriétaire de la chaîne YouTube "Coisas Que Nunca Vivi » avec plus de 180 mil personnes inscrites et « Rolê Goumet » (qu’il présente avec PC Siqueira) avec plus d’un million d’inscrits. Question 01 : Vous croyez que les réseaux sociaux ont changé la façon dont on regarde la nourriture et les vidéos de recettes ? Pourquoi ? Oui, j’y crois, pour avoir approché la cuisine de la vie des gens. Tandis que je grandissais, dans les années 80 et 90, la cuisine était quelque chose de limitée aux experts. J’ai grandi en regardant la cuisine avec Silvio Lancellotti, Ofélia, Olivier Anquier… Des gens qui avaient « de la maîtrise » pour en parler. Je pense qu’avec l’internet, en particulier au cours des cinq dernières années, nous avons vu une énorme croissance de sites, chaînes et contenus faits, en générale, par des gens « normaux », des gens avec qui tout le monde peut s’identifier, ce qui a fait que beaucoup de gens perdît la peur et les préjugés et vît comment faire de la cuisine est quelque chose d’accessible et potentiellement amusant. Q 02 : Quel est votre point de vue sur les recettes avant et après les réseaux sociaux? Avant elles étaient une chose restrictive et spécialisée, aujourd’hui c’est plus démocratique. Q 03 : Un livre de recettes et une vidéo de recettes ont la même fonction ? Pourquoi ? Je pense que les vidéos sur internet sont sur le format parfait pour suivre une recette. Le livre est trop froid, même s’il apporte des images, ils ne sont que quelques-unes. À la télévision, vous pouviez voir tout le processus, mais vous étiez attaché au moment de l’émission. Avec l’internet, vous avez maintenant la « mobilité » du livre, le pouvoir d’apporter votre Tablet, Smartphone ou ordinateur

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portable à la cuisine et suivre chaque pas de la recette comme dans les émissions de télévision. Q 04 : À votre avis, quelle est la principale motivation pour la création de contenu gastronomique sur Internet? Cuisiner est un acte trop social, est quelque chose que vous faites plutôt pour passion ou pour quelqu’un que vous aimez bien. Partager ce genre de chose est, pour moi, une façon de faire passer quelque chose qui nous rend heureux et que vous souhaitez que vous puissiez faire la même chose pour les autres. Q 05 : Quelle est la différence entre le créateur de contenu gastronomique pour les réseaux sociaux et pour la télévision (ou même un livre) ? Je pense que c’est la même pour n’importe quel contenu – sur internet, vous avez une réponse beaucoup plus rapide et intense du public. Il est un dialogue constant. Je ne veux pas dire que les livres et la télé n’avaient pas ce potentiel, mais le résultat est quelque chose de beaucoup plus lointain. Q 06 : Quel facteur vous croyez qui détermine l’ « usage » du contenu gastronomique : le support médiatique, le format, le réseau social ou le récepteur de l’information il-même ? Je crois qu’il est le moment culturel. Jusqu'à il y a environ deux décennies, la cuisine était une obligation quotidienne et manger ailleurs était quelque chose de très limité. Avec la propagation des restaurants et de l’habitude de manger ailleurs, beaucoup de gens a été exposé à des différents goûts culinaires et cultures - dans en premier moment peut-être grâce aux franchises, puis avec les restaurants spécialisés qui ont émergé. Une étape résultante ou parallèle, c’est le fait des gens se rendent compte qu'ils peuvent souvent reproduire ces plats chez eux. En plus d'économiser, il a été créé aussi une culture de que cela pourrait être amusant et agrégateur. Je crois que le média, numérique ou pas, il répond plus qu’il guide. Q 07 : En tant que spectateur et utilisateur de réseaux sociaux, vous consommez du contenu gastronomique avec quel objectif ? 72


Aujourd’hui je dirais que je ne consomme pas du contenu gastronomique. Je ne m’intéresse pas trop à des recettes ou des contenus de cuisine, mais plus à l’histoire et l’origine de certaines culinaires, plats, cuisiniers etc. Pour moi, c’est une façon d’apprendre davantage sur les cultures, soit d’autres cultures, soit la mienne. Q 08 : Il est remarquable la croissance du contenu gastronomique sur les réseaux sociaux. À votre avis, qu’est-ce que justifie cette croissance ? La demande a toujours existée, mais je pense que ce qui s’est passé c’était qu’il y avait encore un espace géant à être occupé, en particulier sur Internet. Nous en avons profité avec YouTube, récoltant un public très fidèle avec une relative facilité et de rapidité. Aujourd’hui, je crois que le scénario est un peut plus compétitif, mais il y a encore beaucoup d’axes à explorer. Je vois essentiellement comme une grande opportunité de marché! Q 09 : Quel est le rôle de l'esthétique dans la production de contenu gastronomique pour les réseaux sociaux? Crucial. Le contenu culinaire doit être beau ou personne ne sera intéressé ou va vouloir le faire. Q 10 : Ni tous les « food-influencers » sont Chefs de Cuisine ou ont une formation culinaire. À votre avis, qu’est-ce qui détermine un influenceur ou qu’est-ce qui lui donne tant de crédibilité ? Je pense que la majorité n’est pas Chef et c’est bien pour cela qu’ils ont de la crédibilité, parce qu’ils sont des gens avec qui vous vous identifiez. Q 11 : Est-ce que les réseaux sociaux ont influencé en quelque sorte votre relation avec la nourriture dans la vraie vie ? C’était avec l’internet que j’ai appris fondamentalement tout ce que je sais sur la cuisine, donc je suis vraiment reconnaissant pour avoir eu l’opportunité de connaître et découvrir tant de choses que je ne pouvais pas découvrir si facilement quand j’étais plus jeune, dans les années 90. À ce moment-là, même si je voulais goûter

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un sushi, certainement je ne pourrais pas, parce qu’il n’y avait pas de restaurants japonais dans ma ville. Je ne pourrais certainement pas parce qu'il n'y avait pas de restaurants japonais dans ma ville. Aujourd'hui, il est beaucoup plus facile une personne d'avoir accès à de nouveaux goûts et de cuisines et un contenu immense à explorer à ce sujet. Q 12 : Vous croyez que la gastronomie est devenue une nouvelle forme de divertissement ? Je crois qu’elle a toujours été, elle a tout simplement démocratisée et aujourd’hui elle atteint plus de gens de différentes façons. Q 13 : Sur le site de Tastemade, nous trouvons la citation suivante : “We created Tastemade to connect our passions with a once-in-a lifetime opportunity to redefine entertainment. Our goal was to fundamentally change the way the world makes, watches and engages with video. For us that meant a dedication to creating high quality, addictive video for mobile consumption across the world's largest social networks.” Quelle est votre interprétation de ce passage? Mon interprétation est que ce texte a été écrit au début d’une start-up qui a été très bien placé pour explorer les opportunités de marché que je commentais ci-dessus. En fait, je le vois juste comme un moyen de vendre une mission de transmettre la gastronomie dans les nouveaux médias, ce que nous voyons aujourd’hui, quelques années plus tard, il se révèle une très bonne affaire !

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Annexe 2 : Recette de Tarte Tatin extraite du site Marmiton Temps total : 1H10, Préparation : 30 min, Cuisson : 40 min Ingrédients : -

8 pommes golden bien jaunes

-

1 pâte feuilletée (toute prête ou faite maison)

-

2 sachets de sucre vanillé

-

Cannelle

-

100 g de beurre

-

100 g de sucre en poudre

Ustensiles : -

1 moule à tarte

-

1 moule à tarte tatin

-

1 four

-

1 casserole

-

1 couteau

-

1 économe

-

1 spatule

-

1 couvercle

Préparation : -

Etape 1

Préchauffer le four à 180°C (thermostat 6). Dans un moule à tarte rond antiadhésif, faire fondre le beurre directement sur le feu. -

Etape 2

Y ajouter le sucre fin -

Etape 3

et baisser le feu pour faire un caramel.

75


-

Etape 4

Eplucher les 8 pommes golden entières. Les couper en deux et enlever le coeur sans défaire les moitiés. Disposer les pommes reconstituées en couronne dans le plat, -

Etape 5

en mettre une ou deux au milieu. Aplatir avec une spatule de temps en temps, les pommes doivent pocher dans le caramel, qui ne doit pas devenir noir, mais tout juste doré. -

Etape 6

Saupoudrer les pommes de sucre vanillé et de cannelle. -

Etape 7

Sortir le tout du feu et recouvrir de pâte feuilletée en appuyant bien sur les bords. -

Etape 8

Mettre au four moyen pendant 35 à 40 minutes. -

Etape 9

Déguster tiède. Note de l'auteur : Je ne connais personne qui n'ait trouvé ma tatin délicieuse. La recette en vidéo :

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RÉSUMÉ Envisagé comme la dernière étape du cours de Master II en Médias et Numérique au CELSA – Paris IV, ce mémoire se concentre sur les recettes culinaires et ses modalités de réception par des réseaux sociaux. L’idée est de découvrir si les réseaux sociaux ont changé la façon dont nous recevons la recette culinaire, avec quelles finalités nous les voyons sur les réseaux sociaux, surtout après l’émergence du format vidéo de moins de deux minutes. Nous envisageons clarifier qui sont les principaux responsables pour le « changement » des finalités, afin de mieux connaître le milieu gastronomique enligne pour améliorer la création de ce genre de contenu. Pour ce faire, nous avons reparti l’analyse en trois parties principales : 1) l’analyse de l’objet pour voir quelle influence le contenu il-même apporte sur la finalité ; 2) l’analyse de l’émetteur, pour découvrir s’il a le pouvoir de changer la signification de la recette avec ses choix ; et 3) l’analyse des médias, pour voir si les finalités des réseaux sociaux se confondent avec celles du contenu.

MOTS-CLÉS Recette ; recette culinaire ; gastronomie ; réseaux sociaux ; vidéo recette ; signification.

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Mémoire: Les Vidéos de Recettes Culinaires sur les Réseaux Sociaux  

Une analyse de la transformation du genre de la recette et ses modalités de réception par des réseaux sociaux.

Mémoire: Les Vidéos de Recettes Culinaires sur les Réseaux Sociaux  

Une analyse de la transformation du genre de la recette et ses modalités de réception par des réseaux sociaux.

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