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Le Journal er

N°14 - Germinal, Floréal, Pairial CCXVIII - 2 trimestre 2010

Trimestriel de la Libre pensée de Rodez

L’événement

Conquérir son égalité

Sommaire L'événement

Conquérir son égalité pages 1 et 2

Deux conférences de la Libre pensée en Aveyron

Actualité

Egalité : où en est la clause de l’Européenne la plus favorisée page 3 Actualité

Projets pédagogiques : libre examen pages 4, 5, 6

Courrier des lecteurs page 6 Lecture

L’esprit de Philadelphie page 7 Actualité

CAEN : la pochette suprise page 8 Actualité

Cimetière de Rodez : suite et fin page 8

“Le Journal de la Libre pensée de Rodez” est un trimestriel d’actualités et d’informations édité par la «Libre pensée de l'Aveyron», association loi 1901 déclarée en préfecture de Rodez sous le n°0122006660, publiée au Journal officiel sous le n°20040038 Directeur de la publication : Solange Rioux Siège social : 31, rue des Moutiers 12000 Rodez Mél. librepenseerodez@free.fr Site :librepensee12.free.fr Imprimé par les soins de l’association numéro ISSN : 1952-8175 Prix : 1,50€. Abonnement annuel : 6€ Nombre d’exemplaires :100

L

es 24 et 25 mars derniers, le docteur Michèle Vincent , viceprésidente de la FNLP était de passage en Aveyron, pour y donner, à notre demande, deux conférences : à

Rodez, « Femmes dans l’histoire, femmes dans l’actualité, les luttes de la libre pensée pour l’émancipation des femmes » ; à Villefranche de Rouergue, « réflexion libre penseuse autour de la mort. » Suite en page 2

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Le Journal

L'EVENEMENT

Conquérir son égalité « Femmes dans l’histoire, femmes dans l’actualité, les luttes de la libre pensée pour l’émancipation des femmes » ; « Réflexion libre penseuse autour de la mort » : deux sujets différents l’un de l’autre mais beaucoup moins éloignés qu’on ne pourrait le penser. En effet tous deux présentent un point commun : l’appropriation de son propre corps. Pour les femmes, par la maîtrise de la procréation qui passe par la contraception et le droit à l’IVG. Pour le patient incurable, par la maîtrise du choix du moment de sa mort qui passe par la légalisation de l’euthanasie , objectif premier de l’association ADMD, avec laquelle nous étions en partenariat pour cette deuxième conférence. Cette appropriation de leur corps par les femmes et les patients en fin de vie se heurte aux religions et à leurs tenants et chacun sait que la Libre Pensée lutte de toujours contre leur pouvoir sur les choix de vie des citoyens, pouvoir qui nie la liberté de conscience et la séparation des églises et de l’état.

(g.) et Michèle Vincent Solange Rioux (Libre pensée de Rodez)àetRodez. Michèle Vincent, viceprésidente de la Fédération nationale de la Libre pensée, lors de la conférence à Rodez.

ordre nature », le système patriarcal qui se traduit par la soumission de la femme, sa prédisposition à la vie domestique et à la procréation.

Bien entendu l’instruction, l’éducation , le droit de vote, l’accès au travail, la déconstruction des préjugés, la lutte contre les inégalités hommesfemmes accompagnent l’émancipation et l’autonomie féminines concrétisées notamment par les lois Neuwirth et Weil. Les Libres penseurs s’y sont largement impliqués comme ils sont vigilants à leur préservation et leur défense. Leur colloque sur la bioéthique, tenu à Paris en 2009, atteste de leur vigilance.

Michèle Vincent a particulièrement insisté sur la caution scientifique et la collusion qui existe entre les différentes institutions qui soutiennent cette vision très réductrice de la vie sociale des femmes. Elle souligne l’importance de la révision des lois sur la bioéthique qui doit avoir lieu en 2010. et la bataille déjà engagée à propos de la recherche sur l’embryon. Elle détaille les tentatives des réactionnaires de tout poil:1) l’embryon serait une personne, 2) une loi devrait reconnaître le géniteur à égalité avec la mère ( qui ne déciderait plus seule d’un IVG), 3)l’échographie se passe de plus en plus devant toute la famille réunie (donnant ainsi à l ‘embryon un statut social), 4) l’invention d’un rituel lors de l’incinération des résidus de faussecouche , leur l’enterrement dans les carrés des anges au cimetière, (ce qui amorce un état civil lui-même appelant droit et statut juridique.)

Ils savent également démonter la notion de genre que les églises affirment comme le sacro saint «

Jouant sur les bons sentiments ces tentatives dissimulent aux crédules leurs effets pernicieux. Comme on le voit le port de la la burqa, à l’origine de la motion d’égalité entre femme et homme (Le Journal n° 12 et 13) , ressemble à l’arbre qui cache la forêt. La conférencière conclura sur ce sujet.

Michèle Vincent, vice-présidente de la Fédération nationale de la Libre pensée (au centre) et Gérard Tourette, ADMD12, lors de la conférence à Villefranche-de-Rouergue.

On peut se rendre sur le site http://librepensee12.free.fr/ pour télécharger la conférence. 2


Le Journal

ACTUALITE

Egalité : où en est la clause de l’Européenne la plus favorisée ? 20 mars 2010 : la proposition de résolution européenne visant à introduire la « clause de l’Européenne la plus favorisée », déposée le 17 décembre 2009, est considérée comme rejetée définitivement par l’Assemblée nationale. De la Commission des affaires européennes en Commission des lois, l’affaire est rondement placardisée en trois mois. Rien ne presse tout de même ! Il y a la journée internationale des droits de la femme et les si jolies fêtes du 8 mars! Sans parler du 7 du même mois: toutes ces grands mères fleuries si attendrissantes, Et bientôt il y aura le 30 mai : fête des mères et du collier arte povere. Amusez-vous ! Dormez, braves filles et bonnes femmes, les charte, institut, comité consultatif, convention, recommandation, résolution, programme d’action, déclaration, feuille de route, veillent sur vous . Mais au fait, qu’était cette proposition? 1. La réalisation par l’Institut européen pour l’égalité entre les hommes et les femmes d’une étude visant à analyser

et à répertorier les dispositions législatives et réglementaires des Etats membres à l’égard des femmes ; 2. L’introduction par un instrument législatif spécifique de la « clause de l’Européenne la plus favorisée », permettant une harmonisation vers le haut des droits de femmes en un statut unique Et à quoi sert cet Institut européen ? (Puisé à la source) : fournir « des synthèses conviviales de la législation européenne », et « des avis d'experts, d'améliorer les connaissances dans ce domaine (l’égalité entre les hommes et les femmes) et de sensibiliser l'opinion à ces questions. » Et où en est cette égalité, toutes Européennes confondues ? les progrès sont évalués chaque année et présentés dans un rapport. Dernier rapport 2009. Exemples (même source) : - Le taux d’emploi des femmes …varie entre 36,9% et 73,2% selon les États membres. De plus, les femmes sont sur représentées dans les emplois 3

précaires, de court terme ou à temps partiel. - Elles sont plus exposées que les hommes à des situations de pauvreté. - L’écart moyen d’emploi entre les hommes et les femmes s’est réduit en passant de 17,1% en 2000, à 14,2% en 2007. Mais le partage des responsabilités familiales demeure inégal, et le taux d’emploi des femmes ayant des enfants chute de 12,4 points, alors que dans la même situation celui des hommes augmente de 7,3 points. - La majorité des diplômes obtenus dans l’UE (58,9%) sont attribués à des femmes. Mais leur niveau d’éducation n’est pas significatif de leur situation sur le marché de l’emploi, où elles sont limitées en termes d’évolution de carrière, de rémunération et de droits à la retraite. - La part de femmes occupant une fonction dirigeante est relativement faible. La moyenne européenne est de 30%. Mais ce chiffre est plus bas dans une majorité d’États membres.


Le Journal

ACTUALITE

Projets pédagogiques : libre examen

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n janvier, sur France Culture, la FNLP traitait des projets pédagogiques dans les établissements scolaires et leur donnait une volée de bois vert de grande ampleur et d’une rare impétuosité au motif qu’ils sont le cheval de Troie qui perd(ra) l’Ecole publique laïque. Les « deux mots sur les projets EPEP (Etablissement Public d’Enseignement Primaire)* » du primaire, et les EPLE (Etablissement Public Local d’Enseignement )** du secondaire, de véritables dynamitages de l’école, eux, paraissaient en comparaison presque bénins. Pleins feux donc sur les projets pédagogiques ! La raclée est-elle méritée ? Que l’on ne se méprenne pas sur ce questionnement. L’entreprise de privatisation de l’école publique n’est pas une vue de l’esprit, une simple hypothèse : suppression de postes par milliers, transfert au privé des prérogatives du public par les a c c o r d s K o u c h n e r / Va t i c a n , démantèlement des écoles maternelles au profit de Jardins

payants. L’Ecole publique laïque subit la pénurie voulue par le gouvernement, dans le droit fil du traité de Lisbonne.*** Elle accuse le coût des dégâts consécutifs aux réformes inabouties et récurrentes pendant que l’école privée se voit renforcée, gavée de subventions sans compter. Plus que jamais l’Ecole est en danger. Pour autant, les projets pédagogiques, et ceux qui les portent, sont-ils ces « pelés, ces galeux » d’où viendrait, exclusivement, tout le mal ? Le mot et la chose sont-ils interdits au motif que le privé en use et en abuse et qu’ils ont été dévoyés par certains ministres de l’Education nationale ? Ce serait casser le thermomètre pour guérir le malade. Sans complaisance, allons voir le dessous des choses, aujourd’hui, à l’école primaire, élémentaire ET maternelle, cette école première, là où tout commence. De quoi parle-t-on ? Pédagogie, pédagogisme, pédagogie de projet, projet pédagogique, projet d’école. 4

La pédagogie est incontournable. Forcément. Etymologiquement, elle est l'action de « conduire les enfants ». Le terme désigne les méthodes et pratiques (enseignement et éducation) ET les qualités requises pour transmettre un savoir. Quand bien même on choisirait de ne pas en avoir on reste dans son champ, comme l’athée dans celui de la religion, lui qui se définit par rapport à Dieu et aux croyances religieuses. Tout enseignant revendique son indépendance pédagogique, pas son indépendance de toute pédagogie. A moins de fonctionner en pilotage automatique, de se robotiser, tout un chacun, dans une école, a un projet, une stratégie pédagogique, qui n’est pas obligatoirement top-secret, enfouie au plus profond de sa classe. Ce n’est que lorsque la pédagogie devient le but, alors qu’elle n’est qu’un moyen, que rien ne va plus. On tombe dans le travers du pédagogisme, et de son contraire l’anti-pédagogisme, parfois délirants, autant l’un que l’autre. .../...


Le Journal

ACTUALITE

Projets pédagogiques à l’école : libre examen .../... La pédagogie du projet est une pédagogie particulière, elle-même subdivisée en courants, qui revisite les méthodes d’enseignement. Se faisant, elle jette de solides bases sur le comment et le pourquoi apprendre, qui feront plus tard un socle au citoyen actif et éclairé. Elle est, dans cette optique, nettement plus pertinente que ces caricaturaux Conseils municipaux d’enfants qui foisonnent sans soulever de critiques, à la Libre Pensée ou ailleurs. Les projets pédagogiques, eux, fleurissaient dans les écoles bien avant que la loi Jospin les capte dans son projet d’école institutionnalisé en 1989. Ils étaient l’œuvre d’un ou de plusieurs enseignants, en recherche-action ou pas, qui confrontaient et concrétisaient leurs recherches et réflexion sur l’acte d’enseigner. Le projet d’école, lui, est un fourretout, fourré de chausse-trapes et porteur de dérives. Il couvre le temps scolaire des apprentissages ET le hors- temps scolaire d’une journée d’écolier. Et oui ! Les envolées d’écoliers deux fois par jour à midi et 17 heures tapantes du temps des hussards, c’est fini. Fini le temps où maman et mémé attendaient le petit écolier, à la maison, avec petits plats et/ou tartines roboratives. Cantine, étude et garderies font partie obligée du paysage, sinon à renvoyer à la maison toutes les femmes qui travaillent . Les enseignants du public se trouvent confrontés à ce hors-temps scolaire qui déteint sur le leur, ce temps même que l’école privée confessionnelle s’est de tout temps appropriée avec gourmandise et onction pour édifier les esprits enfantins et surtout le leur meubler entièrement à sa manière, pas seulement depuis la loi Debré en 1959 et la mise en avant du caractère propre qui pose le contenu de l’Evangile comme fondement. Quand ils passent 10, 20, 30 minutes, voire plus, à rétablir le calme, avant de pouvoir commencer le cours parce que l’interclasse est une

Créer une bibliothèque à l’école : un projet mobilisateur.

jungle, ou le bus une croisière en folie, les plus anti-projets des enseignants du public se convertissent, de bon ou mauvais gré, au Projet . Ce qui est intolérable c’est de constater qu’il est dévoyé, devenu la réponse incontournable à une situation générale de contraintes instituées par des pénuries délibérées et entretenues. La vigilance s’impose. ! 1er piège : la confusion. Des temps, des structures, des contenus, des rôles de chacun (enseignant, personnel municipal, parents, intervenant - pas forcément extérieur- , élus) . ! 2e piège : la tentation du remplissage, l’activisme forcené, la « mode », le mimétisme, le « m’as-tu vu ». ! 3e piège : le syndrome de la fourmi. Je prends tout ce qui passe : c’est gratuit voire ça rapporte des sous pour la classe… et la dépendance aux bailleurs, dont le credo est quasiment toujours « public/privé, c’est pareil ». Le maître se met à leur remorque ! 4e piège : la tentation de médiatiser (surtout si le pédagogisme sévit et que quelques égos soient surdimensionnés). 5

Coopérer à un projet ne fait pas obligatoirement de soi un clone, ni un traître à l’Ecole publique. En revanche, tout projet privatiserait l’école si les maîtres en faisaient , tout comme le privé, un produit d’appel médiatisé, s’il n’était pas arrimé aux programmes, si ceux-ci étaient tronqués, si l’enseignement était donné inégalement aux élèves, brouillé, en des lieux et un temps inappropriés, si l’exigence à l’égard des uns comme des autres était à géométrie variable, ou si un remplissage hétéroclite et abusif du temps n’avait pour objectif que la réponse au contexte socioéconomique. Les enseignants ne sont pas dupes ; ils savent que l’école émancipatrice n‘est plus à l’ordre du jour . C’est une école normative, normalisatrice et moralisatrice qu’on veut leur voir construire et, raffinement de la RGPP****, de leur plein gré, sous leur responsabilité boostée par récompense/punition. Une école au fronton de laquelle on pourrait inscrire : Concurrence et Surveillance, les deux mamelles de l’ère néolibérale et sécuritaire .../...


ANALYSE

Le Journal

Projets pédagogiques à l’école : libre examen Les enseignants du primaire ont encore la maîtrise des projets pédagogiques. Qu’ils la gardent et la défendent ensemble, en résistant aux sirènes comme aux intimidations, en résistant, en tout premier, aux amalgames et à l’à-peu-près du vocabulaire. « Projet d’école » et « projet pédagogique » ne sont pas interchangeables, même si l’un peut englober l’autre. Résister à d’autres niveaux va de pair, évidemment. S’informer est incontournable. Par expérience, l’on sait que le combat est rude, ingrat et qu’ on y prend des coups. Mais il n’est pas écrit dans quelque grimoire sacré qu’il est perdu, sinon à penser que l’ensemble des professeurs , tous degrés confondus, est un troupeau bêlant ou une masse de noncomprenants. Pour conclure , quelques interrogations : > Les livrets, carnets, super « machins » d’évaluation dissimulent les dépistages comportementaux dès la maternelle et amorcent la traçabillité de l’élève. Les Evaluations nationales estampillent les écoles, comme des labels, et

fliquent au passage les enseignants, en faisant d’eux, si l’on n’y prend garde, des hybrides d’un nouveau genre « maître-entrepreneurexécutant », hommes et femmes, « hussards noirs » non pas augmentés mais diminués, amputés de leur éthique professionnelle, travailleurs en batterie bien cloisonnés dans l’open space «Education nationale. » Ne sont-ils pas - ces dispositifs aussi dangereux sinon plus pernicieux que les projets pédagogiques ? > Et si les projets pédagogiques étaient un outil de résistance au fossoyage de l’école publique, à la réification des élèves et de leurs maîtres, et non pas leur vecteur ? Et si l’on retrouvait et revisitait les pédagogies des Ferrer, Freinet et autres pédagogues libertaires ? Elles ont encore à nous dire. Ferdinand Buisson lui-même, dont on se plaît par ailleurs à souligner son appartenance au protestantisme libéral, n’a-t-il pas soutenu, aussi, l’orphelinat de Cempuis où Paul Robin innovait avec cette pédagogie particulière ? Robin écrivait : « « La science officielle de l’éducation ne trouve rien de mieux à faire des jeunes adolescents que de les

enfermer : les privilégiés au collège, les vulgaires à l'atelier, les parias en prison ». Où en sommes-nous aujourd’hui ? ____________________________ *EPEP : Etablissement Public d’Enseignement Primaire = fusion d’écoles +conseil d’administration, adoptant règlement intérieur, projet d’établissement, budget… (les conseils d’école disparaissent) +nomination des enseignants sur EPEP et non plus sur école (un seul directeur) **EPLE : Etablissement Public Local d’Enseignement = autonomie (autorisation d’expérimenter durée, contenus….) *** Traité de Lisbonne : il fait du savoir un bien marchand et veut faire de l’Europe le n°1 mondial dans l’économie du savoir. **** RGPP : révision générale des politiques publiques.

Courrier des lecteurs Un lecteur , au demeurant fort sympathique et d’une parfaite urbanité, a poussé ce cri du cœur, nous a-t-on rapporté, après découverte de notre Journal n°14. « Et nous ? ». Il faut comprendre : nous, les hommes. Il est vrai que Le Journal traitait presque exclusivement des femmes sur le thème de l’émancipation et de l’autonomie, suite logique au problème soulevé par le port de la burqa et aux motions adoptées en congrès LP que nous avions présentés dans le numéro précédent. Ce « et nous » ? » interroge. Y aurait-il des hommes emburquinés ? Une envolée des statistiques pour les malheureux succombant sous les coups de leurs compagnes ? Une foule d’hommes moisissant sous plafond de verre ? Et au masculin des quotas bafoués en politique ? Peut-être des grèves sauvages ? Après que des femmes ont rendu, qui leur tablier, leur casserole ou leur fer à repasser voire barricadé leur chambre ? Nous n’en avons rien su. Mais au fait, quel effet cela fait-il de devoir dire « et nous » ? Ami lecteur les colonnes de notre Journal te sont ouvertes.

Et nous ?

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Le Journal

LECTURE

Contre les dogmes du libéralisme économique, faut-il restaurer l’esprit de Philadelphie ? Dans un monde ou nous croulons sous les informations de toutes sortes, où une nouvelle chasse l’autre plus vite qu’il ne faut de temps pour l’écrire, où la confusion règne sur un grand nombre de sujets, il est parfois difficile de trier, d’établir des liens, de remonter des enchaînements qui nous apporteraient clarté sur un présent chaotique. Dans notre République laïque, mais pas seulement, une nouvelle religion s’est implantée, celle du Marché toutpuissant. Les chaires de ses églises sont les médias, toutes catégories confondues. Le livre d’Alain Supiot, L’esprit de Philadelphie, sous-titré « la justice sociale face au marché total », paru en janvier (Ed. Seuil), décortique les idées. La déclaration de Philadelphie date de mai 1944. Elle fut adoptée dans cette ville, lors de la Conférence internationale du travail ; elle concerne les buts et les objectifs de l’Organisation internationalle du travail (OIT), créée en 1919, affirmant déjà que sans justice sociale, il ne pouvait y avoir de paix durable. C’est le premier grand acte normatif de la fin de la guerre. Il s’inscrit dans le droit fil du New Deal (33-38), du programme du Conseil National de la Résistance (mars 44) et précède les accords de Bretton Woods (juillet 44), la création de l’ONU (juin 45) et la Déclaration universelle des Droits de l’homme adoptée en décembre 1948. Après deux guerres mondiales particulièrement meurtrières et dévastatrices, il y eut un sursaut juridique et moral. On voulait rompre avec la tendance à considérer les hommes comme des choses ou du bétail, Hitler les qualifiait de « matériel humain » et Staline de « capital humain ». On ne voulait pas que tout soit ramené à une notion de quantification. La déclaration de Philadelphie fait ressurgir un mot du vocabulaire juridique médiéval, repris ensuite en philosophie, c’est la notion de dignité. Il apparaît dans sa définition de la justice sociale : « tous

les êtres humains, quels que soient leur race, leur croyance ou leur sexe, ont le droit de poursuivre leur progrès matériel et leur développement spirituel dans la liberté et la dignité, dans la sécurité économique et avec des chances égales. » L’économie et la finance sont des moyens au service des hommes. Pendant une trentaine d’années ces principes ont été féconds et ont produit l’Etat social en Allemagne, le Welfare state en Angleterre, l’Etat providence en France avec ses institutions phares : la sécurité sociale, la retraite par répartition. Les trente années suivantes constituent la phase de leur déconstruction. Ces années renouent avec ce contre quoi s’élevait la déclaration de Philadelphie. La globalisation inverse ses principes. La hiérarchie des moyens et des fins est renversée. L’esprit de Philadelphie cède la place à son exact contraire. Les hommes sont devenus « ressources humaines » Comment en est-on arrivé là ? D’une part sous la double influence de la contre révolution ultralibérale à partir des années 80, théorisée par Hayek, conduite par Reagan et Thatcher, et relayée en France par Denis Kessler dont le mot d’ordre est « défaire méthodiquement le programme du Conseil National de la Résistance. » D’autre part, de la conversion des pays communistes à l’économie de marché Leur jonction a été déterminante. Car jusqu’à l’implosion du communisme, les institutions sociales édifiées après guerre tenaient bon tout de même, et un droit social communautaire avait commencé a voir le jour. L’erreur, avance Supiot, fut d’interpréter l’effondrement de l’Empire soviétique comme une victoire finale du modèle de société des Occidentaux et de concevoir l’adhésion des pays de l’Est à l’Europe comme un élargissement alors qu’il aurait fallu y voir une réunification et fonder définitivement l’Union sur la solidarité entre les peuples.

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Or ces pays, différents par l’histoire, la culture politique et juridique, les richesses, les manques au niveau entrepreneurial et syndical, se sont ralliés au credo ultralibéral et ont conjugué ce que l’ultralibéralisme et le communisme avaient de plus délétère pour la justice sociale, telle que définie plus haut : mise en concurrence de tous contre tous, libre circulation des capitaux et des marchandises, maximisation des utilités individuelles, avec démocratie limitée, instrumentalisation du Droit, observation de la quantification, déconnexion totale du sort des dirigeants et des dirigés et au final captation des mécanisme de l’Etat social que l’on peut résumer par l’effet Mathieu : « à celui qui a, il sera beaucoup donné et il vivra dans l’abondance mais à celui qui n’a rien il sera tout pris, même ce qu’il possédait » . Aujourd’hui, travail, homme, marché, nature sont des produits. La philosophie du travail a été désertée comme lieu de définition de la justice sociale depuis les années 30 ou gauche scientiste et droite considéraient l’organisation du travail comme ne relevant plus que de la science et de la technique. Peut-on revenir à la déclaration de Philadelphie ? Le monde a changé ; il était alors une mosaïque d’Etats souverains et cette structure n’est plus actuelle. Il faut refonder la justice sociale en se basant sur les valeurs qui ne sont pas obsolètes, sur les principes, les idées, les objectifs de la déclaration de Philadelphie. La justice sociale n’est pas un code qui s’applique automatiquement, c’est un processus de découverte et de délibération permanente. La démocratie sociale entretient les mécanismes qui permettent ces délibérations. Agir librement ce n’est pas obéir ou réagir. L’action suppose une capacité d’action. Peut-être, en tout premier, faudra-t-il rendre aux mots leur sens. Ce livre y contribue.


ACTUALITE

Le Journal

CAEN : la pochette surprise Pas d’itinéraire en Normandie ni de recette inédite pour accommoder les tripes, il faut lire le C.A.E.N., Conseil Académique de l’Education Nationale, où siègent à parité les représentants du personnel de l’Éducation nationale, les élus locaux et les représentants des usagers : associations de parents d’élèves et syndicats. Mais encore? C’est un Conseil consultatif sur tout ce qui concerne l’enseignement dans l’académie et il peut avoir un rôle disciplinaire et contentieux. C’est ce rôle-là qui nous intéresse aujourd’hui. En formation contentieuse et disciplinaire il est présidé alors par le recteur (et non par le préfet et le président de région) et se prononce sur différents points concernant l’enseignement privé : > Les autorisation donnée à des étrangers extérieurs à l'Union européenne d'ouvrir des écoles ou enseigner dans les écoles privées ; > Les délivrances des certificats de stage prévus pour la direction

d’établissements privés sous contrat et hors contrat ; > Les subventions d’investissement et d’équipement accordées aux établissements privés par les collectivités territoriales (Mairies pour les Ecoles, Conseil général pour les Collèges, Conseil régional pour les Lycées). Et c’est ce dernier point qui réserve les surprises. C’est ainsi que le 16 juin 2009, en Midi-Pyrénées, les usagers indignés constatèrent qu’il suffisait au privé de demander pour recevoir, sans autre vérification sur le bien-fondé des demandes et l’usage des fonds que la bonne foi des chefs d’établissements. Or, il s’agit de fonds publics provenant des impôts des contribuables. Dans le même temps, une commission ad hoc détermine puis vérifie la nécessité des travaux et les besoins d’équipements des établissements … publics ! Plus fort encore. Le Conseil général de l’Aveyron présente un document

sur lequel apparaît que tous les collèges privés, y compris ceux qui ne chiffrent pas leur demande seront subventionnés , et foin de l’avarice ! à hauteur de 92% du plafond de la loi Falloux. Un scrupuleux qui avait chiffré à 5591 euros s’est vu proposer 41160 euros. On atteint le miracle. La manne pleut en MidiPyrénées. Qu’on se le dise ! Non sans impudence la représentante du CG12 explique qu’il s’agit « d’une volonté politique affirmée de l’Aveyron. » Circulez, la messe est dite. Pas tout à fait. Les syndicats, résolus, ont demandé pour le privé la création d’une commission similaire à celle du public et ils devaient saisir la cour des comptes. Pour notre part, nous n’avons pas manqué d’ interpeller les présidents des Conseils général et régional sur ces pratiques aussi manifestement iniques.

Retrouvez le site internet de la fédération nationale de la libre pensée : www.fnlp.fr Et le site de la Libre pensée de Rodez http://librepensee12.free.fr

Cimetière ruthénois : suite et fin Le journal municipal N°5 « Rodez, notre ville » détaillait le projet d’agrandissement et d’embellissement du cimetière qui doit démarrer en 2010. La municipalité annonçait : « Un carré confessionnel sera également réservé dans le respect des obligations réglementaires en vigueur». La Libre pensée a alors immédiatement interpellé le maire en lui rappelant que la création d’un carré confessionnel contrevenait à la réglementation. (loi du 14

Libre pensée de l'Aveyron

novembre 1881 et circulaire sur la police des cimetières, en date du 19 février 2008). Le maire Christian Teyssèdre nous a alors répondu le 2 février que l’aménagement du cimetière ne consisterait que dans l’orientation particulière d’une des nouvelles plateformes. La Libre pensée lui a alors demandé de préciser si cette plateforme orientée d’une certaine façon serait accessible à tous les Ruthénois qu’ils soient croyants ou non. En

Pour rejoindre

Le Journal

la Libre pensée de l'Aveyron

date du 24 février, Christian Teyssèdre nous a répondu. « Je vous précise à ce sujet que l’attribution de toute concession, quelle que sera son implantation, pourra être attribuée à tout demandeur. » Au vu des deux courriers de Christian Teyssèdre, la Libre pensée prend donc acte que le maire de Rodez ne va pas créer un carré confessionnel au cimetière de Rodez.

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