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Le Journal e

N°10 - Germinal, Floréal, Prairial CCXVI - 2 trimestre 2009

Trimestriel de la Libre pensée de Rodez

L'événement

Sommaire

Obsèques civiles continuer la mobilisation

Dossier

Mobilisation pour les obsèques civiles pages 1 à 4 Libres propos

Le père des maires, le défunt et la zélie page 5 Analyse

Euthanasie et dignité pages 6 et 7 Actualités

Le collège (privé) d'Entraygues touché par "un coup politique" page 8

Conférence "Droits de l'Homme et euthanasie" page 8

“Le Journal de la Libre pensée de Rodez” est un trimestriel d’actualités et d’informations édité par la «Libre pensée de l'Aveyron», association loi 1901 déclarée en préfecture de Rodez sous le n°0122006660, publiée au Journal officiel sous le n°20040038 Directeur de la publication : la présidente de la Libre pensée de Rodez, S. Rioux Siège social : 31, rue des Moutiers 12000 Rodez Mél. librepenseerodez@free.fr Site :librepensee12.free.fr Imprimé par les soins de l’association numéro ISSN : 1952-8175 Prix : 1,25€. Abonnement annuel : 5€ Nombre d’exemplaires :100

L

es obsèques civiles, obtenues de haute lutte au XIXe siècle principalement par la Libre Pensée, se déroulent habituellement en plein air dans les cimetières, c'est à dire soumises aux intempéries de saison et à la configuration des lieux, le plus souvent une allée étroite. Aujourd'hui la Fédération nationale de la Libre pensée (FNLP) poursuit son combat en s'attachant au comment de ces obsèques. Dans ce numéro de printemps du "Journal" de la Libre pensée de l'Aveyron, nous faisons le point sur l'accueil que notre démarche en faveur de salles pour la tenue d'obsèques civiles a reçue auprès des élus. Un accueil favorable de la part des trois députés et des deux sénateurs. Au-delà

de leurs couleurs politiques différentes, Yves Censi, Alain Marc, Marie-Lou Marcel, Alain Fauconnier et Anne-Marie Escoffier ont chacun fait des observations ou émis des propositions qui vont dans le bon sens et qui apportent une lueur d'espoir à tous les Aveyronnais - et ils sont nombreux - qui souhaitent offrir à leurs proches des obsèques civiles dans des conditions dignes et de sécurité. Un accueil favorable a également été réservée à la Libre pensée de l'Aveyron par les élus municipaux de Rodez, qui l'ont sollicitée. En revanche, nous ne pouvons que déplorer que Jean-Louis Grimal, président de l'Association départementale des maires de l'Aveyron, n'ait pas daigné répondre à nos sollicitations. Suite en page 2

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DOSSIER

Le Journal

Notre action pas à pas Le 26 octobre dernier la Libre Pensée et sénateurs, ainsi que le président de pour ceux qui le souhaitent, des en Aveyron, interpellait par lettre l'Association des maires de l'Aveyron obsèques civiles dans un lieu décent et ouverte les parlementaires, députés sur la quasi impossibilité d'organiser, sécurisé. La loi du 15 novembre 1887, modifiée par la loi N° 96-142 du 21 février 1996, offre la possibilité à tout individu de choisir la forme et les rites de son inhumation (article 3). Cette loi prenait en compte la

liberté de conscience et allait permettre à chacun de se soustraire aux rites religieux quasi obligatoires lors des obsèques, rites qu’il n’observait pas de son vivant. Les sociétés de Libre Pensée

furent particulièrement actives à son aboutissement. Récemment, des propositions de loi ont été présentées : en 2007 par Paulette Guinchard (PS) et en 2008 par Michel Sapin (PS). Elles dorment

depuis ces dates en Commission des lois. Qu’en disent les parlementaires aveyronnais, les députés qui nous ont reçus et les sénateurs qui ont répondu à notre courrier ?

La députée Marie-Lou Marcel

Le député Yves Censi

Le député Alain Marc

La députée de la 2e circonscription, le 26 novembre, nous informe qu’elle a été co signataire d’une proposition de loi sur les obsèques civiles, présentée par Michel Sapin le 29 janvier 2008. Elle souhaite que la Commission des lois statue rapidement et joint copie de la proposition de loi Sapin Et le 13 décembre elle reprend dans une entrevue la teneur de son courrier du 26 novembre et se propose de sensibiliser à ce problème les maires qu’elle rencontre régulièrement dans le cadre de son mandat de député ; elle se donne l’année pour cela.

Le député de la 1ère circonscription, le 14 novembre, affirme que les obsèques civiles sont un droit pour le citoyen ; la République doit traiter également tous les citoyens quelles que soient les croyances ou les convictions. Mais il ne pense pas qu’il soit nécessaire de légiférer. Il voit bien une salle intercommunale sur l'agglomération de Rodez et, sur le plan départemental, une par canton ; en faisant en sorte qu’il y ait toujours une salle disponible, prioritaire pour cet usage A charge pour les cantons et communautés de communes ou d'agglomération d’en tenir informé les pompes funèbres. Il se propose de prendre contact avec les maires de sa circonscription, notamment avec celui d’Onet le Château mais ne se donne pas de date butoir.

Le député de la 3e circonscription, le 19 décembre, se dit prêt à signer pour une loi, mais pas en blanc. Il peut poser une question écrite à la ministre de l’intérieur sur ce problème en vue d’une directive aux maires (une telle démarche a déjà été tentée sans succès). Il voit un maillage du département par un réseau d’une dizaine de salles et …laisse un message téléphoné au président de l’Association départementale des maires lui suggérant de nous rencontrer.

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DOSSIER

Le Journal

La Ville de Rodez donne une suite favorable En revanche la municipalité de Rodez estimant légitime notre revendication a décidé de donner une suite favorable

Les sénateurs Anne-Marie Escoffier et Alain Fauconnier Mme Escoffier et M Fauconnier, le 28 octobre, se disent : « favorables », « prêts à voter toutes propositions de loi ou projet de loi allant dans ce sens » Le sénateur –maire de Saint-Affrique « a toujours mis gracieusement à disposition des familles qui me l’ont demandé une salle, afin d’organiser des cérémonies d’obsèques civiles. »

Le président de l'ADM, Jean-Louis Grimal Quant au président de l'Association départementale des maires de l'Aveyron (ADM), nous ne pouvons exposer sa réponse pour cause de silence persistant, malgré deux courriers et autant de messages téléphoniques. Non seulement sa fonction de représentation des maires est bafouée mais la plus élémentaire politesse l'est également. Une certitude face à ce déni : les lois confortant les droits reconnus aux citoyens sont bien nécessaires, n'en déplaise aux députés de la 1ère et 3e circonscriptions qui reconnaissent bien le droit à une salle convenable mais jugent inutile de légiférer.

Le 4 mars 2009 Maurice Barthélémy, 4e adjoint au maire de Rodez (état civil) et S. Alberny, chef de cabinet du maire. Annoncent d'abord que des travaux sont prévus au cimetière et qu'en p r e m i e r, u n c a r r é confessionnel sera créé à l'usage des musulmans, cette « communauté trop longtemps oubliée » (sic). Plus tard, mais pas immédiatement à la suite, une salle pour les obsèques civiles est de l'ordre du possible. Nous apprenons que le c i m e t i è r e d e Ro d e z appartient pour 1/3 à la commune d'Onet le Château, que le problème de cette salle n'entre pas dans les attributions de l'agglo, ni de celles du CG. Il y a manifestement une volonté de rester dans le cadre communal exclusivement ruthénois. Ils proposent d'inclure cette demande au projet

Le cimetière de Rodez vue d'avion (Geoportail.com)

de création d'une Maison des associations, à Rodez, par un ré aménagement de l'ancien n e école privée d u SacréC œ u r, vendue par le diocèse à l a municipalité. Ils ne

souhaitent pas en revanche que ce soit une salle dédiée mais polyvalente. Ils insistent sur sa non spécificité. La gratuité ne serait acquise qu'aux seuls ruthénois ce qui en limitera l'usage (et dispenserait de travailler à une solution pérenne s p é c i f i q u e ? ) . La priorité pour les obsèques semble perçue mais elle n'est pas donnée en règle.

Des lieux pour respecter l'égalité des citoyens Si le mariage civil dispose d’une salle communale dite « salle des mariages » dans les mairies et pouvant être utilisée lors d’éventuels parrainages civils, il en va tout autrement des obsèques civiles qui représentent environ 30% des obsèques. La proposition de loi du 29 janvier 2008 relative aux obsèques civiles précise : « En vertu de la loi de 1905, les communes sont propriétaires des édifices religieux existant avant cette date et en assurent la défense et la

conservation. Ces biens appartiennent au domaine public de la commune, et chaque habitant peut e n d i s p o s e r, gratuitement, et contribue via l’impôt à son entretien. » Les obsèques religieuses font partie du culte catholique et s’y déroulent sous la houlette du clergé rattaché à ces lieux et/ou des laïcs appartenant à la c o m m u n a u t é paroissiale. Elles ne sont pas toutefois un sacrement. Les citoyens sans croyances religieuses n’ont pas l’usage des

lieux de culte et les municipalités n’ont aucune obligation à fournir un lieu décent. Les non croyants ne sont-ils pas fondés à exiger un lieu réservé aux obsèques civiles ? Un lieu bien é v i d e m m e n t répondant aux normes d’hygiène et de sécurité et équipé de façon adéquate (éclairage, mobilier, appareils vidéos …) pouvant répondre aux modalités choisies par la famille du défunt.

construit un crématorium. La municipalité autorisera-t-elle gratuitement l’usage d’une salle de tel complexe funéraire pour ceux qui souhaite une cérémonie civile , avec ou sans crémation? mettra-telle à disposition une salle hors de ce complexe, au risque de concurrencer le partenaire privé ? sera-t-il alors dédommagé ? Quelle que soit la ou les solutions retenues elles devront respecter l’égalité des citoyens.

Certaines communes, dans un partenariat public privé, ont

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Une église dans le Minervois.


Le Journal

DOSSIER

Cimetières laïques ?

La vie est telle que chacun de nous est, au moins une fois, entré dans un cimetière. Tous les cimetières de France se ressemblent. D'abord, on les a mis à l'écart du village ou de la ville. Ensuite, on les a entourés d'un mir suffisamment haut. Enfin, on a placé un solide portail d'entrée, et c'est là que le problème débute. Quasiment tous les portails sont surmontés d'une croix, symbole de la religion catholique, qui entend ainsi marquer sa domination sur les lieux. A l'intérieur du cimetière, une ou plusieurs croix, plus ou moins grandes, sculptées, ornées, peintes, trônent aux endroits stratégiques : centre du cimetière, croisement d'allées… non pour indiquer l'emplacement d'une tombe, mais pour bien rappeler que ces lieux sont placés sous la tutelle, « la protection », « la coupe » de la religion catholique. Et pourtant, à l'époque actuelle, qu'en est-il ?

Qui achète et est propriétaire du N o u s r é p o n d o n s q u e c ' e s t terrain ? La mairie… scandaleux et inacceptable : ainsi, même dans la mort, il faudrait établir des limites, des séparations, Q u i e f f e c t u e l e s t r a v a u x poursuivre au cimetière le (terrassements, murs d'enceinte, communautarisme et les clivages qui adduction d'eau, entretien des allées, pourrissent la société des vivants ? r é c u p é r a t i o n d e s t o m b e s La loi est la même pour tous et doit abandonnées), la gestion des être respectée par tous. concessions ? La mairie… Les cimetières doivent être des lieux Qui, dans beaucoup de villages, publics et laïques d'où tout fournit le corbillard, les porteurs, le prosélytisme doit être proscrit. Tous fossoyeur ? La mairie… les signes religieux, « ostentatoires, La mairie… Cette maison commune, o s t e n s i b l e s » , g l o b a l i s a n t civile, laïque, qui, d'après la loi de l'appartenance du lieu à quelque 1905, respecte toutes les religions croyance que ce soit, doivent être m a i s n ' e n s a l a r i e n i n ' e n enlevés. Les « carrés réservés » doivent être supprimés. subventionne aucune. Les catholiques rétorquent que les Chacun gardera sa liberté totale et croyants des autres religions (en respectée par tous de choisir son oubliant ceux qui n'en ont pas !) « emplacement et d'indiquer, sur la bénéficient de carrés » à part, bien à tombe de son ou ses défunts le signe eux, où ils peuvent enterrer leurs de reconnaissance, d'appartenance, morts selon leurs rites propres et sous d'obédience, qui lui plaira. des monuments spécifiques. Ils ne Ainsi, la liberté de chacun pourra s'offusquent pas de l'existence du s'exercer sans empiéter sur celle des carré des indigents, des pauvres, des autres… Et, sait-on jamais, la paix exclus. des cimetières amènera peut-être un jour la paix des vivants. 4


LIBRES PROPOS

Le Journal

Conte pour les enfants pas sages

Le père des maires, le défunt et la Zélie Il était une fois un maire. Ce maire était plus que les autres maires car il avait été élu super-maire du département par ses pairs : il était donc, en quelque sorte devenu le père des maires ! (Vous suivez ?). Il était une fois (en fait, c'était la même fois) un défunt, le Zéphyrin, qui avait bouffé du curé toute sa vie, sa longue vie de mécréant. Il n'était entré dans l'église du village qu'une fois, une seule fois, il y a bien longtemps, lorsque, gamin, il avait parié avec ses pairs (heu, ses copains de cent coups) qu'il leur apporterait le « sacré vin de messe » pour leurs libations vespérales, vin qu'il aurait remplacé dans les burettes par le pipi de la chèvre de la Zélie, cette vieille « bique » (la Zélie, pas la chèvre !) qui grenouillait dans le bénitier et passait son temps à cracher son venin sur tout bipède, mâle ou femelle, qui passait sous ses fenêtres. Or donc, il arriva un jour au mécréant ce qui arrivera un autre jour à tout le monde : il expira ! Oh ! sans se hâter… Cet athée n'était pas pressé. Il n'avait pas de rendez-vous dans l'audelà, il n'avait pas d'âme à vomir (heu, non, à rendre !). Ses copains de gras du vendredi dit saint voulurent cependant lui offrir des funérailles, pas nationales, non mais presque, comme le chantait Brassens. Il réunirent tous ce que le canton comptait de joyeux lurons,

bouffeurs de curés (de campagne et de ville) et de cuisses de grenouille (de bénitier) pendant les restrictions du carême, répétèrent les chansons paillardes qu'ils beuglaient les soirs de beuverie, affinèrent les slogans anticléricaux et allèrent trouver le fameux père des maires du début de l'histoire (vous suivez toujours ?). Ils voulaient simplement « emprunter » à la mairie, la

salle du conseil, celle qui servait aussi pour les mariages et qui avait même une fois accueilli le souspréfet aux champs : c'est dire l'importance qu'ils comptaient donner à l'événement : organiser à leur ami des obsèques civiles dignes de l'amitié qu'ils lui portaient et qu'il leur avait manifesté toute sa vie. Las ! Las ! Las ! Trois fois las ! Le père des maires , qui avait eu vent de cette démarche,

s'était précipité chez la Zélie qui, outre le lait de sa bique, lui fournissait herbes rares, décoctions et autres mélanges mystérieux qui donnent, dit-on, force physique, dynamisme intellectuel et malignité politique pour gagner les élections… Quels autres liens unissaient cette vieille bigote et cet élu respectable et irréprochable (comme tous ses pairs) ? Nul ne le sut, ne le sait et ne le saura sans doute jamais ! Toujours est-il qu'au sortir de la bicoque (et de la messe basse), le super maire refusa tout net, non seulement de prêter la salle, mais même de rencontrer les potes du défunt. Ces derniers durent se satisfaire du patus communal où paissaient veaux , vaches et cochons du village, pour rendre hommage à leur ami, sous la pluie de novembre, cette sale pluie vicieuse, sournoise, insidieuse, qui finit toujours par trouver la faille dans les vêtements et qui vous mouille et vous glace jusqu'aux os. Et en l'accompagnant au cimetière où l'attendait son dernier trou béant, en passant devant la masure de la Zélie, ils ouïrent un rire sarcastique et un ricanement venimeux : « Ah, ah, ah ! Ils vont enterrer un chien ! » Hé, oui, petits enfants pas sages, c'est encore comme ça que ça se passe, dans quelques coins de notre république laïque…

Retrouvez le site internet de la fédération nationale de la libre pensée : http://librepenseefrance.ouvaton.org Et le site de la Libre pensée de Rodez http://librepensee12.free.fr 5


ANALYSE

Le Journal

fin de vie

soins palliatifs

euthanasie laïcité

libertés

dignité

…..fin de vie …soins palliatifs…. tissus, s'il va ou non donner la vie. euthanasie….libertés…. laïcité… Parfois celui qui veut mourir tente dignité … de se faire entendre, jette ses dernières forces dans la Autant de concepts et de notions qui médiatisation de son cas. On se ne laissent pas indifférent à en juger souvient de Chantal Sebire en par la place que leur font les médias attendant hélas la prochaine. en général et en particulier aux moments phares de drames qui Des deux côtés, chacun revendique défraient justement la chronique, la dignité et en brandit le drapeau . épisodiquement: un individu clame C'est dire son ambiguïté. Il apparaît sa demande à mourir, un autre en fait évident que chacun en a une autant pour un proche que la conception différente et jusqu'à maladie, ou un accident, a fracassé, présent les tenants des religions, et untel par compassion a donné la ceux qui sont influencés par elles, mort et se retrouve au banc imposent la leur à la société entière d'infamie d'un tribunal. et à l'appareil législatif. A chaque fois des bataillons rangés montent au créneau : ceux qui croient que toute vie humaine est dans la main de leur dieu et que personne hors lui ne peut la prendre ; ceux qui estiment, et parmi eux les Libres Penseurs, que l'être humain, autonome, maître de son corps, peut décider du moment de sa mort, comme il décide déjà s'il va ou non donner un de ses organes ou ses

Qu'en est-il de la dignité ? A l'origine, il ne s'agit pas d'un concept éthique. Dans la République romaine, les charges publiques confèrent la dignité, la dignitas, à leurs titulaires, et partant, la considération, les honneurs, le respect. Pour Kant, habituellement tenu pour une référence en la matière, la 6

dignité est la valeur intérieure absolue de l'homme qui force les autres au respect de lui-même. Le philosophe distingue les êtres pourvus de raison et de volonté qui ont une dignité et les choses et animaux qui en sont dépourvus et qui ont un prix. Ceux-ci peuvent être échangés : ils sont un moyen ; ceux là ne sont jamais équivalents à quoi que ce soit : ils sont une fin en soi. Etre considéré toujours comme une fin et non un moyen est ce qui fonde la dignité kantienne. Elle est inhérente à l'être humain. Mais il est une autre facette de la dignité liée à la liberté et à l'autonomie que l'homme n'a de cesse de conquérir . Elles font que chacun a sa propre conception de la vie bonne, ses propres bornes, ses intérêts dont il est seul juge; mais toujours, pour tout humaniste cohérent et responsable, des valeurs en constituent l'assise. Elles contribuent à la personnalité de l'individu. .../...


Le Journal .../...

ANALYSE laisser mourir » mais aussi la pratique médicale licite du PADE (principe des actions à double effets : en donnant suffisamment d'antalgique pour soulager le malade on peut provoquer son décès sans le vouloir expressément) Cette dignité est tout bénéfice : elle garantit l'inviolabilité de la vie, « sacrée », tout en se débarrassant de l'encombrante affirmation sur la valeur incommensurable de toute fraction de cette même vie.

Si par ses actes, par son agir, il les préserve et n'y déroge, il y gagne sa dignité autrement dit la dignité décence, l'estime de soi. Elle n'est pas opposable à celui qui en fait preuve. Dignité - liberté, dignité -décence, autrement dit dignité-éthique, doit être reconnue et respectée par et de tous, pas plus , mais pas moins que la dignité ontologique selon Kant. Ne privilégier que celle-ci revient à utiliser , à instrumentaliser, la Le concept de dignité apparaît dans dignité pour limiter, restreindre la de nombreux textes internationaux liberté. sans être explicité pour autant. Le premier texte est celui de la Les opposants à l'euthanasie ne Déclaration Universelle des Droits reconnaissent qu'une face de la de l'Homme (1948) qui stipule dans dignité. Ils s'appuient son article premier sur la seule dignité « Tous les êtres kantienne et humains naissent l'interprètent. Elle est libres et égaux en inhérente à droits et en dignité l'existence humaine. ». Dans ce texte et Personne ne peut ceux qui ont suivi, l ' ô t e r. E l l e e s t notamment ceux inaliénable et qui sont relatifs à la inviolable, opposable bioéthique, le même à celui qui la détient. concept de dignité est posé comme Cette dignité-là est une aubaine pour un principe les théologiens catholiques, La valeur affirmée comme un opposants de base à l'euthanasie. principe est absolue et les principes Elle vient en surimpression , ou en ont priorité sur les règles. paravent, à l'argument d'autorité Cependant ils peuvent entrer en (divine) : la sacralité de la vie conflit avec d'autres principes et ne h u m a i n e , a r g u m e n t t r o p peuvent devenir effectifs que par la explicitement religieux dans notre médiation de règles et de lois. Ils République laïque et surtout , peuvent s'appliquer différemment excessivement restrictif, qui affirme selon les temps et les lieux (il n'est l'inviolabilité de toute vie humaine que d'examiner la mise en pratique ET la valeur infinie de toute du principe de laïcité pour s'en fraction de cette même vie . convaincre ; on peut aussi E x i t non seulement le « rapprocher des pourcentages, celui

Les opposants à l'euthanasie ne reconnaissent qu'une face de la dignité.

des catholiques pratiquants, de l'ordre de 12 à 15%, celui des noncroyants aux alentours de 40%…etc..) Actuellement ce principe de dignité est entendu à l'égal de celui de sacralité de la vie, comme s'il y avait un consensus général, ce qui n'est pas le cas. Cette problématique en fait émerger une autre : à qui appartient le corps humain ? La question a été partiellement réglée une première fois par l'abolition de l'esclavage . Elle se pose à nouveau, conquêtes de liberté et d'autonomie se faisant, non seulement dans le contexte de l'euthanasie, mais aussi dans celui de la recherche biomédicale et des pratiques thérapeutiques . Recherche et pratiques ont solutionné le problème en instaurant le principe du consentement éclairé de la ou des personnes. Deviendraiton inventif quand les enjeux de la recherche, et de l'économie soit dit en passant, exigent ou non une solution ? Dilemme sans fin ? statu quo ? La situation évolue sur le temps long. Ne sommes-nous pas passés, de l'autorité de l'Eglise, à celle de l'Etat et de l'institution médicale, par la prise en compte au XXième siècle de l'hygiène puis de la politique de santé ? Prochain maillon : l'individu souverain de luimême y compris dans sa revendication de propriété du corps pour la mort, ultime moment de sa vie ?

Pour approfondir Jean-Yves Goffi Penser l'euthanasie, édition PUF Tzetan Todorov Le jardin imparfait, la pensée humaniste en France, édition Grasset, biblio essais, le livre de poche 7


ACTUALITES

Le Journal

Le collège (privé) d'Entraygues touché par "un coup politique" Pierre-Marie Puech, le Directeur Départemental de l'Enseignement Catholique (catholique ? vous avez bien dit catholique !), connaît lui aussi les affres de la carte scolaire. Il avait donc décidé de fermer le collège dit Saint-Joseph d'Entraygues pour cause de manque d'élèves (50 à 60 à la rentrée prochaine) et de suppression de 140 heures d'enseignement dans l'Aveyron, donc perte de postes d'enseignants. « Holà !, s'écrièrent les parents, pas question d'envoyer nos enfants ailleurs! » « Holà ! protestèrent les commerçants, pas question de perdre cette manne financière ! » « Holà ! enchaînèrent les élus républicains de la commune et du canton, pas question de risquer de perdre des voix aux prochaines élections ! » Et puis…« Hé, hé ! » Zorro est arrivé,é,é ! Le député a débarqué, fort de son activisme politique, sûr de ses appuis haut placés, certain du résultat de ses rencontres de couloir et, « sous un tonnerre d'applaudissements », a fièrement annoncé lors de la réunion publique d'information : « Le collège d'Entraygues ne fermera pas ! »

Bon, d'accord, il a ajouté, petite restriction : « en 2009 », mais tout doucement… Il ne fallait pas doucher l'enthousiasme et les remerciements de ces braves électeurs. Et tout le monde de se réjouir, de se congratuler… et de taper, à bras raccourcis, sur le recteur d'académie, l'inspecteur d'académie, l'Education Nationale, bref, tous ces services et fonctionnaires qui ne font « rien qu'à embêter les braves gens ». Enfin, l'assistance eut droit au classique couplet sur la guerre public-privé qu'il faut stopper… quand il s'agit de sauver le privé, mais qu'on n'oublie pas d'attiser pour dénigrer le public ! Dans cette affaire, on a entendu les élus républicains, maires, conseillers municipaux, conseillers généraux, député, pousser de hauts cris : ils étaient « scandalisés » par cette décision de fermeture, ils ont manifesté leur totale détermination à conserver « leur » collège… Alors que la décision avait été prise depuis un an, « en concertation avec le rectorat, l'inspection académique et les instances catholiques », dixit le DDEC Pierre-Marie Puech luimême. Mais nous n'en avons entendu

aucun, de ces élus, se dire scandalisé par l'absence d'un collège public dans ce canton, ce qui pourtant devrait être la norme dans une République laïque. On s'enveloppe dans le drapeau de la laïcité quand ça arrange, quand on lui demande,

Yves Censi (UMP)

non plus simplement de respecter les croyances, mais de les financer ! Décidément, le feuilleton d'Entraygues est plein de rebondissements. Le lendemain de la grandiose victoire du sauvetage du collège, Pierre-Marie Puech, le DDEC, réglait ses comptes :

Les élus savaient depuis longtemps (courriers du 28 octobre et du 25 novembre 2008). Il y a trop de collèges privés en Aveyron (23 contrez 21 dans le public). Il y a 10 collèges privés de moins de 100 élèves dans le département. Les élus qui nous « défendent » sur le terrain votent à Paris les suppressions de poste. « L'intervention de M. Censi s'impose à nous. J'aurais aimé qu'il accompagne cette décision de ne pas fermer le collège en amenant les heures manquantes… Je vois là un simple coup politique ». Bref, de quoi vous dégoûter un député de défendre ses ouailles… Mais de quoi interpeller aussi ceux qui, sous prétexte de « respect des croyances, de tolérance, de laïcité apaisée » et autres balivernes défaitistes, ont accepté, quand ils n'ont pas facilité, ce dualisme scolaire, cette concurrence antirépublicaine, cette gabegie de fonds publics. Et ce n'est pas fini : il va falloir satisfaire maintenant les revendications, somme toute « logiques », de financement public pour les autres écoles confessionnelles, toutes les autres, et elles sont nombreuses !!

Vendredi 29 mai à 20 heures à Rodez

Conférence "Droits de l'Homme et euthanasie" La Libre pensée de l'Aveyron et la délégation de l'Aveyron de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) ont le plaisir de vous convier à la conférence que donnera

Les tabous sur l’euthanasie sont en train de tomber. Souvent amalgamée à tord avec les pratiques nazies à l’égard des malades mentaux, l’euthanasie est au contraire l’expression de la dignité humaine. Au lieu d’être une défaite de la mort, elle est une affirmation de la vie et de la liberté Eric Lowen existentielle. Cette conférence exposera les Directeur de l’Université populaire principes philosophiques majeurs du droit à de philosphie de Toulouse l’euthanasie - qui n’appartient pas à la question médicale mais à celle du sens de la vie - et qui se rattache donc aux droits de A Rodez, salle Montaigne (parking Foch) le l’Homme. Avant d’être une question légale, vendredi 29 mai à 20 heures. Entrée gratuite le droit euthanasie est une question de respect des droits de l’homme. dans la limite des places disponibles.

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