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NEWS

Mars 2018 | N°16

Enseignement MOOC  Vers une ubérisation de l'éducation

Carte Blanche

D'une jeune femme libérale

Erdogan

L'Empire contre-attaque

Dossier

refédéralisation


sommaire Libertines n°16 | mars 2018

vers une ubérisation de l'éducation ? interview de sabine henry Dossier refédéralisation Entre “Belgicanisme” et efficacité Une seule direction pour le transfert de compétences ? « Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin » économie d'énergie Refédéraliser le commerce extérieur, ineptie ou opportunité ? Focus sur LVSV Brussel carte blanche D'une jeune femme libérale Kimia et amani donald trump Un an après le sport, médium historique de diplomatie L'Empire contre-attaque don d'organes : un choix, plusieurs vies RYD Wallonie-Bruxelles bleus de l'europe il vaut mieux ne pas gouverner que mal gouverner Le numérique à l’école primaire caricature agenda

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édito S oyez les bienvenu(e)s en 2018. Admirez ce second quadrimestre qui vous sépare des prochaines vacances au soleil. N’est-ce pas le moment idéal pour vous proposer un nouveau numéro de notre Libertines ? Et quel numéro s’il vous plait ! L’un des tirages les plus épais que la FEL ait jamais tiré. Une foule de thèmes seront donc abordés dans les pages qui suivent. Une fois n’est pas coutume, nous avions l’embarras du choix quant au thème auquel nous allions consacrer notre dossier central. Nous aurions pu vous parler de la présidence Trump, un an après. Nous aurions pu imaginer un dossier sur le féminisme aujourd’hui, en Belgique et en Europe. Nous aurions pu penser à un dossier plus international sur le situation dramatique en Syrie. Au final, il sera question d'une thématique politique en vogue ces derniers temps, celle d’une refédéralisation de certaines compétences défédéralisées au fil des réformes de l’état. Mais la Présidence Trump se montre de plus en plus inquiétante. Nous en parlerons quand même. Mais le féminisme nous importe beaucoup (surtout à Laura). Nous en parlerons bien évidemment. Mais la Syrie souffre, beaucoup, trop, et nous en parlerons quand même. Numéro éclectique, vous pourrez aussi lire au sujet des MOOC, de la situation politique en Allemagne, du colonialisme aujourd’hui et demain, du don d’organes et j’en passe. J’en ai assez dit pour l'instant. Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter une agréable lecture. Elle sera, je l’espère, aussi intéressante qu’instruisante. Libéralement,

John Rédacteur en chef

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| enseignement mooc

Vers une ubérisation de l'éducation ? Harvard, Yale, Oxford, La Sorbonne, les universités américaines, françaises, européennes parmi les plus illustres proposent aujourd'hui des cours en ligne gratuits et ouverts à tous. Un record de 440 000 apprenants de 150 pays différents pour le plus grand cours en ligne jamais donné (FutureLearn). par Kevin Karena

Le bouleversement, mise en contexte La fin du XXe siècle est marquée par une profonde mutation qui a pour origine l'essor et la prolifération des nouvelles technologies, NTIC (nouvelles technologies de l'information et de la communication). La révolution numérique a complètement bouleversé la société, en ce sens qu'aucun domaine n'est aujourd'hui épargné par ce phénomène disruptif, pas même la sacro-sainte bâtisse de l'éducation traditionnelle. Après 10 ans de gestation, sujet à de nombreuses controverses, ayant subi un développement exponentiel depuis 2012, le tsunami que sont les MOOC (Massive Open Online Courses) s'inscrivent dans la continuité de l'évolution du E-learning et symboliseraient l'avenir, l'immersion numérique au sein de l'enseignement supérieur. Expérience personnelle Cette innovante nouveauté a éveillé ma curiosité et après de longues hésitations, j'ai fini par passer le pas. Il était essentiel pour moi de commencer avec un sujet pour lequel j'avais déjà quelques bases pour pouvoir assez rapidement juger de la qualité. C'est alors que suite à une annonce de Salto Youth et de la Commission européenne, je me suis mis à suivre un MOOC sur la stratégie jeunesse en Europe. Un cours accessible au monde entier : il était graduellement étalé sur 6 semaines à raison d’un travail moyen de 4 heures par semaine pour parfaire le cursus. Très rapidement mes craintes se sont dissipées, on a eu droit à de chouettes vidéos de présentation sur la matière et la méthodologie, des tableaux récapitulatifs, des exercices de recherches personnelles, des réflexions et des comparaisons en groupe dans lesquelles chacun

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MOOC : Formation dispensée sur Internet et accessible à tous. Ce type de cours offre à chacun la possibilité d'évaluer ses connaissances et peut déboucher sur une certification (parfois payante).

apportait du sien et rendait le cours encore plus riche. Le jeune étudiant conditionné à l’esprit de compétition que je suis, découvrait peu à peu l’intelligence collective. Ce qui m’a vraiment plu, c’est le principe inhérent aux MOOC « Où tu veux, quand tu veux ! », tu avances à ton rythme avec pour seule deadline le temps imparti pour suivre le cours et passer les tests finaux pour obtenir une certification. Une liberté en toute responsabilité. Même si que la valeur du certificat n'est pas encore reconnue comme telle, les recruteurs avouent que c’est une plus-value dont ils tiennent compte de plus en plus et qui peut témoigner de la motivation et de la proactivité du candidat.

Agonie ou démocratisation du système éducatif traditionnel, seul l’avenir nous le dira. En tout cas, la MOOC Mania est en marche. »

«


mooc enseignement |

{INterview} de Sabine HENRY, Professeur au Département de Géographie et Chargée de Missions pour les innovations pédagogiques à l’Université de Namur. par Hubert Lennarts

Vous pilotez PUNCH à l’UNamur, en quoi cela consiste ? PUNCH (pour Pédagogie Universitaire namuroise en Changement) est un projet qui a démarré il y a 5 ans. C’était un des chantiers du projet AXEL (Axes pour l’excellence), vaste projet initié après la non-fusion entre les FUNDP et l’UCL, et qui énonçait les grandes lignes stratégiques qui orienteront l’action au sein de ce qui allait devenir l’UNamur. Après 5 années d’études, un plan d’action a été développé afin de diffuser les innovations pédagogiques au sein de l’Institution. Le nouveau recteur, Naji HABRA, m’a alors chargé de conseiller l’équipe rectorale à ce niveau, et de mettre en place les axes stratégiques du projet, avec l’aide de puncheurs. Les MOOC s’inscrivent-ils dans cette pédagogie Autrement ? Autrement oui ; et cela fait peur à certains académiques plus classiques qui peuvent avoir peur d’être remplacés par une vidéo. Justement, il n’est pas question de les remplacer ! Le MOOC peut s’intégrer dans un dispositif pédagogique, sans pour autant remplacer le cours. Le professeur peut par exemple suivre le MOOC en même temps que ses étudiants, et rencontrer ceux-ci régulièrement pour échanger sur la matière. Quelle politique pour les MOOC à l’UNamur aujourd’hui ? Il n’y a ni directive ni volonté, je pense, d’en développer en masse comme à l’UCL par exemple.

Par contre, il y a le projet d’en développer 2 ou 3 dans les grandes niches spécifiques de l’UNamur. Une directive beaucoup plus ciblée donc ! Vu le coût - entre 50.000 et 80.000 euros par MOOC -, il est important de voir surtout dans quel but on en ferait et d’avoir une évaluation 3 ans après. On peut imaginer que le MOOC serve à compléter un enseignement et serve ainsi de support, surtout pour de grands auditoires où de plus en plus d’élèves ont des conflits horaires (conséquence de plus en plus visible du décret Marcourt). On peut aussi imaginer qu’il nous permette d’être la vitrine, d’un point de vue pédagogique, des niches de spécialisations de l’Université, pour nous offrir une grande visibilité au-delà des frontières de l’Institution et même de la Fédération WallonieBruxelles. L’important est de choisir sa direction et de ne pas s’éparpiller ! Pensez-vous que le MOOC s’inscrit dans la transition numérique et la digitalisation de nombreux domaines dans la société ? Oui, je pense que cela peut notamment aider un jeune à se rendre compte qu’on peut aussi utiliser le monde digital pour apprendre et pas seulement pour jouer. Je vois que mes enfants ou les adolescents en général maîtrisent parfaitement l’usage de certaines applications pour jouer ou communiquer. Mais le passage à l’usage de l’outil digital et informatique pour travailler n’est pas encore aisé. Le MOOC peut aider cette idée qu’on peut (et qu’on doit) aussi aller en profondeur, même quand on surfe, et d’utiliser la richesse de l’information disponible sur le web

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| enseignement mooc pour se former. Et cette idée n’est malheureusement pas toujours perçue ! On surfe très rapidement, moi la première (rires), on lit beaucoup moins en profondeur. L’idée de suivre un MOOC, et donc un dispositif qui part d’un premier cours jusqu’au dernier, et qui a été fouillé, encourage cette idée. Dans le monde de l’entreprise, le monde digital n’est pas un jeu et l’idée est d’en faire un usage professionnel. ET je pense que le MOOC, c’est un usage professionnel. Certaines entreprises montrent un réel intérêt pour les MOOC comme outil de formation et de communication. Un partenariat Public-Privé peut-il ainsi voir le jour ? Pour cela il faut voir les attentes de l’entreprise, mais je peux aisément l’imaginer. Se former via des MOOC dans le monde de l’entreprise permet une plus grande flexibilité, permet d’être

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beaucoup plus ciblé sur les quelques compétences que l’entreprise cherche à combler, … C’est donc un projet de partenariat fort intéressant car les universités pourraient, en plus de bénéficier de fonds pour développer ces MOOC, avoir une meilleure connaissance des attentes des entreprises, et dès lors, mieux former ses étudiants, du moins en cohérence avec les attentes du monde du travail. Un peu de prospective pour terminer. Quel avenir pour les MOOC d’ici 2025 ? Je pense que les MOOC répondent à une demande et je ne vois pas pourquoi cette demande changerait dans le futur. La seule chose qu’il n’y a pas dans un MOOC et qui pourrait manquer à toute une série d’apprenants, c’est le contact humain. Du coup, on peut imaginer avoir des MOOC futurs avec la possibilité d’avoir un enseignant qui suit l’apprentissage et la progression de l’étudiant. 


Dossier la refédéralisation

    p.08 E ntre “Belgicanisme” et efficacité

  p.12 U  ne seule direction   pour le transfert de compétences ?   p.14 « Seul on va plus   vite, ensemble on va plus loin »   p.16 économie d'énergie     p.19 R efédéraliser   le commerce extérieur, ineptie ou opportunité ?

“Le communautaire au frigo”. Telle était la condition à l’existence et à la pérennité du gouvernement Michel I. On pourrait presque parler d’exploit, lorsqu’on connait la composition de la coalition gouvernementale au niveau fédéral. “Le communautaire au frigo… le temps de la législature”. Ah! Tout de suite moins réjouissant. Dans l’ensemble, l’engagement qu’avaient pris les partenaires de la coalition de ne pas inscrire de dossier institutionnel à l’agenda politique a été respecté. Mais, échéances électorales obligent, et bien qu’un gouvernement Michel II demeure envisageable pour l’instant, il n’est pas exclu que la dernière année et demie de Michel I soit plus mouvementée. On assistera sans doute à un retour de ce lexique constitutionnel que l’on connait tous si bien : régionalisation, communautarisation, (con) fédéralisme, réforme de l’Etat, et j’en passe. Une résurgence probable à laquelle la FEL tenait à faire face, en octroyant une tribune aux voix dissidentes (souvent libérales) prônant une refédéralisation de l’Etat belge, dans diverses proportions il est vrai. Qu’à cela ne tienne, qui dit fédéralisme dit répartition des compétences. Est-elle souhaitable dans tous les cas ? Voilà la question qui nous habitera au fil des quelques pages qui suivent.

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| dossier refédéralisation

Entre “Belgicanisme” et efficacité “La Belgique est un état fédéral…”. Si vous ne le saviez pas encore, vous ne serez pas étonnés de découvrir que c’est par la présente proposition que débute notre Constitution. Inutile de vous faire ici un cours détaillé d’histoire des institutions politiques de notre état. En substance, pour reprendre la célèbre formule de feu Gaston EYSKENS, "la Belgique de papa est morte”. D’un état unitaire, nous sommes passés à un état composé de ses Communautés (1970) et de ses Régions, d’abord flamandes et wallonnes (1980) auxquelles s’est rajoutée la région de Bruxelles-capitale (1989). Bien évidemment, ce processus de “fédéralisation" fut accompagné d’un transfert de compétences vers les Entités fédérées toujours croissant, au rythme des réformes successives de l’état. par John de coster

Définitions en préambule… Effectuons avant tout un bref exercice lexical, afin d’être certains de bien cerner ce dont nous discuterons dans le dossier central que nous vous proposons cette fois-ci. Fédéralisation : Néologisme construit à partir de l'adjectif « fédéral », est utilisé pour désigner ce que devient un État unitaire quand il se scinde en deux ou en plusieurs entités fédérées, tout en maintenant une institution politique commune appelée, en Belgique, Autorité fédérale, qui comprend le Gouvernement fédéral et le Parlement fédéral (Dictionnaire du vocabulaire politique du CRISP). Défédéralisation : Glissement de compétences au sein d'un État fédéral. S'il y a du transfert d'une compétence fédérale vers les Communautés ou les Régions, cette compétence cesse d'être fédérale et est donc « défédéralisée » (Dictionnaire du vocabulaire politique du CRISP). Dans le contexte belge, en raison notamment de

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la complexité institutionnelle de notre fédéralisme, défédéralisation désigne tout à la fois les procédés de “régionalisation" et “communautarisation", ce en fonction de la compétence étudiée. Depuis les années nonante et la reconnaissance politique du fait fédéral, l’unique appellation de défédéralisation a progressivement supplanté les deux vocables ci-avant. Fédéralisme d’agrégation (ou fédération) : Processus de construction d'un État fédéral au départ d'entités politiques indépendantes (Dictionnaire du vocabulaire politique du CRISP). Fédéralisme de différenciation : Fédéralisme qui s’articule sur base d’une distinction (culturelle, ethnique, religieuse) et pouvant se muer en dynamique séparatiste si les forces centrifuges régissant le processus de fédéralisation s’accentuent considérablement. Toute similarité avec une situation existante ou ayant existé est fortuite… (exemple du Fédéralisme belge)


refédéralisation dossier |

Enfin, deux précisions importantes à garder en tête lorsqu’on étudie le fédéralisme belge, toutes deux tirées des Fondements en Science Politique, ouvrage collectif fréquemment consulté lors de la rédaction de nos Libertines. Premièrement, ce dernier a ceci de particulier qu’il repose sur une dualité des Entités fédérées : les Régions et les Communautés. On y décèle d’ailleurs la remarque émise par Marc Uyttendaele lors de notre dernier Congrès, quand il expliquait que le fédéralisme belge a historiquement été régi par une tendance flamande pour un fédéralisme communautaire culturel, et une tendance wallonne pour un fédéralisme régional économique, bien que celles-ci se soient lissées avec les années et ne sont plus aussi structurantes que par le passé. Ensuite, du point de vue des sciences politiques, au-delà de ce dualisme spécifique à la Belgique, fédéralisme ne signifie pas systématiquement fédéralisation. " La réfédéralisation fait son coming-out " Tel était l’intitulé d’une opinion de Dave Sinardet, politologue à la VUB et à l’université de Saint-Louis, publiée le 8 janvier 2018 dans la Libre. Comme Monsieur Sinardet le mentionne d’ailleurs dans cet article, il est vrai qu’un certain nombre d’acteurs de la scène politique belge, flamands comme wallons, se sont récemment prononcés en faveur d’une réfédéralisation de certaines compétences. Un attrait présent chez les jeunes (Jeunes MR et Jong CD&V), au Parlement (une étude menée sur les députés semble démontrer un intérêt renaissant) ainsi qu’au sein même du Gouvernement. Le ministre de la Mobilité, François Bellot (MR) est le dernier en date, bien qu’il se soit contenté de faire écho à la sortie médiatique du Secrétaire d’État Alexander De Croo (Open-VLD) fin 2017.

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| dossier refédéralisation L’arroseur arrosé Qui dit défédéralisation laisse automatiquement entendre l’idée qu’un mécanisme de réfédéralisation puisse exister. Elément intéressant de l’opinion de Monsieur Sinardet, l’idée selon laquelle, les nationalistes de la N-VA auraient permis aux discussions concernant une potentielle refédéralisation de s’installer progressivement. Le paradoxe au pays du surréalisme, vous apprécierez le raisonnement. Si les transferts de compétences originels doivent s’analyser à la lumière de revendications culturelles au sens large du terme (il n’est pas anodin que l’une des premières compétences communautarisées fut l’enseignement), Dave Sinardet observe un glissement rhétorique dans la justification de cette demande flamande toujours croissante de défédéralisation. La flamme nationaliste flamande n’est pas suffisamment ardente dans le cœur d’une majorité de Flamands pour que les mouvances nationalistes/séparatistes, N-VA en tête, puissent se cantonner au référentiel communautaire. C’est alors que se glisse dans les débats l’argument de l’efficacité, afin d’élargir leur base électorale aux non-nationalistes (avec un recours succinct à une vision un tantinet stéréotypée de la Wallonie, je tenais à l’ajouter). "Mais, sur base de ce critère, il est plus difficile d’exclure par principe des mouvements dans les deux sens”, comprenez entre dé- et refédéralisation. Fédéral, mais dans le sens originel du mot Autre intertitre, autre citation, tirée de l’opinion de Monsieur De Croo cette fois-ci. "S’il y a bien une chose qui est apparue ces derniers temps, c’est que le modèle belge n’est pas parfait, précisément parce qu’il est devenu trop confédéral”. Ce que dit Monsieur De Croo est loin d’être entièrement dénué de sens. En Belgique, “aucun pouvoir de coordination n’est dévolu au Fédéral. Dans leurs domaines de compétences, les entités fédérées sont souveraines”. En résultent des mécanismes de dialogue entre niveaux de pouvoir et/ou entre ministres ou assemblées compétents par l’intermédiaire de comités de concertation ou encore de conférences interministérielles, modalité de gouvernance s’apparentant plutôt à un modèle confédéral qu’à un état fédéral (Fondements en Science Politique (p120)). Si le modèle confédéral n’a pas vocation à être inefficace par nature, quand on regarde ce monstre institutionnel, cette espèce “d’état fédéral à tendance confédérale” qu’est devenue la Belgique

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au terme de six réformes de l’état, il est une chose sur laquelle nous pourrons nous mettre d’accord, en Belgique, l’efficacité (à ne pas confondre avec effectivité) n’est pas toujours au rendez-vous. Conformément aux dires du Secrétaire d’État, en atteste, indépendamment des motifs politiques mobilisés que je n’aborderai pas ici, le blocage institutionnel autour de la signature du CETA/ NAFTA. Que de sueur et d’encre déversée pour des “modifications” au traité dont l’apport et la pertinence restent discutables. Globalement, l’argumentation de Monsieur De Croo est construite autour de trois grands axes, auxquels la FEL souscrit bien évidemment. D’abord, le présupposé que nous ne voulons pas d’un "confédéralisme belge”, ce qui reviendrait en réalité à acter la mort de l’état belge : un confédéralisme belge ne signifie rien d’autre qu’une Flandre et une Wallonie distinctes et indépendantes. Reste à savoir ce que l’on ferait de Bruxelles. Mais ça, c’est un autre débat. Ensuite, la nécessité, dans un certain nombre de domaines politiques, d’une action commune à la Belgique, celle-ci rendue possible par une meilleure coopération entre Régions, Communautés et état fédéral. Si le prix à payer pour ce retour à l’efficacité comporte par moment une recentralisation du pouvoir, au minimum une forte diminution du nombre d’acteurs en interaction, la discussion mérite d’être menée. Enfin, nous avons, à quelques pas du 16, Rue de la Loi, un bel exemple de fédéralisme (toute proportion gardée) : l’Union européenne. Or, cette Union européenne repose en partie sur le principe de subsidiarité qui "vise à déterminer le niveau d’intervention le plus pertinent dans les domaines de compétences partagées entre l’UE et les pays de l’UE”, comme vous pouvez le lire dans le résumé éponyme des législations européennes. Une fois transposée à l’échelle belge, la réflexion semble tout aussi justifiée. Soit dit en passant, permettez-moi une petite satire. La N-VA est un parti plutôt europhile (même si au vu des derniers mois, on peut commencer à en douter) avec une certaine conception fédérale de l'union, mais conception fédérale quand même. Comment n’y a-t-elle pas pensé plus tôt ? Bref. Assez théorisé. Il me semblait toutefois important de cadrer le débat que la FEL s’apprête à déployer sous vos yeux. Bien sûr, nous ne comptons pas envisager ici un retour vers le passé, vers une Belgique pré-1970, précisément parce que


refédéralisation dossier | “la Belgique unitaire ne ferait pas de vieux os”, pour reprendre les termes de Monsieur De Croo. Pas question non plus de penser une refédéralisation massive, qui serait selon nous au mieux instable, au pire parfaitement contre-productive. Or, c’est bien d’efficacité qu’il sera question dans ce dossier. D’efficacité et d’union, parce qu’une bonne union fera la force. 

« Moi je pense que certaines compétences ou bien soit il faut les refédéraliser ou bien il faudrait instaurer une sorte de hiérarchie où on dit : 'Oui, naturellement qu'on va discuter avec tout le monde autour de la table. Mais si on ne s'en sort pas, que là, au niveau fédéral, on ait un certain droit de pouvoir pousser dans une direction. » Propos d'Alexander De Croo sur Matin Première, en décembre 2017

Alexander De Croo, Vice-Premier ministre, Open VLD.

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| dossier refédéralisation

Une seule direction pour le transfert de compétences ? Bien que la Belgique soit petite, son caractère fédéral implique une répartition des compétences et des pouvoirs de décision entre l’État fédéral et les Régions. Par ailleurs, la mobilité est aussi une thématique gérée par le pouvoir communal, l’autorité provinciale, sans oublier l’instance européenne. C’est pourquoi en Belgique, nous avons bel et bien 4 ministres (et/ou secrétaire d’État) en charge de cette matière, soit 3 au niveau régional et 1 au niveau fédéral.

par Annelise Deville

Pour une refédéralisation de la mobilité Pas surprenant dès lors que la mobilité fasse partie des compétences que certains hommes politiques souhaiteraient refédéraliser. Nous en revenons aux mots du Secrétaire d’état De Croo : « C’est hyper compliqué de mener une politique cohérente alors que c’est une thématique assez problématique actuellement ». La cohérence, voici donc ce qui manque aux politiques belges de mobilité. Ce constat est illustré par la dernière polémique en date : la restriction de l’accès à la Capitale en voiture. Un ministre bruxellois arrête une décision, qui à première vue ne semble pas avoir été concertée avec ses homologues régionaux et fédéraux, sans qu’aucune alternative ne soit proposée (ni même imaginée d’ailleurs). Cohérence et concertation donc. Lors d’une interview pour « La Libre Belgique», le ministre fédéral de la Mobilité, François Bellot a, avec le pragmatisme qu’on lui connait, lui aussi montré son enthousiasme concernant une possible réfédéralisation de sa compétence. Ce dernier a déclaré qu’il était « contreproductif pour l’économie belge » d’avoir régionalisé cette compétence, rejoignant en cela le plaidoyer du vice-Premier ministre Open VLD, Alexander De Croo.

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« La régionalisation des compétences en Belgique est un facteur qui ralentit très fortement l’amélioration. La situation actuelle en termes de mobilité est dramatique et pénalisante. Quand je vois l’énergie qu’injecte quotidiennement mon cabinet dans la concertation, alors qu’il pourrait la mettre dans le fond des dossiers, c’est terrible. » Ministre de la Mobilité, François Bellot

Selon le Ministre Bellot, il semblerait que la concertation entre les quatre ministres de la Mobilité ne soit pas aisée (ou ne l’est plus) : « Lorsque je dois réunir mes équivalents régionaux, je constate que nous avons des divisions à tous les étages. Et même lorsque nous exprimons un même avis sur un projet commun, les administrations correspondantes ont des visions différentes et ne parviennent pas à traduire ce que nous voulons au niveau politique. Avoir régionalisé la mobilité est contre-productif pour l’économie belge ».


refédéralisation dossier |

Nous soulignions précédemment l’engouement relatif des jeunesses politiques autour du sujet. Pour les Jeunes MR, la refédéralisation de la mobilité prônée dans leur Petit livre vert, est aussi une priorité, ainsi qu’une refédéralisation des politiques de l’énergie et du climat afin de « réconcilier » protection de l’environnement et développement économique. Une refédéralisation amènerait plus d’homogénéité dans les politiques menées. Dans le même ordre d’idées, le CD&V a, sous l’impulsion

de la jeune génération, ouvert récemment son programme à la possibilité de refédéraliser certaines compétences, à l’issue d’un débat sur la mobilité. Le sp.a et Groen n’y sont pas fermés non plus, au contraire de la N-VA et du Vlaams Belang. Côté francophone, la prudence reste toutefois de mise, la réouverture d’un débat sur une réforme de l’État est par nature risquée au vu des poussées nationalistes. Alors une réforme qui viserait à promouvoir plus de fédéral, vous pensez bien… 

4 ministres de la mobilité pour un pays de 30528 km² !

François BELLOT

Pascal SMET

Carlo DI ANTONIO

Ben WEYTS

Ministre fédéral de la Mobilité

Ministre régional (Bruxelles-Capitale) de la Mobilité

Ministre régional (Wallonie) de la Mobilité

Ministre régional (Flandre) de la Mobilité

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| dossier refédéralisation

« Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin » Ces dernières années, au même titre que d’autres compétences attribuées aux Régions, la politique climatique est régulièrement pointée comme devant faire l’objet d’une refédéralisation… Objectifs : gagner en efficacité, simplifier le processus décisionnel… et, accessoirement, éviter d’être la risée internationale ?

par Antoine Dutry

Ah, la COP 21… Souvenez-vous. Il y a deux ans, alors qu’était en passe de débuter la COP 21, les différents niveaux de pouvoir belge tentaient, tant bien que mal, d’atteindre un accord climatique. Finalement, celui-ci interviendra officiellement le 4 décembre 2015, soit quelques jours après le commencement de la Conférence de Paris (en tout, les négociations sur le Burden sharing intra-belge auront duré six années !). Point de vue réputation internationale, vous avouerez qu’il y a mieux. Spectacle désolant pour les uns, énième perte de crédibilité pour les autres. De la part de la presse et de la société civile, les critiques furent nombreuses (à raison) – par exemple, Climate Action Network (+ de 950 ONG membres) octroya à la Belgique le titre peu glorieux de « fossile » du jour. Au moins, l’on accordera à ce fiasco un point positif : il a (peut-être) contribué à remettre le débat de la refédéralisation sur la table.

« La réputation de la Belgique au niveau international a été fortement écornée lors de la COP 21. »

Un constat inébranlable Au vu de l’expérience de ces dernières années, force est de constater que le cadre décisionnel belge se révèle être peu adapté pour une thématique telle que le climat… A tout le moins, il a montré ses limites

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dans ce domaine. La régionalisation, pourtant largement poursuivie depuis 1970, en vient à être quasiment remise en question car source de lourdeur dans le processus de décision. Pour s’en persuader, il n’y a qu’à repenser aux longues et âpres négociations sur le Burden sharing menées par les quatre (!) ministres belges compétents dans ces matières. Les caractéristiques prégnantes du fédéralisme belge (compétences exclusives, équipollence des normes, autonomie…) ne contribuent-elles pas à desservir la politique climatique belge ? Rien n’est moins sûr… Le fait que le système belge permette aux Régions de mettre en place des politiques environnementales différentes impacte négativement la coordination/ synergie entre les échelons de pouvoir, et ne facilite pas la cohérence politique. Par ailleurs, difficile de nier la complexité et l’importance d’une matière telle que celle du climat... Uniquement penser le climat d’un point de vue régional n’a que peu d’intérêt, étant donné qu’il s’agit d’une problématique globale, à laquelle tous les pays sont confrontés. En la restreignant à une compétence régionale, cela va justement à l’encontre de cette vision. Enfin, l’un des arguments le plus souvent avancé par les défenseurs de la refédéralisation, c’est tout simplement le gain en efficacité qu’elle prodiguerait. Illusoire, la refédéralisation ? Evidemment, une telle mesure nécessiterait que la « lasagne » institutionnelle que représente la Belgique soit réformée en ce sens… Parmi la partie flamande du pays, Alexander De Croo (Open VLD), en s’exprimant (régulièrement) en faveur du passage


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de certaines compétences dans la sphère fédérale, fait preuve d’une certaine forme de pragmatisme politique. Et il n’est pas le seul, le CD&V et Groen n’y sont pas non plus totalement opposés. A contrario - sans surprise - la NVA y a déjà mis le halte-là. Du côté francophone, le communautaire restera au frigo jusqu’en 2019… et après ? D’aucuns diront que refédéraliser, c’est le risque d’ouvrir la boite de pandore, et donc de faciliter les volontés néfastes qu’un certain parti flamand aurait. Et si finalement, cela constituait une occasion pour les francophones de prendre leur destin en main, et de faire le pari que l’avenir de la Belgique passe par une réfédéralisation de certaines de ses compétences ? On en convient : aujourd’hui, cette idée parait pour le moins improbable, mais demain, elle s’imposera peut-être d’elle-même.

Déclaration commune sur la politique climatique belge C’est une première pour la Belgique ! Plus récemment, en marge de la COP 23 à Bonn, les parlementaires des différentes assemblées belges se sont réunis et se sont mis d’accord sur un texte contenant une série d’objectifs que la Belgique devrait poursuivre afin de lutter plus efficacement contre le réchauffement climatique ! évidemment, s’il s’agit là d’une déclaration non contraignante, elle a au moins le mérite de rappeler qu’il est possible de travailler ensemble et de dépasser les clivages partisans. 

4 ministres compétents pour le climat Marie-C. Marghem Ministre fédérale du climat

Céline Fremault

jean-luc crucke

Ministre régionale Ministre régional du climat du climat (Bruxelles-Capitale) (Wallonie)

Joke Schauvliege Ministre régionale du climat (Flandre)

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| dossier refédéralisation

économie d'énergie Comment ne pas aborder la question de l’énergie une fois la question climatique considérée ? Des politiques de l’énergie ambitieuses sont l’un des chainons centraux de la lutte contre le réchauffement climatique. Le domaine de l’énergie ayant très tôt été régionalisé (1980), il me paraît judicieux de s’interroger quant à la pertinence de ce choix, du moins quant à la sottise de ne pas faire machine arrière aujourd’hui.

par John De Coster

Avant de commencer, précisons une chose : ce qui suit est plus une tentative de réflexion. L’énergie est un thème complexe et très technique, dont je ne maîtrise sans doute pas tous les tenants et les aboutissants. Il sera, ici, question de refédéralisation, mais je réalise tout de même qu’à certains égards (notamment en termes de transport d’énergie), la régionalisation n’est pas totalement insensée. Je pense néanmoins que ce débat doit être mené, quitte à ce que vous, lecteurs, participiez à la réflexion en nous expliquant pourquoi nous nous trompons. Constitution Deux lois spéciales ordonnent le paysage énergétique belge, celle du 8 août 1980 (article 6, VII) et celle du 6 janvier 2014 (article 19) qui modifie et/ou abroge en partie la précédente. Elles définissent les “aspects régionaux de l’énergie”. Sans exhaustivité, on citera la distribution publique de l’électricité et du gaz, le transport de l’électricité (sous un certain voltage), la fixation des tarifs du transport et de la distribution de l’électricité et du gaz, les “sources nouvelles” d’énergie (sauf dans le secteur nucléaire) ainsi que la récupération d’énergie par les industries. Certaines compétences demeurent toutefois fédérales.

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refédéralisation dossier |

« La transition nucléaire passera par le renouvelable... sauf que le renouvelable est une compétence régionale. »

C’est le cas des études prospectives d’approvisionnement de l’énergie, le nucléaire, les grandes infrastructures (stockage, transport et production) ainsi que la fixation des tarifs (“sans préjudice” aux tarifs qui tombent sous la compétence de la Région). Cette dernière proposition fait en elle-même déjà sourire, vous ne trouvez pas ? Les bienfaits d’une refédéralisation de l'énergie Vous l’aurez compris, cohérence et efficacité sont nos maîtres mots dans ce dossier. Or, il est certain que la régionalisation de l’énergie n’est en rien une aide à cet objectif. En atteste la problématique du pacte énergétique à laquelle nous avons assisté en 2017. Il s’agit là d’une promesse faite par le Gouvernement fédéral au Parlement dont l’objet concernait la présentation d’un plan global énergétique réalisé par l'intermédiaire d’une concertation interministérielle entre ministres fédéraux et régionaux, le tout sur fond de sortie du nucléaire. Hormis le coût de l’opération (c’est un autre débat), se pose la question de la faisabilité d’une telle sortie (c’est aussi un autre débat). Il n’en reste pas moins que cette transition devra se faire au moyen d’une substitution du nucléaire par “le renouvelable”. Sauf que, “le renouvelable”, c’est une autre appellation pour les “sources nouvelles” d’énergie, compétence régionale. Cohérence et efficacité vous disais-je.

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| dossier refédéralisation On observe ici à quel point le constat de Mr De Croo est justifié, lorsqu’il appelle à un véritable fédéralisme, un fédéralisme qui fonctionne sur base d’une étroite coopération entre Fédéral et Entités fédérées. Il est évident que ces “ sources nouvelles ” peuvent prendre des formes diverses. L’éolien constitue une alternative intéressante pour la Flandre (même si la Flandre n’est pas la seule à pouvoir y faire appel) en raison de son accès aux vents maritimes. La Wallonie, quant à elle, devra se pencher sur les sources d’énergie qu’elle peut trouver à partir de ses multiples chemins d’eaux, par exemple les

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turbines à flanc de rivière capables de transformer l’énergie hydraulique en électricité. Ces alternatives doivent toutefois être coordonnées, afin qu’elles fassent corps et que la Belgique puisse en tirer un maximum de bénéfices. Le Fédéral frappe à la porte, sans qu’il soit question d’une Belgique 2.0. Voici simplement un plaidoyer (modeste, j’en conviens) pour un fédéralisme qui permette à toutes les Entités fédérées d’en profiter. Les modalités seront certes différentes entre Régions mais l’effort doit être mené conjointement, doit être piloté d’une seule voix, sans quoi il ne sera pas payant, je le crains. 


refédéralisation dossier |

Refédéraliser le commerce extérieur, ineptie ou opportunité Ce ne sont pas moins de 5 ministres ayant pour compétence le commerce extérieur, à leur niveau de pouvoir, qui représentent les entreprises et le savoir-faire belge lors de chaque mission économique à l’étranger comme ce fût le cas en Inde ou encore en Côte d’Ivoire à simple titre d’exemple et pour ne citer qu’elles. par Laurent Costas

Selon les derniers chiffres de la Banque mondiale, 82,9% du produit intérieur brut de la Belgique provient de biens et services qui sont destinés à être exportés. De façon caricaturale et quelque peu simplificatrice, nous pourrions donc dire que l’emploi de 8 Belges sur 10 dépend de la production belge qui est exportée. L’importance du commerce extérieur n’est donc plus à démontrer en termes de place qu’elle prend dans le circuit économique belge et pourtant…

en efficacité alors que c’est ce même argument qui a été utilisé pendant presque 40 ans pour faire tout le contraire. Le constat est bien simple, l’efficacité n’a pas toujours été au rendez-vous après la décentralisation des compétences. A titre d’exemple flagrant, on pourrait citer la compétence de la mobilité avec un trajet lambda comme BruxellesLouvain. Il y a 30 kilomètres entre Bruxelles et Louvain et pourtant, sur ce court trajet on passe sous l’autorité de 4 ministres là où il n’y en avait qu’un avant la première réforme de l’état.

Le pragmatisme prend le dessus sur le volet identitaire Depuis le balbutiement des débats communautaires en Belgique et la première réforme de l’état en 1970, le transfert de compétences ne s’est fait que dans un seul sens, à savoir celui qui va de l’état fédéral aux Entités fédérées et il n’a jamais été question de faire chemin inverse jusqu’en 2008 lorsque Guy Verhofstadt en a fait mention dans sa note au Roi. Aujourd’hui, la refédéralisation de certaines compétences comme le commerce extérieur ou encore la mobilité n’est plus taboue. Cela est en partie dû à une différence générationnelle au sein des partis. Selon une étude de l’UCL, « les jeunes au sein des partis privilégient le pragmatisme à la lorgnette communautaire » comme le soulignait le politologue Dave Sinardet dans une opinion à la Libre Belgique il y a peu. Refédéraliser pour gagner en efficacité Aujourd’hui et de façon paradoxale, il est question de refédéraliser certaines compétences pour gagner

« A moins d’avoir un ministre schizophrène, ce qui peut arriver (et tout parallèle avec un ministre bruxellois de la mobilité ne serait que purement fortuit), une décision est bien souvent plus simple à prendre seul qu’à négocier avec des homologues. »

Et le commerce extérieur dans tout cela ? A mes yeux, refédéraliser le commercer extérieur est une opportunité que la Belgique se doit de créer en instituant le débat et de saisir en faisant passer les réformes nécessaires lors du prochain accord de gouvernement. Je le disais déjà en guise d’introduction, l’emploi de 8 Belges sur 10 dépend du commerce extérieur. Nous sommes maintenant

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| dossier refédéralisation

à l’heure de la globalisation et de l’interconnexion des grands blocs commerciaux que sont l’Europe, les états-Unis, les BRICS ou encore le Canada. Ce n’est donc pas un hasard si de grands accords commerciaux se sont négociés comme le CETA ou vont peut-être se négocier comme le TTIP bien que l’élection de Donald J. Trump et le retour d’une forme de protectionnisme ait mis ce dossier au frigo pour la durée d’un mandat présidentiel aux USA. Refédéraliser le commerce extérieur permettrait à la Belgique de parler d’une seule voix et d’éviter un ternissement de son image à l’international comme ce fût le cas avec la négociation du CETA et du blocage wallon de ce dernier pour des raisons fallacieuses dépendant plus de la politique politicienne que de la réelle protection des intérêts wallons. Comme le rappelait encore notre Ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, il y a peu, « on a pu avoir, par moments, l’impression que toute la viande produite au Canada allait se retrouver sur la Place d’Armes à Namur ». Plus concrètement, il est maintenant temps de se poser les bonnes questions et de savoir s’il est encore opportun de disposer d’un Ministre wallon de l’économie également chargé du commerce extérieur, d’un Ministre flamand de l’économie et d’une Secrétaire d’état bruxelloise au commerce extérieur dont personne ne connaît le nom, tellement elle est indispensable pour épauler le Secrétaire d’état belge au commerce extérieur et le Ministre des Affaires étrangères dans leurs compétences au niveau fédéral. En ce qui me concerne, me poser la question, c’est déjà y répondre, refédéraliser le commerce extérieur est une opportunité qu’il faut créer et saisir ! 

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interview |

{INterview}

Focus sur LVSV Brussel avec le Président Armel de Schreye Aujourd'hui, l'association flamande des étudiants flamands (LVSV) est une association étudiante flamande, indépendante des partis, d'inspiration libérale, avec des départements à Gand, Louvain, Bruxelles, Anvers et Hasselt. Le LVSV est membre de LYMEC et du réseau de Stockholm et est considéré comme l'homologue flamand de la Fédération des étudiants Libéraux (FEL). Le LVSV n'a pas de liens structurels avec d'autres organisations, mais entretient de bons contacts avec Liberales, le Murray Rothbard Institute, European Students for Liberty et l'Association Libérale flamande. par laura hidalgo

Pourquoi t’es-tu engagé chez LVSV Brussel? Je me suis engagé parce que j’ai toujours été fasciné par l’histoire du Siècle des Lumières ainsi que par la politique. Je savais déjà que j’étais libéral avant de m’inscrire chez les LVSV. A la VUB, j’ai rencontré la seule organisation qui est actuellement en adéquation avec les idées de Pierre Théodore Verhaegen. Chaque organisation dit qu’elle le fait au sein de la VUB… mais par contre, on sait que l’ULB, contient le mot « libre » dans son nom mais elle devrait être appelée U(PS)B. Les LVSV se concentrent sur les idées du Siècle des Lumières et de la Liberté. C’est ce qui m’a attiré chez LVSV. On essaie d’avoir des débats sur des questions qui touchent la société, et on essaie d’avoir une vision philosophique du libéralisme. Tandis que les partis politiques sont plutôt dans la « pratique », nous nous concentrons sur le débat idéologique. Notre idée est d’avoir une vision de la liberté à travers plusieurs aspects et c’est pour ça que je m'y suis engagé en tant que Président.

Quel est ton thème de prédilection quand tu dois organiser un débat? Je dirais : la taxation, la liberté, le rôle du gouvernement sur notre société, l’influence des initiatives privées sur les problèmes mondiaux, le futur de l’UE, la montée du populisme, la légalisation des drogues... Après, ce que j’adore par-dessus tout, c’est de traiter de sujets internationaux et pas vraiment sur la politique locale ou de Bruxelles par exemple. Je préfère aborder des sujets qui touchent plusieurs pays car nous devenons de plus en plus connectés.

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| interview

Quelle est ton opinion sur le Décret Marcourt pour l’enseignement en tant qu’étudiant flamand libéral? On voit quand même l’influence de ce Décret à la VUB avec l’ULB. En tout cas, j’ai une vision assez pessimiste sur le sujet. Le Décret Marcourt n’a pas comme objectif de prendre en compte Bruxelles et l’ULB comme une Université « libre ». Pour moi, le Recteur n’est qu’une simple marionnette du PS qui n’est pas là pour défendre le caractère « libre » de l’Université. En plus, il y a cette question de la gratuité de l’inscription qui est présente mais à laquelle je ne crois pas du tout … En Flandre, nous avons l’Université de Leuven qui essaye d’avoir le monopole sur les Universités et les Hautes écoles. Cela est dangereux car elle essaie de gagner partout. Bien sûr que face à une petite structure elle gagnera …

Comment travailles-tu en tant que Président des LVSV ? En équipe, avec un vice-président, un secrétaire politique, un secrétaire administratif, un commissaire et un trésorier. Je fais une réunion toutes les deux semaines et je communique tous les jours avec eux. Avec les autres membres, je fais une réunion toutes les trois semaines. Concrètement, mon rôle est celui de « leader ». Pour ma part, le leadership n’est pas simplement un titre mais aussi des actes ainsi qu’un travail de fond qui doivent être reconnus. Il est important d’avoir un contact personnel avec les membres. Forcément, mon boulot c’est aussi d’être en contact avec des autres organisations et être le « visage » des LVSV Brussel. C’est important d’avoir des contacts qui permettent de pouvoir compter sur une diversité de gens autour de soi. C’est très enrichissant car le travail du Président des LVSV Brussel, c’est de guider un groupe formidable et de faire en sorte que l’on soit entendu au sein de la VUB. Cela vaut le coup !

Que voudrais-tu dire à nos lecteurs ? Depuis quelques années, il y a des scandales au sein de différents partis (corruption, implication dans des entreprises, etc.) Beaucoup de politiciens veulent juste avoir du pouvoir et des postes… et ne respectent pas leur idéologie politique de base. En fait, ils ne représentent tout simplement pas les idées politiques ! Les partis politiques essayent de faire croire aux citoyens qu’ils ont la réponse, alors que c’est de la démagogie. Ne tombez pas dans le piège ! Soyez curieux, essayez de lire différents livres avec des idéologies différentes afin de vous forger votre propre opinion. C’est vous seul qui êtes responsable de votre connaissance. Chaque opinion doit avoir le droit d’être entendue car ça provoque le débat et c’est à ça que la société doit s’habituer. A travers chaque débat, on ressort plus fort car on sait ce que l’autre pense. 

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carte blanche |

C

omme tous les six ans, nous serons amenés, cette année encore, à choisir celles et ceux qui dirigeront nos communes. Il est clair que la fameuse tirette - principe visant à imposer la parité hommes-femmes sur les listes électorales - jouera en la faveur de certaines femmes, tant en Wallonie qu’à Bruxelles. Mais au fond, ces quotas paritaires sont-ils vraiment souhaitables, et seront-ils encore d’actualité dans les prochaines années ?

la carte blanche d’une jeune femme libérale par laura hidalgo

En tant que Présidente de la Fédération des Étudiants Libéraux (première femme élue), on m’a déjà interpellée moult fois à ce sujet. De quoi s’agit-il ? La présence de quotas dans les listes électorales a pour but d’imposer un nombre égal d’hommes et de femmes sur ces listes afin qu’un groupe (principalement les hommes) ne prenne l’ascendance sur l’autre dans les arènes politiques. Ce serait, somme toute, logique puisque notre société est composée à moitié d’hommes et à moitié de femmes.

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| carte blanche En réalité, je vous dirais : comment ne pas être d’accord avec le principe ? Mais en tant que jeune femme libérale engagée, je ne peux croire que l’imposition de davantage de règles nous fasse progresser dans cette voie. Je crois en la liberté et j’aimerais surtout dire que ce n’est pas réellement les quotas qui solutionneront ce qui se passe dans le monde politique, mais bien les mentalités ! Si on continue à simplement appliquer les quotas, certaines femmes seront désignées parce qu’un quota sera imposé et non en raison de leurs qualités. La femme ne deviendra qu’un numéro à respecter. Je n’aspire pas à cette vision qui est de placer une femme car elle est une femme.

puisse miser sur le potentiel d’un homme ou d’une femme qu’importe son sexe. C’est un principe de vision de l’humain qu’il faut que toutes les générations acceptent comme naturel. Il faut souligner que l’enjeu pour les partis politiques en 2018 sera donc avant tout d’augmenter l’intérêt des femmes pour la politique. Concrètement, il y a autant d’hommes que de femmes en Belgique. Les femmes sont un atout pour la société civile et les partis politiques ! J’espère que cette année sera celle du rééquilibrage de la représentation des deux sexes ainsi que celle de la stimulation pour les femmes à s’engager. Croyezmoi que chaque femme qui s’engage en politique deviendra un exemple pour les autres. N’ayez pas peur de vous engager ! Vive la femme et vive la liberté ! 

Il faut un travail en amont qui est de faire comprendre que la transformation des mentalités ainsi que le combat des discriminations et du sexisme se feront à travers les hommes aussi ! C’est une affaire de tous, en somme. Il faut tendre vers un idéal qui est celui d’avoir une représentation paritaire sans mesure obligatoire. Que cela puisse se faire naturellement et que l’on

5 592 089 hommes

La Belgique compte au er 1 avril 2017 11 358 952 habitants 5 766 863 femmes 24

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opinion |

Kimia et Amani Ce 21 février 2018, le cercle Kilimandjaro de l’université de Saint-Louis organisait sa première conférence depuis son (second) lancement. Le Kili’, c’est "une organisation étudiante qui a pour but la promotion de la culture africaine, sous toutes ses formes”, comme vous pourrez le lire sur leur page Facebook. A cette occasion, l’opportunité nous était donnée d’aborder un sujet ô combien sensible qu’est “la question décoloniale” en Belgique. par John De Coster

Cette conférence, j’y ai personnellement assisté. Et je tenais d’ailleurs, avant toute autre chose, à adresser à toute l’équipe du Kilimandjaro mes plus sincères félicitations pour ce franc succès. Un succès dû, en plus du thème choisi, au panel d’orateurs présent ce soir-là. Un invité politique, Georges-Louis Bouchez, délégué général du parti réformateur. GLB qui, une fois n’est pas coutume, m’aura impressionné par sa capacité à mener des débats constructifs dans à peu près n’importe quel thème politique, que vous appréciiez le personnage ou pas. Un invité académique, Romain Landmeters, "diplômé en Histoire contemporaine et en archivistique (UCL). Ses recherches portent sur l'étude prosopographique des magistrats coloniaux par le prisme des revues juridiques coloniales”. Un "invité-star" ce soir-là, Kalvin Soiresse Njall, licencié en droit (Saint-Louis), titulaire d’un master de science politique en relations internationales (ULB), ancien conseillé juridique et chargé de projet du MRAX et, entre autres choses, fondateur du collectif “Mémoires coloniales”. Enfin, la conférence devait aussi sa qualité intellectuelle à la modératrice, Nathalie Tousignant, docteure en histoire (université de Laval), professeur d’histoire contemporaine et attachée à l’Institut d’étude européenne (Saint-Louis).

Patrice Emery Lumumba, Premier Ministre congolais, 1960.

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| opinion Une question La conférence était construite de manière assez classique. D’abord des questions adressées par la modératrice aux intervenants. Ensuite, des questions adressées aux intervenants par le public. J’ai succombé à la tentation. Ma question était sensible, je le savais. Le public était quant à lui intimidant, parce que très réactif, parce que très expressif. Il est aisé d’en comprendre la raison. La gravité du thème, sans aucun doute. Mais aussi cette ligne de tension que Mr Landmeters a si bien expliquée, entre versant scientifique qu’est l’Histoire du colonialisme et versant affectif renvoyant à la mémoire du colonialisme. Je ne regarderai d’ailleurs plus jamais l’Histoire du même oeil à présent. Sans chercher à me dédouaner, j’étais très impressionné au moment de poser ma question. A un tel point que j’ai éprouvé énormément de difficulté à m’exprimer de manière suffisamment claire afin qu'elle ne comporte aucune ambigüité. Celle-ci a, bien malgré moi, semblé prendre la direction d’une interrogation au sujet d’un “colonialisme positif”, comme l’a résumée Mme Tousignant. Veuillez m’en excuser. Je suis désolé que mes mots aient ainsi pu laisser croire que je m’enquérais d’une telle information. Sans faire de quelconque parallèle, la sensation que j’ai eue au moment de laisser échapper le dernier son de ma voix m’a immédiatement fait penser à cette maladresse dont Manuel Valls s’est rendu coupable peu de temps après les attentats de Paris. “Expliquer, c’est déjà un peu vouloir excuser”. Excuser le colonialisme ? Qui peut donc bien tenter de le justifier ? Par conséquent, que peut-on lui trouver de positif ? Ni le colonialisme en tant que système, ni les pratiques coloniales ne mériteront un jour ce qualificatif. Reconstruction et reconnaissance L’objectif de cet écrit tourne résolument autour de l’idée d’une reconstruction. D’abord une reconstruction de ma pensée, pour que ma question soit reformulée et dès lors plus fidèle à ma réflexion. Ensuite, l’impératif de reconstruction qui nous lie, anciens colonisés, anciens colonisateurs, pour le dire froidement. Monsieur Njall l’a souligné pendant la conférence, la question décoloniale est (autant une question sur le passé qu’) une question d’avenir. Notre génération devra l’aborder pour reconstruire l’Histoire. Nous nous reconstruirons

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par la reconnaissance du fait colonial. Nous nous reconstruirons par l’entremise de réparations aux anciens colonisés aussi, comme cela a été dit ce jeudi. Je dis “ nous ” parce qu’en Belgique, bien que cela s’applique à toutes les relations forgées par l’ère coloniale, jeunesses africaines, afrodescendantes et européennes devront oeuvrer ensemble pour renouer le lien. Il est une vérité à laquelle nous ferons face, quoi que nous fassions : le colonialisme fut. La jeunesse africaine devra continuer à vivre avec le poids des souffrances subies, comme elle l’a fait jusqu’à présent. L’ère coloniale ne sera jamais effacée. Quant à la jeunesse européenne, elle devra (je devrai) apprendre à vivre avec les poids des souffrances infligées. Ces souffrances, prouvées et de plus en plus quantifiées grâce au travail des historiens, constitueront l’exercice de reconnaissance qui nous attend. C’est d’ailleurs ce qui le rendra si complexe. Plus qu’un simple examen des responsabilités, nous devrons travailler la mémoire que nous conserverons de ce moment, mémoire qui renfermera, en plus des responsabilités à assumer, des fenêtres d’opportunité ouvertes sur ce que sera notre futur. Cette nouvelle mémoire…cette première mémoire nous permettra, je l’espère, de rétablir une entente et une confiance mutuelle. Statuesque Ce travail de mémoire, on le retrouve illustré dans les débats qui entourent la problématique des statues et autres monuments coloniaux. D’aucuns aimeraient les déboulonner, les voir disparaître. Compréhensible. Ils symbolisent quelques-unes des heures les plus sombres de l’histoire de Belgique, tentent de les glorifier en dépit des revers sanglants de la médaille. Monsieur Bouchez et moi-même partageons cependant le même avis sur la question. Ces monuments, aussi pénibles soient-ils, renvoient à l’ADN de notre pays. Les faire enlever, je le crains, ne serait au final qu’un soulagement passager. Il reviendrait qui plus est à renier une part de nousmêmes, de ce qui devra constituer à l’avenir, une fois que notre effort de mémoire aura porté ses fruits, l’identité consciente des Belges et de la Belgique. Pour que cette identité persiste, nous aurons aussi besoin de ces monuments, afin que les générations futures n’oublient jamais. Aussi, le geste n’en serait-il pas plus fort encore si nous apposions aux côtés des monuments existants, d’autres statues et mémoriaux en guise de reconnaissance.


opinion | « Imaginez : Place du Trône, une statue portant le nom de Patrice Émery LUMUMBA, arborant un large sourire, les poignets libres et la main levée, en face, et surtout à la même hauteur que notre Monarque tant décrié. »

Je pense donc que reconstruire à partir du colonialisme sera plus efficace que reconstruire à la place du colonialisme. Reconstruire, c’est aussi plus simple sur des bases positives. D’où la question que je souhaitais réellement poser ce jeudi soir. L’ère coloniale a-t-elle eu des effets, nécessairement différés et indirects, qui, d’une manière ou d’une autre, peuvent être considérés comme positifs, même partiellement. Entendons-nous bien, je n’affirme absolument pas qu’il en existe ? Je ne fais que m’interroger. Je veux reconstruire, pas minimiser, encore moins relativiser. Je veux savoir s’il existe, de votre point de vue, Africains et afrodescendants, une note positive même minime à partir de laquelle nous pourrons nous reconstruire.

Lac Kivu

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| opinion

L’avenir Lors de la conférence, Mr Njall avait laissé entendre la beauté de certaines histoires personnelles, familiales, souvent tragiques aussi. Cette beauté, marginale et ultra-localisée, constitue peut-être une première piste exploitable pour la tâche qui nous revient. Une beauté fraternelle. Au moment de sortir de l’auditoire, une demoiselle est venue me trouver, se montrant compréhensive vis-à-vis du manque de compréhensibilité de ma question. M’expliquant qu’un colon faisait partie de ses ancêtres, elle m’annonça : “j’ai un côté belge”. Et bien, Mademoiselle, sachez que je regrette de ne pas avoir de côté congolais, rwandais et burundais. Voici sans doute la recette de notre succès. D’abord un moment consacré à la reconnaissance du fait colonial. Une reconnaissance qui nous servira ensuite à lancer un processus commun de reconstruction. Une reconstruction par la mémoire et l’identité, qui reposera à la fois sur l’entente, la confiance, et la connaissance de l’autre. Enfin, au terme du processus, l’étape du pardon. Pas de suite. Peut-être même pas de mon vivant d'ailleurs. Mais, j’ose espérer qu’un jour, Africains et afrodescendants auront la bonté d’âme de nous l’accorder, sans que nous, européens, soyons en droit de jamais le leur demander. Je pense qu’il faudra un jour faire le deuil de ce misérable chapitre de notre histoire. Pour ce faire, quel plus beau pied de nez à la mémoire de l’ère coloniale que nous connaissons aujourd’hui ? Une colonisation prétendument modernisatrice, civilisatrice et morale. Et en fin de compte, les agressés pardonnent les agresseurs, faisant de ce fait preuve de plus d’humanité que leurs bourreaux. Je comprends à présent le sentiment de Christiane Taubira dans les dernières lignes de son livre “Murmures à la jeunesse”. Citant René Char, elle écrit : “Signe ce que tu éclaires, non ce que tu obscurcis”. Mon écrit est volontairement idéaliste et naïf. Il n’est de plus étoffé d’aucune ressource bibliographique, d’aucune étude, d’aucune théorie. Mes mots auront toutefois le mérite de vous transmettre le fond de ma pensée, de vous présenter un projet ambitieux et optimiste. De nos jours, je considère ça comme un acte pur et valeureux. Un acte qui demande une certaine dose de courage, car il vous expose au scepticisme et à la critique stérile. Cet acte, je le signe fièrement. Vous en ferez ce que vous voulez. 

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Léopold II, Roi des Belges, 1865-1909.


trump états-unis |

Donald Trump : un an après Le 8 novembre 2018, à la surprise générale, le candidat républicain Donald Trump devient le quarante-cinquième Président des États-Unis. Il est le cinquième Président à accéder au pouvoir sans avoir eu la majorité des voix. Douze mois après son élection, comment se portent les étatsUnis d’Amérique ? Que penser de cet homme instable et de sa façon d’exercer la diplomatie ? par Louis Rifaut

au niveau économique Depuis son élection, le Président Trump n’a pas cessé de mettre en avant ses ambitions économiques via son slogan « America First ». Lors de sa première (et unique) conférence de presse, il a affirmé qu’il sera "le plus grand créateur d'emplois que Dieu ait créé ». Après ses 100 premiers jours de présidence, la Maison Blanche affirmait que le Président américain et son organisation avaient permis la création et la conservation de 500 000 emplois. Sous la première année de son « règne », dans le secteur privé, 1,65 millions de postes auraient été créés et le taux de chômage est tombé en dessous de 4,1%, ce qui est le taux le plus bas de ces 17 dernières années. Cependant, nous ne pouvons parler d’un « effet Trump », car ce bilan est bien inférieur à celui de son prédécesseur avec pas moins de 2,09 millions d’emplois créés lors de ses derniers mois au pouvoir et que la croissance économique reprenait déjà lors de la fin de mandature d’Obama.

Selon une étude de l'Institut français des Relations Internationales (IFRI), « la seule promesse de campagne à avoir été tenue est celle de retirer les États-Unis du Partenariat Trans-Pacifique ». Il est important de rappeler que « [le Président] n'a pas l'autorité légale d'annuler unilatéralement l'engagement américain. Il ne peut ignorer le Congrès ». Sur le sujet du TPP, le Président avait donc peu de chance d’échouer, car rien n’était encore ratifié. Concernant le reste de ses promesses, Donald Trump savait éperdument qu’elles étaient irréalisables.

« Pendant de nombreuses années, les entreprises et les emplois ne faisaient que quitter le pays. Mais maintenant, ils font leur grand retour, ils reviennent. » Donald Trump

Le but ultime de Donald Trump est de "Rendre sa grandeur à l’Amérique" («Make America Great Again»). Il veut privilégier l’économie et garder la place des USA comme « pays le plus riche du monde ». Selon le Fond Monétaire International, le PIB en dollars courants des USA a connu une progression de 4% par rapport à 2016. Les promesses économiques faites par Donald Trump avant son investiture n’ont pas été tenues.

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| états-unis trump

Les indices boursiers sont à leur sommet, l’emploi se porte bien, le PIB courant est croissant… voilà le bilan que l’administration Trump veut mettre en avant. Et pourtant, de très nombreux facteurs sont dans le rouge : le commerce international ne connait aucune amélioration, le déficit des échanges entre les États-Unis et le reste du monde est en hausse (la hausse des importations a augmenté par rapport aux exportations). Selon l’enquête du IFO (Institut für Wirtschaftsforschung - l’institut d’enquête économique de Munich), 57,6% des économistes interrogés sont convaincus que la politique économique mise en place par l’Administration Trump va être néfaste pour l’économie américaine. De plus, l’éventuelle réforme fiscale (qui risque de faire fuir d’éventuels investisseurs), le « gigantesque plan d’investissement » (de pas moins de 1500 milliards de dollars pour développer les infrastructures) et les mesures prises concernant une politique migratoire risquent fortement de faire baisser les perspectives économiques. Un gouffre diplomatique En retirant les USA du TPP, Monsieur Trump a permis à la Chine d’asseoir sa puissance dans le Pacifique (ou en tout cas à ne pas l’affaiblir). Il a interdit l'accès au territoire américain à différents réfugiés et ressortissants de sept pays musulmans (alors qu'aucun de ces pays n'a jamais commis une attaque contre les États-Unis), il a voulu retirer les Etats-Unis de l’OTAN, car il considérait qu’elle était obsolète (puis il est revenu sur sa position), il comptait nommer comme ambassadeur à Bruxelles un homme qui est pour la dissolution de l’Union européenne, il n’a pas hésité à accuser les gouvernements allemand, chinois et japonais d’être des « prédateurs manipulant leur monnaie », il a reconnu Jérusalem comme étant la capitale de l’État d’Israel (ce qui risque très fortement d’entrainer de nouvelles vagues de violence dans la région),… Tous ces exemples montrent que Donald Trump va à la confrontation. Cette tactique diplomatique est susceptible de s'avérer très contre-productive, les adversaires politiques (mais aussi alliés) ne vont pas rester sans bouger éternellement. D’après la chercheuse associée à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS) et spécialiste des États-Unis, Marie-Cécile Naves, le Président américain « raisonne sur le court terme » en ce qui concerne les questions géopolitiques et de diplomatie. Donald Trump serait en train de

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mettre en place une « diplomatie de la défiance », il n’hésite pas à critiquer ses partenaires et à défier ses opposants. L’exemple le plus concret de ce type de diplomatie est le cas avec l’homme d’État nordcoréen Kim Jong-un où, durant de nombreuses semaines, les deux dirigeants se sont menacés, par médias interposés, d’utiliser des armes nucléaires.

« Aujourd'hui, les États-Unis n'ont jamais été aussi isolés sur la scène internationale. »

Le président Trump a attaqué de nombreuses institutions telles que les Nations Unies ou encore l’OTAN utilisant l’argument du coût exorbitant de ces organismes dans le chef des USA. Il n’a pas hésité à retirer son pays de nombreux traités commerciaux et internationaux (tels que le TPP ou la COP21), car ils seraient responsables de la perte de bon nombre d’emplois sur le territoire américain, et qu’il ne croit pas au réchauffement climatique.


trump états-unis |

Trump et le climat Selon Donald Trump, le réchauffement climatique est un « canular » inventé par les Chinois pour nuire à la compétitivité des états-Unis. Récemment, l'Amérique du Nord a été frappée par une vague de froid extrême avec de fortes chutes de neige. Si cette vague de froid existe, c'est tout simplement parce que le réchauffement climatique n'existe pas : c’est comme cela que nous pourrions résumer sa pensée.

« Il neige au Texas et en Louisiane (…) le réchauffement climatique est un canular couteux ! » Trump - Twitter.

d’oléoducs avec le Canada, il compte promouvoir le charbon et le gaz, il entend bien supprimer la législation sur les émissions de gaz à effet de serre ou concernant la pollution de l’air… D’après certains experts, les ambitions destructrices du nouveau Président sont illimitées. En conclusion, nous pouvons dire que le bilan est assez négatif. Aussi bien au niveau national qu’international, très peu de ses promesses de campagne ont été tenues. L’économie américaine se porte bien, pour l’instant, mais son pouvoir d’influence à l’international a considérablement diminué. Au niveau diplomatique, le Président n’a pas hésité à se faire des ennemis parmi ses alliés et à rentrer en conflit avec ses voisins les plus proches. 

Cela a choqué bon nombre de scientifiques ainsi que de nombreux dirigeants politiques. Avec l’aide de son administration, le nouveau Président a pris soin de retirer toutes les références d’un plan d’action pour le climat sur tous les supports officiels qu’Obama avait pu mettre en œuvre. Au niveau international, il a annoncé que les états-Unis quittaient l’accord de Paris, au niveau national, il tente de discréditer le monde scientifique en nommant le scientifique Scott Pruitt, qui se définit comme étant un climato sceptique, à la EPA (Agence américaine de protection de l’environnement). De plus, le Président a annoncé lui-même une réduction de 30% du budget alloué à l’Agence, ce qui lui fera perdre 3200 chercheurs. Le Président Trump veut remettre sur pied les projets

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| actu : jeux olympiques

Le sport, médium historique de diplomatie L’annonce de la participation de la République Populaire Démocratique de Corée du Nord aux derniers Jeux Olympiques d’hiver a suscité des remous au sein de la communauté internationale. Les uns y ont entrevu l’aube d’une réconciliation - voire un premier pas vers une réunification de la péninsule. Les autres n’y ont aperçu qu’une malicieuse tentative du régime dictatorial de semer la discorde entre la Corée du Sud et son plus grand allié, les États-Unis. Quoi qu’il en soit, pour le meilleur comme pour le pire, l’instrumentalisation du sport à des fins diplomatiques est une technique qui a traversé les âges, à des degrés de réussite variés. par thomas caulier

Du Ping-Pong Diplomacy au criquet Indo-Pakistanais : le sport pour rapprocher Le 10 avril 1971 marque un tournant dans la relation sino-américaine. Après une vingtaine d’années de rupture diplomatique suite à la guerre de Corée (1950-1953), une délégation américaine de joueurs de tennis de table débarque dans l’Empire du Milieu en vue d’y affronter une équipe locale. La rencontre enclenche un processus de rapprochement entre les deux Nations ennemies qui culminera par la visite du Président Nixon et la reconnaissance officielle du gouvernement maoïste. Arrivé au pouvoir, Barack Obama voit dans la boxe un moyen de relancer les relations diplomatiques avec l’Iran. L’initiative Rumble on the Rails voit des boxeurs des deux protagonistes s’affronter en plein coeur de la Gare Centrale de New-York. Enfin, la récente invitation du Premier Ministre indien à son homologue pakistanais est une énième tentative de réchauffement entre ces meilleurs ennemis. L’Apartheid et les Jeux Olympiques : le sport comme moyen de pression En 1964, le Comité Olympique International (COI) rétracte l’invitation adressée à l’Afrique du Sud pour les Jeux d’été en guise de désapprobation de la politique d’Apartheid menée par ce dernier. Dans le même sillage, le pays fut même exclu formellement du COI en 1970. La pression atteint son apogée en 1985 avec l’adoption, par l’Assemblée Générale de l’ONU, de la Convention Internationale contre l’Apartheid dans le sport.

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Libertines | MARS 2018

Les Jeux d’Hivers 2018: un apaisement des tensions ? L’arrivée d’une délégation d’une vingtaine d’athlètes nord-coréens a fait récemment la une des journaux, provoquant des éclatements de joie chez les uns et des accès de colère chez les autres. Tandis que la communauté internationale a accueilli globalement cette nouvelle avec satisfaction, si pas avec soulagement, le mouvement conservateur sud-coréen ne fut par contre pas prompt à voir des ressortissants de l’ennemi juré fouler ses terres. D’une part, l’observateur attentif peut percevoir une tentative de rapprochement du Nord envers le Sud. Les protagonistes se sont arrangés pour constituer une équipe de hockey féminine mixte concourant sous drapeau unifié. Le Leader Suprême a invité le Chef d’État sud-coréen au dialogue. La présence de Kim Yo-Jong aux Jeux, dans un climat de tensions extrêmes, témoigne de l’importance, du moins en surface, que Kim Jong-un accorde à l’initiative. De l’autre part, l’opacité des institutions nordcoréennes, l’imprévisibilité du Leader Suprême et l’aspect provocateur de sa politique étrangère empêchent toute conclusion hâtive sur l’issue des Jeux. Quoi qu’il arrive, ces Jeux nous auront offert un moment de répit et de divertissement… en attendant un prochain essai nucléaire ? 


erdogan : turquie |

l'empire contre-attaque C'était en 1980. Dans la chaleur moite de l'été sortait dans les salles obscures le fameux "The empire strikes back" un des chef-d 'œuvres de la saga Star Wars. Cette fois-là c'était l'Empire qui avait l'avantage. Chassant et poursuivant les rebelles dans toute la galaxie, ces derniers, aux abois, se réfugièrent sur la planète de Hoth. C'est sur cette planète glacée que se jouerait l'avenir de la rébellion. Sans appel, victoire décisive de l'Empire sur les rebelles, le film nous rappelle amèrement que dans la plupart des cas, "Dieu est du côté des plus gros bataillons". Mais il ne s'agit que d'une analogie. Et l'action ne se passe pas dans une galaxie lointaine sur une planète de glace mais bien dans une contrée pas si lointaine de notre planète bleue. Les sables du Moyen-Orient sont le théâtre de l'opération "Rameau d'olivier", opération lancée par la Turquie dans le nord de la Syrie afin d'y établir une zone de sécurité d'une trentaine de kilomètres de profondeur entre la frontière turque et la Syrie.

par Corentin Lucifora

Des terroristes ? A l’instar des rebelles, les Kurdes de Syrie et d’Irak se sont courageusement dressés contre le mal. Fer de lance d’une âpre résistance pour la liberté, ces derniers ont réussi avec l’aide de leurs alliés et de la coalition internationale à repousser les séides de Daesh. Mais voilà qu’aujourd’hui, ceux-ci se retrouvent une nouvelle fois à devoir se défendre. Comme si le sang des hommes et des femmes de la région n’avait pas encore assez coulé. Mais s’il coule inexorablement, c’est peut-être parce que l’utopie kurde effraie la région. Et là encore, le terrorisme a bon dos lorsqu’il s’agit de s’affranchir des vraies causes d’un problème. Car l’instrumentalisation du terrorisme de la part des autorités turques est malheureuse. A chaque fois qu'une position est bombardée, l'armée turque ne mentionne pas que des civils ont pu être tués. A la place, la TSK affirme qu'elle n'a touché que des terroristes. La psychose atteint son paroxysme lorsque les états-Unis proposent (j’y reviendrai plus loin) d'intégrer des hommes de l'YPG à ses projets dans la région. En effet, pour Ankara, les unités de protection du peuple ne sont rien de plus à ses yeux que la branche syrienne du PKK qui, comme vous l'aurez deviné est considérée comme une organisation terroriste.

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| turquie : erdogan

Aussi, le pays de l'oncle Sam n'étant jamais loin lorsque le sujet touche de près ou de loin la région, l'intervention turque ne manque pas de gêner Washington qui se retrouve partagée entre Ankara, son alliée au niveau de l'OTAN et ses alliés kurdes dans la lutte contre Daesh et contre le terrorisme dans la région de manière plus large. Cet intérêt pour la région est d'autant plus dérangeant pour Ankara, Moscou et Damas qui s'inquiètent que Dame liberté occupe de plus en plus de terrain en Syrie. En effet, l'initiative de création d'une force de 30000 hommes (provenant en partie de l'YPG) pour protéger la frontière nord de la Syrie constituerait un véritable couteau pointé en direction d'Ankara pour qui la pilule aurait du mal à passer. Paraissant déjà insoluble, la situation dans la région prend petit à petit les allures d'un véritable nœud gordien... Droits de l'homme à géométrie variable Ce conflit présente plusieurs atteintes aux droits de l'homme. Mais ces derniers sont à géométrie variable. En témoigne le fameux "droit des peuples à disposer d'eux-mêmes", l’actualité récente illustre parfaitement le bafouement de ce droit qui est le plus hypocrite qu'il soit. Toutefois, je ne m’érige pas en parangon de l'indépendantisme des différents peuples. Chaque revendication indépendantiste présente des tenants et des aboutissants divers et variés auquel il serait trop simpliste voir réducteur d'y répondre par le fameux droit des peuples à disposer d'eux-mêmes comme s’il s’agissait d’une formule magique.

« Plus que jamais le dialogue et la compréhension sont nécessaires car je pense sincèrement, à l’instar de Stefan Zweig qu’une culture, une langue, ou une religion ne doit servir de motifs politiques. »

La liberté d'expression est également mise à mal. Au niveau du théâtre d'opération, les journalistes ne peuvent faire correctement leur travail car ordre est donné à la population locale de ne pas leur parler. Et si les reporters ont le malheur de s'approcher trop près, ils sont systématiquement arrêtés par l'armée et reconduits à quelques kilomètres sans passer par la case départ.

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Libertines | MARS 2018

En Turquie, la situation quant à elle ne cesse de se détériorer depuis la tentative de coup d’état et les multiples purges qui l'ont suivi à tous les niveaux de la société turque. Si jusqu'ici ces dernières ne concernaient la plupart du temps que des serviteurs de l'État, il s'agit aujourd'hui de citoyens qui auraient l'audace éhontée de critiquer la décision de leur Président. Selon ce dernier : "Ceux qui critiquent l'opération militaire turque sont des terroristes et ils en payeront le prix". Le lendemain de la déclaration, 150 personnes étaient arrêtées pour avoir fait de "la diffusion de propagande terroriste".

« Coup d'état avorté : 265 morts, 1440 blessés, 2839 militaires arrêtés, 2745 juges démis de leurs fonctions. »

Le songe d’une nuit d’été Orchestré ou pas, il n’en reste pas moins que la tentative de coup d’état de juillet a permis au Président Erdogan de renforcer son pouvoir dans le pays. En témoigne les multiples purges qui sévissent depuis 2016. En parallèle, une obsession de l’empire Ottoman hante les pas du chef de l’État. A tel point que lors de commémorations mais aussi dans des films et des séries voir même dans des projets urbanistiques, il n’est jamais manqué de faire référence au glorieux passé du peuple turc. Conjuguer le présent et le futur au passé voilà qui est à la mode. Au même titre, l’opération qui se déroule actuellement sous nos yeux participe, à la restauration (de l’aura) des vieilles ambitions que l’on pensait disparues. Cependant, j’aimerais rappeler qu'à force de frapper sur plus petit que soi, le risque est réel de le voir radicaliser sa position et de grossir les rangs de ceux qui apportent réellement mort et destruction. En fin de compte le nom de la déferlante dans le nord de la Syrie n'aura jamais plus mal porté son nom. Le rameau d'olivier serait-il devenu synonyme de déluge ? 


erdogan : turquie |

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| belgique : don d'organes

Don d’organes

Un choix, plusieurs vies par laura hidalgo & adrien pironet

Une nécessité En 2017, la Belgique était dans le top européen du don d’organes selon Paris Match. Malgré cela, cet acte fondamental, parait être un acte lointain auquel nous ne serons peut-être jamais confrontés, mais il peut survenir à tout instant, que ce soit comme donneur ou comme receveur. Personne n’est à l’abri pourtant, les mentalités doivent avant tout être tournées vers l’idée de faire un geste citoyen envers autrui, surtout dans le cas d’un don post-mortem. Face à ce choix lourd, chacun doit demeurer libre d’agir. Cependant réfléchissons-y, c’est un service que chacun aimerait recevoir, car il se pourrait qu’un jour, le destin nous rattrape.

nombre de patients En Belgique, qui sont en attente d’une greffe d’organe

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Libertines | MARS 2018

Soyez des donneurs d’organes post-mortem Aujourd’hui, le nombre de personnes ayant besoin d’une greffe augmente constamment en raison du vieillissement de la population (voir chiffres). La transplantation d’organe est devenue le traitement de choix d’un nombre croissant de patients atteints de certaines affections chroniques irréversibles. Elle est le seul traitement qui puisse sauver la vie de patients arrivés au stade terminal d’une maladie du cœur, des poumons ou encore du foie. Pour des patients insuffisants rénaux qui vivent grâce à la dialyse, une greffe de rein permet de retrouver une vie normale.

personnes meurent chaque année faute d’organes disponibles


don d'organes : belgique | « La solidarité présumée : la loi qui régit le prélèvement et la transplantation d’organes en Belgique date de 1987. Elle se base sur la solidarité présumée (également appelé opting out). Cela signifie que toute personne n’ayant pas manifesté de son vivant son opposition à cette loi est présumée consentante avec le prélèvement d’organes après sa mort. »

Ma religion me le permet-elle ? Il subsiste une question centrale pour tout croyant, quel est l’avis des différentes religions ? Nous allons traiter les principales à savoir : le Catholicisme, le Judaïsme, la Religion Musulmane et le Protestantisme. Procédons sans trop entrer dans les détails, religion par religion : Pour l’orthodoxie catholique, la mort survenait lors de l’arrêt du souffle. Désormais, la mort cérébrale est admise, car nécessaire pour le prélèvement. Aujourd’hui, le don d’organes est même encouragé depuis 1978 car cela est considéré comme un acte de solidarité ! Pour le Judaïsme, l’essentiel est de fixer également la limite de la mort, mais survient aussi la question morale de la disposition du corps. En théorie, l’acte est difficilement en accord avec la morale, mais les grands penseurs de cette religion s’accordent pour placer la vie humaine comme un impératif suprême. Il existe trois interdits : ne pas tirer profit d’un cadavre, ne pas le mutiler et l’enterrer. Quant à l’Islam, dans la théologie musulmane, il existe 4 sources écrites différentes : la question du don d’organes n’était évidemment pas traitée à l’époque, ce qui laisse libre place à l’interprétation. Cependant, les penseurs s’opposent. Il y a d’un côté, ceux qui respectent scrupuleusement les textes et qui disent que la vie et le corps sont sacrés. De l’autre côté, ceux qui pensent que le don de la vie est aussi un geste primordial pour autrui et qu’il doit être réalisé avec le plus grand des respects pour le défunt. En effet, la préservation de la vie fait partie des cinq objectifs supérieurs (la foi, la vie, la filiation, la raison et les biens). La personne doit avoir légué ses organes pendant sa vie et donc autorisé le prélèvement.

Enfin pour les Protestants, l’ensemble des branches protestantes accepte sans problème le prélèvement d’organes. En effet, ils considèrent que les progrès de la médecine sont à prendre comme signes positifs de Dieu. Quelles sont les démarches ? Si vous voulez exprimer de manière explicite votre décision d’être donneurs d’organe (ou pas) afin que personne ne puisse s’y opposer, « vous devez vous rendre auprès de votre maison communale service population pour compléter un formulaire reprenant votre décision et acter votre volonté de donner ou de vous opposer au prélèvement d’organes après votre mort. Celle-ci sera transmise dans une banque de données centrale (registre national) que les équipes médicales consulteront obligatoirement afin de connaître les volontés quant au don d’organes. En cas de volonté explicitée, personne ne pourra s’opposer au prélèvement d’organes ».

« Selon des chiffres fournis par la RTBF en 2017, un peu plus de 191 000 Belges auraient ainsi manifesté leur opposition au Registre national, tandis que 251 000 auraient officialisé leur volonté d’être donneurs ». le saviez-vous ? Il existe un organisme international (Eurotransplant) qui gère l’allocation des organes provenant des donneurs de 8 pays en Europe. Ces pays sont la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg, l’Allemagne, l’Autriche, la Hongrie, la Slovénie et la Croatie. La zone couverte par Eurotransplant représente un territoire où vivent près de 136 millions de personnes ! « La liste d’attente centrale compte environ 15.000 patients. Ce grand nombre de patients permet de trouver un receveur approprié pour pratiquement chaque organe prélevé. Ce 'pool' de patients permet en outre 'la combinaison parfaite'. Pour attribuer les organes, Eurotransplant tient compte de toutes sortes de caractéristiques, telles que le groupe sanguin et le type de tissu, du donneur et du receveur : les résultats des transplantations sont ainsi plus favorables et l'espérance de vie du patient est augmentée. Chaque année, Eurotransplant assure l’allocation d’environ sept mille organes ». 

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| interview

RYD Wallonie-Bruxelles Reconnus depuis le 1er janvier 2018 en tant qu’Organisation de Jeunesse, les RYD (Responsible Young Drivers) Wallonie-Bruxelles sont surtout connus (mais pas que !) du grand public pour leurs rapatriements du Nouvel An, qui, chaque année, permettent à un nombre toujours plus important de personnes de rentrer en toute sécurité à leur domicile. Pour le travail remarquable réalisé, nous souhaitions les mettre à l’honneur… par antoine dutry

Laura, parlons-tout d’abord de toi. Qu’en est-il de ton parcours pré-RYD ? Comment es-tu arrivée chez RYD ? A la base, j’ai un diplôme d’infirmière, mais pour diverses raisons, ça ne me correspondait pas… Après une année de spécialisation, j’ai décidé d’entamer un Master en Santé publique, et c’est dans ce cadre que j’ai eu une première expérience avec RYD Wallonie-Bruxelles, vu que j’y ai effectué mon stage. Par après, tout s’est très vite enchainé : j’ai occupé le poste de coordinatrice pendant quelques mois, et suis finalement devenue la nouvelle Directrice de l’organisation.

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Justement, depuis quand existe l’organisation ? Pour la petite histoire, RYD a vu le jour en 1989, à la suite du décès tragique de Tanguy Moreau lors d’un accident de la route. Son père décida alors d’honorer la mémoire de son fils en créant la Fondation Tanguy Moreau de Melen (désormais appelée RYD), laquelle aura une idée assez novatrice (et risquée) pour l’époque : la sensibilisation des jeunes à la sécurité routière… par les jeunes. Cela s’est rapidement avéré être un succès. Ceci étant, si l’association fut nationale durant de nombreuses années, elle a fini par être scindée en deux entités : les Responsible Young Drivers Vlaanderen (2013) et RYD WallonieBruxelles (2014).


interview |

Baromètre de la sécurité routière Dernièrement, l’Institut VIAS a publié ses chiffres de l’année 2017. Au niveau national, les indicateurs d’accidents ont évolué favorablement comparativement à 2016 :

-5,2% -5,6% -3,4% d’accidents corporels

de blessés

de tués sur place

Quant aux accidents impliquant les jeunes conducteurs (18-24 ans), l’on remarque aussi une importante diminution :

-8,0% -5,4% d’accidents corporels

Le rapatriement du Nouvel An est sans doute la plus connue du grand public. Pouvez-vous nous en dire plus sur cet événement ? C’est l’événement de l’année pour nous ! Preuve du succès que nous rencontrons d’année en année, nous sommes obligés de refuser des demandes de rapatriement… Nous, on aime rappeler que c’est une solution de secours, mais que c’est accessible à « tout le monde », et pas qu’aux jeunes. Notre objectif, c’est d’aider, tout simplement. Au-delà de ça, il y a certaines modalités à respecter pour profiter de ce service : 1) cela s’adresse aux personnes qui se sont déplacées en véhicule ; 2) le véhicule doit être en ordre, notamment au niveau des documents (mauvaises surprises fréquentes). Si un de nos lecteurs souhaite être volontaire/conducteur, doit-il passer quelques tests ? Dans les jours qui précèdent l’action du Nouvel An, tous les volontaires (jusqu’à 29 ans) qui prennent le volant passent un test de conduite (aisance, conduite en ville…) avec un instructeur agréé,

de tués sur place

lequel déterminera si le volontaire est apte (ou pas) à conduire un véhicule qui n’est pas le sien lors de cet événement. Si le résultat s’avère négatif, le volontaire est alors amené à rester au centre d’appels (dispatching) avec le reste de l’équipe. Ça, c’est ce qui concerne le rapatriement, mais qu’en est-il des autres activités ? Une fois par an, nous participons à la Nuit Européenne sans Accidents et sensibilisons les jeunes aux dangers de la boisson au volant… Nous utilisons également plusieurs outils (lunettes Alcovision, voiture tonneau, 3D-Tripping…) lors de nos animations, auprès des classes de cinquième et sixième secondaire, mais également lors de certains événements tels que les festivals, etc. Par ailleurs, RYD Wallonie-Bruxelles propose deux formations qui doivent permettre aux participants d’avoir une conduite plus écologique et plus économique. Bref, alors qu’à la base, notre action se limitait au rapatriement du Nouvel An, aujourd’hui, nous disposons d’un panel d’actions beaucoup plus diversifié. 

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| fel : retour sur la campagne

Bleus de l’Europe Bleus de l’Europe est notre dernière campagne. Et la Fédération des Etudiants Libéraux n’est pas peu fière de celle-ci. Un an après notre Doctrine pour l’Europe, nous avons voulu poser un regard lucide et réaliste à propos de quatre dossiers européens qui nous tenaient à cœur : l’euro, l’enseignement, la sécurité et la paix, et enfin le roaming. par Enza Laera

Bleus de l’Europe… Bleu, la couleur des Libéraux ; bleus car nous sommes épris du projet européen. « L’Europe n’est pas le problème, elle est la solution ». Nous n’aurons de cesses d’inciter nos CRACS à y croire et à porter ce message. Dans cette campagne, nous défendons l’Europe en progrès, nous y rejetons l’immobilisme. Nous y faisons pour chacun des thèmes abordés, un inventaire des avancées réalisées et nous mesurons le chemin qu’il reste encore à y parcourir. C’est donc une campagne qui se veut avant tout optimiste, confiante en l’avenir et défenderesse du projet européen. Nous plaidons sa cause en attirant l’attention sur tous ces éléments qui dans notre quotidien, sont améliorés par l’existence de l’Union européenne, là où à l’heure actuelle, il est plutôt de commune habitude de l’en accuser de tous les maux.

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Une monnaie unique L’euro fait partie de ces thématiques faisant souvent objet de débats et pourtant, il faut lui reconnaitre des atouts substantiels. Avant l’arrivée de l’euro, chaque état disposait de sa propre monnaie, ce qui avait des conséquences parfois très lourdes pour le commerce et pour les entreprises, les frais de change, les variations de cours de la monnaie de transactions entre le moment des négociations et le moment de la signature du contrat… Aujourd’hui, l’euro a permis d’optimiser un marché intérieur vu le retrait de la contrainte monétaire, car, par définition, un euro vaudra toujours un euro. Désormais il apporte également la transparence des prix, l’élimination des frais de change, une économie plus performante, le signe tangible d’une identité européenne, etc.


retour sur la campagne : fel |

Selon nous, des progrès doivent encore être réalisés, surtout dans la marge de compétences cédées par les gouvernements nationaux à l’Europe dans les domaines de l’économie, de la fiscalité et du budget. Une vie étudiante tournée vers l’Europe Les processus de Bologne ont vu le jour dans le but principal d’harmoniser les systèmes d’enseignement supérieur des pays adhérents. La mise en place du programme Erasmus et l’élargissement de celui-ci en Erasmus+ ont, quant à eux, été conçus pour promouvoir les interconnexions entre les systèmes éducatifs des états membres. A eux deux, ces systèmes sont, de notre avis, les clés de la citoyenneté européenne. Aussi, ceux-ci constituent, pour les citoyens, une formidable école de vie tant les apports relationnels, culturels et professionnels sont nombreux. Car l’enseignement ne passe pas exclusivement par les amphithéâtres. Pour reprendre une conviction de Domenico Lenarduzzi, père fondateur du programme Erasmus, « l’avenir de l’Europe dépend en grande partie des compétences de ses citoyens et celles-ci doivent être mises à jours en permanence ». C’est également la nôtre. Pour l’avenir, nous n’avons qu’un souhait, à savoir que le budget alloué au programme soit plus élevé, et ce afin qu’un plus grand nombre puisse en bénéficier. En bref, deux maîtres mots : démocratisation et élargissement.

d’arrêt européen, du système ECRIS, de mobilisation de fonds, …) vont dans le bon sens, des progrès significatifs doivent encore impérativement être réalisés. Et dans ce domaine, il est important de rappeler que la lutte anti-terroriste relève avant tout de la sphère des états membres - compétences nationales - et que ces derniers rechignent à en confier les rênes aux institutions européennes. Un marché digital en marche ? Un des exemples le plus parlant est la suppression du roaming. Si cela peut paraitre anecdotique, cette mesure montre au contraire que lorsque l’UE le souhaite - même face à de puissants lobbies elle peut aller de l’avant. Cette avancée en appelle d’autres (réforme du droit d’auteur, protection de la vie privée sur internet…). Elle fait partie d’un processus step by step qui doit mener l’UE à la création d’un marché unique du numérique. A la relecture de ces constats, nous ne pouvons finalement que plaider pour une Europe plus intégrée, plus forte en termes de compétences, plus inclusive. Ces points constituaient déjà nos souhaits formulés dans notre Doctrine pour l’Europe. 

Une Europe plus sécurisée et toujours plus tournée vers la paix A plusieurs reprises, ces dernières années, le terrorisme a frappé notre continent. Face à cette menace grandissante, l’UE a renforcé, voire créé, certains dispositifs lui permettant de lutter plus efficacement contre ce danger. Malgré cela, l’action anti-terroriste européenne est encore imparfaite, en ce sens où les Etats membres se montrent réticents à l’idée de se délester de compétences qu’ils considèrent nationales. Parmi les volontés premières des Pères fondateurs de l’Europe figurait celle-ci, « l’Union a pour but de promouvoir la paix, ses valeurs et le bien-être de ses peuples ». Alors, est-ce une utopie de vouloir vaincre le terrorisme en Europe au XXIème siècle ? Si les décisions prises par l’UE (mise en place du système d’information Schengen, du mandat

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| allemagne : élections fédérales

Il vaut mieux ne pas gouverner que mal gouverner L’Allemagne est toujours sans gouvernement. Bien qu’elle soit loin de pouvoir prétendre battre le record établi par la Belgique en termes de plus longue crise politique au monde, il convient tout de même de s’interroger quant à ses origines. D’autant que les libéraux allemands étaient à deux doigts de participer à la coalition gouvernementale. Pour nous en parler, qui de mieux que Marina SEDLO, membre des Liberale Hochschulgruppen, organisation estudiantine allemande que nous rencontrons systématiquement au Congrès du LYMEC. par marina sedlo

N.B. "Cet article a été rédigé avant que le nouveau gouvernement d'Angela Merkel soit finalisé. " Il y a maintenant 5 mois que les élections fédérales ont eu lieu en Allemagne et toujours aucun nouveau gouvernement ne s’est formé. L’Allemagne est plongée dans une crise politique et tous les regards sont maintenant fixés sur le parti social-démocrate (SPD) qui, malgré ses problèmes internes, va devoir décider s’il continuera la grande coalition (Große Koalition ou GroKo) avec le parti conservateur de Merkel (CDU) et le parti sœur bavarois (CSU) pour un second mandat. Plusieurs facteurs ont joué un rôle dans cette crise. Pour comprendre tout cela, il faut revenir au soir des élections après l’annonce des résultats.

Pour le CDU et le SPD c’est le choc : le CDU reste le gagnant des élections mais perd 8,5 points de pourcentage par rapport à 2013. Quant au SPD, il annonce le soir-même ne plus vouloir faire partie du prochain gouvernement dans le but de se rebâtir,

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cette décision obligeant le CDU/CSU à se tourner vers les verts et le parti libéral (FDP) afin de pouvoir éventuellement former une coalition à 3, nommée "Jamaika" (Drapeau représentant les couleurs des partis : noir, jaune et vert). Pour le FDP, en plus de retrouver leur place au Bundestag, cette élection marque le comeback libéral. Pour permettre ce comeback, le FDP a tout d'abord déterminé la raison de la défaite de 2013 et est arrivé à la conclusion que la majorité des électeurs a été déçue par le parti alors qu’il était au gouvernement avec le CDU/CSU entre 2009 et 2013. Les dirigeants du parti ont brisé de nombreuses promesses faites pendant la campagne électorale de 2009 pour obtenir des postes de ministres et peu de députés se sont tenus à la ligne du parti, tout cela conduisant finalement à une crise identitaire au sein du FDP. Ces 4 dernières années, le parti a su retrouver une ligne commune libérale et a pu communiquer une image de parti sérieux, moderne et digne de confiance, tout cela amenant au succès des dernières élections (sans oublier le physique avantageux du chef de parti, Christian Lindner, qui a suscité beaucoup de réactions dans les médias…). Quelques semaines après les élections, les « entretiens de sondage » (entretiens tenus avant les négociations du contrat pour la coalition) entre les trois partis ont débuté. Des comités de travail traitant différents thèmes politiques se sont formés avec pour but de discuter avec des experts et d’essayer de trouver des compromis. Peu de


élections fédérales : allemagne |

personnes étaient au courant de l’avancement des entretiens, les personnes concernées ne donnant pas ou peu d’informations de manière à ne pas se laisser distraire par les médias. Un compte-rendu des réunions était donné par les différents secrétaires généraux des partis devant les médias, de manière à contrôler et synchroniser les informations données. Pendant cette période, le CDU/CSU et les verts se montraient très confiants quant aux résultats des entretiens alors que les libéraux gardaient leurs distances et expliquaient aux médias qu’il y avait encore beaucoup de discussions à mener pour arriver à un accord final. Mais malgré les paroles du FDP, pratiquement toute l’Allemagne était persuadée que cette coalition allait arriver, une autre situation aurait été impensable : qui ne donnerait pas tout pour avoir la chance de gouverner ? D’où la grande surprise, la nuit du 19 novembre 2017, lorsque Christian Lindner (FDP) annonça la rupture des entretiens avec cette fameuse phrase « Il vaut mieux ne pas gouverner que mal gouverner » (« lieber nicht regieren, als falsch regieren »). Dans les jours qui suivirent cette déclaration, les libéraux tentèrent d’expliquer leur décision : sur plus de 200 points aucun accord n’avait encore été trouvé malgré les délais supplémentaires fixés. Les verts et les conservateurs proposaient des solutions irréalistes et allaient contre l’avis des experts. Ou encore, la Chancelière changeait à sa manière les accords déjà trouvés. Donc, des entretiens frustrants dont le résultat final n’aurait pas reflété une ligne libérale et aurait déçu les électeurs. Ayant appris de ses erreurs de 2009-2013, le FDP a donc préféré se retirer afin de rester fidèle à ses principes. Les médias, les conservateurs et les verts, frustrés, commencèrent les critiques et reprochèrent au FDP de fuir face à ses responsabilités. Dans le parti, tout le monde fut fier de la décision prise. Les médias cherchaient en vain, des membres mécontents de la situation pour rédiger des articles et réaliser des reportages. Depuis, le FDP n’a pas baissé dans les sondages et les gens ont accepté cette décision.

Dans les sondages, les sociaux-démocrates ont chuté à 15% (en dessous du parti d’extrême-droite AfD !) et Martin Schulz, le chef de parti, est devenu très impopulaire. En cas de résultat négatif, il n’y aura pas de GroKo et Merkel devra soit se contenter d’un gouvernement minoritaire qui devra convaincre les différents partis de l’opposition au Parlement pour faire passer des lois, soit les Allemands devront à nouveau se rendre aux urnes. Il faut maintenant attendre le 4 mars pour savoir comment les membres du SPD se sont exprimés. À suivre… 

Cette situation a finalement obligé les sociauxdémocrates à discuter et négocier avec les conservateurs pour un second mandat de GroKo. Le contrat de coalition est maintenant prêt et a été présenté à un vote pour les membres du parti mais cette situation a divisé le SPD : Les jeunes socialistes, qui sont contre une nouvelle GroKo, font campagne pour rallier de nouveaux membres dans le SPD susceptibles de voter contre ce contrat.

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| carte blanche

Le numérique à l’école primaire par charlotte poma

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eu à peu, l’école se prolonge à la maison grâce à la classe virtuelle, les tableaux noirs sont remplacés par des tableaux blancs interactifs (TBI), des rétroprojecteurs 4D prennent la place du matériel sportif, et les cartables s’allègent grâce aux tablettes. Il était temps que l’école évolue avec le monde qui l’entoure. En effet, ces nouvelles technologies sont synonymes de grandes opportunités pour l’enseignant. Un TBI nécessite moins de matériel et permet de réaliser facilement des activités ludiques, interactives et éducatives qui auront l’avantage d’intéresser plus facilement les enfants. Par ailleurs, utilisé correctement, un TBI permet aux enfants d’être davantage mobilisés et moins soumis à l’apprentissage. Les enfants ayant pu faire l’expérience d’un cours de gymnastique animé par un rétroprojecteur 4D sont ravis : le cours est devenu ludique et permet à l’enseignant d’établir des ponts avec les autres cours. De plus, ils n’ont pas perdu de temps à sortir et placer le matériel et ont donc pu se consacrer davantage aux exercices et à la pratique du sport. L’aspect ludique est donc régulièrement l’un des premiers avantages cités par les élèves et les enseignants qui utilisent les nouvelles technologies. Mais l’enseignant devra veiller à ce que l’enfant ne perde pas la soif d’apprendre lorsque l’attrait pour la nouveauté diminuera. Mais le principal avantage qu’il ne faut pas négliger est l’opportunité de mettre en place un enseignement différencié. En effet, le numérique permet de créer des exercices correspondants à la multitude de niveaux de la classe afin de combler les différentes lacunes sans perdre un élève ou empêcher la progression d’un autre.

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Libertines | MARS 2018


carte blanche | « 65% de la population est équipée de smartphones et près de 95% chez les 18-25 ans et 85% chez les 12 18 ans. Cela donne de quoi réfléchir sur l'évolution de cet "objet" dans la société. » B. Devauchelle

Toutefois, ces nouvelles technologies impliquent un changement global du fonctionnement de la classe. En effet, si le travail, des enfants en autonomie, passe par des travaux de groupes, des recherches ou encore des tutoriels, il nécessite énormément de préparation de la part de l’enseignant qui sera amené à trouver une information variée et accessible, créer les séquences d’apprentissage sur les programmes informatiques, voire monter les vidéos nécessaires au fonctionnement des classes inversées. Ce travail est non seulement fastidieux mais il requiert une formation ou tout au moins une familiarisation avec les outils informatiques. En effet, l’utilisation de ces technologies ne coule pas de source et les programmes tels qu’ActivInspire, pour le TBI, nécessitent un apprentissage de la part de l’enseignant afin de ne pas transformer le tableau en Power Point classique voire en Paint. Aujourd’hui, cette formation est faible voire inexistante. Les enseignants ne sont pas armés pour faire face à la masse d’informations à laquelle les enfants sont soumis et il n’est donc pas rare que l’arrivée d’un TBI dans une classe soit perçue par l’enseignant comme source d’angoisse.

« Le numérique met les enseignants face à de nouveaux objets de contrôle […] Si des outils numériques sont aujourd'hui bien entrés dans les mœurs du système éducatif, d'autres renvoient à des tentatives de mieux contrôler le travail enseignant et se heurtent à leur obstination à le refuser... » B. Devauchelle

D’autre part, il va sans dire que l’utilisation d’écrans doit se faire avec parcimonie. Que les parents soient rassurés, aucun enseignant ne laissera les enfants « scotchés » à leurs tablettes durant 6 heures de cours. Il est effectivement important d’alterner les méthodologies, quelles qu’elles soient, afin de faire travailler les différents types d’intelligences présentes au sein de la classe. En effet, si certains enfants auront des facilités avec l’apprentissage écrit, d’autres auront besoin de verbaliser pendant que d’autres encore préfèreront manipuler. Mais cette règle étant d’application pour tout enseignement de qualité, le numérique doit être vu comme une corde supplémentaire, disponible à l’arc des enseignants. Par ailleurs, le TBI et les technologies permettent des manipulations (jeux, puzzle etc.) qu’il est traditionnellement difficile de faire entrer dans la classe pour des raisons matérielles ou budgétaires. Or, il a été maintes fois prouvé que la manipulation a un impact positif sur l’apprentissage dans la mesure où elle permet de mieux comprendre, retenir et appliquer les savoirs transmis. Toutefois, sur ce point, l’enseignant devra garder à l’esprit que la manipulation numérique ne remplacera jamais totalement la manipulation physique. L’apprentissage de l’écriture, par exemple, ne peut pas non plus être remplacé par les outils numériques. Certaines écoles permettent aux enfants qui ont des difficultés à écrire, de se familiariser avec l’écriture en rédigeant des tweets. Si cette initiative peut sembler ludique et en accord avec l’époque, les recherches montrent que l’action de dessiner une lettre et celle de trouver son équivalent sur le clavier n’activent pas les mêmes zones cérébrales. L’entrée du numérique à l’école est donc une opportunité pour notre enseignement s’il est correctement utilisé. Toutefois, il nécessite une formation qui, pour l’instant, ne satisfait nullement les besoins et oblige les enseignants à compléter différemment leur apprentissage. Par ailleurs, comme les neurosciences le montrent, ces technologies ne peuvent remplacer intégralement les autres méthodes au risque de perdre en efficacité. Dès lors, il est important que les enseignants, mais également les décideurs politiques, soient tenus au courant des avancées en matière de neurosciences afin d’adapter leur pédagogie. 

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Au bout du tunnel, la Lumière ! par enza laera

Nous vivons une période difficile ! Chaque jour apporte son lot de mauvaises nouvelles, de tragédies, de désarrois et d’horreurs. Les journaux regorgent d’articles sur ces sujets allant du terrorisme en passant par le mécontentement de la population sur divers sujets ou les dossiers de mauvaise gestion. Heureusement, une nouvelle, en ce début d’année 2018, m’a redonné espoir. Nous allons enfin avoir un nouveau parti en Belgique. De nouvelles têtes dans le paysage politique belge, me suis-je dit. Un changement et une nouvelle « concurrence » ne peut que nous faire du bien et obliger les partis traditionnels à s’autocritiquer avec la dernière des exigences. Il va vraiment devenir encore plus fondamental de se concentrer sur les maux qui rongent notre société. Il va nous falloir réinventer la politique et se focaliser sur les dossiers qui sont, pour la toute grande majorité de la population, des inquiétudes sur l’avenir. L’enseignement, la sécurité sociale, les pensions, la mobilité, la formation des jeunes, le soutien aux personnes faibles ou démunies, les réformes en Europe, la montée des populismes, la diminution du chômage, et tant d’autres dossiers brûlants. Mais ma joie fut de courte durée lorsque j’ai appris le nom et le but de cette nouvelle équipe. Et de joie, il n’en reste qu’un sourire moqueur. Car ces « nouvelles têtes » n’entendent absolument pas participer à ces débats. Et non. Leur but est totalement autre. Ce nouveau parti n’est absolument pas anthropocentré. Selon eux, la priorité des priorités reste le bienêtre animal. Attention, pas uniquement votre chien ou votre cochon d’Inde. Tous les animaux. J’ai donc poussé un grand « ouf » de soulagement. Nous allons avoir des personnes sensées, militant probablement activement pour la création des cimetières pour animaux, pour la gratuité ou le remboursement par la sécurité sociale des soins

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Libertines | MaRS 2018

animaliers, pour autoriser les voyages en transports en commun avec votre animal de compagnie (autres que les chiens d’aveugles ou dans le sac de maman), la suppression de la viande et du poisson dans nos assiettes, voire à la représentation symbolique au sein des diverses intercommunales ou conseils d’entreprises pour enfin y remettre de l’ordre. Et si nous restions un instant sérieux ? Certes le bienêtre animal est important et de la responsabilité de l’espèce dominante sur Terre. Bien sûr, ce sujet doit figurer au menu des partis politiques traditionnels. Mais à l’heure actuelle, n’y a-t-il vraiment aucun autre sujet plus essentiel que celui-ci ? N’est-il pas plus important de se concentrer sur les problèmes liés au changement de société que nous vivons depuis plusieurs années ? Les générations futures nous serons peut-être reconnaissantes de posséder un tel parti dans notre pays. Mais si c’est au prix de leur vie quotidienne, j’en doute fort ! Notre présent, si merveilleux, ne nous dicte-t-il pas assez notre conduite que nous puissions perdre du temps avec des sujets aussi stériles alors que tant d’hommes, de femmes et d’enfants sont dans le besoin ou la souffrance ? Nous vivons une période difficile et il nous faut définitivement des gens sérieux. 


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Rédaction : Avenue de la Toison d’or, 84 - 86 1060 Bruxelles

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19/03

20/03

À 19h, Conférence par le CEL ULB avec Sophie Wilmès, Ministre fédérale du Budget

Midi Politique organisé par le CEL ICHEC en compagnie de Tanguy Stuckens

21/03

22/03

Visite du Parlement fédéral de la FEL Mons avec le député J.-J. Flahaux

À 19h, Conférence par le CEL St Louis sur les Institutions européennes en présence de Marc Tarabella (SPD) et Hilde Vautmans (ALDE)

23/03

18/04

À 18h30, Rencontre entre la FEL et les LVSV au siège de la FEL

À 19h, Conférence par le CEL ULB sur le thème de la crypto-monnaie

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Libertines n°16  

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