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ÉDITEUR RESPONSABLE : Cédric Pierre Avenue de la Toison d’Or, 84 - 86 1060 Bruxelles

GRAPHISME : Daphné Algrain

TEXTE : La Fédération des Étudiants Libéraux


04 06 12 INTRODUCTION

01/ FORMATION INITIALE ET CONTINUÉE DES ENSEIGNANTS

02/ RÉVISION DES RYTHMES SCOLAIRES

20 26 32 03/ TRONC COMMUN

38 CONCLUSION

04/ REVALORISATION DU QUALIFIANT

05/ TRANSITION NUMÉRIQUE


INTRODUCTION


Introduction

Pour ce deuxième quadrimestre, la Fédération des Étudiants Libéraux (FEL) a décidé de travailler sur le projet phare de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) de cette législature : le Pacte pour un enseignement d’excellence. Pourquoi la FWB a-t-elle décidé de se lancer dans cette aventure ayant pour but d’initier une réforme longue d’environ quinze ans ? Le constat est simple. L’enseignement francophone belge s’enfonce année après année dans les sacro-saints classements PISA. Malgré un financement supérieur à la moyenne des pays de l’OCDE, notre qualité d’enseignement ne répond pas aux attentes. D’après le Gouvernement de la FWB, de nets progrès doivent être engrangés en matière d’équité, de performance, de modernité et d’efficacité1. A la FEL nous partageons ce diagnostic, toutefois nous sommes perplexes face aux remèdes prescrits par le Groupe central dans son 3ème avis du Pacte pour un enseignement d’excellence. Pour élaborer ce travail, nous avons épluché toutes les mesures proposées dans ce 3ème avis, nous avons rencontré de nombreux acteurs de terrain et nous exposons ainsi nos solutions en tant que jeunes fraichement sortis de l’enseignement obligatoire. Dans cette campagne « La FEL fait son Pacte », nous partons du postulat que si l’État est par exemple capable d’investir massivement dans des infrastructures, il peut également l’envisager pour l’enseignement qui est la base de toute société développée. Si les réformes sont soigneusement réfléchies et mises en place, l’argent investi en un temps T sera pleinement rentabilisé à T+1. En effet, la formation des citoyens a une valeur inestimable pour eux-mêmes et pour l’État. Cela se traduira notamment par une réduction des coûts dans l’accompagnement des chercheurs d’emploi, dans les dépenses liées aux allocations de chômage et même dans les coûts liés aux soins de santé étant donné que de manière générale, le travail est source de satisfaction. C’est ainsi que dans cette campagne « La FEL fait son Pacte », nous envisageons une réforme de l’enseignement francophone de façon à enfin le mettre en phase avec les réalités du 21ème siècle, que ce soit l’adaptation au numérique et à internet, l’adéquation de l’offre d’enseignement aux futurs besoins professionnels ou encore le besoin de flexibilité et d’individualisation grandissants des élèves et des parents. Notre façon de procéder est systématiquement la même pour chaque chapitre. Nous établissons un constat de la situation actuelle et de celle envisagée par le Groupe central pour aboutir à nos propositions. Nous commençons notre campagne par la formation initiale et continuée des enseignants, pour continuer sur la révision des rythmes scolaires. Ensuite, nous aborderons le « tronc commun » et la revalorisation du qualifiant. Nous finissons par un cinquième chapitre consacré à la transition numérique. 1

http://www.pactedexcellence.be/le-pacte-c-est-quoi/ Dernière consultation le 17 mars 2017.

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Formation initiale et continuée des enseignants

01 FORMATION INITIALE ET CONTINUÉE DES ENSEIGNANTS


Formation initiale et continuĂŠe des enseignants

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Formation initiale et continuée des enseignants

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FORMATION INITIALE ET CONTINUÉE DES ENSEIGNANTS Le groupe central propose de renforcer la formation des enseignants en l’allongeant d’une à deux années. Celles-ci seront mises à profit pour renforcer les savoirs disciplinaires ainsi que la didactique disciplinaire. Le pacte insiste, également, sur la nécessité des stages pour améliorer l’intégration des enseignants dans leur fonction. Si ces stages existent déjà, il faut certainement les rendre plus interactifs et plus longs.

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n prenant connaissance de ce projet, nous avons une sensation de trop peu quant à la réforme de la formation initiale des enseignants. Le Groupe central reste fort évasif et n’offre que très peu de détails quant à la mise en œuvre de ces propositions. Aussi, le souhait d’avoir un tronc commun pose énormément de questions qui ne trouvent pas de réponse au sein de l'avis n°3. Comment les professeurs actuels vont-ils devoir s’adapter à ces nouveautés. La question se pose encore plus pour les instituteurs. Cette réforme va nécessiter d’adapter les formations des enseignants en profondeur. Cependant, en adoptant une attitude pragmatique face aux enjeux de l’enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles, nous pouvons avancer certaines propositions. Nous avons fait un constat important depuis plusieurs années. Nombreux sont les jeunes enseignants diplômés qui abandonnent l’enseignement après quelques années seulement. Les causes sont connues, le manque de places dans les écoles, la difficulté rencontrée dans la gestion d’un groupe-classe ou encore l’éclatement des heures de cours dans de multiples écoles. Afin de solutionner ce problème nous dégageons les pistes suivantes.

ALLONGEMENT DE LA FORMATION INITIALE DE 3 À 4 ANS Premièrement, nous sommes favorables à l’allongement de la formation des enseignants de 3 à 4 ans. Pour cette dernière année, nous souhaitons la mise en place d’un statut temporaire pour l’enseignant en toute fin de cursus académique, comme cela peut déjà se faire dans d’autres professions. Cette période s’étendrait sur un an alternant systématiquement six semaines de stages et une semaine de cours1 pour pallier aux éventuelles difficultés rencontrées sur le terrain. Le but n’est pas d’évaluer mais bien de perfectionner leur formation avec un suivi différent. L’objectif est double, permettre au nouveau professeur d’avoir une bonne expérience de terrain et dans un second temps cela permettrait à l’enseignant formateur d’aider plus facilement des élèves en difficultés. Cela contribuerait à plus d’interactivité entre l’enseignant, les élèves et le stagiaire.

Nombreux sont les jeunes enseignants diplômés qui abandonnent l’enseignement après quelques années seulement. Les causes sont connues, le manque de places dans les écoles, la difficulté rencontrée dans la gestion d’un groupeclasse ou encore l’éclatement des heures de cours dans de multiples écoles.

Pour le reste du cursus, nous pensons que durant son cursus dans le supérieur tout enseignant doit se familiariser avec davantage d’outils pédagogiques, tels que des tables de conversation, remédiations, permettre à l’élève de donner lui-même cours durant En effet, dans le chapitre sur la révision des rythmes scolaires, nous plaidons en faveur de l’alternance de 7 semaines de cours suivis de 2 semaines de repos.

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Formation initiale et continuée des enseignants

de courtes sessions afin de s’assurer qu’il ait bien compris la matière et est amène de la restituer. Il existe plusieurs méthodes d’apprentissage qui s’avèreront plus efficaces pour certains élèves que pour d’autres, il pourrait être utile de former l’enseignant à pouvoir discerner chez l’élève qui présente des difficultés, et donc proposer une méthode de travail différente. Renforcer leurs savoirs de base en français (orthographe, grammaire, conjugaison), en mathématiques et en informatique devrait également être inscrits dans les objectifs prioritaires du cursus initial. De plus, les enseignants et futurs enseignants doivent être formés à la gestion d’une classe. L’autorité du professeur fait parfois défaut, ce paramètre est pourtant fondamental. Pour ce faire, nous sommes d’avis que les formations initiales et continuées doivent intégrer dans leurs programmes des cours de gestion de groupe, de management social ou encore des séminaires sur la manière de réagir face à des problèmes pouvant apparaitre entre les élèves ou entre les élèves et leur professeur, tels que le harcèlement, le cyber-harcèlement, les élèves irrespectueux ou grossiers. Par ailleurs, un constat important que nous avons aussi fait est que les enseignants ne sont pas tous formés pour accompagner les élèves dans l’acquisition d’une autonomie dans l’apprentissage, d’indépendance intellectuelle. Ce sont des impératifs pour préparer la génération de demain. Il est donc nécessaire que ces futurs professeurs soient formés pour enseigner le « apprendre à apprendre ».

FORMATION AUX OUTILS NUMÉRIQUES Ensuite, il est nécessaire que tous les enseignants nouveaux et anciens soient formés à l’utilisation des outils informatiques qui deviennent tous les jours un peu plus la norme. Cependant, ces outils doivent être utilisés correctement par les professeurs afin de faire participer l’élève et de ne pas le rendre passif. Comme nous l'évoquons dans le chapitre sur la transition numérique, nous sommes ainsi d’avis que des cours d’initiation au numérique doivent être intégrés dans la formation initiale des futurs enseignants et perpétuellement remis à niveau grâce à la formation continuée des enseignants. Étant donné que l’évolution technologique est tous les jours plus rapide, il ne s’agit pas de former à un outil informatique précis mais davantage de les initier à la logique numérique afin de permettre à chaque enseignant de s’adapter aux futurs nouveaux outils qu’ils seront amenés à manipuler.

DÉSAMOUR DU MÉTIER

44%

64%

62%

31%

Le taux d’abandon des jeunes enseignants après cinq années de métier est de 44 % dans l’enseignement fondamental ordinaire, 64 % dans le fondamental spécialisé, 62 % dans le secondaire ordinaire et de 31 % dans le secondaire spécialisé.

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Formation initiale et continuée des enseignants

Nous sommes ainsi en faveur du déploiement de plateformes numériques permettant l’échange de documents, de consignes de cours sous format électronique, comme cela existe déjà dans l’enseignement supérieur. Cela permettrait aux élèves d’apprendre à travailler sur des documents numériques tout en permettant d’alléger le cartable des élèves. A nouveau, les formations initiale et continuée des enseignants doivent les initier à ces nouveaux médias d’enseignement. En ce qui concerne la formation continuée des enseignants, nous envisageons de créer des incitants à la formation. Par exemple, des réductions de charge pour l’enseignant chevronné, ce qui lui permettrait de suivre des modules de formation plus conséquents et dès lors plus utiles pour les élèves et valorisants pour les professeurs s’y inscrivant. Ensuite, dans le chapitre dédié au « tronc commun », nous plaidons en faveur de la mise en place de cours obligatoires pluridisciplinaires jusqu’en 2ème secondaire. Les élèves pourront donc choisir de se diriger vers la filière générale, technique ou professionnelle dès la 3ème secondaire. Cela implique une certaine hétérogénéité des classes. Les enseignants devront donc faire preuve d’une plus grande polyvalence et apprendre à tirer les élèves vers le haut, ce que signifie bien « excellence », quelque soit leur aptitude à appréhender la matière.

MISE EN PLACE D'ÉVALUATIONS SOMMATIVES Pour finir, nous sommes favorables à la mise en place d’évaluations pour les enseignants. Le modèle proposé par le 3ème avis du Groupe central allait dans le bon sens avant qu’il ne soit amendé par les syndicats, PO et associations des parents. Les professeurs doivent pouvoir être évalués. D’abord de manière formative comme cela est déjà le cas, par les directions. Ensuite de manière sommative par le service de l’inspection, si des manquements répétés sont observés. Selon nous, dans le cas où le professeur ne répond pas aux attentes formulées dans ces évaluations, des mesures doivent pouvoir être prises. Afin de rendre ces mesures davantage effectives, nous sommes d’avis que les nouveaux professeurs ne puissent plus être nommés, mais bien d’obtenir un contrat à durée indéterminée, comme cela se fait de plus en plus dans le reste de la fonction publique. Ce nouveau type de contrat offrirait les mêmes avantages que pour les enseignants nommés en termes de changement d’affectation par exemple, tout en offrant davantage de marge de manœuvre à l’employeur. En conclusion, nous sommes pour l’élargissement du nombre d’années d’études de 3 à 4 années avec un accent particulier mis sur les périodes de stages qui doivent prendre beaucoup plus d’importance. Il faut former l’enseignant tant dans la formation initiale que continuée à gérer des groupes classes toujours plus hétérogènes, leur inculquer l’autorité nécessaire à la bonne gestion d’une classe. En outre, en plus de l’utilisation des nouvelles technologies, développer chez ces derniers bien plus de compétences transversales, des outils pédagogiques pour que l’élève apprenne correctement. Il est donc fondamental qu’il soit dans le meilleur cadre pour réussir et cela passe par une transition de la formation de l’enseignant afin que celui-ci soit plus proactif face aux difficultés rencontrées, qui va permettre de tirer les élèves vers le haut et ainsi obtenir l’excellence. Pour finir, nous plaidons en faveur de la mise en place d’évaluations sommatives arrivant après des évaluatives. Ces objectifs nous semblent plus facilement réalisables au travers de la création de postes contractuels à durée indéterminée qui remplaceraient les procédures de nomination.


Formation initiale et continuée des enseignants

Il est nécessaire que tous les enseignants nouveaux et anciens soient formés à l’utilisation des outils informatiques qui deviennent tous les jours un peu plus la norme. Il ne s’agit pas de former à un outil informatique précis mais davantage de les initier à la logique numérique afin de permettre à chaque enseignant de s’adapter aux futurs nouveaux outils qu’ils seront amenés à manipuler.

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Révision des rythmes scolaires

02 RÉVISION DES RYTHMES SCOLAIRES


RĂŠvision des rythmes scolaires

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Révision des rythmes scolaires

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RÉVISION DES RYTHMES SCOLAIRES Démarrons avec ce que la Fédération des Étudiants Libéraux constate. A l’abord de la thématique des rythmes scolaires, deux définitions s’offrent à nous.

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ous pouvons d’une part l’envisager en ce qu’ils désignent " l’alternance entre les moments d’activité et ceux de repos imposés par l’école, il s’agit alors des emploi du temps scolaires et de vacances ". Une autre possibilité concerne " les variations périodiques des processus physiologiques, physiques et psychologiques de l’enfant, du pré-adolescent, de l’adolescent en situation scolaire " 1.

Ces deux définitions s’incarnent d’ailleurs dans le projet de réformes des rythmes scolaires tel qu’envisagé actuellement dans le troisième projet d’avis du Pacte d'excellence. Il est en effet à la fois question d’une restructuration des périodes de vacances scolaires, ainsi que d’une modification des horaires scolaires quotidiens présentée sous forme d’une liste de cinq points tous plus vagues les uns que les autres, à l’exception peut-être des deux premiers. Si la prolongation des journées scolaires à raison d’une heure (et demi ?) ou encore la perspective de ne plus débuter les cours avant 8:30 sont des mesures relativement claires et précises, que doiton comprendre exactement par "une réflexion globale sur l’organisation des séquences de cours en fonction des rythmes de l’enfant […] afin que l’enseignant puisse adapter ses méthodes pédagogiques", "l’instauration dans la journée scolaire d’un temps parascolaire […] culturel, artistique, citoyen, sportif […]" et enfin "étudier les possibilités de réduire le temps de transport des élèves de l’enseignement spécialisé" 2.

L’idée n’est pas neuve. Elle est alimentée depuis bien des années par la comparaison du modèle belge avec celui de nos partenaires européens (principalement les pays nordiques), mais aussi avec le modèle japonais dont de nombreux experts soulignent l’exemplarité quant à ses vertus formatives. Comme l’indique le Centre d’Expertise et de Ressources pour l’Enfance (CERE asbl) dans un document publié en 2016 traitant spécifiquement de la question des rythmes scolaires, les élèves francophones belges " encaissent 7700 heures de cours 3" par an, ce qui dépasse de loin la moyenne des pays membres de l’OCDE. Quand bien même, la question de la qualité de notre enseignement se pose bel et bien. Par conséquent, le fait que les rythmes scolaires soient sujets à réflexion semble être une bonne chose. Notons toutefois qu’il est regrettable qu’une telle thématique ne soit évoquée que sur deux pages dans un document fort de 314 pages. La FWB a quoi qu’il en soit un beau coup à jouer. Le Pacte d'excellence est ambitieux. Peut-être même trop pourraiton dire, en ce qu’il ne fonctionnerait véritablement qu’à la condition de l’adopter point par point. C’est en quelque sorte aussi le mérite dudit Pacte. Partant, imaginons-nous dans un monde où le Pacte d'excellence serait implémenté d’un seul coup. La "redéfinition des rythmes scolaires" peut être analysée à partir

La réforme des rythmes n’a de sens que si elle permet une réelle amélioration des conditions d’apprentissage des élèves…

Selon Annick Faniel, in Centre d’Expertise et de Ressources pour l’Enfance (CERE asbl), " La réforme des rythmes scolaires : réalités et contradictions ", Septembre 2016, p.2. Pacte pour un enseignement d’excellence, Projet d’Avis n°3 du Groupe central, 2016, p.289. CERE asbl, op cit., p.1. 4 Hubert Montagner est psychophysiologiste dans le champ du développement, du comportement et des rythmes de l’enfant. Professeur des Universités en retraite. Egalement ancien Directeur de Recherche à l’INSERM et ancien Directeur de l’Unité 70 de l’INSERM “Enfance Inadaptée”, in CERE asbl, op cit., p.2. 1 2 3


Révision des rythmes scolaires

de quatre grands angles, à l’image du travail fourni par l’asbl CERE  : le point de vue des élèves, celui des enseignants, celui des parents et enfin celui des acteurs économiques.

ÉTUDE DE LA LIGUE DES FAMILLES (2015) OPINION SUR LA RÉVISION DES RYTHMES SCOLAIRES

47%

des familles francophones se disent en faveur

18%

des familles francophones s'y opposent

34%

des familles francophones n'expriment pas d'avis

Dans la perspective de l’élève, le plus grand avantage de la réforme des rythmes scolaires réside dans la remarque de Hubert Montagner4 en ce qui concerne les deux définitions possible de la thématique évoquée au début de ce chapitre. Selon lui, elles sont tout simplement indissociables. Les séquences d’activités devraient dès lors tenir comptes des périodes de productivité de l’élèves (entre 9:30 et 12:00 en y comprenant une demi heure de récréation entre 10:30 et 11:30, ainsi qu’entre 15:00 et 17:00) et des périodes de "faibles performances" (entre 8:30 et 9:30 et entre 13:00 et 15:00). Nous débouchons sur un premier exemple de l’extrême interdépendance des différents aspects du Pacte d'excellence. La clé de son succès reposera en partie sur la capacité de la Ministre Schyns et de son équipe à concilier la structuration du tronc commun avec le réagencement des horaires de cours. Ceci étant, il est amusant de constater que l’allongement des journées scolaires semble aller à l’encontre de la journée idéale proposée par l’étude menée par le Comité de élèves francophones (CEF), sensiblement plus courte, s’étalant de 9:00 à 14:35 et comprenant des cours d’une durée de 40 minutes. Dans la perspective de l’enseignant, il peut être fait mention du second exemple de complémentarité des axes du Pacte. Il s’agira d’accorder correctement les nouveaux rythmes scolaires avec la conception actualisée de la profession d’enseignant prônée par le troisième projet d’avis. Une piste évocable se rapprocherait du débat actuellement mené au Nord du pays. La Ministre compétente propose de passer à un calcul des horaires d’enseignants sur une base de 38 heures hebdomadaires comprenant le temps alloué aux différentes dimensions du métier (travail en classe, services aux élèves, formation continuée, travail administratif, réunion du corps enseignant…). Dans le Pacte, il est question de reconnaitre les différentes composantes du métier, mais pas de modifier le calcul des heures prestées par l’enseignant, en tenant compte du fait que le troisième avis du Groupe central propose de supprimer le système des plages horaires tel que qu’il est conçu actuellement. Une autre réflexion concerne la place qu’occuperont les enseignants par rapport au rôle du parascolaire au sein des écoles, une fois intégré dans les rythmes scolaires nouvelle génération. Une solution consisterait sans doute en le fait de faire concorder les temps de parascolaire avec la formation continuée des professeurs. En ce qui concerne le point de vue des parents, l’idée ne fait pas nécessairement l’objet d’une opposition catégorique. La Ligue des familles spécifie d’ailleurs à travers une étude commanditée en 2015

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Le temps à disposition doit être utilisé intelligemment. Un pacte d’excellence correctement construit peut très bien s’appuyer sur les organisations de jeunesses (OJ), les mouvements de jeunesses (MJ) et les réseaux parascolaires en tant qu’acteurs complémentaires à l’instruction de l’élève, ces derniers détenant aussi certaines des clés de l’excellence à l’école.

que 47% des familles francophones belges se disent être en faveur d’une réforme des rythmes scolaires, 18% s’y opposant et 34% n’exprimant pas d’avis.5 La crainte existe néanmoins que l’école occupe dès lors une place prépondérante dans la vie de l’enfant et que la famille perde de ce fait son emprise sur l’éducation de l’enfant. Au sujet des périodes de vacances, la Ligue des familles prône une alternance systématique de 7 semaines de cours et de 2 semaines de congés avec 7 semaines de congés durant la période estivale. Toutefois, malgré l'importance d'une telle réforme, le Groupe central n'aborde que très peu cette question dans son 3ème avis. Enfin, du point de vue des acteurs économiques, les inquiétudes émanent principalement des sociétés de transports publics qui se verront contraintes de modifier (en partie du moins) leurs horaires afin que les dessertes coïncident avec la sortie des cours, celle-ci se faisant potentiellement plus tard. Le secteur touristique exprime quant à lui son appréhension au sujet de la modification des périodes de vacances. En tant que libéraux, la 5

La Ligue des Familles, "Baromètre des parents", 2015, p.6.

critique nous parait néanmoins légère. Il s’agira de s’adapter, et la transition ne devrait pas être si difficile à opérer, d’autant plus qu’il continuera de bénéficier des touristes étrangers qui seraient quant à eux encore adeptes du modèle scolaire traditionnel (du moins encore un temps). Au vu de ce qui a été exposé ci-dessus, il s’agit de se poser les bonnes questions. Que faire ? Si la FEL adhère entièrement à l’idée que les rythmes scolaires soient eux aussi sujets à révisions, nous mettons néanmoins le pouvoir exécutif francophone de Belgique en garde. Annick Faniel, représentante de l’asbl CERE, cite judicieusement l’avis rendu par les enseignants français au sujet de la question des modifications des rythmes scolaires outre-Quiévrain. “[L]a réforme des


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rythmes n’a de sens que si elle permet une réelle amélioration des conditions d’apprentissage des élèves…”. Voici donc nos proposions, qui, à notre sens, serait un alliage idéal entre les intérêts des enseignants, des parents, des acteurs économiques et surtout des élèves de notre enseignement. Notre argumentation repose sur un postulat de départ. L’école est un lieu d’instruction avant d’être un lieu d’éducation. Son rôle capital est de transmettre aux élèves qui arpentent ses bancs, des savoirs et des connaissances de base, de construire avec eux une fondation intellectuelle et technique pour leur vie d’adulte déjà si proche. Ce dessein essentiel n’est rempli que si le temps à disposition est utilisé intelligemment. En outre, un pacte d’excellence correctement construit peut très bien s’appuyer sur les organisations de jeunesses (OJ), les mouvements de jeunesses (MJ) et les réseaux parascolaires en tant qu’acteurs complémentaires à l’instruction de l’élève, ces derniers détenant aussi certaines des clés de l’excellence à l’école. Dès lors, la FEL propose d’amender la modification de l’alternance entre périodes scolaires et périodes de vacances et s’oppose à l’allongement des journées scolaires.

ALTERNANCE 7 SEMAINES DE COURS - 2 SEMAINES DE CONGÉ Il s’avère que le fait de repenser l’alternance ne chamboulerait pas énormément le temps alloué à l’école. En valeur absolue, les 35 semaines de cours annuelles demeureraient, bien que celles-ci soient agencées d’une tierce manière au fil de l’année. Notons au passage qu’une note émanant du ministère de l’éducation nationale française stipule qu’entre 2005 et 2010 a pu s’observer une tendance générale au sein de l’Union Européenne d’accroissement du nombre de semaines de cours permettant un “meilleur étalement de l’année scolaire” sans que cela ne résulte en une “augmentation d’horaires annuels” irraisonnable6. Quoi qu’il en soit, si révision d’alternance il y a, il s’agit de s’assurer que le calendrier scolaire soit correctement construit afin qu’il puisse être respecté par toutes les écoles de la FWB. Il est par ailleurs utile de réglementer le nombre de jours blancs délibératifs des établissements scolaires francophones. En outre, il nous parait judicieux d’inclure ces jours blancs dans le programme éducatif de l’enseignement de base. Nous nous inspirons ici des journées découvertes telles qu’elles sont imaginées en Communauté germanophone de Belgique, en ce qu’elles permettent d’agencer l’accent dument mis sur l’apprentissage des langues et l’intérêt des synergies entre le milieu scolaire, les OJ/MJ, et le monde professionnel avec la modification des rythmes scolaires. La FEL envisage la création de “semaines d’apprentissage” en remplacement des jours blancs de délibération durant lesquelles l’élève serait amené à se plonger dans un secteur professionnel de sorte que le temps qu’il passe à attendre ses résultats soit constructif et qu’il puisse découvrir un milieu professionnel suscitant son intérêt. L’organisation de ces semaines intègrerait le cursus de l’élève. Il lui serait demandé au cours de l’année d’identifier un secteur économique attisant sa curiosité et de par la suite, avec l’appui du corps professoral, de contacter des entreprises actives dans ce secteur afin de planifier ces « semaines d’apprentissage ». Il est aussi imaginable de développer des synergies entre les établissements scolaires et les OJ/MJ à qui incomberait la tache de la mise en œuvre de ces semaines de sorte que les enseignants disposent de suffisamment de temps pour délibérer. De plus, la diversité des OJ permet aussi d’envisager des semaines d’apprentissage à thèmes afin de faire face aux préférences multiples de nos élèves.

Création de “ semaines d’apprentissage ” pour se plonger dans un secteur professionnel et découvrir un métier suscitant son intérêt. L’organisation de ces semaines intègrerait le cursus de l’élève. Il lui serait demandé au cours de l’année d’identifier un secteur économique attisant sa curiosité avec l’appui du corps professoral et de contacter des entreprises actives dans ce secteur afin de planifier ces « semaines d’apprentissage ». 6

Ministère de l'Education Nationale (France), Concertation sur la refondation de l'école de la République, "Rythmes scolaires : éléments de comparaison internationale", 2012, p.3.

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CONTRE L'ALLONGEMENT DE LA JOURNÉE Enfin, selon nous, l’allongement des journées scolaires est un projet à abandonner. L’idée en elle-même et plus particulièrement le dessein égalitariste qu’elle renferme sont une honorable référence à la conceptualisation de l’éducation nationale idéale par les grands penseurs socialistes du XIXe siècle7. Néanmoins, un horaire scolaire s’étalant de 8:30 à 17:30 et incluant le scolaire et le parascolaire en une seule formule est à nos yeux une fausse solution aux inégalités pourtant bien réelles du monde éducatif. Nous avons quatre critiques à son égard : D’abord, en agissant de la sorte, l’école deviendrait une institution omniprésente dans le quotidien de l’élève. Comment dès lors ne pas lui attribuer une fonction, avant tout éducative et non plus instructive. L’allongement des journées scolaires ne tient qui plus est pas compte d’une réalité sociale particulière. Certains parents sont, pour raisons professionnelles, contraints de déposer leurs enfants à l’école de manière précoce. Nous nous retrouverions dans une situation où une partie significative de nos élèves passeraient encore plus de temps à attendre avant que les cours ne commencent. Ensuite, cela nécessiterait de créer des ponts entre le scolaire et le parascolaires encore inexistants (sous cette forme-là du moins) en Belgique. Le Pacte d'excellence n’anticipe pas ce chantier-là. Nous sommes à l’ère des vastes réformes. Pour que l’enseignement belge francophone retrouve une place respectable sur la carte du monde, il est capital de ne pas seulement repenser le fonctionnement de notre système éducatif, mais aussi son paysage. Enfin, il revêt un caractère liberticide en ce qu’il empêche aux parents d’inscrire leurs enfants dans les activités parascolaires de leurs choix, mais il suppose également que 100% des enfants n’aient pas la possibilité de rentrer chez eux à la fin de la journée actuelle. Certes de nombreux enfants doivent passer un certain temps à la garderie ou à l’étude, toutefois, dans le modèle proposé, il s’agirait d’imposer ces rythmes à l’ensemble des élèves, ce que nous ne pouvons accepter en tant que libéraux. C’est ainsi que, selon nous, la FWB doit se porter garante d’une forme d’équité entre les élèves. Dès lors, nous proposons de revoir l’accueil et l’accompagnement des élèves de la FWB en améliorant les structures déjà existantes de manière à contenter à la fois les parents, les enfants et les enseignants ainsi que le grandissant besoin de flexibilité. Nous en voulons pour preuve une seconde étude commanditée par la Ligue des Familles indiquant que seulement 21% étaient satisfait des activités organisées par les établissements scolaires une fois l‘heure de l’après-midi passée, tout en recommandant l’amélioration de la qualité de l’accueil, l’optimalisation de la formation du personnel encadrant. Là encore, notre salut viendrait des collaborations entre écoles et OJ compétentes à qui incomberait la tache de mettre en place des écoles de devoirs adaptées aux besoins de l’enfant, en fournissant qui plus est aux élèves dont les parents n’ont pas l’occasion de les accompagner un soutien quotidien au travail.

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L e thème de l'éducation a historiquement toujours été cher aux socialistes. Estimant que c'est par l'école et ce qu'on y enseigne que la société se renouvelle, génération après génération, les socialistes du XIXe soulignaient l'importance d'organiser la fonction émancipatrice de l'éducation nationale autour de l'égalité entre les élèves de sorte que puisse naître une société socialiste libre ayant intégré la valeur de l'égalité tout au long de son éducation. Honorable disions-nous…et discutable.


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Tronc commun

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Tronc commun

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L'enseignement en Belgique francophone ne va pas bien. Un constat bien amer avec lequel tout le monde est d’accord, en témoigne les derniers tests Pisa qui enchaînent les résultats catastrophiques.

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n pointera, par exemple, l’aptitude à la lecture qui est repassée en dessous de la moyenne des pays membres de l’OCDE. C'est affligeant, sachant que notre enseignement est bien mieux financé que beaucoup d’autres pour des résultats navrants.

Pour y remédier, l’avis n°3 du Groupe central prévoit de mettre en place un tronc commun pluridisciplinaire et polytechnique applicable de la 1ère maternelle à la 3ème secondaire avec 7 domaines d’apprentissage. Le but est double : enseigner les savoirs et compétences de la société du 21ème siècle en favorisant le plaisir d’apprendre et par là même permettre aux jeunes de 15 ans de faire un choix positif pour leur future orientation et enfin réduire le taux d’échec de moitié d’ici 2030.

LES 7 DOMAINES D’APPRENTISSAGE PRÉVUS PAR LE GROUPE CENTRAL DANS CE TRONC COMMUN SONT :  La langue  Renforcement de la maîtrise de la langue d’enseignement  Apprentissage des langues étrangères dès la 3èmeprimaire  Différentes formes d’expression artistique  Math – Sciences – Géographie physique – Technologie  Sciences humaines et sociales – Philosophie – Citoyenneté  Activités physiques – bien-être et santé  Créativité – engagement – esprit d’entreprendre  Apprendre à apprendre et poser des choix

Prévoir d’imposer un tronc commun jusque 15 ans, organisé sur le modèle de l'enseignement général revient, pour nous, implicitement à admettre que l'enseignement technique est moins performant alors qu’il devrait être nettement mieux considéré. Pour la Fédération des Étudiants Libéraux, la priorité est l’amélioration du système actuel. Il nous importe de mettre en place un enseignement pluridisciplinaire et polytechnique jusqu’à la deuxième année du secondaire tout en maintenant des choix d’orientation possibles. Nous sommes d’accord pour l’instauration de cours obligatoires pluridisciplinaires tant que celui-ci apporte une l’éducation aux métiers techniques, créatifs, artistiques, sportifs, sociaux, d’habilité, etc.


Tronc commun

AU NIVEAU DE L’ENSEIGNEMENT MATERNEL Nous sommes d’avis qu’il faille avant toute autre chose renforcer les savoirs liés à l’apprentissage de la langue orale, favoriser l’envie de venir à l’école, favoriser l’envie d’autonomie. Pour ce faire, nous proposons d’augmenter l’encadrement. Plus d’institutrices et non pas plus de puéricultrices doivent être engagées. Le but est de renforcer l’enseignement et non pas apprendre aux enfants d’être propres. Nous pensons également qu’il est primordial de réduire la taille des classes maternelles à maximum 22 élèves, c’est ainsi qu’un véritable programme pour le maternel avec une formation commune forte (apprentissage de la langue française parlée, création, recherche des solutions, présentation, expérimentation) pourra être mis en place. Enfin, comme nous l’avons plaider dans le chapitre sur la formation initiale et continuée des enseignants, nous sommes d’avis que les instituteurs doivent davantage être formés aux nouvelles pédagogies pour pouvoir innover, s’adapter aux besoins des élèves et réagir de manière précoce aux lacunes des enfants.

AU NIVEAU DE L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE L’enseignement doit être essentiellement axé sur le renforcement des programmes des savoirs de base dans lesquels nous faisons figurer bien évidemment le français écrit et parlé et les mathématiques mais aussi les nouvelles technologies, l’apprentissage du néerlandais et un cours de citoyenneté qui comprendra une introduction aux religions et les fondamentaux de citoyenneté (égalité homme/femme, droits de l’homme, etc.). Cette formation donnera à l’élève un bagage solide pour se former un esprit critique et l’aptitude à poser des choix. De surcroit, pareillement à l’enseignement maternel, le nombre maximal d’élèves par classe doit être revu à la baisse afin d’offrir à tous de bonnes conditions d’apprentissage. Nous sommes également d’avis qu’il faille absolument rendre de l’autonomie aux insituteurs dans leurs classes en les autorisant à refaire des exercices de DRILL dans les savoirs de bases, tels que la conjugaison, l’orthographe, les calculs, le vocabulaire (math, français, seconde langue). Mais aussi en leur faisant confiance en ce qui concerne les évaluations certificatives et formatives.

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Tronc commun

AU NIVEAU DE L’ENSEIGNEMENT SECONDAIRE Nous sommes favorables à une formation de type polytechnique qui commencerait dès le primaire avec une latitude concernant une orientation de type plutôt " lettre " ou plutôt " chiffre ". Il est effectivement important pour l’avenir du jeune adolescent de lui permettre de découvrir et de bénéficier d’une formation axée sur une nouvelle approche de la matière et sur une méthode de travail avant de poser des choix qui définiront son futur professionnel. Il pourra également se familiariser avec des domaines d’enseignement qui pourraient lui permettre de se découvrir des aptitudes pour les matières plus techniques et ainsi faire un véritable choix d’avenir en toutes connaissances de cause. En outre, l’inclusion d’un cours d’art et d’expression, qui visera l’amélioration de la confiance en soi et une capacité à s’exprimer en public ainsi que l’accomplissement de soft skills prisés serait un atout.

Comme nous le plaidons dans le chapitre sur la transition numérique, nous souhaitons voir davantage apparaitre les nouvelles technologies, le numérique dans les habitudes des enseignants et des élèves. Il ne s’agit plus de renier ces évolutions, qui constituent déjà la norme professionnelle et qui s’accentuera encore dans le futur, mais de les intégrer dans la formation de nos jeunes. En ce qui concerne les cours de morale et de religion, à ce niveau d’enseignement, nous optons également pour un cours de citoyenneté (comme dans le primaire) qui comprendra des questions de philosophie, une introduction aux religions et toujours les fondamentaux de citoyenneté (égalité femme/ homme, droits de l’homme, etc.). Cette formation continuera la construction du bagage de l’élève pour le doter d’un esprit critique vital pour sa vie d’adulte responsable de ses choix. La question citoyenne est au cœur de notre projet et de nos idées au sein de notre Fédération. En effet, nous défendons depuis des années une participation active de nos jeunes à la vie de la collectivité. Nous proposons que ceux-ci puissent faire valoir un engagement sportif, citoyen, social (ex: scouts). Cette expérience citoyenne a pour but de sensibiliser le jeune, organiser sa rencontre avec l’autre et peut-être faire naitre un réel engagement citoyen futur. Nos jeunes doivent comprendre le plus tôt possible les rouages de la société dans laquelle nous vivons. Les jeunes et la société seront les grands gagnants de cette proposition. Bien évidemment, l’école elle-même pourra leur proposer une implication sociale auprès d’ASBL, de services d'aide aux personnes, etc. mais il leur sera également possible

d’en être les initiateurs. Il faut une liberté de choix afin qu’ils puissent s’y impliquer avec rigueur et motivation. Nous préconisons que cet engagement se fasse sous la forme d’un volume horaire de 20 heures/an (par exemple, le mercredi après-midi). Nous visons surtout dans cette optique, les élèves à partir de la 2ème secondaire. C’est une mesure efficace qui a tout à fait sa place dans l’éducation de nos jeunes aujourd’hui. Ce projet devrait être présent dans toutes les écoles du territoire. Le tronc commun prévu par l’avis n°3 du Pacte pour un enseignement d’excellence repose sur la mise en place d’un dispositif de " remédiation-consolidation-dépassement " (RCD). Cela signifie le même apprentissage de base pour tous mais avec une différenciation dans l’approfondissement des matières en fonction du rythme d’apprentissage de chacun via un encadrement individuel ou en groupe d’élèves pendant des périodes de remédiation pour obtenir la maîtrise par tous les élèves des savoirs de bases. Concomitamment à cette mesure, le Groupe central veut également rendre le redoublement exceptionnel jusqu’en 3ème secondaire, année où la première évaluation certificative est seulement mise en place. Notre Pacte attache également énormément d’importance à la remédiation et à l’accompagnement à la réussite et nous soutenons donc pleinement cette volonté de mettre en place des cours de RCD dès la 1ère primaire qui bénéficieraient à l’ensemble des élèves en fonction de leur aptitude à appréhender telle ou telle matière. Il faut donner une autre étiquette à l’échec, celle-ci ne doit plus se vivre de manière


Tronc commun

honteuse mais plus comme une difficulté surmontable face à laquelle l’étudiant aura le soutien du corps pédagogique. Toutefois, pour nous, le redoublement doit rester une possibilité pour l’enseignant lorsqu’il constate l’accumulation de lacunes graves chez l’élève. C’est là tout le paradoxe du Pacte, les élèves qui n’auraient implicitement pas la maturité pour poser des choix et ne seraient pas dotés de sens critique, sont désormais envisagés comme des individus dotés d’une capacité de travail régulier et d’un suivi studieux dès la maternelle jusqu’à l’âge de 15 ans, sans craindre la sanction de l’échec puisque d’ailleurs, tout le retard potentiellement accumulé sera rattrapé par sa capacité à rebondir grâce à la remédiation. Au terme de la 3ème secondaire, il est prévu dans le Pacte que l’élève fera une évaluation externe certificative portant sur les 7 domaines d’apprentissage donnant l’accès à l’enseignement secondaire supérieur. Suite à cette évaluation, l’élève aura le choix entre 2 filières. Soit la filière de transition (générale actuelle) qui lui donnera accès par la suite à un enseignement supérieur. Soit la filière qualifiante (professionnelle et technique actuelle) qui lui donnera une qualification suffisante pour accéder directement à un métier ou bien il devra faire une 7ème pour pouvoir faire des études supérieures. Comme nous le défendons dans le chapitre sur la revalorisation du qualifiant, nous estimons que cette orientation est trop tardive et nous nous opposons à la fusion des filières technique et professionnelle. Par corrélation, nous nous opposons également à l’instauration d’une 7ème dans le technique pour l’obtention du certificat d’enseignement secondaire supérieur (CESS). De plus, nous plaidons en faveur de la possibilité d’accéder à l’alternance dès la 3ème secondaire, comme c’est actuellement le cas chez nous et en Communauté germanophone où le modèle est une véritable success story. En conclusion, nous pensons que le suivi brinquebalant proposé par le Pacte ne permettra pas de former les élèves aux défis de demain, l’échec a une vocation pédagogique si l’on ne bascule pas dans une optique dévalorisante. C’est la disparition des idéaux d’émancipation, la diminution des critères de réussite et de facto des résultats de nos élèves sauf si l’on en vient à considérer le niveau du CEB ou du CE1D comme une victoire pour l’enseignement francophone. En tant que libéraux, nous sommes sans aucun doute pour une mise en place effective, avec de moyens importants, de vrais moments de différenciation avec des remédiations pour les élèves ayant des faiblesses mais aussi en pensant à ceux qui en ont moins voire pas du tout avec des moments de consolidations et de dépassements. Nous plaidons pour la détection et la remédiation précoces des lacunes ainsi qu’à l’autorisation au redoublement en ultime recours. Nous sommes favorables à un renforcement des savoirs de base en maternel, primaire et secondaire. Nous sommes enfin pour la mise en place de cours obligatoires pluridisciplinaires et polytechniques qui permettront à l’élève de devenir un citoyen responsable de ses choix qui auront été posés avec maturité. C’est de cette façon que l’enseignement technique pourra enfin être revalorisé et que les élèves choisiront cette filière hautement porteuse d’emploi de façon positive, tout en augmentant le niveau de notre enseignement.

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04 REVALORISATION DU QUALIFIANT


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REVALORISATION DU QUALIFIANT

Avant toute chose, il est de bon ton de rappeler que l’enseignement obligatoire relève de la compétence des Communautés en Belgique. Contrairement à la formation et à l’emploi, détenue pour la première en entièreté par les Régions et pour la seconde, partagée entre les Régions et l’entité fédérale.

C

es rappels institutionnels sont précieux pour appréhender toutes les difficultés liées à l’enseignement, qualifiant en particulier, et la formation professionnelle et l’emploi. L’enseignement obligatoire se compose ainsi de nombreux réseaux éducatifs qui fonctionnent en quatre niveaux (école maternelle, primaire, secondaire et l’enseignement supérieur).

L’enseignement secondaire se subdivise en différentes filières : la filière de transition (le général et le technique de transition) et celle qualifiante (le technique de qualification et le professionnel). Dans le cadre de ce chapitre, c’est sur la filière qualifiante que nous allons nous pencher. Cette filière de formation, actuellement ouverte aux jeunes à partir de la troisième secondaire ou ils peuvent l’intégrer en 4ème ou 5ème secondaire, concerne pratiquement la moitié des élèves du secondaire, très précisément 113 499 en 2012, d’après les chiffres présentés par l’UFAPEC (Union Francophone des Associations de Parents de l’Enseignement Catholique). Et pourtant, c’est un type d’enseignement méconnu et très souvent mal vu par les familles et les élèves. Une fois que l’on est dans le qualifiant, il est difficile de revenir sur ses choix, ce qui engendre inévitablement de l’inquiétude, contrairement aux filières de transition offrant bien plus de possibilités de carrière. De plus, cette filière est également mal perçue par les enseignants de la filière de transition qui ne connaissent pas bien le qualifiant et la voient comme une filière de relégation, à l’instar de trop nombreux Belges. Redorer l’image de l’enseignement qualifiant est donc vu comme une nécessité par les acteurs directs et indirects de cette filière. Toujours selon l’UFAPEC, " il est nécessaire de repenser l’enseignement dans son ensemble pour ne plus faire du qualifiant une zone de relégation, mais une voie de formation que l’on choisit parce qu’elle correspond à ce que l’on est, à nos talents et à ce que l’on veut faire de notre vie ". En effet, les élèves qui choisissent cette possibilité, arrivent dans une option sans avoir de réelles affinités avec celle-ci et, pour la plupart, ne connaissent pas les débouchés auxquels ces études vont les amener ni en quoi exactement consistera leur programme de cours. Selon Jean-Luc Poncelet, coordinateur des CEFA (Centre d’Éducation et de Formation en Alternance) pour le Luxembourg : " le tronc commun n’est pas suffisamment axé sur les compétences manuelles et techniques: l’orientation des élèves est donc difficile car on ignore ce que l’élève vaut à ces niveaux ".

FRÉQUENTATION DE L'ALTERNANCE

6525 élèves en 2002

x1,4

8896 élèves 2012


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Par ailleurs, outre l’enseignement qualifiant que l’on pourrait qualifier de « traditionnel », les élèves peuvent également faire le choix de la formation en alternance. Cette formule permet aux jeunes d’apprendre un métier spécifique directement sur le terrain dans une entreprise, en parallèle avec sa formation à l’école et d’ainsi apporter une main d’œuvre qualifiée sur le marché de l’emploi. À la Fédération des Étudiants Libéraux, nous rejoignons l’avis des acteurs de terrain et plaidons en faveur d’une revalorisation de la filière qualifiante. Selon nous, il s’agit d’un impératif pour deux raisons en particulier. Premièrement, les métiers de demain relèvent du qualifiant. Nous pensons notamment aux métiers liés à l’informatique tels que les développeurs de logiciel, techniciens de maintenance et de logistique, etc. ou encore ceux relevant d’autres secteurs, comme les transports et la construction ou encore tous ceux que nous ne connaissons pas encore. Secondement, de nombreux métiers techniques et professionnels sont actuellement en pénurie. Le FOREM cite, par exemple, les bouchers, boulangers, carreleurs ou encore carrossiers. C’est ainsi que la filière qualifiante est hautement porteuse d’emploi, ce que nous devons renforcer. Il s’agit également de la volonté du Groupe central reprise dans son 3ème avis. Toutefois, une fois de plus, nous partageons le diagnostic contrairement aux remèdes. Dans le 3ème avis du Groupe central, il est question de réduire le nombre d’années d’étude au sein de la filière qualifiante : passer de 4 à 3 ans. La filière serait donc seulement accessible aux élèves en 4ème secondaire et ce à cause de l’allongement du tronc commun. Ensuite, le Groupe central propose de fusionner les filières techniques et professionnelles. Une 7ème année serait alors organisée de sorte à permettre à l’ensemble de ces élèves d’accéder à l’enseignement supérieur. Pour finir, l’alternance ne serait plus autorisée qu’en 6ème secondaire, soit deux ans plus tard qu’actuellement.

LE QUALIFIANT : UN CHOIX POSITIF Selon nous, ces mesures ne vont absolument pas dans la bonne direction. Comme nous le plaidons dans le chapitre sur le « tronc commun », nous défendons la mise en place de cours obligatoires polytechniques et pluridisciplinaires afin de revaloriser le qualifiant. Les élèves seront ainsi initiés aux compétences techniques, créatives, artistiques, sportives, sociales, d’habilité, etc. De la sorte, à la fin de la 2ème secondaire, les élèves pourront faire un choix positif sur base de leur expérience propre, et ne seront plus « relégués » dans le

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qualifiant parce qu’ils ne sont pas « assez bons pour l’enseignement général ». Alors qu’actuellement, en sortant du tronc commun, l’élève n’a acquis que des connaissances de base axées sur des tâches de mémorisation mais rien acquis comme compétences (hormis sportives ou vaguement artistiques). Selon nous, le choix vers le qualifiant doit donc toujours pouvoir se faire en 3ème secondaire. Cela permet aux élèves de toujours bénéficier d’une formation qualifiante de 4 années, mais nous pensons aussi aux nombreux jeunes pour qui l’enseignement général classique est synonyme de calvaire. Autant donc réduire la durée de celui-ci. Ensuite, le Groupe central envisage d’adapter le contenu des cours généraux au métier choisi par l’élève. Cela pose de grosses questions sur « l’éthique » finalement : l’école n’est-elle pas faite pour former les citoyens de demain ? Ces futurs citoyens, ne sont-ils pas en droit de recevoir la même formation ? Nous nous inquiétons du fait que sous couvert d’une revalorisation cette réforme soit en réalité un moyen détourné de faire des économies car non seulement cela n’apporte pas une plus-value pour les élèves qui aujourd’hui étudient dans la filière qualifiante mais pis encore, cela les déforcent au contraire. Enfin, afin de véritablement permettre de faire un choix positif, nous pensons que davantage de séances d’informations doivent également être organisées au sein des établissements en fin de deuxième année secondaire et montrer les différentes opportunités qui s’offrent à eux. C’est également de cette façon que l’image du qualifiant sera revalorisée et ce également auprès des parents des élèves.

TAUX DE DÉCROCHAGE SCOLAIRE EN 2015

7,2%

en Flandre

L'objectif pour 2020 pour la Belgique est de 9,5%.

10,1%

15,8%

13,1%

à Bruxelles

en Wallonie

en Belgique

Ensuite, nous nous opposons à la fusion du technique et du professionnel. Selon nous, ces deux filières sont différentes, leurs besoins et les attentes des élèves méritent une approche propre à chacune d’elle. Dans la version proposée par le Groupe central, les élèves choisissant des formations d'éducateurs ou d’informatique (faisant actuellement partie du technique), par exemple, se retrouveront obligés de faire une 7ème afin de poursuivre leurs études dans le supérieur, ce qui nous est inacceptable. Concernant le professionnel, nous sommes en faveur du maintien du modèle actuel avec une 7ème ayant un objectif d’autonomie dans l’entreprenariat, par exemple, pour ceux qui le désirent. De plus, comme nous l’avons également plaidé dans le chapitre sur le tronc commun, nous estimons qu’il est nécessaire d’introduire des cours de "remédiation – consolidation- dépassement" (RCD) afin de permettre aux élèves de travailler dans des groupes de même niveau pour certains aspects de la matière. Cela permettra aux jeunes ayant le plus de difficultés d’être accompagnés, mais aussi à ceux maitrisant la matière d’aller au-delà de la connaissance requise. Si malgré les remédiations mises en place, les enfants n’atteignent pas les objectifs fixés, nous sommes d’avis, qu’en dernier recours, le redoublement doit être envisagé. En effet, empêcher le redoublement entraine une accumulation des lacunes qui peut s’avérer irrémédiable et pousse les enfants vers la relégation actuelle : le qualifiant. Nous pensons donc que le qualifiant doit être revalorisé par la mise en place de cours de "remédiation – consolidation – dépassement" (RCD) et par l’autorisation du redoublement.


Revalorisation du qualifiant

FORMATION EN ALTERNANCE : EN FAIRE UNE FILIÈRE D'EXCELLENCE Pour finir, à l’instar de l’IFAPME (Institut wallon de Formation en Alternance et des indépendants et des Petites et Moyennes Entreprises), nous nous opposons farouchement à la volonté du Groupe central de réduire la durée de la formation alternance. D'après Antonio Di Santo, Président du Comité de gestion de l'IFAPME "ce pacte n'a pas pris en compte la formation professionnelle. Alors que toutes les mesures que nous avons prises portent leurs fruits auprès des jeunes, le Pacte pourrait plomber tout ce travail". A l’opposé, nous rejoignons pleinement la volonté de la Ministre Tillieux, Ministre de l’Emploi et de la Formation en Wallonie, de faire de l’alternance une filière d’excellence. En effet, d’après la Ministre 8 jeunes sur 10 ayant fait le choix de l’alternance trouve un emploi dans les six mois. Ce qui place cette filière dans le trio de tête des formations porteuses d’emploi. C’est ainsi que la Ministre a précisément fait de la formation en alternance un des objectifs phares de la législature, afin de la transformer en véritable filière d’excellence. Nous sommes donc d’avis de mettre les moyens nécessaires pour promouvoir l’alternance et ce dès la 3e secondaire afin que les jeunes découvrent la réalité du terrain. En effet, selon nous, le meilleur moyen pour revaloriser le qualifiant passe par la formation en alternance. En atteste le taux d’insertion sur le marché de l’emploi de cette filière ou encore le franc succès de la formation en alternance chez nos voisins de la Communauté germanophone ayant précisément fait de la " formation duale " une filière d’excellence et ayant une longue tradition en " Ostbelgien ". En conclusion, nous pensons que la filière qualifiante doit absolument être revalorisée pour deux raisons principales. Les métiers de demain relèveront du technique et de nombreuses professions actuellement en pénurie sont des métiers techniques ou professionnels. Pour ce faire, nous sommes d’avis que des cours obligatoires polytechniques et pluridisciplinaires doivent être mis en place jusqu’en 2ème secondaire. Cela permettra aux élèves de choisir le qualifiant de manière positive. Ensuite, nous nous opposons à la volonté du Groupe central de fusionner les filières techniques et professionnelles. Selon nous, celles-ci doivent bien rester distinctes, leurs besoins étant fortement différents. Par ailleurs, le qualifiant est actuellement une filière de relégation précisément à cause de cette volonté de systématiquement empêcher le redoublement. Cela entraine une accumulation des lacunes jusqu’à être " relégué " en technique ou professionnel. Nous voulons donc mettre en place des cours de " remédiation – consolidation – dépassement " (RCD) et autoriser le redoublement. Pour finir, nous nous opposons également à la volonté du Groupe central de réduire la durée de la formation en alternance. Selon nous, cette filière doit précisément être largement revalorisée au vu du haut taux d’insertion sur le marché de l’emploi, en s’inspirant de la success-story germanophone.

Le meilleur moyen pour revaloriser le qualifiant passe par la formation en alternance. En atteste le taux d’insertion sur le marché de l’emploi de cette filière ou encore le franc succès de la formation en alternance chez nos voisins de la Communauté germanophone.

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Le numérique, c’est l’avenir, ce sont les métiers d’aujourd’hui et davantage encore les métiers de demain. Ainsi, les travailleurs de demain doivent y être formés afin de pouvoir répondre le plus rapidement aux nouvelles demandes du marché du travail.

I

l faut avoir l’ambition de transformer la vision menaçante qu’ont certains de la numérisation en une opportunité pour les générations à venir.

Comme le disait Bernard Gilliot, le nouveau président de la FEB plus communément appelé patron des patrons, " il est certain que l’avènement du numérique va dans un premier temps faire perdre des emplois mais nous pouvons être certains qu’il en créera autant voire même plus que ce qu’il en a fait perdre dans un premier temps ". C’est ainsi que nous saluons et rejoignons totalement la vision et les ambitions rendues dans le troisième avis du Groupe central du Pacte d’excellence au sujet du numérique. Il faut en effet éduquer au numérique (en expliquant comment cela fonctionne afin de l’utiliser de façon optimale), éduquer par le numérique (en adaptant nos supports d’aujourd’hui à ceux du 21e siècle tout en tenant compte des risques que cela comporte en termes de nuisances sur la santé (WIFI, Ondes, …)), éduquer avec le numérique (en prenant compte de l’avis de toutes les parties impliquées que sont les parents, les élèves et les enseignants) et éduquer pour le numérique car bien que le numérique ne soit pas une fin en soi et qu’il n’est pas nécessaire de faire de la technique pour de la technique comme le suggéraient les théories de Martin Heidegger en allant jusqu’à parler de déshumanisation. Selon nous, réussir la transition numérique de l’enseignement est inéluctable car notre enseignement se fait vieillissant et cela se fait ressentir sur les résultats scolaires de nos 890 000 élèves en Fédération Wallonie Bruxelles mais pour cela, il faut se donner les moyens de ses ambitions. Nous pensons que nous avons déjà perdu trop de temps dans l’intégration des avancées technologiques dans l’enseignement. Il suffit de regarder ce qui se passe au Canada, en Estonie, en Finlande ou au Japon pour voir que nous sommes à des années-lumière de ce qu’il est possible en termes d’intégration numérique dans l’enseignement. Il nous semble donc qu’il s’agisse là d’un objectif à atteindre à long terme mais qui doit commencer dès aujourd’hui. En effet, il insufflerait une réelle plus-value sur la qualité de l’enseignement ce qui ne serait pas du luxe lorsque l’on voit que la Belgique francophone est redescendue en dessous de la moyenne des pays de l’OCDE dans la dernière enquête PISA. Sur le long terme, il faudra donc adapter tous les supports d’avant à l’ère actuelle en digitalisant et en numérisant ces derniers mais pas seulement. Il faudra aussi complètement réformer l’esprit de l’enseignement, avec l’avènement des

Nous pensons que nous avons déjà perdu trop de temps dans l’intégration des avancées technologiques dans l’enseignement. [...] Il nous semble donc qu’il s’agisse là d’un objectif à atteindre à long terme mais qui doit commencer dès aujourd’hui.


Transition numérique

nouvelles technologies, il n’est plus important de tout savoir, il est important de savoir où l’on peut trouver des savoirs (ne plus détenir l’information mais savoir où et comment la retrouver).

Le même système de fonctionnement peut bien entendu être transposé aux années suivantes pour la conjugaison, les calculs plus complexes et la suite des programmes scolaires.

Nous en revenons donc à ce que nous expliquions lors de notre campagne « Hire Me If you can », abordant la question de l’emploi des jeunes, il faut certes continuer à stimuler les Hard skills comme cela s’est toujours fait dans l’enseignement traditionnel mais il faudra de plus en plus encourager le développement des Soft Skills comme nous le proposons ci-dessus. Ainsi, étant donné que les outils numériques évoluent tout le temps, les élèves doivent donc être incités à comprendre le fonctionnement global des logiciels au lieu d’être formés à l’usage d’un outil précis qui pourrait devenir obsolète quelques années plus tard. Pour ce faire, nous pensons qu’il serait judicieux de travailler en collaboration avec les organisations de jeunesse spécialisées dans l’initiation au numérique afin de davantage externaliser cette formation et ainsi bénéficier de leur expertise et de leur matériel.

À un état de maturité et de réceptivité plus avancé, nous pourrions imaginer d’autres modules de cours incorporant des concepts liés aux problématiques actuelles que sont le cyber harcèlement, l’utilisation des réseaux sociaux, la critique de ce qui circule sur internet ou encore le droit à l’image et ce, dès la cinquième primaire.

FORMATION AU NUMÉRIQUE DÈS LE PLUS JEUNE ÂGE Par conséquent, dès la fin de la troisième maternelle, nous pourrions imaginer une initiation à l’informatique combinée à une interdisciplinarité qui permettrait à l’élève de se familiariser au comptage des nombres entiers et à une première initiation à la lecture.

Par la suite, nous estimons qu’il est nécessaire de former activement et intensément à l’utilisation d’internet à des fins professionnelles. En d’autres mots, le cours d’informatique devrait être combiné à un cours de méthodologie pour la rédaction de travaux, la recherche de sources à l’aide du net, la prévention et l’explication du concept de plagiat. Afin d’atteindre ces objectifs primordiaux, comme nous l’abordons dans le chapitre sur la formation initiale et continuée des enseignants, nous pensons que ceux-ci doivent absolument

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être formés au numérique et aux nouvelles méthodologies d’apprentissage en lien avec ces outils. Comme le souligne le 3ème avis du Groupe central, les plusvalues d’une éducation par le numérique sont indéniables. C’est la raison pour laquelle il faut adapter les supports d’hier à ceux du 21e siècle. En effet, à l’aide d’algorithmes, il serait possible d’adapter un programme spécifique à chaque élève en fonction de ses points forts et de ses lacunes et de remédier plus rapidement à ces dernières. On pourrait ainsi imaginer un cours global durant la journée de cours et de l’approfondissement ou du comblement de lacunes à l’aide du numérique, tels que nous l'avons abordé dans le chapitre consacré au tronc commun et à la mise en place de « remédiation-consolidation-dépassement » (RCD). Etant bien entendu conscients que tout le monde ne dispose pas d’un accès à un support numérique, il est nécessaire de mutualiser le matériel informatique dans certains espaces publics comme les bibliothèques publiques, les écoles ou encore au travers la collaboration avec les organisations de jeunesse. Il ne faut cependant pas oublier le principe de concertation préalable entre les pouvoirs-publics, les professeurs, parents et élèves pour avancer avec et dans le numérique sans quoi, le phénomène de résistance au changement se fera sentir par les plus réfractaires. Les avantages du numérique dans l’enseignement sont réels. Il est indéniable qu’il faut éduquer les nouvelles générations d’élèves avec le numérique, il est devenu inconcevable aujourd’hui de donner une heure de cours ex-cathedra devant une classe entière d’élèves sans avoir recours à un minimum d’interactivité sans quoi les élèves ne sont pas ou plus attentifs. Dès lors, sachant que, d’après l’étude menée par l’ASBL ReForm et l’ULB, 95,6% des 12-18 ans possèdent un smartphone et que ce dernier est proscrit mais tout de même utilisé à l’école, ne serait-il pas plus simple de les autoriser et de les utiliser à des fins d’apprentissage pour assurer un minimum d’interactivité aux cours ? Les applications sont déjà pléthores et nous pourrions citer, à simple titre d’exemple, l’application « socrative » qui est souvent utilisée dans le milieu de l’enseignement supérieur. C’est également la conclusion à laquelle arrive les auteurs de l’étude en arguant que l’ " usage et [l’] intégration du smartphone dans le système permettrait à la fois des usages plus nombreux ou plus fréquents (comme ne pas devoir se rendre à la salle

95,6%

des 12-18 ans possèdent un smartphone


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informatique pour réaliser certains travaux ou consultations). Ou encore une économie substantielle de moyens pour l’école. " Comme nous le disions dans l’introduction, il est nécessaire d’éduquer pour le numérique car bien que le numérique ne soit pas une fin en soi et qu’il ne soit pas nécessaire de faire de la technique pour de la technique, l’avenir est dans le numérique et il faut préparer les jeunes générations pour le monde universitaire où les e-classes et le e-learning se généralisent ainsi que pour le monde du travail où les exigences en termes de compétences en TIC sont à chaque fois revues à la hausse.

PARTENARIAT PUBLIC-PRIVÉ OU LEASING Cependant, une chose n’est pas à négliger. Toutes les technologies ont un coût et en Belgique, qui dit coût dit problème, surtout lorsque l’on parle de financer ou de refinancer l’enseignement comme le soulignait déjà la FEL dans sa campagne « Plan Q 2.0 ». Il serait donc judicieux de favoriser le partenariat public-privé ou le leasing. Ce type de financement permettrait à bon nombre d’écoles de disposer d’un matériel à tout le moins décent qui n’accentuerait pas encore plus la fracture entre les écoles dites « riches » et les écoles dites « pauvres ». De plus, de par la taille du marché constitué par l’ensemble des écoles de la Fédération Wallonie-Bruxelles, il est évident que l’administration dispose de leviers suffisants pour négocier des contrats avantageux en termes de leasing afin de disposer, en tout temps, de matériel performant et continuellement adapté aux besoins actuels et futurs des étudiants. En guise de conclusion, et bien que la transition numérique soit un impératif, il ne faut pas que cette dernière accentue encore plus le fossé et la fracture qui se creusent de plus en plus entre les « bonnes écoles » et les « mauvaises écoles ». C’est ainsi que nous proposons que des partenariats public-privé ou que des contrats de leasing de matériel informatique soient conclus par la Fédération Wallonie-Bruxelles ellemême. Cela garantirait un matériel dernier cri pour l’ensemble des écoles à un meilleur prix. Par ailleurs, nous insistons également sur l’importance de mettre en place des partenariats avec les organisations de jeunesse qui dans certains cas peuvent répondre à ce manque par la mutualisation du matériel et du personnel et peuvent ainsi faire bénéficier de leur expertise à l’ensemble des élèves. Il est toutefois indéniable que professeurs et élèves doivent être formés dès le plus jeune âge au numérique et que cet outil doit, parce qu’il fait partie du quotidien tant professionnel que privé du citoyen, être maîtrisé et utilisé. Nier la participation de l’école dans cet apprentissage serait à l’heure où l’on parle de l’excellence un non-sens dans les apprentissages de base. Pour finir, nous plaidons en faveur de l’instauration de cours sensibilisant les élèves dès la 5e primaire aux nouvelles problématiques liées aux nouvelles technologies, telles que le cyber-harcèlement, l’utilisation des réseaux sociaux ou tout simplement de ce qui circule sur internet.

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Réformer l’enseignement est une nécessité. Développer, renforcer les savoirs et les compétences, mettre notre enseignement en phase avec les besoins du XXIème siècle, rendre l’école équitable sont des défis auxquels il faut s’atteler de toute urgence.

CONCLUSION

Rédiger notre propre Pacte ne fut pas un travail aisé. Faire le constat de la situation actuelle de notre enseignement avec ses qualités, ses défauts et ses carences, réfléchir aux positions prises par le Groupe central, les analyser puis proposer nos propres pistes de solutions fut passionnant et ardu à la fois. C’est pourquoi nous n’avons pas repris l’ensemble des thèmes abordés dans l’avis n°3 du Pacte pour un enseignement d’excellence. Nous en avons sélectionné cinq (en effet notre réflexion repose sur trois mois et non deux ans), ceux qui nous paraissaient être les plus importants, ceux aussi que nous avons estimés être les plus à notre portée. Le premier thème sur lequel nous avons réfléchi est la formation initiale et continuée des enseignants, nous y plaidons pour l’élargissement du nombre d’années d’études de 3 à 4 années avec une augmentation des stages en vue de mieux les former à gérer les groupes classes toujours plus hétérogènes, leur inculquer l’autorité nécessaire à la bonne gestion d’une classe. Leur donner plus de maîtrise des outils informatique et des nouvelles pratiques de pédagogie. Nous y sommes favorables à la mise en place d’évaluations sommatives arrivant après des évaluatives pour les professeurs quel que soit leur niveau de carrière. Pour permettre la mise en place de ces objectifs, nous préconisons la création de postes contractuels à durée


Conclusion

indéterminée pour remplacer les procédures de nomination. Au sujet de la réforme des rythmes scolaires, nous sommes plutôt d’avis d’abandonner l’idée de l’allongement obligatoire pour tous de la journée scolaire mais nous sommes favorables à un renforcement de la qualité des temps d’accueil parascolaires en partenariat avec les ASBL et organisations de jeunesse. Par contre, revoir l’alternance des périodes de cours-repos doit rester envisageable puisque cela répond à un réel besoin physiologique des élèves et qu’il ne chamboulera pas énormément le temps alloué à l’école. Sur la problématique de la mise en place d’un tronc commun, nous sommes convaincus qu’il faille renforcer les moyens autour de la différenciation. Nous plaidons pour la détection et la remédiation précoces des lacunes ainsi qu’à l’autorisation au redoublement en cas d’échec et pour y arriver, il est essentiel d’augmenter les efforts pour renforcer les savoirs de base en maternel, primaire et secondaire. Nous sommes enfin favorables à la mise en place d’un enseignement pluridisciplinaire et polytechnique qui permettra à l’élève de devenir un citoyen responsable de ses choix qui auront été posé avec maturité. C’est le seul moyen de permettre aux élèves d’opérer un choix positif de la filière qualifiante et dès lors de réellement la revaloriser, tout en augmentant le niveau de notre enseignement. Revaloriser l’enseignement qualifiant est essentiel pour nous pour deux raisons principales. La première est que les métiers de demain relèveront du technique et la seconde que de nombreuses professions actuellement en pénurie sont des métiers techniques ou professionnels. Donc nous sommes pour la mise en place jusqu’en 2ème secondaire, d’un enseignement pluridisciplinaire et polytechnique pour faire en sorte que la filière qualifiante ne soit plus considérée comme une relégation. Nous nous opposons fermement à la volonté du Groupe central de fusionner les filières techniques et professionnelles car les besoins des élèves qui les fréquentent sont différents. Par ailleurs, le qualifiant est actuellement une filière de relégation parce que ces élèves connaissent des lacunes auxquelles il n’est pas remédié c’est pour cette raison que nous voulons mettre en place des cours de " remédiation – consolidation – dépassement " (RCD) et d'autoriser le redoublement en dernier recours. Et enfin, selon nous, la revalorisation du qualifiant passe précisément par la formation en alternance, contrairement à la volonté du Groupe central. Son accès doit toujours être autorisé dès la 3ème secondaire. Cette filière doit être largement revalorisée au vu du haut taux d'insertion sur le marché de l'emploi. Pour finir, concernant la question de la transition numérique, qui pour nous est essentielle si nous ne voulons pas que notre enseignement ne forme des élèves déconnectés du futur, nous recommandons, pour répondre aux problèmes de financement, que des partenariats publicprivé ou que des contrats de leasing de matériel informatique soient conclus par la Fédération Wallonie-Bruxelles elle-même. Mettre en place des partenariats avec les organisations de jeunesse dont l’expertise est aussi un bénéfice auquel nous ne pouvons pas nous soustraire. La transition numérique doit néanmoins passer par la formation en profondeur des professeurs et des élèves. Enfin, nous plaidons en faveur de la mise en place de cours sensibilisant les élèves dès la 5e primaire aux nouvelles problématiques liées aux nouvelles technologies. Néanmoins si l’enseignement francophone nécessite une réforme d’une telle ampleur, ne devrait-on pas également se poser la question des origines du mal dont souffre celui-ci surtout lorsqu’on sait qu’il y a 30 ans, il faisait partie des meilleurs d’Europe. Ce Pacte aura au moins eu le mérite d’exister, d’avoir mis en exergue les carences graves de notre enseignement et d’avoir fait prendre conscience à la totalité des acteurs de terrain de l’ampleur du chantier à mettre en route. Il a également permis de poser les grandes lignes conductrices des aspects à réformer en profondeur. À la FEL, nous sommes prêts à retrousser nos manches, prendre nos responsabilités pour non pas « rêver » mais mettre en marche l’école de demain.

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Campagne " La FEL fait son Pacte"  

Campagne " La FEL fait son Pacte" de la Fédération des Étudiants Libéraux sur la réforme de l'enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles.

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