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HORS-SÉRIE

C’était

sarkozy HISTOIRE D’UNE AMBITION HORS­SÉRIE LIBÉRATION MARS 2012 FRANCE MÉTROPOLITAINE 7 € .


«La croissance, j’irai la chercher avec les dents.» Pendant la campagne de 2007


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À LA UNE

CITATIONS

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CROQUÉ PAR WILLEM 154

Portfolio

ÉDITO

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L’ENFANCE D’UN CHEF

sommaire LE PRÉDATEUR

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135 LA CRISE

Ou le parcours d’un homme qui n’avait qu’un rêve : devenir président de la République.

L’EXHIBITIONNISTE Ou les multiples facettes d’une bête médiatique faisant de son action publique et de sa vie privée un show permanent.

Ou l’action d’un chef d’Etat confronté à un maelström financier et économique sans précédent.

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L’AGITATEUR Ou l’art d’occuper le terrain, tout le temps, sur tous les sujets. Quitte à choquer son propre camp.

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115

LE ROI DU MONDE Ou l’activisme d’un président confronté aux grands de ce monde, à une Europe en crise et aux révolutions arabes...


ÉDITORIAL

Le grand malentendu « C’ Par Paul Quinio

était Nicolas Sarkozy.» Pourquoi ce titre conjugué au passé en une de ce hors-série consacré au président sortant ? Devancé dans les sondages au moment de son entrée en campagne par François Hollande, son principal concurrent dans la course à l’Elysée, Nicolas Sarkozy aurait-il perdu d’avance ? Et Libération aurait-il décidé de l’enterrer sans lui laisser la moindre chance de remporter ce qui devrait être, quoi qu’il arrive, son dernier grand combat politique ? Certainement pas. Nicolas Sarkozy s’est déclaré candidat à sa propre succession avec un retard à rattraper considérable, inédit, même à soixante jours d’un scrutin. Une résurrection du président sortant – ses partisans le reconnaissaient avant sa déclaration – relèvera de l’exploit, tant l’opinion des Français semble s’être cristallisée depuis longtemps. Ils l’ont pourtant élu très confortablement en 2007, en se déplaçant massivement aux urnes. Ils ont mis beaucoup d’espoir dans

4 • HORS-SÉRIE SARKOZY

ce candidat pas comme les autres, plus jeune, plus direct, qui s’exprime comme eux et qu’ils sentaient capable de déplacer des montagnes. Volontaire, dynamique, courageux : après Jacques Chirac le statique, Nicolas Sarkozy était, en 2007, en phase avec la France. Il avait changé et il allait changer le pays, qui en avait besoin. C’était Nicolas Sarkozy. Et puis les Français n’ont plus aimé leur président, dès 2008, c’est-à-dire très vite. La déception a été à la hauteur des espoirs qu’il avait suscités. Et rien, malgré toutes les réformes accomplies, malgré tous les revirements assumés, malgré toutes les nouvelles promesses et tous les efforts engagés pour changer son image, n’a inversé cet état de fait. C’était Nicolas Sarkozy. Une parenthèse donc. Un grand malentendu. Un aveuglement provoqué par une campagne menée de main de maître par le candidat et ses communicants. Un emballement collectif que les Français auraient désormais à cœur de réparer. Le malentendu est là, enraciné dans l’opinion, entre ce candidat du pouvoir d’achat des Français qui se lèvent tôt et le président bling-bling des riches. Là, entre ce chef d’Etat

volontaire et ce dirigeant que la crise a rendu impuissant. Présent, ce malentendu, entre cet omniprésident qui prétend tout faire tout seul et cette compréhension profonde chez les Français que la conduite des affaires publiques, dans cette économie mondiale très intégrée, est un art complexe qui suppose la concertation, au minimum avec ses partenaires européens. Malentendu encore entre cette envie d’un chef capable de décider et ce besoin d’une démocratie élective et sociale revigorée. Malentendu entre ce désir exprimé en 2007 d’un changement de génération, capable de briser certains codes compassés de la République, et cette fausse croyance que les Français réclament un président qui leur ressemble. Et dise comme eux des gros mots. Malentendu entre un discours de rupture et un exercice du pouvoir certes inédit, mais qui n’a pas échappé aux soupçons de dérives affairistes de ses trois derniers prédécesseurs. Malentendu enfin entre ces Français désireux qu’on s’occupe d’eux et ce Président qui parle tout le temps de lui. C’était Nicolas Sarkozy. Un président libéral élu un an avant que la finance déraille. Un chef


C’ÉTAIT NICOLAS SARKOZY, UN CANDIDAT QUE L’ON CROYAIT EN PHASE AVEC SON ÉPOQUE, MAIS QUI NE L’ÉTAIT PEUT­ÊTRE PAS TANT QUE ÇA.

• 1,50 EURO. PREMIÈRE ÉDITION NO9568

MERCREDI 15 FÉVRIER 2012

WWW.LIBERATION.FR

DR

CINÉMA

MERYL STREEP ET SON NUMÉRO DE MAGGIE CAHIER CENTRAL

Sur la ligne du départ Ses idées

Sa stratégie

Ses communicants

Emmanuelle Jean-Michel NKM et Peltier, Mignon, libérale Goudard, l’ami deux porte-parole assumée. passé par la pub. pour ratisser large. PAGES 2 À 9

Syrie: l’imam qui a tout déclenché

AP

A-t-il changé, pour reprendre sa fameuse expression de 2007 ? Oui. Aucun homme politique n’est entré à l’Elysée sans s’en trouver profondément modifié. Comment pourrait-il en être autrement ? Mais le chef de l’Etat a tellement changé d’attitudes, de discours, de politique, qu’il a donné le tournis. Sa doctrine ? Le pragmatisme. Il a emprunté pendant son quinquennat tellement de zigzags qu’il a donné, lors de son entrée en campagne, le sentiment d’être revenu à son propre point de départ : un créneau économique dans la plus pure tradition libérale et dérégulatrice du modèle social français et un carré de valeurs – travail, lutte contre l’immigration, sécurité, famille – inchangé par rapport à 2007. Derrière la volonté du candidat de s’adresser directement au peuple via des référendums, c’est un Nicolas Sarkozy finalement fidèle aux mêmes valeurs qui se représente devant les Français. Après avoir fait le malheur du président, cette stratégie peut-elle refaire le bonheur du candidat ? C’est Nicolas Sarkozy. Ou la perspective d’un deuxième quinquennat. Sans malentendu cette fois. •

LAURENT TROUDE

d’Etat individualiste dans son comportement et ses orientations idéologiques à un moment de l’histoire qui impose un regain des valeurs collectives et de solidarité. Un président favorable au moins d’Etat quand la crise, en France, en Europe, partout, a mis sur la table la question du rapport de force entre le politique et l’économie, entre la puissance publique et les banques, entre les Etats et les agences de notations. C’était Nicolas Sarkozy, un candidat que l’on croyait en phase avec son époque, mais qui, peut-être, ne l’était pas tant que ça. Il se pensait en avance, en modernisateur d’une France accrochée à ses vieilles lunes. Mais ses recettes étaient en retard d’une crise, qui impose partout de nouvelles réponses. «C’était Nicolas Sarkozy» ne signifie pas, pour autant, que la cause du président sortant est forcément perdue. Le candidat Sarkozy est un prédateur dont les forces décuplent lorsqu’il est en campagne. Il aime l’odeur du ring. Il puise son énergie dans l’adversité. Il a l’expérience. Et les premiers jours de sa campagne, à Annecy et à Marseille, ont confirmé qu’il était prêt à tout. C’est Nicolas Sarkozy.

Réfugié au Liban, un cheikh salafiste dit être à l’origine de la révolte, partie de Deraa. PAGES 10­11

A l’école de la grogne ÉDUCATION La mobilisation contre les réformes de la droite tient toujours et a fédéré parents et enseignants autour de la défense d’une école qui apparaît fragilisée à l’issue du quinquennat. PAGES 14­15

IMPRIMÉ EN FRANCE / PRINTED IN FRANCE Allemagne 2,20 €, Andorre 1,50 €, Autriche 2,80 €, Belgique 1,60 €, Canada 4,50 $, Danemark 26 Kr, DOM 2,30 €, Espagne 2,20 €, Etats­Unis 5 $, Finlande 2,60 €, Grande­Bretagne 1,70 £, Grèce 2,60 €, Irlande 2,35 €, Israël 19 ILS, Italie 2,20 €, Luxembourg 1,60 €, Maroc 16 Dh, Norvège 26 Kr, Pays­Bas 2,20 €, Portugal (cont.) 2,30 €, Slovénie 2,60 €, Suède 23 Kr, Suisse 3 FS, TOM 410 CFP, Tunisie 2,20 DT, Zone CFA 1 900 CFA.

15 FÉVRIER 2012 Fin d’un long faux suspense. Nicolas Sarkozy est candidat à sa réélection.

SARKOZY HORS-SÉRIE • 5


CHRONOLOGIE

2002-2012

27NOVEMBRE 2004 Sarkozy président de… l’UMP après un plébiscite des militants. Chirac le somme de démissionner de son poste de ministre de l’Economie.

Du ministère de l’Intérieur à l’Elysée en passant par l’UMP, de la mise en scène des actions publiques à l’affichage de la vie privée, onze ans de fièvre sarkozyste à travers les manchettes de «Libé».

SARKOZY À LA UNE 5 MAI 2004 Nommé en mars ministre d’Etat en charge de l’Economie, des Finances et de l’Industrie, Nicolas Sarkozy multiplie les annonces. 6 • HORS-SÉRIE SARKOZY

6 AVRIL 2006 La lutte entre Sarkozy et Villepin fait rage alors que la mobilisation contre le CPE (contrat première embauche) s’intensifie.


10 DÉCEMBRE 2002 L’action musclée du ministre de l’Intérieur en matière de sécurité et d’immigration est approuvée par les deux tiers des Français. SARKOZY HORS-SÉRIE • 7


CHRONOLOGIE

2002-2012

7 MAI 2007 Le rêve d’une vie accomplie et une fête au Fouquet’s entre happy few en guise de bras d’honneur… Nicolas Sarkozy devient le sixième président de la Ve République. 8 • HORS-SÉRIE SARKOZY


16 MAI 2007 Le nouveau président entre officiellement en fonction. Jacques Chirac lui remet les clés de l’Elysée.

9 MAI 2007 Un début de quinquennat sur le yacht de Bolloré. Une image jet­set et bling­bling qui lui collera longtemps à la peau

25 MAI 2007 Le bouclier fiscal, mesure destinée aux plus riches, va devenir ingérable avec la crise économique. Il disparaîtra en 2011.

3 AOÛT 2007 L’ami Kadhafi est à Paris. Visite controversée du leader libyen venu échanger une respectabilité diplomatique contre des contrats d’armements. SARKOZY HORS-SÉRIE • 9


CHRONOLOGIE

2002-2012

21 JUIN 2008 L’idylle du Président avec Carla Bruni, révélée lors d’une visite chez Mickey, se conclut par un mariage en février.

18 OCTOBRE 2007 La rumeur courait depuis des mois, nourrie par la nervosité du Président: le divorce de Nicolas et de Cécilia est rendu public.

7JUILLET 2008 Sarkozy trouve malin de narguer les syndicats: «Désormais, quand il y a une grève en France, personne ne s’en aperçoit…»

• 1,30 EURO. PREMIÈRE ÉDITION NO8841

MARDI 13 OCTOBRE 2009

WWW.LIBERATION.FR Jean Sarkozy en mai 2009. PHOTO PIERRE HOUNSFIELD . GAMMA .

EXEMPLAIRE OFFERT. NE PEUT ÊTRE VENDU

EYEDEA PRESS

Moi, mon papa, il est Président La polémique gonfle à propos de l’accession prévue de Jean Sarkozy à la tête de la structure qui gère le quartier de la Défense. Le Net s’enflamme.

«Q

uel est le mérite de Jean Sarkozy à part d’être le fils à papa ?» La question a été posée hier par Arnaud Montebourg mais aussi par de nombreuses voix à gauche alors que se profile l’élection du fils du Président à la tête de l’Epad, l’Etablissement public de la Défense. Les accusations de népotisme se sont multipliées, beaucoup se demandant comment le jeune homme de 23 ans, conseiller général des Hauts-de-Seine depuis seulement deux ans et toujours

étudiant en droit, pourrait prendre la tête d’un organisme qui a réalisé un chiffre d’affaires d’un milliard d’euros en 2008 et détermine le futur du plus grand quartier d’affaires d’Europe. Toute la journée d’hier, les responsables de l’UMP sont montés au créneau pour défendre Jean Sarkozy. «Le procès d’intention est détestable», a lâché Frédéric Lefebvre. Mais la polémique embarrasse aussi les députés de droite qui, sous couvert d’anonymat, critiquent cette promotion-éclair. PAGES 2­4

Treiber, l’étau Grippe A: se se resserre faire vacciner Il a été aperçu dans une ou pas forêt de Seine-et-Marne, écrit à la presse et à sa compagne: enquête sur l’étonnante cavale de l’assassin présumé de Géraldine Girault et Katia Lherbier, en fuite depuis le 8 septembre.

PAGES 10­11

SANTÉ Les doses arrivent en masse cette semaine en France. Pourtant, même les médecins sont partagés. Faut-il vraiment se faire vacciner contre la grippe A H1N1? Quelles sont les populations réellement à risque? Et pourquoi une telle méfiance? Décryptage. PAGES 22­23

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10 • HORS-SÉRIE SARKOZY

13OCTOBRE 2009 La candidature de Jean Sarkozy, étudiant de 23 ans, à la tête de l’Epad (Etablissement public pour l’aménagement de la Défense) fait scandale.

C'était Sarkozy, histoire d'une ambition.  

C’était Sarkozy. Ministre de l’Intérieur empilant lois et décrets, adepte du bouclier fiscal puis de la taxe Tobin, président bling-bling n...

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