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« Lorsque je me suis rendu sur les lieux, la première chose qu’il m’est paru indispensable de faire c’était une vue panoramique. J’ai commencé à régler mes appareils, ce n’était pas le numérique d’aujourd’hui, donc cela demandait des réglages assez précis d’autant que j’avais un appareil couleur et un appareil noir et blanc. Et c’est précisément au moment où j’effectuais ces réglages qu’a eu lieu cette explosion absolument gigantesque, une véritable explosion atomique. […] J’en garde un souvenir impérissable. Vous savez ces catastrophes nous rappellent toujours ce que nous sommes. Et finalement nous sommes peu de chose, sans le secours de ceux qui laissent leurs vies. » Il y a 50 ans, aux portes de Lyon, à Feyzin, une gigantesque explosion consécutive à un incendie dans la raffinerie de pétrole fait 18 morts et endommage les habitations jusqu’à 25 kilomètres à la ronde. Le photographe de presse Georges Vermard couvre ce premier grand drame industriel français et livre une série d’images inoubliable, à la hauteur de cet événement tragique d’un genre alors entièrement nouveau.

25,00 ¤ TTC – ISBN : 978-2-917659-49-6 – Dépôt légal : janvier 2016 – www.editions-libel.fr

FEYZIN – 4 JANVIER 1966 IMAGES D’UNE CATASTROPHE PAR GEORGES VERMARD

FEYZIN – 4 JANVIER 1966 IMAGES D’UNE CATASTROPHE PAR GEORGES VERMARD

FEYZIN


Sommaire

4 Préfaces 8

Il y a 50 ans, un drame à Feyzin

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Images d’une catastrophe à Feyzin

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Le bilan humain

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Les renforts

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Georges Vermard, photographe au quotidien

111 Bibliographie 112 Remerciements

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Il y a 50 ans, un drame à Feyzin Catastrophe à la raffinerie pétrolière ● Présentation du site La construction de la raffinerie pétrolière de Feyzin débute en avril 1963, suivant l’autorisation accordée le 20 avril 1962 par le préfet de l’Isère. Sa mise en service intervient en juin 1964, sous le nom de l’Union Générale pour le raffinage et la pétrochimie, filiale de l’UGP (Union Générale des Pétroles). Associée à la fois à un distributeur de produits pétroliers et deux plus importants groupes chimiques français – Ugine et Progil – elle a pour vocation de traiter du pétrole brut léger, exempt de soufre. En moyenne, la raffinerie était déjà en mesure dans les années 1960 de raffiner 2 millions de tonnes par an. Elle est approvisionnée par le pipe-line sud-européen, via la dérivation raccordée à partir de la station située à Saint-Quentin-Fallavier. En 1966, le site livrait des produits pour la consommation domestique, notamment du propane et du butane mis en bouteille dans l’usine de la société Rhône Gaz, à proximité de la raffinerie, du carburant pour les automobiles, du gas-oil, du fuel. Le site est partagé en trois zones : Zone A : Production Zone B : Stockage des produits finis Zone C : Rhône-Gaz, chargement du gaz pour la vente. ● Les moyens initiaux de secours  Le service de sécurité de la raffinerie Sur tout le site de la raffinerie s’étendait un réseau hydraulique d’incendie maillé sur lequel étaient piqués de nombreux poteaux de 100 mm et des bouches d’incendie de 150 mm. Ce réseau était alimenté par deux pompes fixes (une actionnée par un moteur diesel et l’autre par un moteur électrique) placées en refoulement dans un bassin de 12 000 m3 et débitant chacune 400  m3 d’eau par heure sous une pression de 12 bars.

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En zone B, sur l’aire B7, dédiée au stockage des gaz de pétroles liquéfiés (GPL), les installations fixes de protection contre le feu de chacune des huit sphères de gaz étaient constituées de deux couronnes, au sommet et en partie médiane, munies de vingt-deux pulvérisateurs débitant 2 200 l/min pour les sphères de butane (capacité de 1 600 m3) et 1 800 l/minute pour celles de propane (capacité de 1 200 m3). Au sol existait un pulvérisateur dirigé vers la base de la sphère. Ce dispositif était commandé par une vanne à volant.1 Au sommet des sphères figurait un jeu de trois soupapes de sécurité capables de débiter au total 71 tonnes de produits gazeux par heure à une température de 50°.2 En pratique, une seule soupape servait à la fois. Pour éviter la condamnation simultanée des trois soupapes, elles étaient équipées de serrures spéciales, du type Bouré, utilisées par la SNCF.3 En outre, deux réservoirs cylindriques, dits « ballons de jet » ou « cigares », contenant chacun 161 m3 de gaz butane ou propane, étaient protégés par des rampes de pulvérisateurs. Pour le personnel, le service de sécurité incendie de la raffinerie comptait : un ingénieur, un adjoint, un chef de la sécurité, huit sapeurspompiers professionnels d’industrie assurant une garde permanente par le roulement d’équipes de trois hommes dont un chef de quart au poste de sécurité de l’usine. En outre, trente-cinq ouvriers de l’usine formés à la lutte contre le feu pouvaient intervenir comme pompiers auxiliaires. Le 4 janvier 1966, trois autres professionnels furent appelés par téléphone chez eux, à Feyzin, vers 7 h 16 et dès l’alerte donnée par la sirène de l’usine à 7 h 20, les six professionnels rejoints par huit auxiliaires. En sus, à 8 heures, vingt-six auxiliaires les renforcèrent.4 Trente-quatre pompiers auxiliaires étaient donc présents à cette dernière heure.

Tous ces pompiers industriels disposaient des matériels suivants5 : - Un camion-citerne mousse pompe (CCMP) équipé par Guinard, sur un châssis Saviem JL 25/6 N, transportant 5 000 litres de liquide émulseur  et muni d’une pompe débitant 120 m3/h à 10 bars. - Le liquide émulseur est un produit chimique (assez proche d’un savon) qui, mélangé à l’eau, produit une mousse, dite physique ou mécanique, laquelle éteint les feux d’hydrocarbures par étouffement en privant les flammes d’oxygène.6 - Un camion-citerne mousse (CCM) équipé par Guinard sur un même châssis, transportant 5 000 litres de liquide émulseur, mais démuni de pompe. - Un fourgon de secours multiples (fourgonpompe-tonne) sur châssis Citroën T 46 CDU, avec 2 500 litres d’eau, 150 litres de liquide émulseur et une pompe de 60 m3/h. - Un camion poudre, sur châssis Citroën U 56, équipé par SOFRAMI avec deux réservoirs de 750 kg chacun alimentant 4 lances pistolets ; - Trois motopompes remorquables Guinard de 60 m3/h à 10 bars ; - Quatre lances-canons eau et mousse (LCEM) ; - Un véhicule de servitudes, Citroën HY ; - Une Jeep de liaison.


Le corps de sapeurs-pompiers de Lyon Au mois de janvier 1966, le corps de sapeurspompiers de Lyon était entièrement constitué de professionnels (depuis janvier 1913). L’effectif total comptait trois cent quatre-vingt-onze hommes répartis inégalement dans trois casernes dites « compagnies » : - 1re cie : quartier central (état-major) avec cent quatre-vingt-treize hommes (dont cent étaient de service le 4 janvier 1966) ; - 2e cie : caserne Rochat avec soixante hommes ; - 3e cie : caserne de Gerland avec cent trente-huit hommes. Une nouvelle caserne était en construction dans le quartier de la Duchère, mais elle n’entra en service qu’à la fin de l’année. Le régime de travail était alors de 72 heures de service suivies d’un jour de repos. À l’époque, il n’y avait pas d’employés technico-administratifs non sapeur-pompier. Ces derniers assuraient journellement l’entretien complet des casernements et des matériels d’intervention. Le parc automobile alignait au total 76 véhicules, dont : 27 engins-pompe, 4 échelles aériennes, 8 unités diverses de sauvetage, 5 voitures pour feux de cheminée, 11 ambulances, dont 3 pour le secours aux asphyxiés et noyés, et 21 véhicules divers de servitude.7 Pourquoi les sapeurs-pompiers de Lyon interviennent-ils à Feyzin ? En 1966, dans le cadre du Service Départemental d’Incendie et de Secours du Rhône mis en service à partir de 1947, le corps de Lyon assurait les secours en premier appel pour onze communes, dont celle de Feyzin, compte tenu de sa proximité avec Lyon (13 km de distance avec l’hôtel de ville à vol d’oiseau). Quoique celle-ci soit située dans l’Isère, à la suite du règlement du Service

Départemental d’Incendie de l’Isère approuvé par un arrêté préfectoral du préfet de l’Isère Roger Ricard signé en 19538, en outre réaffirmé par un arrêté du préfet du Rhône en date du 30 octobre 1960, les sapeurs-pompiers lyonnais devaient intervenir sur la commune de Feyzin dès la première demande de secours. Le corps de Vienne (Isère) était placé en centre de deuxième appel.9 Le 29 janvier 1964, la direction de la raffinerie avait signé un contrat d’abonnement au service d’incendie de Lyon valable à compter du 1er février.10 Tarifé à 150 francs par an, cet accord prévoyait : - Sur simple appel téléphonique, envoi de secours dans la mesure des possibilités du moment ; - Un contrôle annuel des installations hydrauliques contre l’incendie ; - Une reconnaissance générale du risque ; - Éventuellement, sur demande de l’abonné, des conseils de prévention. C’est donc dans ce cadre parfaitement légal qu’intervinrent les sapeurs-pompiers de Lyon. Depuis 1963, les officiers d’état-major du Rhône et de l’Isère purent assister à plusieurs réunions avec les ingénieurs de l’usine. Ils visitèrent les lieux, mais aucune manœuvre d’ensemble ne put être organisée. La première était prévue pour le mois de février 1966. À la demande du lieutenant-colonel Bal, inspecteur départemental du Rhône, et du commandant Goubet de Vienne, une ligne téléphonique directe reliait l’usine au standard opérationnel des sapeurs-pompiers de Lyon.11 Le 4 janvier, cette ligne ne sera pas utilisée.12 C’est probablement parce qu’elle aboutissait au PC de la sécurité de l’usine qui n’était plus occupé, les trois pompiers de garde étant en intervention vers la sphère.13

Le corps de sapeurs-pompiers de Vienne En 1966, le corps de sapeurs-pompiers de Vienne était composé de neuf professionnels assurant, comme ceux de Lyon, un service de 72 heures de travail suivi d’un jour de repos, et de cinquante-sept volontaires. Le parc automobile comprenait : 1 premier secours (Delahaye), 1 FPT (Berliet GLI), 1 FPT Mousse (Berliet GAK 17), 1 camion-citerne incendie (Delahaye), 1 fourgon incendie normalisé (Berliet GLA), 1 CCFL Dodge, 2 Jeeps pour feux de cheminée, 1 échelle pivotante automatique de 30 mètres (Berliet GBK), 1 camion-grue (Ward LaFrance), 1 ambulance (Peugeot 4 B), 1 Jeep radio, 1 voiture légère (Renault Juvaquatre), 1 VL (Renault Prairie), 1 VL (Peugeot 404 break), 1 VL (Citroën 2 cv utilisée pour le service de l’inspection du SDIS 38). 14

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● Les véhicules d’incendie engagés pour ce sinistre15 • Fourgon Pompe Tonne (FPT) : mis en service à partir de 1961, ce véhicule de première intervention armé à l’époque à Lyon par 5 hommes logés dans une cabine double, muni d’une pompe de 60 m3/h lui permettant d’alimenter 2 grosses lances (GL), d’une tonne de 2 500 litres et d’une lance de dévidoir tournant (LDT), identique à un tuyau de jardin, de 80 mètres de longueur. Un exemplaire de ce type de véhicule (Berliet GAK 17, n°  141 au corps) celui du piquet de l’adjudant Heyraud, brûla à Feyzin. Tous les FPT de renforts lyonnais arrivés après l’explosion et le FPT Mousse de Vienne étaient aussi de ce modèle. Placé en aspiration au canal, ce dernier ne subit pas les effets de l’explosion. • Fourgon Pompe Mixte (FPM), dit aussi Fourgon Mixte : ce véhicule de première intervention ou de renfort capable d’assurer aussi bien l’attaque des feux que les sauvetages et les opérations diverses était à l’époque armé par 12 hommes abrités dans une carrosserie profilée, possédant un équipement incendie semblable au FPT sauf pour la tonne qui ne contenait que 900 litres d’eau. Utilisé par le piquet de l’adjudant Heyraud, le prototype de la série, datant de 1960 (Berliet GAK 17, n° 120 au corps), fut détruit par le feu. Bien qu’ayant les mêmes caractéristiques opérationnelles à quelques détails près, le FPM n° 102 du sous-lieutenant Lopez était d’un modèle plus ancien Berliet GLA 5 F, datant de 1954. • Départ lourd : était constitué d’un FPT et d’un FPM, éventuellement complété par une échelle aérienne. Typiquement lyonnais, ce dispositif était envoyé en cas de grand feu avéré ou de suspicion de sinistre grave. Le FPT était chargé d’attaquer le feu avec sa réserve de 2 500 litres alors que le FPM allait s’alimenter au point d’eau le plus proche pour établir des lances supplémentaires et/ou approvisionner le FPT.

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• Les différentes lances à main (normalisées pour tous les corps français) et utilisées pour cet incendie : - Lance de 20/7, montée sur le tuyau semi-rigide de 22  mm de diamètre utilisé pour les dévidoirs tournants (comme un tuyau de jardin), un homme suffit pour l’utiliser ; - Lance de 40/14, dite petite lance (PL), montée sur un tuyau souple de 45 mm en toile plastifiée intérieurement, un homme suffit pour l’utiliser ; - Lance de 65/18, dite grosse lance (GL), montée sur un tuyau souple de 70 mm en toile plastifiée intérieurement, il faut deux hommes pour l’utiliser ; - Lance de 100/25, dite lance à grande puissance (LGP) montée sur un tuyau de 110 mm. Ce type de lance comporte des poignées de manœuvre. Il faut trois hommes pour la diriger. • Grande Puissance pour Feux d’Hydrocarbures (GPFH) : ce véhicule (Berliet GBK 18) à cabine double fut construit à un exemplaire pour le corps de Lyon en 1961. Armé par quatre hommes, il était muni d’une pompe de 120 m3/h, d’une tonne d’eau de 4 000 litres, de deux réservoirs d’émulseur de 250 litres chacun et d’une lance-canon fixée sur la tonne. Dépendant de la CNR, le service de sécurité du port Édouard Herriot utilisait un véhicule de conception générale identique hormis la cabine simple et la banquette arrière à l’air libre qui l’équipait. Cet engin interviendra aussi à Feyzin. • Camion lance-mousse de l’usine Rhodiacéta Belle-Étoile de Saint-Fons. Ce véhicule était conçu sur un châssis Renault Galion. Démuni de pompe, il devait s’alimenter en eau sur le réseau d’incendie de l’usine par trois entrées munies de raccords normalisés de 70  mm. Il transportait 2 000 litres d’émulseur. Sur la tonne était fixée une lance-canon. Deux dévidoirs garnis chacun de 140 m de tuyaux de 70 mm complétaient son armement.16 Il a été détruit par le feu.

● Les facteurs qui ont conduit ou aggravé cette catastrophe Les prises d’échantillon de gaz L’accident technologique du 4 janvier 1966 trouve son origine dans une opération routinière, mais indispensable : vérifier la bonne qualité du gaz par des analyses effectuées à partir de prélèvements d’échantillons ponctuels. Après les opérations de raffinage, le gaz doit être débarrassé de ses composants sulfureux à l’aide de soude. Il est ensuite nécessaire d’éliminer les déchets d’eau et de soude résultant de cette opération de lavage, lesquels s’accumulent en partie basse des sphères de stockage. Un dispositif spécial était prévu pour effectuer la purge des sphères et le prélèvement de gaz. À l’époque, il comportait deux canalisations formant un té fixé à la base de la sphère. Sur la branche verticale sortant de la sphère, d’un diamètre de 50 mm, existaient deux vannes à boisseau, un quart de tour, actionnées


par un carré. Entre ces dernières, était piquée perpendiculairement une tubulure de 20 mm équipée d’une vanne du même type. Le tuyau vertical plongeait dans une cavité de 50 cm de côté et de 1 m de profondeur, raccordée à un réseau de canalisations souterraines reliant tous les puisards implantés sous les huit sphères.17 D’après une note de service du 4 mars 1965, impérativement, une seule vanne devait être ouverte à la fois pour procéder à la purge et la prise d’échantillon par une manœuvre dite en sas. Après avoir mis en place la clé de manœuvre sur le carré de la vanne et l’avoir solidement bloquée grâce à un écrou prévu à cet effet, l’opérateur devait ouvrir la vanne supérieure, dite de sécurité, en grand et d’un seul coup, ceci afin d’éviter la formation d’un hydrate.18 En effet, la détente du propane liquéfié passant en phase gazeuse s’effectue à une température de moins 42 degrés, ce qui provoque la formation d’un glaçon que les pétroliers nomment « hydrate ». Ensuite, cette vanne étant refermée, il avait à ouvrir progressivement, à « laminer » diraient encore les pétroliers, la vanne inférieure, dite de purge, pour laisser tomber dans le puisard les dépôts de soude et d’eau accumulés à la base de la sphère tout en guettant l’arrivé du gaz. Dès l’apparition de ce dernier, la vanne basse devait être complètement refermée. Ensuite, la vanne supérieure était de nouveau ouverte pour remplir de gaz le sas, puis elle était refermée. Alors, le laborantin pouvait prélever l’échantillon de gaz en ouvrant la vanne du piquage latéral. Si la quantité de déchets à évacuer était très importante, l’opérateur pouvait renouveler la manœuvre de sas autant de fois que nécessaire, en respectant la règle d’une seule vanne ouverte.19

Une installation de prélèvement défectueuse Ce système de prélèvement d’échantillon de gaz avait déjà été signalé comme mal adapté par le personnel appelé à l’utiliser. Les vannes de sécurité et de purge étaient trop rapprochées. Le fait d’en ouvrir une provoquait leur givrage presque instantané à cause du phénomène induit par la détente du gaz liquéfié. Adoptée pour éviter des manœuvres intempestives, la commande des vannes par des leviers à œil carré amovibles au lieu de volants fixes constituait un danger en cas de chute de ces clés. Pour éviter ce genre de problème, l’opérateur devait bloquer la clé sur le carré à l’aide d’un écrou adéquat, ce qui n’a pas été le cas le 4 janvier. En outre, ces vannes étaient souvent difficiles à actionner. Le puisard de récupération des déchets étant situé juste sous le dispositif de purge, les projections de liquide glacé sur l’opérateur n’étaient pas rares. En outre, l’accès aux vannes n’était pas aisé à cause de l’enchevêtrement de nombreuses canalisations, ce qui obligeait les intervenants à enjamber beaucoup de tuyaux pour arriver sous la sphère. Enfin, la vanne de commande du système de refroidissement des sphères était positionnée beaucoup trop près de celle-ci, une vingtaine de mètres, 20 et sa manœuvre devenait impossible en cas de feu violent, ce qui se produisit lors de l’accident. Les deux avertissements Deux incidents d’une certaine gravité avaient déjà alerté le service de sécurité de l’usine. Le 6 août 1964, vers 23 heures, l’imprudence d’un aide-opérateur avait engendré une importante fuite. Aidés par un vent favorable qui chassait le gaz, un ingénieur de fabrication et un pompier avaient heureusement réussi à refermer les vannes. Le 26 février 1965, à 11 h 05, au cours d’un prélèvement, une violente fuite de gaz

brûla deux chimistes. Mais là encore, les pompiers Leseurre et Rossit accoururent. Le premier fut lui aussi brûlé par le gaz, mais le second put actionner les vannes et les fermer.21 À la suite de ces deux alertes, le chef des services techniques de la raffinerie avait émis la note de service de mars 1965 précitée qui détaillait la procédure à suivre. Certains opérateurs négligeaient de l’observer strictement.22 L’erreur initiale Le 4 janvier 1966, le laborantin Duval doit prélever un échantillon de gaz, sur la sphère n° T 61 443, qui contient 693  m3 de propane liquéfié sous une pression de 17 bars, soit 348 tonnes de liquide à 10 degrés de température. À 6 h 30, il arrive au poste de sécurité où le pompier Edmond Fossey est désigné pour l’accompagner. Les deux hommes se rendent à la pomperie n° 1 où se trouve l’aide-opérateur Déchaumet. Arrivé au pied de la sphère 443, ce dernier passe sous l’énorme boule, pour accéder aux vannes. Le pompier se place face à lui à environ deux mètres. Le laborantin attend en restant à quelques mètres en recul. Le jour n’étant pas levé et l’éclairage peu efficace sous la sphère, le pompier ne peut probablement pas suivre précisément tous les gestes de son collègue. Cette équipe ne tient donc pas compte de la note de service précitée. Les fautes s’accumulent. D’abord en intervenant alors qu’il fait encore complètement nuit, ce qui est en contradiction avec la consigne de mars 1965. Ensuite, l’opérateur inverse les manœuvres et ne respecte pas la règle d’une seule vanne ouverte à la fois. Ayant ouvert la vanne inférieure de moitié, ce qui est confirmé par l’expertise du système de purge retrouvé à 600 mètres du lieu de l’explosion, il actionne ensuite celle de dessus. Un peu d’eau sodée tombe dans le puisard, et un petit jet de gaz s’échappe. L’opérateur referme la

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vanne supérieure, puis, pour terminer la purge, l’ouvre à nouveau sans barrer la vanne basse. Un filet d’eau s’écoule, sans plus. Un hydrate s’est semble-t-il formé à la sortie de la tubulure, empêchant le gaz de sortir. La vanne inférieure étant toujours ouverte, il actionne alors à fond celle de dessus. Le pompier crie « Tu ouvres trop grand ». Trop tard, après quelques secondes, avec une sorte de déflagration, le glaçon étant probablement expulsé par la pression, le gaz jaillit avec violence. Ricochant au fond du puisard, le fluide glacé éclabousse l’opérateur qui est légèrement brûlé au bas du visage et à l’avant-bras droit. Surpris, celui-ci recule, et perd ses lunettes de protection. Le pompier Fossey s’avance pour le secourir, mais Déchaumet sort du nuage de gaz. Puis, retournant dans la nappe gazeuse, en se protégeant le visage avec son casque, il tente de refermer la vanne. Hélas, la clé à œil carré, qu’il a omis de fixer avec l’écrou, s’est désolidarisée du carré de la vanne et, chutant, elle est restée accrochée à un graisseur. À l’aveuglette, il essaye de remettre la clé en place sur la vanne, mais, peine perdue, gêné par le gaz et la condensation de l’humidité de l’air, il n’y parvient pas. Nul ne pense à tenter de refermer la vanne inférieure.23 Ayant un diamètre de 50 mm, la canalisation de purge débite le gaz à un débit d’environ 3,3 m3 par seconde, or, un 1 litre de propane liquéfié produit à la détente 270 litres de gaz. Très rapidement, une épaisse nappe gazeuse se forme. Cette grave erreur de manipulation va engendrer un terrible drame. Il faut noter qu’au moment où se produit l’accident la sphère 443 est « en coulée », c’est-à-dire en cours de remplissage en gaz par les unités productrices. Cette arrivée de gaz sera fermée quelques minutes après le déclenchement de la fuite.

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L’absence de mur le long de l’autoroute A7 Ici, intervint un deuxième facteur aggravant. Située en contrebas d’environ 1,50 mètre, l’autoroute A7 longe la raffinerie sur son côté est. Par simple phénomène de gravité, la nappe gazeuse glisse progressivement sur le terrain en pente en direction de cette voie à grande circulation distante de 22,50 mètres de la limite territoriale de l’usine dans sa partie la plus proche. La construction d’un mur de clôture de 2,50 mètres de haut était prévue dans le permis de construire du 16 août 196324 mais, en janvier 1966, il n’existait toujours pas. Seul un grillage clôturait le site.25 Le 4 janvier, la température assez basse, environ 4 à 5 degrés, et l’absence de vent ne favorisent pas la dispersion du gaz dans l’atmosphère. De plus, le propane est plus lourd que l’air, un mètre cube de propane pèse 1,84  kg contre 1,22  kg pour l’air.26 Seul un grand vent aurait pu, peutêtre, balayer et diluer la nappe gazeuse. Ne trouvant pas d’obstacle, le gaz poursuit sa lente, mais inexorable progression. Désormais, rien ni personne ne peut arrêter le drame mortel qui se prépare. Ayant traversé l’autoroute, le gaz continu à dériver vers la route départementale n° 4 qui suit parallèlement l’autoroute. C’est là, vers 7 h 15, que la tragédie monte d’un ton avec l’inflammation du gaz. En effet, par une voie perpendiculaire, une petite voiture (Renault 4 cv) arrive vers le CD 4. Celui-ci et l’autoroute ont été barrés par la gendarmerie et les CRS, mais, semble-t-il, le chemin emprunté par le petit véhicule est encore libre. Pour une cause inconnue, la nappe gazeuse s’enflamme. À 7  h  16, un énorme chalumeau gronde sous la sphère 443. Une décision logique, mais néfaste Le gaz s’est infiltré dans tout le réseau de puisards se trouvant sous les sphères. Lorsque la nappe gazeuse s’enflamme, tous les puisards sont

en feu sous les huit sphères de l’aire de stockage B7.1. Les pompiers de l’usine maîtrisent les sept petits foyers à l’aide d’extincteurs. Puis, décision logique à ce moment-là, ils ouvrent les dispositifs de refroidissement des sept sphères intactes.27 Cette initiative constitue le troisième facteur aggravant, car l’eau utilisée pour cette protection va faire gravement défaut pour la suite des opérations. Pour ajouter à ce problème, les dispositifs de refroidissement des deux sphères de gaz, implantées de l’autre côté de l’autoroute, sur le site de Rhône-gaz, sont eux aussi actionnés ! Or, ils dépendent du réseau incendie de la raffinerie. 28 Le système de refroidissement de la sphère 443 n’est pas mis en action afin de ne pas compromettre la tentative d’extinction que vont réaliser les pompiers de l’usine à l’aide de leur camion poudre.29 Plus tard, il ne peut être mis en œuvre, car la vanne qui le commande est devenue inaccessible compte tenu de la violence du feu qui enveloppe la base de la sphère.30 Des difficultés supplémentaires pour les renforts des sapeurs-pompiers de Lyon et Vienne À 7 h 19, les pompiers de Lyon sont avertis du sinistre par André Perrin, hôtelier de Feyzin. Ses indications sont très succinctes et, relativement, fausses : « Feu à la raffinerie de Feyzin au quai de chargement des camions ». Deux autres appels provenant de la raffinerie sont reçus quelques instants plus tard sur le 18, mais le téléphoniste ne les enregistre pas sur la main-courante. À 7 h 21, l’adjudant Prévot et une équipe de 15 hommes quittent la caserne de Gerland avec un fourgon-pompe mixte (FPM) et le fourgon grande puissance pour feux d’hydrocarbures (GPFH). Une minute plus tard, l’adjudant Heyraud et 16 hommes partent du quartier central avec un FPM et fourgon-pompe tonne.


officiers (les adjudants Prévot et Heyraud), chefs des deux premiers piquets de Lyon, agirent de façon identique. Ne pouvant pas éteindre la fuite enflammée, chacun de leur côté, ils décidèrent de concentrer tous leurs efforts au refroidissement des sphères voisines de celle qui brûlait. En quelque sorte, ils firent « la part du feu » en laissant brûler ce qui ne pouvait plus être sauvé et en protégeant l’environnement. Le commandant Legras qui prit la direction des secours avalisa leur décision ainsi que le commandant Pierret, chef de corps, qui se présenta peu après.33

Il faut souligner le fait que les sapeurs-pompiers de Lyon ne connaissaient pas le site. Cependant, cette lacune ne fut pas à proprement dit un facteur aggravant, pas plus que les limites départementales, contrairement à ce qui a souvent été dit. Sur le plan opérationnel, ces deux faits n’ont pas rajouté à la gravité de la situation. Par contre, la nature du feu lui-même fut un réel et insurmontable problème.31 À la demande du commandant Pierret, à 7 h 58, les sapeurs-pompiers de Vienne aux ordres du capitaine Conte et 12 hommes se présentent à la raffinerie à 8  h  28 avec une Jeep radio et un fourgon-pompe tonne mousse. Ils établissent une grosse lance qui commence à manœuvrer à 8 h 35. Un type de feu inconnu des sapeurs-pompiers Une première et vaine tentative d’extinction est réalisée par les pompiers de l’usine avec leur camion à poudre de 1 500 kg. L’adjudant Prévot, qui commande le 1er piquet de Lyon, tente à nouveau d’éteindre la fuite enflammée à l’aide de la remorque à poudre de 250  kg amenée par le fourgon-pompe mixte. C’est encore un échec. Si ces deux attaques menées au plus près du feu par des professionnels échouent, c’est que les sapeurs-pompiers, tant ceux de la raffinerie que du corps de Lyon, se trouvent confrontés à un type de feu qu’ils ne connaissent pas. En effet, si tous savaient comment maîtriser une fuite de gaz ordinaire en feu, il en allait tout autrement pour une fuite de gaz liquéfié. La maîtrise d’une fuite de gaz enflammée, le fluide étant en phase gazeuse, ne pose guère de problème. Après s’être assuré que l’alimentation du gaz pourra être barrée après l’extinction des flammes, généralement, ayant préalablement effectué le refroidissement par des lances à eau des canalisations et autres objets susceptibles de rallumer la fuite, une attaque à la poudre règle rapidement l’affaire. Dans le cas de Feyzin, même

si la flamme avait pu être éteinte, chauffées à très haute température, les pièces métalliques de la sphère auraient immédiatement renflammé la fuite. Le 4 janvier 1966, il s’agissait d’une fuite de gaz en phase liquide. Même avec les moyens actuels, on aurait les plus grandes difficultés à éteindre ce type de feu. À l’époque, en Europe, aucun précédent n’avait été signalé. Les sapeurspompiers industriels ou ceux de Lyon comme de Vienne, complètement démunis face à cet accident technologique inconnu d’eux, ne déméritèrent pas et s’engagèrent résolument pour éviter un cataclysme total. Dans son rapport, le commandant Legras précise : « On peut conclure qu’il s’agissait là d’un feu inhabituel qui a dépassé les acteurs de ce drame. Les sapeurs-pompiers ont été victimes de la mécanique, ou si l’on peut dire de la ferraille ». Plus loin, il rajoute : « Tout le personnel employé, équipes de sécurité et sapeurs-pompiers, a fait son devoir jusqu’au bout ». 32 Habitués de longue date à faire face à toutes les situations, sans avoir d’échange entre eux – les distances ne le permettant pas – les sous-

La soupape et la torchère Vers 7 h  45, la sphère  443 étant soumise depuis une demi-heure à une chaleur infernale, la soupape en service qui la surmonte s’ouvre avec une détonation sèche, tel un coup de canon. Une torchère d’une dizaine de mètres s’enflamme alors au-dessus de la sphère. Interrogés sur ce phénomène par les commandants Pierret et Legras, les ingénieurs et techniciens de la raffinerie se voulurent rassurants.34 En réalité, n’ayant euxmêmes aucune expérience pratique pour ce type de feu concernant du gaz liquéfié, logiquement, ils interprétèrent le déclenchement de la soupape comme un indice positif. Pour eux, la sphère allait maintenant se vider progressivement en quelques heures. Au contraire, la pression interne de la sphère augmentait sans cesse. En conséquence la soupape émettait un sifflement semblable à un réacteur d’avion de plus en plus aigu. Au fil des minutes la hauteur de la torchère s’éleva jusqu’à atteindre une cinquantaine de mètres accompagné d’un hurlement  terrifiant.35 Une sourde angoisse étreignait maintenant les pompiers. Pour les porte-lances il était impossible de rester en position à moins de 30 mètres de la sphère en feu plus de 2 à 3 minutes.36

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Le cruel manque d’eau La mise en fonctionnement des systèmes de refroidissement de toutes les sphères intactes obéra gravement les moyens en eau dès le début des opérations. L’alimentation successive des engins-pompes accentua le phénomène. À tel point que plusieurs sapeurs-pompiers de Lyon diront avoir vu de la vapeur s’échapper des couronnes de refroidissement des sphères les plus proches du feu. En effet, placés en refoulement sur des poteaux d’incendie au niveau des voies de circulation, les véhicules de secours utilisaient la majeure partie de l’eau du réseau, le faible débit ne laissant pratiquement rien pour les systèmes de refroidissement installés plus en hauteur.37 Pour pallier à ce manque, le commandant Pierret décide que tous les engins de renforts soient placés en aspiration dans le canal de fuite du Rhône. Cependant, l’établissement des nouvelles lances fut retardé par la clôture douanière qui ceinturait la raffinerie et qu’il fallut abattre pour accéder au canal. Un renfort supplémentaire d’un FPM part de la caserne de Gerland avec une équipe de 11 hommes sous les ordres du souslieutenant Lopez. Il se présente au commandant Pierret à 8 h 18 et reçoit l’ordre d’établir deux nouvelles grandes lances. La difficulté pour communiquer Enfin, une autre difficulté notable, qui compliqua le déroulement des opérations, fut causée par les grandes distances séparant les différents points du site sur lesquels évoluaient les sauveteurs : de l’ordre de deux terrains de football pour l’aire de stockage des gaz liquéfiés et de quatre pour accéder au canal. Ce fait augmenta le temps nécessaire pour mettre en batterie de nouvelles lances compte tenu des grandes longueurs de tuyaux à dérouler du feu au canal. Cela entrava également les communications entre les officiers et tous les acteurs de cette tragédie, d’autant plus

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qu’à l’époque, il n’existait pas de matériel radiophonique léger pour les liaisons individuelles à courtes distances.38

800 mètres. Certains morceaux de métal, pesant plus de 80 tonnes furent trouvés à 270 mètres de leur position initiale.45

Vers l’inexorable tragédie Restant confiants en leur technologie, les responsables de la raffinerie se montraient encore rassurants. Bien que les conditions de la lutte contre l’incendie soient de plus en plus difficiles, les officiers sapeurs-pompiers n’avaient pas véritablement une raison de mettre en doute cette position venant de la part de personnes qualifiées.39 Cependant, avant sa rencontre avec le commandant Pierret, assurant la direction des secours au plus près, quoique le jet des lances soit limité par le manque de débit d’eau, le commandant Legras prit l’initiative de faire éloigner tous les porte-lances de la sphère en feu afin de les préserver autant que possible de l’insoutenable rayonnement. Les lances furent fixées à demeure sur différents supports de fortune et orientées en bonne position pour assurer le refroidissement des sphères voisines de celle qui brûlait.40 Il est certain que la décision du commandant Legras de faire reculer tout le personnel a sauvé un grand nombre de vies. Personne ne prit en compte le fait que, depuis l’inflammation de la fuite, la base de la sphère était soumise à une énorme chaleur, car la calotte elle-même, en haut de la sphère, a subi une température de l’ordre de 800  degrés. 41 Malgré le fluide contenu par la sphère, à environ 10 degrés, et en dépit de l’épaisseur de 42 à 43  mm de la coque sphérique42 celle-ci en vint à s’ouvrir comme une coquille d’œuf provoquant une gigantesque explosion qui libéra le gaz en une véritable mer de feu dans un espace rayonnant de 250 mètres.43 D’après les calculs des experts, il restait dans la sphère plus de 160 tonnes de gaz  liquéfié.44 Des fragments métalliques de la sphère furent projetés dans un très large rayon, au-delà de

Le feu menace de traverser l’autoroute Après les deux premières explosions, le feu se généralise sur la zone de stockage B7 et menace de s’étendre sur la zone C, Rhône-Gaz, située de l’autre côté de l’autoroute où se trouvent les postes de chargement des camions-citernes d’hydrocarbures et de gaz. Sous les ordres du capitaine Mongarny, les sapeurs-pompiers de Lyon et de Givors reçoivent pour mission d’éloigner les camions-citernes de la zone dangereuse et d’établir un barrage de terre face au pont technique supportant de nombreuses canalisations de gaz enflammées, pour éviter la propagation du feu à Rhône-Gaz. Cette opération n’est pas sans danger, lors de la quatrième explosion, un morceau de sphère de plusieurs tonnes est projeté sur le quai de chargement. Un très lourd bilan humain Lors de l’explosion, outre la mortelle marée de feu qui engloutit de nombreux sauveteurs, il semble aussi que la projection des galets tapissant le sol de l’aire de stockage fit des victimes.46 Il est vraisemblable que plusieurs personnes sont mortes tuées par les projections de métal et les cailloux, bien avant d’être anéanties par le feu.47 Au moment du cataclysme, il y a environ 170 personnes sur le site. Le bilan est lourd. Sur 18 victimes décédées, 11 meurent sur les lieux et 7 succombent à leurs blessures dans les hôpitaux. En outre, on compte 82 blessés. Jacques Périer Référent histoire pour le musée des sapeurs-pompiers Lyon-Rhône


1 Rapport sur l’activité des sapeurs-pompiers du Rhône lors de l’incendie de la raffinerie Rhône-Alpes à Feyzin Isère les 4, 5 6 et 7 janvier 1966 rédigé conjointement par le Lt-colonel Bal, le commandant Legras, le capitaine Baptistal, et l’adjudant Prévot, p. 5 ; Rapport d’origine conservé au Musée de sapeurs-pompiers Lyon-Rhône, Fonds Baptistal ; et extrait tiré de : « Le risque technologique majeur », Politique, risque et processus de développement par Patrick Lagadec (docteur en science politique) collection futuribles – Pergamon Press. p. 211. 2 Ministère de l’Environnement/DPPR/SEI/BARPICFBP « BLEVE dans un dépôt de GPL en raffinerie, le 4 janvier 1966, Feyzin (69) France » p. 3 (site internet) et extrait tiré de : « Le risque technologique majeur », Politique, risque et processus de développement par Patrick Lagadec (docteur en science politique) collection futuribles – Pergamon Press. p. 211 ; cet auteur donne le chiffre de 73 tonnes/heure. 3 Témoignage de Bruno Rossit, sapeur-pompier industriel professionnel, chef de quart du poste de sécurité incendie le 4 janvier 1966, recueilli par l’auteur en novembre 1995. 4 Archives du SDIS de l’Isère, consultées par l’auteur le 27 mai 1983, par autorisation spéciale du colonel Gilbert Plantier, inspecteur départemental du SDIS 38, accordée sur l’intervention du colonel Georges Héraud de Lyon ; et Rapport de la Direction des carburants (ministère de l’Industrie) par MM. Winter et Ponsaille. 5 Idem note 4. 6 Note de l’auteur. 7 Archives du corps de Lyon – recherche Jacques Périer 8 Mémoire de 4 e année de diplôme de l’Institut d’études politiques de Lyon (Université Lyon  2) de Léa Berthet, sous la direction de Renaud Payre (site internet). 9 Archives du SDIS du Rhône, procès-verbal de la réunion de la Commission administrative du 29 avril 1959. 10 Archives du SDIS de l’Isère, consultées par l’auteur le 27 mai 1983, par autorisation spéciale du colonel Gilbert Plantier, inspecteur départemental du SDIS 38, accordée sur l’intervention du colonel Georges Héraud de Lyon ; et Rapport de la Direction des carburants (ministère de l’Industrie) par MM. Winter et Ponsaille. 11 Idem note 10. 12 Rapport sur l’activité des sapeurs-pompiers du Rhône lors de l’incendie de la raffinerie Rhône-Alpes à Feyzin Isère les 4, 5 6 et 7 janvier 1966  rédigé conjointement par le Lt-colonel Bal, le commandant Legras, le capitaine Baptistal, et l’adjudant Prévot, p.  12 ; Rapport d’origine conservé au Musée de sapeurs-pompiers Lyon-Rhône, Fonds Baptistal.

13 Note de l’auteur. 14 Renseignements aimablement transmis à l’auteur par le commandant (e. r.) Alain Louis Romatif (centre de secours principal de Vienne (Isère). 15 Note de l’auteur. 16 Témoignage de Marcel Balloffet, sapeur-pompier professionnel à l’usine Rhodiacéta Belle-Étoile de Saint-Fons, recueilli par l’auteur le 30 novembre 1995. 17 Témoignage de Bruno Rossit, sapeur-pompier industriel professionnel, chef de quart du poste de sécurité incendie le 4 janvier 1966, recueilli par l’auteur en novembre 1995. 18 Idem note 15. 19 Idem note 15. 20 Extrait tiré de : « Le risque technologique majeur », Politique, risque et processus de développement par Patrick Lagadec (docteur en science politique) collection futuribles – Pergamon Press. p. 212. 21 Idem note 18, p. 212. 22 Idem note 18, p. 213. 23 Archives du SDIS de l’Isère, consultées par l’auteur le 27 mai 1983, par autorisation spéciale du colonel Gilbert Plantier, inspecteur départemental du SDIS 38, accordée sur l’intervention du colonel Georges Héraud de Lyon. Rapport de la Direction des carburants (ministère de l’Industrie) par MM. Winter et Ponsaille ; et témoignage de Bruno Rossit, sapeurpompier industriel professionnel, chef de quart du poste de sécurité incendie le 4 janvier 1966, recueilli par l’auteur en novembre 1995. 24 Archives du SDIS de l’Isère, consultées par l’auteur le 27 mai 1983, par autorisation spéciale du colonel Gilber t Plantier, inspecteur dépar temental du SDIS  38, accordée sur l’intervention du colonel Georges Héraud de Lyon. 25 Rapport sur l’activité des sapeurs-pompiers du Rhône lors de l’incendie de la raffinerie Rhône-Alpes à Feyzin Isère les 4, 5 6 et 7 janvier 1966  rédigé conjointement par le Lt-colonel Bal, le commandant Legras, le capitaine Baptistal, et l’adjudant Prévot ; Rapport d’origine conservé au Musée de sapeurspompiers Lyon-Rhône, Fonds Baptistal. 26 Rapport de stage I.U.T. effectué auprès des sapeurspompiers de la COURLY par M. Rolland Chomette en 1982 ; aujourd’hui ce jeune étudiant, devenu sapeurpompier, poursuit une carrière d’officier supérieur au sein du corps départemental du Rhône. 27 Témoignage de Bruno Rossit, sapeur-pompier industriel professionnel, chef de quart du poste de sécurité incendie le 4 janvier 1966, recueilli par l’auteur en novembre 1995. 28 Note de l’auteur. 29 Idem note 21. 30 Idem note 21. 31 Note de l’auteur.

32 Rapport sur l’activité des sapeurs-pompiers du Rhône lors de l’incendie de la raffinerie Rhône-Alpes à Feyzin Isère les 4, 5 6 et 7 janvier 1966 rédigé conjointement par le Lt-colonel Bal, le commandant Legras, le capitaine Baptistal, et l’adjudant Prévot, p.  66 ; Rapport d’origine conservé au Musée de sapeurs-pompiers Lyon-Rhône, Fonds Baptistal.  33 Pour tout le paragraphe « Un type de feu inconnu des sapeurs-pompiers » analyse et synthèse de l’auteur. 34 Rapport sur l’activité des sapeurs-pompiers du Rhône lors de l’incendie de la raffinerie Rhône-Alpes à Feyzin Isère les 4, 5 6 et 7 janvier 1966  rédigé conjointement par le Lt-colonel Bal, le commandant Legras, le capitaine Baptistal, et l’adjudant Prévot, p. 30 ; Rapport d’origine conservé au Musée de sapeurs-pompiers Lyon-Rhône, Fonds Baptistal, p.  30 ; et témoignage du lieutenant-colonel André Pierret, recueilli par l’auteur en  février 1984. 35 Analyse et synthèse de l’auteur. 36 Témoignages sapeurs-pompiers Lyon et Vienne – archives Jacques Périer. 37 Analyse et synthèse de l’auteur. 38 Idem note 35. 39 Analyse et synthèse de l’auteur . 40 Rapport sur l’activité des sapeurs-pompiers du Rhône lors de l’incendie de la raffinerie Rhône-Alpes à Feyzin Isère les 4, 5, 6 et 7 janvier 1966  rédigé conjointement par le Lt-colonel Bal, le commandant Legras, le capitaine Baptistal, et l’adjudant Prévot,  p.  31-32 ; Rapport d’origine conservé au Musée de sapeurs-pompiers Lyon-Rhône, Fonds Baptistal ; et témoignage du commandant René Legras recueilli par l’auteur. 41 Ministère de l’Environnement/DPPR/SEI/BARPICFBP « BLEVE dans un dépôt de GPL en raffinerie, le 4 janvier 1966, Feyzin (69) France » p. 15. (http://rme.ac-rouen.fr/feyzin_1966_fr.pdf) 42 Idem note 35, p. 2. 43 Idem note 35, p. 6. 44 Idem note 35, p. 15. 45 Idem note 35, p. 11. 46 L’adjudant-chef Paul Ferrari, caporal en 1966, hormis ses graves brûlures à 60 %, a subi un traumatisme crânien et a eu la joue gauche ouverte et l’œil du même côté crevé à cause des projections de galets. Le commandant Gabriel Raynal, sergent d’attaque sur le piquet de l’adjudant Prévot en 1966, se souvient de la projection intense de galets et même de métal en fusion. Enfin, le lieutenant Marcel Mollier, sergent en 1966, a vu se produire la projection de galets. Ces trois témoignages ont été recueillis par l’auteur en novembre 1995. 47 Note de l’auteur.

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Note aux lecteurs Les photographies issues de l’impressionnant reportage de Georges Vermard sont accompagnées par des extraits du registre de la main courante tenu par les standardistes qui consignaient les messages téléphoniques et radios reçus ou transmis à l’État-major des sapeurs-pompiers de Lyon.


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Quartier des Razes, Feyzin, 4 janvier 1966.

7 h 19 message de monsieur André Perret à Feyzin (propriétaire d’un café-restaurant-hôtel) : Signale feu à la raffinerie de Feyzin au quai d’embarquement des camions.

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7 h 45 message de l’adjudant Prévot : Feu sur une sphère de propane. Nous avons établi 2 grosses lances pour assurer la protection. Envoyer une ambulance.

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7 h 58 message du commandant Pierret : Prévenir le Centre de Secours Principal de Vienne d’envoyer un FP (fourgon-pompe) à la raffinerie de Feyzin.

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8 h 18 message de l’adjudant Prévot : 6 grosses lances en manœuvre, nous continuons le refroidissement des sphères.

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8 h 53 message du sapeur Schmitt : Envoyer d’urgence des renforts et des ambulances, une grosse explosion vient de se produire.

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8 h 54 message du commandant Legras : Énorme explosion – de nombreux morts et blessés – envoyez sur les lieux toutes les ambulances disponibles et les ambulances privées.

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« Lorsque je me suis rendu sur les lieux, la première chose qu’il m’est paru indispensable de faire c’était une vue panoramique. J’ai commencé à régler mes appareils, ce n’était pas le numérique d’aujourd’hui, donc cela demandait des réglages assez précis d’autant que j’avais un appareil couleur et un appareil noir et blanc. Et c’est précisément au moment où j’effectuais ces réglages qu’a eu lieu cette explosion absolument gigantesque, une véritable explosion atomique. […] J’en garde un souvenir impérissable. Vous savez ces catastrophes nous rappellent toujours ce que nous sommes. Et finalement nous sommes peu de chose, sans le secours de ceux qui laissent leurs vies. » Il y a 50 ans, aux portes de Lyon, à Feyzin, une gigantesque explosion consécutive à un incendie dans la raffinerie de pétrole fait 18 morts et endommage les habitations jusqu’à 25 kilomètres à la ronde. Le photographe de presse Georges Vermard couvre ce premier grand drame industriel français et livre une série d’images inoubliable, à la hauteur de cet événement tragique d’un genre alors entièrement nouveau.

25,00 ¤ TTC – ISBN : 978-2-917659-49-6 – Dépôt légal : janvier 2016 – www.editions-libel.fr

FEYZIN – 4 JANVIER 1966 IMAGES D’UNE CATASTROPHE PAR GEORGES VERMARD

FEYZIN – 4 JANVIER 1966 IMAGES D’UNE CATASTROPHE PAR GEORGES VERMARD

FEYZIN

Feyzin, 4 janvier 1966 (extrait)  

Images d'une catastrophe par Georges Vermard // Il y a 50 ans, aux portes de Lyon, à Feyzin, une gigantesque explosion consécutive à un ince...

Feyzin, 4 janvier 1966 (extrait)  

Images d'une catastrophe par Georges Vermard // Il y a 50 ans, aux portes de Lyon, à Feyzin, une gigantesque explosion consécutive à un ince...

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