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A l’unisson ***

Lian_BAash

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A l’unisson *** Elle est là, je ne saurai pas vous dire comment je le sais, mais elle est là. Je n’ai pas besoin de la voir pour le savoir, je la sens, elle s’approche à petits pas. Il entend le bruit caractéristique de ses talons sur leur parquet. J’avais raison, elle m’effleure. Je sens sa main qui parcourt mon avant-bras. Je frisonne, je la laisse faire. J’adore ce premier contact qui confirme mes intuitions. Il est sûr de lui, il a senti le tissu de sa jupe passer le long de sa jambe. Il reconnait alors ce geste familier répété tant de fois en guise de bonjour. Deux mains qui saisissent sa nuque, un visage qui s’approche et reste immobile pour percevoir son souffle. J’aime cette odeur. Je pose alors mes mains sur ces hanches et je l’embrasse. Je suis heureux, je ne suis plus seul. La pénombre qui constitue ses instants de solitude laisse place à des images colorées, une légère odeur de cerise réveille un de ses sens endormi.

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Il se lève en prenant soin de laisser sa main sur l’épaule de sa compagne. Ils marchent jusqu’à la fenêtre. Le soleil printanier les réchauffe. Elle a envie de chanter, elle entend la mélodie dans sa tête. Pour se faire comprendre, elle entame une danse. Elle reste à côté de lui et le frôle en un rythme régulier, faisant tournoyer sa jupe et ses cheveux. Je reconnais son manège, ses cheveux qui cinglent mon visage et ses vêtements qui me caressent. Alors je chante pour elle, son air préféré, celui qui prolonge cet instant de partage et d’extase. Elle s’éloigne juste un peu pour amplifier ses gestes et s’abandonner à son envie. Elle est heureuse qu’il l’ait comprise, elle s’émerveille encore de cette complicité. Elle l’écoute, elle aime sa voix, elle aime cette chanson qu’il a écrite pour elle. Je me concentre sur les courants d’air qui me parviennent et je tente de trouver en eux le tempo de sa dance. Nous sommes à l’unisson, qui aurait pu l’imaginer. Il sourit et s’offre à la fragilité de cet instant. ***

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A-t-il besoin de la voir pour l’aimer ? Je ne l’aime pas comme le tableau que l’on contemple et qu’on admire, je l’aime comme la glaise que l’on ressent quand on essai de la modeler, et qui nous glisse entre les doigts. Je l’aime comme les odeurs qui nous imprègnent et nous pénètrent. Je l’aime comme le goût du vin qui nous envahit et nous émerveille à chaque gorgée. Il est habité par sa présence, il ne l’a jamais vu, mais entre mille il ne s’égarerait pas, s’est sur elle qu’il poserait ses mains sans hésiter un seul instant. A-t-elle besoin de se faire entendre pour se faire comprendre ? La magie réside dans le fait qu’elle ne lui répondrait pas par un je t’aime, mais elle saurait lui faire comprendre sans dire un mot, sans pouvoir prononcer la moindre parole. Chaque posture, chaque geste, chaque effleurement, chaque caresse seraient autant de déclarations. Quelle richesse, que de sensations ressenties qui surpassent de loin la simple conjugaison du verbe « aimer ».

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A l'unisson.