Issuu on Google+

29/03/13

18:10

Page 1

ULF ANDERSEN/AFP

FRED TANNEAU/AFP

H462_P01.qxd:L'HEMICYCLE

François Bayrou

Emmanuel Todd

P. 2

P. 3

Pour François Hollande, l’entretien télévisé du jeudi 28 mars sur France 2 était lesté de très gros enjeux. Devant des Français inquiets face à la hausse continue du chômage, un recul significatif François Ernenwein du pouvoir d’achat et un affaiblissement des protections sociales, il devait rassurer. À cause de la politique de rigueur forcément fatale dans un tel contexte économique marqué par la dégradation des comptes publics, cela lui imposait de proposer une méthode et d’inviter à une mobilisation pour franchir ce cap difficile. Il fallait rassembler les Français - tâche éminemment présidentielle - pour que le pays continue à avancer. Au terme de plus d’une heure d’entretien, pendant laquelle le chef de l’État s’est effectivement posé en « chef de la bataille », se déclarant conscient de la dureté des temps, François Hollande a d’abord témoigné d’une grande constance dans les choix faits par l’exécutif. Il n’est pas parvenu à convaincre qu’il était porteur d’un nouvel élan pour combattre la crise. Modeste et tenté par la pédagogie, son propos mêlait les slogans : « Ma priorité, je l’ai dit, c’est l’emploi, mais mon cap, c’est la croissance » et le catalogue exhaustif des mesures annoncées depuis 10 mois, rassemblées dans la fameuse « boîte à outils » pleine de pactes et de contrats divers. François Hollande s’est aussi risqué à des promesses audacieuses, que les prévisions ne valident pas : « À la fin de l’année, nous serons dans une baisse du nombre de chômeurs. » Mais, dans l’ensemble, son programme économique et social portait d’abord la marque d’une grande prudence - le refus de l’austérité, la stabilité fiscale - soulignée par une formule : « Le redressement, pas la maison de redressement. » Il donnait l’impression que la France choisit de faire le dos rond quand ses principaux voisins ont déjà engagé ou engagent des ruptures beaucoup plus radicales. Et surtout, François Hollande n’a pas su répondre au rejet dans une part importante de l’opinion de réformes de société comme le « mariage pour tous », encore mesurable ce jeudi soir avec plusieurs milliers de manifestants rassemblés devant le siège de France Télévisions. En voulant éviter le piège de la fébrilité, souvent prêtée à son prédécesseur à l’Élysée, François Hollande a donné l’impression de renvoyer à moyen terme les remèdes à la crise et ne pas avoir toujours conscience du sentiment d’urgence exprimé dans les sondages et lors d’élections partielles par une part significative des Français. En faisant ce choix, celui d’une gestion sereine dont les effets sont loin d’être garantis, le chef de l’État a pris le risque d’accroître encore un peu plus le scepticisme et d’avoir, lui et son gouvernement, à affronter une impopularité aggravée dans les semaines qui viennent. Pour les Français, en tout cas, il n’y avait, dans les propos présidentiels, rien de nature à réduire leurs incertitudes, ni a fortiori à leur donner le sentiment que ces choix sont en mesure de répondre à leurs inquiétudes.

Édito

Et aussi

Anne-Marie Escoffier, de Dante à Jean Moulin, sous le nez de Pinocchio Préfète puis sénatrice, elle a la réputation d’une battante. Chaleureuse, appréciée de ses pairs, elle puise son inspiration dans les ouvrages philosophiques de Dante ou saint Thomas. Elle reste aussi impressionnée par Jean Moulin, qu’elle considère comme un grand serviteur de la France.> Lire l’Admiroir d’Éric Fottorino p. 19

www.lhemicycle.com

Hollande en quête d’une économie royale Le président de la République se rend au Maroc cette semaine pour trouver des relais de croissance. Plus de temps à perdre face à la crise !

François Hollande aux côtés de Sa Majesté Mohammed VI en mai 2012.

a première visite au Maghreb a été pour l’Algérie et les Marocains en avaient conçu un peu de « jalousie ». Mais le 50e anniversaire de l’Indépendance ainsi que le redémarrage d’une relation plus assainie méritaient cette première. Est-ce pour apaiser le palais royal de Rabat que François Hollande avait accueilli son premier visiteur étranger en la personne de Sa Majesté et envoyé, quelques jours avant son déplacement à Alger et Tlemcen, Jean-Marc Ayrault au Maroc ? Naturellement, d’autant plus que le troisième

S

pays clef de ce Maghreb si proche de la France, la Tunisie, n’est toujours pas visitable en l’absence de nouvelles élections dignes de ce nom. Il est loin le temps où le Premier secrétaire du PS rendait visite à ses camarades de l’USFP. François Hollande, Président, n’a pas de temps à perdre en salamalecs face à la crise. Il emmène dans sa caravane pas moins de 70 chefs d’entreprise. La France reste le premier client, le premier fournisseur, le premier investisseur au Maroc. Mais l’année 2012 a vu notre pays se faire

Territoires

tailler des croupières par l’Espagne. Les entreprises françaises ont perdu l’an dernier la moitié de leurs parts de marché au profit de notre voisin ibérique tandis que d’autres pays européens, la Chine, la Corée et des royaumes du Golfe ont continué de progresser sur le plan commercial avec le Maroc. Il n’est donc plus question de « se reposer sur nos lauriers », selon l’expression de l’ambassadeur de France au Maroc.

François Clemenceau > Lire la suite p. 4

Les rencontres de l’Hémicycle

Région Provence-Alpes-Côte d’Azur Construire le modèle français Provence-Alpes-Côte d’Azur est la troisième région française par sa superficie, l’importance de sa population et son produit intérieur brut. C’est aussi la première région de métropole pour la biodiversité, et également pour son potentiel de recherche et de formation. La région a su développer des collaborations internationales pour des projets d’envergure comme ITER, réacteur à fusion nucléaire dont le but est de reproduire l’énergie contenue au cœur du soleil et des étoiles pour la transformer en électricité. Provence-Alpes-Côte d’Azur est aussi la région française de la culture et du tourisme. 2013 étant un rendezvous important pour Marseille, Capitale européenne de la culture. > Lire le dossier spécial p. 7 à 14

Au sommaire • Aux Quatre Colonnes : Accord emplois par Pascale Tournier > p. 4 • Transition énergétique : Un paquebot lourd, mais un cap volontariste > p. 5 • Des mots sur des maux ! par Fabrice Le Quintrec > p. 6 • Technologies : 4G/TNT : expérimentation Orange, SFR et Bouygues à Saint-Étienne > p. 15

NUMÉRO 462 — MERCREDI 3 AVRIL 2013 — 2,15 ¤

de la transition énergétique STÉPHANE VUILLEMIN

Le dos rond

Rédacteur en chef : Joël Genard

JOEL SAGET/AFP

DR

Gérant-Directeur de la publication : Bruno Pelletier

Delphine Batho, la ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie, invitée des premières rencontres de l’Hémicycle, organisées en partenariat avec l’Institut Montaigne au Conseil constitutionnel, a clairement indiqué les quatre priorités de la transition énergétique en France. Elle a aussi rappelé que ce débat s’inscrivait à l’échelle européenne. Pour la ministre : « L’Europe doit se donner les moyens de devenir le continent de la transition énergétique. » > Lire p. 16 à 18 Retrouvez l’intégralité de cette rencontre sur www.lhemicycle.com


H462_P02-03.qxd:L'HEMICYCLE

29/03/13

18:16

Page 2

FRED TANNEAU/AFP

Agora

FRANÇOIS BAYROU PRÉSIDENT DU MOUVEMENT DÉMOCRATE

«

Qu’est-ce qui peut justifier que des courants aussi importants que l’extrême droite, l’extrême gauche et le centre soient absents de l’Assemblée nationale ? » François Bayrou vient de publier un livre, De la vérité en politique (Plon), dans lequel il donne sa vision de la société française, et justifie son choix d’avoir voté pour François Hollande en 2012. La vérité est-elle condamnée à perdre ?

L’accumulation d’illusions, de fausses promesses, qui ont été multipliées depuis 20 ans dans la politique française, nous a amenés dans le mur. Pourquoi ? Lorsqu’il y a des réformes importantes à réaliser, l’adhésion des peuples est indispensable. Il ne s’agit pas forcément d’une adhésion accompagnée d’applaudissements ; mais quand les gens, au fond d’eux-mêmes, ont le sentiment que ce qu’il faut faire est inévitable, et qu’à terme cela améliorera leur situation, ils peuvent accepter les réformes. Mais vous n’avez pas réussi à en convaincre les Français ?

Quand Jean Peyrelevade m’a rejoint, il y a quelques années, il m’a dit : « Je ne sais pas si l’on peut gagner en disant la vérité, mais je sais qu’on ne peut pas gouverner si elle n’est pas dite. » Je pense la même chose. Nous sommes dans un moment où un accord sur le réel est indispensable, pour que les peuples acceptent les changements nécessaires. Le réel a été exclu de la vie politique française, parce qu’à chaque élection présidentielle – suivie des législatives –, l’enjeu c’est : tout ou rien. Ce « tout ou rien » pousse les responsables politiques à la démagogie. C’est toujours le mieux disant démagogique qui l’emporte. Si vous défendez une position minoritaire, vous êtes écarté du jeu. C’est un problème institutionnel grave. La vérité sort du pluralisme, d’un échange de points de vue. Qu’est-

ce qui peut justifier que des courants aussi importants que l’extrême droite, l’extrême gauche et le centre soient absents de l’Assemblée nationale ? Si l’on additionne les voix de ces courants depuis l’an 2000, ils totalisent près de 40 % des suffrages. Qu’est-ce qui justifie que ces 40 % n’aient aucune représentation politique ? La proportionnelle vous donneraitelle plus de voix qu’une alliance ? L’UDF n’était-elle pas l’alliée de la droite ?

L’UDF a commencé à exploser lorsqu’une partie de ses troupes a choisi l’accord électoral avec le Front national. La seconde explosion, ce fut en 2002, quand 80 % de ses élus

pas mes forces pour que cela se produise. Mais être du centre, cela veut dire être autonome, dans la réflexion et dans la décision. Je plaide pour le rassemblement des Français, il serait étrange que je ne plaide pas pour le rassemblement du centre ! Dans leur dernier ouvrage, Le mystère français, Emmanuel Todd et Hervé Le Bras expliquent qu’il y aurait aujourd’hui une France dépressive, mais aussi une France optimiste : la Bretagne, le SudOuest, l’Alsace et Rhône-Alpes. Des régions post-catholiques qui, disent-ils, résisteraient mieux à la crise. Qu’en pensez-vous ?

C’est la raison pour laquelle je n’ai jamais accepté de laisser tomber le

«

JE SUIS CERTAIN QUE TOUS CEUX QUI SE SENTENT RÉELLEMENT CENTRISTES SE RETROUVERONT » ont rejoint l’UMP. Ils ne souhaitaient pas faire partie du centre, mais d’un parti de droite classique. Voilà ce qui a fait exploser l’UDF. La droitisation de l’UMP fait réfléchir ces centristes : ne faut-il pas recréer un grand parti du centre-droit ? Qui peut réunir les formations du centre, à part Jean-Louis Borloo et vous ?

Je suis certain que tous ceux qui se sentent réellement centristes se retrouveront, et je ne ménagerai

2

drapeau de la Démocratie chrétienne. Ce n’est pas un drapeau confessionnel – bien que je sois croyant –, c’est celui d’une attitude devant la vie. C’est d’abord l’esprit d’entreprise : « Aide-toi, le ciel t’aidera. » Ensuite, c’est ne pas chercher des boucs émissaires à ses problèmes, ne pas dire : « C’est la faute des autres, de l’Europe, de l’euro, de la mondialisation… » C’est aussi penser que l’autre n’est pas un ennemi, car nous sommes forts dans nos identités. Enfin, il y a dans ces

L’HÉMICYCLE NUMÉRO 462, MERCREDI 3 AVRIL 2013

régions une dimension communautaire. Nous menons des aventures ensemble. Les pays individualistes sont effectivement moins armés pour faire face aux défis de notre temps. Dans votre ouvrage, vous justifiez votre vote pour Hollande. Comment jugez-vous son action, depuis 10 mois ?

Il a un souci républicain : il laisse travailler les juges, notamment. Il apaise, plus qu’il ne divise – bien qu’il n’ait pas choisi cette ligne, sur certains débats de société… Autre point positif, il gère bien la crise au Mali : il a été rapide et efficace, sans excès de mise en scène. Troisième point positif : laisser les syndicats et le patronat s’entendre. Cela permet d’avancer, même si cela va encore complexifier un droit du travail déjà trop compliqué. Je rappelle qu’il faut tout faire pour soutenir ceux qui sont en première ligne, ceux qui signent les contrats de travail : ne sommes-nous pas là pour les rassurer, pour leur garantir un cadre stable pour l’avenir ? Avec François Hollande, les intentions sont justes, les choix sont annoncés, mais les actes ne suivent pas encore. Parmi vos références, il y a Jacques Delors. En est-il un digne héritier ? L’action de Hollande en Europe est-elle efficace ?

Il a d’abord proposé une illusion : ne pas signer le pacte budgétaire européen. Il l’a évidemment signé – comme Jospin, qui y a été contraint en 1997. Une faiblesse.

Pour le reste : qu’il défende une politique qui ne soit pas strictement alignée sur l’Allemagne, je trouve ça très bien ! Je souhaite même qu’il aille loin dans la confrontation des idées : le président de la République française ne peut pas être un ectoplasme dans les débats européens. Nicolas Sarkozy avait été loué en Europe pour son volontarisme…

Nicolas Sarkozy avait choisi de ne jamais montrer de désaccord avec l’Allemagne : il n’y avait donc pas de position française. Plus grave : il avait déclaré que l’Europe ne serait plus communautaire, mais intergouvernementale – il voulait dire en fait franco-allemande –, soit le contraire de la vocation de l’Europe. Ceci n’était pas viable. Comment jugez-vous le plan pour Chypre ?

Les décisions prises ne sont pas rassurantes du tout. La situation a été traitée légèrement, parce que les dirigeants européens ont considéré que Chypre était un petit pays. Tant qu’on donnera l’impression que l’Europe se résume à la main qui tient le fouet, on ne pourra pas avancer. L’Europe est une coopérative, dans laquelle chacun doit être respecté. il faut un plan de reconstruction sur le long terme, ne pas acculer les peuples, tenir compte de leurs sensibilités. De ce point de vue-là, nous n’avons pas trouvé la réponse, et il est dangereux de ne pas la chercher plus.

Propos recueillis par Thomas Renou


H462_P02-03.qxd:L'HEMICYCLE

29/03/13

18:45

Page 3

ULF ANDERSEN/AFP

Agora

EMMANUEL TODD HISTORIEN ET ANTHROPOLOGUE

«

La disparition du catholicisme, dans les régions où il était resté puissant jusqu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, s’est accompagnée d’un dynamisme éducatif qui a permis de freiner la montée des inégalités économiques »

Avec les outils de cartographie les plus modernes, Emmanuel Todd a de nouveau ausculté la France avec le démographe et historien Hervé Le Bras, et leurs découvertes sont surprenantes. Le véritable problème de la société française se trouverait dans la résurgence d’un clivage ancien : celui qui oppose le catholicisme à la Révolution. Avec Hervé Le Bras, vous avez passé la France au scanner. Qu’avez-vous découvert de surprenant ?

Hervé Le Bras a découvert de nouvelles techniques de cartographie, permettant de descendre au niveau des communes, et de tracer des zones précises. L’idée était de les corréler entre elles, pour voir ce qu’il en sortait. Il y a 30 ans, nous avions publié ensemble L’invention de la France : nous mettions alors en lumière la diversité du territoire national. La grande surprise de ce nouvel ouvrage, ce n’est pas la persistance des diversités régionales, c’est que la diversité régionale a guidé la modernité de nos territoires. Nous avons découvert que la disparition du catholicisme, dans les régions où il était resté puissant jusqu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, s’était accompagnée d’un dynamisme éducatif, qui a permis de freiner la montée des inégalités économiques. Dans cette constellation qui regroupe l’est du pays, l’Ouest, la région Rhône-Alpes, le sud-est du Massif central et le Pays basque, on s’en tire beaucoup mieux que dans le cœur libéral et égalitaire de la France : le Nord, le Bassin parisien et le pourtour méditerranéen, les régions qui ont fait la Révolution française.

En quoi cette découverte est si surprenante ?

Le débat public a été marqué ces dernières années par une obsession de l’Islam. Il y aurait une opposition entre le vieux fond chrétien de la France et l’immigration musulmane. Notre découverte, c’est que le vieux clivage français entre les régions laïques et catholiques était toujours actif, et que le véritable problème de la société française, le déséquilibre dans la gestion du pays, se trouve plutôt là. Nous décrivons une prise de pouvoir inconsciente de la France post-catholique sur celle qui a fait la Révolution française. Dans ces régions post-catholiques, qui résistent mieux à la crise, vous voyez un « catholicisme zombie ». François Bayrou y voit l’héritage de certaines valeurs…

Ce que nous appelons « le catholicisme zombie » est un catholicisme qui est mort religieusement, mais socialement vivant. Le catholicisme s’est défini contre la Révolution, contre le progrès : il était hostile à la lecture et à l’écriture, à la culture. Le dynamisme de ces régions vient selon nous de la libération de cette contrainte religieuse sur le progrès. Voilà pourquoi nous avons parlé d’un « catholicisme zombie ». C’est un phénomène qui a déjà été

observé : quand un système religieux s’effondre, cela produit un effet de libération des énergies, par effet de rupture de la tradition. Tous les territoires ne sont pas égaux face à la montée de l’individualisme ?

Dans sa réponse, François Bayrou fait allusion à la tradition de ces territoires, une tradition de coopération. Celle-ci renvoie à des types de sociétés où l’individu est plus fortement intégré et soutenu. Nous sommes dans un univers d’atomisation sociale, d’hyper-individualisme, et dans les régions héritières de la Révolution française, il n’y a pas de contrepoids à ce déchaînement actuel de l’individualisme. Dans ces régions déchristianisées dès le milieu du XVIIIe siècle, qui étaient les plus alphabétisées de France, la chute de la religion a déclenché un enthousiasme, une libération. C’est ce phénomène qu’on observe aujourd’hui dans les régions qui viennent d’abandonner le catholicisme. Ne doit-on voir dans le déclin du cœur égalitaire français l’effondrement des idéologies collectives - et notamment du communisme ?

Nous avons constaté dans cet ouvrage les effets de l’effondrement du communisme. Avant sa dispari-

tion, la carte du communisme était le négatif de celle du catholicisme. Elle regroupait les régions qui s’étaient émancipées au moment de la Révolution française. De nombreux facteurs peuvent expliquer les difficultés actuelles de ces régions, mais il me semble que l’effondrement du communisme, qui était porteur d’une véritable foi dans le progrès, a produit un effet de dépression. Le Parti communiste a représenté une foi dans l’éducation bourgeoise accessible au peuple. La France n’a pas compris que le communisme avait une très grande place dans ses milieux populaires, et son effondrement a fait beaucoup de dégâts. Y a-t-il une droitisation de la société française ?

Elle n’est que politique. La droitisation est un phénomène généralisé dans le monde développé. Deux grands facteurs en sont à l’origine : le premier, c’est le vieillissement de la population, la démographie française tire le corps électoral vers la droite. Le deuxième facteur que nous avons découvert, c’est l’inversion de la pyramide éducative. Nos recherches font apparaître que l’éducation, plus que l’économie, est le moteur de l’évolution sociale. Notre société se structure en fonction des différents niveaux d’éducation.

NUMÉRO 462, MERCREDI 3 AVRIL 2013 L’HÉMICYCLE

3

C’est-à-dire ?

Dans la période de l’immédiat après-guerre, vous pouviez voir une véritable pyramide éducative : à la base, l’énorme masse des gens qui n’avaient pas dépassé la communale et plus on montait en niveau d’études plus le nombre rétrécissait. Avec ce type de pyramide, la société regardait vers l’avenir. Aujourd’hui, cette pyramide s’est inversée : en bas, vous trouvez la minorité des citoyens sans diplôme, qui ne représentent guère plus de 10 % de la population. Audessus, vous avez les milieux populaires, qui ont atteint un niveau bien plus élevé grâce aux formations techniques. Au sommet, il y a le groupe le plus puissant chez les jeunes : ceux qui ont leur bac et qui ont, pour beaucoup, suivi des études supérieures. Avec la crise, une partie très importante de la société ne regarde plus vers le haut, mais vers le bas, et elle a peur de tomber. Dans les villes, ceux qui ont fait des études supérieures s’appauvrissent, mais restent de gauche. Ceux qui ont des formations moins importantes regardent désormais vers les 10 % qui n’ont pas de diplôme. Le cœur du processus de droitisation se trouve dans ces milieux-là.

Propos recueillis par T.R.


H462_p04.qxd:L'HEMICYCLE

29/03/13

18:08

Page 4

DR

Plan large Aux Quatre Colonnes

Accord emplois Avec la transposition dans la loi de l’accord national interprofessionnel, la majorité s’engage à nouveau dans un débat vif. Alors que les chiffres du chômage sont à la hausse, elle est aussi sous la pression de son aile gauche, qui compte bien faire entendre ses divergences. Par Pascale Tournier vec l’annonce des mauvais chiffres du chômage du mois de février 2013, la transposition dans la loi de l’accord national interprofessionnel signé entre trois syndicats et le patronat est plus que jamais d’actualité. Présenté comme « l’une des plus grosses réformes depuis 1969 » par le gouvernement, le texte, qui est arrivé en séance hier, n’est pourtant pas simple pour la majorité. Depuis la signature le 11 janvier entre les partenaires sociaux, bien des obstacles se sont présentés et tous ne sont pas encore levés. Le rapporteur et député des Hautsde-Seine, Jean-Marc Germain, de résumer la ligne de crête sur laquelle il a avancé au fil des mois : « Le chemin consiste à rester loyal aux signataires de l’accord, tout en respectant les non-signataires et le travail parlementaire. » Première difficulté : la technicité du texte, qui rend difficile son appropriation par les élus. À l’évocation de ce sujet dans la salle des Quatre Colonnes, il n’est pas rare de voir un député sortir son antisèche pour répondre ou renvoyer carrément son interlocuteur à l’un de ses condisciples qu’il considère plus au courant que lui. Le principe même de transposition a aussi suscité au préalable bien de la grogne dans les rangs du groupe PS. « Nous sommes des parlementaires pas des traducteurs », a exprimé sans fard le député de Paris Pascal Cherki. Mais la colère a été de courte durée. Très vite, les parlementaires ont saisi qu’ils pouvaient apporter des améliorations à un texte, qui, sur certaines dispositions, manque cruellement de précision ou est sujet à des interprétations différentes. « Il incombe aux parlemen-

A

taires de combler ces trous dans la raquette », n’a cessé de rappeler Jean-Marc Germain durant les séances du groupe de travail. Il a été entendu. Jérôme Guedj, le député de l’Essonne et tenant de l’aile gauche du PS, est l’un des premiers à avoir compris la marge de manœuvre dont pouvaient user les parlementaires : « Autant le traité européen était intouchable, autant là, on a vu qu’on pouvait améliorer

sont prévues pour les salariés. Mais bien des points, donnant matière à discussion pour les députés, n’ont pas été tranchés. Le nombre de représentants des salariés au comité d’entreprise n’a pas été décidé, tout comme la majoration des heures complémentaires à 25 %. Mercredi dernier, avant la fin de la dernière réunion de la commission, Jérôme Guedj s’interrogeait encore sur de nombreux sujets : « Faut-il verser des

«

LES PARLEMENTAIRES ONT SAISI QU’ILS POUVAIENT APPORTER DES AMÉLIORATIONS À UN TEXTE, QUI MANQUE CRUELLEMENT DE PRÉCISION » le texte. » « Il y a plus de cases vides que de cases pleines et on s’en est emparé dans les limites fixées par l’exécutif », ajoute de son côté le député du Cher Yann Galut. Alors qu’au départ le gouvernement ne voulait pas amender le texte pour respecter les termes de l’accord, il a assoupli sa position. Un amendement encadrant davantage la mobilité géographique afin qu’elle soit compatible avec la vie personnelle et familiale a été ainsi accepté en commission des Affaires sociales. En cas d’accord pour le maintien de l’emploi, les salaires les plus bas ne seront pas baissés. Il est aussi prévu que les dirigeants et les actionnaires contribuent à l’effort de manière proportionnée, quand des diminutions de salaire

dividendes aux actionnaires, quand un accord de maintien de l’emploi s’applique ? Ne faudrait-il pas que les accords d’entreprise puissent être majoritaires et pas avalisés à 30 %, comme il est prévu ? » S’il n’était pas entendu, l’élu de l’Essonne n’excluait pas de présenter des amendements sous son nom et surtout de porter sa parole dans l’Hémicycle. « Un débat politique s’ouvre », dit-il d’un sourire. Même si l’aile gauche a montré une attitude plus constructive qu’au moment du traité européen, en participant bien en amont au projet de transposition, elle ne se gêne pas pour faire monter la pression. La semaine dernière, plusieurs parlementaires de Gauche Avenir, un club de réflexion qui

rassemble socialistes de l’aile gauche, écologistes et élus du Front de gauche, ont battu le rappel des troupes pour exprimer avec force leurs lignes de fracture avec l’ensemble du PS. « Ce texte est globalement déséquilibré pour les salariés, a affirmé ce jour-là la sénatrice de Paris Marie-Noëlle Lienemann. Dans les accords de compétitivité emploi, la flexibilité l’emporte sur la sécurité. » Même les écologistes, bien silencieux depuis janvier dernier, ont décidé de hausser le ton, par la voix du sénateur JeanVincent Placé. « Voir que le négociateur du Medef se félicite de l’accord cela pose question. Le volet flexibilité ne nous va pas du tout, aussi bien sur les accords de mobilité que sur le maintien de l’emploi. Et puis peut-on créer un emploi en facilitant les licenciements ? », s’interroge le patron des sénateurs EELV, qui annonce aussi un débat parlementaire offensif. Du côté des élus du Front de gauche, on ne mâche pas plus ses mots. « C’est l’accord du Medef, les parlementaires n’ont pas vocation à être des démolisseurs du code du travail. Et que ce soit un gouvernement de gauche qui porte un coup à notre organisation sociale c’est terrible », tempête le député communiste André Chassaigne. Ces marques de protestation annoncent-elles une séquence aussi cauchemardesque que celle qu’a vécue la majorité lors de l’adoption du traité européen ? Thierry Mandon, le porte-parole du groupe PS, ne veut pas y croire. Quant à Yann Galut, il préfère rappeler l’enjeu principal : « Si on réussit à transposer cet accord, tout en l’améliorant, on aura un exemple parfait de dialogue social tel que le souhaite Françoise Hollande. »

L’opposition, un allié potentiel du PS L’UMP pourrait voter l’accord avec le PS, si l’aile gauche ne le dénature pas et aussi selon plusieurs conditions. « Les accords de maintien à l’emploi sont conçus sur un mode défensif, on peut

les rendre plus offensifs. S’il y a un accord entreprise, il faut pouvoir aller au-delà du cadre des 35 heures », plaide Christian Jacob, le patron des députés UMP. La création des droits rechargeables à l’assurance

4 L’HÉMICYCLE

chômage doit aussi se faire à coûts constants. Du côté de l’UDI, les élus sont également prêts à voter le texte. « Les accords sont plus adaptés au monde du travail qu’une loi. Il n’y a qu’à regarder la loi sur

NUMÉRO 462, MERCREDI 3 AVRIL 2013

les 35 heures », explique le député centriste Jean-Christophe Lagarde. Les centristes posent une seule condition à leur vote : le secteur des services à la personne doit être exclu du dispositif.

L’opinion de François Clemenceau

Suite de la page 1 Avec une croissance moyenne de 5 % ces dernières années, le Maroc reste une terre d’opportunités pour la France. Dans le domaine des transports, des télécoms, des énergies vertes et de l’urbanisme, beaucoup reste à faire dans ce pays en mutation, qui se dote progressivement de tous les outils économiques et financiers pour accueillir les investisseurs. François Hollande et le roi du Maroc, amis ? À des annéeslumière des relations quasi filiales qu’entretenait Jacques Chirac avec le jeune Mohammed VI, le Président socialiste tentera de renforcer des relations de confiance et de nouer des liens personnels. Le chef des armées françaises a été plus qu’agréablement surpris de la qualité de la coopération marocaine avant et pendant la guerre au Mali. Non seulement parce que nos avions de chasse ont pu transiter par le ciel marocain avant d’aller frapper leurs premières cibles, mais également parce que les renseignements marocains sur les filières terroristes au Sahel se sont révélés « très précieux ». Cela étant, le chef de l’État touchera du doigt au cours de sa visite les difficultés politiques que connaît le royaume. Depuis la victoire des islamistes du Parti de la justice et du développement (PJD) et la formation d’une coalition gouvernementale avec les conservateurs de l’Istiqlal, peu de grandes réformes populaires ont été initiées. « Un sentiment d’immobilisme » signalé par le politologue Mohammed Tozy, tandis qu’un ministre PJD demande « du temps » avant d’être jugé sur les actes. « Nous n’avons pas le droit à l’échec », martèle-t-il. Dans une économie où les grands chantiers de la pauvreté et de l’emploi des jeunes qualifiés restent préoccupants, les querelles clientélistes entre les partis de la coalition et une opposition qui attend son heure sont pénalisantes. Problème de « compétence », questionne un proche du roi ? De ce point de vue, face à une classe moyenne qui fait l’objet de toutes les surenchères politiciennes, François Hollande reconnaîtra entre la France et le Maroc des paysages familiers et des défis comparables.


H462_p05.qxd:L'HEMICYCLE

29/03/13

18:31

Page 5

Énergie Transition énergétique

Un paquebot lourd, mais un cap volontariste La transition énergétique représente en France et dans le monde un enjeu majeur pour les groupes industriels du secteur de l’énergie, à l’exemple de Total. Approvisionner les marchés, faire évoluer l’offre énergétique globale, la rendre plus efficace, nécessite qu’un cap soit défini par la puissance publique en concertation avec tous les acteurs concernés, sans opposer une énergie à une autre et sans dogmatisme. Explications pour l’Hémicycle avec la directrice de la stratégie de Total. Nous sommes avant tout un groupe mondial et nous avons de ce fait une vision globale. Ce que je voudrais souligner d’emblée, c’est que le débat sur la transition énergétique en France doit s’inscrire aussi dans une perspective européenne et même mondiale. Nous ne vivons pas isolés. Nous évoluons au sein d’une économie globalisée. Il y a plusieurs enjeux liés à la transition énergétique pour notre groupe et nous n’avons pas attendu le débat en France pour nous y intéresser. Nous contribuons au quotidien dans trois domaines majeurs qui sont donc nos enjeux à nous. Le premier enjeu est de continuer à approvisionner les marchés, car nous pensons qu’il faudra fournir 30 % d’énergie en plus à l’horizon 2035 pour répondre à la demande mondiale, notamment du fait des besoins des pays émergents. Pour Total cela signifie d’abord exercer notre métier d‘approvisionnement en hydrocarbures de façon responsable. Le pétrole et le gaz resteront incontournables pour répondre à la hausse de la demande. Le deuxième enjeu est de faire évoluer notre offre énergétique en la diversifiant. Nous sommes un acteur en croissance dans le solaire et la biomasse. Nous avons racheté il y a deux ans la société nord-américaine Sunpower, leader mondial du photovoltaïque. Le troisième enjeu est celui de l’efficacité énergétique. Cela veut dire d’abord consommer mieux et moins sur nos propres plates-formes industrielles, mais aussi participer à l’effort indispensable pour améliorer l’efficacité énergétique de nos clients. Concrètement nous avons lancé de nombreux programmes d’innovation dans le domaine des lubrifiants ou des carburants et nous développons aussi de nouveaux matériaux plus légers et plus intelligents issus de notre pétrochimie. Tout ceci contribue à réduire la consommation des véhicules moteur et donc leurs émissions.

Cette transition énergétique est, je suppose, un processus très long dans la durée ?

Oui tout à fait. Les enjeux mondiaux de cette transition énergétique sont très importants, mais c’est un processus qui sera lent et long. Les énergies fossiles (gaz, pétrole, charbon) représentent aujourd’hui les 4/5e du mix énergétique mondial. Compte tenu de cette situation, il est clair que l’on ne peut pas du jour au lendemain « décarboner » nos sociétés. Le processus va nécessiter des efforts considérables en matière d’investissements, de R et D, de technologies et d’innovation. Au passage, une des vraies questions, c’est comment financer tout cela. Nous raisonnons à partir de quatre facteurs pour déterminer la façon de faire évoluer le bouquet énergétique. Le premier facteur est la disponibilité des énergies. Le deuxième est leur maturité technique. Le troisième est leur compétitivité économique. Le dernier est celui de l’acceptabilité sociétale des différentes énergies. Sans surprise, les énergies fossiles et le nucléaire répondent aux trois premiers critères : ils sont le reflet de décennies d’investissements et de politiques publiques. Ces technologies sont donc logiquement les mieux placées. Peut-on s’en passer à court terme ? Bien sûr que non ; peut-on changer la donne ? Bien sûr que oui. Le bouquet énergétique ne peut qu’évoluer. Nous pensons que les énergies renouvelables possèdent un fort potentiel. Mais il faut leur donner le temps d’arriver à maturité technique et économique afin qu’elles ne dépendent plus de subventions : elles pourront alors prendre toute leur part dans le futur bouquet énergétique. Il faut aussi créer de véritables filières industrielles. Un pays comme la France a de grandes capacités et il est important, lorsque l’on veut se fixer un nouveau cap énergétique, de tenir compte de nos atouts industriels et de se fixer des objectifs réalistes. Produire de l’énergie nécessite des capitaux importants. Dans le pétrole et le gaz, les investissements sont de l’ordre

de 600 à 650 milliards de dollars par an au plan mondial ! Et pour les énergies renouvelables au sens large, les efforts consentis approchent déjà les 250 à 300 milliards de dollars par an. On a trop tendance à opposer les énergies. Or il faudra à l’avenir mobiliser toutes les énergies pour répondre à la demande mondiale. Ne les opposons pas non plus sur le thème de l’innovation : les innovations sont présentes dans tous les types d’énergie. N’avez-vous pas le sentiment que la Chine et les États-Unis ont une longueur d’avance dans ces différentes stratégies et en matière de recherche?

Il n’y a pas de leadership américain ou chinois aujourd’hui pour les énergies du futur. Il y a certes une formidable puissance de R et D dans ces deux pays, mais l’Europe et la France ont clairement un rôle à jouer. Notre pays compte les plus belles sociétés d’énergie au monde. Il n’y a pas de complexe à avoir et il n’y a pas de perte de marché évidente. Quelles sont les grandes tendances selon vous de ce mix énergétique à l’horizon 2035 ?

Le mix d’aujourd’hui est un peu comme un paquebot qui bouge lentement et qui ne peut pas changer de cap aisément. Il faut donc infléchir la trajectoire de façon volontariste. Dans l’industrie de l’énergie, on travaille en anticipant les besoins des marchés avec 20 ans d’avance et le débat actuel permettra de fixer de nouveaux caps. Nous avons remis à jour notre vision du mix énergétique à l’horizon 2035. Notre scénario met en avant le fait que pétrole et gaz continueront de représenter 50 % du mix énergétique mondial, car ces énergies sont disponibles et compétitives. Au rythme de consommation actuel, nous disposons de plus de 100 ans en ressources de pétrole et de 130 à 150 ans pour le gaz. Nous tablons ensuite sur une substitution du charbon par le gaz et les énergies renouvelables. C’est une hypothèse très importante, même si

DR

Quels sont les enjeux pour Total de la transition énergétique ?

bles, hors hydraulique et biomasse, devrait être multipliée par six, ce qui n’est pas négligeable ! Quant au nucléaire, sa part dans le bouquet énergétique devrait se maintenir. Quelles sont les conditions d’une transition énergétique efficace ?

Helle Kristoffersen, directrice Stratégie et Intelligence économique de Total.

à court terme certains pays privilégient, pour son avantage compétitif, le charbon par rapport au gaz. Or celuici prendra le dessus et deviendra la deuxième énergie consommée dans le monde, car il est abondant, peu émetteur de CO2 et très adapté aux modes de consommation. Le gaz est aussi très bien placé pour accompagner le développement des énergies renouvelables en répondant aux contraintes liées à leur intermittence. À horizon 2035 le gaz sera ainsi la seule énergie fossile en progression. Il pourra satisfaire 1/4 de la demande mondiale. Cette vision prend en compte le développement et le durcissement de législations environnementales qui conduiront à recourir au gaz pour réduire les émissions issues du charbon. Le pétrole devrait rester la première énergie consommée, mais sa part relative dans le mix énergétique devrait baisser à 28 %. Il sera largement dédié à la mobilité. La demande mondiale de pétrole restera globalement en hausse même si elle baissera dans les pays de l’OCDE, dont la France, en raison notamment de l’amélioration de l’efficacité énergétique des véhicules à moteur. Vous n’évoquez pas les autres familles d’énergie ?

La part du charbon devrait baisser fortement du fait des contraintes environnementales. La part des renouvela-

NUMÉRO 462, MERCREDI 3 AVRIL 2013 L’HÉMICYCLE

5

Les mix actuels sont le fruit d’habitudes de consommation, d’investissements considérables et de politiques publiques. Pour faire évoluer les choses, un État régulateur ne peut intervenir qu’en tenant compte du fait que l’on touche à des équilibres économiques et à des choix de société. Partant de là, il est clair que la marge de manœuvre de la France dépend de nos partenaires, de l’Europe et des évolutions ailleurs dans le monde. La transition énergétique nécessite d’avoir une bonne vision des étapes à franchir et un cadre réglementaire qui soit stable et cohérent. Il est important aussi de préparer les opinions publiques au fait que cette transition aura forcément un coût et passera par une augmentation des prix, au moins à court terme. Un avis récent de la CRE estime que la facture électrique pourrait augmenter de 30 % en France dans les cinq ans à venir, dont 1/3 serait imputable au choix donné aux énergies renouvelables. Dans le cadre de sa feuille de route énergétique 2050, la Commission européenne a étudié plusieurs scénarios qui montrent que le prix de l’électricité devrait augmenter en Europe jusqu’en 2030 et baisser ensuite. Il y a donc des arbitrages à faire et il n’y a pas de bonne ou mauvaise réponse. Mais il faut jouer cartes sur table, faire de la pédagogie sur le renchérissement des prix et ne pas oublier la compétitivité de nos industries. Les arbitrages de court et de long terme doivent bien entendu aussi simuler les hypothèses de croissance. En définitive, c’est un choix de société que de savoir à quelle vitesse on pousse ces évolutions : ce qui compte, c’est de poser sereinement les termes du débat, sans dogmatisme.

Propos recueillis par Joël Genard


H462_p06.qxd:L'HEMICYCLE

29/03/13

18:03

Page 6

Économie

Des mots sur des maux ! Les hommes politiques, dans un contexte de crise économique et sociale majeure, tentent toujours de faire illusion, mais ils n’ont guère de prise sur le cours des choses. Des forces plus puissantes qu’eux-mêmes sont à l’œuvre, promesses et incantations n’y changeront rien ! La France n’échappe pas à la règle. FRANCE 2/AFP

F

rançois Hollande est dangereusement affaibli. Il semble avoir du temps devant lui, mais la dégringolade dans les sondages s’accélère : 68 % des personnes interrogées se déclarent mécontentes de leur Président, si l’on en croit un sondage Ifop publié le 24 mars par Le Journal du Dimanche, et il n’y aurait que 31 % de satisfaits… Un record après 10 mois seulement à l’Élysée !... La poursuite de la montée inexorable du chômage, l’absence de marges de manœuvre financières, la discipline imposée par Bruxelles et les partenaires européens, les tiraillements au sein même de la majorité et du peuple de gauche, la mobilisation qui ne faiblit pas, dans la rue, contre le mariage gay décrédibilisent largement les efforts de François Hollande pour apparaître comme le capitaine fédérant son équipage et gardant le cap dans la tempête. L’intervention du président de la République le 28 mars sur France 2

face à David Pujadas n’aura rien apporté de nouveau. Des mots sur des maux… Le contenu de la boîte à outils était déjà connu, le choc

de simplification est annoncé dans l’organisation et les procédures administratives, mais il reste à faire dans le domaine de la com’.

France et Italie stagnent selon l’OCDE L’OCDE demande à la zone euro de faire preuve de plus de souplesse dans la réduction des déficits et de s’abstenir de prendre de nouvelles mesures de rigueur budgétaire pour l’instant, même si cela « implique » de « ne pas respecter » les objectifs chiffrés. ans son « évaluation intérimaire » pour les pays riches du G7, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) estime que le rebond de la croissance au premier semestre 2013 est plus fort que prévu aux États-Unis, au Japon et en Allemagne, tandis que la France et l’Italie, en stagnation ou en récession, semblent faire encore moins bien qu’escompté. « L’économie mondiale a connu un nouvel accès de faiblesse à la fin de 2012, mais l’activité se redresse actuellement dans nombre de grandes économies », estiment les auteurs du rapport.

D

La croissance américaine devrait être proche de 0,9 % au premier trimestre 2013 par rapport au précédent, soit presque le double qu’attendu dans les dernières prévisions publiées en novembre, puis de 0,5 % au deuxième. Au Japon, les prévisions sont aussi revues en nette hausse : + 0,8 % sur les trois premiers mois de l’année et + 0,5 % sur les trois suivants. « En Europe, il faudra sans doute attendre un peu plus longtemps pour connaître une reprise significative », explique l’OCDE. Dans la zone euro, en effet, les divergences s’accroissent. Les prévisions sont relevées pour l’Alle-

6

magne, à environ + 0,6 % par trimestre, alors qu’elles sont abaissées pour la France (- 0,1 % puis + 0,1 %) et l’Italie (- 0,4 % puis - 0,2 %). « Les engagements actuels en faveur d’un assainissement budgétaire structurel », c’est-à-dire sans tenir compte des effets de la conjoncture, « doivent être respectés », affirme l’OCDE. Mais elle appelle à ne pas durcir l’austérité. « Cela implique, compte tenu de la mauvaise conjoncture, de ne pas respecter les objectifs de déficit nominal », par exemple le retour à 3 % du PIB dès cette année prévu pour certains pays dont la France. J.G.

L’HÉMICYCLE NUMÉRO 462, MERCREDI 3 AVRIL 2013

François Hollande a eu le courage de se placer en première ligne, utilisant le « je » et oubliant au passage son chef de gouvernement, Jean-Marc Ayrault. Ce faisant, il s’expose à la brutalité des statistiques économiques, aux humeurs de l’opinion, et aux audaces convenues des journalistes, prompts à vouer aux gémonies ce qu’ils ont adoré. Ce n’est pas la première fois que François Hollande prend des risques. Cela peut lui coûter cher sans forcément lui rapporter gros. Il a récemment effectué un voyage dans la France profonde, en Bourgogne, au contact de la population, et le comportement à l’endroit du chef de l’État est apparu souvent familier, voire irrévérencieux ; il persiste à choisir la voie parlementaire pour faire aboutir son projet de « mariage pour tous » qui divise les Français alors que de vraies priorités nécessiteraient l’union nationale et la mobilisation de tous ; il a exposé le jeudi 28 mars

une série de mesures assez peu lisibles pour le grand public, sans véritablement être en mesure de faire renaître une confiance qui, d’ailleurs, on le sait, ne se décrète pas ; il est accusé par certains de « faire des cadeaux aux patrons » alors que les employeurs, pour leur part, se plaignent d’avoir été matraqués avant d’être cajolés ; les effets d’annonce (taxation à 75 % des hauts revenus à la charge des entreprises et non à celle des personnes physiques, remise en cause des allocations familiales pour les ménages les plus aisés…) sont de peu de portée sur les plans psychologique et politique. Même si la durée du mandat présidentiel est passée de sept à cinq ans, les choses vont de plus en plus vite en démocratie. Il ne serait de l’intérêt de personne que des impatiences deviennent énervements et que des doutes se fassent jour sur la légitimité de nos institutions et leur aptitude à affronter la crise.

Fabrice Le Quintrec


H462_PACA.qxd:L'HEMICYCLE

29/03/13

14:02

Page 7

en partenariat avec la Région

Provence-AlpesCôte d’Azur BORIS HORVAT/AFP

par Éric Jolly

« Sans une capitale régionale forte, c’est tout le territoire qui souffre et perd de son rayonnement » Ardent défenseur d’une métropole Aix-Marseille-Provence, le président de la Région Provence-AlpesCôte d’Azur estime que la région profitera de la création d’une métropole « puissante et attractive ». Le projet de création d’une métropole Aix-Marseille-Provence fait débat. Ainsi, Eugène Caselli, président de la Communauté urbaine Marseille-ProvenceMétropole, propose-t-il son report à 2016, pendant que 106 maires de communes environnant Marseille ont signé une pétition contre la métropole, proposant à la place un projet alternatif, l’établissement public opérationnel de coopération, ou Epoc. Comment expliquez-vous ces difficultés et notamment les réticences des intercommunalités voisines ?

Ces oppositions ne m’étonnent guère, car voilà cinquante ans, depuis l’émergence des premières communautés urbaines en France, que Marseille et les autres pôles de développement importants des Bouches-du-Rhône éprouvent des difficultés à définir des stratégies communes et à les appliquer. Il y a, historiquement, des raisons politiques à cela, mais aussi des causes culturelles, comme la rivalité entre Aix et Marseille. L’esprit de coopération a progressé grâce à la consolidation des intercommunalités depuis la loi Chevènement, mais les vieux réflexes sont toujours bien présents. Le gouvernement a eu raison de prendre à bras-le-corps cette question d’organisation du territoire, ne serait-ce que pour que l’on trouve des solutions aux dysfonctionnements multiples qui pénalisent la vie quotidienne des habitants et l’attractivité de cette métropole, mais il y a eu sans doute des maladresses sur la méthode engagée lors des premières semaines. Je note, au sujet du projet alternatif que vous évoquez, celui de l’Epoc, que la Région n’a jamais été associée ni de près ni de loin à cette réflexion

alors qu’il s’agit pourtant bien de dessiner une nouvelle architecture de gouvernance sur la base d’une autre répartition des compétences. Le climat d’austérité actuel dans les finances gouvernementales n’est-il pas justement un frein à la création de cette métropole ?

Marylise Lebranchu a estimé à environ 50 millions d’euros l’augmentation annuelle de la dotation de l’État sur ce territoire grâce au schéma proposé. C’est un début de réponse. Il est vrai toutefois que ce climat de lourdes contraintes budgétaires, qui frappe l’État mais aussi toutes les collectivités, alimente la crainte de certains de devoir payer pour Marseille, qui connaît de très graves difficultés économiques et sociales. Mais on oublie que sans une capitale régionale forte, c’est tout le territoire qui souffre et perd de son rayonnement. De son côté, le Premier ministre a annoncé la création d’une mission interministérielle qui va plancher sur le projet. Avez-vous le sentiment d’avoir été écouté et entendu sur cette mission, dont sera chargée la ministre de la Réforme de l’État, de la Décentralisation et de la Fonction publique ?

J’ai rencontré, dès le mois de septembre, le Premier ministre à l’Hôtel de Région pour évoquer ce dossier majeur. Je m’en suis entretenu également à plusieurs reprises avec Marylise Lebranchu, qui est intervenue en assemblée plénière au Conseil régional pour expliquer ce qu’elle attendait de l’acte 3 de la décentralisation, ainsi qu’avec le préfet Théry, en charge de la question de la métropole. Je crois sincèrement que la parole de la Région

a été prise en compte dans l’avantprojet de loi, même si certains points très sensibles en matière de compétences méritent encore d’être éclaircis. Et nous allons continuer à travailler avec la mission de préfiguration mise en place, car nous considérons que c’est notre devoir. Nous espérons ainsi pouvoir contribuer à rassurer et à rapprocher les positions des uns et des autres tout en réaffirmant le rôle central que doit jouer la Région. Vous êtes de votre côté un fervent défenseur de la future métropole Aix-Marseille-Provence. Pourquoi ? Quels avantages vont en tirer la métropole, les acteurs socioéconomiques et les habitants ?

J’ai toujours voulu éviter toute position idéologique sur cette question sensible. Je ne suis pas pour la métropole, le fait métropolitain s’impose à nous. À partir de là, il s’agit de trouver le mode d’organisation le plus efficace possible tout en respectant la légitimité des élus désignés par le suffrage universel et la singularité des territoires. Une Région forte a besoin d’une métropole puissante et attractive, on le constate dans tous les grands pays européens, mais l’inverse est juste également. Que serait Barcelone sans la puissance économique de la Catalogne ? Estce que la région Rhône-Alpes serait aussi dynamique sans le rayonnement de Lyon ? C’est ce lien entre la capitale régionale et l’ensemble du territoire qu’il nous faut consolider aujourd’hui si la région Provence-Alpes-Côte d’Azur veut s’affirmer dans le paysage des pôles d’avenir de l’Europe. Réussir ce pari est un enjeu majeur pour la place de la France en Méditerranée.

Michel Vauzelle, président de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur. PHOTO JOHANNA LEGUERRE/AFP

Comment s’articuleront les rapports entre la Région et la métropole ?

C’est là encore une question très sensible et j’attendrais d’avoir connaissance du projet de loi définitif pour me prononcer. Nous serons attentifs à ce que ces relations s’inscrivent bien dans le cadre général de l’acte 3 de la décentralisation, qui devrait réaffirmer, par exemple, le rôle moteur des Régions en matière de développement économique, d’aménagement et de transports. Ce qui nous semble important, c’est que la Région garde son rôle d’interface

NUMÉRO 462, MERCREDI 3 AVRIL 2013 L’HÉMICYCLE 7

entre l’État et les territoires, en l’occurrence les métropoles. Elle doit demeurer l’interlocuteur privilégié de l’État, notamment en matière de contractualisation. Nous y serons d’autant plus attentifs que cette région a pour singularité de compter potentiellement plusieurs métropoles, à des niveaux divers, avec Nice voire Toulon, et qu’elle doit, de ce fait, veiller aux équilibres globaux qui contribuent à l’identité et à l’harmonie de ce territoire. La compétitivité des métropoles ne doit pas se construire au détriment de la solidarité des territoires.


H462_PACA.qxd:L'HEMICYCLE

29/03/13

14:03

Page 8

Spécial PACA

« La ville doit se tourner vers son avenir de métropole euroméditerranéenne » Pour le maire de Marseille, Marseille-Provence 2013 Capitale européenne de la culture, au-delà du seul événement, renforce l’attractivité de la ville pour les années futures. 200 millions d’euros ont été consacrés à l’événement Marseille-Provence 2013 Capitale européenne de la culture, auxquels il faut ajouter les 50 projets architecturaux, totalisant un investissement de plus de 600 millions d’euros. Quels sont les retours sur investissement attendus ?

L’événement Capitale européenne est une chance inédite pour le développement touristique, économique et urbain de la cité phocéenne. Plus de 660 millions d’euros investis pour bâtir et rénover les équipements culturels qui accueillent la programmation exceptionnelle conçue par l’association MarseilleProvence 2013. Un tel investissement sur un tel territoire et en si peu de temps : c’est du jamais vu en France. La perspective de l’Année Capitale nous a permis d’accélérer tous les chantiers, lancés pour renforcer l’offre culturelle et l’attractivité de la ville. Plus d’une cinquantaine de projets ont été menés à bien. Un ancien silo à grains désaffecté, surplombant la rade de Marseille, a été transformé en salle de spectacles avec vue sur mer. Le château de la Buzine, que Marcel Pagnol avait baptisé Château de ma mère, a été transformé en cinémathèque. Les trois musées majeurs de la ville sont en cours de rénovation et d’agrandissement pour présenter au public des collections exceptionnelles. 30 millions d’euros ont été notamment investis pour le musée d’Histoire de Marseille, qui retracera l’incroyable destinée de la cité phocéenne. De sa fondation par les Grecs en – 600 avant J.-C. à la métropole euroméditerranéenne qu’elle est aujourd’hui devenue, Marseille y présentera son identité, marquée par 2 600 ans d’existence. De nombreux vestiges témoigneront de cette richesse : une flottille de vaisseaux antiques unique au monde, les tombeaux de Malaval qui ont permis de comprendre la fabrication de l’huile sainte à l’époque paléochrétienne, ou encore l’ancre du Grand-Saint-Antoine, le bateau qui conduisit la grande peste à Marseille en 1720… Tous ces équipements ont été réalisés dans la perspective de l’Année Capitale. Ce n’est pas pour autant qu’ils fermeront leurs portes le

Le maire de Marseille Jean-Claude Gaudin. PHOTO BORIS HORVAT/AFP

31 décembre 2013. Bien au contraire, ils perdureront dans les années à venir, offrant aux Marseillais et aux visiteurs une offre culturelle à la hauteur des ambitions de la deuxième ville de France, carrefour de la Méditerranée. Est-ce que ce sera rentable ?

Bien sûr ! Au-delà de l’enrichissement culturel dont je viens de vous parler, Marseille va accroître son potentiel touristique, continuera à attirer les investisseurs, qui permettront de créer de la croissance économique et des emplois. Marseille est déjà la place forte du tourisme méditerranéen. Elle attire chaque année plus de quatre millions de touristes et 910 000 croisiéristes. C’est un secteur qui représente au total plus de 18 100 emplois. La cité phocéenne est connue dans le monde entier pour « la carte postale » : son climat, ses calanques et Notre-Dame de-la-Garde, silhouette protectrice qui domine la ville. Marseille-Provence 2013 nous offre la chance de

développer davantage le tourisme culturel, qui peut représenter jusqu’à 20 % des parts de marché touristique. Au total, nous espérons doubler le nombre de touristes à Marseille, grâce à une programmation séquencée et des équipements qui ouvriront tout au long de l’année. L’Année Capitale devrait générer un milliard d’euros de retombées économiques dans l’économie locale. Une véritable aubaine pour les restaurateurs, les commerçants et tous les professionnels de la région. Marseille, Capitale européenne de la culture en 2013. Qu’est-ce que cela va apporter au-delà de la référence à Marseille ? Le regard sur la ville va-t-il changer ?

Pendant quelques mois, la deuxième ville de France a subi un acharnement médiatique injustifié. Des règlements de comptes sur fond de trafic de drogues ont terni l’image de la ville et on a vu apparaître un nouveau phénomène,

8 L’HÉMICYCLE NUMÉRO 462, MERCREDI 3 AVRIL 2013

que je dénonce très souvent : le Marseille bashing, alors que ces problématiques sont communes à de nombreuses métropoles. Marseille n’est pas celle que l’on a bien voulu nous montrer. Premier port de France, la population s’est constituée strate par strate, au fil des vagues de migration. Aujourd’hui, plus de 860 000 personnes vivent et travaillent à Marseille. De nombreuses communautés composent une mosaïque de cultures, de valeurs et de cultes. Mon rôle, en tant que maire, est de faire en sorte que tout le monde cohabite en harmonie, dans le respect de l’autre. La Capitale européenne de la culture permet à Marseille de montrer son vrai visage : celui d’une ville ouverte et dynamique où se concentrent des équipements et des collections universelles, de tout premier plan. Elle accueille dans ses musées tous les grands courants artistiques et concentre des collections uniques au monde : de l’art antique, préhistorique, de l’égyptologie, de l’art contemporain, de la mode, de l’art décoratif, de l’art moderne, de l’art primitif, du surréalisme, de l’impressionnisme… La cité phocéenne contient à elle seule des collections que l’on peut trouver dans les plus grands musées de Paris et en Europe. Le New York Times a classé Marseille comme la deuxième ville du monde à visiter en 2013 ! Plus qu’un changement d’image, Marseille bénéficie d’un nouveau statut aux yeux du monde entier. Êtes-vous satisfait de voir la population vibrer pour cet événement ?

La mobilisation des Marseillais durant le week-end d’ouverture de Marseille-Provence 2013 m’a beaucoup ému. Plus de 400 000 personnes se sont massées sur le Vieux-Port pour crier au monde leur joie d’être Capitale de la culture, leur fierté d’être Marseillais. En tant que maire, c’est une véritable satisfaction. Depuis mon élection en 1995, j’œuvre pour décloisonner la culture et la rendre accessible au plus grand nombre. Ces 400 000 personnes sur le Vieux-Port ont été la meilleure réponse à ceux qui ont dit que Marseille-Provence 2013 était réservée à une élite. Et ce n’est

pas fini. Bientôt, les arts de la rue envahiront Marseille, une transhumance défilera sur la Canebière, des concerts exceptionnels feront vibrer le parc Borély et le Vieux-Port refait à neuf et piétonnisé accueillera des spectacles inédits, comme Le Vieux-Port entre flammes et flots, les 3 et 4 mai prochains. Nous sommes à un an des prochaines élections municipales. Quels doivent être les nouveaux objectifs de la ville selon vous ?

Plus que jamais, la ville doit se tourner vers son avenir de métropole euroméditerranéenne. Chaque jour, nous tissons de nouveaux liens avec les pays du nord de l’Afrique qui, dans quelques années, connaîtront la même croissance que la Chine. Marseille sera alors la porte d’entrée naturelle vers l’Union européenne. Comme depuis mon élection en tant que maire, un seul objectif guide mon action politique : améliorer la vie des Marseillaises et des Marseillais. C’est pourquoi les grands projets qui dessinent Marseille pour le futur se poursuivront bien au-delà de 2013. Les lignes du tramway et du métro seront agrandies pour faciliter l’usage des transports en commun. Les Terrasses du port du groupe Hammerson accueilleront 160 commerces en bord de mer. Le stade Vélodrome est couvert et agrandi pour accueillir les matchs de l’Euro 2016. Par ailleurs, après avoir été Capitale européenne de la culture en 2013, Marseille est désormais candidate pour être Capitale européenne du sport en 2017 ! Encore un beau défi à relever… Est-ce qu’une initiative comme Marseille 2013 peut contribuer à votre réélection ?

Il est encore trop tôt pour tirer un bilan de MP 2013, tant sur le plan touristique, qu’économique et encore plus au niveau électoral. L’heure n’est pas encore venue de prétendre à des ambitions de ce type et je n’ai pas, personnellement, pris de décision sur un éventuel quatrième mandat. Plus que jamais, il nous faut travailler pour faire avancer Marseille. Au moment venu, je dirai quelle sera ma décision et je ne m’interdis rien. Marseille-Provence 2013 doit servir les Marseillais et pas les ambitions personnelles !


H462_PACA.qxd:L'HEMICYCLE

29/03/13

14:03

Page 9

Spécial PACA Marseille-Provence 2013

La culture européenne rayonne sur tout le département Marseille-Provence 2013 se caractérise par un investissement sans précédent et un déploiement des manifestations sur tout le territoire. arseille-Provence 2013 s’étend sur cinq intercommunalités (Marseille, Aix, Martigues, Arles et Aubagne). 10 millions de visiteurs sont attendus en cette année emblématique, soit « deux millions de touristes additionnels », déclare Jacques Pfister, président de la Chambre de commerce et d’industrie de Marseille-Provence et président de l’association MarseilleProvence 2013. De 600 à 700 millions d’euros ont été investis, le budget de l’événement s’établissant à 91 millions d’euros, un chiffre à comparer aux 74 millions d’euros pour accueillir le même événement à Lille en 2004. Une cinquantaine de

M

projets architecturaux, financés à 40 % par la ville, reconfigurent l’espace urbain, tel le musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MuCEM) sur 15 000 m2 par l’architecte Rudy Ricciotti (ouverture en mai), et redonnent lustre et attractivité à la ville. De premiers effets se font déjà sentir dans la vie quotidienne des Marseillais « avec de véritables avancées environnementales », selon Pierre Sémériva, vice-président EELV de Marseille-Provence-Métropole. Il ne reste ainsi que quatre voies de circulation, dont deux réservées aux bus et aux vélos, au lieu des huit initiales, sur le quai de la Fraternité, en

bas de la Canebière. « Les travaux sur le Vieux-Port ont permis aux piétons ou aux deux-roues de se réapproprier l’espace public », explique-t-il. Du côté des commerçants, au moins 600 à 700 millions d’euros de retombées directes sont attendues en 2013, avance de son côté Jacques Pfister. MP 2013 emploiera ainsi 15 % de main-d’œuvre supplémentaire dans les services touristiques et 25 % supplémentaire dans les transports. Mais la « métamorphose de Marseille, poursuit-il, c’est l’ensemble du département qui en bénéficie », avec Aix-enProvence, Martigues, Aubagne (trois villes qui ont d’ailleurs choisi

de ne pas intégrer la future métropole Marseille-Provence), Istres, Arles, Salon-de-Provence, Gardanne, qui font partie du projet. « C’est un travail collectif entre de multiples collectivités indépendantes les unes des autres », plaide Jacques Pfister. Gaby Charroux, maire de Martigues et député de la 13e circonscription des Bouches-duRhône, rappelle que sa communauté d’agglomération du Pays de Martigues a contribué aux efforts à hauteur de 1,5 million d’euros pour accompagner l’événement : « M-P 2013 est un projet dans lequel la ville de Martigues a toute sa place. La commune va bénéficier de l’image

Capitale européenne et valoriser ainsi tous les efforts que nous entreprenons depuis des années tant en matière de construction d’équipements que dans la multiplication d’actions… Nous espérons aussi qu’un événement de cette importance saura faire apparaître tout ce qui fait la richesse et les attraits de nos territoires dans le département des Bouches-du-Rhône… au-delà de Marseille. Et c’est d’ailleurs ce que nous défendons dans le débat sur la construction métropolitaine auprès de Marylise Lebranchu, ministre de la Réforme de l’État, de la Décentralisation et de la Fonction publique. »

Les calanques, un territoire à préserver à tout prix Le parc national des Calanques, le premier de type périurbain en Europe, est devenu réalité. Malgré treize ans d’une gestation difficile, il sera pleinement opérationnel en 2013.

L

Préserver un site exceptionnel « C’était une région en danger, en particulier en raison des promoteurs immobiliers », déclare Danielle Milon, maire de Cassis et présidente de l’Établissement public du parc national des Calanques. Les autres dangers venaient de toutes parts, avec, par exemple, une pollution résiduelle des eaux, fragilisant la biodiversité exceptionnelle du lieu et entraînant la raréfaction du poisson. Ce territoire à proximité des agglomérations subissait aussi le fait d’être un site exceptionnel, avec plus d’1,3 million de visiteurs

par an. La couronne urbaine et sa grande fréquentation en faisaient enfin un lieu propice aux départs de feu, avec un taux de grand feu presque double à celui du reste du territoire des Bouches-du-Rhône.

WILFRIED LOUVET/AFP

e 18 avril 2012, le ministère de l’Écologie, du Développement durable, des Transports et du Logement, créait par décret le parc national des Calanques, dixième du nom en France. S’étendant sur les trois communes littorales de Marseille, Cassis et La Ciotat, il est ainsi le seul parc national à la fois terrestre, marin et périurbain d’Europe, et le troisième parc urbain dans le monde, après ceux de Sydney en Australie et de Cape Town en Afrique du Sud. Il comprend 158 000 ha dont 90 % en mer, avec notamment 48 000 ha d’aire marine protégée (jusqu’à 20 km de la côte).

d’adhésion de la part des communes environnantes qui souhaitent intégrer la charte tout en conciliant « un développement urbain avec un développement durable ».

Le seul vignoble AOC au sein d’un parc national

Plusieurs solutions ont été envisagées avant la création d’un parc national

Une phase de concertation active peut alors débuter avec 350 réunions et plus de 800 heures de débat, ce qui ne sera pas sans activer des mécontentements comme de la part de l’association Les Amis de la rade et des calanques, qui regroupe plusieurs centaines de pêcheurs professionnels et du nautisme et qui déposera le 25 mai 2012 un recours devant le Conseil d’État pour demander l’annulation du décret de création du parc national des Calanques. Pour Danielle Milon, « complètement investie dans la protection de ce site magnifique », la concertation aurait dû être plus étendue dans sa durée. Ce qui n’empêche pas de belles réussites comme lorsqu’elle a plaidé pour les vignerons de Cassis, au départ de farouches opposants. « C’est aujourd’hui la seule AOC au monde qui soit située dans un parc national, lance-t-elle. C’est çà le bienfait de la concertation ! »

Mais la gestation de ce parc, sous l’égide du groupement d’intérêt public (GIP) des calanques, aura pris pas moins de 13 ans. « Plusieurs solutions avaient été envisagées, comme celles de parc naturel régional, de réserve naturelle, de création d’un syndicat mixte… mais l’outil le plus protecteur pour l’environnement, c’était le parc national », indique Lionel Royer-Perreaut, adjoint de Guy Teissier, président de ce GIP et député des Bouches-du-Rhône. Dans un premier temps, il faudra d’abord réviser la loi de 1960 qui régit les parcs nationaux, alors inconciliable avec l’existence d’une réserve aux portes d’une agglomération. Ce qui sera fait en 2006. La loi revisitée permettra ainsi la création d’un cœur de parc (s’étendant sur les trois communes de Marseille, Cassis et La Ciotat), qui fait l’objet d’une stricte réglementation pour sa préservation, ainsi qu’une zone NUMÉRO 462, MERCREDI 3 AVRIL 2013 L’HÉMICYCLE 9


H462_PACA.qxd:L'HEMICYCLE

29/03/13

15:41

Page 10

Spécial PACA

Les smart grids ? Pour faire face aux mutations du paysage énergétique, le système électrique doit évoluer. Le contexte français et européen, dans lequel se sont développés les réseaux électriques, conduit à s’orienter vers le déploiement des technologies de smart grids ou réseaux intelligents. Explications et démonstration de Frédéric Busin, directeur ERDF Méditerranée grâce à l’expérimentation Nice Grid… DR

ERDF prépare les réseaux de distribution du futur : c’est pour renforcer le service public ?

ERDF se doit d’assurer un service public de qualité notamment en alimentant la population d’un bien vital 24h/24h. En région PACA, nos équipes assurent chaque jour l’exploitation, l’entretien et le développement de près de 85 300 km de réseaux au service de plus de 3,2 millions de clients. Avec l’essor des énergies renouvelables, la croissance des usages de l’électricité et d’une très forte demande, les véhicules électriques et la recharge de leurs batteries dans les villes, ou encore l’explosion des technologies de l’information, la conception des réseaux doit s’adapter. À la croisée de ces enjeux, la réponse viendra des réseaux du futur dans l’intérêt du consommateur et de la garantie du service public.

Et qu’en est-il du principe de la péréquation tarifaire ?

Comment imaginez-vous les réseaux intelligents de demain ?

Le modèle historique va changer. Pour faire face aux mutations du paysage énergétique, le système électrique devra savoir profiter des avancées des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) et imaginer de nouveaux modes d’exploitation. Le déploiement des technologies de « smart grids » ou réseaux intelligents pourra constituer une alternative et/ou un complément au remplacement et au renforcement massif des réseaux. Cela permettra une meilleure prise en compte des actions de tous les acteurs du système électrique notamment les clients, les producteurs, tout en garantissant une livraison d’électricité plus efficace, sûre et économiquement viable. Le système électrique sera ainsi piloté de manière plus flexible pour gérer les contraintes liées à l’intermittence des énergies renouvelables et au développement de nouveaux usages tels que le véhicule électrique. Ces contraintes vont entraîner l’évolution du système actuel dans lequel l’équilibre en temps réel est assuré en adaptant la production à la consommation vers un système où l’ajustement se fera davantage par la demande. Le consommateur,

Nice-Côte d’Azur, le projet couvre plusieurs zones : une partie résidentielle, des logements sociaux, une zone industrielle. Au total, ce sont 1 500 clients résidentiels, professionnels et bâtiments publics équipés de compteurs communicants Linky, 1re brique des réseaux du futur. Le projet Nice Grid traitera ainsi, sur le périmètre de l’opération d’intérêt national de l’Écovallée de Nice, plusieurs problématiques liées au concept de réseaux intelligents. Il facilitera notamment l’étude du comportement des clients quant à leur gestion de la production et de la consommation d’électricité. À terme, il étudiera également le stockage d’électricité par batteries. Le consommateur contribuera ainsi à l’équilibre offre-demande sur le réseau et deviendra ainsi un « consom’acteur ».

La péréquation tarifaire est l’un des principes fondamentaux du service public de l’électricité. Quel que soit l’endroit où vous résidez, le prix de l’électricité reste le même, à niveau de service égal. Ce principe demeure et va s’enrichir. Les véhicules électriques auront aussi à terme des conséquences pour les réseaux ?

Frédéric Busin, directeur ERDF Méditerranée. qui pourra suivre plus finement ses consommations, deviendra ainsi un véritable acteur. Avec le développement des réseaux intelligents, les clients bénéficieront d’une meilleure qualité de service avec par exemple la possibilité d’intervenir à distance sur le compteur. Le projet Nice Grid, en quoi consiste-t-il ?

En région PACA, nous devons accueillir dans les meilleures conditions les énergies renouvelables, principalement photovoltaïques. Le projet Nice Grid a pour objectif de favoriser l’insertion massive

d’énergie photovoltaïque sur le réseau de distribution et de pousser l’approche jusqu’à tester le fonctionnement en « îlotage » d’un quartier équipé de ses propres sources de production solaire et de stockage pilotées via les NTIC. Financé à la fois dans le cadre des Investissements d’Avenir et sur les fonds européens du projet Grid4EU, Nice Grid est l’un des plus grands démonstrateurs smart grid français, véritable expérience en grandeur nature. Situé à Carros, ville de 12 000 habitants de la plaine du Var sur le territoire de la communauté urbaine

10 L’HÉMICYCLE NUMÉRO 462, MERCREDI 3 AVRIL 2013

ERDF a décidé de contribuer activement au développement des véhicules électriques. Deux chantiers essentiels ont été engagés depuis 2010 en ce sens : l’utilisation du nouveau compteur communicant Linky pour permettre les échanges entre les différents opérateurs de service et les clients, d’une part, la mise au point d’un plan d’équipement de bornes de recharge, d’autre part. ERDF est aux côtés des collectivités locales pour les accompagner dans leurs programmes locaux de déploiement de bornes de recharge. Elle les aide à maîtriser leurs coûts de raccordement et à mettre en cohérence leurs choix d’investissement avec les autres innovations qui se préparent sur le réseau. Dans un environnement où les divers équipements doivent de plus en plus être en mesure de communiquer entre

eux, il est en effet nécessaire de travailler très en amont les questions d’inter-opérabilité et de normalisation. Car un seul exemple démontre qu’il est nécessaire d’anticiper toutes ces questions. Sachez que demain vouloir charger rapidement sa voiture en 10 minutes correspondra à la consommation d’un quartier ! La réponse nous viendra des réseaux intelligents. Cela nous oblige à inventer des concepts technologiques qui n’existent pas encore. Nous sommes ainsi en train de révolutionner nos métiers. Dans ce domaine, les défis sont immenses en PACA ?

C’est exact. Les projets sont nombreux et à grande échelle comme Nice Grid. Pour mieux adapter le réseau de distribution d’électricité aux nouveaux usages liés au développement du véhicule électrique, et contribuer ainsi à sa généralisation, ERDF est partie prenante d’un projet pionnier de R&D nommé Infinidrive. Mis en œuvre par un consortium de huit partenaires, ce projet innovant, d’intérêt général, a obtenu le financement de l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie). Il permettra de concevoir un standard de gestion intelligente des recharges pour les flottes d’entreprises, suite à une expérimentation menée dans quatre villes : Nice, Grenoble, Nantes et Paris, où une centaine de véhicules électriques seront déployés, associés à des bornes de recharge spécifiques. Que doit-on retenir ?

Nous allons développer un système de gestion de la production et de la consommation locales qui aura pour avantage notamment de réduire les appels de puissance coûteux en période de pointe. Nous étudierons aussi les modèles d’affaires pouvant émerger à moyen et long terme. Nice Grid testera des programmes d’efficacité et de gestion énergétique en fonction du comportement des consommateurs. Il donnera un temps d’avance dans le domaine des smarts grids au département des Alpes-Maritimes et à la région Provence-Alpes-Côte d’Azur.


290x360_290x360 28/03/13 16:08 Page1

regionpaca.fr

www.villa-mediterranee.org

Conception-réalisation : direction de l’information de la Région. Photo : Région/P. Ciot.

La Région accueille la Méditerranée

Villa Méditerranée Centre international pour le dialogue et les échanges en Méditerranée

Du 3 au 7 avril, élus locaux, société civile, parlementaires des pays de l’Union pour la Méditerranée ont rendez-vous à la Villa Méditerranée pour construire la communauté de destin de nos peuples. Ensemble, redonnons de l’espoir aux peuples méditerranéens.


H462_PACA.qxd:L'HEMICYCLE

29/03/13

14:04

Page 12

Spécial PACA

« Garantir et accélérer le développement économique de notre territoire » Le député-maire de Nice et président de la métropole Nice-Côte d’Azur prône un rapide développement économique du territoire tout en conciliant le principe de solidarité. toire est une priorité. Cette mesure, qui fait partie d’un ensemble de dispositifs destiné à toutes celles et tous ceux qui, en France ou à l’étranger, veulent investir et cherchent un territoire qui ait envie de les accueillir, a pour nom symbolique « passeport Nice-Côte d’Azur ». Il sera délivré à toute entreprise qui vient créer un nombre significatif d’emplois sur notre territoire, dans des conditions que nous examinerons au cas par cas afin d’être souples et réactifs.

La métropole Nice-Côte d’Azur a été la première métropole fondée en France. Qu’est-ce que cela représente ?

La réforme territoriale de 2010, voulue par Nicolas Sarkozy, a constitué une formidable avancée qui nous a permis de créer la première métropole de France. À l’heure où l’on parle tant de solidarité entre les territoires à l’échelle nationale, elle constitue un formidable outil de péréquation entre les espaces du littoral et ceux des moyen et haut pays.

Et votre engagement d’instaurer un small business act français permettant de réserver aux PME d’un territoire une part des marchés public comme cela se pratique depuis longtemps aux États-Unis ?

Justement, pourquoi avez-vous fixé quatre secteurs prioritaires (logement, emploi et développement économique, proximité et solidarité avec les communes) dans vos priorités 2013 pour la métropole Nice-Côte d’Azur ?

Logement et emploi constituent aujourd’hui les préoccupations prioritaires d’une large majorité de nos concitoyens. Pour les jeunes qui débutent dans la vie active, la recherche d’un premier emploi va bien souvent de pair avec celle d’un logement. Comment concevoir que l’on puisse demain fonder une famille si l’on ne peut se loger dans de bonnes conditions et à un coût modéré ? Il en est de même pour les actifs que nous souhaitons attirer sur notre territoire. Tous n’ont pas les moyens ou le souhait d’acquérir un logement neuf. Et la solidarité ?

La solidarité est une caractéristique majeure de notre métropole, notamment à travers le versement d’une

Christian Estrosi, député-maire de Nice et président de la métropole Nice-Côte d’Azur. PHOTO KENZO TRIBOUILLARD/AFP

dotation de solidarité métropolitaine que chaque commune est libre d’affecter. Mais c’est surtout en matière d’investissements qu’elle est la plus significative, afin que chacune de nos communes dispose des équipements nécessaires. Ces investissements, du plus petit au plus important, répondent à une exigence majeure à mes yeux : conserver et développer le lien de proximité qui existe entre chacun

des habitants de la métropole et sa commune, qui reste un élément essentiel de l’identité locale. Vous avez récemment annoncé des mesures pour aider les entreprises, notamment une aide jusqu’à 200 000 euros à des créateurs d’emplois. Qu’attendez-vous concrètement de cette mesure ?

Comme je le disais, le développement économique de notre terri-

En tant qu’ancien ministre de l’Industrie, je souhaite en effet mener une action volontariste en faveur de la sauvegarde des PME et des TPE de nos régions. Au niveau national, la survie des PME et TPE est désormais menacée par la concurrence de sociétés étrangères n’ayant pas le même niveau de contraintes sociales ou environnementales. Les effets de cette concurrence sur le tissu local ont déjà provoqué la fragilisation voire la disparition d’un grand nombre de PME et de TPE. Si des mesures ne sont pas prises rapidement cette destruction dramatique de nos entreprises ne pourra que s’accentuer. En tant que maire de la cinquième ville de France, je suis aussi confronté quotidiennement à cet état de fait qui conduit les commissions d’appel d’offres à ne pas

pouvoir privilégier les entreprises locales, voire même à attribuer à des entreprises étrangères des marchés publics. Cette situation insupportable pour de nombreux entrepreneurs ne peut plus durer ! Les différents dispositifs que nous avons mis en place ont pour objectif de garantir et d’accélérer le développement économique de notre territoire, tout en réaffirmant notre soutien à celles et ceux qui souhaitent créer des emplois et de la richesse. Oui. Et il y aussi les enjeux autour du projet de l’Éco-Vallée de la plaine du Var ?

Avec l’opération d’intérêt national Éco-Vallée, j’ai souhaité modifier durablement et intelligemment notre territoire. Il s’agit d’un projet d’aménagement et de développement porté par un établissement public d’aménagement de l’État, en coopération avec les collectivités territoriales, qui s’étend sur 15 communes et 10 000 hectares, depuis l’aéroport jusqu’au nord de la plaine du Var. Elle vise à créer près de 20 000 emplois d’ici à 15 ans, avec notamment la création du Grand Arénas et de la technopole urbaine Nice Méridia. L’enjeu majeur reste la diversification économique de notre territoire, notamment vers les technologies innovantes, que ce soit dans les domaines liés au développement durable (eau, bâtiment, énergie, environnement, mobilité…) ou aux technologies de l’information et des communications et dans la convergence des technologies entre ces deux secteurs d’activités.

Le nouveau tramway d’Avignon sur de bons rails Le Grand Avignon va se doter d’un tramway à l’horizon 2016-2017, un puissant levier économique pour une agglomération en rapide croissance ces dix dernières années. e Grand Avignon ne pouvait plus se passer d’un moyen de transport collectif à la mesure de sa croissance. Ainsi, cette agglomération, qui se classait en 30e position en 1999 en termes de bassin de population, se retrouve aujourd’hui en 16e position avec 507 000 habitants (juste derrière Montpellier), soit un bond de population de + 76 % en 13 ans. Aucune des autres grandes agglo-

L

mérations n’a connu pendant ce temps un tel taux de croissance. « Ce tramway sera un véritable accélérateur du développement économique de l’agglomération avignonnaise, un territoire formé par une multitude de petites communes qui s’ignorent, car elles ne sont pas connectées entre elles », explique François Mariani, président de la Chambre de commerce et d’industrie d’Avignon. Pour exemple, l’aire urbaine

de Saint-Étienne était en plein déclin il y a 10 ans avant l’arrivée du tramway. Depuis, elle est rentrée dans le club des 25 premières agglomérations de France (17e). Sur l’aire d’Avignon, quelque 4 500 logements neufs devraient ainsi être construits sur les 15-20 prochaines années. Les deux lignes de 14,5 km de longueur (450 000 voyageurs par jour attendus) permettront de desservir

12 L’HÉMICYCLE NUMÉRO 462, MERCREDI 3 AVRIL 2013

36 000 logements et près d’une entreprise sur deux (44 %), les autres bénéficiant quant à elles du redéploiement du réseau de bus. Autre levier économique, grâce à l’injection des 200 millions d’euros dans l’économie locale, l’emploi devrait être dynamisé avec une convention emploiformation signée entre différents partenaires dont l’agence Pôle emploi et la mise en place d’un

espace emploi-tramway, permettant aux entreprises de poser leurs besoins en main-d’œuvre. Quelque 1 000 emplois directs et indirects devraient être générés. Les travaux commenceront cette année, avec une inauguration prévue fin 2016-début 2017. Il est prévu que ce tramway se prolonge à terme sur des zones avec un fort bassin d’emploi comme à Courtine ou Agroparc.


H462_PACA.qxd:L'HEMICYCLE

29/03/13

14:04

Page 13

Spécial PACA

Daher, le pilote logistique et transport global du projet ITER

Ce contrat est assez exemplaire pour votre groupe ?

C’est un contrat d’une grande ampleur, qui va permettre d’organiser et d’assurer l’acheminement de tous les équipements en provenance des 34 pays partenaires du projet ITER. Les plus grands composants arriveront par voie maritime de toutes les régions du monde au port de Fos-sur-Mer, puis traverseront l’étang de Berre par barge pour atteindre le port de La Pointe. De là, ils seront acheminés par convois exceptionnels en empruntant « l’itinéraire ITER » jusqu’à Cadarache. Nous serons ainsi le partenaire unique pour le pilotage global de plus d’1 million de composants permettant la construction du projet. Plus de 200 convois lourds et exceptionnels devront ainsi emprunter cet itinéraire spécial. Où en êtes-vous actuellement de la mise en œuvre du projet ?

La phase actuelle porte sur la planification globale avec l’ensemble des acteurs en jeu avec lesquels nous

sommes en train de passer des conventions de partenariat. Le premier transport à réaliser sera en fait un convoi test, qui aura lieu d’ici à la fin du premier semestre 2013. Sur l’itinéraire spécial ce convoi sera constitué d’une maquette à l’identique du plus gros convoi à transporter ultérieurement. Il utilisera des moyens exceptionnels pour transporter cette maquette de 600 tonnes afin de valider l’itinéraire ITER qui a été aménagé entre Fos et Cadarache. Fallait-il des compétences particulières pour gagner ce contrat ?

Nos compétences ont été primordiales afin de remporter cet appel d’offres qui regroupait 96 concurrents au départ et quatre finalistes. Nous sommes tout d’abord un équipementier nucléaire et nous avons cette connaissance sectorielle en termes de sécurité et de criticité. Cela nous a aidés pour être sélectionnés. Le fait d’avoir industrialisé notre démarche de service a également

DR

L’équipementier Daher a remporté en 2012 l’appel d’offres mondial lancé par ITER Organization parmi 96 candidats. Ce contrat sur cinq ans (2012-2017) fait de l’équipementier de rang 1 pour les industries de haute technologie le partenaire unique pour le pilotage logistique global et le transport des grands composants nécessaires à la construction du réacteur expérimental situé à Cadarache (Bouches-du-Rhône). Son directeur des transports, M. Bonny, nous explique les enjeux de ce projet.

La future salle de contrôle de Daher à Marignane.

fait la différence. Daher est depuis 150 ans un spécialiste du transport exceptionnel et est désormais le leader du Soutien Industriel Intégré TM, qui lui permet de sécuriser la qualité de ses prestations. Le choix de Daher par ITER Organization s’explique par la haute valeur ajoutée de ses services, tant au niveau de l’ingénierie des transports que du transport lui-même. Daher est en effet un transporteur de référence pour l’acheminement de pièces exceptionnelles dans les

grands secteurs industriels : aéronautique, nucléaire, énergie. Outre le transport de composants de centrales nucléaires, Daher a dans son histoire assuré notamment le transport d’aérostructures (ex. voilures d’ATR, éléments hors gabarit du Beluga et de l’A380), de pâles d’éoliennes ou encore de grands transformateurs électriques. La signature de ce contrat renforcet-elle votre capacité à développer des offres innovantes ?

Oui, cela renforce clairement notre positionnement dans le transport projet pour les grands projets industriels mondiaux. Ce contrat ITER va également nous permettre de mettre en place la Daher Control Room à Marignane. Cette « salle de contrôle » permettra de piloter, modéliser, simuler tous les acheminements afin d’orchestrer les livraisons en fonction de l’avancement du chantier et des éventuels aléas. Outre la modélisation de l’exécution des transports, nous superviserons la complexité logistique des acheminements afin de calculer, à des intervalles de temps donnés, des itinéraires alternatifs pour certains convois qui tiendront compte des contraintes du site, des ressources disponibles et des impératifs du chantier. Nous pourrons ainsi à terme traiter d’autres projets de transport, logistique, ou services industriels, dans notre logique de Soutien Industriel Intégré TM. Daher se renforce ainsi également dans le sud de la France, où notre société a été fondée il y a 150 ans. C’est emblématique pour toute la région PACA.

La Région mise sur les énergies du futur Provence-Alpes-Côtes d’Azur compte bien tirer profit du projet de réacteur expérimental à fusion (ITER) en cours de construction à Cadarache. e réacteur expérimental à fusion ITER (International Thermonuclear Experimental Reactor), situé à Cadarache, dans les Bouches-du-Rhône, est un projet titanesque puisqu’il s’agit ni plus ni moins que de « mettre le soleil en boîte » selon la formule consacrée de scientifiques du Commissariat à l’énergie atomique. Il tentera de reproduire de façon expérimentale ce qui se passe naturellement dans les étoiles, quand des noyaux d’hydrogène fusionnent, libérant, pour ce faire, une incroyable quantité d’énergie. Pas moins de 34 pays financent et participent à ce projet. La Chine, l’Inde, le Japon, la Corée,

L

la Fédération de Russie, et les ÉtatsUnis prennent chacun à leur charge 9,1 % du coût de la construction et l’Europe les 45,5 % restants, la France mettant sur la table 20 % de la participation européenne. La région PACA et les collectivités locales se sont aussi largement impliquées dans ce projet au budget colossal (13 milliards d’euros) avec une contribution totale de 467 millions d’euros, dont 152 de la Région. « Les enjeux de ce projet scientifique international sont multiples et concernent au premier rang les domaines économique, à travers la création d’emplois et la sous-traitance, et scientifique, avec une stimulation

forte de la recherche régionale », souligne Michel Vauzelle, président de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Plus de 2 milliards d’euros de contrats ont déjà été signés, dont la moitié avec des entreprises françaises, parmi lesquelles les 2/3 sont situées en région PACA. Mais si « c’est un des grands chantiers du siècle », selon Michel Claessens, porte-parole d’ITER Organization, c’est aussi « une des grandes difficultés technologiques de ce siècle ». Car si les déchets générés par la fusion sont considérablement plus limités comparativement à l’activité des centrales nucléaires, cuire les combustibles (deutérium et tritium) à

plus de 100 millions (voire 150 millions) de degrés dans une phase de production industrielle de long terme reste encore un défi technologique à relever. L’ITER est aujourd’hui en cours de construction. Les premières expériences sont prévues en 2020, et il n’y aura pas d’application industrielle avant 2040 ou 2050. La rentabilité n’est donc pas pour demain, d’autant que son coût à la construction a plus que doublé depuis 2001. Pourtant, si la Région ne parvient pas de suite à « mettre le soleil en boîte », ces prochaines années elle compte bien tirer parti d’avoir été la région

NUMÉRO 462, MERCREDI 3 AVRIL 2013 L’HÉMICYCLE 13

choisie pour la construction de l’ITER. « Ce projet contribue également à la promotion internationale de la région dont le potentiel d’attraction se voit renforcé par l’accueil de nouvelles compétences », affirme Michel Vauzelle. Et là encore, elle souhaite se tourner vers les énergies du futur. « Nous devons maintenant profiter de ce projet pour organiser et structurer une filière autour de toutes les énergies du futur, en lien, notamment, avec le pôle de compétitivité Capénergies et le projet de Cité des énergies entièrement dédié aux énergies renouvelables, et en particulier à l’énergie solaire », conclut le président de la Région.


H462_PACA.qxd:L'HEMICYCLE

29/03/13

14:05

Page 14

SpĂŠcial PACA

Le bio s’implante durablement en rÊgion PACA La rÊgion est la première de France à consacrer autant de sa surface agricole utile (SAU) à l’agriculture biologique.

JAMES HARDY

A

la conversion des cultures de fruits et de pommes en AB (+ 31 % de 2010 à 2011) a ÊtÊ dynamique sur les deux dernières annÊes, mais la rÊgion possÊdait beaucoup de retard en la matière. La culture des lÊgumes reste encore en retrait.  Leur conversion en AB passe par l’installation de jeunes agriculteurs hors cadre familial, l’Êvolution est donc plus lente que pour les autres cultures , explique Fabien Bouvard. Produire en bio, cela coÝte cher, surtout les premières annÊes.  La

bre rÊgionale d’agriculture PACA. La seconde culture qui tire la rÊgion vers le haut est la viticulture. Là encore, les faibles dÊbits pluviomÊtriques sont peu propices à l’apparition de maladies (et donc aux remèdes par des traitements de synthèse), et favorisent donc leur conversion AB. Le Vaucluse se distingue nettement puisqu’il est le premier dÊpartement viticole bio de France avec 8 500 ha en bio sur un total de 50 000 ha (17 %).  Une autre explication de l’engouement de la vallÊe du Rhône pour le bio provient des annÊes 2002-2003, à l’Êpoque oÚ des vignerons traditionnels, souffrant de la conjoncture, ont cherchÊ d’autres dÊbouchÊs commerciaux, en franchissant la frontière du bio , indique Fabien Bouvard.

ment des conversions. D’autres trains de mesures pour dÊvelopper l’AB sont attendus en juin prochain avec le plan  Ambitions Bio 2017 , qui a pour objectif de doubler la part des surfaces bio. Le plan sera mis en œuvre conjointement avec les rÊgions qui le souhaiteront.  L’agriculture biologique n’est plus une agriculture marginale, mais a totalement sa place dans l’agriculture globale d’aujourd’hui , rappelle StÊphane Le Foll, ministre de l’Agriculture.

PAC fournit des aides aux agriculteurs pour chaque hectare converti en bio selon un barème variable, poursuit Fabien Bouvard, mais elles permettent juste de maintenir les exploitations à flot pendant cette pÊriode de conversion, car tout coÝte plus cher ces premières annÊes.  Les agriculteurs peuvent aussi trouver conseil auprès des Chambres rÊgionales d’agriculture et de la FÊdÊration nationale de l’agriculture biologique (Fnab), dont les missions sont d’organiser l’accompagne-

AccĂŠlĂŠrateur AccĂŠlĂŠrateur du dĂŠveloppement ĂŠconomique d u dĂŠv dĂŠ eloppement ĂŠc ĂŠ onomique

26 2,6

Grand G ra n d Avignon Av ig n o n

millions m illions d’h d’heures eures d e ttravail ravail de nÊc essaires nÊcessaires la rÊalisation rÊalisation à la du chantier chantie er du

44% 44 %

1000

des d es e emplois mplois d e l’agglomÊration l’agglomÊration de moins de de 500 m à moins d’un e station station d’une

emplois emplois p ar an an crĂŠĂŠs crĂŠĂŠs pe ndant par pendant lles es travaux travaux d u tram tram du

Le e tram tram e est st un un puissant puissant levier levier de dÊveloppement dÊvelop o pement ÊcoÊcon omique eett u rbain. Là oÚ il il passe passe les les logements lo gements se nomique urbain. cconstruisent, onstruisent, les les activitÊs activitÊs ccommerciales ommerciales e es entreprises entreprises ett lles s’i implantent, les les biens biens immobiliers immobiliers se valorisent. valorisent. La La ville ville de s’implantent, de emain, plus plus durable durable et et Êconome Êconome en en Ênergie, Ênergie,, grandit grandit autour autour demain, de es a xes de tram. tram. Le ttram ram cce e so nt aussi aussi des des crÊations crÊations des axes sont d’emplois d’ emplois directes directes en en phase phase travaux, travaux,, des des marchÊs marchÊs pour p o ur entreprises opportunitÊs lles es e ntreprises locales, locales, des des op portunitÊs pour pour favoriser favoriser MJOTFSUJPOQSPGFTTJPOOFMMFEFTQVCMJDTFOEJGmDVMUÑ FOVO MJ OTFSUJPO QSPGFTTJPOOFMMF EFT QVCMJDT FO EJGm mDVMUÑ  FO VO m ot l’ac cÊlÊrateur de dÊveloppement dÊveloppement Êconomique Êconomique dont dont le le mot l’accÊlÊrateur ( SBOE"WJHOPOB CFTPJOFUEPOU WPVT QSPmUFSF[ BV RVPUJEJFOè (SBOE"WJHOPOBCFTPJOFUEPOUWPVTQSPmUFSF[BVRVPUJEJFO

200 0

LE E PONTET ET GARE GA G RE

JOFFRE JO RE

millions m illions d’e d’euros uros investis investis dans ll’Êconomie ’Êconomie dans locale locale

LE E LAC L LA AC LE L PONTET ONTET ON

LA HA HALLE H AL SA SAINT VÉRAN VÉRA ÉRAN ÉR PORTE P POR O TE DE L’OULLE ORT O ÎLE PIOT ÎLE

À côtÊ de ces cultures aisÊment convertibles en bio, il en est d’autres, comme celles des cÊrÊales, beaucoup plus difficiles à convertir.  Le passage à l’AB reprÊsente un vrai changement des pratiques professionnelles, au niveau matÊriel, organisation de travail, rotation des cultures, dÊbouchÊs commerciaux‌ Tous ceux qui pouvaient le faire rapidement l’ont fait. Les autres ont plus de travail avant d’y parvenir.  Ainsi,

14 L’HÉMICYCLE NUMÉRO 462, MERCREDI 3 AVRIL 2013

SAINT AINT R ROCH RO OCH

THIERS T TH H

LE LES E SOURCES S ES S

GARE GA RE E CENTRALE CENTR CE C

LES ROSES L R SES

PLACE SAINT SA RUF R F

VOTRE TRAM DEMAIN

MARIUS MA RIUS S JOUVEAU JOUVE VEAU

AQUILON AQUI AQUIL Q ON O ST S T CHAM CHAMA CHAMAND MA AND

-*(/&4%&53".t ,.t45"5*0/4  -*(/&4%&53".t ,. t  45"5*0/4

BARBIĂˆRE B ARBIĂˆRE ĂˆR STADE S TADE D

LIBRAIRIE

1"3$43&-"*4t1Âż-&4%&$03 1"3$43&-"*4t1Âż-&4%&$033&410/%"/$&53"*/53".#64  33&410/%"/$&53"*/53".#64

www.grandavignon.fr w ww.grandavignon.fr

FARGUES F ARGUES R

RÉALPANIER RÉALP É PANIER ÉAL ER

SAINT S AINT LAZA LAZARE RE E HORLOGE H ORL RLOGE G GE

la spÊcificitÊ de la rÊgion. Ainsi, 40 % de la SAU bio de la rÊgion (35 000 ha) est constituÊe de surface toujours en herbe (STH), notamment dans les dÊpartements des Hautes-Alpes, Alpes-Maritimes ou de Haute-Provence.  Ce sont des cultures relativement faciles à convertir en AB, on n’y utilise pas de pesticides et pas ou quasiment pas d’engrais , explique Fabien Bouvard, chargÊ de mission AB à la Cham-

ZOLA

ROITELETS ROITELET TELET LET ETS TS

MÉDIACITÉ - IIlex lex

vec 12 à 13 % de sa surface agricole utile (SAU) consacrÊe à l’agriculture biologique (AB), la rÊgion ProvenceAlpes-Côtes d’Azur (PACA) se hisse au premier rang des rÊgions de France, loin devant le LanguedocRoussillon (9,3 %), deuxième, ou la Corse (6,7 %), troisième, la moyenne nationale s’approchant des 4 % en 2013. Cette prÊvalence des rÊgions du sud de la France s’explique d’abord par les conditions climatiques, avec un ensoleillement important et une pluviomÊtrie plutôt faible. Les cultures, moins soumises aux maladies transmises par les champignons ou bactÊries, ont un terreau favorable à leur classement en culture bio. L’analyse par culture traduit aussi


H462_p15.qxd:L'HEMICYCLE

29/03/13

14:25

Page 15

Technologies

4G/TNT : expérimentation Orange, SFR et Bouygues à Saint-Étienne Les opérateurs Orange, SFR et Bouygues Telecom vont lancer début avril à Saint-Étienne une expérimentation commune de déploiement de téléphonie mobile 4G en 800 MHz pour tester un éventuel brouillage de la TNT, sous l’égide de l’Agence nationale des fréquences (ANFR).

«L

’ANFR garantit la bonne marche de l’expérimentation en se positionnant à la frontière entre les deux usagers : la télévision numérique terrestre et les opérateurs de télécoms », a expliqué son directeur général Gilles Brégant. « Il y a une frontière entre les bandes de fréquence et on s’assure que tout se passe bien, et en particulier qu’en cas d’interférences sur la télévision, les plaintes sont traitées par les opérateurs », ajoute-t-il. La quatrième génération de télé-

phonie mobile, qui sera à la 3G ce que la fibre optique est à l’ADSL, fonctionne sur deux bandes de fréquences : le 2,6 GHz, qui est en cours de déploiement, et le 800 MHz, issu de la libération de la bande de fréquence par la télévision analogique, au moment du passage à la TNT. Cette bande de fréquence des 800 MHz est appelée la « fréquence en or » par les opérateurs, car elle permet une très bonne couverture dans les zones rurales et une meilleure

pénétration dans les bâtiments en ville. La seule difficulté est que l’utilisation de la bande des 800 MHz présente des risques de brouillage de la TNT. Les opérateurs ont donc tout intérêt à effectuer des tests préalables pour savoir quels seront les problèmes rencontrés et les moyens à mettre en œuvre pour y faire face. De premiers tests réalisés sous l’égide de l’ANFR en 2011 dans la ville de Laval ont montré que les brouillages pouvaient être résolus par la pose

d’un filtre entre l’antenne et le poste de télévision, selon les opérateurs. Le test commun mené à Saint-Étienne par les trois opérateurs détenteurs de la fréquence 800 MHz, Orange, SFR et Bouygues Telecom (l’offre de Free n’ayant pas été retenue lors de cet appel d’offres) doit maintenant permettre de mesurer l’ampleur du phénomène. L’ANFR recueillera les éventuelles plaintes sur le numéro 0970 818 818, auprès de téléconseillers qui les répercuteront aux opé-

rateurs concernés. L’intervention sera à la charge des opérateurs. Un premier bilan aura lieu à l’été, selon M. Brégant, et à l’issue de l’expérimentation, les opérateurs auront les données nécessaires pour « passer à la phase industrielle » du développement d’un réseau 4G en 800 MHz et mettre en œuvre son « lancement commercial ». Ce test sera suivi d’une ouverture commerciale de la 4G 800 MHz par les trois opérateurs à Saint-Étienne. J.G.

Élargir les missions de l’ANSSI Les missions de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) devraient être renforcées afin d’aider les entreprises et les administrations à mieux se protéger des cyberattaques, préconise un rapport du Centre d’analyse stratégique.

PRESSE QUOTIDIENNE : 20 MINUTES CREUSE L’ÉCART 20 Minutes rassemble chaque jour 4 353 000 lecteurs (+1,7% en un an), soit 1,5 million de lecteurs de plus que le deuxième titre

Source : AudiPresse ONE 2012, Base LNM 15+

20 Minutes

4 353 000

Metro Direct Matin

2 686 000

Ouest-France

2 539 000

Le Parisien-AEF

2 537 000

L’Equipe Le Monde Le Figaro La Voix du Nord

’ANSSI est rattachée au secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale, un service du Premier ministre. Créée en 2009 pour prévenir les cyberattaques contre l’État, elle est notamment dotée d’une « brigade d’intervention » capable d’intervenir dès l’apparition de « premiers indices d’une attaque informatique ». « Les niveaux de protection en termes de cybersécurité restent insuffisants dans les entreprises et les administrations », a résumé lors d’un point presse Vincent Chriqui, directeur général du Centre d’analyse stratégique. Cette institution d’expertise et d’aide à la décision, placée auprès du Premier ministre, préconise, dans une « note d’analyse », d’« élargir les missions de l’ANSSI pour accompagner le développement de l’offre française des solutions de cybersécurité ».

L

2 804 000

2 175 000 1 861 000 1 233 000 1 158 000

20 Minutes, la marque leader de la News

NUMÉRO 462, MERCREDI 3 AVRIL 2013 L’HÉMICYCLE

15

L’ANSSI pourrait, par exemple, se voir dotée d’« un rôle un peu contraignant, un rôle de validation et de contre-expertise concernant l’efficacité » des solutions de protection déployées par chaque entreprise, a commenté M. Chriqui. Dans le cas plus spécifique des PME et TPE, « il est nécessaire de leur proposer des approches simples pour analyser leurs pratiques informatiques et leur niveau d’exposition aux cyberattaques », via des produits clés en main fournis par l’ANSSI ou l’association indépendante Clusif. « La cybersécurité absolue n’existe pas, mais il reste encore beaucoup à faire. Les entreprises considèrent encore souvent que les dépenses en sécurité informatique doivent être réduites, car elles ne génèrent pas de profit », a rappelé Vincent Chriqui.

J.G.


H462_p16-18.qxd:L'HEMICYCLE

29/03/13

14:26

Page 16

Les rencontres de l’Hémicycle

Construire le modèle français de la transition énergétique

a compétitivité des secteurs énergétiques ne mérite-t-elle pas d’être priorisée pour ne pas affecter ce secteur essentiel de notre économie ? C’était l’une des questions clés de ce débat, amorcé par l’Institut Montaigne et suivi par plus d’une centaine de participants venus écouter les réflexions de Delphine Batho. La ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie a rappelé que ce débat sur la transition énergétique allait entrer dans les semaines à venir dans une nouvelle phase assez inédite « Ce débat national nous amène à mobiliser non seulement les experts, les corps intermédiaires, les élus locaux et les territoires, mais aussi les ONG environnementales et les citoyens. C’est un exercice de démocratie participative assez inédit. » Pour la ministre, il y a en effet urgence. « C’est une nécessité absolue par rapport à la hausse structurelle des coûts de l’énergie. Dans notre pays, la précarité énergétique explose. Nous comptons 8 millions de Français en situation difficile. Pour les entreprises, c’est aussi un enjeu majeur de compétitivité, car en 2012 nous avons enregistré 69 milliards de déficit du commerce extérieur lié aux importations d’hydrocarbures. C’est donc une question économique qui nécessite de se poser cette question de la transition énergétique. Beaucoup de pays en Europe réexaminent leur politique de l’énergie. Ma conviction est qu’il faut construire un modèle français de transition énergétique qui soit aussi un projet fédérateur. Nous avons les entreprises françaises de ce secteur les plus réputées et le potentiel est considérable. »

STÉPHANE VUILLEMIN

Delphine Batho, la ministre de l’ Écologie, du Développement durable et de l’Énergie, invitée des premières rencontres de l’Hémicycle, organisées en partenariat avec l’Institut Montaigne au Conseil constitutionnel, a clairement indiqué les quatre priorités de la transition énergétique en France. Elle a aussi rappelé que ce débat s’inscrivait à l’échelle européenne. Pour la ministre : « L’ Europe doit se donner les moyens de devenir le continent de la transition énergétique. »

L

Quatre priorités Delphine Batho a ensuite fixé ce qui lui semble être les quatre priorités du débat actuellement en cours. La première est celle des économies d’énergie indispensables à réaliser, car la situation est sur ce point médiocre. « Sur l’objectif d’y arriver et d’atteindre les 20 % d’économie d’ici à 2020, nous n’en sommes seulement qu’à 3 %.

terme pour la compétitivité de l’Europe, de financement des économies d’énergie au travers de la banque européenne d’investissement. Il y a un enjeu majeur. L’Europe doit se donner les moyens de devenir le continent de la transition énergétique. Cela ne veut pas dire cependant qu’il faille remettre en cause la souveraineté nationale. Chaque État doit pouvoir faire ses propres choix en matière de mix énergétique tout en articulant ses propres décisions et cette nouvelle étape de la construction européenne de la politique de l’énergie. »

Quelques-unes des questions posées FRÉDÉRIC DE MANEVILLE PRÉSIDENT DE VATTENFALL

Or, nous avons un gisement considérable d’économies d’énergie qui peut nous permettre d’économiser de précieux milliards sur le déficit de la balance commerciale et de contribuer à améliorer le pouvoir d’achat des familles et qui est aussi un défi industriel grâce au développement des technologies de l’efficacité et de la performance énergétique. Il faut que ce débat sur la transition énergétique permette de mettre en place une grande politique publique de la consommation d’énergie vertueuse pour les citoyens et les entreprises. Cette politique nécessite que l’on adresse les bons signaux au consommateur. C’est la raison pour laquelle nous avons mis en place ce signal du bonus-malus pour impliquer chacun d’entre nous et modifier les comportements. » Mais Delphine Batho a reconnu qu’une politique efficace d’économies d’énergie devait par exemple nécessiter la mise en place du tiers financeur pour construire un modèle financier efficace et parvenir à construire cette politique incitative d’économies d’énergie.

16

Le deuxième enjeu pour la ministre est celui du modèle français du mix énergétique à construire. « Sur ce point, l’urgence est de réduire notre dépendance aux hydrocarbures. » La troisième priorité est celle des énergies renouvelables et des énergies vertes alors que la France est très en retard dans ce domaine. « Il ne faut pas laisser à l’Allemagne ou à la Chine la maîtrise des technologies vertes. La France devra être citée à l’avenir comme un exemple lorsque l’on parlera des filières industrielles sur les énergies renouvelables. On ne s’est pas posé la question jusqu’à présent de la maîtrise des technologies et du développement industriel qui l’accompagne. Il faut réexaminer les dispositifs de soutien aux énergies renouvelables et favoriser leur développement et réfléchir aux manières d’encourager les collectivités territoriales pour qu’elles investissent dans ce secteur tout en gardant le principe de la péréquation en matière de tarif de l’électricité. » Enfin, la dernière priorité est celle des financements, comme a tenu

L’HÉMICYCLE NUMÉRO 462, MERCREDI 3 AVRIL 2013

à le préciser Delphine Batho. « C’est la question essentielle de l’équation économique à trouver dans un contexte où la France va devoir faire des investissements considérables en termes de moyens de production, de réseaux de transport de l’électricité, tout en faisant en sorte que ces investissements puissent être soutenables pour les ménages et les entreprises, notamment les entreprises électro-intensives, qui doivent bénéficier de contrats de long terme en matière d’approvisionnement énergétique. »

L’Europe : le continent de la transition énergétique L’enjeu est aussi européen, a souligné la ministre en conclusion de son intervention. « Il y aura, le 22 mai prochain, un conseil européen consacré à la politique de l’énergie. C’est une occasion que la France doit saisir. La politique de l’énergie doit redevenir un des piliers de la construction européenne. Nous avons besoin d’une stratégie européenne en matière d’investissement, de contrat de long

Votre prédécesseur, Jean-Louis Borloo, avait lancé un plan de relance de l’hydroélectricité française, avec notamment la mise en concurrence des concessions hydrauliques et une production plus importante. Trois ans plus tard tout est bloqué. Allez-vous relancer ce plan ?

Delphine Batho : Le plan Borloo n'a pas vu le jour. C’est le constat que j’ai pu faire en prenant mes fonctions. Ce qui avait été annoncé n’a jamais été mis en œuvre. Nous sommes dans une situation d’attente qui s’est créée pour l’hydroélectricité. C’est une ressource considérable et je considère que c’est un patrimoine national. Son avenir fait partie du débat national sur la transition énergétique et des décisions seront prises d’ici au mois de juillet sur l’avenir des concessions. Je rappelle que la commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale doit rendre un rapport prochainement. Nous avons un potentiel d’optimisation qui est important, d’autant que l’hydroélectricité offre des potentialités en ce qui concerne l’intermittence. Un travail est aussi en cours sur la loi sur l’eau.


H462_p16-18.qxd:L'HEMICYCLE

29/03/13

14:28

Page 17

BRUNO GOFFÉ DIRECTEUR DE RECHERCHES CNRS-INSU A-t-on des gaz de schiste en France ? J’ai plutôt le sentiment que nous ne disposons que de schiste à gaz ?

Delphine Batho : La question que vous posez est assez théorique puisque la seule technique d’exploitation des gaz de schiste est la fracturation hydraulique. Même le président de Total le reconnaît. C’est la seule technique d’exploitation des gaz de schiste pour les 20 ans à venir. J’observe que l’Allemagne va interdire le recours à cette technique dans les zones où il y a des nappes phréatiques.

PHOTOS STÉPHANE VUILLEMIN

Les rencontres de l’Hémicycle aussi essentielle, tout comme le travail en commun nécessaire entre les grandes entreprises. Le modèle français implique pour moi de ne pas diminuer la part du nucléaire dans le mix énergétique français. Ce serait un non-sens ! MANOËLLE LEPOUTRE DIRECTRICE DU DÉVELOPPEMENT DURABLE CHEZ TOTAL Total contribue à la transition énergétique dans de nombreux pays. Nous aimerions faire valoir quatre points essentiels dans ce

Manoëlle Lepoutre (Total) Michel Derdevet (ERDF)

PIERRE MONGIN PDG DE LA RATP Je voudrais apporter un témoignage. Notre secteur a besoin de trouver une solution technique à la valorisation du prix du carbone. C’est un point fondamental dans la perspective de grands investissements comme ceux qui ont été annoncés par le Premier ministre pour changer le type de mobilité dans l’agglomération francilienne. La valorisation du carbone qui va être économisé en doublant la longueur de kilométrage des lignes de métro d’ici à 2030 serait un élément qui permettrait de relancer la machine économique nationale et européenne. Nous avons depuis 8 ans augmenté de 12 % notre offre de transport. Dans le même temps nous avons augmenté notre consommation énergétique de 7 %. En revanche, dans la même période, la facture énergétique de la RATP a progressé de plus de 80 %. À défaut d’avoir un prix du marché carbone qui fonctionne, il serait nécessaire que le secteur du transport puisse continuer de bénéficier du tarif de l’ARENH au-delà de 2015.

Delphine Batho : Pour le carbone, notre conviction est que nous ne pouvons plus être simplement dans une approche technique du prix. C’est un problème de gouvernance. Il faut trouver des mécanismes pour réformer et structurer les prix du marché du carbone au niveau européen. La question de la fiscalité et des coûts est centrale dans le débat sur la transition énergétique. Elle est essentielle pour la compétitivité de nos entreprises et pour les ménages. Nous aurons des choix à faire en termes de coûts et de tarifs. L’enjeu est très important. Il faut prendre en compte tous ces paramètres et la rentabilité de chaque technologie par rapport à ses coûts. Mais ce ne peut pas être le seul critère, sinon c’est le retour du charbon en Europe ! La question de la recherche technologique et des brevets est

Pierre Mongin (RATP) débat. Le premier point est de recenser ses ressources naturelles et patrimoniales. Chaque État a ses ressources et il est important d’en faire un bilan. Le deuxième point est celui de la maturité technologique des différentes filières, qui implique des investissements recherche, mais aussi une mesure de temps et d’économie. Le troisième point nécessite d’intégrer la notion d’accessibilité à l’énergie et nous travaillons à ces questions sur la planète entière. Enfin le dernier point est celui qui concerne l’intégration des connaissances que l’on a sur les impacts environnementaux de toutes les filières et leur acceptabilité. Je pense que l’efficacité énergétique est essentielle. Elle est au cœur de notre activité. Cela demande des investissements en organisation mais aussi en recherche et développement. On se doit de travailler à des solutions efficaces. En Europe le charbon reste important et sa substitution par le gaz permet de diviser par deux les émissions de CO2. Quant au gaz de schiste, je ne suis pas en accord avec vous sur le côté théorique du débat sur le gaz de schiste. Certes la fracturation hydraulique est le seul moyen aujourd’hui pour le produire. Mais la fracturation hydraulique en France a été faite par le passé, sans dégâts sur l’environnement. On en fait dans le cadre de la géothermie sans dégâts sur l’environnement. Nous respectons la loi, mais dommage que la France n’évalue pas ses ressources. Ce serait pourtant nécessaire dans la réflexion sur l’avenir de la transition énergétique.

Jean-Paul Tran-Thiet (White & Case) Laurent Bigorgne (Institut Montaigne)

Thierry Wahl (Comité de pilotage du débat sur la transition énergétique) Frédéric de Maneville (Vattenfall)

Remi Dorval (La Fabrique de la Cité)

Philippe Jurgensen (Inspection des finances)

Bruno Goffé (CNRS)

Bertrand Collomb (Groupe Lafarge)

Delphine Batho et Bruno Pelletier (L’Hémicycle)

NUMÉRO 462, MERCREDI 3 AVRIL 2013 L’HÉMICYCLE 17

Jacques Lefort (Dalkia France)


H462_p16-18.qxd:L'HEMICYCLE

29/03/13

14:29

Page 18

STÉPHANE VUILLEMIN

Les rencontres de l’Hémicycle

Conseil constitutionnel, le 25 mars 2013. Les premières rencontres de l’Hémicycle, en partenariat avec l’Institut Montaigne, ont réuni plus

question est de savoir comment articuler cette capacité d’innovation des territoires avec le fait que nous ayons besoin d’un modèle sécurisé d’approvisionnement à l’échelle nationale. Une des questions sera l’intégration au réseau des énergies renouvelables et une des pistes est celle de l’autoconsommation grâce aux réseaux intelligents à développer. Mais il n’y a pas pour l’instant de solution juridique toute faite pour les collectivités territoriales. En conclusion, sachez que le comité national va réaliser des auditions publiques. En mai un comité citoyen sera organisé dans chaque région pour nourrir ce débat. Fin juin, des recommandations seront établies et le gouvernement s’est engagé à tenir compte de ces recommandations dans la loi de programmation. Le parlement est souverain et ce sera à lui de voter la loi.

Compte rendu par Joël Genard

d’une centaine d’invités autour du thème de la transition énergétique.

MICHEL DERDEVET SECRÉTAIRE GÉNÉRAL D’ERDF ET MEMBRE DU DIRECTOIRE Le droit de l’énergie est codifié et l’on se rend compte que c’est un empilement de textes de lois et de règlements. De mon point de vue, la question de la simplification est liée à l’efficacité de la transition énergétique. La faisabilité va dépendre des textes. Y a-t-il un chantier simplification et adaptation du droit qui sera engagé ? Comment voyez-vous l’articulation entre un droit plus efficace et simplifié et une participation accrue des citoyens ?

Delphine Batho : Sur la simplification du droit de l’énergie, elle est plus facile à souhaiter qu’à mettre en œuvre. Quiconque se penche dans le détail des textes peut constater que les rédactions sont assez compliquées notamment en matière tarifaire. Je ne peux qu’être favorable à des simplifications. Mais il faut tenir compte de la sécurité juridique des textes pour éviter que le Conseil d’État n’en annule certains ! Un audit sur les coûts de l’électricité doit aussi permettre cette remise à plat des tarifs et donc des textes qui en découlent. Le coût de l’énergie est la question centrale dans ce débat sur la transition énergétique. RÉMI DORVAL PRÉSIDENT DE LA FABRIQUE DE LA CITÉ - VINCI Le rôle des collectivités locales est important dans la politique

énergétique. Les énergies renouvelables donneront plus de place à l’avenir au local. Comment cela va-t-il se traduire en France dans le cadre de la décentralisation ? Y aura-t-il plus de compétences accordées au plan local ? Quel sera le rapport entre l’État et les territoires ?

Delphine Batho : Il faut un soutien public aux énergies renouvelables pour les amener à maturité et il y a un besoin de stabilité. Jusqu’à présent le développement de ces énergies renouvelables a été financé par la dette d’EDF. Il faut un système de gouvernance qui permette de revisiter ces choix à mesure des avancées technologiques. En ce qui concerne la compétence des collectivités, beaucoup des projets sont portés par elles. Ce qu’il faut c’est que l’on arrive à libérer ces énergies territoriales. La

STÉPHANE VUILLEMIN

Delphine Batho : Je l’assume. Je ne suis pas favorable à l’utilisation d’une technique qui est un nonsens historique et qui produirait au final plus de CO2.

Retrouvez l’intégralité de cette rencontre sur www.lhemicycle.com

L’avenir du site Bosch de Vénissieux Delphine Batho « regrette » la décision de Bosch de céder son site de Vénissieux (Rhône) et rappelle qu’il revient au groupe allemand « de trouver un repreneur ». ans un communiqué, Delphine Batho et Arnaud Montebourg, concerné également par cette décision du groupe Bosch, précisent que « le gouvernement travaillera étroitement avec la direction de l’entreprise et les organisations syndicales pour accompagner ce processus de mutation » de ce site d’assemblage de modules photovoltaïques. Ils ne veulent « pas voir abandonné l’outil industriel de la transition énergétique qu’est l’usine de Vénissieux ».

D

« Il revient au groupe Bosch de trouver un repreneur qui continuera l’activité industrielle et la développera dans la durée. Le gouvernement travaillera étroitement avec la direction de l’entreprise et les organisations syndicales pour accompagner ce processus de mutation », poursuit le communiqué. La décision de Bosch « s’inscrit dans un contexte de crise du marché photovoltaïque mondial, qui est marqué par des surcapacités de production importantes, une guerre des prix exacerbée et le dépôt

18

de bilan des deux leaders mondiaux, l’entreprise allemande Q-Cells, rachetée par le Coréen Hanwa, et l’entreprise chinoise Suntech », reconnaissent les ministres. Le géant industriel allemand Bosch a annoncé vendredi son retrait du photovoltaïque, secteur en crise en Europe, et la vente ou la fermeture de toutes ses unités, dont celle de modules située à Vénissieux. De son côté, le président de Bosch France, Guy Maugis, s’est dit « persuadé » vendredi de trouver un

L’HÉMICYCLE NUMÉRO 462, MERCREDI 3 AVRIL 2013

repreneur pour son site. « Nous sommes à la recherche d’un repreneur et pour l’instant nous n’envisageons pas l’option contraire », a déclaré M. Maugis au cours d’une conférence de presse. Il a souligné que l’objectif du groupe était d’aboutir, d’ici à 2014, à une solution pérennisant un maximum d’emplois sur les 200 concernés par l’arrêt des activités photovoltaïques sur le site de la banlieue lyonnaise (sur 1 000 salariés au total). Selon lui, « l’usine est flambant

neuve, entièrement automatisée et les carnets de commande sont pleins pour au moins six mois, voire plus ». « Le site va continuer à fournir les clients en attente d’être livrés », a-t-il dit. De leur côté, les ministres ont mis en avant une usine « équipée de deux lignes de production d’une capacité annuelle de 160 mégawatts, qui emploie 230 personnes et constitue l’installation la plus grande en France de ce genre et l’une des plus modernes et performantes en Europe ». J.G.


H462_p19.qxd:L'HEMICYCLE

29/03/13

14:44

Page 19

L’admiroir

Anne-Marie Escoffier, de Dante à Jean Moulin, sous le nez de Pinocchio Par Éric Fottorino

e sa jeunesse dacquoise, dans les Landes, AnneMarie Escoffier garde le souvenir des courses de vachettes aux cornes « emboulées », de la liesse des fêtes de Dax, de la puissance tranquille de l’Adour, où se reflétaient les joues ocre des frontons de pelote. Fille d’un « médecin des entreprises malades », comme elle qualifie le métier paternel d’ingénieur-conseil fiduciaire, la ministre déléguée chargée de la Décentralisation a connu très tôt cette France que l’on dit profonde au gré des affectations de son père, venu au secours ici des parapluies du Cantal, ou là de la bonneterie de Roanne. « Ma ville de cœur », c’est Lyon, dit l’ancienne préfète de l’Aveyron, rappelant ses années de faculté dans la capitale des Gaules. C’est d’ailleurs dans le trésor intellectuel de ses années d’étudiante – elle deviendra professeur de lettres classiques et d’italien – qu’AnneMarie Escoffier puise une dette sans fin envers Dante. Ce compagnon de Capes et « d’agrègue » ne l’a jamais quittée, car il parle du « sens de la vie », de l’essence des choses. « Le lire, dit-elle, (évidemment, elle le lit en italien), c’est aller vers les grands philosophes, comme saint Thomas. Dante n’est pas politique en tant que tel, mais il met en avant les valeurs de générosité, l’écoute de l’autre, avec une réflexion profonde sur l’individu et non sur la personne. » La distinction qu’elle fait entre les deux notions met en lumière ses compétences de philologue, c’està-dire de linguiste. « En étymologie grecque et latine, explique l’ancienne sénatrice de l’Aveyron, la personne signifie le masque et le personnage qui se cache derrière. Alors que l’individu est ce qui ne peut se diviser. L’individu correspond à l’unité retrouvée. Dans ma vie auprès des autres, je cherche l’individu, pas la personne. »

D

Aujourd’hui encore, à ses moments « perdus » – ou gagnés ? – Mme la ministre continue de travailler sur Dante, qui l’éclaire sur la compagnie des humains. Elle se concentre sur les œuvres majeures du poète italien du XIIIe siècle, qui fut aussi un homme politique important de Florence, avant d’en être à jamais banni pour son insoumission au pape. Aussi fréquente-telle assidûment Il Convivio, « le premier texte écrit en langue vulgaire, précise-t-elle. Un livre où l’on se retrouve à plusieurs en parlant la même langue ». Dante s’écarte ici du latin pour employer le toscan. Il emprunte au prêche de saint Paul pour montrer à l’homme la voie qui l’éloigne du péché. À travers La Divine Comédie, l’autre chef-d’œuvre de Dante, la ministre de la Décentralisation se plonge dans la dimension historique de l’enfer, du purgatoire et du paradis, trois étapes qui balisent selon elle « la montée vers la lumière ». Et d’ajouter : « Dante est guidé par Virgile puis par Béatrice, qui représente l’amour. » Sur le chemin initiatique qui mène l’homme de l’enfer au paradis en passant par le purgatoire, AnneMarie Escoffier voit la métaphore de la société contemporaine. « Dante me donne un peu de sagesse. Il permet d’ordonner la vie dans un monde destructuré que je compare à la tour de Babel : il ne s’écoute pas, il s’entrechoque, il est distrait, au sens propre du terme, c’est-à-dire tiré vers autre chose. C’est un monde où l’on passe à côté de l’autre. Moi je veux reconstituer ce lien avec le citoyen, avec ceux que je suis amenée à rencontrer. » Sa traversée incessante de l’univers de Dante est un vademecum, un sauf-conduit pour affronter la misère des temps modernes. Inscrits dans sa mémoire, comme indélébiles, les trois der-

REMY GABALDA/AFP

Préfète puis sénatrice, elle a la réputation d’une battante. Chaleureuse, appréciée de ses pairs, elle puise son inspiration dans les ouvrages philosophiques de Dante ou saint Thomas. Elle reste aussi impressionnée par Jean Moulin, qu’elle considère comme un grand serviteur de la France et qui a su prendre la défense de l’autre, du faible, au nom des valeurs humaines essentielles.

niers vers de La Divine Comédie sur « l’Amour qui donne le mouvement – et la vie – au soleil et aux autres étoiles ». À ses yeux, il s’agit par l’expérience humaine d’atteindre « l’absolu, l’indicible, la lumière, ce vers quoi il faut tendre sans cesse ». À cet instant de la conversation, dans son bureau attenant au ministère de l’Intérieur, notre regard s’arrête sur un Pinocchio assis en surplomb d’une table de réunion. Pinocchio ? Pourquoi ce personnage étranger à La Divine Comédie

est-il là, en faction, comme un gardien impassible ? « Il me dit : attention au mensonge, dit Mme Escoffier en souriant, l’œil pétillant de malice. Derrière Pinocchio se tient le grillon, la conscience. Ce personnage me rappelle qu’il faut toujours être en veille. Rester soi-même. Ne jamais se prendre pour quelque chose. Une fonction est toujours de passage. » La philologue ne rate pas l’occasion d’enfoncer son clou, sinon de le river aux idées reçues : « Être ministre, dit-elle, ce n’est surtout pas le pou-

voir : c’est un devoir. Quand on a une compétence, il s’agit d’apporter un service à l’autre. Savez-vous que ministre vient de minus, le petit qui s’occupe et s’affaire auprès des autres. Ce n’est pas maximus… » Comme les mots en latin, le personnage de Pinocchio a produit son effet. « Son nez pousse, car il n’est plus lui-même. » Mme Escoffier nous confie que, dans son ancien bureau de préfète, elle avait installé des coqs. Plus vivants que vivants, criants de vérité. « C’étaient justement des coqs de vérité, ceux qui chantent trois fois, qui annoncent le mensonge et le reniement, qui rappellent ce qu’il faut refuser… » Au ministère, elle s’est contentée de son Pinocchio et d’une Marianne. Cette éthique affirmée, c’est avec conviction, on pourrait dire naturel, que la ministre de la Décentralisation rend hommage au grand serviteur de la France que fut Jean Moulin. « J’ai eu un face à face avec lui », lance-t-elle un rien facétieuse, guettant la réaction de son interlocuteur. Ah, vraiment ? Elle s’explique : « Lorsque j’étais préfète de l’Aveyron, dans le grand salon en V, mon portrait officiel était installé exactement en face de celui de Jean Moulin. Quand j’ai découvert cette situation, j’en ai eu les larmes aux yeux. » Mme Escoffier reste impressionnée par « cette grande figure qui a su prendre la défense de l’autre, du fragile, du faible, au nom de valeurs humaines essentielles ». Rappelant qu’il fut préfet très jeune, à 37 ans, elle a gardé de lui l’image d’un homme exemplaire. « Devant son sacrifice, devant le respect de ses engagements puis sa loyauté envers son pays, j’ai d’autant plus voulu être honnête et intègre, laisser toute la place à l’individu, garder l’écoute. » Entre Dante et Moulin, on serait surpris de voir s’allonger le nez de Mme la ministre.

EIP l’Hémicycle, Sarl au capital de 12 582 ¤. RCS : Paris 443 984 117. 55, rue de Grenelle - 75007 Paris. Tél. 01 55 31 94 20. Fax : 01 53 16 24 29. Web : www.lhemicycle.com - Twitter : @lhemicycle GÉRANT-DIRECTEUR DE LA PUBLICATION Bruno Pelletier (brunopelletier@lhemicycle.com) RÉDACTEUR EN CHEF Joël Genard (joelgenard@lhemicycle.com) ÉDITORIALISTES/POINT DE VUE François Clemenceau, François Ernenwein, Thierry Guerrier, Bruno Jeudy, Gérard Leclerc, Fabrice Le Quintrec, Éric Maulin AGORA Sébastien Petitot, Thomas Renou DOSSIERS JeanMarc Engelhard, Tatiana Kalouguine INTERNATIONAL Guillaume Debré L’ADMIROIR Éric Fottorino COLLABORENT À L’HÉMICYCLE Tariq Befnec-Curiel, Ludovic Bellanger, Florence Cohen, Axel de Tarlé, Pierre-Henry Drange, Richard Kitaeff, Manuel Singeot, Brice Teinturier, Pascale Tournier CORRECTION Maïté Simoncini MAQUETTE David Dumand PARTENARIATS Violaine Parturier-Go&Win Partners (violaineparturier@lhemicycle.com - Tél. : 01 45 49 96 09/06 28 57 43 16) ÉVÉNEMENTIEL Marion Delros (mariondelros@lhemicycle.com - Tél. : 01 45 49 96 09) IMPRESSION Roto Presse Numéris, 36-40, boulevard Robert-Schumann, 93190 Livry-Gargan. Tél. : 01 49 36 26 70. Fax : 01 49 36 26 89 ACTIONNAIRE PRINCIPAL Agora SASU Parution chaque mercredi ABONNEMENTS abonnement@lhemicycle.com COMMISSION PARITAIRE 0413C79258 ISSN 1620-6479 Dépôt légal à parution

NUMÉRO 462, MERCREDI 3 AVRIL 2013 L’HÉMICYCLE

19


RTE, opérateur public du Réseau de Transport d’Electricité français est aussi le Réseau de la Transition Energétique. Ses 8 500 collaborateurs assurent, au service des clients, l’exploitation, la maintenance et le développement du réseau haute et très haute tension. RTE est pleinement engagé dans la transition énergétique : le réseau de transport d’électricité s’adaptera pour accompagner sa mise en œuvre. En savoir plus sur les défis : www.rte-france.com

Conception — WordAppeal / Crédits Photos — GraphicObsession

Réseau solide et généreux partage ses lignes. Toutes énergies bienvenues.

Retrouvez-nous sur notre site internet : www.rte-france.com

RTE_annonce-lhemicycle_BDef_210313_WA.indd 1

25/03/13 13:00


l'Hémicycle - #462