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Hervé Mariton

Jean Bardet P. 3

AFP

MAGALI CHAPELAN / AFP

P. 2

Directeur de la publication : Bruno Pelletier

Directeur : Robert Namias

Sécurité routière : la panne

Quel tintamarre ! Et au final sans doute beaucoup de bruit pour peu de chose. La charge lourde lancée contre le PS par la majorité à propos de l’organisation des primaires constitue une preuve supplémentaire de l’inépuisable capacité des politiques à imaginer les manœuvres Éditorial les plus grossières pour déstabiRobert Namias liser l’adversaire. Les primaires, le PS les a annoncées depuis plus de deux ans et le calendrier est connu depuis des mois. CNIL, Conseil constitutionnel, les plus hautes instances de l’État ont été consultées pour valider la démarche, nouvelle dans notre pays, mais pratiquée depuis belle lurette ailleurs. Voici venu le temps du dépôt des candidatures et c’est le moment choisi par les dirigeants de la majorité pour monter au créneau et dénoncer les risques de fichage de tous ceux qui se déclareraient sympathisants de gauche. Bien tardif, et trop suspect pour être honnête. Le paradoxe de cette affaire, c’est que le ministre de l’Intérieur est parfaitement dans son rôle quand il s’interroge sur ces risques et lorsqu’il pose les bonnes questions aux dirigeants socialistes sur les délais de destruction des fichiers. Claude Guéant a raison de s’inquiéter des conséquences de ces élections inédites. Et si cela n’avait d’autre but que d’appeler le PS à la plus extrême vigilance, ce serait parfaitement légitime. Sauf que personne n’est dupe et que le but du ministre de l’Intérieur, du secrétaire général de l’UMP et de quelques autres, n’a en réalité pas grand-chose à voir avec la déontologie électorale et la défense du secret républicain. Il s’agit seulement de jeter la suspicion sur ces primaires, voire d’en empêcher le bon déroulement par défaut de participation. Nous verrons en octobre comment les choses se passent, mais si l’on doit craindre quelque chose, c’est plus l’incapacité du PS à bien gérer son affaire qu’une tentative volontaire d’encartage généralisé. Dans tous les cas, à y regarder de près, les dirigeants de la droite apparaissent sur le sujet beaucoup moins comme les défenseurs des libertés individuelles que comme de simples mauvais joueurs.

PHILIPPE DESMAZES/AFP

La création de la mission sur la sécurité routière n’a pas mis fin à la vague de protestations contradictoires provoquée par l’absence de lisibilité des mesures gouvernementales.

M

La France en manque de métropoles La compétitivité d’un pays passe par l’existence de très grandes villes. Le professeur Éric Maulin estime que le manque de métropoles en France constitue un handicap pour son économie. > Lire p.8

Le choix d’Aurélie À l’avant-garde du combat des femmes et soutien de François Hollande, Aurélie Filippetti, étoile montante du PS, a le militantisme chevillé au corps. > Lire p.10

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Et aussi

ême les malades mentaux ne s’y retrouveraient pas, et pourtant on est chez les fous ! Pour répondre aux inquiétudes électorales de quelques députés, voilà qu’on décide d’annoncer systématiquement la présence des radars automatiques par un radar pédagogique. Dans ce cas, autant laisser les panneaux dont personne, pas même les associations de victimes, ne demandait la suppression. La réalité, c’est qu’il n’y a plus aujourd’hui de politique cohérente de sécurité routière. Depuis des mois, on assiste à une valsehésitation dont le rythme est bien connu : deux pas en avant, trois pas en arrière. D’un côté on durcit la répression de certaines infractions, de l’autre on allège la sévérité du permis à points. On annonce la suppression des panneaux radars, ce

qui a pour effet de provoquer un tollé inutile, mais dans le même temps on ne prend aucune des mesures qui réduiraient significativement le nombre de morts sur les routes. Ces mesures, chacun les connaît : interdiction du téléphone au volant y compris du kit mains libres, tolérance zéro pour l’alcool (c’est-à-dire au maximum 0,2 gramme par litre de sang), réduction de la vitesse en ville. Et, bien sûr, une communication qui doit prendre à la fois une forme publicitaire et par ailleurs s’intégrer dans les programmes scolaires. C’est cette communication qui constitue le meilleur apprentissage des dangers de la route. Quasi permanente, elle serait sans doute la meilleure des préventions, si souvent invoquée mais trop fréquemment conçue comme une alternative à la répression.

Le chiffre PATRICK KOVARIK / AFP

JULIETTE BOUDRE

Mauvais joueurs

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42,4 !

Au total, 42,4 % des actions des sociétés du CAC 40 appartiennent à des particuliers ou à des groupes étrangers. Il s’agit essentiellement d’Européens et d’Américains, qui Au sommaire • Agora : Hervé Mariton et Jean Bardet >P. 2 et 3 • Plan privilégient les investissements dans les entreprises de large : les primaires n’étaient pas secondaires par Nathalie Segaunes; PS : technologie. C’est ce qu’indique la Banque de France dans l’été meurtrier par Bruno Jeudy > P. 4 • Initiatives : Les villes moyennes parient une étude portant sur l'année 2010. La capitalisation boursière sur le 21e siècle >P. 6-7 • Expertise:Libye : un bourbier pour la France ? Interview des fonds étrangers a atteint 395,5 milliards d’euros au de Josselin de Rohan >P. 12 • Déblogage : Le mariage gay sur la Toile >P. 15 31 décembre 2010, sur un total de 933,2 milliards d’euros.

lhemicycle.com

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Prévention-répression, les deux doivent faire partie d’un projet global. Imposée par une volonté politique forte. Or aujourd’hui, derrière les bonnes paroles, les actes disent exactement le contraire : les cafouillages nombreux et répétés montrent qu’il n’y a plus de véritable volonté politique. Le pari de 3 000 morts sur les routes en 2012 est à coup sûr perdu. Ancien ministre de l’Intérieur, ardent promoteur aux côtés de Jacques Chirac d’une politique de sécurité routière visible et surtout lisible, Nicolas Sarkozy n’a pas poursuivi l’action de son prédécesseur une fois à l’Élysée. François Fillon et Claude Guéant moins encore. Le courage a cédé la place à la démagogie électorale. Ce n’est pas ennuyeux, c’est mortel.

R.N. > Lire p. 2 et 3


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HERVÉ MARITON DÉPUTÉ UMP DE LA DRÔME

«

Après les malentendus et les incertitudes du printemps, le Gouvernement entend réaffirmer que la sécurité routière reste bien une priorité » Hervé Mariton, l’un des meilleurs connaisseurs à l’Assemblée des questions de sécurité routière, confirme que le Gouvernement organisera prochainement des états généraux sur ce thème. Pour le député de la Drôme, il est urgent de repenser la communication qu’il juge trop hésitante, entre le « mièvre » et le « gore », et surtout insuffisamment pédagogique. Êtes-vous rassuré par les clarifications apportées par le ministre de l’Intérieur Claude Guéant, le 23 juin, lors des 18e journées parlementaires sur la sécurité routière que vous présidiez ?

Le colloque posait une question : la sécurité routière est-elle une priorité ? Nous avons eu la réponse : c’est oui. Tirant d’un mal un bien, après les malentendus et les incertitudes du printemps sur les radars, le Gouvernement a réaffirmé que la sécurité routière restait bien une priorité. On aurait pu s’éviter cette séquence, mais maintenant les choses sont dites, et heureusement. On a avancé. Le Gouvernement a transformé une confusion en réaffirmation d’une priorité. Indépendamment de l’affaire des panneaux indiquant les radars, le doute s’était installé. Il est levé. Dont acte. Mais le Gouvernement sera attendu au tournant lorsqu’il prendra ses prochaines mesures. Vous avez aussi obtenu gain de cause pour la prochaine organisation de nouveaux états généraux de la sécurité routière…

Nous avons, lors de ces 18e journées, fait deux propositions : d’abord, près de dix ans après le lancement de ce grand chantier par Jacques Chirac le 14 juillet 2002, l’organisation d’états généraux de la sécurité routière, sur le plan national et de manière décentralisée, pour confirmer

cette priorité, écouter ce que les gens ont à dire et les confronter aux faits et aux expertises. Ensuite, l’envoi1, en même temps que les amendes des radars, d’une explication sur l’argent des radars pour démontrer que ceux-ci ne sont pas une « pompe à fric ». Sur les deux points, nous avons été entendus.

regard de la loi organique sur les lois de finances, et ce n’est pas heureux sur le plan politique. La traçabilité de l’utilisation de l’argent des amendes, en particulier celles des radars, me paraît très importante.

ment hors d’atteinte. Il reste valable à plus long terme. Et la courbe du nombre d’accidents, de morts et de blessés depuis trente ans montre bien que les inflexions sont toujours liées à des actions répressives.

Que vous a inspiré la polémique sur la suppression des panneaux indiquant les radars ?

Faut-il faire toujours davantage de pédagogie ?

Justement, que répondez-vous à ceux qui pensent que les radars sont des « pompes à fric » ?

Même des personnes aussi rigoureuses que Chantal Perrichon, présidente de la Ligue contre la

C’est peut-être sur la communication de la sécurité routière qu’il faut réfléchir. On navigue aujourd’hui entre des messages un peu mièvres

«

L’OBJECTIF DE MOINS DE 3 000 MORTS SUR LES ROUTES EST POUR L’INSTANT HORS D’ATTEINTE »

L’idée selon laquelle les radars et la politique de sécurité routière financent l’État est fausse : ce que coûte la sécurité routière est bien supérieur à ce que rapportent les amendes. Mais je regrette que le compte d’affectation spécial, mis en place par Jean-Pierre Raffarin en 2003 pour tracer le produit des amendes des radars automatiques, ait été, dans le budget 2011, mélangé à un compte d’affectation global incluant amendes des radars, amendes ordinaires et majorées, ce qui gonfle le financement consacré au budget de l’État ou à celui des collectivités locales. Aujourd’hui, ce compte a perdu son caractère spécial et il n’est plus affecté, ce qui pose un problème au

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violence routière, ne demandaient pas le retrait des panneaux. J’avais suggéré, dans un rapport antérieur, d’élargir la zone d’information, mais pas de retirer les panneaux. Dans le retrait, vous avez eu une accumulation de maladresses : nonrespect de la parole donnée, infantilisation des conducteurs, incohérence de voir que l’État, si faible pour assumer certaines décisions, soit sur ce sujet capable d’appliquer une décision le soir même devant les caméras de télévision. Maintenant, les choses sont claires. L’objectif de passer sous les 3 000 morts par an est-il inatteignable ?

Cette année, il est malheureuse-

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et des messages un peu « gores ». Il faut peut-être montrer cette courbe, montrer les faits. L’argument d’autorité ne suffit pas pour que les automobilistes s’inclinent face à une mesure. L’analyse, l’expertise et le diagnostic sont indispensables. Je regrette que les commissions départementales d’examen des points noirs pour justifier les emplacements de radars n’aient pas été plus assidues. Dans mon département, je n’ai pas constaté d’élan particulier, hormis celui observé depuis quelques jours, mené sous l’impulsion des préfets ; un signal positif, mais quelque peu tardif. D’une manière plus générale, on ne donne pas assez la parole aux experts en France.

Comment progresser encore ?

Il y a tout un chantier à lancer autour de la somnolence, et là je me tourne vers les constructeurs. Il y a plein d’aides à la conduite dans les véhicules. Un système qui examinerait les clignements des yeux est faisable. Les sociétés autoroutières sont très présentes sur le sujet, mais pas les pouvoirs publics. C’est un sujet extrêmement important. Les électeurs peuvent-ils vraiment, comme le craignent certains de vos collègues, vous sanctionner à cause de la politique de sécurité routière ?

Il y a un élément fort qui abîme la politique de répression, c’est de dire : quand on court après les automobilistes, on ne court pas après les vrais malfrats. On entend dire que l’État est impuissant sauf pour enlever les fameux panneaux. Les électeurs peuvent nous dire que sur la sécurité tout court, nous n’avons pas fait tant de progrès, mais nous en avons fait sur la sécurité routière. J’ai envie de dire : on ne vous a peut-être pas sauvé votre sac à main, mais on vous a peut-être sauvé la vie. C’est l’une des difficultés de la politique de sécurité routière : ceux qui en sont les bénéficiaires (ceux qui sont vivants) ne le savent pas.

Propos recueillis par Béatrice Houchard 1. Sur une proposition de Nadine Poinsot, de l’association Marilou.


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Agora

JEAN BARDET DÉPUTÉ UMP DU VAL-D’OISE

«

Si l’on pense que la répression n’est pas efficace, alors allons jusqu’au bout : stoppons pendant trois ou six mois les contrôles, on verra ce que ça donne !» Militant de la sécurité routière, Jean Bardet, député UMP du Val-d’Oise, est en colère. Il reproche à certains de ses collègues de faire de la démagogie électorale. Pour le coprésident du groupe d’études sur la circulation routière, la prévention n’est pas dissociable de la sanction. La sécurité routière est-elle encore une priorité ?

Je n’en sais rien. Pour moi, oui, c’est toujours une priorité. Il y a encore 4 000 morts tous les ans sur les routes de France. Les statistiques des quatre premiers mois de l’année ont montré une remontée du nombre des morts. Alors certains ont invoqué des raisons climatiques. Il n’a pas neigé en février, il a fait beau en avril… En réalité, il y a deux éléments indissociables sur lesquels les politiques peuvent agir, on le sait bien : la prévention et la sanction. Je pense que le fait d’avoir allégé le dispositif de récupération de points, à l’automne 2010, a été pour une grande part dans cette augmentation des morts. On a envoyé un mauvais signal aux automobilistes ?

Oui. La preuve, c’est que les signaux ultérieurs – ceux du Conseil interministériel de la sécurité routière (CISR) du 11 mai – ont fait que, comme par hasard, le nombre de morts a recommencé à diminuer. Alors qu’il faisait beau aussi en mai…

Exactement. Mais là on a dit : c’est normal, cette année il n’y avait pas de ponts en mai. Soyons sérieux. 4 000 morts par an, c’est trop. On a eu malheureusement une trentaine de morts en Allemagne avec « la bactérie qui tue ».

Le sujet a défrayé la chronique. Le Mediator a fait entre 500 et 2 000 morts en trente ans. Ça défraie aussi la chronique. Mais 4 000 morts sur les routes, rien. Les gens sont inconscients. Ils disent que c’est la fatalité. En lisant certains articles, certaines publicités, on n’en revient pas. C’est lamentable. Que les associations de défense de conducteurs soient entendues, c’est normal. Mais que des officines d’avocats se fassent comme publicité de récupérer

conducteurs ayant un avertisseur de radars ont plutôt moins d’accidents que les autres. Face à ces dix morts chaque jour sur les routes, quel discours faut-il tenir ?

L’un des drames français, c’est que le mauvais conducteur c’est toujours l’autre. Le Français pense être maître de sa vitesse, il croit pouvoir boire avant de conduire, etc. Moi je leur dis : le mort, ça pourrait être ton mari, ta femme, ta

pendant trois ou six mois les contrôles, arrêtons de faire verbaliser les radars, ne contrôlons plus l’alcoolémie à la sortie des discothèques, etc. On verra ce que ça donne ! S’il n’y a pas plus de morts que maintenant, ça voudra dire que la répression ne marche pas. Mais vous savez bien qu’il y aura plus de morts, c’est donc une proposition risquée…

Oui, mais c’est le seul moyen de donner la preuve que ça marche.

«

JE N’AI JAMAIS CACHÉ MES OPINIONS SUR LA SÉCURITÉ ROUTIÈRE. JE NE VOIS PAS UN ÉLECTEUR DIRE QU’IL VA VOTER CONTRE MOI PARCE QUE JE SUIS POUR LES RADARS »

votre permis en allant trouver un vice de forme même si vous avez tué quelqu’un, c’est un dévoiement de la profession d’avocat. Depuis, le discours du Gouvernement est redevenu volontariste. Êtes-vous convaincu ?

Je pense que les récentes décisions annoncées par le Gouvernement ont quand même eu un effet. Il a fait preuve de volontarisme. A-t-il fait preuve de psychologie ? Peutêtre pas… Par exemple avec l’interdiction des avertisseurs de radars. De nombreuses compagnies d’assurances disent que les

mère… Quand quelqu’un me dit qu’il roule à 150 sur l’autoroute et qu’il risque seulement de perdre deux points de permis, je lui réponds qu’il risque surtout d’avoir un accident. Quel doit être l’équilibre entre prévention et répression ?

Dans ma circonscription, je vais régulièrement dans les écoles faire de la prévention. Mais la répression est indispensable, et j’ai envie de faire une proposition iconoclaste : si l’on pense que la répression n’est pas efficace, alors allons jusqu’au bout : stoppons

Faut-il quand même revoir, par exemple, les lieux d’implantation des radars ?

Oui, sûrement. C’est vrai que les autoroutes sont les endroits les moins accidentogènes et que les radars sont souvent là. Il faut aussi revoir les changements perpétuels de limitation de vitesse. Au volant, j’essaie de respecter la vitesse mais, parfois, il m’arrive de ne plus savoir moi-même à combien la vitesse est limitée sur le tronçon de route où je me trouve.

Faut-il encore réformer le permis de conduire ?

Sur le sujet, j’ai une proposition : il faut permettre aux jeunes de passer le permis de conduire au lycée, que ce soit obligatoire et gratuit. On est plus sensible au message de prévention quand on est jeune. Sans compter que le permis de conduire est aussi utile que se servir d’un ordinateur ou parler anglais. Prôner la répression peut-il faire perdre les élections ?

J’ai été élu en 1986, puis battu en 1988 pour des raisons qui n’avaient rien à voir, et réélu depuis 1993. Je n’ai jamais caché mes opinions sur la sécurité routière. Je ne vois pas un électeur dire qu’il va voter contre moi parce que je suis pour les radars. Dire le contraire, c’est de la démagogie.

Propos recueillis par Béatrice Houchard

Faut-il revoir à la baisse les limitations de vitesse ?

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Sur les routes de campagne à deux voies, 70 serait sans doute mieux que 90. Il faut surtout des règles claires et qu’on sache à combien on peut rouler. Il faut mieux indiquer les dangers de la route, comme les virages serrés. C’est vrai qu’on a le droit de prendre un virage serré à 90 km/h, mais la gendarmerie a aussi le droit de verbaliser pour conduite dangereuse.

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Plan large À l’assemblée, les primaires n’étaient pas secondaires ! Orchestrée ou pas, la charge des dirigeants de l’UMP contre les primaires socialistes a provoqué la réaction outragée des députés PS. Mais derrière l’indignation affectée, les députés de gauche n’étaient pas loin de penser que ce tir de barrage allait finalement les servir. Par Nathalie Segaunes ine de rien, l’Assemblée nationale est entrée dans la campagne présidentielle la semaine dernière ! En utilisant l’hémicycle comme tribune pour vilipender la primaire socialiste, Jean-François Copé, secrétaire général de l’UMP, a clairement fait du Palais-Bourbon la rampe de lancement d’une offensive très politique, concoctée ailleurs, à l’Élysée et rue La Boétie. Depuis le 6 avril, à la moindre de ses rencontres avec la presse, qui sont nombreuses, Copé ne manquait pas une occasion de fustiger le déroulement de la primaire PS, sans réussir à retenir l’attention si ce n’est de l’opinion, du moins des médias. « C’est moi qui avais soulevé le problème au bureau politique de l’UMP, se souvient Sébastien Huyghe, député UMP du Nord, tombeur de Martine Aubry aux législatives de 2002. C’était il y a deux ou trois mois… » Durant des semaines et des semaines, la polémique n’a pas pris. La simple évocation de « fichiers » ne suffisait pas à jeter la suspicion sur l’opération. Et puis la semaine dernière, en quelques heures, la plaine s’est enflammée ! En réunion du groupe UMP, Copé lance le sujet. Les députés Pierre Lequiller, Christian Vanneste, Jacques Myard, etc., abondent dans son sens, ce dernier demandant même que le Gouvernement saisisse le Conseil d’État pour qu’il contrôle la légalité de la primaire. Pendant les questions d’actualité, le patron de l’UMP remet le sujet sur le tapis. Claude Guéant, ministre de l’Intérieur, confirme qu’il « peut y avoir un problème ». L’Assemblée, formidable caisse de résonance, amplifie l’écho, la polémique est lancée.

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Le secrétaire général de l’UMP, Jean-François Copé, et Christian Jacob, le président du groupe à l’Assemblée, ont été parmi les premiers à porter le fer contre les primaires socialistes. PHOTO JACQUES DEMARTHON/AFP

Car la majorité, après avoir longtemps tourné autour, a enfin trouvé l’argument qui fera mouche : la primaire « crée une pression sur les agents territoriaux ». « Cette primaire peut poser un problème de pression dans un certain nombre de collectivités », embraye François Sauvadet, président du groupe Nouveau Centre aux Quatre Colonnes. Même Chantal Brunel, députée UMP de Seine-et-Marne, pourtant à couteaux tirés avec Copé, admet que le patron de l’UMP pose là « une vraie question » : « Dans les communes de petite ou moyenne importance, ça va poser un problème aux présidents d’associations qui vivent des subventions de la mairie, ou aux collaborateurs en contrat à durée déterminée, souligne-t-elle. On va mémoriser qui est venu voter ou pas. » Huyghe en est également persuadé, « même si on détruit les listes électorales [NDLR : comme s’y est

engagé le PS], rien n’empêchera qu’il y ait des listes des gens qui sont venus voter. Et dans telle collectivité tenue par la gauche, le maire pourra dire : “Tiens, M. Dupont, président du club de basket, n’est pas venu voter, c’est pas bien”… » Plus philosophe, Lionnel Luca, député UMP des Alpes-Maritimes, membre de la Droite populaire et prof d’Histoire, une fois n’est pas coutume, se met dans la peau d’un sympathisant socialiste : « Imaginez, je vais voter à la primaire PS dans ma commune : eh bien, malgré moi, et pour la première fois, on va pouvoir me cataloguer dans un camp, je vais être identifié en fonction de mon opinion politique. C’est très perturbant. » La France n’est décidément pas l’Amérique, où démocrates et républicains déploient des drapeaux à leurs fenêtres pour signaler leur orientation politique ! La gauche, face à l’ampleur de l’offensive (rares sont les députés de la

majorité qui n’y sont pas allés de leur communiqué ou déclaration), a évidemment réagi. « En tant que spécialistes des fichiers, ils raisonnent à partir de leurs propres turpitudes », a taclé Alain Vidalies (Landes). Mais en coulisses, on est persuadé au PS que l’opération se retournera contre ses auteurs. En attendant, « ils ont réussi à redonner un coup de punch à notre primaire, sourit Olivier Faure, secrétaire général du groupe socialiste. Et si c’est un échec en octobre, il nous suffira de dire que c’est à cause de Copé ! » « L’intention de l’UMP, c’est qu’il y ait le moins de Français possible qui viennent voter, analyse François Hollande (Corrèze). Car plus la mobilisation sera grande, plus la légitimité de notre candidat sera grande. » Et le candidat à la primaire socialiste d’observer cruellement que « si Nicolas Sarkozy faisait une primaire interne à droite, il ne serait même pas désigné ! »

Débuts encourageants pour la nouvelle émission politique de France 2 Inspirée de son grand ancêtre « l’Heure de vérité », la nouvelle émission politique de France 2, « Des paroles et des actes », a confirmé qu’une émission politique de qualité en « prime time » peut retenir l’attention de plus de trois millions et demi de téléspectateurs. Avec 15,1 % d’audience, c’est un score qui place ce programme dans la bonne moyenne de la chaîne. Certes l’invitée était Marine Le Pen, dont on sait qu’elle suscite

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une curiosité supérieure à celle des autres responsables politiques. Il n’empêche : la formule la plus simple, qui consiste à faire intervenir des journalistes pour mener chacun dans sa spécialité une interview qui permettent à l’homme ou à la femme du jour de s’expliquer en longueur sur ses projets, correspond à ce que l’on attend d’une émission politique en période de campagne présidentielle. L’émission, cependant, devrait

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opérer quelques ajustements, notamment pour éviter la foire d’empoigne inutile à laquelle on a assisté dans la dernière partie. On voit bien le projet de cette séquence : revenir sur les points à propos desquels l’invité a manifestement utilisé l’arme de la langue de bois et du faux-fuyant. Cela requiert un calme et une pertinence que l’on n’a pas vraiment perçus la semaine dernière !… Paul Pelletier

L’opinion de Bruno Jeudy

PS : l’été meurtrier ? Dans quel état sortira le candidat socialiste à la présidence de la République désigné lors de la primaire, dont la campagne démarre cette semaine ? La compétition entre les postulants à la candidature promet en effet d’être sanglante. Il est loin le temps où certains au PS imaginaient une simple primaire de confirmation. L’explosion de la candidature DSK a laissé la place à une compétition indécise et, finalement, hautement dangereuse pour le Parti socialiste. Une situation paradoxale au moment où le PS part favori dans les sondages – une trentaine de points au premier tour – contre un président sortant réduit à un rôle de challenger. En fait, c’est la primaire qui risque de réduire l’écart. On peut compter sur Nicolas Sarkozy pour attiser les divisions idéologiques et personnelles entre les candidats socialistes. Le combat sera terrible, notamment entre Martine Aubry et François Hollande. Les deux dirigeants socialistes se détestent depuis de longues années. La maire de Lille, qui s’est enfin déclarée cette semaine après un mois de tergiversations, rêve de combler son retard sur l’ancien premier secrétaire. La plupart des figures du parti et nombre d’apparatchiks ont pris fait et cause pour elle. En face, le député de Corrèze continue pour l’instant de faire la course en tête dans les sondages. Plusieurs barons de province ont rallié son panache et la droite lui fait le cadeau de le cibler en priorité. Preuve, se réjouit Hollande, que sa candidature fait peur à l’Élysée. Mais déjà le spectre de la primaire de 2007 – certes plus limitée – ressurgit. Elle avait laissé des blessures vives. Jamais refermées. Ségolène Royal l’a reconnue dimanche dernier. « L’union est un combat », dit-elle d’expérience cinq ans plus tard. L’avertissement doit être pris très au sérieux par Martine Aubry et François Hollande. L’été risque d’être explosif au PS. Les candidats auront le choix entre un débat serein ou bien un combat de rue, au risque d’arriver exsangues et divisés le 16 octobre au terme du processus de désignation. Incontestable avancée démocratique en dépit des critiques de l’UMP, le système des primaires peut déboucher sur le pire comme le meilleur.


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Initiatives

Les villes moyennes e parient sur le 21 siècle En quête d’un nouvel équilibre, 200 villes ont participé à Quimper aux assises de la Fédération des maires des villes moyennes. Entre initiatives économiques et développement culturel, la 5e édition de ces assises entendait témoigner du dynamisme de ces villes de moins de 100 000 habitants. ifficile parfois de s’inventer un destin. Tiraillées entre la tradition d’un monde rural, objet de toutes les convoitises électorales à chaque présidentielle, et la modernité des grandes métropoles, les villes moyennes se cherchent une identité… et une nouvelle appellation davantage dans l’air du temps. Réservée aux villes dont la population est comprise entre 20 000 et 100 000 habitants, soit plus du quart de la population française, la Fédération des maires des villes moyennes, ou « d’équilibre » selon son nouveau président Christian Pierret, entend jouer un rôle clé dans le dynamisme et l’attractivité des régions. « Les villes moyennes et les intercommunalités constituent la colonne vertébrale du territoire », souligne Bruno Bourg-Broc, député de la Marne et maire de Châlonsen-Champagne. Promouvoir, défendre, partager, depuis dix ans, la Fédération tisse

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«

IL FAUT DÉVELOPPER UNE CULTURE DE L’INNOVATION AU-DELÀ DES COURANTS POLITIQUES »

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Joël Batteux, maire de Saint-Nazaire

(Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale) a aussi mis en avant leurs capacités en matière d’accessibilité, de soins et d’enseignement supérieur. Tout en préparant l’avenir des territoires à l’horizon 2040. « La France a la chance de pouvoir compter sur un ensemble de villes moyennes qui sont souvent la capitale d’une province. Elles veillent à la construction de liens sociaux. En tant que ministre des Collectivités, je crois dans leur rôle pour la structuration des territoires et pour l’avenir de notre pays. Nous devons savoir renforcer ce maillage pour mieux équilibrer le développement futur », a déclaré à cette occasion Philippe Richert.

sa toile, au point de séduire les responsables nationaux à l’image de Jean-François Copé, maire de Meaux.

Préparer l’avenir des territoires Développement des lignes ferroviaires, du très haut débit et des pôles de compétitivité, les villes à

taille humaine revendiquent leur capacité à innover. Expérimenté dans une vingtaine d’agglomérations, le programme DATAR

« Développer une culture de l’innovation » Confrontés au vieillissement de leur population, à la réforme territoriale et à celle de la taxe

3 questions à

CHRISTIAN PIERRET, PRÉSIDENT DE LA FÉDÉRATION DES MAIRES DES VILLES MOYENNES, MAIRE DE SAINT-DIÉ-DES-VOSGES

« Nous représentons l’anti-désert français » Comment résumez-vous l’enjeu des 5e assises de votre fédération ?

JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN/AFP

L’avenir de la France passe par le dynamisme des collectivités locales, et plus particulièrement par les villes moyennes, qui constituent le fer de lance d’un nouvel équilibre du territoire. Les villes moyennes sont solidaires du milieu rural parce qu’elles irriguent leur bassin de vie. Elles sont le partenaire incontournable des métropoles, car elles portent l’innovation et la création de richesse synonymes de rebond industriel. Comme nous l’avons constaté à Quimper, les villes moyennes reprennent leur destin en main pour combattre une situation économique et sociale difficile. Notre volonté est de relever le défi de la mondialisation. La garantie contre le désert français est la ville moyenne. Précisément, quelles ambitions portez-vous pour les villes moyennes ?

La force de notre fédération réside dans son pluralisme et dans sa capacité à transcender les clivages politiques. Nous devons contribuer à l’aménagement du territoire à travers des périmètres intercommunaux qui correspondent aux bassins de vie. Nous souhaitons développer une stratégie pour gagner la bataille éco-

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nomique, en affirmant notre vision européenne et internationale. En matière de formation, le maire d’une ville moyenne est le « coordonn’acteur » entre les entreprises et les universités. Nous veillerons aussi à renforcer la cohésion sociale à travers la culture et le vivre ensemble. Quant aux ressources financières, les « Trente Glorieuses » des finances publiques sont derrière nous. Nous devrons donc apporter plus de stabilité dans les finances locales à l’heure où une situation similaire au Portugal n’est pas exclue pour notre pays. Êtes-vous favorable à la future réforme territoriale de 2014 ?

Oui, à condition qu’elle ne cache pas un redécoupage territorial qui ne réponde qu’à des calculs politiciens. La réforme suscite des inquiétudes. Le Gouvernement en est conscient. Le ministre des Collectivités a d’ailleurs annoncé à demi-mot à Quimper qu’il n’était pas exclu d’apporter quelques souplesses au calendrier afin de trouver des solutions raisonnables et applicables au cas par cas, entre les élus et les préfets en charge de la nouvelle carte territoriale.


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En bref

reconnaître : « Ce ne sont pas les élus qui créent les emplois. Mais nous devons être des impulseurs pour donner la confiance et l’envie aux entreprises de s’installer sur nos territoires. »

1ER CONTRAT ÉTAT-RÉGION POUR L’APPRENTISSAGE  Le premier contrat d’objectif et de moyens (COM) sur l’apprentissage a été signé entre l’État et la région Languedoc-Roussillon. Nadine Morano, ministre chargée de l’Apprentissage et de la Formation professionnelle, estime : « Nous sommes dans l’espoir que l’ensemble des régions se saisissent rapidement de cet outil qui s’appuie sur un modèle d’engagement réciproque et partagée de la région et de l’État. » L’objectif fixé est d’atteindre les 600 000 apprentis en 2015.

MIGUEL MEDINA/AFP

professionnelle, les élus locaux misent aujourd’hui sur une qualité de vie plébiscitée, à l’image des Pays de la Loire et de la Bretagne. « Nous avons tous les atouts

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NOUS AVONS TOUS LES ATOUTS POUR RÉÉQUILIBRER LES TERRITOIRES FACE À L’ÎLE-DE-FRANCE » Pierre Méhaignerie, maire de Vitré

pour rééquilibrer les territoires face à l’Île-de-France, dont le coût du logement est devenu trop élevé pour les familles », estime Pierre Méhaignerie, maire de Vitré. À l’image du rapprochement entre Le Havre et Saint-Nazaire, les coopérations interrégionales font également partie de l’avenir des villes moyennes, car « les observations du Gouvernement ne nourrissent pas les actions locales », analyse Joël Batteux, maire de Saint-Nazaire. En pleine rénovation, la ville-port mise sur des projets d’habitats modulables et flottants, et sur l’essor de l’éolien en mer. « Il faut développer une culture de l’innovation audelà des courants politiques. » Et de

Un dynamisme culturel Un attrait économique et social qui impose également un dynamisme culturel. Du futur pôle Max Jacob à Quimper au nouveau musée Toulouse Lautrec à Albi, en passant par les festivals d’Arles, de Bourges ou encore de Roanne et d’Avignon, l’attractivité d’un territoire dépend aujourd’hui non seulement de ses infrastructures classiques, dont l’impact est perceptible, mais aussi de la culture. « Elle attire, fidélise et donne son identité au territoire, telle la cité épiscopale d’Albi, classée au patrimoine mondial de l’humanité », confie Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture.

COUP DE FROID SUR LES INVESTISSEMENTS DES VILLES  Pour la première fois depuis 2004, les communautés urbaines ont stabilisé leur endettement à 8,6 milliards d’euros. C’est ce qui ressort de l’étude menée par la banque Dexia pour l’Association des communautés urbaines de France (Acuf). L’an passé, leurs dépenses ont stagné, plafonnant à 2,8 milliards d’euros. Les investissements liés aux équipements (réseaux de transport, piscines, médiathèques…) reculant même de 4,1 %. Un enjeu majeur, à l’heure où les villes moyennes doivent savoir

rêver, et avoir une ambition raisonnée. Ludovic Bellanger

Vers un conseil unique d’Alsace en 2014

PATRICK HERTZOG/AFP

Le conseil régional d’Alsace s’est prononcé pour la création d’un conseil unique d’Alsace, fusion du conseil régional et des deux conseils généraux (Bas-Rhin et Haut-Rhin). doptée à l’unanimité – exception faite de l’abstention du FN – l’initiative portée par la région alsacienne préconise la réunion des trois institutions en une collectivité unique, à laquelle l’État pourrait trans-

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préconise un conseil d’Alsace qui fédérerait les institutions actuelles, sans les remplacer, l’ont conduit à réviser ses ambitions calendaires. Pour Philippe Richert, l’initiative prévoit bien une « fusion » des trois collectivités, même

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LE FUTUR CONSEIL D’ALSACE PEUT ÊTRE UNE SOLUTION POUR RENFORCER L’IDENTITÉ RÉGIONALE »

Philippe Richert, président du conseil régional d’Alsace.

mettre de nouvelles compétences et de nouveaux moyens. Autorisé par la loi sur la réforme des collectivités territoriales, le projet devra être approuvé par les Alsaciens par référendum en 2014. Président du conseil régional, Philippe Richert avait l’espoir d’organiser une consultation dès la fin de l’année. Les fortes réserves du président du conseil général du Haut-Rhin (Colmar) Charles Buttner (UMP), dont une résolution

si « nous pouvons par exemple garder deux conseils départementaux qui peuvent s’exprimer sur des points précis qui concernent spécifiquement le Haut-Rhin ou le Bas-Rhin. » L’enjeu est d’ « être tout simplement demain plus efficace », résume le président régional. « Le futur conseil d’Alsace peut être une solution pour renforcer l’identité régionale, permettre des économies de fonctionnement, plus de simplicité, et éviter la concurrence entre les collectivités. » 

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STRASBOURG VEUT FERMER FESSENHEIM  Le conseil municipal de Strasbourg a voté à la quasi-unanimité la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim, devenant la première collectivité alsacienne à adopter une telle résolution. « Pour l’ensemble des spécialistes, les standards de sécurité de l’époque sont aujourd’hui dépassés », estiment les élus strasbourgeois qui demandent l’arrêt de la centrale, quels que soient les résultats des expertises en cours. La Franche-Comté a voté une motion symbolique similaire. Une proposition rejetée en revanche par le conseil régional d’Alsace. Précisons que seul l’État, ou EDF, peut décider de la fermeture d’une centrale. LES MAIRES DE NANTES ET DE BRUXELLES APPELLENT L’EUROPE À MONTRER L’EXEMPLE  Le député-maire de Nantes, Jean-Marc Ayrault, le maire de Bruxelles, Freddy Thielemans, ainsi que la secrétaire générale de la Fédération syndicale européenne des services publics (FSESP), Carola Fischbach-Pyttel, demandent la création d’une taxe sur les transactions financières pour le financement des services publics locaux. Ils invitent l’Union européenne à montrer l’exemple. Ils se félicitent du vote favorable du Parlement européen pour l’introduction de la TTF au niveau de l’UE. Cette taxe constituerait une ressource importante d’au moins 200 milliards d’euros par an pour le financement des services publics locaux.


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Débat

Vive les métropoles ! Par Éric Maulin

Alors même que les assises des villes moyennes défendaient le dynamisme des communes de moins de 100 000 habitants, d’autres voix s’inquiètent de l’absence de grandes métropoles en France. Pour Éric Maulin, professeur à l’université de Strasbourg, ce manque contribue à une marginalisation politique, économique et culturelle de l’Hexagone. es « métropoles » sont ces grandes villes entrées dans la dynamique de la mondialisation et rayonnant en réseau avec d’autres. New York, Londres, Tokyo, Paris, Francfort, Zurich, Amsterdam, Los Angeles, Sidney, Hong Kong, São Paulo, Mexico, Shanghai sont ainsi des métropoles de premier rang. Une métropole n’est pas seulement une grande ville, et la taille de la ville ne fait pas à elle seule la métropole. Il y faut quelque chose de plus : la concentration des richesses, des centres de décision, de commandement et de responsabilité, des activités de recherche ou de la vie culturelle, l’intensification des migrations, des transports, des télécommunications, des flux financiers… Dès les années quatre-vingt, on a constaté que la mondialisation était accompagnée d’une métropolisation de certaines grandes villes qui bouleversaient les traditionnels rapports interétatiques. L’espace euclidien des États souverains aux frontières nettement délimitées tendait (et tend toujours) à être concurrencé par les relations directes établies entre les grandes métropoles, qui les rapprochent les unes des autres en même temps qu’elles les éloignent (relativement) de leur périphérie. On a parlé à ce sujet de formation d’archipel des villes globales (Saskia Sassen1) ou d’archipel mégalopolitain (Olivier Dollfus2). Il induit de profondes déformations de l’espace en fonction de l’intensité des échanges. Par exemple, lorsque Paris ou Londres étaient, en Concorde, à 3h30 h de New York ou lorsque Paris sera demain, comme le projette EADS, à 2h30 de Tokyo3, alors que la rapidité des relations entre la métropole et sa périphérie

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Éric Maulin est professeur à l’université de Strasbourg. Il dirige l’Institut des hautes études européennes (IHEE), il est également vice-président du Forum Carolus.

richesse autour de Paris et une désertification du territoire français qui laissait peu de place aux villes périphériques pour occuper une place significative. Cette histoire explique sans doute que la France, à la différence de ses voisins, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne ou la Grande-Bretagne, comporte peu de métropoles et de taille très modeste. C’est un véritable handicap dans le contexte de la mondialisation, qui contribue à une marginalisation politique, économique et culturelle de l’Europe en général et de la France en particulier. Il semble cependant que l’on prenne conscience du handicap qu’induit cette situation. Un récent rapport du député Dominique Perben, Imaginer les métropoles d’avenir8, dresse un diagnostic intéressant encore qu’assez optimiste de la situa-

dire le constat est posé. La métropolisation est un fait de la mondialisation qu’il est hors de portée de vouloir arrêter. C’est pourquoi il importe d’adapter notre politique territoriale. La réforme territoriale est la clé de l’encadrement par l’État de la métropolisation. Elle implique une remise en question des structures territoriales nées au 19e siècle, comme le département, ou héritée de la Révolution, comme les communes. On regrettera cependant que, pour les villes frontalières (Lille, Strasbourg, Nice et Perpignan), le rapport n’étudie pas la création de collectivités transfrontalières. L’intéressante innovation, modeste encore, des eurodistricts permettrait pourtant de penser la constitution de métropoles véritablement européennes, enjambant les frontières,

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LA RÉFORME TERRITORIALE EST LA CLÉ DE L’ENCADREMENT PAR L’ÉTAT DE LA MÉTROPOLISATION. ELLE IMPLIQUE UNE REMISE EN QUESTION DES STRUCTURES NÉES AU 19E SIÈCLE » croît dans des proportions moindres, les espaces entres les deux métropoles se contractent mais s’éloignent de leurs périphéries respectives. Il en résulte toute sorte de conséquences politiques (relativisation du rôle de l’État), sociales (accroissement des inégalités sociales), environnementales4. Des relations quasi diplomatiques émergent entre des métropoles qui tendent à reconstituer les guildes ou les hanses. Ce phénomène n’affecte pas seulement les métropoles de premier plan, les quelque quarante villesmondes que compte la planète,

mais aussi des métropoles en apparence plus modestes. La métropolisation est une tendance générale qui affecte les grandes villes, « la traduction urbaine de la globalisation5 ». Des métropoles régionales se constituent selon des principes analogues. Or dans ce domaine, l’Europe en général et la France en particulier sont en retard6. Dès la fin des années quarante, dans un livre au titre éloquent – Paris et le désert français7 – le géographe Jean-François Gravier constatait une hyperconcentration des activités et de la

L’Hémicycle partenaire du colloque sur les nouvelles intercommunalités et leurs outils L’Hémicycle est partenaire du colloque qui se tiendra le 21 octobre à l’université d’Avignon et des Pays du Vaucluse. C’est Marie-Josée Roig, députéemaire d’Avignon, qui l’inaugurera en présence du préfet, de nombreux élus, d’experts et d’universitaires dont la présidente Céline Bas. La démarche est très innovante et l’interdisciplinarité des intervenants est à souligner. Plusieurs tables rondes sont prévues sur la réforme des

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intercommunalités vue des collectivités, la présentation des nouveaux outils d’aménagement par les acteurs publics et privés, les nouveaux financements, départements et régions : compétences et subsidiarité, les conséquences à court terme sur les contrats publics et les EPL. Le comité scientifique qui préside à l’organisation du colloque se veut très ouvert et rassemble des professeurs d’université, des avocats et des personnalités du monde de l’entreprise.

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tion française. L’ambitieux projet de constitution d’un pôle métropolitain de Lyon pourrait hisser la France au même niveau que ses voisins si les villes périphériques, à l’exception de Strasbourg et de Nice conduisant d’ambitieux projets, s’inspiraient du dynamisme de la capitale des Gaules ! Mais surtout, et c’est l’aspect le plus important, le rapport dresse une liste d’actions, un programme qui devrait favoriser, organiser et encadrer la métropolisation des grandes villes françaises de manière à limiter les distorsions trop criantes du territoire. À vrai

comme s’est efforcé de le montrer le Forum Carolus.9 Le chantier devant nous est immense. Il implique de profondes modifications de la structure de nos collectivités territoriales. Il reste aux responsables politiques d’avoir le courage d’engager, dans l’intérêt général, des réformes qui se heurteront immanquablement aux conformismes. Ces questions seront abordées lors du colloque sur les nouvelles intercommunalités et leurs outils, organisé à l’université d’Avignon et des Pays du Vaucluse le 21 octobre prochain.

1. Saskia Sassen, professeur de sociologie à l’université de Chicago, publie en 1991 The Global City. New York, London, Tokyo, Princeton U. Press. ; et en 1997, La ville globale, Paris, Londres, Tokyo, Paris, Descartes et Cie. 2. Olivier Dollfus (1931-2005) est un géographe français, professeur à l’université Paris VII. Son ouvrage le plus connu est La mondialisation, Paris, 1996, Presses de Science Po (dernière édition en 2007). 3. Le Monde du 19 juin 2011 : « EADS planche sur un avion-fusée qui relierait Paris à Tokyo en 2h30. » 4. On estime aujourd’hui que 80 % des savoirs scientifiques s’y élaborent, 90 % des opérations financières s’y réalisent. Les innovations culturelles germent dans ces immenses agglomérations et se propagent à partir d’elles. Elles constituent ainsi des économies-mondes. 5. Pour reprendre l’heureuse formule de l’AVIS adopté par le Conseil économique et social au cours de sa séance du mercredi 9 avril 2003, p. 10. 6. Patrick Le Galès et Dominique Lorrain, « Gouverner les très grandes métropoles ? », Revue française d’administration, 2003/3, n° 107. 7. Jean-François Gravier, Paris et le désert français, Paris, 1947, 2e éd. 1972, éd. Flammarion. 8. Dominique Perben, député du Rhône, Imaginer les métropoles d’avenir, Assemblée nationale, janvier 2008. 9. En ce sens, voyez l’ouvrage du Forum Carolus, paru sous notre direction et celle d’Henri de Grossouvre, L’Eurodistrict Strasbourg-Ortenau. La construction de l’Europe réelle, co-éd. Xenia et La Salde, VeveyStrasbourg, 2009.


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Focale

AURÉLIE FILIPPETTI DÉPUTÉE PS DE MOSELLE PHOTO PATRICK KOVARIK/AFP

Les passions d’Aurélie Féministe, socialiste, soutien de François Hollande et désormais colonel (de la réserve citoyenne), Aurélie Filippetti affirme son indépendance et ses passions multiples : la politique, l’écriture et surtout le goût des autres. ase aérienne 128 de MetzFrescati. Le temps est gris. L’Alpha Jet s’aligne en bout de piste. Le pilote pousse la manette des gaz. L’avion accélère furieusement. Décollage ; rentrer le train ; prendre le cap. En place arrière, une jeune femme de 38 ans retient son souffle. Fascinée. C’est parti pour quatre-vingt-dix minutes. Une vraie mission. Son Alpha Jet a intégré une patrouille « hostile ». Il devient la proie des Mirage 2000-5 de Dijon, chargés de la police du ciel. « J’ai dû perdre 3 litres d’eau… Elle éclate de rire. C’est très physique. On a pris 4 G. Un vol formidable ! » Un vol politique aussi, pour dénoncer une fois encore la fermeture de cette base aérienne décidée par Nicolas Sarkozy. À terme, 15 000 personnes vont partir. Un coup dur pour l’économie messine. On leur avait promis le transfert de l’INSEE, ils attendent toujours. « Les engagements non tenus de Sarko, on en a l’habitude en Moselle… » Aurélie se bat avec le maire de Metz pour installer une nouvelle école vétérinaire consacrée aux animaux de la ruralité. « On nous dit qu’il n’y a pas d’argent. » De sa visite de la base aérienne, Madame la députée en est revenue avec une inquiétude. « Nos

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avions sont engagés en Afghanistan, en Libye, résultat il y a très peu d’avions pour entraîner nos pilotes en France… » Son téléphone sonne : « excusezmoi, c’est ma fille. » Clara, 12 ans, ira bien suivre son cours de guitare malgré la Fête de la musique… Aurélie Filippetti attire d’entrée de jeu la sympathie. Elle joue avec naturel, d’un sourire désarmant. Jeune femme de son époque, elle n’en est pas dupe. Les causes qu’elle épouse, elle se

Elle a fini par apprivoiser la chambre des députés. Elle confesse une première année difficile. Il lui fallut vaincre ses peurs, lutter contre ses appréhensions. Dans la foulée, elle dénonce l’organisation de la vie parlementaire, « pleine de choses absurdes » qui minent une vie de famille. Derrière la députée, l’écrivain n’est jamais loin. « J’adorerais écrire un roman sur le monde politique. » Elle a déjà trouvé le titre. Mais c’est un secret.

taire du PS quand Aurélie a osé parler de la vision dépassée des socialistes sur le nucléaire. « Je n’ai pas compris pourquoi elle m’a engueulée… En fait elle m’a reproché d’avoir raison avant elle. » Et DSK dans tout cela ? La réponse tombe comme un couperet : « no comment. » Les coups de ciseaux dans la carte des circonscriptions font disparaître la sienne. Si Aurélie veut rester au Palais-Bourbon, elle devra bouter hors de ses terres François

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LES FEMMES SONT ENCORE SOUS DOMINATION. SOUMISES À UN SYSTÈME QUI ORGANISE LA PRÉPONDÉRANCE DE L’HOMME » les approprie. « J’ai toujours pensé que la femme était supérieure à l’homme, jusqu’au jour où elle a tenté de devenir son égal. » Cette phrase de Saint-Exupéry la fait bondir. Elle se revendique féministe. « Les femmes sont encore sous domination. Soumises à un système qui organise la prépondérance de l’Homme. Tenez, dans ma circonscription, sur 64 communes, il n’y a que 3 femmes maires. Et à la commission des Finances, je suis la seule femme socialiste. »

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« Dans le milieu politique on prend des G tout le temps… et en campagne électorale, c’est du 11 G en permanence », dit-elle en éclatant de rire. La présidentielle, cette agrégée de lettres classiques espère bien la vivre dans l’équipe de François. Aurélie a choisi son camp, c’est Hollande. On reste en famille. En 2007, c’était Royal. Et alors ? « On a eu des divergences sur la stratégie. » Tout est dit. Martine Aubry, elle s’en méfie. Tancée vertement par la première secré-

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Grosdidier, maire de Woippy. Petite-fille d’immigrés italiens, ses racines sont en Moselle. Elle a grandi à Audun-le-Tiche. Avec en toile de fond la crise de la sidérurgie des années soixante-dix. De quoi forger un caractère. Tremper une âme. Elle a à peine 20 ans quand son père, Angelo, meurt usé par le travail dans les entrailles des mines de fer. Pour Aurélie, un séisme. Communiste, Angelo fut maire d’Audun-leTiche. Pourquoi n’a-t-elle pas mis

ses pas dans l’idéologie paternelle ? « Il y a eu la chute du mur de Berlin et cela n’a plus été possible. Pour mes parents, ce fut terrible… Mon père s’était battu toute une vie pour une idéologie qu’on lui jetait à la face… Une onde de tristesse passe dans son regard. Aujourd’hui, la parole politique est vidée de toute sincérité aux yeux des gens. Les gourous de la com’ ont fini par tout formater. Ils ont gommé les aspérités qui font le charme de quelqu’un… Elle s’arrête, se passe la main dans les cheveux, le regard ailleurs, et elle ajoute : il y a tellement de gens rongés par l’espoir. »

Jean-François Coulomb des Arts

3 dates

1973

17 juin : « Ma naissance, un drame pour mes parents. Ils attendaient un garçon. »

2003

17 juin : « Je corrige les épreuves de mon premier roman : Les Derniers Jours de la classe ouvrière. »

2007

17 juin : « Mon élection de députée dans la 8e circonscription de Moselle. »


PUBLIC MONDE CROISSANCE FINANCE VISION DEBATS ENGAGEMENT SERVICE EXPERTISE Mazars est un groupe international d’audit et de conseil qui rassemble les compétences de 13 000 professionnels présents dans 61 pays. Grâce à ses équipes pluridisciplinaires, Mazars accompagne les grandes sociétés internationales et les PME dans/à toutes les étapes de leur développement : création, gestion, développement, cotation, transmission, expansion internationale, fusions… Depuis sa création, Mazars s’est toujours affirmé comme une organisation intimement liée à la société dans laquelle elle évolue et a toujours eu la volonté de s’impliquer dans le débat d’idées. C’est dans cet esprit qu’en 2004 Mazars a créé avec L’Hémicycle des rendez-vous privilégiés, réunissant personnalités politiques et dirigeants d’entreprises afin d’échanger et de réagir sur l’actualité législative et réglementaire, de contribuer au débat, autour de thèmes aussi variés que la gouvernance, les politiques publiques, la fiscalité des entreprises, la régulation financière, les problématiques juridiques ou encore l’attractivité du territoire. Parce que, pour Mazars, tout engagement doit s’inscrire dans la durée, nous sommes heureux de poursuivre notre action auprès de l’Hémicycle et avons le plaisir de vous donner rendez-vous dans ces pages

pour de prochaines rencontres autour d’invités passionnants.

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Expertise

Libye : un bourbier pour la France ? Les parlementaires, qui discuteront le 12 juillet de l’intervention militaire en Libye, sont de plus en plus nombreux à s’inquiéter des risques d’enlisement. Alors qu’Alain Juppé a confirmé que des contacts ont lieu entre représentants du régime libyen et rebelles, députés et sénateurs attendent du Gouvernement des éclaircissements. Le président de la commission des Affaires étrangères du Sénat, Josselin de Rohan, pense que l’heure des choix ne va pas tarder à sonner. Interview. Kadhafi mène une guerre efficace contre des rebelles mal commandés, mal équipés, et qui ont besoin d’un minimum de temps pour s’organiser. Avant que tout ceci ne devienne efficace, il faut du temps. Les frappes sont-elles une solution ?

J.de R. : Non, bien sûr, nous savons très bien que cela ne se règle pas avec des frappes aériennes, ni avec les bombardements de la Marine. Si forts soient-ils, ce n’est pas ce qui permettra de dégager Kadhafi. Il faudra une offensive terrestre. Mais celle-ci ne peut venir que des insurgés, puisque

3 questions à

PIERRE SERVENT, EXPERT EN STRATÉGIE MILITAIRE ET SPÉCIALISTE DES QUESTIONS DE DÉFENSE Les services de renseignements sont-ils en mesure de « loger » le dictateur libyen ?

La tâche est très difficile. Il est dans la nature du dictateur d’être méfiant et de s’entourer de nombreuses précautions. Il l’était déjà auprès d’une partie de son armée. Il sait donc se déplacer, il a renforcé son premier cercle avec des membres de sa tribu (les Kadhafa). Ensuite, il y a la structure tribale. Il est très difficile d’infiltrer des éléments étrangers dans une société de ce type. Les Américains et les Britanniques ont peutêtre quelques agents, grâce à la collaboration entreprise avec Tripoli dans la lutte contre AlQaïda. Des contacts, des échanges de bons services ont pu avoir lieu. Dans ces circonstances, « retourner » quelqu’un, acheter du renseignement, a peut-être eu lieu. Y a-t-il un risque que la coalition se disloque ?

Bien sûr, il y a une course contre la montre entre un Kadhafi qui s’accroche, des rebelles qui gagnent lentement du terrain, sans parler des bruits de négociation. La réponse est au milieu de tous ces éléments… Mais il ne faut pas oublier qu’il y a toujours des surprises. En Côte-d’Ivoire, j’étais certain de la chute de Gbagbo. Mais vingt-

quatre heures avant sa capture, toutes les informations montraient qu’il gagnait du terrain. On connaît la suite. Certes la situation libyenne est très différente, mais dans ce type d’opérations, il y a une confrontation des volontés. Plus la coalition envoie des signaux de faiblesse, plus elle renforce son adversaire. Quelles leçons peut-on tirer de ce conflit pour notre politique de défense ?

Cette guerre est très coûteuse, cela dans un contexte économique difficile. On voit mal les budgets de la France ou du Royaume-Uni augmenter. En revanche, il est nécessaire que l’Allemagne termine sa révolution culturelle en matière de défense. Heureusement, la sinistre page des années quarante est loin derrière nous. Un noyau dur ParisLondres-Berlin est aujourd’hui indispensable pour répondre aux crises de demain. Cela pour trois raisons : d’abord si on écoute les Américains, ils ne veulent plus payer pour la défense atlantique. Ensuite, pour maintenir le rang du continent devant la croissance des budgets des BRICS1, enfin parce que pour exister, il faudra être en mesure de répondre aux crises des années à venir. 1. Brésil-Russie-Inde-Chine-Afrique du Sud

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nous n’avons pas de mandat pour une intervention terrestre.

FREDERICK FLORIN/AFP

Josselin de Rohan : Je crois que cette opération demande beaucoup plus de temps que ce qui avait été envisagé au départ. Kadhafi sait se battre, il a retranché ses troupes dans la population. Il sait que nous voulons éviter les dommages collatéraux et il ne se prive pas d’ailleurs de les exhiber à chaque fois qu’il y en a. Par ailleurs, il a dispersé ses forces sur le territoire, ce qui fait qu’il possède des réserves dans les tribus. Enfin, avec la tactique de la guerre du désert, du rezzou, offensive ponctuelle avec un retour rapide sur ses bases, le colonel

L’ONU aurait-elle dû prendre une résolution plus claire ?

J.de R. : La résolution 1973 a été très difficile à obtenir, il a fallu beaucoup négocier. Il a été admis que nous intervenions en Libye pour protéger la population. Cela ne veut pas dire pour autant que Kadhafi est un obstacle à la protection de celle-ci et qu’il faut le déposer. En revanche, nous faisons clairement en sorte de l’inciter à partir. Il n’y aura pas de solution sans son départ. L’intervention française en Libye coûte cinq fois plus que celle de l’Afghanistan. Est-ce un rythme que la France peut tenir longtemps ?

J.de R. : Non, nous n’allons pas pouvoir tout faire sans impacter le budget de la Défense à un moment ou à un autre. Certes, il y a une ligne pour les opérations extérieures qui est financée, non plus par le budget de la Défense, mais par un budget interministériel. Je pense qu’à terme il faudra faire des choix, on ne pourra pas se maintenir sur tous les théâtres d’opération. Pour l’heure, on ne peut qu’espérer que Kadhafi soit parti d’ici la fin de l’année. Le Sénat et l’Assemblée nationale vont être appelés à voter le 12 juillet pour la reconduction de l’opération en Libye ? Qu’attendez-vous de ce vote ?

J.de R. : J’attends d’abord des explications des ministres. Qu’ils nous disent quels sont les moyens qu’il faut employer pour aboutir à une solution. Faut-il favoriser des discussions, comme le demande la Ligue arabe, avec Kadhafi ? Faut-il trouver d’autres méthodes ? Nous attendons des ministres des éclaircissements. Évidemment, les discussions porteront aussi sur l’impact de cette opération pour les finances publiques. Certains évoquent une partition de la Libye ? Quel est votre avis ?

J.de R. : Ce serait la pire des choses. La Libye est un État souverain. Nous avons reconnu le CNT (Conseil national de Transition) comme représentant l’ensemble du pays.

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La France sera-t-elle en mesure de défendre ses intérêts économiques en Libye ?

J.de R. : Quand un gouvernement souverain sera élu, il n’y a pas de raison que la France soit exclue, au

contraire. Il n’y a aucune raison que nos intérêts ne soient pas défendus dans la Libye de demain.

Propos recueillis par Antoine Colonna

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* Soit environ un an, en fonction du calendrier parlementaire.

La France est-elle enlisée en Libye ?


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Culture

Plaidoyer pour une réhabilitation S’appuyant sur deux enquêtes, Roschdy Zem a choisi délibérément le parti de l’innocence. Dans Omar m’a tuer, il plaide non-coupable pour Omar Raddad. Un film coup-de-poing au parti pris affiché et convainquant. lors que les ADN masculins retrouvés sur les lieux du crime vont enfin être analysés, et qu’Omar Raddad – gracié après sept ans de prison – clame plus que jamais son innocence en sollicitant une révision de son procès, l’excellent second film de Roschdy Zem pourrait relancer le débat. Sur une idée de Rachid Bouchareb (le producteur et coscénariste), Zem s’est lancé dans la reconstitution d’un fait divers ultramédiatisé où subsistent de nombreuses zones d’ombre, s’appuyant notamment sur deux livres : le témoignage du jardinier1 d’une part, et la « contre-enquête » de JeanMarie Rouart2 d’autre part. Le résultat est un film poignant qui commence par la découverte, en juin 1991, du cadavre de la riche veuve Marchal dans la chaufferie de sa villa mouginoise ; et qui relate ensuite l’arrestation de son employé, désigné par la tristement célèbre inscription en lettres de sang, les interrogatoires, la condamnation en 1994, la prison, le retour à une liberté sans saveur. La mise en scène de cette chronique d’une (supposée) erreur

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Sami Bouajila dans le rôle d’Omar Raddad. PHOTO MARS DISTRIBUTION

judiciaire est magistrale : elle alterne avec un rythme parfait la descente aux enfers (sous forme de flashbacks) d’un homme démuni, parlant à peine français, ne sachant ni lire ni écrire ; et des séquences où un intellectuel traque les incohérences du dossier afin d’écrire un livre à décharge. Car « c’est le travail d’un assassin, pas d’un jardinier marocain » affirme Denis Podalydès, alias Pierre-Emmanuel Vaugrenard, alias Jean-Marie Rouart. Raddad était accro au jeu et endetté : cela l’a-t-il conduit à exécuter sa patronne ? Comment la victime a-t-elle pu écrire si distinctement dans le noir ? Les vêtements du tueur n’auraient-ils pas dû porter des traces du drame ? Pourquoi le corps a-t-il été incinéré puisqu’un doute quant à la date exacte de la mort demeurait ? Quid de l’amant de la femme de ménage, jadis inculpé pour délit crapuleux ? Telles sont les questions de Vaugrenard, qui se rêve en Zola des années 1990 et revêt le manteau de Sherlock Holmes, tandis que son éditeur raisonne avec cynisme : « Une croisade pour sauver un musulman, c’est vendeur. »

Sami Bouajila incarne avec talent l’incompréhension et le désespoir d’un modeste immigré, qui voudrait avoir confiance en la justice de son pays d’accueil, tout en se sachant « déjà condamné ». On sort de ce film troublé, avec toutefois quelques regrets : que le parti pris de l’innocence soit imposé d’emblée, que la dénonciation des défaillances de l’enquête prime largement sur l’exposition des éléments incriminants et, enfin, ce traitement (trop) rapide de la dimension médiatique et controversée de l’affaire. « Acquitter Omar, ce serait honorer la France », lance Jacques Vergès, joué par Maurice Bénichou. À suivre ?

Jessica Nelson Omar m’a tuer, de Roschdy Zem. Avec Sami Bouajila et Denis Podalydès. En salle actuellement.

1. Pourquoi moi ?, avec la collaboration de Sylvie Lotiron, éd. du Seuil, février 2003. 2. Omar : la construction d’un coupable, éd. de Fallois, 2001. Réédité en juin 2011.

Maya, de l’aube au crépuscule Le musée du quai Branly, en association avec le Musée national du Guatemala, poursuit sa mission de mise en valeur du patrimoine mésoaméricain. Pour la première fois en France, les œuvres guatémaltèques les plus prestigieuses sont rassemblées dans un seul espace. Une réussite. es Mayas représentent l’une des cultures les plus florissantes du monde précolombien. L’architecture en est l’un des fleurons, comme en témoignent les imposants vestiges de palais et de temples. Les Mayas sont également renommés pour avoir développé un remarquable système d’écriture, le plus complet de toute l’Amérique précolombienne, qui a fait dire au photographe et explorateur Désiré Charnay : « Les nombreuses inscriptions que renferment Palenque et les temples de la montagne attendent le Champollion qui doit faire cesser le mutisme de leur table de pierre. »

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Grâce à des fouilles récentes, le visiteur de l’exposition pourra apprécier le haut degré de civilisation du peuple maya, loin des préjugés des premiers explorateurs européens, qui, confrontés à la beauté classique des monuments, au raffinement de la statuaire et des céramiques peintes, avaient imaginé que les Grecs ou les Romains avaient visité ces nations et influencé les autochtones. Cette exposition montre combien les Mayas ont pu produire un art complexe qui rend compte de l’origine du monde, d’une parfaite acceptation de la mort, où l’idée de sacrifice devient une forme d’exaltation du pouvoir séculier et divin.

Elle permet également, en concluant sur la culture maya contemporaine, d’établir un lien cohérent entre un passé foisonnant et une société riche encore aujourd’hui d’une vingtaine de langues, forte d’un héritage exceptionnel. La scénographie se veut une mise en mémoire des fastes de petits royaumes indépendants, assimilables à des cités-États extrêmement élaborées, qui tenaient leur splendeur d’un savoir impressionnant dans d’innombrables domaines : astronomie, cosmologie, mathématiques, création plastique…

L’exposition propose un parcours chronologique en quatre séquences. Les trois premières correspondent aux trois principales périodes, définies par les scientifiques, qui ont marqué la civilisation maya du Guatemala : le Préclassique, le Classique et le Postclassique. Elle propose un parcours à travers de magnifiques céramiques, monuments et bijoux élaborés depuis des temps reculés jusqu’en 1524, année où débarquèrent les premiers conquistadores sur l’ancien règne K’iche, puissant bastion préhispanique de l’Altiplano de la République guatémaltèque actuelle.

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Internet mobile : la nouvelle révolution du Web La vente des smartphones s’envole. 14 millions de Français les utilisent quotidiennement. Une pratique qui bouleverse l’économie des opérateurs de téléphonie mobile. urant ces quinze dernières années, les Français ont vécu deux révolutions en parallèle : ils ont appris à surfer sur Internet, et ils se sont mis à téléphoner partout et tout le temps, grâce aux téléphones portables. Les mœurs ont évolué avec cette double avancée et nous avons tous pris l’habitude d’avoir accès à des millions d’informations, ainsi qu’à nos proches et nos amis sans restriction. Ces deux évolutions majeures que sont le Web et la téléphonie mobile devaient logiquement se rencontrer et fusionner. Les premières tentatives remontent au début des années 2000, mais les capacités des téléphones et des réseaux rendaient cet accès à Internet limité à la lecture d’emails et l’utilisation de quelques sites en version mobile, d’une ergonomie fort éloignée de ce que pouvait afficher un ordinateur. L’arrivée des smartphones a changé la donne. Les smartphones sont des téléphones mobiles capables de faire bien autre chose qu’un simple appel. La miniaturisation a rendu possible l’intégration de baladeurs mp3, d’appareils photo et vidéo ou l’utilisation de navigateurs Internet. Apple, avec son iPhone, a ouvert au grand public la tech-

D

Le chiffre

12 % seulement des entreprises françaises ont un site optimisé pour les mobiles

La citation

«

LE MOBILE EST LE MÉDIA LE PLUS ADAPTÉ POUR TOUCHER L’INDIVIDU À TOUT MOMENT DE SA VIE

»

Jean-Marc Tassetto, P.-D.G. Google France

Le patron de Google, Eric Schmidt, engagé dans une guerre commerciale avec Apple. PHOTO ÉRIC PIERMONT/AFP

nologie de l’écran tactile. Presque plus de boutons, l’écran sert aussi de clavier. Un smartphone est en fait un mini-ordinateur portable capable de faire tourner de multiples logiciels.

se fait dans des conditions bien différentes. En effet, ces téléphones sophistiqués sont dépendants du système d’exploitation choisi par le constructeur. Quatre géants, tous Nord-Américains,

sateurs. Les smartphones renvoient vers les plates-formes d’achat en ligne de ces géants de l’informatique. L’AppStore d’Apple a déjà fêté la milliardième application téléchargée et iTunes, son interface de vente de musique et de films, est la plus importante plate-forme de téléchargement légal au monde. Une aubaine pour cette société qui prélève 30 % de commission à chaque achat. Une guerre commerciale est donc en cours, notamment entre Google et Apple, pour s’emparer de ce marché estimé à 700 millions d’euros en 2010 en France, avec une croissance de 30 % par rapport à 2009. Les réseaux mobiles sont aussi mis à contribution pour connecter les ordinateurs et, depuis un an, les tablettes. Le « cloud computing », qui va de plus en plus stocker les informations loin des ordinateurs, va encore augmenter ce besoin de connexion permanente auquel répondent ces réseaux. Mais cet accès tous azimuts se fait au détriment des opérateurs. En effet, ils sont les grands oubliés des flux financiers générés par l’achat de musique et de logiciels et le développement du commerce électronique, alors que l’explosion de l’Internet mobile demande toujours plus de capacité de transmission d’informations. Aux États-Unis, le volume de datas transportés sur les réseaux mobiles a doublé en 2010.

«

LES OPÉRATEURS POURRAIENT ÊTRE LES GRANDS OUBLIÉS DES FLUX FINANCIERS GÉNÉRÉS PAR L’ACHAT DE MUSIQUE ET DE LOGICIELS AINSI QUE PAR LE DÉVELOPPEMENT DU COMMERCE ÉLECTRONIQUE » La baisse des prix, rendue possible par les offres couplées d’acquisition d’un smartphone et d’un abonnement longue durée, a permis aux Français de s’équiper massivement. En 2011, 14 millions de ces téléphones bien malins sont utilisés en France. Et l’accès à Internet mobile atteint les 27 % de taux de pénétration. Mais cet usage nouveau du Web

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dominent ce marché. Apple avec son iPhone, RIM et son Blackberry ont leur propre système propriétaire. Google et Microsoft ont développé de leur côté leur mode d’exploitation et ont signé des contrats avec des fabricants comme Samsung ou Nokia. La maîtrise de ces systèmes est en fait le moyen de contrôler les téléchargements faits par les utili-

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Les réseaux vont devoir être renforcés au prix d’investissements très lourds. Comment alors capter une partie des sommes dépensées par les « mobinautes » ? La solution pourrait consister en l’abandon des forfaits illimités et le paiement au volume d’informations transférées. Une nouvelle révolution par rapport aux usages classiques du Web.

En bref

GOOGLE ET FACEBOOK, MONSTRES DU WEB  En mai dernier, les différents sites de Google ont permis à cette société d'accumuler plus d'un milliard de visiteurs uniques (V.U.). Ce cap n'avait encore jamais été franchi. Microsoft, avec un peu plus de 900 millions de V.U., et Facebook, avec 714 millions de V.U., sont juste derrière. En revanche, le réseau social est en tête sur le temps passé en ligne par les internautes sur ces sites : 250 milliards de minutes, contre 200 milliards seulement pour Google. À titre de comparaison, le site du Figaro annonce avoir franchi le cap des 8 millions de V.U. en mai 2011. UN NOUVEAU VIRUS POUR SMARTPHONES  Le système d’exploitation de Google pour téléphones mobiles, Android, est victime d’un nouveau virus. L‘utilisateur est attiré sur une page qui imite la plate-forme de vente d’application de Google, l’Android market. Croyant acheter une application, il télécharge un virus qui l’abonne à son insu à des services de SMS surtaxés. Pour le moment, ce virus, nommé GGTracker, ne cible que les clients états-uniens, mais son adaptation au niveau mondial n’est pas exclue. N9, LE NOUVEAU NOKIA, EST UN MORT-NÉ  Le dernier-né des smartphones Nokia est déjà considéré comme condamné avant même sa sortie. En effet, il utilise le système d’exploitation MeeGo alors que Nokia, géant de la téléphonie mobile mais distancé par ses concurrents sur le marché des smartphones, a annoncé que ces prochains modèles seront équipés du système d’exploitation de Microsoft, Windows 7. Dans un tel contexte, il est même possible qu’aucun opérateur téléphonique ne l’intègre dans ses offres. LA PUBLICITÉ SUR MOBILE DÉCOLLE  L’équipement massif du grand public, couplé avec l’essor des nouvelles tablettes tactiles, fait décoller le marché de la publicité sur les appareils mobiles. Le chiffre d’affaires pour 2012 est estimé à 3,3 milliards de dollars mais pourrait atteindre les 20 milliards dès 2015, soit 4 % du marché global de la publicité, contre 0,5 % cette année. Google et Apple sont sur les starters et procèdent actuellement à des acquisitions de sociétés spécialisées dans la publicité mobile.


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Déblogage

par Manuel Singeot

ejir, sur son blog hébergé par Yagg, un site d’actualité LGBT (Lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres), exprime toute son amertume et l’incompréhension qu’il éprouve face à une représentation nationale si peu représentative à ses yeux.

G

Gejir « À l’Assemblée nationale, les députés ont eu à voter ce projet de loi initié par les socialistes. Et comme bien souvent dans ce haut symbole du pouvoir politique, l’issue des votes n’aura pas été à la hauteur des espérances des Français dont 58% se prononçaient favorables d’après un récent sondage. Ce n’est pas nouveau, mais cela me pose quand même un gros problème, pas vous ? En effet, les élus, nos élus pour qui nous avions voté, ne représentent pas si bien que ça la population française ! Ce qui est davantage rageant, ce n’est pas tant ce qu’ils votent, non c’est surtout quand nos députés les plus rétrogrades se permettent d’exprimer leur opinion, en pensant présenter des arguments qui n’en sont pas, trouvant même de faux prétextes pour justifier leur vote. » > gjrrjesuisilestnoussommes.yagg.com

David Rey, qui se présente comme un « militant de l’égalité », exprime sur lepost.fr « son incompréhension et son indignation » dans une lettre ouverte à Mme Brigitte Barèges. David Rey « Des associations se battent tous les jours dans notre pays et dans le monde afin que l’homosexualité soit comprise et acceptée, et pour établir l’égalité des droits. Vous vous êtes excusée pour vos propos, et avez déclaré avoir voulu faire de “l’humour”. Seulement voilà, madame la députée, vous n’êtes pas n’importe qui. Vous êtes députée de la nation. Vos propos sont publics et entendus. Que pensez-vous qu’inspirent de tels

Mariage gay : pour le meilleur ou pour le pire ! Pour ou contre le mariage gay. Les députés ont tranché en faveur du non. Alors que la Gay Pride a rassemblé à Paris des dizaines de milliers de personnes, la blogosphère balance entre approbation et rejet. Avec beaucoup de violence dans les deux camps. propos, prononcés par une députée de la nation, à toutes ces personnes qui se découvrent souvent dans la douleur et essayent de s’accepter ? Les comparer à des animaux, à des pédophiles, des zoophiles, des polygames ? L’homosexualité n’a rien à voir avec tout cela. Il s’agit d’amour, entre adultes consentants, et ne diffère à ce titre en rien de l’hétérosexualité. »

À l’inverse, certains blogs s’alarment d’un vote certes minoritaire, mais qui a rassemblé autant de voix en faveur du mariage gay. Ainsi, sur Le Salon Beige, blog collectif tenu par des laïcs catholiques, le thème de l’homosexualité est omniprésent, réunissant plus de 1 100 articles. Le mariage gay est fermement combattu et le débat récent à l’Assemblée nationale inquiète.

> www.lepost.fr

Le Salon Beige « Le vote des députés de mardi a de quoi inquiéter : la défection d’une cinquantaine de députés de la droite et du centre est le reflet d’une sidération de l’opposition au “mariage homo”. Les parlementaires partisans de la préservation du mariage ont été très peu nombreux à oser s’exprimer (y compris en séance), et plusieurs se sont fait violemment prendre à

«

L’ÉTAT DEVRAIT LAISSER LE MARIAGE AUX RELIGIONS ET SE CONTENTER DE VALIDER L’ASPECT JURIDIQUE D’UNE UNION CIVILE » heresie.hautetfort.com L’Hérétique, blogueur influent qui écrit non seulement sur son blog, mais aussi sur des plates-formes participatives, espère résoudre la question en proposant de supprimer le mariage républicain au profit d’une union civile ouverte à tous.

CHINA OUT/AFP

Chaque semaine, le tour du monde des blogs

partie par les partisans du lobby gay. Ce coup de semonce doit servir à réveiller les défenseurs du mariage – en commençant par contrer mieux qu’ils ne l’ont fait jusqu’à présent les arguments (et souvent les contrevérités) assenés par les pro-gays. En réalité, l’extension du mariage à des “couples” qui ne peuvent par nature pas se reproduire serait une redéfinition profonde de l’institution : de sa double fonction de soutien mutuel et de cadre pour accueillir des enfants ne resterait que la première. Professer un attachement au mariage traditionnel deviendrait suspect voire délictueux, et les menaces sur la liberté religieuse ne seraient pas loin. » > lesalonbeige.blogs.com

Jeanne Smits, qui dirige le quotidien Présent, est elle aussi très active sur son blog à propos de l’homosexualité. Relatant toute l’actualité internationale sur le sujet, elle rapporte aussi des affaires françaises pour mieux alerter ses lecteurs.

L’Hérétique « S’il paraît fondé d’aider les familles, car la natalité est un objectif fondamental d’un État, se mêler de ce que les gens s’aiment ou pas me paraît plus discutable. Dans tous les cas de figure, il est équitable de faire une règle égale pour tous. Si l’État décide qu’il favorise ceux qui veulent vivre ensemble et fonder un foyer, il ne doit pas distinguer les mariages hétérosexuels des mariages homosexuels, et, dans ce cas, comme le proposait hier Bayrou lors de sa “tweet-interview”, établissons une union civique pour tous. À vrai dire, je pense que nous devrions aller plus loin : l’État devrait laisser le mariage aux religions et à l’appréciation individuelle, et se contenter, quant à lui, de l’aspect juridique et contractuel lors d’une union civile. Ainsi, chaque union deviendrait un simple contrat de droit privé. »

Jeanne Smits « Le droit européen l’exige, l’idéologie de la non-discrimination a enfoncé le clou : un couple “gay” néerlandais, “marié” en 2000 à Leyde (Pays-Bas), a obtenu en plusieurs étapes la reconnaissance de son statut marital de la part du fisc français en vue de payer moins d’impôts. Il est vrai qu’une directive de l’Union européenne reconnaît, au nom de la liberté de circulation, des droits aux partenaires légalement unis dans un pays dans tous les autres pays de l’UE. La France se soumet donc sans tambour ni trompette, et aux dires du couple néerlandais, ils sont loin d’être seuls à avoir saisi le fisc d’une telle affaire et pas non plus seuls à avoir vu leur droit reconnu. » > leblogdejeannesmits.blogspot.com

> heresie.hautetfort.com

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l'Hémicycle - #414