Page 1

STÉPHANE DE SAKUTIN / AFP

PATRICK KOVARIK / AFP

Christian Estrosi

Jack Lang

P. 2

Directeur de la publication : Bruno Pelletier

Directeur : Robert Namias

DSK : inimaginable

Mauvaise image Ils n’étaient pas obligés. Pas obligés de donner aux caméras du monde entier la possibilité de filmer Dominique Strauss-Kahn menotté, montant dans une voiture, encadré par deux policiers. DSK en personnage récurrent d’une série américaine, ils n’étaient pas obligés.Et pourtant ils l’ont fait. Sans doute parce que la justice américaine a voulu montrer ainsi Robert Namias que,tout directeur général du FMI qu’il était encore, le dirigeant français devait être traité comme n’importe quel autre justiciable sur le territoire américain. Sans doute également en pensant à cette jeune femme qui a porté plainte et dont le témoignage devra, certes, être vérifié, mais qui reste pour l’heure la victime de cette sinistre affaire. L’agression sexuelle est durement réprouvée et réprimée aux États-Unis et les policiers américains sont connus pour leur dureté en pareille circonstance. Il n’empêche, DSK sortant en pleine nuit du commissariat, ou comparaissant devant la juge, le visage défait et émacié, on se dit que les autorités américaines auraient pu décider de faire autrement. En évitant les menottes notamment. Bref, tout était fait pour humilier. Et c’est parfaitement réussi. Humiliation pour DSK et du coup terrible humiliation pour la France. L’affaire était en soi assez tragique pour ne pas y ajouter cet affront.

L’inculpation et le maintien en détention de Dominique Strauss-Kahn bouleversent la donne politique en France et ternissent l’image de l’Hexagone à l’étranger.

Éditorial

FRED DUFOUR / AFP

Par Michèle Cotta

La chute

Et aussi

La lepénisation des esprits, fantasme ou réalité ? S’appuyant sur une salve de sondages qui la créditent de plus de 20 % des intentions de vote, Marine Le Pen occupe tous les terrains. FRANCK PREVEL / AFP

BERTRAND GUAY / AFP

P. 3

Ainsi, dimanche, malgré un air de circonstance, la présidente du Front national donnait déjà le sentiment de vouloir surfer sur l’inculpation de DSK. Plus que jamais, Marine Le Pen divise la droite et trouble la gauche. Les propos de Laurent Wauquiez l’ont confirmé crûment. Derrière son discours, il y a non seulement une condamnation implicite de l’aide aux chômeurs, qui serait contre-productive, mais également une critique à peine voilée d’un assistanat qui favoriserait l’immigration. Bref, des thématiques très chères à Marine Le Pen. En attendant que d’autres voix issues de l’UMP ou d’ailleurs posent par exemple la question de l’euro, de la suppression des frontières au sein de la communauté européenne ou bien encore de la mondialisation. C’est en ce sens qu’on peut s’interroger sur une éventuelle lepénisation des esprits qui n’épargne pas la gauche, ou du moins son extrême : l’impression de copier-coller entre certains propos sonne étrangement. > Lire p. 2 et 3

Lire • Focale : Jean-Pierre Chevènement, l’homme de marbre > P. 8 • Expertise : Sécheresse avec Luc Guyau > P. 11

lhemicycle.com

C

ela pourrait être un épisode inédit du feuilleton « Les Experts », ou un film américain de série B. Encore aurait-il fallu que les scénaristes aient beaucoup d’imagination. Peut-être même leur récit aurait-il été considéré par les producteurs comme incroyable, pas crédible, irréaliste : le directeur général d’un des organismes économiques les plus puissants du monde, qui s’apprête à faire acte de candidature à une élection

présidentielle dans son pays, accusé de tentative de viol et de séquestration sordide dans un hôtel new-yorkais, abandonnant en toute hâte sa chambre, arrêté par la police américaine, débarqué de l’avion d’Air France à destination de Paris, dix minutes avant son départ. En quelques instants, la vie de Dominique Strauss-Kahn a viré au cauchemar. La bombe à fragmentation, car c’en est une, a atteint en une cascade

Le chiffre

40 !

C’est le pourcentage des accidents médicaux graves qui pourraient être évités dans les hôpitaux, selon la Haute Autorité de santé (HAS). Il y a 1 000 accidents médicaux, ou événements indésirables graves, qui se passent chaque jour dans les hôpitaux, soit un accident médical par semaine pour chaque service hospitalier de France. 60 % de ces accidents concernent des complications telle une insuffisance rénale ou les effets secondaires d'un traitement.

%

NUMÉRO 409 — MERCREDI 18 MAI 2011 — 1,30 ¤

sinistre lui-même, sa famille, mais aussi le Fonds monétaire international, auquel il a donné pendant trois ans et demi une influence nouvelle. Et, audelà, la France, qui l’a choisi et imposé à l’échelon international, le Parti socialiste français, dont il était le favori pour la prochaine élection présidentielle de 2012, et peut-être même la classe politique toute entière. > Lire la suite p. 4


CHRISTIAN ESTROSI

Agora

STÉPHANE DE SAKUTIN / AFP

PATRICK KOVARIK / AFP

Agora

JACK LANG

«

«

L’UMP doit répondre aux insatisfactions des électeurs qui ont rompu avec nous. Le Front national n’est pour eux qu’un exutoire»

La France est un pays beaucoup plus tolérant, plus ouvert au monde, plus généreux que ne le pensent certains»

Christian Estrosi considère comme Laurent Wauquiez que le débat sur le RSA ne doit pas être tabou. Le député-maire UMP de Nice souhaite que ce débat s’inscrive dans la campagne de 2012.

Pour Jack Lang, il n’y a pas de lepénisation des esprits, mais des dirigeants politiques qui cherchent à exploiter les peurs. Pour le député PS du Pas-de-Calais, c’est le rejet d’un certain style politique qui nourrit le Front national.

L’ombre de Marine Le Pen n’influet-elle pas trop sur le débat politique actuel ?

Si, bien sûr. Mais certains médias nous obligent aussi à nous positionner en permanence par rapport à elle ! Cela devrait être l’inverse. C’est elle qui devrait se positionner par rapport aux réformes du gouvernement en place, dire quelles sont ses solutions alors qu’elle est dans la dénonciation et l’invective en permanence. Le FN n’a pas de programme réaliste. Son discours, c’est « y’a qu’à », « faut qu’on ». C’est facile et irréaliste. Ce n’est que de l’illusion. Que fera le FN pour faire face à l’endettement record de la France, qui sera la question numéro 1 à laquelle devra répondre la majorité qui sortira des urnes en 2012 ? Demandez-lui.

En s’emparant de thèmes plutôt mis en avant par le FN, comme l’immigration, l’islam... ne court-on pas après le Front national plutôt qu’autre chose ?

Moi je n’appartiens pas à la catégorie de ceux qui veulent faire du Marine Le Pen plus ou du Le Pen moins. Il faut être nous-mêmes et d’abord parler de nos propositions, de nos réformes, de nos actions. Nous devons

des résultats concrets pour les Français. Il faut être dans l’action plus que dans le commentaire comme Claude Guéant le fait par exemple. C’est un ministre de l’Intérieur qui donne une vraie dimension à sa fonction. Les Français considèrent la sécurité et l’immigration comme des sujets prioritaires. Ils peuvent constater que dans ces domaines les choses avancent.

«

MOI JE N’APPARTIENS PAS À LA CATÉGORIE DE CEUX QUI VEULENT FAIRE DU MARINE LE PEN PLUS OU DU LE PEN MOINS » aussi nous concentrer sur l’action et les problèmes des Français plutôt que sur les grands discours. Nous, gouvernants, nous devons obtenir

Le FN est-il toujours un parti d’extrême droite ?

Ne nous trompons pas. C’est toujours un parti d’extrême. J’ai ob-

23,6 % sur TF1 : une très mauvaise audience pour le Premier ministre G TF1 a eu beau se féliciter des résultats d’audience de son émission politique, personne n’a été dupe, pas plus à l’Élysée qu’à Matignon : 23,6 % de part d’audience, jamais un Premier ministre n’avait fait aussi peu sur la première chaîne. Pourtant tout avait été fait pour avoir les meilleurs résultats possibles : émission à 20 h 20, enchaînée directement au journal, sans écran publicitaire entre les deux

et d’une durée à peine supérieure à celle du 20 heures. En moyenne, ce nouveau rendez-vous politique a été suivi par 6 100 000 téléspectateurs, le chiffre habituel du journal, très à la baisse depuis quelques semaines. François Fillon n’aura pas fait de miracle et du coup, il subit le même sort que l’information de la Une. À moins que ce ne soit le Premier ministre lui-même qui n’attire pas plus !… Dans tous les cas c’est un

2

médiocre début pour cette nouvelle émission politique qui à bien y regarder n’a pas grandchose de nouveau, pas même le décor qui ressemble à celui de « Face aux Français », le rendez-vous imaginé par TFI pour Nicolas Sarkozy. Il faut s’appeler la Une pour oser qualifier d’émission politique cette banale interview qui aurait dû avoir sa place dans le journal et rien de plus. L.B.

L’HÉMICYCLE NUMÉRO 409, MERCREDI 18 MAI 2011

servé les alliances que le Front national de Marine Le Pen a passé lors des dernières élections cantonales. Il a soutenu des candidats identitaires qui servent de la soupe au porc et qui ont été condamnés par la justice. C’est effrayant ! Cette poussée du FN est-elle différente de celle que connaît la majeure partie des pays européens avec la montée du populisme ?

Depuis 1984, on sait bien qu’en France, l’extrême droite connaît des hauts et des bas en fonction des interrogations et des doutes des Français. C’est une façon d’exprimer leur exaspération. L’UMP doit avoir pour priorité de répondre aux interrogations et insatisfactions de ces électeurs qui sont aussi les nôtres, mais ont rompu avec nous. Le FN n’est pour eux qu’un exutoire. Estimez-vous que les Français se replient sur eux-mêmes ?

Je ne dirai jamais cela. Je fais toujours confiance à leur bon sens. C’est à nous, les responsables politiques, de leur proposer des solutions et des perspectives. C’est à nous de répondre à leurs interrogations sur le pouvoir d’achat, à leur colère face aux écarts qui ne cessent de se creuser entre les plus hauts et les plus bas salaires, à leur désir de voir le mérite être récompensé. Moi je fais partie de la France des bâtisseurs plutôt que de la France des querelleurs. Ainsi, je travaille en ce

moment sur le phénomène de la biflation, c’est-à-dire l’addition de l’inflation et de la déflation. Les prix des produits comme les lecteurs dvd, les écrans plasma, les iPods ne cessent de faire l’objet de promotion et de baisser. En revanche, les produits de première nécessité, ceux dont une famille ne peut pas se passer, ne cessent d’augmenter. Il est impératif de lutter contre la spéculation qui touche ces derniers et d’imposer davantage d’encadrement des prix de la production jusqu’à la distribution. La question du RSA et de l’assistanat a déclenché une tempête dans la majorité. N’est-il pas toujours dangereux de désigner des boucs émissaires ?

Je ne trouve pas qu’on dresse les Français les uns contre les autres avec ce débat. S’il y a beaucoup de chômeurs qui souffrent notamment depuis la crise, il y a aussi malheureusement une minorité de fraudeurs et de gens qui profitent de notre système social parce que c’est leur intérêt. Dans cette polémique, ce qui était préjudiciable, c’était le calendrier et la forme. Mais ce débat est utile et, en 2012, la question de l’amélioration du RSA et de la fin de l’assistanat se posera.

Propos recueillis par Ludovic Vigogne Chef du service politique de Paris Match

Parle-t-on trop de Marine Le Pen ?

Je trouve oui, et parfois même à des fins purement marchandes. Certaines télévisions, même publiques, lui accordent une place disproportionnée. Certes, le pluralisme est nécessaire, mais certains sont trop naïfs ! On ne combat pas une telle idéologie par l’orchestration du personnage qui en est la figure. La seule manière, à mes yeux, de faire reculer un tel phénomène, c’est d’abord de l’analyser et de le contrer argument par argument. Jugez-vous qu’on assiste à un phénomène de lepénisation des esprits ?

Je ne le crois pas. C’est peut-être le cas de certains dirigeants actuels qui par calcul à court terme – qui se retournera contre eux d’ailleurs – croient bon de reprendre à leur compte des thèmes du Front national. Mais, dans les profondeurs du pays, je ne crois pas du tout que cela soit le cas. La France est un pays beaucoup plus tolérant, plus ouvert au monde, plus généreux que ne le pensent certains. Certes, il y a 5-7 % d’extrémistes, de xénophobes, de nationalistes, mais le reste de la population française ne l’est pas, très loin de là. Si le Front national obtient aujourd’hui de bons ré-

sultats, c’est plus par rejet d’un certain style politique, d’une perte de confiance face à des responsables qui n’apportent pas les bonnes solutions, qu’autre chose. Marine Le Pen a-t-elle toujours tort ?

Il ne faut jamais oublier que tout repose au Front national sur une construction idéologique xénophobe. Marine Le Pen dissimule cette construction derrière des mots que les formations républicaines emploient. Prenez l’exem-

C’est le même phénomène de populisme que celui que connaît toute l’Europe ?

En Hongrie, aux Pays-Bas, au Danemark, j’ai le sentiment qu’il y a beaucoup plus de citoyens xénophobes qu’en France. La présidentielle ne risque-t-elle pas de tourner à la fracture entre les élites et les classes populaires ?

Une telle fracture ne se produira pas si les deux principaux candidats sont capables d’incarner un

tenir compte des sondages ou des analyses. La conviction d’abord, le calcul politique ensuite ! Les citoyens sont très intelligents. Si telle ou telle mesure n’est inscrite sur un programme que pour les flatter, ils le détectent tout de suite. Ils ont d’abord envie que leur pays soit dirigé par un homme d’État qui puisse mener un vaste mouvement de transformation. Ils veulent être portés par un grand dessein qui les transcende et les

Ce n’est pas du tout tabou. Mais nous ne l’abordons pas en des termes électoralistes. Je rêve que le nouveau président de la France puisse proposer à l’ensemble des formations politiques la mise au point d’une charte nationale sur l’immigration. Dans un pays moderne, il n’est plus supportable que les étrangers et les immigrés soient un sujet d’affrontement électoral. Il y a d’ailleurs selon moi toute une série de sujets sur lesquels il devrait y avoir ainsi un

«

NE JAMAIS OUBLIER QU’AU FRONT NATIONAL TOUT REPOSE SUR UNE CONSTRUCTION IDÉOLOGIQUE XÉNOPHOBE. MARINE LE PEN NE FAIT QUE DISSIMULER CETTE CONSTRUCTION DERRIÈRE DES MOTS RÉPUBLICAINS »

Le discours économique plus à gauche du FN est-il dangereux pour vous ?

Quelle doit être la cible électorale prioritaire du PS : les classes populaires séduites par Nicolas Sarkozy en 2007 puis par Marine Le Pen ou les classes moyennes ?

conduira à donner le meilleur d’eux-mêmes. Regardez l’élection présidentielle de 1981. Certes, il y avait les 110 propositions, mais il y avait surtout François Mitterrand et sa conception de la vie publique, l’élan et le souffle qu’il apportait, la vision qu’il donnait.

Je ne crois pas du tout qu’il propose des mesures de gauche. Ce sont juste des mesures démagogiques.

Je ne raisonne pas ainsi. Un candidat ou un parti devrait imaginer ou bâtir un programme sans

L’immigration est-elle encore un tabou au Parti socialiste ?

ple de la laïcité dont elle a beaucoup parlé. Personne n’est dupe. La laïcité telle qu’elle l’envisage ne concerne qu’une religion et pas les autres.

programme concret, sérieux, solide et d’offrir ainsi aux citoyens une vraie espérance.

NUMÉRO 409, MERCREDI 18 MAI 2011 L’HÉMICYCLE

accord national. La politique étrangère par exemple. De ce point de vue, il est regrettable qu’il n’y ait pas plus de débat au parlement sur ces questions. Ou des débats si rapides qu’ils ne s’accompagnent pas d’une vraie réflexion de fond.

Propos recueillis par Ludovic Vigogne Chef du service politique de Paris Match

3


DR

Plan large Cris et chuchotements à l’Assemblée Une quinzaine de textes seront discutés d’ici l’été. Avec une session extraordinaire à la clé. Le gouvernement met les bouchées doubles pour faire voter ses dernières réformes. Par Nathalie Segaunes

C

’est devenu une habitude sous Nicolas Sarkozy : il y aura de nouveau une session extraordinaire du Parlement cet été. Députés et sénateurs siégeront jusqu’au 13 juillet. Pas de quoi réjouir les élus, mais Patrick Ollier, lui, est soulagé : le ministre chargé des Relations avec le parlement ne quitte pas des yeux son « carnet de commande » : il lui reste 16 projets de loi à faire passer avant la coupure estivale ! Règle d’or, allègement de l’ISF et suppression du bouclier fiscal, prime dans les entreprises dégageant des dividendes, jurys populaires, bioéthique, soins psychiatriques, immigration, conseillers territoriaux, âge des fonctionnaires, conditions d’importation et d’exportation des matériels de guerre, lois organiques sur la Polynésie, la Guyane, la Martinique et la Nouvelle-Calédonie... Les parlementaires ne partiront en vacances qu’après avoir débattu et voté, le plus souvent en urgence, donc à raison d’une seule lecture par chambre, l’ensemble de ces textes. « Le temps du gouvernement, jusqu’au 13 juillet, n’est plus que de 160 heures, calcule Ollier. Et de 375 heures jusqu’au 22 février 2012 », date de la fin de la session. Il faut donc faire vite. Dans un tel contexte, la proposition de loi sur le RSA suggérée par Laurent Wauquiez et ses amis députés de la Droite sociale, qui a fait la Une de l’actualité la semaine dernière et provoqué de forts remous dans la majorité, n’a guère de chance d’être examinée avant... « décembre prochain », selon Christian Jacob, président du groupe UMP à

l’Assemblée. Reste une inconnue concernant le calendrier parlementaire : on ignore encore si le président de la République convoquera un congrès à Versailles pour faire inscrire la règle d’or dans la Constitution. Le Nouveau Centre le réclame, mais l’opération est ris-

1981, l’anniversaire serait passé totalement inaperçu au palais Bourbon si certains nostalgiques, comme Jean Mallot (Allier), n’avaient arboré au revers de leur veste un pin’s à l’effigie de François Mitterrand. « Le plus bel hommage qu’on peut lui rendre, c’est de

Bernard Accoyer au perchoir. PHOTO JACQUES DEMARTHON / AFP

quée pour le chef de l’État, car l’opposition est unanimement décidée à voter contre. La majorité des trois cinquièmes est donc loin d’être acquise, et l’échec quasi assuré pour le président. « Patrick, débrouilletoi pour que ce soit voté dans les deux assemblées avant l’été, le reste, je l’assume », a toutefois lancé Sarkozy à son ministre. Autre chose, côté gauche, si différents colloques ont été organisés au Sénat pour les 30 ans du 10 mai

l’emporter l’année prochaine », soulignait Alain Vidalies (Landes). En attendant de l’« emporter », la gauche, sous la pression des écologistes, a voté contre la proposition de loi « gaz de gauchiste » (comme certains petits plaisantins du PS surnomment le texte sur les gaz de schiste), après avoir approuvé la PPL en commission. Signe que la présidentielle approche... Côté majorité, à une journaliste canadienne qui comparait la tech-

nique de la « fracturation hydraulique » à celle du kärcher, Christian Jacob a gentiment expliqué que « le mot kärcher, on ne l’utilise plus à l’UMP »... À droite, les conversations dans les couloirs ont principalement tourné autour de l’ambition présidentielle de Jean-Louis Borloo. « Jean-Louis a beaucoup changé depuis l’épisode de Matignon, confie François Sauvadet, président du groupe Nouveau Centre. Il n’imaginait pas une telle violence de la part de ses propres amis. Il y a l’homme d’avant, et l’homme d’après » le 14 novembre 2010, date du dernier remaniement, et du maintien de François Fillon au poste de Premier ministre. Les vacances sont encore loin donc, mais les députés sont déjà dissipés. « Quand allez-vous cesser de favoriser les riches ? », a interrogé, sans crainte de la caricature, Marcel Rogement (Ille-etVilaine), dans une question à François Baroin. « Jamais ! », a rétorqué pince-sans-rire l’UMP Jean-Marc Roubaud (Gard), membre de la Droite populaire, faisant pouffer de rire ses collègues. Quant à Jérôme Bignon (Somme), il a fait se gondoler l’ensemble du gouvernement en posant avec un grand sérieux une question à Nathalie KosciuskoMorizet sur les sangliers. À laquelle la ministre a répondu avec le même sérieux. Depuis, lorsque le président de l’Assemblée annonce « Mme le ministre de l’Environnement, du Développement durable, des Transports et du Logement », un petit groupe de députés PS enchaîne... « et des Sangliers ! » Preuve que l’esprit de Patrick Roy flotte toujours dans l’hémicycle.

Mortel électoralisme C’est entendu, les réactions sont majoritairement négatives. Les Français continuent de penser que l’accident, c’est pour les autres. Pourtant la sonnerie du téléphone en pleine nuit ou la venue des gendarmes au petit matin, ça existe tous les jours et pas seulement au cinéma. Depuis 1973 et les premières mesures décidées par le gouvernement Messmer, les résultats en matière de sécurité routière ont été, il est vrai, spectaculaires mais très irréguliers. Il a fallu près de trente ans pour diviser par deux le nombre de tués sur la route, passé de 17 000 en 1973 à 8 000 en 2002. Et il aura fallu à peine cinq ans pour diviser ce chiffre à nouveau par deux. À cela une raison, entre 2002 et 2007, Jacques Chirac et son

4

ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy ont affiché un volontarisme politique qui ne s’est jamais démenti. En s’appuyant sur un délégué interministériel très actif et un Conseil national de la sécurité routière très présent, à l’aide d’une communication quasi permanente, ils ont eu le courage de prendre des mesures souvent impopulaires, mais formidablement efficaces. À l’inverse, depuis 2007, quels que soient les pétitions de principe et les propos d’estrade, cette volonté politique est au point mort et le courage a disparu. La démagogie électorale, le conservatisme parlementaire, à l’exception de la témérité de quelques députés ont fait le reste. Résultat : le nombre des victimes de la route

L’HÉMICYCLE NUMÉRO 409, MERCREDI 18 MAI 2011

s’accroît à nouveau pour la première fois depuis dix ans. Et les mesures annoncées prétendument drastiques ne sont que cautères sur jambe de bois. On ne fait que durcir des législations déjà existantes alors que les solutions sont ailleurs. Redresser la situation, c’est notamment interdire toute possibilité de téléphoner au volant, la tolérance zéro pour tous en matière d’alcool, la réduction de la vitesse en ville. Tous ceux qui s’occupent de sécurité routière aujourd’hui le savent mais ils n’ont plus droit à la parole. Trop dangereux à un an des élections et pourtant beaucoup moins que ces demi-mesures qui n’empêcheront pas le téléphone de sonner encore et toujours au creux de la nuit. R.N.

L’opinion

de Michèle Cotta Suite de la page 1 Qu’il s’agisse, comme l’affirment ses amis, d’une provocation, d’un piège qui lui a été tendu pour le discréditer, – lui ou l’institution qu’il présidait –, dans un pays où, on le sait, on ne plaisante pas avec le sexe, ou bien véritablement d’un comportement personnel déviant, au fond, peu importe : Dominique Strauss-Kahn avait été malmené la semaine dernière en France, attaqué sur son train de vie, mis en cause jusque sur le prix supposé de ses costumes. L’intervention de la justice américaine, la procédure du plaider non-coupable que DSK a choisi pour prouver son innocence et sauver son honneur, ne lui laissera sans doute pas le temps de contre-attaquer. Il ne le peut plus au FMI, qui ne lui a accordé aucun soutien et qui a immédiatement nommé comme directeur par intérim son numéro 2. DSK n’a pas rencontré Angela Merkel, comme il devait le faire lundi, il ne sera pas au G8 à Deauville pas plus qu’au G20 à Cannes. La nature ayant horreur du vide, il ne pourra être absent trop longtemps sans être définitivement remplacé. La procédure judiciaire, sa longueur, son déroulement, l’empêcheront sans doute également, si vite que les choses soient menées, de faire acte de candidature aux primaires socialistes en juillet prochain. DSK faisait attendre sa décision officielle pour rester le plus longtemps possible aux commandes du FMI, mais, on le sait, depuis plusieurs mois, ses amis et lui étaient tout entiers tendus dans la perspective de la présidentielle. C’est désormais, pour lui, pour eux, un rêve évanoui. Plus grave : on voit bien qui, en France, peut faire ses choux gras du scandale qui touche celui qui était encore il y a quelques jours le favori des Français dans la course présidentielle : Marine Le Pen, qui n’a pas attendu la fin de la matinée de dimanche pour rayer DSK de la liste des candidats potentiels, et pour reprendre, sous une autre forme, le slogan « Tous pourris » dont elle badigeonne l’ensemble de la classe politique française. Un énorme gâchis, le massacre d’un candidat, une provocation peut-être : on souhaite que la justice américaine aille vite, pour laisser à DSK une chance de se disculper. Qu’il soit blanchi ou confondu, le dimanche 15 mai aura marqué, pour lui, sinon la fin du parcours, du moins celle du combat politique auquel il se préparait. La chute n’est pas loin d’être mortelle.


Initiatives

En bref

Collomb : la France doit se réveiller

Rhône-Alpes : ça bouge pour mieux circuler

Pour le maire de la capitale des Gaules, le Parti socialiste doit être porteur de projets et ne pas décevoir. Gérard Collomb considère que la France se recroqueville trop sur elle-même. Interview.

nauguré à Mulhouse l’an dernier, le premier tram-train de France fait depuis des émules. En attendant Nantes, l’Ouest de Lyon réhabilite un mode de transport ferroviaire

I

plans de déplacements interentreprises. Leaders en la matière, les collectivités locales de montrer l’exemple. Saint-Étienne, DeuxAlpes, Chambéry, Échirolles et Lyon disposent déjà d’un PDE

EnIsère,destélécabinesurbaines Nouvelle piste de réflexion, les télécabines présagent les transports de demain. Utilisée à New York, la technologie par câble présente l’avantage d’être non polluante.

bert, vice-président de la Communauté de communes du Grésivaudan et chargé des transports. « Mais tout est trop coûteux, sans être pleinement efficace. » Les cabines actuellement à l’étude se-

«

LA CANDIDATURE ANNECY 2018 NOUS A CONDUIT À ÉTUDIER UN CONCEPT POUR ACHEMINER 100 % DES SPECTATEURS EN TRANSPORTS COLLECTIFS »

Bernadette Laclais Vice-présidente de la région Rhône-Alpes, chargée des transports PHOTO DR

hybride, dont la particularité est de relier centre-ville et zone périurbaine. Particulièrement impliquée dans les modes de déplacement alternatifs, la région Rhône-Alpes soutient par ailleurs la réalisation de

pour leurs employés. Et les Rhônalpins de changer leurs habitudes. VéliVert à Saint-Étienne, covoiturage sur le Grand Lyon, la Région réinvente la mobilité jusqu’à un projet d’autopartage à l’échelle régionale.

Elle permet aussi de franchir un obstacle, comme entre Brignoud et Crolles, au nord-est de Grenoble, séparés par l’Isère, la voie ferrée et l’autoroute. « Tout a été imaginé et étudié : piste cyclable, passerelle… », assure Francis Gim-

raient capables d’accueillir les vélos, les poussettes, les fauteuils roulants…

Des navettes fluviales à Lyon en 2012

années de coopération avec la municipalité de Shanghai, et nous sommes prêts à accompagner nos partenaires dans les projets de développement d’écoquartiers. Les discussions sont d’ailleurs engagées.

« La dégradation

des services publics est une réalité »

Vous avez déclaré : « Éducation, santé, emploi, justice... les Français déplorent une dégradation des services publics ». Est-ce à dire que les régions doivent aujourd’hui se substituer à l’État ?

transport innovants afin d’accompagner une nouvelle mobilité urbaine résolument alternative à la voiture individuelle.

La nécessité de privilégier le développement des transports collectifs constitue aujourd’hui une évidence. Cela pour protéger notre environnement, mais aussi pour préserver le pouvoir d’achat de nos concitoyens, surtout dans une période de renchérissement du prix de l’essence. En complément des TER périurbains ou intercités, nous avons donc l’obligation d’imaginer des modes de

Portée par Confluence, la Région est-elle sur les rangs pour bâtir le futur écoquartier de Shanghai ?

En présentant un pavillon écoconstruit, la Région a été un partenaire engagé de l’Exposition universelle de Shanghai 2010, pour promouvoir un autre modèle de développement. Nous célébrons cette année vingt-cinq

6

Ludovic Bellanger

Autre innovation en matière de

3 questions à

La révolution verte des transports rhônalpins préfigure-t-elle la ville de demain ?

mobilité, la navette fluviale part à la conquête de Lyon. Après La Rochelle et Paris, se déplacer en bateau y sera possible dès le printemps 2012. Les concepteurs du futur pôle de loisirs et de commerces de Confluence – une vitrine architecturale HQE qui abritera le nouveau siège du conseil régional – ont en effet imaginé d’y associer un mode de transport sur l’eau. « Ce nouveau quartier étant exemplaire en matière de développement durable, nous souhaitions offrir une expérience alternative aux transports en commun et à la voiture », explique Romain Molho-Lavignie, responsable du programme au sein d’Unibail. Le site accueillera également à l’avenir une flotte de véhicules électriques. « Il faut donner envie de redécouvrir le cœur de ville grâce à des moyens de transport modernes, rapides et attractifs », conclue Bernadette Laclais, en charge des transports à la région Rhône-Alpes.

JEAN-JACK QUEYRANNE

PHOTO BERTRAND GUAY/AFP

PRÉSIDENT DU CONSEIL RÉGIONAL RHÔNE-ALPES

L’HÉMICYCLE NUMÉRO 409, MERCREDI 18 MAI 2011

La dégradation des services publics est une réalité que nous constatons au quotidien dans les territoires. La région est ainsi obligée de se substituer à l’État et à ses carences pour venir en aide aux habitants et éviter que ne se développe une société à deux vitesses. Je pense notamment aux Maisons de santé en zones rurales. Mais je veux dire avec force que cela n’est pas le rôle de la région, et qu’elle n’en a pas non plus les moyens financiers !

Vous avez déclaré récemment « notre pays est ruiné » : qu’entendez-vous par là ?

THIERRY VALLIER

Pilote en matière d’environnement, la région Rhône-Alpes inaugurera son tram-train à la rentrée. La Région, qui dévoile son nouveau visage à Lyon, planche déjà sur des projets de télécabines urbaines et de navettes fluviales.

Tous les économistes et financiers s’accordent sur le fait que la dette française est immense. Nous pouvons être le prochain pays en difficulté après la Grèce et le Portugal. Il y a besoin de redresser l’économie du pays. Votre dernier livre s’intitule « Et si la France s’éveillait… » : est-ce à dire que la France s’est endormie... ?

Je pense que la France et les Français doivent être plus attentifs au monde qui les entoure. La France vit parfois de manière trop hexagonale, et recroquevillée sur ellemême. Le risque est de se retrouver hors du mouvement du monde, notamment sur le plan technologique, face aux puissances émergentes que sont la Chine, l’Inde et le Brésil. L’État-nation n’est plus capable de tout prendre en charge comme il y a 30 ou 40 ans. L’économie s’est internationalisée, alors même que la politique fait semblant de montrer qu’elle est en mesure de tout faire.

L’État-nation perd de son pouvoir, vers le haut au profit des centres décisionnels européens, mais aussi vers le bas. Les régions, les territoires, les grandes agglomérations ont un rôle majeur. Lorsque des groupes s’implantent en Europe, ils choisissent d’abord une ville avec laquelle ils auront des affinités en termes de recherche, de formation ou encore de pôle de compétitivité. Le gouvernement devrait être plus attentif à ce qui se passe dans les territoires, et ne plus travailler dans une vision jacobine. Croyez-vous en la victoire de la gauche en 2012 ?

Je pense que la gauche a de bonnes chances de gagner. Le bilan de Nicolas Sarkozy est finalement décrié par beaucoup de Français. Mais pour cela, le PS ne doit pas être seulement dans l’alignement de promesses. Il doit porter des projets pour sortir le pays des difficultés dans lesquelles il s’enfonce depuis dix ans. Aujourd’hui, nous avons un double devoir. Celui de gagner et de ne pas décevoir, en démontrant aux électeurs qu’ils ont fait le bon choix, que le pays est sur la bonne voie.

Précisément, les régions et les municipalités ont-elles un rôle à jouer pour réconcilier les citoyens avec la politique ?

Propos recueillis par Ludovic Bellanger

À Mareuil-sur-Lay, le très haut débit se ruralise Le Conseil général de Vendée a lancé une expérimentation inédite de déploiement de la fibre optique en milieu rural.

C

ommune pilote pour le développement du très haut débit (THD) en milieu rural, Mareuil-sur-Lay va connecter 715 foyers à la fibre optique d’ici l’été prochain. « Depuis plusieurs années, nous avons multiplié les initiatives et les actions afin que l’ensemble des foyers vendéens bénéficient d’un accès au haut débit. Maintenant nous passons à une nouvelle étape », explique Bruno Retailleau, président du Conseil général de la Vendée. « La technologie progresse tous les jours. Il faut sans cesse se renouveler si on ne veut pas provoquer une fracture numérique. » Département leader dans le désenclavement numérique, la Vendée s’est positionnée dès 2004 sur le haut débit. « Nous avons été l’un

des premiers départements à offrir le haut débit sur presque 100 % du territoire. Notre objectif est désormais de donner la possibilité à tous d’accéder au très haut débit. »

«

mune, la fibre optique va être amenée jusqu’au domicile des particuliers. » Un « cheveu de lumière » qui offrira un vrai bouleversement en termes de rapidité de connexions

(6 mois) et en dimension réelle le déploiement d’un réseau en zone rurale » explique Benoît Loutrel, directeur du programme Économie Numérique au Commissariat

LA BATAILLE DE LA COMPÉTITIVITÉ NE SE GAGNERA PAS SANS LE NUMÉRIQUE »

Une première en France « C’est une grande première en France, peut-être même en Europe », reconnaît Bruno Janet, directeur des relations avec les collectivités locales de France Télécom. « Pour la première fois dans une petite com-

Bruno Retailleau Président du Conseil général de Vendée et de débit. « Ce dernier sera multiplié par 50. Il passera de 2 à 100 mégabits », précise-t-il. Un débit réservé aujourd’hui aux très grandes agglomérations. « Avec cette expérimentation, il s’agit de tester en un temps record

général à l’investissement. « La bataille de la compétitivité ne se gagnera pas sans le numérique », souligne Bruno Retailleau. « Investir dans le numérique, c’est investir dans la croissance et dans les emplois. » G

NUMÉRO 409, MERCREDI 18 MAI 2011 L’HÉMICYCLE 7

AUVERGNE L’UNIVERSITÉ ACCÈDE À LA PROPRIÉTÉ G Conséquence directe de la loi sur l’autonomie des universités votée en 2007, l’université d’Auvergne est devenue propriétaire de ses murs. Une première en France. Pour le moment, neuf universités sur quatre-vingt-cinq ont réclamé la dévolution. Outre ClermontFerrand, Toulouse I et Poitiers devraient suivre d’ici l’été. POITOU-CHARENTES DES JARDINS POTAGERS COLLECTIFS G Les Picto-Charentais ont la main verte. Plébiscités par les habitants, les potagers collectifs présentent de nombreux avantages : économies pour les familles, consommation de produits frais et sains, lien social… La région soutiendra ainsi la création de nouvelles parcelles par les associations ou les collectivités locales, en privilégiant les dimensions environnementales, sociales et d’accessibilité aux personnes à mobilité réduite. MARSEILLE POLICE D’AGGLOMÉRATION G Confrontée à une augmentation sans précédent des braquages de ses commerces de proximité et des vols avec violence, Marseille annonce la mise en place à la rentrée d’une police d’agglomération pour lutter contre les agressions. Le dispositif, inauguré à Paris en 2009 et testé à Lille et Lyon, devrait s’élargir également à Bordeaux. LOIRE-ATLANTIQUE NANTES INVENTE SA MÉTROPOLE DE 2030 G Les 24 maires de la métropole nantaise lancent un nouveau projet de territoire pour 2030. Imaginer le futur, tel est le pari de « Ma Vi(ll)e Demain », une démarche prospective et participative à l’échelle du territoire local. Pour ses élus, « il s’agit de construire ensemble une vision collective de ce que nous souhaitons à long terme, de définir un cap et les chemins pour y parvenir dès aujourd’hui ». Et d’élaborer un modèle de développement né des réflexions des habitants, invités à participer à la définition de la « métropole souhaitable » de demain. PARIS UN 1ER CENTRE DE TRI INTRA-MUROS Paris a inauguré son premier centre de tri des déchets dans le 15e arrondissement. Pour le maire de la capitale Bertrand Delanoë, il s’agit d'une « rupture qui symbolise la solidarité métropolitaine. Paris doit assumer ses déchets et cesser de déplacer les structures de tri à l'extérieur de ses murs ». Capable de traiter 15 000 tonnes de déchets ménagers par an (soit ceux de 350 000 habitants), le centre est labellisé HQE. Une première pour un bâtiment de ce type. Trois autres centres intra-muros viendront compléter le dispositif à partir de 2013.


Focale

JEAN-PIERRE CHEVÈNEMENT

SÉNATEUR MDC DU TERRITOIRE DE BELFORT PHOTO JEFF PACHOUD/AFP

L’homme de marbre «

a présidentielle est le seul moment où l’on peut peser dans la vie politique française… » Cet automne, promis, il abattra ses cartes. Du côté du Parti socialiste, en coulisse, on s’agite. Le traumatisme de 2002 reste vivace. L’opération faire fléchir le « Che » est lancée. Pour la rue de Solférino le temps presse. Lui, ne bronche pas. Tout cela le laisse de marbre, sourire énigmatique aux lèvres. « La France est-elle finie ? » C’est le titre de son livre. Un réquisitoire sur la conversion des socialistes au libéralisme. Le déclin du tissu industriel français, l’euro qui étouffe, l’austérité à perpétuité, et une Europe soluble dans le néolibéralisme. Le constat est implacable. Le tout étayé par une érudition qui est aujourd’hui une denrée rare en politique. 10 Mai 2011, dans les salons du palais du Luxembourg. Il jette un œil à la Une du Monde. Rajuste ses lunettes. « La tontonmania est partout », murmure-t-il sourire narquois. Un groupe de visiteurs

L

se perd dans la contemplation des plafonds de la salle des conférences. « Ici, il y a plus de visiteurs que de sénateurs ! » Trente ans après, jour pour jour. Il s’amuse de « l’immense masse des collaborateurs de François Mitterrand… Le 10 mai 1981, j’ai passé la soirée sur les plateaux télé. Cette victoire, c’était le couronne-

attaqué Nicolas Sarkozy sur son style, ni sur sa personne… Je m’en accommode. Je critique sur le fond ! » Fidèle à son habitude, Chevènement marche seul. Aux avant-postes même. « La crise de la démocratie est évidente. Nous sommes dessaisis de la souveraineté populaire. La France est à la merci des marchés finan-

credo ? Peut-être. En tout cas une espérance. République ! Dans la bouche du « Che » le mot semble claquer au vent de l’Histoire. L’ancien ministre de François Mitterrand veut pourfendre Maastricht. Mettre au pas les marchés financiers, changer la nature des rapports franco-allemands, en un mot modifier les règles du jeu eu-

«

NOUS ALLONS VERS DES ANNÉES DIFFICILES. SEULE UNE FERME VOLONTÉ RÉPUBLICAINE PEUT REDRESSER LA BARRE »

ment d’un long effort. Une satisfaction. » Il s’arrête, réfléchit. « La gauche n’a pas été au bout de son projet. » Un soupçon de lassitude dans la voix. « Mitterrand ? Une personnalité brillante, attachante, profonde. Un homme qui dépassait de quelques coudées la stature de la plupart de nos hommes politiques. » Sur l’actuel locataire de l’Élysée, ne comptez pas sur lui pour hurler avec la meute. « Je n’ai jamais

8

ciers. À droite comme à gauche, on ne veut pas déplaire aux banques… La dictature de l’actionnariat refleurit de plus belle. L’orage est devant nous… Des pyramides de dettes. Des déséquilibres abyssaux. L’économie mondiale est à la merci du moindre choc… Nous allons vers des années difficiles. Seule une ferme volonté républicaine peut redresser la barre. » République en avant toute ! Un

L’HÉMICYCLE NUMÉRO 409, MERCREDI 18 MAI 2011

ropéen. Notre souveraineté est à ce prix. Il parle avec mesure, calmement, c’est sa façon d’être passionné. Les esprits chagrins l’accusent de confondre vision et nostalgie. Il n’en a cure. L’histoire lui a déjà donné raison. Il a la force tranquille, le pas assuré de ceux qui savent où ils vont. Envers et contre tout, ou tous. Sérénité, distance et sang-froid, pour lui, des maîtres mots. En un demisiècle de politique, Jean-Pierre

Chevènement se force toujours à porter un regard généreux sur autrui. Il cite Platon. « Nul n’est méchant volontairement. » Il s’arrête. Réfléchit un long moment avant d’avouer : « je lutte tous les jours pour me convaincre de cette position. C’est souvent très difficile. »

Jean-François Coulomb des Arts

3 dates

1971

13 juin : congrès de refondation du Parti socialiste. L’année suivante, le programme socialiste « Changer la Vie » est approuvé et le programme commun de la gauche signé.

1981

10 mai : élection de François Mitterrand à la présidence de la République. Je suis nommé ministre d’État chargé de la Recherche et de la Technologie.

1992

5 mai : je vote contre le traité de Maastricht ; je quitterai le Parti socialiste en mars 1993.

HSBC France - Société Anonyme au capital de 337 189 100 euros - SIREN 775 670 284 RCS Paris

« Je serai candidat pour faire bouger les lignes. » Tiens, revoilà Chevènement. Tous les cinq ans. Un atout maître dans son jeu. Sa (future ?) candidature.

Plus de 138 millions de personnes travaillent hors de leur pays de naissance. Bienvenue dans un monde d’opportunités.


Expertise

À distance

Sécheresse : aujourd’hui l’exception, demain la norme ?

Immobilier : pas de pitié pour les aides Par Axel de Tarlé

pertinence des politiques d’aide à l’achat. En subventionnant ainsi la demande, ne contribue-t-on pas à pousser les prix à la hausse ? Le « prêt à taux zéro » (PTZ) n’est-il pas un bidon d’essence qu’on

Une récente étude de l’OCDE dénonce le caractère procyclique de ces aides. Si vous donnez une aide de 30 000 euros dans un marché déjà tendu, vous faites décaler les prix à la hausse de 30 000 euros.

«

IL FAUT SE DEMANDER SI UNE SUBVENTION DE LA DEMANDE NE RISQUE PAS DE CONDUIRE À UNE AUGMENTATION DU PRIX » jette sur un marché immobilier déjà flambant ? Pour reprendre l’épisode de la bulle Internet : imagine-t-on, un instant, le gouvernement de l’époque distribuer des aides financières aux petits épargnants, pour les aider à acheter des actions France Télécom à 219 euros ?

C’est également ce qu’explique en termes plus diplomatiques le Centre d’analyse stratégique : « Dans les zones tendues, où le foncier est rare, il faut se demander si une subvention de la demande ne risque pas de conduire à une augmentation du prix ». Si on se résume, dans les zones tendues, les

Croissance : le débat des optimistes et des pessimistes La brusque accélération de la croissance économique au premier trimestre 2011 en France, portée par l’investissement, la consommation et la reconstitution des stocks des entreprises, a créé la surprise… mais elle ne pourrait être que temporaire. En dévoilant ce chiffre imprévu de 1 %, la ministre de l’Économie Christine Lagarde a affirmé que « Tous les clignotants sont au vert ». C’est une « très bonne nouvelle pour l’économie française », avait-elle

déclaré depuis Londres, annonçant même « des créations d’emplois supérieures à 50 000 pour le seul premier trimestre ». Mais gare à l’excès d’optimisme préviennent les analystes, qui craignent une tendance inverse dès le deuxième trimestre. Ils mettent en avant les périls possibles et en premier lieu l’inflation qui grignote le pouvoir d’achat, puis la flambée des cours du pétrole et des matières premières, et enfin le yo-yo de l’euro... Certains experts comme Marc Touati

(Global Equities) estiment même que l’économie française a mangé son pain blanc. Ce dernier souligne la baisse de la production industrielle et des dépenses de biens manufacturés en mars. Il s’attend à un deuxième et surtout un troisième trimestre « bien plus difficile ». Toutefois, ces prévisions de croissance, même prises avec prudence, ont de quoi satisfaire François Fillon et conforter ainsi les prévisions du gouvernement qui a toujours tablé sur une hausse de 2 % du PIB. J.G.

L’HÉMICYCLE NUMÉRO 409, MERCREDI 18 MAI 2011

NADINE BRISSON. LABORATOIRE AGROCLIM

Offre valable en France métropolitaine jusqu’au 31/07/11

J OUI je m’abonne pour 42 numéros à l’Hémicycle, au tarif exceptionnel de 43 ¤ TTC au lieu de 55 ¤ TTC. J OUI je m’abonne pour 42 numéros et je souhaite bénéficier du tarif « Étudiant » à 33 ¤ TTC. Je joins une photocopie de ma carte d’étudiant de l’année en cours.

Nom Prénom Société Fonction Adresse Code postal

Ville

Tél.

Fax

(facultatif)

e-mail

Date et signature Bulletin d’abonnement à retourner sous enveloppe affranchie à l’Hémicycle, 44, rue Blanche, 75009 Paris courriel : abonnement@lhemicycle.com

des grandes coopératives qui vendent les intrants et les machines. Ce système est incohérent. Alors que la sécheresse était déjà là, des

en réintroduisant des rotations de cultures. » Cyrille Deshayes soutient lui aussi cette solution et propose de limiter les cultures

LA SITUATION EST CATASTROPHIQUE POUR LES CÉRÉALES ET POUR LE FOURRAGE. LE DÉFICIT EST DÉJÀ TRÈS LOURD ET LA SÉCHERESSE VA CONTINUER »

Tarif étudiant : 33 ¤ pour 42 numéros* au lieu de 55 ¤

J Je vous joins mon règlement par chèque à l’ordre de l’Hémicycle. J Je souhaite recevoir une facture acquittée. J Je préfère régler par mandat administratif.

responsable du programme eauagriculture. « Sur le plus long terme, nous devons nous préparer à la multiplication des sécheresses. »

«

42 numéros* pour 43 ¤ au lieu de 55 ¤

Conformément à la loi informatique et libertés du 6 janvier 1978, vous disposez d’un droit d’accès et de rectification pour toute information vous concernant.

10

e printemps est absolument exceptionnel ! En plus de la sécheresse, la chaleur évapore le peu d’eau sur le sol.

Bulletin d’abonnement

Centre d’analyse stratégique le XXIe siècle. En septembre 2000, l’action France Télécom monte à 219 euros. Aujourd’hui, elle vaut… 16 euros. Bien sûr, on espère que l’immobilier ne connaîtra pas une telle chute ! Mais, on peut tout de même se poser des questions. Et surtout, on peut s’interroger sur la

«C

m’est égal que les prix chutent. » Faux ! Il est prouvé qu’une chute des prix peut avoir de lourdes conséquences sur votre carrière professionnelle. Que se passe-t-il si votre villa, achetée 600 000 euros, perd la moitié de sa valeur ? Outre une grosse déprime, vous vous retrouvez collé avec votre maison. Impossible de revendre, sauf à enregistrer une sérieuse moins-value et vous retrouver en faillite personnelle, avec un patrimoine négatif, car la dette, elle, demeure entière et les échéances continuent de tomber tous les mois. Résultat, vous ne pouvez plus déménager. Vous n’êtes plus mobile professionnellement. Vous devez refuser toute mutation professionnelle, ou tout emploi trop loin de votre domicile. Une étude du Conseil d’analyse stratégique montre ainsi qu’un propriétaire au chômage met 30 % de temps en plus qu’un locataire pour retrouver du travail. Moralité : il est urgent d’attendre avant d’acheter. Après l’échec du « tous propriétaires », vive le « tous locataires » !

C’est très préoccupant. » Frédéric Nathan, prévisionniste à MétéoFrance, n’est pas non plus optimiste pour les mois qui viennent : « Selon nos prévisions saisonnières, il devrait faire chaud jusqu’à fin juillet, mais attention, chaleur n’empêche pas précipitations ! » Pour Michel Petit*, membre du GIEC (Groupe international des experts sur l’évolution du climat), « toute la difficulté est de savoir si c’est juste une situation exceptionnelle ou le signe d’une tendance lourde. Dans nos modélisations, la sécheresse devrait davantage frapper le Sud, ce qui n’est pas le cas cette année. On sait en revanche qu’il va faire plus chaud. Il serait donc prudent d’adapter l’agriculture et notamment la sylviculture avec des essences capables de résister sur le long terme à la chaleur et au stress hydrique. » À l’INRA (Institut national de la recherche agronomique), on est encore plus catégorique : « Ce printemps préfigure les années à venir » affirme Nadine Brisson, directeur de recherche au laboratoire AgroClim d’Avignon. « Nous travaillons clairement sur un scénario avec plus de chaleur et moins d’eau. Cette année, ce qui frappe, c’est la précocité de la sécheresse. En 1976, elle avait brutalement commencé en mai-juin. Cette année elle est installée depuis mars ! La situation est catastrophique. Pour les céréales, les rendements seront inférieurs aux minimums. Pour le fourrage, les deux premières coupes entre mars et juin représentent 70 % du total de l’année. Le déficit est déjà très lourd ! » Au WWF, le constat est identique : « La baisse du rendement des céréales pourrait atteindre 50 % » prévient Cyrille Deshayes,

Alors que faire ? « Diminuer la demande en eau », affirme Nadine Brisson de l’INRA. « Il faut notamment échapper à la monoculture

agriculteurs ont semé du maïs ! » Pour Nadine Brisson, le problème vient aussi du fait que les agriculteurs avaient déjà acheté les

gourmandes en eau comme le maïs : « Le problème du maïs, c’est qu’il est très rentable et bénéficie des aides de la PAC et de la pression

« La sécheresse

semis. Seule bonne nouvelle : la hausse des températures va faciliter les cultures venues du Sud comme le sorgo pour remplacer le maïs. Dans l’Ouest, la baisse des précipitations pourrait limiter les risques de maladies et favoriser les cultures en hiver. Enfin, relativisons : au niveau planétaire, le premier trimestre a été le 14e plus chaud depuis 130 ans. L’an dernier, il était en première position !

Jean-Louis Caffier * « Climat, une planète et des hommes », éditions du Cherche Midi

MEHDI FEDOUACH

I

aides alimentent la bulle. Ailleurs, elles constituent un effet d’aubaine. Conclusion : supprimons toutes ces aides. Il y a là une belle source d’économie pour le gouvernement. En année pleine, le prêt à taux zéro va coûter 2,6 milliards d’euros pour le budget de l’État. Mieux vaut stimuler l’offre. D’où l’idée par exemple de durcir la fiscalité sur les terrains non bâtis, avec à la clef des recettes pour l’État ! D’autant que le gouvernement prend un vrai risque en incitant ainsi à l’achat. On pourrait lui reprocher d’être un « pousse-aucrime ». Car plus la bulle gonfle, plus elle risque d’éclater, avec des conséquences non négligeables. On l’a vu en Irlande, aux ÉtatsUnis, l’explosion de la bulle immobilière a provoqué une crise bancaire qui a mis le pays à genoux. Idem en Espagne. Certes, sur le plan personnel, on entend souvent ce raisonnement d’apparence « bon père de famille » : « Je n’achète pas pour spéculer. J’achète pour vivre dedans. Donc ça

La sécheresse qui frappe la France et d’autres pays européens aura de nombreuses conséquences sur l’agriculture. Les prix vont augmenter. Et demain, avec le réchauffement global, ce sera pire.

* Soit environ un an, en fonction du calendrier parlementaire.

l y a bien une bulle immobilière. Le Centre d’analyse stratégique, organisme qui dépend du Premier ministre, note que les prix à l’achat sont déconnectés des loyers. Sur les quinze dernières années, les loyers ont augmenté de 30 %, en phase avec les salaires. Mais les prix à l’achat, eux, ont doublé : plus 100 %, soit trois à quatre fois plus vite que les salaires. C’est là la définition d’une « bulle », quand les prix se déconnectent ainsi des fondamentaux. Bien sûr, on trouvera toujours des experts, des vendeurs de biens, pour vous expliquer que « cette fois, c’est différent » et que l’immobilier va monter jusqu’au ciel… La dernière bulle caractéristique concernait les valeurs Internet au début des années 2000. Les experts se répandaient alors pour expliquer que les « TMT » (Technologie-Média-Télécom, souvenez-vous…) allaient dominer

DR

Dans ce point de vue, Axel de Tarlé tire la sonnette d’alarme : on n’a pas retenu les leçons de la crise des subprimes et les aides gouvernementales risquent de contribuer au surendettement des ménages. Il propose de les supprimer.

exacerbe la question de la gestion et du partage de l’eau » L’ancien président de la FNSEA, Luc Guyau, préside aujourd’hui le Conseil de la FAO. À ce titre, il répond à nos questions sur l’avenir de l’agriculture dans ce contexte de sécheresse. Quels problèmes les sécheresses dans le monde posent-elles réellement à l’agriculture ?

Ce sont de vrais traumatismes avec une action directe sur les céréales et indirectes sur l’élevage. Elles déstabilisent l’agriculture en créant des problèmes économiques (moins d’exportations) et des difficultés pour l’autosuffisance alimentaire. Enfin, elles exacerbent la question de la gestion et du partage de l’eau. Il y a là de vrais risques de conflits. Le changement climatique est-il responsable ?

À mon avis, oui. Il multiplie les phénomènes extrêmes, sécheresses ou inondations. Une année sèche peut se rattraper mais pas plusieurs de suite. L’Australie est confrontée à ce phénomène et doit importer de la nourriture alors qu’elle prétendait il y a peu pouvoir nourrir le monde. Il faut repenser les comportements agricoles, choisir des cultures moins gourmandes en eau ou investir sur l’irrigation par exemple. À qui profitent les crises ?

Aux spéculateurs ! Les sécheresses

provoquent un fort déséquilibre avec d’un côté moins d’exportations, comme en Russie l’an dernier, et de l’autre plus d’importations. Ce qui est nouveau aujourd’hui, c’est que la spéculation intervient dès le moindre dérèglement. Il faut revoir les mécanismes de régulation. On a aussi besoin de stocks de sécurité. À quelles conditions l’agriculture pourra-t-elle nourrir le monde ?

En privilégiant d’abord la proximité. Il faut appuyer les politiques locales, sécuriser l’agriculture en Afrique par exemple. Ensuite, il

NUMÉRO 409, MERCREDI 18 MAI 2011 L’HÉMICYCLE

11

faut arrêter de gaspiller et tout reprendre, de l’eau aux sols en utilisant tous les moyens possibles, la biologie, la génétique, l’agronomie et la recherche sinon, nous aurons des catastrophes supplémentaires. Il y a urgence car la demande augmente en quantité et qualité. L’agriculture va devoir produire davantage avec des contraintes nouvelles ! Le développement suivi depuis 40 ans pour répondre à la demande de la société doit continuer, mais sous d’autres formes !

Propos recueillis par Jean-Louis Caffier


Culture

Colmar : un musée tout neuf en 2013 Unterlinden abrite notamment la collection du Retable d’Issenheim. Cet ensemble pictural sera également restauré d’ici la fin 2013. DR

U

n écrin agrandi pour un joyau magnifié : le musée Unterlinden de Colmar va faire l’objet jusqu’en 2013 d’importants travaux, sous la houlette du cabinet d’architectes suisse Herzog & de Meuron, tandis que sa pièce maîtresse, le Retable d’Issenheim, sera restaurée. Le permis de construire du futur musée a été signé par le maire de Colmar, Gilbert Meyer (UMP), et le premier coup de pioche est prévu à l'automne. À l’étroit dans les murs d’un couvent médiéval du XIIIe siècle, l’établissement va coloniser le bâtiment de style Art nouveau des anciens bains municipaux qui lui fait face, et s’agrandir d’une nouvelle aile. L’extension, qui va multiplier par deux la surface du musée pour la porter à près de 8 000 mètres carrés, permettra de montrer des pièces actuellement en réserve, et d’exposer de manière permanente la collection d’art moderne et contemporain, aujourd’hui décrochée à chaque exposition temporaire. Cette collection, articulée princi-

Un rapport avait souligné dès 2002 l’exiguïté des locaux du musée. Mais c’est en 2005-2006 que le maire a conçu le projet de mettre à la disposition de son gestionnaire, la Société Schongauer,

par l’État et les autres collectivités. L’inauguration est prévue fin 2013. Parallèlement à ces travaux, le musée a entrepris une importante campagne de restauration de ses

«

UNE DES PLUS BELLES OPÉRATIONS CULTURELLES CONDUITES PAR LA MUNICIPALITÉ DE COLMAR » Le maire, Gilbert Meyer

palement autour des artistes actifs en France après la Seconde Guerre mondiale – notamment ceux de la Nouvelle École de Paris –, s’est enrichie récemment de donations et de legs, dont un ensemble de 35 œuvres de Dubuffet.

les anciens bains municipaux, ouverts en 1906 et fermés définitivement en 2003. Le prestigieux cabinet bâlois Herzog & de Meuron, qui compte parmi ses plus célèbres réalisations la Tate Modern de Londres (2000) et le « Nid d’Oiseau », le stade olympique de Pékin (2008), a été désigné comme maître d’œuvre en novembre 2009. Le projet a été chiffré à 27,3 millions d’euros (HT), dont 8,8 millions apportés par la ville et 13,3

collections, dont celle du Retable d’Issenheim, chef-d’œuvre du gothique finissant réalisé de 1512 à 1516 par le sculpteur Nicolas de Haguenau et le peintre allemand Matthias Grünewald. La convention de financement de la restauration du retable a été signée à Colmar. Les restauratrices ont programmé 285 jours de travail. Cette lourde opération se fera devant les visiteurs au musée Unterlinden puis dans l’église des

Dominicains où le retable sera transféré le temps des travaux. Son coût, estimé à 341 000 euros, sera pris en charge par la Fondation du patrimoine, l’État et la région, le solde devant être acquitté par des mécènes que la Fondation va s’employer à recruter. Installé dans le cloître et la chapelle d’un ancien couvent de dominicaines fondé en 1252, le musée Unterlinden a ouvert en 1853. Il présente depuis l’origine le chef-d’œuvre peint par Grünewald pour la commanderie des Antonins d’Issenheim, un village au sud de Colmar. Le retable de 3,30 m de haut et 5,90 m de large représente sur ses sept panneaux de tilleul la vie du Christ et celle de saint Antoine l’Ermite, guérisseur du « mal des ardents ». Le maire de Colmar tenait depuis longtemps à ces travaux de restauration et il n’a pas ménagé ses efforts pour obtenir le montage financier. C’est pour lui l’une « des plus belles opérations en matière d’action culturelle ».

Joël Genard

Distinctions Des projets très divers pour une passion commune : le service des citoyens.

P

lus d’une centaine d’élus, députés, maires, sénateurs ou conseillers généraux ont été récompensés cette semaine par une Marianne d’Or. Remise de ces prix dans les salons du Conseil constitutionnel en présence de Jean-Louis Debré. Ces élus ont été choisis pour avoir porté cette année des projets tous très différents mais qui avaient au moins un point commun : l’amélioration de la vie des citoyens au quotidien. C’est vrai par exemple d’un centre aquatique à Alfortville, d’un quartier rénové à Domont dans le Vald’Oise ou de la réfection de la Tour d’Argent à L’Isle-sur-la-Sorgue. Marianne d’Or également pour le maire de Rosières, qui a favorisé la création d’emplois en zone rurale ou le maire d’Ancenis en LoireAtlantique, qui a développé un

plan de lutte contre les addictions. Beaucoup de récompenses pour des projets améliorant la qualité de la vie ou protégeant l’environnement comme à Megève en HauteSavoie ou à Biguglia en HauteCorse. Enfin ces « Marianne d’Or » ont récompensé de nombreuses initiatives concernant la mise en œuvre de l’intercommunalité telles les réalisations entre Dunkerque, Saint-Paul-sur-Mer et Fort-Mardyck, ou le soutien à la culture comme à Marseille avec la préparation de l’année européenne de la culture en 2013.

Bertrand Delpech Jean-Louis Debré avec Alain Trampoglieri, créateur des Marianne d’Or, en 2006 à l’Assemblée nationale.

12

L’HÉMICYCLE NUMÉRO 409, MERCREDI 18 MAI 2011

JACQUES DEMARTHON / AFP

Marianne d’Or 2011


2.0

Déblogage

En bref

a copie à usage privé existait bien avant l’apparition d’Internet. Les cassettes audio et vidéo ont en leur temps provoqué les mêmes craintes et les mêmes soupçons quant aux dommages potentiels que ces technologies pouvaient provoquer à l’industrie musicale et au cinéma. Une taxe sur les supports enregistrables a même été créée pour compenser ces pertes. Cependant, cette pratique restait limitée : il fallait acheter les cassettes puis avoir accès à un enregistrement source. Et les adolescents des années 70 et 80 n’avaient pas tous ni les moyens d’acheter ces bandes en quantité, ni accès à une médiathèque illimitée.

L

BORIS HORVAT / AFP

Comme prévu, HADOPI est loin d’avoir réglé l’épineuse question du téléchargement. Faut-il une nouvelle loi ? Aucun des candidats à la présidentielle n’échappera à cette question.

Le téléchargement en un clic Le Web a changé la donne car désormais, plus besoin de support, l’ordinateur est lui-même le lieu de stockage. Internet est un réseau mondial qui crée des médiathèques virtuelles accessibles à tous. Il suffit qu’une personne, une seule, mette en ligne un morceau de musique pour que tous les internautes de la planète, tous sans

Le chiffre

12 %

des internautes français pratiquent le téléchargement, et 21 % chez les 15-24 ans. (Chiffres SACEM)

La citation

«

NOUS ESTIMONS QU’HADOPI NE SUFFIRA PAS À ENRAYER LA CONTREFAÇON DES ŒUVRES SUR INTERNET

»

Laurent Petitgirard – SACEM

exception, puissent le copier sans rien avoir à faire d’autre qu’une recherche et un clic. C’est simple, gratuit et, avec le haut débit, quasi instantané. Imparable. Des dizaines de millions d’internautes ont téléchargé et téléchargent.

Des logiques contraires et des technologies mouvantes Les ventes de CD ont diminué de moitié entre 2003 et 2010 (Source : Les Échos). Peut-on baisser les bras ? Les comédiens, chanteurs ou musiciens doivent être naturellement rétribués pour leur travail et leur création. Dans la mesure où le piratage évite la rémunération des auteurs, ces artistes et les industriels peuvent légitimement considérer que ce téléchargement illicite s’apparente à du vol. Face à cette logique, beaucoup d’internautes considèrent que, grâce à Internet, l’accès à la culture peut être aujourd’hui de facto gratuit et que les stratégies industrielles des majors sont pénalisantes pour tous ceux qui n’ont pas de ressources.

14

D’un côté donc, le téléchargement est perçu comme une logique de voleur. Pour d’autres au contraire, il s’agit seulement d’une passion partagée. Exemple : « Glee », la dernière série qui fait fureur chez les adolescents, a commencé à être diffusée sur M6 avec plus d’un an de retard. Pourtant, chaque épisode de la saison 2 est disponible en version sous-titrée, sur le Web, 24 heures après sa diffusion initiale aux ÉtatsUnis. Des groupes de fans enregistrent chaque épisode diffusé outre-atlantique, font la traduction des dialogues et mettent en place les sous-titres. Ils ne veulent pas attendre. L’HADOPI tente de mettre un frein à cette vague qui met en danger la création artistique, qui se voit privée de ses ressources financières, ainsi qu’une industrie qui emploie des dizaines de milliers de personnes. Mais les manières de partager ces œuvres non payées changent régulièrement. Les platesformes de téléchargement sont délaissées au profit des chaînes de musiques et vidéos en streaming

L’HÉMICYCLE NUMÉRO 409, MERCREDI 18 MAI 2011

qui permettent l’écoute ou le visionnage en ligne sans avoir à télécharger quoi que ce soit. Le contrôle redevient impossible. Les dernières évolutions sur ce dossier sont contradictoires : si la Chine a récemment décidé de sévir sur ce sujet au nom de la défense de la propriété intellectuelle, Apple a annoncé sa volonté de mettre fin aux restrictions empêchant la copie d’un fichier musical acheté sur de multiples supports. En fait, aucune solution n’a été trouvée qui satisfasse tout le monde : les créateurs et une industrie qui ne veulent pas travailler gratuitement, et les clients qui ne sont pas satisfaits d’une offre qu’ils jugent insuffisante et surtout trop chère. De plus, les logiciels sont eux aussi massivement piratés via Internet, ce qui représente un manque à gagner qui se chiffre en milliards de dollars pour leurs éditeurs. Décidément, le téléchargement n’a pas fini de faire parler de lui.

LE W3C VEUT STANDARDISER LES PROTOCOLES DE COMMUNICATION AUDIO / VIDÉO EN LIGNE G Cet organisme chargé de la compatibilité des différentes technologies du Web souhaite mettre en place des standards pour faciliter la diffusion de flux audio et vidéo par les navigateurs Web sans passer par l’installation d’applications tierces. Ces standards devraient rendre plus difficiles les contrôles ou la censure de ces flux. Cela pourrait promouvoir les services de streaming déjà accusés de favoriser le piratage de la musique et des films. UN FRANÇAIS SUR DEUX A DÉJÀ ACHETÉ EN LIGNE G Les Français ont de plus en plus confiance dans l’e-commerce. Après des débuts difficiles à l’aube des années 2000, en raison d’une méfiance portant sur la sécurité des transactions, les Français adoptent désormais ce mode de consommation, qui a gagné plus de 10 millions de clients entre 2007 et 2010, selon le dernier baromètre Médiamétrie. Et 43 % des internautes déclarent avoir fait un achat durant le mois précédent l’étude. Une tendance qui se poursuit désormais dans les achats via un mobile. SELON LA CNIL, LES MOTEURS DE RECHERCHE RESPECTENT DE MOINS EN MOINS LA VIE PRIVÉE G Dans un communiqué laconique en date du 9 mai, la CNIL constate que les moteurs de recherche ne suivent plus les recommandations du G29, qui regroupe les 27 CNIL européennes, limitant à 6 mois la conservation des données de navigation des internautes sur la Toile. Si Microsoft se tient à cette limite, Google les conserve pendant 9 mois et Yahoo, qui ne les stockait que durant 3 mois, vient de passer à 18 mois afin de mieux exploiter le potentiel de personnalisation de ces données.

Chaque semaine, le tour de France des blogs par Manuel Singeot

Des dizaines de milliers de commentaires Dominique Strauss-Kahn est devenu le sujet numéro un de l’opinion publique mondiale. Dès dimanche, plus de 9 000 tweets relaient l’information, « #DSK » devient le mot clé le plus utilisé sur Twitter. Même phénomène de masse sur Facebook où les articles sont partagés plusieurs milliers de fois, entraînant d’innombrables commentaires. Les sites français enregistrent une activité inhabituelle pour une édition dominicale. Sur Libération.fr comme sur le Figaro.fr, plus de 7 000 commentaires ont été postés en quelques heures. L’affaire est le sujet d’intérêt principal des internautes français sur les grands sites d’informations en ligne. Signe de l’importance planétaire de cette information : elle suscite des centaines de commentaires sur les sites du New York Times, Washington Post ou de Fox News. Le Huffington Post dépasse les 3 500 commentaires. Ironie : Dominique Strauss-Kahn a écrit une douzaine d’articles pour ce géant de l’information en ligne aux États-Unis. Les internautes européens, espagnols, allemands et anglais notamment, commentent eux aussi par centaines cette actualité sur leurs réseaux sociaux.

Des avis partagés entre indignation et soupçons de complot Bien sûr, les avis des internautes sont très partagés. Mais une véritable différence apparaît entre le regard des internautes français et celui des internautes étrangers. Les premiers se focalisent sur la dimension présidentielle de Dominique Strauss-Kahn alors que pour le restant de l’opinion publique mondiale, c’est le directeur général du FMI qui est touché par ce scandale, même si son statut de candidat à l’élection présidentielle est souligné par une

Affaire DSK : la Toile oscille entre indignation et complot Dès dimanche trois heures du matin, l’information faisait le tour de la planète sur Internet avec une différence de ton très marquée entre les commentaires français et ceux venus du reste du monde. minorité importante des commentateurs. Le jugement, qui traduit le choc ressenti, est majoritairement sévère. Les informations émanant de la police new-yorkaise sont jugées crédibles. L’indignation domine : « S’il est reconnu coupable, enfermez-le pour le reste de sa vie. » (nytimes.com). Ce scandale rappelle, en plus grave, les démêlés du président Clinton lors de l’affaire Lewinsky : « Vous souvenez-vous de la période Clinton ? » (cnn.com). Le train de vie choque aussi les internautes américains qui trouvent cela inapproprié, surtout de la part d’un homme de gauche : « Avec nos impôts, cet homme descend dans des hôtels à 3 000 $ la nuit ? » (Washingtonpost.com). Face à cette opinion très négative, de nombreux internautes se posent tout de même la question d’un piège éventuel. Cette opinion que l’on trouve dans de nombreux commentaires français : « Je ne crois pas à cette histoire une seconde... À qui profite le crime ? » (lepoint.fr) est aussi partagée à l’étranger, notamment en Allemagne : « Ceux qui croient en ces scandales personnels, qui arrivent maintenant par hasard, croient encore au Père Noël »(faz.de). Ce sentiment s’exprime aussi aux États-Unis : « Il s’agissait d’un piège. Il a mordu à l’hameçon. » (foxnews.com) Beaucoup de commentaires tentent de décrypter le fonctionnement du système judiciaire américain. Exemples : Philippe Bilger « Il faut attendre. Je constate que dans la journée d’hier je n’ai jamais entendu défendre avec une telle constance répétitive la présomption d’innocence, au moins dans les interventions officielles et médiatiques. Je constate aussi que la justice américaine, sur le plan technique, n’hésite pas avec une rapidité

JEWEL SAMAD / AFP

Téléchargement : vérole mortelle ou libre accès à la culture ?

GOOGLE LANCE SON SERVICE DE STREAMING MUSICAL G Le géant américain lance un nouveau service, baptisé Google Music. Il permettra aux internautes américains de stocker leurs fichiers musicaux sur des serveurs en ligne afin de pouvoir y accéder quel que soit l’outil utilisé ou le lieu d’accès. Ils ne pourront cependant pas partager cette médiathèque personnelle mais les majors du disque, avec lesquelles Google n’a pu obtenir d’accord, se mobilisent déjà contre ce projet qui nécessite selon elles une licence de diffusion par internaute.

foudroyante à appréhender les personnalités même les plus emblématiques. »

Certains enfin s’interrogent sur la mise en scène de cette machine judiciaire :

> www.philippebilger.com

Ou bien encore : Diner’s Room « Dans le système de droit américain, il n’est pas rare que la procédure s’achève avant le procès. Il faut dire que les risques d’une lourde condamnation y incitent les accusés, comme le ministère public qui peut inscrire une condamnation supplémentaire à son palmarès. Il n’est pas inimaginable que le cas Strauss-Kahn ne parvienne pas au procès. Soit que les preuves de l’accusation ne lui permettent pas de poursuivre, soit, au contraire, qu’elles suffisent à engager une action. » > dinersroom.eu

Immedias « OJ Simpson, Bernard Madoff, DSK… À chaque affaire, chaque destin, une même mise en scène et en images, ostentatoire, les mêmes clichés de notables entravés que traînent des flics en cols blancs, la mine de circonstance, à l’arrière d’une limousine aux vitres ajourées – pour que la scène soit accessible à tous. Le tout après qu’un haut responsable des services de police de New York ait annoncé la sortie imminente de l’accusé. Tout le monde est en place : moteur ! » > blogs.lexpress.fr/media/

L’actualité française est pour les jours et les semaines à venir une actualité planétaire. Qui l’eût cru ?

Le chiffre

20 000 commentaires en 24 heures à propos de l’affaire DSK sur les principaux médias en ligne mondiaux.

La citation

«

LES NOUVELLES QUI NOUS PARVIENNENT DE NEW YORK DEPUIS CETTE NUIT SONNENT À L’ÉVIDENCE COMME UN COUP DE TONNERRE

»

Martine Aubry

EIP l’Hémicycle, Sarl au capital de 85 890 ¤. RCS : Paris 443 984 117. 44, rue Blanche - 75009 Paris. Tél. : 01 55 31 94 20. Fax : 01 53 16 24 29. Web : www.lhemicycle.com - Twitter : @lhemicycle GÉRANT-DIRECTEUR DE LA PUBLICATION Bruno Pelletier (brunopelletier@lhemicycle.com). DIRECTEUR Robert Namias (robertnamias@lhemicycle.com) RÉDACTEUR EN CHEF Joël Genard (joelgenard@lhemicycle.com). ÉDITORIALISTES Gérard Carreyrou, Michèle Cotta, Bruno Jeudy, Paul Lefèvre, Catherine Nay AGORA Ludovic Vigogne ONT COLLABORÉ À CE NUMÉRO Ludovic Bellanger, Jean-Louis Caffier, Jean-François Coulomb des Arts, Bertrand Delpech, Axel de Tarlé, Nathalie Segaunes, Manuel Singeot CORRECTION Aurélie Carrier MAQUETTE David Dumand DIRECTRICE COMMERCIALE Violaine Parturier (violaineparturier@lhemicycle.com)PARTENARIATS Juliette Boudre (julietteboudre@lhemicycle.com) IMPRESSION Roto Presse Numéris, 36-40, boulevard Robert-Schumann, 93190 Livry-Gargan. Tél. : 01 49 36 26 70. Fax : 01 49 36 26 89. Parution chaque mercredi ABONNEMENTS abonnement@lhemicycle.com COMMISSION PARITAIRE 0413C79258 ISSN 1620-6479

NUMÉRO 409, MERCREDI 18 MAI 2011 L’HÉMICYCLE

15


l'Hémicycle - #409  

l'Hémicycle numéro 409 du mercredi 18 mai 2011