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LE ROMAN D’UN SERIAL LOVER...


JEU D’ÉPREUVES

FRANÇOIS SZ ABOWSKI

L’AMOUR EST UNE MALADIE ORDINAIRE

Qui, dans sa v ie, n’a pas rêvé de disparaître subitement pour laisser un souvenir impérissable ? Dans L’Amour est une maladie ordinaire , un homme succombe à ce dangereux fantasme. Parce qu’il refuse que l ’amour ne soit pas éternel , parce qu’il ne suppor te plus les ruptures et les histoires qui partent en déroute, il se voit régulièrement obligé, la mort dans l’âme, d’organiser son décès auprès des femmes qu’il aime. Pour le meilleur et pour le pire…

L’AMOUR EST UNE MALADIE ORDINAIRE FRANÇOIS SZ ABOWSKI

PARUTION : LE 31 AOÛT 2017.

L’AMOUR EST UNE MALADIE ORDINAIRE ROMAN FRANÇAIS 280 PAGES 9782370551238 PRIX: 17,00 € PARUTION: 31 AOÛT 2017

LE TRIPODE


L’AM O U R E ST U N E MAL AD I E O RD I NAI RE Qui, dans sa vie, n’a pas rêvé de disparaître subitement pour laisser un souvenir impérissable ? Dans L’Amour est une maladie ordinaire, un homme succombe à ce dangereux fantasme. Parce qu’il refuse que l’amour ne soit pas éternel, parce qu’il ne supporte plus les ruptures et les histoires qui partent en déroute, il se voit régulièrement obligé, la mort dans l’âme, d’organiser son décès auprès des femmes qu’il aime. Pour le meilleur et pour le pire… François Szabowski est un écrivain né en 1977. Il a notamment publié aux éditions Les Forges de Vulcain : Les femmes n’aiment pas les hommes qui boivent  et Il faut croire en ses chances . L’Amour est une maladie ordinaire est son cinquième roman. Il est aussi réalisateur, membre actif du mouvement Kino. Il a également travaillé comme scénariste et script-doctor.

«  Cela m’a rappelé ces rêves que je faisais quand j’étais enfant, où je me voyais survoler la cour de l’école en imaginant que j’étais mort, et où, en me rapprochant d’eux jusqu’à voleter au-dessus de leurs épaules, j’entendais mes camarades regretter de ne pas m’avoir mieux traité, de ne pas m’avoir aimé davantage, maintenant que c’était trop tard, etc.  C’était très piteux. »


FRANÇOIS SZABOWSKI

me disait qu’elle savait qu’elle ne pourrait jamais rencontrer un autre homme avec qui elle s’entendrait si bien. Je lui ai demandé combien de temps avait duré leur histoire, et elle m’avait répondu quelques mois. Elle m’a dit aussi que c’était le premier homme qu’elle avait connu. J’ai alors compris que cet homme, s’il avait vécu, lui aurait sans doute fait connaître les mêmes désillusions. Mais que, comme il était mort pendant la période d’état de grâce des 3-4 premiers mois de la relation, et que par ailleurs elle n’avait jamais eu l’occasion avant lui d’expérimenter la déception amoureuse, elle l’avait idéalisé. Contrairement à tous les autres hommes qu’elle avait connus par la suite - avec qui sans doute, sans cette première expérience tragique, elle aurait pu être heureuse - elle l’aimerait pour toujours. Son amour pour lui était immortel, justement parce qu’il était mort.

Crédit : Yohann Vorillon

De quoi vous êtes-vous inspiré pour écrire « L’Amour est une maladie ordinaire » ? Le point de départ, c’est l’histoire de cette femme, d’une trentaine d’années, avec qui j’avais discuté un soir, et qui m’expliquait qu’elle était régulièrement célibataire, parce qu’elle était toujours déçue par les hommes, par les histoires qu’elle avait avec eux. Elle n’avait rien à leur reprocher de particulier. C’est juste qu’elle finissait toujours au bout de quelques mois par être déçue. Par les trouver moins intéressants, moins drôles, moins beaux. Ils finissaient par se disputer, par moins bien s’entendre. Elle leur découvrait des défauts qu’elle n’avait pas remarqués au début de leur histoire. Et elle ne pouvait s’empêcher à chaque fois de repenser à cet homme qu’elle avait connu quand elle était plus jeune, et qui était mort d’un accident. Avec lui, elle n’avait connu aucune de ces désillusions. C’était sans doute l’homme de sa vie. Mais elle l’avait perdu, par un coup du sort. Et elle

«  Cette peur curieuse, au moment où on obtient ce qu’on désirait le plus, de le voir un jour se dérober à nous. » Cela m’a rappelé ces rêves que je faisais quand j’étais enfant, où - suite à une quelconque blessure d’orgueil sans doute - je me voyais survoler la cour de l’école en imaginant que j’étais mort, et où, en me rapprochant d’eux jusqu’à voleter au-dessus de leurs épaules, j’entendais mes camarades regretter de ne pas m’avoir mieux traité, de ne pas m’avoir aimé davantage, maintenant que c’était trop tard, etc. C’était très piteux. Mais je crois - sans que cela m’excuse en rien - que ce fantasme est très répandu. Et cela faisait longtemps aussi que j’avais envie de parler de cette peur de ne plus être aimé, que j’avais pu ressentir moimême, ou observé chez d’autres. Cette peur curieuse, au moment où on obtient ce qu’on désirait le plus, de le voir un jour se dérober à nous. Comment l’anxiété de pouvoir

être aimé cède parfois presque instantanément la place à celle de ne plus l’être. Qu’on passe d’une anxiété à l’autre, sans être capable de profiter de ce qui existe. Et qui peut se manifester selon les cas par la jalousie, le besoin permanent d’être rassuré, de recevoir des marques d’affection, ou encore la tendance à interpréter chaque mouvement d’humeur de l’autre comme la marque d’une disgrâce, d’un déclin. J’aurais pu raconter une histoire réaliste, avec deux personnes amoureuses, où l’une craint de perdre l’amour, de perdre cette relation. J’ai préféré pousser cette logique plus loin, jusqu’au bout, et traiter d’un cas extrême, qui me semblait mieux permettre de comprendre la misère de ces mouvements de pensée. Mais c’est une caractéristique du cerveau humain je crois - ou en tout cas du mien - de mieux comprendre par exemple la jalousie quand je vois L’Enfer de Clouzot/Chabrol, que dans une histoire où on me présente une jalousie plus nuancée, plus normale, moins maladive.

«  Pour moi, la stupidité est une chose grave. Et même une chose fondamentale à prendre en compte, quand on s’intéresse à l’être humain. » Vous avez donné votre prénom au héros obsessionnel du roman... Je pars toujours de moi, de ce que je vis. Mettre ma vie en mots - en histoires surtout - m’aide à la comprendre, à mieux la vivre. Je puise donc pour écrire dans les événements et les préoccupations de ma vie. Ce livre est le résultat, et la trace, de mon état émotionnel et de mes préoccupations à un moment donné de ma vie. Mais ni ma vie ni ma personne ne sont intéressantes : je ne raconte donc


jamais ce qui m’est vraiment arrivé. Le François de ce roman, c’est donc moi sans être du tout moi. Mais comme je puise dans ma biographie pour écrire, j’aurais trouvé ridicule d’appeler mon personnage Norbert pour cacher que c’est de moi dont je parle. Je suis sûr que même Tolkien, au fond, ne parle que de lui. J’ai donc préféré ne pas mentir et appeler mon personnage François. C’est un homme fantasque, qui aime que la vie soit une fête, une aventure, mais qui est en même temps extrêmement sensible et inquiet. De la même façon, il vit de façon solitaire, alors qu’il aime beaucoup la compagnie des gens et en a besoin. Mais c’est difficile de décrire quel homme il est en temps normal, car dans le roman le lecteur le découvre en pleine crise, au moment où il comprend que la femme qu’il aime éperdument l’aime aussi.

puisse ne serait-ce qu’un peu s’y projeter. Même si, par ce qu’il fait, il est difficile de vouloir s’y identifier. Il est touchant j’espère, parce que ce qu’il a ressenti - la peur panique de perdre un amour -, tout le monde je crois l’a déjà ressenti.

«  Je me voyais survoler la cour de l’école en imaginant que j’étais mort.  » Que permet l’humour ?

L’humour qu’il y a dans mon livre vise la plupart du temps à essayer de remettre l’homme un peu à sa place, à le descendre du piédestal où il s’est mis tout seul, pour lui rappeler qu’il n’est pas à la hauteur de ce qu’il prétend être. Nous avons beau faire les choses le plus sérieusement Le choc émotionnel est trop fort, du monde, quand on se regarde de il a aussitôt peur de la perdre et l’extérieur, toute notre agitation sombre dans une sorte de folie paraît foncièrement ridicule. En obsessionnelle, à vouloir conserver France, je trouve que l’humour n’est cet amour. Le lecteur comprend pas pris très au sérieux, surtout en alors qu’il n’a pas du tout autant littérature. Il y a toujours cette idée confiance en lui que ce que ses que si on parle de quelque chose en frasques peuvent laisser penser. faisant rire, c’est que ce dont on parle François est l’amalgame de pensées n’est pas très sérieux. On privilégie ou réflexions que j’ai pu avoir, et de souvent la gravité. La componction, certaines personnes effectivement la solennité. Comme si on n’avait pas que j’ai côtoyées intimement, qui le droit de rire de l’être humain, de s’enfermaient dans le déni, dans remettre en cause sa dignité. Moi, l’aveuglement, dans une forme l’être humain ne me paraît pas très - certes présentable, tout à fait digne. Dans le meilleur des cas, il fonctionnelle - de profonde folie. Il me paraît plutôt ridicule et touchant. ressemble aussi pour moi à certains Je ne défends pas pour autant la personnages de la littérature : russe, rigolade et la dérision. J’ai toujours d’Europe centrale et orientale, avec l’impression de parler de choses lesquels j’ai grandi, mais aussi de plutôt graves, même quand j’écris quelques Occidentaux, comme John des histoires avec des personnages Kennedy Toole et Régis Jauffret. stupides. Pour moi, la stupidité est une chose grave. Et même une Je voulais à travers lui montrer la chose fondamentale à prendre en folie qu’il y a en chacun de nous. Comment, pour conserver un amour, compte, quand on s’intéresse à l’être on peut faire des choses absolument humain. Je me sens très proche de ce point de vue d’un auteur comme contre-productives. Comment on Hilsenrath. L’objet de ce roman peut être amené à disparaître soiétait aussi de porter un regard sur la même dans l’amour qu’on éprouve stupidité masculine. Sur le fossé qui pour l’autre. Je voulais montrer sa peut exister entre ses déclarations folie, et prendre le risque que les et ses actes. Sur sa certitude d’être lecteurs le trouvent monstrueux, mais le rendre attachant, pour qu’on dans son bon droit, et d’envisager

les femmes uniquement en fonction du bonheur qu’elles peuvent lui apporter. De ne jamais envisager leur point de vue. De travailler sur ce qu’on pourrait appeler «  la psychopathie masculine  ». C’était aussi important pour moi de traiter cette histoire avec humour, de façon à susciter de l’empathie pour mon personnage, dont le comportement, fondamentalement, est plutôt cruel. Je ne voulais pas le présenter comme un monstre, qui ne pourrait que faire peur. Si le lecteur pouvait réussir à l’aimer, il pourrait alors réussir à le comprendre. Et se dire que peut-être, il lui ressemble un peu.

« Je pense que c’est se mentir que de penser que le monde tourne autour d’autre chose que l’amour. » L’amour est un sujet qui vous taraude... Je pense que c’est se mentir que de penser que le monde tourne autour d’autre chose que l’amour. On peut prétendre mettre l’amour sur un second plan, et consacrer sa vie à son travail, à la politique, l’écologie, la philatélie ou la recherche en biologie, au moment de sa mort, on ne pense à rien d’autre qu’aux personnes qu’on a aimées, qu’on aurait pu aimer, ou qu’on a mal aimées. Et si on ne le fait pas, c’est qu’on n’a pas très bien vécu. Vous réalisez des courts et moyens métrages: visualisiez-vous les scènes du roman en l’écrivant ? Oui, je vois beaucoup ce que j’écris en images cinématographiques. Je vois des travelings, des voix-off, des champs/contre-champs, des inserts. Je ne peux pas non plus commencer un roman tant que je n’ai pas réussi à produire une image mentale de mon personnage, tant que je n’ai pas réussi à voir comment il est habillé, à le voir marcher, l’entendre parler. J’utilise aussi dans mes romans


beaucoup de lieux que je connais, de façon à pouvoir visualiser ces lieux comme des décors de cinéma, où je dispose les personnages et les points de vue comme on disposerait une caméra. Chaque chapitre est préparé comme un découpage. Et même quand j’invente un lieu (comme le bar La tête à l’envers dans mon roman), j’en ai une image très précise, et je le vois comme un décor. J’essaie aussi, dans la mesure du possible, de construire une intrigue aussi fluide que celles des scénarios de films, qui laisse une part importante au dialogue. Et de réduire de plus en plus les courants de conscience. De m’efforcer de montrer plutôt que dire. Quel cinéaste pourrait mettre en scène «L’Amour est une maladie ordinaire » ? Albert Dupontel, qui est à ma connaissance le seul réalisateur capable de dessiner des personnages à la fois effrayants, ridicules et touchants. Mais aussi Kaurismäki, dans une autre esthétique, qui décrit souvent des personnages solitaires perdus dans la ville. Que permettent l’art et la littérature que la vie ne permet pas ? Manger avec les morts. Prendre une douche avec le pape. Mais sinon pas grand-chose. La vie peut infiniment plus. Quelle place tient «  L’Amour est une maladie ordinaire » dans l’ensemble des romans que vous avez écrits ? J’aimerais que mes livres - sans exclure ceux qui s’y intéressent puissent intéresser des gens qui ne s’intéressent pas à la littérature. Je suis sur ce chemin. Mon premier roman n’était pas extrêmement expérimental, mais il était à peu près aussi fluide narrativement qu’un roman de Faulkner. C’est-à-dire pas très. J’étais attiré par la recherche de façons différentes de raconter. Et j’ai dû constater - d’une part - que cette «   expérimentation  » formelle était plus le fruit des difficultés que j’éprouvais à maîtriser les codes

narratifs, et que - d’autre part ceux parmi mes proches qui ne s’intéressaient pas à la littérature n’avaient pas accès à mon livre. Ils décrochaient rapidement, indépendamment des plus ou moins grandes qualités ou défauts du roman. J’ai écrit mes romans suivants en m’efforçant d’en tenir compte, de choisir des modes de narration apparemment plus classiques, qui me permettraient - sans rien sacrifier de mon propos ou de mes ambitions artistiques - de pouvoir être lu plus largement. Et de ne pas exclure de mon lectorat les personnes appartenant aux classes sociales plus modestes culturellement dont je suis issu. J’ai dû ensuite travailler sur mon goût pour les gargouilles. J’ai toujours préféré en effet les personnages hors-norme, qui proposaient un miroir inquiétant de notre humanité. L’inconvénient de ces personnages fascinants, c’était que les lecteurs avaient du mal à les aimer, et donc à s’y identifier. Au mieux, ces personnages pouvaient rappeler aux lecteurs certaines personnes traumatisantes qu’elles avaient connues. Ils permettaient sinon aux lecteurs très critiques avec eux-mêmes de voir un reflet déformant de leurs défauts. Mais il est plus difficile de comprendre un personnage qu’on ne peut pas aimer. Avec qui on ne peut pas compatir. J’ai donc essayé, dans ce roman, de travailler beaucoup plus sur l’empathie. Je me suis efforcé qu’on puisse aimer davantage mon personnage, et par là mieux le comprendre. Et mieux comprendre ce dont je voulais parler.

« François est l’amalgame de pensées ou réflexions que j’ai pu avoir, et de certaines personnes effectivement que j’ai côtoyées intimement, qui s’enfermaient dans le déni, dans l’aveuglement, dans une forme - certes présentable, tout à fait fonctionnelle - de profonde folie. »

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L'Amour est une maladie ordinaire de François Szabowski - Entretien avec l'auteur  

L'Amour est une maladie ordinaire Roman français 280 pages 9782370551238 Prix: 17,00 € Parution: 31 août 2017 Qui, dans sa vie, n’a pas rê...

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