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POUR PLUS D’ I N FOR M AT ION Médias Geoffrey Durand geoffrey@le-tripode.net Librairies & Festivals Lucie Eple lucie@le-tripode.net

Les photographies de ce dossier sont extraites des archives personnelles de Patrick Da Silva et sont de M elle L e b o n . L a s c u l p t u r e e n bois d’u n Chr ist lépreu x est d e l ’a u t e u r, c e l l e s d ’ i n t é r i e u r proviennent de sa maison. La photographie en noir et blanc, avec Cécile Combe et Bruno Ta r a s c o , e s t t i r é e d ’u n l o n g métrage de Patrick Da Silva i n t i t u l é Va - t ’e n .

un homme

DU COM M U N

P a t r i c k

D a

S i l v a


Ses mains sont larges, son regard attentif. Ses silences sont de ceux qui éprouvent et rendent difficile les simagrées. Ses paroles peuvent d’un même élan questionner les fondements de la chrétienté, les tragédies grecques ou la vie d’une proche voisine. Le vin, dans la cabane qu’il s’est construite au bord d’une rivière, se boit dans des coupelles et succède généralement à une balade dans les champs où il s’occupe de ses bêtes. Et pourtant, aussi inhabituelle que sa vie sylvestre se présente, Patrick Da Silva reste un homme du commun. Ceux qui le rencontrent devinent qu’il s’est donné pour seules règles l’attention aux autres et l’existence la plus simple. Lui, qui habite depuis soixante ans sur des terres qui l’ont vu naître et qu’il quitte rarement, façonne depuis son territoire une langue singulière avec laquelle il fouille le monde. Ainsi poursuit-il, à travers des textes qui mêlent sans façon le patois aux mots rares, mais aussi des films, un chemin qui lui est propre. À l’occasion de la parution de deux nouveaux livres – et filii et Les Pas d’Odette – nous avons préparé ce bref dossier pour envisager un peu mieux cet auteur qui attache plus d’importance à la parole partagée et à la quiétude qu’aux reconnaissances littéraires. Le Tripode


L’hommage à une mère Que sait-on d’Odette ? On comprend qu’elle est née vers 1930 (« Et puis on sortait de la guerre. Quatorze ans, c’est bien temps, ma fille, d’aller voir là-bas si ta vie t’attend pas ») et qu’elle a grandi dans un monde rural, dans le centre de la France (« Pas trop de moutons aux Salasses, commune de Landogne, Puy-de-Dôme, mais des vaches à traire et à garder, à soigner, à curer »). Qu’elle est passée brièvement par une école religieuse (« l’école des nonnes à Pontaumur »), a été ensuite placée comme bonne dans une famille, puis s’est mariée contre la volonté de son père avec un homme issu de l’émigration portugaise (« Simon, le dernier de l’Anna et du pauvre Joseph, qui s’appelait JoséMiguel ») et s’est ancrée dans le petit village des Ancizes. Depuis soixante-dix ans, elle y vit dans la même maison, rue de l’Église. Mais on ne peut réduire à une succession d’anecdotes une existence marquée par la naissance d’enfants (« son aîné des dix petits lui a envoyé une carte postale »), la foi et un travail à l’usine sidérurgique du coin. À 88 ans, désormais arrière-grand-mère, Odette est devenue « Mémé Odette », une sorte de légende du monde dans lequel elle vit. Récit 64 pages 9782370551559 Prix: 9,00 € Parution: 1er février 2018

C’est à cette mère farouche et universelle que Patrick Da Silva dit son amour en faisant l’inventaire de la vie qu’elle a menée, à pas autrefois vifs, désormais menus, toujours résolus, et jamais comptés.


L’itinéraire d’un fils Dans un coin négligé de France, la vie suit son cours. L’usine du pays a fermé ses portes et nourrit les rancœurs. Un homme, obsédé par sa révolte, s’est suicidé. Un vieux couple de Hollandais a été retrouvé dans une cave, sauvagement assassiné. Une femme de ménage a risqué sa vie. L’institutrice est en prison. Et un artiste, aveugle, sculpte le visage des morts afin de les sauver de l’oubli... Un jeune séminariste, lui-même hanté par la disparition de son père et le questionnement de sa vocation, se décide à recueillir la parole de chacun pour tenter de comprendre. Mûri pendant des années, et filii est le texte le plus ample que Patrick Da Silva ait écrit à ce jour. Entre lyrisme et crudité, polar social et récit d’une émancipation, le roman se lit au fil des pages comme le portrait polyphonique d’un village au bord de l’abîme.

Roman 300 pages 9782370551498 Prix: 19,00 € Parution: 1er février 2018

Mais il ne faut pas pour autant croire que ce livre de la maturité, où la langue de l’écrivain atteint une plénitude exceptionnelle, s’arrête à l’autopsie virtuose d’un monde sinistré. De fait, le récit débouche sur une toute autre dimension lorsque l’enquête du séminariste le conduit jusqu’au personnage le plus secret du village, le sculpteur aveugle Désiré. Celui-ci, accueillant le jeune homme dans sa demeure, va délaisser les préoccupations des autres habitants pour délivrer à son visiteur, en guise de leçon de sagesse, une version hérétique de la vie de Saint Paul qui devient un véritable roman dans le roman. Résumer et filii en quelques lignes est une gageure. Mais parce qu’il dit avec une force rare notre monde, et qu’il le dépasse simultanément par la force de sa vision, ce roman est de première importance, nous en sommes convaincus.


« C’est qu’ici on confond les morts et les tombeaux, qu’on croit honorer les morts, qu’on ne révère que les tombeaux, parce que les morts ils ne sont pas dans les tombeaux, ils ne sont pas entre les murs ; s’ils crèchent quelque part ce n’est pas même dans les photographies, les tableaux les dessins, pas même dans les bustes qui n’impriment qu’une cicatrice fugace des coups de vent, de soleil, de tonnerre, de neige qu’ils ont été. S’ils crèchent désormais quelque part c’est dans la langue que l’on parle entre nous, après eux. Là, dans la jactance commune, je le sais comme lui, les morts, ils bandent encore. » Texte extrait du roman et filii Photographie extraite du film Va-t’en


À PROPOS DE PATRICK DA SILVA Extrait de du dimanche, essai de Patrick Da Silva Depuis six ou sept ans maintenant, dans mes dimanches surnuméraires je me promène beaucoup moins, j’écris, je bâtis – une maison que l’on construit ça n’est jamais fini – et j’entretiens, je m’occupe des bêtes, parce que les bêtes il faut s’en occuper et même l’hiver s’en occuper tous les jours, les panser, les abreuver, les soigner, changer de pacage, déplacer les clôtures et pour l’ânesse la faire marcher un peu déjà qu’elle a tendance aux formes avantageuses et puis, il faut perdre du temps avec elles, avec elles toutes et chacune un peu, les apprivoiser, les rendre domestiques ; c’est qu’elles dépendent strictement de nous, elles, sans recours aux livres, pour devenir civilisées et le rester jour après jour, ce qui leur sied visiblement et ce en quoi elles trouvent visiblement un surplus de bonheur ; pour parler juste, probablement le bonheur tout court qui, s’il ne saurait à lui seul être l’accomplissement d’une vie d’homme, suffit amplement, mais pas bien moins, à une vie de bête. Il en faut du temps pour faire un troupeau civilisé ; j’y ai passé quelques années, en noircissant jour après jour mon lot de pages virtuelles. Je soigne mes bêtes, j’écris ; j’ai fait comme qui dirait, à ma main, un troupeau d’écrivain. Et la vie qui va avec a précipité. Mais, pour la peine, comment mesurer ce que doivent à l’ânesse et à tous ces ruminants les pages que j’ai noircies dans leur odeur et leur compagnie quotidienne ? Et je ne parle pas des chats. Rien peut-être dans le fond : je sais que je tricote toujours les mêmes vents, cure toujours la même ornière, baraille toujours dans la même équation dont les termes sont, depuis la prime enfance et avant pourquoi pas, mon ins-


cription propre sur le registre de bord, mon viatique pour ce monde. Un jour qui vient déjà, demain peut-être, d’une manière ou d’une autre me brisera la plume, qu’importe ! Jusqu’à ce jour je la tiendrai et je m’obstinerai à commettre ces textes impubliables dont on ne sait pas dire si ce sont des nouvelles, des récits, des romans, du théâtre – mais je sais bien, moi, que je n’écris jamais que des poèmes – ces textes inaccomplis qui ne peuvent se passer d’un lecteur à infester pour se gagner la chair et les songes qui leur manquent ; ces textes rétifs qui se gardent pour une autre lecture ; ces textes dont je ne sais pas moi-même, au fond, le fin mot de ce qu’ils racontent. Elles m’ont permis cela, les bêtes, de me tenir dans cette évidence que c’est ici que tout se passe, que mon œuvre, la vraie, s’il y en a une, ce n’est pas le catalogue des textes que j’aurais écrits mais la vie qui dès aujourd’hui en résulte et s’offre à en jouir […] Témoignage de Dominique Panchèvre, directeur de l’agence régionale du livre de Normandie Tandis que le siècle basculait en même temps que le millénaire, je rencontrai Patrick Da Silva. Lui comme moi, nous nous fichions alors éperdument des états d’âme des millénaristes qui nous prédisaient le bug majeur, la fin du monde, et qui ressortaient Nostradamus du formol prédictif. Non, ce qui nous animait, c’était deux questions essentielles : C’est quoi cette histoire du statut de l’écrivain ? Que serait la démocratie sans une once tangible d’aristocratie – dans son acception noble, le meilleur ? Pour la première question, nous arborions fièrement un mépris philosophique intense, lui écrivant et lisant, moi, lisant seulement, mais engagé dans une agence du livre

qui n’avait qu’un mot à la bouche, que dis-je, une sentence : professionnaliser les acteurs du livre ! Tu parles… pas pour les écrivains, qui ne le sont d’ailleurs qu’une fois le livre réellement terminé, c’est-à-dire lorsque les lecteurs lui ont donné sens (au pluriel). Plus tard, Patrick Da Silva écrira Sagittaire considérable, puis du dimanche où il s’explique fort bien sur cette affaire. Pour la seconde question, nous nous mettions à dos le peuple bien-pensant, qui croit avoir acquis la certitude depuis 1789 que pour ce qui est de la démocratie pur jus, la volonté du peuple – celle que Mirabeau évoquait pour l’occupation du Jeu de Paume en réclamant une constitution – est l’unique voie. Mais si peuple donne populaire, il donne aussi populiste ; et le populisme, c’est tout sauf de la démocratie... De ces deux sujets, sur lesquels nous dissertons toujours, flattant ainsi le début de notre amitié, nous avons tiré une


solide entente qui s’est déployée tantôt en de fulgurantes rencontres dans les prisons d’Auvergne, tantôt en d’interminables journées à boire du vin tiède dans des tasses en terre cuite pendant que nous mangions l’agneau aux girolles. Mais il me faudrait bien des pages pour raconter comment Patrick Da Silva révéla son humanisme à travers des expériences dans les prisons que nous avions initiées. Il glissa sa plume entre les images prises par des détenus dans leurs lieux d’incarcération et celle de photographes qui étaient allés, pour chaque prisonnier, prendre la photo qui leur manquait le plus en cellule. Un éditeur au nom parfaitement bien ajusté (Quelque part sur terre), a publié cet ouvrage unique, Comme l’air, qui rappelle que parler, écrire, photographier avec des artistes en prison est une permission de sortir, une brise d’air frais dans l’atmosphère confinée de la détention. Patrick accompagna aussi, et c’est ce qui me bouleversa le plus, des femmes détenues, parfois illettrées. Il leur permit de s’emparer des grands mythes féminins de la tragédie grecque au point de produire, sous son regard bienveillant, de formidables nouvelles dans un cahier à spirales. Et ce cahier est devenu un livre (…au bois dormant, Brut de béton productions, 2002) qui interroge, à son tour, le statut de l’écrivain…

REVUE DE PRESSE sur au cirque Quelques lignes de Au Cirque suffisent à se rendre compte du solennel de l’acte. Et de ce que sa langue charrie de tragique et de sacré. Ce drame rural, ce polar œdipien à la gouaille noire et à la rusticité lyrique n’ont d’ailleurs pas laissé indifférents les premiers lecteurs [...] Véronique Rossignol, Livres Hebdo Ce mélange de contemporain et d’immémorial, de ruralité fruste et de culture, de violence et d’amour ? Un cocktail explosif. Anne Kiesel, Ouest France

Au Cirque Roman. Le Tripode. 2017.

En revanche Théâtre. Espaces 34. 2004.

Il faut lire ce roman dialogué jusqu’à son dénouement. Passer par les éclipses de la mère. Par le désarroi des frères. Par l’envie que chacun a eu de trucider la mère ou le père. Par la langue hachée, argotique et insolente, bien envoyée. On pense à la verdeur rurale du Langue-à-langue des chiens de roche de Daniel Danis. C’est tendre et cru, sauvage, traversé par la science aussi et très maîtrisé. Guylaine Massoutre, Le Devoir (Canada)

du dimanche Essai. La Clavière. 2016.

Apostat Roman. Fayard. 2003.

Un Truman Capote fantomatique se devine et achève l’effroi. Cécile Lecoultre, 24 Heures (Suisse)

Jeanne Nouvelle. Le Chemin de fer. 2014.

Comme l’air Quelque part sur terre. 2000.

À la guerre Nouvelles. L’Amourier. 2011.

Petite ronce Récit. Cheyne éditeur. 1999.

Bibliographie sélective

Sa réécriture d’Œdipe Roi en Vendée ne manque ni d’audace ni de saveur. Nous avons décidément perdu notre innocence. Pierre Bergougnioux

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Patrick Da Silva - Présentation  

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