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S O M M A I R E

MOT DU PRÉSIDENT

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QUESTIONS À.... Général de corps d’armée Marc Mondoulet commandant la Région de Gendarmerie PACA

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VIE DE L’ÉCOLE La118ème promotion « CEN DAUCOURT » Remise des Alphas Remise des Taconnets

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AUTOUR DE L’INSTITUTION La Gendarmerie maritme (Cel Georges Strub) Gendarmerie et renseignement (Cne Ludovic Vestieu)

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OPINION p 48 La sécurité des Français (Cel (er) Benoit Kandel) On n’arrête pas le progrès (Gea (2S) P-J. Jacquet) Comme il est beau le placebo ! (Cen (er) Jean-Marie Leroy) Humeur, humour (Geb (2S) Paul Dilasser) Quel avenir pour la Police nationale en ZGN ? (Cen E. Riviere) TRADITIONS ET SOUVENIRS Hommage public (Cne Olivier Lefebvre) Plaidoyer pour les archives (Cel Jean-Louis Salvador) Témoignages et Reflexion (Lcl (er) Robert Delarc) J’avais un camarade (CEL J-M. Harault). JOURNAL OFFICIEL

p 62

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RELIANCES p 79 La 83ème promotion à Rochefort (Cel (er) Alain Thureau) Reliance en Dordogne (Geb (2S) Michel Motut) Reliance dans le Doubs (Cne (er) D. Vieilhomme et Cne D. Gueriaud) Reliance dans les Pyrénnées-Orientales (Lcl (er) Etienne Vizer) Reliance dans la Haute-Soane et le T. de Belfort (Lcl (er) R. Pernot) Reliance dans l’Yonne (Cel Gérard (h) Farré-Ségarra) BIBLIOGRAPHIE

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CARNET

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La couverture a été réalisée par la Mdl/C Virginie GAZENGEL, du service de diffusion de l’EOGN. 1


MOT DU PRÉSIDENT

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lacé à la tête de notre société d'entraide depuis le 16 novembre, ce premier éditorial me permet de saluer tous les membres et par leur intermédiaire, l’ensemble des officiers de gendarmerie.

Les présidents qui m'ont précédé ont su développer et consolider Le Trèfle pour en faire une structure reconnue et appréciée. Je suis reconnaissant envers le général d'armée DENIZOT, le général d'armée JACQUET et les membres du conseil d’administration qui me soutiennent dans ma nouvelle mission me permettant ainsi d'aborder l'avenir avec sérénité tout en espérant être digne de votre confiance. Mes pensées vont également vers toutes les associations de gendarmerie et leurs présidents qui, chacun dans leur spécificité,oeuvrent pour le bien des personnels, actifs ou retraités. S'il est encore prématuré de présenter une ligne d'action, j'ai à l'esprit quelques réflexions qui me semblent essentielles au fonctionnement du Trèfle. La vocation première de notre société est l'entraide, un concept qui à mon sens se décline de plusieurs façons. En premier lieu, il s'agit d'apporter un soutien moral et parfois financier à nos membres ou à leur conjoint ainsi qu'aux enfants en cas d'événement grave et surtout lors d'un décès. Il faut avoir été confronté à ces épreuves pour prendre conscience de la solitude ou de la difficulté matérielle qui se présentent. Nous ne pouvons affirmer que nous sommes une grande famille solidaire si nous ne pouvons agir et accompagner ceux qui sont dans le désarroi. Parce que le Trèfle regroupe les élèves et anciens élèves de l'école des officiers de la gendarmerie, il convient d'avoir une attention particulière pour les officiers élèves en les soutenant au travers des promotions qu'ils constituent.

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MOT DU PRESIDENT

L’appui vaut également pour l’encadrement de l’EOGN dont la mission est majeure. C'est en effet à ce stade que se forge ou se fortifie le sentiment d'appartenance à la communauté de la gendarmerie et plus particulièrement à celle des officiers avec les responsabilités inhérentes à cet état. Enfin, je conçois l'entraide comme l'affermissement du lien de fraternité d'arme qui naît lors de la formation initiale et s'élargit au fil de la carrière pour se perpétuer tout au long de son existence. Ce lien est celui qui dans le cadre du travail ou de la vie quotidienne fait que l'on a une considération, une attention, une écoute pour ses pairs et plus particulièrement pour ses subordonnés. Bien présent parmi les militaires, il nous différencie par la dynamique qu'il insuffle autant dans la réflexion que dans l'action. Il n'étouffe pas les différences pour autant qu'elles respectent celles des autres et les valeurs qui fondent notre identité d'officier de gendarmerie. Deux conditions sont à réunir pour que cette philanthropie soit effective : l'apport financier et l'action concrète. S'agissant de l'apport financier, le versement régulier des cotisations est un souci permanent, en priorité pour les aides, et en complément pour le fonctionnement de la société et de son siège qui joue un rôle majeur dans la circulation de l'information, l'animation et la coordination. L'action concrète, c'est être attentif aux autres et être présent s'il en est besoin. C'est aussi faire corps et le manifester de manière opportune. Les journées « reliance » en sont une illustration et constituent un rendezvous de partage entre actifs et retraités. Notre présence significative lors des événements qui rythment la vie de la gendarmerie (hommages, fêtes, cérémonies,...) est également importante pour donner à nos camarades, en particulier les plus jeunes, un signe tangible de notre proximité et aux citoyens l'image d'une gendarmerie solidaire. Fort de plus de 5.000 membres, le Trèfle a besoin d'une ossature territoriale mêlant actifs et retraités. Sans qu'il soit besoin d'avoir une représentation égale, les départements où la présence gendarmerie est marquée doivent disposer d'un président départemental et d'un vice président qui s'investissent et disposent de l'appui nécessaire. 5


MOT DU PRESIDENT

A ce jour je salue l’engagement de ceux qui ont donné un nouvel élan et une meilleure visibilité au Trèfle. Notre société a une voix nationale et des voix locales lorsqu'il s'agit de dialoguer avec les commandements ou des responsables de différentes natures. Son bulletin de liaison, son forum permettent de diffuser de l'information et des opinions avec une marge de tolérance élevée. Je n'imagine pas que ces instruments puissent être dévoyés. Quant à la relation avec la direction générale ou les commandements nous n'avons pas à interférer avec le lien hiérarchique ou les instances de concertation. Grande communauté d'officiers, le Trèfle est cependant à même de dégager des ressentis et de les faire valoir à ceux qui ont en charge le destin de la gendarmerie. Au-delà de la fraternité d'arme c'est en effet un fort attachement à l'institution et aux valeurs de l'officier qui relient les membres du Trèfle et justifient que l'on soit soucieux, a minima de la pérennité de notre Arme et au mieux de son progrès. De ce contexte il résulte une attente de lucidité et de sens des responsabilités lorsque le Trèfle s'exprime tant au plan national que local dans différentes instances. Ce constat est un des éléments qui a prévalu lors de l'édification récente du comité de coordination des associations de gendarmerie et au sein duquel le président du Trèfle se voit confier une place éminente. L'élargissement des associations et de leur rôle au sein du CCAG vaut plus par le panel des sensibilités et des catégories de personnels représentés, le sens de l'intérêt de l'institution que par le volume des membres vu comme levier d'action même s'il en est un lorsqu'il est utilisé à bon escient. Ces quelques approches vous indiquent mon état d'esprit auquel se joint le sentiment de fierté d'être à cette responsabilité. A cela s'ajoute l'attention qu'il conviendra d'adopter au moment où dans la perspective d'échéances nationales, l'avenir de la gendarmerie peut subir des inflexions. Ayant quitté le service après plus de 40 années d'activités militaires, j'ai tourné une page de ma vie sans regret ni amertume et avec de l'espérance en voyant les jeunes générations me succéder et donner du sens à l’action de la gendarmerie malgré les difficultés croissantes. 6


MOT DU PRESIDENT

Tout en étant lucide face aux réalités, je reste dans une vision optimiste car j'ai mesuré les progrès accomplis par l'institution à l'aune de l'intelligence et de l'engagement des gendarmes et des personnels qui les soutiennent. Pourquoi en serait-il autrement à l'avenir ? Aussi je trouve que c'est une belle mission que de continuer à les aider sous une autre forme, plus discrète mais tout aussi réelle et désintéressée. Général de corps d’armée (2s) Christian BRACHET

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COMMUNIQUÉ DU TRÉSORIER :

Le trésorier remercie les adhérents qui n’ont pas réglé la cotisation 2011 de bien vouloir régulariser en adressant leur paiement par chèque au siège à Paris. Cette contribution de chacun permet prioritairement de servir les allocations prévues aux veuves et orphelins de nos camarades disparus.

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MOT DU PRESIDENT

BIOGRAPHIE DU GÉNÉRAl DE CORPS D'ARMÉE (2S) CHRISTIAN BRACHET, PRESIDEN T DU TRÈFlE

Né le 19 avril 1951 à Bordeaux il suit ses études secondaires et supérieures scientifiques au lycée Michel Montaigne de cette même ville. Il s'engage en août 1970 au titre des corniches militaires pour préparer au sein des classes de mathématiques supérieures et spéciales l'entrée dans les écoles militaires. Ainsi il intègre l'école spéciale militaire de Saint-Cyr à Coëtquidan (56) en 1972, promotion « De Linares » dont il est le « Père Système ». Choisissant la gendarmerie, il rejoint en 1974 l'école des officiers de la gendarmerie nationale à Melun. En 1975, après une formation complémentaire dans le domaine scientifique et dans le commandement d'unité blindée à l'école d'application de l'arme blindée cavalerie de Saumur, il reçoit le diplôme d'ingénieur de l'ESM de Saint-Cyr et une graduation en criminologie. Le temps de lieutenant s'effectue au centre d'instruction des gendarmes auxiliaires à Auxerre comme commandant de peloton puis de compagnie d'instruction. En septembre 1979, il est promu capitaine et prend le commandement de l'escadron 4/22 de gendarmerie mobile à Hyères. Il revient vers sa spécialité scientifique en 1982 en suivant un mastère d'informatique à l'école nationale supérieure des techniques avancées à Paris. Il est immédiatement employé dans cette spécialité en rejoignant la direction générale de la gendarmerie nationale pour exercer pendant 12 ans d'affilée des fonctions de chef de projet puis de directeur technique dans le domaine de l'informatique opérationnelle et du renseignement. Pendant cette période il obtient un diplôme technique et le brevet d'enseignement militaire supérieur de la gendarmerie et effectue des missions d'assistance à l'étranger. En 1994, alors qu'il est lieutenant-colonel, le commandement du groupement de gendarmerie départementale de la Gironde lui est confié. Il est promu colonel en 1996. Rappelé en 1997 à la direction générale à Paris, il traite en tant que chargé de mission de problèmes d'organisation du travail au sein de la gendarmerie puis il se voit confier la modernisation du système d'information financier de la gendarmerie dans la perspective de la LOLF. 8


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En 2001 il prend le commandement de la sous-direction des télécommunications et de l'informatique où il entreprend, avec la conjugaison des moyens financiers de la LPM et de la LOPSI, un plan de modernisation massive des SIC de la gendarmerie. Il conduit notamment avec le directeur des SIC du ministère de l’Intérieur la construction d'applications communes dans le domaine judiciaire et le développement de synergies entre les réseaux de transmissions tactiques des deux ministères. Il participe à la conception de la nouvelle organisation du commandement territorial de la gendarmerie et au développement du management au sein de l'institution. Auditeur de 36ème promotion du centre des hautes études de l'armement, il est promu général de brigade le 1er juillet 2003. Au 1er juillet 2006, il prend le commandement de la région de gendarmerie de Rhône-Alpes et de la gendarmerie pour la zone de défense Sud-Est avec le grade de général de division. Élevé au rang et appellation de général de corps d'armée, il est appelé le 1er août 2008 au commandement de la région de gendarmerie d'Ile de France au sein de laquelle il réalise la fusion des états-majors de la région et de la force de gendarmerie mobile pour être en cohérence avec la nouvelle organisation des forces de police en région parisienne. Il quitte le service actif le 18 avril 2011 en totalisant plus de 40 années de services militaires et en recevant la médaille d'honneur de la gendarmerie nationale à titre exceptionnel. Officier de la Légion d'Honneur et commandeur dans l'ordre national du mérite, le général de corps d'armée (2S) Brachet est marié et père de trois enfants. Il est aujourd'hui retiré en Périgord.

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MOT DU PRESIDENT

COMMUNICATION DU PRÉSIDENT Chers sociétaires, Au moment où j'écris ces lignes, un mois s'est écoulé depuis ma prise de fonctions comme président du Trèfle. Alors que dans l'éditorial que de ce bulletin écrit il y a plusieurs semaines, j'évoquai la ligne générale de ma conception en espérant bénéficier d'un peu de temps avant de procéder à des aménagements, la réalité me conduit aujourd'hui à agir plutôt que prévu. La raison de cette accélération est un bilan financier qui s'annonce déficitaire pour l'année 2011. La situation ne résulte pas d’une mauvaise gestion et elle n'est pas catastrophique mais exige de prendre sans tarder des mesures correctives sachant que la cause principale du déficit est l'absence de rentrées financières liées à la publicité. Le changement d'agent commercial chargé de rechercher des contrats est une explication dans le sens où il rapporte moins d'affaires que son prédécesseur, mais la crise qu’affrontent les entreprises est un élément complémentaire dans le sens où elles réduisent les budgets communications. Même si les rentrées publicitaires reprennent après la « stimulation » de notre agent, il n'en demeure pas moins qu'il faut s'interroger sur le modèle économique de notre société et la place de la publicité dans ce modèle car elle constitue une fragilité à plusieurs titres. C'est un sujet qui sera sûrement débattu lors du prochain conseil d'administration et de l'assemblée générale du mois de mai à Rochefort. Le plan d'action que je compte mettre en ?uvre dès maintenant pour éviter que le déficit ne se creuse est de : - réduire les frais généraux ; - modifier le mode de diffusion du bulletin pour aller vers une édition numérique qui sera une phase transitoire avant de mettre en place un BLOG permettant une diffusion au fil de l'eau des informations et des communications, un bulletin papier sera imprimé à quelques centaines d'exemplaires pour ceux qui ne disposent pas d'un accès internet ; - mettre en ligne l'annuaire des membres ; 10


MOT DU PRESIDENT

- soumettre au conseil d'administration la révision de certaines prestations tout en sanctuarisant les secours en cas de décès et ceux destinés à nos orphelins ; - faire rentrer les cotisations impayées. Je compte constituer dès le début de l'année un groupe de réflexion pour mettre en ?uvre le nouveau mode de communication qui tout en étant plus économique devrait être en phase avec l'actualité et permettre à un plus grand nombre de s'exprimer, en particulier nos jeunes camarades. En corollaire l'amélioration et la consolidation de notre site internet est une obligation. A cet effet je fais appel aux membres qui seraient disposés à m'aider dans cette tâche de modernisation. Tout en restant à votre écoute, je ne manquerai de vous tenir régulièrement informé de l'évolution de notre situation. Je vous souhaite d'excellentes fêtes de fin d'année.

Général de corps d’armée (2S) Christian BRACHET

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QUESTIONS À...

QUESTIONS AU... GÉNÉRAl DE CORPS D’ARMÉE MARC MONDOUlET, COMMANDANT lA RÉGION PROVENCE-AlPES-CÔTE D’AZUR ET lA ZONE DE DÉFENSE SUD Quelles sont les grandes orientations du plan d’action régional ? Les grandes orientations du plan d’action régional 2011 pour la Région Paca reprennent les directives du Plan d’Action National dans le cadre contraint de la RGPP tout en ayant pour ambition de les décliner au travers d’objectifs stratégiques ciblés dans une logique de performance. Pour cela, mon dispositif a fait l'objet d'indispensables adaptations, essentiellement dues aux : - Remontée de 161 postes budgétaires au cours des trois dernières années, dont la moitié sur le groupement des Bouches du Rhône, aujourd'hui le plus impacté par la délinquance. - Réduction des renforts GM en sécurisation générale liée à la suppression d'un EGM (avec la fermeture de l’EGM 13/6 Narbonne en juin 2011) et à l’engagement des unités à l’étranger (EGM Hyères sur l’opération Licorne en côte d’Ivoire-départ prochain de l’EGM Gap en Afghanistan) mais aussi à la charge des nombreux services d’ordre liés aux matchs de foot . - Suivi des arbitrages en matière de complémentarités opérationnelles entre la police et la gendarmerie nationale. Ainsi à la suite des décisions relatives à la police d’agglomération sur Marseille, la Région a préparé et mis en oeuvre le transfert de Septèmes les Vallons et Cabriès en zone police (ZPN), de Pertuis et Port-Saint-Louis du Rhône en zone gendarmerie (ZGN).

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QUESTIONS À...

Les objectifs stratégiques du commandant de Région sont prioritairement axés sur la lutte contre une délinquance dont le caractère violent notamment sur la plaque Marseillo-Aixoise est de plus en plus marqué. Cela se traduit par un effort soutenu autour des axes stratégiques suivants : - en matière de lutte contre la délinquance : • Faire diminuer les atteintes volontaires à l’intégrité physique (AVIP): en particulier les faits de violences crapuleuses et la prise en compte des violences intrafamiliales. • Combattre les atteintes aux biens (AAB) ce qui doit tendre vers la lutte contre la délinquance d’appropriation et l’amélioration des taux d’élucidation. Tendant à endiguer la tendance nationale et régionale à la hausse, un plan stratégique spécifique de lutte contre les cambriolages et VAMA appuyé sur des dispositifs régionaux voire inter-régionaux a été mis en place. • Relayer les bonnes pratiques comme par exemple les dispositions prises par le GGD84 initiant des formations déconcentrées sur le délit de non justification de ressources avec son parquet. - en matière de lutte contre l’insécurité routière et la délinquance sur les grands axes : • Poursuivre l’effort de réduction de l’accidentalité et des ATB • Développer les contrôles automatisés (optimisation emploi véhicules) • Recentrer les missions des unités de sécurité routière sur les réseaux secondaires plus accidentogènes et pendant les périodes à risques. • Cibler la répression sur les comportements et les catégories d’usagers à risques. • Utiliser des moyens aériens. • Opérations coordonnées de lutte contre les phénomènes de délinquance se déroulant sur les axes autoroutiers (A7, A8, A9) : faux policiers, gendarmes ou douaniers, vols de frêt et de carburant à grande échelle, go-fast en matière d’ILS. Cette manoeuvre stratégique doit être anticipée et préparée au niveau de l’état-major régional pour permettre aux opérationnels de pouvoir bénéficier des conditions optimales pour accomplir leurs missions.

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QUESTIONS À...

Quel bilan tirez-vous de la réforme territoriale de 2006 ? Le gain en Emplois à Temps Plein (ETP) consécutif à la réforme a été marginal. En effet, la fusion des deux états-majors régionaux et zonaux en un état-major zonal de défense a induit de conserver pendant 5 ans, 232 Etp avec seulement in fine une perte de 6 Etp. En revanche, cette réforme a permis une plus grande liberté de manoeuvre au commandant de région dans l’aménagement et l’organisation interne de son commandement optimisant ainsi l’emploi des personnels dans un contexte de nouvelles contraintes budgétaires et de performance. Cette organisation donne satisfaction. Pour l’avenir, la réforme de l’état-major s’accompagne du processus entrepris depuis 2008, de transformation de postes vers des emplois Octa, Cstagn ou civils jusqu’en 2017. Il est temps désormais de stabiliser notre dispositif territorial. Comment se situe la Région par rapport à la police d’agglomération marseillaise ? Cette manoeuvre s’est articulée en deux temps : D’une part, le transfert de compétences conduit en organisation, en ressources humaines et en soutien est désormais finalisé. Les arrêtés ministériels ont été pris de part et d’autre : les communes de Pertuis (84) et de Port St Louis du Rhône (13) ont basculées en ZGN et a contrario, les communes de Septèmes les Vallons (13) et de Cabriès (13) en ZPN. Nous avons des retours particulièrement positifs des élus et de la population sur les communes désormais sous compétence gendarmerie depuis août 2011. Comme à l’accoutumée dans ce genre de manoeuvre, des moyens importants ont été mis en oeuvre sur le terrain démontrant ainsi la capacité de la gendarmerie à s’adapter au terrain, à la physionomie de la délinquance, aux exigences des populations. D’autres part, les principes de coordination police-gendarmerie tels que définis par la circulaire du 10 juin 2011 relative à la coopération opérationnelle renforcée (CORAT) ont été adaptés localement principalement entre le GGD 13 et le DDSP 13. Le processus repose en ZGN sur un contrôle de zone « serré », couplé à une capacité d’intervention durcie : PSIG, Pi2G Orange, Pi des EGM, DSI GM, DSI de réserves, Sections aériennes, EDSR basculant en 14


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lutte anti-délinquance. Tous les moyens humains sont mobilisés au seul objectif de lutte contre la criminalité. Cette action se déroule dans un contexte très local de délinquance violente et d’usage d’armes de guerre. Cette tendance génère une grande tension au sein des unités du groupement des Bouches du Rhône (Aix, Salon, Aubagne, Istres) mais aussi au sein des unités des zones périurbaines de la région PACA sur lesquelles la gendarmerie est compétente. Je cite en particulier la zone d’Avignon sur le groupement du Vaucluse. Comment la Région fait-elle face à l’afflux saisonnier (estival et hivernal) ? Première destination touristique de France après Paris, la Région met en place chaque année un dispositif de services sur les zones d’affluence saisonnière (SZAS). Ponctuellement, des renforts sont octroyés aux GGD sous forme de gendarmes mobiles, élèves gendarmes, réservistes et gendarme adjoint volontaire. L’idée maîtresse est le contrôle de zone avec une visibilité permanente et un travail en transversalité avec les élus, la population locale et les touristes (83, 06, 13). Des efforts ont été consentis sur les départements du littoral plus particulièrement touchés par la délinquance pendant l’été. L’hiver, une répartition des moyens sur l’ensemble des stations de montagne permet de faire face aux troubles à l’ordre public et aux comportements délictueux dans les stations. (04, 05, 06). Faut-il faire évoluer le concept de maillage territorial ? La responsabilité de la gendarmerie s’étend sur de vastes espaces territoriaux, qui impliquent une certaine ubiquité. Avec ses brigades territoriales réparties sur 89 % du territoire de la Région (27946 km2), la gendarmerie doit dissuader la délinquance par sa seule présence, répondre aux attentes de la population et des élus, veiller les voies de communication et les flux, garantir la permanence de la réponse de l’Etat. Il est hors de question de laisser se déliter notre maillage territorial et de voir s’installer des déserts sécuritaires dans certaines parties du territoire. La couverture du territoire et le maillage assurés par les brigades constituent plus que jamais les fondamentaux de notre action et de notre efficacité opérationnelle. Il n’est donc pas question de revenir sur ce point. 15


QUESTIONS À...

Toutefois la répartition de nos effectifs n’est pas figée. La gendarmerie est avant tout un service de sécurité de proximité, dans la profondeur des territoires, même les plus reculés. En revanche, la carte et le format de nos unités évoluent pour les faire correspondre à la réalité de la croissance démographique et de la pression de la délinquance. J’estime, à ce sujet ,que la réflexion globale sur la répartition des zones de compétence ZGN/ZPN doit rester complètement ouverte pour des évolutions futures dans la profondeur du territoire qui me paraissent inéluctables ; Quelles sont les problématiques majeures auxquelles le commandant de la Région PACA est confronté aujourd’hui ? Le commandant de Région, aux côtés des autorités administratives et judiciaires, est bien au centre de la manoeuvre territoriale de la gendarmerie autant dans le combat quotidien contre la délinquance que dans la conduite d'opérations majeures et extraordinaires comme le G20 ou celle du dispositif ITER prochainement inscrit sur 5 ou 6 années. Dans ce cadre, ma problématique majeure repose sur la recherche la plus fine de l’adéquation des moyens aussi bien matériels qu’humains à la mission. Dans le contexte actuel d’attrition budgétaire et d’effectifs contraints, le défi majeur du commandant de Région se situe là. Or, les choix du commandant de région dans la manoeuvre et le basculement de ces moyens pour une résolution opérationnelle optimale ne peuvent être consolidés que dans le cadre d’une démarche « renseignement » permanente et ce autant dans le domaine administratif que judiciaire. Cet impératif conditionne, incontestablement, le niveau de performance de mes unités. Je veille personnellement à ce que chacun de mes commandants de groupement reste en permanence imprégné de cette priorité. Cette manoeuvre « rens. » sur la région de gendarmerie PACA s’effectue bien entendu en collaboration avec les SDIG et les représentants de la DZRI et dans cette démarche générale, la gendarmerie doit occuper toute la place qui lui revient. Le groupement des Alpes-maritimes a, notamment, développé et perfectionné cette démarche de recherche et d’exploitation du renseignement tout au long des mois précédant l’opération G20.

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Ainsi, la mission de renseignement et plus largement, le processus d’anticipation pour le commandant de Région dans toutes ses composantes demeure un enjeu majeur. Le maintien de la Section Analyse Renseignement Ordre Public (SAROP) régionale permet de maintenir une activité prospective en interface avec les cellules RENS des groupements qui développent une expertise locale avérée. Rôle et apport de la réserve ? La réserve dans la région PACA est constituée de 1712 femmes et hommes. Avant tout, je tiens à affirmer que je considère cet apport non pas comme une force supplétive ou complémentaire mais bien comme force associée au personnel d'active. À l’heure actuelle, sans les réservistes, la région aurait les plus grandes difficultés à tenir ses enjeux autant dans l’activité missionnelle que dans l’activité de soutien. 44400 journées en 2010 contre 46000 journées à la date du 31/10/2011 ; ceci revient à dire que chaque jour 153 réservistes endossent leur tenue et travaillent au profit des unités de la région ! Qu’ils soient issus de la gendarmerie mobile ou départementale, ils concourent tous à la même mission de service public. En unités constituées ou non, de l’activité quotidienne des unités territoriales au renfort programmé dans le cadre de grandes manifestations jusqu’au rappel d’urgence dans le cadre de catastrophes naturelles, l’active sait maintenant qu’elle peut compter et s'appuyer sur les réservistes. Bien évidemment, l’été reste un temps fort pour l’emploi au sein de DSI mixtes, au sein de brigades territoriales, PSIG, unités équestres et nautiques. Je dois dire avec satisfaction que cet été, nous avons armé deux ERGM dans le cadre du Tour de France et maintenu les effectifs de réservistes GM dans les DSI. Cela ne pourrait se faire sans l’implication forte des cellules réserves au sein des groupements. Aucun chef de dispositif ne peut pas ignorer la réserve et tous reconnaissent ne plus pouvoir s'en passer. 17


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Ce résultat ne doit pas masquer l’investissement qui doit être accompli en matière d'instruction. À ce titre, depuis 2010, les formations du diplôme d'aptitude à la réserve (DAR) et à l'examen d’agent de police judiciaire adjoint (APJA) sont régionalisées. Cette décision, certes lourde pour la région ôte ce souci aux commandants de groupement, permet ainsi une homogénéité d'instruction entre tous les candidats et permet aussi d’en faire baisser le coût financier. Actuellement, j’estime que l’aspect réserve est bien ancré dans la structure missionnelle. L’effort au sein de la région porte sur l’autonomie des unités constituées et composées exclusivement de réservistes. Si, au départ la présence de réservistes anciens de l’Arme est indispensable ; cela devrait, à terme, s’estomper dès lors que les plus jeunes, formés au sein de la Préparation Militaire Gendarmerie, puis titulaires du Diplôme d’Aptitude à la Réserve puis de l'APJA ou pour d’autres titulaires de la Préparation Militaire Supérieure Gendarmerie prendront le relais au fur et à mesure de leur progression dans le cadre de l'avancement. Il faut croire que nos jeunes sont satisfaits de travailler avec les unités. En effet, les questionnaires remplis à l'issue de PMG indiquent que c'est principalement par le bouche à oreille qu'ils ont appris et eu connaissance de cet engagement. La liste d’attente des candidats à la PMG est bien fournie nous sommes simplement handicapés par le manque de structure qui permettrait d’accueillir des promotions de 150 jeunes. Mon souci principal est d'ordre logistique. Si maintenant le problème des tenues est quasiment réglé ; il n’en est pas de même concernant principalement les gilets pare-balles à port discret, l’uniformisation de l’armement (SIG et Mas G1) et les bâtons télescopiques. La région est résolument engagée avec ses réservistes dans l’action quotidienne. À l'approche de la période sensible des fêtes de fin d'année, je sais que je peux compter sur eux pour assurer la sécurité des personnes et des biens pour la tranquillité de nos concitoyens.

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Retour d'expérience du sommet du G20 à Cannes. Le sommet du G20 s’est déroulé les 3 et 4 novembre 2011 à Cannes. La gendarmerie a été un acteur essentiel de ce grand évènement, engageant plus de 4500 militaires dont 3300 sur le dispositif opérationnel placé sous la responsabilité de la gendarmerie. Plus de 1100 gendarmes ont été engagés en zone police nationale, sous la responsabilité du DDSP ou du DDPAF, environ 100 (GD et gendarmes maritimes) sous la responsabilité du préfet maritime et 8 équipes cynophiles de recherche d’explosifs sous le contrôle du service de déminage de la sécurité civile. Au-delà de la réussite d’une mission complexe dans un contexte extrêmement sensible avec des enjeux personnels importants en cas d’échec pour les principaux acteurs, le G20 a également été un laboratoire pour un certain nombre de concepts qui y ont trouvé une légitimité opérationnelle.

En préalable, il faut rappeler le caractère unique de ce sommet (par rapport au G8 notamment) : - un nombre de délégations et de VIP jamais atteint sur un sommet en France - un contexte de sensibilité médiatique et de pression internationale accrues en raison de la crise économique (donc pas de droit à l'erreur) - un terrain très défavorable aux forces de l'ordre car très densément peuplé (défi pour la circulation), au relief compliqué (difficultés de liaisons, 19


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transmissions, hélicos) sur une bande côtière sans profondeur stratégique qui fait dépendre la réussite de la maîtrise de la capacité à se déplacer (image: l’A8 entre Cannes et Nice, c'est le même débit que le périphérique parisien). Dès le départ, l’enjeu du sommet n’était pas l’ordre public mais la circulation, dont la gendarmerie assurait le coeur du dispositif (toutes les missions de pilotage, et le contrôle de l’A8). Phase de planification et de montée en puissance : - L’équipe de planification préfectorale (dont le Lcl Favro) a été la clé de voûte de la planification du G20. Il est impératif de continuer à investir dans cette structure. - La manoeuvre logistique, la montée en puissance économique, l'arrivée « juste à temps » des forces et leur adaptation à la manoeuvre opérationnelle (logement, alimentation, soutien auto), n’ont été permises que grâce au déploiement d'un PC LOG intégrant GGD06, RGPACA, CASZ et CPGC et agissant directement aux ordres du concepteur de la manoeuvre, le col Pétillot. - Le CPGC a parfaitement joué son rôle d’appui à la planification et à la conduite au profit du GGD06. Il doit à la fois continuer à capitaliser sur l’expérience accumulée (Sommet de l'OTAN, G8 et maintenant G20) tout en gardant la souplesse nécessaire pour s'adapter à la vision de la manoeuvre élaborée par le comandant de groupement local. Phase d'exécution : - Le choix d'articulation des PC (différent de Deauville) avec un PCO à la manoeuvre et un PC GEND en soutien du PCO et en débordement (programme des épouses, dîners impromptus des délégations en ZGN) s’est avéré pertinent: cette articulation correspond à une manoeuvre de type préfectoral, avec tous les grands responsables - dont le cdt de région, le cdt de groupement et le GOMO - autour du préfet. C’est à la fois la plus lisible en externe et la plus efficace pour ce type d'événements.

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QUESTIONS À...

- La manoeuvre de circulation a parfaitement réussi, puisque les délégations ont été acheminées selon le programme (en dépit des sévères intempéries du dernier jour) et les bascules de force ont été possibles avec un impact minimal sur un trafic déjà saturé en temps normal. - La manoeuvre de renseignement a permis de déceler et jalonner les activités les plus dangereux qui ont fini par quitter le théâtre d’opération face à la pression des forces de l’ordre (contrôles multiples). L’appui direct du BLAT et de ses connexions internationales a été précieux. Le suivi en temps réel des réseaux sociaux a permis d’alerter et de déjouer des tentatives d’intrusion dans le dispositif, au profit de la police comme de la gendarmerie. - La manoeuvre SIC a été un vrai succès. Les investissements humains et techniques consentis ont permis que l’architecture conçue fonctionne sans incident (ce qui est une première dans les AlpesMaritimes...). la manoeuvre images à base de l’engagement des EC 135 de la gendarmerie s’impose désormais comme incontournable. - La manoeuvre d’ordre public a parfaitement réussi: il ne s’est rien passé parce que les éléments perturbateurs ont été repérés, dissuadés ou mis hors circuit avant les manifestations de Nice et Cap d’Ail par des forces de l’ordre particulièrement proactives. Il y a eu une cinquantaine d’arrestation en liaison directe avec le sommet, la plupart opérées avant passage à l’acte. Le contrôle de zone mis en place en ZGN aux abord de Monaco a permis de déjouer plusieurs tentatives d'intrusion ou de provocation vis à vis de la Principauté. - La manoeuvre communication enfin a été un succès. La maîtrise de la force lors des manifestations et dans les opérations de contrôle de zone n’ont pas permis aux opposants de polluer les débats ni l’image du sommet avec des images de violence policière. Les moyens de la gendarmerie ont été mis à l’honneur à leur juste place en rapport avec l’investissement de l’Arme sur ce sommet, mais sans concurrence avec la police nationale, et surtout sans faire du G20 un « sommet de la sécurité ».

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QUESTIONS À...

Retour d’expérience d’un jeune officier commandant de BTA après sa sortie de l’EOGN : Ltn Héloïse ROLLIER CBTA St Saturnin Lès Avignon 84. Se retrouver sur le terrain, tel était le leitmotiv des derniers mois de formation à l'EOGN. La « vraie vie » a commencé le 1er août 2010... Premières heures passées à rencontrer mes personnels, compter le matériel, à découvrir la circonscription, présentation aux élus puis le 3 août l’opérationnel reprend ses droits : disparition d’une jeune mineure. Premier réflexe : appliquer les enseignements de l’EOGN et les mises en situation de la formation en dominante. Second réflexe: prendre les premières décisions en s’appuyant sur l'expérience de mes personnels. Première mission réussie, la jeune fille est retrouvée saine et sauve rapidement.

Au quotidien, si l’évènement reste l’inconnue, la mission qui occupe une grande partie de mon temps est la gestion administrative de l’unité. C'est le petit bémol de la formation. Si l’EOGN nous forme à réagir rapidement aux événements et aux missions opérationnelles, elle laisse en revanche peut être un peu trop de côté la partie administrative du rôle d’un commandant de brigade. Je vais alors découvrir au fur et à mesure les petits tracas quotidiens de la vie en brigade : le casernement et les Affaires Immobilières, les problèmes de véhicules, la DFUE et l’achat des 22


QUESTIONS À...

fournitures nécessaires à la bonne marche de l’unité, l’avalanche de messages divers auxquels il faut répondre sans délai, … Un des points les plus importants à mon sens reste cependant la gestion du personnel. Savoir gérer le planning en tenant compte des impératifs opérationnels, des imprévus de dernière minute et aussi des désidératas des militaires, régler les inévitables petits conflits internes en gardant toujours à l'esprit la continuité de notre mission. Ma perception du commandement est donc de commander humainement en veillant à conserver la meilleure capacité opérationnelle possible. Une chose est certaine, je me suis engagée dans un métier exigeant, éprouvant, prenant mais passionnant pour lequel j'éprouve une grande fierté.

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COMMUNIQUÉ AUx ADHERENTS EN ACTIVITÉ :

A l’occasion de vos changements d’affectation, merci de bien vouloir nous tenir informés par courriel de votre nouvelle adresse (letrefle.gend@orange.fr)

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lA PROMOTION 117ÈME PROMOTION « CHEF D'ESCADRON FERNAND DAUCOURT»

La 117ème promotion de l'EOGN a été incorporée le 2 août 2010. En 1ère année de formation, elle est constituée de 111 élèvesofficiers (dont 29 personnels féminins), répartis ainsi : l 31 de recrutement « OG UNIV » (universitaire) – 10 personnels féminins ; l 55 de recrutement « OG SD » (internes titulaires du BAC ou titulaires d'un diplôme militaire professionnel) – 4 personnels féminins ; l 5 de recrutement « OCTAGN Titre » (officier recruté sur titre) – 1 personnel féminin ; l 8 de recrutement « OCTAGN Direct » (officier du corps technique et administratif de la gendarmerie de recrutement externe) – 6 filles ; l 9 de recrutement « OCTAGN SD » (officier du corps technique et administratif de la gendarmerie de recrutement interne) – 8 filles ; l 4 de recrutement « EOE » (stagiaires étrangers du grade de sousofficier). Cette promotion a été baptisée le 27 juin 2011, sur la place d'armes de l'EOGN du nom de « promotion Chef d'escadron Fernand DAUCOURT ». Le 1er août 2011, elle est rejointe par des officiers élèves issus des armées : l 10 officiers des armées « recrutement OA » (capitaines des armées recrutés sur concours) ; l 18 de recrutement « OGD » (lieutenants issus des grandes écoles militaires ayant choisi la gendarmerie parmi les écoles de Saint Cyr – Navale – Air) ; l 9 de recrutement « OEE » (stagiaires étrangers ayant déjà le statut officier). Cette promotion, commandée par le Lt colonel BLANCHARD, quittera l'EOGN après la cérémonie de fin de scolarité prévue en juillet 2012.

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HERALDIQUE DE L’INSIGNE

Insigne monobloc, à la grenade d'or ; un sabre d'argent garni d'or brochant, chargé à sa pointe d'un taconnet au naturel, d'une croix de Lorraine de gueules et d'une croix d'officier de la Légion d'Honneur ; Brochant sur le tout, au point d'honneur, une cigogne au naturel contournée et volant. En pointe, une banderole d'or à L'inscription de sable CEN DAUCOURT

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BIOGRAPHIE DU CHEF D'ESCADRON DAUCOURT (1894-1974)

Fernand, Henri, Daucourt est né le 14 février 1894 à Paris. Animé d'une foi patriotique incontestable, il décide de rejoindre dès 1913 l'Armée en tant que simple fantassin. Il participe à la Première Guerre Mondiale, puis s'illustre au Maroc lors de la Guerre du Rif. Gravissant rapidement les échelons, il intègre en 1926 la Gendarmerie qu'il quitte en 1951 avec le grade de Chef d'escadron. Son nom est passé à la postérité grâce à la participation active de son groupe d'escadrons aux combats de la Libération. En 1913, à l'âge de 19 ans, Fernand Daucourt s'engage au 35ème Régiment d'Infanterie. Son unité est rapidement déployée au début de la 1ère guerre mondiale en première ligne et combat dans la Marne et dans l'Aisne. Au cours d'un violent accrochage, le 20 septembre 1914, il est gravement blessé et capturé par les forces allemandes. Envoyé en captivité, il tente à maintes reprises de s'évader. Libéré après l'armistice, il se rengage dès son retour en France en 1919. Promu sergent la même année, il continue son ascension et il est admis à l'Ecole Militaire de Saint-Maixent en 1921. Nommé sous-lieutenant à sa sortie en 1922, il est alors affecté dans les unités coloniales. Son courage au combat sur le sol marocain, lors de la Guerre du Rif, lui vaut l'obtention de la Croix de Guerre des Théâtres des Opérations Extérieures avec la citation suivante : « Officier d'une bravoure et d'un sang-froid digne d'éloges. A été un auxiliaire précieux pour son commandant de compagnie, n'hésitant pas à se porter à découvert dans une zone très dangereuse pour aiguiller les sections sur leur objectif ». 26


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A son retour en France, sa carrière prend une nouvelle dimension puisqu'il choisit de rejoindre les rangs de la Gendarmerie Nationale. Il intègre l'Ecole de Gendarmerie de Versailles en 1926 (Promotion Capitaine Paoli). A l'issue, il est affecté à la compagnie de Gendarmerie de la Corse puis à la Garde Républicaine Mobile. Il s'y révèle un officier apprécié pour son intelligence, sa compétence et sa rigueur. Promu capitaine en 1933, il accède au grade de chef d'escadron en 1942. Durant l'occupation, refusant de collaborer, il rejoint les Forces Françaises de l'Intérieur. S'engageant dans les combats de la Libération, Fernand Daucourt prend le commandement d'un groupe d'escadrons de la 4ème Légion appelé « Groupement Daucourt ». A sa tête, il participe pleinement à la libération de la ville de Lyon et poursuit les combats en direction de Strasbourg. Le « Groupement Daucourt » s'illustre alors à Kilstett le 5 janvier 1945, où malgré les pertes, ses hommes tiennent bon et ne cèdent rien à l'armée allemande. Cette bataille vaudra l'honneur, à tous les membres du « Groupement Daucourt », de porter l'insigne « Rhin et Danube » de la prestigieuse 1ère Armée. Le Chef d'escadron Daucourt est rayé des contrôles le 1er janvier 1946. Rappelé en 1947, il se distingue une fois de plus par ses qualités d'organisateur et de meneur d'hommes. Il cesse définitivement le service en 1951. Il décède accidentellement le 14 juin 1974 à SEPPOIS LE BAS dans le Haut Rhin. Il est enterré à Croix (Territoire de Belfort). Lors de sa longue carrière au service de la France, le chef d'escadron Daucourt a su révéler pleinement ses qualités de soldat et de patriote. Son courage et son dévouement sont justement reconnus par l'attribution de la Croix de Guerre 1914-1918, de la Croix de Guerre TOE, de l'insigne des blessés militaires et de la médaille des évadés. Il est également officier de la Légion d'Honneur.

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Par son héroïsme qui fait honneur à la gendarmerie, ce parrain de promotion est un exemple pour ces jeunes officiers qui seront amenés à servir la France partout où le devoir les appellera selon la devise de leur École : « Pour la Patrie, l'Honneur et le Droit ».

Services 1913 : Engagé volontaire et rattaché au 35ème Régiment d'Infanterie : Participe aux combats de la Première Guerre Mondiale ; est blessé et capturé à Autrêches (Picardie), et restera prisonnier de guerre en Allemagne jusqu'en 1919, malgré de nombreuses tentatives d'évasion ; 1921 : Ecole Militaire d'Infanterie de Saint-Maixent ; Affecté en tant que sous-lieutenant au 17ème Régiment de Tirailleurs Algériens à sa sortie en 1922 : prend part à la Guerre du Rif ; 1926 : Ecole de Gendarmerie de Versailles – Promotion Capitaine Paoli ; affecté à l'issue à la Compagnie autonome de Corse, puis servira principalement au sein de différentes Légions de la Garde Républicaine Mobile ; 1933 : Promotion au grade de capitaine ; 1942 : Promotion au grade de chef d'escadron ; Campagne de Libération de la France à la tête du « Groupement Daucourt » 31 Août 1944 : Création du « Groupement Daucourt » à partir des escadrons du Puy (3/4), Montluçon (4/4), Saint-Etienne (5/4) et Montbrison (8/4) ; Rattachement à la 1ère Armée Française menée par le général de Lattre de Tassigny ; 3 Septembre 1944 : Participation à la libération de Lyon ; 20 Novembre 1944 : Participation à la libération de Metz ; 14 Décembre 1944 : Arrivée à Strasbourg et défense de la ville ; 5 Janvier 1945 : Début des combats de Kilstett qui verront plusieurs gardes tomber pour la France.

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CHANT DE LA PROMOTION L'honneur d'être officier

Toi qui n'as jamais renoncé devant l'ennemi, renié ces idées qui font l'honneur de la patrie. Dans les heures sinistres où certains baissaient les bras, prêt à l'ultime sacrifice, tu as poursuivi le combat. Toi qui désirais très jeune servir ton pays, volontaire engagé, tu en auras payé le prix. Dans tes jours de nuit les maux de l'enfermement pendant quatre ans et demi tu les as refusés pourtant. Toi qui revis le jour et repris sitôt les armes, écoutant ta bravoure, en bleu, blanc, rouge brûlait ta flamme. Dans nos années noires, l'unité portant ton nom redessina notre histoire aux traits de la Libération. Toi qui, résolu, tant de troubles as traversés quel qu'en fut l'issue ou bien l'étendard à porter. Dans ton sillage, je désire vraiment servir digne de ce noble héritage, habité par ton souvenir. Je ressens, grand Ancien, en marchant à tes côtés, toi Chef d'Escadron Daucourt, le grand honneur d'être officier.

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REMISE DES AlPHA AUx ÉlÈVES-OFFICIERS DE lA 118ÈME PROMOTION Source EOGN

Le mercredi 07 septembre 2011, à la nuit tombée, après une marche en forêt de FONTAINEBLEAU (77), les élèves-officiers du 2ème groupement ont reçu leur « alpha » de la main de leur parrain et marraine de la promotion « chef d’escadron Fernand Daucourt ». Cette marche, effectuée sur un parcours ponctué « d’ateliers traditions » dans la forêt de FONTAINEBLEAU (77), a permis aux élèvesofficiers et officiers-élèves de mieux se connaître et aux parrains de transmettre les traditions et les valeurs de notre Arme.

C’est aux premières lueurs de la lune, après quelques heures de marche, que les jeunes recrues ont rejoint les officiers-élèves de la promotion « chef d’escadron Fernand Daucourt » dans l'enceinte du centre sportif équestre militaire de FONTAINEBLEAU (77) pour vivre leur première cérémonie de tradition de leur scolarité à l’EOGN et se voir remettre « l’alpha ». Symbole de leur état d’aspirant, l’alpha est la première lettre de l’alphabet grec et représente aussi les premiers pas dans la vie d’officier de gendarmerie. Riche en émotion, cette cérémonie s'est achevée par une collation dans le grand manège en présence du général de division Jean-Yves 28


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SAFFRAY, commandant l’École, du colonel BOYER, directeur de l’enseignement, ainsi que des cadres de contact. En application de la charte de traditions de l’École remise officiellement aux élèves le 7 mai 2004, cette première cérémonie sera suivie prochainement par la présentation au Drapeau de l’École de la 118e promotion d’élèves-officiers et du défi bois-rond. Quelques semaines plus tard, la promotion vivra deux moments très forts de cette charte de traditions : le remise des Taconnets suivie par celle des sabres le lendemain.

n CÉRÉMONIE DE REMISE DES TACONNETS MERCREDI 14 DÉCEMBRE 2011 Le Taconnet, coiffe emblématique de la Tenue de tradition (TETRA), a été remis aux élèves-officiers de la 118ème promotion, le mercredi 7 décembre 2011, dans la cour des Invalides.

D'un geste protecteur, les officiers-élèves de la promotion « Chef d’escadron DAUCOURT » ont remis le Taconnet à leurs filleuls. C'est au cours de cet instant de solennité que chaque parrain a coiffé son filleul, genou à terre, du taconnet. Ce geste, qui perpétue le culte du souvenir, évoque l'héritage des Anciens et des traditions de l'Arme. Ces instants développent la cohésion entre les promotions, forgent les liens indéfectibles entre leurs membres et consolident la foi en des valeurs militaires et professionnelles qui fondent l'état d'officier.

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lA GENDARMERIE MARITIME

Colonel Georges STRUB commandant la gendarmerie maritime

A la lecture d'un article traitant des gendarmeries spécialisées dans le numéro 128 du Trèfle m'est apparue la nécessité de prendre ma plume pour parler de la seule que je connaisse bien : la gendarmerie maritime. J'ai pu constater que bon nombre de mes camarades, officiers de gendarmerie mais aussi officiers de marine, méconnaissent cette belle formation et en ont une image dépassée voire caricaturale. Durant les quinze dernières années la gendarmerie maritime a subi une transformation radicale et elle est aujourd'hui un outil performant partagé par la gendarmerie et la marine nationales. 1/ UNE FORMATION TRÈS ANCIENNE EN PERPÉTUEllE ADAPTATION: D'aucuns voudraient faire remonter l'ancienneté de la gendarmerie maritime au Connétable Burkard chargé de la protection des côtes de l'Empire par Charlemagne, en quelque sorte le premier prévôt de la mer. Nous nous en tiendrons à la date de 1340 et au récit de la bataille de l'Écluse qui atteste, pour la première fois dans l'Histoire, l'existence d'un corps de « prévôts et archers de la mer ». Ce corps réorganisé par Colbert en 1648, prendra l'appellation de gendarmerie des ports et arsenaux à la Révolution(1) avant de prendre le nom de gendarmerie maritime sous le règne de Louis-Philippe (2) (les puristes n'oublieront pas le nom de gendarmerie impériale maritime(3) de 1855 à 1871) Depuis ses origines la gendarmerie maritime est donc une émanation de l'armée de mer, chargée de veiller sur les intérêts de nos forces navales. A l'instar de la maréchaussée à terre, elle a vu ses missions évoluer vers des missions de police générale. (1) Décrets des 20 septembre et 12 octobre 1792 (2) Ordonnance royale du 19 juin 1832 (3) Décret impérial du 15 juillet 1855 32


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L'ordonnance royale de 1648 précise qu'ils : « feront leurs chevauchées par les côtes et les grèves et ports de nos mers nettoieront icelles de voleurs et pirates, poursuivront les déserteurs des armées navales, leur feront procès avec pouvoir de main-forte pour l'exécution des arrêts et commissions amenées du fait de la marine ».

En 1970 après de nombreux allers et retours entre la gendarmerie et la marine, la gendarmerie maritime est définitivement amarrée à la gendarmerie nationale. Elle est aujourd'hui une formation spécialisée de la gendarmerie nationale placée pour emploi auprès du chef d'état-major de la marine. Depuis les années 1970, la gendarmerie maritime a de plus en plus été employée par la marine dans ses missions de service public et de police en mer. Les éléments de forces navales et les moyens nautiques de la gendarmerie maritime ont augmenté progressivement. Elle arme aujourd'hui 5 patrouilleurs et 24 vedettes côtières de surveillance maritime ainsi qu'une trentaine de vedettes et d'embarcations plus légères. Si les effectifs ont diminué (de 1250 en 1991 à 1096 en 2011) la part des militaires employés à des missions de police en mer et sur le littoral a considérablement augmenté.

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2/ l'ADAPTATION TOUjOURS EN MARCHE : Depuis 2006 deux chantiers de réorganisation de grande ampleur ont été initiés : la prise en compte de la nouvelle mission de sûreté portuaire dans les ports d'intérêt majeurs et la réorganisation des unités de police judiciaire. Ces 5 dernières années ces deux réorganisations ont touché 62 unités (18 ont été créées, 33 dissoutes et 11 transformées) et 556 postes budgétaires (créés, supprimés ou redéployés). Ces chiffres, rapportés à l'ensemble de la gendarmerie maritime (1096 militaire et 73 unités) permettent de mesurer l'ampleur de cette transformation. La sûreté portuaire est un tout nouveau métier et il aura fallu partir d'une feuille blanche. La gendarmerie maritime a conduit une expérimentation puis a élaboré la doctrine d'emploi des pelotons de sûreté maritime et portuaire (PSMP), ainsi que leurs normes de qualification et d'entraînement, a défini les caractéristiques militaires des huit vedettes de sûreté maritime et portuaire (VSMP) livrées en 2011, en a suivi la construction puis les essais. Elle a également préparé les protocoles d'emploi des pelotons passés entre les préfets maritimes et les préfets de département, a mis en formation les militaires affectés dans ces unités (maîtres-chien, RECONEDEX, plongeurs, pilotes d'engins surmotorisés, mécaniciens, stages au CFIAR4) et élaboré des stages de formation spécifiques au centre national d'instruction de la gendarmerie maritime (stage fouille de navire et stage transport maritime). Le second chantier a commencé en 2009 avec la création de la section de recherches par agrégation d'une BR de chacune des trois façades, là aussi l'envoi de militaires en formation a été une contrainte très lourde. Un travail remarquable a été effectué et la toute nouvelle SR est aujourd'hui un interlocuteur reconnu notamment en matière de piraterie maritime tant par les autorités judiciaires françaises que par les instances internationales (NCIS, INTERPOL, ONU...) Ces réorganisations ont été conduites tout en assurant les autres missions de la gendarmerie maritime dont certaines se sont vues renforcées. C'est le cas notamment de la police des pêches, qui est devenue une mission prioritaire en raison des directives européennes et en particulier des amendes que peuvent se voir infliger les Etats jugés défaillants (la France a 34


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payé une très lourde amende pour les manquements constatés en 2005, le ministère de la défense a contribué au paiement). Trois brigades de surveillance du littoral (BSL) supplémentaires ont été créées à LEGE CAP FERRET (33) à MARSEILLE (13) et à CAEN (14)

3/ l'HORIZON PROCHE : Ces chantiers ne sont pas clos. Nous sommes dans l'attente d'arbitrages pour l'obtention de la centaine de postes budgétaires nécessaires à la création des deux derniers PSMP qui doivent être mis en place à Calais-Dunkerque et Nantes-Montoir de Bretagne-Saint Nazaire. D'autre part l'étape majeure qu'a constitué la création de la SR nous amène à préparer d'autres réorganisations pour mettre en place une véritable chaîne fonctionnelle de la police judiciaire au sein de la gendarmerie maritime. L'idée de faire réarmer les bateaux d'autres administrations par la marine ou la gendarmerie maritime est très ancienne mais elle n'est pas d'actualité. S'agissant d'unités navales sans cesse plus coûteuses, nous ne doutons pas que, de crises financières en réductions de budget, la question du coût-efficacité des moyens de l'Etat en mer se posera à nos gouvernants. A ce moment là, le statut militaire devrait s'imposer comme la meilleure solution.

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La gendarmerie maritime tient aujourd'hui toute sa place dans le concert des administrations engagées dans la fonction garde-côtes. Elle demeure la seule force de police à compétence générale déployée en mer et sa spécialisation lui vaut une prééminence dans la police judiciaire en mer. Le centre opérationnel de la fonction garde-côte (COFGC) ou plutôt le comité directeur de la fonction garde-côtes (CODIR) ne préfigure nullement un commandement des gardes-côtes. Cette organisation a été mise en place afin d'améliorer la coordination de l'action des administrations dans les missions de l'action de l'Etat en mer, dans le but de préserver le modèle français et d'éviter de se voir imposer un jour un modèle différent. Il n'y a pas aujourd'hui dans le monde de système plus performant qu'un autre, il n'y a que des modèles différents hérités de l'histoire administrative de chaque pays, chacun avec ses forces et ses faiblesses. Depuis ses origines la gendarmerie maritime est en perpétuelle refonte. Le but n'a jamais varié : accroître sa performance au service des institutions de l'Etat qu'elle sert au premier rang desquelles la marine, sans laquelle la gendarmerie maritime n'existerait pas, mais aussi la gendarmerie nationale et le ministère de la justice. La gendarmerie maritime navigue à bonne allure, parfois par gros temps en épaulant la vague, mais toujours en maintenant le cap.

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GENDARMERIE ET RENSEIGNEMENT Capitaine Ludovic Vestieu officier-adjoint renseignement au GGD des Landes

Quels enjeux et quelle place pour la gendarmerie dans la politique publique de renseignement ? La réforme du renseignement survenue en 2008 a donné lieu à des débats sur la place et le rôle de notre institution dans la politique publique de renseignement. Au nom de l'efficacité, de la rationalité et de la compétence, des voix se sont élevées pour en exclure la gendarmerie au nom de la doctrine du service unique de renseignement au sein du ministère de l'Intérieur. Ce discours repose sur des sophismes avancés sous le masque de l'apparent bon sens, visant à contenir l'institution hors du périmètre de la sécurité nationale. À terme, cette carence porte les germes de la démilitarisation de l'institution qui, exclue de la défense et absente des étages supérieurs de la sécurité de l’État, ne serait plus militaire que par habitude plutôt que par nécessité. La démilitarisation s'imposera alors comme une évidence.

lE RENSEIGNEMENT : QUElS ENjEUx ? Le renseignement est trop souvent présenté comme une activité de valeur égale, dans le spectre policier global, aux autres missions que sont la police judiciaire, le maintien de l'ordre, la sécurité publique ou routière. La création de services de renseignement à partir d'institutions policières traduit, pour ces dernières, un saut qualitatif passant d'une police de répression à une police de prévention. Cette mutation, non neutre en matière de libertés publiques, porte en elle une nouvelle approche des politiques publiques de sécurité fondées sur l'anticipation des menaces plus que sur la riposte a posteriori.

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Qu'est-ce que le renseignement ? Étymologiquement, renseigner signifie « enseigner à nouveau ». Le Petit Robert définit le renseignement comme « l'information concernant l'ennemi et tout ce qui met en danger l'ordre public et la sécurité ». Il visait initialement à anticiper sur les menaces militaires représentées par les autres États. La surveillance des ports, des villes de garnison ennemies, des mouvements des flottes et des troupes a constitué l'essentiel d'une activité longtemps appelée espionnage. Les renseignements n'ont été que les fruits de cette activité. À la menace militaire, s'est ajoutée, au seuil de la Révolution française, la surveillance, à l'intérieur du périmètre souverain de l’État, de la population, des opinions et des opposants politiques, fondement de ce qu'il est commun d'appeler aujourd'hui le renseignement intérieur. Cette voie, ouverte par la France qui professionnalise sous Napoléon III une « police spéciale » (les futurs renseignements généraux) en charge de la surveillance des opposants, sera suivie à des degrés divers par plusieurs démocraties tout au long du 20ème siècle. Longtemps, l'organisation du renseignement a reposé sur le schéma classique de l'organisation de l’Etat, construit autour de la notion fondatrice de souveraineté et du concept structurant de frontières. A l'extérieur, des services asservis à la diplomatie et à la défense, relèvent de l'Exécutif. A l'intérieur, des services reposant sur la surveillance des personnes et des opinions politiques sont attachés (dans une démocratie) à la répression judiciaire. Or, depuis une vingtaine d'années, l'érosion des frontières et de leur fonction de ligne d'arrêt dans un contexte de forte mobilité des personnes et des biens, trouble cette bipartition qui se recompose autour du pouvoir qui l'engage, exécutif ou judiciaire. Ainsi, ce que l'on nomme renseignement intérieur, surveille voire poursuit des personnes et des groupes agissant sur le territoire national et hors de celui-ci, du fait de la compétence des juridictions françaises sur les personnes (auteurs et victimes), les bâtiments ou les intérêts français. Sortant donc du strict périmètre de la défense, le renseignement a investi tous les secteurs pour faire face aux menaces militaires, sociales (émeutes, révolutions) et désormais criminelles (trafics de drogues et 38


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d'armes) passant du concept de défense nationale à celui de sécurité nationale et délaissant celui d'ennemi (essentiellement assimilé à une forme d'organisation étatique) pour celui, plus élastique, de menaces. La sécurité nationale repose désormais sur l'anticipation, mission confiée à la communauté du renseignement, devenue, avec le second 20ème siècle, l'espace stratégique de la décision. En France, cette priorité accordée au renseignement est réaffirmée dans le dernier livre blanc sur la défense et la sécurité nationale. Or, l'existence d'un service unique constitue-t-elle une garantie de qualité ? Prenons l'exemple de la communauté du renseignement américain qui compte 16 agences mobilisant 100 000 agents en charge de la protection avancée des intérêts nationaux. Parmi elles, une agence est liée au corps des garde-côtes, une relève du state department (affaires étrangères), 8 du seul department of defense (DoD), 2 du homeland security, 2 du department of justice et une est indépendante, la CIA. La communauté du renseignement couvre la totalité du spectre de vulnérabilité par des systèmes de compétences croisées : affaires étrangères, défense, affaires criminelles, commerce. Les seules question criminelles sont couvertes par trois agences fédérales relevant des coastsguards, du Federal Bureau of Investigations (FBI) et de la Drug Enforcement Administration (DEA). Aussi est-il faux d'avancer comme le font les partisans de la doctrine du service intérieur unique que la multiplication des structures n'est pas conforme à l'efficacité. Au milieu du 20ème siècle l'invention d'un métier spécifique attaché à cette production d'informations tirées de sources ouvertes (la documentation), technologiques (avions espions, satellites, interceptions de signaux radio-électriques), humaines (les agents de renseignement) ou usant de moyens conspiratifs (écoutes téléphoniques, sonorisations, interceptions de correspondances, effractions froides...) donne naissance aux services de renseignement. Une véritable révolution réside dans le couplage de deux métiers différents : la production d'information, utile à la décision et l'action visant à réduire la menace. 39


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Si de nombreux services ne disposent pas de moyens propres dédiés à la seconde phase (la NRO, la NSA, la DRM), les plus puissants, en revanche (CIA, FBI, FSB...), réalisent ce couplage. Or, en surdimensionnant la partie de la structure dédiée à la cognition adverse et en lui asservissant la seconde, un bond qualitatif s'est opéré en développant le back office plus que le front office et constitue un renversement dans les principes d'organisation policiers. L'émergence de services de renseignement intérieur, dont les actions visent à détecter, surveiller et neutraliser les menaces politiques internes fait naître une police préventive reposant sur la surveillance des personnes, démarche non neutre en matière de libertés publiques imposant un étroit contrôle de l'autorité judiciaire . Par le production d'analyses et de rapports, les services de renseignement façonnent la perception d'une problématique par le pouvoir. Lorsque la CIA publie sa vision prospective du monde de 2020, elle oriente la perception de celui-ci et justifie les formes de politiques publiques qu'elle appelle de ses voeux. De même, lorsque le commissaire de police Lucienne Bui-Trong publie son livre sur les violences urbaines, elle énonce, dans le champ de l'opinion, un discours alternatif rompant avec l'analyse psycho-sociologique dominante. Elle oppose alors à la vision victimisante, une vision stratégique démontrant le caractère subversif de trouble collectifs destinés à faire échec dans les territoires de la République à la loi de l'Etat. Elle énonce un discours policier apte à susciter une politique publique destinée à déjouer cette subversion, chose que le discours dominant était incapable de générer. L'information produite par les services de renseignement est donc source d'influence dans les rouages du pouvoir et de la compétition que se livrent les administrations. De fait, les services de renseignements sont de véritables insiders du politique. Une force disposant d'un monopole dans le domaine du renseignement serait-elle sans risque pour les libertés publiques ? Par leur action, ils tendent enfin à modifier les équilibres géopolitiques ou socio-politiques. Ce que l'on nomme renseignement n'est pas une simple activité de production d'information mais une fonction attachée à la protection de l’État reposant sur la neutralisation des menaces à la sécurité nationale bien en amont de la commission des atteintes aux personnes, aux biens et à l'ordre public. 40


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Renseignement et pouvoir de police En France, après la tourmente de l'affaire Dreyfus, la montée en puissance des appareils policiers dans le renseignement marque le début d'un processus de démilitarisation, ou du moins d'une sortie du périmètre de la défense, de certaines composantes fonctionnelles de la sécurité nationale, particulièrement le contre-espionnage. Ces transferts relèvent de choix politiques. Par ailleurs, la menace révolutionnaire qui surgit au coeur des sociétés modernes pousse également à créer au début du 20ème siècle des services de police judiciaire en charge de la traque des mouvements politiques clandestins et violents. Ce double mouvement, dépeçage de l'appareil militaire de ses attributions dans le domaine de la police de défense et création de services de police judiciaire spécialisés dans la lutte contre le crime politique, constitue le point de départ de l'ascension des bureaucraties policières dans l'organisation de la sécurité de l’État. L'aboutissement sera leur mutation en services de renseignement. Pour autant, le traitement du terrorisme sera souvent l'objet de tensions entre les appareils de sécurité policiers et les appareils de défense. La bataille d'Alger, la question irlandaise et la lutte contre Al Quaëda illustrent la tentation de confier à l'appareil de défense, la lutte contre le terrorisme. La question resurgit régulièrement et démontre qu'une véritable compétition existe entre un appareil asservi à l'Exécutif (la défense) et un appareil (policier) attaché au pouvoir judiciaire. Car sur le fond, il s'agit bien de l'organisation d'un pouvoir de police attaché aux étages supérieurs de la sécurité de la nation, coiffant des menaces simultanément civiles (protection du patrimoine industriel, lutte contre les terrorismes et actions de déstabilisation) et militaires (espionnage). Or, sur le long terme, les organisations attachées à l'exercice de la police judiciaire démontrent leur meilleure aptitude dans la protection des atteintes à la sécurité nationale commises par des groupes qui visent les États et les Gouvernements au travers de leurs ressortissants. 41


AUTOUR DE l’INSTITUTION

La sociologie et la géopolitique des nouvelles menaces offrent en effet aux appareils policiers de sécurité des atouts majeurs les conduisant à intervenir de plus en plus fréquemment hors de leurs espaces nationaux. Cette aptitude découle de la vocation au contrôle social des organisations policières. En effet, la prolifération de groupes civils, de très petite taille, aptes à croître et à se dissimuler au sein d'une population, prédestine les services de police, dotés par la loi du pouvoir d'investigation et de contrainte sur les personnes, à occuper une place prépondérante dans le dispositif de lutte. Ce modèle démontre toute sa pertinence depuis la guerre d'Algérie alors que l'armée française, appliquant les règles de la guerre contrerévolutionnaire, réinvente au cours de la bataille d' Alger un système de renseignement humain fondé sur la contrainte, soustrait au contrôle de l'autorité judiciaire. Malgré d'apparentes victoires, le coût politique de cette méthode conduit à un échec. Plus récemment, le traitement des prisonniers civils de la guerre globale contre le terrorisme et du front irakien, dans les centres de détention de Guantanamo et d'Abou Ghraïb démontre l'extrême sensibilité, pour un État de droit, de surseoir aux droits fondamentaux pour des gains opérationnels discutables. La mise en place de procédures dérogatoires et de juridictions d’exception ont démontré les limites du traitement d'adversaires civils (sous le statut d'unlawfull combattant) par une force combattante. Par ailleurs, depuis plusieurs décennies, la montée en puissance des parties civiles au procès pénal dans les affaires de terrorisme (particulièrement les familles des milliers de victimes des attentats de New York en 2001) renforcent sa judiciarisation. De fait, les organisations judiciaires sont les plus performantes pour faire face à ce type de menaces que les forces attachées au seul pouvoir Exécutif, vouées au combat et non au contrôle social.

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AUTOUR DE l’INSTITUTION

Une nouvelle génération d'organisations policières  ? Les nécessités de l'anticipation au niveau de menaces caractérisées par la forte atomisation suppose, à l'échelle du globe, une surveillance permanente bien en amont de la commission réalisée d'atteintes aux personnes et aux biens. L'émergence de services de renseignement policiers suppose donc l'adjonction à l'activité judiciaire, qui par nature s'intéresse aux faits commis (et donc passés), d’une surveillance dans le présent des individus et des groupes susceptibles de créer des troubles dans l'avenir et, enfin, d'anticiper en scrutant la sphère sociale dès leurs manifestations les plus précoces, des mouvances porteuses des violences politiques à venir. La structure concentre son action sur la détection, au contraire des services classiques de police judiciaire (dont ils sont pourtant issus) qui sont concentrés sur l'enquête. Cela suppose des moyens d'enquête judiciaire spécifiques (incriminations, procédures), mais également le recours à des sources « fermées » techniques (écoutes, interceptions de mails...) ou humaines (infiltrations) en phase préjudiciaire. L'enquête dite de police (autrefois appelée enquête officieuse) débute donc dès l'apparition des signaux faibles et les législations antiterroristes admettent des aménagements aux garanties posées dans le domaine des libertés publiques en autorisant, hors du contrôle de l'autorité judiciaire, des interceptions de correspondances, des écoutes (les interceptions de sécurité du droit français) voire des perquisitions dans les cas les plus poussés (Patriot Act américain). Les services de renseignement intérieur s'attachent également le concours de personnes détenant des compétences dans les domaines des sciences humaines (sociologie, civilisations...) afin de renforcer leur back office. Dès lors, c'est une police préventive qui émerge, ce qui constitue une forme de révolution qualitative au regard des organisations policières connues jusqu'ici. Est-on face à l'émergence d'une nouvelle génération d'organisations policières ?

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En effet, la réflexion anglo-saxonne développe depuis des années le concept de renseignement criminel de sécurité (Intelligence-Led Policing) qui vise à faire descendre au niveau des unités de sécurité publique de proximité les fonctionnalités du renseignement. Le but de cette démarche vise à anticiper et à s'adapter avec rapidité aux évolutions de la criminalité. Une telle démarche n'est pas inconnue de la gendarmerie dont le maillage a toujours été un outil performant de surveillance des signaux faibles. Pour une force militaire attachée à la fonction judiciaire telle que la gendarmerie, l'exclusion de la communauté du renseignement est non neutre. Sans cette participation, la militarité de la gendarmerie se justifiera-telle toujours ? Quel est le sens de notre militarité ? S'agit-il seulement d'un statut impliquant le mutisme de ses personnels, une insensibilité apparente à toutes les réformes et la capacité sans coûts supplémentaires à engager plus d'heures travaillées grâce à un système plus fort de lien au service ? Cette militarité dénuée de romantisme fonde-t-elle notre engagement ?

POUR UNE NOUVEllE PlACE DE lA GENDARMERIE DANS lA COMMUNAUTÉ DU RENSEIGNEMENT. La gendarmerie a-t-elle une place dans la communauté du renseignement ? Les appareils policiers de renseignement sont, globalement, apparus il y environ 1/2 siècle. Leurs formats et missions ont considérablement évolué. Cette apparition récente constitue une réfutation des arguments qui penchent en faveur de la sanctuarisation des forces sur des missions historiques. De plus, une communauté plurielle du renseignement intégrant la gendarmerie offrirait une garantie de fiabilité du renseignement (par un recoupement supplémentaire) au bénéfice de l'efficacité de la sécurité nationale.

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Le contre-espionnage fut d'abord une mission de la sûreté générale puis un service à part entière. L'antiterrorisme n'a pas été depuis les origines une mission de la DST mais initialement une compétence de la police judiciaire (PJ) puis, avec la guerre d'Algérie, partagée entre la PJ, les RG et la DST sans parler du SDECE. C'est le terrorisme des années 70 puis 80 qui installera définitivement la DST dans l'antiterrorisme pour faire face simultanément aux groupes européens (dont le célèbre Carlos) et palestiniens étroitement liés aux activités des services des démocraties populaires. C'est avec la fin de la guerre froide que les missions se rééquilibrent. Encore cette direction privilégie-t-elle les terrorismes internationaux (islamistes, basques) délaissant les terrorismes domestiques à la sousdirection antiterroriste (SDAT) dépendante de la direction centrale de la police judiciaire (DCPJ). Aussi en un siècle et demi d'existence les compétences, formats et structures des services n'ont cessé d'évoluer tous les 25 ans au rythme de l'évolution des menaces, de la situation géopolitique et de la sociologie des organisations adverses. Par ailleurs, l'antiterrorisme est une fonction de la sécurité nationale largement éclatée entre plusieurs directions de la police nationale. Au nom de quoi la gendarmerie devrait-elle être exclue de cet agrégat polycentrique ? Le « renseignement intérieur » français, curieusement nommé par mimétisme marketing avec l'organisation américaine, fait face aux menaces en lien avec l'étranger. Aux États-Unis certains remarquent qu'il est difficile de parler de renseignement intérieur à propos d'une agence qui entretient depuis l'attentat contre l'USS Cole plusieurs milliers d'agents à l'étranger. Jamais le renseignement policier n'a été aussi peu intérieur. Cela démontre une imprécision dans la construction du système de renseignement. Aussi est-il possible d'avancer des pistes de réorganisation du renseignement dans laquelle la gendarmerie peut s'intégrer.

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En effet, les opposants à l'entrée de la gendarmerie dans la communauté du renseignement défendent une vision malthusienne reposant sur l'idée que l'arrivée d'un nouveau venu à la table de la sécurité nationale réduirait le contenu dans les assiettes des convives. Or, dans un contexte géopolitique mondialisé où les frontières n'agissent plus comme d'efficaces lignes d'arrêt face à des groupes violents implantés sur plusieurs pays voire régions du monde, peut-on raisonnablement avancer que l'intégration d'un nouvel acteur réduirait l'efficacité de l'ensemble du système ? Les services du renseignement intérieur sont soucieux d'entretenir de bonnes relations avec les brigades territoriales du fait de la connaissance qu'elles possèdent du contexte local. La gendarmerie possède donc un avantage de position face à une organisation, focalisée sur les grandes agglomérations et absorbée par effet de siphon par leur surveillance et qui tend à ignorer voire déserter les petites villes où la menace peut se développer avec tout autant d'aisance que dans les grands centres. Dans cette situation, la gendarmerie est la mieux placée pour détecter les signaux faibles et opérer une surveillance continue de l'adversaire. Par ailleurs, la continuité territoriale de la gendarmerie la place en situation de détecter sur les axes les personnes pouvant présenter un intérêt. Dans le cycle du renseignement, l'institution possède de solides atouts dans la phase d'acquisition. Plutôt que d'exclure la gendarmerie, il serait plus pertinent de l'associer plus étroitement au cycle complet, en lien avec la DCRI. Pour cela en revanche, il faut que la gendarmerie densifie ses structures de backoffice (des cellules de renseignement jusqu'au BLAT) pour améliorer sa capacité de traitement de l'information. Ces structures renforcées risqueraient-elles de créer du chômage dans les rangs de la DCRI ? En réalité, face aux 3000 fonctionnaires de la DCRI, la gendarmerie ne peut constituer une menace. En revanche, dans l'accomplissement de la mission de sécurité globale face aux périls que font peser pour les personnes de micro-entités difficilement détectables, la gendarmerie est un précieux atout.

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Argumenter que ce ne peut être sa mission au prétexte qu'elle ne s'est pas organisée jusqu'à présent en service de renseignement est un sophisme. Il en était de même il y a un siècle pour la sûreté générale. Le renseignement est une activité trop récente pour pouvoir invoquer avec sérieux les usages établis et faire référence à des missions sanctuarisées. Pour un service de renseignement de défense et de sécurité nationale La direction de la protection du secret de la défense (DPSD) constitue un embryon de police de défense héritière de la sécurité militaire, il lui manque les pouvoirs de police. Par ailleurs, le législateur a réorganisé les points sensibles désormais régis par les articles articles L et R 1332 du code de la défense relatifs aux secteurs d'activités d'importance vitale regroupant les activités civiles et militaires de l’État ou du secteur privé indispensables à la satisfaction des besoins essentiels de la population, à l'exercice de l'autorité de l’État, au fonctionnement de l'économie, du potentiel de défense, à la sécurité de la nation ou pouvant présenter un danger grave pour la population. Ces points d'importance vitale (PIV) relevant de la sécurité nationale sont la cible de plusieurs menaces : terrorismes, criminalité organisée, espionnage industriel... Enfin, les transports aériens et les industries de l'aéronautique relèvent de menaces identiques. Or, le dispositif actuel, reposant sur la doctrine du service unique de renseignement pour le ministère de l'intérieur, est-il satisfaisant ? Les praticiens du renseignement constatent régulièrement qu'il existe des trous dans l'organisation du renseignement français face aux menaces non terroristes qui focalise toute l'attention. En effet, la DCRI, à l'échelle de ses moyens est présente auprès de certaines entreprises (parfois au côté de la DPSD et là on ne parle pas de doublon) mais ignore les entreprises moyennes et les PME surtout lorsqu'elles sont géographiquement distantes du siège du service.

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Il n'est pas rare qu'une entreprise dite sensible ne soit pas visitée pendant un ou deux ans. Est-ce satisfaisant ? On peut avancer avec sérieux que si les États-Unis possèdent 16 agences qui mobilisent 100 000 hommes, nous pouvons avoir une communauté du renseignement plurielle sans craindre la faillite du dispositif. La gendarmerie pourrait ainsi, sans augmentation d'effectifs, forger un service de renseignement de défense et de sécurité nationale compétent pour les forces armées, les établissements de la défense les installations critiques et les entreprises d'importance vitale. Ce service serait la réunion des sections de recherche des gendarmeries spécialisées et de la gendarmerie de la sécurité des armements nucléaires. Il serait compétent pour les faits d'atteintes au secret et à la sécurité de la défense, la protection du secteur d'activité d'importance vitale civil et militaire (incluant les centrales nucléaires). Il serait enfin compétent pour les trafics internationaux d'armements. Un second service, fondé sur la gendarmerie du transport aérien pourrait avoir en charge la sûreté aérienne et la protection des industries du secteur aéronautique. Ce service aurait également la charge du lien avec les services étrangers homologues et les autres plateformes aéroportuaires dans le cadre de l'organisation et de l'animation de l'échange dans le domaine du renseignement de sécurité. Ces deux services pourraient être appuyés par une section d'investigations internet, formée depuis le STRJD, en charge d'une veille permanente sur les groupes à risques. Faire face aux menaces émergentes Depuis plusieurs années enfin, la gendarmerie est en première ligne pour affronter des groupes alternatifs versés dans l'action violente, particulièrement dans le domaine de la cause animale. S'il est difficile de faire émerger une structure uniquement dédiée aux menaces émergentes, il est en revanche possible de réaliser un bond qualitatif pour faire descendre la dynamique antiterroriste au niveau des unités de terrain et transformer la gendarmerie nationale en service de renseignement. 48


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Le front office existe déjà avec le maillage, les sections de recherches, les référents lutte anti-terroriste (LAT). La difficulté revient à organiser un back office dont le BLAT constitue déjà un embryon, en y intégrant, en réseau, l'IRCGN, l'OCLAESP, le STRJD et les cellules renseignement des groupements. Cette démarche est déjà à l’oeuvre. Elle peut aboutir si la totalité de la structure s'organise pour passer d'une organisation policière réactive à une organisation proactive tournée vers l'anticipation des menaces et des évolutions de la criminalité, y compris de droit commun.

Conclusion La question du renseignement n'est pas pour notre institution anecdotique. L'intégration à la sécurité nationale constitue la clé de son maintien dans le cercle des polices globales. Cette participation à la communauté du renseignement emporte également l'aptitude de l'institution à opérer une révolution qualitative en passant d'une police réactive à une police préventive dans le souci du respect des droits fondamentaux et des libertés publiques. Une réflexion peut être engagée dans cette voie, sans préjudice pour les institutions déjà en place. Cette réflexion pourrait déboucher sur une authentique réforme du renseignement, associant la gendarmerie, au côté d'autres services, dans un ensemble placé sous l'autorité d'un directeur national issu de la haute fonction publique et contrôlé par un conseil de surveillance groupant des parlementaires issus des commissions ad hoc et d'un magistrat garant du respect des droits fondamentaux et doté d'un pouvoir de sanction.

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lA SÉCURITÉ DES FRANçAIS : UNE MISSION PREMIÈRE POUR l’ETAT, UNE RESPONSABIlITÉ PARTAGÉE SUR lE TERRAIN. Colonel (er) d e gendarmerie Benoit KANDEL 1er adjoint au maire de Nice Conseiller général des Alpes maritimes

La place des polices municipales dans le dispositif de sécurité en France est une question sans cesse débattue qui conduit très vite à une autre interrogation, celle de savoir si l’Etat doit avoir ou non le monopole en matière de protection des Français. Or, sur ce sujet, une simple observation de la réalité du terrain montre que, si la mission est souvent présentée comme « régalienne », les acteurs sont en vérité multiples et qu’un nombre toujours plus grand d’entre eux appartient même au secteur privé. En d’autres termes, la sécurité est indiscutablement une des missions premières de l’Etat mais elle est accomplie au quotidien par des structures qui sont loin d’être toutes étatiques. Dès lors, il est très inopportun de chercher à opposer les forces les unes aux autres et au contraire, tout à fait souhaitable d’encourager les collaborations et de favoriser les complémentarités. Les collectivités locales, et au premier chef les communes, font sur le sujet sensible de la sécurité des choix politiques très différents : ou elles renvoient la question vers l’Etat au motif qu’il serait seul compétent en la matière ou elles accompagnent celui-ci en s’appuyant notamment sur les pouvoirs de police confiés au maire et sur ses attributions dans le domaine de la prévention de la délinquance et de politique de la ville. Ces approches radicalement opposées mais aussi les réalités géographiques extrêmement diverses expliquent que les polices municipales soient finalement très différentes les unes des autres, notamment par leur taille, leur organisation et les missions exercées. Pour autant, chaque conception retenue par une commune, ne l’oublions pas, reste légitime en ce qu’elle procède toujours d’une volonté politique, démocratiquement exprimée dans les urnes. Ce cadre étant posé, il faut remarquer que les maires, parce qu’ils sont quotidiennement confrontés aux doléances de leurs administrés et 48


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proches de la réalité du terrain, sont de moins en moins nombreux à nier toute responsabilité en matière de sécurité. De leur côté, les forces de police d’Etat, pour de multiples raisons, ont progressivement concentré leurs efforts sur la police judiciaire, la sécurité routière et le maintien de l’ordre public. De fait, là où une police municipale existe, une répartition des missions s’opère en général sans difficulté, par le biais de conventions de coordination avec les services de police ou de gendarmerie nationales. Au maire, le soin d’exercer la police des marchés, la constatation des infractions à l’environnement, le service public de la fourrière, la sécurisation des accès aux écoles, la police des parcs et jardins ou encore l’enlèvement des véhicules épaves et la lutte contre les nuisances sonores. À l’Etat, la responsabilité d’assurer les investigations judiciaires, la mission de renseignement, le maintien de l’ordre et toutes les actions de police attachées à la sécurisation des espaces et des voies de communication. Sauf donc à vouloir entretenir un débat parfaitement stérile, il n’existe pas de « conflit de compétences » entre les forces de police municipales et étatiques. Mieux encore, cette coexistence de deux niveaux de forces est parfaitement cohérente avec le caractère décentralisé de notre République et, en tant qu’elle apparaît comme une deuxième forme de dualisme policier, après la volonté maintes fois affirmée du maintien de deux organisations de police au niveau national, apporte même une garantie démocratique supplémentaire aux citoyens. En France, les moyens de police, dont l’activité est pour tous les services et partout sur le territoire surveillée par les magistrats, ne sont en effet pas placés en totalité dans les seules mains de l’Etat. Les élus locaux en contrôlent une partie, certes réduite, mais une partie tout de même. Cela n’est ni une nouveauté dans l’histoire de l’organisation de la sécurité intérieure dans notre pays, ni contestable dans les faits, tant les maires sont aujourd’hui sollicités sur les questions de sécurité et tant ils ont également de comptes à rendre sur le sujet à leurs administrés. Sur la base de cette analyse, la Ville de Nice s’est engagée en 2008 dans une ambitieuse politique de coproduction de sécurité avec l’Etat. Elle a, entre autres mesures, accru les effectifs de la police municipale (+ 100 pour atteindre 380 fonctionnaires auxquels s’ajoutent 60 51


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administratifs, 150 ASVP et 228 Papys et Mamys trafic), modernisé ses équipements, installé une centre de supervision urbain de dernière génération (qui gère aujourd’hui 624 caméras et 750 fin 2012), signé un nouveau contrat local de sécurité, créé un conseil des droits et devoirs de la famille, initié 7 réseaux de « voisins solidaires », instauré un couvre feu pour les mineurs de 13 ans après 23 heures, interdit la consommation d’alcool sur la voie publique ou encore, instauré un « pôle action squat » lequel, en deux ans, aura fermé et le plus souvent détruits près de 90 sites d’habitat insalubre. Grâce à la géolocalisation, la police nationale a désormais connaissance en temps réel de toutes les patrouilles véhiculées ou pédestres de la police municipale, ce qui lui permet d’optimiser ses propres interventions. La Ville partage en outre son réseau de caméras avec la sécurité publique mais aussi avec le SRPJ et le groupement de gendarmerie. En moins d’un an et demi, plus de 500 enquêteurs ont sollicité des images dans le cadre de leurs investigations et 490 personnes ont été interpellées en flagrant délit par les différents services de police. De son côté, « la nationale » assure la coordination d’ensemble, dispense des formations aux « municipaux » et centralise pour les exploiter tous les renseignements que ces derniers lui font désormais parvenir. Cette politique de complémentarité avec l’Etat, qui s’est mise en place dans le respect très scrupuleux des compétences de chacun, s’avère fructueuse. Alors que la fréquentation touristique de Nice a fortement augmenté en 2010 et 2011 (près de 12 %), la délinquance de proximité a poursuivi son recul (moins 2 % en 2010 et moins 9 % depuis janvier 2011). L’image de la destination s’est améliorée, notamment à l’étranger, et son activité économique dans un contexte international plutôt morose, a progressé (près de 5 points de TVA supplémentaires depuis janvier dernier). En trois ans, la mortalité routière a été divisée par trois et le nombre de voitures incendiées a baissé de 30 %. La sécurité est un besoin primaire au sens où il s’agit d’une priorité absolue pour nos concitoyens en même temps qu’une condition essentielle de la cohésion sociale et du développement économique. C’est pourquoi, plutôt que de contester aux autres acteurs leur capacité à agir, chaque organisation policière a le devoir de s’interroger constamment sur la pertinence de sa propre organisation et sur son efficacité. Enfin, parce que 52


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l’Etat ne peut pas tout tout seul et que, du gouvernement jusqu’au simple citoyen, la sécurité est évidemment l’affaire de tous, chacun a aussi le devoir de s’employer à développer les coopérations et les synergies. A Nice, le Maire ne cherche pas à confier aux policiers municipaux des missions nouvelles qui risqueraient d’ailleurs de les éloigner du terrain. Il ne revendique pas plus la responsabilité de la coordination opérationnelle des forces de police qui relève de la seule compétence de l’Etat. Il exerce en revanche avec beaucoup de détermination l’ensemble des prérogatives qui lui sont confiées par la Loi en matière de prévention de la délinquance et de politique de la ville. Les policiers nationaux, ainsi soulagés de très nombreuses tâches, ont enfin les moyens de se concentrer sur leur coeur de métier et, comme le montrent les taux d’élucidation, sont plus efficaces dans la lutte contre la délinquance. Au bilan, l’Etat, la Ville, les fonctionnaires et les citoyens sont gagnants tandis qu’apparaît toujours plus désuet et inutile le débat sur l’existence des polices municipales...

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OPINON

ON N’ARRETE PAS lE PROGRES ! Général d’armée (2S) Pierre-Jean Jacquet

Dans son livre « Onze propositions chocs pour rétablir la sécurité », le député du Finistère Jean-Jacques Urvoas, secrétaire national à la sécurité pour le parti socialiste, a fait une étonnante suggestion : placer de nouveau, à la tête de la gendarmerie, un civil selon lui moins soumis à l’autorité politique et mieux à même de gagner les arbitrages qu’un militaire. La réplique du directeur général n’a évidemment pas tardé et le député a vu une mesure de rétorsion dans le fait que son intervention, prévue au Centre des hautes études du ministère de l’Intérieur devant un parterre de généraux de gendarmerie, le 16 septembre, a été différée, considérant cette déprogrammation comme rien moins que de l’enfantillage ou de la désinvolture. Mais aussi fallait-il qu’il agite un tel chiffon rouge ? Est-ce cela, faire preuve d’audace, ainsi qu’il dit le vouloir ? Quels enseignements tirés depuis 2004, année du retour d’un général de gendarmerie à la tête de l’institution, lui permettent-ils d’avancer que les directeurs militaires seraient moins à la hauteur ? En admettant que cette suggestion puisse constituer, comme l’indique son promoteur, une « proposition choc » pour rétablir la sécurité, ce dont je doute vraiment, j’essaie, en vain, de trouver des arguments objectifs justifiant ce retour en arrière, à mes yeux passablement iconoclaste. Un militaire au ministère de l’Intérieur, comment pourrait-il, par exemple, résister aux pressions politiques exercées par la police via les syndicats ? Car c’est sans doute de cela dont il doit s’agir, en raison d’un rapprochement considéré à haut risque par Jean-Jacques Urvoas ? J’ai eu la chance d’approcher de très près la plupart des directeurs généraux qui se sont succédé depuis 1973, de Jean-Claude Périer à Pierre Mutz, magistrats de l’ordre judiciaire ou de l’ordre administratif ou encore préfets, et je n’ai jamais vu en quoi l’un ou l’autre d’entre eux, aux mérites pourtant avérés, avait pu résister sérieusement, en quelque occasion importante que ce fût, aux arbitrages ou, à tout le moins, influer notablement sur leur contenu. Et pourtant, j’en ai vécu, des arbitrages ! 54


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Je ne vois donc pas, non plus, en quoi un général issu des rangs de l’institution ferait moins bien. Rapprochement à haut risque, ai-je écrit plus haut, mais également situation nouvelle qui impose des obligations particulières au ministre en charge, à présent, des deux forces de police d’Etat. N’oublions pas que la gendarmerie s’est trouvée en déshérence plus souvent qu’elle ne l’aurait souhaité, dans une vie antérieure… Cela étant, le procès d’intention fait en l’occurrence aux militaires ne me surprend guère et en dit long, à mon sens, sur la considération qu’on leur porte et la confiance qu’on leur témoigne et cela ne date malheureusement pas d’aujourd’hui…Les généraux – apparemment toujours le petit doigt sur la couture du pantalon, on se demande bien pourquoi – apprécieront comme il convient cette nouvelle marque d’estime ! Pourquoi, d’ailleurs, ne pas mettre également un civil à la tête des armées qui, lui, saurait résister, on s’en doute, aux foucades du politique ?

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COMME Il EST BEAU lE PlACEBO  ! Chef d’escadron (er) Jean-Marie LEROY

L'esprit a-t-il un réel pouvoir sur le corps ? On peut déjà répondre par oui puisqu'il commande pour parler, écrire, boire ou manger mais il ne peut pas tout. Il ne peut par exemple empêcher la douleur ou encore permettre d'avoir de beaux abdominaux sans effort ! Cette merveille encore mal connue qu'est le cerveau réagit cependant sans que nous ayons conscience de le provoquer. Beaucoup de monde a eu à un moment ou à un autre à utiliser à l'insu de son plein gré ce fameux effet placebo(1), c'est à dire prendre un médicament qui en a toutes les apparences mais qui ne contient aucune molécule à fonction médicale. Et ça marche ! à des degrés divers bien sûr selon la maladie et le patient. Historiquement, cette approche a d'abord été évoquée de façon empirique par Paracelse Von Hohenheim, un Suisse né en 1493 qui fut à la fois médecin, botaniste, alchimiste ou encore astrologue à une époque où ces diverses activités étaient assez imbriquées. On cite ensuite Jean-Nicolas Corvisart né le 15 février 1755 à Dricourt (Ardennes), médecin personnel de Napoléon. Il a été amené à soigner Joséphine qui exigeait de plus en plus de pilules. Il lui prescrit ...des placebos. Ce remède plaît aux dames. Il l'appelle « mica panis ». Vous avez bien traduit... « mie de pain » ! Mais c'est seulement dans les années 1950 que l'effet placebo est réellement étudié par les scientifiques. Un médecin américain démontre que parmi un millier de patients souffrant de différents maux et ayant reçu un placebo, environ 35% voient leur douleur diminuer. Cette proportion est cependant très fluctuante selon les pathologies(2) mais aussi les pays(3) (source revue Sciences et Vie). Selon un psychopharmacologue du CHU de Saint Etienne « administrer un placebo donne de bons résultats dans toutes les pathologies dites psychofonctionnelles. En revanche, elle est inefficace pour traiter une septicémie ou une tumeur cancéreuse ». (1) Placebo, conjugaison latine du verbe plaire traduite par « je plairai ». Peut s'écrire placebo ou placébo mais les énarques ont trouvé une autre appellation : syndromes collectifs inexpliqués. Sacrés énarques ! (2) Seulement 6% des patients asthmatiques, 19% pour la maladie de Crohn, environ 30% pour la migraine et jusqu'à 40% pour un ulcère. (3) 7% au Brésil, 22% au Danemark, 59% en Allemagne. 56


OPINION

Mais le placebo ne se présente pas qu'en médicament, il peut prendre la forme d'une fausse chirurgie. Une étude publiée en 2002 montre que les malades atteints d'une arthrose du genou et qui avaient reçu une chirurgie placebo ont vu leur douleur diminuer dans les mêmes proportions que ceux qui avaient subi une intervention réelle. Autres constatations : « plus c'est onéreux, mieux ça soigne » ! Une étude de 1981 montre qu'un placebo décrit comme de l'aspirine d'une marque connue était plus efficace que le même présenté sous une forme générique. Enfin, couleur et taille peuvent moduler l'effet placebo. Un placebo rouge est perçu comme excitant tandis qu'un bleu a des effets apaisants bien réels, les gélules étant plus efficaces que les comprimés... les injections intramusculaires présentant une réponse plus importante. Alors comment expliquer tout cela ? Il reste encore une très grande part de mystère. Quelques pistes sont explorées : une psychologue a suivi pendant 10 ans des patientes traitées pour un cancer du sein ayant, pour la moitié d'entre elles, bénéficié d'un soutien psychologique et a découvert que le taux de décès lié au cancer ou sa récidive était réduit de 68% chez les patientes soutenues psychologiquement. Les psychologues auraient-ils suggéré la guérison tel un effet placebo ? Toutes les études récentes montrent que la suggestion constitue le mécanisme le plus puissant mis en oeuvre par le placebo, un paramètre apparemment très important du placebo étant le médecin lorsqu'il prescrit. Au final, c'est un peu comme lorsqu'on regarde une pièce de théâtre ou un film. Vous n'avez pas besoin d'y croire pour ressentir des choses, vous avez juste besoin d'être dedans. Une dernière étude montre que les plus gros fournisseurs de placebos sont les hommes politiques ! Mais, comme dirait l'homme de radio JeanPierre Gauffre : « vous n'êtes pas obligés de me croire ».

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HUMEUR, HUMOUR : ÉTAT DE DROIT, ÉTAT DE BON DROIT, ÉTAT DE BON SENS. Général (2S) Paul DILASSER

La France est un Etat de droit, la cause est entendue. Et Descartes (1596-1650) – qui a le grand mérite d’avoir connu les vieux murs fléchois devenus Prytanée – déclarait : « Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée ». Donc tout devrait aller parfaitement : le bon sens fait évidemment partie du droit ! Pas si sûr. Même si l’éminent philosophe a parcouru l’Europe, en particulier vers le Nord, il existe au moins deux façons de concevoir le droit pénal dans ce continent : l’anglo-saxonne et la romaine. Je ne me risquerai pas à dire si le bon sens anime l’un mieux que l’autre, pourvu que celui qui a fauté contre la société soit puni , simple bon sens. Ah, mais est-ce toujours vrai ? Non, car la procédure l’emportant sur le fond, le bon sens ne s’y retrouve pas nécessairement. Et je ne suis pas sûr que tout le monde le comprenne. Que dire alors de l’état de bon droit ? J’entends par là non l’état du plaignant qui s’estime lésé et veut faire valoir son bon droit, mais celui qui ne peut faire cesser un préjudice qui tombe sous le sens. C’est le cas de l’erreur de prise de données, éventuellement amplifiée par l’informatique qui comme chacun sait ne se trompe pas (j’ai failli ainsi ne pas payer d’impôts il y a quelques années, malgré mon auto-dénonciation !). Et l’on voit régulièrement des abonnés au gaz, à l’électricité ou au téléphone se battre pour faire rectifier une erreur de facturation ; personne n’y peut rien croirait-on. Quant aux démêlés avec une administration il faut parfois une décision de Paris, comme si aucun responsable intermédiaire n’avait le pouvoir de reconnaître le bon droit avec bon sens. Donc on n’est plus si sûr que l’état de bon sens soit bien partagé. Les textes officiels sont paraît-il moins bien rédigés qu’autrefois. Au mieux on peut parfois expérimenter une mesure envisagée, faire en quelque sorte passer l’épreuve du c…(non, du bon sens !) avant de se lancer dans une généralisation, qui d’ailleurs trouvera ses failles. 58


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Car in fine même l’état de bon sens cartésien, donc français (on nous le conteste), trouve maintenant à se confronter à une instance supranationale : la Cour européenne des droits de l’homme. Il me semble que cette juridiction, qui vient après la Cour de Cassation redresser les jugements des Français, et des autres, surprend de temps en temps le bon sens de nos compatriotes. Un coupable condamné « au nom du peuple français », sanction confirmée par les divers degrés français, peut se trouver « sauvé » – sur la forme – par une instance supérieure… qui n’applique pas un droit européen unique… et n’est pas encore « contestable » devant une instance Onusienne ! C’est légal, on peut même parfois s’en trouver bien. Mais pour la victime, qui se croit du bon côté de la balance (Roberval crée la balance à deux fléaux en 1670), où est le bon sens ? À moins qu’avec l’informatique on ne sache plus sur quoi se fonde l’équilibre d’une balance, une sorte de perte de bon sens !

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QUEl AVENIR POUR lA POlICE NATIONAlE EN ZONE GENDARMERIE ? Chef d’escadron Edouard RIVIERE Etat-major des armées Division ESMG - JUROPS

Dans « la tribune du commissaire » de décembre 2010, un commissaire divisionnaire s’interroge sur l’avenir de la Gendarmerie et préconise une nouvelle répartition des missions entre la Police et la Gendarmerie, la première récupérant toutes les missions de police, tandis que la seconde ne garderait que des missions de maintien de l’ordre, de sécurité routière et de garde des frontières et des palais institutionnels, soit celles dévolues peu ou prou à la Garde Républicaine, à la Gendarmerie mobile et aux gendarmeries spécialisées. Exit donc la Gendarmerie départementale et son maillage territorial, pour faire place à une nouvelle Police nationale exerçant seule les missions de sécurité publique et de police judiciaire sur l’intégralité du territoire. Quant aux gendarmes, ils se contenteraient de manier, au choix la matraque, le carnet de timbres amendes ou le FAMAS et le sabre... L’auteur en conclut à une rationalisation de l’emploi des effectifs et à une diminution de la masse salariale, tout en prévoyant une augmentation de 50.000 policiers et corrélativement une diminution de 40.000 gendarmes (1). Notre commissaire divisionnaire a le mérite de vouloir maintenir une Gendarmerie au caractère militaire affirmé, et a l’honnêteté d’admettre qu’il faut maintenir deux forces de police. Mais cette dualité, indispensable à ses yeux dans une démocratie, est en réalité totalement remise en cause puisque seule une force détiendrait les missions de police, l’autre force ne conservant que les attributs d’une « garde nationale » à l’américaine. A supposer que cette réforme soit souhaitable ou inéluctable, il reste à savoir si elle est réalisable. Concrètement, peut-on sérieusement envisager que la Police nationale récupère les missions de sécurité en zone (1) Soit une augmentation de 10.000 agents. S’agit-il d’une erreur involontaire de l’auteur ? ou d’une augmentation d’effectifs plus importante dans la Police pour compenser la diminution du nombre des gendarmes dans une proportion de 5 fonctionnaires pour 4 militaires ? On peut également s’interroger sur les effectifs retenus par l’auteur (120.000 policiers et 103.000 gendarmes), alors que la Cour des Comptes voit 144.218 policiers et 96.179 gendarmes. 60


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gendarmerie, et que nos 3.600 brigades territoriales se transforment en autant de commissariats de police ? La lecture du dernier rapport de la Cour des comptes se révèle à cet égard très intéressante. A défaut d’être infaillible, ce rapport a au moins le mérite de porter un regard neutre sur les deux institutions. Les effectifs de la Direction centrale de la sécurité publique (DCSP) et de la Préfecture de police s’élèvent à 83.000 fonctionnaires – sans compter les services chargés de la Police judiciaire – répartis en 351 circonscriptions (CSP), pour 80.000 gendarmes départementaux(2) exerçant l’ensemble des missions de police (police judiciaire, sécurité publique, renseignement) et répartis en 3600 brigades territoriales. Même rassemblées en communautés de brigades (COB), les unités territoriales de la gendarmerie fonctionnent de manière autonome avec des effectifs d’environ 15 militaires. La réorganisation en COB n’a pas eu pour but de fermer les brigades, mais seulement d’optimiser l’emploi des militaires pour accroître la présence sur la voie publique, comme le reconnaît la Cour dans son rapport(3). En revanche, pour la Police, du fait d’un régime de travail très complexe, avec des règles de récupération particulière, âprement négociées avec les syndicats, il faut au moins 23 fonctionnaires pour, au sein d’un commissariat, assurer l’accueil du public, la surveillance des gardés à vue et le secours aux personnes(4). La surveillance générale et les enquêtes ne sont donc pas effectuées avec cet effectif minimal, d’où la nécessité d’effectifs plus importants. Si la Police devait reprendre les missions dévolues à la Gendarmerie, il lui faudrait alors reprendre ces 3.600 unités (et probablement en dissoudre un grand nombre…).

(2) « L’organisation et la gestion des forces de sécurité publique », rapport de la Cour des comptes, p.10 et 11. (3) p. 69, 70 et 103 du rapport. Alors que le taux de présence sur la voie publique est de 39% dans la police (p.69), il s’élève à 67% pour la gendarmerie, malgré un nombre d’emprise nettement plus important... (4) Rapport précité, p. 78, chapitre IV. 61


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Cela signifie qu’il lui faudrait : - réorganiser totalement le régime de travail pour permettre à des unités de faible effectif d’assurer les missions dévolues ; - revoir probablement l’organisation générale de la Police en grandes Directions centrales autonomes, puisque la répartition des fonctionnaires dans un très grand nombre de petites unités ne permettrait probablement plus de spécialiser les agents dans une mission spécifique (PJ, SP, renseignement), mais au contraire les obligerait à une plus grande polyvalence ; - augmenter massivement le rythme des mutations pour maintenir les effectifs nécessaires au sein de toutes les unités territoriales (actuellement, chaque année 7 % des policiers sont mutés, dont environ 60 % avec changement de résidence(5), ce qui revient à maintenir en moyenne 14 ans le policier dans son service, et plus de 20 ans dans la même résidence…). Croit-on réellement que la Police parviendrait à de telles remises en cause de son organisation(6), alors que chaque réforme se heurte au bon vouloir des syndicats ? La dissolution programmée de quelques CRS par le précédent ministre de l’Intérieur n’a pu être menée à bien, alors que dans le même temps la Gendarmerie acceptait de dissoudre un nombre élevé d’escadrons, sans que cela soulève de problème particulier de la part des militaires concernés. A se demander laquelle des deux institutions est capable d’adapter ses structures … En réalité, les réformes mises en oeuvre ou envisagées sérieusement par le Ministère de l’Intérieur, et préconisées par la Cour des comptes, vont dans le sens inverse, à savoir la récupération par la Gendarmerie des CSP inférieures à 20.000 voire 30.000 habitants, ces CSP étant déjà surdimensionnées en effectifs du fait des effets de seuil et de la difficulté de la Police à répartir ses fonctionnaires sur le territoire entre ses 351 CSP. Les DDSP reconnaissent d’ailleurs que certaines CSP disposent d’un trop grand nombre de commissariats ou de points de police de proximité(7). (5) Rapport précité, p. 67 note n° 41. Voir également p. 75 l’exemple de la CSP de Vannes qui, bien qu’en sureffectif, a absorbé les fonctionnaires lors de la fermeture de l’école de police de la dite ville. (6) p. 84 et 85, « des réformes difficiles et souvent inabouties ». (7) p. 86, « b) la délicate réduction des implantations immobilières » 62


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Ne pouvant fonctionner qu’avec des effectifs importants au sein de ses services, la Police nationale a donc plutôt intérêt à se recentrer sur les grands centres urbains pour pouvoir assurer ses missions, souvent avec le renfort des polices municipales(8). Réformer ou réaménager la répartition des compétences entre les deux forces de sécurité intérieure ne passe pas par un découpage par mission, qui mettrait fin de fait à la dualité des forces, mais par une simplification de la carte des zones respectives. De même que la Gendarmerie a dissous ses groupements situés dans la petite couronne parisienne, la Police pourrait se retirer des départements les plus ruraux(9) et des villes moyennes. C’est dans la poursuite de cette démarche que réside la rationalisation des effectifs de nos deux institutions.

(8) Cf. chapitre V, « le rôle grandissant des polices municipales » (9) Alpes de Hte Provence, Ardèche, Ariège, Creuse, Jura, Lot, Lozère, Meuse…

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HOMMAGE PUBlIC lE 20 OCTOBRE 2011 AU CHEF D'ESCADRON HENRI ClOTAIRE DESCAMPS IllUSTRE OFFICIER DE lA GENDARMERIE NATIONAlE Capitaine Olivier LEFEBVRE, commandant la compagnie de gendarmerie de Soissons (02)

Peu importe le froid qu'il fait aujourd'hui, aucune journée ne sera jamais aussi froide que celle du 5 décembre 1942 à 5 heures du matin dans les fossés du camp de Brandenbourg quand les veines d'Henri Clotaire Descamps se glacèrent. Peu importe le froid qu'il fait aujourd'hui, rien ne sera jamais aussi froid que la lame de l'acier qui lui trancha la gorge.

Henri-Clotaire Descamps est né le 20 avril 1906 à FROMELLES (Nord), petit village situé aux confins de la Flandre Wallonne et du plat pays de l'Alleu. C'est le 10 mai 1926 que débute la carrière militaire du soldat de 2ème classe Descamps, incorporé au 171ème régiment d'infanterie à SOISSONS. Nommé successivement caporal puis sergent le 20 mai 1927, il part en garnison à GERMERSHEIM (Palatinat). 64


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Libéré le 10 novembre 1927, il décide de se rengager le 23 janvier 1928 au titre du 8ème régiment d'infanterie stationné à KASTEL près de MAYENCE. Le 9 mai 1929, il épouse Marguerite Louise Biens. De cette union naîtront trois fils, Pierre, Jean-Michel et Bernard. Le 23 janvier 1931, Henri-Clotaire Descamps signe un nouvel engagement et le 1er octobre de la même année, il est admis à l'école militaire de l'infanterie et des chars de combat de Saint-Maixent. Nommé sous-lieutenant, il prend ses fonctions le 1er octobre 1933 au 153ème régiment d'infanterie à Bitche. Le 1er juillet 1934 marque un tournant important dans la vie du sous-lieutenant Descamps. Comme il l'avait souhaité, il est admis à l'école d'application de la gendarmerie à Versailles. Trois mois plus tard, il est affecté à la 6ème légion de garde républicaine mobile et tient garnison à Le Quesnoy en qualité de lieutenant. Le 8 août 1936, il prend le commandement du peloton n°452 à Valenciennes. Pendant ces années, il va commander cette unité et se faire remarquer par son goût de l'étude et du commandement, par le soin qu'il porte à l'instruction du personnel, par la force de volonté peu commune qu'il manifeste pour atteindre le but qui lui est fixé. Le 2 septembre 1939, la guerre est déclarée. Il se porte alors volontaire pour les corps-francs et prend le commandement du 1er peloton de mitrailleurs au 3ème escadron antichars du II ème groupe de reconnaissance de la II ème division d'infanterie où il sert dans l'est de la France. Il est promu capitaine le 25 mars 1940. Dans la nuit du 17 au 18 juin 1940, avec une poignée d'hommes, il échappe à l'encerclement des unités blindées allemandes et rejoint la zone non occupée. Affecté à la section de gendarmerie de Soissons, le capitaine Descamps devient alors l'âme et l'inspiration de la Résistance soissonnaise. Membre du groupe « Vérité Française » rattaché le 1er mars 1941 au réseau « Musée de l'homme » créé dès le mois de juillet 1940 pour le compte de la France libre par le « BCRA et l'Intelligence service », il en devient rapidement le chef moral en organisant les centres de parachutages ainsi que les sabotages de la machine ennemie. 65


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Le 25 novembre 1941, à 7h00, la caserne de gendarmerie des Francsboisiers à Soissons est investie par la gestapo. Le capitaine Descamps tente de s'échapper mais la police allemande parvient à le capturer. Conduit à Fresnes, il subit les souffrances des interrogatoires et des tortures. Il gardera le silence préservant ainsi de la mort de nombreux patriotes. Condamné à mort le 30 mai 1942, il est déporté en Allemagne le 15 septembre et le 5 décembre 1942 à 5h00 il sera exécuté par décapitation dans les fossés de la forteresse de Brandenbourg. Son corps sera incinéré sur place. Par décret du 3 août 1946, le capitaine DESCAMPS est promu au grade de chef d'escadron pour prendre rang du 25 septembre 1942.

DECORATIONS ET CITATION

Le chef d'escadron DESCAMPS est nommé à titre posthume le 20 mai 1947, chevalier dans l'ordre de la Légion d'Honneur ; - Croix de guerre 1939-1940 avec étoile d'argent et palme - Médaille de la résistance à titre posthume le du 23 novembre 1955 - Croix de combattant volontaire de la résistance à titre posthume le 15 novembre 1960 - Citation à l'ordre de la 2ème division le 1er mai 1940. Par cet hommage public se trouve aujourd'hui consacré le souvenir de cet officier dont la carrière courte, droite et glorieuse offre le témoignage de l'héroïsme le plus pur et une foi ardente dans la destinée de la patrie.

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PlAIDOYER POUR lES ARCHIVES Colonel Jean-Louis SALVADOR Chef du département gendarmerie du Service historique de la Défense

Affirmer que l’héritage historique de la gendarmerie nationale est considérable en raison de son passé pluriséculaire relève d’un constat peu original. De l’imposant monument de la loi implanté à Versailles à la tombe du général BETEILLE qui repose à RODEZ, de nombreux lieux de mémoire, de nombreuses casernes aux frontispices évocateurs rappellent ça et là notre maillage territorial et l’engagement des gendarmes.

De manière plus visible, les objets, pièces de harnachement ou d’uniformes présentés dans les salles d’honneur ou le (futur) musée de la gendarmerie sont autant d’émouvants témoignages légués par nos grands anciens.

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Enfin, cet héritage historique serait bien incomplet s’il n’intégrait pas les archives de la gendarmerie qui occupent une place particulière (et non à part) en raison de leur nature, de leur volume et surtout de leur valeur ignorée du public et parfois des gendarmes eux-mêmes. Outre l’obligation légale de leur conservation, elles méritent d’être étudiées sous un triple aspect, celui de la préservation des droits des personnes, de la recherche historique et scientifique et celui de leur valorisation au sein du service historique de la Défense. Premier constat auquel les soldats de la loi ne peuvent pas être insensibles, les administrations ont l’obligation légale de conserver leurs archives. Leur gestion est soumise à la réglementation définie par la loi n° 2008-696 du 15 juillet 2008. Ce texte présente notamment les délais d’accès à ces documents majoritairement constitués de papier, mais aussi de croquis, photos, de fiches, ou sous une forme désormais dématérialisée plus difficile à conserver dans le temps. En deuxième lieu, les archives ont une valeur concrète justifiant leur existence ; la qualité des recherches administratives qu’elles permettent d’effectuer prend une part prépondérante dans la préservation des droits aux personnes. Il s’agit tout d’abord des gendarmes eux-mêmes qui souhaitent obtenir la reconstitution de leur carrière ou justifier l’obtention de pensions ou de décorations. Les personnes n’appartenant pas à l’institution sont également concernées, notamment lorsqu’elles sont victimes de crimes, délits ou accidents. La gendarmerie est l’arme de l’écrit : voilà pourquoi il faut continuer à cultiver la bonne tenue des procédures et la rigueur militaire dans la rédaction des rapports, qualités connues et reconnues par l’administration en général et les services de la justice en particulier. Le caractère judiciaire des archives gendarmerie, qui l’identifie formellement, peut donc tout autant appuyer une action en justice (demande de procédure par un particulier) que documenter une instruction judiciaire diligentée par les services de police, de gendarmerie ou les parquets.

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Retour des cendres du général Béteille à Rodez le 23 octobre 2009

En affirmant que la gestion des archives était son « coeur de métier », depuis sa création en 2005, le service historique de la Défense a clairement affiché sa volonté de valorisation. Elle a été concrétisée par la création d’une salle de lecture unique installée depuis mars 2009 au pavillon du Roi du château de Vincennes. Parallèlement, le site internet du service historique de la Défense permet d’effectuer de nombreuses démarches à distance (consultation d’inventaires, réservations…). La création de la Division Enseignement Études (D.E.E), le 6 septembre 2010, a donné une nouvelle impulsion à cette valorisation en mutualisant les activités assurées jusqu’à présent dans ce domaine par les départements d’armée. En son sein, le bureau gendarmerie prépare pour la direction générale des études offrant des perspectives historiques à certains sujets. Il assure des missions d’enseignement à l’école des officiers de la gendarmerie nationale et au séminaire historique de la gendarmerie de l’université de Paris IV-Sorbonne. L’intérêt des archives, aujourd’hui mis en exergue dans les recherches généalogiques, permet de surcroît de nourrir la réflexion de commandement, apportant une dimension et un éclairage historiques à certaines questions d’actualité. De telles études ont ainsi permis d’éclairer nos autorités sur le rôle de la gendarmerie dans les opérations extérieures, son implication dans la police judiciaire ou dans le fonctionnement du palais de justice de Paris. 69


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Parfois perçues comme un stock de vieux papier encombrant et coûteux à l’utilisation restreinte, on voit bien que les archives représentent une richesse patrimoniale qui ne peut que forger et renforcer l’identité de son personnel. Toutefois, la masse volumique de ces fonds, le versement par les unités de 6 km linéaires par an, la précarité de certaines installations sont de nature à fragiliser leur conservation. Le transfert du centre d’archives définitives de Fontainebleau à Vincennes, l’extension des capacités de stockage au centre d’archives intermédiaire du Blanc, le récolement des archives lié à l’aménagement de la nouvelle Direction Générale à Issy les Moulineaux, leur devenir depuis le rattachement organique de la gendarmerie nationale au ministère de l’Intérieur, restent autant de défis à relever. Pour toute information ou renseignement sur les archives, vous pouvez contacter : - Madame Odile JURBERT, Conservateur en chef du patrimoine du département gendarmerie (: 01.41.93.23.10 *: odile.jurbert@sga.defense.gouv.fr - Capitaine Sandra SERIS, (: 02.64.69.41.99 *: sandra.seris@gendarmerie.interieur.gouv.fr - Lieutenant Aurélien CUBAYNES Chef du centre d’archives intermédiaires (: 02.18.27.26.70 *: aurelien.cubaynes@sga.defense.gouv.fr

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TÉMOIGNAGES ET REFlExIONS Lieutenant-colonel (er) Robert DELARC

C'est toujours avec plaisir et intérêt que je lis les articles de notre revue trimestrie1le « Le Trèfle » ; leur diversité constitue à l'évidence un attrait indéniable aussi bien pour les anciens (dont je suis) que pour les plus jeunes de nos camarades. Au travers des écrits, on devine chez les rédacteurs le souci de maintenir les valeurs de notre institution. Cela « fait chaud au coeur », mais, il y a quelques années, il était fait souvent référence à « l'amour du métier » ou encore « à la fierté d'appartenir à cette grande famille de la Gendarmerie ». Aujourd'hui, au fil des lectures de la revue, je relève souvent des formules telles que « Force de police globale », « positionnement institutionnel », « pensée doctrinale et conceptuelle », « code des valeurs », « patrimoine », etc... Et je ressens bien confusément qu’on n’ose plus désormais faire état de ces sentiments familiaux qui autrefois étaient si forts qu'ils imprégnaient toutes les institutions... Gabriel Marcel, ecrivain philosophe, soulignait vers 1900 : « Toute famille vraiment vivace secrète un certain rituel sans lequel elle risque de perdre à la longue ses assises secrètes ». Cette citation m’interpelle si fortement en tant qu’ancien gendarme que je ne résiste pas à l'envie de l’analyser, d’essayer de mieux la comprendre, d'apporter aussi des témoignages pour en fait, tenter de répondre à cette question : « Ce sentiment très intense d’appartenance à un grand corps militaire est-il devenu une utopie ? Y’a t-il quelque chose de changé dans ce domaine au sein de notre communauté gendarmique ? » Nous savons, après l’étude historique des origines de notre Arme entreprise à l’École d’application de Melun, que bien des changements sont intervenus depuis l’époque où, au XVème siècle, Charles VII eut l'idée de doter la France d'une armée permanente. Depuis, fort heureusement la maréchaussée s'est adaptée constamment à son temps avec le souci de veiller au maintien de l’ordre et à la sûreté publique. 71


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Donc la réponse à la question posée est oui ; seulement, c’est « dans l'esprit qui anime et motive ce Corps d’élite » qu'il importe de rechercher d’autres éléments de réponse et c'est cela l'important. Nous comprenons bien que ce qui oriente l'action d'une collectivité ce sont les fonds d'idées et de sentiments mis au service d'un idéal ou d’un objectif communs, lesquels s'enrichissent au cours des évènements. Il suffit donc, en passant en revue des faits vécus dans le passé de mesurer les motivations de leurs auteurs et cela au fil d'une époque. C’est dans ce but que je fais appel à ma mémoire pour décrire des moments forts vécus au cours de ma longue carrière, mais parfois même antérieurs. Très curieusement c'est un accident survenu vers 1927 entre un cochon (propriété de mes parents) et une automobile qui va orienter beaucoup plus tard mon devenir professionnel. Les gendarmes locaux ont fait un constat, puis proposé ensuite à mon père d’entrer dans la Gendarmerie. C'est ce qu'il a fait. Ouvrier électricien, mon géniteur savait tout juste lire et écrire à peu près correctement. À l'époque, une place essentielle était réservée à l'instruction générale dans la formation des gendarmes. Ainsi à l’âge de 2l ans, le nouveau militaire acquiert son certificat d'études primaires pour adultes ; par la suite il est candidat à l’avancement. Il a fini adjudant-chef et refuse l'épaulette d'officier qu'on lui proposait, l'échelon de retraite d’un capitaine (grade auquel il pouvait prétendre en fin de carrière) étant moins rétribué que celui d'un sous-officier au dernier degré. En conclusion, j’avoue que j’ai été nourri par la ferveur de mon père à l'égard de la Gendarmerie ; j'ai conservé plusieurs de ses travaux comportant les titres écrits à la plume « de ronde » et rédigés d'une manière parfaite. Ses professeurs à l'époque, c'étaient entre autres les lieutenants Cathoulic et Dorin (futurs généraux) ; il manifestait pour ces officiers une grande admiration et beaucoup de reconnaissance. Gradé dans la garde mobile (ancienne appellation), puis plusieurs fois commandant de brigade, c’était un chef exigeant comme le voulait la fonction à l’époque, mais aussi très compétent. Il ne tarissait pas d’éloges sur son personnel, lequel connaissait toutes les « ficelles du métier ». Il m’a conté un jour, qu’un de ses vieux gendarmes qui l’accompagnait en patrouille lui avait dit : « marchez devant mon adjudant, je vous suis » ; le vieux briscard examinait la physionomie des gens qui les croisaient et savait détecter ceux qui n’avaient pas la conscience tranquille... 72


TRADITIONS ET SOUVENIRS

Moi-même, après un solide apprentissage dans la métallurgie et quelques années de métier, je fais mon entrée en l950 dans cette vénérable institution avec le désir de devenir officier. Je m'inscris à la revue d’études militaires en vue du concours d'entrée à l'école de Charenton, étape essentielle de deux années avant l'E.O.G.N. La réalisation de mes objectifs de carrière n’interviendra que dix ans après, en 1960. En attendant, j’assume pleinement ma vie de sous-officier en concourant pour l'avancement après l’obtention de brevets. Et j’apprends mon métier de gendarme avec passion. À souligner qu'un frère, plus jeune, suivra le même parcours professionnel.. En 1951, je suis en maintien de l'ordre, confronté à ma première manifestation. Il s'agit de la venue à Paris d'invités, en l'occurrence des officiers supérieurs allemands. Il fait nuit. La place de l'opéra est noire de monde ; les manifestants crient : « pas de nazis à Paris ! ». Nous barrons une rue adjacente avec les agents de police. La marée humaine avance inexorablement vers nous. Un vague sentiment de peur m’envahit... Les agents « roulent leurs pèlerines » ; ça va chauffer murmure un ancien... Les policiers n'attendent pas le contact ; ils foncent vers l'avant, lancent leurs manteaux sur les premières têtes et après un ample mouvement de balancier précipitent à terre la première ligne de front adverse ; aussitôt 1eurs collègues les appréhendent et les conduisent dans des fourgons. La technique est au point... La foule reflue. Ce sera la dernière manifestation de masse. Celles qui suivront prendront la forme d'échauffourées provoquées par des groupes dispersés, ce qui obligera les forces de l'ordre à modifier 1eur tactique surtout dans le domaine de la mobilité. Cette période est épique, inimaginable aujourd’hui. Nos uniformes ne sont pas appropriés à nos missions ; ils sont confectionnés dans un drap rèche ; ajoutez à cela le ceinturon baudrier assorti du pistolet et de l'indispensable fusil Mas 36, le casque modè1e 1914, le masque à gaz, les leggings (jambières) et pour certains, la caisse de gaz lacrymogène (gaz liquéfié dans des ampoules de verre « très fragiles », imaginez 1es conséquences). Notre transport est assuré avec des camions de modèles tous différents ; à l'interieur, deux bancs de bois sont fixés dans le sens. longitudinal de part et d'autre de l'habitacle avec au milieu un banc simplement posé sur lequel un troisième rang de militaires peut s’asseoir à califourchon. 73


TRADITIONS ET SOUVENIRS

Qui, aujourd'hui, accepterait de se déplacer dans de telles conditions ? Eh bien, il en a été ainsi durant de longues années, si bien qu'au premier déplacement en Algérie en mars l955, nous avons rejoint Kenchela à 200 km au sud de Bône dans les mêmes conditions. Un seul véhicule est arrivé intact au terme de ce trajet sous une pluie diluvienne ; les autres ont subi des pannes à répetition, mais aucun n'est resté en rade. À ma connaissance, durant ces années, aucune autorité responsable n'est intervenue pour améliorer la situation et au sein du personnel aucune récrimination n'a été émise. Arrivé au stade de ce récit, je n'oublie pas la question posée en introduction et je suis en mesure d'apporter les premiers éléments de réponse. Fatigués nous l'étions, mais pas démoralisés ; on subissait les évènements ENSEMBLE. La région dans laquelle nous sommes restés durant neuf mois était dangereuse ; nous ne le savions pas et en avons pris conscience beaucoup plus tard. Nous étions dans le Constantinois au sud des Aurès où avait débuté la rébellion. Nous sommes arrivés avec notre mentalité d'occidentaux dans une population musulmane. Le capitaine, commandant l’escadron, les gradés, la majorité des gendarmes, étaient anciens, proches de la retraite. Tous ont été confrontés à une situation qui les dépassait et c'est un miracle que cette aventure (le mot est faible) se soit bien terminée. Les lieutenants, relativement plus jeunes, se sont mieux adaptés. Globalement, en l'absence de véritables chefs, l'unité confrontée a un soulèvement séditieux et contrainte de faire face à des actions terroristes, a fait montre d'un comportement lamentable. Au final, personne n’a été accusé d'incompétence. Le poids hiérarchique du chef militaire de secteur dont nous dépendions était inexistant. Nous étions isolés en quelque sorte et livrés à nous-mêmes. Nous avons assumé nos erreurs et nos rêves ENSEMBLE et personne n'en a jamais rien su. Les militaires que nous étions n'avaient reçu aucune formation au combat terroriste et officieIlement nous assurions des missions « de maintien de l'ordre, voire de rétablissement de l'ordre ». Si je fais référence 74


TRADITIONS ET SOUVENIRS

à cette période « de guerre larvée » en Algérie, c'est seulement pour montrer qu'elle a contribué à renforcer grandement l'état d'esprit dont il est question dans cet exposé. Et citons ici Victor Hugo qui, à son époque, n'hésite pas à faire l'association « honneur et famille » ; quelle belle devise ! Je crois utile de préciser que dans cette période d'après guerre, c'est le personnel sous-officiers dans son ensemble qui entretient et manifeste cette mentalité affective. Le caractère commun à ces personneIs, issus d'un milieu généralement rural, pétris de bon sens, c'est l'amour de leur métier : ils l'ont choisi non par nécessité, mais par idéal. Les officiers dès leur entrée en fonction, surtout en gendarmerie départementale, se sont formés au contact de ces « sous-officiers supérieurs », adjudants et adjudants-chef, lesquels avaient l'expérience et le savoir-faire. Ma carrière d’officier de 1960 à 1984 a été émaillée d’évènements significatifs. Je ne ferai référence qu'à quelques uns toujours avec le souci d'étayer mon raisonnement. Comme plusieurs de mes camarades, j’ai participé à la protection du général de Gaulle au palais de l'Élysée et à Colombey les Deux Églises. J'ai passé beaucoup de weed-end près de la Boisserie. Dans cette région humide, pluvieuse et neigeuse l'hiver, nos gendarmes ont assuré une tache pénible près des braseros, seuls moyens de chauffage mis à leur disposition. Assurer la tranquillité du général et de tante Yvonne (surnom respectueux et familier donné à Madame de Gaulle) était une fierté. Je réserverai un paragraphe pour rapporter quelques anecdotes concernant le Président Mitterrand, toujours avec le souci de souligner le bel esprit de nos sous-officiers. En effet, en 1981 je commandais la compagnie de Dax dans les Landes, et la bergerie de Latché (lieu de villégiature du chef de l'Etat) faisait partie de ma circonscription. Le déplacement du Président depuis Paris s’effectuait avec un Mystère 20 jusqu'à la base aérienne de Mont de Marsan ; un hélicoptère assurait ensuite le relais, pour rejoindre un champ situé à un bon kilomètre de Latché ; une jeep était prévue pour le reste du trajet. Nous avons constaté rapidement que Monsieur Mitterrand éprouvait d'énormes difficultés pour monter dans ce véhicule. Très vite, dans les semaines qui ont suivi, un prototype Citroën genre 2CV (jamais commercialisé) au plancher très bas, 75


TRADITIONS ET SOUVENIRS

quatre roues motrices, en provenance de la capitale a été reçu. Un ponceau a été construit et plusieurs centaines de mètres d'un chemin forestier ont été goudronnés puis recouverts de sabIe, pour faciliter le déplacement. Alors que chaque année la télévision montrait le Président effectuer un pèlerinage à pied jusqu'à la roche de Solutré, je suis resté perplexe devant sa difficulté à lever une jambe pour prendre place dans une jeep. Enfin, je ne peux faire moins que relater les mésaventures survenues à l’ORTF (à Latché) en ce 1er janvier 1983 à l'occasion des voeux radiotélévisés adressés par le chef de l'État à la nation : la grue spéciale chargée d'élever le câble d'antenne suffisamment haut pour pemettre aux ondes de franchir le sommet d'une dune était « en rade » en Belgique. Commandant de groupement par interim, j’étais naturellement présent sur les lieux. Vers 9h30, le responsable de l'émission m’a rejoint l'air penaud pour me demander si je ne pourrais pas lui trouver une grue de remplacement. Ancien commandant de compagnie de Dax, il m'a semblé qu’une entreprise capable de fournir un tel engin existait sur la circonscription ; nous étions un premier janvier... J'ai appelé par radio le capitaine concerné, lequel a pu joindre en un temps record le patron propriétaire d'une telle grue. Les circonstances de cette opération étaient si défavorables que son succès tient du miracle. Les gendarmes motocyclistes alertés ont assuré le déplacement et à midi pile le convoi a rejoint Latché. C'était trop tard ; le temps de régler les vérins de stabilisation et d'effectuer les mises au point techniques, le malheureux responsable de l'émission a été contraint de prévenir le Président déjà maquillé pour la circonstance. Les voeux ont été adressés le lendemain sans problème ; le producteur délégué de l'ORTF a été limogé. Les médias ont fait beaucoup de commentaires sur l'évènement, mais aucun sur les prestations des gendarmes. En ce début d’année non oeuvré pour les concitoyens, les officiers et les sous-officiers concernés, à leur échelon, ont ENSEMBLE collaboré, tous motivés par cet esprit remarquable sujet du présent article. Les camarades de la promotion « capitaine BLAZY » n'ont sûrement pas oublié cette chanson que le général Puthoste, à l'époque colonel, commandant l’E.O.G.N à Melun, nous faisait chanter en fin de semaine : « les deux gendarmes » du chansonnier Gustave Nadaud. « Brigadier, répondit Pandore,.... » Il se dégage de ce morceau choisi la nostalgie d'une 76


TRADITIONS ET SOUVENIRS

époque révoIue que nous, les officiers de gendarmerie, ressentions plus que les autres alors que le colonel tentait de la faire partager. À la lumière des faits exposés ci-dessus il faut comprendre, que le Corps de la Gendarmerie en cette fin de 20e siècle, disposant d'un budget autonome restreint, sous-equipé dans tous les domaines : matériels radio, véhicules de transport, équipements, armement... « survivait » en quémandant l'aide d'autres organismes. Dans les brigades, les gendarmes manquaient de matériel de bureau ; ils devaient justifier du bien-fondé des communications téléphoniques. En Algérie, en l955 au début du conflit, la Gendarmerie mobile utilisait pour ses transmissions radio le gros poste ZC1 d'origine néerlandaise, les SCR 300 et 536 de portée limitée. Heureusement, l'armée de terre et particulièrement la Légion Étrangère qui, après la guerre d’Indochine portait en haute estime la Gendarmerie, nous dépannaient... même en essence. N'ayons pas peur des mots : « on nous faisait la charité » et à tous les échelons de la hiérarchie, nous souffrions ENSEMBLE de cette subordination humiliante. N'oublions pas que c'est dans les moments difficiles que les sentiments de solidarité, de fraternité, de camaraderie prennent leur véritable sens. Alors OUI, nous étions les membres, pour ne pas dire les enfants, de cette grande famille de la Gendarmerie Aujourd'hui, ce Corps prestigieux bénéficie d'énormes améliorations ; les personnels tant masculins que feminins sont en général titulaires du baccalauréat ; et il faut bien reconnaître que l’état d’esprit qui les anime s'est modifié en même temps que la société entière qui se trouve désormais « un peu à l’étroit » dans ses structures. En guise de conclusion, c’est avec un sentiment réel d’admiration que je soulignerais ce qui me frappe le plus actuellement dans la Gendarmerie, particulièrement dans les unités mobiles (notamment le G.I.G.N), c’est son professionnalisme. Et ce sera mon dernier mot.

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jOURNAl OFFICIEl

ExTRAIT DU jOURNAl OFFICIEl ORDRE NATIONAl DU MÉRITE décret du 4 novembre 2011

AU GRADE DE COMMANDEUR LUNET Patrick, général de division SAFFRAY-AGRAPART Jean-Yves, général de division.

AU GRADE D’OFFICIER BOLOT Didier, colonel

PAGES XATART PARES Pascal, colonel

BONNAUD Pascal, colonel

PAYRARD Jean-Luc, colonel

CARRILLO Jean-François, colonel

PIDOUX Alain, colonel

DONNER Patrick, colonel

PIDOUX Michel, colonel

GUERIF Olivier, colonel

POLAILLON Eric, colonel

JAOUEN Jean-Pierre, colonel

VIRE Jacques, colonel

MORTEROL Thibault, colonel AU GRADE DE CHEVAlIER AFCHAIN Bruno, lt-colonel

BEYL Christophe, lt-colonel

ANDRE Henri-Pierre, chef d'escadron BORIE Christian, chef d’escadron AUBRY Philippe, lt-colonel

BORTOLI François, lt-colonel

BAUDONET Thierry, lt-colonel

BOURGES Daniel, chef d’escadron

BEGUINOT Hervé, chef d'escadron

BOZEC Frédéric, chef d’escadron

BEREZIAT Vincent, lt-colonel

BUHR J-Marc, chef d’escadron

BERNARD François, chef d'escadron

CARBONNELLE Yvan, lt-colonel

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jOURNAl OFFICIEl

CLASERT Patrice, chef d'escadron

GUYENNON Lux, lt-colonel

COUÉ Philippe, lt-colonel

LACROIX Stéphane, lt-colonel

COURJAULT Denis, chef d'escadron

LAIRD Jacques, chef d’escadron

CURÉ Bruno, chef d'escadron

LACROIX Stéphane, lt-colonel

CUVILLIER Cyril, lt-colonel

LAIRD Jacques, chef d’escadron

DANIEL Christophe, lt-colonel

LAMBERT Dominique, lt-colonel

DEMESY Mathieu, lt-colonel

LANG Thierry, chef d’escadron

DESCORSIERS Stéphane, lt-colonel

LAURENS Didier, chef d’escadron

DIDIER Gilles, chef d'escadron

LAVERGNE Régis, chef d’escadron

DOMINGUES José, capitaine

LAVOINE J.Michel, chef d’escadron

DURAND Gwendal, lt-colonel

LE BRAS Gilles, chef d’escadron

DUVAL Gilles, chef d'escadron

LEDOUX Xavier, lt-colonel

DUVINAGE Nicolas, lt-colonel

LIGNIERES Pascal, lt-colonel

ETIENNE Thierry, chef d'escadron

LORAND Dominique, lt-colonel

FAURY Serge, chef d'escadron

LORIETTE J.Noël, chef d’escadron

FRELIN Jean-Marc, chef d'escadron

MARESCA Christophe, lt-colonel

FRERE Jean-Philippe, chef d'escadron MATTHEOS Nicolas, lt-colonel GASPARD Rudy, lt-colonel

MERIAUX Hubert, lt-colonel

GAUTHIER José, capitaine

MEVEL Laurent, chef d’escadron

GERARDIN Alain), chef d'escadron

MONSAURET Patrick, chef d’esc

GERVAIS Cédric, chef d'escadron

MONTI Eric, chef d’escadron

GIRODET Christophe, lt-colonel

MURIE Cyrl, lt-colonel

GOMEZ Manuel, chef d'escadron

NEVEU Patrick, chef d’escadron

GOURIOU Yannick, chef d'escadron

ORIGAL Christian, capitaine

GRANIER Gilles, lt-colonel

PALUCH Eric, chef d’escadron

GUIBAUD Régis, chef d'escadron

PERCIE DU SERT Hubert, CEN

GUILLAUME Florence, lt-colonel

PERRET Christophe, lt-colonel 79


jOURNAl OFFICIEl

PIACENTNI Gilles, chef d'escadron

SUTTER Lionel, chef d'escadron

POTOT Jean-Pierre, chef d'escadron

TAUPIN Fabrice, lt-colonel

QUIBLIER Emmanuel, chef d'escadron TAVET Sylvain, chef d'escadron RASTOUT Gaël, chef d'escadron

TILLAND Dominique, CEN

RENIER Sylvain, lieutenant-colonel

TRIOLLET Christophe, CEN

ROBERT Christian, chef d'escadron

TRIPOGNEY Jean-François, CEN

ROSAY Pascal, lieutenant

VERCELLONE Christophe, LCL

ROUSSEL Bruno, chef d'escadron.

VILLIERAS Laurent, CEN

SANCHEZ Christian, capitaine

VINCENT Bertrand, lt-colonel

SINTIVE Jean-Christophe, lt-colonel

VINOT Grégory, lt-colonel

SOUPE Philippe, lt-colonel

VLAHOVIC Marc, CEN

SPATARI Serge, lt-colonel Militaires n'appartenant pas à l'armée active AU GRADE D’OFFICIER BAZIN Bernard, colonel (h).

MORTREUX Lionel, colonel

COURAUD Jean, lt-colonel

PUJOL Christian, colonel(h)

LE GOFFIC Alexis, lt-colonel(h)

SOMMACAL Richard, colonel

AU GRADE DE CHEVAlIER CHEVALLIER Jean-Yves, chef d'escadron

HUSTE Pierre, lieutenant

CHOPPY Bernard, chef d'escadron

MARION Philippe, capitaine

DECOURBE Daniel, lieutenant

MOURGUES Christian,CEN

FREY Gérard, lt-colonel

SOITOUT Patrick, CEN

GERVAIS Patrick, lieutenant

THIRIOT Yvelise, lt-colonel

GRANDEMANGE Maurice, lieutenant

WINNE Roland, lieutenant

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RElIANCE

lA 83ÈME PROMOTION « SOUS-lIEUTENANT MORICET » À ROCHEFORT, lES 30 SEPTEMBRE – 1ER & 2 OCTOBRE 2011 Colonel (er) Alain THUREAU, président délégué de la Sarthe

Depuis septembre 2009 et le 30ème anniversaire de la sortie de promotion (1979) à l’E.O.G.N. à Melun, nous ne nous étions pas retrouvés ! Le lien comme chaque année étant maintenu par le bulletin de promotion que d’aucuns attendent avec plaisir sinon impatience. Pour cette année 2011, profitant bien sûr de la position de Christophe Métais à la tête du Commandement des Ecoles à Rochefort (17), l’occasion était belle de programmer de nouvelles retrouvailles(1). C’est ainsi que quelques membres de cette brillante compagnie, accompagnés de leurs épouses et compagnes ont répondu favorablement à l’appel d’Alain Thureau. Dès le vendredi 30 septembre dans l’après-midi, les retraités ont convergé vers cette belle cité qui recèle quelques trésors d’architecture. Madame Métais et son chevalier servant de mari nous ont fort aimablement accueillis à l’hôtel de commandement pour des retrouvailles gaies, enjouées au cours desquelles chacun a pris plaisir à remémorer les souvenirs et rencontres plus ou moins fortuites au cours de nos carrières respectives. Le samedi 1er octobre, le gendarme Renard, chargé de communication au C.E.G, nous a tenus en haleine tout au long de la présentation de l’hôtel de commandement, siège du commandement des Ecoles depuis 2004. Qui connaissait la présence de Napoléon 1er en ces lieux en 1808 et 1815 ? Peu sans doute ! tandis que le passage de La Fayette en 1780 pour une dernière nuit en ces lieux avant de rejoindre les Etats-Unis est sûrement plus connu. L’ancien hôtel de Marine construit vers 1669 pour y accueillir Louis XIV qui n’y vint jamais a abrité des personnages illustres au rang desquels on trouve Colbert, Beaumarchais, Charles X, sans oublier Pierre Loti qui y servit en 1895. 81


RElIANCE

les salons de l'hôtel de commandement

C’est dans le port de Rochefort, choisi par Colbert que fut construit l’Hermione, frégate de 12, armée de 26 canons de « 12 » et six canons de « 6 ». Elle fut construite du 15 décembre 1778 au 13 avril 1779. Sa longueur hors tout est de 65m. Les dimensions de la coque sont de 44.27m de long pour 11.22m de large. Le grand mât mesure 56.55m avec un tirant d’air de 47m lors d’un déplacement lège à 1000t. Le mât d’artimon mesure 35m et le mât de beaupré 16.25 tandis que la surface de la voilure est de 3300m2. C’est sur cette frégate que le 10 mars 1780 La Fayette a embarqué pour rejoindre Boston le 27 avril suivant, lequel avait pour mission d’annoncer l’envoi de renforts français au général Washington ainsi qu’au Congrès américain. Le 17 décembre 1992, l’association Hermione La Fayette est constituée. Elle a pour objet la reconstruction de la frégate l’Hermione en veillant au respect de l’authenticité historique de l’oeuvre de reconstruction en cohérence avec l’impératif de la navigabilité transocéanique. Nous apprenons ainsi que le chantier est financé à 40% par les visiteurs qui se pressent sur le site depuis 1997. Le reste des fonds provient de subventions diverses. Les Etats-Unis qui ont fait citoyen d’honneur La Fayette prendront en charge les frais inhérents à la traversée inaugurale qui devrait avoir lieu à l’été 2015. 82


RElIANCE

Après le déjeuner au Mess de garnison, comme les autres repas, nous nous rendons au Musée de la Marine pour y découvrir toutes les richesses de la Marine nationale.

des membres de la 83ème regroupés sur le perron de l'hôtel de commandement

Le dimanche 2 octobre c’est au tour de la Corderie royale d’accueillir les 33 présents. La corderie, superbe bâtiment de 374m de long représente 9000m2 développés, doit sa magnifique restauration à l’amiral DUPONT sous l’impulsion duquel le jeudi de sport collectif s’est transformé en atelier de défrichement de la corderie envahie par les ronces. Classée monument historique elle est rachetée par la ville en 1967. Le travail du chanvre pour confectionner les cordages nécessaires aux navires intéresse les présents, tout comme la collection de cartes de marine toutes plus anciennes les unes que les autres. L’après-midi, c’est un petit groupe qui se rend au Musée de l’Ecole de Médecine navale pour y découvrir une bibliothèque forte de plusieurs milliers d’ouvrage parmi lesquels quelques incunables antérieurs à 1550. Mais c’est surtout l’étage et ses vitrines qui suscitent les commentaires. En effet que de surprises en découvrant les ustensiles, les écorchés et autres malformations qui ont marqués nos ancêtres.

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RElIANCE

attentifs aux explications de la fabrication des cordages

Après quoi, certains ont prolongé le séjour en s’offrant une visite de La Rochelle tandis que les autres regagnaient leurs régions : Toulon – Montpellier – Lyon – St Bieuc – Mont de Marsan – St Jean de Luz ou encore Le Mans et autres villes de résidence dont les distances témoignent de l’attachement à l’esprit promotion. Une fois encore – les absents ont eu tort - les présents se sont réjouis de cette belle rencontre, parfaitement organisée par le Général de Corps d’Armée et Madame Métais qui avaient eu la très bonne idée d’inviter le soleil à ces retrouvailles. Deux journées de parfaite convivialité, d’édifiante camaraderie comme savent l’entretenir les membres de la 83ème promotion qui n’ont qu’une hâte : se retrouver, sous le soleil aussi, en septembre 2012 à Dinard. Et cette fois, ils espèrent que les amis Conchaudron fidèles s’ils en sont mais retenus à cause d’une mauvaise chute d’Yves, Caillet et Giorgis pourront se libérer, tout en souhaitant la présence de « nouveaux » membres.

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RElIANCE

RElIANCE EN DORDOGNE Général (2S) Michel MOTUT Président délégué de la Dordogne

Cette année encore, notre reliance périgordine s'est déroulée dans une ambiance très conviviale. Le 14 octobre, retraités et camarades d'active ont eu plaisir à se retrouver en Périgord vert et à y partager des moments d'échange. Nous étions 66, dont 13 camarades en service au sein du Groupement de Gendarmerie départementale, au Centre national d'entraînement des forces de Gendarmerie de Saint-Astier mais aussi au sein de deux compagnies limitrophes du département, leurs représentants étant des fidèles de nos reliances lors de leur affectation antérieure en Dordogne. Six d'entre eux étaient accompagnés de leurs épouses.

Notre réunion a débuté par une visite de l'entreprise de renommée mondiale « Repetto ». Le chef d'établissement nous a fait le grand plaisir de guider cette visite, pour chacun des 3 groupes ayant été constitués à cette fin. Créée en 1947, cette entreprise fabrique, depuis 1967, sur son site de SaintMédard-d'Excideuil des ballerines et chaussons de danse. Elle a, depuis, acquis une renommée internationale en chaussant les plus célèbres danseurs de l'Opéra de Paris ainsi que les plus illustres compagnies de danse. Grâce à 85


RElIANCE

une créativité constante, REPETTO impose son style autant chez les professionnels de la danse que dans l'univers de la mode et est devenue la marque fétiche de nombreuses stars. En effet, cette entreprise innovante, sans cesse à la recherche de la perfection tant dans son savoir-faire que dans la qualité de ses matières premières, produit aussi des chaussures de ville pour femmes, hommes et enfants, mais encore des sacs, toujours à la recherche du raffinement et de l'élégance. Elle exporte sa production dans une cinquantaine de pays et compte considérablement l'accroître, après une extension de ses locaux programmée dans les prochains mois. Il nous a été réconfortant de constater qu'au coeur du Périgord une entreprise peut réussir, sans avoir à délocaliser sa production hors de nos frontières. Durant le temps libre entre chaque visite, bon nombre de nos épouses se sont rendues au magasin de vente de l'entreprise qui achevait sa braderie d'automne. Il convenait tout de même de n'être pas venu jusqu'ici sans ramener un petit souvenir ! La visite a été suivie d'un repas pris à la salle polyvalente de Saint Médard d'Excideuil où officiait l'équipe de cuisiniers et de serveurs du restaurant « Le Fin Chapon » implanté à Excideuil. Les plats servis ont été à la mesure de la réputation de ce restaurant bien connu dans cette partie du Périgord. Nous nous sommes séparés en milieu d'après-midi avec la promesse de se retrouver l'an prochain aussi nombreux et pourquoi pas plus !

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RElIANCE

RElIANCE DANS lE DOUBS Capitaine (e.r.) Daniel VIEILHOMME, Président délégué du Doubs Capitaine Didier GUERIAUD, Vice-président délégué de l’active

Une nouvelle réunion rassemblant les officiers et les épouses adhérents au Trèfle était organisée au siège de la Région de Gendarmerie de Franche Comté, caserne Capitaine GIRARD, le mercredi 1er juin 2011. A 09H30 , les participants étaient accueillis pour un café-croissants au cercle de la gendarmerie par le Général, commandant la Région, par le capitaine Guériaud nouveau vice-président délégué de l'active et par le Capitaine (e.r.) Vieilhomme, président délégué départemental des officiers retraités. Le chef d'escadron BURLET, commandant de la compagnie de Besançon nous honorait également de sa présence. 23 officiers retraités et épouses nous avaient rejoint. Le Général Coroir a exposé les évolutions de la gendarmerie et leurs implications à l'échelon régional. Cet exposé a été suivi avec attention par les membres du Trèfle. Ensuite, le capitaine Guériaud, officier communication de la région et nouveau vice-président délégué de l'active, a présenté les nouvelles structures de participation et de consultation de la 87


RElIANCE

gendarmerie, suscitant beaucoup d'intérêt et de nombreuses et pertinentes questions. À 13 heures, l'ensemble des participants a partagé dans la bonne humeur un excellent repas au cercle mixte, au cours duquel le commandant de Région a dû répondre à de nombreuses questions.. Enfin, à 15 heures, nous nous rejoignions à FR3 Franche Comté où une visite très intéressante était organisée sous la houlette de Monsieur Jean-Louis Pélisson qui nous a exposé l'évolution de cette chaîne et les moyens dont elle dispose. À l'issue, un cadeau souvenir lui a été remis pour le remercier de sa gentillesse. Avant de clore cette journée agréable et conviviale, une photo souvenir était prise devant les locaux de FR3.

n RElIANCE DANS lES PYRENNEES-ORIENTAlES Lieutenant-colonel (er) Etienne VIZER Président délégué des Pyrénées-Orientales

Après la reliance 2010 qui nous avait emmenés à Tautavel (66) autour du thème de « notre plus vieil ancêtre européen » où tous les membres participants du Trèfle catalans et audois confondus avaient manifesté un intérêt unanime, nous nous sommes retrouvés dans le même esprit convivial et culturel le 29 septembre 2011, au château-musée de Bélesta (66), mais dans une autre époque préhistorique plus proche de la nôtre. Dès le matin, après le mot de bienvenue du président délégué départemental, nous avons été accueillis par le directeur/conservateur du château-musée, M. Tarik Kuteni, qui nous a conduit partie en véhicule, partie à pied jusqu’à la grotte de la découverte de la plus ancienne nécropole collective du bassin méditerranéen, datée de 6500 ans, où après une très belle ballade sous un soleil radieux par un sentier pierreux bordé de thym, 88


RElIANCE

romarin, genévriers et chênes, nous avons pu apprécier la fraîche pénombre de la grotte creusée par les eaux dans le calcaire ; habitat naturel depuis d’innombrables millénaires, dont notre guide, archéologue et conservateur des lieux, nous a magistralement fait faire un bond dans l’histoire de ses habitants, de leur vie et de leurs rites, élargie aux comparaisons des peuples des cultures de l’Euphrate et du Tigre, aux mêmes époques. Cette grotte, découverte en 1983, abritait un véritable « trésor archéologique », unique en Europe et dans le bassin méditerranéen, composé en plus des ossements humains complets « en l’état » de plusieurs dizaines d’individus, d’un remarquable mobilier de poteries à la finesse de fabrication époustouflante (semblant sortir du four la veille et... tous entiers et intacts). Cette découverte entraina une très importante campagne de fouilles dirigée par Mme Françoise Claustre (1) du CNRS et arrêtée récemment suite au décès de cette dernière, laissant un important chantier et la mise à jour d’une douzaine de salles souterraines qui restent encore à fouiller par les scientifiques.

Le château médiéval, ancienne place fortifiée en poste frontière par Saint-Louis/Louis IX a été ouvert et transformé en musée au début des années 1990 afin d’abriter cette collection, avec, in situ, une reproduction à l’identique de la grotte au moment de la découverte de sa sépulture collective, telle que les spéologues l’avaient trouvée, « en sommeil et inviolée » depuis 6500 ans. Après les brillants commentaires et les explications de M. Kuteni, nous nous sommes rendus à la cave viticole « Riberach » que nous a fait 89


RElIANCE

visiter M. JM Mailloles après la vendange où nous avons pu apprécier une dégustation des meilleurs crus, commentée par des oenologue et maîtres de chai de ce terroir renommé des « Côtes du Roussillon Villages ». A la pause méridienne, le restaurant typique « Le Figuier-chez Pierre » nous a accueillis en toute convivialité en plein coeur du village médiéval en présence de M. Marquet, maire-adjoint et président du musée, et de monsieur le conservateur, afin d’échanger autour de la table d’autres souvenirs et anecdotes « archéologiques ». L’après-midi, la visite du château-musée et de sa collection ainsi qu’une très intéressante exposition temporaire « Des vases pour l’éternité » des nécropoles de l’Aude et la protohistoire de Mailhac, plus récentes (fin de l’âge du bronze et premier âge de fer : entre 900 et 600 avant J.C) a clôturé cette journée, toujours commentée par l’enthousiaste et infatigable conservateur du musée, félicité par tous avant le retour vers nos résidences respectives. Merci à tous et déjà... À la prochaine reliance l’An que veu (en catalan) l’An prochain (dans le texte !).

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RElIANCE DE lA HAUTE SAONE ET DU TERRITOIRE DE BElFORT Lieutenant-colonel (er) Régis PERNOT Président délégué

La première journée reliance des départements de la Haute-Saône et du Territoire de Belfort a été organisée le vendredi 10 juin 2011. Volontairement centrée géographiquement dans l’arrondissement de Lure (70) pour faciliter les déplacements des sociétaires des deux départements, cette « première » recevait un excellent écho des HautsSaônois alors que les Belfortains boudaient l’événement (seul le Colonel Martinez avait répondu favorablement à l’invitation mais une réunion en préfecture l’empêchait de nous rejoindre). 90


RElIANCE

Le capitaine Desse, commandant l’escadron de gendarmerie mobile de Lure accueillait chaleureusement les participants autour d’une collation servie au mess de l’escadron. Pendant que les épouses découvraient l’histoire de Lure brillamment illustrée par un parcours commenté par les guides de l’office du tourisme de la localité, les retraités étaient pris en compte par le colonel Pierre Gazan, commandant le groupement de GD, le chef d’escadron Vincent Damerval, commandant la compagnie de Lure, le capitaine Jean-Marc Peton, commandant la compagnie deVesoul et le capitaine Eric Desse. Ces officiers faisaient le point sur l’actualité au sein de l’institution avant de nous convier à assister à des démonstrations dynamiques d’intervention et à une revue des matériels utilisés. Le succulent repas (digne d’un étoilé) réunissait tout le monde dans une excellente ambiance, au mess de l’escadron Luron.

L’après-midi avait, comme la matinée, été organisée de main de maître par le lieutenant-colonel (er terre) Cassabois, Président de l’office du tourisme de Lure. Les visites guidées admirablement commentées du musée de la négritude de Champagney et de la chapelle de Ronchamp comblaient l’auditoire. 91


RElIANCE

C’est devant ce haut lieu de pèlerinage signé Le Corbusier et sur la nouvelle place d’armes de l’escadron de Lure que les photos souvenir étaient réalisées. En fin d’après-midi, les participants se quittaient après avoir souhaité aux deux partants et à leurs familles une bonne adaptation dans leurs nouvelles affectations (Le colonel Gazan rejoint l’état-major de la région de gendarmerie PACA à Marseille et le chef-d’escadron Demerval l’étatmajor de la région de gendarmerie Languedoc-Roussillon à Montpellier). L’idée d’une reliance annuelle semble ancrée puisque plusieurs thèmes de visites destinés à la préparation de l’édition 2012 étaient déjà proposés par les sociétaires

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RElIANCE DANS l’YONNE Colonel (h) Gérard FARRÉ-SÉGARRA Président délégué

Depuis 2005 le Trèfle et la Snaag de l’Yonne se regroupent pour une « Reliance » commune, mais le vendredi 04 novembre 2011 ce fut sans le général de corps d'armée Jean-Pol Föllmi décédé en juin dernier. Comme de coutume le rassemblement s’est déroulé en début de matinée au quartier Davout à Auxerre où le colonel Olivier Le Bianic nous a reçus très cordialement autour d'un café-viennoiseries, entouré par neuf de ses officiers – dont les quatre commandants de compagnie et d' EDSR – et de madame Isabelle Jullien assistante sociale du groupement de gendarmerie de l'Yonne. Après avoir observé une minute de silence en mémoire du général Föllmi, et de mesdames Jeanine Delapierre et Renée Rapin, les deux associations se sont séparées pour mener leurs propres travaux. Le président délégué du Trèfle a rappelé les mouvements de sociétaires, actifs et retraités, enregistrés au cours de l'année écoulée, et a 92


RElIANCE

présenté le nouveau vice-président délégué d'active, le chef d'escadron Yves Reverdy, lequel succède au lieutenant-colonel Patrick Antoine parti servir en assistance militaire technique au Gabon.

Les travaux de l'assemblée générale tenue le 20 mai à l'EOGN ont été commentés, sans oublier de souligner la qualité de l'accueil réservé par le général de division Jean-Yves Saffray et ses collaborateurs, dont l'adjudantchef Gilbert Gracia, directeur du cercle mixte et champion du monde de restauration collective. Le dîner « Reliance » du 19 mai fut digne de ce « Master chef » qui honore de belle manière notre Institution. Ce retour dans la maison mère a permis de constater que son activité la situe très loin de ce que l'on a connu au quartier Augereau il y a une trentaine d'années. L'EOGN est aujourd'hui, outre son rôle traditionnel de formation initiale des cadres de l'Arme, le siège d'une formation continue où tout officier, quelque soit son statut et son grade, est appelé à revenir plusieurs fois au cours de sa carrière pour suivre l'un des multiples stages organisés par cette, désormais, grande école. La création du Comité de Coordination des Associations de Gendarmerie a été explicitée et sa déclinaison départementale agréée par les présidents de la Snaag, de la Fnrg et de l'Unprg présents à cette Reliance avec leur habituelle fidélité.

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RElIANCE

A mi-matinée, le Trèfle et la Snagg – conduite par son président, le colonel Sylvain Noël, élu quelques instants plus tôt – ont fait jonction pour entendre le colonel Le Bianic évoquer le fonctionnement de son groupement et dire sa pleine confiance dans la capacité de l’Arme à relever les défis qui sont journellement les siens. Son discours empreint de dynamisme, de détermination et de réalisme s'est avéré très instructif et convaincant. Pour cela nous le remercions vivement et nous lui savons également gré d'avoir mis sur pied, au printemps dernier, un système de rencontres actifs/retraités qui conduit chaque commandant de communauté de brigades à l’organisation d’une réunion annuelle destinée à favoriser le lien intergénérationnel. La réunion s’est conclue par une excellente intervention du chef d'escadron Didier Allard, officier adjoint chargé de la police judiciaire, sur les réformes de la garde à vue. À 12h30 quarante-sept convives se sont retrouvés au mess de l'escadron 45/7 d’Auxerre pour partager un copieux et succulent repas dans une ambiance de franche camaraderie militaire. Vers 16 heures c'est avec regret qu’il fallut rompre les rangs en nous promettant de nous retrouver au moins aussi nombreux en 2012.

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BIBlIOGRAPHIE

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UN MEUSIEN AU COEUR DES DEUx GUERRES Mémoires du colonel Adrien HENRY - 1914-1918 et 1939-1945

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Michel et Frédéric HENRY Éditions YSEC - 264 pages au prix public de 18€

Qui est cet homme, simple fermier de Lacroix-sur-Meuse en 1914, devenu l'un des soldats les plus décorés de France ? Mobilisé comme sergent au 161e régiment d'infanterie de Saint Mihiel en Lorraine, il est de toutes les grandes batailles de 14-18 (Argonne, Champagne, Verdun, Chemin des Dames etc.). Blessé quatorze fois, devenu capitaine à la fin de la guerre, il participe alors aux engagements de l'armée française (Pologne, Rhénanie) où il rencontre le colonel de Gaulle. Passé dans la gendarmerie, il commande la compagnie de l'Indre à la veille de la deuxième guerre mondiale et au moment de la débâcle, avec ses gendarmes, il fait face à l'ennemi. Bien que connaissant personnellement le maréchal Pétain depuis Verdun, il est mis à la retraite, ne voulant pas lui accorder sa confiance. Il va alors entrer activement dans la résistance dans la région de Châteauroux : faux papiers, aide aux travailleurs appelés au STO, protection de juifs, destruction d'armes... Pourchassé par les Allemands et la milice, il renseigne les alliés, ce qui permet la reddition d'une colonne SS de 18000 hommes. Grand officier de la légion d'honneur, cité à l'ordre de l'armée, il est titulaire de plus d'une trentaine de décorations.

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CARNET

DÉCÈS - ERRATUM : Colonel (er) Georges JOUNOT, le 12 juillet 2011, à 81 ans et non 87 ans. - Angélique, fille du lieutenant et madame Olivier CHALIGNÉ, le 14 septembre 2011, à 26 ans. - Madame Hélène CASERIS, veuve du colonel René CASERIS, le 6 octobre 2011, à 88ans. - Chef d’escadron (er) Claude GRANGÉ, père du lieutenant-colonel (er) Patrick GRANGÉ, le 7 octobre 2011, à 80 ans. - Colonel (er) Jean GARDEY, le 14 octobre 2011, à 84 ans. - Général (2S) Jacques RIQUET, le 15 octobre 2011, à 75 ans. - Madame Hélène CHATELAIN, veuve du colonel (er) René CHATELAIN, le 17 octobre 2011, à 89 ans. - Chef d’escadron (er) Jean-Claude MORDIN, le 5 novembre 2011, à 70 ans. - Colonel Jean-Pierre JAOUEN, le 16 novembre 2011, à 54 ans. - Madame Fernand GEORGETTE, veuve du colonel Fernand GEORGETTE et grand-mère du capitaine Ludovic VESTIEU, le 21 novembre 2011, dans sa 90e année. - Chef d’escadron (er) Georges VITTE, le 25 novembre 2011, à 85 ans. - Lieutenant-colonel (er) Lucien MOREAU, le 4 décembre 2011, à 89 ans.

Sincères condoléances et meilleures pensées.

MARIAGES

- Mademoiselle Anne-Élise SEREN, fille du lieutenant-colonel (h) Yvon SEREN, avec monsieur Jérémie DEPOIL, le 17 septembre 2011. - Monsieur Laurent LE GOFF, fils du lieutenant-colonel (er) Jean-Jacques LE GOFF, avec mademoiselle Liliana MARTINEZ REYES, le 5 novembre 2011.

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CARNET

NAISSANCES

- JACQUES-AUGUSTIN : Fils du lieutenant-colonel (er) Jean-Grégoire CHARAUX, né le 13 août 2010. - YANN-MARIE : 5ème petit-enfant du colonel (h) Bernard LIXON, et 5ème enfant du chef d’escadron Louis-Paul Le RAVALLEC, né le 11 mai 2011. - DONATIEN : 2ème enfant du chef d’escadron Jean-Baptiste ROCHE, né le 29 août 2011. - MAxIME : 4ème petit-enfant et 1er petit-fils du lieutenant-colonel (er) Rémy FRANCOIS, sans oublier Manon , 2ème petite-fille, née le 14 octobre 2008. - MAxENCE : 6ème petit-enfant du chef d’escadron (r) Dominique LAPREVOTTE. - KYLLIAN : 2ème petit-enfant du chef d’escadron (er) Jean-Claude PERRON, né le 1er octobre 2011. - LOUIS : 4ème enfant du capitaine Frédéric DAUGERIAS, né le 8 octobre 2011. - BAPTISTE : 2ème petit-fils du colonel (h) Gérard GEITER, né le 9 octobre 2011. - MATHIS et LISE : petit-fils du lieutenant-colonel Jean-Grégoire CHARAUX, né le 12 mai 2011 et Lise, sa petite-fille née le 10 septembre 2011. - MARGUERITE : 11ème petit-enfant du général (2S) Antoine BREFFEIL, née le 12 novembre 2011. - HERMINE : 6ème enfant du chef d’escadron Hervé GOUDARD, né le 1er novembre 2011. - THIBAULT : 5ème petit-enfant du lieutenant-colonel (cr) Gérard PATRIS, né le 24 novembre 2011.

IlS ONT QUITTÉ lE SERVICE ACTIF

Depuis avril 2011 : - Général (2S) Hervé PODEVIN : Les Gavennes Sud - 26120 MONTELIER. Depuis août 2011 : - Capitaine Jean-Yves PIOT : 6 allée les Rabanelles, Quartier Croix d’Or - 26700 PIERRELATTE.

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CARNET Depuis décembre 2011 : - Chef d’escadron Philippe CINGAL : Prateganneg, Hent Prat Steven - 29550 PLOMODIERN. - Colonel Raymond KOLB : 36 route de Bischwiller - 67500 HAGUENAU - Chef d’escadron Frédéric MINET : 20 avenue de la haute Auvergne - 15300 MURAT. À compter de janvier 2012 : - Colonel Lucien NIZZARDO : 67 allée des Colombes, les jardins d’Alexia - 83260 LA CRAU. - Chef d’escadron Claude JEANTY : 2 rue de Beaulieu - 85390 MOUILLERON EN PAREDU.

METTEZ VOTRE ANNUAIRE À jOUR

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A R

Ajouter Colonel Laurent GERIN Ajouter Lt-colonel (h) Philippe MEYER

04 71 45 54 00 04 71 60 28 72

ADRESSES INTERNET

La rubrique “Adresses Internet” peut être consultée sur notre site dans le forum (accessible seulement avec mot de passe personnel). Elle permet de prendre connaissance des adresses e-mail de nos adhérents connues du siège. Pour toute modification ou ajout, merci de contacter le secrétariat de la société.

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LE TREFLE - bulletin 129  

letrefle, gendarmerie, officier

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