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EMMANUEL RASTOUIL

Édito J'ai vu voler çà et là les bribes fugaces de quelques pensées évadées de vos cerveaux bien faits : « Mais quels éditos puérils et insignifiants ! », « Quelle naïveté ! » ou encore « Quand on n’a rien à dire, il vaut mieux se taire ! »... Oui ! Vous avez mille fois raison ! J’ai beau me creuser la tête, je ne vois rien de vital à mettre en avant, à transmettre, ni slogan ni mérite à vanter, idée révolutionnaire d’aucun ordre... C’est ça le problème avec le poème : il est nu, n’exige rien, se suffit à luimême et renvoie à notre propre humilité. « Tout n’est que poursuite de vent » disait l’Ecclésiaste dans sa grande sagesse. Alors, voilà du vent ! Plus précisément un mistral qui commence à se glacer au seuil de l’hiver... Et j’ai beau refuser coûte que coûte de thématiser la revue, la saison s’impose naturellement ! Ainsi, l’arrivée de Noël est attendue par quelques auteurs, mais pas pour sa féerie... Nous ferons aussi l’improbable voyage Hyères/Verdun, avant de nous évader dans de douces Japoniaiseries. Vous pourrez enfin assister au dénouement de cette formidable pièce de théâtre en vers, Crise et conséquences, avec un cinquième acte d’anthologie, voir d’un autre œil le Cours Lafayette de Toulon cher à Bécaud et en apprendre plus sur Michel Cloup qui répond en toute confidence au questionnaire du testament (pâle réplique de Proust) ! Tout ça et plus encore, pour fermer les yeux et se retrouver en 2012, l’air de rien, tout nu.

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LE POÈTE INCONNU

Sous l’arbre de Noël Sous l’arbre de Noël, Des cadeaux noués rouge brillant, Des sourires et des larmes Qui se noient dans les vins moelleux... Tout ira bien, Si je n’ouvre pas la corbeille des souvenirs ! Dans mon cœur il y a la vie et l’espoir, Non, je ne plierai pas le genou. Je n’ai fauté que par faiblesse Et j’œuvre à sauver ma vie ! Dans les rues, les lumières scintillantes conjurent l’hiver. Les magasins invitent la foule au chaud. Plus je possède et plus je suis heureux ! Tout ira bien, Si je garde les yeux fixés vers le prix ! Puisque j’ai toute ma raison, Je ne plierai pas le genou. J’ai eu droit au pardon pour mes erreurs passées, Un poids en moins sur mes épaules ! Une année se termine, une autre commence. On s’embrasse, se félicite Et on invoque toutes les bénédictions ! Tout ira bien, Si je ferme les yeux sur les misères du monde ! Ô mon esprit, ne te trouble pas ! S’ils te couvrent d’or S’ils te traînent dans la boue, Je ne plierai pas le genou ! Et je ne suis pas seul Épaule contre épaule, Nous sommes des millions Naufragés hors-le-monde, meurtris, Guettant la délivrance.

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Japoniaiseries Avertissement Les élucubrations De ce stylo kamikaze Ne valent pas un haïklou.

Bourdonnements Moustique d'octobre Ronronne à mes oreilles. Horri-pilogue. Quel vibrion a Provoqué le tsunami ? Question idiote. Et cet insecte Cruellement somnifuge N’en sait que trop rien.

Sans titre pour l’instant Peu importe comment Se referme le piège Des égarements.

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Étourdissement : Mesure Prévention Sécurité Analyse Sécurité Mesure Mesure Mesure Step by Tepco Atome et tam-tam Dans ma radio Activité Sur le fil Respire Ton équilibre Respire Ton nez qui Renifle Qui Inspire Ton nez libre inspire ton Et qui libre Et cherche Ton équivalent Trouve Qui va Élan Ton nez qui va lent Te ment Te ment, bon sang ! Ton nez te ment, ne cherche pas Ton équilatéral Râle Ton nez qui Littéralement Qui lit Qui râle Rallume La Terre qui La Terre qui a La Terre a le nez par terre Pourtant Ce n’est pas une tare Ni une raison pour se taire Jamais trop tard Il n’est jamais Il neigea et ce fut l’arrêt D’un réacteur Un vrai facteur de Risque Un haut-le-cœur Une erreur Une horreur sans raison hors saison Une dispersion Une diversion Disparition Dix parutions Puis vingt Puis cent Mille Ici Milice Millisievert Sévère Mesure Rassure Mesure Ton nez ment Contaminé Ton aimant Qu’on t’a miné Ton éclair Nu Miné Nucléaire Pas clair, tout ça ! Étonné Ton énergie Énervé Erre vers L’erreur Nu Clair Énervé Que faire ? C’est fou Schéma d’enfer Pour qui C’est faux Remâché Fukushima 6


Sereinement : Sunday morning Inside home The cat The sun Sunday morning in october The wind through the trees and frozen heart Sunday morning Milk and honey Dimanche matin Maison Chat au soleil Dimanche matin Octobre Vent dans les arbres et coeur glacé Dimanche matin Du lait Du miel

Oralement : Si tu avais sumo à mot, jamais tu n’origami ton nez dans cette page. Plutôt tourner l’aïkido à ce karaté poétique, encore et en karaoké pour t’en extraire, kamishibai bye ! Ou alors, buto l’auteur, pour qu’il ne raku pas de recommencer !

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JACQUES SICARD

Perle de lune Perle de Lune – Elle est gravée blanc sur blanc. Rien d’autre ne la caractérise que sa silhouette, le relief à peine esquissé du trait qui délimite sa silhouette sur le fond immaculé du papier laissé brut. L’aspect enveloppant de la robe, la ceinture haute et serrée, le volume de la chevelure suggèrent une femme japonaise vêtue d’un costume traditionnel.On devine sa main posée sur sa poitrine : elle pose, dans l’anonymat de la pose et ne reposant sur rien. Mais à la différence des femmes décrites par Tanizaki, elle n’est pas issue de l’ombre, tissue d’obscurité, c’est au contraire le précipité d’un éblouissement. Un excès sensuel de lumière en la lumière même. À ceci près que le petit excès lumineux ne s’ajoute pas à la lumière plus grande, de même qu’il ne permet pas à sa sensualité de prendre corps. L’ancienne plaque recouverte de poudre d’argent du daguerréotype ne fixait que les objets dénués de mouvement et ne conservait l’empreinte d’un être humain qu’à la condition expresse qu’il ne bougeât pas. Singularité redoublée par le long temps d’exposition, environ trente minutes, pendant lequel sur la plaque s’imprimait une image invisible, dite image latente. L’extrême fragilité de la silhouette ici gravée : la dame blanche à peine décollée du fond blanc comme par un vent coulis, la rend affine avec l’image immobile/latente des premiers temps de la photographie. Et sans doute, parce que ces deux caractères sont dans la gravure volontaires, moins encline encore qu’elle à tout espèce de développement. L’amour des seuils, en somme.

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JACQUES SICARD

Rythmes Rythmes. – Le support est presque entièrement divisé par une croix latine, à peine déportée sur la gauche et que marque une légère inclinaison sur la droite. Presque : la branche verticale ne touche pas le bord haut et la branche horizontale ne touche pas le bord droit. Croix brossée à la hâte, sommaire parce que rageuse. Avec ce qu’il faut de strates d’obscurité pour atteindre un noir aussi dense bien que parfois ajouré. Quatre surfaces donc. Les deux plus petites, dans les limites des branches, suivant une courbe, et la grande gauche recouvertes tout aussi sommairement, c’est-à-dire percées de mille lumières sur le support argent, par une huile rouge mêlée de noir. Autre superposition de couches d’ombre, plus douce, mais tout aussi ténébreuse et dynamique. Sur la grande surface de droite, accrochée à deux bras de la croix comme à un châssis inachevé : une image, fond clair voilé, infusé par les tons ambiants. L’ensemble est comme emporté vers le côté cour du cadre par un mouvement violent. Violent, mais que l’image suspend. Tout porte à voir dans ce singulier agencement une tête de bushi, ce guerrier-gentilhomme de la période Heian. Avec son casque parfaitement hémisphérique, assorti de collerets résistant aux tentatives de décapitation. À ceci près, qu’à la place du masque grimaçant en fer laqué, destiné à intimider l’ennemi, qui le complète habituellement – il y a ici une sorte de visière opaque, composée d’une feuille ou d’une toile blanc rose, un peu flottante. La ligne de la gouache rouge y cristallise la silhouette d’une femme. À mi-cuisse et, surtout, à l’ovale vide. Visage sans visage par quoi se reconnaît le caractère sublime de la beauté.

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JACQUES SICARD

Au bord du chemin Au bord du chemin. – Beauté des écarts. Le détachement d’avec le règne animal rendu possible, entre autre, par le contrôle de la respiration qui libère la bouche au profit de la parole. À cela, une double conséquence : d’abord, le détachement d’avec les rythmes saisonniers à l’aide de ce contrôle même – température régulée qui ne donne plus prise au vent d’Est d’aujourd’hui, gifleur de pluie tiède et sale, auquel succèdera, demain, comme étourdiment, un vent du Nord mêlé d’ouest, écrasant aux fenêtres de mai un nez rouge de soleil de Noël; ensuite, le détachement d’avec l’humanité au moyen de son propre langage, par affinements successifs de celui-ci – jusqu’aux lettres balsamiques, écrites à l’encre sympathique, du silence.

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JACQUES SICARD

Source Suffit-il de graver son visage micacé, sa peau de pointe sèche, comme il suffit d’écrire son nom lyrique, son patronyme de plume pour que le plus matériel des supports qui l’accueille soit moins que de l’eau ? Source, paradoxe d’un titre donné à un portrait de femme qui, telle une ode de John Keats, ne donne rien et réfléchit tout ; ne reçoit ou n’accueille – ni ne dispense ou ne prodigue, mais se tient à une place sans jamais l’occuper. Source, gravure charnelle, baignée de lumière camérale, est un thrène à un monde parfaitement ignoré, qui n’aura été vu ni touché, pensé ni vécu, comme si la consomption des apparences de ce monde n’était que l’effet accidentel de l’apparition du chant incisé.

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JACQUES SICARD

Silence Silence : deux cadres; dans l’un, on voit l’explosion d’une étoile primitive qui éjecte dans l’espace les éléments qu’elle a créés en son sein (coulures verticales brunes, beiges, bises); dans l’autre, plus petit, la vie complexe sous les traits d’un personnage corpulent, assis en tailleur, en train de méditer sur l’étoile qui fut la condition de sa possibilité (linéaments clairs sur fond d’élégance grise Charles d’Orléans). Les sépare un temps réel très long. De l’ordre de onze milliards d’années. Mais le petit cadre inscrit dans le grand (milieu droit). Inscription qui, comprimant ledit temps linéaire et les étapes successives d’une évolution, a pour effet de constituer une sorte d’accélérateur d’images, comme il en est de particules, au sein duquel la collision de l’infini des contraires que ces images supportent provoque leur syncope brève – un blanc ou un vide – silenzio.

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JACQUES SICARD

Sous le drap Sous le drap, parfaitement immobile, à peine plus qu’une silhouette dans la demi-obscurité qui émane d’elle et qui la cercle, elle se parle bas, d’une voix blanche. Inaudible, la voix ne respire pas, les mots n’ont pas d’adresse, le corps est sans attente, on ne lui soupçonne ni l’abandon du repos ni la préméditation d’un geste. On ne voit pas les yeux, paupières closes, mais on les devine ouverts sur la parole dite, ils la lisent, les yeux l’ont toujours lue, de même la parole n’a jamais eu d’existence au-delà d’une image effleurée dans l’œil. C’est la dame blême, telle la Lucy Muir de Mankiewicz, est-ce le même amour intransitif ?, l’essentiel des forces d’une vie dépensée à se coucher, au propre comme au figuré, et à se regarder passer, c’est-à- dire à suivre l’enchaînement de ses propres fictions.

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JACQUES SICARD

Regard intérieur Œil aux couleurs désaturées des vieux – que plus rien n’affecte – où la lumière glisse comme sur la surface lisse d’une lentille. Œil dépoli – en fait de pupille, un caractère d’écriture et, pour tout iris, un autre caractère d’écriture – la lettre circonscrite tenant lieu d’image, ce qui élimine le réel et rend inintelligible ladite lettre. Œil blanc – ton, courbe, ouverture qui évoquent les lèvres blêmes, telles qu’elles apparaissent après un baiser – les amoureux qui s’éprennent dans l’arc-en-ciel, se lèchent jusqu’à l’incolore. Œil que le sel des larmes a rendu achrome – pas cécité mais grâce sous forme d’écran mat – à l’image d’une espèce inexistante d’autruche, qui mettrait la tête dans le sable d’en avoir assez vu. Œil à taie des non-morts, des recueillis et autres en allés, assis à la fenêtre de leur chambre, ouverte sur la haie drue où pépie un mystère d’oiseaux – assez de bûches et de chemises blanches pour passer la longue nuit.

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JACQUES SICARD

Tsunami Tsunami. – Le visage de la geisha, non pas lorsque portraituré, et c’est si souvent. Le visage de la geisha, lorsque accompagné, lorsque suivi à hauteur vertueuse de ses pommettes. Alors, comme le long d’une haie de ronces – une mûre, rouge. De cette couleur au-delà du noir ou l’absolu du noir qu’est le rouge. Mûre dont la rayonnante exception n’admet que la main d’un tiers pour la cueillir. Bienheureuse procuration. Si c’était possible. De regarder à la place de vivre.

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JACQUES SICARD

Geiko à Tokyo Geiko à Tokyo – Inversant l’ordre auroral de la Genèse biblique, à trop vouloir par idéal blanchir sa peau, la femme japonaise attira à elle toute la nuit. Pour mettre en valeur ce visage blanc, tous les corbeaux quand, du haut de l’épouvantail, ils regardent la terre serve. Pour ce masque de plâtre sur base d’huile : dents enduites de noir, jais des cheveux plaqués ou pas, lèvres passées au sous-noir de la nacre bleue, bougie soufflée du kimono brun ou gris, les nuages de poussières autour de l’éventail, les ombres sur le shoji, les pièces au tamis de ces taies de papier, les cernes que font à la maison la véranda et l’auvent, bas, très bas sur le sable du jardin. Maison dont chaque élément constitutif, selon le principe de la fugue, semble reprendre à son tour la même phrase : « Les cieux affirment qu’un peu de ciel pourrait détruire l’obscurité. Cela est imaginable, mais ne prouve rien contre l’obscurité parce que l’obscurité n’a d’autre signification que l’impossibilité des cieux. »

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LAURENCE JACAB

Sans titre Éclosion de pop-corn dans le ciel d'Osaka Cette terrible tempête nous confine au ryokan L'odeur de jonc de tatami humide Irrite mes rêves les plus enfouis


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LAURENCE JACAB

À Kyoto Les jardins éphémères sont suspendus aux lèvres de la ville. L'écarlate des érables s'empare de la clarté des parcs. Pour s'étaler en étoile sur le blanc laiteux des galets.

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LILAS KWINE

Décembre et si la clope se consume dans la morsure du froid elle n'a que ça à foutre au milieu de décembre à souffler sur la cendre il ne reste que toi que je persiste à attendre dans le désordre plat au milieu de décembre nul doute c’est ici que plane la folie qui sur la route, sombre, lente, au milieu de décembre dis-moi pour quoi pourquoi tenir debout dis-moi, qu’y faire comment rester fiable et droit thorax planté raide en travers, sol mouvant, cœur à plat, tu n’as jamais su... – relève les yeux – un biclou punk clouté d’argent au vert de gris antlérite vertigo file à l’étincelle une fille blonde déambule

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ses jambes laxes baladeuses son menton flanche à peine t’adresse des mots étranges une fille récite des mots que tu ne comprends pas, insaisissables et rondes sonnent quelques consonnes détournées du vent au milieu de décembre elles roulent dans l’hiver elles couchent sur ta joue le parfum d’un autre âge Il y a traînants non loin cinquante visages amis – tant qu’ils ne sont pas ennemis ils demeurent amis n’est-ce-pas – dans le doute ne te soustrais pas au hasard bienveillant et si les mots sont chics ce soir le frôlement des « r » s’enfuit déjà loin la fille aux cheveux blonds pédale vers demain alors debout tu chantes, au milieu de décembre chanter, c’est ce qui reste quand on ne sait plus parler

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LILAS KWINE

Pour l’exemple tu vois cette histoire, elle n’a pas de nom elle n’en a jamais eu normal, je n’ai jamais su comment l’appeler elle se paume dans les mots sans rimes de ma mémoire à ne savoir qu’en faire à ne rien savoir faire d’autre qu’imaginer ses contours dérangés et j’en prends pour perpette les mêmes me renvoyaient une image rayée qui me semblait familière; mais j’avais beau avoir ce sentiment cave de la connaître, essayer de la saisir revenait à se ridiculiser autant que tenter d’attraper des doigts ce mot que tu avais juste là, sur le bout de la langue j’en ai passé des heures à ravaler mon spleen après l’avoir mâchonné furieusement comme des feuilles de coca dans une tentative brève et antalgique je crevais d’anesthésier un peu mes muqueuses irritées du manque d’identité des boulets d’enclumes en nausée massive, j’en ai eu ma dose, tu mesures pas, toutes solides, accrochées en périphérie de palpitant ça s’entrechoquait dans un boucan de tous les diables mais personne n’entendait, sauf moi qui pourtant n’y entendais rien à cette histoire sans nom c’était pas pour rire au fond, rien que l’éclat lumineux parfois des gorges déployées par un bon mot, à part ça, c’était pas pour de rire, c’était pas pour rien, tu crois pas ? au plus dur du tirant d’enclumes suspendues maladroitement, comme si un gamin de cinq ans les avait punaisées sans but au marteau, alors les veines gonflaient si forts qu’elles étaient sur le point de lâcher pour mieux se rompre, à répandre leur contenu visqueux au pli de l’aine cette silhouette, je la désirais tellement dans mes égarements opiacés, je n’en conservais que le parfum répulsif de l’éther mais personne et surtout pas moi, personne n’avait son mot à dire; 32


alors je ne récupérais que les scories du gravier mouvant, mourant entre mes poings, serrés jamais assez pareil à un sablier moribond, je contemplais mon reflet en train de se vider de son sable sans rien pouvoir y faire dans la catatonie de l’instant, je me résignais à punaiser une enclume supplémentaire, main gauche armée d’arrogance stupide, pleine de lourdeur moite je me disais, allez, pour me mettre au défi, tenir un semblant de c’est drôle, je me disais, si j’arrivais simplement à la nommer, j’arrêterais de la voir floue comme ces volutes de clopes plafonnées en fin de parcours; je prendrais son incorporéité pour preuve tangible de son inexistence, et la réalité des faits à bras-le-corps, comme les vrais, les téméraires, les rois de la gagne avec l’innocence fraîche des heureux mais une bonne résolution de même pas premier de l’an en exterminant une autre dans la seconde, j’oubliais chaque lettre posée sur le papier dès la suivante déposée j’ajoutais un trait supplémentaire au pendu latéral souriant bêtement, pieds et bras dans le vide et j’agitais le tout à la face de ceux qui cherchaient avec moi pour l’exemple

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JEAN-CLAUDE BABOIS

Chifras (provenรงal)

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PASCAL LERAY

Ce louchon d’Irpli Ce louchon d'Irpli ce crétin, ce vaurien d'Irpli ce mécréant d'Irpli ce cochon, ce mal-élevé d'Irpli cet abruti d'Irpli cette ordure, cette merde d'Irpli ce ridicule Irpli ce fou d'Irpli, ce malade d'Irpli ce brocardeur d'Irpli ce bateleur ce cuistre d'Irpli, ce sans-gêne d'Irpli ce maladroit d'Irpli ce m’as-tu-vu d’Irpli, ce tête-en-l’air ce cylindre d’Irpli, ce siphonné d’Irpli ce brindezingue d’Irpli, ce timbré ce mal-luné d’Irpli, mal lavé cet affamé ce loup Irpli ne disait pas ces mots. Vingt-Pli était d’accord. On secoua de gauche à droite les roues de quelques chariots. Lune-Pli était très grise, avait trop bu. Le ciel ne lui pardonnerait rien (ni à elle au fait, ni à autrui). Sarcasme-Pli à son secours apporta une tronçonneuse. La tronçonneuse ne disait rien. Vingt-et-Un-Pli était d’accord. L’accord tacite est le silence, même. Et chaque pli s’y exerçait avec talent. 36


Ruine-Pli me traversait de part en part. J’étais un ferry-boat abandonné à cette époque. Les castrations s’opéraient sur mes plis. Quelqu’un criait : « Il faut casser Mille-Pli ! Et recaser le Moignon-Pli, là-bas ! » Je n’étais pas d’accord. De ce temps mal plié, je garde le souvenir clair des confusions quand le silence scellait machinalement accords et désaccords d’une voix inégale, comme si le grain en avait été troué, une onde grumeleuse qui se répartissait arbitrairement jaillie de nulle part, n’allant à rien. Une profération de pli qui aurait dû entrer en contradiction avec une morsure antérieure de pli mais qui ne savait pas nager, je prenais l’eau délesté de mes mille passagers dont les noyades successives ne formaient sur l’eau que des remous momentanés taches de couleur dans l’océan morose que les vagues roulent et déroulent alors qu’il faudrait plier, plisser cette surface castratrice dont tout l’espoir peut-être était une parole et ne devait connaître ni accord ni désaccord.

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Il était urgent que tu reviennes un soir, un samedi ou un matin à l’ouverture complète de ta main avant que tu ne la replies. Elle sera sage de se replier. Ici, les choses brèves durent peut-être plus que l’attente même si tu déjoues les jeux de l’attente. Il faut, expliques-tu très docte à une lourde table qui est là, opérer à même le cerveau, même si l’on ne croit plus qu’il opère. Et tes doigts un à un se replient en signe d’adhésion, de soumission. Ils savent si le cerveau n’y est pour rien. C’est le pli, le pli seul qui régente. Parfois le pli attend que le repli descende et forme pour complaire à quelque chose un escalier juste quelques marches dans l’opacité menant au mur le pli ne sait pas lire ce que trace et retrace le repli 38


Il était tout aussi urgent de taire le déplacement x de cette chaise qui devait basculer aussi et ne jamais être relevée surtout. La séquence a été jugée très vraie. Les murs et les matelas ont applaudi. Une lumière des plus faibles tombe sur cette mascarade de la chaise tombée comme s’il fallait la secourir ou bien l’assassiner ? Irpli aurait crié : « Broie-là ! » Les murs se seraient penchés dessus. Mes doigts n’étaient qu’un poing, criant : « Bois-là ! » tandis que moi, réellement, j’avais soif.

J’avais si soif de nuit de toi. Tu n’étais plus qu’un plan d’opacité. Je voulais m’enfoncer dans ce panneau. Parfois la nuit m’a exhaussé. À présent je sais quoi faire d’elle puisqu’une géométrie de plaques opaques ne saurait se fixer sur ces murs auxquels on a interdit tout ameublement. C’est dans la nudité que se figure le pli. Elle pèse sur mon corps, je l’emmène à la fenêtre que j’ai déguisée en miroir pour lui transmettre mon odeur crue. 39


Collé au garde-fou, difforme et ridicule de nudité aussi, je cherche dans la nuit des plaques d’opacité qui puissent te ressembler. Irpli rigola longuement à ces mots. Le trémolo du rire d’Irpli atteste de l’existence de l’enfer je crois, vidant le ciel de ses dernières gouttes, boit-sans-soif, Irpli déguste le ciel dès le matin et insulte véhément ce qui existe, ce que l’absence n’a pas escamoté. « Cette poignée de porte est un excès ! », me dit Irpli en me servant un verre de ciel. Le feu s’empare de la porte cependant. C’est la fenêtre l’incendiaire, elle brille encore. Elle a toujours aimé Irpli en secret, sans en rendre l’image.

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Irpli, tu n’auras pas le dernier mot. De toutes façons, tu ne peux plus parler avec ces allumettes entre tes dents. Certaines s’embrasent quand tu voudrais dire mais de toutes façons, tu ne sais pas parler. Qui dit « irpli » ne dit pas grand-chose, c’est vrai. Et c’est peut-être mieux ainsi.

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YANNIS SANCHEZ

Réflexions

Qui saura jamais dire ou jamais reconnaître Si du mal ou du bien, de l'envers ou l'endroit, Je suis l'enfant chérie à l'insolence traître Ou le démon d'amour au sourire narquois.

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EMMANUELLE MALATERRE

Réflexions

Collage A4 papiers déchirés

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FABIEN PESTY

Le vélo Le rêve avec le pirate s'était terminé n'importe comment. À la fin ils avaient joué à la balle au prisonnier sur le bateau, et c'est vraiment n'importe quoi parce que les pirates ne jouent jamais à ça sur le bateau car si le ballon va dans l'eau après c'est foutu et faut jouer à un jeu calme comme le Qui Estce ? ou les 7 familles et des pirates qui jouent aux 7 familles c'est vraiment pas des vrais pirates. La balle au prisonnier ils peuvent y jouer sur une île, par exemple, parce que là y a de la place, mais aussi pas longtemps car il faut penser à chercher le trésor, on est là pour ça. Il savait que quand les rêves deviennent n'importe quoi qui veut rien dire, c'est qu'ils sont terminés et qu'on va bientôt se réveiller parce que c'est l'heure de l'école. Sauf qu’aujourd’hui, y a pas d'école, même si c'est le jour sur le calendrier où c’est l’image du chat et normalement ça veut dire que c’est école. Les autres jours où c’est école, c’est l’image du poussin, l’image du singe (en vrai c’est un ours mais il ressemble à un singe) et l’image du poisson. Quand c’est le ballon c’est le mercredi et c’est pas école et c’est judo. Et aussi c’est pas école quand c’est champignon ou chien avec les yeux fermés l’image. Mais aujourd’hui c’est un jour pas comme les autres parce que c’est le jour du Père Noël, y a un autre calendrier dans la cuisine avec des chocolats dedans, on a le droit d’en prendre un tous les goûters jusqu’au goûter où la case est plus grande et c’est un Père Noël qu’est dedans et ce sera pour le goûter d’après la sieste donc c’est le jour de Noël. Il fait jour à travers les volets et comme la grande aiguille a dépassé le petit rond posé sur le grand rond c’est après le huit et on a le droit de se réveiller. Doudou aussi est réveillé, il doit être fatigué à cause de la bataille avec les pirates que c’était Monsieur Simon, le maître de maternelle, qui était leur chef. Les chefs c’est toujours des grands et Monsieur Simon il avait jamais joué à la balle au prisonnier dans la cour de récré mais dans le rêve, si. L’enfant prend Doudou sous le bras, descend les escaliers en faisant les pas de chat comme lui ont appris les adultes, entre dans la cuisine, tire sa chaise et attend sagement, accoudé à la table. 44


Un quart d’heure plus tard, l’adulte le rejoint dans la cuisine. T’aurais pu faire moins de bruit, il dit à l’enfant, on t’a déjà dit que c’est pas parce que tu es réveillé que les autres n’ont plus le droit de dormir. Puis l’adulte fait comme tous les jours, même quand c’est école : il sort les trucs du frigo en faisant du bruit, et les dispose sur la table en faisant du bruit. Pendant que l’enfant regarde le labyrinthe au dos de la boîte de céréales, on entend le chuchotement sous la casserole de lait et le gargouillis de la cafetière qui aurait bien besoin d’être détartrée, dit l’adulte. Mais tu penses, il dit ça tous les matins, et tous les matins d’après la cafetière fait le même bruit. L’enfant déteste l’odeur du café, mais il adore ce moment-là, celui de l’odeur du café qu’il déteste car c’est un moment calme où on est encore en pyjama et où on a encore des cacas dans le coin des yeux. Après, ça sent le pain qui crame et l’adulte dit des mots qu’on n’a pas le droit de répéter mais quand même on les répète avec les copains quand y a personne pour gronder qu’on doit pas dire merde. Puis, l’autre adulte arrive à son tour, lui fait un câlin et lui demande s’il a bien dormi. Oui, il a très bien dormi, il raconte le rêve du pirate avec Monsieur Simon et l’adulte lui dit d’arrêter de parler parce que le lait va refroidir et s’il veut une autre tartine ?, mais non parce qu’une seule ça suffit déjà. Il a fini de déjeuner et il a le droit d’aller regarder les dessins animés, il a demandé et il a le droit. Les vacances de Noël, c’est pas les mêmes dessins animés qu’elles diffusent. C’en est d’autres qu’on voit jamais quand c’est avant de partir à l’école. Et ils durent plus longtemps et on n’est pas obligé d’éteindre pour aller mettre les chaussures alors qu’il est même pas terminé. C’est mieux. L’adulte dit qu’il faudra aller s’habiller puis ranger la chambre, mais tu parles, ça rentre par une oreille et ça ressort dans l’autre. La panthère rose fait des siennes et c’est toujours marrant mais au bout de la troisième fois que l’adulte dit la même chose ben y a aussi menace que le Père Noël risque de pas passer et ça, pour le coup, c’est bien moins rigolo. L’enfant râle, c’est l’injustice, y a pas d’école et faut quand même éteindre avant la fin, mais on verra après si tu te dépêches, promet l’adulte, mais c’est l’injustice quand même. L’enfant chouine et traîne des pieds et enfile ses vêtements de quand c’est les vacances, puis un peu plus tard la chambre est rangée, enfin disons qu’on peut y circuler sans écrabouiller un Playmobil. Par contre faut pas ouvrir un placard sinon on prend tout sur la courge mais ça l’adulte n’avait pas précisé alors ça compte quand même. 45


Finalement l’adulte rallume la télé et met un DVD pour pas que l’enfant traîne dans ses pattes pendant qu’il prépare parce que ya tant à faire que ça sera jamais prêt à temps mais tous les ans c’est la même cata et le réveillon est réussi quand même. Si l’enfant veut bien venir chercher le pain ? Un peu, qu’il veut bien, il y pense depuis la fin du rêve des pirates. Il chausse ses bottes, enfile le manteau à cause du froid que fait l’hiver et fonce au garage. Le DVD tourne toujours, pour rien, mais de toute façon il connait la fin. Aller au pain c’est plus important, plus important que tout, car au garage son vélo l’attend. Le vélo. Plus fidèle à l’enfant que Jolly Jumper à Lucky Luke. Plus caractéristique de son personnage que sa cape de Superman. L’enfant forme avec son vélo le duo de justiciers le plus efficace de toutes les histoires jamais racontées. Et tel le simple journaliste qui devient super héros dès lors qu’il va s’enfermer dans une cabine téléphonique, le banal vélo écorcheur de genoux devient une puissante moto décoiffeuse de cheveux sitôt qu’on l’enfourche. L’adulte a participé en ingénieur secret à la formidable métamorphose de la simple bicyclette. Le carton d’une boîte de biscottes, découpé, plié et coincé dans la fourche de manière à frotter contre les rayons de la roue devient le témoin sonore de la vitesse ahurissante à laquelle le vélo va à fond, preuve que c’est une moto. Le drapeau américain imprimé sur une feuille et glissée dans une pochette transparente dont on a scotché l’ouverture pour pas que l’eau de pluie délave toutes les étoiles, c’est le symbole de la puissance de la cylindrée. De la sacoche accrochée au guidon, on a bazardé les traditionnelles minutes et les ancestrales rustines pour laisser la place à des marrons et des pommes de pin gagnés dans les chemins de forêts, et qui se révèlent être de redoutables grenades qu’on dégoupille dans la ganache de l’ennemi pour lui apprendre à être l’ennemi. Dès lors qu’il enfourche son vélo, la métamorphose s’opère et l’enfant quitte son rôle de bambin ingénu et endosse son costume de sauveur du monde, de pourfendeur du mal, de rétablisseur de justice, et y a du boulot. Quand l’adulte dit qu’on y va, il ne se doute pas encore de l’aventure dans laquelle il va projeter sa progéniture, lui il va juste chercher le pain et c’est d’autres chats à fouetter. 46


L’enfant a regardé la série Chips sur cette chaîne parmi les nombreuses, et dans cette série américaine de l’âge de l’adulte, y a rarement le temps de rigoler, ou alors pas longtemps. L’enfant voulait les même lunettes que son héros, alors l’adulte avait dit qu’on trouverait l’occasion sur le marché mais comme le vendeur était noir, l’adulte avait dit que c’était dommage de dépenser son argent alors qu’il avait la même paire de lunettes aviateurs, celles avec les verres fumés, qui devait traîner dans un coin, mais où ?, ça il ne s’en souvenait plus trop. Il les avait finalement retouvées au fond d’un de ces tiroirs dans lesquels on amasse les inutiles et les usagés en se disant que ça resservira un jour et ça ne ressert jamais, même un autre jour. Et le jour d’une exception comme celle-ci confirme la règle et justifie toutes les existences de tous ces tiroirs. Les verres étaient plus rayés que fumés et les branches étaient bien trop écartées alors l’enfant les portait en regardant toujours en l’air pour pas qu’elles dégringolent mais on a l’air de quoi quand on veut rétablir la justice avec le nez en l’air ? Alors l’adulte avait tordu les branches pas qu’à moitié et s’était marré en voyant l’enfant heureux comme tout avec ses lunettes rayées et tordues, il semblait oublier que lui aussi avait eu l’air idiot à se prendre pour Poncharello avec le vélo de sa soeur et des lunettes de Mickey. Sur la route du pain, l’enfant pédale à fond car il y a urgence : la banque tenue par la boulangère est victime d’une prise d’otages et le méchant menace de tuer les clients et de manger tous les éclairs, ceux au café. Allez dépêche-toi, dit l’adulte qui est le chef Callaghan car les adultes sont toujours les chefs dans ces cas-là. Sur le chemin ils croisent des connaissances qui les saluent mais l’enfant ne répond pas car le monde a autre chose à faire qu’à se donner le bonjour, le monde a à être sauvé. L’enfant gare son vélo sur le trottoir et met deux pommes de pin dans sa poche au cas où ça tournerait chocolat. Il réussit à sauver tout le monde et il était vraiment moins une. Ils repartent avec le pain, dont du coupé en tranches par la machine qui fait un bruit d’engin agricole, et aussi avec des bonbons parce que c’est exceptionnel. Sur le chemin du retour, le sergent Callaghan charge l’enfant d’une nouvelle mission : se dégrouiller un peu. L’enfant ne craint pas la vitesse car il porte son casque tricoté par un grand adulte qui sent l’eau de Cologne et qui fait des bisous baveux quand on se voit deux fois par an. Cette deuxième mission s’annonce pas piquée des hannetons car il y a une prise d’otages à la maison et que le gigot ne sera jamais cuit à temps s’il n’arrive pas avant qu’il soit moins une. 47


En tout cas, c’est ce qu’a cru comprendre l’enfant des explications du sergent Callaghan qui bougonne plutôt qu’il ne donne clairement les explications. L’enfant accélère encore, la mitraillette-carton de biscottes tire en rafales et le sergent a bien du mal à suivre le rythme, deux mètres devant. En remisant le vélo au garage, l’enfant ne peut s’empêcher de penser que son fidèle destrier vient d’effectuer là sa dernière mission. Dès demain, il sera remplacé par une moto, une vraie, une que les batteries se déchargent trop vite et qui coûte un bras selon l’adulte, mais qui est trop bien aux dires du catalogue. L’image avait été soigneusement découpée et collée en tête de gondole de la lettre au Père Noël. Suivaient d’autres images de jouets plus modestes comme la caserne de pompiers à construire, le bateau de pirates, les talkies-walkies ou la panoplie Spiderman. Que des petits jouets qu’on déballe en premier car on garde le gros (l’établi et ses outils l’année précédente, le vélo l’année d’encore avant) pour la fin. L’enfant a été sage toute la semaine depuis la veille donc la super moto électrique lui est promise, y a pas de raison non plus. Lorsque les invités arrivent, rien n’est prêt (les blinis de l’apéro ne sont pas tartinés de tarama) et l’enfant part jouer dans sa chambre avec un autre enfant de son âge, en sa qualité de cousine. Il lui explique pour la moto, elle lui apprend pour la maison de poupées avec les écuries. Il lui dit qu’il lui prêtera le vélo pour faire Jon Becker et elle est d’accord, en plus elle a elle aussi un casque provenant de la même manufacture. Elle lui demande si elle pourra essayer quand même la moto et il dit on verra. Le repas dure plus longtemps que quand c’est pas celui du réveillon et on peut jouer tard et regarder un DVD en entier même si on n’entend rien à cause des adultes qui parlent et rigolent fort. Puis les enfants mettent leurs chaussures au pied du sapin gardé par un Père Noël de fabrication artisanale et scolaire, en peau de tissus récupérés et peint soigneusement par l’enfant en tirant la langue, donc bien. La nuit se compose de rêves de catalogues, de motards qui contrecarrent les plans d’une prise d’otage dans une écurie et de trucs bizarroïdes parce que c’est toujours comme ça. 48


Alors, les enfants se réveillent trop tôt et faut attendre que tous les adultes soient levés eux aussi pour aller voir si le Père Noël est passé, mais c’est le cas à coup sûr sinon c’est pas la peine d’être le jour de Noël. L’adulte branche une prise de courant et le sapin scintille, aussi les petits yeux en découvrant toutes ces formes emballées, surtout celles devant leurs chaussures. Le Père Noël n’a pas failli à sa réputation de gentil pépère, en témoigne l’énorme cadeau qui arrache un cri de victoire à l’enfant. La tâche du déballage des petits cadeaux est exécutée en moins de temps qu’il ne faut pour l’ouvrir et rapidement s’amoncellent d’un côté les papiers et cartons d’emballage, de l’autre des vaisseaux, camions de pompiers, jeux de société, un vêtement. Curieux, chez le Père Noël, cette insistance à toujours livrer un habit alors qu’on ne l’a même pas commandé et que de toute façon les adultes en achètent tout le restant de l’année sans qu’on ait à réclamer ni à être sage. Puis l’enfant s’attaque au gros du lot. Le papier est arraché avec une excitation vorace qui rapidement cède la place à une stupéfaction manifeste. Sur le carton, aucune moto n’est représentée, même pas avec la meilleure volonté du monde. C’est d’un vélo qu’il s’agit. Un vélo de grand, avec pas de roulettes, des vitesses et une dynamo. Toi qui voulais une moto, tu vas être servi avec ce vélo qui peut aller très vite, sourit l’adulte. Mais l’adulte est bête, il ne comprend rien à rien, un vélo c’est un vélo et ça n’a jamais été une moto qui va à fond les ballons pour rattraper la justice ! La journée sera pénible, l’enfant est irritable. La faute au manque de sommeil et à l’excitation, décrètera l’adulte. Et quand enfin les invités repartiront, l’enfant montera dans sa chambre pour faire du boudin. Qui a planté les piques à escargots dans les yeux du Père Noël en tissu ?, hurlera l’adulte plus tard.

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YANNIS SANCHEZ

À Verdun Je vous écris depuis Verdun où mes soldats sont enterrés. La France d'antan dort ici de son sommeil le plus terrible ; Je vous écris depuis Verdun où quelques Hyérois égarés Sous leur croix blanche de douleur combattent le temps impassible. Eux qui sont nés à La Madrague, eux qui sont nés à Massillon, Eux qui remontaient les filets, eux qui travaillaient sur la place, Eux qui couraient les champs fleuris, eux qui poursuivaient le sillon, Eux qui quittèrent un mois d’août leur avenue et leur impasse; Les voici donc mes pauvres gars, morts parmi les morts et semblant Vouloir figer par leur stupeur le souvenir de leurs calvaires : Félicien Bico, Fernand Audibert puis Antoine Blanc, Eux qui n’ont eu de réconfort que de n’être auprès de leurs frères. Les voici mes soldats perdus dans les rangs de Faubourg-Pavé Loin du caveau de leurs parents et du clocher de leur église, Eux qui dans leur tombe aujourd’hui réclament par leur nom gravé Que la mémoire et le respect ne souffrent pas de la traîtrise. Hyérois, si vous lisez ceci, je vous écris depuis Verdun : D’autres Hyérois dorment ici la nuit la plus longue et brutale ; Ils me murmurent, eux qui sont, heureux de voir enfin quelqu’un : Toi qui reverras Iero, va dire à notre ville natale Que c’est ici depuis cent ans que nous attendons qu’une voix À l’accent gorgé de soleil vienne rappeler qui nous sommes, Nous qui jadis vivions en paix au Portalet, à Sainte-Croix, Nous qui n’avons plus jamais vu nos parents, nos femmes, nos mômes. Va dire à notre descendant si nous en avons encore un, Va dire à travers Gambetta, les écoles et Sainte-Claire Que nous ne disparaîtrons pas s’ils viennent parfois à Verdun Fleurir nos tombes de soldats dans cet immense cimetière. Hyérois, si vous lisez ceci, n’oubliez pas que vos anciens Ont fait ce pays de leur sang forgé dans la peur, la souffrance. Ils habitaient à l’Almanarre, à Barruc, Fanguerot ou Giens, Ils méritent que vous alliez les voir aux portes de la France. 50


YANNIS SANCHEZ

Crise et conséquences ACTE V ENSEMBLE (Deux jours après)

ACTE V Scène I : JÉRÔME, JEAN-MI JÉRÔME Tiens, te voilà cono ! D'où viens-tu, la couillette ? JEAN-MI J'avais un entretien sur le cours Lafayette. JÉRÔME Un entretien de quoi ? JEAN-MI Pour la création... J'ai reçu les conseils d'une association. JÉRÔME Et ? JEAN-MI Ben tu vois, la crise, elle a pourri son monde : On s'est tous fait niquer ! D'ici qu'une seconde, Pour varier les goûts des filous, des escrocs, Des arnaqueurs de base et des cons les plus gros, Achève d'enculer, et ce, sans vaseline, Le petit épargnant et le type à l'usine, Je me dis qu'il vaut mieux être son propre chef Pour ne pas en subir les conséquences. Bref, Autant créer ma boîte et m'échiner pour elle; Quand le risque est plus grand, l'aventure est plus belle. 51


JÉRÔME Vraiment ? JEAN-MI Oui, pour l'instant, c'est un vague projet; Aussi, cet entretien était un premier jet : Quelques renseignements, quelques filons de base Puis si je veux passer à la prochaine phase, Je passe un coup de fil, je reprends rendez-vous Puis ma foi, va savoir ! JÉRÔME, approuvant l’initiative Pourquoi pas après tout ! Créer sa propre affaire est fréquent, c’est la mode ! Au fait, tu viserais quel domaine ? JEAN-MI, très naturellement Le gode. JÉRÔME, effaré Quoi ????!!! JEAN-MI, toujours très détendu Ben le gode. JÉRÔME Non, tu déconnes ?! JEAN-MI J’ai l’air ? JÉRÔME Donc, tu veux te lancer dans le gode ?! JEAN-MI C’est clair Pourtant !...Quoi ? Les sextoys, les strings, la lingerie, Les gadgets, tous ces trucs déchaînent la furie De millions de gens, c’est le nouveau Pérou ! ... La crise ne pourra jamais boucher le trou !

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Quand tu regardes bien, c’est le seul truc qui marche Et marchera toujours; la plus vieille démarche Qui stimule l’humain, c’est celle de baiser ! Hommes, femmes, homos; on veut tous pavoiser Autour d’un joli trou : haut, bas, devant, derrière : Le sexe est unanime et n’a pas de frontière ! C’est une valeur sûre, une poule aux œufs d’or ! On en fait ce qu’on veut : du gadget au décor En passant par le jeu, par le libertinage, Par le célibataire et le mari volage, Le sexe est le produit intercontinental Par excellence : anal, vaginal et buccal ; Putain c’est le filon, ne dis pas le contraire ! JÉRÔME, atterré Oh mais je ne dis rien, vas-y, fais ton affaire !... JEAN-MI, enjoué et sortant un bloc-notes de la poche intérieure de sa veste Tu sais, ça ne doit rien au hasard ce projet. En juillet deux-mille un, tu te souviens quand j’ai Raccompagné chez elle une fille de Lille ? Une blonde-châtain aux yeux bleus, trop tranquille : On l’avait rencontrée un soir au restaurant; Son père était barbu, rondouillet et marrant... Même que tu t’étais enfilé sa cousine ! JÉRÔME, pas rassuré Oui, je la remets. JEAN-MI Bien. Donc vois-tu, la coquine, Je l’avais invitée à danser lors d’un slow : Jeux de mains, de vilains, hop ! Dans son bungalow, Elle me… JÉRÔME, sursautant Bon ça va, les détails !... JEAN-MI, la bouche en cul de poule Je les garde ? JÉRÔME Oui ! 53


JEAN-MI Mouais…Bon à la fin, la fille me regarde, Elle me dit : « Quand même, on a beau fabriquer Des godes performants, le meilleur pour niquer, ça restera toujours la bite naturelle ! » ... Alors moi je me prends à faire un peu de zèle, Je lui dis : « Le Michel… sacré coup de crochet ! » … Elle dit : « Cent fois mieux que mon godemichet ! » JÉRÔME Carrément ! JEAN-MI, avec un signe de tête affirmatif et en confiance Aujourd’hui, grâce à la demoiselle, Une idée a germé dans ma noble cervelle. Je me suis dit : « Voilà, pour être original, Donc pour vendre, il faut être international Tout en élaborant de façon préalable Un produit fortement personnel et fiable. Or, en cette nuit-là, ma Lilloise aux yeux bleus Me fit très justement remarquer que je peux Contenter cent fois plus le vagin de ces dames Que nombre de jouets sans âme et bas de gamme. C’est pour ça que l’objet de la boîte à Jean-Mi Serait moins qu’un époux mais bien plus qu’un ami; En clair, un gode amant discret mais efficace. Comme ces qualités sont celles que j’embrasse, Ben l’avenir du gode équipé de son gel Est tout tracé, mon cher, (Il tourne la première page sur laquelle apparaît le dessin) C’est le godemichel ! » JÉRÔME, stupéfait Quoi !!!!! JEAN-MI Si si ! JÉRÔME J’hallucine, il est fou...

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JEAN-MI Ça t’en bouche Un coin, la vérité ! JÉRÔME, à part Même deux ! JEAN-MI Et la touche Personnelle au produit est qu’il serait moulé Au format très précis de mon zgueg bien gonflé ! Enfin, pour terminer, l’ultime facétie Consacrerait le gland dans sa suprématie : Apposer la photo de l’être désiré Juste dessus afin qu’il soit énamouré ! La superstition aussi, c’est à la mode : Je la mélange au sexe, et voilà notre gode ! JÉRÔME Tu délires... JEAN-MI, s’emballant Attends, ce n’est que le début ! JÉRÔME, désespéré Non, pas ça... JEAN-MI Pour doter le splendide attribut De l’aspect sans frontière, il nous faut qu’il s’adapte : En un mot, où qu’il soit, faire en sorte qu’il capte L’attention des gens dans son collimateur : En ce sens, il lui faut un nom évocateur. C’est selon le pays que notre choix se fonde ! Ainsi, les locuteurs espagnols dans le monde, Sur tous les continents découvriront tel quel Le modèle suivant : (Il tourne la page et présente un autre dessin évocateur...avec autour les symboles espagnols) C’est le godemiguel !


JÉRÔME, décomposé Mon dieu... JEAN-MI, tout fier Pas con le con ! (Silence) Comme c’est en Provence Que l’on trouve les plus belles filles de France, Je me suis dit : « Je dois contenter celles-ci. » Le régionalisme est un filon; aussi, Le même procédé stratégique s’impose : (Il tourne la page... et un autre dessin...) C’est le godemiquéu ! JÉRÔME, se levant soudainement Là c’est l’apothéose ! Cette fois, c’en est trop ! Il faut que j’aille voir Le comptable cocu pour tenter de savoir... Quelque chose. On se voit à la fête de Lucile. JEAN-MI Ça marche ! JÉRÔME À tout à l’heure ! JEAN-MI, seul Un homme pas tranquille Ne peut pas le cacher, mais toi, tu ne dis rien. Ce soir, l’autre con veut faire de toi son chien... (Silence) Cousin, en d’autre temps, tu serais mort de rire; J’ai beau m’évertuer à te faire sourire, C’est impossible car ces bureaux où tu vas Sont des endroits malsains... et toi, tu ne l’es pas !

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ACTE V Scène II : JEAN-MI, L’HOMME, LE SOUS-PRÉFET, UN HOMME DE MAIN (Jean-Mi emprunte le couloir pour aller aux chiottes)

JEAN-MI Oh ! L’HOMME Tiens, comment ça va ? JEAN-MI Bien. L’HOMME C’est là que tu bosses, Dans ces murs d’apparat où les phrases sont fausses ? JEAN-MI Ici-même, mais bon, c’est provisoire. Et toi, Qu’est-ce que tu fous là, tu postules ? L’HOMME Non ! Moi, Mon boulot me contraint à des bonnes manières. Vu que mon frère et moi, nous sommes commissaires, Quelquefois on se rend chez la clique bon chic, Bon genre lorsqu’on est sollicités. JEAN-MI Un flic ??? L’HOMME-COMMISSAIRE Eh ben ouais ! JEAN-MI Merde alors ! Mais le bar, la mauresque, C’était vrai ?


L’HOMME-COMMISSAIRE Sûrement ! JEAN-MICHEL Ben ça, c’est ubuesque ! L’HOMME-COMMISSAIRE Mais non ! Réveille-toi mon gars, un policier, C’est un homme avant tout, pas de quoi se soucier Pour quoi que ce soit ! JEAN-MI Ouais... Quand même c’est bizarre; C’est la première fois que... bon enfin, c’est rare ! L’HOMME-COMMISSAIRE Je comprends, je comprends. Bon, on se voit après, Tu vas à la fête ? JEAN-MI Oui. L’HOMME-COMMISSAIRE D’accord, je serai près De la bouffe et du jaune. JEAN-MI Entendu. L’HOMME-COMMISSAIRE Sois à l’heure ! La première gorgée est toujours la meilleure ! (Ils continuent leur route de leur côté) JEAN-MI, à part Je me suis fait collègue avec un flic qui boit, C’est quand même assez fort ! (Il arrive aux chiottes, l’entrée des W.-C. hommes est barrée par une pancarte « en travaux ». Alors il va chez les dames. Au moment où il déboutonne sa braguette, il entend parler. Il voit au-dessus de lui le fenestron de l’aération et regarde à travers.) 58


SOUS-PRÉFET À neuf heures, on doit Me remettre un colis de première importance. J’ai besoin de quelqu’un qui soit de confiance, Tu comprends ? L’HOMME DE MAIN Oui Monsieur. SOUS-PRÉFET La porte de secours Donne sur le trottoir, Chemin des Troubadours. Fais gaffe aux curieux des maisons mitoyennes. Une fois la valise en main, tu te ramènes Ici-même, compris ? L’HOMME DE MAIN C’est compris, Monsieur. SOUS-PRÉFET Bien. Jette un coup d’œil dehors qu’on puisse sortir. L’HOMME DE MAIN Rien ! SOUS-PRÉFET Allons-y ! JEAN-MI, à part L’enfoiré préside ses affaires ! (Il pisse) Je vais mettre mon grain de sel dans ses mystères ! (Il sort du chiotte, se lave les mains et se regarde dans la glace.) Le vieux gitan avait raison. La Liberté Se défend, la Famille aussi, la Dignité, Ces choses dont chacun mesure l’importance Quand elles ne sont plus. Il est temps que j’avance ! 59


ACTE V Scène III : JEAN-MI, HENRY, JÉRÔME (Jean-Mi se précipite dans le bureau de Jérôme)

JEAN-MI Henry ? HENRY, prudemment Monsieur Jérôme est absent. JEAN-MI C’est tant mieux Car c’est vous que je suis venu voir ! HENRY Moi ? JEAN-MI Mon vieux, Il faut que vous m’aidiez ! HENRY, sèchement Monsieur, votre mélasse, Ayez le bon-vouloir de la garder en place Et de ne partager ses risques farfelus Qu’avec les plaisantins et les hurluberlus De votre espèce. JEAN-MI ... Mouais... Sauf que c’est pour Jérôme. HENRY Aurait-il des ennuis ? JEAN-MI Et des gros ! Le bonhomme Est aux prises avec les vices du milieu, Je vous fais un dessin ?

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HENRY, s’asseyant Non, je connais ce lieu Et je sais mieux que vous le climat qui s’y traîne ; Toute explication de trop serait bien vaine. Soyez clair et concis. JEAN-MI Ce soir, il doit donner Son accord ou refus d’aller s’accoquiner Avec tout le gotha moisi qui se prépare À boire le champagne et fumer le cigare. Il doit faire savoir son choix au sous-préfet... HENRY, le coupant En faisant de la tête un seul signe. JEAN-MI En effet... Comment vous le savez ? HENRY J’ai vu plus d’une tête Faire un signe discret; un regard qui se jette Furtivement avec une approbation. Bon, quel est votre plan ? Quelle est ma mission ? JEAN-MI Employer les moyens les plus forts, les plus bruts Pour qu’il soit en retard d’au moins trente minutes. HENRY Pourquoi donc ? JEAN-MI C’est le temps dont nous aurons besoin Pour que le sous-préfet se retrouve assez loin Et ne puisse être là pour attendre Jérôme Car j’ai trouvé le truc pour évincer cet homme. HENRY Vous êtes sûr ? JEAN-MI J’espère. 61


HENRY Il arrive, partez ! (Jean-Mi se carapate et reste à l’écoute de la conversation pendant qu’Henry prend une mine éplorée sur le fauteuil) JÉRÔME Henry ? HENRY Monsieur, je suis dépité ! JÉRÔME Racontez. HENRY C’est…c’est...c’est Margareth, ma tendre et chère épouse, Elle a recommencé sa folie andalouse. JÉRÔME C’est-à-dire ? HENRY Pendant notre dernier séjour, Nous avons traversé plusieurs villes. Un jour, Dans notre hôtel au cœur du centre de Séville, Un inconnu lui fit offrir une mantille. Or, loin d’être offusquée ou surprise, elle a ri Et la trouvant fort belle et fort a priori, Elle se mit à faire un éloge adorable Du secret inconnu. Moi, pauvre misérable, Je n’ai même pas su m’opposer à cela : Elle aimait un fantôme ! JÉRÔME Attendez, Henry; là, Vous me parlez toujours de Margareth, la dame Avec qui vous vivez depuis trente ans ? HENRY Ma femme, Oui.

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JÉRÔME D’accord... Margareth... qui, même en s’endormant, Répète l’angélus jusqu’au dernier moment ? HENRY …Oui, Monsieur. Comme quoi, nul ne peut se prétendre À l’abri du malheur. JÉRÔME Certes. Mais pour reprendre, Où donc est le problème aujourd’hui ? HENRY ... Ce matin Un colis contenant une jupe en satin Est arrivé chez nous : c’est la même écriture ! JÉRÔME, à part Le type doit aimer la figue très mature ! (Haut) Mais je n’ai jamais vu votre femme en porter. HENRY Et pourtant elle l’a mise sans protester ! Ô je suis malheureux, j’ai perdu toute envie De distraire ma tête et d’amuser ma vie ! JÉRÔME Voulez-vous que l’on reste un peu là ? HENRY Ce serait Le plus grand réconfort que quelqu’un me ferait ! JÉRÔME, à part Et dire que, parfois, je me fais de la bile Et du souci pour rien, c’est vraiment trop débile ! Si c’est pour terminer malheureux...Après tout, Il faut croquer la vie, et le reste, on s’en fout ! (Haut) 63


Bien, je vais juste écrire un message à Lucile Pour ce petit retard. JEAN-MI, à part La manière est subtile : Henry possède un jeu d’acteur en devenir ! Bon, à moi maintenant ! (Il fouille dans le bureau de la secrétaire) Si j’ai bon souvenir, Laurie... euh non... Laura ? Non c’est Laure... Laurence ! M’avait dit l’autre nuit qu’au niveau de la panse Elle avait, dira-t-on, des troubles digestifs L’obligeant au recours d’un ou deux laxatifs ! (Brandissant un tube de laxatifs) Aaaah c’est exactement le médoc que je cherche ! Bon sang ! J’en connais un qui va pisser du derche ! Bonjour la catastrophe et merci mon Lulu : Le gazier va connaître un lavage absolu ! (Il part vers la salle de réception)

ACTE V Scène IV : JEAN-MI, LE COMMISSAIRE, SON FRÈRE, UN MAFIEUX, LE SOUS-PRÉFET (Jean-Mi entre dans la salle : une soixantaine de personnes. Il repère l’homme de main et glisse discrètement un laxatif dans son verre. Puis, apercevant son collègue flic en train de se servir un pastis près du buffet, il se dirige vers lui.) LE COMMISSAIRE Ah ! Te voilà l’ami ; tends ta main, bois un verre ! Ça va faire du bien, au fait, voici mon frère ! (Ils se serrent la main)

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JEAN-MI Ecoutez, désolé, juste une question... Tous les deux, êtes-vous corrompus ? LE COMMISSAIRE Putain non ! Mais qu’est-ce qu’il te prend ? JEAN-MI Il me prend qu’ici même On voit des salopards : ces gens en sont la crème ! (Les deux frangins se lancent un regard significatif.) Ecoutez, j’ai besoin que vous m’aidiez. LE COMMISSAIRE Comment ? JEAN-MI, vide son verre Mon cousin bosse ici, c’est un homme vraiment Honnête et droit. Le sous-préfet, c’est le contraire. Une transaction va très bientôt se faire, (Il se re-sert) Je ne sais pas de quoi mais c’est louche à coup sûr. Est-ce que vous voyez ce type près du mur ? LE FRÈRE Oui. JEAN-MI, boit cul-sec C’est ce gars qui doit rapporter la valise Mais il va très bientôt se choper une crise Digne de figurer au guiness des records, Je vais prendre sa place et vais sortir dehors Dès que nous le verrons partir comme une flèche La merde au bord du cul pour aller au cabèche ! Ce qui devrait bientôt arriver. (Les deux frères se regardent et l’interrogent du regard.)


Un calmant Est tombé dans son verre accidentellement... Oh ! Que dis-je un calmant ! Un laxatif terrible ! Le bougre va chier autant que c’est possible ! Tiens, d’ailleurs le voici qui semble incommodé ! (Le type se met les mains sur le ventre et court à travers la foule) Bonne posologie, excellent procédé ! Maintenant c’est à nous, venez, on va descendre. (Ils arrivent devant la porte de secours. Sur le côté se trouve une autre porte, celle d’un local de ménage, Jean-Mi sort une clef et l’ouvre. La petite pièce possède une fenêtre.) Ouais ! D’ici vous pourrez tout voir et tout entendre ! LE FRÈRE Mais comment se fait-il que vous ayez la clé ? JEAN-MI Les femmes de ménage… Elles m’ont épinglé En train de culbuter leur troisième collègue. LE FRÈRE Et ? JEAN-MI Ben l’une des deux, vieille fille un peu bègue, Se taira si j’accepte une ou deux fois par mois De lui peler la mousse et l’écorce de bois... LE COMMISSAIRE Et l’autre ? JEAN-MI, naturel Elle est déjà sur ma liste d’attente. Bref, passons. La fenêtre est assez surplombante, Il ne faut surtout pas la laisser se fermer. LE FRÈRE, pas convaincu Vous êtes sûr de vous ?

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JEAN-MI Certain ! On peut filmer; Ça pourrait servir, non ? Vous avez un portable ? LE COMMISSAIRE J’ai le mien. JEAN-MI Dans ce cas, je vais tenter le diable : Ouvrez bien l’œil, Messieurs ! (Il sort et va se poster sur le trottoir.) LE FRÈRE Moi, je crois qu’il est fou Ton collègue. Il a dû se fumer un bambou ! Tu peux filmer longtemps avec ton téléphone ? LE COMMISSAIRE Oui, largement. LE FRÈRE Depuis le temps que l’on soupçonne Quelqu’un de protéger les parrains et leurs clans... Ce serait un coup à décorner les élans Si l’on pouvait soudain faire un peu de lumière, Démarrer et passer du point mort en première Et puis… LE COMMISSAIRE Mate la caisse au virage là-bas ! LE FRÈRE Tu filmes ? LE COMMISSAIRE Ouais. Pourvu que ça ne foire pas ! (La voiture s’approche, s’arrête. Un colosse en sort et tend la valise.) LE MAFIEUX, avec un fort accent C’est pour le sous-préfet ! (Il remonte dans la voiture qui démarre et repart.)


LE FRÈRE Albanais,Yougo, Russe ? Il faudrait le savoir. LE COMMISSAIRE Je crois que j’ai l’astuce. (Ils sortent et retrouvent Jean-Mi qui leur montre le contenu de la valise) JEAN-MI Alors les gars, d’après vous, ça résonne faux ? (Il leur tend) Il attend sa valise aux chiottes en travaux, Je vous montre ? LE FRÈRE Avec joie ! LE COMMISSAIRE, brandissant le téléphone On la joue au chantage. (Ils montent jusqu’aux chiottes) Reste dehors, l’ami ; mieux, retourne à l’étage. Pas besoin qu’il te voie, on va s’en occuper : On a les arguments pour le faire japper. Par contre, tu me vois désolé pour le jaune, Mais la prochaine fois, là, ce sera la bonne. Allez, merci mon pote, à bientôt ! (Ils entrent dans les chiottes après avoir poussé la pancarte avant de la remettre) JEAN-MI, seul À bientôt. ... Eh ben, quelle aventure ! Il est encore tôt. Un petit remontant ? Un whisky ? Non, le mètre ! (Dans les chiottes, l’arrivée inattendue des deux frères surprend le sous-préfet qui écarquille les yeux.)

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LE FRÈRE Monsieur le sous-préfet, nous dérangeons peut-être ? Ah ! Vos amis de l’Est ont déposé ceci À votre attention... Même pas un merci ? J’aurais cru ce Monsieur plus prompt aux politesses ! LE COMMISSAIRE Les billets, c’est pour quoi ? Quelles sont vos promesses ? SOUS-PRÉFET Moi je n’ai rien à voir avec tout ça ! LE FRÈRE Pardi ! C’est fou comme certains ont le cœur moins hardi Lorsqu’il faut se montrer honnête et responsable. LE COMMISSAIRE, incisif L’eau de mer ne craint pas les empires de sables ! Écoutez bien, on a tout filmé, c’est perdu ! S’il faut interroger ou faire un coup tordu, Nous n’hésiterons pas, on sait que vous en êtes; Par contre, on aimerait bien couper quelques têtes Parmi certains réseaux dont ceux de vos amis. Soyez intelligent, pensez aux compromis ! LE FRÈRE Vous y réfléchirez au chaud dans la voiture. Suivez-nous, ça vaut mieux; la loi de la nature Ressemble à s’y méprendre à celle du milieu, Donc allons discuter ensemble dans un lieu Plus convenable aux gens que le devoir appelle. LE COMMISSAIRE Cette première nuit sera longue et très belle.

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ACTE V Scène V : JEAN-MI, JÉRÔME, LUCILE,CASSANDRE, OPHÉLIE, HENRY (Jean-Mi revient à la réception.) JEAN-MI, passant entre les gens Éh ben voilà ma foi ! C’est terminé. Bonsoir. Excusez-moi... Pardon... Salette, pour avoir Un whisky, c’est la croix, les clous et la bannière. (Il arrive au buffet.) Huuumm ! C’est bien beau tout ça ! Le glaçon dans le verre, La bouteille... (À moitié vide) On dirait que j’ai des concurrents ! (Il gueule) Santé !... (Personne ne répond.) Ces trous du cul sont vraiment sidérants ! LUCILE Ils vous ont laissé seul ? JEAN-MI Hélas, comme une vieille ! Heureusement j’ai mis la main sur la bouteille Et je ne compte pas la lâcher de sitôt ! LUCILE Vous vous amusez bien ?

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JEAN-MI Comme un fou ! C’est plutôt Comique de trinquer avec tous ces convives. LUCILE Les amis de mon père ? Une bande de vives ! Dangereuse, sournoise et riche de surcroît ; Une sombre mouvance uniforme qui croit Au pouvoir du poison; d’autant plus redoutable Qu’elle pique à l’abri sous des couches de sable ! Bref on s’en fout ! Tchin-tchin ! Et mort à tous les cons ! JEAN-MI Ça va faire du monde en moins sur les balcons ! LUCILE Eh bien tant mieux ! Au fait, je ne vais plus à Grasse. JEAN-MI Pourquoi ? LUCILE Ma demi-sœur m’a parlé d’une place En tant que bénévole aux Restaurants du Cœur. Cela fait plusieurs mois que je tanne ma sœur Afin qu’elle me fasse entrer, mais sans rien dire À mes parents. Mon père est capable d’en rire; C’est vraiment dégoûtant venant d’un sous-préfet. JEAN-MI Ne pense pas à ça, personne n’est parfait. (Cassandre et Ophélie arrivent, mortes de rire) CASSANDRE Hé Lucile, viens voir, c’est un truc de malade ! OPHÉLIE Une vieille a perdu sa dent dans la salade ! Bonjour !

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CASSANDRE Bonsoir ! JEAN-MI Bonjour et bonsoir ! LUCILE, à Jean-Mi Je reviens. JEAN-MI, seul Ah ! L’oisive jeunesse : histoire sans fin. JÉRÔME Tiens ! Te voilà de nouveau ! Je te cherchais, collègue; Ce soir, pas de quartier, je bois et je m’empègue Jusqu’à ne plus pouvoir tenir droit et bander ! Je pisse au cul de ceux qui veulent m’emmerder; Putain la vie est trop courte pour ça, bordille ! Passe-moi ta bouteille, un cul-sec ! Je m’enquille Au nom du bon vieux temps, bordel ! JEAN-MI J’avais raison L’autre jour ? JÉRÔME Sûrement ! Allez, comme en saison : Vide-moi ton godet que je t’en serve un autre ! Toi tu n’es pas un saint et moi pas un apôtre Et tu sais quoi ? Tant mieux ! JEAN-MI Mais qu’est-ce qu’il te prend ? JÉRÔME Oh ! Trois fois rien ! Tu sais...Pauvre Henry, notre grand Gentilhomme écossais... Sa femme a viré dingue ! Elle pète un fusible à cause d’une fringue : Une histoire bizarre, il te racontera ; Ça ressemble aux trucs cons de Santa Barbara.

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JEAN-MI Ah les femmes parfois... JÉRÔME Vé ! Regarde, il arrive. Alors, elle va mieux ? HENRY, surmené Juste un peu dépressive... Je vais m’en jeter un ! JÉRÔME Ça, c’est être érudit ! JEAN-MI Tout à l’heure, j’ai vu Lucile, elle m’a dit Qu’elle avait annulé son escapade à Grasse. JÉRÔME Merde ! JEAN-MI Non : elle pense être plus efficace Dans le bénévolat. C’est vrai que c’est l’hiver, Un climat glacial ! Tu vas voir que la mer, Elle va nous jeter des ours blancs sur la digue ! JÉRÔME D’ici peu que la fève ait le goût de la figue ! (Ils sourient) JEAN-MI Elle est bien cette fille. Et lucide ! JÉRÔME Toujours. JEAN-MI On a besoin de gens comme elle de nos jours. (Silence) Drôle d’époque, non ?


JÉRÔME Mouais... Pourtant, c’est la nôtre. Soit on reste soudés, soit le pays se vautre ! Enfin, soyons heureux car c’est bientôt Noël ! JEAN-MI Tu vois, malgré la crise et tout ce gros bordel, Tous ces gouvernements qui nous cassent les couilles, Tous ces traficoteurs transpirant les magouilles, Ben je garde l’espoir parce que si des gens Comme Lucile et toi restent intelligents, Si de fil en aiguille, on en rencontre d’autres Dont les volontés sont les mêmes que les vôtres, Et si d’autres encore au hasard, au détour D’une rue, ont le temps de parler chaque jour, Alors on peut penser que de fil en aiguille On pourra reformer une grande famille. Mais tu vois, je dis pas tout ça naïvement, C’est juste qu’en mon for, ma foi, j’y crois vraiment ! Bah ! Je peux me tromper mais si chacun commence À ne voir l’avenir que comme un gouffre immense On ne s’en sortira jamais car c’est un tort. Mais bon, allez, trinquons ! JÉRÔME On trinque, mais d’abord J’ajoute une personne à ta fameuse liste. Il s’agit de quelqu’un de toujours optimiste Sur lequel on devrait prendre exemple, ma foi ! Alors à ta santé car il s’agit de toi, (Prenant une voix pompeuse) Jean-Guy Michel... machin truc... JEAN-MI Cette connerie ! C’était trop fort ! Allez, à notre gueuserie ! JÉRÔME À la crise !

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JEAN-MI À la merde ! JÉRÔME À la figue ! JEAN-MI Aux ours blancs ! JÉRÔME À ta tête de nœud ! JEAN-MI À tes futurs implants ! JÉRÔME Au nom de l’avenir ! JEAN-MI Au nom de l’Espérance ! JÉRÔME À la grande famille ! JEAN-MI À l’Histoire de France ! En espérant qu’un jour on entende la voix De cette Liberté qu’a peinte Delacroix !

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SACHA STOLIAROVA

Photographies Vous aimez les histoires ? Je veux vous en conter une: celle du marché provençal. Ce marché est comme un portrait toulonnais, particulier, qui commence tôt le matin et finit en début d'après-midi avec le bruit des chariots et la précipitation des machines nettoyeuses qui font tout disparaître. J’ai voulu transmettre un ressenti poétique de cet endroit : le flou de la foule des gens, comme une rivière, l’arrêt sur le tas d’olives couchées sous le soleil, donnant envie, les restes de légumes au sol... En rampant avec mon appareil photo, un vieux 6x6 des années 30, j’étais à la recherche de la lumière, une lumière douce, que je connais par cœur. J’ai suivi le courant, me suis arrêtée, ai plissé les yeux, respiré les odeurs, me suis laissée éblouir jusqu’à perdre tout repère. Et les images sont venues... Je viens de Russie. Je suis photographe.

http://stoliarova.ultra-book.com.

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YVES MISERICORDIA

Poèmes Le regard appuyé sur l’ombre L’aube longue marche en manteau ouvert d’une plaie large à l’Est indifférent Dans le regard des yeux perdus se côtoient les sillons labourés le matin même Neuf lignes chantent silencieusement posées sur la poutre vieille.

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La tombée de pierres creuse un souterrain avide Nulle bouche ne souffle le geste prisonnier La nuit reçoit une cloche de bronze poli Coulant sous les ailes des martinets gris le ruisseau est une lame aiguisée sur une pierre verte tombée pour ouvrir des lèvres fines aux jours affamés.

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J’ai trempé mes pinceaux dans une flaque noircie de lumière pressé de peindre Écrire ma cendre vive Hors des rébellions des grilles hors des cris Noyées mes armes dans la peinture brûlante Ouvrent des instants d’ivresse.

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Un silence de cours de prophète Un élan de tendresse Humilité d’un sarcophage de pierres brutes Béance de l’obscurité Brûlante Je regarde le chemin à travers Aux creux des buissons où couvent les braises le soleil se couche affamé d’hirondelles.

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Une toile d’horizon sur les cheveux noirs d’un manège Des sabots au galop échappés vers le ciel éclairent les regards à l’essieu cramponnés La ténèbre brille d’un feu de crinière volée.

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Je pose un trait noir comme Icare une plume une peinture comme il fait ses ailes Je prends au soleil des rêves de lumière dessinant l’obscur avec. Juste un trait Invisible Le silence qui dure Une musique au creux qui vient d’ailleurs Ailleurs est né ici J’attends sans plus attendre Le son du vide résonne depuis le désert Un cercle un puits un œil Une pierre au milieu silex-totem mélange de nuit Au corps une rive effleurée.


Souffle sur les braises En Êcho le silence Attente vide dilatÊ Pupilles Ce ne sont pas des larmes mais des perles atours des yeux ballade de lumière large comme un trait de pinceau.

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ELLEAG VAN ULTA

Dans le ventre

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ELLEAG VAN ULTA

Bébé

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ELLEAG VAN ULTA

Petite

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HERVÉ PIZON

La clairière


HERVÉ PIZON

Elle part à la campagne elle part à la campagne jetés dans son sillage les trains et les rames au pré elle dévore à pleines dents la rosée et mon âme pour autant parfois elle fait la moue cœur en chapeau de paille elle part à la campagne indolente tout comme on joue seul à qui perd gagne accaparée chaque week-end s'abandonner dans le hamac teint diaphane tout est en vrac au fondant des fruits je la mange du regard elle fait le vide et quelques photos et lorsqu'il se fait tard le jour se lève trop tôt elle part à la campagne indolente tout comme on joue seul à qui perd gagne

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elle part à la campagne cueillir le soir ou des chardons je dis ma courtisane au plus profond elle promène sa taille à la roseraie rose saillant à ses pommettes pommes à l’ombre au verger de mon compartiment je l’observe je l’imagine nue je crois qu’elle ne m’a jamais vu elle part à la campagne indolente tout comme on joue seul à qui perd gagne

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EMMANUEL RASTOUIL

La plage La plage a ses trésors, ses paquets d’immondices Jetées aux quatre mers, échouées çà et là Dans un désordre heureux que le vent déballa Un soir où la tempête infligeait ses sévices. La plage a ses beautés qui témoignent des vices Et des vertus de l’homme aux rêves de prélat, Prêt à sacrifier la nature au-delà De tous raisonnements, pour combler ses caprices. La plage est le dernier rempart à l’horizon Pour tous ceux qui voudraient échapper la prison Et s’enfuir un matin vers la belle aventure. La plage est le miroir où s’étend notre orgueil Fait de mauvais désirs, attestant l’imposture… Feras-tu dans le sable un trou pour ton cercueil ?

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EMMANUEL RASTOUIL

Le fossé Le fossé se morfond de n’être qu’un boyau Digérant les déchets de milliers de misères Humaines. Ses détours n’offrent pas de mystères, Mais l’étalage infect de tripe et de boyau. C’est, comme à ciel béant, un genre de tuyau, Attendant le déluge en ondées printanières, Pour former à coup sûr de petites rivières Qui nettoieraient ses reins de tout ce matériau. Mais ce rêve confus semble être une utopie… Il serait plus sensé d’attendre la charpie Dans l’usure des jours, du soleil et du vent ! Quant à ce fier voisin qui voyage trop vite, Jetant son superflu comme en cadeau souvent, Je ne vois que sa main lorsqu’il ouvre sa vitre.

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testament 5 Hiver 2011  

Le poète inconnu, Mü, Joce Jacquelin-Bourgoin, Jacques Sicard, Laurence Jacab, Lilas Kwine, Jean Claude Babois, Pascal Leray, Emmanuelle Mal...

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