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Cinéma / Musique / Scène / Littérature / Arts

Le Suricate N° 23

mensuel

septembre 2013

Magazine À la une

Belgique, Terre de festivals en tous genres

Mais aussi...

Rentrée ciné Grand Départ Les Millers, une famille en herbe

Patricia Cornwell Portrait et retour sur la carrière d’un Maître du thriller de la littérature anglo-saxonne


Sommaire

Première bougie Les yeux au cinéma

p. 5

Littérature

p. 6 p. 7 p. 8 p. 9

Interview d’Anne Fakhouri Hantés d’Anne Fakhouri Wendigo Eleven/La fille tombée du ciel Louca Opération Séparation Le Poids des mensonges Le Club des Ex Instantanés érotiques - Nouvelle Portrait de Patricia Cornwell

Cinéma Grand départ Les Miller; une famille en herbe L’esprit de 45 White House down Né quelque part/Waiting sea Metro Manilla/Une place sur... No Pain No Gain/Byzantium Kill for me Actualités cinéma

p. 10 p. 11 p. 12 p. 14 p. 15

Musique Dour 2013 Les Vieilles Charrues 2013 Suikerrock 2013 Festival Interceltique Lorient 2013 Ronquières Festival 2013 Brussels Summer Festival 2013

p. 16 p. 20 p. 24 p. 28 p. 32 p. 34

p. 40 p. 40 p. 41 p. 42 p. 43 p. 44 p. 45 p. 46 p. 47 p. 48

Happy Birthday Mr Suricate Metallica : And justice for all Pirates des Caraïbes Terminator 3 La marque de Winfield

p. 50 p. 51 p. 52 p. 53

Cotations Rien à sauver Mauvais Mitigé Bon Très bon Excellent

Fini les vacances, place à la connaissance

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septembre 2013


Le terrier du Suricate

Edito

Les yeux au cinéma Au détour d’une série télévisée intitulée Viking, une lueur vive m’a traversé le cerveau. Bien loin d’une révélation divine ou d’une envie soudaine de réaliser un film documentaire sur le Smorrebrod danois, c’est plutôt une lueur lumineuse et dérangeante qui a eu raison de mon regard. De fait, le héros Ragnard Lothbrok, incarné par Travis Fimmel, est un grand guerrier doté de beaux yeux bleus lumineux. Magnifique me direz-vous, agaçant penserais-je plutôt. Et oui, même si les yeux de l’ancien mannequin australien ne manquent pas d’éclat, il faut bien avouer que personne sur cette basse terre n’a des yeux aussi brillants. Et pour cause, c’est la nouvelle lubie du tout Hollywood qui sévit aujourd’hui. Photoshoper les yeux des acteurs et actrices pour les rendre plus pénétrants, telle est la mission aussi onéreuse qu’inutile dans laquelle se sont lancés les boites de production. Le pire là-dedans, c’est que cela en devient ridicule. Jadis, nous avions droit à ces effets spéciaux lorsque ceux-ci servaient à l’histoire. Par exemple, Cyclope, personnage intégré à la saga X-Men, possède des yeux prêts à transpercer le premier venu. Idem pour Superman. Mais ces derniers temps, la technique est passée de l’emploi adéquat à l’exploitation outrancière. Que ce soit dans les films d’action pour accentuer le côté unique du personnage principal (Daniel Craig dans

Casino Royale) ou dans les romances pour solidifier encore un peu plus la beauté des deux protagonistes (The great Gatsby), la technique est utilisée sans ménagement. Où est le problème me direz-vous ? À cela, je pourrais tout simplement répondre : la véracité. Comment sortir du fantastique et de la fantasy si on nous offre des visages retravaillés sur palettes graphiques ? Comment compatir et s’identifier à un personnage qui possède deux spots colorés au fond de ses yeux ? Sans parler du halo lumineux entourant l’œil sur les plans larges qui donne un air encore plus improbable à notre héros. Même si ce détail n’engendre pas grand dérangement chez le spectateur lambda et fait vibrer la pulsion des midinettes en mal de regards de braises, c’est une dérive inutile qui, après l’abondance d’effets spéciaux et le retour de la 3D, creuse encore un peu plus l’écart entre le cinéma grand spectacle et le cinéma d’auteur. Bref, le problème est minime mais ses enjeux sont majeurs. Par extension, devrons-nous un jour admirer un film où les acteurs seront tous en capture motion ? Ne pourrons-nous plus admirer les imperfections d’un visage donnant un caractère humain à un personnage ? Des questions aussi excessives que l’emploi de cette technique futile et au final dérangeante. Quoi que la capture motion pourra enfin faire décoller la vente des Blu-ray que tout le monde fuit…

Première bougie ! Début septembre, on soufflera la première bougie du Suricate Magazine. Et c’est pour nous une énorme fierté d’avoir pu vous satisfaire ces douze derniers mois. Nos fidèles savent déjà que nous allons passer en mensuel, car nous allons interagir avec un site internet pour être au plus proche de l’actualité à chaud, gardant l’actualité à froid et les exclusivités pour le magazine ! Nous avons effectivement mis beaucoup de temps pour vous proposer quelque chose d’intéressant. Il est déjà disponible sur l’ancienne adresse : http://www.lesuricate.org On y retrouve beaucoup de contenu des anciens magazines. Vous pourrez dans l’avenir retrouver sur le site web les différents articles du magazine avec un léger différé. Découvrez maintenant ce numéro de septembre avec beaucoup de festivals, de critiques, un portrait de Patricia Cornwell et rendezvous la semaine prochaine pour un numéro spécial « Rentrée littéraire belge » !

L.S.

M.M. Une publication du magazine

Le Suricate © http://ww.lesuricate.org Directeur de la rédaction : Matthieu Matthys Rédacteur en chef : Loïc Smars Directeur section littéraire : Marc Bailly Directeur section musicale : Christophe Pauly Directeur section théâtre : Baptiste Rol

Crédits Webmaster : Benjamin Mourlon Secrétaires de rédaction : Pauline Vendola, Maïté Dagnelie, Adeline Delabre Relation clientèle : redaction@lesuricate.org Régie publicitaire : pub@lesuricate.org

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Ont collaboré à ce numéro : Matthias Mellaerts, Véronique De Laet, Frédéric Livyns, Emilie Lessire, Marylise Dufour, Claire Rigaux, Olivier Sigman, Jérémie Piasecki, Lise Francotte, Philippe Vincke, Julien Sterckx, Christophe Corthouts

Septembre 2013


Cinéma / Musique / Scène / Littérature / Arts

Cinéma

Grand départ, le triumvirat familial Pour sa première réalisation, Nicolas Mercier nous présente une histoire de famille aux odeurs autobiographiques. Fort d’un texte drôle, ce film nous a pourtant laissé sur notre faim.

©U-Dream / Studio Canal

La critique

Pour sa première réalisation, Nicolas Mercier a choisi de nous présenter un sujet maintes et maintes fois traité au cinéma, celui de l’harmonie fragile du milieu familial. Lui qui avait travaillé comme scénariste sur de nombreuses séries télés et qui avait signé le script de Mon pire cauchemar d’Anne Fontaine, nous présente ici une famille aux allures banales mais où le triumvirat masculin peine à se concilier. Présenté sous la forme d’une comédie dramatique, ce film nous promettait un moment de détente où se mêlent habilement humour et tristesse. Pourtant, après coup, on ne peut pas dire que ce soit une réussite totale. De fait, ce qui saute irrémédiablement aux yeux est sans conteste le manque de rythme et d’entrain de l’histoire. Constamment enfermé dans un contexte mélodramatique, le spectateur ne peut se permettre de sortir d’une histoire construite en vase clos. Et pour cause, les pions centraux que sont la relation père-fils et la relation fraternelle sont les seuls atouts du film.

Cette obnubilation du réalisateur à mettre en avant deux messages de manière récurrente lasse le spectateur après quelques temps. Ce fil rouge abondamment exploité tend même à nous montrer les carences en réalisation de Nicolas Mercier. Par exemple, certaines scènes sont surréalistes car elles sont mal amenées. Les différentes tentatives de séduction de notre protagoniste principal en sont probablement les meilleures représentations. Cependant, même si le sujet de la filiation est rongé jusqu’à la moelle, il faut avouer à la décharge du réalisateur qu’il a su agrémenter ses dialogues de phrases onctueuses. Tantôt tristes ou tantôt drôles, les verbes employés sont souvent forts de sens. Quelques écarts sarcastiques sont placés ici et là pour enrichir le texte et en améliorer intelligemment sa consistance. Ce choix de l’humour est sans doute ce qui sauve le film. Pour incarner les acteurs de ce long métrage, Nicolas Mercier a su s’entourer. Tout d’abord avec le jeune Pio Marmaï. En incarnant le personnage principal du récit, l’acteur a prouvé qu’il peut tenir, sur ses jeunes épaules, un film à lui seul. Même si Jérémie Elkaïm (Main dans la main) lui rend admirablement la pareille, il faut signaler la prestation impeccable de Pio. Face à eux deux se dresse Eddy Mitchell. Habillé dans un costume qui lui sied à merveille, l’acteur-chanteur nous prouve encore une fois qu’il n’est

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pas uniquement une star du musichall. Toujours juste, il nous a quelques fois remémoré sa prestation dans Cuisine américaine de Jean-Yves Pitoun. En résumé, Grand départ est un début timide de Nicolas Mercier dans le fauteuil du réalisateur. Même si des erreurs s’immiscent çà et là, le film est divertissant sans pour autant marquer le cinéphile. Nous aurions juste aimé un scénario plus consistant, moins prévisible et une quête amoureuse mieux présentée.

Matthieu Matthys 4 septembre 2013

Romain est un jeune homme à qui la vie a toujours souri. Bien élevé, propre sur lui, bon travailleur, il est l’exemple type de la réussite professionnelle. Cependant, côté amour, Romain nage dans le néant. Ce handicap de taille est à ajouter à sa relation malhabile avec sa famille. Entre un père bourru, un frère cynique et une mère originale, le jeune premier va être confronté à sa propre réalité.

Grand départ Comédie dramatique de Nicolas Mercier Avec Pio Marmaï, Jérémie Elkaïm, Eddy Mitchell

Entre la figure écrasante d’un frère cyclothymique, et celle d’un père atteint d’une folie neurodégénérative aussi drôle qu’inquiétante, Romain ne peut plus se contenter d’être celui qu’il a toujours été : le garçon qui fait ce qu’on attend de lui sans broncher. A l’aube de la trentaine, il est grand temps qu’il affronte enfin son père cinglé, son frère cynique, et ses propres tendances à refouler ses émotions et sa sensibilité, pour réussir à assumer pleinement sa normalité...


Les Miller, une famille en herbe Ce qui devait être un film familial sans grande surprise s’est révélé être une comédie déjantée, adulte et admirablement efficace. Une réussite magistrale signée Rawson Marshall Thurber.

©Warner Bros

La critique marque et faire apprécier une histoire qui est tout sauf originale. De surcroit, c’est probablement le point fort du film. Une histoire de petit dealer devant, pour payer sa dette, faire la mule entre le Mexique et les Etats-Unis, c’est du déjà vu et revu. Mais le jeune réalisateur a travaillé sur les détails pour nous offrir un rendu plus consistant en profondeur qu’en surface, une remarquable prouesse narrative. Mais cette réussite scénaristique ne pouvait être complète que si le casting était une réussite également. Sans une qualité dramaturgique impeccable, les blagues ne ricocheraient pas dans notre esprit et les grimaces, très présentes, n’auraient pas la même saveur. De ce côté, la production a fait encore plus fort, elle nous a installé un quatuor digne d’un Very Bad Trip ou autre réussite du genre. Tout d’abord, Jason Sudeikis envahit l’écran de sa présence et de son aisance. Probablement bien dirigé, l’acteur franchit un palier dans sa carrière. Après le bon Comment tuer son boss ? et le mièvre Moi, député, Jason Sudeikis semble avoir trouvé dans le personnage de David Burke son rôle clé. En face de lui, Jennifer Aniston sert de second couteau. Mais elle n’en est pas moins importante. Sans elle, et sans son personnage, pas de figure antagoniste à David Burke, pas de contrariété succulente et surtout, pas de glamour. Ce glamour fort présent, quelque fois exagéré mais drôlement utile à l’histoire. Enfin, parlons également des deux jeunes recrues que sont Emma Roberts et Will Poulter. Si

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la première est relativement connue pour sa beauté et ses seconds rôles, le second était pour nous un parfait inconnu. Toutefois, les deux acteurs se valent et se complètent à merveille. Ils crèvent l’écran. En résumé, Les Miller, une famille en herbe est une réussite à tout point de vue. Sans exagérer le propos, on pourra dire que c’est d’ores et déjà la comédie américaine de l’année. Celle que tout le monde attendait, qui réchauffe les cœurs, fait travailler nos zygomatiques et qui est politiquement, mais jouissivement, incorrecte.

M.M.

4 septembre 2013

Dans la flopée de comédies loufoques américaines qui arrivent chaque année, Les Miller, une famille en herbe ne semblait au départ pas se démarquer. Avec une Jennifer Aniston en tête d’affiche, le spectateur pouvait s’attendre à une comédie potache du style Le Mytho ou encore Le chasseur de primes. Bref, une production axée principalement sur la notoriété et la plastique de la californienne. Le genre de film qui n’aurait pas eu grand intérêt pour le cinéphile et aurait été tout aussi vite oublié par le spectateur lambda. Pourtant, passé le premier quart d’heure de bobine et la mise en place de l’histoire, nous avons constaté à notre grand étonnement que cette comédie était bien plus épicée et originale qu’elle n’en donnait l’impression au départ. De fait, les blagues sont hilarantes et, malgré une histoire cousue de fil blanc, le rythme est soutenu et cadencé de manière magistrale de telle sorte que le spectateur ne s’ennuie pas un instant. Il faut l’avouer, Rawson Marshall Thurber a visé juste pour sa cinquième réalisation long métrage. Après avoir connu le succès avec Dodgeball en 2004, le cinéaste était quelque peu retombé dans les méandres de l’anonymat. Mais avec ce nouveau film, il renoue avec sa marque de fabrique : la comédie déjantée mais intelligemment truffée de phrases onctueuses. Là où de nombreux réalisateurs et scénaristes se sont littéralement cassés les dents, Rawson Thurber arrive à insuffler sa

Les Miller, une famille en herbe Comédie de Rawson Thurber Avec Jennifer Aniston Jason Sudeikis

David Burke est un dealer à la petite semaine qui se contente de vendre sa marchandise à des chefs cuisiniers et des mamans accompagnant leurs fils au football, mais pas à des ados – car, au fond, il a quand même des principes ! Alors que tout devrait se passer au mieux pour lui, les ennuis s'accumulent…

septembre 2013


Cinéma / Musique / Scène / Littérature / Arts

L’esprit de 45, revenir à l’esprit de l’époque Beaucoup de cinéastes ont parlé de la guerre dans leurs films mais peu ont évoqué les évènements sociaux qui s’ensuivirent. Une aubaine pour Ken Loach qui a saisi l’occasion.

©Cinéart

La critique cinématographique de Ken Loach. Le réalisateur a choisi d’y mettre en évidence une triple prise de conscience relative à la fin de la guerre. Premièrement, alors que la misère et le chômage sévissaient dans les années 30, la guerre a créé de l’emploi pour tous. Deuxièmement, tous engagés contre le fascisme, la victoire fut possible. Troisièmement, la guerre est née de la pauvreté et recommencera si rien ne s’organise pour la contrer. Le propos de Spirit of 45 est limpide, la solidarité communautaire peut servir d’arme contre la guerre et contre la pauvreté. Conclusion ? Uni dans la lutte, rien n'est insurmontable ! C’est un très beau message de fraternité et d’humaniste que nous livre Ken Loach avec ce film qui fait la part belle à l’utopie féconde. Aussi, on s’y attend un peu, le réalisateur joue sur le montage pour tisser un jeu d’opposition entre ce temps d’innovations sociales sans précèdent – créations de l’état providence, logement pour tous, plein emploi, etc. – et l’époque de détricotage du lien social auquel nous assistons de nos jours. De sorte que l’on est par exemple appelé à comparer la situation du logement en 1947 à la notre. On y apprend avec étonnement qu’a l’époque, à Londres, habiter dans une belle maison proche de son travail était considéré comme un droit par les défenseurs de la classe ouvrière. Voilà qui laissera rêveuse la génération surdiplômée des années 2010, habituée à vivre en collocation dans de petits appartements, de sur-

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croît, loin de ses emplois précaires. « Ils l’ont fait, eux, alors, pourquoi pas nous ? » Tomber dans l’anachronisme semble très facile. Aussi, Spirit of 45 risque de déplaire à l’historien puriste, et à raison. Mais cinématographiquement, qu’importe! Car, là ou Spirit of 45 frappe dans le mille, c’est quand il arrive à rendre l’enthousiasme d’une génération, d’un âge, et à en peindre crédiblement son esprit dans toute sa fraicheur et sa vitalité. Spirit of 45 est un bol d’air frais bien documenté (sans être impartial) qui vient apporter une éclatante touche de lumière à notre horizon de crise économique et de morosité existentielle.

Mathias Mellaerts

4 septembre 2013

Il nous apparait clairement que l’esprit des années 90 dénote de celui des années 2000, qui est lui même diffèrent de celui des années 70, ne parlons pas de celui des années 30. Mais la plupart du temps, quand on prend conscience de ces différences, le moment est déjà passé et c’est notre réflexion, des années après, qui réordonne notre vécu. Cela se déroule comme si, sans nous prévenir, les époques glissaient indistinctement les unes sur les autres, sans nous donner de quoi les saisir à l’instant T. Pourtant, bien que cela survienne rarement, il arrive que durant certains moments de l’histoire, l’esprit de l’époque soit précisément d’apercevoir cette tectonique. Les fractures du temps au moment même de leur clivage semblent alors apparaitre dans un cataclysme claironnant: « ça y est, c’est maintenant, l’esprit du temps change, demain, rien ne sera jamais plus comme avant ! ». Avec Spirit of 45, Ken Loach nous plonge dans cet instant particulier où la déchirure entre deux ères se cristallise, et durant lequel le passage d'un âge à un autre devient prégnant, presque palpable. Nous sommes en 1945, s’achève la fin du deuxième plus grand conflit armé de l’histoire humaine et la victoire des Alliés contre les forces de l’Axe entraine un vent d’optimisme sans précédent. En alternant images d’archives et interviews de vétérans, le documentaire retrace cette aventure en prenant le point de vue des classes populaires, dans la droite lignée de l’engagement

Lʼesprit de 45 Documentaire de Ken Loach

L'année 1945 a marqué un tournant dans l'histoire de la Grande-Bretagne. L'unité de son peuple pendant les combats de 1939-1945, et le souvenir douloureux de l'entre-deux-guerres ont conduit à l'émergence d'un nouvel idéal social. La fraternité est ainsi devenue le mot d'ordre de cette époque. Pour former la trame narrative éminemment sociopolitique de son film, le réalisateur Ken Loach a eu recours à des séquences vidéo provenant d'archives régionales et nationales...


White House Down, Buddy Movie bâclé Après avoir connu l’échec avec Anonymous, Roland Emmerich revient avec un buddy movie s’inspirant de beaucoup d’autres films d’action pour un résultat insatisfaisant à nos yeux.

©Sony Pictures

La critique

De fait, en signant la réalisation de White House Down, Roland Emmerich détruit pour la troisième fois la demeure présidentielle. Cependant, l’intrigue est tout autre puisqu’il s’agit ici de tourner intégralement un film d’action dans l’une des demeures les mieux gardées au monde. Un défi de taille d’autant que le film sort peu après Olympus has fallen d’Antoine Fuqua qui parlait lui aussi d’une attaque contre la Maison Blanche. Une redite et Roland Emmerich derrière la caméra auront vite fait d’attiser notre curiosité et d’éveiller notre esprit critique face à un film qui a déjà mangé la poussière au box-office US. Autant le dire d’emblée, White House Down ne révolutionnera pas le film d’action et ne fera pas sortir le réalisateur allemand Roland Emmerich de ses carcans habituels. Au programme de ce film d’action de plus de deux heures : une bande de mercenaires prêts à tout pour détruire le symbole américain, un duo détonnant agent

secret - président et une centaine d’effets spéciaux et pyrotechniques à faire exploser les budgets de production. Hormis cela, pas grand chose. Et pour cause, en voulant nous servir un film d’action aux accents drolatiques comme beaucoup d’autres buddy movies, le cinéaste s’est quelque peu emmêlé les pinceaux. C’est un fait, peu de blagues ou de situations cocasses ricochent dans l’esprit du spectateur, à commencer par l’histoire de fond en elle-même. L’histoire qu’a voulu nous conter Roland Emmerich et son scénariste James Vanderbilt (The Amazing Spiderman) est celle d’une relation d’amour-haine entre un père et sa fille. Et oui, cela peut paraitre surprenant mais voilà le seul message que le film véhicule. Le reste n’est que futilité et absurdité. Le bât blesse irrémédiablement sur la manière d’aborder le film. Vendu comme un film d’action à la John McClane (saga Die Hard), ce film n’en a pas la consistance. Que ce soit l’histoire personnelle de chacun des personnages ou le discours décalé de ceux-ci, la sauce ne prend pas. Ce manque d’intérêt est probablement dû à une surenchère inutile, comme si la goutte de trop avait été versée. Comment croire à un président souhaitant se déplacer en Nike Air Jordan alors que l’édifice présidentiel est assiégé de toutes parts ? Et surtout, comment croire qu’une fillette puisse à elle-seule tenir tête à un canon 9 mm ou à une

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armada de chasseurs F-22 ? Toutes ces questions ne sont qu’un exemple de l’étalage de grossièretés contextuelles que l’on nous force à avaler dans cet opus. Toutefois, les acteurs ne sont pas à blâmer. Même si leurs personnages sont ridicules, Channing Tatum et Jamie Foxx restent crédibles malgré tout. En résumé, ce buddy movie ne nous a pas charmé par son manque de profondeur, son absence de dialogues truculents et ses carences d’originalité. Un coup dans l’eau.

M.M.

11 septembre 2013

Dans le cinéma hollywoodien, l’armée, le FBI et la CIA font rêver et rapportent chaque année des centaines de millions de dollars aux boites de production. Dans White House Down, c’est au tour du Secret Service (USSS) de posséder son heure de gloire. Dès lors, quoi de plus normal que de présenter cette histoire au sein même de la Maison Blanche et de confier les clés de la réalisation à Roland Emmerich.

White House Down Action de Roland Emmerich Avec Jamie Foxx

Membre de la police du Capitole, John Cale vient de se voir refuser le job dont il rêvait : assurer la protection du président des États-Unis. Espérant éviter à sa fille une déception lorsqu’il lui apprendra la nouvelle, il l’emmène visiter la MaisonBlanche. C’est à ce moment qu’un groupe paramilitaire lourdement armé attaque le bâtiment. Alors que le gouvernement américain sombre dans le chaos, Cale va tenter de sauver sa fille, le président, et le pays tout entier…

septembre 2013


Cinéma / Musique / Scène / Littérature / Arts

Un film qui nous parle d’identité avec humour et tendresse… Farid, jeune Français de 26 ans, doit aller en Algérie pour sauver la maison de son père. Découvrant ce pays où il n'a jamais mis les pieds, il tombe sous le charme d'une galerie de personnages étonnants dont l'humour et la simplicité vont profondément le toucher. Parmi eux, son cousin, un jeune homme vif et débrouillard qui nourrit le rêve de pouvoir rejoindre la France...

Né quelque part de Mohamed Hamidi déjà à lʼaffiche Comédie dramatique (87ʼ) Avec Jamel Debbouze, Tewfik Jallab, Malik Bentalha

Wainting for the sea de Bakhtyar Khudojnazarov déjà à lʼaffiche Fantastique (109ʼ) Avec Dinmukhamet Akhimov, Egor Beroev, Detlev Buck

Un film qui nous emmène en Algérie qui, pour Farid, est un pays proche et lointain à la fois. Mohamed Hamidi, pour son premier long métrage, évite le piège trop souvent rencontré des certitudes et des préjugés trop faciles. Farid va grandir tout au long du film, confronté qu’il est, à la réalité de la vie et de son peuple. Mohamed Hamidi, qui est également metteur en scène de spectacles comiques (dont le dernier Jamel Debbouze), utilise l’humour avec maitrise. Il parvient, grâce à cette maestria, à évoquer avec bonheur les problèmes d’un pays en pleine reconstruction. On sent que l’Algérie, dont il est question ici, est un pays fier, à l’histoire difficile et

Marat, capitaine d’un navire de pêche, part en mer malgré le mauvais pressentiment de sa femme. Celle-ci est à bord quand une vague gigantesque engloutit l’embarcation et tout son équipage. Marat est le seul survivant. Pour ne pas avoir sombré avec son bateau, fait condamnable pour un capitaine, il est envoyé en prison. Après avoir fait son temps, il retourne dans son village, avec l’idée fixe de retrouver son navire et de partir en quête de son équipage perdu. « La mer rend tout ce qu’elle prend » répète-t-il. Malheureusement, pendant le temps de son incarcération, la mer a disparu, laissant la place à un désert où son épave git, rongée par la rouille. Qu’importe ! Marat tirera son bateau à bout de bras là où il croit que la mer se trouve ; même s’il ne s’agit que d’une flaque pour les chameaux selon les villageois. Inspiré par la disparition de la mer d’Aral, Waiting for the sea est un film du réalisateur russe Bakhtiar Khudojnazarov. Réputé être l’un des réalisateurs les plus importants d’Asie Centrale, son cinéma surréaliste, animé par des personnages très typés est souvent comparé à celui d’Emir Kusturica.

qui se reconstruit en ayant toujours en ligne de mire la France dont il s’est « séparé » depuis maintenant des années… Les personnages de ce film sont tendres et vifs. Les personnages principaux, Farid en particulier, joué par Tewfik Jallab que l’on a déjà pu voir au cinéma dans Frères ou Qui de nous deux. Un acteur bourré de talent, il va sans dire. Jamel Debbouze, surtout producteur, fait une apparition remarquée, mais n’apparaît à l’écran qu’une quinzaine de minutes. Que ses fans se rassurent, le film tient la route même sans lui… Les autres personnages sont émouvants et touchants. Un film qui nous parle d’un sujet auquel nous sommes tous confrontés : notre identité et nos racines. Drôle et sérieux à la fois, ce long métrage se laisse regarder avec grand plaisir.

Marc Bailly

L’univers baroque de Waiting for the sea évoque la désuétude de la Russie postsoviétique : déglinguée et surchauffée par le soleil du désert dont la lumière implacable rappelle le Moyen-Orient. Khudojnazarov joue admirablement avec ce lieu aux confins de l’Eurasie pour mettre en scène un réalisme magique qui flirte avec l’absurde. Il s’y mêle la réalité la plus brute – poussière, rouille, sueur, maladie, mort – aux aspirations féériques les plus merveilleuses – quête d’un amour perdu et d’une mer luxuriante en plein désert. La photographie rend à la perfection le désert surchauffé dont les grandes étendues sans relief, blanchies par le sel, évoquent le sol lunaire. Le jeu d’acteur est excessif à l’image des personnages, mais sonne juste à l’intérieur de cet environnement pittoresque dans lequel les dialogues résonnent avec un léger, mais présent, accent de trip psychédélique. Une très bonne surprise qui ravira les amateurs d’Emir Kusturica et les baroudeurs du désert.

Mathias Mellaerts

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Pauvres paysans des Philippines, Oscar, sa femme Mai et leurs deux enfants partent à Manille dans l’espoir d’y trouver une vie meilleure. Proie facile pour les locaux sans vergogne qui n’hésitent pas à leur escroquer leurs économies, le jeune couple se retrouve vite à squatter dans le bidonville vomi par la mégalopole. Alors qu’ils sont au plus bas, Oscar trouve un boulot dans une entreprise de fourgons blindés. Son coéquipier le prend sous son aile et fait preuve d’une immense générosité mais ne tarde pas à lui faire comprendre que rien n’est gratuit à Manille. Metro Manila de Sean Ellis sortie le 28 août 2013 Drame (114ʼ) Avec Jake Macapagal, Althea Vega, John Arcilla

On connait le réalisateur Sean Ellis, pour la comédie satirique Cashback et le drame psychologique The Broken. C’est un polar qu’il nous livre ici avec Metro Manila. Le réalisateur évoque Training Day comme source d’inspiration. On retrouvait dans ce film d’Antoine Fuqua une jeune recrue au cœur pur embrigadée dans les sombres histoires illégales de son coéquipier. Sans conteste, Metro Manila reprend cette trame à laquelle il rajoute l’humidité plombante des tropiques.

Le réalisateur a accompli l’exploit d’avoir été à la fois au cadre, au son et à la mise en scène pour ce film au budget réduit et c’est une véritable réussite formelle qu’on ne peut que contempler. Malheureusement, le film flirte avec bon nombre de lieux communs, notamment celui du bon et du mauvais flic. La naïveté d’Oscar exaspère, alors que le machiavélisme de son coéquipier ne convainc pas. Leurs dialogues sont mous, sans substance et aussi brillante que soit la caméra, elle ne nous fait pas oublier le caractère trop convenu de leur relation. En revanche, et c’est une grande réussite du film, le réalisateur peint avec style la relation d’Oscar et de sa femme. C’est ici que la photographie et la mise en scène sont les plus cohérentes. Chaque plan où est réuni le couple évoque avec fraicheur et brio le contraste entre le pur amour des deux jeunes gens et la misère étouffante d’un bidonville des tropiques. Un film qui surprend là où on ne l’attendait pas et qui, à défaut d’avoir un scénario original, reste une très belle expérience visuelle.

Mathias Mellaerts Alcoolique, fumeur invétéré, photographe doué désabusé, Antoine Dumas (« Oui, comme les 3 Mousquetaires ») attend que sa vie change, qu’un événement la rende intéressante, le rende vivant, lui donne une raison d’être, sans y croire vraiment. Et entretemps, il s’occupe de Matéo, son petit voisin de 10 ans et plein de questions dans sa tête.

Une place sur la Terre de Fabienne Godet sortie le 4 septembre 2013 Comédie dramatique (100ʼ) Avec Benoît Poelvoorde, Ariane Labed, Max Baissette de Malglaive

Puis un jour, celui qui vit à travers son objectif est touché par un morceau de Chopin : sa voisine de cour joue « sans filet », en y mettant tout ce qu’elle a et surtout ce qu’elle n’a plus. Elena choisit la nuit de Nouvel An pour « tomber du toit ». Et pour Antoine, qui a immortalisé la chute sur pellicule, commence « la vie », celle qui va le tirer de son quotidien : Elena et son retour à la vie.

lumineuse, jeune, jolie qui « a eu de la chance ». Mais laquelle ? Un jeu de reflets dans les vitres, dans les objectifs, dans les êtres qui se répondent et se (re)construisent dans un puzzle en noir et blanc. Une émotion qui flotte. Parce que les explications c’est chiant : c’est juste un tout beau film de 1h40. Pas plus long, parce qu’habité d’un vouvoiement respectueux, loin des scènes voyeuristes qui cachent une vraie pauvreté de sentiments. Septième film de Fabienne Godet, chiffre porte-bonheur ?

Un Poelvoorde inhabituel, noir comme les clowns le peuvent, dont les mains tremblent sur chaque gros plan et les yeux ne reflètent plus grand-chose. Un petit Matéo attachant, hésitant à être Blanche-neige ou Cendrillon, « celle qui a deux boudins comme sœurs et des pompes géniales ». Une Ariane Labed,

Véronique de Laet

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Septembre 2013


Cinéma / Musique / Scène / Littérature / Arts

No Pain no Gain de Michael Bay sortie le 4 septembre 2013 Action (129ʼ) Avec Mark Wahlberg, Dwayne Johnson, Ed Harris

Byzantium de Neil Jordan sortie le 28 août 2013 Thriller, Fantastique (118ʼ) Avec Gemma Arterton, Saoirse Ronan, Jonny Lee Miller, Sam Riley

Décider de voir le nouveau film de Michael Bay peut paraître étrange. Mais quand la critique étrangère parle du meilleur de ce réalisateur, notre curiosité est piquée. Pas de « boum boum pan pan » et d’effets pyrotechniques dans No Pain No Gain mais une réflexion sur le rêve américain. Pari gagnant ? Le cadre n’est pas loin des habituels blockbusters américains : des culturistes, des filles, de l’argent. Mais cette fois, la trame est moins belle. Pas de héros ou de princesse à sauver mais le parcours de Daniel Lugo (Mark Wahlberg), coach sportif et culturiste qui ne veut pas rester dans sa condition d’homme lambda et veut approcher du rêve américain. Associé à son ami Adrian Doorbal (Anthony Mackie) et au gros bras Paul Doyle (Dwayne Johnson), ils vont kidnapper une grosse fortune californienne, la torturer et la dépouiller de tous ses biens. Déjà, Bay vogue à contre-courant de ses autres films. Personne n’est gentil et sans reproches même le pauvre bougre kidnappé. Le réalisateur ne s’arrête pas à ça et en plus de n’utiliser aucun effets à grands spectacles qui sont sa spécialité, il ose même une critique de la société américaine, composée de

gens prêts à tout pour atteindre le fameux rêve américain. On apprécie aussi les quelques trouvailles, comme une utilisation originale de la voixoff qui nous plonge dans la tête des différents protagonistes. Ou encore l’utilisation de l’image de Dwayne Johnson et Mark Wahlberg, gros bras au grand cœur dans leurs carrières, devenus ici de pathétiques truands. Ils montrent une fois de plus, qu’ils ont en plus de leurs biscottos, beaucoup de talent. Evidemment, le film n’est pas exempt de défauts : les longueurs (plus de 2h de film) sont nombreuses et le trio de kidnappeurs a une image parfois trop sympathique, alors que leurs actes sont répréhensibles. Cela a provoqué d’ailleurs une polémique aux USA, car étant basé sur des faits réels, le véritable kidnappé a insisté sur la cruauté de ses tortionnaires qui est totalement absente du film. L’humour prenant trop le pas sur la violence des situations. Malgré tout, on peut estimer que Michael Bay a réussi un film intéressant, avec des acteurs à contre-emploi. Il a d’ailleurs insisté sur la liberté fictionnelle qu’il a voulu prendre par rapport aux évènement réels.

Depuis la sortie dans les salles d'Entretien avec un vampire, tous les films traitant des états d'âme de ces êtres surnaturels, assoiffés de sang, sont comparés à ce chef d'œuvre au casting de star.

ce soit pour s'approvisionner en sang ou pour trouver un toit. Chacune a sa propre façon de faire : la brune, à la "sensualité bestiale", donne dans le pragmatisme et n'hésite pas à utiliser son corps et se lancer dans la prostitution pour trouver de quoi subvenir à ses besoins et à ceux de celle qu'elle présente comme sa petite sœur, Eléanor. Dans le rôle de Clara, la grande sœur protectrice, Gemma Arterton est bluffante de sensualité et de féminité, armes autant efficaces que celles que sa nature mystique lui confère. A ses côtés, Saoirse Ronan prête ses traits encore adolescents à une jeune fille de seize ans, à l'allure si innocente, que tout le monde lui donnerait le bon Dieu, sans confession.

Comme pour son chef d'œuvre de 1994 portant, au grand écran, l'histoire d'un roman bien connu des fans des créatures de la nuit, Neil Jordan a choisi d'adapter la pièce de théâtre A Vampire Story, écrite par Moira Buffini. Mais, loin de nous emmener dans l'habituel univers dandy qui est associé de fait aux vampires, Byzantium nous plonge directement dans une Angleterre sinistrée, digne du réalisateur Ken Loach. Dès les premières scènes, nous découvrons un duo très disparate, composé d'une brune incendiaire et d'une blonde, trop sage, se frayant un chemin dans la banlieue d'une quelconque ville anglaise, déjà gangrenée par la pauvreté. Cette plongée dans un univers si morose et si loin du mythe propagé des vampires, donne envie de découvrir l'histoire derrière cette survie de chaque instant. Car il faut, aux deux femmes, trouver de quoi subsister, que

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Loïc Smars

En dévoiler plus serait impardonnable, car en sus des états d'âme d'Eléanor, le renouveau du mythe du vampire et l'explication de la fuite continuelle des deux femmes donnent plusieurs niveaux de lecture, où se mêlent féminisme, justice sociale et mythes irlandais. Oubliez vos a priori et courez voir ce film si loin des clichés !

Adeline Delabre


Insolite Le film que vous ne verrez (probablement) pas au ciné

Kill for me de Michael Greenspan

Hailey, jeune collégienne discrète, arrive dans une collocation où elle fait la connaissance d’Amanda. Les deux jolies filles sont toutes deux troublées par un passé un peu difficile. Lorsque l’ex-petit ami d’Amanda débarque pour se venger d’un affront Amanda mais surtout Hailey décident de ne pas se laisser faire. ©Ivan Mathie

Sorti en début d’année aux Etats-Unis, Kill for me est le genre de film qui ne passe pas inaperçu chez les amateurs de films d’horreur. Maintenant, il fallait encore y voir une esquisse d’originalité afin de s’y intéresser de plus près. Chose aisée s’il en est étant donné que le film inonde la toile sous l’accroche simple mais efficace : « Kill for me, l’apogée du girl power ». Intrigués, nous sommes partis à la découverte de ce film qui, jusqu’à aujourd’hui, n’est pas prévu à l’affiche de nos salles obscures. Il faut dire que le girl power a le vent en poupe dans le genre gore. Pendant de longues décennies, nous avons eu droit aux différents monstres hideux puis ensuite, aux meurtriers masculins aux mœurs douteuses. Aujourd’hui, et ce depuis quelques années, voici venu le tour des femmes. Dans ces films, comme dans Kill for me, le casting nous présente souvent de jolies jeunes filles à la plastique irréprochable. Le genre de jeunes demoiselles que l’on ne croise pas à tous les coins de rue mais dont les campus américains dé-

bordent (enfin, c’est du moins ce que l’on voit dans les films… Donc, c’est que c’est vrai). Sauf que celles-ci ne sont pas du style à vous inviter à une soirée pyjamas transparents ou vous serrer dans leurs frêles avant-bras. Bref, dans Kill for me comme dans You’re Next (voir Suricate n°22) ou encore Jennifer’s Body, les bimbos sont des gourous de la trépanation, des âmes sans scrupules, des bêtes de sauvageries et des bûcheronnes hors pairs, car oui, la bombasse nécro-addict adore exploser des gars à la hache. Après avoir vu Kill for me, nous pouvons certifier qu’il ne représentera pas le genre. De fait, avec une kyrielle de mauvais comédiens qui se font face, il est difficile de rester accroché à l’histoire. Même si les acteurs de cet opus n’en sont pas à leur coup d’essai, on ne peut s’empêcher de constater qu’il y a une carence évidente dans leur manière de jouer. Toutefois, on soulignera la prestation du père incarné par le baroudeur Donal Logue (Zodiac). À lui seul, mais aussi grâce à l’ambiguïté de son personnage, il est arrivé à faire

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passer ce film de navet à poireau, c’est-à-dire un film qui sort la tête de la terre à moitié. Et pour cause, grâce à son personnage, le récit prend de la saveur. Alors que les scènes et les situations absurdes s’enchaînent, le fil rouge du film dévie de la vengeance aveugle vers un thriller presque haletant. Agrémentée de quelques rebondissements, la seconde partie du film est bien plus intéressante que la première. En résumé, Kill for me n’est pas un chef d’œuvre, loin de là. Mais par un jeu de dupes bien plus évolué qu’il n’y parait au départ, le réalisateur Michael Greenspan (lui qui avait signé la réalisation du film maudit d’Adrien Brody, Wrecked) a su désembourber son histoire. Mais hélas, lesté par un contexte trop tiré par les cheveux et une trame ressemblant à s’y méprendre à celle de Gone de Heitor Dhalia, le film ne plaît pas et n’arrive pas à satisfaire le spectateur venu au départ voir une bonne thérapie meurtrière mise à la sauce féminine. Matthieu Matthys


©José Cruz/Abr

l’actu cinéma

Spike Lee sera financé par les internautes

Amanda Seyfried dévoile ses atouts Les amateurs de salles obscures et les lecteurs d’actualités people ne les auront certainement pas loupé, les images d’Amanda Seyfried topless ont déjà fait le tour du net et de la presse. Il faut dire que la jeune actrice à la plastique séduisante et au teint pâle a de quoi en intriguer plus d’un. Mais si Justin Bieber et les autres stars excentriques se mettent volontairement à poil sur Twitter, on ne peut pas classer Amanda dans cette catégorie d’exhibitionnistes prépubères. Et pour cause, cette image provient du prochain film de l’actrice, Lovelace. Ce biopic réalisé par Rob Epstein et Jeffrey Friedman (Howl) sera consacré à la carrière et la vie de Linda Lovelace, une actrice porno ayant exercé ses talents innés dans les années 70. Pour incarner cette légende du X, passée à la postérité avec le film Gorge Profonde, c’est Amanda Seyfried qui a été choisie. Un pari risqué pour l’actrice américaine qui s’y trouvera dans le plus simple appareil mais également confronté à la critique, quelle qu’elle soit. En tout cas, cette dernière a affirmé que simuler une fellation était assez amusant à tourner. M.M.

Box office Belgique 1. Les Schtroumfs 2 2. Elysium 3. Percy Jackson 2 4. Now you see me 5. The Lone Ranger 6. Despicable Me 2 7. The Wolverine 8. Monsters University 9. The Heat 10. Blue Jasmine Source : Box Office Mojo

DVD - Blu ray

Hollywood n’est pas gay friendly Voilà une information qui pourrait en surprendre plus d’un(e). L’association GLAAD qui milite pour les droits et la représentation des homosexuels a publié un rapport en date du 21 août dernier. Dans celui-ci, GLAAD fait remarquer que le cinéma n’est pas encore enclin à mettre en avant des personnages LGBT. Selon eux, sur les 101 longs métrages qu’ils ont analysé, seuls 14 mettaient en scène des personnages gays, lesbiens ou bisexuels. Un résultat cohérent mais une réaction un peu exagérée lorsque l’on voit l’effort accompli ces dernières années face à une orientation sexuelle qui n’est pas majoritaire. Enfin, selon le porte parole Wilson Cruz, le personnage homo est souvent un homme jouant dans une comédie, qui est trop souvent méchant et n’est jamais transgenre. M.M.

©Sony Pictures

Du 14 au 18 août 2013

Il y a peu de temps, Spike Lee avait créé le buzz en demandant aux internautes de financer son prochain film. Ce choix du financement participatif s’imposait logiquement au réalisateur de Malcolm X. De fait, de nombreuses sociétés de production lui ayant fermé la porte au nez, il lui fallait trouver un financement alternatif et original. Mais ce choix, que Zach Braff (Garden State) avait également fait auparavant, a levé beaucoup d’interrogations dans le milieu. Pourquoi un homme de l’envergure et de la richesse de Spike Lee se sent-il obligé de passer par un site de crowdfunding ? N’est-ce pas un moyen de mettre la main sur de l’argent qui aurait pu servir à de plus petits artistes ? Selon l’intéressé, la question n’est pas là. En effet, le réalisateur d’Inside Man considère les sites de ce genre comme un moyen moderne d’amasser de l’argent de donateurs. Toujours selon lui, il aurait dû fréquemment, tout au long de sa carrière, frapper à la porte de financiers prêts à miser sur ses films. Quoiqu’il en soit, Spike Lee a finalement obtenu les 1,3 millions de dollars nécessaires alors que le projet reste des plus flous. L’investisseur pourra néanmoins se consoler si le film est naze. Pour un apport de 10000 dollars, vous aurez droit à un dîner avec le cinéaste ainsi qu’une place pour voir les Knicks. Généreux Spike Lee tout de même. M.M.

Les Profs de Pierre-François Martin-Laval

Avec ses 12% de réussite au bac, le lycée Jules Ferry est le pire lycée de France. Ayant déjà épuisé toutes les méthodes conventionnelles, l’Inspecteur d’Académie, au désespoir, s’en remet aux conseils de son Adjoint. Ce dernier lui propose de recruter une équipe de professeurs

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selon une nouvelle formule : aux pires élèves, les pires profs pour soigner le mal par le mal… C’est sa dernière chance de sauver l’établissement, à condition de dépasser le seuil des 50% de réussite au bac. L'inspecteur accepte, pour le meilleur... et pour le pire. septembre 2013


Cinéma / Musique / Scène / Littérature / Arts

Festival

En 2012, les vendeurs de bottes en caoutchouc se frottaient les mains, arguant un petit «excellent» du bout de leurs lèvres pincées et sèches. Avec Dour, ils avaient fait fortune… la botte était devenue un must have dans tous les festivals et le concours des bottes les plus fashion du fest’ était insidieusement lancé. La seule évocation de l’édition «In the Mud for Love» les fait encore frémir à l’heure actuelle… En 2013, c’est au «Dour» des vendeurs d’espadrilles de faire fortune : sous un soleil de plomb, ce sont quelque 183 000 festivaliers qui ont foulé la terre sèche de la plaine de la Machine à Feu. Pas de boue donc à Dour cette année, mais du soleil (assurément trop!), de la poussière (on s’est mouché tout noir!), des mini shorts, et, comme à chaque édition, une multitude d’excellents artistes! Revenons sur ces 5 days of love and alternative music…

Day one Petit «dour» à la Jupiler X Marquee pour y croiser The Horrors. Soutenus entre autre par Trent Treznor et Damon Albarn, les Anglais n’ont plus grand-chose à prouver musicalement parlant. C’est sans doute pour cela que Faris Rotter peut se permettre de négliger sa toilette : le chanteur est, en effet pour l’occasion, dissimulé dans une chemise foncée en lambeaux, il a l’allure d’un rescapé de Walking dead ou d’un clip de Marilyn Manson. Peu importe cet air faussement négligé et finement étudié, la voix suave et percutante de Faris nous fait tout oublier. On aime l’ésotérisme new wave post-punk. Plus tard, c’est le tremblement de puissantes basses qui nous amène jusqu’au chapiteau Redbull où des jeunes (et moins jeunes!) se livrent à une danse presque rituelle sur un set de Load-

star. Les Britanniques envoient la drum ’n’ bass et les watts dès 20h30. Puissance, technicité, basslines glacées, corps moites et atmosphère irrespirable… Redbull te donne des ailes? Moi ça me donne surtout chaud. N’empêche que Loadstar, c’est un bon point de départ pour donner une idée de ce que sera l’ambiance des trois prochains jours à la Redbull : des watts et de la sueur! Même si l’énergie s’amenuise en même temps que le soleil s’éclipse, l’enthousiasme ne tarit pas, surtout à la venue du Danois Trentemoller, musicien et dj. Même si - au grand dam de beaucoup de fans - le musicien a viré sa new wave ambient en électro rock (voire même électro-pop), sa prestation est de qualité. Et s’il est vrai que le Danois n’était pas vraiment en symbiose avec son public ce soir, Shades

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of Marble, Vam, et Miss You ont tout de même réussi à faire faire quelques flexions aux rigides du genou. Rien de tel pour shaker le booty qu’un détour par la Boombox. Wax Tailor et ses guests y trafiquent des samples issus du cinéma américain, de la pop des années 60 et de la musique noire américaine. Et, sans être particulièrement mon style, il faut avouer que ça a de la gueule : violon, guitare, basse, flute, violoncelle… le Français sait s’entourer. Venu présenter son dernier album Dusty Rainbow from The Dark, il a carrément enflammé le dancefloor avec son hip-hop efficace. Time to Go a, sans nul doute, bouté le feu à l’arsenal… Enorme.


Direction la Last Arena où les Yeah Yeah Yeah’s se déchainent. Le groupe rock américain d’origine new yorkaise, surtout connu pour son titre Heads will Roll – récemment repris et remixé pour la b.o. du film Projet X – a tenu un excellent show ce jeudi soir. Le trio présentait son nouvel album Mosquito ce soir et ils y ont mis l’énergie nécessaire. Karen O., dans une tenue empruntée en partie à Elvis Presley et en partie à Michael Jackson, était intenable. Et pour interpréter Sacrilege, le dernier morceau en date, elle s’est investie ! Reprenez vos « bon dieu sans confession », la vilipendée n’en a plus besoin : elle vient de fonder sa propre église et ses disciples sont déjà bien nombreux… Modeselektor à la petite maison dans la praire, c’était sans doute l’erreur du jeudi soir… La tentative de rejoindre le chapiteau s’est avérée vaine. Coup de gueule aux organisateurs, notamment relayé par la plèbe sur les barrières nadar – devenues pour un temps, panneaux d’expression libre - : «Modeselektor à la Main, les mecs!».

Day two Scylla, dans la mythologie grecque, c’est une nymphe changée en monstre mais samedi, à Dour, c’est un rappeur bruxellois (cocorico!). Le «désormais nommé» maitre du hip-hop belge est à l’affiche de nombreux festivals cette année (notamment au BSF, en août). Son créneau? Le gros rap dans la tradition du rap parisien, assez gras, avec un flow lent et puissant, une grosse voix à la Booba et des lyrics conquérants, parfois même politisés. Un show bien dynamique, même s’il faut avouer que Scylla fait partie des gars qui aiment le rap, qui le vivent à fond mais qui ne le réinventent pas. On continue dans le chauvinisme avec un petit protégé de la scène belge Compuphonic aux platines à la Redbull. Le dj a tenu un set lent, fade et sans histoire, ce soir. La déception était palpable chez les pointilleux du domaine, d’autant que le dj est carrément capable de mieux. C’est comme si l’artiste se cherchait encore. Il cherche ses morceaux, il cherche son public, il manque de technique et ne parvient pas à jouer entre les morceaux… On retiendra quand même le côté très communicatif du dj.

Place à la cold pop cosmique du trio tournaisien SX à la Dancehall. En première partie de Muse au Werchter boutique, ce n’est pas un gros risque que d’y laisser trainer une oreille. Une petite blonde du même gabarit que Shelah Sue, habillée d’une combinaison spatiale sur un fond lunaire argenté (Jane Fonda, quarante ans plus tôt !) se déboite sur scène à l’allure d’un robot ou d’un astronaute. Une ambiance interstellaire soutenue par les notes du synthé. La combinaison est vraiment intéressante et inspirante, même si le public était à un système solaire du groupe, refusant d’embarquer pour les rejoindre. Un petit malaise… Last Arena, quelques heures plus tard où l’on attend avec impatience le retour des Vaccines. Le groupe londonien d’indie rock a arpenté tous les bons festivals l’année passée après la sortie de leur excellent album What Did you Expect from the Vaccines ? Cette année, ils reviennent présenter leur deuxième album The Vaccines Come of Age,moins rock, plus pop, plus surf music. La prestation est très professionnelle, hyper rodée, peut-être même trop finalement. Mais qu’attendions-nous d’autre des Vaccines ? Et puis finir la soirée en boite de nuit ou vivre un peu ce que doit être la Tomorrowland! Avec la présence de Nina Kravitz, Len Faki et Dave Clark? Facile. Les trois djs ont assurés le show à la Redbul. Nina Kravitz (techno acide) a choisi, comme Dave Clark, le set à l’ancienne : scratch vinyle ! Ils ont tous les trois assurés avec le public, particulièrement Len Faki, bien connu des clubbers. Le dj s’est amusé à faire hurler son public pendant près de deux heures, interrompant volontairement la musique pour l’entendre l’acclamer. Avec une playlist énorme, le dj n’a pas déçu. Le lightshow était impressionnant pour la prestation des trois djs et l’ambiance était énorme. En faut-il vraiment plus ?

Day three On va prendre le thé et les madeleines avec We are Enfant Terrible, un groupe français de rock, punk-électro

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énergique et bien dans l’air du temps. We are Enfant Terrible, c’est aussi un batteur ingérable qui joue à sautemoutons avec les amplis, qui surgit pour commencer un morceau, une chanteuse dans la lignée de sexy-sushi en plus habillée (d’une robe estamillée de burger), un musicien au synthé qui a l’air sous influence de drogues… Ne parlons pas des textes sauvages et acides, mais toutefois très accessible… Je ne voudrais pas être leur babysitter, c’est évident. On essaye de se calmer avec ETHS ? Le quatuor de death metal français est plutôt original. Sa particularité essentielle doit résider dans le fait que le micro est tenu par une gonzesse probablement possédée dont la voix oscille entre Jennifer et Nergal de Behemoth. On n’imagine pas que d’un si petit corps (je parle de Rachel Aspe) sortent des grawls pareils. Très maitrisé musicalement parlant, même si la mauvaise gestion du son du Cannibale stage passait sous silence les parties plus mélodieuses et murmurées du groupe. Restons dans une ambiance hardcore avec le groupe français Mass Hysteria, découvert à Dour, il y a près de dix ans. Le groupe de métal a la particularité de chanter exclusivement en français et de chanter des textes particulièrement engagés dans des causes assez diversifiées mais toutefois assez surprenantes (pour ne pas dire autre chose) : « respecte tes parents, la guerre c’est mal, les amis c’est important, etc. ». Si le contraste entre le métal et les conseils du groupe fait sourire, une fois les circle pits et les brave hearts orchestrés, le groupe est déjà un peu plus crédible. Les Français ont tout de même réussi à faire décoller la poussière du sol et aussi certains fans puisqu’une dizaine d’entre eux ont pu fouler le sol de la main stage. La classe. Dour c’est aussi faire des expériences… par exemple celle d’un set de Venetians Snares, du break core très difficile à appréhender pour les noninitiés. Le set est très froid, l’ambiance est clinique, dérangeante et comme le veut le genre, la musique est totalement déstructurée. Le show est simple, mais les lights sont hyperactives… de quoi déclencher une épilepsie collective.

septembre 2013


C’est un peu comme être enfermé dans une chambre du hôtel miteux avec un néon qui frétille et grésille, ou se retrouver dans un ancien asile désaffecté avec un tueur aux trousses. Tout seul derrière ses platines, caché derrière sa longue crinière de métalleux, Aaron Funk semble être le seul à avoir la clé du labyrinthe et à pouvoir nous en sortir. On le suit, on l’écoute et on espère s’en sortir indemne.

Day Four La journée la plus chaude du weekend. Tellement que la moindre goûte de bière ingurgitée s’avère nocive : l’eau s’évaporant instantanément ne laissant dans le sang que l’alcool qu’elle contient! Les premiers bandeaux sont apparus : l’air sec et poussiéreux a du donner quelques vilaines quintes de toux cette nuit. Les bars ressemblent à des oasis inaccessibles, tant ils sont loin les uns des autres. Les points d’eau sont pris d’assaut par des truands sdf assoiffés, goulument pendus au robinet, comme des vautours autour d’une carcasse. La poussière vole… Il ne manque plus qu’une bonne B.O. pour faire un film. Et puis au loin, tel un mirage ou une hallucination, on entend les percus-

sions entrainantes d’un groupe familier : Tryo. L’ambiance Yeah Man, c’est le bon plan... Le groupe a, pour notre plus grand bonheur, rejoué quelques-uns des indémodables : l’hymne de nos campagnes, Désolé pour hier soir, Ce que l’on s’aime, … Quant aux nouveaux morceaux (issus du nouvel album Ladilafé), ils sont dans la lignée des anciens, toujours aussi efficaces. Mention spéciale pour le morceau Brian Williamson. Tryo y soutient l’activiste jamaïcain défenseur de la cause homosexuelle et dénonce l’homophobie véhiculée par le reggae… Respect ! On va encore faire monter la température de quelques degrés avec Kate Nash, un groupe britannique de poprock insolent. Dans une ambiance retro-vintage (vieille télévision, image jaunie et robe à poids), la chanteuse et ses trois magnifiques musiciennes ont tout donné, sans avoir peur de transpirer (c’est elle qui l’a dit!). Belles, douées et drôles, de quoi en faire pâlir quelques-unes de jalousie! Entre Lilli Allen et Duffy, la pop anglaise a encore une fois séduit. Dans la catégorie «ça ne nous rajeunit pas», on accueille ce soir un groupe bien connu de Dour : IAM. Les Marseillais ont joué leurs plus célèbres morceaux, avec toujours la même énergie : Petit Frère, l’école du micro

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d’argent, Bad Boys, Je danse le Mia… Ils en ont également profité pour présenter leur nouvel album Arts Martiens avec notamment l’entrainant et conquérant Spartiate Spirit. Ce qui est sûr, c’est que les Marseillais font toujours déplacer les foules. C’est même impressionnant et touchant de voir le nombre de gamins qui ont grandi avec les mêmes poètes dans les oreilles, qui scandent en rythme les paroles des anciens et des nouveaux albums. Séquence émotion. La clôture du festival (ou en tout cas de la last Arena) se fera avec les Smashing Pumpkins. La bande à Billy Corgan a sorti la grosse artillerie dès le début, avec les morceaux Tonigh Tonight, Bullet for Butterfly Wings, Zero, et Disarm. Près de 42 000 personnes ont fait le déplacement dimanche pour voir les légendes du rock américain. C’est un record d’entrée pour le festival. Mais ce n’est pas ça qui a rendu le sourire à Billy, particulièrement distant avec le public. Même si la prestation était irréprochable musicalement, le chanteur était assez froid… Un contraste avec la chaleur émanant du site.


Les 25 ans du festival ont été de l’avis général une grande réussite. Dour a même battu son record d’affluence avec ses 183 000 festivaliers en quatre jours. Il va de soi que la présence de tout ce petit monde sur le site ne s’est pas faite sans quelques accrocs. Par exemple, la presse parlait de quelques 4500 interventions de la croix rouge… coup de chaleur, déshydratation, coma éthylique, mauvaise descente et bobos en tous genre étant les motifs d’intervention les plus fréquents. Il n’empêche que les 160 secouristes chaque jour présents sur le site s’estiment tout de même satisfaits, vu des conditions climatiques. Les autres petits inconvénients engendrés par la foule, c’est aussi par exemple la queue interminable aux points d’eau : les organisateurs ne permettant pas l’accès d’une bouteille d’eau scellée sur le site, le réapprovisionnement devait s’effectuer fréquemment. L’éclectisme est également de rigueur lorsqu’il faut séduire une trentaine de milliers de personnes par jour, parfois

au détriment de la programmation d’une scène… Avouons quand même que Tryo, IAM et les Smashing Pumpkins le même jour sur la main, ça interpelle. D’autant que cette année, pour voir les têtes d’affiche, il fallait veiller tard… Mais les lève-tôt auront aussi droit à leur lot de dj-sets avec dj camping ON 24 heures sur 24 ! Comme si il n’y avait pas assez de places sur la line up, ils ont cru bon de caser des Daft Punk de kermesse dans tous les campings (cela dit, il y en avait quelquesuns qui géraient franchement) ! Enfin, soulignons tout de même une récurrente : le supplice de la Cannibale Stage. Le son y est toujours mauvais et on ne s’étonnera plus que le commun des mortels assimile le métal avec des grognements indélicats sans aucune mélodie… Comme si hardcore, metal et death rimaiant avec « à fond et sans nuance », la mauvaise gestion du son aura passé sous silence pas mal de subtilités chez les artistes qui s’y présentaient. Mais si la 25e édition du festival de Dour a ses micro-inconvénients, il n’en reste pas moins l’incommen-

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surable partie de bonnes surprises. A commencer par des groupes toujours excellents et une programmation séduisante, le concert sauvage des Pale Grey au « festivillage », l’hyperserviabilité des bénévoles, la convivialité des festivaliers, l’humeur bon enfant… Et puis cette édition restera dans les annales pour les Belges. En effet, les 25 ans du festival ont été marqués par un événement unique : 42.000 personnes ont fêté ensemble le couronnement du nouveau roi sur la plaine de la Machine à Feu… Un événement aussi fréquent qu’une éclipse solaire en plein jour en Belgique. Et ça, c’est la grande classe.

Textes et photos par Claire Rigaux

septembre 2013


Cinéma / Musique / Scène / Littérature / Arts

Avec sa programmation haute en couleurs et des pointures de la musique, le festival des Vieilles Charrues est devenu LE rendez-vous de l’année. Il est devenu l’un des plus gros festival musical de France. Olivier Sigman est allé sur place et nous livre ses impressions sur les diverses prestations auxquelles il a assisté.

Premier jour Des centaines, des milliers de véhicules partout pour assiéger la ville, des campeurs avec tout le matériel aussi nombreux : voici à quoi ressemble le site et surtout les abords des vieilles charrues en ce jeudi milieu d’aprèsmidi. Et pour ouvrir cette édition 2013 du festival, Raphaël, très attendu. Une heure et demi de spectacle qui laisse augurer de très bons moments ici. Le public pas encore à son maximum est déjà sous le charme. Dans un tout autre genre, c’est The Hives qui monte sur la même scène Kerhouar avec chanteurs et guitaristes déchainés dans un très bon rock. Tous vêtus de costumes noirs brodés or, ils laissent le soin au public encore plus nombreux de claquer des mains au refrain de leurs chansons même sur un rythme très accéléré. Avec une petite connaissance du français, le chanteur en profite même pour descendre de la scène et serrer quel-

ques mains pour le plus grand plaisir des fans. Vient ensuite celui qui est attendu de pied ferme avec sa scène particulière et ses effets spéciaux. Après quelques feux d’artifice,

Rammstein arrive depuis le haut de la scène. Scène gigantesque aménagée juste pour sa prestation (et qui nécessite des heures de montage et de démontage), les amplis laissent éclater toute la voix du chanteur. Arrivé en

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veste en laine rose, son pianiste lui est en paillette. Avec son accent toujours particulier, il alterne une chorégraphie à toute épreuve notamment en boucher agitant des flammes sous un chaudron qu’en étant très grivois à faire semblant de sodomiser un des hommes de sa troupe. Vient enfin le clou du show car c’est bien plus qu’un simple concert, de la mousse envoyée par des objets très phalliques sur lesquels il s’assoit à califourchon. Deux heures que l’on ne voit pas passer. © Pierre Hannequin

Fin de la première journée avec Vitalic et sa musique plus électro ainsi que ses jeux de lumières. Les 25 000 personnes commencent à rejoindre tranquillement leurs voitures ou campings.


Deuxième jour Plutôt que les scènes principales, un petit tour dans le village du verger où des artistes présentent quelques numéros. L’un d’entre eux est celui de Magmanus, deux voltigeurs et jongleurs qui font rire petits et grands et témoignent d’une grande agilité. Ca paraitrait presque simple ! Place aux scènes : la première Rocka Traoré. Avec sa voix douce et posée et sa deuxième participation au festival, elle enchaine ses musiques avec ses deux choristes. Si elle est statique, cela n’enlève rien à son timbre et elle enchaine entre musique française et étrangère. Lilly Wood, la chanteuse rousse, est très bien entourée musicalement par trois guitaristes au rythme endiablé. Son troisième titre Do it met le public en folie. Attendu et très stressé par ce festival et son remplacement in extremis, Patrick Bruel arrive après un décompte accompagné de photos retraçant ses années et ses tubes. Abordant des titres méga connus et que le public chante par cœur (Place des grands hommes, C’est la vie, Je m’attendais pas à ça, Marre de cette nana-là), il entonne également des chansons très engagées notamment une sur le suicide des jeunes et sur le décès avec C’est la vie. Dernière chanson et un triomphe où le public va d’une scène à l’autre : Casser la voix. Patrick, le public était là, tu étais le bienvenu. Autre registre sans commune mesure, ARkana et son rap où le public bouge dans tous les sens. Un rap dans toute sa splendeur même pour ceux qui n’en sont par principe pas très fans. Très engagé et qui ne mâche pas ses mots. Des choses dites tout haut mais qui font réagir le public sans doute très

sensible. Des bousculades et des revendications : les deux mots qui résumeraient cette prestation. Enfin, M arrive sur scène. Toujours amusant avec ses lunettes et ses costumes, toutes ses chansons sont connues. Les couleurs utilisées en fond de scène donnent un plus à ses déplacements sur scène. Une symbiose parfaite entre le public toujours là et le chanteur. La journée se finit : il est déjà 1h30. Fin de la journée pour les 45 000 festivaliers de ce jour.

Troisième jour Et on revient avec plaisir le samedi avec encore une fois une program-

mation qui nous fait tourner la tête : Féfé, Asaf Avidan, Benjamin Biolay, Neil Young, Oxmo Puccino, un Festnoz et The Roots entre autres. Alors on commence par forcément en douceur avec Féfé qui traverse, ovationné, la foule pour arriver sur scène. Un joli rap porté plein d'énergie avec au paroxysme Dans ma rue. Une heure de concert, on a eu à peine l'impression de passer la moitié du temps. Chapeau ! Petite pause et on retrouve avec un très beau soleil sur la scène Glenmor Asaf Avidan avec son célèbre One day. Un chant du public qui reprend les paroles, une musique folk calme et un rythme pas trop fort. Une bonne communion venue de loin.

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Il est temps de penser à diner et entre stands de crêpes salées et sucrées, tartiflettes et sandwichs, le choix est large et les bénévoles toujours aussi nombreux et sympathiques malgré les tonnes de nourriture servies et idem côté boissons. Sur Kerouac, c'est au tour de Benjamin Biolay d'entrer en piste. Des tubes qui réunissent jeunes et moins jeunes: Noir c'est noir pour commencer puis Quelle aventure et Qu'est-ce que ça peut faire, à chaque fois plus déchainé. Puis une belle surprise avec une Jeanne Cherhal qui interprète en duo Brandt Rhapsodie et Crève. Son concert s'achève avec Ne regrettes rien. Et en effet, on n’aura pas regretté d'être là. Et là, avec le temps très lourd, un peu de pluie pour rafraichir pendant que Neil Young se produit. On peut en profiter pour changer de scène et aller écouter Oxmo Puccino qui nous redonne l'envie de chanter et profiter de cet espace : Je m'enflamme et Où es-tu? notamment. Un hip-hop qui fait du bien sur cette scène moins grande mais qui permet de s'ap© Xavier Jacquet procher un peu plus l'artiste. On continue la soirée en plein pays breton avec un fest-noz sous chapiteau. Quatre groupes qui font danser sur la musique traditionnelle et parfois réajustée. Un moment chaleureux où loin d'être les uns derrière les autres comme pendant les concerts ; là, ce sont des longues chaines humaines qui se constituent et virevoltent. La journée s'achève avec The Roots. Il est déjà 3h du matin et les 53 000 personnes quittent le site pour une bonne nuit de sommeil… ou continuer à faire la fête dans le camping ou d'autres lieux festifs de la ville.

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Quatrième jour Dernier jour et on commence en douceur par The Vaccines sur la scène Kerhouac toujours ensoleillée. De l'indie rock pendant une heure, un rythme très particulier, un peu en écho et parfois indescriptible. Quasi à la fin on entend un air qui passe dernièrement sur les ondes : I always Knew. Si cela est assez dommageable pour The Vaccines, nombreux sont ceux qui écoutaient l'artiste depuis le devant de la scène Glenmor en attendant avec beaucoup d'impatience un chanteur très populaire. Même nombre de fans, même nationalité pour le chanteur, Marc Lavoine attire autant que l'avait fait Patrick Bruel. Il faut dire que dès

son entrée en scène, c'est la liesse sur J'ai vu la lumière. Le chanteur se déhanche, s'approche du public au plus près. Des titres connus où dès les premières notes, le public en est presque à souffler les paroles à l'artiste ! Je ne veux qu'elle, Le parking des anges, C'est la vie, Toi mon amour, Rue des acacias, La semaine prochaine : des airs très agréables et sensuels sur lesquels certains s'embrassent allègrement. Quelle bonne ambiance ! Quelle ferveur ! Même scène pour un guitariste célèbre qui alterne rock latino et limite salsa, Santana nous émerveille. On peut même regretter que les paroles gênent l'écoute passionnante de ce musicien.

La journée s'achève, les festivaliers commencent à faiblir et le week-end se termine avec un set électro house sur la scène de Kerouac qui, avec cette musique, passe en toile de fond des images de série TV. Un bon retour en enfance pour beaucoup. 34 000 visiteurs quittent et clôturent cette 22ème édition. Un peu moins de personnes que prévu mais une bonne fête organisée grâce à la mobilisation et l'investissement des milliers de bénévoles. Rendez-vous est déjà donné pour l'année prochaine : même date, même lieu. On compte sur vous, vous ne serez pas déçus.

Texte par Olivier Sigman

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Cinéma / Musique / Scène / Littérature / Arts

Comme chaque année en cette fin du mois de juillet, la Grand Place de Tirlemont est en effervescence. Des ouvriers montent des stands tout autour de celle-ci et une grande scène apparaît à son tour. Pas de doute, le Suikerrock reprend du service pour le bonheur des fans de musique et des cafetiers du coin. Cette année, une affiche haute en couleurs et des pointures comme ce monsieur ci-dessous étaient de la partie. Voici quelques-unes des principales prestations de cette édition 2013.

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Pour commencer cette édition, quelques petits noms comme Spoil Engine ou Vista Chino ont ouvert le bal. Bien que peu nombreux, le public a tout de même apprécié ces deux prestations. Mais le gros de la soirée commença vraiment lorsque Bush prit possession de la scène. Gavine Rossdale et sa bande ont mis le feu sur la scène de Tirlemont en interprétant leurs tubes du début qui ont fait leur renommée: Gasoline, Everything Zen, Machinehead. Mais aussi quelques titres du dernier album: Sea of Memories. Bien que la formation actuelle n’a plus rien à voir avec celle des débuts, Bush reste tout de même efficace sur scène. On notera au passage que Rossdale a quitté son look grunge pour adopter une allure de beau gosse musclé et en fait un peu trop sur scène... Le mari de Gwen Stefani aura ainsi donné un coup du punch aux festivaliers qui attendaient avec impatience l’arrivée de la formation suivante: Within Temptation. La belle Sharon Den Adel n’a eu aucun mal à envoûter le public avec sa voix haut perchée et son élégance. Bien que rodé et bien exécuté, le show des Within Temptation devient tout de même lassant au fur et à mesure. Les morceaux se ressemblent parfois trop et le charme de cette voix lyrique fini par s'essouffler et agacer les oreilles. Le deuxième jour était consacré à d’autres genres avec des noms comme The Scabs ou Golden Earings. Des groupes plus populaires dans le nord du pays... Poursuivons avec le troisième soir qui fut sans aucun doute le plus important. Au programme de la variété comme Alex Hepburn ou encore James Morison. Ce dernier, accompagné de sa guitare acoustique, a mis beaucoup d’ambiance. Ce fut ensuite au tour des Kaiser Chiefs d’envahir la Grand Place avec leur rock très pêchu. Un show impressionnant car le groupe est incroyable sur scène. Le chanteur fait ce qu’il veut du public et donne énormément d’énergie tout en faisant le pitre (on le verra d’ailleurs escalader la régie puis un stand non loin de la scène). Beau-

coup de communication aussi avec les fans. Les Chiefs envoient et n’arrêtent pas un instant et c’est un pur régal!

beaucoup de fans lors de Message In A Bottle tant l’averse et le vent étaient violents.

Le clou de la soirée fut sans conteste l’arrivée de Sting!

Le soir suivant, ce fut au tour de Natalie, Katie Melua et Joe Cocker de faire leur show pour clôturer cette édition.

Le bassiste et chanteur de Police livra un show tout en simplicité mais il faut avouer qu’il n’eut aucun mal à convaincre avec ses tubes English Man In New-York, If I Ever Lose My Faith In You, Roxane... Une setlist du tonnerre... Si l’on peut dire puisqu’après 45 minutes, l’orage eut raison de

Espérons que le temps soit de la partie pour la prochaine édition qui sera certainement aussi variée que celle-ci.

Texte par Christophe Pauly Photos par Jérémie Piasecki et Christophe Pauly

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Né il y a 43 ans, le Festival Interceltique de Lorient est devenu la référence culturelle pour tous les amoureux de la culture bretonne. Chant, musique mais aussi danse sont de la partie pendant ces quelques jours du mois d’août. Notre confrère Olivier Sigman s’est rendu sur place pour nous faire part de ses impressions durant le festival.

Samedi 3 août Ce n'est pas que le centre de la ville qui est interdit à la circulation, ce sont des dizaines de rues impraticables avec des places à chercher partout. Difficile alors que nous sommes en pleine ville ! Bref, un passage par le Palais des Congrès pour suivre le trophée Mc Crimmon pour les solistes de gaita : des musiciens avec grand chapeau large noir, chemise blanche ample et leur fameux instrument avec lequel ils fusionnent intensément pendant 3-4 minutes, le public devant eux et le jury derrière. Un rythme plus que soutenu où on croirait presque à la présence d'autres instruments! Splendide! Et l'acoustique de la salle est parfaite. Direction le rez-de-chaussée du bâtiment où ce sont plusieurs harpistes (bizarrement, il n'y avait pas de femmes tout à l'heure et là, c'est l'inverse) jouent des morceaux soit à l'unisson soit certains en réponse à d'autres. Troublantes d'agilité ! Un petit tour sur le quai de la Bretagne où entre stands alimentaires, gastronomiques et d'hydratation en tous genres, on passe aussi devant la scène ouverte

pour un fest-deiz, un stand sur l'histoire de la Bretagne, un stand sur des ouvrages historiques ou plus futuristes voire même policiers. En poursuivant, on aperçoit – et on joue – des jeux bretons en bois. Les petits se demandent ce dont il s'agit ; les plus grands (et plus âgés) leur expliquent et s'y remettent. Voilà l'un des buts du festival atteint : plaire aux petits et aux grands.

Dimanche 4 août Même galère pour trouver une place et pourtant arrivé dès 7h45 ! Enfin trouvé un emplacement, on peut ensuite se diriger vers le Stade du Moustoir, là où commencera sur les chapeaux de roue la parade dans la ville. Confortablement installés sur les gradins du Stade du Moustoir, on suit les nombreux cortèges, certains aux costumes début XIXème, d'autres plus colorés de nos jours, d'autres encore très reconnaissables tant dans leurs kilts que dans leurs musiques, d'autres enfin avec leurs tuniques galiciennes si traditionnelles. 3 heures de parade dans le stade qui vont se poursuivre ensuite sur le parcours dans la ville pour se terminer vers 17h30. Quelle

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ambiance! Que de sonorités, de couleurs, de dynamisme! Après un repas bien mérité, direction le Palais des Congrès pour le trophée Mc Crimmon mais cette fois-ci pour des solistes de Highland Bagpipe. Des solistes venus des quatre coins du monde (d'Australie au Canada en passant par l'Irlande pour revenir en Bretagne). On se retire pour suivre le triomphe des sonneurs depuis la place AlsaceLorraine : tous réunis et mélangés, ils défilent dans les rues en chantant et paradant avec leurs drapeaux avec une force débordante. Point d'arrivée : devant la mairie où là, tous en cercle, leur résonance et chorégraphie sont magnifiques. On achève la journée avec plaisir pour le concert de Nolwenn Leroy autour de ses titres connus et qui s'inspirent pour certains - de la Bretagne. Entrée remarquable de la chanteuse ovationnée ! Et quel talent – un de plus – de pouvoir alterner chant et violon avec une telle facilité!


Elle nous invite à un voyage au fil de l'eau qu'on ne saurait lui refuser. Elle s'exalte, donne tout à son public, est très émue, danse, profite de chaque instant en presque communion. Elle s'exprime avec énormément de sincérité et remercie son public de son soutien et présence. Elle prend également du temps pour remercier une enfant qui lui adresse un dauphin en peluche et également nous présenter chacun des 7 musiciens qui l'ont entourée ce soir – et toute son équipe. 2 heures de spectacle que l'on aura pas vu passer tellement elle a interprété de tubes issus tant de O filles de l'eau que de Bretonne. Elle est au bord des larmes, a du mal à quitter la scène. Kenavo Nolwenn! Elle est vraiment une très belle et très douée chanteuse. Une petite-fille Orianne et son grand-père Georges, interrogés à la sortie du concert, ont vu leur espérance dépassée ce soir par sa prestation: l'enfant a remarqué le dynamisme de la chanteuse et sa proximité avec le public; pour le grand-père, c'est de remettre des chansons au goût du jour qui l'a fait assister au concert. Bref, tout le monde en ressort ravi. Quand elle a conclu que Lorient était dans son cœur, il n'est pas à douter qu'elle soit également dans le cœur des nombreux festivaliers venus pour elle ce soir. Pour le plaisir et par l'ambiance qui règne encore à cette heure dans la ville, on file faire un dernier saut au fest-noz de la salle Carnot où là encore, malgré l'heure avancée, l'ambiance et l'entrain pour nous mettre dans la ronde sont bien présents. Le pavillon de l'Acadie résonne encore. Fin de la journée!

Lundi 5 août C'est la Grande Nuit des Asturies qui a retenu notre attention. Même salle que la veille, même nombre de personnes (quasi plein mais cette fois assis). 3 groupes se succèdent dans des genres assez différents. Le premier, Tuenda, est un trio très traditionnel avec des paroles chantées. La troupe de danse Xeita accompagne également les chants. Le chanteur fait un effort pour parler français et nous expliquer l'origine des chansons, notamment une qui sert pour des mariages. Si on ferme un peu les yeux, on pourrait se croire transporter! Le deuxième, Hevia Trio, a pour originalité qu'il se compose d'un frère qui joue de la cornemuse (traditionnelle ou électronique) et de sa sœur

aux percussions accompagnés d'une pianiste. C'est très symphonique. À travers quelques morceaux bien choisis, on est plongés successivement entre autres dans une ambiance tango, une danse de Saint-Jean rituelle. Une chanson est aussi consacrée à la disparition d'un personnage important de la cornemuse. La sœur interprète seule un morceau au tambour : à vous couper le souffle. Lui s'amuse aussi avec la cornemuse électronique pour jouer La vie en Rose puis un happy birthday pour leur père présent dans la salle. Là encore, la troupe d'Oviedo Xeita entraîne le public dans quelques pas de danse. Le dernier groupe est plus conséquent avec une trentaine de participants. Llariegu mélange avec allégresse l'accordéon aux cornemuses pour un hommage à la Bretagne. C'est somptueux et énergique. De très belles sonorités et très rythmées. Dans un pot-pourri, ils fusionnent avec des musiques des années 60 notamment Mamma Mia et Gloria. Près de 3 heures de spectacle où on a appris un autre répertoire qui laisse de très bonnes impressions pour passer la nuit.

Mercredi 7 août Rendez-vous est pris pour le spectacle phare du Festival Interceltique: la Nuit interceltique au Stade. Première artiste en scène: une soliste qui prend vraiment aux tripes par sa voix. Vient ensuite le Bagad de Lan Bihoué qui met le public en mouvement par ses costumes traditionnels et sa perfection dans les instruments. Vient ensuite un groupe accompagné de danseuses multicolores (celles mêmes vues lors de la parade). Avec leurs cornemuses traditionnelles, le Scout Pipe Band est accompagné de danseuses toutes de strass réalisant des figures géométriques parfaites, de pas très élancés et régulièrement des claquettes. Si côté musiciens, petits et grands excellent dans le maniement du tambour; les danseuses font preuve d'aisance et d'allégresse, le public est conquis. Se présentent les gaitas de la Celtie du Sud, des Asturies (les invités d'honneur de cette 43ème édition) avec leur danse culturelle et les costumes des hommes et femmes si particuliers. Tous sont en symbiose avec la musique très chantante. Sur un fond violet, avec des baguettes fluorescentes, ils battent un rythme survolté. Arrive le Prince Charles Pipe Band sous un air

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connu de cornemuses et tous vêtus du célèbre kilt des Highlands. Les Keltica Dancers dansent au seul son du violon des quadrilles épatants. Après l'entracte, le bagad Kevrenn Alre d'Auray arrive avec ses longues robes rouges sur des chorégraphies tant en ligne qu'en ronde ou en face-à-face. On replonge volontiers au début du XXème. Le groupe Forcarey de Galice a un chef d'orchestre qui nous fait tous applaudir. Avec leurs ceintures jaunes pour les hommes et les robes amples et foulards assortis pour les femmes, c'est entrainant et rapide. Le final ne tarde pas avec tous les groupes sur la scène pour admirer le feu d'artifice. Du vert, du rouge pour la diffusion dans toutes les directions de la culture celte. Une magnifique soirée. Si vous n'avez que peu de temps, ne ratez surtout pas cela!

Jeudi 8 août On ne peut pas ne pas aller –en terre bretonne– au Dañs Noz Vras, célébrant l'inscription du Fest Noz au patrimoine mondial de l'UNESCO. De nombreux groupes qui se produisent avec un talent remarquable sur la scène de l'Espace Marine qui paraît encore plus grande et n'est même pas suffisante encore pour tout le public venu ce soir. Des gavottes, des rondes, des danses plus ou moins rapides, il y en a pour tous: débutants ou confirmés (qui aident justement les débutants). Claire et Elsa, deux jeunes filles qui ne pouvaient venir qu'un soir à Lorient, ont trouvé ce spectacle très éclectique et vivant. Même dans la ville, autour des bars installés sur certaines places, on assiste encore ici et là à des petits concerts improvisés; très agréables. Et le temps est toujours de la partie, 2 heures sonnent. Fin de la journée.

Samedi 10 août Au lieu de la grande affiche de la salle Marine où joue Sinead O'Connor, on pouvait aussi aller plus tranquillement et dans un silence presque religieux écouter la Grande soirée de la Harpe celtique.

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Entre Bretagne, Galice et Pays de Galles, on écoute les doux arrangements de cet instrument. Pour clôturer, on a même droit à des mélodies très ancestrales du Pays de Galles. Pour la première fois, petit tour à la salle Carnot où se déroule tous les soirs un fest-noz (sauf le jeudi soir, normal). Chanteurs et/ou sonneurs se produisent dans ce gymnase totalement réaménagé sur parquet pour l'occasion. Certains artistes font même leur prestation directement au milieu du public dansant en rond autour d'eux.

Dimanche 11 août Déjà le dernier jour. Si certains lève-tôt (plus de 600 tout de même) ont eu le courage de participer à la course pédestre des 10 miles et faire ainsi 3

boucles, ils ont également pu bénéficier d'une vue superbe sur la rade. Autre événement-clé de cette ultime journée, le Kement Tu, spectacle de danse de Bretagne War'l Leur, encore à la salle Marine. Six groupes au total où on retiendra la présence exceptionnelle de Caen. Le groupe de Larmor conclut ce spectacle avec une entrée en procession depuis le public et de grands tableaux grandeur nature de personnes en tenues d'époque. Des exécutions notées avec rigueur aussi bien sur la musique en adéquation et originale que sur la chorégraphie. Une étape de qualification pour ceux qui souhaitent ensuite participer au tout nouveau championnat de Bretagne de danse traditionnelle qui se tiendra à Gourin le 7 septembre 2013. Le prési-

dent du FIL intervient pour clôturer cette dernière scène. Il rappelle que le beau temps et la très belle qualité des prestations ont permis une merveilleuse édition qui a montré une fréquentation de cette salle de +32% par rapport à l'an passé, ce qui permettra sans nul doute au FIL d'atteindre l'équilibre. Un dernier tour sur l'espace de la Galice où des groupes donnent leur dernière énergie puis toujours sur celui de l'Acadie – qui prépare son congrès mondial l'an prochain – et un éclair d'artifice de quelques secondes qui laisse enflammée l'inscription « Kenavo an Distro - Au revoir et à la prochaine ». Message bien reçu. Nous serons là.

Texte par Olivier Sigman

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Avec une affiche beaucoup plus pop que l’année dernière et des noms qu’on a vu tout l’été (ou presque) dans les autres festivals, on était en droit de se demander si le Ronquières Festival allait réellement égaler l’édition de l’année passée. En termes d’entrées, c’est bingo: le site était plein à craquer dès le samedi après-midi et affichait même sold out le dimanche. Les organisateurs ne s’en cachent pas: en ce qui les concerne, le bilan est (plus que) positif. En terme de qualité et de diversité musicale… c’était peutêtre un peu plus discutable.

Une météo agréable, une ambiance très familiale et un cadre exceptionnel, voilà qui résume bien l’atmosphère du site ce weekend-là. L’affiche, un peu moins éclectique que l’année dernière, ne promettait à priori rien de détonnant, avec des artistes comme Stéphan Eicher, Olivia Ruiz, Arno ou encore BB Brunes…

Pourtant, certains ont créé la surprise, autant que d’autres… ont donné exactement ce qu’on attendait d’eux. Dans les «sans surprise», An Pierlé nous a fait un show agréable mais un peu plat, comme d’habitude. Si la chanteuse est bluffante et touchante dans des salles intimistes, elle l’est beaucoup moins sur une grande scène de festival.

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Du côté des très bonnes surprises, La Femme (voir photo), un groupe français branché – décalé hyper rafraichissant, nous a parfois fait penser à Elmer Food Beat ou Taxi Girl, avec un claviériste qui se dandine comme une pop star des années 80, une musique efficace et un côté un peu désuet.


Stephan Eicher a joué la carte du mec charismatique mais sympa et souriant, offrant à son public de jolies versions de ses grands succès. Il ne pouvait bien sûr pas partir sans avoir chanté “Déjeuner en paix”, et malgré que ce soit prévisible, voir la plaine entière chantant à tue tête rendait la chanson un peu magique. Du côté des moins bons, les très creux BB Brunes ont ravi les jeunes adolescentes – on en a vu plus d’une avec “I love BB Brunes” tatoué au stiff sur le bras – mais n’étaient pas beaucoup plus intéressants sur scène que sur CD. Ils voudraient être les Strokes français… mais malgré une énergie certaine, ils ont encore du chemin à faire!

Ils pourraient d’ailleurs prendre des cours chez l’excellent Arno. Une véritable claque! Avec une voix plus éraillée que jamais, l’Ostendais du quartier Dansaert a véritablement irradié la scène. Il a le charisme et la présence scénique d’un Joe Cocker décalé et lors de son concert très rock and roll, il a eu le culot d’interpreter des morceaux peu connus, avant de finir avec un sublime “Putain Putain”… et a tout se même eu une pensée pour notre bon Albert 2 qui

“n’a plus de travail” La soirée de samedi s’est terminée avec le concert très attendu d’Archive, dont les fans sont arrivés bien après le coucher du soleil (certains attendaient même l’heure du concert dans leur voiture sur le parking : dommage). Mais ils n’ont pas été décus : le groupe londonien est resté égal à lui-même, aérien, a hypnotisé les festivaliers avec son style et son son inimitable.

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En bref, le Ronquières Festival a, cette année encore, été un succès, et l’on devrait s’attendre à une troisième édition l’été prochain. Espérons que l’affiche soit intéressante, et peut-être un peu plus originale que celle de cette année…

Texte de Lise Francotte Photos de Jérémie Piasecki

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Cinéma / Musique / Scène / Littérature / Arts

Sa popularité ne cesse de croître, le désormais incontournable Brussels Summer Festival a de nouveau ravi le public dirant ces dix jours fous. Claire Rigaux et Philippe Vincke y sont allés quelques jours pour partager leurs impressions avec vous...

Jour 1 C’est accompagné d’un soleil timide mais bien perché, là-haut dans le ciel, que s’ouvre la douzième édition du festival musical de la capitale européenne, le bien nommé Brussels Summer Festival. Grande première pour cette édition: tous les pass 10 jours ont été écoulés en prévente. La foule risque d’être au rendez-vous sur la place des Palais, au Mont des Arts et sur la place du Musée, qui accueillent les trois scènes du festival. Les Belges de Stereo Grand ont eu les honneurs d’ouvrir la grande scène de la place des Palais. Par la suite, Didier Wampas, accompagné de son groupe The Bikini Machine, a littéralement mis le feu à la foule bruxelloise. Didier Wampas, ce pionnier du Punk Rock français, on commence à le connaître. Le public ne se rend pas à ses concerts pour profiter de sa douce voix, qui n’est pas des plus académiques, mais bien pour jouir de la présence scénique du bonhomme. Il court, il saute, il pénètre dans le public à de nombreuses reprises, danse avec ses fans, nargue les policiers qui veillent discrètement au

bon déroulement de l’événement, et nous en passons… Après le rock français, place au rock belge ! Et pas n’importe lequel : alors que le soleil s’apprête à se coucher sur la place des Palais, les Black Box Revelation sont en place sur la main stage. Originaires de Dilbeek, Jan Paternoster (guitare et chant) et Dries Van Dijck (batterie) font partie du top en Belgique. Armé de leur blues rock psychédélique (si l’on permet l’expression), les deux jeunes Flamands assurent. Le public est encore un peu amorphe mais qu’importe, les BBR vident leurs tripes sur scène. Après un magnifique solo de cinq petites minutes sur Sealed with Thornes, la foule bruxelloise commence peu à peu à se réveiller. Par la suite, High on a Wire met tout le monde d’accord grâce à la guitare blues de Jan et la batterie entrainante du sauvage Dries. Pour terminer leur set, les jeunes musiciens enchainent I Think I Like You, certainement l’une de leurs chansons les plus abouties. La tête d’affiche n’était autre que Damien Saez. Accompagné de ses six

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musiciens, le chanteur français donne directement le ton sur une ballade qui s’avèrera être un medley de trois anciennes chansons. Durant tout le concert, le chanteur et ses musiciens oscilleront entre passages calmes et d’autres beaucoup plus rock et tranchés. Le concert et les transitions entre les chansons s’apparentent d’ailleurs à une tribune pendant laquelle le chanteur partage ses idées politiques, voire apolitiques et révolutionnaires. Qu’on adhère ou pas à ses idées, les musiciens semblent avoir rempli leur contrat : le public a bougé, dansé et chanté. Même s’il fume comme un pompier et qu’il enchaîne le whisky coca sur scène, Damien Saez est toujours bel et bien vivant. Côté Mont des arts, c’est la soirée Base Check Electrocity qui bat son plein. Un rapide coup d’œil sur Spirit Catcher. Je ne pense pas que leur chasse aie été bonne ce soir. Leur 160 BPM martelant et répétitifs ont surtout le pouvoir d’éloigner toute forme de vie.


C’est que les deux djs belges nous ont habitués à bien plus de subtilité dans leur set. Mais le public est miséricordieux ce soir là, et pardonne volontiers cette petite erreur de playlist. Les clubbers se mettent en condition pour la suite de la soirée… Et une heure plus tard, le mont des arts est à point pour accueillir Aeroplane. Le dj bruxellois, sans cesse en tournée, s’est posé quelques heures à Bruxelles, au grand bonheur des fans, et de sa – je suppose- maman hyper fière qui immortalisait le set de son fils sur la place bondée. Vito de Luca, de son petit nom, a tenu un set évolutif très apprécié : d’habitude essentiellement axé sur le disco des années 80, le dj s’en est progressivement éloigné pour terminer sur des remix de tubes dance des années 90’. Il terminera tout de même par son excellente composition We can’t fly, rompant ainsi la chronologie s’établissant. Merci Vito de Luca, reviens quand tu veux! Fritz Kalkbrenner était la tête d’affiche ce soir là. Le berlinois a fait littéralement décoller l’assemblée, proposant un show un peu particulier « mix et vocalise » ultra efficace. On ne peut

pas en dire autant pour française Miss Kittin, véritable erreur de casting. La djette a de l’or dans les mains mais clairement pas sur les cordes vocales. Déjà décevante aux nuits du Botaniques, la djette a de nouveau surpris l’assemblée en poussant la chansonnette durant toute sa prestation, tapotant ponctuellement sur la bande son qui passait en arrière plan. Non, décidément, la reconversion ne passe pas pour le public bruxellois, à tel point que le mont des arts noir de monde pour la prestation de Fritz a littéralement fondu sous la sienne. Et ce ne sont pas les 5 tenues différentes de la demoiselle qui ont réussi à retenir la foule fuyante…

Jour 2 Interview du groupe Pale Grey En tout début de soirée, le public bruxellois a pu découvrir le tout jeune groupe liégeois Pale Grey. Le groupe a été fondé en 2008 par Gilles Dewalque et Maxime Lhussier. Par après, Janjannes Montes et Benoît Damoiseau, le batteur d’Hollywood Porn Stars, ont

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rejoint le projet. Originaires des environs de Liège (Malmedy), c’est tout naturellement qu’ils ont atterri dans le collectif local JauneOrange. Cette opportunité leur a permis d’enregistrer un premier album sous la conduite d’Anthony Sinatra (Piano Club et Hollywood Porn Star). «Best Friends» est sorti en avril dernier et le jeune groupe se retrouve déjà sur la Main Stage du Brussels Summer Festival. Sur scène, les claviers de Jan évoquent les Français de Phoenix, la guitare et la basse ont un goût de Foals et la batterie de Ben est dynamique et précise. Concrètement, Pale Grey, sur scène, c’est du lourd. Aucune fausse note ne surgit des amplis des musiciens. La précision du batteur est indéniable mais surtout, la qualité des compositions est frappante. Après leur concert, ils se sont confiés au Suricate Magazine. Comment est né le projet le groupe Pale Grey ? Maxime: Gilles et moi, on vient de la même petite ville : Malmedy. On est tous les deux fans de musique post rock.

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À un moment, on s’est dit: «tchû! Il faut qu’on commence un projet musical à deux». Par la suite, on a ajouté des voix, des sons catchys,… Voilà comment est né notre univers. Gilles: Malmedy, c’est très petit. Il y a très peu d’évènements culturels qui y sont organisés. C’était une chance d’y trouver quelqu’un qui avait les mêmes affinités musicales que moi. Par la suite, Jan (claviers) et Ben (batterie) se sont ajoutés au projet. Dans vos chansons, on suppose un peu de Phoenix, de Foals, et de Bombay Bicycle Club. Quelle relation avez-vous avec vos influences ? Gilles: Nous sommes des auditeurs et amateurs de musique avant d’être musiciens. Si on a commencé à faire de la musique, c’est parce qu’à un moment donné, on avait une envie irrésistible de faire de la musique, nous aussi. Pale Grey, c’est un peu une façon de rendre hommage à la musique et aux musiciens qu’on écoute. Maxime: Les groupes que tu as cités, on les adore. Dans nos morceaux, on essaye tout de même d’ajouter une touche personnelle. Vous avez sorti votre album « Best Friends » en avril dernier. Pourquoi ce nom d’album ? Gilles: Cela fait tout d’abord référence à la pochette de l’album qui est en fait une photo de deux chiens. Ils ont l’air d’être de grands amis. Les chiens sont aussi les meilleurs amis de l’homme. En fait, la pochette de l’album est venue avant le titre mais le thème de l’amitié peut également faire référence à nos chansons. Ce titre, c’est aussi une manière d’inviter les gens à nous écouter. Au final, si on met tout ce qu’on fait dans un entonnoir, « Best Friends » est une des choses qui s’inscrit en premier lieu à la sortie de l’entonnoir. Comment avez-vous eu la possibilité de sortir cet album ? Maxime: On a intégré le label JauneOrange il y a trois ans.

Une année après, nous avons enregistré huit morceaux, le label nous a proposé d’en faire quelque chose. On a sorti notre premier EP il y a deux ans. L’album était la continuité de cet EP. Cet album a plutôt été bien coté dans la presse. Quels sont les atouts de « Best Friends » ? Gilles: Ce disque, c’est le résultat d’idées spontanées et collectives. On l’a créé à quatre. On a mis toutes nos idées sur le tapis et nous n’avons jamais lâché un morceau tant que tout le monde n’était pas satisfait. Au final, c’est un disque éclectique. On a l’impression d’avoir obtenu une bonne recette. Quand un groupe sort son premier album, il a envie qu’il soit parfait. C’est comme quand tu fais l’amour pour la première fois. Même si après coup, tu peux te dire que tu feras certaines choses autrement la prochaine fois. Maxime: On écoute chacun des choses différentes. On voulait que notre album soit le disque manquant de nos discothèques, qu’il soit l’album qu’on rêverait d’écouter. Ce serait présomptueux de dire qu’on a réussi ce challenge. Cet album n’est pas notre chef d’œuvre, on a encore beaucoup de choses à offrir mais nous en sommes fiers. Après les festivals d’été, quels sont vos projets ? Ben (batterie): On va surprendre le public avec un nouvel album de hiphop. Non, on a envie de travailler dans le sample, trouver d’autres façons de travailler en groupe. Gilles: On aime la musique mais aussi la recherche. On adore chipoter et trouver de nouveaux sons. Maxime: Pour ce qui est de «Best Friends», il va sortir un peu partout en Europe: en France, Pays-Bas, Allemagne, Suisse,… Certaines personnes sont enthousiastes de promouvoir l’album à l’étranger et on s’en réjouit. Notre objectif est de tourner un maximum et de proposer notre musique à un public le plus large possible.

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La soirée du samedi s’est poursuivie dans une ambiance pop posée, avec notamment les Gantois d’Absynthe Minded. Violon, guitares, voix et contrebasses s’emmêlent alors pour offrir une délicate et luxueuse pop, franchement bien ficelée. Ils ont interprété avec beaucoup de maturité leurs titres phares, comme par exemple My Heroics, Part One. Une douceur dont mes oreilles se délectent encore, qui prouve, une fois de plus que la Belgique n’a rien à envier aux autres nations au niveau musical. Restons dans le chauvinisme, puisque voilà un autre groupe bien de chez nous K’s Choice. Le groupe de rock belge emmené par Sarah Bettens s’est fait plaisir ce soir avec une prestation acoustique intégrale, même pour leur «best-seller» Not an addict. Un choix surprenant qui a tout de même eu son petit succès auprès des fans, créant une ambiance quasi intimiste entre le groupe, et les quelques milliers de personnes réunies devant le palais royal. La place des palais a beau être noire de monde, le public est doux comme… des milliers d’agneaux, détendus, bien à l’aise pour accueillir la très attendue britannique Amy Mac Donald. La demoiselle coiffé d’un couvre chef romanesque est assez introvertie sur scène. Avec une timidité touchante, elle s’adresse aux belges venus en masse pour l’écouter. Elle parviendra toutefois à rallier tout le monde à sa cause en interprétant ses morceaux cultes issus de ses albums précédents : This is the life, Mr Rock & Roll, Don’t tell me that it’s over, Slow it down, …

Jour 3 Pour la troisième journée du Brussels Summer Festival, le public s’est une fois de plus déplacé en nombre pour assister entre autres à la prestation scénique de Rachid Taha. Le chanteur algérien est monté sur scène avec, semble-t-il, quelques verres de trop dans le nez. Il est heureusement soutenu par cinq excellents musiciens qui n’ont pas hésité à doubler voire même tripler la voix du chanteur, lequel stoppait régulièrement ses chants entre certains couplets.


Le concert fut intéressant mais loin d’être captivant. Le public restait relativement calme malgré les nombreux appels du pied de Rachid Taha pour soulever la foule. Un public qui s’est peu à peu éveillé alors que The Dandy Warhols montaient sur la scène de la place des Palais et interprétaient leurs premiers morceaux. Lancés en 1993, les Américains ne sont pas des débutants. Leurs morceaux «pop-psychédélique» furent agréables à écouter, certes, mais peut-être quelque peu répétitifs. Heureusement pour le spectacle, les Dandy Warolhs ont interprété leurs deux tubes We used to be friends et Bohemian like you. Avant de lancer les premières notes de cette chanson, Courtney Taylor-Taylor (le chanteur du groupe) s’est même excusé auprès du public bruxellois de devoir leur présenter «une si bonne chanson». Et pour conclure le premier week-end du festival, les programmateurs du BSF ont eu l’idée d’inviter les Britanniques de Madness, la tête d’affiche du festival. Le groupe, qui a surtout été productif durant les 80’s, a été l’un des premiers à surfer sur la vague du ska en Grande-Bretagne. Les fans qui ont rallié les devants de la scène ne sont donc plus tout jeunes mais pas pour autant démotivés à l’idée d’admirer leurs idoles. Au bout d’une heure et

demie de concert, Madness n’a surpris personne. Une prestation qui a débuté avec la chanson la plus célèbre du groupe : One step beyond. Par la suite, les musiciens britanniques ont continué sur leur lancée ska-new wave sans pour autant déchainer les passions.

Jour 4 Le BSF c’est aussi l’éclectisme, et après trois soirées consacrées à la pop et au rock, il était de bon ton de terminer le festival place des Palais par une soirée placée sous le signe du hiphop. L’entrée en matière se fera avec le rappeur bruxellois Scylla. Grosse voix d’ogre et visage d’ange, c’est tout sourire que le bruxellois fait ses premiers pas sur la prestigieuse scène place des Palais avant de reprendre son rôle de «caïd». Sans être le plus grand des poètes belges, Scylla réussi à mettre des formes et des sentiments sur les mots, abordant dans ses lyrics conquérants les thèmes les plus diversifiés de la vie quotidienne et politique. Avec son acolyte sur scène, Scylla interprète de nombreux morceaux de son nouvel album Abysse (Il a quand même pris soin d’expliquer la figure de style, précisant qu’il ne

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s’agissait pas des Abysses marines, mais bien des abysses de l’âme… Merci!) comme par exemple BX Vibes, Répondez moi, Second souffle, … Au fil des heures, la foule s’épaissit. La tête d’affiche ce soir est racoleuse: Sexion d’Assaut. Les fans (dress code: casquette et pull à capuche) âgés de 7 à 60 ans (papa et maman sont de sortie pour accompagner les enfants, pour qui le concert était d’ailleurs gratuit) s’agglutinent devant la scène pour accueillir le groupe de «rap» français. Ils réussiront là où d’autres ont échoué plusieurs jours avant eux: mettre l’ambiance, faire chanter et danser la Place des Palais. Partons prendre la température au mont des arts où un public nettement plus mature se tortille sur les musiques new wave-électro body music du duo belge Neon Jugdement. Les chansons du groupe, actif depuis les années 1980 n’ont pas pris une ride. On ne peut pas en dire autant pour TB Frank et Dirk Da Davo. Les pionniers de l’electro body music belge, (un style qui, comme son nom l’indique, doit surtout donner envie de bouger le corps) était statiques et impassibles sur scène. Mais ce n’est pas ça qui a découragé les fans chargés a bloc à l’exemple de lapins roses dopés au Duracell.

septembre 2013


Jour 5

Même au cœur de l’une des plus prestigieuses place de Bruxelles.

Difficile pour Montevideo de sortir le public de sa torpeur ce mardi 13 aout au mont des arts. Pourtant très attendus, le groupe d’électro-rock a du mal à concentrer l’attention sur la scène, et ce malgré les trombinoscopes aux dégradés bleus sexys, et l’enthousiasme du chanteur Jean. Est-ce le brin de soleil qui distrait pareillement les cigales, ou la digestion difficile? Quoiqu’il en soit, le chanteur a du rivaliser de stratèges pour obtenir quelques attentions… Le nouvel EP du groupe est passé quasi inaperçu, et ce n’est qu’à l’annonce de l’excellent Sluggish Lovers que les centaines de bavards rassemblés pour l’apéro tendent l’oreille et daignent enfin battre des mains, et rendre à Montevideo les hommages dus. Un concert qui, malgré le cadre, ne devra pas rester dans les annales du groupe et, pas non plus dans les oreilles du public.

Jour 7

La tâche est déjà plus aisée pour The Peas Project. D’une part parce qu’ils sont onze hyperactifs sur scène, et d’autre part, parce que leur musique sort des sentiers battus: électro-funkyafrobeat-rock-zouk, le groupe bruxellois est unique en son genre, mais carrément bien dedans. En une chanson, ils ont reboosté le moral du mont des arts, faisant zouké toute la place, shaker les bootys,…Un véritable succès pour le groupe venu présenté son nouvel EP Swim with the sharks, un bijou électro-funk futuriste… Gageons que celui-ci sera aussi bien accueilli que les deux premiers albums.

Seul, armé de son harmonica et de sa guitare (sa Calicaster, comme il aime l’appeler), Cali commençait son show par un Amour fou retouché, plus calme et léger. En fin de chanson, il a été rejoint par ses compagnons musiciens qui ont durci la chanson, pour le plus grand plaisir de la foule. S’en est suivi une version «rockisée» du tube absolu de Cali : Elle m’a dit.

Les organisateurs du BSF avaient choisis pour palier à l’annulation d’IAMX – «dans presque pas le même genre du tout» – le groupe de raggae français Raggasonic. Big Red et Daddy Mory n’avait plus qu’à cueillir les fruits mûres après le passage de The Peas Project, mais ils ont tout de même réussi à maintenir la température proche du degré d’ébullition de leurs rastafans venus nombreux ce soir. Légaliser la ganja a bien sur fait partie de la playlist du groupe ce soir. Force est de constater que le raggae a toujours la cote…

La septième journée du Brussels Summer Festival a été monopolisée par des artistes venus d’outre-Quiévrain. Sur la scène du Mont des Arts, les groupes Français Baden Baden et Aline ont préparé le terrain pour la tête d’affiche absolue de la soirée: Cali, le chanteur de Perpignan. Baden Baden, aux accents pop folk, et Aline, pâle copie des anciens Indochine, ont fait ce qu’ils pouvaient face à un public qui semblait plus concerné par la caravane à Mojitos que par les musiciens occupés à se dandiner sur scène. Mais qu’importe, Cali allait mettre tout le monde d’accord : à 22h, la place de l’Albertine était presque noire de monde pour accueillir le chanteur français.

Par la suite, le chanteur a quelque peu calmé ses ardeurs et le concert est subitement devenu un tantinet plus calme. Des titres tels que Venez me chercher ou Comme j’étais en vie sont alors passés à la casserole. Il a fallu attendre l’interprétation des chansons fortes de l’avant dernier album du chanteur (intitulé La vie est une truite arc-en-ciel qui nage dans mon cœur), Je sais ta vie et Ma douleur, pour revoir Cali monter dans les tours. Le Français a ensuite fait mine de finir son show sur son emblématique morceau Je m’en vais, avant un rappel mythique, pendant lequel il s’est laissé flotter dans la foule durant de longue minutes.

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Jours 9 & 10

Pour conclure la douzième édition du Brussels Summer Festival, le public a eu droit à du belge. Et du bon belge, sur papier. Arno était tout d’abord programmé en tête d’affiche, le samedi 17 août. L’Ostendais, musicalement, était au top (surtout ses musiciens) mais entre ses morceaux, Arno était quelque peu répétitif dans ses interventions avec le public. D’habitude, ses anecdotes croustillantes font partie des points forts du chanteur. Le Brussels Summer Festival n’a pas pu en profiter. 24 heures plus tard, c’était au tour de Puggy d’assumer la tête d’affiche mais surtout, de conclure le festival. Devant la scène du Mont des Arts, les fans du groupe sont venus en nombre. Depuis le début du festival, jamais le public n’avait été si nombreux place de l’Albertine. Personne n’en doutait, Puggy allait offrir un concert de qualité à la foule bruxelloise, comme d’habitude. Même si les fans acclamaient leurs idoles, le show n’avait rien de surprenant. Puggy, on commence à connaître. Juste avant Puggy, Piano Club a tiré son épingle du jeu. Les Liégeois ne sont peut-être pas encore prêts pour assumer une tête d’affiche d’un festival d’une telle ampleur mais à l’avenir, c’est tout ce qu’on leur souhaite tant les sons entraînants, tout droit sorti des claviers et guitares des musiciens, sont colorés et attractifs. Piano Club est le beau bébé d’Anthony Sinatra (Hollywood Porn Stars) et de Salvio Ladelfa, deux musiciens liégeois. Si le groupe s’est fait connaître en 2007 avec leur premier single « Girl on TV », cela fait près de 15 ans que les deux potes composent ensemble des mélodies pop à l’aide de leurs guitares et synthés. Ils sont accompagnés de Julien Paschal à la batterie et de Gaëtan Streel à la basse.


Le Suricate Magazine a rencontré trois membres de Piano Club. Voici un petit extrait de la discussion. Vous avez sorti votre deuxième album (intitulé Colore) au printemps dernier. Par rapport à votre premier album (Andromedia), quels étaient vos projets et objectifs? Anthony: On tenait à ce que l’album transmette un message d’encourugement. C’est aussi un album destiné à la scène. Il est préférable d’arriver sur scène avec un message positif et ne pas s’enfoncer un peu plus, avec tout ce qu’il y a de pénible et négatif autour de nous. Julien: On avait aussi envie de simplifier le propos par rapport à Andromedia. Que veux-tu dire par «simplifier le propos»?

Salvio: Au niveau des arrangements et du travail d’écriture, on a voulu être le plus soft possible et ne pas ajouter 36 couches, comme on l’avait fait dans Andromedia. Anthony: On a voulu faire croire que nos morceaux étaient très simples, mais avec subtilité pour ne pas basculer du côté obscur de la force. Vous avez été un des premiers groupes à surfer sur la vague synthépop en Belgique francophone. Aujourd’hui, ce style est en ébullition chez nous. Vous sentez vous pionniers d’un mouvement? Anthony: On a sorti notre premier single en 2007 mais on n’est pas arrivé là du jour au lendemain. Avec Salvio, on répète dans notre local, peinard et sans ambition, depuis 99. Le synthé-pop, c’était déjà notre style

à la base. Le clavier a toujours été très présent dans notre musique. Ensuite, on est sorti de notre local pour nous lancer. C’est vrai, il existe un effet de mode synthé-pop depuis 2007-2008. Pour notre part, on a toujours été des adeptes de ce style-là. Mais nous ne nous considérons pas du tout comme les pionniers d’un tel effet de mode. Qu’attendez-vous de votre concert au Brussels Summer Festival (20.30)? Anthony: On attend… une communion sensorielle ! Salvio: Je ne m’attendais pas à moins de ta part. Anthony : J’espère que les gens ont autant envie de nous voir qu’on a envie de jouer. Et vu que j’ai très envie de jouer…

Textes par Claire Rigaux et Philippe Vincke Photos de Claire Rigaux Texte par Olivier Sigman

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Cinéma / Musique / Scène / Littérature / Arts

Littérature A la rencontre d’Anne Fakhouri cœur, mon neveu, le XVIIIe est l’arrondissement où nous avons vécu... Te bases-tu sur des situations que tu as vécues dans la réalité pour écrire tes livres ?

Comment t’est venue l’idée de ce roman ? Comme pour chaque roman, d’un grand brassage d’images et d’émotions. Je suis partie de la question des enfants roumains dans le métro, qui me préoccupe particulièrement, et de celle des enfants-soldats. De l’exploitation des enfants, en général. Et également de ce sentiment que la France n’est plus tout à fait une terre d’accueil… Le reste était là : Samuel est très librement inspiré d’un ado cher à mon

Hantés d’Anne Fakhouri Editions Rageot Thriller, 256 p.

Oui. Toujours. Puis il y a la projection de la réalité dans l’univers romanesque et une bonne part de fantasme (rectifie-t-on son destin en écrivant ? Bonne question, qu’il aurait fallu poser à Jane Austen…). Cela a-t-il été difficile de relier le thriller au fantastique ? Je l’avais déjà ébauché dans Narcogenèse. J’aime bien l’idée d’entrelacement. C’était bien plus difficile de donner des limites aux pouvoirs de mes deux ados, Sam et Darius, de définir clairement ce qui pouvait les aider dans leur enquête et au contraire les arrêter. Ce dosage a demandé de la minutie, effectivement.

La différence entre l’écriture d’un roman pour adultes et pour adolescents ? Il y a plus de contraintes de vocabulaire pour un roman jeunesse. Sinon, aucune différence. Tes projets ? J’écris un roman de fantasy urbaine pour Critic, à partir de ma nouvelle dans Elfes et Assassins, une anthologie dirigée par Davoust et Miller.1925, Chicago, Capone, des Fays envahissantes, des putes et des mauvais garçons. Je prépare aussi deux autres projets genre top secret. Sinon, vivre correctement et obtenir enfin la paix dans le monde. Et trouver des boots pour cet automne.

Propos recueillis par Marc Bailly

Depuis la mort suspecte de Tug, son beau-père policier, Samuel peine à contenir les voix mystérieuses qui le harcèlent. Darius, son nouvel ami, souffre du même mal. Tous deux comprennent bientôt qu’ils disposent de pouvoirs complémentaires. À travers eux, des fantômes s’incarnent et réclament justice…

protagonistes à se sauver parfois de situations… dangereuses et à les faire avancer dans leur enquête.

L’auteure, dont la plume s’enhardit au fil des romans, nous propose ici un thriller fantastique qui mêle enquête policière et fantômes… Tout un programme. Dès le départ, Anne Fakhouri nous happe et nous entraîne dans cette histoire qui mélange habilement les genres. Les intrigues mises en place pour retrouver pourquoi le beau-père de Samuel est mort sont complexes, efficaces et sans temps morts. Des rebondissements, des surprises donnent au récit un rythme très plaisant. Le fantastique est un fantastique moderne. On ne peut pas dire que ce soit de la terreur à proprement dite. Les fantômes qui apparaissent ne font pas véritablement peur. On se rend compte très rapidement, qu’ils sont là dans un but bien précis. Aider les

Hantés se révèle donc un thriller fantastique de très bonne facture et revisite de manière contemporaine la figure du fantôme, en y mêlant adroitement le génocide rwandais, les sans-papiers et le trafic d’armes.

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Les personnages sont bien travaillés, les héros sont totalement crédibles et les passages sur les massacres au Rwanda donnent froid dans le dos.

Une lecture à recommander.

Marc Bailly


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Wendigo de Gwenn Aël Editions Juste pour lire

La critique Le choc de deux mondes. La ville moderne de Barry, au Canada, s’est construite sur un ancien territoire indien où court la légende du wendigo. Le wendigo, ou l’Esprit de la forêt, un être mi-homme mi-loup, qui sort de sa tanière à la nuit tombée et sillonne les sentiers en quête de chair fraîche. Mais le wendigo est-il la seule monstruosité des massifs ? Quel terrible secret pèse sur la communauté indienne ? Perdue au milieu des bois, en pleine nuit, Sarah réalise l’absurdité de son acte. Jamais elle n’aurait dû s’aventurer dans ce parc. Mais il est trop tard pour les regrets. Le wendigo a déjà senti sa présence et compte bien jeter son dévolu sur cette proie toute désignée. La jeune femme réussira-t-elle à échapper au tragique destin qui la guette. Mais surtout, saurat-elle sauver l’enfant qu’elle porte ? Lorsque je me suis vu proposer de lire Wendigo de Gwenn Aël afin de le chroniquer, j’ai de suite été intrigué par la superbe couverture signée par MarieAlix Godeau. Elle laissait présager, à juste titre, que le roman en question était destiné à l’attention d’un public jeune. Mais ce fut une excellente surprise. Le roman se lit très vite. Je l’ai terminé en à peine trois heures. En même temps, c’est le signe que l’histoire a réussi à m’emballer au point de la dévorer page après page. Le livre est constitué de deux parties distinctes, tournant toutes deux autour des légendes indiennes.

La première met en scène Sarah. Française partie dans le cadre de ses études au Canada, elle y rencontrera John, un Indien chargé de l’entretien au sein de l’établissement. Elle tombera follement amoureuse de cet homme qui prendra malheureusement conscience de la difficulté à faire accepter leur amour en raison de leur appartenance à deux civilisations différentes. Il la laissera donc choir et ignorera par là même qu’elle porte son enfant. Le réel point de départ de l’histoire survient lorsque, lors d’une escapade nocturne pour boire un verre entre amis, Sarah coupe à travers un territoire que les Indiens considèrent comme maudit pour regagner son école. Son imprudence lui fait malheureusement rencontrer le wendigo, créature mythique terrifiant les Indiens algonquins. Elle sera la victime d’une horrible malédiction. L’atmosphère dépeinte est certes classique mais l’ensemble est fort prenant. On ne peut s’empêcher de poursuivre l’aventure en se demandant ce qui va arriver à cette malheureuse. L’auteur place bien ses effets et on se prend au jeu. La seconde partie se déroule vingt ans plus tard et met en scène Jonathan, le fils de John et Sarah, qui vit maintenant avec son père. Fort attaché à ses racines indiennes, le jeune homme émettra le désir de participer à une cérémonie ancestrale afin de découvrir son animal

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totem. Mais rien ne se passe comme prévu et c’est sa véritable nature qui lui sera révélée. Il est noté sur le quatrième de couverture que Gwenn Aël renouvelle de belle façon le thème du loup-garou. Il faut bien reconnaître que le wendigo amérindien a plusieurs points communs avec le loup-garou issu des folklores européens. L’auteur maîtrise bien son sujet et nous le restitue habilement au fil des pages. Je ne verrai qu’un seul petit point négatif qui ne remet en aucune façon la qualité de l’ouvrage. Il concerne la fin qui, à mon sens, est assez rapidement expédiée. Pour conclure, je dirai que j’ai passé un excellent moment avec ce roman qui, bien que destiné à un public adolescent, satisfera également les lecteurs plus âgés. A noter également les magnifiques illustrations intérieures signées par Eric Godeau qui donnent vie au récit.

Frédéric Livyns

Septembre 2013


Cinéma / Musique / Scène / Littérature / Arts La nuit, Xavier Ireland anime avec passion une émission de radio pour les Londoniens, à l’écoute de leurs espoirs, leurs peurs, leur doutes. Le jour, c’est un solitaire, un homme volontairement coupé du monde. Jusqu’à sa rencontre avec Pippa, une femme de ménage peu ordinaire qui va l’obliger à se confronter aux fantômes de son passé. Qu’il le veuille ou non, le destin de Xavier est lié à celui des autres et le plus infime de ses actes peut déclencher une série d’événements susceptibles d’affecter inéluctablement la vie de onze de ses concitoyens.

Eleven de Mark Watson Editions Albin Michel, 343 p.

Mark Watson n’en est pas à son coup d’essai puisque Eleven est son 3e roman. L’auteur cumule bien des talents puisque, en plus d’être l’auteur de 4 romans, il se produit régulièrement sur scène dans des one man shows déjantés (50 ans avant la mort et l’horrible perspective de l’éternité, Je m’inquiète de commencer à détester presque tout le monde, Puis-je vous parler brièvement du sens de la vie ?, etc.), est présentateur radio sur la BBC, anime des émissions de télévision et tourne dans des publicités.

À onze ans, Rachel Morse, fille d’une mère danoise et d’un G.I. noir américain, voit sa vie basculer dans la tragédie. Un drame dont elle se retrouve la seule survivante lui arrache sa famille et l’abandonne dans la solitude et l’incompréhension. Dans sa nouvelle vie chez sa grand-mère paternelle, Rachel verra s’effondrer ses croyances et devra s’adapter grâce à toutes les ressources de son intelligence, de sa beauté et de sa sensibilité – autant de défauts que le monde extérieur lui fera sèchement payer.

La fille tombée du ciel de Heidi W. Durrow Editions Le Livre de Poche, 288 p.

Noire pour les Blancs et blanche pour les Noirs, elle aura à composer avec le racisme ordinaire, ses doutes sur son passé, son identité et le deuil, pour trouver sa propre voie. Elle recevra l’aide d’un messager providentiel, seul témoin de la tragédie, qui fuira une enfance éclatée pour tendre à cette petite fille une main salutaire. Heidi W. Durrow est une écrivaine américaine qui, tout comme l’héroïne de La fille tombée du ciel, Rachel, est la fille d’une immigrée danoise et d’un pilote afro-américain. Elle a reçu pour cet ouvrage, en 2008,

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Eleven illustre en plein l’effet papillon. D’ailleurs, on apprécie que l’auteur nous rappelle à plusieurs reprises le lien existant entre les évènements et les personnages car suivre la vie de 12 personnages n’est pas toujours aisé. L’écriture permet de rentrer directement dans l’histoire et les personnages y sont attachants. Eleven est un roman élégant, subtil et drôle et même s’il ne fait pas partie des ouvrages qui marquent de manière indélébile, il se laisse savourer et nous offre un agréable moment et donne envie de découvrir les autres ouvrages de l’auteur. A lire donc pour passer un agréable moment.

Emilie Lessire

le Prix Barbara Kingsolver pour une littérature du changement social. Heidi W. Durrow est également la cofondatrice du podcast Mixed Chicks Chat et du festival Mixed Roots Film & Literary, manifestation annuelle gratuite et ouverte au public, qui met à l’honneur les récits qui traitent de la mixité raciale et du multiculturalisme. La fille tombée du ciel est un roman d’apprentissage poétique et moderne décrivant l’envol d’un personnage un peu trop doué et démuni à la fois. On déplore cependant le manque de détails et de profondeur dans la logique et la compréhension des personnages et de leur évolution. Roman à lire éventuellement mais espérons que le prochain sera plus abouti.

Emilie Lessire


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Louca - 1. Coup d’envoi de Bruno Dequier Editions Dupuis

La critique Louca est un jeune homme paresseux et mal dans sa peau. Constamment en proie au doute, l’adolescent est mauvais en tout, que ce soit à l’école, en sport ou en amour. Cet état de fait, Louca ne le supporte pas jusqu’au jour où il va rencontrer le fantôme de Nathan, un jeune footballeur talentueux mort prématurément. Entre ces deux êtres opposés va naître une relation amicale un peu particulière qui va permettre à Louca de devenir une star du lycée. Pour une première bande dessinée, on peut dire que Bruno Dequier n’a pas raté le coche. De fait, les planches sont réussies par un dessin impeccable et époustouflant de maturité. De plus, le jeune trentenaire a choisi de nous faire vivre l’histoire d’un jeune homme au travers d’un sport : le football. Un choix très audacieux car le sujet a déjà été de nombreuses fois traité dans la bande dessinée et personne ne contredira l’idée que le sujet devient assez rapidement redondant. Quoiqu’il en soit, nous avons parcouru avec attention la septantaine de pages que compte cette nouvelle saga dont au moins trois tomes sont prévus. Comme cité plus haut, les dessins sont d’une beauté admirable. Alors que l’on assiste de nos jours à une mode du dessin

griffonné et bichome, Bruno Dequier nous offre des cases remplies de couleurs et de détails, un must. Cette qualité visuelle est probablement due aux précédentes réalisations de notre dessinateur. Et pour cause, même s’il est un néophyte dans le monde de la bande dessinée, l’artiste a déjà exercé ses talents comme animateur dans les films Un monstre à Paris, Moi, moche et méchant et Le lorax. Des longs métrages d’une qualité visuelle également exceptionnelle. Passé cette bonne surprise, notre engouement s’est alors amenuisé. En parcourant les pages et en lisant attentivement les textes, nous nous sommes surpris à y voir un style répété, peu recherché et quelques fois lassant. C’est un fait, l’histoire tourne un peu en rond. Entre les pérégrinations amoureuses de notre protagoniste et sa versatilité, l’auteur nous ressert à chaque fois les mêmes discours : « Je suis nul ! », « Je ne sers à rien ! », « J’ai une idée », « Ah bah en fait, c’était une mauvaise idée ».

d’amour est davantage mise en avant. Même Nathan, sa copie inversée, est aussi obnubilé par la gent féminine. Bref, la manière de traiter le sujet nous a fait penser à un certain Nicky Larson. Bien évidemment, l’histoire est tout autre mais les ingrédients qui ont fait de cette série nipponne un incontournable sont omniprésents dans ce nouvel opus. Un gars de prime abord sérieux qui est au final gaffeur et coureur de jupons maladif, voilà un style que l’on retrouve dans les deux personnages principaux de cette bande dessinée. Au final, nous sommes restés sur notre faim concernant Louca. D’un côté, nous avons été subjugués par les coups de crayons magistraux du dessinateur et, de l’autre, nous n’y avons trouvé que trop de légèreté du point de vue scénaristique. En attendant de lire la suite, notre interrogation reste de mise.

Matthieu Matthys

Mais qu’en est-il du football dans tout cela nous direz-vous ? Et bien pas grandchose ! Car, même si le sport va être le déclencheur de son émancipation, le football et la manière de le traiter restent secondaires. Par exemple, sa quête

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Septembre 2013


Cinéma / Musique / Scène / Littérature / Arts !

Opération Séparation de Stéphanie Bond Editions Milady

La critique Annabelle et Clay sont prêts à tout pour empêcher le mariage de leurs parents qui n’en sont pas à leur coup d’essai. Ces deux-là ont beau se détester, ils vont unir leurs forces pour mettre au point un plan machiavélique destiné à dissuader les fiancés de se passer la bague au doigt. Mais alors qu’ils complotent pour annuler les noces, ils se sentent irrésistiblement attirés l’un par l’autre Ces ennemis jurés ne sont pas au bout de leurs surprises. Stephanie Bond. Elle grandit dans une ferme dans l’Est du Kentucky. Elle a un frère et une sœur. Ces études, sa carrière dans l’informatique et dans l’industrie ne la prédestinaient pas à une carrière d’écrivain. C’est en reprenant des études qu’un professeur remarque son talent. Elle décide d’écrire un roman historique, s’apercevant que les recherches lui prennent plus de temps que l’écriture proprement dite, elle se tourne vers la romance contemporaine. En 1995, elle vend son premier manuscrit aux éditions Harlequin. Deux ans plus tard, elle quitte son emploi pour se consacrer totalement à l’écriture. L’auteur nous plonge directement dans l’action. Pas de faux semblant, au bout de 10 pages, nous connaissons les héros,

un couple se marie mais leurs enfants respectifs décident chacun de leur côté, de tout faire pour l’empêcher. Cela promet des situations cocasses, des disputes, et des réconciliations. Est-ce à la hauteur de l’attente ? Petit portraits rapides des enfants en question. Annabelle est une avocate spécialisée dans le divorce. Célibataire et très protectrice envers sa mère. Clay est un homme d’affaires, habitué aux frasques de son père, il est persuadé que Belle n’en veut qu’à l’argent de son père. Mes attentes nées de la lecture du résumé, sont, je dois l’avouer, légèrement déçues. Si le roman est agréable à lire par son style, il y manque l’humour et la passion. Les scènes d’intimité se résument à quelques baisers échangés. Les héros sont traités sont assez de profondeur à mon goût. J’aurai réellement apprécié une centaine de pages supplémentaires afin d’en savoir plus sur le développement de la romance entre Clay et Annabelle, plus aussi sur les sentiments et les doutes que traversent leurs parents. Je n’ai cependant pas interrompu ma lecture, l’histoire des parents est touchante. Une romance à leur âge est

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rarement un sujet prisé des auteurs. De plus, j’ai bien aimé l’esprit protecteur des enfants envers leurs parents. S’ils veulent empêcher le mariage c’est avant tout pour qu’aucun des deux ne souffrent. Je le conseillerais aux lectrices qui recherchent des romances courtes et rapides à lire.

Marylise Dufour


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Le Poids des mensonges de Patricia MacDonald Editions Livre de Poche

La critique Il est vrai qu’il s’agit d’une auteure connue dans le domaine des romans policiers à suspense mais je n’avais encore jamais eu l’opportunité de me plonger dans l’une de ses intrigues. Ce premier ouvrage sera donc une découverte, un premier pas dans un nouvel univers qui, je l’espère, me donnera envie d’y mettre les pieds de manière plus régulière. Le quatrième de couverture laisse présager un suspense haletant et complet jusqu’au dénouement, ce qui m’a donné envie d’ouvrir cet ouvrage, il faut bien l’avouer. Il s’agit de l’histoire de Catlin, une jeune femme ayant épousé deux ans auparavant Noah, un jeune avocat, père d’un petit garçon de six ans, Geordie. Catlin vit parmi ses deux hommes au comble du bonheur et élève Geordie avec un amour maternel. Le lendemain de son sixième anniversaire, Geordie se rend à l’école avec Catlin et disparait comme par magie. La police va très vite mettre en route des équipes de recherche pour retrouver le garçonnet. Cette enquête va être le lieu de révélations non seulement sur l’auteur du kidnapping mais également sur le passé de Catlin… Le cadre est classique, une famille recomposée suite au décès prématuré

d’un des deux parents, une relation enfant-belle-mère en l’occurrence, entourée de grands-parents aimants, d’oncle, tante et cousin prévenant. Patricia MacDonald a donné vie à une famille à laquelle beaucoup de gens pourraient s’identifier au premier regard. Les personnages ont été pensés dans les moindres détails et leurs personnalités façonnées afin que l’un ou l’autre face écho à l’histoire personnelle du lecteur. Nous vivons le bonheur de cette famille à travers les yeux de Catlin durant une vingtaine de pages avant que l’horreur ne se produise, s’ensuivra alors un calvaire psychologique imposé à Catlin par ses proches, la police, son passé. Nous vivons l’enquête de l’intérieur comme lors d’un épisode de « New-York, Unité spéciale », pour ceux qui seraient également adeptes du petit écran.

série policière américaine de 45 minutes diffusées en prime time entre deux autres de la même trempe. Il est bien écrit, il est facile de pénétrer dans son univers, les personnages sont attachants mais une fois le livre fini et clôturé, le souvenir qu’il laisse n’est pas impérissable ni extraordinaire.

Maïté Dagnelie

L’intrigue est bien ficelée et le dénouement est inattendu, donc il s’agit d’un pari gagné. Pas moyen de laisser tomber le livre avant d’en savoir plus, de découvrir qui se cache sous le manteau. Des sujets divers sont abordés de manière précise et justifiée tout au long de l’enquête pour arriver à l’horreur du mensonge ultime. Seul petit bémol à ce livre, il s’agit d’une histoire qui pourrait faire l’objet d’une

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Cinéma / Musique / Scène / Littérature / Arts !

Le Club des ex Tome 1 : Larguée et recyclée Tome 2 : Larguée et déchaînée de Stéphanie Bond Editions Milady

La critique TOME 1

Quand une ex-princesse se met un coup de pied aux fesses…

écrivain(e)s qui ont de l’humour à revendre.

larguée son ex, cuisinier, à la télé devant quelques milliers de téléspectateurs.

C’est la débâcle pour Maxine Cambridge : cette future-ex-femme au foyer richissime et toujours tirée à quatre épingles doit retourner chez maman avec son fils adolescent, et même le fast-food du coin ne veut pas l’employer. Réduite à ramasser des crottes de chien pour se faire un peu d’argent, elle a du chemin à parcourir pour remonter la pente…

Pour une fois, les héroïnes ne sortent pas de la puberté, elles ont même dépassé la trentaine. Point commun : elles sortent d’un divorce difficile qui les laisse sans rien. Alors vive la débrouille. Epreuves, déprime, disputes, fous rires, le tout est au rendez-vous. Le côté cliché ? Les ex-maris ont bien évidemment le mauvais rôle et tous les torts.

Un mot : encore mieux.

Et si un petit coup de pouce du destin était justement ce qu’il lui fallait ? C’est alors qu’entre en scène Campbell Barker, ancien premier de sa classe devenu absolument craquant.

Dans le premier tome, nous suivons donc Maxine, son fils et sa mère. Maxine est le stéréotype de la « pom pom girl » blonde avec une forte poitrine qui tombe amoureuse à 20 ans et se marie très rapidement. Son divorce est d’autant plus difficile qu’elle se retrouve sans rien et qu’elle retourne habiter chez sa mère.

TOME 2 Ça va chauffer sous les tabliers… Quand elle a découvert que son célèbre chef cuisinier de mari la trompait, Frankie Bennet a pété les plombs… sur un plateau de télé, en direct. Résultat : la voilà divorcée, fauchée et planquée dans un village de retraités, chez sa tante. Jusqu’au jour où cette dernière fait appel à Maxine Henderson-Barker, ex-épouse trophée larguée et recyclée, pour donner un bon coup de pied aux fesses à Frankie et la sortir de sa déprime. Celle-ci se retrouve embauchée malgré elle dans un restaurant grec dont le propriétaire ressemble à une statue d’Apollon. Il se pourrait que Frankie oublie vite son ancienne vie… Ayant fait une overdose de policier et de fantasy, ajoutons à cela un esprit de vacances... et voilà, je lis des romances. .. Mais quelles romances ! Décidément les éditions Milady ont l’art de choisir des

J’ai apprécié la façon dont l’auteure met en avant les faiblesses de son héroïne et le chemin que cette dernière fait pour retrouver son estime de soi et ses forces. Si les personnages centraux sont forts, les secondaires ne sont pas pour autant laissés pour compte. Au contraire, ils sont essentiels dans l’évolution du personnage de Maxine. Ils sont la preuve qu’une personne se (re)construit par et grâce à son entourage. Les différents retraités sont quant à eux pleins de panache et de mordant. Ayant donc comme vous l’avez deviné passé un très bon moment avec le premier tome, je me suis décidée à lire le second :) Dans ce second tome, on retrouve notre chère Maxine dans le rôle au combien charmant de celle qui botte les fesses à notre héroïne Frankie. Cette femme qui a

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Frankie est attachante et sous des dehors fragiles, un caractère bien trempé. L’empathie vis-à-vis de son personnage va grandissante au fil du récit. Les personnages secondaires ? D’abord Jasmine. Une autre divorcée mais qui ne se laisse plus marcher sur les pieds. Forte, elle deviendra la meilleure amie de Frankie. Son histoire se découvre en parallèle. Dommage car je l’aurais bien vue l’héroïne du tome 3. Ensuite la famille Antonakas. Une famille grecque super attachante. Les scènes de la cuisine sont si réelles que l’on se croirait au théâtre (fous rires garantis). Si Hollywood est en panne d’inspiration pour de chouettes comédies romantiques remplies d’humour, ils n’ont qu’à lire les « Milady romance ». J’ai particulièrement aimé les traits d’humour et les pics que s’échangent les différents protagonistes. Les histoires sont parsemées de scènes cocasses, surtout dans ce village de retraités. La romance est contemporaine et rafraichissante par le ton parfois cynique, parfois tendre, donné par l’auteur. Petite note : bien que les deux tomes soient traduits par 2 personnes différentes, le rendu n’en souffre aucunement. En conclusion, ce ne sont peut-être pas des romans qui recevront un prix littéraire, mais pour passer des moments agréables, accompagnés de fous rires, c’est l’idéal.

Marylise Dufour


Cinéma / Musique / Scène / Littérature / Arts ! Instantanés érotiques 1

Tu avais insisté Adelaïde B.

La littérature érotique est sans doute un peu délaissée dans nos contrées. Et pourtant, il n’y a pas de quoi. C’est pourquoi, dans le Suricate, nous publierons, de temps en temps, des Instantanés érotiques. A ne pas lire à tous les âges, bien entendu…

La critique Tu avais insisté: "Ecris ! Je serai ta muse, ton modèle derrière cet écran".

Je me sentais un peu gauche : M'approcher ? T'apprivoiser ? Nous apprivoiser...

Et moi j’avais dit oui, rougissant déjà de ma promesse.

Tendre ma main vers ton cou, du bout des doigts effleurer le lobe de ton oreille, te sentir frissonner. Oser plus ... écarter ta chemise, éloigner le tissu. Poser mes lèvres sur ta poitrine, mordiller tes tétons, lécher la peau, et t'entendre gémir.

Cette invitation pour le café était une excuse ; prendre une revanche sur un passé pas si lointain, et aussi vivre comme toi, avec toi, le fantasme de cette rencontre idéale qui semblait devenir de plus en plus inaccessible, trop compliquée à vivre. Au détour des pages écornées de nos romans fétiches, après avoir écouté ta voix me raconter la rencontre fabuleuse et improbable des héros d’un roman de Véronique Biefnot, le désir était de vivre la rencontre parfaite. Pas toi, pas moi, juste nous sur une page blanche. "Plume ? Clavier ?" Tu prenais le clavier, faisant courir tes mains sur les touches comme autant de caresses. Moi la plume, et sentir les mots se poser sur le papier, avec lenteur, rondeur et sensualité. Et j’ai osé ... J’ai franchi la porte de cette maison, je t'ai regardé sans mot dire. Pas besoin de principes quand on partage un imaginaire ... Juste être et vivre. Je t'ai suivi dans la cuisine, je t'ai regardé verser l’eau dans la cafetière italienne. Tes gestes étaient précis, tes mains accomplissaient ces gestes de manière naturelle. Je regardais ces doigts, je les imaginais aussi occupés ailleurs ; ces pensées me troublaient, et déjà le feu me prenait aux joues. Tu m'observais; à moins que ce soit simplement moi qui voulais me sentir observée. Tu m'as tendu la tasse, j'ai frôlé tes mains. Lentement, nous avons rejoint le canapé. Nina Simone accompagnait nos pas et mouvements. Je ressentais une sensualité à fleur de peau. Désir de te toucher, te caresser, me laisser faire sous tes mains...

Tes mains sur mes cheveux m'empêchent de me reculer. Je me glisse entre tes cuisses, plus proche de toi. Mes mains posées sur tes hanches, ma bouche trace un chemin brûlant de ta poitrine à ton nombril. Mes seins contre ton bassin sentent le désir monter entre tes cuisses, ton sexe se gonfler. -Souhaites-tu être libéré ? Je peux faire ce que je veux de toi, mais j’aime te demander. Ces mots anticipent le plaisir que je vais te donner. Bouton après bouton, j'ouvre ton jeans. -Soulèves ton bassin, lentement ! Le jeans glisse le long de tes cuisses, que mes mains effleurent. En quelques secondes, ton corps est plus libre de réagir à mes gestes, à mon souffle. Ma main caresse ton sexe à travers ton sage boxer. Je sens ta queue se tendre. Ton gland s’échappe du coton, il se découvre à moi, humide, odorant. Je ne peux m'empêcher de le lécher, et goûter le sel de ton corps. C’est toi qui, d'un geste impatient, te débarrasse des derniers vêtements. Je découvre alors ton corps nu devant moi.

adopte un mouvement de va et viens à la base de ta queue. Ma main droite se glisse sous tes fesses, caresse cette peau souple et sensible. L’index vient caresser ton anus, sans chercher à te pénétrer. Je sens pourtant ton corps se tendre vers ma main, ma bouche. Tes gémissements me donnent un plaisir fou. De la langue, je titille ton gland, je m'immisce sous la peau de ton prépuce, et tu aimes ça. Je te laisse à nouveau t’enfoncer dans ma gorge, alors que mes caresses continuent. Ton corps s’est glissé sur le bord du canapé, tout à son désir de se faire toucher, caresser, manger, découvrir des sensations pas forcément partagées avant. Mon index a plus d'espace pour te faire découvrir ce plaisir. Ma bouche, mes lèvres, ma langue insistent sur ta queue, que je sens de plus en plus tendue. Besoin de reprendre mon souffle, c’est ma main libre qui accompagne la tienne pour t’inviter à te caresser, te donner du plaisir. Et je t’observe, j'aime te regarder te caresser. Mes pensées sont obsédées par tes gestes, par ta respiration haletante. Je devine la jouissance proche. Tes fesses ne lâchent pas mon doigt, ton regard ne me quitte pas. Tu me demandes ce que je veux... Je veux goûter ta jouissance, recevoir sur ma langue ta sève. La partager avec toi, l’avaler. Caresse toi, laisse toi aller, donnemoi ton plaisir ....

Ton excitation attise mon désir, mon corps s'ouvre au plaisir.

Je pose mes lèvres sur les tiennes, nos langues se mélangent. Te donner du plaisir m'a porté à la jouissance.

Je te regarde dans les yeux, ma langue découvre ton gland, ma bouche enveloppe ta queue, descend. Je laisse ton sexe s’enfoncer dans ma gorge en écoutant ta respiration s'accélérer. Ma main gauche

Je pose ma plume, ... Et je regarde tes mains frôler le clavier. Je devine qu’à mon tour, je vais recevoir de toi ces gestes de plaisir, et atteindre la jouissance sous tes mots.

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Septembre 2013


Cinéma / Musique / Scène / Littérature / Arts

Littérature Le portrait Nom : Cornwell Prénom : Patricia Date de naissance : 9 juin 1956 Ville : Miami Etat : Floride

Biographie

Son premier roman

Son œuvre

Elle poursuit des études dans les États du Tennessee et de Caroline du Nord.

Post mortem. Ce roman est un vrai succès et obtient de nombreux prix de romans policiers : le Dagger Award, le Macavity Award, l'Anthony Award et le très envié Edgar Poe Award. En France, il remporte le Prix du roman d'aventures.

Elle se décline en 3 séries dont la plus connue concerne une médecin légiste : Kay Scarpetta. Elle compte 21 titres (en anglais) dont le dernier Voile Rouge est sorti cette année.

Elle commence sa carrière en écrivant dès 1979 pour le journal « The Charlotte Observer ». Elle s’intéresse dès lors aux affaires criminelles. Très vite, sa passion pour le crime lui permet d’obtenir un poste de rédacteur technique à l'Institut médico-légal de Richmond. Ce travail lui permet d’assister à de nombreuses autopsies, qui on s’en doute, l’inspireront pour son héroïne et apportent ce réalisme dans ses romans. Elle apportera son soutien lors de la fondation de l’Institut de sciences médico-légales de Virginie. Il est intéressant de savoir que ce talent d’écrivain n’est pas le premier cas de la famille. En effet, Patricia compte Harriet Beecher Stowe, auteur de La Case de l’oncle Tom, parmi ses ancêtres. Pourtant, son premier livre qui sort en 1983 n’est pas consacré au monde du polar, mais a une bibliographie. Celle de la femme qui l’a élevée depuis ces 5 ans : Ruth Graham. Cette dernière est l’épouse du prêcheur Billy Graham à qui la mère de Patricia l’a confiée suite à son divorce. Tournons-nous vers le personnage qui lui a apporté sa célébrité : Kay Scarpetta, inspirée par le Dr Marcella Fierro, médecin légiste en chef.

Quatrième de couverture : « Richmond, Virginie. Quatre femmes ont été torturées, violées, égorgées. Une femme noire et trois blanches. Rien, pas le moindre indice ne les lie entre elles, si ce n’est précisément l’assassin. Le docteur Scarpetta s’acharne à traquer le tueur en série. Il est intelligent, rusé et ne semble commettre aucune faute qui pourrait mettre les enquêteurs sur la voie. Elle sait qu’il n’arrêtera pas. Si elle ne trouve pas très vite une piste pour remonter jusqu’à lui, une autre femme va mourir. Tout semble se liguer contre la police et Kay pour favoriser le tueur. Peu à peu, Kay Scarpetta commence à se sentir menacée. » Pourquoi la lire ? Pour le réalisme des scènes, des enquêtes. Réalisme dû à sa connaissance personnelle et approfondie du métier de médecin légiste. Elle a notamment suivi une formation à l'Académie du F.B.I. de Quantico, Virginie. Elle dit elle-même : « C'est important pour moi de vivre dans le mon-de sur lequel j'écris. Si je veux qu'un personnage fasse ou sache quelque chose, je veux faire ou connaître la même chose. »

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La seconde « Virginia West » compte 3 titres. Quant à la dernière « Win Garano », elle ne possède que 2 titres. Hormis ces séries policières, elle a aussi mené une enquête sur Jack l’éventreur, sorti un livre des recettes de son héroïne principale Kay Scarpetta et enfin la biographie évoquée plus haut. Chez nous, elle est publiée aux éditions Les Deux Terres et à La Librairie Générale française dans la collection « Le Livre de Poche ». Elle est traduite dans trente-six langues. Vu son succès actuel, les 7 éditeurs qui l’ont refusée à ses débuts doivent s’en mordre les doigts.


Le ! portrait (suite) Quelques petites indiscrétions Patricia Cornwell divorce en 1988. Début des années 2000, elle réside dans le Massachusetts, État qui autorise les mariages homosexuels. Et alors ? Cela lui permet d’épouser Staci Gruber une neurologue réputée de Harvard. Elle a souffert de dépression et d’alcoolisme, mais un accident de voiture l’oblige à suivre une cure de désintoxication. L’auteur souffre aussi de troubles bipolaires. Faisant l’objet de menaces et consciente des dangers du monde actuel, elle s’entoure de gardes du corps et sa maison est truffée de caméras.

Anecdotes et informations supplémentaires Jack l'éventreur : Affaire classée C’est grâce à sa rencontre avec John Grieve, enquêteur spécialiste de Jack l’éventreur, que Patricia Cornwell se penche sur le célèbre tueur. Il lui fait découvrir les lieux des meurtres et la conduit sur la piste de Walter Richard Sickert. Assoiffée de justice, elle ne regarde pas à la dépense (6 millions de dollars) et appelle les meilleurs spécialistes pour résoudre cette affaire vieille de plus d’un siècle.

En 2011, elle est nommée Chevalier des arts et des lettres en France.

Pour en savoir plus sur le sujet : www.patriciacornwell-deuxterres.com/ affaireclassee/enquete.html

Sites et/ou Adresses internet

Vent de glace

http://www.patriciacornwell.com/ (site officiel en anglais)

Sorti tout chaud depuis mars 2013.

www.facebook.com/patricia.cornwell www.patriciacornwell-deuxterres.com/ (site français)

Je ne l’ai malheureusement pas encore lu, ayant décidé de reprendre la série consacrée à Kay Scarpetta, depuis le début. Voici la présentation de l’éditeur : « Une éminente paléontologue disparaît d’un site de fouilles renfermant des ossements de dinosaures au fin fond du Canada. Un message macabre parvient à Kay Scarpetta, lui laissant la détestable impression qu’il pourrait correspondre à cette disparition. Quand elle est appelée peu après à repêcher dans le port de Boston un cadavre de femme, les événements s’enchaînent. Kay Scarpetta se retrouve face à un tueur en série fort

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intelligent et n’ayant aucune crainte d’être arrêté. Comme les marques semblent établir un lien avec d’autres affaires non résolues, les sciences médico-légales les plus pointues sont sollicitées. La chasse du coupable commence dans la ville de Boston prise sous un vent de glace. » La traductrice de la série de Scarpetta : Andrea H. Japp Lionelle Nugon-Baudon de son vrai nom est née en 1957. Non seulement elle est traductrice mais également auteur de romans policiers, de nouvelles, de scénario et même de bandes dessinées. Elle remporte d’ailleurs un prix en 1991, celui du Festival de Cognac avec son roman La Bostonienne. Ce sont les Éditions du Masque qui lui demandent de traduire les romans de Patricia Cornwell. À cette époque (1995-2004), elle les signe du nom d’Hélène Narbonne. En 2005, les éditions des Deux Terres, qui s’occupent désormais de l’auteur, lui demandent une nouvelle traduction des 5 premiers romans de P. Cornwell. Pourquoi a-t-elle été choisie ? Selon Andrea, sa formation de toxicologue et son aisance dans la langue de Shakespeare ont joué un rôle important. Source : www.editions-calmann-levy.com/auteur/ biographie-000000000399-Andrea-HJapp-livre-Monestarium.html

Dufour Marylise

Septembre 2013


Happy Birthay Mr. Suricate Metallica : and justice for all

©D.R.

1988

Si chacun des 5 premiers albums de Metallica mériterait un article dans votre magazine préféré, intéressons-nous aujourd'hui au … And Justice for All, pour la simple raison que cet opus est sorti il y a 25 ans tout juste. En 1988 donc, l’album parait dans un contexte particulier. Cliff Burton, le bassiste du groupe, est décédé 2 ans plus tôt suite à un tragique accident de la route. Sonné par ce triste évènement, le groupe a beaucoup de mal à encaisser le choc et ne sait pas trop quelle direction prendre. Finalement, Metallica engage un nouveau bassiste, Jason Newsted. Celui-ci ne sera que très peu impliqué dans la création de l’album et surtout, verra ses parties de basse nettement sous-produites. Des années plus tard, Newsted sortira d’ailleurs sa version de l’album dans laquelle la basse occupera enfin la place qu’elle aurait méritée sur ce disque. …And Justice for All s’avère très différent de ses trois précédents. Metallica y pratique un métal plus carré, plus technique, que l'on pourrait presque qualifier de progressif. Autre changement, si Metallica nous avait habitués à composer quelques longs morceaux sur les précédents albums, chacun des titres de …And Justice for All dépasse les cinq minutes, et deux

frôlent même la barre des dix minutes ! La complexité et la longueur des titres feront couler beaucoup d'encre, certains fans étant déboussolés par un album si peu évident à aborder.

(hard)rock de l’histoire.

Au-delà de cette complexité, pour peu qu'on prenne le temps d’écouter attentivement cet opus, celui-ci se révèle être un véritable trésor.

Quant au morceau éponyme, il est un parfait mélange de toutes les forces (et faiblesses pour certains) de ce …And Justice for All.

Le son y est lourd et les mélodies semblent réglées au millimètre près. Les guitares sont précises et techniques, les rythmiques incisives et les soli superbes. Lars Ullrich arrive presque à passer pour un grand batteur tant on sent la rage et la précision dans son jeu.

Pour couronner le tout, les paroles sont loin d'être inintéressantes et sont de véritables critiques de la société. Même la pochette, représentant la célèbre balance de la justice maltraitée de toute part, s’avère très réussie.

Mais, encore plus impressionnant que toute cette technique impeccable, la force de Metallica sur cet album est d'arriver à imprimer une réelle émotion à ces compositions bien huilées. Les deux meilleurs exemples en sont les titres To Live is to Die, dernier titre composé par le regretté Cliff Burton, et One, qui est probablement à ce jour la chanson la plus appréciée des fans et non sans raison : une intro émouvante et pleine de feeling et une fin tonitruante ponctuée par une batterie d’enfer et un solo explosif, que du bonheur pour tout amateur du genre. Encore aujourd’hui, One est très régulièrement cité par les spécialistes comme une des dix meilleures chansons

Eye of the Beholder et sa démarche militaire et la météorite Dyers Eve sont à mon sens les autres temps forts de l'album.

Commercialement, l’album fut également un succès, restant même présent dans le Billboard 200 américain pendant 83 semaines. La suite pour Metallica, vous la connaissez sans doute : un succès gigantesque avec son célèbre Black Album, suivi par Loard et Reload, deux albums qui marquèrent la fin de l’histoire d’amour entre le groupe et ses fans les plus intransigeants. D’ailleurs chez les métalleux, le thème « Metallica c’était mieux avant » est un sujet de discussion aussi populaire que « tu as écouté le dernier One Direction ? » chez les jeunes filles en fleur.

Julien Sterckx

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Pirates des caraïbes

©Disney.

2003

Pirates des Caraïbes est sans conteste le film qui marque le renouveau du film d’aventures qui n’avait plus connu un tel engouement publique depuis la mythique trilogie d’Indiana Jones (le quatrième opus étant tout à fait dispensable) de Steven Spielberg. De plus, lancer une franchise avec la piraterie pour thème central était un pari assez risqué, raison pour laquelle bon nombre de spécialistes prédisaient un échec à la nouvelle licence Disney et le motif de refus de Jerry Bruckheimer (Top Gun, Armageddon,…) à qui le projet avait été initialement proposé. Mais le succès fut au rendez-vous ! Tout d’abord, grâce un casting de rêve ! Jugez plutôt : Keira Knightley (Orgueil et préjugés), Orlando Bloom (Le seigneur des anneaux), Geoffrey Rush (Shine)… sans oublier Johnny Depp qui incarnera à la perfection le capitaine Jack Sparrow. Une véritable osmose s’installe entre les acteurs et chacun tirera la quintessence de son personnage. Ensuite grâce à un scénario de qualité fruit de l’imagination de Ted Elliot et Terry Rossio. S’inspirant tour à tour de la légende du Hollandais volant et de son mythique Davy Jones ou de L’île mystérieuse de Robert Louis Stevenson (la mutinerie de l’équipage envers son capitaine, l’abandon sur une île de Jack Sparrow) – bien qu’à l’inverse

du roman, les pirates cherchent à se débarrasser du trésor et non à s’en emparer. On sent également poindre le fantastique si cher à des auteurs tels William Hope Hodgson qui était parvenu à créer une ambiance d’épouvante au cœur même des flots avec ses ouvrages Les canots du Glen Carrig et Les pirates fantômes. On le voit, les sources d’inspiration sont nombreuses. On pourrait également citer, à moindre échelle, des ouvrages tels que Vulmar, le pirate noir de R.E. Howard ou encore l’univers de Cthulhu (Il n’y a qu’à voir la face de Davy Jones pour s’assurer que cette horreur tentaculaire a été soufflée aux scénaristes par le génie de Lovecraft). L’amour est également présent sous forme d’idylle entre Elizabeth Swann, la fille du gouverneur, et Will Turner, fils de pirate. Le secret qui les lie confère encore plus de profondeur à leur romance. Mais l’amour ne se présente pas que sous son jour le plus beau. Il peut être ténèbres et souffrance En 2002, Gore Verbinsky accepta de réaliser le film. L’homme n’était pas un inconnu car il avait déjà réalisé les films La souris, Le mexicain (Brad Pitt) ou encore le remake américain de The Ring. Il déclarera avoir été également inspiré par l’attraction éponyme de Disneyland et des souvenirs d’en-

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fance qu’elle lui avait laissés. Il souhaitait, avec l’aide des technologies modernes, faire revivre un genre cinématographique qui s’est éteint avec l’âge d’or d’Hollywood (dans ce domaine, je ne peux que vous conseiller Les révoltés du Bounty si vous avez envie de tâter du classique). Force est d’avouer qu’il a transformé son essai et que le film est une franche réussite. Preuve irréfutable de l’engouement déclenché auprès des téléspectateurs et de l’aspect bankable de la franchise, un cinquième volet des aventures du capitaine Jack Sparrow est prévue. Mélange détonnant d’aventure, d’humour, de fantastique et d’amour, Pirates des Caraïbes est parvenu à réinventer un genre tombé en désuétude. Il y avait longtemps que Hollywood ne nous avait pas fourni une œuvre aussi épique et intense tant sur le plan scénaristique que filmographique. En bref, un indispensable à tout amateur de bon cinéma, divertissant et prenant, à voir et revoir en famille.

Frédéric Livyns

septembre 2013


Happy Birthay Mr. Suricate Terminator 3 : Le soulèvement des machines

2003

©Columbia films.

Douze ans. Il a fallu douze ans pour qu’Arnold Schwarzenegger retrouve le cuir, les lunettes et les grosses pétoires du T-850... Et se porte au secours de John Connors pour la seconde fois. Après le succès phénoménal de Terminator 2, remake à peine déguisé du premier opus, largement plus fourni côté budget et solidement charpenté en termes scénaristiques, la machine hollywoodienne aurait dû, logiquement, enchaîner les séquelles... Et engranger les bénéfices d’une franchise très populaire auprès du public. Reste qu’entre les exigences folles de Schwarzie, les réticences légitimes d’un James Cameron peu enclin à la redite... et surtout des soucis légaux après la faillite retentissante de Carolco, détentrice des droits d’exploitation du personnage, l’invincible cyborg attendra plus d’une décennie avant de ressortir de son usine de montage. Dans une première itération, ce troisième opus ne manque pas de faire saliver les « geeks » en tout genre. En effet, les premières rumeurs font état d’un « mauvais » cyborg joué par... Vin Diesel ! Les fans bondissent déjà d’impatience à l’idée de voir Riddick et le Terminator s’en mettre sur la tronche, au fil d’un scénario qui raconte, une fois encore, comment les machines et l’omnipotent Skynet tentent de supprimer le chef de la résistance humaine avant sa naissance. Mais le combat des titans restera dans le domaine du fantasme, puisqu’au moment du tournage, c’est bien

Kristanna Loken, sculpturale mannequin, qui endosse le rôle du T-X, un cyborg spécialement conçu pour... détruire les autres cyborgs. Il n’y a pas à dire, les machines ont de la suite dans les idées ! Les scénaristes un peu moins, puisque Terminator 3 : Le soulèvement des machines suit servilement la trame mise sur pied par Cameron dans le premier film : soit une course poursuite entrecoupée de scènes d’actions spectaculaires... Lors desquelles les Terminators s’acharnent à réduire le décor en bouillie pendant que John Connor et sa compagne (ici, ce n’est pas sa mère, c’est sa future femme) tentent de changer le futur... Et d’empêcher le Jugement Dernier. Aux commandes de ce troisième opus, on retrouve Jonathan Mostow, un bon « faiseur » comme adorent employer les studios. Il sait placer une caméra, il a le chic pour mener une large équipe... Et surtout il tourne assez de matériel pour que le montage et la magie des effets spéciaux permettent au film de prendre forme selon les désidératas des producteurs. Il faut avouer que le réalisateur de Breakdown, un chouette thriller désertique avec Kurt Russel, ne se débrouille pas trop mal avec le cahier des charges. Une poursuite lors de laquelle le Terminator se retrouve suspendu à la flèche d’une énorme grue est quasi au coude à coude avec la fameuse scène, dans Terminator 2, du camion poursuivant John Connor au creux de la

Los Angeles River. Le souci ? Le film manque fondamentalement d’enjeu narratif et d’un véritable second niveau de lecture. Chez Cameron, le film d’action, le film de SF, le film de genre représentent toujours un moyen d’exprimer autre chose. Dans Terminator 2, la réflexion sur la filiation, l’héritage, la responsabilité d’une génération par rapport à la suivante plane sur tout le film. Dans ce Soulèvement des machines, l’action est spectaculaire, l’aventure soutenue... mais le sous-texte quasi absent, remplacé dans les dernières minutes du métrage – de façon assez surprenante avouons-le – par une réflexion sur l’inéluctable, la destinée et la victoire finale des machines. Reste que ce Terminator 3 est plus plaisant à (re)découvrir que la tentative, malheureuse, de résurrection de la série, due à la lourde patte de McG en 2009 et qui plonge le spectateur en pleine guerre des machines, dans un futur proche de celui mis en scène par George Miller dans Mad Max 2. Christian Bale en roue libre, Sam Worthington perdu pour la France et l’apparition d’un Arnold digital cul nu lors du final téléphoné fait de Terminator Renaissance un film d’action générique, à des années-lumière de la franchise Terminator. Le retour de Schwarzenegger aux affaires pour un opus supplémentaire programmé en 2015 rendra-t-il sa brillance au cyborg de plus rentable de l’histoire du cinéma ? Hélas, rien n’est moins sûr.

Christophe Corthouts

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1993

La marque de Winfield de ken follett

Il y a maintenant 20 ans qu’est sorti La Marque de Winfield de Ken Follet. Spécialisé dans le livre politique et/ou d’espionnage, Ken Follett avait surpris son lectorat en le plongeant dans l’intrigue moyenâgeuse des Piliers de la terre. La Marque de Winfield fait partie des rares ouvrages de Follet à être une chronique familiale et historique où s’entremêle personnages réels à d’autres fictifs. La marque de fabrique de ces quelques romans (Les Piliers de la Terre, Un Monde sans fin, Le Pays

de la liberté ou dans une moindre mesure La Chute des Géants) est une plongée dans l’histoire sur plusieurs années, un héros beau, intelligent qui va vaincre tous les codes et surtout un énorme travail de recherche historique pour pouvoir entremêler réalité et fiction et respectez la reconstitution d’époque. Du Moyen Age pour les Piliers de la terre à l’époque victorienne pour La Marque de Winfield. L’histoire est centrée sur le monde de la finance à Londres au 19ème siècle, période où la spéculation a provoqué plusieurs grosses faillites bancaires. Ce qui fait de ce roman, un ouvrage fort contemporain. L’histoire est celle de Hugues, mouton de la famille Pilaster, deuxième plus gros banquier londonien, qui va essayer de gravir les échelons par ses compétences. Pour cela il devra lutter contre son cousin Edward et sa tante qui veut voir son fils diriger la banque et contre (ou avec) les personnages tournant autour de cette famille depuis le collège de Winfield, qu’ils ont fréquen-

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tés plus jeunes. Collège où s’est déroulé une mort étrangement accidentelle, devenu le secret familial couvert par l’énigmatique Miranda, fils d’un riche propriétaire sudaméricain, devenu trop « proche » d’Edward par la suite. Comme souvent avec Follett, son roman est manichéen, les gentils sont honorables et les méchants vraiment détestables. Mais comme pour ses autres chroniques familiales, il arrive à nous entraîner dans une histoire passionnante, dû à la documentation amassée et la qualité des reconstitutions. On reprochera juste quelques malheureuses longueurs et de ne pouvoir, a contrario des Piliers de la terre, se passionner pour tous les protagonistes. Le parti pris de Follett d’écrire sur une époque ancienne permet de jamais rendre démodé ses ouvrages. De plus, le thème de la finance et ses crises, ressemblent énormément aux problèmes survenus ces dernières années et rend l’ouvrage très actuel.

Loïc Smars

septembre 2013


Le Suricate magazine - Vingt-troisième numéro  

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