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Cinéma / Musique / Scène / Littérature / Arts

Le Suricate N° 18

Bi-mensuel

15 mai 2013

Magazine À la une

Les Nuits Botanique L’évènement culte vu de l’intérieur

Mais aussi...

Jean-Baptiste Leblanc Kunstenfestivaldesarts Les dernières sorties cinéma

Juste pour Rire Brussels Retour sur l’évènement marquant de la capitale où l’humour est le seul mode d’expression


Sommaire

L’humoriste se dévoile par la télé Cannes, Nous (y) voilà !

Littérature

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Cinéma La fleur de l’âge Iron Man 3 In Darkness/Quartet Call Girl/Mohamed Dubois Sous surveillance Sorties ciné du 15/5 Sorties ciné du 22/5 Actualités cinéma

p. 6 p. 7 p. 8 p. 9 p. 10 p. 12 p. 13 p. 15

Musique Les Nuits Botanique Puggy à l’AB Sanseverino - Honky Tonk Bastian Baker - Tomorrow may... The Resistance/Kvelertak Stonesour - House of Gold... Heaven shall burn - Veto Warbeast/PYG Deep Purple - Now what ? Vulcain renait de ses cendres

p. 16 p. 22 p. 24 p. 25 p. 26 p. 27 p. 28 p. 29 p. 30 p. 32

Itw Jean-Baptiste Leblanc Le cauchemar de Cassandre 221B, Baker Street Un héritage/Nos gloires secrètes St-Jacques de Compostelle Aux prises avec la mort/La phyto La vieille qui voulait tuer Dieu Une danse de trop/Les chaînes...

The freewheelin’/By all means... Robert A. Heinlein Jean Yanne

Cotations Rien à sauver Mauvais Mitigé Bon Très bon Excellent

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p. 47 p. 48 p. 49 p. 50

Happy Birthday Mr Suricate

Scènes Ciao Ciao Bambino Kunstenfestivaldesarts à Bruxelles Partita 2 - Sei Solo Juste pour Rire Brussels Sous la ceinture au Varia Burning au Rideau de Bruxelles

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Part toujours à temps mais arrive toujours en retard

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Le terrier du Suricate

Edito

L’humoriste se dévoile par la télévision Être humoriste, c’est un métier. Tenter coûte que coûte de percer dans un univers assez étroit est une galère que beaucoup d’aspirants comiques ont dû affronter de pleine face. De tout temps, les humoristes n’étaient pas légion en francophonie car le public restait fidèle à certains grands noms établis depuis de nombreuses années. Aujourd’hui, la donne semble avoir changé pour une bonne raison, l’apparition de programmes télévisés uniquement dédiés à ce genre de spectacle. Ce fût le cas du Petit Théâtre de Bouvard (1982 à 1986) où ont percé des talents de la scène mais aussi du septième art comme le trio des Inconnus (Didier Bourdon, Bernard Campan et Pascal Légitimus), Michèle Bernier, Mimie Mathy, le duo comique Chevalier et Laspalès, Smaïn, Muriel Robin et bien d’autres. Ce fût également le cas pour La Classe de Guy Lux (1987 à 1994) où ont éclos des personnages charismatiques comme Jean-Marie Bigard, Marc Herman, Elie Kakou, Chantal Ladesou, Vincent Lagaf’, Michèle Laroque, Virginie Lemoine, Michel Muller, Pierre Palmade, Anne Roumanoff, Laurent Ruquier et beaucoup d’autres également. Passé la moitié des années 90, le monde de la télévision se lasse des comiques troupiers et va délaisser le genre. Cela importe peu au public qui s’amasse en nombre dans les salles de spectacles pour admirer les artistes qui ont fait les bonnes heures des deux émissions précitées. Mais voilà, la scène se vide peu à peu, tout comme les gradins. Les stars des

Une publication du magazine

Le Suricate © http://ww.lesuricate.org Directeur de la rédaction : Matthieu Matthys Rédacteur en chef : Loïc Smars Directeur section littéraire : Marc Bailly Directeur section musicale : Christophe Pauly Directeur section théâtre : Baptiste Rol

planches se lancent dans le cinéma pour la plupart ou arrêtent d’écrire. Un vide se crée si bien que les quelques artistes se lançant dans l’aventure vivent une carrière à l’ascension fulgurante comme Gad Elmaleh ou Florence Foresti. La place est vacante et un homme va saisir l’occasion de relancer la machine à troubadours, Laurent Ruquier. Lui qui était jadis humoriste s’est depuis reconverti principalement dans l’animation télévisée. Avec sa productrice Catherine Barma, ils décident de relancer une émission similaire, On ne demande qu’à en rire. Depuis sa création, l’émission a vu défiler une foule de talents qui ont pu gravir les échelons de la célébrité. Arnaud Tsamère, Olivier de Benoist, Jeremy ferrari, Shirley Souagnon et Kev’Adams sont les exemples incontestables de la réussite de l’émission. Pourtant, un doute persiste de plus en plus. Cette pléthore d’artistes fraichement débarquée ne risque-t-elle pas de s’éteindre par elle-même ? C’est la question que nous nous sommes posés en posant nos valises au festival Juste pour Rire Brussels. Ce feux-follet pourrait-il s’éteindre et faire retomber des personnages dans l’anonymat ? Personne ne le sait encore mais l’avenir pourrait être moins rose car d’autres humoristes continuent de pousser derrière et de saturer un marché qui n’est pas extensible.

M.M.

Cannes, nous (y) voilà ! Bientôt l’été et ses nombreux festivals de musique en tout genre. Mais avant cela, direction la côte d’Azur pour côtoyer l’un des plus grands festivals cinématographiques au monde, le prestigieux festival de Cannes. Cette année, l’une de nos rédactrices sera présente pendant toute la durée de l’évènement. Une chance unique de vous faire découvrir l’univers glamour et charmeur de ce rendez-vous incontournable. Mais voilà, la question se pose de savoir si le festival de Cannes n’est pas « has been », démodé ou, du moins, en décalage total avec son temps. Bien évidemment, le prix reste très prestigieux et honorifique mais, les films primés semblent de plus en plus boudés par le public actuel. Par exemple, si l’on revient sur le palmarès des dix dernières éditions, seuls Fahrenheit 9/11, Entre les murs et The Tree of Life ont été plébiscités par les spectateurs du monde entier. Les autres n’ont pas vraiment passé le cap de la célébrité éphémère comme L’Enfant des frères Dardenne ou 4 mois, 3 semaines, 2 jours de Cristian Mungiu. Dès lors, la question se pose : Cannes n’est-il pas un microcosme hermétique où règnent et se congratulent l’intelligentsia du cinéma mondial ? À cette question, seul le public en possède la réponse. Quoiqu’il en soit, nous serons présents lors de cet évènement et nous vous relaterons l’expérience via des articles approfondis.

Crédits Webmaster : Benjamin Mourlon Secrétaires de rédaction : Pauline Vendola, Maïté Dagnelie, Adeline Delabre Relation clientèle : redaction@lesuricate.org Régie publicitaire : pub@lesuricate.org

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Ont collaboré à ce numéro : Cécile Marx, Claire Rigaux, Joséphine Six, Julien Sterckx, Olivier Eggermont, Ivan Scullier, Frédéric Livyns, Christophe Corthouts, Pauline Vendola, Anastassia Depauld, Emmanuelle Melchior, Marylise Dufour, Marc Van Buggenhout

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Cinéma / Musique / Scène / Littérature / Arts

Cinéma

La Fleur de l’âge de Nick Quinn Premier film de Nick Quinn, réalisateur débutant anglo-français, La Fleur de l’âge réuni Pierre Arditi et Jean-Pierre Marielle dans une histoire d’amour filiale.

©Les films de lʼElysée

La critique

Nous suivons la vie de Gaspard Dassonville, 63 ans, présentateur et producteur vedette de télévision qui accumule les conquêtes féminines bien plus jeunes que lui. Alors qu’il fuit tout signe de vieillissement, il doit accueillir chez lui son père, Hubert, qui s’est cassé le col du fémur et ne peut plus vivre seul. Vieillard cynique et difficile, il renvoie toutes les infirmières engagées par son fils jusqu’au jour où apparaît Zana, femme peu conventionnelle à l’imagination débordante. Fascinés tous les deux par ce petit bout de femme, ils vont s’affronter ses faveurs et se redécouvrir. Jean-Pierre Marielle, une des dernières légendes du cinéma encore vivantes aime s’attacher à des projets de débutants et se mettre continuellement en danger. Son interprétation est évidemment, comme toujours, impeccable d’émotion. Pierre Arditi, malgré le fait qu’il cabotine souvent dans la plupart de ses films, joue bien plus sobrement, ce qui pousse le film vers l’avant. La Fleur de l’âge c’est aussi le bonheur de découvrir une nouvelle fois Audrey Fleurot au charme singulier et à la carrière montante (Intou-

chables, Mais qui a re-tué Pamela Rose ?, etc.).

plein de fierté mais contribuant enfin à les rapprocher.

Le hic dans ce rouage bien maîtrisé est Julie Ferrier qui, malgré tout son talent, en fait des tonnes et, au lieu d’insuffler une fantaisie, finit par devenir parfois insupportable.

La Fleur de l’âge est un très bon divertissement sur les rapports familiaux qui malheureusement se voit entaché par le rôle de Zana et de l’illustration de sa vie, trop caricaturale et typée pour être crédible.

Pour diriger tout ce beau monde, il n’y a que Nick Quinn, nouveau réalisateur sur grand écran et Andreia Barbosa, qui signe, elle aussi, son premier scénario. Comme souvent au cinéma, la fiction rejoint bien souvent la réalité et parfois même de plein fouet. Les deux acteurs principaux n’ont pas du beaucoup composer pour comprendre les motivations des protagonistes. Arditi perd son père (le peintre Georges Arditi) de la maladie d’Alzheimer peu de temps après la fin du tournage tandis que Marielle a eu, lui aussi, des rapports parfois difficiles avec ses propres enfants suite à leur départ du cocon familial. La relation des deux héros n’a finalement qu’un seul gros souci : la différence d’âge trop faible entre les deux acteurs (une dizaine d’années), qui fait que l’on a parfois l’impression d’être touché plus par une complicité de frères que de père et fils. Si ce n’est une scène magnifique où le fils décide d’assumer l’amour qu’il porte à son père et l’aide à prendre sa douche. Moment difficile entre deux hommes

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Loïc Smars

La Fleur de lʼâge 15 mai 2013

Premier film de Nick Quinn, réalisateur débutant anglo-français, La Fleur de l’âge réunit Pierre Arditi et Jean-Pierre Marielle dans une histoire d’amour filiale.

Comédie de Nick Quinn Avec Pierre Arditi, Jean-Pierre Marielle, Julie Ferrier Gaspard Dassonville a 63 ans. Son style de vie en a la moitié : producteur de télévision réputé, il accumule les compagnes trentenaires et sʼobstine à ignorer tout signe de vieillissement. Mais le grand âge lui tombe dessus avec fracas : Gaspard est contraint dʼaccueillir chez lui son père Hubert, devenu dépendant. Vieillard indomptable, Hubert vient perturber lʼarrangement de son fils avec une jeunesse illusoire.


En collaboration avec

Iron Man 3, une suite jouissive Dans la longue liste des héros signés Marvel, Iron Man fait figure de petit nouveau. De fait, le super-héros s’est installé et a tout de suite conquis un public qui en redemande à chaque fois.

©Disney

La critique

3e ou 4e épisode ? Il va sans dire que ce troisième opus on pourrait même presque dire le 4e volet tant on fait allusion à The Avengers - , était très attendu. Très attendu car Iron Man est un super héros très sympathique et peut-être celui qui est le plus proche de nous. Cynique, désabusé, Robert Downey Jr donne à son personnage toute la dimension d’un excellent acteur en pleine possession de tout son talent. Le premier Iron Man, sorti en 2008, a permis à l’acteur principal de se donner une nouvelle jeunesse et de nous montrer tout le panache dont il fait preuve. Un scénario solide, des effets spéciaux qui font rêver, ce premier Iron Man a enchanté le public. Le deuxième opus, sorti seulement deux ans plus tard, présentait un peu plus de faiblesses scénaristiques mais restait tout de même d’un bon niveau. The Avengers, que l’on pourrait presque appeler une suite des deux

premiers, est extraordinaire au niveau visuel.

performances remarquables de Rhodey (Don Cheadle) ; Aldrich Killian (Guy Pearce) ; Pepper Potts (Gwyneth Paltrow) et Le Mandarin (Ben Kingsley) qui, une fois encore, nous donne tout l’aperçu de son immense talent… Nous ne pouvons que vous conseiller cet Iron Man 3 pour un moment de jubilation intense maîtrisé de bout en bout. Drôle, déroutant, profond sous des allures de ne pas y toucher. Un vrai divertissement qui nous rend impatient de voir la suite de ce fabuleux personnage dans Iron Man 4 et dans The Avengers 2.

De la qualité Cet Iron Man 3, réalisé par Shane Black à qui l’on doit déjà les deux premiers épisodes de L’Arme Fatale, Le Dernier Samaritain ou encore Kiss Kiss Bang Bang. Autrement dit, ce n’est pas n’importe qui et on peut s’attendre à de la qualité. Et de la qualité il y en a. Il honore les codes de la franchise Marvel et innove en même temps avec ses propres obsessions. Iron Man 3 est sans conteste une vraie réussite.

Marc Bailly Iron Man 3

Tony Stark vs Iron Man Le réalisateur prend l’option de se focaliser sur Tony Stark plus que sur Iron Man lui-même. Tony Stark apparait ici avec ses peurs, ses émotions, son passé, ses amours… Un peu comme Chris Nolan qui a préféré soulever le masque de Batman pour regarder le vrai visage de Bruce Wayne. Ici l’armure de Iron Man passe au second plan, la plus grande partie des films se passe d’ailleurs sans cette armure, cette deuxième peau de Tony Starck. Cela permet au personnage de prendre plus de relief, plus de profondeur. D’excellents acteurs

À lʼaffiche

La Terre se remet doucement de l’invasion alien dirigée par Loki. Tony Stark est un héros, adulé de tous, mais il n’arrive pas à se remettre de ses aventures. Pour noyer son traumatisme, il s’enferme jour et nuit dans son atelier pour bricoler. Mais dans le même temps, les États-Unis sont frappés par une série d’attentats revendiqués par un mystérieux terroriste : le Mandarin. Tony en fait une affaire personnelle et jure de traquer ce dangereux personnage.

Science-Fiction de Shane Black Avec Robert Downey Jr, Gwyneth Paltrow, Don Cheadle

Tony Stark, l’industriel flamboyant qui est aussi Iron Man, est confronté cette fois à un ennemi qui va attaquer sur tous les fronts. Lorsque son univers personnel est détruit, Stark se lance dans une quête acharnée pour retrouver les coupables. Plus que jamais, son courage va être mis à l’épreuve, à chaque instant. Dos au mur, il ne peut plus compter que sur ses inventions, son ingéniosité, et son instinct pour protéger ses proches.

Outre Robert Downey Jr qui est ici admirable, une fois encore, citons les

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15 mai 2013


Cinéma / Musique / Scène / Littérature / Arts

Agnieszka Holland n’est plus une débutante ! On a déjà pu apprécier son talent dans Le Complot avec Christophe Lambert et Ed Harris ou encore dans Rimbaud Verlaine où Leonardo Di Caprio valait autre chose que de couler avec le Titanic. Elle revient après quelques années avec l’histoire vraie de juifs cachés dans In Darkness.

In Darkness dʼ Agnieszka Holland sortie le 15 mai 2013 Guerre, Drame (145ʼ) Avec Robert Wieckiewicz, Benno Fürmann, Agnieszka Grochowska

Quartet de Dustin Hoffman sortie le 22 mai 2013 Comédie, Drame (98ʼ) Avec Maggie Smith, Michael Gambon, Billy Connolly

L’intrigue suit un groupe de juifs du ghetto de Lvov qui a la bonne idée de creuser un tunnel vers les égouts. Un jour, ils se font surprendre par Leopold Socha, employé municipal devenu contrebandier. Il décide alors de se faire rémunérer pour son silence. Mais quand l’argent vient à manquer, il va mettre les siens en danger et lui-même pour protéger « ses juifs » jusqu’à la fin de la guerre.

Tarantino, lui aussi en langue originale tente à faire accepter les sous-titres au large public. L’autre originalité du film sont les séquences filmées dans le noir des égouts. Le parti pris est de ne pas travailler sur l’obscurité en post-production mais d’immerger les acteurs dans le noir pour plus de réalisme. Une des dernière survivantes a vu le film et a été impressionnée par la véracité des scènes avouant même ressentir la peur et les odeurs du lieu original. Il va de soi que le film est bien réalisé et que le sujet ne peut donner de navets. Et malgré un côté trop conventionnel, le film marque les consciences et réussit à atteindre son but.

Loïc Smars

L’originalité est d’avoir (heureusement) tourné le film en langue originale. On ne parle que le polonais et l’allemand, sans se soucier du grand public qui pourrait être rebuté par les sous-titres. Mais il ne faut pas oublier que les mentalités changent et le succès par exemple de Inglorious Bastard de

C'est dans une tranquille campagne anglaise que s'est établie Beecham House, une maison de retraite aux airs de Relais Châteaux. Elle y reçoit des pensionnaires, anciens musiciens et chanteurs d'opéra. Un jour, un événement vient troubler la volupté ambiante du quotidien des résidents. L'arrivée d'une diva de l'opéra, Jean Horton, une des plus grandes chanteuses lyriques de son époque, réputée pour sa froideur et son carriérisme. C'est alors que Wilfried et Cissy, ses anciens partenaires de scène et Reginald, son ex mari, tenteront de convaincre cette femme de chanter pour le gala annuel de Beecham House, qui menace de fermer en raison de problèmes financiers... Quartet aurait pu être un drame. Si l'on se fie aux éléments de départ, liste exhaustive de l'anti-glamour absolue et de la dépression post-séance inévitable : la vieillesse, la mémoire flanchante, le talent qui s'éteint, la seule perspective d'évolution et de progression fulgurante possible uniquement pour le cancer de la prostate... Mais non, Dustin Hoffman réussi le dangereux pari de prendre un angle de vue positif,

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drôle et tendre, sans jamais être niais pour autant. Vos zygomatiques seront infatigables, les répliques enlevées incessamment lancées par ce florilège d'acteurs anglais ravissent jusqu'à épuisement. Malgré cette légèreté et cette insolente fraîcheur, on ne peut pas dire que la dimension tragique de cette histoire n’est pas passée à la trappe au nom de la comédie. Car, même dans leurs grandes envolées lyriques et leurs moments de joies invincibles, les personnages sont inévitablement rattrapés par leur hanches paresseuses, leur toux inquiétantes et leurs souvenirs flous... Le Quartet de ce film, composé des brillants acteurs anglais : Maggie Smith, Tom Courtenay, Billy Conolly et Pauline Collins nous donne la sensation qu'il eût réellement existé. Une alchimie très concrète les lies dans une évidence implacable. Quartet est un film riche, rythmé, plein de nuances, aussi fin et aussi anglais qu'un After Eight. Il ne changera pas la face du monde, d'ailleurs il n'en a pas la prétention, mais il reste en mémoire. Du moins jusqu'à ce que nous aussi, éventuellement on rejoigne le quartet de la vieillesse dans un Alzheimer inexorable.

Cécile Marx


S’inspirant d’un scandale politique survenu dans les années 1970 en Suède, le réalisateur Mikael Marcimain signe un film fort, aux scènes tantôt difficiles mais dans lesquelles on se laisse embarquer sans difficultés. Le scénario de Marietta von Hausswolff von Baumgarten s’inspire d’une affaire impliquant une longue liste d'hommes politiques et de hauts fonctionnaires dans une affaire de mœurs gravitant autour d’un réseau de prostituées mineures.

Call Girl de Mikael Marcimain sortie le 22 mai 2013 Thriller, Drame (140ʼ) Avec David Dencik, Pernilla August, Ruth Vega Fernandez

La famille d’Olof Palme, le premier ministre impliqué dans l’affaire, a obtenu la suppression d’une des scènes. Le réalisateur s’est défendu de ces accusations en affirmant qu’il s’agissait bien d’une oeuvre de fiction. Ne vous inquiétez pas pour autant puisque le distributeur belge Lumière a fait le choix de projeter le film dans sa version originale non censurée. Une des grandes qualités du film est d’aborder différents points de vue et, de cette manière, de ne pas s’enfermer dans un seul traitement de l’histoire. Nous avons d’un côté un inspecteur qui enquête sur cette affaire de mœurs. Et de l’autre Iris, une adolesArnaud Dubois est le fils d’une riche famille. Mais voilà, ce dernier a plutôt le faciès à s’appeler Mohamed plutôt qu’Arnaud. D’autant que sa mère était très proche de son prof de tennis tunisien, Saïd. Souhaitant vivre sa propre vie mais également recroiser ses racines, Arnaud part vivre dans une cité où l’attend une toute autre forme de vie.

Mohamed Dubois dʼErnesto Ona Déjà à lʼaffiche Comédie (92ʼ) Avec Eric Judor, Sabrina Ouazani, Youssef Hajdi, Marie Kremer, Biyouna

La recherche des origines et les conflits intercommunautaires sont des sujets souvent abordés au cinéma. Lorsque l’on mélange ces deux ingrédients de la société contemporaine et qu’on les met au profit d’une comédie bon enfant, cela peut vite donner lieu à des situations cocasses et burlesques. En choisissant d’inverser la tendance générale, c’est à dire de mettre un riche chez les pauvres et pas l’inverse, Ernesto Ona apportait une légère touche de nouveauté scénaristique. Hélas, ce premier long métrage est d’une légèreté certes, mais affligeante. Mohamed Dubois est l’antithèse de la bonne comédie française. En nous servant une série de clichés outranciers sur les différentes communautés ou les différences entre les classes sociales, le réalisateur s’est perdu et a

cente de quatorze ans en difficulté qui se retrouve en foyer pour jeunes filles d’où elle fugue tous les soirs pour aller faire la fête en ville. De fil en aiguille, Iris est amenée à danser pour un homme important en échange d’argent. À partir de ce soir-là, l’organisatrice de ses soirées ou autrement dit, la proxénète, va la prendre sous son aile et lui faire côtoyer les hommes politiques les plus importants du pays. Les va-et-vient entre ces différents personnages sont très bien menés de manière à ce que la durée du film ne soit pas un problème. Le mélange des genres, de l’enquête policière au drame, ainsi que l’excellent casting dans lequel vous y reconnaitrez peut-être quelques têtes, en font un film fort. Pour ces raisons, je vous le conseille. En revanche, et dans la mesure où les mineurs ne font pas toujours cela de manière entièrement consentante, le film m’a mis réellement mal à l’aise par moment. Mais là, c’est à vous de voir si vous supporterez.

Baptiste Rol perdu le public par la même occasion. Evidemment, les comédies se déroulant dans les cités sont en vogue depuis quelques temps et nous pouvons aisément comprendre tout l’intérêt mercantile d’une production de la sorte. Mais pour cela, faut-il encore avoir un scénario béton ou, à défaut, des blagues hilarantes. De fait, cette absence totale de «bonnes vannes» couplée au manque abyssal de rythme détourne inévitablement le regard du spectateur vers sa montre. Que dire également des acteurs qui composent le casting de ce film si ce n’est deux choses : énervant et désolant. D’une part, la désolation de voir dans ce film des actrices douées comme Marie Kremer ou Sabrina Ouazani flanquées de rôles mal écrits dont les personnages sont vides d’intérêt. D’autre part, l’énervement de voir Eric Judor et Biyouna s’accaparer la bobine. Cette dernière est la preuve vivante qu’un jeu d’acteur stéréotypé, navrant et surjoué peut gâcher une bonne partie d’un film. En résumé, Mohamed Dubois est une mauvaise comédie lestée d’un mauvais scénario et où le spectateur ne rit pas.

Matthieu Matthys

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15 mai 2013


Cinéma / Musique / Scène / Littérature / Arts

Robert Redford n’avait quasiment plus tourné depuis Lions et agneaux en 2007. Même s’il avait réalisé entretemps La Conspiration, gros échec au box office, l’acteur semblait avoir pris de la distance par rapport au monde du cinéma.

Sous surveillance de Robert Redford Déjà à lʼaffiche Thriller, Drame (125ʼ) Avec Robert Redford, Shia LaBeouf, Susan Sarandon, Terrence Howard, Anna Kendrick

Âgé aujourd’hui de 76 ans, le comédien nous revient avec un film pour le moins intrigants, mêlant volontairement l’histoire « réelle » et la romance. Dans Sous surveillance, Robert Redford nous emmène dans les entrailles de l’Amérique, celle qui n’a pas vraiment tourné la page de la guerre du Vietnam et surtout, de toute l’agitation politico-sociale qui a gravité autour de ce conflit aux conséquences diverses et tragiques. Ce thriller nous plonge dans la vie d’anciens membres d’un groupe de militants radicaux opposés à l’intervention américaine au Vietnam. Ce groupe gauchiste, appelé Weather Underground, va perpétrer une série d’attentats à travers les Etats-Unis à la fin des années soixante. Cependant, le parti pris de l’acteur mais également réalisateur du film, est de le voir sous un angle nouveau et romancé. S’inspirant largement du roman de

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Neil Gordon, Robert Redford nous installe une histoire actualisée où un journaliste (interprété par Shia Labeouf) va enquêter sur le groupe et ses membres tels qu’ils sont devenus. Entre nostalgie d’une idéologie révolutionnaire que partageait Robert Redford dans son jeune temps et l’envie de faire un film neutre dans sa globalité, la réalisation signe un film propre, intelligent mais incroyablement complexe. C’est probablement le gros défaut de cette production. En voulant contextualiser une époque révolue dans l'environnement contemporain, Robert Redford s’est, de notre avis, un peu emmêlé les pinceaux. À l’instar du personnage ambigu qu’il incarne à l’écran, le film est quelques fois poussif et tiré par les cheveux. Entre rédemption, affection et justice, la narration n’arrive pas à trancher et n’arrive pas à transmettre au spectateur une réelle émotion. En résumé, ce film est bon sans être un chef d’oeuvre. Les acteurs sont excellents mais l’histoire, quant à elle, manque parfois d’entrain et semble faire du surplace.

Matthieu Matthys


Cinéma / Musique / Scène / Littérature / Arts

Films à l’horizon (sorties du 15/5) Evil Dead Horreur, Thriller de Fede Alvarez Avec Jane Levy, Shiloh Fernandez, Lou Taylor Pucci

Pas

vus

!

Gatsby le Magnifique Drame, Romance de Baz Luhrmann Avec Leonardo DiCaprio

Mia a déjà connu pas mal de galères dans sa vie, et elle est décidée à en finir une bonne fois pour toutes avec ses addictions. Pour réussir à se sevrer de tout, elle demande à son frère David, sa petite amie Natalie et deux amis d’enfance, Olivia et Eric, de l’accompagner dans la cabane familiale perdue au fond des bois. Dans la cabane isolée, les jeunes gens découvrent un étrange autel, et surtout un livre très ancien, dont Eric commet l’erreur de lire un passage à haute voix.

Printemps 1922. L'époque est propice au relâchement des mœurs, à l'essor du jazz et à l'enrichissement des contrebandiers d'alcool… Apprenti écrivain, Nick Carraway quitte la région du MiddleWest pour s'installer à New York. Voulant sa part du rêve américain, il vit désormais entouré d'un mystérieux millionnaire, Jay Gatsby, qui s'étourdit en fêtes mondaines, et de sa cousine Daisy et de son mari volage, Tom Buchanan, issu de sang noble.

Le reboot du film culte de Sam Reimi (ici producteur) pourrait en épater plus d’un. Avis aux fans du genre et aux curieux.

Encore un remake qui devrait faire salles combles. Le film évènement présenté en ouverture du festival de Cannes 2013.

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Bientôt en direct sur le net www.lesuricate.org


Films à l’horizon (sorties du 22/5) Un grand mariage Comédie de Justin Zackham Avec Robert De Niro, Katherine Heigl, Robin Williams

Pas

vus

!

Fast & Furious 6

Sharqiya

Action de Justin Lin

Drame dʼAmi Livne

Avec Vin Diesel, Paul Walker, Dwayne Johnson

Avec Adnan Abu Wadi, Maysa Abed Alhadi

Don et Ellie ont divorcé depuis longtemps, mais pour le mariage de leur fils adoptif, et pour le bien de sa mère biologique, les voilà obligés de sauver les apparences en faisant semblant de former un couple uni et heureux comme au premier jour… Au milieu de la famille et de tous leurs amis réunis, leur mensonge va rapidement provoquer des choses qu’ils n’avaient pas imaginées.

De passage en Europe pour un braquage, Dom Toretto, Brian O'Conner et leur groupe doivent faire face à une bande rivale, déjà sur le coup.

Kamel, un jeune Bédouin, travaille comme agent de sécurité à la gare routière de Be'er Sheva. Il habite dans un petit village illégal, perdu au beau milieu du désert. Son frère Khaled, chef du village, travaille dans la construction et est marié à Nadia, 21 ans. La relation entre les deux frères est compliquée, Khaled n’approuvant pas le métier de Kamel. Un jour, en rentrant chez lui, Kamel apprend que les autorités ont ordonné la démolition du village.

Un gros casting pour un film à l’apparence peu attrayante. Un film de dimanche après-midi probablement.

Sixième opus de la saga, ce film prouve que le public ne boude pas les histoires de grosses bagnoles... Amis du tuning !!!

Inspiré d’une histoire vécue, ce film est avant tout un drame sur la situation difficile des bédouins d’Israel.

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©Paramount Pictures

©David Shankbone

l’actu cinéma

Le crowdfunding pour Zach Braff

Mission Impossible 5 avec Tom Cruise C’est officiel, Tom Cruise a signé pour un cinquième film axé sur la saga Mission Impossible. L’acteur américain revêtira une nouvelle fois le costume d’Ethan Hunt, le héros de la franchise, rôle qu’il tient à bout de bras depuis 1996. La création de ce nouvel opus produit par J.J. Abrams était déjà apparu comme une évidence depuis le succès du dernier sorti, Mission Impossible : Protocole Fantôme. La seule grande énigme résidait dans l’attente de revoir Tom Cruise alors que ce dernier avait laissé planer le doute quant à sa participation à une suite éventuelle. Le nom du réalisateur de cette production n’a pas encore été révélé même si Brad Bird (réalisateur du dernier volet) pourrait succomber aux avances financières de la Paramount. Pour rappel, le quatrième long métrage avait été un franc succès, devenant par la même occasion le film le plus rentable dans lequel ait joué Tom Cruise. L’acteur travaille également sur une suite de Jack Reacher et est actuellement à l’affiche de Oblivion. M.M.

Box office Belgique

Bertolucci président à Venise

Du 1 au 5 mai 2013

©ACC

1. Iron Man 3 2. Oblivion 3. The Croods 4. Olympus has fallen 5. Safe Haven 6. 21 and Over

Cette année se déroulera la 70ème édition du festival international du film de Venise, plus connu sous le nom enchanteur de Mostra de Venise. De fait, le festival italien est le plus ancien festival de cinéma au monde juste après le légendaire festival de Cannes.

Récemment, le nom du président a été dévoilé au public, il s’agira du célèbre réalisateur transalpin Bernardo Bertolucci. Ayant fêté cette année ses 73 printemps, le cinéaste présidera pour la seconde fois le jury de la Mostra.

7. Les Gamins 8. Mood Indigo 9. Upside Down 10. The Host Source : Box Office Mojo

DVD - Blu ray

Lui a qui l’on doit Le dernier Tango à Paris, Le Dernier Empereur, Little Buddha et le très récent Io e Te, devra décerner le prestigieux Lion d’or qu’il avait remis en 1983 à Jean-Luc Godard pour son film Prénom Carmen. M.M.

Pendant neuf années, la série médicale humoristique Scrubs a égayé toute une génération avide de sitcoms au scénario simpliste mais efficace. Si les trois premières saisons avaient explosé le taux d’audience de la NBC, les suivantes avaient démontré une nette fatigue des téléspectateurs face à un histoire qui semblait quelque peu tourner en rond. Le passage de la série sur ABC pour les deux dernières saisons avaient même été un flop total provoquant l’arrêt pur et simple de la production. Aujourd’hui, Zach Braff qui incarnait le Dr Dorian (personnage principal de l’histoire) est retombé dans l’anonymat malgré son rôle de Frank dans Le monde fantastique d’Oz. De fait, l’excellent acteur semble en mal de contrats. C’est pour cette raison que Zach Braff a lancé une campagne de crowdfunding en vue de financer sa prochaine réalisation : Wish I was here. Via le site de Kickstarter, le réalisateur a déjà remporté son pari et accumulé la somme de deux millions de dollars en seulement trois jours. Un succès logique pour celui qui avait surpris avec son film Garden State en 2004. Reste à savoir si Zach arrivera à battre le record de financement participatif détenu par Rob Thomas et sa série policière Veronica Mars avec 5,7 millions de dollars. M.M.

L’odyssée de Pi de Ang Lee

Après une enfance passée à Pondichéry en Inde, Pi Patel, 17 ans, embarque avec sa famille pour le Canada où l’attend une nouvelle vie. Mais son destin est bouleversé par le naufrage spectaculaire du cargo en pleine mer. Il se retrouve seul survivant à bord d'un

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canot de sauvetage. Seul, ou presque... Richard Parker, splendide et féroce tigre du Bengale est aussi du voyage. L’instinct de survie des deux naufragés leur fera vivre une odyssée hors du commun.

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Cinéma / Musique / Scène / Littérature / Arts

Concerts

Du mardi 30 avril au 13 mai, les fastueux jardins du Botanique de Bruxelles ont abrité d’étranges plantes nocturnes : s’éveillant aux alentours de 19h, elles s’abreuvent, se nourrissent et grandissent au son de musiques en tout genre. L’electro, le rap, le rock et la pop ont cohabité harmonieusement durant 15 jours au festival des Nuits du Botanique. Car oui, n’en déplaise aux habitués du camping, les Nuits du Botanique sont belle et bien reprises comme un festival. Certes le cadre urbain, le prestige des bâtiments, les sanitaires payants et la prairie de luxe marginalisent un peu ce festival, mais il figure (au même titre que Dour et Couleur café) dans la fédération DE CONCERT !, une association regroupant 27 festivals, dont Paul-Henri Wauters (le programmateur des nuits du botanique) est co-président. Et cette année pour la vingtième édition, Paul-Henri Wauters a gâté ses festivaliers. Au programme, on pouvait notamment retrouver, dans la rubrique «grand public» : BB brunes, Miss Kittin, Sôley, Justice, Daan, BRNS, Soldout, Benjamin Biolay, Chilly Gonzales, CocoRosie, Dominique A, Fauve, Jean-Louis Murat, Jeronimo, Lou Doillon, Rachid Taha, Roscoe, etc. Soit une foule d’artistes confirmés mélangés avec de nombreuses découvertes, totalement accessibles et très tendances. Let’s go donc pour quinze jours de musique !

Lundi 6 mai: Concrete Knives La soirée était chaude, ce lundi 6 mai 2013. De quoi profiter pleinement du cadre qu’offre les jardins du botanique. Aujourd’hui, c’est le grand retour sur scène du groupe Superlux. Les fans sont là, dans l’expectative. En attendant, la programmation délectable des nuits du bota permet à chacun d’y trouver son compte. Rendez-vous sous le chapiteau donc pour une première découverte (en ce qui me concerne) : Concretes Knives. Concretes Knives est un groupe français d’indie, pop-rock qui s’est fait repéré par le label Bella Union lors d’un festival au Quebec. Le quintet est mené par la voix suave de Morgane

Colas, une trendy girl (emmaillotée pour l’occasion dans une tunique certainement conçue sur Mars) et de Nicolas Delahaye, également guitariste du groupe. Ils interprètent ce soir, avec le reste du groupe, des morceaux de leur dernier

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album Be your Own King dont notamment, le plus connu Wall paper ou encore l’énergique Brand New Star. Mais mon coup de cœur reste le morceau d’ouverture, Africanize.


Superlux Cela faisait près de quatre ans que nous étions sans nouvelles du groupe électropop liégeois, qui avait décidé après la sortie de son album Wildness & Trees en 2007, de faire une pause-carrière histoire de réfléchir, repenser leur sonorité, de se ressourcer. C’est donc avec beaucoup d’impatience que le public guettait la montée sur scène de la belle Elena Chane-Alune, de son acolyte Nicolas Muselle et du reste du groupe. Ce soir, ils présentaient leur dernier rejeton The line, qui sortira chez nous fin mai, et dont le single Tired Of You arpente déjà les ondes de toutes les bonnes radios. Pourtant, si l’album fait déjà presque l’unanimité leur prestation aux nuits du botanique, elle, ne la pas faite.

Mais pas de panique! Le groupe est bien conscient des petits ajustements à faire, ainsi qu’il le confiait lors d’une interview pour télé Bruxelles. Faute avouée, faute à moitié pardonnée. Et puis nous aurons quand même eu le plaisir d’apprécier l’excellent As Usual, ainsi qu’un large éventail des derniers morceaux du groupe en exclusivité, sur une ambiance lumineuse teintée de bleu et de ses dégradés.

Carl et les hommes-boîtes

L'atmosphère du live n’est pas fort différente de ce que l’on peut imaginer en écoutant l’album : La paroi de ton ventre. C’est une ambiance proche de celle que l’on peut par exemple retrouver chez Noir Désir ( dans l’album Des visages des figures avec la collaboration de Brigitte Fontaine) : résonnante, poétique et lyrique… Bouleversant. Mais qui se cache sous ce poète ? Nous avons voulu en savoir un peu plus… Allons donc chercher nos renseignements à la source…

Quitter le chapiteau pour passer au museum, c’est comme changer d’Univers. Pas de grosses basses à faire trembler les vitres de la serre du botanique ici. Le public est plongé dans le noir, assis en demi cercle autour d’une scène à même le sol. Le seul faisceau de lumière est teintée de rouge et éclaire cette scène où sont disséminés une multitude d’instruments, d’objets incongrus. Le temps est comme suspendu dans l’attente de la prestation de Carl et les hommes boites. L’arrivée de Carl Roosens sur scène marque l’arrêt des murmures. Le public a ce regard de l’enfant captivé à qui on va raconter une histoire, bouche baie et silencieux. Car Carl ne chante pas vraiment : il raconte. Il raconte des histoires abracadabrantes, il raconte des univers flou, il slamme un paquet d’émotions, d’objets particuliers, de vies étranges sur de la musique hybride, résultat de mutation génétique au départ d’électro, de rock, de hip hop et de sons de fanfare oppressants. Sa voix transperce le vide. Elle captive, elle émeut, elle agresse aussi parfois. Ses paroles remuent.

En effet, les échos du public furent très mitigés: les novices appréciant le côté électro-pop frais et sautillant du groupe, l’énergie et la vitalité de la chanteuse habillée pour l’occasion d’un châle en grosse maille et d’un legging kitchissime digne représentant du mouvement hypster actuel, tandis que les oreilles plus fines n’auront pas manqué de remarquer les boulettes répétées de Nicolas Muselle. Celui-ci a visiblement eu du mal à replonger: une voix hésitante voire fausse, des couacs et des ratés en début de chaque nouveau morceau.

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Cinéma / Musique / Scène / Littérature / Arts Dans Carl et les hommes boites, il y a Carl et les hommes boites… Qui sont les hommes boites ? Ce sont les musiciens qui m’entourent, Emmanuel Coenen; multi-instrumentiste, Noza; beatmaker, Pascal Matthey; violoniste bidouilleur, Cédric Manche, trompetiste, joue de plusieurs cuivres, bidouiller lui aussi. Quand je dis bidouilleur, c’est que tous le monde dans le groupe aiment chipoter, passer d’un instrument à un autre.

très imagés, avec plein de lectures possibles, j’ai beaucoup écouté ces deux albums-là pendant tout un temps. cet album de Noir Désir je l’ai découvert tard, je le trouve lui aussi très beau, mais c’est surtout les premiers albums de Brigitte Fontaine-Areski qui m’ont complètement retournés, «brigitte fontaine», «l’incendie», «vous et nous»,... Michel Cloup j’apprécie, mais je suis plus sensible à ce qu’à fait son comparse Arnaud Michniak au sein de programme... J’apprécie beaucoup Dominique A aussi, son écriture, sa

Pourquoi les hommes boites ? En référence au roman «l’homme boîte» de KOBE ABE. J’aime cette image qu’on retrouve au début du livre, de gens qui décident de vivre sous une boîte en carton, qui décident un jour d’observer le monde à travers le prisme d’une petite découpe dans le carton au niveau des yeux. Je trouve difficile de faire partie du monde, difficile d’y trouver sa place. J’aime l'observer attentivement pour tenter d’en comprendre (plus ou moins) ses contours, c’est une manière d’en faire partie.

En t’écoutant, j’ai cru repérer quelques-unes de tes influences : Alain Bashung, Sebastien Tellier (à ses débuts), Noir Désir (dans l’album Des visages des figures avec les apparitions de Brigitte Fontaine), et sans doute un peu de Michel Cloup. Suis-je dans le bon ? Qui sont tes mentors ? J’ai découvert Alain Bashung par l’imprudence je crois, puis fantaisie militaire. Je trouve les textes superbes,

Il y à des bouts de plein de choses dans les chansons, de réel, de souvenirs, de fantasmes, de visages croisés, de films vus, de livres-bandes dessinées luent.... L’autobiographie y est mince je crois. Quand on prend un souvenir déjà flou, qu’on le malaxe avec les mots, qu’on le mélange avec toutes sortent d’autres choses, je ne sais pas ce qui reste d’autobiographique au final? Vraiment je ne sais pas. Comment trouves-tu ton inspiration ? Je trouve mon inspiration dans beaucoup de chose comme je te le disais plus haut... Et j’écris la plupart du temps en me promenant. Si je ne m’abuse, ce n’était pas ta première aux Nuits du Botanique. Une bonne expérience?

Comment ont-ils rejoint Carl ? J’ai commencer le projet avec Noza, il à produit mes premiers sons, sur ses beat j’ai écris mes premières vraies histoires. J’aime élargir les projets que j’entreprends alors très vite, la formule lecteur cd-voix sur scène s’est développée. Emmanuel Coenen m’avait vu jouer au massif festival à Braine l’Alleud dont il est un des organisateurs, on s’est rencontrer et très vite il à composé pour le projet, ensuite j’ai fait appel à Cédric Manche et Pascal Matthey que je connaissais via la bande dessinée, doucement, naturellement le groupe s’est construit.

On sent que certains morceaux sont en partie autobiographiques. Est-ce que tu t’inspires du réel pour raconter des histoires, ou est ce que tes histoires racontent le réel ?

musique m’ont nourris, m’ont donné envie de creuser l’écriture. Pour les lecteurs qui ne connaissent pas Carl et les hommes boites, comment définirais-tu ton style musical ? On te dit « Raconteur d’histoire », que penses-tu de ce titre ? Raconteur d’histoire je trouve ça très bien car je ne me considère pas comme un chanteur. Pour définir le projet, j’ai envie de dire très fort que ce sont des histoires mises en musique, qu’il n’y à rien d’obscure là dedans, que tout y est accessible, que nous n’essayons pas de brouiller les pistes volontairement... Il suffit juste de se laisser glisser dedans. Le rejet est une bonne chose aussi, très saines qui peut arriver à l’écoute de notre disque.

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C’est la troisième fois, on a joué il y a quelques années en première partie de Dälek, puis au Cirque Royal en première partie de Brigitte Fontaine. C’était superbe cette fois-ci. On s’est vraiment bien amusé et puis il y avait une écoute assez impressionnante et précieuse pour nous ! Où pourra-t-on vous voir prochainement ? Une date à ne pas manquer ? nos prochaines dates... 15/05/13 Ferme du Biéreau avec Mochélan 25/05/13 Mj le Prisme, Braine l’Alleud 22/06/13 Fête de la musique, Namur 22/06/13 Fête de la musique, Charleroi


Mercredi 8 mai: Les Nuits Belges Soldout Bien contente de revoir le duo bruxellois sur scène, même si ceux-ci ne l’avaient pas vraiment quitter, et que ce fut pour mieux nous revenir, armé du dernier album More, beaucoup plus pop que les précédents, comme on pouvait s’y attendre avec le single « 94 » déjà sur les ondes depuis plus d’un mois. Leur prestation est difficile a évalué visuellement. Le duo a volontairement embrumé la scène du début à la fin, de sorte que l’on peut juste apercevoir la silhouette élancée de Charlotte Maison cachée sous d’immenses lunettes de soleil. L’objectif «effet brumeux, effervescent» est atteint. Mais une certaine frustration va de paire. Soldout a passé au crible tous les morceaux du dernier album avec notamment Off Glory et Wazabi avec tout de même un petit flash back avec le cultissime I don’t want to have sex with you, au grand bonheur des fans.

de la maison de disques : Justice, Mr Oizo, Dj Mehdi, Cassius, Sebastian, Uffie, Laurent Garnier, etc. Le set était évidemment accompagné d’un jeu de lumière, mais aussi d’une projection d’images (animées ou pas ) sur un fond blanc. Il s’agissait en fait d’un énorme ballon gonflable blanc représentant le label et son créateur (un mec avec une casquette). Haut en couleurs et très envoutant comme effet. Il n’en a pas fallu beaucoup plus au dj pour bouter le feu au chapiteau. Le public, sensiblement plus jeune que les soirs précédents, s’est rapidement enflammé. Mais à dire vrai, pas de véritable innovation chez le gaillard. On y retrouve les ingrédients

traditionnels d’une bonne techno commerciale, sans véritable marque de fabrique. Le set s’est clôturé par un énorme gâteau et une musique d’anniversaire.

Malgré tout, le duo n’a pas vraiment réussi à faire décoller le public bruxellois, particulièrement exigent et difficile avec ses protégés cette année.

Mercredi 10 mai: La soirée Ed Banger 10 Dans le cadre des dix ans du label français de musique électronique «Ed Banger Records», dix soirées exclusives ont été programmée à travers le monde. Bruxelles figurait sur la liste vip de la maison de disques. Les big boss du label et ses plus gros représentants se sont donc posés ce vendredi 10 mai en Belgique pour mettre le feu au chapiteau et faire vibrer toutes les racines du jardin botanique. Retour sur la soirée.

Busy P. Busy P., de son vrai nom Pedro Winter, est davantage connu pour ses faits que pour sa musique. Ex-manager des DaftPunk et fondateur du label Ed Banger Records, il a tout de même un bon coup de main lorsqu’il s’agit de tripoter des platines. Pour les dix ans du label, et au grand bonheur de tous, il a donc mixé pendant près d’une heure, passant en revue les morceaux cultes

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Cinéma / Musique / Scène / Littérature / Arts

Justice Que dire de Justice ? Tels qu’on pouvait les imaginer, les chouchous de la maison de disc Ed banger label ont été efficaces et ont fait chauffer le dancefloor du chapiteau, plein à craquer pour l’occasion (le concert était soldout quelques jours après l’annonce de leur venue, et la mise en vente des tickets). Leur show a été en effet très apprécié par le public de clubbers de la capitale, et par les moins initiés aussi. Leur set s’est joué sur des lights relativement sobres (dans les tons bleutés, histoire de filer un coup de rock à l’ambiance). Pendant une heure, ils ont mixés quelque uns de leur tube (D.A.N.C.E., You are my friend, Canon etc.) et surtout, une panoplie d’autres grands artistes tels que Marvin Gaye (Ain’t no moutain high enough), John Dahlback (take this thing back), Nicky Romero (Generation 303), Wildchild (Regegade master ’98), Boney M. (Rasputin), M-Box (POW), Zomby Nation (Sweepy), Tj Kong & Nuno Dos Santos (Circus Bells), Junior Senior (Move your feet), and so one ! Qu’on aime ou qu’on n’aime pas, Justice a une fois de plus réussi son paris: faire danser la fosse jusqu’aux petites heures (ils ont, parait-il, fêter ça au fuse). On a pas fini d’entendre parler d’eux.

Samedi 11 mai Sexy Sushis On terminera les nuits sur une véritable bombe, l’apothéose, le feu d’artifices : Sexy Sushi. A côté du spectacle que le groupe d’électro-punk français a offert, les autres prestations ont semblé bien fades. Le groupe s’est déchainé ce samedi 12 sous le chapiteau. La sécurité avait été renforcée devant la scène, de peur que quelques ingérables déchainés se lancent à la rencontre de la chanteuse Rebeka Warrior. Le show a commencé par une entrée mystique. Grimés, masqués et emmaillotés de parure, les trois artistes ont commencé par une célébration aux

allures démoniaques. Pendant quelques (trop longues ?) minutes, le groupe a introduit son show par une chorégraphie rituelle lente, avant de démarrer, sans transition, basses à fond. Ni une, ni deux. La croix de la justice est lancée dans la fosse, et déchirée. Il n’y a pas de justice. Quelques minutes à peine après sa montée sur scène, Rebekka Warrior se jette dans le public. Avant de continuer sa prestation et la présentation de son nouvel album Vous n’allez pas repartir les mains vides.La chanson J’aime enflamme le public venu nombreux pour acclamer le groupe.

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Rebekka, en hôtesse convenable, partage le pain et le vin avec son public : des morceaux de pains baguettes françaises sont jetés dans la fosse, qui déchiquette littéralement cette nourriture, à l’image de chiens sauvages affamés. Ce n’est pas tout, elle redescend, et bientôt suivie par deux groupies, elle enlève son t-shirt, laissant apparaitre son corps athlétique et sa petite poitrine, couverte de morceaux de collant. Le show n’en est qu’au commencement…


Elle passera le reste de la soirée torse-nu, et fera monter sur scène quelques uns des spectateurs pour danser avec eux (sur le titre indécent Sex Appeal avant de proposer, de façon tout à fait naturelle (comme-ci vous demandiez à votre épicier: vous auriez du lait?) «Quelqu’un veut se faire tatouer?»… Non, ce n’est pas une blague, un tatoueur est bien présent sur scène, avec son matériel.Il ne tatouera finalement que « la boule » ce soir présent avec le groupe qui peut désormais se vanter d’avoir «Sexy Sushi» sur son pec droit! Je l’imagine déjà bien donné du sang: «Vous êtes-vous fait tatouer récemment? Si oui, était-ce dans un endroit sûr?» «euh… dans un concert électro punk, sur scène… c’est sûr?»

Le show se clôturera par Tu dégages scandée avec énergie par tous… (qui n’a pas connu de rupture difficile après tout) et un amère goût de «j’en veux encore !!!!» dans les tripes. Evidemment un concert à ne pas mettre dans tous les yeux. Ames sensibles s’abstenir … Sexy sushi, c’est pour les vrais gonz ! (bonhommes admis)

Texte et photos par Claire Rigaux

Le public aura encore droit au baptême imposé par les mains de la chanteuse, et au riz. Une façon de tourner en ridicule tous les rites religieux (chrétiens, musulmans, personne n’y échappe). Elle abordera encore toutes les valeurs phares de notre société: famille, patrie, crise, religion, etc. dans une sorte d’ambiguïté impénétrable, de sorte que tout jugement, ou toute déduction est difficile.

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15 mai 2013


Cinéma / Musique / Scène / Littérature / Arts

Concert

Sold-out mérité pour Puggy à l’AB Le trio belge, Puggy, a bien commencé avec la première de ses trois dates à l’Ancienne Belgique. Le concert se déroulait donc à Bruxelles le mercredi 17 avril, et affichait déjà complet à quelques semaines de l’évènement.

Le concert Puggy se définit comme un groupe pop-rock belge, et qui plus est bruxellois. Il est né de l’union entre trois jeunes «beaux gosses»: l’anglais Matthew Irons (chant/guitare/clavier), le suédois Egil “Ziggy” Franzén (batterie) et le français Romain Descampe (basse), formant ainsi un cocktail détonant!

pagner le trio sur l’un de leur nouveau morceau. Les fans ayant choisi le premier jour à l’AB ont eu une bonne intuition car les deux autres dates ont dû être déplacées en mai, en cause: une extinction de voix du chanteur qui s’était sûrement trop donné la veille, laissant un souvenir inoubliable aux spectateurs.

Si la salle était encore vide au tout début de la représentation, avec en première partie Elisa Jo, à l’entrée des trois artistes, l’espace s’était bien restreint. Leur nouvel album, To Win The World, sorti le 8 du même mois, se trouvait bien-sûr mis à l’honneur. Le groupe a tout même joué aussi quelques autres compositions de ses deux autres anciens opus, toutefois principalement du deuxième, Something You Might Like. Les trois musiciens assuraient l’ambiance pendant tout le show, avec un public plus qu’enthousiaste; de nombreux « je t’aime » de fans pouvaient notamment se faire entendre. Matthew entrainait les spectateurs à l’accompagner sur ses titres, ce qui fonctionnait très bien avec les titres du deuxième album comme You Call Me Up, When You Know ou encore How I Needed You, moins avec les nouveaux titres, du fait que l’album soit sorti récemment. Les mimiques de Ziggy ainsi que le jeu de scène des trois artistes se font toujours autant apprécier par les fans, qui ne cessaient de s’égosiller pour eux. Petit bonus à la fin du concert qui a déclenché une cohue générale et a encore fait monter la température: une dizaine de fans ont pu monter sur scène pour accom-

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Pour ceux qui voudraient tenter l’aventure d’un concert de Puggy, de nombreuses dates sont disponibles, avec notamment la plus grosse prévue à Forest National le 22 février 2014.

Joséphine Six


Cinéma / Musique / Scène / Littérature / Arts Honky Tonk Hard Rock

Hard Rock

Sanseverino «Honky Tonk»

Sony Music

Stéphane Sanseverino est de retour avec Honky Tonk, un nouveau disque surprenant et musicalement très aboutis. Pour ce sixième album studio, le chanteur nous emmène de nouveau dans son univers à travers 17 chansons aux thèmes plus farfelus les uns que les autres. Autrefois considéré comme un guitariste spécialisé dans le jazz manouche (style développé par Django Reinhardt), Sanseverino a, depuis plusieurs albums, montré que son univers ne se limite pas à ce genre. On remarque d’ailleurs au fil des ans que son talent lui permet de s’adapter à tous styles. Ainsi dans Les Faux Talbins, on pouvait retrouver de la country et du punk. Ici, pas besoin de chercher loin, le style musical mis en avant dans ce disque est le Honky Tonk. Une variante de la country où le banjo est très présent. Ce genre de musique est souvent présent dans les films de FarWest. Le choix peut s’avérer surprenant et risqué, mais à 51 ans, Sanseverino a bien d’autres préoccupations que celle de «plaire». On retrouve la patte du parolier impertinent qui n’hésite pas à faire des textes parfois moqueurs comme

dans Carte postale à ma cousine qui habite au bord de la méditéranée où il se moque allègrement des bretonnes. Dans Swing 2012, il se moque aussi de l’Apocalypse qui avait été annoncée pour fin 2012. Certaines chansons sont aussi parfois aussi sujettes à prétexte pour parler de tout et de rien (Tout est dans mon sac). On ze route évoque aussi le voyage à travers une vision pittoresque du trafic par un routier. On est d’ailleurs emmené par ce banjo entrainant qui donne envie de danser et rappelle les musiques de saloon. Le jazz manouche est tout de même présent dans des morceaux comme L’avion. Une chanson dans laquelle il évoque les pensées d’un passager d’un avion en train de se crasher. Le vieux est un très beau duo avec Jeanne Cherhal. On y retrouve des paroles qui bousculent et donneront une leçons aux jeunes d’aujourd’hui qui portent un regard critique sur les seniors sans se doute qu’un jour viendra leur tour.

Bien entendu, Sanseverino nous gâte avec des parties instrumentales superbes. Ainsi Russian lullaby ou encore Lonesome moonlight waltz sont autant de témoignages de la qualité de jeu des musiciens ayant participés à cet album. Le disque se termine avec Salt creek, un morceau instrumental de country où les violons sont mis en avant. Un très bon moment donc en compagnie de cet autodidacte qui décidément n’a de leçon à recevoir de personne et sait s'entourer de talents musicaux. Il nous livre là un disque très réussi avec des compositions qui tiennent la route et nous font voyager. Les textes sont incisifs et pointent parfois du doigt les travers de notre société. En se plongeant dans le Honky Tonk, Sanseverino a prit encore une fois le contrepied et osé quelque chose de nouveau avec brio.

Une reprise osée de Bécaud, Nathalie, est assez bien réussie avec ce mélange de manouche et de country fort bien arrangée.

Christophe Pauly

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Pop-Rock Hard Rock

Hard Rock

3 avril 2013

Bastian Baker «Tomorrow May oNt Be Better»

Sony Music

Bastian Baker est un tout jeune talent de la musique européenne et francophone. Même si celui-ci chante essentiellement dans la langue de Shakespeare, le suisse arrive à trouver sa place dans le cercle très fermé des stars en devenir. Lancé par le succès de son premier single, Lucky, Bastian Baker va enchainer les prix et les louanges en francophonie essentiellement. Sa présence sur les plateaux de télévision français et sa collaboration avec de grands noms de la scène hexagonale vont faire de lui un incontournable du moment. Mais que vaut réellement l’album de ce jeune homme de 21 ans à peine ? Il faut avouer d’emblée que la classe émergente en musique peut réserver d’innombrables surprises, qu’elles soient négatives ou positives. En appuyant sur le bouton « play » de votre lecteur, c’est dès lors avec une certaine retenue que nous nous sommes lancés à la conquête auditive du dernier (et seul) album de Bastian Baker, Tomorrow may not be better. Dès le premier morceau, bien placé dans la tracklist de surcroit, nous sommes emportés par la chaleur naturelle

de la voix du jeune lausannois. Colorful Hospital est rythmé à la manière de la bluegrass nous faisant irrémédiablement penser aux longues plaines désertiques du midwest américain. Même si la sonorité comporte des éléments s’inspirant de nombreux artistes contemporains, Bastian Baker arrive à nous charmer par la joie que procurent des morceaux comme Lucky ou Tomorrow may not be better. Accompagné d’une guitare sèche à de nombreuses reprises, le chanteur nous invite près de son rocking chair, au coin du feu, pour un bon moment intimiste. Mais voilà, la jeunesse du jeune chanteur a tôt fait de rattraper le talent de Bastian. Au fur et à mesure que s’écoulent et s’écoutent les chansons, nous nous surprenons à comparer les musiques à de nombreuses autres de la même trempe. Et oui, ce qui fait probablement défaut et ce qui manque certainement à cet album, c’est une patte indélébile. Certes, le chant est bon mais qu’est-ce qui peut différencier Bastian Baker de ses nombreux concurrents sur le marché ? Comment éviter de penser au timbre de voix du suèdois Ulrik Munther ou du néerlandophone Glenn Claes ? Hélas, le sentiment de découverte laisse trop

vite la place à une écoute trop lisse des morceaux qui s’enchainent. La reprise d’Hallelujah de Leonard Cohen, déifié par Jeff Buckley, nous conforte dans cette idée. Bref, Bastian Baker signe un album de bonne facture et laisse entrevoir, derrière une façade quelque fois trop standardisée, un réel potentiel et un indéniable talent. La plage numéro 10 intitulée Planet Earth est de loin celle qui nous conforte dans l’idée que son style pourrait davantage se tourner vers le rock pour qu’il puisse se démarquer, élément indispensable à toute éclosion. Reste maintenant à l’artiste à se trouver et à innover pour trouver son chemin, son style et imposer son talent.

Matthieu Matthys

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15 mai 2013


Cinéma / Musique / Scène / Littérature / Arts Metal ?

Metal 3 avril 2013

The Resistance

Kvelertak

«Scars»

«Meir»

Edel Music

Roadrunner Records

The Resistance est un groupe venu de suède et qui a déjà sorti un EP intitulé Rise From Treason sur lequel on pouvait retrouver des morceaux tantôt hardcore, tantôt plus extrêmes et de très bonne facture. Malgré son jeune âge, le groupe sonne déjà très bien et cela est dû au fait que ses membres ne sont pas des débutants. On y retrouve par exemple Jesper Stromblad et Glenn Ljungstrom de In Flames, Marco Aro de The Haunted ainsi que Chris Barkensjo qui provient de Grave.) On ne s’attend donc pas à une seconde de répit à l’écoute de ce nouveau disque. Comme promis, Scars offre une panoplie de titres plus brutaux les uns que les autres. Le public en aura pour son argent côté riffs agressifs, on a droit à du lourd et des titres qui décoiffent. Certains comme Eye for an eye dénotent un tant soit peu du reste de par leur style plus varié et leur tempo plus calme. D’autres morceaux comme Your Demise comportent beaucoup de variations à la batterie, ce qui apporte une couleur différente au morceau qui prend ainsi une autre direction que le rentre dedans continuel que nous servent certains groupes du même style. Warmonger, quant à lui, a un groove qui rappelle la bonne époque du hardcore et donne envie de sauter avec la musique. Vous l’aurez compris, Scars est un album destiné à ceux qui aiment les bons grooves et le hardcore de la bonne époque. Un bon cru sans prétention qui se déguste volontiers.

Christophe Pauly

Un mix festif entre punk, rock & roll et metal, avec des influences aussi diverses que Metallica, les Guns ou la scène Black Metal norvégienne, avouez que vous en rêviez. Et bien Kvelertak l’a fait pour vous! Fort du succès de leur premier opus, nos joyeux norvégiens reviennent avec un album encore plus explosif. Pour résumer ce nouvel album, citons le chanteur Erlend Hjelvik « Le premier album était très festif. Celui-ci c’est un peu comme un lendemain de fête, lorsque vous avez la gueule de bois et que vous vous remettez à boire. Vous êtes rapidement bourré et vous êtes d’une humeur explosive ». Les amateurs de poésie apprécieront. Plus sérieusement, Meir est un disque bien, étrange dans le bon sens du terme. Là ou bon nombre de groupes tentent des mélanges de style qui n’aboutissent à pas grand-chose, Kvelertak réussit avec brio à greffer à des morceaux entrainants, bien en place et bien carrés, toute une série de passages de styles divers et variés. Au sein d’un même morceau, on peut ainsi voyager entre dix horizons différents, tout cela sans avoir l’ impression d’entendre une bouillie sonore. L’album est ainsi par exemple truffé d’accélérations dans la pure tradition Black metal (comme sur Spring Fra Livet ou Trepan), de moments bien Heavy Metal (Undertro par exemple ) ou de passage clairement typé punk (comme l’excellent Bruane Brenn). Les derniers morceaux de l’album, beaucoup plus long que les autres, sont tout aussi intéressants par leurs variations et pas ennuyants pour un sou. Après quelques écoutes de l’album, je ne peux que comprendre pourquoi les médias et d’autres artistes renommés (Dave Grohl et James Hetfield en tête) vantent autant les mérites de Kvelertak Car, pour peu que vous soyez ouvert au bon gros metal, vous ne devriez au final pas pouvoir vous empêcher d’headbanger frénétiquement en écoutant Meir.

Julien Sterckx

3 avril 2013

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Metal Hard Rock

Hard Rock

3 avril 2013

Stonesour «House of Gold and Bones Part.2»

Roadrunner Records

Le cinquième album de Stonesour: House of Gold & Bones part. 2 est, comme son nom l'indique, la suite de House of Gold & Bones part. 1 sorti en octobre 2012. Un album en deux parties donc comme cela semble être de plus en plus la mode. Et cette fois-ci, le line-up du groupe ne change pas entre les deux albums! Contrairement au premier opus qui souffrait parfois d'un manque d'originalité et de variations (même si il renouait avec la qualité qu'on connaissait au groupe), ce deuxième volet est beaucoup plus varié et inspiré. La bande à Corey Taylor ouvre par Red City, un titre qui fera directement penser à du Slipknot période All Hope is Gone tant pour le chant que pour les arrangements instrumentaux. Ensuite on enchaîne directement avec Black John qui nous ramène en arrière au premier album du quintet. Avec un riff de guitare vraiment catchy et un chant plus agressif le groupe nous donne un premier excellent titre sur cet album. Vient le tour de Sadist avec son intro très psyché. On pense au début avoir une ballade mais que nenni, le titre s'avère être plus planant que calme de la même manière que Sillyworld sur Come What(ever) May. On passe

ensuite à un des titres phares de ce disque: Peckinpah. Un pont destructeur succède à un couplet au tempo plus léger pour laisser la place à un refrain de très bonne facture et un solo sur lequel James Root prouve qu'il n'a rien perdu de son brio. Après celui-ci on tombe sur la perle de l'album: Stalemate. Beaucoup plus metal et rapide alors que au début on s'attend à entendre une ballade à la Audio Secrecy, le morceau est certainement un des meilleurs composé par le groupe. Alliant puissance, rythme et un refrain incroyablement accrocheur, sans doute un des prochains single. Pas le temps de souffler avec Gravesend qui reprend les concepts porteurs de la bande des deux anciens masqués mais sans plus. Même chose avec '82 et The Uncanny Valley qui alternent chant clair et plus brutal tout en restant des morceaux classiques de metal alternatif mais de bonne qualité quand même. Blue Smoke quant à lui est plus un titre ovni et une transition vers la fin de l'album. Vient ensuite le premier single tiré du disque: Do me a Favor qui fait parfaitement la transition entre les deux derniers albums tant le son, surtout pour le refrain, rappelle le House of Gold and Bones Part.1. Donc très catchy et efficace. On arrive alors à la fin de l'album

avec The Conflagration, titre plus posé avec même des violons au refrain mais qui ne fait absolument pas tache. Car on a beau dire ce que l'on veut, les ballades ou autres chansons plus calmes composées et/ ou chantées par Corey Taylor ont l'avantage d'être toujours d'une qualité incroyable. Le disque se termine sur le titre éponyme: House of Gold and Bones, certainement un des plus metal de l'album. Il fait penser parfois à 30/30-150 et est heureusement de la même qualité pour terminer en beauté. Un CD qui renoue donc avec la qualité présente sur Come What(ever) May et qui ravira autant les fans de la première heure que tout ceux qui aiment le metal alternatif.

Olivier Eggermont

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15 mai 2013


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Hard Rock

Heaven Shall Burn «VETO»

Sony Music

Heaven Shall Burn est un de ces groupes qui restera toujours cantonné à une base de fan solide mais n'arrivera jamais à soulever les foules et à déclencher un enthousiasme incroyable à l'image de Parkway Drive. Malgré la qualité indéniable de leur musique, les allemands sont condamnés en quelque sorte à toujours jouer les seconds rôles. Leur nouveau-né: VETO ne dérogera pas à la règle. Ça reste du Heaven Shall Burn donc ça envoie du lourd mais sans passer un stade qu'on pensait qu'ils avaient atteint avec Iconoclast. Alors bon, l'album est de très bonne facture, alliant l'efficacité de la musique habituelle du groupe à quelques nouveaux éléments mais il n'empêche que l'on reste un peu sur notre faim comme pour leur CD précédent : Invictus. On ne change pas une équipe qui gagne, le disque commence par une intro mélodique sur le titre Godiva. Mais moins longue que certaines précédentes celle-ci fait très rapidement place au chaos généré par le quintet allemand. Ce morceau représente vraiment tout ce qu'est Heaven Shall Burn. C'est efficace, lourd, chaotique mais pas trop, le groupe garde toujours un certain contrôle de

ses chansons. Si certaines passeront un peu inaperçues dans leur discographie (Die Stürme Rufen Dich, Fallen, ou Like Gods Among Mortals) d'autres viendront compléter les setlist comme You Will Be Godless ou l'excellent Land Of The Upright Ones qui devrait faire une bonne dizaine de morts lors de la prochaine tournée des allemands. En parlant d'allemands, c'est à d'autres que Heaven Shall Burn fait un petit clin d'oeil avec Valhalla. À qui d'autre qu'aux teutons de Blind Guardian? Heaven Shall Burn qui reprend du Blind Guardian ça sonne un peu irréaliste mais dans le fond ça ne donne pas trop mal et la chanson offre un break bien choisis dans le CD.

influences pas totalement intégrées dans celui-ci. On tire alors nos conclusions sur Beyond Redemption, titre presque entièrement instrumental qui clôture l'album. Certes, on passe un bon moment et la musique du quintet est toujours aussi efficace. Mais il serait temps que le groupe cesse de stagner et nous offre un disque qui les installe enfin à la place qui est la leur : au top. Auf Wiedersehen ! Les trois chansons à écouter en priorité : Antagonized, Land of the Upright Ones, You Will Be Godless.

Le premier single tiré de l'album est Hunters Will Be Hunted, un choix logique même si on aurait préféré voir un morceau comme Antagonized, à coup sûr le titre fort de l'album. Quelques bons break alternés avec des passages supersoniques en font une chanson excellente! Par contre pour le côté plus expérimental on repassera, le groupe tente de changer un peu avec 53 Nations mais la tentative n'est qu'à moitié réussie la faute à un tiraillement perceptible entre leur metalcore traditionnel et d'autres

Eggermont Olivier

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Metal

Rock Prog 3 avril 2013

Philip Anselmo/ Warbeast

PYG

«War Of The Gargantuas»

«We Live, We Die»

Season Of Myst

La Mouche Production

Voici un EP pour le moins surprenant! Philip Anselmo, autrefois chanteur de Pantera, s’est associé au groupe de heavy metal Warbeast pour enregistrer quelques chansons qui débouchent les oreilles! La rencontre s’est faite lors de la dernière tournée avec Down. L’homme sympathise avec les membres de Warbeast et a envie de faire de la musique avec ces derniers. Après quelques mois de travail, voici un EP de quatre titres qui donne un avant-goût avant son album solo qu’il vient d’annoncer il y a peu.

En Bretagne, il y a l’océan, les crêpes, le chouchen et puis il y a P.Y.G..

Le disque s’ouvre sur «Conflict (Nerve Meets Bones). Un titre qui détruit tout sur son passage. Anselmo y sert un chant rugueux et le groupe décharge toute sa puissance dès le début. Pas de compromis, le reste du disque est tout aussi bon. Le second titre, «Birth Of A Psycho» commence par un très bon riff à la guitare que la batterie s’empressera de suivre avec un blast assez efficace. A l’écoute de ce titre, on ne secoue plus simplement la tête, on hurle en tapant des pieds tellement c’est bon! Warbeast montre ici un très grand talent de composition en alliant variations de rythmes, riffs surpuissants et solos magnifiques. Le batteur fait aussi de très bon rythmes à la double-pédale.

Après un premier album The End of the World sorti en 2011, P.Y.G, nous présente cette année leur seconde offrande: We live, We die. Composé de 11 titres (dont une reprise, le culte «Easy Livin» du groupe Uriah Heep), cet album se révèle dès sa première écoute assez agréable à l’oreille. Néanmoins, quelques petits défauts chatouillent directement les tympans. Ainsi si la voix de Nelly Le Quilliec est fort plaisante, les parties de chant masculin laissent à certains moments l’auditeur un peu plus perplexe. Et si Yvan Guillevic possède un sacré jeu de guitare, subtil mélange de technique et d’émotion, le jeu du batteur Julien Oukidja s’avère trop académique et sans réelle surprise.

«Family, Friends and Associates» est quand à lui plus calme au début avec son riff à deux guitares. Mais très vite, le rythme reprend du tempo pendant un solo monstrueux.

Formé en 2010, le Projet Yvan Guillevic (du nom du guitariste du groupe) officie dans un style que l’on peut cataloguer de rock-metal progressif. Rien de bien étonnant quand on sait que notre bande d’amis bretons jouaient ensemble dans Empty Spaces, un cover band de… Pink Floyd.

Enfin, le morceau final «It» est une véritable boucherie. Un tempo très rapide, des guitares boostées et un Anselmo crachant sa rage .

Au niveau des compositions, celles-ci sont variées et les différents morceaux comprennent de nombreux changements de tempo. L’album contient à la fois des titres planants aux accents Pink Floyd et des morceaux plus bruts, plus heavy metal, voir limite death metal sur le dernier morceau.

Aucun doute, le duo fonctionne parfaitement et nous sert un très bon disque qui donne envie de découvrir ce que le chanteur nous réserve sur son album solo qui sortira bientôt.

Au final, cette diversité s’avère très intéressante et hormis peut-être les morceaux plus rapides, on ressent une réelle émotion à travers ces compositions. Ce We Live, We Die est au final une jolie petite surprise et, malgré ces quelques défauts, devrait plaire aux amateurs du style.

Christophe Pauly

Julien Sterckx

3 avril 2013

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15 mai 2013


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Hard Rock

Deep Purple «Now What?!»

Ear Music

19 ème album du groupe, et 3ème de l’ère « Mark VIII », Now What ? ! ne tient pas son nom du hasard. En effet, comme l’explique Roger Glover, le groupe a passé trois ans à se demander ce qu’ils allaient bien pouvoir offrir à leurs fans. EP, single sur le net ou album? Un peu perdu, le groupe contacta alors le producteur Bob Ezrin qui arriva à les convaincre de sortir un nouvel LP. Le résultat est un album dans la veine de leurs dernières offrandes, mature et assez loin de l’extravagance de la période Blackmore. On ressent directement que chaque morceau est travaillé, soigné et le résultat peut être qualifié de très pro. Très pro, les musiciens de Deep Purple le sont également. Chacun est très précis dans son rôle et on peut encore une fois féliciter Don Airey, qui accomplit avec beaucoup de talent sa lourde tâche de remplacer le regretté Jon Lord. Passons un peu plus en détail sur les différents morceaux de cet album. Après un démarrage en tout en douceur avec la magnifique intro de

A Simple Song, les premiers morceaux s’enchainent et laissent une excellente impression. Weirdistan et Out of Hand sont superbement orchestrés et s’avèrent riches, prenants et intéressants musicalement. le premier single issu de l’album, Hell to Pay , est quant à lui un bon vieux morceau bien dynamique, au refrain taillé pour le live. La suite, même si elle contient encore quelques bons morceaux, laisse un peu l’auditeur sur sa faim. Certes, c’est musicalement fort varié (certains passages rappelleront certains monstres sacrés du rock comme Aerosmith sur Bodyline , les Doors sur Blood From a Stone ou même une petite touche de l’ami Ozzy) mais il manque à certains moments cette petite étincelle qui fait toute la différence.

Le second, Vincent Price, futur deuxième single de l’album est un morceau sombre et inquiétant, qui trouverait facilement sa place sur une bande originale de film d’épouvante. Au final, Deep Purple nous propose donc un bon album, riche, et contenant plusieurs morceaux qui devraient ravir ceux qui ne sont pas restés bloqués au Deep Purple des années 70. Malheureusement, quelques temps morts et morceaux dispensables refroidissent parfois l’auditeur. Mais ne boudons pas notre plaisir, Deep Purple est bel et bien encore vivant and now what ? Un 20 ème album on l’espère!

Deux morceaux sortent encore néanmoins du lot par leur originalité : le premier, Uncommon Man, rend hommage à la fois musicalement au célèbre Fanfare for a Common Man d’ Emerson Lake & Palmer et textuellement au regretté Jon Lord, le claviériste d’origine de Deep Purple. Par ailleurs, une autre chanson de l’album, Above and Beyond, lui est également dédiée

Julien Sterckx

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Entretien

renaît de ses cendres Plus fort que jamais, le trio infernal revient avec V8, un nouvel album très réussi que nous vous avions chroniqué dans nos pages du numéro précédent. Nous avons pu discuter un peu avec les membres du groupe sur ce retour fracassant.

La rencontre Bonjour, Merci pour cet interview Vulcain est bel et bien de retour avec ce nouvel album V8. Comment s’est passé l’enregistrement ? A l’ancienne. Nous avons organisé des répétitions pour mettre nos idées de compositions à plat. Quand un bon nombre de titres ont été prêtes nous sommes allés dans mon studio La Grange 69, pour enregistrer et corriger ou affiner le tout. J’ai ensuite mixé en tenant compte de l’avis de chacun, pour que ce soit vraiment NOTRE album. Nous voulions un album simple et efficace, avec un son assez brut pour reproduire au mieux notre énergie. Vous vous êtes séparés en 1998. Pour quelles raisons ?

rejouer ensemble. Et c’est reparti, même au-delà de nos attentes. Vous avez sorti un album live avant celui-ci. Comment a réagi le public en vous voyant revenir après plus de 10 ans de silence ? Très bien. C’est ce qui nous a donné la pêche. Qu’est-ce qui vous a poussé à enregistrer ce nouvel album studio et à arpenter à nouveau les routes ? Justement l’accueil du public. Entre le Hellfest, Montréal, le Trabendo et toutes les dates depuis notre retour, il y a de quoi te redonner la flamme. Votre album est sorti chez Despérado. Un petit mot sur ce label ?

Fatigués par presque 20 ans de route, il fallait marquer une pause. Quelles ont été vos activités durant tout ce temps de séparation ? Etesvous restés dans la musique ou en avez-vous profité pour explorer d’autres horizons ?

C’est notre label si l’on peut dire. Il suffisait ensuite de trouver le distributeur et de payer une promo géré par des professionnels pour être indépendant et fier de l’être. La première fois que j’ai entendu parler de vous, c’était dans le défunt Enfer Magazine, qui était incontournable à l’époque. Un petit mot sur vos débuts ? Effectivement, Philippe Touchard, le rédacteur en chef d’Enfer a managé le groupe au début. Le début du rêve et de l’espoir… Tout était à faire et finalement, nous l’avons fait, donc c’est cool. Si tu devais préférer un album de Vulcain, lequel ce serait ? Difficile… J’ai un faible pour Desperados car c’est mon premier, mais j’aime aussi les compos de Big Bang ou de Vulcain (le premier en trio) ou encore Stoppe la machine. Non, c’est trop dur, chaque album à son histoire unique. Et en refaire un différemment ?

La musique c’est notre vie ! Daniel a formé Mister Jack (avec la section rythmique de H Bomb), Vincent s’est occupé de son magasin d’instruments et moi, j’ai formé Blackstone, je me suis impliqué dans la production et devenu batteur de Ian Kent & The Immigrants pour explorer des ambiances plus folk rock country.

Big Brothers

Comment s’est passé la reformation ? Bien… Nous nous sommes réunis pour concrétiser l’envie de chacun de

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On vous a souvent comparé à Motorhead à vos débuts. Qu’en estil aujourd’hui ? Je crois qu’avec V8, nous ne sommes pas prêts d’enterrer cette comparaison Mais la patte de Vulcain existe et c’est ce qui compte Vous avez ouvert pour des groupes comme Motorhead ou Iron Maiden à l’époque. Comment cela se passait-il ? C’était cool. Dans l’équipe technique de Maiden, il y avait des gens que l’on connaissait, comme Manu, qui tenait le Eddy’s Bar de Steve Harris au Portugal, avant de décéder. Bref, c’était sympa, même si nous restions dans des conditions de première partie. Avec Motörhead, c’est encore autre chose. Ils nous aiment bien et ce sont d e s

gens très sympas et la bonne ambiance se sent dans l’équipe technique. Nous avons droit aux balances et on ne nous traite pas comme de la merde.

Nombreux sont les groupes de cette époque qui se reforment. Est-ce plus facile aujourd’hui qu’hier de faire un album?

Vous avez été l’un des portesdrapeau de la scène métal française avec des groupes comme Satan Jokers, Warning ou encore Blasphème. Quel regard portez-vous sur la scène de l’époque ?

Oui techniquement. Il n’est plus nécessaire aujourd’hui d’aller dans de grands studios très chers pour enregistrer ou mixer.

Pour d’autres raisons, qu’aujourd’hui, mais il était difficile de faire sa place à l’époque. Nous nous en sommes bien sortis finalement

A bientôt sur la route !

Et sur la scène actuelle ?

Un dernier petit mot pour vos fans ?

Propos recueillis par Christophe Pauly

On ne peut que se réjouir du succès de Mass Hysteria ou de Gojira. C’est toujours difficile, mais la preuve que c’est possible

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15 mai 2013


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Scènes

Ciao Ciao Bambino au TTO

© Julien Pohl

La critique Depuis déjà maintenant cinq ans, Sébastien Ministru a pris rendez-vous avec les spectateurs du TTO, à chaque reprise de son spectacle gay Cendrillon ce macho. Depuis le 17 avril, il est revenu sur le devant de la scène pour la dernière pièce de la saison de ce théâtre où le rire est l'ingrédient primordial d'une vie longue et garnie de souvenirs. La recette est tellement savoureuse que le public ne s'y est pas trompé et a déjà réservé ses places comme dans tout restaurant côté, où la liste d'attente est la signature d'un régal pour les papilles. La comparaison avec le monde des saveurs et des cuisines ne s'arrête pas là, puisque Sébastien Ministru a choisi de partager ses madeleines de Proust tout au long d'une veillée funèbre, dans une famille belgoitalienne, dont les origines siciliennes laissent un filet odorant d'huile d'olive et de tomates gorgées de soleil sur chacune des anecdotes révélées et racontées ! Mais, alors que d'autres auraient pu rendre ce voyage au pays des souvenirs indigeste, le rédacteur en chef adjoint au Moustique parsème, intelligemment et tendrement, ce banquet funèbre d'anecdotes. Pour ceux qui n'auront pas la chance de découvrir ce menu foisonnant, en voilà la recette !

Nous sommes conviés à la veillée funèbre de Ciccio Bello, la petite quarantaine. Nous ne savons pas ce qui s'est passé et nous découvrons directement la présentation du corps et la douleur de sa famille et de ses proches. « Même le mort en est, de la partie ! L’écriture de Ministru le ramène à la vie (...) pour être le narrateur et commentateur distancié de sa vie et de celle de sa famille. » Alors que la mise en scène du corps est déjà magnifique, avec bouquets de fleurs hauts en couleurs et embaumants, des chandeliers disposés de façon symétrique et un décorum autour du corps de Ciccio digne d'un lit à baldaquin avec quantité de velours et passementerie, un des comédiens, aux traits très intellectualisés et aux attributs vestimentaires d'un Bernard-Henri Levy, commence à s'afférer pour donner plus de symétrie à l'ensemble et pour enlever des plis imaginaires sur les tissus de velours, jusqu'à se mettre à genoux pour que l'ensemble lui convienne ! Cette toute première mise en scène provoque l'hilarité du public et en fait oublier les pleurs des autres protagonistes. Au fur et à mesure des dialogues, on commence à découvrir les liens

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familiaux qui unissent les cinq personnages. Et, surprise ! Même le mort en est, de la partie ! L'écriture de Ministru le ramène à la vie, entre deux plans d'existence, pourrait-on dire, pour être le narrateur et commentateur distancié de sa vie et de celle de sa famille. L'auteur a choisi de nous présenter cette ode aux souvenirs au travers de saynètes qui ponctuent les dialogues de ceux qui sont restés. La tendresse y est très présente, même si parfois elle est surfaite, tout comme les larmes de certains des protagonistes. C'est le jeu que l'auteur instaure avec les spectateurs : révéler par petites touches quelques indiscrétions, alors que les personnages ont déjà été présentés par Ciccio Bello dès la fin de l'entrée. Ces indiscrétions donnent envie aux spectateurs de toujours garder une place pour le dessert, alors que les plats-souvenirs sont énormément consistants. Avant de parler du contenu de nos assiettes, revenons à la mise en scène. Réalisée de main de maître par Nathalie Uffner, la directrice du TTO, elle prend en compte le décor funéraire de la veillée funèbre, tout en laissant la place idoine à chacune des saynètes.


Alors que la présentation du corps du défunt prend la majeure partie de la scène du théâtre et rappelle les circonstances fâcheuses qui ont réuni toute la famille, les différentes saynètes prennent corps aux deux coins de la scène, comme lorsqu'on se remémore le passé dans un coin de notre tête. Cette mise en scène reprend le distanciement de Ciccio Bello et donne du mouvement à une pièce qui aurait pu être bien plus rébarbative dans le cas contraire. Finalement, le décor funéraire en devient un personnage important et renvoie à chaque fois à l'attitude maniérée de Charles, le compagnon de Ciccio, prêt à se mettre à genoux pour parfaire le lit mortuaire de son adoré. Maintenant que le décor et la mise en scène sont plantés, passons à la famille de Ciccio. Et tout d'abord, son compagnon, Charles, joué par Aurelio Mergola, prêt à tout pour sublimer le bon goût, quitte à en faire beaucoup trop. En fait, son exubérance est à la hauteur de son amour pour Ciccio et il gardera quasiment jusqu'à la fin le secret de la mort de son compagnon. Mais est-ce l'amour ? ou la honte qui le retiennent de révéler cette dernière anecdote ? Carmelo, le frère aîné de Ciccio, est complètement bouleversé par la mort de son frère. Le comédien Alexis Goslain donne toute la palette d'émotion à cet italien, macho de part sa naissance, mais plein de douceur envers sa famille et sa femme. L'entreprise de carrelage de Carmelo lui donne même des sujets de conversation avec Charles, ce qui le rapproche d'autant plus de son frère adoré. Laurence Bibot joue la femme de Carmélo, Nancy. Ce personnage est le plus caricatural, dans son histoire.

Flamande de Vilvoorde, elle se force à placer le peu de mots italiens qu'elle connaît dans sa conversation, mais avec un accent à couper au couteau. Elle trouvait Ciccio prétentieux, mais ça ne l'empêche pas de pleurer toutes les larmes de son corps lors de la veillée, à la manière des mama siciliennes. L'autre figure féminine de la famille est la sœur cadette, Sylvana. Speedée, accroc aux sports en salle jusqu'à en devenir professeur, elle incarne le kitsch à l'italienne, comme à son mariage, ou Eros Ramazzotti eut l'honneur de lancer la bande sonore de leur soirée. Anna Cervinka donne corps à cette jeune femme pleine de peps et d'endorphines, qui accepte le monde avec candeur.

Pourtant, à l'image d'une trattoria familiale, l'ensemble de la pièce peut sembler caricatural dans son décor et son service, mais on y revient toujours pour l'ambiance chaleureuse et le sentiment de se retrouver à la maison, sans avoir à faire trop de chichis. Sébastien Ministru a réussi à nous faire revivre ses souvenirs, au point de nous emmener dans la maison familiale, Sicile, où l'on s'attend à être reçu par La Mama dans sa cuisine, au tablier enfariné, prêt à déguster le fabuleux repas qu'elle prépare depuis des jours. C'est cela Ciao Ciao Bambino, une ode aux souvenirs, à la famiglia.

Adeline Delabre

Son mari, Eric, belge de son état, est celui des pièces rapportées qui s'est le mieux intégré à la famille de Ciccio, jusqu'à élever le machisme italien au rang d'art de vivre. Ce qui lui fait dire qu'il vit avec une folle, alors qu'il est fier d'elle, de ce qu'elle fait en tant que femme et mère. Frédéric Nyssen, habitué lui aussi à travailler avec Sébastien Ministru, campe cet ouvrier avec une classe plus qu'italienne pour un élément extérieur. Celui qui les réunit autour de son corps, c'est Ciccio Bello. Il assume ses origines et sa famille a dû s'adapter à son homosexualité, mais il s'en est un peu détaché, de part son raffinement. Antoine Guillaume apporte une finesse et une retenue à ce bel homme, parti dans la fleur de l'âge pour une raison restée secrète. Il est le lien de tendresse entre tous les protagonistes. L'émulsion entre tous les personnages et la mise en scène donne une pièce enjouée, sans temps mort.

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Théâtre de la Toison d’Or Ciao Ciao Bambino de Sébastien Minestru Mis en scène de Nathalie Uffner Avec Laurence Bibot, Anna Cervinka, Antoine Guillaume, Alexis Goslain, Aurelio Mergola et Frédéric Nyssen

15 mai 2013


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Kunstenfestivaldesarts à Bruxelles

La critique Tout comme je vous l’avais annoncé dans l’édito du précédent magazine (Le Suricate n°17 pour les petits malins et petites malignes qui ne croient personne sur parole, même pas nous !) ce mois de mai est l’occasion de découvrir ensemble le Kunstenfestivaldesarts (que je nommerai à partir de maintenant « Kdfa » par économie d’encre numérique). Cette découverte se fera donc en deux temps. Dans ce numéro-ci, je vais effectuer une sélection personnelle de spectacles, performances et expositions que vous pouvez voir à partir de maintenant jusqu’à la fin du festival, et je vous livrerai aussi la critique du spectacle de danse Partita 2 de Anne Teresa de Keersmaeker et Boris Charmatz. Dans le Suricate n°19 (donc le prochain, ça fait plaisir de voir que certains suivent) nous vous concocteront un dossier sur le Kdfa dans lequel vous y trouverez les critiques des spectacles que j’aurai vu et une présentation du festival plus approfondie à laquelle je pourrai cette fois-ci joindre mes impressions et jugements. Je vais tout d’abord préciser que de nombreux ponts se créent entre le Kdfa et mon cher Festival d’Avignon, donc que j’y retrouve des artistes que j’apprécie beaucoup et d’autres moins donc ne vous étonnez pas si j’y fais référence par moment (c’est un tic que j’essaierai de gommer au fil du temps). Le Kdfa, qui fête cette année sa dixhuitième édition, se déroule pendant

trois semaines en mai dans une vingtaine de lieux bruxellois. Il est « conçu fondamentalement comme un projet bilingue, il contribue à encourager le dialogue entre les communautés présentes dans la ville ». Du coup on y trouve des théâtres francophones, dont certains que vous avez l’habitude de croiser dans nos pages, comme La Balsamine, le Théâtre 140, le Marni et le Varia. Et des institutions flamandes, que nous n’avons jusqu’ici pas encore abordé, impair que nous avons décidé de réparer dès à présent. Dans ces dernières, il y a entre autres le Beursschouwburg, qui est le Centre du festival, et le Kaaitheater que j’apprécie particulièrement et qui présente les artistes flamands les plus reconnus internationalement tout au long de l’année. Le Kunstfestivaldesarts (ça sonne mieux que les initiales quand même) est aussi et avant tout un festival de création, parce que plus de la majorité des spectacles y sont présentés en première mondiale. Voici maintenant une petite sélection parmi les quarante spectacles, performances, installations et rencontres programmées. H, AN ACCIDENT – Kaaitheater – du 16 au 18/05 L’artiste Kris Verdonck interroge ici « les effets insidieux de notre société de l’information sur la vie privée et la liberté individuelle » par le biais d’un « opéra posthumain interprété par des instruments de musique robotisés, un chœur de chanteuses irlandaises, une armée d’outils multimédias et un Daniil Harms (un

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auteur dissident russe de l’époque de Malevitch) de chair et de pixel. » De quoi égayer notre curiosité ! GERMINAL – La Raffinerie - du 21 au 25/05 Pour avoir déjà assisté à un spectacle-expérimentation d’Antoine Defoort au Festival d’Avignon (je vous avez prévenu) je me permet de vous conseiller le spectacle Germinal avant de l’avoir vu. Antoine Defoort est un habitué des expérimentations à base de numérique, de musique et de tout ce qui lui vient à la main le tout baigné dans beaucoup d’humour et le n’importe quoi ou presque. Il se met cette fois-ci aux côtés de Halory Goerger pour s’attaquer au théâtre, et ça promet. TIME HAS FALLEN ASLEEP IN THE AFTERNOON SUNSHINE – Bibliothèque Royale de Belgique du 16 au 18/05 et du 23 au 25/05 Imaginez que nous assistions à une période de répression comme dans Farheinheit 451 de Ray Bardbury lors de laquelle tous les livres sont supprimés. Que faire d’une bibliothèque vide ? Heureusement, l’artiste norvégienne Mette Edvardsen a prévu le coup. La performance qu’elle présente cette année est basée sur un ensemble de performers qui ont chacun mémorisé un livre de leur choix. Vous empruntez l’un d’eux au comptoir de prêt et il vous entraîne dans un lieu intime pour vous le réciter. Pour les dates et horaires détaillés et l’ensemble de la programmation. Rendez-vous à l’adresse Internet www.kfda.be.

Baptiste Rol


Partita 2 - Sei Solo de de Keersmaker et Charmatz

© Herman Sorgeloos

La critique Voici ce qui est probablement la ou plutôt les têtes d’affiche du festival. D’un côté, Anne Teresa de Keersmaeker. Danseuse et chorégraphe flamande qui a participé au renouvellement du langage chorégraphique de la danse contemporaine au début des années 1980. Son troisième spectacle Rosas danst Rosas, créé en 1984, est probablement le plus beau spectacle de danse que j’ai vu jusqu’ici et d’autres personnes plus âgées doivent pouvoir en dire autant. Anecdote du jour : c’est de ce spectacle que Beyoncé a plagié une partie de la chorégraphie pour l’intégrer à son clip Countouwn. La renommée d’Anne Teresa de Keersmaeker n’est donc plus à faire et son rythme de création est toujours élevé. Mais revenons-en à notre spectacle. De l’autre côté, donc, Boris Charmatz. Danseur et chorégraphe français reconnu comme le chef de file français de la nouvelle génération dans les années 1990. Il questionne principalement le rapport au corps et la non-danse. Il a, par exemple, présenté un spectacle très controversé lors Festival d’Avignon en 2011. Enfants mêlait sur scène des adultes et des enfants dans des chorégraphies questionnant le rapport au corps entre enfants et adultes.

Voici donc ces deux artistes renommés qui se rencontrent sur le plateau pour danser ensemble sur la Partita 2 pour violon de Johann Sébastian Bach. La scénographie est très sobre. La scène est dénudée et seule une lumière dessinant le cadre de la porte par laquelle elle passe, nous offre un élément très marqué. D’ailleurs, le spectacle commence dans le noir complet. Pas étonnant quand on connaît les deux artistes qui aiment bien débuter leurs spectacles sans danse ou au pire en partant d’un mouvement très faible. Le début est donc ici consacré au morceau de J.S. Bach, que nos oreilles peuvent alors tranquillement étudier, décortiquer ou tout simplement savourer. « La troisième partie du spectacle consiste en leurs danses, auxquelles s’ajoute la musique Partita 2 de JeanSébastien Bach... »

la musique. Des gestes maladroits, enfantins, aux courses en cercle comme on joue au chat et à la souris, c’est vraiment l’impression de découverte de soi et de l’autre qui m’a le plus marqué dans ce spectacle. La troisième partie du spectacle consiste en leurs danses, auxquelles s’ajoute la musique Partita 2 de J.S. Bach exécutée par la violoniste Amandine Beyer dans l’aire de danse. La construction en trois parties rend le spectacle très équilibré et très varié. De plus les trois parties sont complémentaires mais elles ont clairement leur intérêt propre si on les prend individuellement. Moi qui suis loin d’avoir apprécié tout ce que j’ai vu d’Anne Teresa de Keersmaeker ou le spectacle que j’ai vu de Boriz Charmatz, j’ai était conquis par le résultat que nous offre la rencontre des deux.

Baptiste Rol

C’est ensuite qu’arrive les deux danseurs et danseuses, exécutant des gestes et pas au caractère plus ou moins aléatoire, plus ou moins déterminé mais ne cessant de se répondre l’un l’autre. Cet esthétique de la répétition donne des apparences de découverte. Ils se découvrent l’un l’autres, découvrent leurs manières de danser respectives, et tentent de retranscrire à leur manière

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15 mai 2013


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Juste pour Rire Brussels, the place to be Le Juste pour Rire est devenu une marque à part entière. Ce nom de festival créé à Montréal est devenu plus qu’un simple rendez-vous, c’est devenu un label de qualité mettant en avant l’humour.

L’ article En francophonie, les amateurs d’humour en tout genre connaissent trois rendez-vous incontournables : le festival du rire de Montreux en Suisse, le festival du rire de Rochefort et le festival Juste pour Rire de Montréal. Ce dernier, créé en 1983 par Gilbert Rozon, est de loin le plus impressionnant. Ce festival gigantesque allie les arts du spectacle de salle aux arts de la rue, le tout dans une ambiance festive et burlesque. La ville de Montréal présentant la particularité de contenir les festivaliers dans un quartier entièrement dédié à l’évènement, faisant de l’endroit un lieu convivial et unique.

sont le théâtre 140 (centre névralgique de l’évènement), le théâtre Saint-Michel, le Cirque Royal et le très récent Kings of Comedy Club. Au programme : des sketchs, des humoristiques, des chanteurs et des musiciens, tous réunis pour faire vibrer le public venu en nombre pour cette édition.

Ce style de festival mettant en avant des humoristes confirmés ou de jeunes talents s’est depuis lors exporté dans de nombreux pays et vient, cette année, de franchir les frontières de la Belgique. En reprenant les fondations du Brussels Comedy Festival, le Juste pour Rire Brussels a ouvert ses portes le 27 avril dernier pour trois semaines de pure folie dans les antres festives bruxelloises que

C’est un fait, la scène est aujourd’hui abreuvée de jeunes humoristes tous prêts à se lancer dans une carrière de longue durée. Pour certains, ce rêve devient réalité et les festivals comme celui du Juste pour Rire peuvent dévoiler les stars de demain. Et oui, aucun artiste n’a démarré dans des salles de mille personnes. Evidemment, des émissions comme celle de Laurent Ruquier, On ne

« Le festival Juste pour Rire nous a fait découvrir de nouveaux talents »

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demande qu’à en rire, ont permis à bon nombre d’entre eux de se faire connaitre mais d’autres attendent encore leur instant pour éclore. Nous avons infiltré le public pour l’occasion afin de vous faire un petit compte rendu de ce que nous avons pu apercevoir de nos petits yeux plein de larmes provoquées par les blagues décapantes des talents se succédant devant nous. Bien entendu, nous n’avons pas pu tout voir mais voici un aperçu général qui vous donnera peut-être l’envie d’aller vous esclaffer l’année prochaine à ce rendez-vous qui doit devenir incontournable. Pour ce faire, nous avons établi un petit classement de nos coups de coeur même si, il faut le souligner, nous ne nous sommes embêtés à aucun instant.

Matthieu Matthys


Vérino

Le jeune humoriste nancéien fût notre plus grande découverte. Même si nous avions déjà pu le voir dans l’émission de Laurent Ruquier, On ne demande qu’à en rire, nous avons été bluffés par le charisme, le professionnalisme et la bonne humeur qui se dégagent de cet artiste. De fait, ce dernier ne faisait que passer sur la scène du 140 mais est arrivé en un sketch à se faire bidonner une salle comble pour l’occasion. L’homme, doté d’un talent hors du commun, arrive à nous promener dans son univers rempli d’anecdotes relativement banales mais incontestablement comiques.

Les Fills Monkey

Les Fills Monkey et leur Incredible drum show nous ont offert une surprise de taille. Le duo, qui faisait la une du magazine la semaine dernière, a enchanté le théâtre 140 rempli aux deux tiers. Leurs talents de musiciens couplés à un show loufoque sans jamais tomber dans la platitude nous ont charmés. La précision et le rodage du spectacle ont fait d’eux des machines de la scène. Si certains auraient pu penser s’ennuyer au bout d’un quart d’heure de drums endiablés, ils se trompent. Et pour cause, les Fills Monkey ne sont pas seulement d’excellents batteurs, ce sont également des humoristes talentueux pour petits et grands.

Baptiste Lecaplain

Nous avions déjà pu voir l'entièreté de son spectacle au Bataclan, à Paris. Le jeune normand dispose d’une énergie incroyable qui se transmet comme par magie à son public. Un artiste complet et très professionnel qui offre au public un humour intelligent sans pour cela être ennuyant. De fait, Baptiste Lecaplain agrémente son spectacle de diverses blagues sur lesquelles il revient à plusieurs instants, gardant le public attentif. Toujours en phase avec son personnage, il nous montre un one man show énergique en constante évolution. Vivement son nouveau spectacle... Comment ? Vous n’avez pas vu le dernier ? Quelle honte !

Joffrey Verbruggen

Le petit bruxellois nous était inconnu ou presque. De fait, nous avions pu l’apercevoir dans des films en tant que comédien, mais jamais sur les planches en tant qu’humoriste. C’était dès lors face à un illustre inconnu que nous nous sommes surpris à adorer l’instant. Par son côté « grande gueule », le personnage que Joffrey se crée sur scène est tout bonnement magique. Ce jeune ketje de Bruxelles mixe parfaitement l’auto-dérision à l’humour trash, à la limite du vulgaire. Ses blagues ont ricoché et ont conquis le public du 140 qui s’est amusé des facéties amplifiées de la vie du jeune homme. Une grande découverte.

Shirley Souagnon

Révélée au grand public par l’émission On ne demande qu’à en rire, Shirley Souagnon faisait irrémédiablement partie des points d’interrogation du festival. Et pour cause, ses prestations télévisuelles parfois trop énergiques ou surjouées pourraient en décourager plus d’un. Pourtant, face à son public, la jeune française se révèle être une bête de scène. À l’aise dans son personnage, elle dévoile surtout une parfaite harmonie avec son public. Si, à l’ère du stand-up, l’on ne s’étonne plus de voir l’artiste interagir avec le public, Shirley Souagnon le fait de manière naturelle et décontractée. Un phénomène à voir en vrai.

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15 mai 2013


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Sous la ceinture au Varia par Delphine Salkin

© Frédéric Desmesure

La critique Cette année, le Varia et Delphine Salkin ont eu la riche idée de mettre en scène une pièce de Richard Dresser : Sous la Ceinture (1995), l’unique pièce de ce dramaturge américain traduite en français à l’heure actuelle. Cette parabole, placée sous le signe de l’ironie et de l’humour noir, caricature avec éloquence les horreurs de l’industrialisation abusive. Dans son travail d’interprétation, Delphine Salkin a su démêler la profondeur tragique du cynisme presque clownesque inhérent au texte, pour offrir au public une pièce aussi forte que drôle. Le spectacle commence, et, sans plus attendre, plonge le spectateur dans une ambiance aux relents de renfermé. Concentré sur sa machine à écrire, un homme seul travaille dans une pièce au mobilier minimaliste : un lit superposé, une tablette, un percolateur fumant au sommet d’une étagère étroite. On le devine isolé, maniaque. On le découvrira misanthrope. Bientôt, un second homme survient, le parfait clone du premier : chemise blanche, cravate rouge, crâne dégarni. Pour Hanrahan, l’arrivée de Dobbitt marque le commencement d’un calvaire plus pénible encore que l’ennui et la solitude réunis, un calvaire où l’humour grinçant se taillera la part du lion, au grand bonheur du spectateur ! Dobbitt et Hanrahan ont été mutés dans une fabrique égarée au milieu

d’un désert où ils sont soumis aux caprices de leur supérieur hiérarchique, Merkin. Ensemble, ils forment l’entièreté du département des vérificateurs. Ce qu’ils vérifient ? Des unités. Des unités de quoi ? Nul ne sait. Cloîtrés dans cet univers bureaucratique aux allures carcérales, la seule perspective possible est le travail. Pour ces trois hommes guettés par la folie et la dépression, il n’y a plus d’autre raison de vivre. « Cloîtrés dans cet univers bureaucratique aux allures carcérales, la seule perspective possible est le travail. » Au fur à mesure qu’il leur faut cohabiter, leurs présences réciproques deviennent de plus en plus insupportables. Innocent et candide à son arrivée, il ne faudra pas longtemps pour que la joie de vivre de Dobbitt ne l’abandonne, et qu’il calque son comportement sur celui de ses deux compagnons d’infortune. La lumière, froide, blafarde comme un néon, accentue sans cesse ce sentiment exacerbé d’enfermement bureaucratique. De même, la musique – à l’exception de quelques sons métalliques et glauques – se fait rare. Privés de toute distraction, nos trois vérificateurs se voient condamnés à faire face aux présences oppressantes des uns et des autres.

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Une relation à la fois malsaine et ambiguë se met en place autour de l’autorité hiérarchique, entre rivalité, séduction et sabotage. Pourtant, l’autorité incarnée par Merkin est si dérisoire, elle-même soumise à un pouvoir invisible et aveugle, que l’on se demande à quoi bon s’en arracher les faveurs. Et poussés par les frustrations croissantes, les coups bas ne se font pas attendre, fins, cruels, hilarants. Entre suspicion abusive et susceptibilité perverse, les proies sont font leurs propres bourreaux. Qu’importe l’ambiance digne de Kafka qui plane sur cette pièce, Richard Dresser a su y insérer avec toute l’habileté requise, du cynisme et de l’ironie en suffisance pour faire ressortir l’absurde du cauchemar ! D’un bout à l’autre de la pièce, les coups portés sous la ceinture par Hanrahan, les désarrois candides de Dobbitt, les sarcasmes de Merkin, tout est matière à rire. Enfin, car il est important de le souligner aussi, l’excellente interprétation des acteurs constitue la touche finale faisant d’un grand texte une excellente pièce.

Ivan Scullier


En 1978, Conrad Detrez fait paraître L’Herbe à brûler, un roman qu’il qualifie lui-même d’autobiographie hallucinée, pour lequel il s’est vu récompensé du prestigieux prix Renaudot. À travers cette œuvre, l’auteur réalise sa propre introspection en revenant sur les éléments les plus essentiels de son parcours : son village natal, le séminaire, le walen buiten, l’expatriation jusqu’au Brésil, le carnaval et sa folie, l’amour et son gout amer, ensuite la révolution, la torture, la fuite, Paris, mai 68, l’exil et, au terme de tant d’épreuves, le retour aux sources. La boucle n’est pas pour autant bouclée… Rideau de Bruxelles Burning d’après L’Herbe à brûler de Conrad Detrez Mis en scène de Frédéric Dussenne Avec Frederico Araujo, Andrès Cifuentes, ...

Frédéric Dussenne et son équipe de jeunes comédiens déjantés se sont réappropriés ce roman. Ensemble, ils s’en sont servis comme d’un terreau expérimental dans lequel a pris vie et corps un spectacle ardent justement intitulé Burning. Explosif, apatride, sensuel, ce show relève davantage de la performance que du théâtre traditionnel, tant il rompt volontairement avec les principes narratifs conventionnels et autres chemins tracés, trop souvent empruntés. Tout y est cru, brut, dénudé, et pourtant tellement explicite. La parole

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laisse place aux corps, ses mouvements, ses cris, ses pleurs, ses rires, ses silences, ses chants, ses gémissements et ses râles. Parfois le tout en même temps, si bien que la cacophonie règne alors dans une pagaille telle que l’œil du spectateur peine à embrasser d’un seul regard tout ce qui sur scène s’offre à lui. En effet, les épisodes se superposent et se succèdent avec une énergie peu commune, et dans une mise en scène qui ne recule devant aucun tabou, aucun complexe, aucune pudeur. L’ambiance violente, éthylique, les tensions sexuelles, l’amour dans un sens et puis dans l’autre, joie, angoisse, peur, haine, désir, autant d’éléments enchevêtrés sans retenue pour ne plus constituer qu’un tout, le résultat d’une lecture singulière et personnelle, qui des anecdotes ne conserve que les émotions, subjectives mais sensibles. Brutes mais authentiques. En somme, le Rideau de Bruxelles offre avec Burning un spectacle qui peut plaire autant que choquer, mais qui ne laissera sans doute personne indifférent.

Ivan Scullier

15 mai 2013


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Littérature A la rencontre de Jean-Baptiste Leblanc

A bientôt 40 ans, Jean-Baptiste Leblanc nous parle de la première partie de sa trilogie fantastique, Le Cauchemar de Cassandre, aux éditions Val Sombre et bien sûr de sa carrière. Bonjour à toi, Jean-Baptiste. Pourrais-tu te présenter en quelques mots à nos lecteurs ?

j’avais besoin d’autre chose qu’un quotidien banal dépeint au travers de quelques pages.

Quel difficile exercice que celui de se présenter... Surtout lorsqu’on n’aime pas parler de soi. Alors, je dirai juste que j’aurai 40 ans en fin juin de cette année (oui, crise comprise, je pense, y a pas de raison). Je suis marié et père de deux charmants petits monstres qui remplissent bien mes journées. J’habite dans le Nord de la France, à la frontière belge.

Puis un jour, toutes ces pages que j’ingurgitais ont fait sauter le verrou de mon imagination. J’avais des situations en tête, des personnages, des images... Je me suis mis à griffonner. Alors, au début, rien d’extraordinaire ni de bien original. Je réécrivais certains films à ma sauce. Je mêlais certaines scènes de romans à d’autres de série télé pour monter une histoire à peu près cohérente. Puis au fur et à mesure, j’ai commencé à écrire mes propres histoires, avec mes propres personnages, en proie à leurs propres démons... Avec beaucoup de plaisir. Donner vie à des personnages, les faire évoluer dans des situations parfois inextricables, les observer, les laisser grandir aussi... eh bien, pour utiliser un terme très rock ’n roll, c’est devenu ma dope. Bon, ben, je crois que je me suis étendu...

Comment en es-tu venu à l’écriture ? Encore une question qui m’oblige à parler de moi. Au risque de paraître désagréable, je ne vais pas m’étendre sur le sujet. Je veux juste dire que je suis venu assez tard à l’écriture. Vers quatorze ans. Jusque-là, je pense que j’étais un garçon qui ne pensait qu’à sortir, aller au cinéma et jouer au football. A l’époque, les livres, très peu pour moi... Puis, est survenu un évènement et les livres devinrent tout ce que j’avais. La seule chose qui me restait. Je me suis rapproché naturellement des romans car ils étaient alors ma seule source de divertissement et d’évasion. Je me suis mis à dévorer les livres. Je lisais parfois jusqu’à deux romans en même temps. Je n’ai pas tâtonné dans les genres et les thèmes. Le fantastique m’a de suite plu. Pourquoi ? Peut-être parce que j’étais dans une période de ma vie où

Quelles sont tes influences ? Je crois que j’ai lu tout Stephen King ainsi que toute l’œuvre de Graham Masterton. Même si depuis, en vieillissant, mes lectures se sont plus diversifiées, je peux dire que mes écrits sont influencés par ces deux grands auteurs. Chez le premier, j’adore sa manière de dépeindre un quotidien, de le rendre intéressant pour tout à coup le faire basculer dans l’horreur, la psychologie profonde de

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ses personnages, même secondaires. Cependant, je me sens proche du second de par ses thèmes abordés et le bestiaire. Je n’oublierai pas de mentionner Clive Barker et Dean Koontz qui ont également guidé mes premiers pas de romancier par leurs écrits. Attention, sans jamais chercher à les copier. Maintenant, pour déborder un petit peu, si je peux me permettre, mes lectures sont un peu plus diversifiées (thrillers, ésotérismes, documents, témoignages). Je me tourne plus facilement vers des auteurs francophones, connus ou moins connus. Le cauchemar de Cassandre est le premier tome d’une trilogie paru aux éditions Val Sombre. Quelle est la genèse de cette saga ? Cela a-t-il difficile de te faire éditer ? La genèse de la trilogie du cauchemar... J’ai très envie de dire que Le cauchemar de Cassandre est un roman qui s’est écrit tout seul. Je m’explique. Au commencement, (c’est beau ça, on se croirait dans la Bible), j’avais un personnage en tête depuis longtemps. Un assassin implacable avec un système bien rôdé et une psychologie bien ancrée. Mais je n’avais pas l’histoire pour le faire évoluer. Je lui ai trouvé une cible, avec une histoire personnelle qui est un peu devenue la trame du roman.


Donc je me suis lancé et dès les premiers chapitres, des personnages que j’avais jugés secondaires, ce sont montrés primordiaux pour l’histoire. Comme le flic de la PJ, ce vieux renard, comme le prêtre exorciste, comme le jeune policier inexpérimenté mais dévoré par l’ambition. Leur rôle et leur caractère en ont fait des personnages incontournables. Ils ont donné de l’épaisseur au roman. A tous les niveaux. Et je me suis retrouvé avec cinq personnages centraux. J’avais parfois l’impression de ne pas maîtriser mon roman et que tout était dicté par eux. Je ne pensais pas écrire deux autres volets à cette histoire. A la fin du premier volet, je me suis aperçu que je n’avais pas exploré tous les thèmes que permettait le roman (la religion, le destin, certains mystères de la vie...) Et mes personnages n’en avaient pas fini avec leur destin. Le second volet s’intitule L’ère du diable (petite exclu). Il est entre les mains du comité de lecture de Val Sombre éditions. Le troisième volet est en cours d’écriture. En ce qui concerne la recherche d’un éditeur pour Le cauchemar de Cassandre, le parcours s’est avéré classique. Je me suis cantonné aux petites maisons d’éditions spécialisées dans le fantastique. Je n’ai pas cherché à me rapprocher des grosses machines. Trop difficile d’accès. J’ai essuyé quelques refus, certains circonstanciés, d’autres pas. J’ai reçu quelques encouragements de certains professionnels. Puis les éditions Cauchemars ont répondu favorablement et ont proposé d’éditer mon roman. Mais cette maison a mis la clé sous la porte quelques mois plus tard. Je ne me suis pas mis en quête d’un autre éditeur de suite, un petit peu découragé. Puis, en naviguant sur le web, je suis tombé sur les éditions Val Sombre et j’ai tenté ma chance. Mon roman a plu au comité et dix-huit mois plus tard, je tenais mon bébé entre mes mains. Quelle fierté ! Un moment que je souhaite à tout auteur. Ton roman navigue constamment entre policier et horreur. Y a-t-il un genre qui t’attire plus que l’autre ? Mon genre de prédilection est le fantastique, sans conteste. Je n’ai en tête que des histoires surnaturelles. Après, pour que le fantastique s’épanouisse et demeure crédible, il faut un socle réaliste. Et quoi de mieux qu’un quotidien bien rôdé ou une enquête

policière... J’aime l’ambiance d’un roman fantastique tout comme j’affectionne l’atmosphère et les personnages d’un bon thriller. Je trouve que les deux univers se complètent. Ils se marient bien. Je prends un malin plaisir à les fusionner. Tu accordes beaucoup d’importance au moindre détail. Comment définirais-tu ton écriture ? As-tu une méthode de travail particulière ?

d’aider et de découvrir un petit peu l’envers du décor. Sans réaliser le temps et l’énergie que ça demandait. A présent, je peux dire que ce n’est pas facile. Lire les manuscrits et les juger sans tenir compte de ses propres goûts, rester objectif. C’est dur de refuser un manuscrit lorsqu’on sait le travail qu’il y a derrière. Quels sont tes projets littéraires à venir ?

Je ne sais pas si je peux définir mon style d’écriture. Il est vrai que je suis très méticuleux et que je détaille chaque scène à l’extrême. C’est un peu ma patte... et mon défaut. Je veux vraiment partager avec le lecteur ce que j’ai en tête mais ça donne parfois l’impression que je guide trop le lecteur au détriment de sa propre imagination. Mais comme je disais précédemment, je fais toujours en sorte que mes histoires demeurent crédibles malgré leur caractère fantastique. Et c’est souvent les petits détails qui font qu’un lecteur adhère ou non au roman. J’effectue énormément de recherches pour chacun de mes romans, justement pour toujours alimenter mon socle réaliste et rendre crédible le côté surnaturel du roman. Quoi de plus désagréable que de trouver des erreurs à propos d’un lieu, d’une arme, d’un fait historique, un terme procédural, dans un livre de fiction... Toute l’histoire s’en retrouve décrédibilisée...

Après la rédaction du deuxième volet, j’ai écrit un recueil de nouvelles intitulé La lune rousse. Quelques petites histoires un tantinet fantastique sur le thème des pathologies mentales. Il est toujours dans mes tiroirs. Je ne l’ai soumis nulle part... Allez savoir pourquoi ? Pour l’heure, j’écris le troisième volet de la trilogie du cauchemar. Il y a encore beaucoup de travail, beaucoup de recherche à effectuer. Allez, une autre petite exclu mais parce que c’est toi. Pour ce roman, j’explore l’univers des sectes satanistes. Mais seul le premier tiers est achevé. Puis j’enchaînerai sur un autre roman qui abordera le thème des anges-gardiens. Ils sont parmi nous, ils existent, croyez-moi. Et ils n’ont pas du tout l’apparence et les pouvoirs que le folklore leur prête.

Concernant ma méthode de travail, ben, je n’en ai pas. Je démarre un roman que lorsque j’ai le début et la fin en tête. Le reste s’écrit tout seul en général, en fonction des situations, de mon humeur du jour, des personnages et de leur caractère. Je n’utilise pas de fiches ni quoi que ce soit d’autres. Je ne m’impose rien et c’est ce qui rend mes romans parfois aussi denses. J’élabore un plan qu’en cours d’écriture, pour éviter de perdre ma ligne directrice que mes personnages s’efforcent de modifier. Ben oui, certains refusent de mourir !

Excellente question. A vrai dire, je n’en sais rien. Je n’ai jamais réfléchi làdessus. J’écris un peu comme je le sens, sans me poser de question sur mon style. Je dois encore progresser, sans conteste. Je pense que mon écriture évoluera avec moi, avec les aléas de la vie, sans que je m’en aperçoive.

Tu es également directeur de la collection Ennorath, dédiée au fantastique, auprès de Val Sombre. Qu’est-ce qui te motive dans ce travail ? Lorsque j’ai appris que le poste était vacant chez Val Sombre éditions, j’ai postulé sans véritable intention ou ambition derrière. Juste le souhait

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Y a-t-il d’autres facettes de ton écriture que tu aimerais développer ? D’autres genres que tu aimerais explorer ?

Quant aux genres que je pourrais explorer... je vais être original, je ne sais pas. En fait, j’aime assez mélanger les genres. La seule certitude que j’ai à ce sujet : je n’écrirai pas de sciencefiction pure ou de romance. Et j’ai un univers trop sombre pour m’attaquer aux livres jeunesse. Donc voilà, je me cantonne pour le moment à ce que je sais faire. Après... mes seuls guides sont le plaisir d’écrire et mon imagination. Nous verrons bien où ils m’emmènent...

Propos recueillis par Frédéric Livyns 15 mai 2013


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Le Cauchemar de Cassandre de Jean-Baptiste Leblanc Editions Val Sombre

La critique Cassandre est la cible de Kolber, un tueur de légende. Infaillible. Insoupçonnable. Invisible.

décortiquant les quelques 560 pages de ce beau bébé joufflu qu’est le premier volume.

Aidée par de mystérieuses créatures, la jeune femme parvient à le mettre en échec et à s’enfuir. L’assassin doit la retrouver à tout prix et honorer son contrat avant qu’elle ne dévoile son identité. Car à présent, elle connaît son secret.

L’auteur nous livre un énorme roman, tant par la richesse de son contenu que la qualité de son écriture. Oscillant constamment entre policier et fantastique (et même parfois horreur), nous suivons les quatre principaux protagonistes de cette aventure incroyable : Kolber, le tueur froid et méthodique ; Denis, le flic arriviste aux méthodes peu orthodoxes ; le Père Fantino, prêtre exorciste poursuivant un but plus vaste que celui imposé par ses fonctions ; Cassandre, la victime de cette machination. D’autres angles de vue nous sont parfois offerts en fonction des différents intervenants.

Ce revers inattendu de Kolber permet aux hommes de la Police judiciaire de se rapprocher de l’assassin. Cependant, ils ne sont plus seuls sur les traces des deux fuyards. Un flic, aussi ambitieux qu’inexpérimenté, et un prêtre exorciste envoyé par le Vatican se lancent également à leur poursuite. Une cavale sauvage et cruelle où chasseurs et gibiers se confondent. Des personnages en proie à leur destin, ébranlés au plus profond de leurs convictions.

« (...) le lecteur se trouve plongé au sein d’un immense complot puisant sa sources dans la nuit des temps. »

Tous au cœur d’un complot millénaire...

Car, comme le spécifie le résumé, le lecteur se trouve plongé au sein d’un immense complot puisant sa source dans la nuit des temps.

Le cauchemar de Cassandre est le premier tome d’une trilogie qui devait initialement paraître aux éditions Cauchemars avant que celles-ci ne mettent la clé sous le paillasson. L’auteur, Jean-Baptiste Leblanc l’a alors envoyé à Val Sombre éditions qui ont eu le bon goût de le signer. Voilà pour la petite histoire. Rentrons maintenant dans le vif du sujet en

Jean-Baptiste fait montre d’un réel talent d’écriture à travers un style clair, sans fioritures, et un vocabulaire riche. Une mention spéciale à la richesse de la documentation qu’il nous livre çà et là pour étayer son histoire sans que ce ne soit jamais rébarbatif. Au fur et à mesure de la

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lecture, on se rend compte du travail titanesque que l’auteur a livré en amont. Si je devais qualifier l’auteur, j’utiliserais le qualificatif de « méticuleux ». En effet, rien n’est laissé au hasard. Jean-Baptiste ne vous permet pas le moindre écart d’imagination tant ses descriptions sont poussées. On a parfois l’impression qu’il vous empoigne par les cheveux afin de vous forcer à voir ce qu’il désire. Ce qui sera un bémol pour certains ne le sera pas pour d’autres. De toute façon, cela n’enlève absolument rien à la qualité du roman. Le rythme est rapide, soutenu par des phrases cinglantes et des chapitres courts. Nous sommes plongés en pleine épopée religieuse. Certains passages ne sont pas à mettre entre toutes les mains. Il n’est pas rare de penser, par moments, à la verve sadique d’un Masterton ou d’un Koontz. Ce n’est pas un mince compliment et je l’assume parfaitement tant ce roman est un véritable coup de cœur ! Je ne peux que vous conseiller une chose, c’est de foncer l’acheter, vous ne le regretterez pas.

Frédéric Livyns


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221 B, Baker Street de Graham Moore Editions Pocket

La critique Octobre 1900, Londres. Après avoir reçu un étrange courrier, Conan Doyle se retrouve mêlé à la disparition de plusieurs jeunes filles dans les bas-fonds de la ville. Sur les traces d’un tueur en série, il demande l’assistance d’un de ses amis, l’écrivain Bram Stoker, auteur de Dracula.

mystérieuses correspondances et un formidable coup de théâtre.

Janvier 2009, New York. C’est un grand jour pour Harold White : son article mettant en parallèle les exploits de Sherlock Holmes et la naissance de la médecine légale lui vaut d’être intronisé dans la prestigieuse association des « Baker Street Irregulars ». C’est aussi un grand jour pour ladite association : Alex Cale, l’un de ses membres les plus renommés, vient de retrouver le « Saint-Graal » des fanatiques de Conan Doyle, le fameux tome perdu du journal intime de l’écrivain, couvrant les mois d’octobre à décembre 1900.

Lors de sa sortie en grand format, le titre m’avait échappé, alors que je suis généralement amateur de tout ce qui touche à Sherlock Holmes.

C’est en effet à cette époque que Conan Doyle, après avoir fait mourir Sherlock Holmes sept ans plus tôt au grand dam de ses admirateurs, a décidé, pour une raison demeurée inconnue, de faire revivre le célèbre détective. Mais Alex Cale est assassiné avant d’avoir pu dévoiler le contenu du fameux journal et Harold, inspiré par l’art de la déduction de son illustre modèle, se lance sur la piste du meurtrier. Deux enquêtes à plus d’un siècle de distance, de

Quel plaisir de lecture ! C’est un peu court, vous me direz, mais c’est exactement de cette façon que j’ai envie de résumer mes deux journées passées en compagnie de Graham Moore et de son excellent roman.

« Fin connaisseur de Holmes, Graham Moore est tout aussi fasciné par Conan Doyle. » Personnage tombé dans le domaine public depuis quelques années déjà (même si le Conan Doyle Estate se fait fort de surveiller au plus près les exploitations commerciales du personnage, dans un esprit mercantile qui ne manque pas d’énerver les spécialistes éclairés), le détective aux facultés de déduction hors du commun apparaît dans 221B Baker Street comme une ombre planant sur deux histoires parallèles. Des histoires reliées entre elles par un mystérieux journal disparu. Fin connaisseur des aventures de Holmes, Graham Moore est tout aussi fasciné par Conan Doyle... Et surtout par la relation haine/amour qui unissait l’auteur à son personnage.

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Au fil du roman, dont la construction prend des allures de « page turner » plutôt redoutable, c’est à la fois l’écriture, la passion, le fanatisme littéraire ou encore la grande question de ce que l’on laisse derrière soit comme trace dans l’histoire, qui traverse le récit. Certes les réflexions de l’auteur ne débouchent pas sur une épiphanie éblouissante, mais laisse tout de même songeur sur le processus créatif et ses relations avec la réalité. Des relations d’autant plus complexes lorsque l’écriture se penche sur le mal, la douleur, les frontières morales et les luttes politiques de classe qui secouèrent l’Angleterre à l’aube du XXe siècle. On regrettera peut-être que la partie contemporaine de l’aventure s’appuie sur des enjeux moins... interpellants.

Christophe Corthouts


Cinéma / Musique / Scène / Littérature / Arts Née en 1911 en Allemagne d’un père aristocrate et d’une mère italoanglaise qui la fera beaucoup voyager, Sybille Bedford rencontre tout au long de sa vie de nombreux écrivains. Elle épouse Walter Bedford pour obtenir la nationalité britannique et devient chroniqueuse judiciaire, notamment dans les procès d’Auschwitz et de restitution des biens dans l’Allemagne d’après-guerre. Son écriture est toujours partagée entre autobiographie, constatations et inventions. Son goût pour le voyage et pour les autres étoffent ses romans, un peu trop peut-être.

Un héritage de Sybille Bedford Editions Livre de Poche, 432 p.

Le roman Un héritage se passe dans les années 1870-1914, en Allemagne principalement, à l’époque de la naissance de l’Europe. Deux familles sont au cœur de l’histoire et se retrouvent liées par un mariage : les Merz, bourgeois juifs, et les von Felden, aristocrates catholiques. La petite Francesca nait de cette union et voyage entre ces deux mondes que tout oppose, observe la folie des adultes et

Tonino Benaquista s’essaie à la nouvelle, et la littérature l’en remercie. Après avoir multiplié les styles, les BD, les scénarios ainsi que de nombreux romans dont les expériences personnelles ont été la principale inspiration, c’est au tour de la nouvelle d’avoir été choisie et choyée par l’auteur. Nos gloires secrètes est un merveilleux recueil de nouvelles qui raconte une tranche de vie de six personnes toutes plus attachantes les unes que les autres.

Nos Gloires secrètes de Tonino Benaquista Editions Gallimard, 350 p.

Tout le monde détient un secret à l’intérieur, qu’il soit bon ou mauvais. A travers les mystères d’un meurtrier anonyme, d’un poète vengeur, d’un parfumeur amoureux, d’un antiquaire combattant, d’un enfant silencieux et d’un milliardaire misanthrope, c’est à chacun des lecteurs que l’auteur s’adresse : il ne faut jamais se fier aux apparences, car elles sont toujours trompeuses. Aucun homme ne peut être le même dans le regard de ses contemporains que dans la réalité. Ce sont le jugement des autres et la superficialité des relations qui dominent le monde actuel, ne laissant pas forcément de place à l’aveu du péché ou des fiertés. Cer-

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leurs capacités à ne voir que ce qu’ils ont devant les yeux. Dans l’introduction, qui est peut-être la partie plus intéressante du livre, Sybille Bedford raconte ce que signifie être écrivain et comment elle l’est devenue, comment elle a écrit ce roman et pourquoi. S’en suit une première partie de présentation des protagonistes, très fatigante car emplie de noms et de descriptions trop longues pour se souvenir du personnage précédent. Un héritage est certes étoffé par des références littéraires très intéressantes, mais on y croise aussi des phrases écrites en allemand non traduites, des histoires un peu trop mélangées pour les suivre de près, des personnages tellement nombreux que l’on s’y perd facilement. En somme, on a souvent du mal à comprendre où se trouve l’histoire, la vraie, et cela empêche d’entrer complètement dans l’aventure.

Pauline Vendola

taines gloires doivent rester enfouies et inavouables pour pouvoir prétendre en être. Fidèle à lui-même, Tonino Benaquista fait entrer le lecteur dans la peau de ses personnages à travers son style qui retranscrit à la perfection les sensations que chacun peut ressentir, accompagnées d’une touche de folie et d’un humour délirant. C’est toute la société qu’il décrit, allant du retraité qui raconte sa jeunesse d’ivrogne sans le sou, au cinquantenaire milliardaire qui fait le point sur sa vie ; d’un couple qui se déchirait avant de subir le choc de leur enfant dépourvu d’énergie, à un parfumeur amoureux d’une étudiante. En somme, de nombreuses rencontres passionnantes et beaucoup d’émotions éprouvées, grâce auxquelles chaque lecteur tirera ses conclusions.

Pauline Vendola


Parcourir 900 km à pied sur un coup de tête, sans aucune préparation. Ça parait fou, et pourtant Alexandra de Lassus l’a fait, sur Les chemins de Saint Jacques de Compostelle. En souvenir, ce n’est pas une coquille qu’elle nous a rapporté mais bien un guide de voyage répondant aux questions, toutes les questions. Celles qui s’imposent lorsque l’on entreprend ce genre de périple, mais aussi celles que l’on n’oserait jamais se poser.

Les Chemins de SaintJacques de Compostelle de Alexandra de Lassus Editions du Chêne, 144 p.

Préparer son départ, choisir sa route spirituelle et géographique -, faire son sac qui ne doit pas peser plus d’un septième du poids du voyageur, marcher sans souffrir, prendre soin de son corps malgré les cheveux sales et les vêtements plus pratiques qu’esthétiques, rencontrer les autres pèlerins et, pourquoi pas, rencontrer l’amour, arriver au but et ressentir toute la tristesse qu’implique chaque fin de voyage, elle nous raconte tout dans ce guide pratique et drôle. Si bien que même lorsqu’on n’a jamais imaginé une seconde d’entreprendre un voyage de ce genre, on est conquis et

Le titre d’Abbas Beydoun est tout à fait à propos. Lorsque nous croisons le regard de la couverture, les mots « Miroirs » et « Frankenstein » nous interpellent, nous intriguent. Ces termes ne semblent pas devoir se rencontrer, et pourtant… Ce livre est une autobiographie, mais de genre peu commun. C’est un recueil de souvenirs de l’auteur, transformé en poèmes. Onze images passées au crible du temps, qui perdent leur caractère mémoriel et deviennent une réflexion sur soi. Sans but précis, juste pour le plaisir, Abbas Beydoun devient sa propre étude. Les Miroirs de Frankenstein d’Abbas Beydoun Editions Sinbad/Actes Sud, 144 p.

convaincu de pouvoir en être capable en suivant ses conseils, même sans être ni catholique ni sportif. Alexandra de Lassus nous dit avec qui et quand partir, quels chemins emprunter, que mettre - et ne pas mettre - dans son sac, comment se repérer sur la route, où dormir, comment identifier - et éviter un ronfleur, quel degré de couleur la peau doit rejoindre pour être considérée comme cool, comment guérir ses ampoules après 7h de marche intensive, comment uriner – ou pire – en chemin, et elle nous avoue même qu’il est possible de rencontrer l’Amour malgré le fait de ne pas être au top du glamour dans des oripeaux de pèlerin. Le tout illustré par les dessins de Charlotte du Jour, drôles et plaisants à la fois. Grâce à elles, on peut voyager, de corps ou d’esprit.

Pauline Vendola

Abbas Beydoun a écrit peu, mais a écrit bien. Il nous propose ici une prose magnifique, légère et pourtant si pénétrante, qui se déguste que pour la saveur des mots. Sans chronologie, sans fil conducteur, si ce n’est l’auteur luimême, on se transporte d’un récit à un autre, et on se laisse envahir par la narration fluide et poétique. Comment Abbas Beydoun rend-t-il si clair les sentiers irréguliers de ses souvenirs ? C’est à vous de le découvrir…

Anastassia Depauld

Les souvenirs sont comme des miroirs qui nous donnent un reflet. Le nôtre, ou celui d’un autre ? Un autre qui se montre à nous ? Un autre que l’on n’aperçoit que lorsque l’on prend du recul ? Le poète libanais dit voir à travers la glace des années, un «! Frankenstein de moimême, terreur intime de mon propre être ». Cette phrase ne vous dit rien ? Faites défiler les pages du livre et peutêtre prendra-t-elle tout son sens…

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15 mai 2013


Cinéma / Musique / Scène / Littérature / Arts Ce matin-là, Carly Chase est encore un peu grisée après les excès de la veille. En retard à son rendez-vous, elle roule vite. Quand un vélo surgit devant elle, elle n’a pas le temps de réagir : c’est l’accident. Une collision dramatique impliquant également un van et un camion. Le jeune cycliste, étudiant à l’université de Brighton, n’en réchappera pas.

Aux prises avec la mort de Peter James Editions Fleuve Noir, 528 p.

D’abord traumatisée et en proie à un terrible sentiment de culpabilité, Carly est bientôt terrassée par la peur. Et pour cause : les deux autres conducteurs responsables de l’accident ont été retrouvés sauvagement assassinés. Aucun doute, le meurtrier crie vengeance et ne s’arrêtera qu’une fois sa mission menée à bien. Autrement dit : Carly est la prochaine sur la liste. Et d’ailleurs, le tueur n’est pas loin, il l’observe, l’attend, se prépare... Le commissaire Roy Grâce n’a qu’une angoisse : arriver trop tard. Septième aventure de Roy Grace, pour Peter James… Et une mécanique parfaitement huilée, qui ne laisse hélas, pas énormément de place à l’originalité ou la surprise. Auteur de thrillers « scientifiques » dans les années ’90, Peter

Le phyto-analyste de Bertrand Busson Editions Montarnasse / Carnets Nord, 256 p.

Germain Tzaricot est le premier phyto-analyste de l’histoire et le fils d’un botaniste-philosophe : autant dire qu’il aime et connait intimement l’univers végétal. Un jour, ses plantes vertes se mettent à pourrir sur pied, attaquées par une gelée corrosive d’origine inconnue. Effondré, Germain n’a d’autre choix que de se lancer dans une enquête tortueuse pour découvrir la cause de cette maladie, avec sa bande de bric et de broc : Pigalle, le barman crasseux du Nicole’s pub qui découvre sur le tard la vertu d’un bon bain ; Rachel, la chanteuse déchue aux yeux vert olive entêtants ; Jamal, le géant qui a choisi le fauteuil roulant pour éviter les hauteurs. Lorsque la pourriture se met à attaquer les hommes, l’affaire prend une tournure autrement préoccupante. Après le blizzard des polars venus du froid, il est réconfortant de s’ouvrir à un genre plus verdoyant, qui a la fraîcheur des primeurs du printemps. Le phytoanalyste est un thriller potager rempli de fantaisie, de rebondissements, de suspense, de malice qui démarre sur la propagation d’une drôle de « drogue verte », le « nucléaire », possible vecteur

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James s’est réinventé en auteur de polar à l’aube du nouveau millénaire. En 2006, il décroche la timbale avec Comme une tombe, où le lecteur fait la connaissance de Roy Grace, policier anglais en poste à Brighton. Les ingrédients sont connus, mais préparés avec talents : mystère, procédures policières détaillées, suspense, interférences avec la vie privée… Le travail de Peter James évoque celui de Mo Hayder… la noirceur et le nihilisme en moins ! Cela ne veut pas dire pour autant que tout est rose dans l’univers de cet ancien producteur de film devenu auteur. La preuve encore dans ce nouvel opus où un terrible accident de la route débouche sur une vendetta particulièrement cruelle. Dommage d’ailleurs que la narration nous balade entre réunion de travail chez les forces de l’ordre, détour par le quotidien des victimes et excursion glacée dans l’esprit d’un tueur à gages particulièrement retors. On aurait préféré une histoire plus serrée, centrée sur cet assassin… En l’état, Aux prises avec la mort est une lecture agréable mais classique. Trop classique.

Christophe Corthouts

de destruction humaine et végétale de notre petite planète bleue. Plongée haletante dans la métaphysique des plantes, cette intrigue aux allures de « Tchernobyl végétal », nous emmène pêle-mêle dans une usine à cornichons radioactifs et un laboratoire secret au cœur de l’Amazona, avec des scientifiques armés de mitraillettes et des policiers plus corrompus qu’un tas de compost. Sans oublier les plantes vénéneuses qui pourrissent tout sur leur passage et les chouxfleurs humanistes qui font de la résistance. Bertand Busson a 28 ans et vit à Montréal. En plus de son métier de rédacteur-correcteur, il est botaniste amateur et veille sur ses 65 plantes d’intérieur avec sa femme, primatologue. Il nous livre ici un premier roman prometteur et plein de fantaisie.

Marc Bailly


Mémé Cornemuse, fan d’Annie Cordy et de Jean-Claude Van Damme, est une vieille bique, entre Ma Dalton et Carmen Cru, à la sauce belge. Elle a trouvé un emploi de concierge dans un immeuble foutraque… où son arrivée va déclencher des horreurs rocambolesques.

La Vieille qui voulait tuer le Bon Dieu de Nadine Monfils Editions Belfond, 256 p.

Ce soir-là, Ginette, une des locataires, gaga de Lady Di, s’envoie en l’air dans un parking et trompe son mari pour la première fois. L’extase est de courte durée ! De retour chez elle, elle découvre le cocu en kit dans son plumard. Ses mains ont été coupées et son zizi est rangé au frigidaire. Panique à bord ! Ginette va mener son enquête tandis que Mémé Cornemuse prépare un casse dans la bijouterie d’à côté, avec un ancien braqueur qu’elle héberge dans la cave. Elle fait les repérages et lui, il creuse… Un événement imprévu – l’arrivée d’une criminelle hébergée au couvent d’en face – va bouleverser leurs plans…

autres romans de l’auteur, comme dans Les Vacances d’un serial killer. Il va s’en dire que cette mémé est truculente, certes, mais… Mais centrer tout son roman uniquement sur ce personnage en enlève justement cette folie. C’est comme quand on mange un met qui sort de l’ordinaire, à force d’en manger, ben il perd de ce petit quelque chose qui faisait qu’on l’appréciait. Ici pareil, on retrouve un peu de la loufoquerie de l’auteur, mais Nadine Monfils reste trop terre à terre. Où il est ce côté un peu fou fou, cette magie de Pandore, sa ville imaginaire ? On y est pourtant, mais on ne ressent pas la même effervescence. L’écriture y est, on prend plaisir à lire oui, mais… Alors Nadine, en selle, mange quelques babeluttes et redonnes-nous tout l’ampleur de ton talent…

Marc Bailly

Ce n’est pas la première fois que l’on côtoie le personnage de Mémé Cornemuse, elle était déjà apparue dans les

Le nouveau volume des Enquêtes du commissaire Léon, le flic qui vit à Montmartre avec maman et tricote des paletots ringards pour son chien Babelutte. La réédition de la série culte se poursuit !

Les Enquêtes du Commissaire Léon - Tome 3 Clair de Lune à Montmartre suivi de Le Fantôme de Fellini

de Nadine Monfils Editions Sinbad/Actes Sud, 144 p.

Dans Clair de lune à Montmartre, entre deux mailles de tricot, le commissaire Léon enquête sur de curieux meurtres, commis à la maison de retraite « Le Clair de lune ». Mais les p’tits vieux ont la peau dure et la langue trempée dans le vitriol ! Sur un air de Carmen Cru, assaisonné de vacheries, un délire rocambolesque bien épicé. Dans Le Fantôme de Fellini, Jeannot, le patron du Colibri, un bistrot montmartrois comme on n’en fait plus, a gagné un voyage en groupe à Rome. Notre belle bande de zouaves va s’en donner à cœur joie pendant que le commissaire Léon trouvera des cadavres décapités et tombera amoureux du fan-

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tôme de Gelsomina. Rome comme vous ne l’avez jamais vue ! Nadine Monfils est belge et vit à Montmartre. Elle est l’auteur de plusieurs livres dont Les Vacances d’un seriel killer (2011), La Petite Fêlée aux allumettes (2012). En 2003, elle a adapté et réalisé au cinéma Madame Edouard avec Michel Blanc dans le rôle principal. On attend impatiemment une nouvelle adaptation au cinéma de ce personnage très intéressant et très amusant. Un troisième volume qui ne démérite pas et où l’on retrouve toute la truculence de l’auteur. La suite la suite…

Marc Bailly

15 mai 2013


Cinéma / Musique / Scène / Littérature / Arts

Une danse de trop de Donna Malane Editions Prisma Noir, 320 p.

Diane est jeune et déjà divorcée. La faute à qui ? A son ex-mari flic, son caractère difficile ou ses airs de « Ne me parles pas je mords ! » ? Il faut dire qu’elle vient de vivre une année difficile. Sa jeune sœur Niki, danseuse dans un bar de charme, a été assassinée. Elle ne peut pas s’en empêcher, c’est plus fort qu’elle, même si elle a promis à son ex de ne plus fourrer son nez dans les affaires de la police. Elle doit savoir ce qui est réellement arrivé à sa sœur, surtout depuis que le meurtrier présumé est mort dans des circonstances similaires. Et mener toute seule son enquête ne lui fait pas peur, puisque ça fait pleinement partie de son boulot. Elle dirige une agence spécialisée dans la recherche de personnes disparues et travaille pour le compte de la police de Wellington. Avec la mort de sa sœur, sa carrière était un peu en stand-by, mais il

est temps pour elle de s’y remettre. Un cadavre décapité est découvert dans un état de décomposition assez avancé et la police lui confie l’affaire.

« Aux yeux de tous, Stolon est un peu simplet. Personne n’imagine qu’il a joué la comédie toutes ces années pour se préserver de son père, roi cruel et tyrannique.

son), l’intérêt pour le récit augmente au fur et à mesure de la lecture. Les personnages enrichissent le récit par leur présence et par les intrigues qui se jouent. Par contre, je les trouve moins fouillés, moins approfondis. A bien y réfléchir, ils me font penser à ces personnages qui peuplent nos mythes, nos légendes. Ces histoires qui sont là pour nous apprendre, nous dévoiler une facette de l’âme humaine. Héros dont l’histoire ne nous dit pas réellement la fin, comme si une fois leur destin accompli, ils devaient disparaitre. Qu’importe leurs défauts, qu’importe leur futur car ce pour quoi ils sont nés est réalisé

A la mort de ce dernier, Stolon devrait devenir le nouveau Hurogmestre, mais certains en profiteraient bien pour l’écarter du trône.

Les Chaînes du Dragon de Patricia Brigss Editions Milady, 416 p.

Pour reconquérir son royaume, Stolon va devoir prouver sa valeur et lutter contre les envahisseurs du Vorsag. Des envahisseurs bien déterminés.... Car Hurog est loin d’être une terre ordinaire. Les ancêtres de Stolon ont donné leur vie pour défendre ce qui fut le dernier refuge des dragons. » Je commence ma critique alors que ma lecture est arrivée au septième chapitre. Le roman est pur fantasy. Le style fluide qui m’attire chez l’auteur est aussi présent ici. Léger, prenant et captivant, je n’arrive pourtant pas à ce stade de ma lecture à dire si j’apprécie ou non l’histoire. Le seul défaut pour moi réside dans la difficulté que j’ai eu à me situer et à retenir les nombreux noms. Heureusement, ce sentiment disparait au bout de quelques chapitres. Contrairement, à ces romans urban fantasy (la série de Mercedes Thomp-

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Un corps à identifier, la mémoire d’une sœur à honorer, Diane réussira-t-elle à élucider ces deux affaires ? Mais certaines vérités sont dures à entendre et insoupçonnables. Tiendra-t-elle le coup ? Donna Malane mène ce polar avec brio, c’est original, prenant et surtout traité avec ironie et humour. Après Paul Cleave et son Employé modèle, il est certain que les auteurs néo-zélandais sont à suivre de très près.

Emmanuelle Melchior

En conclusion, je conseillerais afin de suivre au mieux le récit de le lire dans le calme. A qui le conseiller? En premier lieu à tous ceux qui apprécient un tant soit peu Donjons & dragons, Drizzt etc. Par contre, pour les fans des séries de Mercedes, n’abordaient pas cet ouvrage avec ce que vous aimé dans cette sérielà. Dépouillez-vous de toutes connaissances afin de l’aborder comme un nouvel auteur. Personnellement, j’ai apprécié cette lecture mais sur un niveau différent.

Marylise Dufour


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Happy Birthay Mr. Suricate The Freewheelin’ - Bob dylan

1963

chansons, en supprime d’autres et continue encore à en composer de nouvelles. En effet, contrairement à son précédent album, le jeune Dylan tient cette fois-ci à composer lui-même la majorité des chansons du disque.

En 1963, Bob Dylan est un jeune artiste folk qui commence à se faire connaître. Son premier album, enregistré l’année précédente, en quelques jours seulement s’était, malgré ses évidentes qualités, assez peu vendu. Pour ce deuxième opus, Dylan décide donc de prendre son temps. Entre juillet 1962 et avril 1963, il compose, enregistre, fait des rencontres et réécrit alors certaines

L’album sort le 27 mai 1963 et connait immédiatement le succès en Amérique, se classant 22e au US Billboard 200. Mais, plus qu’un succès commercial, cet album marque le début de la notoriété planétaire de Dylan. Celui-ci passe du statut de jeune compositeur de folk ordinaire à véritable fer de lance d’une génération, désireuse de s’exprimer et de changer le monde. Car, plus que la musique de Dylan qui pratique un folk assez classique mais très bien écrit, ce sont les textes de Freewheelin qui marqueront les esprits. Les thèmes sociaux et anti-guerre notamment abordés

dans ses chansons attirent d’ailleurs l’attention de nombreuses associations pour les droits civils aux EtatsUnis. Même la pochette du disque (représentant Dylan et sa compagne de l’époque déambulant dans New York) marquera les esprits. À propos de son amie, on peut souligner que celle-ci inspira Dylan sur certains des textes de l’album. Vous l’aurez compris, cet album marqua les esprits et créa de nombreuses vocations, à l’image de la légende attestant que c’est en écoutant « A Hard Rain » que Leonard Cohen décida de se lancer dans la chanson. 50 ans plus tard, il est toujours frappant de constater que les thèmes abordés par Dylan à l’époque sont toujours bel et bien d’actualité.

Julien Sterckx

By all means necessary - BDP

1988

du Bronx, sort The Message, le premier morceau de rap engagé. À partir de là de nombreux groupes seront engagés et prôneront des discours de révolte contre l’état, les médias le racisme. Les divergences vont se définir sur les moyens prônés.

« If you want to go to the tip top, stop the violence in hiphop » Le 31 mai 1988, le groupe newyorkais BDP sort son deuxième album, considéré par beaucoup comme le premier album de « conscious rap » (rap conscient). Mais revenons un peu en arrière. En 1982, Grandmaster Flash and the Furious Five, un autre groupe

L’un des deux courant est le Gansta rap. Né sur la côte Ouest des EtatsUnis, ce courant popularisé par N.W.A et Tupac prône la violence, la réussite financière, la misogynie ou l’homophobie. C’est là que le groupe BDP va se démarquer. Alors que le premier album du BDP, Criminal Minded, se rapprochait du courant Gangsta Rap, la mort du producteur de ce premier album va provoquer chez le leader K.R.S One un changement du discours. Il se fait alors appeler « The Teacha » (le prof) et son nom de scène KRS One devient l’acro-

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nyme Knowledge Reigns Supreme - Over Nearly Everyone signifiant « la connaissance règne en maître sur presque tout le monde ». Au niveau musical, on y retrouve des samples de Deep Purple, Jefferson Starship ou du dessin animé Fat Albert and the Cosby Kids, ce qui en fait un album aux rythmes basiques des débuts du rap mais tout en reprenant la culture populaire dans son ensemble. By all means necessary délivre un message sur la violence, les armes, le sida et le trafic de drogue mais à l’inverse du Gangsta rap, il en parle comme d’un fléau. Le troisième album du BDP prolongera ce mouvement. Par son titre Edutainment, mélange des termes « éducation » et « entertainment », il s’annonce comme un objet d’éducation par le biais du divertissement.

Baptiste Rol


Robert A. Heinlein

1988

Il y a 25 ans, Robert A. Heinlein décédait... Un des auteurs de science-fiction qui a le plus marqué de son empreinte le vingtième siècle, c’est Robert Heinlein. Il a non seulement écrit des textes importants, mais en plus il a inspiré certains projets technologiques américains. Robert A. Heinlein est né à Butler dans l’état du Missouri en 1907 et est décédé en 1988, c’est-à-dire il y a juste vingt-cinq ans. Étrange parcours que celui d’Heinlein, qui à peine sorti du lycée, entre à l’académie navale d’Annapolis et en sort lieutenant. Il quittera la marine, suite à une tuberculose. De retour dans la vie civile, il étudie la physique à l’université de Californie (UCLA). Pour vivre, il n’a pas d’autre choix que de trouver des boulots dont le salaire n’est pas assuré (propriétaire de mine, agent immobilier…). Il s’essaie à la politique, mais sans succès. En 1938, Heinlein participe à un concours de nouvelles de sciencefiction organisé par le magazine Thrilling Wonder Stories. Il écrit la nouvelle « Ligne de vie » (Life line), mais se ravise en ne la soumettant pas pour le concours. C’est à John Wood Campbell qu’il s’adresse pour la faire publier. La nouvelle sera publiée en 1939 dans le magazine Astounding Sciencefiction et lui rapportera plus d’argent que le premier prix du concours. À partir de ce moment,

Heinlein va devenir un auteur récurrent du magazine, au même titre qu’Isaac Asimov, E.E. doc Smith, Clifford D. Simak, L. Sprague de Camp ou Alfred E. Van Vogt. C’est l’âge d’or de la sciencefiction. À cette époque, on doit à Heinlein plusieurs nouvelles qui se raccrochent à son cycle « Histoire de futur ». Avec la Seconde Guerre mondiale, il se détourne de l’écriture et se focalise sur son job d’ingénieur dans la marine. Après la guerre, et un peu de militantisme, il revient à l’écriture. En 1950, sort en film Destination Lune, basé sur les idées d’Heinlein. Il participe à l’élaboration du film. C’est la période où on lui doit ses « juvéniles », des histoires de science-fiction adressées aux adolescents (La patrouille de l’espace, La planète rouge). En 1951 vient Marionnettes humaines, histoire qui montre une Terre infiltrée par des extraterrestres qui se présentent sous la forme de parasites qui se greffent dans le dos des humains. À partir de 1956, Heinlein va écrire plusieurs livres qui vont recevoir le prix le plus élevé en science-fiction, c’est-à-dire le prix Hugo. Il va le décrocher pour : Double étoiles (1956), Etoiles, garde-à-vous (1960), En terre étrangère (1962), Révolte sur la Lune (1967). Des livres qui ont vieilli, mais qui se lisent encore très

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bien si on tient compte du contexte de l’époque. Heinlein nous conte l’histoire d’un acteur qui joue la doublure d’un homme politique, puis l’engagement militaire de la Terre face à un ennemi extraterrestre. Avec En terre étrangère, il frappe un grand coup en nous donnant la vision de notre monde vue par un Martien (qui est un descendant humain), et enfin dans Révolte sur la Lune, il nous montre comment une colonie lunaire se soustrait à la domination de la Terre. Quatre livres qui méritent amplement le prix Hugo. Heinlein a aussi écrit des perles, comme Une porte sur l’été qui parle d’amour contrarié par les affres du temps et Le long sommeil en particulier. Un des personnages n’est autre que Petronius le chat. Heinlein est un grand conteur, probablement le plus grand qu’ait connu la science-fiction. Un quart de siècle après son décès, il influence encore les nouvelles générations de lecteurs et d’auteurs. Que ce soit la NASA ou le gouvernement américain, sans le vouloir, Heinlein a influencé leur politique. Aujourd’hui, il nous laisse une œuvre très complète, mais qui n’a pas totalement été rééditée. Espérons que cette lacune sera comblée dans un futur proche, car Heinlein mérite d’encore être revisité par les nouveaux lecteurs.

Marc Van Buggenhout

15 mai 2013


Happy Birthay Mr. Suricate Jean Yanne

2003

Dans la courte liste des provocateurs du PAF français, Jean Yanne prend une place assez importante. Bien que moins adulé ou connu que des Coluche, Patrick Dewaere, Pierre Desproges ou encore Daniel Prévost, Jean Yanne était un vrai trublion, celui qui s’amusait de peu de choses mais qui aimait par-dessus tout provoquer. Ce pur Français, et non pied-noir comme beaucoup le croyaient et le croient encore, était l’exemple même de la réussite d’après-guerre. Alors que les golden sixties connaissent leur apogée, Jean Yanne se lance dans l’écriture après avoir arrêté des études de journalisme. Fils d’artisan, l’homme ne peut cependant pas se reposer sur ses lauriers et va devoir vivre parallèlement de petits boulots. Mais Jean Yanne, homme charismatique et sûr de lui, va persévérer dans un milieu qui va devenir pour lui une véritable passion : le cabaret. Inspiré par le monde qui l’entoure et le côté hautain parisien, il va s’atteler à l’écriture de chansons et de sketchs ayant pour seul but de faire rire le spectateur. Seulement, son style va se démarquer des autres de son époque. Un style irrévérencieux, je-m’en-foutiste, dédaigneux et quelque fois vulgaire va faire de lui l’anticonformiste que l’on a connu jusqu’à sa mort.

Vers la fin des années soixante, c’est le départ d’une nouvelle vie pour Jean Yanne. L’homme écrit moins mais parle plus. De fait, Europe 1, RTL et l’ORTF lui offrent leurs ondes voyant en lui un talent à l’état brut. Le seul problème, comme pour beaucoup d’autres artistes de son époque, c’est que son regard caustique sur la société fait débat partout où il passe. Doit-on le censurer ou le laisser continuer à égratigner les grands comme les petits ? Un dilemme dans le monde du direct. Ces dernières questions, Jean Yanne ne s’en soucie guère, quitte à être censuré autant l’être en assumant ce que l’on est. Lui ne se sent pas réellement contestataire comme le veulent les courants intellectuels de son temps (mai 68), il se sent simplement comique et heureux de pouvoir débiter « un tas de conneries sans parti pris », comme il le disait si bien. Taper sur les petits, les grands, les blancs, les noirs, bref, tout le monde et tout ce qui le fait « chier » (dixit l’intéressé luimême).

quelque fois trop décalés par rapport à leur époque. Mais c’est pourtant grâce à sa première réalisation, Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil qu’il va devenir un incontournable du milieu culturel français.

À côté de sa présence médiatique, Jean Yanne va travailler ardemment dans un autre milieu : le cinéma. Un amour du septième art qui va l’amener à jouer dans une centaine de films et d’en réaliser sept, tous plus loufoques les uns que les autres. Cette nouvelle facette va lui permettre d’allier deux amours : le chant et la comédie. Ses films ne sont pourtant pas des succès car

Le 23 mai 2003, Jean Gouyé, alias Jean Yanne meurt dans sa demeure champenoise de Morsains d’un arrêt cardiaque. Ce grand homme bourru mais au grand cœur laissera derrière lui une œuvre qui a fait de lui celui qu’il restera à jamais : un humoriste. Quoiqu’il disait de luimême : « Je n’ai pas le sens de l’humour, j’ai le sens du ridicule ».

La suite de sa carrière est parsemée de succès et d’échecs mais se déroule sans trop d’anicroches. Depuis l’excellent Trois heures moins le quart avant Jésus-Christ (1982), l’acteur se fait plus discret et joue dans des rôles plus conventionnels. Sa présence dans Les Grosses Têtes de Philippe Bouvard lui vaut tout de même de rester l’un des humoristes que les Français aiment entendre. Cependant, la jeune génération le connait moins car ce dernier devient plus triste et anxieux. Comme l’écrit Bertrand Dicale dans Jean Yanne à rebrousse-poil, Jean Yanne est inquiet de voir que les révolutions qu’il soutenait ne changent en fait rien sur le fond. Que la nature des gens reste identique et sa destinée également.

Matthieu Matthys

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Le Suricate Magazine - Dix-huitième numéro  

L'e-magazine culturel en francophonie

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